Sougya : Le daf poursuit la discussion sur les tissus qui ne sont ni laine ni lin. Selon Abaye, Rabbi Chimon ben Elazar et le Tanna de l'école de Rabbi Yichmael disent la même chose : seuls la laine et le lin sont des vêtements au sens de la Torah, par un binyan av tiré des plaies (negaim).
Rava répond qu'ils diffèrent sur un morceau de trois tefahim sur trois dans les autres tissus. La Guemara établit ensuite, selon tous, qu'un morceau de trois doigts sur trois en laine et lin devient impur par les plaies, grâce à l'inclusion ve-ha-beged, et discute du kal va-homer tiré de la chaîne et de la trame : il vaut pour trois tefahim, qui conviennent aux riches comme aux pauvres, et non pour trois doigts.
Deux exclusions écrites (laine et lin) excluent les autres tissus, aux deux mesures. Le daf s'arrête sur la question : selon Rava, d'où Rabbi Chimon ben Elazar tire-t-il l'impureté des autres tissus ?
Rabbi Chimon ben Elazar et le Tanna de l'école de Rabbi Yichmael ont dit une même chose. Rabbi Chimon ben Elazar : ce que nous avons dit (parmi ce qui sort de l'arbre, seul le lin est un vêtement).
Le Tanna de l'école de Rabbi Yichmael, qu'est-ce ? Comme on l'a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : puisque le mot vêtements (begadim) est dit dans la Torah sans précision, et que le verset t'a précisé, dans l'un d'eux, laine et lin : de même que là-bas il s'agit de laine et de lin, de même partout il s'agit de laine et de lin.
Abaye rapproche deux sources. Rabbi Chimon ben Elazar a dit (daf précédent) que, parmi ce qui sort de l'arbre, seul le lin reçoit l'impureté des plaies. L'école de Rabbi Yichmael enseigne que le mot beged (vêtement), partout où la Torah l'emploie sans précision, désigne un tissu de laine ou de lin.
La méthode est un binyan av (principe générateur) : le seul passage où la Torah précise la matière est celui des negaim (Vayikra 13,47), et on l'étend aux autres passages. Rachi en conclut que l'expression ce qui sort de l'arbre inclut en réalité tout ce qui n'est pas laine ou lin, comme le poil de chèvre.
Rava a dit : [un morceau de] trois [tefahim] sur trois dans les autres tissus, voilà ce qui les sépare. Rabbi Chimon ben Elazar l'admet (comme susceptible d'impureté) ; le Tanna de l'école de Rabbi Yichmael ne l'admet pas.
Rava refuse l'identification d'Abaye. Rabbi Chimon ben Elazar a parlé d'une mesure de trois doigts (etsbaot) : un si petit morceau n'est impur qu'en lin. Rava en déduit qu'un morceau plus grand, de trois tefahim (paumes), devient impur même dans les autres tissus.
Pour l'école de Rabbi Yichmael, les autres tissus sont purs à toute mesure. La nafka mina (conséquence pratique) entre les deux Tannaim est donc le morceau de trois tefahim d'une matière autre que la laine et le lin.
Selon tous, en tout cas, [un morceau de] trois [doigts] sur trois en laine et en lin devient impur par les plaies. D'où le savons-nous ?
Car il est enseigné : vêtement - je n'aurais que le vêtement ; trois [doigts] sur trois, d'où le sait-on ? Le verset dit : et le vêtement (ve-ha-beged).
Mais dis plutôt : pour inclure trois [tefahim] sur trois ! N'est-ce pas un kal va-homer ?
Si déjà la chaîne et la trame (chti va-erev) deviennent impures, faut-il le dire pour trois [tefahim] sur trois ?!
Point d'accord des deux Amoraim : en laine et lin, un petit morceau de trois doigts sur trois devient impur par les plaies. La source est la baraita : le mot beged seul désignerait un vêtement entier ; la lettre vav de ve-ha-beged ajoute le petit morceau.
La Guemara propose d'appliquer cette inclusion au morceau de trois tefahim. Elle répond qu'il n'en a pas besoin : la Torah déclare impurs les fils de chaîne et trame (chti va-erev, Vayikra 13,48) ; un morceau tissé de trois tefahim l'est à plus forte raison (kal va-homer).
S'il en est ainsi, que trois [doigts] sur trois viennent aussi par kal va-homer ! Mais [dis plutôt] : trois [tefahim] sur trois, qui conviennent aussi bien aux riches qu'aux pauvres, viennent par kal va-homer ; trois [doigts] sur trois, qui conviennent aux pauvres mais ne conviennent pas aux riches, ne viennent pas par kal va-homer.
La raison est que le verset l'a écrit ; mais si le verset ne l'avait pas écrit, nous ne l'aurions pas appris par kal va-homer.
Objection : si les fils rendent le kal va-homer valable pour trois tefahim, il devrait l'être aussi pour trois doigts, et le verset serait inutile. La Guemara répond par un critère d'utilité : un morceau de trois tefahim sert à tous, riches et pauvres ; un morceau de trois doigts ne sert qu'aux pauvres, les riches le jettent (Rachi : ils le tiennent pour batel, annulé).
Seul le premier est plus important que les fils. Le second n'est impur que par l'inclusion explicite du verset. Tossefot rapporte l'avis du Rav Porat : le morceau de trois tefahim fait déjà partie du mot vêtement, et le kal va-homer n'est cité que par surcroît.
Mais dis plutôt : [l'inclusion vient] inclure trois [tefahim] sur trois dans les autres tissus ! Le verset dit : un vêtement de laine et de lin.
Un vêtement de laine et de lin, oui ; une autre matière, non. Mais dis plutôt : quand [les autres tissus] ont été exclus, c'est de trois [doigts] sur trois ; mais trois [tefahim] sur trois deviennent impurs !
Deux exclusions sont écrites : vêtement de laine ou [dans un vêtement] de lin - l'une pour exclure de trois [doigts] sur trois, et l'autre pour exclure de trois [tefahim] sur trois.
Nouvelle tentative : l'inclusion ve-ha-beged servirait à rendre impur un morceau de trois tefahim dans les autres tissus. Réponse : le verset précise beged tsemer ou-fichtim ; c'est un perat (détail) qui limite le kelal (général) à la laine et au lin.
Dernière question : cette limitation pourrait n'exclure que le petit morceau. La Guemara relève que la mention laine ou lin figure deux fois (Vayikra 13,47 et 13,59) : deux mioutim (exclusions), un pour chaque mesure. Les autres tissus sont donc purs à toute taille, ce qui correspond à la lecture d'Abaye.
Et selon Rava, qui a dit : trois [tefahim] sur trois dans les autres tissus, voilà ce qui les sépare - Rabbi Chimon ben Elazar l'admet, le Tanna de l'école de Rabbi Yichmael ne l'admet pas -, trois [tefahim] sur trois dans les autres tissus,
La phrase se poursuit au daf suivant (27a) : selon Rava, d'où Rabbi Chimon ben Elazar tire-t-il que les autres tissus deviennent impurs à partir de trois tefahim ? Les versets des plaies viennent d'être lus comme excluant ces tissus ; il faudra une autre source.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).