Sougya : Le daf poursuit la discussion sur les étoffes autres que la laine et le lin (chear begadim). Selon Rava, Rabbi Chimon ben Elazar tient qu'un morceau de trois paumes sur trois de ces étoffes reçoit l'impureté ; il le déduit du mot 'ou' dans 'ou un vêtement', au verset des reptiles (cheratsim).
Abbaye emploie ce 'ou' pour inclure un petit morceau de trois doigts sur trois en laine et lin ; Rava l'apprend des plaies (negaim), et les deux débattent de la possibilité de déduire les reptiles des plaies et les plaies des reptiles. On confronte ensuite deux enseignements de l'école de Rabbi Yichmael : Abbaye y voit une divergence, Rava les concilie, puis Rav Pappa rapporte le 'aussi tout' aux kilayim (mélange laine et lin), explication rejetée par un kal va-homer.
Rav Na'hman bar Yits'hak propose une autre lecture, qui se poursuit au verso.
D'où le tire-t-il (Rabbi Chimon ben Elazar) ? Il le tire de 'ou un vêtement' (o beged).
Comme il est enseigné : 'Vêtement' : je n'ai là que le vêtement ; un morceau de trois paumes sur trois dans les autres étoffes, d'où le sait-on ? L'Écriture dit : 'ou un vêtement'.
La fin du daf 26b a exposé la divergence entre Abbaye et Rava. Pour Rava, Rabbi Chimon ben Elazar tient qu'un morceau de trois paumes sur trois (chelocha al chelocha) d'une étoffe autre que laine et lin (chear begadim) reçoit l'impureté, contrairement au Tana de l'école de Rabbi Yichmael. La Guemara demande sa source.
Réponse : au sujet des cheratsim (reptiles, Vayikra 11,32), la Tora dit 'ou un vêtement, ou une peau, ou un sac'. Le mot 'ou' est un ribouy, une inclusion : il ajoute les autres étoffes. Attention au vocabulaire : chalosh al chalosh = trois doigts sur trois (petit morceau) ; chelocha al chelocha = trois paumes sur trois (morceau utile à tous).
Et Abbaye, ce 'ou un vêtement', que fait-il de lui ? Il en a besoin pour inclure un morceau de trois doigts sur trois en laine et en lin, qui devient impur par les reptiles.
Pour Abbaye, les autres étoffes ne reçoivent pas l'impureté. Le mot 'ou' sert donc à autre chose : étendre l'impureté des reptiles au petit morceau de trois doigts sur trois en laine et lin. Pour les plaies, ce point est déjà appris de 've-ha-beged' (26b) ; pour les reptiles, il faut un verset propre.
Et Rava ? Le Miséricordieux l'a révélé au sujet des plaies (negaim), et il en va de même pour les reptiles.
Rava n'a pas besoin du 'ou' des reptiles pour le petit morceau de laine et lin : ce qui a été révélé pour les negaim s'applique aux reptiles, car le même mot beged figure dans les deux passages. Rachi nomme ce raisonnement un binyan av. Le 'ou' reste donc libre pour inclure les autres étoffes.
Et Abbaye ? On peut réfuter : que dire des plaies, qui rendent impurs la chaîne et la trame ?
Abbaye refuse l'analogie : les negaim sont plus sévères, car la Tora y mentionne la chti va-erev (chaîne et trame, les fils eux-mêmes). Ce qui est impur pour les plaies ne l'est donc pas forcément pour les reptiles, qui exigent un tissu. Une déduction qui peut être ainsi réfutée (pirkha) ne tient pas.
Et l'autre (Rava) : s'il te vient à l'esprit que les plaies sont plus sévères, que le Miséricordieux l'écrive au sujet des reptiles, et que les plaies en soient déduites !
Rava retourne l'argument. Si les plaies étaient plus sévères, la Tora aurait écrit l'inclusion au sujet des reptiles, et l'on en aurait tiré les plaies par kal va-homer (à plus forte raison). Puisqu'elle l'a écrite aux plaies, c'est qu'elle voulait dévoiler une règle valable pour les deux.
Et l'autre (Abbaye) : les plaies ne peuvent pas être déduites des reptiles, car on peut réfuter : que dire des reptiles, qui rendent impur dès la taille d'une lentille ?
Abbaye répond que l'inverse est aussi impossible : les reptiles ont leur propre sévérité, puisqu'un morceau de reptile de la taille d'une lentille (ke-adacha) rend impur, alors qu'une plaie doit avoir la taille d'une fève cassée (guéris). Chaque domaine à une sévérité que l'autre n'a pas : la Tora devait donc écrire les deux. Tossefot explique pourquoi Rava n'est pas touché par cette réfutation : il s'agit pour lui d'un gilouy milta, un dévoilement de la définition du mot vêtement, qui échappe aux réfutations logiques.
Abbaye a dit : ce Tana de l'école de Rabbi Yichmael s'écarte de l'autre Tana de l'école de Rabbi Yichmael. Car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : 'Vêtement' : je n'ai là que le vêtement de laine et de lin ; d'où inclure le poil de chameau, le poil de lapin, le duvet de chèvre, le chirayin, le kalakh et le sirikin (sortes de soie) ?
L'Écriture dit : 'ou un vêtement'.
Deuxième volet. À la fin de 26b on a cité un enseignement de l'école de Rabbi Yichmael : les vêtements mentionnés sans précision sont de laine et lin ('aussi tout', af kol). Voici un autre enseignement de la même école qui inclut, pour les reptiles, le poil de chameau, de lapin, le duvet de chèvre et plusieurs sortes de soie. Pour Abbaye, qui tient que les autres étoffes ne sont jamais impures, ces deux enseignements sont en mahloket : ils émanent de deux Tanaim différents.
Rava a dit : quand ce Tana de l'école de Rabbi Yichmael n'admet pas (l'impureté) dans les autres étoffes, c'est pour trois doigts sur trois ; pour trois paumes sur trois, il l'admet.
Rava concilie les deux enseignements. Le premier, 'aussi tout laine et lin', ne vise que le petit morceau de trois doigts sur trois : pour lui, seules laine et lin sont impures. Le second vise le morceau de trois paumes sur trois : là, les autres étoffes sont incluses par 'ou un vêtement'. Il n'y a donc pas de divergence.
Mais c'est Rava qui a dit : trois paumes sur trois dans les autres étoffes, Rabbi Chimon ben Elazar l'admet, le Tana de l'école de Rabbi Yichmael ne l'admet pas ! Rava est revenu sur cette position.
Et si tu veux, dis : c'est Rav Pappa qui l'a dit.
La Guemara oppose à Rava sa propre parole de 26b : il y disait que Rabbi Chimon ben Elazar et le Tana de l'école de Rabbi Yichmael divergent sur les trois paumes. Deux réponses : Rava s'est rétracté (hadar bei) de la parole de 26b, pour ne pas faire diverger deux Tanaim de la même école ; ou bien la conciliation vient de Rav Pappa, élève de Rava, dont les paroles étaient parfois attribuées à son maître (Tossefot).
Rav Pappa a dit : 'aussi tout' vient inclure les kilayim (mélange interdit). Les kilayim, il est écrit explicitement à leur sujet : 'Tu ne porteras pas de chaatnez, laine et lin ensemble' !
Tu aurais pu penser : cela vaut pour la manière de porter, mais pour le fait de poser sur soi (haala'a), toutes deux espèces sont interdites.
Rav Pappa lit autrement le 'aussi tout' (af kol) du premier enseignement : il le rapporte aux kilayim, l'interdit du chaatnez (tissu mêlant laine et lin). La Guemara objecte : la laine et le lin sont écrits en toutes lettres dans ce verset. Réponse : on aurait pu croire que la restriction à la laine et au lin vaut pour porter (lebicha), alors que pour poser sur soi (haala'a, par exemple une couverture) tout mélange de deux espèces serait interdit. 'Aussi tout' viendrait écarter cette idée.
Mais n'est-ce pas un kal va-homer ? Si pour le port, où tout le corps profite des kilayim, tu as dit : laine et lin, oui ; autre chose, non ; pour le fait de poser sur soi, à plus forte raison !
Ainsi, l'enseignement attribué à Rav Pappa est une erreur (bdouta).
Le kal va-homer renverse l'hypothèse : porter un vêtement procure un profit à tout le corps, ce qui est plus grave que de le poser sur soi. Si pour porter seules la laine et le lin sont interdits, à plus forte raison pour poser sur soi. Le verset 'aussi tout' serait donc inutile pour cela. Conclusion : l'enseignement attribué à Rav Pappa est une bdouta, une parole erronée qu'il n'a pas dite.
Rav Na'hman bar Yits'hak a dit : 'aussi tout'...
Troisième lecture du 'aussi tout', qui se poursuit au verso (27b) : selon Rav Na'hman bar Yits'hak, il vient pour les tsitsit (franges), comme Tossefot l'a déjà annoncé au segment 8 : seuls les vêtements de laine et de lin y seraient soumis selon ce Tana.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).