Shabbat 27b — Laine et lin : les tsitsit, le vêtement de l'aveugle, et le lin appelé arbre

Shabbat 27b

Sougya : Le daf achève la baraita de l'école de Rabbi Yichmael, selon laquelle le mot beged de la Tora désigne la laine et le lin, et le af kol vient inclure les tsitsit. La Guemara demande pourquoi cette inclusion est nécessaire, puisque les tsitsit sont déjà rattachés au chaatnez par la contiguïté des versets ; la réponse mobilise la contradiction de Rava entre ha-kanaf, qui veut des tsitsit de l'espèce du talit, et tsemer ou-fichtim, qui les veut de laine et de lin.

Rav Aha fils de Rava demande ensuite pourquoi le terme d'amplification acher tekhassé ba n'inclut pas les autres étoffes ; la Guemara réserve cette amplification au vêtement de l'aveugle et exclut le vêtement de nuit, au motif que le premier est vu par autrui. Abaye rapproche alors Rabbi Chimon ben Elazar et Soumkhos : ce qui contracte l'impureté des negaim ne peut servir de skhakh.

Le daf s'achève sur la michna qui fait du lin une double exception, pour la mèche de Chabbat et pour l'impureté des tentes, et sur les deux sources que la Guemara lui trouve.

La déduction de Rava : quels fils acquittent quel talit ? État de la question avant la conclusion de notre sougya (hava amina) Talit de la même espèce Talit d'une autre espèce Fils de laine ou de lin tsemer ou-fichtim Acquittent Acquittent Fils d'une autre espèce soie, chanvre... Acquittent N'acquittent pas Dans cette lecture, un talit de soie reste astreint aux tsitsit : il lui faut seulement des fils de son espèce. La contiguïté des versets ne dispense donc personne. Conclusion de notre sougya Le af kol de l'école de Rabbi Yichmael enseigne que seuls les talitot de laine et de lin sont astreints aux tsitsit : la lecture de Rava est écartée ici.
La matrice de Rava et la raison pour laquelle notre sougya l'écarte.
Deux versets qui se contredisent : qui inclure, qui exclure ? Amplification acher tekhassé ba : dont tu te couvres Restriction ou-r'item oto : et vous le verrez Vêtement de l'aveugle Lui ne voit pas, mais les autres le voient de jour. Vêtement de nuit Personne ne le voit, ni celui qui le porte ni autrui. Critère : la chose est-elle dans le champ de la vue chez autrui ? Inclus : astreint aux tsitsit Exclu : exempt de tsitsit L'amplification n'inclut pas les autres étoffes : le verset traitant de laine et de lin, il inclut un vêtement de laine et de lin, celui de l'aveugle.
Amplification et restriction : pourquoi l'aveugle est inclus et la nuit exclue.
La michna : le lin, double exception Tout ce qui provient de l'arbre Mèche de la lampe de Chabbat On n'allume pas avec. Impureté des tentes La tente elle-même reste pure. Sauf le lin : on allume avec. Sauf le lin : la tente devient impure. Pourquoi le lin est-il dit arbre ? Mar Zoutra : pichtéi ha-ets (Josue 2) D'où vient l'impureté de la tente ? Rabbi Elazar : gezera chava ohel-ohel Deux règles indépendantes, une même exception. Tossefot conteste d'ailleurs que le chanvre et le coton soient visés : ce sont des semences, et non ce qui provient de l'arbre.
La michna et ses deux sources : le lin excepte deux fois.
1
לַאֲתוּיֵי צִיצִית. צִיצִית בְּהֶדְיָא כְּתִיב: ״לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״, וּכְתִיב: ״גְּדִילִים תַּעֲשֶׂה לְךָ״! סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא כִּדְרָבָא. דְּרָבָא רָמֵי, כְּתִיב: ״הַכָּנָף״, מִין כָּנָף. וּכְתִיב: ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים יַחְדָּיו״, הָא כֵיצַד? צֶמֶר וּפִשְׁתִּים פּוֹטְרִין בֵּין בְּמִינָן, בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינָן. שְׁאָר מִינִין בְּמִינָן פּוֹטְרִין שֶׁלֹּא בְּמִינָן אֵין פּוֹטְרִין. סָלְקָא דַּעְתָּךְ כִּדְרָבָא קָא מַשְׁמַע לַן.

Pour inclure les tsitsit. Mais les tsitsit, c'est écrit explicitement : tu ne porteras pas de chaatnez, de la laine et du lin, et il est écrit ensuite : tu te feras des cordons torsadés !

Tu aurais pu penser comme Rava. Car Rava posait une contradiction : il est écrit ha-kanaf, le pan, ce qui indique de l'espèce du pan, et il est écrit de la laine et du lin ensemble.

Comment cela ? La laine et le lin acquittent aussi bien dans leur espèce que hors de leur espèce ; les autres espèces, dans leur espèce elles acquittent, hors de leur espèce elles n'acquittent pas.

Tu aurais pu penser comme Rava : il nous l'enseigne donc.

📜 Rachi (7)
לַאֲתוּיֵי צִיצִית דְּלָא מִחַייְּבִי בְּצִיצִית אֶלָּא בִּגְדֵי צֶמֶר וּפִשְׁתִּים:
Pour inclure les tsitsit : car seuls les vêtements de laine et de lin sont astreints aux tsitsit.
גְּדִילִים תַּעֲשֶׂה לְךָ לְאֵלּוּ:
Tu te feras des cordons torsadés : pour ceux-là, c'est-à-dire pour les vêtements de laine et de lin dont il vient d'être question.
סד"א כִּדְרָבָא כְּלוֹמַר סד"א דְּלָא דָּרְשִׁינַן הָנֵי סִמּוּכִין לְעִנְיַן טַלִּית לְמֵימַר דְּטַלִּית צֶמֶר וּפִשְׁתִּים תַּעֲשֶׂה צִיצִית וְלֹא לִשְׁאָר טַלִּית אֶלָּא לְעִנְיַן צִיצִית תִּדְרְשֵׁיהּ גְּדִילִים תַּעֲשֶׂה לְךָ מִצֶּמֶר וּפִשְׁתִּים וְלֹא מִשְּׁאָר מִינִין כִּדְדָרֵישׁ לֵיהּ רָבָא:
Tu aurais pu penser comme Rava : c'est-à-dire, tu aurais pu penser qu'on n'interprète pas ces versets voisins au sujet du talit, pour dire qu'un talit de laine et de lin reçoit des tsitsit et non les autres talitot, mais qu'on les interprète au sujet des tsitsit eux-mêmes : tu te feras des cordons torsadés, de laine et de lin et non des autres espèces, comme Rava l'interprète.
כְּתִיב הַכָּנָף מִין כָּנָף דְּהַאי כָּנָף קְרָא יַתִּירָא הוּא דְּהָא כְּתִיב עַל כַּנְפֵי בִּגְדֵיהֶם וַהֲוָה לֵיהּ לְמִכְתַּב וְנָתְנוּ עַל הַצִּיצִית פְּתִיל תְּכֵלֶת:
Il est écrit ha-kanaf, de l'espèce du pan : car ce mot kanaf est un terme superflu dans le verset, puisqu'il est déjà écrit sur les pans de leurs vêtements, et il aurait suffi d'écrire et ils mettront sur le tsitsit du pan un fil de tekhelet.
מִין כָּנָף מִין הַטַּלִּית יְהֵא הַצִּיצִית דְּהָכִי מַשְׁמַע צִיצִית שֶׁל כָּנָף תְּהֵא וְאִם שֶׁל מֶשִׁי הוּא צִיצִית שֶׁל מֶשִׁי פּוֹטֵר בָּהּ:
De l'espèce du pan : que le tsitsit soit de l'espèce du talit, car tel est le sens : que le tsitsit soit celui du pan. Et si le talit est de soie, un tsitsit de soie l'acquitte.
וּכְתִיב צֶמֶר וּפִשְׁתִּים גְּדִילִים תַּעֲשֶׂה לְךָ דְּמַשְׁמַע נָמֵי מֵהֶן תַּעֲשֶׂה:
Et il est écrit de la laine et du lin : suivi de tu te feras des cordons torsadés, ce qui signifie aussi que c'est d'eux que tu les feras.
סד"א כִּדְרָבָא דְּאָמַר דְּהַכָּנָף אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּלָא תִּדְרוֹשׁ סִמּוּכִין לְמִיפְטַר שְׁאָר בְּגָדִים דְּוַדַּאי מִיחַייַּב מִיהָא בְּצִיצִית דְּמִינָן קמ"ל אַף כֹּל דְּלָא תִּדְרוֹשׁ הַכָּנָף הָכִי אֶלָּא אוֹרְחֵיהּ דִּקְרָא הוּא וּלְאַשְׁמְעִינַן דְּמִצְוַת צִיצִית בִּשְׁנֵי מִינֵי צֶבַע שְׁנֵי חוּטִין שֶׁל תְּכֵלֶת וּשְׁנֵי חוּטִין שֶׁל לָבָן דְּהַיְינוּ מִין כָּנָף דִּסְתָמֵיהּ לָבָן:
Tu aurais pu penser comme Rava : lui qui dit que le mot ha-kanaf vient nous apprendre à ne pas interpréter la contiguïté des versets pour exempter les autres vêtements, car ceux-là restent en tout cas astreints à des tsitsit de leur propre espèce. Le af kol nous apprend donc de ne pas interpréter ainsi ha-kanaf : c'est la manière ordinaire du verset de s'exprimer, et il vient nous apprendre que la mitsva des tsitsit se fait de deux couleurs, deux fils de tekhelet et deux fils blancs, ce qui correspond à l'espèce du pan, dont la couleur ordinaire est le blanc.
🗂️ Tossefot (1)
סד"א כִּי דֻּוקְיָא דְּרָבָא ל"ג כִּי דֻּוקְיָא דְּהָא מִגּוּף מִילְּתָא דְרָבָא הוּא דְּמַפִּיק וּבְרֵישׁ יְבָמוֹת (ג"ז שָׁם) הוּא דְּגָרַס לָהּ וְנִרְאֶה אע"ג דִּבְפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת ד' לט: וְשָׁם) אָמַר רַב נַחְמָן הַשִּׁירָאִין פְּטוּרִין מִן הַצִּיצִית קיי"ל כְּרָבָא דְּבָתְרָאָה הוּא וְחַיָּיב בְּצִיצִית מִדְּאוֹרַיְיתָּא:
Tu aurais pu penser selon la déduction de Rava : il ne faut pas lire selon la déduction, car c'est du corps même du propos de Rava que la chose est tirée ; c'est au début de Yevamot que cette leçon figure. Et il apparaît que, bien qu'au chapitre Ha-tekhelet (Menahot 39b) Rav Nahman dise que les étoffes de soie sont exemptes de tsitsit, nous tranchons comme Rava, qui est postérieur : elles sont astreintes aux tsitsit selon la Tora.
💡 Explication

Le passage achève la baraita de l'école de Rabbi Yichmael : partout où la Tora dit beged, vêtement, elle vise la laine et le lin, et la formule af kol vient inclure un cas de plus, ici les tsitsit.

L'objection porte sur la nécessité de cette inclusion. Dans la Tora, l'interdiction du chaatnez et l'ordre de faire des gedilim se suivent immédiatement ; cette contiguïté suffit déjà à rattacher les tsitsit à la laine et au lin.

La réponse mobilise la contradiction de Rava, entre le mot ha-kanaf, qui demande des fils de l'espèce du pan, et tsemer ou-fichtim, qui les demande de laine et de lin. Rava résout la contradiction au niveau des fils : la laine et le lin acquittent n'importe quel talit, les autres matières seulement un talit de leur espèce. Dans cette lecture, un talit de soie demeure astreint, et la contiguïté des versets ne dispense rien. Le af kol tranche autrement : la sujétion elle-même se limite à la laine et au lin.

🖼️ Schéma
Le fil du passage : pourquoi le af kol était-il nécessaire ? Le af kol de l'école de Rabbi Yichmael vient inclure les tsitsit. Objection : les tsitsit sont déjà rattachés à la laine et au lin par la contiguïté du chaatnez et de gedilim taasse lakh. À quoi bon une inclusion ? Réponse : tu aurais pu lire ces versets comme Rava. ha-kanaf Les fils doivent être de l'espèce du pan du vêtement. tsemer ou-fichtim yahdav Les fils doivent être de laine et de lin. Rava concilie par une règle sur les fils. Le tana, lui, tranche sur le vêtement : seuls la laine et le lin sont astreints. D'où la nécessité du af kol.
De l'objection à la réponse : pourquoi la lecture de Rava rendait le af kol nécessaire.
2
אָמַר רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: לְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, מַאי שְׁנָא לְעִנְיַן טֻומְאָה דִּמְרַבֵּי שְׁאָר בְּגָדִים, דִּכְתִיב — ״אוֹ בֶּגֶד״, הָכָא נָמֵי לֵימָא לְרַבּוֹת שְׁאָר בְּגָדִים מִ״אֲשֶׁר תְּכַסֶּה בָּהּ״? הַהוּא — לְאֵתוּיֵי כְּסוּת סוּמָא הוּא דַּאֲתָא. דְּתַנְיָא: ״וּרְאִיתֶם אוֹתוֹ״ — פְּרָט לִכְסוּת לַיְלָה. אַתָּה אוֹמֵר פְּרָט לִכְסוּת לַיְלָה, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא פְּרָט לִכְסוּת סוּמָא? כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״אֲשֶׁר תְּכַסֶּה בָּהּ״, הֲרֵי כְּסוּת סוֹמֵא אָמוּר. הָא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וּרְאִיתֶם אוֹתוֹ״ — פְּרָט לִכְסוּת לַיְלָה.

Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : selon le tana de l'école de Rabbi Yichmael, en quoi l'impureté est-elle différente, qu'il y inclue les autres vêtements, puisqu'il est écrit ou un vêtement ? Ici aussi, qu'il dise d'inclure les autres vêtements à partir de dont tu te couvres !

Ce terme est venu inclure le vêtement de l'aveugle. Car il a été enseigné : et vous le verrez, à l'exclusion du vêtement de nuit.

Tu dis à l'exclusion du vêtement de nuit, ou bien n'est-ce pas plutôt à l'exclusion du vêtement de l'aveugle ? Lorsque le verset dit dont tu te couvres, voilà que le vêtement de l'aveugle est déjà énoncé.

Dès lors, comment maintenir et vous le verrez ? À l'exclusion du vêtement de nuit.

📜 Rachi (3)
מַאי שְׁנָא כו' אַלִּיבָּא דְּרַב נַחְמָן קָבָעֵי לָהּ דְּאָמַר אַף כֹּל לַאֲתוּיֵי צִיצִית:
En quoi est-ce différent, etc. : c'est selon Rav Nahman qu'il pose la question, lui qui a dit que le af kol vient inclure les tsitsit.
אֲשֶׁר תְּכַסֶּה רִיבּוּיָא דִּקְרָא הוּא:
Dont tu te couvres : c'est un terme d'amplification du verset.
לְכַסּוֹת לַיְלָה כְּסוּת הַמְיֻוחָד לְלֵילוֹת דְּלָא נִיחַייַּב:
Le vêtement de nuit : le vêtement réservé à la nuit, qui ne serait pas astreint.
💡 Explication

Rav Aha part d'une comparaison interne à la baraita. Pour l'impureté, le tana a élargi le champ au-delà de la laine et du lin grâce au terme o beged, ou un vêtement, lu comme une amplification. Pourquoi ne pas faire de même pour les tsitsit avec acher tekhassé ba, dont tu te couvres, qui paraît tout aussi superflu ?

La réponse réserve cette amplification à un autre usage : le vêtement de l'aveugle. Une baraita le montre en opposant deux exclusions possibles du mot ou-r'item, et vous le verrez : le vêtement de nuit ou celui de l'aveugle. Puisque acher tekhassé ba inclut déjà l'aveugle, l'exclusion tirée de ou-r'item ne peut viser que le vêtement de nuit.

3
וּמֶה רָאִיתָ לְרַבּוֹת סוּמָא וּלְהוֹצִיא כְּסוּת לַיְלָה? מְרַבֶּה אֲנִי כְּסוּת סוּמָא שֶׁיֶּשְׁנָהּ בִּרְאִיָּיה אֵצֶל אֲחֵרִים, וּמוֹצִיא אֲנִי כְּסוּת לַיְלָה שֶׁאֵינָהּ בִּרְאִיָּיה אֵצֶל אֲחֵרִים.

Et qu'as-tu vu pour inclure l'aveugle et exclure le vêtement de nuit ? J'inclus le vêtement de l'aveugle, qui se trouve dans le champ de la vue chez les autres, et j'exclus le vêtement de nuit, qui ne se trouve pas dans le champ de la vue chez les autres.

📜 Rachi (2)
שֶׁיֶּשְׁנָהּ בִּרְאִייָּה אֵצֶל אֲחֵרִים וְקָרֵינַן בֵּיהּ וּרְאִיתֶם לַאֲחֵרִים בַּיּוֹם וְלָא אָתֵי אֲשֶׁר תְּכַסֶּה וּמַפִּיק וּרְאִיתֶם:
Qui se trouve dans le champ de la vue chez les autres : on peut lire à son sujet et vous le verrez, pour les autres et de jour ; le terme dont tu te couvres ne vient donc pas déraciner et vous le verrez.
שֶׁאֵינָהּ בִּרְאִיָּיה וְאִי מִרַבֵּינַן לָהּ מֵאֲשֶׁר תְּכַסֶּה קָא עָקַרְתָּ לֵיהּ וּרְאִיתֶם:
Qui ne se trouve pas dans le champ de la vue : et si on l'incluait à partir de dont tu te couvres, on déracinerait et vous le verrez.
💡 Explication

La question ou ma raita, qu'as-tu vu, demande sur quel critère on répartit l'inclusion et l'exclusion, puisque les deux cas sont à première vue symétriques.

Le critère retenu par Rachi est la coexistence des deux versets. Le vêtement de l'aveugle reste vu par autrui en plein jour, de sorte que ou-r'item garde un sens à son sujet. Le vêtement de nuit échappe à tout regard : l'inclure reviendrait à supprimer purement et simplement l'exigence de la vue.

🖼️ Schéma
Deux versets qui se contredisent : qui inclure, qui exclure ? Amplification acher tekhassé ba : dont tu te couvres Restriction ou-r'item oto : et vous le verrez Vêtement de l'aveugle Lui ne voit pas, mais les autres le voient de jour. Vêtement de nuit Personne ne le voit, ni celui qui le porte ni autrui. Critère : la chose est-elle dans le champ de la vue chez autrui ? Inclus : astreint aux tsitsit Exclu : exempt de tsitsit L'amplification n'inclut pas les autres étoffes : le verset traitant de laine et de lin, il inclut un vêtement de laine et de lin, celui de l'aveugle.
Le critère de la vue chez autrui départage les deux vêtements.
4
וְאֵימָא לְרַבּוֹת שְׁאָר בְּגָדִים? מִסְתַּבְּרָא קָאֵי בְּצֶמֶר וּפִשְׁתִּים מְרַבֵּה צֶמֶר וּפִשְׁתִּים. קָאֵי בְּצֶמֶר וּפִשְׁתִּים מְרַבֵּה שְׁאָר בְּגָדִים?!

Et dis donc qu'il vient inclure les autres vêtements ! Il est logique que, le verset traitant de laine et de lin, il inclue de la laine et du lin.

Le verset traite de laine et de lin, et il inclurait les autres vêtements ?

📜 Rachi (3)
וְאֵימָא לְרַבּוֹת שְׁאָר בְּגָדִים וְלֹא כְּסוּת סוּמָא:
Et dis donc qu'il vient inclure les autres vêtements : et non le vêtement de l'aveugle.
קָאֵי בְּצֶמֶר וּפִשְׁתִּים כִּדְאָמַר דְּסָמַךְ צֶמֶר וּפִשְׁתִּים לִגְדִילִים מְרַבֶּה כְּסוּת סוּמָא דְּצֶמֶר וּפִשְׁתִּים:
Le verset traite de laine et de lin : comme il a été dit, puisqu'il a accolé la laine et le lin à gedilim, il inclut le vêtement de l'aveugle fait de laine et de lin.
מְרַבֶּה שְׁאָר בְּגָדִים בִּתְמִיהַּ:
Il inclurait les autres vêtements : dit sur un ton d'étonnement.
🗂️ Tossefot (1)
מִסְתַּבְּרָא קָאֵי בְּצֶמֶר וּפִשְׁתִּים כו' לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיפְרַךְ אַדְּרַבָּה קָאֵי בְּרוֹאִין מַרְבֶּה רוֹאִין קָאֵי בְּרוֹאִין מַרְבֶּה סוּמִין דְּהָא עִיקַּר הַמִּצְוָה הִיא בְּטַלִּית וְלֹא בְּאָדָם שֶׁאִם אֵין לוֹ טַלִּית בַּת ד' כְּנָפוֹת פָּטוּר מִן הַצִּיצִית:
Il est logique que, le verset traitant de laine et de lin, etc. : on ne peut pas objecter en sens inverse que, le verset traitant de ceux qui voient, il devrait inclure ceux qui voient, et que traitant de ceux qui voient il n'inclurait pas les aveugles. Car l'essentiel de la mitsva porte sur le talit et non sur la personne : celui qui n'a pas de talit à quatre coins est exempt de tsitsit.
💡 Explication

La Guemara revient à la suggestion écartée : peut-être l'amplification vise-t-elle les autres étoffes plutôt que l'aveugle. La réponse tient à une règle d'interprétation générale, kai be-tsemer ou-fichtim : une amplification prolonge le sujet dont le verset traite, elle ne le renverse pas.

Le verset parlant de laine et de lin, il peut ajouter un cas de laine et de lin, celui de l'aveugle, mais il ne saurait ajouter des matières tout autres. Tossefot prévient l'objection symétrique que l'on pourrait tirer du sujet parlant, en rappelant que la mitsva est attachée au vêtement, non à la personne.

5
אָמַר אַבַּיֵּי: רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר וְסוֹמְכוֹס אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר הָא דַּאֲמַרַן. סוּמָכוֹס — דְּתַנְיָא: סוֹמְכוֹס אוֹמֵר סִיכְּכָהּ בִּטְווִי פְּסוּלָה מִפְּנֵי שֶׁמִּטַּמְּאָה בִּנְגָעִים.

Abaye dit : Rabbi Chimon ben Elazar et Soumkhos ont dit une seule et même chose. Rabbi Chimon ben Elazar, c'est ce que nous avons rapporté.

Soumkhos, car il a été enseigné : Soumkhos dit, s'il a couvert la souka avec du fil filé, elle est passoul (invalide), parce que le fil filé contracte l'impureté des negaim (les plaies de lèpre).

📜 Rachi (3)
אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד דְּדָבָר הַמִּיטַּמֵּא בִּנְגָעִים אֵין מְסַכְּכִין ואע"ג דְּאֵינוֹ מְטַמֵּא בְּטֻומְאַת מַגָּע:
Ils ont dit une seule et même chose : qu'on ne fait pas le skhakh avec une chose qui contracte l'impureté des negaim, quand bien même elle ne contracte pas l'impureté par contact.
הָא דַּאֲמָרָן חוּץ מִפִּשְׁתָּן וְלָא קָאָמַר חוּץ מִבֶּגֶד פִּשְׁתָּן מַשְׁמַע אע"ג דְּלָאו בֶּגֶד שֶׁלֹּא נִטְוָה כְּגוֹן אוּנִין אוֹ נִטְוָה וְלֹא נֶאֱרַג אֵין מְסַכְּכִין הוֹאִיל וּמְטַמּוּ בִּנְגָעִים ואע"ג דְּלָא מְטַמֵּא בִּשְׁרָצִים:
C'est ce que nous avons rapporté : il a dit sauf le lin, et non sauf un vêtement de lin, ce qui signifie que même ce qui n'est pas un vêtement, comme le lin non filé, ainsi les ônin (faisceaux de lin peigné), ou le lin filé mais non tissé, ne sert pas de skhakh, puisque cela contracte l'impureté des negaim, et bien que cela ne contracte pas l'impureté des chratsim (les petits animaux impurs).
סִיכְּכָהּ בִּטְוִוי הוֹאִיל וּמְטַמּוּ בִּנְגָעִים דִּכְתִיב אוֹ בִּשְׁתֵּי אוֹ בְּעֵרֶב וה"ה נָמֵי לְאוּנִין מִשֶּׁיִּתְלַבְּנוּ וְהַאי דִּנְקַט טָווּי לְאַשְׁמְעִינַן דִּטְוִוי מְטַמֵּא מִיָּד דִּטְוִוייָּתוֹ הוּא גְּמַר מְלַאכְתּוֹ וְלָא בָּעֵי שֶׁיִּשְׁלֶה:
S'il a couvert la souka avec du fil filé : puisque cela contracte l'impureté des negaim, comme il est écrit ou dans la chaîne ou dans la trame ; et il en va de même des ônin, dès lors qu'ils ont été blanchis. S'il a mentionné le fil filé, c'est pour nous apprendre que le filé contracte l'impureté immédiatement, car le filage achève son ouvrage et il n'est pas requis qu'on le retire du chaudron.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר וְסוֹמְכוֹס אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד וא"ת דְּר"ש בֶּן אֶלְעָזָר קָאָמַר מְסַכְּכִין בּוֹ חוּץ מִן הַפִּשְׁתָּן מַשְׁמַע אֲפִי' לֹא נִטְוָה וְכִדְאָמְרִינַן נָמֵי בפ"ק דְּסֻוכָּה (דַּף יב: וְשָׁם) סִיכְּכָהּ בַּאֲנִיצֵי פִשְׁתָּן פְּסוּלָה וּמַשְׁמַע הָתָם דְּהַיְינוּ דָּייֵק וּנְפִיץ אע"ג דְּלָא נִטְוָה וְסוּמָכוֹס קָאָמַר דְּדַוְקָא בְּטָווּי פְּסוּלָה וי"ל דִּלְרַשְׁבָּ"א קָאָסַר מִדְּרַבָּנַן וְסָבַר בְּדִדְיִיק וּנְפִיץ לְפִי שֶׁהוּא קָרוֹב לִטְוִוי וְטָווּי הוּא דְּאָסוּר מִן הַתּוֹרָה הוֹאִיל דִּמְטַמֵּא בִּנְגָעִים וְהַיְינוּ אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד דְּהָא דְּקָאָמַר סוּמָכוֹס סִיכְּכָהּ בִּטְווִי פְּסוּלָה הַייְנוּ דְּבַר תּוֹרָה מִדְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁמְּטַמֵּא בִּנְגָעִים דְּמִדְּרַבָּנָן אֵין סְבָרָא לְאָוסְרוֹ אִי מִדְּאוֹרַייְתָּא שָׁרִי לְסַכֵּךְ בְּטֻומְאַת נְגָעִים גְּזֵירָה מִשּׁוּם טֻומְאַת מֵת וְכֵיוָן דִּבְטָווּי אָסוּר מִדְּאוֹרָיָית' א"כ בַּאֲנִיצֵי פִּשְׁתָּן יֶאֱסֹור מִדְּרַבָּנָן מִפְּנֵי שֶׁהוּא קָרוֹב לִטְוִוי כִּדְפָרֵישִׁית:
Rabbi Chimon ben Elazar et Soumkhos ont dit une seule et même chose : on peut objecter que Rabbi Chimon ben Elazar dit qu'on fait le skhakh avec tout cela sauf le lin, ce qui vise même le lin non filé, comme nous disons aussi au premier chapitre de Souka (12b) : s'il a couvert la souka avec des anitsé pichtan, elle est passoul, et il ressort là-bas qu'il s'agit de lin battu et cardé bien que non filé ; alors que Soumkhos dit que c'est précisément le fil filé qui invalide. On peut répondre que, selon Rabbi Chimon ben Elazar, l'interdiction porte sur le lin battu et cardé par décret des Sages, parce qu'il est proche du filé, et c'est le filé qui est interdit par la Tora, puisqu'il contracte l'impureté des negaim. Voilà en quoi ils ont dit une seule et même chose : lorsque Soumkhos dit que la souka couverte de fil filé est passoul, c'est selon la Tora, puisqu'il en donne pour raison qu'elle contracte l'impureté des negaim ; car s'il ne s'agissait que d'un décret des Sages, il n'y aurait pas lieu de l'interdire, du moment que la Tora permettrait de couvrir avec ce qui contracte l'impureté des negaim, par décret à cause de l'impureté du mort. Et puisque le filé est interdit par la Tora, les anitsé pichtan seront interdits par les Sages parce qu'ils sont proches du filé, comme je l'ai expliqué.
💡 Explication

Abaye rapproche deux énoncés qui portent sur des sujets différents et reposent sur un même principe. Rabbi Chimon ben Elazar exclut le lin du skhakh, la couverture de la souka ; Soumkhos invalide une souka couverte de fil filé.

Le point commun est le motif : une matière susceptible de contracter l'impureté des negaim ne peut servir de skhakh. La nouveauté tient à ce que cette susceptibilité suffit, alors même que la matière ne reçoit pas l'impureté ordinaire par contact, celle des chratsim.

Tossefot affine le rapprochement : chez Soumkhos l'invalidation du filé relève de la Tora, tandis que chez Rabbi Chimon ben Elazar l'exclusion du lin peigné mais non filé relève d'un décret des Sages, ajouté par proximité avec le filé.

🖼️ Schéma
Abaye : deux maîtres, un seul principe Rabbi Chimon ben Elazar On fait le skhakh avec tout cela, sauf le lin. Même non tissé, même non filé. Soumkhos Souka couverte de fil filé : passoul (invalide). Motif donné : l'impureté des negaim. Principe commun Ce qui contracte l'impureté des negaim ne sert pas de skhakh. Nouveauté : cela vaut alors même que la chose ne contracte pas l'impureté ordinaire par contact. Tossefot : chez Soumkhos c'est la Tora, chez Rabbi Chimon ben Elazar les Sages.
Deux énoncés distincts ramenés à un seul principe sur le skhakh.
6
כְּמַאן — כִּי הַאי תַּנָּא, דִּתְנַן: שְׁתִי וָעֵרֶב מִטַּמֵּא בִּנְגָעִים מִיָּד, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וְרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַשְּׁתִי מִשֶּׁיִּשְׁלֶה, וְהָעֵרֶב מִיָּד, וְהָאֻונִּין שֶׁל פִּשְׁתָּן מִשֶּׁיִּתְלַבְּנוּ.

Selon qui ? Selon ce tana, car nous avons appris : la chaîne et la trame contractent l'impureté des negaim immédiatement, paroles de Rabbi Meir.

Et Rabbi Yehouda dit : la chaîne, des lors qu'on la retire du chaudron, et la trame, immédiatement ; et les ônin de lin, dès lors qu'ils ont été blanchis.

📜 Rachi (4)
כְּמַאן אָמְרָה סוּמָכוֹס לְהָא כְּר' מֵאִיר דְּאָמַר מְטַמֵּא מִיָּד שֶׁנִּטְוָוה ל"א כְּמַאן אֲמָרָהּ אַבַּיֵּי לְהַאי מִילְּתָא דְּהַהִיא חוּץ מִפִּשְׁתָּן פִּשְׁתָּן דַּווְקָא קָאָמַר אע"ג דְּלָאו בֶּגֶד וְעַל כְּרִחְיָךְ אַפֵּי' אוּנִין בְּמַשְׁמַע אַלְמָא אוּנִין מִיטַּמֵּא בִּנְגָעִים:
Selon qui : selon qui Soumkhos a-t-il dit cela ? Selon Rabbi Meir, qui dit que le fil contracte l'impureté dès l'instant où il est filé. Autre leçon : selon qui Abaye a-t-il dit ce propos ? Car ce sauf le lin vise bien le lin comme tel, même quand ce n'est pas un vêtement, et force est d'admettre que les ônin y sont compris ; il en ressort que les ônin contractent l'impureté des negaim.
כִּי הַאי תַּנָּא כְּר' יְהוּדָה:
Selon ce tana : selon Rabbi Yehouda.
מִשֶּׁיִּשְׁלֶה שֶׁיִּהְיוּ שׁוֹלִין אוֹתוֹ מִן הַיּוֹרָה שֶׁשּׁוֹלְקִין אוֹתוֹ בָּהּ לְלַבְּנוֹ:
Dès lors qu'on la retire : qu'on la retire du chaudron dans lequel on la fait bouillir pour la blanchir.
מִשֶּׁיִּתְלַבְּנוּ בַּתַּנּוּר:
Dès lors qu'ils ont été blanchis : au four.
🗂️ Tossefot (1)
אוּנִין שֶׁל פִּשְׁתָּן פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁלֹּא נִטְוָה וְדָחַק לְפָרֵשׁ כֵּן מִפְּנֵי דִּכְבָר תְּנָא שְׁתִי וָעֵרֶב וְקָשֶׁה לְרִיבָ"א דְּמִנָּלַן לְטַמְּאוֹתוֹ בִּנְגָעִים הָא שְׁתִי וָעֵרֶב כְּתִיב וְנִרְאֶה לר"י דְּאוּנִין הַיְינוּ מַטְוֶה וְכֵן פִּי' בֶּעָרוּךְ וּשְׁתֵּי וְעֵרֶב דְּקָאָמַר הַיְינוּ צֶמֶר לְפִי שֶׁבְּצֶמֶר נִיכָּר בֵּין שְׁתִי לְעָרֵב דְּהַשְּׁתִי הוּא מִן הַלְּשׁוֹנוֹת שֶׁל צֶמֶר הַגָּדוֹל וְטָווּי כִּלְאַחַר יָד וְלֹא כְּמוֹ שֶׁטּוֹוִים הָעֵרֶב וְדֶרֶךְ הָיָה לְשָׁולְקוֹ אע"פ שֶׁעַכְשָׁיו אֵין רְגִילִין וְאוּנִין שֶׁל פִּשְׁתָּן שֶׁהוּא הַטְּוִוי לֹא הֻוזְכַּר לֹא שְׁתִי וְלֹא עֵרֶב לְפִי שֶׁלֹּא נִיכָּר אֵיזֶה שֶׁל שְׁתִי וְאֵיזֶה שֶׁל עֵרֶב כִּדְאָמַר בפ"ק דְּמַס' ע"ז (ד' יז:) אַיְיתוֹ לֵיהּ תְּרֵי קִיבּוּרֵי אֲמַרוּ לֵיהּ הֵי דְּשִׁתְיָא וְהֵי דְּעִרְבָּא אִיתְרְחִישׁ לֵיהּ נִיסָּא אֲתָא זִיבּוּרָא (לְמֵיתַב) עַל דְּעִרְבָּא כּוּ' אַלְמָא לָא מִינְּכַר בְּפִשְׁתָּן:
Les ônin de lin : le Kountras explique qu'il s'agit de lin non filé, et il a été contraint d'expliquer ainsi parce que la michna a déjà enseigné la chaîne et la trame. Le Riva objecte : d'où saurions-nous qu'un tel lin contracte l'impureté des negaim, alors que le verset écrit la chaîne et la trame ? Il paraît au Ri que les ônin sont justement du fil filé, et c'est aussi l'explication du Aroukh. La chaîne et la trame dont il est question sont de la laine, parce que dans la laine on distingue la chaîne de la trame : la chaîne provient des longues mèches de la grande laine, filée d'une manière particulière et non comme on file la trame ; et l'usage était de la faire bouillir, bien qu'aujourd'hui on n'en ait plus l'habitude. Quant aux ônin de lin, qui sont du filé, ils ne sont nommés ni chaîne ni trame, parce qu'on ne distingue pas ce qui est chaîne de ce qui est trame, comme il est dit au premier chapitre de Avoda Zara (17b) : on lui apporta deux pelotes et on lui demanda laquelle est de chaîne et laquelle est de trame ; un miracle se produisit pour lui, une guêpe vint se poser sur celle de la trame, etc. Il en ressort que dans le lin la chose ne se distingue pas.
💡 Explication

La Guemara cherche l'appui tannaitique de Soumkhos. La michna citée fixe le moment où le fil devient susceptible de contracter l'impureté des negaim, moment qui dépend de l'étape de fabrication atteinte.

Pour Rabbi Meir, le filage suffit, pour la chaîne comme pour la trame. Rabbi Yehouda distingue : la trame immédiatement, la chaîne seulement après le passage au chaudron, les ônin de lin après blanchiment. Rachi propose deux lectures de la question, l'une rapportée à Soumkhos, l'autre à Abaye, et Tossefot discute si les ônin désignent du lin filé ou non filé.

🖼️ Schéma
À partir de quand le fil contracte-t-il l'impureté des negaim ? Ônin peignés Filage achevé Bouilli et blanchi faisceaux de lin tavouy chichla, litbané Rabbi Meir Chaîne et trame : impureté dès l'instant où le fil est filé. Le filage achève l'ouvrage, rien d'autre n'est requis. Rabbi Yehouda Trame : immédiatement. Chaîne : seulement quand on la retire du chaudron où elle a bouilli. Ônin de lin : seulement une fois blanchis au four.
Les étapes de fabrication et le moment où l'impureté devient possible.
7
מַתְנִי׳ כָּל הַיּוֹצֵא מִן הָעֵץ אֵין מַדְלִיקִין בּוֹ, אֶלָּא פִּשְׁתָּן. וְכָל הַיּוֹצֵא מִן הָעֵץ אֵינוֹ מִטַּמֵּא טֻומְאַת אֹהָלִים, אֶלָּא פִּשְׁתָּן.

MICHNA. Tout ce qui provient de l'arbre, on n'allume pas avec, sauf le lin.

Et tout ce qui provient de l'arbre ne contracte pas l'impureté des tentes, sauf le lin.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' אֵין מַדְלִיקִין בּוֹ לַעֲשׂוֹת פְּתִילָה מִקַּנַּבּוֹס וּבֶגֶד קַנַּבּוֹס מִצֶּמֶר גֶּפֶן:
Michna. On n'allume pas avec : c'est-à-dire faire une mèche avec du chanvre, avec une étoffe de chanvre, ou avec du coton.
אֵינוֹ מִטַּמֵּא טֻומְאַת אֹוהָלִים אִם עָשָׂה מֵהֶן אֹהֶל וְהַמֵּת תַּחְתָּיו הָוֵי כִּשְׁאָר בַּיִת וא"צ לְהַטְבִּיל הָאֹהֶל עַצְמוֹ דְּלָא קִבֵּל טֻומְאָה אֶלָּא כֵּלִים שֶׁתַּחְתָּיו:
Ne contracte pas l'impureté des tentes : s'il en a fait une tente et qu'un mort se trouve dessous, il en va comme d'une maison ordinaire, et il n'est pas nécessaire de tremper la tente elle-même, car elle n'a pas contracté l'impureté ; seuls les ustensiles qui se trouvent dessous l'ont contractée.
אֶלָּא פִּשְׁתָּן שֶׁאַף אֹהֶל טָמֵא כְּדִכְתִיב וְהִזָּה עַל הָאֹהֶל וּבַגְּמָ' יָלֵיף דִּבְפִשְׁתָּן מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
Sauf le lin : dont la tente elle-même est impure, comme il est écrit il aspergera sur la tente ; et la Guemara établit que le verset parle du lin.
🗂️ Tossefot (2)
כָּל הַיּוֹצֵא מִן הָעֵץ אֵין מַדְלִיקִין פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס לְעֵיל כְּגוֹן בְּקַנַּבּוֹס וְצֶמֶר גֶּפֶן וְאֵין נִרְאֶה לר"ת דא"כ יְהֵא אָסוּר לְהַדְלִיק בּוֹ וּמַעֲשִׂים בְּכָל יוֹם שֶׁמַּדְלִיקִין בְּצֶמֶר גֶּפֶן וְגַם טוֹב מְאֹד לִפְתִילָה ואור"י וַדַּאי מֻותָּר לְהַדְלִיק בְּקַנַּבּוֹס וְצֶמֶר גֶּפֶן דְּאֵינָם יוֹצְאִים מִן הָעֵץ אֶלָּא זֶרַע הוּא כִּדְאָמְרִי' בִּמְנָחוֹת קַנַּבּוֹס וָלוּף אָסְרָה תּוֹרָה שְׁאָר זְרָעִים כו' וּפִשְׁתָּן נָמֵי מִין זֶרַע כְּמוֹ קַנַּבּוֹס אֶלָּא דְּאִיצְטְרִיךְ בְּמָתְנֵי' לְמִשְׁרֵי פִּשְׁתָּן מִשּׁוּם דְּאִיקְרֵי עֵץ כְּדִכְתִיב וַתִּטְמְנֵם בְּפִשְׁתֵּי הָעֵץ וּכְמוֹ עֵץ הַדַּעַת לָמֶ"ד חִטָּה הָיְתָה וְקָרֵי לָהּ עֵץ אע"פ שֶׁאֵינָהּ עֵץ וְעוֹד דְּאָמַר בִּכְיָצֹד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מ: וְשָׁם) כָּל הֵיכָא דְּאִי שָׁקְלַתְּ לְפֵירָא וְלָא הָדַר אִילָנָא וּמַפִּיק לָא מְבָרְכִינַן עֲלֵיהּ בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ וּפִשְׁתָּן וְקַנַּבּוֹס וְצֶמֶר גֶּפֶן אִי שָׁקְלַתְּ לְפֵירָא הַייְנוּ הַזֶּרַע לָא הָדַר אִילָנָא וּמַפִּיק הִלְכָּךְ לָאו יוֹצֵא מִן הָעֵץ נִינְהוּ:
Tout ce qui provient de l'arbre, on n'allume pas : le Kountras a expliqué plus haut qu'il s'agit par exemple du chanvre et du coton. Rabbenou Tam n'est pas de cet avis, car il serait alors interdit d'allumer avec, alors qu'on voit chaque jour qu'on allume avec du coton, qui fait d'ailleurs une excellente mèche. Le Ri dit qu'il est certainement permis d'allumer avec du chanvre et du coton, car ils ne proviennent pas de l'arbre mais sont une semence, comme nous disons dans Menahot : la Tora a interdit le chanvre et le louf, les autres semences, etc. Le lin aussi est une espèce de semence, comme le chanvre ; mais il fallait que la michna vienne le permettre, parce qu'il est appelé arbre, comme il est écrit elle les cacha sous le lin de l'arbre, et à la manière de l'arbre de la connaissance selon l'avis qui dit que c'était du blé, appelé arbre bien qu'il n'en soit pas un. En outre, il est dit au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 40b) : partout où, si tu prends le fruit, l'arbre ne repousse pas et n'en produit pas de nouveau, on ne récite pas sur lui bore péri ha-ets ; or pour le lin, le chanvre et le coton, si tu prends le fruit, c'est-à-dire la semence, la plante ne repousse pas et n'en produit pas ; ils ne proviennent donc pas de l'arbre.
וְאֵין מִטַּמֵּא טֻומְאַת אֹהָלִים אֶלָּא פִּשְׁתָּן וְהָא דְּאָמַר לְעֵיל בְּפ"ק (שַׁבָּת דַּף יז.) וְעַל עַצְמָן בְּכָל שֶׁהֵן מַשְׁמַע דְּכָל הַכֵּלִים נַעֲשָׂה אֹהֶל לְקַבֵּל טֻומְאָה מֵחֲמַת אֹהֶל הָכָא אַיְירֵי בְּדָבָר הַקָּבוּעַ שֶׁחִיבְּרוֹ לְקַרְקַע אע"ג שֶׁמִּתְּחִילָּה הָיָה בֶּגֶד כֵּיוָן שֶׁחִיבְּרוֹ לְאֹהֶל בִּטְּלוֹ מִתּוֹרַת בֶּגֶד וְאֵין מִיטַּמֵּא אֶלָּא פִּשְׁתָּן אע"פ שֶׁהוּא מְחֻובָּר כְּדִכְתִיב וְהִזָּה עַל הָאֹהֶל כּוּ' וְקָשֶׁה לר"י דִּתְנַן בְּאֹהָלוֹת (פ"ח מ"א) אֵלּוּ מְבִיאִין וְחוֹצְצִין הַשִּׁידָּה וְהַתֵּיבָה כו' וְהַסְּדִינִים שֶׁהֵם עֲשׂוּיִם אֹהָלִים וְאֵיךְ חוֹצְצִין סְדִינִין שֶׁל פִּשְׁתָּן בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה וְהָא כָּל דָּבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה אֵינוֹ חוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה וְי"ל דְּמַיְירֵי בִּסְדִינִין שֶׁל מֶשִׁי וְקִבּוּעִין שֶׁאֵינָן מְטַמְּאִים וְרַשְׁבָּ"א פֵּירֵשׁ בַּמִּשְׁנָיוֹת בע"א:
Et ne contracte pas l'impureté des tentes, sauf le lin : quant à ce qui est dit plus haut au premier chapitre (Chabbat 17a), et pour eux-mêmes en quelque quantité que ce soit, ce qui signifie que tous les ustensiles forment une tente et contractent l'impureté du fait de la tente, ici il s'agit d'une chose fixe, attachée au sol : bien qu'à l'origine ce fut un vêtement, du moment qu'on l'a rattaché à la tente il perd son statut de vêtement, et seul le lin contracte alors l'impureté quoiqu'il soit attaché, comme il est écrit il aspergera sur la tente, etc. Le Ri objecte : nous avons appris dans Ohalot (8,1) que voici ce qui apporte l'impureté et ce qui fait écran, le coffre, la caisse, etc., ainsi que les draps disposés en tentes. Or comment des draps de lin feraient-ils écran devant l'impureté, alors que tout ce qui est susceptible de contracter l'impureté ne fait pas écran devant elle ? On peut répondre qu'il s'agit de draps de soie et fixés, qui ne contractent pas l'impureté. Et le Rachba a expliqué la chose autrement dans son commentaire des michnayot.
💡 Explication

La michna énonce deux règles sans rapport direct, réunies par leur exception. Pour la lampe de Chabbat, on ne fait pas de mèche avec ce qui provient de l'arbre, le lin excepté. Pour l'impureté des tentes, la toile qui abrite un mort demeure pure, le lin excepté.

La seconde règle ne dispense pas les ustensiles placés sous la tente, qui deviennent impurs dans tous les cas ; elle porte uniquement sur la toile elle-même, qu'il faudra purifier si elle est de lin.

Tossefot conteste l'exemple de Rachi : le chanvre et le coton sont des semences et non des produits de l'arbre, et l'usage courant est d'allumer avec du coton. Le lin figure ici justement parce que l'Écriture le nomme pichtéi ha-ets, le lin de l'arbre.

🖼️ Schéma
Une tente au-dessus d'un mort : qui devient impur ? Toile de la tente le mort ustensiles ustensiles impurs dans tous les cas Toile en laine, en soie, en cuir La toile reste pure : pas besoin de la tremper au mikve. Toile de lin La toile elle-même est impure, comme il est écrit il aspergera sur la tente.
L'impureté des tentes : la toile et ce qu'elle abrite ne suivent pas la même règle.
8
גְּמָ׳ מְנָלַן דְּפִשְׁתָּן אִיקְּרִי ״עֵץ״? אָמַר מַר זוּטְרָא: דְּאָמַר קְרָא ״וְהִיא הֶעֱלָתַם הַגָּגָה וַתִּטְמְנֵם בְּפִשְׁתֵּי הָעֵץ״.

GUEMARA. D'où savons-nous que le lin est appelé arbre ?

Mar Zoutra dit : parce que le verset dit, et elle les avait fait monter sur le toit et les avait cachés sous le lin de l'arbre.

💡 Explication

La Guemara demande la source du langage de la michna, puisque le lin ne ressemble pas à un arbre. Mar Zoutra la trouve dans le récit des explorateurs chez Rahav, où le texte dit pichté ha-ets, mot à mot le lin de l'arbre, pour désigner les tiges étendues sur le toit.

9
וְהַיּוֹצֵא מִן הָעֵץ אֵינוֹ מִטַּמֵּא טֻומְאַת אֹהָלִים, אֶלָּא פִּשְׁתָּן. מִנָּלַן? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: גָּמַר ״אֹהֶל״ ״אֹהֶל״

Et ce qui provient de l'arbre ne contracte pas l'impureté des tentes, sauf le lin. D'où le savons-nous ?

Rabbi Elazar dit : il l'apprend par ohel et ohel,

💡 Explication

La seconde règle de la michna reçoit elle aussi une source. Rabbi Elazar la tire d'une gezera chava, une analogie verbale fondée sur la reprise d'un même mot dans deux contextes, ici le mot ohel, tente.

Le terme apparaît dans la loi de l'impureté du mort et dans un autre passage où il désigne un ouvrage de lin ; l'analogie transporte de l'un à l'autre la définition de la matière. Le développement se poursuit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).