Sougya : Le daf achève la baraita de l'école de Rabbi Yichmael, selon laquelle le mot beged de la Tora désigne la laine et le lin, et le af kol vient inclure les tsitsit. La Guemara demande pourquoi cette inclusion est nécessaire, puisque les tsitsit sont déjà rattachés au chaatnez par la contiguïté des versets ; la réponse mobilise la contradiction de Rava entre ha-kanaf, qui veut des tsitsit de l'espèce du talit, et tsemer ou-fichtim, qui les veut de laine et de lin.
Rav Aha fils de Rava demande ensuite pourquoi le terme d'amplification acher tekhassé ba n'inclut pas les autres étoffes ; la Guemara réserve cette amplification au vêtement de l'aveugle et exclut le vêtement de nuit, au motif que le premier est vu par autrui. Abaye rapproche alors Rabbi Chimon ben Elazar et Soumkhos : ce qui contracte l'impureté des negaim ne peut servir de skhakh.
Le daf s'achève sur la michna qui fait du lin une double exception, pour la mèche de Chabbat et pour l'impureté des tentes, et sur les deux sources que la Guemara lui trouve.
Pour inclure les tsitsit. Mais les tsitsit, c'est écrit explicitement : tu ne porteras pas de chaatnez, de la laine et du lin, et il est écrit ensuite : tu te feras des cordons torsadés !
Tu aurais pu penser comme Rava. Car Rava posait une contradiction : il est écrit ha-kanaf, le pan, ce qui indique de l'espèce du pan, et il est écrit de la laine et du lin ensemble.
Comment cela ? La laine et le lin acquittent aussi bien dans leur espèce que hors de leur espèce ; les autres espèces, dans leur espèce elles acquittent, hors de leur espèce elles n'acquittent pas.
Tu aurais pu penser comme Rava : il nous l'enseigne donc.
Le passage achève la baraita de l'école de Rabbi Yichmael : partout où la Tora dit beged, vêtement, elle vise la laine et le lin, et la formule af kol vient inclure un cas de plus, ici les tsitsit.
L'objection porte sur la nécessité de cette inclusion. Dans la Tora, l'interdiction du chaatnez et l'ordre de faire des gedilim se suivent immédiatement ; cette contiguïté suffit déjà à rattacher les tsitsit à la laine et au lin.
La réponse mobilise la contradiction de Rava, entre le mot ha-kanaf, qui demande des fils de l'espèce du pan, et tsemer ou-fichtim, qui les demande de laine et de lin. Rava résout la contradiction au niveau des fils : la laine et le lin acquittent n'importe quel talit, les autres matières seulement un talit de leur espèce. Dans cette lecture, un talit de soie demeure astreint, et la contiguïté des versets ne dispense rien. Le af kol tranche autrement : la sujétion elle-même se limite à la laine et au lin.
Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : selon le tana de l'école de Rabbi Yichmael, en quoi l'impureté est-elle différente, qu'il y inclue les autres vêtements, puisqu'il est écrit ou un vêtement ? Ici aussi, qu'il dise d'inclure les autres vêtements à partir de dont tu te couvres !
Ce terme est venu inclure le vêtement de l'aveugle. Car il a été enseigné : et vous le verrez, à l'exclusion du vêtement de nuit.
Tu dis à l'exclusion du vêtement de nuit, ou bien n'est-ce pas plutôt à l'exclusion du vêtement de l'aveugle ? Lorsque le verset dit dont tu te couvres, voilà que le vêtement de l'aveugle est déjà énoncé.
Dès lors, comment maintenir et vous le verrez ? À l'exclusion du vêtement de nuit.
Rav Aha part d'une comparaison interne à la baraita. Pour l'impureté, le tana a élargi le champ au-delà de la laine et du lin grâce au terme o beged, ou un vêtement, lu comme une amplification. Pourquoi ne pas faire de même pour les tsitsit avec acher tekhassé ba, dont tu te couvres, qui paraît tout aussi superflu ?
La réponse réserve cette amplification à un autre usage : le vêtement de l'aveugle. Une baraita le montre en opposant deux exclusions possibles du mot ou-r'item, et vous le verrez : le vêtement de nuit ou celui de l'aveugle. Puisque acher tekhassé ba inclut déjà l'aveugle, l'exclusion tirée de ou-r'item ne peut viser que le vêtement de nuit.
Et qu'as-tu vu pour inclure l'aveugle et exclure le vêtement de nuit ? J'inclus le vêtement de l'aveugle, qui se trouve dans le champ de la vue chez les autres, et j'exclus le vêtement de nuit, qui ne se trouve pas dans le champ de la vue chez les autres.
La question ou ma raita, qu'as-tu vu, demande sur quel critère on répartit l'inclusion et l'exclusion, puisque les deux cas sont à première vue symétriques.
Le critère retenu par Rachi est la coexistence des deux versets. Le vêtement de l'aveugle reste vu par autrui en plein jour, de sorte que ou-r'item garde un sens à son sujet. Le vêtement de nuit échappe à tout regard : l'inclure reviendrait à supprimer purement et simplement l'exigence de la vue.
Et dis donc qu'il vient inclure les autres vêtements ! Il est logique que, le verset traitant de laine et de lin, il inclue de la laine et du lin.
Le verset traite de laine et de lin, et il inclurait les autres vêtements ?
La Guemara revient à la suggestion écartée : peut-être l'amplification vise-t-elle les autres étoffes plutôt que l'aveugle. La réponse tient à une règle d'interprétation générale, kai be-tsemer ou-fichtim : une amplification prolonge le sujet dont le verset traite, elle ne le renverse pas.
Le verset parlant de laine et de lin, il peut ajouter un cas de laine et de lin, celui de l'aveugle, mais il ne saurait ajouter des matières tout autres. Tossefot prévient l'objection symétrique que l'on pourrait tirer du sujet parlant, en rappelant que la mitsva est attachée au vêtement, non à la personne.
Abaye dit : Rabbi Chimon ben Elazar et Soumkhos ont dit une seule et même chose. Rabbi Chimon ben Elazar, c'est ce que nous avons rapporté.
Soumkhos, car il a été enseigné : Soumkhos dit, s'il a couvert la souka avec du fil filé, elle est passoul (invalide), parce que le fil filé contracte l'impureté des negaim (les plaies de lèpre).
Abaye rapproche deux énoncés qui portent sur des sujets différents et reposent sur un même principe. Rabbi Chimon ben Elazar exclut le lin du skhakh, la couverture de la souka ; Soumkhos invalide une souka couverte de fil filé.
Le point commun est le motif : une matière susceptible de contracter l'impureté des negaim ne peut servir de skhakh. La nouveauté tient à ce que cette susceptibilité suffit, alors même que la matière ne reçoit pas l'impureté ordinaire par contact, celle des chratsim.
Tossefot affine le rapprochement : chez Soumkhos l'invalidation du filé relève de la Tora, tandis que chez Rabbi Chimon ben Elazar l'exclusion du lin peigné mais non filé relève d'un décret des Sages, ajouté par proximité avec le filé.
Selon qui ? Selon ce tana, car nous avons appris : la chaîne et la trame contractent l'impureté des negaim immédiatement, paroles de Rabbi Meir.
Et Rabbi Yehouda dit : la chaîne, des lors qu'on la retire du chaudron, et la trame, immédiatement ; et les ônin de lin, dès lors qu'ils ont été blanchis.
La Guemara cherche l'appui tannaitique de Soumkhos. La michna citée fixe le moment où le fil devient susceptible de contracter l'impureté des negaim, moment qui dépend de l'étape de fabrication atteinte.
Pour Rabbi Meir, le filage suffit, pour la chaîne comme pour la trame. Rabbi Yehouda distingue : la trame immédiatement, la chaîne seulement après le passage au chaudron, les ônin de lin après blanchiment. Rachi propose deux lectures de la question, l'une rapportée à Soumkhos, l'autre à Abaye, et Tossefot discute si les ônin désignent du lin filé ou non filé.
MICHNA. Tout ce qui provient de l'arbre, on n'allume pas avec, sauf le lin.
Et tout ce qui provient de l'arbre ne contracte pas l'impureté des tentes, sauf le lin.
La michna énonce deux règles sans rapport direct, réunies par leur exception. Pour la lampe de Chabbat, on ne fait pas de mèche avec ce qui provient de l'arbre, le lin excepté. Pour l'impureté des tentes, la toile qui abrite un mort demeure pure, le lin excepté.
La seconde règle ne dispense pas les ustensiles placés sous la tente, qui deviennent impurs dans tous les cas ; elle porte uniquement sur la toile elle-même, qu'il faudra purifier si elle est de lin.
Tossefot conteste l'exemple de Rachi : le chanvre et le coton sont des semences et non des produits de l'arbre, et l'usage courant est d'allumer avec du coton. Le lin figure ici justement parce que l'Écriture le nomme pichtéi ha-ets, le lin de l'arbre.
GUEMARA. D'où savons-nous que le lin est appelé arbre ?
Mar Zoutra dit : parce que le verset dit, et elle les avait fait monter sur le toit et les avait cachés sous le lin de l'arbre.
La Guemara demande la source du langage de la michna, puisque le lin ne ressemble pas à un arbre. Mar Zoutra la trouve dans le récit des explorateurs chez Rahav, où le texte dit pichté ha-ets, mot à mot le lin de l'arbre, pour désigner les tiges étendues sur le toit.
Et ce qui provient de l'arbre ne contracte pas l'impureté des tentes, sauf le lin. D'où le savons-nous ?
Rabbi Elazar dit : il l'apprend par ohel et ohel,
La seconde règle de la michna reçoit elle aussi une source. Rabbi Elazar la tire d'une gezera chava, une analogie verbale fondée sur la reprise d'un même mot dans deux contextes, ici le mot ohel, tente.
Le terme apparaît dans la loi de l'impureté du mort et dans un autre passage où il désigne un ouvrage de lin ; l'analogie transporte de l'un à l'autre la définition de la matière. Le développement se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).