Sougya : Le folio prolonge la règle de la michna selon laquelle, parmi tout ce qui provient de l'arbre, seul le lin devient impur comme tente au-dessus d'un mort. La guemara en donne la source : une guezera chava entre le mot tente du verset sur l'impureté du mort et le mot tente employé pour le Michkan, dont les tentures étaient de lin.
Elle mesure ensuite la portée exacte de ce rapprochement, en écartant deux excès : exiger du lin les caractéristiques techniques du Michkan, ou au contraire tout inclure au nom de la répétition du mot tente. La discussion se déplace alors sur les couches du Michkan — planches, tentures, couvertures de peaux — et sur la question de Rabbi Elazar : la peau d'une bête impure contracte-t-elle l'impureté de tente ?
Rav Ada bar Ahava y voit une interrogation sur l'identité du tahach, tandis que Rava cherche une source par les negaim puis par les chratsim ; Rava de Barnich réfute la construction, et la page s'interrompt au moment où il propose autre chose.
Du Michkan. Il est écrit ici : Voici la Tora : un homme qui meurt dans une tente ; et il est écrit là-bas : Et il déploya la tente sur le Michkan.
De même que là-bas, ce qui est de lin est appelé tente, de même ici, ce qui est de lin est appelé tente. Si oui, de même que là-bas les fils étaient torsadés et leur fil doublé six fois, de même ici faudrait-il qu'ils soient torsadés et leur fil doublé six fois ? — Talmud lomar (le verset enseigne) : tente, tente, le verset a amplifié.
Et si tente, tente amplifie, alors même toute chose serait incluse ! S'il en est ainsi, à quoi la guezera chava (analogie verbale) sert-elle donc ?!
La michna enseignait que, parmi tout ce qui provient de l'arbre, seul le lin devient impur comme tente (ohel) au-dessus d'un mort. La guemara en donne la source par une guezera chava : le mot ohel du verset sur l'impureté du mort est rapproché du mot ohel employé pour le Michkan, dont les tentures étaient de lin.
Une guezera chava transporte tout le modèle. La guemara teste donc jusqu'où elle va : faudrait-il aussi que les fils soient torsadés (chézourin) et doublés six fois, comme au Michkan ? La réponse tient à la répétition du mot ohel, qui vaut ribouy (amplification) : elle relâche ces exigences techniques.
La guemara pousse alors dans l'autre sens : un ribouy sans limite inclurait toute matière. La réponse fixe la borne — une amplification totale priverait la guezera chava de toute fonction. Les deux procédés se limitent mutuellement, et il reste le lin.
Et dis plutôt : de même que là-bas il y a des planches, de même ici des planches ! Le verset a dit : Et tu feras des planches pour le Michkan.
Le Michkan est appelé Michkan, et les planches ne sont pas appelées Michkan. Mais s'il en est ainsi, [du verset] Et tu feras une couverture pour la tente, on devrait déduire de même que la couverture n'est pas appelée tente.
Or alors, cette question que Rabbi Elazar a posée : la peau d'une bête impure, qu'en est-il, contracte-t-elle l'impureté dans la tente du mort ? Voilà que la peau d'une bête pure ne la contracterait pas — faut-il encore poser la question pour la peau d'une bête impure ?! — Il en va autrement là-bas, car le verset l'a rattachée de nouveau, comme il est écrit : Et ils porteront les tentures du Michkan et la tente d'assignation, sa couverture, et la couverture de tahach qui est par-dessus.
Il rapproche le supérieur de l'inférieur : de même que l'inférieur est appelé tente, de même le supérieur est appelé tente.
La guezera chava va chercher son modèle dans le Michkan ; encore faut-il savoir quelle pièce du Michkan porte le nom de tente. Première tentative : les planches (kerachim). Le verset y coupe court — il dit pour le Michkan, ce qui les place au service du Michkan sans les identifier à lui.
La guemara retourne aussitôt l'argument. Le même tour de langue apparaît pour les couvertures de peaux : une couverture pour la tente. Elles sortiraient donc du nom de tente, et la question de Rabbi Elazar sur la peau d'une bête impure deviendrait sans objet, puisque même la peau d'une bête pure serait exclue.
La réponse mobilise un autre verset, celui des porteurs lévites (Bamidbar 4:25), qui énumère ensemble les tentures et les couvertures. Ce hekesh (rapprochement) replace le revêtement supérieur au rang de l'inférieur, et rend son objet à la question de Rabbi Elazar.
La chose elle-même. Rabbi Elazar a demandé : la peau d'une bête impure, qu'en est-il, contracte-t-elle l'impureté de tente ?
Que lui faisait donc question ? Rav Ada bar Ahava a dit : le tahach qui existait aux jours de Moche lui faisait question — était-il impur ou était-il pur ?
Rav Yossef a dit : que peut-il bien demander ? Nous l'avons déjà appris : seule la peau d'un animal pur a été déclarée apte au travail du Ciel !
Le mot goufa signale que la guemara revient au propos cité en passant pour le traiter pour lui-même. La question de Rabbi Elazar paraissait déjà résolue : puisque tout se déduit du Michkan, et que le Michkan employait des peaux d'animaux purs, une peau impure devrait rester hors du nom de tente.
Rav Ada bar Ahava déplace donc la question sur un point de realia : l'espèce appelée tahach au temps de Moche était-elle pure ou impure ? Si elle était impure, le Michkan lui-même aurait comporte une peau impure, et la guezera chava l'inclurait.
Rav Yossef tient la question pour close par une michna : seule la peau d'un animal pur fut déclarée apte au travail du Ciel. Le tahach était donc une espèce pure.
Rabbi Abba a objecté : Rabbi Yehouda dit : il y avait deux couvertures, l'une de peaux de béliers teintes en rouge et l'autre de peaux de tehachim. Rabbi Nehemia dit : il y avait une seule couverture, et elle ressemblait à une sorte de tela ilan.
Mais le tela ilan est impur ! Voici ce qu'il a voulu dire : elle était comme un tela ilan en ce qu'elle présentait de nombreuses couleurs, sans être un tela ilan.
Car là-bas il est impur, tandis qu'ici il est pur. Rav Yossef a dit : s'il en est ainsi, voilà pourquoi nous traduisons sasgona — qu'il se réjouit (sass) de ses nombreuses couleurs.
Rabbi Abba objecte à Rav Yossef depuis une baraita. Pour Rabbi Yehouda, le Michkan portait deux couvertures superposées ; pour Rabbi Nehemia, une seule, faite pour moitié de peaux de béliers et pour moitié de peaux de tehachim, ressemblant à l'animal nommé tela ilan.
La difficulté tient à ce que le tela ilan est une espèce impure : Rabbi Nehemia contredirait la michna citée par Rav Yossef. La guemara précise alors le sens de la comparaison — elle porte sur la bigarrure, le tahach ayant de nombreuses couleurs comme le tela ilan, tout en appartenant à une espèce pure.
Rav Yossef trouve dans cette lecture un appui : le targoum rend tahach par sasgona, décomposé en sass be-gvanim, il se réjouit de ses couleurs. Le nom même de l'animal désigne sa bigarrure.
Rava a dit : que la peau d'une bête impure contracte l'impureté dans la tente du mort se tire d'ici, car il est enseigné dans une baraita : [le verset aurait pu écrire] or (peau), [et il écrit] o ve-or (ou dans une peau) — il a amplifié pour inclure la peau d'une bête impure, ainsi que l'étoffe qui a été atteinte d'un nega entre les mains du cohen. S'il a découpé un morceau de chacune d'elles et en a fait une seule pièce, d'où le sait-on ?
Talmud lomar : ou dans tout ouvrage de peau. Et il y a lieu de réfuter : que dire des negaim, où la chaîne et la trame contractent l'impureté ?
Rava abandonne la voie du Michkan et cherche une source directe. Il la trouve dans la baraita des negaim : le verset (Vayikra 13:48) pouvait écrire o or et écrit o ve-or ; cette lettre en trop vaut ribouy et inclut la peau d'une bête impure.
La même baraita tire deux autres inclusions : l'étoffe qui devient lépreuse pendant qu'elle se trouve entre les mains du cohen, et la pièce composite faite de morceaux découpés dans chacune des matières énumérées par le verset.
La guemara oppose aussitôt une pirka (réfutation) : les negaim forment un régime plus sévère, puisque la chaîne et la trame y contractent l'impureté avant tissage. Un cas plus sévère ne peut rien enseigner à un cas plus léger.
Il l'apprend plutôt des chratsim, car il est enseigné dans une baraita : or (peau) — je n'ai là que la peau d'une bête pure ; la peau d'une bête impure, d'où la tirer ? Talmud lomar : o or (ou une peau).
Et il y a lieu de réfuter : que dire des chratsim, qui rendent impur dès la taille d'une lentille ? Les negaim le prouveront.
Et le raisonnement est revenu à son point de départ : le cas de l'un ressemble au cas de l'autre sans lui être identique, et le cas de l'autre ressemble au cas de l'un sans lui être identique ; leur point commun est que la peau y contracte l'impureté, et que le verset y a rendu la peau d'une bête impure semblable à la peau d'une bête pure. Moi aussi j'apporterai la tente du mort, où la peau contracte l'impureté, et nous y rendrons la peau d'une bête impure semblable à la peau d'une bête pure.
Rava se rabat sur une seconde source, la baraita des chratsim (Vayikra 11:32), où un ribouy semblable inclut la peau d'une bête impure. La même objection revient sous une autre forme : les chratsim rendent impur dès la taille d'une lentille, alors que le mort exige une olive.
La guemara construit alors un binyan av à deux sources. Les negaim neutralisent la sévérité propre aux chratsim, les chratsim neutralisent celle des negaim, et il reste le tsad ha-chave, le trait partagé : dans les deux domaines, la peau contracte l'impureté, et la peau d'une bête impure y est traitée comme celle d'une bête pure.
Ce trait partagé est ensuite étendu à la tente du mort, où la peau contracte également l'impureté. La formule af ani avi (moi aussi j'apporterai) est la marque classique de cette extension.
Rava de Barnich a dit à Rav Achi : il y a lieu de réfuter — que dire de leur point commun ? Il inclut le fait qu'ils rendent impur avec moins d'une olive, alors que pour le mort, l'impureté ne se transmet qu'à partir d'une olive.
La réfutation porte sur la définition même du tsad ha-chave. En cherchant ce que les negaim et les chratsim partagent, on a retenu un seul trait ; Rava de Barnich montre qu'ils en partagent un second, passé sous silence.
Les chratsim rendent impur dès la taille d'une lentille, les negaim dès la taille d'un gris : dans les deux cas, moins d'une olive. Cette sévérité commune reste absente de l'impureté du mort, qui réclame un kezayit. Le binyan av tombe donc, et la source doit être cherchée ailleurs.
Rava de Barnich a plutôt dit :
Le folio s'interrompt sur l'annonce d'une nouvelle proposition. Celui-là même qui vient de réfuter le binyan av prend la parole pour offrir une autre voie, développée au début de 28b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).