Shabbat 28b — La peau kacher dans l'ouvrage du Ciel, l'énigme du tahach, et la mèche de tissu pliée (mahloket R. Eliezer / R. Akiva)

Shabbat 28b

Sougya : Le daf achève la recherche ouverte en 28a sur la peau d'un animal impur. Un kal va-homer tiré du poil de chèvre montre qu'elle aussi contracte l'impureté d'ohel ha-met, et la couverture du Michkan cesse donc de prouver quoi que ce soit sur l'espèce du tahach.

L'enseignement de Rav Yossef, selon lequel seule la peau d'un animal kacher a été déclarée apte pour l'ouvrage du Ciel, se trouve alors sans objet : la Guemara lui cherche une application dans les téfilines et écarte successivement les parchemins, le cuir des boîtiers, le poil et les tendons, pour la retenir enfin sur les lanières. Vient ensuite la réponse de Rabbi Meir sur le tahach de Moche, créature à corne unique que les Sages n'ont pas classée entre haya et behema.

La seconde moitié du daf ouvre la michna de la mèche faite d'un vêtement plié et non roussi : Rabbi Eliezer la tient pour susceptible d'impureté et interdit d'allumer avec elle, Rabbi Akiva la déclare pure et permet l'allumage. La Guemara ramène leur désaccord au seul point du kipoul, le pliage, et en tire la lecture d'un cas étroit, trois sur trois exactement, un Yom Tov tombant la veille de Chabbat.

À quoi sert l'enseignement de Rav Yossef ? Les cinq applications éprouvées Seule la peau d'un animal kacher a été déclarée apte pour l'ouvrage du Ciel (melekhet chamayim) 1. La couverture du Michkan les peaux de tahach des tentures Écarte : le kal va-homer du poil de chèvre établit que la peau d'un animal impur contracte elle aussi l'impureté d'ohel ha-met. Le Michkan ne prouve rien. 2. Les téfilines : les parchemins sur lesquels on écrit les parachiyot Écarte : un verset l'énonce déjà, afin que la Torah soit dans ta bouche, d'où la règle min ha-moutar be-fikha, de ce qui t'est permis à la bouche. 3. Le cuir des boîtiers où les parachiyot sont déposées Écarte : Abaye tient que le chin des téfilines est halakha le-Moche mi-Sinaï ; une lettre du Nom est formée dans les plis du cuir, le verset le régit donc aussi. 4. Le poil et les tendons enrouler les rouleaux, coudre les boîtiers Écarte : une baraita l'enseigne déjà comme halakha le-Moche mi-Sinaï, avec la forme carrée des téfilines. 5. Les lanières (retsouot) application retenue par la Guemara Retenu : Rabbi Yits'hak a bien reçu du Sinaï que les lanières soient noires, la kachrout de la peau reste donc à enseigner, et c'est l'apport de Rav Yossef. Le procédé est constant : une règle déjà connue par un verset ou par une halakha du Sinaï ne peut pas être l'objet de l'enseignement d'un amora.
La Guemara essaie cinq applications de la règle de Rav Yossef et n'en retient que la dernière, celle des lanières.
Le tahach des jours de Moche : deux questions, une seule réponse Rabbi Meir (par R. Chimon ben Lakich) une créature à part, à corne unique, puis soustraite Était-il kacher ? La corne unique le prouve : le taureau offert par Adam n'avait qu'une corne au front (Tehilim 69,32). Le mot lu makrin est écrit sans youd, donc au singulier. Réponse : oui, kacher. Haya ou behema ? Le taureau d'Adam suggère behema (domestique), mais le keresh, qui est une haya (sauvage), n'a lui aussi qu'une seule corne. Réponse : non tranché. Pourquoi la question reste ouverte La corne unique atteste l'espèce kacher, elle ne sépare pas les domestiques des sauvages, puisque les deux camps comptent un animal à une corne. Nafka mina de l'enjeu haya / behema : la graisse (helev) et la couverture du sang, qui obéissent à des règles différentes pour l'une et pour l'autre. Le tahach ayant été soustrait au monde après le Michkan, la question demeure théorique.
La corne unique répond à la question de la kachrout et laisse ouverte celle du classement entre haya et behema.
La mèche faite d'un vêtement plié : une seule divergence, deux conséquences Le cas de la michna Un morceau de tissu plié en forme de mèche, que l'on n'a pas passé à la flamme pour le roussir (hivhouv). Point unique en débat : le pliage (kipoul) suffit-il à faire perdre au tissu son statut de vêtement, donc d'ustensile ? Le roussissement, lui, annulerait ce statut de l'avis de tous. Rabbi Eliezer le pliage n'a pas d'effet Impureté : temea Le tissu reste un vêtement et reçoit l'impureté. Allumage : interdit Dès qu'un peu brûle, le tissu passe sous trois sur trois : c'est un débris d'ustensile ne à Yom Tov. Rabbi Akiva le pliage a un effet Impureté : tehora Le pliage annule le vêtement, plus d'impureté. Allumage : permis L'ustensile a disparu la veille de Yom Tov : on allume avec du simple bois, sans débris. Les trois données admises par les deux maîtres (R. Elazar au nom de Rav Ochaya, et Rav Ada bar Ahava) 1. Le tissu mesure trois sur trois doigts exactement : un peu plus, et tous permettraient l'allumage. 2. Il s'agit d'un Yom Tov tombant la veille de Chabbat, seul cadre où l'interdit de mouktse est en jeu. 3. Comme Rabbi Yehouda : on fait du feu avec des ustensiles, non avec des débris brisés ce jour-là (nolad). 4. Comme Oulla : celui qui allume doit embraser la plus grande partie de la mèche qui sort de la lampe. Sans la quatrième donnée, il pourrait retirer ses mains avant que le tissu ne diminue, et la difficulté tomberait.
Une seule divergence, celle du pliage, commande à la fois le statut d'impureté et la permission d'allumer.
1
אָתְיָא בְּקַל וָחֹומֶר מִנּוֹצָה שֶׁל עִזִּים, שֶׁאֵין מְטַמֵּא בִּנְגָעִים — מְטַמֵּא בְּאֹהֶל הַמֵּת, עוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה שֶׁמִּטַּמְּאָה בִּנְגָעִים — אֵינוֹ דִּין שֶׁמִּטַּמְּאָה בְּאֹהֶל הַמֵּת.

Cela se déduit par un kal va-homer (raisonnement à fortiori) tiré du poil de chèvre : lui qui ne contracte pas l'impureté des nega'im (atteintes de tsaraat sur les étoffes) contracte pourtant l'impureté par ohel ha-met (le fait de servir de tente au-dessus d'un mort) ; la peau d'un animal impur, qui contracte l'impureté des nega'im, n'est-il pas juste qu'elle contracte l'impureté par ohel ha-met ?

📜 Rachi (2)
שֶׁאֵינָהּ מְטַמְּאָה בִּנְגָעִים דְּהָא צֶמֶר וּפִשְׁתִּים כְּתִיב:
Qui ne contracte pas l'impureté des nega'im — car le verset écrit laine et lin.
מְטַמֵּא בְּאֹהֶל הַמֵּת אִם עֲשָׂאוֹ אֹהֶל דְּהָא מִמִּשְׁכָּן גָּמַר לֵיהּ וְעִיקַּר אֹהֶל דִּכְתִיב בַּמִּשְׁכָּן בִּירִיעוֹת עִזִּים כְּתִיב הָא דִּכְתִיב בַּסְּפָרִים כָּל מַעֲשֵׂה עִזִּים ל"ג לֵיהּ דְּמֵהָכָא לָא נָפְקָא לָן אֹהֶל דִּבְכֵלִים הוּא דִּכְתִיב וְכִדְאָמַר בְּעָלְמָא לְהָבִיא דָּבָר הַבָּא מִן הָעִזִּים מִן הַקַּרְנַיִם וּמִן הַטְּלָפַיִם:
Contracte l'impureté par ohel ha-met — s'il en a fait une tente ; car on le déduit du Michkan, et la tente proprement dite dont il est écrit dans le Michkan est écrite à propos des tentures en poil de chèvre. Quant à la version qui figure dans certains livres, tout ouvrage de chèvre, il ne faut pas la lire : de là on ne déduit pas la tente, puisque ce verset est écrit à propos des ustensiles, comme il est dit ailleurs qu'il vient inclure ce qui provient des chèvres, des cornes et des sabots.
🗂️ Tossefot (3)
אָתְיָא בְּק"ו מִנּוֹצָה שֶׁל עִזִּים וא"ת נֵימָא שְׁתִי וָעֵרֶב יוֹכִיחַ שֶׁמְּטַמֵּא בִּנְגָעִים וְאֵינוֹ מְטַמֵּא בְּמֵת אַף אֲנִי אָבִיא עוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה כּוּ' וְעוֹד קָשֶׁה אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ קְרָא בִּשְׁרָצִים לְעוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה לַיְּתֵי בק"ו מִנּוֹצָה שֶׁל עִזִּים שֶׁאֵין מִיטַּמֵּא בִּנְגָעִים מִיטַּמֵּא בִּשְׁרָצִים וי"ל דְּאִי לָא הֲוָה כְּתִיב קְרָא בִּשְׁרָצִים לֵיכָּא לְמֵילַף עוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה בק"ו מִנְּגָעִים לֹא בִּשְׁרָצִים וְלֹא בְּאֹהֶל הַמֵּת דְּאִיכָּא לְמֵימַר שְׁתִי וָעֵרֶב יוֹכִיחַ אֲבָל הַשְׁתָּא דִּכְתִיב טֻומְאָה בִּשְׁרָצִים יָלְפִינַן שַׁפִּיר בק"ו מִנְּגָעִים שֶׁיְּטַמֵּא בְּאֹהֶל הַמֵּת וְלֵיכָּא לְמֵימַר שְׁתִי וָעֵרֶב יוֹכִיחַ דְּמַה לִשְׁתֵּי וְעֵרֶב שֶׁכֵּן אֵינוֹ מְטַמֵּא בְּשִׁרְצֵי' תֹּאמַר בְּעוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה שֶׁמְּטַמֵּא בִּשְׁרָצִים הָכִי נָמֵי יְטַמֵּא בְּאֹהֶל הַמֵּת:
Cela se déduit par un kal va-homer tiré du poil de chèvre — on pourrait objecter : disons que le cheti va-erev (fil de chaîne et de trame) le réfute, lui qui contracte l'impureté des nega'im et non celle du mort ; j'en dirai autant de la peau d'un animal impur. Autre difficulté : pourquoi un verset était-il nécessaire à propos des cherotzim (petites bêtes impures) pour la peau d'un animal impur ? Qu'elle se déduise par kal va-homer du poil de chèvre, qui ne contracte pas l'impureté des nega'im et contracte celle des cherotzim. On peut répondre que, si le verset des cherotzim n'avait pas été écrit, on ne pourrait rien déduire pour la peau d'un animal impur par kal va-homer depuis les nega'im, ni pour les cherotzim ni pour ohel ha-met, car on dirait que le cheti va-erev réfute. Mais maintenant que l'impureté est écrite à propos des cherotzim, on déduit bien par kal va-homer depuis les nega'im qu'elle contracte l'impureté par ohel ha-met, et l'on ne peut plus dire que le cheti va-erev réfute : ce qui vaut du cheti va-erev, c'est qu'il ne contracte pas l'impureté des cherotzim, tandis que la peau d'un animal impur la contracte ; elle contractera donc aussi celle d'ohel ha-met.
ור"י אוֹמֵר דְּלֵיכָּא לְמֵימַר שְׁתִי וָעֵרֶב יוֹכִיחַ דְּהָכִי עֲבִיד ק"ו וּמַה נוֹצָה שֶׁל עִזִּים שֶׁאֵין מִטַּמֵּא בִּנְגָעִים מִטַּמֵּא בְּאֹהֶל הַמֵּת כִּכְלִי הֶעָשׂוּי מִנּוֹצָה שֶׁל עִזִּים עוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה שֶׁטָּמֵא בִּנְגָעִים אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּטַמֵּא בְּאֹהֶל הַמֵּת כְּכֵלָיו דְּהָשְׁתָּא לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר שְׁתִי וָעֵרֶב יוֹכִיחַ שֶׁמְּטַמֵּא בִּנְגָעִים וְלֹא בְּאֹהֶל הַמֵּת דִּשְׁתִי וְעֵרֶב אֵין שַׁייָּךְ בּוֹ כְּלִי וְאֵין לוֹמַר דְּכָל הַיּוֹצֵא מִן הָעֵץ וְעֶצֶם יוֹכִיחַ שֶׁמְּטַמֵּא בִּנְגָעִים וְאֵינוֹ מְטַמֵּא בְּמֵת דְּמַה שֶׁמְּטַמֵּא בִּנְגָעִים אֵינוֹ מֵחֲמַת עַצְמוֹ אֶלָּא מֵחֲמַת הַבַּיִת דְּהָא בַּיִת שֶׁסִּיכְּכוֹ בִּזְרָעִים אָמַר בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב דִּמְטַמֵּא בִּנְגָעִים אֲבָל נוֹצָה וְהָעוֹר מְטַמֵּא מֵחֲמַת עַצְמוֹ. וּמָהָרָ"ם כָּתַב דְּלֵיכָּא לְמֵימַר שְׁתִי וָעֵרֶב יוֹכִיחַ דְּמַה לִשְׁתֵּי וְעֵרֶב שֶׁכֵּן אֵין מְטַמְּאִין לֹא בְּמֵת וְלֹא בש"ז תֹּאמַר בְּעוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה דִּמְטַמֵּא דְּהָא כְּתִיב בְּמֵת ובש"ז כָּל בֶּגֶד וְכָל כְּלִי עוֹר. וּלְעֵיל כִּי פָּרֵיךְ מַה לִשְׁרָצִים לֵיכָּא לְמֵימַר נְגִיעַת מֵת וש"ז יוֹכִיחַ דְּמַה לְכוּלְּהוּ שֶׁכֵּן פָּחוֹת מִכַּזַּיִת דִּנְגִיעַת מֵת בְּכַשְּׂעוֹרָה וש"ז בְּמַשֶּׁהוּ אוֹ בַּחֲתִימַת פִּי הָאַמָּה (וְהוּא תי' דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא בִּשְׁרָצִים לְאַפּוֹקֵי מֵהֶיקֵּשׁ דְּשַׂק) וְזֶה אֵין נִרְאֶה דע"כ דְּגַם לְעִנְיַן אֹהֶל הָוֵי שִׁיעוּרוֹ בִּכְזַיִת לְהָבִיא טֻומְאָה עַל כָּל הַכֵּלִים וְעַל עַצְמָן אַפֵּי' יוֹצֵא מִן הָעֵץ דְּזֶהוּ תָּלוּשׁ קיי"ל דְּמֵבִיא ונ"ל דְּלָא שַׁיָּיךְ כְּלָל לְמֵימַר אֹהֶל תָּלוּשׁ יוֹכִיחַ כֵּיוָן דְּלָא אָתֵינָא לְמֵילַף אֶלָּא לְעִנְיַן אֹהֶל הַמְחֻובָּר דְּלָא מְטַמֵּא אֶלָּא מַאי דְּיָלְפִי' מִמִּשְׁכָּן וְכִי הַאי גַּוְונָא אִיכָּא בפ"ק דִּמְנָחוֹת גַּבֵּי טְרֵיפָה שֶׁהָיְתָה לָהּ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר דְּלָא יָלְפִינַן מִטְּרֵיפָה שֶׁלֹּא הָיְתָה לָהּ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר אפ' בַּמֶּה הַצַּד [ת"י]:
Et Rabbenou Yits'hak dit qu'on ne peut pas invoquer la réfutation du cheti va-erev, car voici comment se construit le kal va-homer : si le poil de chèvre, qui ne contracte pas l'impureté des nega'im, contracte pourtant l'impureté par ohel ha-met à la manière d'un ustensile fait de poil de chèvre, la peau d'un animal impur, qui contracte l'impureté des nega'im, n'est-il pas juste qu'elle contracte l'impureté par ohel ha-met à la manière de ses ustensiles ? Dès lors on ne peut plus invoquer le cheti va-erev, qui contracte l'impureté des nega'im et non celle d'ohel ha-met, puisque la notion d'ustensile ne s'applique pas à lui. Et l'on ne peut pas non plus dire que tout ce qui provient du bois, ainsi que l'os, le réfutent, eux qui contractent l'impureté des nega'im et non celle du mort : car ce qui les rend impurs dans les nega'im ne vient pas d'eux-mêmes mais de la maison, puisqu'une maison couverte de semences contracte l'impureté des nega'im, comme il est dit au chapitre Ha-or ve-ha-rotev ; le poil et la peau, eux, deviennent impurs par eux-mêmes. Le Maharam, lui, a écrit qu'on ne peut pas invoquer le cheti va-erev, car ce qui vaut de lui, c'est qu'il ne contracte l'impureté ni par le mort ni par le chikhvat zera (émission séminale), tandis que la peau d'un animal impur la contracte, puisqu'il est écrit à propos du mort et du chikhvat zera : tout vêtement et tout ustensile de peau. Et plus haut, lorsque la Guemara objecte que dire des cherotzim, on ne peut pas répondre que le contact d'un mort et le chikhvat zera le réfutent, car ce qui vaut de tous ceux-là, c'est que leur mesure est inférieure à un kazayit : le contact du mort se fait avec la mesure d'un grain d'orge, et le chikhvat zera avec la moindre quantité, ou de quoi obturer l'orifice du membre. C'est la réponse selon laquelle le verset des cherotzim était nécessaire pour écarter le hekech (rapprochement) tiré du sac. Cela ne paraît pas juste, car forcément, même pour l'ohel, la mesure est un kazayit pour transmettre l'impureté à tous les ustensiles et à eux-mêmes, y compris à ce qui provient du bois, puisqu'il s'agit d'un objet détaché, dont nous tenons qu'il transmet l'impureté. Il me semble plutôt qu'on ne peut aucunement dire que la tente détachée le réfute, puisque nous ne cherchons à déduire que la tente attachée au sol, laquelle ne contracte l'impureté que selon ce que nous apprenons du Michkan ; un cas semblable se trouve au premier chapitre de Menahot, a propos de la terefa qui a connu un moment d'aptitude, qu'on ne déduit pas de la terefa qui n'en a pas connu, même par la combinaison des deux cas (ma ha-tsad). Ainsi dans les Tossefot Yechanim.
וְהִקְשָׁה הַשַּׂר מִקּוּצִי מַאי בָּעֵי בְּסָמוּךְ מַאי הָוֵי עֲלֵהּ דְּתַחַשׁ תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּטָהוֹר הָיָה מִדְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא בְּשִׁרְצֵי' לְטַמֵּא עוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה דְּאִי טָמֵא הָיָה לִשְׁתּוֹק קְרָא בִּשְׁרָצִים וְתַיְתֵי בק"ו מִנְּגָעִים דְּהַשְׁתָּא לֵיכָּא לְמֵימַר שְׁתִי וָעֵרֶב יוֹכִיחַ דְּמַה לִשְׁתֵּי וְעֵרֶב שֶׁכֵּן אֵין מְטַמְּאִין בְּאֹהֶל הַמֵּת תֹּאמַר בְּעוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה דְּמִיטַּמֵּא בְּאֹהֶל הַמֵּת כֵּיוָן דְּתַחַשׁ טָמֵא הָיָה וי"ל דְּמֵהָכָא לֵיכָּא לְמִיפְשַׁט דְּטָהוֹר הָיָה דַּאֲפִילּוּ טָמֵא הָיָה כְּתִיב בִּשְׁרָצִים דְּמִילְּתָא דְּאָתְיָא בק"ו טָרַח וְכָתַב לָהּ קְרָא וְעוֹד אוֹמֵר רַשִׁ"י דִּשְׁרָצִים לָא אָתוּ מק"ו מִנְּגָעִים דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ פְּשׁוּטֵי כְּלֵי עוֹר יוֹכִיחַ דִּמְטַמֵּא בִּנְגָעִים וְלֹא בִּשְׁרָצִים:
Le Sar de Coucy a objecté : que demande la Guemara plus loin, qu'en est-il finalement du tahach ? Qu'elle déduise qu'il était pur du fait même qu'un verset ait été nécessaire, à propos des cherotzim, pour rendre impure la peau d'un animal impur. Car s'il avait été impur, le verset des cherotzim aurait pu se taire et la chose se déduirait par kal va-homer depuis les nega'im ; on ne pourrait alors plus invoquer le cheti va-erev, car ce qui vaut de lui, c'est qu'il ne contracte pas l'impureté par ohel ha-met, tandis que la peau d'un animal impur la contracte, puisque le tahach était impur. On peut répondre qu'on ne peut rien trancher de là quant à sa pureté, car même s'il avait été impur, le verset aurait été écrit à propos des cherotzim : une chose qui se déduit par kal va-homer, l'Écriture se donne parfois la peine de l'écrire. Rachi ajoute que les cherotzim ne se déduisent pas par kal va-homer depuis les nega'im, car on peut objecter que les pechoutei klei or (ustensiles de cuir plats, sans réceptacle) le réfutent, eux qui contractent l'impureté des nega'im et non celle des cherotzim.
💡 Explication

La discussion vient de 28a : la couverture du Michkan était faite de peaux de tahach, et l'on voulait en tirer que le tahach était un animal kacher, puisque seule une matière permise servirait à l'ouvrage du Ciel. Le passage renverse cette lecture par un kal va-homer : le poil de chèvre échappe à l'impureté des nega'im, qui ne frappe que la laine et le lin, et pourtant il contracte l'impureté d'ohel ha-met ; la peau d'un animal impur, qui subit déjà les nega'im, la contractera à plus forte raison.

Une inférence de ce type se brise dès qu'on trouve un cas qui réunit la prémisse sans la conclusion. C'est la réfutation que Tossefot examine : le cheti va-erev, fil de chaîne ou de trame isolé, subit les nega'im et échappe pourtant à l'impureté du mort. Les réponses reposent toutes sur le même mouvement : montrer que la peau d'un animal impur possède une gravité que le cheti va-erev n'a pas, soit par les cherotzim, soit par le statut d'ustensile.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer du poil de chèvre Matière Impureté des nega'im Impureté d'ohel ha-met Poil de chèvre (le cas léger) non (laine et lin seuls) oui (tentures du Michkan) Peau d'animal impur (le cas lourd) oui donc oui, à fortiori Objection possible : cheti va-erev yokhiah (le fil de chaîne et de trame le réfute) Lui contracte l'impureté des nega'im et non celle du mort, ce qui briserait l'inférence. Tossefot : le verset des cherotzim, déjà acquis pour la peau d'animal impur, écarte cette réfutation. Conséquence pour la sougya La couverture du Michkan pouvait donc, en droit, provenir d'un animal impur. L'enseignement de Rav Yossef perd son ancrage et doit trouver ailleurs son objet.
Le raisonnement à fortiori, la réfutation possible et sa portée sur la question du tahach.
2
וְאֶלָּא הָא דְּתָנֵי רַב יוֹסֵף לֹא הֻוכְשְׁרוּ בִּמְלֶאכֶת שָׁמַיִם אֶלָּא עוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה בִּלְבַד — לְמַאי הִלְכְתָא? לִתְפִילִּין. תְּפִילִּין בְּהֶדְיָא כְּתִיב בְּהוּ ״לְמַעַן תִּהְיֶה תּוֹרַת ה׳ בְּפִיךָ״, מִן הַמֻּותָּר בְּפִיךָ!

Mais alors, cet enseignement de Rav Yossef, selon lequel seule la peau d'un animal kacher a été déclarée apte pour l'ouvrage du Ciel (melekhet chamayim), pour quelle halakha a-t-il été dit ? Pour les téfilines.

Les téfilines ? Il y est écrit explicitement : afin que la Torah de Hachem soit dans ta bouche, d'où l'on tire : de ce qui t'est permis à la bouche !

📜 Rachi (2)
אֶלָּא הָא דְּתָנֵי רַב יוֹסֵף כּוּ' כֵּיוָן דְּרַבִּינַן עוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה לְאֹהֶל הַמֵּת הָא דְּתָנֵי רַב יוֹסֵף לְמַאי הִלְכְתָא מַאי דַהֲוָה הֲוָה אִי לָאו לְמֵילַף מִינֵּיהּ לְטֻומְאָה:
Mais alors, cet enseignement de Rav Yossef, etc. — puisque nous avons inclus la peau d'un animal impur dans l'impureté d'ohel ha-met, pour quelle halakha Rav Yossef a-t-il enseigné cela ? Ce qui fut, fut : son enseignement n'aurait plus d'objet, sinon pour en tirer une conséquence quant à l'impureté.
לִתְפִילִּין אִיתְּמַר דְּהִיא נָמֵי מְלֶאכֶת שָׁמַיִם:
Pour les téfilines — c'est à leur sujet que cela a été dit, car elles aussi sont un ouvrage du Ciel.
🗂️ Tossefot (2)
לְמַאי הִלְכְתָא לָא בָּעֵי לְמֵימַר לְאַשְׁמְעִינַן דְּתַחַשׁ טָהוֹר הָיָה דְּמַשְׁמַע דַּאֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן שׁוּם צֹורֶךְ הוֹרָאָה:
Pour quelle halakha — la Guemara ne veut pas dire qu'il vient nous enseigner que le tahach était kacher, car la formule indique qu'il vient enseigner quelque chose qui serve à une décision pratique.
תְּפִילִּין בְּהֶדְיָא כְּתִיב בְּהוּ לְמַעַן תִּהְיֶה וְגוֹ' תֵּימַהּ לר"י וְכִי אֵין לַבָּרַייְתָא לְשַׁנּוֹת מַה שֶׁדּוֹרֵשׁ מִן הַפָּסוּק וְכָל הָנָךְ דְּמַיְיתֵי בְּסָמוּךְ וְכִי לֵית לֵיהּ לְרַב יוֹסֵף לְשַׁנּוֹת הַבָּרַייְתָא לְפִי שֶׁזֶּה אֲמָרוֹ אָמוֹרָא אֶחָד אוֹ בָּרַיְיתָא וְאוֹמֵר רַבֵּינוּ יִצְחָק דְּהָכִי פָּרִיךְ תְּפִילִּין בְּהֶדְיָא כְּתִיב בְּהוּ וְאִי הָא הֲוָה אָתֵי לְאַשְׁמְעִי' הֲוָה לֵיהּ לְאֵתוּיֵי קְרָא אע"כ מִילְּתָא אַחֲרִיתִי אֲתָא לְאַשְׁמְעִי' וּדְרָשָׁה דְּמִן הַמֻּותָּר בְּפִיךָ הָיְתָה פְּשׁוּטָה וְלָא אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִי' וְקָאָמַר אֶלָּא לְעוֹרָן וְהָאָמַר אַבָּיֵי שִׁין שֶׁל תְּפִילִּין כו' וּבְזֶה הַלָּשׁוֹן הֲוָה לֵיהּ לְרַב יוֹסֵף לְמֵימַר וַהֲוָה יָדְעִינַן שַׁפִּיר דְּבָעֵי עוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה דִּדְרָשָׁה דְּמִן הַמֻּותָּר בְּפִיךָ הִיא פְּשׁוּטָה אֶלָּא לְכָורְכָן בִּשְׂעָרָן צָרִיךְ בְּהֵמָה טְהוֹרָה הָא נָמֵי הל"מ דְּתַנְיָא כו' מִדְּלָא קָתָנֵי רַב יוֹסֵף בְּהַאי לִישָּׁנָא וְנִכְרָכוֹת בִּשְׂעָרָן ש"מ דְּמִילְּתָא אַחֲרִיתָא אֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן אֶלָּא לִרְצוּעוֹתֵיהֶן והא"ר יִצְחָק רְצוּעוֹת שְׁחוֹרוֹת הל"מ וְכֵיוָן דְּמַצְרִיךְ שֶׁיְּהוּ הָרְצוּעוֹת שְׁחוֹרוֹת כְּמוֹ הַקְּצִיצָה כָּל שֶׁכֵּן דְּבָעֵינַן שֶׁיְּהוּ טְהוֹרוֹת כְּמוֹ הַקְּצִיצָה דִּסְבָרָא הוּא לְהַקְפִּיד עַל הַטָּהֳרָה מֵעַל הַשַּׁחֲרוּת וְאִי הָא אֲתָא רַב יוֹסֵף לְאַשְׁמְעִי' לִישְׁמְעִינַן שֶׁיִּהְיוּ שְׁחוֹרוֹת דַּהֲוָה שָׁמְעִינַן מִינָּהּ תַּרְתֵּי שְׁחוֹרוֹת וּטְהוֹרוֹת וּמְשַׁנֵּי נְהִי דִּגְמִירִי שְׁחוֹרוֹת טְהוֹרוֹת מִי גְּמִירִי דְּמִשְּׁחוֹרוֹת לֵיכָּא לְמִיגְמַר טְהוֹרוֹת:
Les téfilines, il y est écrit explicitement afin que soit, etc. — le Ri s'en étonne : une baraita n'aurait-elle pas le droit d'enseigner ce qui se dérive déjà d'un verset, et de même pour tous les cas cités plus loin ? Rav Yossef n'aurait-il pas le droit d'enseigner une baraita pour la seule raison qu'un amora ou une baraita l'a dit avant lui ? Rabbenou Yits'hak répond que l'objection est celle-ci : les téfilines, il y est écrit explicitement, et si telle était la chose qu'il venait enseigner, il aurait dû citer le verset ; force est donc de dire qu'il venait enseigner autre chose, la derasha de ce qui t'est permis à la bouche étant évidente et n'ayant pas besoin d'être enseignée. La Guemara dit alors : c'est pour leur cuir. Mais Abaye a dit que le chin des téfilines, etc. ; c'est en ces termes que Rav Yossef aurait dû parler, et nous aurions bien su qu'il faut de la peau d'un animal kacher, la derasha de ce qui t'est permis à la bouche étant évidente. C'est donc pour les enrouler avec leur poil qu'il faut un animal kacher. Mais cela aussi est une halakha transmise à Moche au Sinaï, comme il a été enseigné, etc. ; et du fait que Rav Yossef n'a pas employé cette formule, et elles sont enroulées avec leur poil, on en déduit qu'il venait enseigner autre chose. C'est donc pour leurs lanières. Mais Rabbi Yits'hak a dit que les lanières noires sont une halakha transmise à Moche au Sinaï ; et puisqu'on exige des lanières qu'elles soient noires comme le boîtier, à plus forte raison exige-t-on qu'elles proviennent d'un animal kacher comme le boîtier, car il est logique de se soucier de la matière permise plus encore que de la couleur. Et si c'était cela que Rav Yossef venait enseigner, qu'il nous enseigne qu'elles doivent être noires, et nous en aurions appris deux choses à la fois, noires et d'animal kacher. La Guemara répond : admettons que nous ayons reçu la tradition des lanières noires, avons-nous reçu celle de la peau kacher ? De la couleur noire, en effet, on ne peut rien apprendre quant à la matière permise.
💡 Explication

La conclusion du kal va-homer prive l'enseignement de Rav Yossef de son terrain d'origine. S'il reste vrai, il doit porter sur une pratique actuelle : la Guemara raisonne ici selon le principe qu'un amora ne répète pas une règle que l'Écriture ou une tradition sinaïtique énonce déjà.

La première piste, les téfilines, tombe aussitôt : le verset du Chemot lie les téfilines à la Torah dans ta bouche, et les Sages en tirent la règle min ha-moutar be-fikha, de ce qui t'est permis à la bouche. Les parchemins sont donc déjà régis par un texte. Chacune des quatre étapes qui suivent reprend exactement ce mouvement, en déplaçant l'objet vers une pièce des téfilines que le verset n'atteint pas.

3
אֶלָּא לְעוֹרָן. וְהָאָמַר אַבַּיֵּי: שִׁין שֶׁל תְּפִילִּין הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי!

C'est donc pour leur cuir, celui des boîtiers. Mais Abaye n'a-t-il pas dit : le chin des téfilines est une halakha transmise à Moche au Sinaï !

📜 Rachi (2)
לְעוֹרָן עוֹר דְּפוּס שֶׁלָּהֶן שֶׁהַכְּתָבִים שֶׁל פָּרָשִׁיּוֹת מֻונָּחִים בּוֹ דְּהַאי לָא מִלְּמַעַן תִּהְיֶה נָפְקָא דְּהָא לָאו תּוֹרָה כְּתִיבָא בֵּיהּ:
Pour leur cuir — le cuir du boîtier dans lequel sont déposés les feuillets des parachiyot. Celui-là ne se déduit pas du verset afin que soit, puisque aucun texte de Torah n'y est écrit.
שִׁי"ן שֶׁל תְּפִילִּין שֶׁיְּהֵא הָעוֹר נִקְמָט מִבַּחוּץ ג' קְמָטִין וְדוֹמֶה לְשִׁי"ן וְהָרְצוּעָה נִקְשֶׁרֶת כְּמִין דְּלֵית וְיֵשׁ רְצוּעָה כְּפוּפָה כְּמִין י' דְּהַיְינוּ שַׁדַּי וְכֵיוָן דְּאוֹת הַשֵּׁם נִכְתַּב בַּקְּמָטִין שֶׁלּוֹ מֻותָּר בְּפִיךָ בָּעֵינַן וּמִקְּרָא נָפֵיק:
Le chin des téfilines — que le cuir soit plissé à l'extérieur de trois plis qui ressemblent à un chin ; la lanière est nouée en forme de dalet, et une autre lanière est repliée en forme de youd, ce qui forme le Nom Cha-daï. Et puisqu'une lettre du Nom est inscrite dans ses plis, il faut du permis à la bouche, et cela se déduit du verset.
💡 Explication

Le deuxième essai distingue les parchemins et le cuir des boîtiers, le batim, qui ne porte aucun texte écrit. Le verset, qui parle de la Torah, semblait ne rien dire de lui.

Abaye ferme cette voie par la halakha du chin. Les trois plis formés dans le cuir dessinent une lettre, et Rachi montre qu'avec le dalet du nœud et le youd de la lanière repliée, le boîtier porte un Nom divin. Le cuir se trouve donc lui aussi écrit, et la règle min ha-moutar be-fikha le régit par la force du même verset.

4
אֶלָּא לְכָורְכָן בְּשַׂעֲרָן וּלְתָופְרָן בְּגִידָן. הָא נָמֵי הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הוּא, דְּתַנְיָא: תְּפִילִּין מְרֻובָּעוֹת — הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי, נִכְרָכוֹת בְּשַׂעֲרָן וְנִתְפָּרוֹת בְּגִידָן!

C'est donc pour les enrouler avec leur poil et les coudre avec leurs tendons. Mais cela aussi est une halakha transmise à Moche au Sinaï, car il a été enseigné : les téfilines carrées sont une halakha transmise à Moche au Sinaï, elles sont enroulées avec leur poil et cousues avec leurs tendons !

📜 Rachi (2)
אֶלָּא לְנִכְרָכוֹת בִּשְׂעָרָן תַּנְיָא לְהַהִיא דְּרַב יוֹסֵף שֶׁצָּרִיךְ לִקְשֹׁור אִיגְּרוֹת הַפָּרָשִׁיּוֹת בִּשְׂעַר עוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה וּלְתָופְרָן בְּגִיד בְּהֵמָה טְהוֹרָה:
C'est donc pour l'enroulement avec leur poil — l'enseignement de Rav Yossef a été rapporté à cela : il faut lier les rouleaux des parachiyot avec du poil provenant de la peau d'un animal kacher, et les coudre avec le tendon d'un animal kacher.
בִּשְׂעָרָן בְּשֵׂעָר מִן הַקְּלָף כְּלוֹמַר בְּשֶׁל טְהוֹרָה:
Avec leur poil — avec le poil qui provient du même parchemin, c'est-à-dire d'un animal kacher.
🗂️ Tossefot (1)
לָא צְרִיכָא אֶלָּא לְכָורְכָן בִּשְׂעָרָן קָשֶׁה לְרַשְׁבָּ"א אִי הָא אֲתָא לְאַשְׁמְעִי' אַמַּאי נְקַט עוֹר בְּמִילְּתֵיהּ:
Ce n'est nécessaire que pour les enrouler avec leur poil — le Rachba objecte : si c'était cela qu'il venait enseigner, pourquoi Rav Yossef a-t-il parlé de peau dans sa formule ?
💡 Explication

Le troisième essai quitte le cuir pour les deux accessoires de montage : le poil qui enroule les rouleaux de parchemin et le tendon, le guid, qui coud le boîtier. Ni l'un ni l'autre ne porte d'écriture.

Une baraita les mentionne pourtant déjà, dans la même phrase qui énonce la forme carrée des téfilines, comme halakha le-Moche mi-Sinaï. La remarque du Rachba prolonge la difficulté d'un cran : Rav Yossef a parlé de peau, terme qui convient mal au poil et au tendon.

5
אֶלָּא לִרְצוּעוֹת. וְהָאָמַר רַבִּי יִצְחָק רְצוּעוֹת שְׁחוֹרוֹת הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי? נְהִי דִּגְמִירִי שְׁחוֹרוֹת, טְהוֹרוֹת מִי גְּמִירִי?

C'est donc pour les lanières. Mais Rabbi Yits'hak n'a-t-il pas dit : les lanières noires sont une halakha transmise à Moche au Sinaï ?

Admettons que nous ayons reçu la tradition qu'elles soient noires ; avons-nous reçu celle qu'elles proviennent d'un animal kacher ?

📜 Rachi (2)
לִרְצוּעוֹתֵיהֶן שֶׁיִּהְיוּ מֵעוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה:
Pour leurs lanières — qu'elles soient faites de la peau d'un animal kacher.
הל"מ וְכֵיוָן דְּהִלְכְתָא רְצוּעוֹת מִסִּינַי טְהוֹרוֹת נָמֵי הל"מ וּמַתְנִיתָא דְּרַב יוֹסֵף לָאו הל"מ קָאָמַר:
Halakha transmise à Moche au Sinaï — et puisque la règle des lanières vient du Sinaï, la peau kacher en relèverait également, et la baraita de Rav Yossef ne se présente pas comme une halakha du Sinaï.
💡 Explication

Dernier essai, retenu : les lanières, les retsouot. L'objection de départ est la même, puisque Rabbi Yits'hak tient d'une tradition sinaïtique qu'elles doivent être noires, et l'on supposait que cette tradition réglait du même coup la matière.

La réponse sépare les deux exigences. La tradition reçue porte sur la couleur, et rien ne permet d'en extraire la kachrout de la peau : ce sont deux données indépendantes. L'enseignement de Rav Yossef garde donc un objet propre, celui des lanières.

6
מַאי הָוֵי עֲלֵהּ דְּתַחַשׁ שֶׁהָיָה בִּימֵי מֹשֶׁה? אָמַר רַבִּי אִלָּעָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, אוֹמֵר הָיָה רַבִּי מֵאִיר: תַּחַשׁ שֶׁהָיָה בִּימֵי מֹשֶׁה בְּרִיָּה בִּפְנֵי עַצְמָהּ הָיָה, וְלֹא הִכְרִיעוּ בּוֹ חֲכָמִים אִם מִין חַיָּה הוּא, אִם מִין בְּהֵמָה הוּא. וְקֶרֶן אַחַת הָיְתָה לוֹ בְּמִצְחוֹ, וּלְפִי שָׁעָה נִזְדַּמֵּן לוֹ לְמֹשֶׁה וְעָשָׂה מִמֶּנּוּ מִשְׁכָּן וְנִגְנַז.

Qu'en est-il finalement du tahach qui existait aux jours de Moche ? Rabbi Ela a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : Rabbi Meir avait coutume de dire que le tahach qui existait aux jours de Moche était une créature à part entière, et que les Sages n'ont pas tranché à son sujet s'il était une espèce de haya (animal sauvage) ou une espèce de behema (animal domestique).

Il avait une seule corne au front ; il s'est présenté à Moche pour l'occasion, celui-ci en a fait le Michkan, et il fut ensuite soustrait au monde.

📜 Rachi (1)
מַאי הָוֵי עֲלֵהּ דְּתַחַשׁ הוֹאִיל וּלְרַב יוֹסֵף לָאו לְעִנְיַן מְלָאכָה דְּמִשְׁכָּן אִיתְּמַר לָא אִיפְּשִׁיט בַּעְיַין:
Qu'en est-il finalement du tahach — puisque, selon Rav Yossef, l'enseignement n'a pas été dit à propos de l'ouvrage du Michkan, notre question est restée sans réponse.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אוֹמֵר הָיָה רַבִּי מֵאִיר: 'תָּחַשׁ' שֶׁהָיָה בִּימֵי מֹשֶׁה, בְּרִיָּה בִּפְנֵי עַצְמָהּ הָיָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: אָמַר רַבִּי מֵאִיר כַּלָּשׁוֹן הָרָגִיל בְּכוּלֵּיהּ תַּלְמוּדָא וְלָמָּה שִׁינָּה לְמִינְקַט אוֹמֵר 'הָיָה רַבִּי מֵאִיר'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי דָּבָר זֶה הָיָה רַבִּי מֵאִיר רָגִיל לְדָרְשׁוֹ וּלְאוֹמְרוֹ כַּמָּה פְּעָמִים לְכָךְ נָקֵיט כְּהַאי לִישָּׁנָא, לְהוֹרוֹת עַל כָּךְ שֶׁהָיָה רַבִּי מֵאִיר רָגִיל לוֹמַר זֶה תָּמִיד שֶׁלֹּא פַּעֲמַייִם וְלֹא שָׁלֹשׁ נִשְׁמַע זֶה מִפִּיו אֶלָּא כַּמָּה פְּעָמִים נִשְׁמַע דָּבָר זֶה מִמֶּנּוּ. ומ"ש שֶׁהָיָה קֶרֶן אַחַת בְּמִצְחוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי שְׁנֵי קַרְנַיִם יָמִין וּשְׂמֹאל מוֹרִין א' עַל יִשּׁוּב וְא' עַל חֻורְבָּן, כִּי יְמִין חֶסֶד מוֹרֶה עַל זְמַן יִשּׁוּבוֹ וּשְׂמֹאל גְּבוּרַת מוֹרֶה עַל זְמַן חַרְבֵּנוּ, אַךְ הַמִּשְׁכָּן לֹא נֶחֱרַב כִּי בְּבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נִגְנַז וְלֹא שָׁלְטָה בּוֹ יַד זָר מִפְּנֵי שֶׁהָיָה מַעֲשֵׂה יָדָיו שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, לְכָךְ לֹא הָיָה לַתַּחַשׁ שֶׁנַּעֲשָׂה לְצֹורֶךְ הַמִּשְׁכָּן אֶלָּא קֶרֶן אַחַת בְּמִצְחוֹ , שֶׁמּוֹרֶה עַל קַו הָרַחֲמִים שֶׁהוּא אֶמְצָעִי שֶׁיּוֹרֶה עַל דִּין מְמֻותָּק שֶׁהוּא מִתְקַייֵּם, וְלָכֵן כָּל אֶמְצָעִי שָׁלֵם, וְלָכֵן גַּם שׁוֹר שֶׁהִקְרִיב אָדָם הָרִאשׁוֹן קֶרֶן אַחַת הָיְתָה לוֹ בְּמִצְחוֹ שֶׁיּוֹרֶה עַל מִיתּוּק הַדִּין בִּבְרִיאַת הָעוֹלָם, שֶׁבַּתְּחִלָּה כָּתוּב (בְּרֵאשִׁית א' א') בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱ-לֹהִים, וְאַחַר כָּךְ כָּתוּב (בְּרֵאשִׁית ב' ד') בְּיוֹם עֲשׂוֹת ה' אֱ-לֹהִים אֶרֶץ וְשָׁמָיִם, שֶׁהַדִּין מְמֻותָּק בְּרַחֲמִים.
Rabbi Meir avait coutume de dire : le tahach qui existait aux jours de Moche était une créature à part entière. Il y a lieu de demander : la Guemara aurait dû dire, selon la formule habituelle dans tout le Talmud, Rabbi Chimon ben Lakich a dit, Rabbi Meir a dit. Pourquoi a-t-elle changé pour Rabbi Meir avait coutume de dire ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Meir avait l'habitude d'exposer et de redire cette chose bien des fois ; c'est pourquoi la Guemara emploie cette formule, pour indiquer qu'il le disait constamment, et que ce ne fut pas deux ou trois fois qu'on l'entendit de sa bouche, mais bien des fois. Quant à ce qui est dit, qu'il avait une seule corne au front, il me semble, avec l'aide du Ciel, que deux cornes, l'une à droite et l'autre à gauche, indiquent l'une le peuplement et l'autre la destruction : la droite, qui est 'hessed (bonté), marque le temps de son établissement, et la gauche, qui est guevoura (rigueur), marque le temps de sa ruine. Or le Michkan n'a pas été détruit : lors de la construction du Temple il fut soustrait au monde, et nulle main étrangère n'eut prise sur lui, parce qu'il était l'ouvrage des mains de Moche notre maître, que la paix soit sur lui. C'est pourquoi le tahach fait pour les besoins du Michkan n'avait qu'une seule corne au front, qui indique la ligne médiane de rahamim (miséricorde), laquelle marque un din (rigueur) adouci, donc durable ; et c'est pourquoi tout ce qui est médian est entier. De même le taureau qu'offrit Adam le premier homme avait une seule corne au front, ce qui indique l'adoucissement du din lors de la création du monde : au commencement il est écrit, au commencement Elokim créa (Berechit 1,1), et ensuite il est écrit, au jour où Hachem Elokim fit terre et cieux (Berechit 2,4), le din y étant adouci par les rahamim.
💡 Explication

La question posée en 28a revient, et la Guemara l'aborde cette fois de front. La réponse de Rabbi Meir, transmise par Rech Lakich, refuse les deux catégories usuelles : le tahach était une beria bifnei atsma, une créature à part entière, que les Sages n'ont classée ni parmi les hayot ni parmi les behemot.

Deux précisions comptent pour la suite. La corne unique servira de preuve dans le segment suivant, et la disparition de l'animal après la construction du Michkan explique que la question n'ait jamais reçu de réponse d'observation.

7
מִדְּקָאָמַר קֶרֶן אַחַת הָיְתָה לוֹ בְּמִצְחוֹ, שְׁמַע מִינָּה טָהוֹר הָיָה, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה: שׁוֹר שֶׁהִקְרִיב אָדָם הָרִאשׁוֹן קֶרֶן אַחַת הָיְתָה לוֹ בְּמִצְחוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְתִיטַב לַה׳ מִשּׁוֹר פָּר מַקְרִין מַפְרִיס״. ״מַקְרִין״ תַּרְתֵּי מַשְׁמַע! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק — ״מִקֶּרֶן״ כְּתִיב. וְלִיפְשׁוֹט מִינֵּיהּ דְּמִין בְּהֵמָה הוּא? כֵּיוָן דְּאִיכָּא ״קֶרֶשׁ״ דְּמִין חַיָּה הוּא וְלֵית לֵיהּ אֶלָּא חֲדָא קֶרֶן — אִיכָּא לְמֵימַר מִין חַיָּה הוּא.

Du fait qu'il est dit qu'il avait une seule corne au front, on en déduit qu'il était kacher, car Rav Yehouda a dit : le taureau qu'offrit Adam, le premier homme, avait une seule corne au front, ainsi qu'il est dit, cela plaira à Hachem plus qu'un taureau, un bœuf makrin (à cornes) et mafris (à sabots fendus). Mais makrin indique deux cornes !

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : le mot est écrit mi-keren, au singulier. Et qu'on en tranche donc qu'il est une espèce de behema !

Puisqu'il existe le kerech, qui est une espèce de haya et n'a qu'une seule corne, on peut dire qu'il est une espèce de haya.

📜 Rachi (1)
מַקְרִין תַּרְתֵּי מַשְׁמַע דִּסְתָם מַקְרִין כָּל קַרְנָיו:
Makrin indique deux cornes — car le mot makrin, employé sans précision, désigne l'animal avec toutes ses cornes.
💡 Explication

Le détail de la corne unique devient un argument. Le taureau offert par Adam était nécessairement kacher, puisqu'il fut offert en sacrifice, et le verset des Tehilim le décrit avec une seule corne : la corne unique se trouve donc compatible avec une espèce permise.

La difficulté porte sur la lecture du verset. Prononcé makrin, le mot est un pluriel ; Rav Nahman bar Yits'hak répond par le ktiv, la graphie sans youd, qui se lit au singulier. La tentative d'aller plus loin et de classer le tahach parmi les behemot échoue aussitôt : le kerech, animal sauvage, porte lui aussi une corne unique, et le signe ne départage donc pas les deux catégories.

8
מַתְנִי׳ פְּתִילַת הַבֶּגֶד שֶׁקִּיפְּלָהּ וְלֹא הִבְהֲבָהּ, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: טְמֵאָה הִיא, וְאֵין מַדְלִיקִין בָּהּ. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר טְהוֹרָה הִיא, וּמַדְלִיקִין בָּהּ.

MICHNA. La mèche faite d'un vêtement, que l'on a pliée sans la roussir à la flamme : Rabbi Eliezer dit qu'elle est temea (susceptible de contracter l'impureté) et qu'on n'allume pas avec elle ; Rabbi Akiva dit qu'elle est tehora (pure) et qu'on allume avec elle.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' שֶׁקִּיפְּלָהּ כְּמוֹ שֶׁגּוֹדְלִין פְּתִילוֹת:
Michna. Qu'on a pliée — à la manière dont on tresse les mèches.
הִבְהֲבָהּ עַל הַשַּׁלְהֶבֶת כְּדֵי שֶׁתְּהֵא מְחֹורֶכֶת וְתַדְלִיק יָפֶה:
Roussie — passée sur la flamme afin qu'elle soit légèrement brûlée et s'allume bien.
טְמֵאָה הִיא דְּבֶגֶד כְּלִי הוּא וּמְקַבֵּל טֻומְאָה אִם הָיָה שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ דְּקִפּוּל אֵין מְבַטְּלָהּ מִתּוֹרַת בֶּגֶד הוֹאִיל וְלֹא הִבְהֲבָהּ:
Elle est temea — car un vêtement est un kli (ustensile) et reçoit l'impureté s'il mesure trois sur trois doigts ; le pliage ne lui fait pas perdre son statut de vêtement tant qu'on ne l'a pas roussie.
וְאֵין מַדְלִיקִין בָּהּ כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא בגמ':
Et on n'allume pas avec elle — la Guemara en expliquera la raison.
💡 Explication

La michna ouvre un nouveau sujet, en lien avec le chapitre sur les mèches permises à l'allumage de Chabbat. Le cas est celui d'un morceau de tissu roulé en mèche, sans l'opération du hivhouv, le passage rapide à la flamme qui roussit la fibre et la rend propre à brûler.

Rabbi Eliezer et Rabbi Akiva se séparent sur deux points à la fois : le statut d'impureté du tissu et la permission d'allumer. La Guemara montrera que ces deux points tiennent à une seule question, celle de l'effet du kipoul, le pliage.

9
גְּמָ׳ בִּשְׁלָמָא לְעִנְיַן טֻומְאָה, בְּהָא פְּלִיגִי: דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר קִיפּוּל אֵינוֹ מוֹעִיל, וּבְמִילְּתֵיהּ קַמַּיְיתָא קַייְמָא. וְרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר קִיפּוּל מוֹעִיל, וּבַטֻּולֵּי בָּטְלָה.

GUEMARA. Admettons : pour ce qui est de l'impureté, voici ce qui les oppose.

Rabbi Eliezer tient que le pliage n'a pas d'effet, et le tissu demeure dans son statut premier ; Rabbi Akiva tient que le pliage a un effet, et il a annulé le vêtement.

📜 Rachi (1)
גְּמ' קִפּוּל מוֹעִיל לְבִטּוּלָהּ מִתּוֹרַת בֶּגֶד:
Guemara. Le pliage a un effet — pour lui faire perdre son statut de vêtement.
💡 Explication

La Guemara isole d'abord ce qui se comprend sans difficulté. Un tissu de trois sur trois doigts est un kli, un ustensile, et reçoit l'impureté à ce titre. Pour lui ôter ce statut, il faut un acte qui manifeste qu'on l'a retiré de son usage de vêtement : c'est l'enjeu du bitoul, l'annulation.

Rabbi Eliezer tient que le pliage ne suffit pas à marquer cette sortie et que le tissu reste dans sa milta kamayta, sa condition première. Rabbi Akiva tient que le pliage en forme de mèche l'annule déjà.

10
אֶלָּא לְעִנְיַן הַדְלָקָה בְּמַאי פְּלִיגִי? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא, וְכֵן אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: הָכָא בְּשָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ מְצֻומְצָמוֹת עָסְקִינַן, וּבְיוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת עָסְקִינַן. דְּכֻולֵּי עָלְמָא אִית לְהוּ דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר: מַסִּיקִין בְּכֵלִים וְאֵין מַסִּיקִין בְּשִׁבְרֵי כֵלִים. וּדְכֻולֵּי עָלְמָא אִית לְהוּ דְּעֻולָּא, דְּאָמַר עֻולָּא: הַמַּדְלִיק צָרִיךְ שֶׁיַּדְלִיק בְּרֹוב הַיּוֹצֵא. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר קִיפּוּל אֵינוֹ מוֹעִיל, וְכֵיוָן דְּאַדְלֵיק בֵּיהּ פֻּורְתָּא הָוְיָא לֵיהּ שֶׁבֶר כְּלִי, וְכִי קָא מַדְלִיק — בְּשֶׁבֶר כְּלִי קָמַדְלֵיק. וְרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר קִיפּוּל מוֹעִיל, וְאֵין תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו, וְכִי קָמַדְלֵיק — בְּעֵץ בְּעָלְמָא קָמַדְלֵיק.

Mais pour ce qui est de l'allumage, sur quoi portent-ils ? Rabbi Elazar a dit au nom de Rav Ochaya, et Rav Ada bar Ahava a dit de même : ici nous traitons d'un tissu de trois sur trois exactement, et d'un Yom Tov qui tombe la veille de Chabbat.

Tous s'accordent avec Rabbi Yehouda, qui dit qu'on fait du feu avec des ustensiles et qu'on ne fait pas du feu avec des débris d'ustensiles. Et tous s'accordent avec Oulla, qui a dit : celui qui allume doit allumer la plus grande partie de ce qui sort de la lampe.

Rabbi Eliezer tient que le pliage n'a pas d'effet ; dès lors, dès qu'il en a allumé une petite partie, le tissu devient un débris d'ustensile, et lorsqu'il allume, c'est avec un débris d'ustensile qu'il allume. Rabbi Akiva tient que le pliage a un effet et que le statut d'ustensile ne lui appartient plus ; lorsqu'il allume, c'est avec du simple bois qu'il allume.

📜 Rachi (5)
מְצֻומְצָמוֹת דְּאִי הֲוָה טְפֵי פֻּורְתָּא לְכֻולֵּי עָלְמָא מַדְלִיקִין:
Exactement — car s'il y en avait un peu plus, tous admettraient qu'on peut allumer.
ובי"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּע"ש דְּשַׁייָּךְ בֵּיהּ אִיסּוּר מֻוקְצֶה עָסְקִינַן:
Et d'un Yom Tov qui tombe la veille de Chabbat — nous traitons d'un cas où l'interdit de mouktse s'applique.
וְאֵין מַסִּיקִין בְּשִׁבְרֵי כֵלִים שֶׁנִּשְׁבְּרוּ בּוֹ בַּיּוֹם דְּהָווּ לְהוּ נוֹלַד אֲבָל בְּכֵלִים מַסִּיקִין דְּהָא חֲזוּ לְטַלְטְלָן:
Et on ne fait pas du feu avec des débris d'ustensiles — ceux qui se sont brisés le jour même, car ils sont nolad (chose venue à l'existence ce jour-là) ; avec des ustensiles entiers, en revanche, on fait du feu, puisqu'ils sont aptes à être déplacés.
וּדְכֻולֵּי עָלְמָא אִית לְהוּ צָרִיךְ הַמַּדְלִיק לְהַדְלִיק בְּיָדַיִם קֹודֶם סִילּוּק יָדָיו רֹוב הַיֹּוצֵא מִן הַפְּתִילָה חוּץ לַנֵּר הִלְכָּךְ עַל כָּרְחָךְ צָרִיךְ לַעֲסֹוק בּוֹ לְאַחַר שֶׁנִּפְחַת מִשָּׁלֹשׁ הִלְכָּךְ טַעְמָא דר"א דְּאָסַר קָסָבַר קִיפּוּל אֵינוֹ מוֹעִיל וַהֲוָה לֵיהּ כְּלִי שֶׁנִּשְׁבַּר ביו"ט וְכִי קָמַדְלֵיק בֵּיהּ פֻּורְתָּא כֵּיוָן דִּמְצֻומְצָמוֹת הָיוּ הָווּ שִׁבְרֵי כְּלִי דְּפָחוֹת מִשָּׁלֹשׁ לָאו כְּלִי הוּא וַהֲוָה לֵיהּ כְּלִי שֶׁנִּשְׁבַּר בי"ט וְכִי קָמַדְלֵיק בְּיָדַיִם לְהַשְׁלִים רֹוב הַיּוֹצֵא בְּשֶׁבֶר כְּלִי קָמַדְלֵיק וְהָא דְּאָמְרִינַן מַסִּיקִין בְּכֵלִים דַּוְקָא שֶׁלֹּא יִגַּע בּוֹ אַחַר שֶׁנִּפְחַת אֶלָּא אִם כֵּן רִיבָּה עָלָיו עֵצִים מוּכָנִים כְּדִלְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף כט.):
Et tous s'accordent — celui qui allume doit embraser de ses mains, avant de les retirer, la plus grande partie de la mèche qui sort de la lampe ; il lui faut donc nécessairement s'en occuper encore après que le tissu est tombé au-dessous de trois. Voilà pourquoi Rabbi Eliezer interdit : il tient que le pliage n'a pas d'effet, et l'objet se trouve être un ustensile brisé à Yom Tov. Dès qu'il en allume une petite partie, puisque le tissu mesurait exactement trois sur trois, le reste devient un débris d'ustensile, car moins de trois n'est plus un ustensile, et c'est un ustensile brisé à Yom Tov ; lorsqu'il continue d'allumer de ses mains pour compléter la plus grande partie de ce qui sort, c'est avec un débris d'ustensile qu'il allume. Quant à ce que nous disons, qu'on fait du feu avec des ustensiles, c'est à condition qu'il n'y touche plus une fois l'objet diminué, sauf s'il y a ajouté du bois préparé à l'avance, comme il est dit plus loin (Chabbat 29a).
קִיפּוּל מוֹעִיל וְעַל כָּרְחֲךָ מעי"ט קִיפְּלָהּ דְּאֵין גּוֹדְלִין פְּתִילָה בי"ט כִּדְתַנְיָא בְּהַמֵּבִיא (בֵּיצָה לב:) וּכְבָר נִתְבַּטֵּל הַכְּלִי מבע"י וְאֵין כָּאן שֶׁבֶר כְּלִי:
Le pliage a un effet — et nécessairement il l'a pliée la veille de Yom Tov, car on ne tresse pas de mèche à Yom Tov, comme il est enseigné au chapitre Ha-mevi (Beitsa 32b) ; l'ustensile a donc déjà été annulé avant l'entrée du jour, et il n'y a plus ici de débris d'ustensile.
💡 Explication

L'accord sur l'origine du désaccord étant acquis pour l'impureté, la Guemara doit expliquer pourquoi la même question commande la permission d'allumer. La réponse établit un cas étroit, tenu par quatre données : un tissu de trois sur trois exactement, un Yom Tov la veille de Chabbat, l'avis de Rabbi Yehouda sur le nolad, et l'exigence d'Oulla d'embraser la plus grande partie de la mèche.

La mécanique se déroule alors seule. La première flamme consume une part du tissu, qui passe sous la mesure de trois sur trois et cesse d'être un ustensile : il devient un chever kli, un débris apparu le jour même, donc mouktse. Comme la règle d'Oulla oblige à poursuivre l'allumage de ses mains, l'homme manipule désormais ce débris, ce que Rabbi Eliezer interdit.

Pour Rabbi Akiva la chaîne ne démarre pas : le pliage a eu lieu la veille de Yom Tov, puisqu'on ne tresse pas de mèche pendant la fête, et il a supprimé dès ce moment le statut d'ustensile. Ce qui brûle n'est plus qu'une matière ordinaire, comparable à du bois.

🖼️ Schéma
Trois sur trois exactement : ce qui se passe dès que la mèche prend feu Avant l'allumage tissu de 3 sur 3 exactement, plié la veille de Yom Tov Première flamme une part brûle, le reste tombe sous 3 sur 3 Il doit continuer de ses mains Oulla exige d'embraser la plus grande partie de ce qui sort de la lampe : il manipule donc encore le tissu après sa diminution. Rabbi Eliezer : interdit Le pliage n'ayant rien annulé, le tissu était encore un ustensile en entrant dans le jour. Il s'est brisé à Yom Tov : débris nolad, interdit d'y toucher. Rabbi Akiva : permis Le pliage a annulé le statut d'ustensile dès la veille, puisqu'on ne tresse pas de mèche à Yom Tov. Plus d'ustensile, donc plus de débris. Pourquoi la mesure doit être exacte Avec un tissu un peu plus grand, la part restée après la première flamme garderait trois sur trois et demeurerait un ustensile entier. Rav Yossef reconnaît la sa michna : trois sur trois exactement, dont il ignorait jusque-là l'usage.
Les quatre données du cas et le moment précis où le tissu devient un débris d'ustensile.
11
אָמַר רַב יוֹסֵף, הַיְינוּ דִּתְנֵינָא: ״שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ מְצֻומְצָמוֹת״ וְלָא יָדַעְנָא לְמַאי הִלְכְתָא.

Rav Yossef a dit : voilà donc ce que nous apprenions, trois sur trois exactement, sans que j'aie su pour quelle halakha cela était dit.

📜 Rachi (1)
הַייְנוּ דִּתְנֵינָא שֶׁהָיִיתִי שׁוֹנֶה מֵרַבּוֹתַי מִשְׁנָה ג' עַל ג' מְצֻומְצָמוֹת וְלָא הֲוָה יָדַעְנָא לְמַאי הִלְכְתָא אִיתְּמַר דְּאִי לְעִנְיַן טַמּוֹיֵי כָּל שֶׁכֵּן דְּאִי אִיכָּא טְפֵי דִּמְטַמֵּא:
Voilà ce que nous apprenions — ce que je répétais de mes maîtres, l'enseignement trois sur trois exactement, sans savoir pour quelle halakha cela avait été dit ; car s'il s'agissait de l'impureté, à plus forte raison un tissu plus grand la contracterait-il.
💡 Explication

Rav Yossef reconnaît dans l'explication de Rabbi Elazar la raison d'une formule qu'il transmettait sans la comprendre. La précision metsoumtsamot, exactement, ne pouvait pas viser l'impureté, puisqu'un tissu plus grand est impur à plus forte raison.

Une mesure minimale exprimée comme un maximum n'a de sens que là où l'excédent changerait la conclusion. C'est le cas ici : au-delà de trois sur trois, ce qui reste après la première flamme garde son statut d'ustensile et la question du débris disparaît.

12
וּמִדְּקָא מְתָרֵץ רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה, שְׁמַע מִינַּהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ. וּמִי אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה הָכִי? וְהָאָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה:

Et du fait que Rav Ada bar Ahava résout la michna selon Rabbi Yehouda, on en déduit qu'il tient comme Rabbi Yehouda. Mais Rav Ada bar Ahava a-t-il vraiment dit cela ?

N'a-t-il pas dit lui-même :

📜 Rachi (1)
וּמִדְּקָא מְתָרֵץ כּוּ' מִילְּתָא בְּאַפֵּי נַפְשֵׁיהּ הִיא בִּתְמִיָּה לְמִירְמֵי דְּרַב אַדָּא אַדְּרַב אַדָּא מִדְּקָא מְתָרֵץ לְמַתְנִיתִין וְאוֹקֵי דְּכֻולֵּי עָלְמָא אִית לְהוּ אֵין מַסִּיקִין בִּשְׁבָרִים דְּהַיְינוּ אַלִּיבָּא דר"י דְּאִית לֵיהּ נוֹלָד ש"מ כו':
Et du fait qu'il résout, etc. — c'est une remarque qui se tient par elle-même, posée sur le ton de l'étonnement, pour opposer Rav Ada à Rav Ada : du fait qu'il résout la michna et pose que tous tiennent qu'on ne fait pas du feu avec des débris, ce qui correspond à Rabbi Yehouda, lequel retient l'interdit de nolad, on en déduit, etc.
💡 Explication

Le daf se ferme sur une remarque incidente. En expliquant la michna par l'avis de Rabbi Yehouda sur le nolad, Rav Ada bar Ahava semble adopter cet avis pour lui-même, alors qu'un maître peut expliquer une michna sans y souscrire.

La contradiction annoncée, une parole de Rav Ada bar Ahava qui va en sens inverse, est citée au début de 29a. Le passage relève du procédé de la ramya, la mise en opposition de deux enseignements d'un même maître.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).