Shabbat 29a — Le nolad selon Rabbi Yehuda et les trois lectures de la controverse sur la mèche pliée

Shabbat 29a

Sougya : Le folio achève d'examiner la controverse de la michna entre Rabbi Eliezer et Rabbi Akiva sur le morceau d'étoffe plié en mèche sans avoir été roussi. Rav Ada bar Ahava l'avait expliquée par le nolad, ce qui l'oblige à placer la michna selon Rabbi Yehuda ; la guemara montre qu'il s'agit d'une lecture des positions des autres, et que lui-même suit Rabbi Chimon.

Rava propose alors une autre raison pour Rabbi Eliezer, tirée de la qualité de l'allumage, et renvoie la mesure de trois sur trois au domaine de l'impureté. Un long développement de Rav au nom duquel on rapporte trois cas — débris d'ustensiles, noyaux de dattes, coquilles de noix — mesure l'extension exacte du nolad chez Rabbi Yehuda, puis cherche à savoir si Rav lui-même a accepté la remontrance de Rabbi Hiya.

La page s'achève sur la troisième lecture, celle de Rav Hamnuna, qui ramène la michna aux chiffons de moins de trois sur trois et rattache la controverse à celle du traité Kelim.

Trois lectures de la controverse de la michna La michna (Chabbat 28b) Une étoffe pliée en mèche sans avoir été roussie : R. Eliezer la dit impure et interdit d'allumer ; R. Akiva la dit pure et permet d'allumer. Rav Ada bar Ahava Le pliage a créé un ustensile neuf : c'est du nolad. Conséquence : la michna tient selon R. Yehuda seulement. Objection : il autorise ailleurs de brûler le kav creusé. Il parle pour eux, pas pour lui. Rava La raison de R. Eliezer tient à la qualité de la flamme : une mèche non roussie brûle mal. Valable tous les Chabbat de l'année, hors question de nolad. Le trois sur trois de Rav Yossef se rapporte alors à l'impureté. Rav Hamnuna La michna traite d'une étoffe de moins de trois sur trois. On y enseigne d'après les allègements relatifs aux chiffons. La controverse rejoint celle du traité Kelim : R. Eliezer et R. Akiva y suivent leur ligne. Ce que chaque lecture doit assumer Rav Ada : restreindre la michna à Rabbi Yehuda, seul à tenir le nolad. Rava : trouver un autre emploi à la mesure exacte de trois sur trois. Rav Hamnuna : accepter que Rabbi Akiva se soit rétracté devant Rabbi Yehochoua. Le point commun Les trois Amoraim cherchent la même chose : de quoi R. Eliezer et R. Akiva discutent-ils ? De la permission d'allumer, de la mesure de l'étoffe, ou de son statut au regard de l'impureté. Chaque réponse redistribue la fonction de la phrase de Rav Yossef.
Les trois explications amoraiques de la controverse entre Rabbi Eliezer et Rabbi Akiva.
Le nolad de Rabbi Yehuda : trois cas, une seule règle Ce qui apparaît le jour de fête même n'a pas été préparé la veille et reste écarté (muktzé) Avant le jour de fête R. Yehuda R. Chimon Ustensile entier devenu débris pendant la fête changement d'identité Interdit de chauffer avec les débris Permis Dattes entières noyaux déjà noyaux, mais cachés mis à nu par le repas Interdit de chauffer avec les noyaux Permis Noix entières coquilles déjà visibles avant et visibles après Interdit de chauffer avec les coquilles Permis Pourquoi les trois cas étaient nécessaires (tsrikhouta) Chaque cas est plus faible que le précédent : l'écart entre l'état d'hier et celui d'aujourd hui se réduit d'un cas à l'autre, et Rabbi Yehuda interdit jusqu'au dernier. Nafka mina pratique Selon Rabbi Yehuda, il faut avoir préparé la veille le combustible du jour de fête. Selon Rabbi Chimon, ce qui sert normalement au feu reste disponible par lui-même.
Les trois cas de Rav : ce que Rabbi Yehuda interdit et ce que Rabbi Chimon permet.
Le chiffon de moins de trois sur trois : qui le déclare impur ? Étoffe affectée à boucher le bain, saisir la marmite, essuyer la meule (Kelim) Tana Préparé (min ha-moukhan) Non préparé Rabbi Eliezer l'affectation suffit toujours Impur Impur Rabbi Yehochoua une telle étoffe reste sans statut Pur Pur Rabbi Akiva arbitre entre les deux (makhria) Impur Pur Le point d'accord, selon Oula au nom de Rabbi Yo'hanan S'il l'a jeté au tas d'ordures, tous le déclarent pur. Le geste de s'en défaire retire au chiffon toute importance. Ce que le Ri retient des degrés de préparation Préparé pour tous : suspendu à une patère. Non préparé : posé derrière la porte. L'étui et le tas d'ordures marquent les deux extrêmes, hors controverse.
La controverse du traité Kelim sur le chiffon de moins de trois sur trois.
1
גּוֹי שֶׁחָקַק קַב בִּבְקַעַת — יִשְׂרָאֵל מַסִּיקָהּ בְּיוֹם טוֹב. וְאַמַּאי? נוֹלַד הוּא! לְדִבְרֵיהֶם דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי עֲקִיבָא קָאֲמַר לֵיהּ, וְלֵיהּ לָא סְבִירָא לֵיהּ.

Un non-Juif qui a creusé un kav dans une bûche — un Juif peut la brûler le jour de fête. Et pourquoi donc ?

C'est du nolad (un objet apparu aujourd'hui) ! — C'est selon les termes de Rabbi Eliezer et de Rabbi Akiva qu'il le lui a dit, tandis que lui-même n'est pas de cet avis.

📜 Rachi (2)
שֶׁחָקַק קַב בי"ט דַּהֲוָה לֵיהּ נוֹלַד:
Le jour de fête, de sorte que c'est du nolad.
לְדִבְרֵיהֶם דְּר' אֱלִיעֶזֶר וְר' עֲקִיבָא קָאָמַר הַאי דְּאוֹקֵים לְהוּ רַב אַדָּא אַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה דַּחֲזָא פְּלֻוגְתַּייְהוּ דְּלָא מִיתּוֹקְמָא אֶלָּא אַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה וּמִיהוּ אִיהוּ לָא סְבִירָא לֵיהּ אֶלָּא כְּר' שִׁמְעוֹן:
Si Rav Ada les a établis selon Rabbi Yehuda, c'est qu'il a vu que leur controverse ne tient que selon Rabbi Yehuda ; lui-même cependant n'est pas de cet avis et suit Rabbi Chimon.
💡 Explication

La guemara oppose deux enseignements de Rav Ada bar Ahava. Dans le premier, il expliquait la michna par le nolad, ce qui suppose la position de Rabbi Yehuda. Ici, il autorise à brûler le jour de fête un récipient que le non-Juif vient de creuser dans une bûche : l'ustensile est apparu le jour même, donc du nolad, et il le permet pourtant.

La réponse distingue deux registres. Un maître peut exposer la logique interne d'une controverse sans y souscrire : la formule lidvareihem (selon leurs propres termes) marque cette lecture faite de l'intérieur. Rav Ada a montré que le débat de la michna ne tient que selon Rabbi Yehuda ; sa propre halakha suit Rabbi Chimon, qui écarte le nolad.

2
רָבָא אָמַר, הַייְנוּ טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר: לְפִי שֶׁאֵין מַדְלִיקִין בִּפְתִילָה שֶׁאֵינָהּ מְחֹורֶכֶת וְלֹא בִּסְמַרְטוּטִין שֶׁאֵינָן מְחֹורָכִין. אֶלָּא הָא דְּתָנֵי רַב יוֹסֵף ״שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ מְצֻומְצָמוֹת״ לְמַאי הִלְכְתָא? לְעִנְיַן טֻומְאָה. דִּתְנַן: שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ שֶׁאָמְרוּ — חוּץ מִן הַמְּלָל, דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ מְכֻוָּונוֹת.

Rava a dit : voici la raison de Rabbi Eliezer — parce qu'on n'allume pas avec une mèche qui n'a pas été roussie, ni avec des chiffons qui n'ont pas été roussis. Mais alors, ce que Rav Yossef a enseigné, « trois sur trois tout juste », à quelle halakha se rapporte-t-il ?

À la question de l'impureté. Car nous avons appris : les trois sur trois dont ils ont parlé — en dehors de l'ourlet (melel), paroles de Rabbi Chimon.

Et les Sages disent : trois sur trois exactement mesurés.

📜 Rachi (3)
טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּהַדְלָקָה מִשּׁוּם דְּאֵין מַדְלִיקִין בּוֹ שֶׁאֵין דּוֹלְקִין יָפֶה וּבְכָל שַׁבְּתוֹת הַשָּׁנָה אָסוּר וְלָאו מִשּׁוּם נוֹלָד:
Pour l'allumage : parce qu'on n'allume pas avec une telle mèche, qui ne brûle pas bien ; c'est interdit tous les Chabbat de l'année, et pour un motif autre que le nolad.
חוּץ מִן הַמְּלָל דֶּרֶךְ תּוֹפְרֵי בְּגָדִים לִמְלֹול מִן הַבְּגָדִים לְכָופְלָן מְעַט סְבִיב הַתְּפִירָה וְאַחַ"כּ תּוֹפֵר וְג' עַל ג' סוֹפוֹ לִתְפֹּור לִטְלַאי בְּבֶגֶד עָנִי לָכֵן אַחְשְׁבוּהָ לִהְיוֹת כְּלִי הִלְכָּךְ צָרִיךְ לִהְיוֹת בּוֹ יוֹתֵר מִשִּׁיעוּר הַמְּלָל כְּדֵי שֶׁיְּהֵא הַטְּלַאי שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ:
Les tailleurs ont coutume de rabattre le bord des étoffes, de le replier un peu le long de la couture, puis de coudre. Un morceau de trois sur trois finira cousu comme pièce sur le vêtement d'un pauvre : c'est pourquoi on lui a reconnu le statut d'ustensile. Il faut donc qu'il mesure plus que la mesure de l'ourlet, afin que la pièce fasse bien trois sur trois.
מְכֻווָּנוֹת מְצֻומְצָמוֹת וּבְהָכִי אַחְשְׁבוּהָ ואע"ג דִּכְשֶׁיִּתְפֹּור לָא הֲוָה שָׁלֹשׁ וְהַייְנוּ הַךְ דְּרַב יוֹסֵף וְלָאו מִשּׁוּם דְּאִי הֲוָה טְפֵי לֹא מִיטַּמֵּא (דְּכָל שֶׁכֵּן) אֶלָּא לְאַפּוּקֵי מִדְּתַנָּא קַמָּא:
Exactement mesurés, tout juste : c'est ainsi qu'on lui a reconnu son statut, quand bien même, une fois cousu, il ne ferait plus trois. C'est la même chose que l'enseignement de Rav Yossef. Le motif n'en est pas que, s'il y en avait davantage, il ne contracterait pas l'impureté — à plus forte raison la contracterait-il — mais d'exclure l'avis du premier tana.
🗂️ Tossefot (2)
רָבָא אָמַר הַייְנוּ טַעְמָא דְּר' אֱלִיעֶזֶר מַשְׁמַע דְּרָבָא לְעִנְיַן טֻומְאָה אִית לֵיהּ שִׁינּוּיָא דְּרַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה וּלְקַמָּן מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ שִׁינּוּיָא דְּרַב הִמְנוּנָא דְּאָמַר מִקֻּולֵּי מַטְלָנִיּוֹת שָׁנוּ כָּאן דְּקָאָמַר וְהָדַר בֵּיהּ ר' עֲקִיבָא לְגַבֵּי ר' יְהוֹשֻׁעַ עַל כֵּן נִרְאֶה דְּהָכָא גָּרַס רַבָּה וּלְקַמָּן רָבָא ונ"ל דִּבְחִנָּם נָהֲגוּ אֲנָשִׁים לְהַדְלִיק הַפְּתִילָה וּלְכַבּוֹתָהּ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא מְהֻובְהֶבֶת דְּהָא אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּשַׁמּוּתִי הוּא וְעוֹד אָמְרִינַן לְקַמָּן הָכָא בִּפְתִילָה שֶׁצָּרִיךְ לְהַבְהֲבָהּ עָסְקִינַן מַשְׁמַע דְּיָכוֹל לְהַדְלִיק אע"פ שֶׁאֵינָהּ מְהֻובְהֶבֶת:
Il ressort que Rava, pour la question de l'impureté, retient la réponse de Rav Ada bar Ahava, alors que plus loin il ressort qu'il retient la réponse de Rav Hamnuna, qui dit qu'on a enseigné ici d'après les allègements relatifs aux chiffons, puisqu'il affirme que Rabbi Akiva s'est rétracté en faveur de Rabbi Yehochoua. Il paraît donc qu'ici la leçon est Rabba, et plus loin Rava. Et il nous semble que les gens ont pris sans raison l'habitude d'allumer la mèche puis de l'éteindre pour qu'elle soit roussie, car la halakha ne suit pas Rabbi Eliezer, qui est de l'école de Chamai. De plus, nous disons plus loin : ici nous traitons d'une mèche qu'il faut roussir — ce qui indique qu'on peut allumer même si elle n'a pas été roussie.
וְלֹא בִּסְמַרְטוּטִין שֶׁאֵינָן מְחֹורָכִין קָשֶׁה כֵּיוָן דִּתְנָא דַּאֲפִילּוּ בִּפְתִילָה שֶׁאֵינָהּ מְחֹורֶכֶת אֵין מַדְלִיקִין כ"ש בִּסְמַרְטוּטִין שֶׁאֵינָם מְחֹורָכִין וּמִיהוּ בַּתּוֹסֶפְתָּא גָּרַס וְלֹא בִּסְמַרְטוּטִין אַפֵּי' מְחֹורָכִין:
C'est difficile : puisqu'il a enseigné que même avec une mèche non roussie on n'allume pas, à plus forte raison avec des chiffons non roussis. Toutefois, dans la Tossefta, la leçon est : ni avec des chiffons, même roussis.
💡 Explication

Rava propose une seconde lecture de Rabbi Eliezer. L'interdiction porte sur la qualité de la flamme : une mèche non roussie (méhourékhet) prend mal et file, ce qui ne convient pas à la lampe de Chabbat. Cette raison vaut toute l'année et libère la michna de la question du nolad.

La contrepartie apparaît aussitôt. Rav Yossef avait précisé la mesure de trois sur trois tout juste ; si la dimension de l'étoffe ne commande plus l'allumage, cette précision se rapporte à un autre domaine. La guemara la renvoie aux lois d'impureté, où une michna du traité Kelim discute si les trois sur trois se mesurent avant ou après le rabat de l'ourlet (melel).

🖼️ Schéma
Trois sur trois : avec ou sans l'ourlet ? Mesure minimale pour qu'une étoffe contracte l'impureté bord replié pour la couture (melel) trois sur trois utiles après couture Rabbi Chimon On mesure hors ourlet : il faut donc davantage d'étoffe. trois sur trois au total, ourlet compris Les Sages Tout juste trois sur trois, même si la couture en retire. Pourquoi la guemara y renvoie la phrase de Rav Yossef Une fois la raison de Rabbi Eliezer rapportée à la qualité de la flamme, la précision trois sur trois exactement trouve son emploi dans les lois d'impureté.
La mesure de trois sur trois selon Rabbi Chimon et selon les Sages.
3
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מַסִּיקִין בְּכֵלִים וְאֵין מַסִּיקִין בְּשִׁבְרֵי כֵלִים, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר. מַסִּיקִין בִּתְמָרִין, אֲכָלָן אֵין מַסִּיקִין בְּגַרְעִינֵיהֶן, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר. מַסִּיקִין בֶּאֱגוֹזִים, אֲכָלָן אֵין מַסִּיקִין בִּקְלִיפּוֹתֵיהֶן, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר.

Rav Yehuda a dit au nom de Rav : on chauffe avec des ustensiles et on ne chauffe pas avec des débris d'ustensiles — paroles de Rabbi Yehuda ; et Rabbi Chimon permet. On chauffe avec des dattes ; s'il les a mangées, on ne chauffe pas avec leurs noyaux — paroles de Rabbi Yehuda ; et Rabbi Chimon permet.

On chauffe avec des noix ; s'il les a mangées, on ne chauffe pas avec leurs coquilles — paroles de Rabbi Yehuda ; et Rabbi Chimon permet.

📜 Rachi (2)
מַסִּיקִין בִּתְמָרִים דְּאַגַּב דִּמְטַלְטֵל לְהוּ לַאֲכִילָה חֲזוּ נָמֵי לְהַסָּקָה:
Puisqu'on les déplace pour les manger, elles conviennent aussi au chauffage.
אֲכָלָן ביו"ט אֵין מַסִּיקִין בְּגַרְעִינִין ביו"ט דַּהֲוָה לְהוּ נוֹלָד:
S'il les a mangées le jour de fête, on ne chauffe pas avec les noyaux ce jour-là, car ils sont du nolad.
🗂️ Tossefot (1)
אֲכָלָן אֵין מַסִּיקִין בְּגַרְעִינֵיהֶן תֵּימַהּ לְרִ"י דִּבְפֶרֶק נוֹטֵל (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קמב:) אָמַר לְמֵימְרָא דְּרָבָא כְּרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ פֵּירוּשׁ דְּאָסַר נְבֵלָה שֶׁנִּתְנַבְּלָה בְּשַׁבָּת והא"ל לְשִׁמְעִי' טְוִוי לִי בַּר אֲוָוזָא וּשְׁדִי מֵיעֵיהּ לְשֻׁונָּרָא וּמְשַׁנֵּי הָתָם כֵּיוָן דְּמַסְרַח דַּעְתֵּיהּ עִילָּוֵיהּ מֵאֶתְמוֹל אַלְמָא כֵּיוָן דְּדַעְתּוֹ מֵאֶתְמוֹל לָתֵת לְשֻׁונָּרָא כְּשֶׁיַּסְרִיחַ לְמָחָר שָׁרִי אע"ג דְּכָל זְמַן שֶׁלֹּא הִסְרִיחַ חֲזִי לְאָדָם מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיב כְּאִילּוּ הֵכִינוּ מִבְּעוֹד יוֹם לְשֻׁונָּרָא ה"נ מֵאֶתְמוֹל דַּעְתֵּיהּ עִילָּוֵיהּ לְהָסִיר הַגַּרְעִינִין כְּשֶׁיֹּאכַל הַתְּמָרִים לְמָחָר וְאַמַּאי חֲשִׁיב לֵיהּ טְפֵי נוֹלַד מִמֵּיעֶיהָ דְּבַר אַווְזָא וְי"ל דְּהָתָם בַּר אַווְזָא נִשְׁחַט מעי"ט וְאֵין הַמֵּעַיִים צְרִיכִים לָאַווָּז וְכֵיוָן דְּמִבְּעוֹד יוֹם דַּעְתֵּיהּ לִמְיַתְּבֵיהּ לְשֻׁונָּרָא אִם יַסְרִיחוּ חֲשִׁיבָה הֲכָנָה מְעַלַּיְיתָא אֲבָל הָכָא הַגַּרְעִינִין צְרִיכִין לְאֹוכֶל וַחֲשִׁיבִי כְּאוֹכֵל עַצְמוֹ עַד שֶׁיֹּאכַל הַתְּמָרִים לְכָךְ חֲשִׁיב לְהוּ נוֹלַד וְלָא מְהַנֵּי מַה שֶׁדַּעְתּוֹ עֲלֵיהֶם מֵאֶתְמוֹל:
Cela fait difficulté au Ri : au chapitre Notel (plus loin, Chabbat 142b), on dit que Rava tient comme Rabbi Yehuda — c'est-à-dire qu'il interdit une bête devenue nevela pendant Chabbat — alors qu'il a dit à son serviteur : fais-moi rôtir cette oie et jette ses entrailles au chat. On répond : là, puisqu'elles se gâtent, il y avait pensé depuis la veille. Il ressort que, dès lors qu'il avait l'intention depuis la veille de les donner au chat lorsqu'elles se gâteraient le lendemain, c'est permis, bien que, tant qu'elles ne sont pas gâtées, elles conviennent à un homme, parce que cela vaut comme s'il les avait préparées pour le chat pendant qu'il faisait encore jour. Ici de même, depuis la veille il pense à retirer les noyaux lorsqu'il mangera les dattes le lendemain : pourquoi les tenir pour du nolad plus que les entrailles de l'oie ? On peut répondre que là, l'oie a été abattue avant le jour de fête et les entrailles ne sont pas nécessaires à l'oie ; dès lors que, de jour encore, il pense à les donner au chat si elles se gâtent, il y a là une préparation (hakhana) pleine et entière. Ici en revanche, les noyaux sont nécessaires à l'aliment et comptent comme l'aliment lui-même tant qu'il n'a pas mangé les dattes ; c'est pourquoi on les tient pour du nolad, et l'intention qu'il avait sur eux depuis la veille n'y change rien.
💡 Explication

Rav rapporte la controverse sous trois formes parallèles. Le principe en jeu est le nolad : un objet qui prend son statut actuel au cours du jour de fête n'a pas été préparé (moukhan) depuis la veille et reste écarté de tout usage.

Rabbi Yehuda l'applique aux trois cas : le débris qui succède à l'ustensile, le noyau que le repas dégage de la datte, la coquille que le repas sépare de la noix. Rabbi Chimon, qui rejette le muktzé en dehors de cas précis, permet à chaque fois.

🖼️ Schéma
Le nolad de Rabbi Yehuda : trois cas, une seule règle Ce qui apparaît le jour de fête même n'a pas été préparé la veille et reste écarté (muktzé) Avant le jour de fête R. Yehuda R. Chimon Ustensile entier devenu débris pendant la fête changement d'identité Interdit de chauffer avec les débris Permis Dattes entières noyaux déjà noyaux, mais cachés mis à nu par le repas Interdit de chauffer avec les noyaux Permis Noix entières coquilles déjà visibles avant et visibles après Interdit de chauffer avec les coquilles Permis Pourquoi les trois cas étaient nécessaires (tsrikhouta) Chaque cas est plus faible que le précédent : l'écart entre l'état d'hier et celui d'aujourd hui se réduit d'un cas à l'autre, et Rabbi Yehuda interdit jusqu'au dernier. Nafka mina pratique Selon Rabbi Yehuda, il faut avoir préparé la veille le combustible du jour de fête. Selon Rabbi Chimon, ce qui sert normalement au feu reste disponible par lui-même.
Les trois cas de Rav et le partage entre Rabbi Yehuda et Rabbi Chimon.
4
וּצְרִיכָא. דְּאִי אַשְׁמְעִינַן קַמַּייְתָא, בְּהַהִיא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה, מִשּׁוּם דְּמֵעִיקָּרָא כְּלִי וְהַשְׁתָּא שֶׁבֶר כְּלִי, וַהֲוָה לֵיהּ נוֹלָד, וְאָסוּר. אֲבָל תְּמָרִים, דְּמֵעִיקָּרָא גַּרְעִינִין וְהַשְׁתָּא גַּרְעִינִין — אֵימָא שַׁפִּיר דָּמֵי. וְאִי אַשְׁמְעִינַן גַּרְעִינִין, הֲוָה אָמֵינָא דְּמֵעִיקָּרָא מִכַּסְּייָן וְהַשְׁתָּא מִיגַּלְּייָן. אֲבָל קְלִיפֵּי אֱגוֹזִין, דְּמֵעִיקָּרָא מִיגַּלּוּ וְהַשְׁתָּא מִיגַּלּוּ — אֵימָא שַׁפִּיר דָּמֵי. צְרִיכָא.

Et les trois étaient nécessaires. Car s'il ne nous avait enseigné que le premier cas, on aurait dit : c'est dans celui-là que Rabbi Yehuda interdit, parce qu'auparavant c'était un ustensile et que maintenant c'est un débris d'ustensile, de sorte qu'il y a là du nolad, et c'est interdit ; mais pour les dattes, où auparavant il y avait des noyaux et où maintenant ce sont des noyaux, dis que c'est parfaitement permis.

Et s'il ne nous avait enseigné que les noyaux, j'aurais dit : la raison en est qu'auparavant ils étaient couverts et que maintenant ils sont à découvert ; mais les coquilles de noix, qui auparavant étaient à découvert et qui maintenant sont à découvert, dis que c'est parfaitement permis. Les trois étaient donc nécessaires.

📜 Rachi (1)
וְהָשְׁתָּא מְגַלְּיָין הִלְכָּךְ נוֹלַד הֲוָה:
Et maintenant ils sont à découvert : c'est pourquoi il y a là du nolad.
💡 Explication

La tsrikhouta est un procédé régulier de la guemara : elle justifie la présence de plusieurs cas en montrant qu'aucun ne se déduit des autres. Ici, les trois cas forment une échelle décroissante de changement.

Le débris change de nom, le noyau change seulement d'exposition, la coquille ne change en rien. En énonçant les trois, Rav établit que Rabbi Yehuda interdit jusqu'au cas le plus ténu : chez lui, la séparation d'avec l'aliment suffit à créer du nolad, même sans transformation visible.

🖼️ Schéma
L'échelle de la tsrikhouta : du plus évident au plus ténu 1. Débris d'ustensiles Hier un ustensile, aujourd hui un débris : l'objet a changé de nom. Si l'on n'avait que ce cas, on limiterait l'interdit à un changement aussi net. 2. Noyaux de dattes Hier des noyaux, aujourd hui les mêmes noyaux, mais mis à découvert. Si l'on n'avait que ce cas, on limiterait l'interdit au passage du caché au visible. 3. Coquilles de noix Hier visibles, aujourd hui visibles : rien n'a changé dans leur aspect. Rabbi Yehuda interdit même là, ce qui fixe l'étendue réelle de sa position. Ce que l'échelle enseigne Chez Rabbi Yehuda, le nolad se déclenche par la séparation d'avec l'aliment, indépendamment de l'ampleur du changement visible.
Les trois cas classés du changement le plus net au plus ténu.
5
וְהָא דְּרַב לָאו בְּפֵירוּשׁ אִיתְּמַר, אֶלָּא מִכְּלָלָא אִיתְּמַר. דְּרַב אֲכַל תַּמְרֵי וּשְׁדָא קַשְׁיָיתָא לְבֻוכְיָא. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חַייָּא: בַּר פַּחֲתֵי, כְּנֶגְדּוֹ בְּיוֹם טוֹב אָסוּר. קַבְּלַהּ מִינֵּיהּ אוֹ לָא קַבְּלַהּ מִינֵּיהּ?

Et cet enseignement de Rav n'a pas été dit explicitement, mais il a été tiré par déduction. Car Rav mangeait des dattes et jetait les noyaux dans le boukhya (fourneau de tuiles).

Rabbi Hiya lui dit : fils de notables, le geste équivalent est interdit le jour de fête. L'a-t-il accepté de lui, ou ne l'a-t-il pas accepté ?

📜 Rachi (5)
וְהָא דְּרַב דְּאָמַר לְר' יְהוּדָה אֵין מַסִּיקִין בְּגַרְעִינִין לָאו בְּפֵירוּשׁ אִיתְּמַר:
Ce qu'on rapporte de lui, que selon Rabbi Yehuda on ne chauffe pas avec les noyaux, n'a pas été énoncé explicitement.
אָכַל תַּמְרֵי בְּחוֹל:
Un jour ordinaire.
לְבוּכְיָא כִּירָה שֶׁל רְעָפִים שֶׁקּוֹרִין טיול"ש (טיולי"ש: רְעָפִים) וְהִיא חֲלוּלָה וּסְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן לְבֵי תֻּפִּי הַיְינוּ נָמֵי כִּירָה וְהוּא תַּרְגּוּם שֶׁל בֵּית שְׁפִיתַת שְׁתֵּי קְדֵרוֹת:
Un fourneau de tuiles, qu'on appelle tiouls ; il est creux. Et dans les livres où il est écrit le-vei tefi, il s'agit également d'un fourneau : c'est là traduction araméenne de l'emplacement où l'on pose deux marmites.
קַשְׁיָיתָא גַּרְעִינִין:
Les noyaux.
בַּר פַּחֲתֵי בֶּן גְּדוֹלִים:
Fils de grands.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא דְּרַב לָאו בְּפֵירוּשׁ אִיתְּמַר כו' הָא פְּשִׁיטָא דְּרַב אָסַר נוֹלַד כְּרַבִּי יְהוּדָה מְכֹרְכֵי דְּזוּזֵי (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף יט:) אֶלָּא מַיְיתֵי רְאָיָה דְּאַף בְּגַרְעִינִין דְּאִיכָּא לְמֵימַר מֵעִיקָּרָא גַּרְעִינִין וְהַשְׁתָּא גַּרְעִינִין אָסַר רַבִּי יְהוּדָה וא"ת וּבֶאֱגוֹזִים דְּמֵעִיקָּרָא מִגַּלּוּ וְהַשְׁתָּא מִגַּלּוּ מִנָּלַן דְּאָסַר וְי"ל דְּאע"ג דְּמִטַּעַם זֶה עוֹשֶׂה צְרִיכוּתָא מ"מ מִטַּעַם זֶה לְפִי הָאֱמֶת אֵין נִרְאֶה לוֹ לְחַלֵּק בֵּינֵיהֶם:
Il est évident que Rav interdit le nolad comme Rabbi Yehuda, d'après l'affaire des nattes de Zouzei (plus haut, Chabbat 19b). On apporte donc ici la preuve que, même pour les noyaux, dont on pourrait dire qu'auparavant c'étaient des noyaux et que maintenant ce sont des noyaux, Rabbi Yehuda interdit. Et si tu demandes : pour les noix, dont les coquilles étaient auparavant à découvert et le sont encore maintenant, d'où savons-nous qu'il interdit ? On peut répondre que, bien que la guemara construise la tsrikhouta sur ce motif, en vérité ce motif ne lui paraît pas suffisant pour distinguer entre les deux cas.
💡 Explication

La guemara précise le statut de la tradition rapportée au nom de Rav. Elle vient mikhlala, par déduction à partir d'une conduite, et non d'une déclaration formelle. Cette nuance a un poids réel : un enseignement déduit se discute plus facilement qu'une parole explicite.

Le fait rapporté se passe un jour ordinaire, où jeter les noyaux au feu ne pose aucun problème. Rabbi Hiya en tire une remarque pour le jour de fête, où le même geste tomberait sous le nolad. La question qui suit porte sur la suite donnée par Rav à cette remarque.

6
תָּא שְׁמַע: דְּכִי אֲתָא רַב לְבָבֶל, אֲכַל תַּמְרֵי וּשְׁדָא קַשְׁיָיתָא לְחֵיוָתָא. מַאי לַָאו בְּפַרְסַייְאתָא, וְלֹא קִבְּלָה? — לָא, בְּאָרְמִיאתָא — הוֹאִיל וַחֲזֵי אַגַּב אִימַּייְהוּ.

Viens et entends : lorsque Rav vint à Bavel, il mangea des dattes et jeta les noyaux au bétail. N'était-ce pas avec des dattes perses, ce qui montrerait qu'il ne l'avait pas accepté ? — Non, avec des dattes araméennes, puisqu'elles conviennent encore par le biais de leur mère.

📜 Rachi (4)
אָכַל תַּמְרֵי בְּיוֹם טוֹב:
Le jour de fête.
פָּרְסְיָיתָא תְּמָרִים טוֹבִים וּמִתְבַּשְּׁלִים יָפֶה וְכָל אֹוכֶל שֶׁלָּהֶם נִפְרַשׁ מֵעַל גַּרְעִינֵיהֶן וְאֵין הַגַּרְעִינִין רְאוּיָן לְטַלְטֵל וְאַפֵּ"ה לְטַלְטְלָן לְמִישְׁדִּינְהוּ לְחַיּוּתָא אַלְמָא לֹא קִיבְּלָהּ מִינֵּיהּ:
Des dattes de qualité, qui mûrissent bien et dont toute la chair se détache du noyau ; les noyaux ne sont donc pas propres à être déplacés. Il les a pourtant déplacés pour les jeter au bétail : il ne l'avait donc pas accepté de lui.
בארמיתא דְּאֵין מִתְבַּשְּׁלוֹת יָפֶה וְאֵין הָאֹוכֶל נִפְרָשׁ מֵהֶן וּמִשְׁתַּייֵּר בְּגַרְעִינֵיהֶן וַחֲזוּ לְאָדָם:
Elles ne mûrissent pas bien, la chair ne s'en détache pas et il en reste sur les noyaux : ceux-ci conviennent donc encore à un homme.
אַגַּב אִימַּייְהוּ שֶׁיֵּשׁ עוֹד מְאַמֵּן עֲלֵיהֶן:
Il reste encore de leur mère sur eux.
💡 Explication

La preuve repose sur une observation de conduite. En jetant les noyaux au bétail le jour de fête, Rav les a déplacés ; s'ils étaient écartés, le geste contredirait la remontrance de Rabbi Hiya.

La réponse tient à la variété des dattes. Une datte qui mûrit mal laisse de la chair collée au noyau : celui-ci demeure comestible et garde son utilité agav imayhou, par le biais de la datte dont il provient. Le noyau n'a donc jamais quitté le domaine des objets disponibles, et la question de savoir si Rav a accepté la remontrance reste ouverte.

🖼️ Schéma
Dattes perses ou dattes araméennes : deux noyaux, deux statuts Dattes perses noyau nu Dattes de qualité, bien mûrie : toute la chair se détache du noyau. Le noyau ne sert plus à personne. Muktzé : interdit de le déplacer. Si Rav a jeté ceux-là, il n'avait pas accepté. Dattes araméennes chair restante Dattes qui mûrissent mal : de la chair reste collée au noyau. Le noyau reste bon pour un homme. Déplacement permis, agav imayhou. Le geste de Rav reste compatible avec R. Hiya. L'enjeu de la distinction La guemara cherche à savoir si Rav a accepté la remontrance de Rabbi Hiya. Son geste à Bavel semblait prouver le contraire ; la réponse en change la lecture. Agav imayhou : le noyau tient son utilité de la datte à laquelle il adhère encore.
Pourquoi le noyau d'une datte araméenne échappe au statut de muktzé.
7
אֲמַר לֵיהּ רַב שְׁמוּאֵל בַּר בַּר חָנָה לְרַב יוֹסֵף: לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר מַסִּיקִין בְּכֵלִים וְאֵין מַסִּיקִין בְּשִׁבְרֵי כֵלִים, כֵּיוָן דְּאַדְלֵיק בְּהוּ פֻּורְתָּא הָוֵה לֵיהּ שִׁבְרֵי כֵלִים, וְכִי קָא מְהַפֵּךְ — בְּאִיסּוּרָא קָא מְהַפֵּךְ? — דַּעֲבַד כִּדְרַב מַתָּנָה. דְּאָמַר רַב מַתְנָה אָמַר רַב: עֵצִים שֶׁנָּשְׁרוּ מִן הַדֶּקֶל לְתַנּוּר בְּיוֹם טוֹב, מַרְבֶּה עֵצִים מוּכָנִין וּמַסִּיקָן.

Rav Chmouel bar bar Hana dit à Rav Yossef : selon Rabbi Yehuda, qui dit qu'on chauffe avec des ustensiles et qu'on ne chauffe pas avec des débris d'ustensiles — dès qu'ils ont brûlé un peu, les voilà devenus débris d'ustensiles, et lorsqu'il les retourne, il les retourne dans l'interdit ! — Il s'agit d'un cas où il a agi comme Rav Matna. Car Rav Matna a dit au nom de Rav : des branches tombées du palmier dans le four le jour de fête — il ajoute du bois préparé et les brûle.

📜 Rachi (1)
מְרַבֶּה עֲלֵיהֶן וּמְבַטְּלָן בְּרֹוב:
Il en ajoute par-dessus et les annule dans la majorité.
💡 Explication

L'objection est d'ordre pratique. Rabbi Yehuda autorise à chauffer avec des ustensiles entiers, mais le feu les réduit en fragments dès les premières flammes ; celui qui remue les bûches manipule alors des débris, que le même Rabbi Yehuda tient pour écartés.

La solution vient de Rav Matna. Des branches tombées du palmier pendant la fête sont écartées, puisqu'elles étaient encore attachées à l'arbre à l'entrée du jour. En ajoutant dans le four une quantité supérieure de bois préparé, on rend la part écartée minoritaire : c'est le bitoul be-rov, l'annulation dans la majorité. Le même procédé couvre le cas des ustensiles.

🖼️ Schéma
Une objection pratique et sa solution : ajouter du bois préparé L'objection de Rav Chmouel bar bar Hana Un ustensile mis au feu devient débris dès les premières flammes. En le retournant pour activer le feu, on manipule alors un objet écarté. La réponse : il a fait comme Rav Matna Branches tombées du palmier dans le four le jour de fête : il ajoute du bois préparé. Avant l'ajout bois écarté prépare Après l'ajout écarte majorité préparée Le principe employé : bitoul be-rov Le bois écarté devient minoritaire dans le foyer et se trouve annulé dans la masse.
L'objection sur les débris et la solution par l'ajout de bois préparé.
8
רַב הַמְנוּנָא אָמַר: הָכָא בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה עָסְקִינַן, מִקֻּולֵּי מַטְלָנִיּוֹת שָׁנוּ כָּאן.

Rav Hamnuna a dit : ici nous traitons de moins de trois sur trois ; c'est d'après les allégements relatifs aux chiffons qu'on a enseigné ici.

📜 Rachi (2)
רַב הַמְנוּנָא אָמַר מַתְנִיתִין בְּפָחוֹת מִשְּׁלשָׁה טְפָחִים עַל שְׁלשָׁה טְפָחִים פְּלִיגִי לְעִנְיַן טֻומְאָה:
Dans la michna, c'est à propos de moins de trois tefahim sur trois tefahim qu'ils divergent, quant à l'impureté.
וּמִקֻּולֵּי מַטְלָנִיּוֹת מַטְלָנִיּוֹת הַקַּלּוֹת בְּעֵינָיו דֻּומְיָא דִּמְתֻוקָּנוֹת לִפְקֹוק מֶרְחָץ דְּמִידִי דְּלָא חֲשִׁיב הוּא וְקִיפּוּל דִּנְקַט בְּמַתְנִיתִין מִשּׁוּם הִבְהוּב דִּנְקַט דַּוְקָא וְלִפְלוּגְתָּא דְּהַדְלָקָה תְּנָא קִיפּוּל:
Des chiffons qui comptent pour peu à ses yeux, semblables à ceux qu'on prépare pour boucher le bain : chose sans importance. Et si la michna mentionne le pliage, c'est à cause du roussissement, qui, lui, est énoncé au sens strict ; c'est pour la controverse sur l'allumage que le tana a mentionné le pliage.
💡 Explication

Rav Hamnuna offre la troisième lecture de la michna. L'étoffe dont il s'agit mesure moins de trois sur trois, en dessous du seuil ordinaire de l'impureté des vêtements. Son statut dépend alors de règles particulières, celles des matlaniot, les chiffons de peu de valeur.

La formule mikoulei matlaniot chanou kan signale que la michna emprunte ses catégories à ce régime allégé. La controverse entre Rabbi Eliezer et Rabbi Akiva porte ainsi sur l'impureté, et le segment suivant la rattache à une michna du traité Kelim.

9
וְאַזְדָּא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְטַעְמֵיהּ וְרַבִּי עֲקִיבָא לְטַעְמֵיהּ. דִּתְנַן: פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה שֶׁהִתְקִינוּ לִפְקֹק בּוֹ אֶת הַמֶּרְחָץ וּלְנַעֵר בּוֹ אֶת הַקְּדֵירָה וּלְקַנֵּחַ בּוֹ אֶת הָרֵחַייִם — בֵּין מִן הַמּוּכָן וּבֵין שֶׁאֵין מִן הַמּוּכָן — טָמֵא, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: בֵּין מִן הַמּוּכָן וּבֵין שֶׁלֹּא מִן הַמּוּכָן — טָהוֹר. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: מִן הַמּוּכָן — טָמֵא, וְשֶׁלֹּא מִן הַמּוּכָן — טָהוֹר. וְאָמַר עֻולָּא, וְאִיתֵּימָא רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַכֹּל מוֹדִים זְרָקוֹ בָּאַשְׁפָּה — דִּבְרֵי הַכֹּל טָהוֹר.

Et Rabbi Eliezer suit ici sa propre ligne, et Rabbi Akiva la sienne. Car nous avons appris : un morceau de moins de trois sur trois qu'il a préparé pour boucher le bain, pour saisir la marmite et la vider, et pour essuyer la meule — qu'il provienne du préparé ou non — est impur, paroles de Rabbi Eliezer.

Et Rabbi Yehochoua dit : qu'il provienne du préparé ou non — il est pur. Rabbi Akiva dit : du préparé — impur ; sans provenir du préparé — pur.

Et Oula a dit, et certains disent que c'est Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan : tous s'accordent que, s'il l'a jeté au tas d'ordures, de l'avis de tous il est pur.

📜 Rachi (5)
פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה כו' דְּאִילּוּ שְׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה חֲשִׁיבִי וְלָא בָּטְלִי ואע"ג דְּקִילִי כְּגוֹן סְמַרְטוּטִין:
Car trois sur trois ont de l'importance et ne sont pas annulés, même s'ils sont de peu de valeur, comme des chiffons.
שֶׁהִתְקִינוּ לְכָךְ שֶׁהִקְצוֹ לְכָךְ:
Qu'il l'a mis de côté pour cet usage.
לִפְקֹוק הַמֶּרְחָץ נְקָבִים שֶׁהַמַּיִם בָּאִים דֶּרֶךְ שָׁם לַמֶּרְחָץ:
Les orifices par lesquels l'eau parvient au bain.
וּלְנַעֵר בּוֹ אֶת הַקְּדֵרָה לֶאֱחֹוז בָּהֶן שׁוּלֵי הַקְּדֵרָה וּלְנַעֲרָהּ לְתוֹךְ הַתַּמְחוּי:
Pour saisir avec eux le fond de la marmite et la vider dans le plat.
בֵּין מִן הַמּוּכָן לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ:
Cela est expliqué plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּין מִן הַמּוּכָן כּוּ' פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס מוּכָן דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר קוּפְסָא שֶׁאֵינוֹ מוּכָן תְּלָאוֹ בְּמַגּוֹד וְהִנִּיחוֹ אֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת וּמוּכָן דְּר' יְהוֹשֻׁעַ תְּלָאוֹ בְּמַגּוֹד וְהִנִּיחוֹ אֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת וְשֶׁאֵינוֹ מוּכָן זְרָקוֹ לָאַשְׁפָּה וְרַבִּי עֲקִיבָא מוּכָן תְּלָאוֹ בְּמַגּוֹד וְשֶׁאֵינוֹ מוּכָן הִנִּיחוֹ אֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת וְקָשֶׁה לר"י דְּהַשְׁתָּא מוּכָן וְשֶׁאֵינוֹ מוּכָן דְּהַאי תַּנָּא לָא הָוֵי כְּאִידָךְ וְעוֹד מַה לָהֶם לְהַזְכִּיר בְּדִבְרֵיהֶם קוּפְסָא וְאַשְׁפָּה דְּלָא פְּלִיגִי בָּהּ וְעוֹד דִּבְפֶרֶק כִּירָה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף לט: וְשָׁם) קָרֵי לְרַבִּי עֲקִיבָא מַכְרִיעַ וְאַמַּאי וַהֲלֹא לֹא גִּילּוּ בְּדִבְרֵיהֶם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק בֵּין תְּלָאוֹ בְּמַגּוֹד לְהַנִּיחוֹ אֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת וְנִרְאֶה לר"י דְּמוּכָן דְּכוּלְּהוּ הַיְינוּ תְּלָאוֹ בְּמַגּוֹד וְשֶׁאֵינוֹ מוּכָן הַייְנוּ הִנִּיחוֹ אֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת וְהַאי דְּקָאָמַר אַמַּאי קָרֵי לֵיהּ שֶׁלֹּא מִן הַמּוּכָן פֵּירֵשׁ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַמַּאי קָרֵי לְהַנִּיחוֹ אֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת שֶׁלֹּא מִן הַמּוּכָן הוֹאִיל וְהוּא טָמֵא וּמְשַׁנֵּי מִשּׁוּם דִּלְגַבֵּי קֻופְסָא לָאו מוּכָן הוּא וְלָא בָּעֵי לְמֵימַר מִשּׁוּם דִּלְגַבֵּי מִגּוֹד לָאו מוּכָן הוּא דְּלָא חֲשִׁיב כֻּולֵּי הַאי תְּלָאוֹ בְּמַגּוֹד מֵאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת דַּהֲוָה קָרֵי לֵיהּ לְגַבֵּיהּ שֶׁלֹּא מִן הַמּוּכָן וְכֵן לְר' יְהוֹשֻׁעַ קָא בָּעֵי אַמַּאי חֲשִׁיב לִתְלָאוֹ בְּמַגּוֹד מִן הַמּוּכָן הוֹאִיל וְהוּא טָהוֹר וּמְשַׁנֵּי דִּלְגַבֵּי אַשְׁפָּה מוּכָן הוּא וְהָא דְּלָא קָאָמַר דִּלְגַבֵּי אֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת מוּכָן הוּא מִשּׁוּם דְּלָא גְּרִיע כֻּולֵּי הַאי טְפֵי מִמַּגּוֹד דְּלֶיהֱוֵי אֵינוֹ מוּכָן לְגַבֵּיהּ:
Le Kountras a expliqué : le préparé, selon Rabbi Eliezer, c'est l'étui ; le non-préparé, c'est l'avoir suspendu à une patère ou posé derrière la porte. Le préparé, selon Rabbi Yehochoua, c'est l'avoir suspendu à une patère ou posé derrière la porte, et le non-préparé, c'est l'avoir jeté au tas d'ordures. Et pour Rabbi Akiva, le préparé c'est l'avoir suspendu à une patère, et le non-préparé c'est l'avoir posé derrière la porte. Cela fait difficulté au Ri : le préparé et le non-préparé d'un tana ne coïncident alors plus avec ceux d'un autre. De plus, pourquoi mentionneraient-ils dans leurs propos l'étui et le tas d'ordures, sur lesquels ils ne divergent pas ? De plus, au chapitre Kira (plus loin, Chabbat 39b, et là-bas), on qualifie Rabbi Akiva d'arbitre (makhria) : pourquoi donc, puisque Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua n'ont pas laissé paraître dans leurs propos qu'il y aurait lieu de distinguer entre l'avoir suspendu à une patère et l'avoir posé derrière la porte ? Il paraît donc au Ri que le préparé, chez tous, c'est l'avoir suspendu à une patère, et le non-préparé, c'est l'avoir posé derrière la porte. Quant à la question posée — pourquoi l'appelle-t-on non-préparé ? —, elle porte, chez Rabbi Eliezer, sur ceci : pourquoi appeler non-préparé le fait de l'avoir posé derrière la porte, puisqu'il est impur ? On répond : parce que, par rapport à l'étui, cela ne compte pas comme du préparé. On évite de dire : parce que, par rapport à la patère, cela ne compte pas comme du préparé, car l'avoir suspendu à une patère ne l'emporte pas à ce point sur l'avoir posé derrière la porte, au point que ce dernier serait appelé, à son égard, non-préparé. De même, chez Rabbi Yehochoua, on demande : pourquoi tenir l'avoir suspendu à une patère pour du préparé, puisqu'il est pur ? On répond : par rapport au tas d'ordures, c'est du préparé. Et si l'on n'a pas dit : par rapport à derrière la porte c'est du préparé, c'est parce que ce dernier cas ne le cède pas à ce point à la patère pour être tenu, à son égard, pour non-préparé.
💡 Explication

La formule azda le-taameh (il suit sa propre ligne) rattache la position de chacun dans la michna de Chabbat à sa position dans une michna du traité Kelim. Le sujet y est le même : un chiffon de moins de trois sur trois affecté à des usages domestiques.

Trois positions se dégagent. Rabbi Eliezer tient l'affectation pour décisive dans tous les cas ; Rabbi Yehochoua refuse à une telle étoffe tout statut d'ustensile ; Rabbi Akiva fait dépendre le résultat du degré de préparation, ce qui lui vaut ailleurs le titre d'arbitre (makhria). Oula ajoute une limite commune : l'étoffe jetée au tas d'ordures perd toute importance, et tous la déclarent pure.

🖼️ Schéma
Le chiffon de moins de trois sur trois : qui le déclare impur ? Étoffe affectée à boucher le bain, saisir la marmite, essuyer la meule (Kelim) Tana Préparé (min ha-moukhan) Non préparé Rabbi Eliezer l'affectation suffit toujours Impur Impur Rabbi Yehochoua une telle étoffe reste sans statut Pur Pur Rabbi Akiva arbitre entre les deux (makhria) Impur Pur Le point d'accord, selon Oula au nom de Rabbi Yo'hanan S'il l'a jeté au tas d'ordures, tous le déclarent pur. Le geste de s'en défaire retire au chiffon toute importance. Ce que le Ri retient des degrés de préparation Préparé pour tous : suspendu à une patère. Non préparé : posé derrière la porte. L'étui et le tas d'ordures marquent les deux extrêmes, hors controverse.
Les trois positions du traité Kelim et le point d'accord rapporté par Oula.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).