Sougya : Le folio achève d'examiner la controverse de la michna entre Rabbi Eliezer et Rabbi Akiva sur le morceau d'étoffe plié en mèche sans avoir été roussi. Rav Ada bar Ahava l'avait expliquée par le nolad, ce qui l'oblige à placer la michna selon Rabbi Yehuda ; la guemara montre qu'il s'agit d'une lecture des positions des autres, et que lui-même suit Rabbi Chimon.
Rava propose alors une autre raison pour Rabbi Eliezer, tirée de la qualité de l'allumage, et renvoie la mesure de trois sur trois au domaine de l'impureté. Un long développement de Rav au nom duquel on rapporte trois cas — débris d'ustensiles, noyaux de dattes, coquilles de noix — mesure l'extension exacte du nolad chez Rabbi Yehuda, puis cherche à savoir si Rav lui-même a accepté la remontrance de Rabbi Hiya.
La page s'achève sur la troisième lecture, celle de Rav Hamnuna, qui ramène la michna aux chiffons de moins de trois sur trois et rattache la controverse à celle du traité Kelim.
Un non-Juif qui a creusé un kav dans une bûche — un Juif peut la brûler le jour de fête. Et pourquoi donc ?
C'est du nolad (un objet apparu aujourd'hui) ! — C'est selon les termes de Rabbi Eliezer et de Rabbi Akiva qu'il le lui a dit, tandis que lui-même n'est pas de cet avis.
La guemara oppose deux enseignements de Rav Ada bar Ahava. Dans le premier, il expliquait la michna par le nolad, ce qui suppose la position de Rabbi Yehuda. Ici, il autorise à brûler le jour de fête un récipient que le non-Juif vient de creuser dans une bûche : l'ustensile est apparu le jour même, donc du nolad, et il le permet pourtant.
La réponse distingue deux registres. Un maître peut exposer la logique interne d'une controverse sans y souscrire : la formule lidvareihem (selon leurs propres termes) marque cette lecture faite de l'intérieur. Rav Ada a montré que le débat de la michna ne tient que selon Rabbi Yehuda ; sa propre halakha suit Rabbi Chimon, qui écarte le nolad.
Rava a dit : voici la raison de Rabbi Eliezer — parce qu'on n'allume pas avec une mèche qui n'a pas été roussie, ni avec des chiffons qui n'ont pas été roussis. Mais alors, ce que Rav Yossef a enseigné, « trois sur trois tout juste », à quelle halakha se rapporte-t-il ?
À la question de l'impureté. Car nous avons appris : les trois sur trois dont ils ont parlé — en dehors de l'ourlet (melel), paroles de Rabbi Chimon.
Et les Sages disent : trois sur trois exactement mesurés.
Rava propose une seconde lecture de Rabbi Eliezer. L'interdiction porte sur la qualité de la flamme : une mèche non roussie (méhourékhet) prend mal et file, ce qui ne convient pas à la lampe de Chabbat. Cette raison vaut toute l'année et libère la michna de la question du nolad.
La contrepartie apparaît aussitôt. Rav Yossef avait précisé la mesure de trois sur trois tout juste ; si la dimension de l'étoffe ne commande plus l'allumage, cette précision se rapporte à un autre domaine. La guemara la renvoie aux lois d'impureté, où une michna du traité Kelim discute si les trois sur trois se mesurent avant ou après le rabat de l'ourlet (melel).
Rav Yehuda a dit au nom de Rav : on chauffe avec des ustensiles et on ne chauffe pas avec des débris d'ustensiles — paroles de Rabbi Yehuda ; et Rabbi Chimon permet. On chauffe avec des dattes ; s'il les a mangées, on ne chauffe pas avec leurs noyaux — paroles de Rabbi Yehuda ; et Rabbi Chimon permet.
On chauffe avec des noix ; s'il les a mangées, on ne chauffe pas avec leurs coquilles — paroles de Rabbi Yehuda ; et Rabbi Chimon permet.
Rav rapporte la controverse sous trois formes parallèles. Le principe en jeu est le nolad : un objet qui prend son statut actuel au cours du jour de fête n'a pas été préparé (moukhan) depuis la veille et reste écarté de tout usage.
Rabbi Yehuda l'applique aux trois cas : le débris qui succède à l'ustensile, le noyau que le repas dégage de la datte, la coquille que le repas sépare de la noix. Rabbi Chimon, qui rejette le muktzé en dehors de cas précis, permet à chaque fois.
Et les trois étaient nécessaires. Car s'il ne nous avait enseigné que le premier cas, on aurait dit : c'est dans celui-là que Rabbi Yehuda interdit, parce qu'auparavant c'était un ustensile et que maintenant c'est un débris d'ustensile, de sorte qu'il y a là du nolad, et c'est interdit ; mais pour les dattes, où auparavant il y avait des noyaux et où maintenant ce sont des noyaux, dis que c'est parfaitement permis.
Et s'il ne nous avait enseigné que les noyaux, j'aurais dit : la raison en est qu'auparavant ils étaient couverts et que maintenant ils sont à découvert ; mais les coquilles de noix, qui auparavant étaient à découvert et qui maintenant sont à découvert, dis que c'est parfaitement permis. Les trois étaient donc nécessaires.
La tsrikhouta est un procédé régulier de la guemara : elle justifie la présence de plusieurs cas en montrant qu'aucun ne se déduit des autres. Ici, les trois cas forment une échelle décroissante de changement.
Le débris change de nom, le noyau change seulement d'exposition, la coquille ne change en rien. En énonçant les trois, Rav établit que Rabbi Yehuda interdit jusqu'au cas le plus ténu : chez lui, la séparation d'avec l'aliment suffit à créer du nolad, même sans transformation visible.
Et cet enseignement de Rav n'a pas été dit explicitement, mais il a été tiré par déduction. Car Rav mangeait des dattes et jetait les noyaux dans le boukhya (fourneau de tuiles).
Rabbi Hiya lui dit : fils de notables, le geste équivalent est interdit le jour de fête. L'a-t-il accepté de lui, ou ne l'a-t-il pas accepté ?
La guemara précise le statut de la tradition rapportée au nom de Rav. Elle vient mikhlala, par déduction à partir d'une conduite, et non d'une déclaration formelle. Cette nuance a un poids réel : un enseignement déduit se discute plus facilement qu'une parole explicite.
Le fait rapporté se passe un jour ordinaire, où jeter les noyaux au feu ne pose aucun problème. Rabbi Hiya en tire une remarque pour le jour de fête, où le même geste tomberait sous le nolad. La question qui suit porte sur la suite donnée par Rav à cette remarque.
Viens et entends : lorsque Rav vint à Bavel, il mangea des dattes et jeta les noyaux au bétail. N'était-ce pas avec des dattes perses, ce qui montrerait qu'il ne l'avait pas accepté ? — Non, avec des dattes araméennes, puisqu'elles conviennent encore par le biais de leur mère.
La preuve repose sur une observation de conduite. En jetant les noyaux au bétail le jour de fête, Rav les a déplacés ; s'ils étaient écartés, le geste contredirait la remontrance de Rabbi Hiya.
La réponse tient à la variété des dattes. Une datte qui mûrit mal laisse de la chair collée au noyau : celui-ci demeure comestible et garde son utilité agav imayhou, par le biais de la datte dont il provient. Le noyau n'a donc jamais quitté le domaine des objets disponibles, et la question de savoir si Rav a accepté la remontrance reste ouverte.
Rav Chmouel bar bar Hana dit à Rav Yossef : selon Rabbi Yehuda, qui dit qu'on chauffe avec des ustensiles et qu'on ne chauffe pas avec des débris d'ustensiles — dès qu'ils ont brûlé un peu, les voilà devenus débris d'ustensiles, et lorsqu'il les retourne, il les retourne dans l'interdit ! — Il s'agit d'un cas où il a agi comme Rav Matna. Car Rav Matna a dit au nom de Rav : des branches tombées du palmier dans le four le jour de fête — il ajoute du bois préparé et les brûle.
L'objection est d'ordre pratique. Rabbi Yehuda autorise à chauffer avec des ustensiles entiers, mais le feu les réduit en fragments dès les premières flammes ; celui qui remue les bûches manipule alors des débris, que le même Rabbi Yehuda tient pour écartés.
La solution vient de Rav Matna. Des branches tombées du palmier pendant la fête sont écartées, puisqu'elles étaient encore attachées à l'arbre à l'entrée du jour. En ajoutant dans le four une quantité supérieure de bois préparé, on rend la part écartée minoritaire : c'est le bitoul be-rov, l'annulation dans la majorité. Le même procédé couvre le cas des ustensiles.
Rav Hamnuna a dit : ici nous traitons de moins de trois sur trois ; c'est d'après les allégements relatifs aux chiffons qu'on a enseigné ici.
Rav Hamnuna offre la troisième lecture de la michna. L'étoffe dont il s'agit mesure moins de trois sur trois, en dessous du seuil ordinaire de l'impureté des vêtements. Son statut dépend alors de règles particulières, celles des matlaniot, les chiffons de peu de valeur.
La formule mikoulei matlaniot chanou kan signale que la michna emprunte ses catégories à ce régime allégé. La controverse entre Rabbi Eliezer et Rabbi Akiva porte ainsi sur l'impureté, et le segment suivant la rattache à une michna du traité Kelim.
Et Rabbi Eliezer suit ici sa propre ligne, et Rabbi Akiva la sienne. Car nous avons appris : un morceau de moins de trois sur trois qu'il a préparé pour boucher le bain, pour saisir la marmite et la vider, et pour essuyer la meule — qu'il provienne du préparé ou non — est impur, paroles de Rabbi Eliezer.
Et Rabbi Yehochoua dit : qu'il provienne du préparé ou non — il est pur. Rabbi Akiva dit : du préparé — impur ; sans provenir du préparé — pur.
Et Oula a dit, et certains disent que c'est Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan : tous s'accordent que, s'il l'a jeté au tas d'ordures, de l'avis de tous il est pur.
La formule azda le-taameh (il suit sa propre ligne) rattache la position de chacun dans la michna de Chabbat à sa position dans une michna du traité Kelim. Le sujet y est le même : un chiffon de moins de trois sur trois affecté à des usages domestiques.
Trois positions se dégagent. Rabbi Eliezer tient l'affectation pour décisive dans tous les cas ; Rabbi Yehochoua refuse à une telle étoffe tout statut d'ustensile ; Rabbi Akiva fait dépendre le résultat du degré de préparation, ce qui lui vaut ailleurs le titre d'arbitre (makhria). Oula ajoute une limite commune : l'étoffe jetée au tas d'ordures perd toute importance, et tous la déclarent pure.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).