Shabbat 29b — L'huile qui goutte dans la lampe et le banc que l'on traîne

Shabbat 29b

Sougya : Le daf achève la discussion sur le petit morceau de tissu de moins de trois sur trois : R. Eliezer, R.

Yehochoua et R. Akiva divergent selon l'endroit où on l'a rangé (boîte, patère, derrière la porte), et R.

Akiva finit par se ranger à l'avis de R. Yehochoua.

Vient ensuite une nouvelle michna : il est interdit de percer une coquille d'œuf remplie d'huile au-dessus de la lampe, ou de placer un bol d'huile à côté de la lampe pour que la mèche y puise, de peur qu'on en retire de l'huile, ce qui hâte l'extinction ; R. Yehouda permet.

La Guemara explique pourquoi les trois cas sont nécessaires, puis passe, à partir du silence des Sages envers R. Yehouda, à la question du banc traîne sur le sol (davar she-eino mitkaven) : R.

Yirmeya Rabba et Oula divergent sur la position de R. Chimon, et R.

Yirmeya est réfuté. Le daf s'ouvre enfin sur la michna de celui qui éteint la lampe.

Petit morceau de tissu (moins de 3 sur 3) : où l'a-t-on rangé ? Boîte Patère (mag'od) Derrière la porte Tas d'ordures R. Eliezer R. Yehochoua R. Akiva (1) R. Akiva (fin) impur impur impur pur impur pur pur pur impur impur pur pur impur pur pur pur il y pense encore il l'a annulé patère comme R. Eliezer se range à R. Yehochoua
Statut d'impureté du petit morceau de tissu selon l'endroit où il a été posé, d'après chaque Tanna (seg. 0-1).
Pourquoi la michna cite trois cas (tserikha) Cas Caractéristique Sans ce cas, on aurait pensé... Coquille d'œuf non répugnante non séparée Seul cas cité : R. Yehouda permettrait seulement la terre cuite ; il faut dire qu'il permet ici aussi. Tube en terre cuite répugnant non séparé Les Rabbanan interdiraient seulement l'œuf ; il faut dire qu'ils interdisent même la terre cuite. Bol à côté séparé de la lampe Sans le bol : R. Yehouda l'interdirait. Avec le bol seul : les Rabbanan permettraient œuf et tube. Rabbanan : interdit dans les trois cas. R. Yehouda : permis dans les trois cas.
Les trois cas de la michna (coquille, tube de terre cuite, bol) et ce que chacun apprend (seg. 3).
Traîner un meuble le Chabbat : où se situe la mahloket ? R. Yirmeya Rabba Oula Grands meubles (impossible à porter) Mahloket : R. Chimon permet, R. Yehouda interdit Permis selon tous Petits meubles (on peut les porter) Interdit selon tous Mahloket : R. Chimon permet, R. Yehouda interdit Objection de Rabba (vendeurs de vêtements de kilayim) : même là où l'on peut faire autrement, R. Chimon permet quand on n'a pas l'intention. Teyouvta : R. Yirmeya Rabba est réfuté.
La position de R. Chimon et R. Yehouda sur le meuble traîne, selon R. Yirmeya Rabba et selon Oula (seg. 7-10).
1
הִנִּיחוֹ בְּקוּפְסָא — דִּבְרֵי הַכֹּל טָמֵא. לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא שֶׁתְּלָאוֹ בְּמַגּוֹד אוֹ שֶׁהִנִּיחוֹ לַאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר מִדְּלֹא זְרָקוֹ בָּאַשְׁפָּה דַּעְתֵּיהּ עִילָּוֵיהּ. וּמַאי קָרֵי לֵיהּ ״שֶׁלֹּא מִן הַמּוּכָן״ — דִּלְגַבֵּי קֻופְסָא לָאו מוּכָן הוּא. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סָבַר מִדְּלֹא הִנִּיחוֹ בְּקֻופְסָא בַּטּוֹלֵי בַּטְּלֵיהּ, וּמַאי קָרֵי לֵיהּ ״מוּכָן״ — דִּלְגַבֵּי אַשְׁפָּה מוּכָן הוּא. וְרַבִּי עֲקִיבָא, בִּתְלָאוֹ בְּמַגּוֹד סָבַר כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, בְּהִנִּיחוֹ אֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ.

S'il l'a posé dans une boîte, tous admettent qu'il est impur. Ils n'ont divergé que lorsqu'il l'a suspendu à une patère ou posé derrière la porte.

Rabbi Eliezer pense : puisqu'il ne l'a pas jeté au tas d'ordures, il y pense encore. Et pourquoi l'appelle-t-il [alors] non préparé ?

Parce que, par rapport à la boîte, il n'est pas préparé. Rabbi Yehochoua pense : puisqu'il ne l'a pas posé dans une boîte, il l'a certainement annulé.

Et pourquoi l'appelle-t-il préparé ? Parce que, par rapport au tas d'ordures, il est préparé.

Et Rabbi Akiva : quand il l'a suspendu à une patère, il pense comme Rabbi Eliezer ; quand il l'a posé derrière la porte, il pense comme Rabbi Yehochoua.

📜 Rachi (5)
הִנִּיחוֹ בְּקוּפְסָא גַּלִּי דַעְתֵּיהּ דְּחָשֵׁיב לֵיהּ:
Il révèle qu'il le considère comme important.
בְּמַגּוֹד קביל"א דְּגָרַע מִקּוּפְסָא וְעָדִיף מֵאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת וַאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת עָדִיף מִזְרָקוֹ לָאַשְׁפָּה וּמוּכָן דְּר' אֱלִיעֶזֶר הַיְינוּ קוּפְסָא וְשֶׁלֹּא מִן הַמּוּכָן מִגּוֹד וַאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת:
Cheville (en langue étrangère : kavila). [La patère] vaut moins que la boîte et plus que derrière la porte, et derrière la porte vaut plus que le fait de le jeter au tas d'ordures. Le préparé de Rabbi Eliezer, c'est la boîte ; le non préparé, c'est la patère et derrière la porte.
וּמַאי קָרֵי לֵיהּ שֶׁלֹּא מִן הַמּוּכָן הוֹאִיל וּלְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר חֲשִׁיב לְקַבּוֹלֵי טֻומְאָה דִּלְגַבֵּי קֻופְסָא לָאו מוּכָן הוּא:
Puisque selon Rabbi Eliezer il est important pour recevoir l'impureté, [pourquoi dire non préparé ?] Parce que par rapport à la boîte il n'est pas préparé.
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סָבַר כו' וּמוּכָן דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מִגּוֹד וַאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת וְשֶׁלֹּא מִן הַמּוּכָן זְרָקוֹ לָאַשְׁפָּה:
Le préparé de Rabbi Yehochoua, c'est la patère et derrière la porte ; le non préparé, c'est le fait de l'avoir jeté au tas d'ordures.
וּמַאי קָרֵי לֵיהּ לְמִגּוֹד מוּכָן הוֹאִיל וְלֵר' יְהוֹשֻׁעַ בָּטֵל דִּלְגַבֵּי אַשְׁפָּה דְּאַייְּרִי בָּהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מוּכָן הוּא וְרַבִּי עֲקִיבָא תְּלָאוֹ בְּמַגּוֹד קֶרִי מוּכָן וַאֲחוֹרֵי הַדֶּלֶת שֶׁלֹּא מִן הַמּוּכָן:
[Pourquoi] appelle-t-il la patère préparé, alors que selon Rabbi Yehochoua [le tissu] est annulé ? Parce que, par rapport au tas d'ordures dont parle Rabbi Yehochoua, il est préparé. Et Rabbi Akiva appelle préparé le fait de le suspendre à une patère, et non préparé le fait de le poser derrière la porte.
💡 Explication

Suite de la michna de Kelim (fin de 29a) : un morceau de tissu de moins de trois sur trois employé pour boucher un bain ou essuyer une meule. R. Eliezer le déclare impur, qu'il soit mouhan (préparé, mis de côté) ou non ; R. Yehochoua le déclare pur dans les deux cas ; R. Akiva distingue. La Guemara précise ce que recouvrent ces mots, selon le lieu où l'objet a été rangé.

Le critère est la da'at (l'intention du propriétaire) : tant qu'il compte encore utiliser le morceau, celui-ci garde son statut d'objet et peut recevoir l'impureté ; s'il l'a annulé (bitoul), il est pur. Chaque Tanna emploie les mêmes mots mouhan / lo min ha-mouhan par comparaison avec un point de référence différent : la boîte pour R. Eliezer, le tas d'ordures pour R. Yehochoua.

2
וַהֲדַר בֵּיהּ רַבִּי עֲקִיבָא לְגַבֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. מִמַּאי? אָמַר רָבָא: מִדְּקָתָנֵי ״פְּתִילַת הַבֶּגֶד״. מַאי אִירְיָא דְּתָנֵי ״פְּתִילַת הַבֶּגֶד״? לִיתְנֵי ״פְּתִילָה שֶׁל בֶּגֶד״. מַאי ״פְּתִילַת הַבֶּגֶד״ — דַּעֲדַייִן בֶּגֶד הוּא.

Et Rabbi Akiva est revenu [sur son avis] en faveur de Rabbi Yehochoua. D'où le sait-on ?

Rava a dit : de ce que [notre michna] enseigne : la mèche du vêtement (petilat ha-beged). Pourquoi précisément enseigner : la mèche du vêtement ?

Qu'elle enseigne : une mèche faite d'un vêtement ! Que signifie la mèche du vêtement ?

Qu'il est encore un vêtement.

📜 Rachi (3)
וְהָדַר בֵּיהּ ר' עֲקִיבָא לְגַבֵּי ר' יְהוֹשֻׁעַ וּמְטַהֵר אַף בְּמוּכָן:
Et il déclare pur même ce qui est préparé.
מִדְּקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין פְּתִילַת הַבֶּגֶד דְּמַשְׁמַע שֶׁעֲדַייִן בֶּגֶד הוּא קְצָת וַחֲשָׁבוֹ בְּעֵינָיו וְאַפֵּ"ה קָאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא בְּמָתְנֵי' טְהוֹרָה הִיא אַלְמָא הֲדַר בֵּיהּ:
[De ce que] notre michna [enseigne] : la mèche du vêtement, ce qui implique qu'il est encore un peu un vêtement et qu'il le considère comme important, et malgré cela Rabbi Akiva dit dans notre michna qu'elle est pure ; il est donc revenu [sur son avis].
שֶׁל בֶּגֶד מַשְׁמַע שֶׁקִּפְּלָהּ מִבֶּגֶד הַבֶּגֶד מַשְׁמַע שֶׁקִּפֵּל הַבֶּגֶד עַצְמוֹ שָׁלֵם וּלְעִנְיַן הַדְלָקָה כִּדְאוֹקֵימְנָא לְעֵיל טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּבָעֵי פְּתִילָה מְחֹורֶכֶת שֶׁתִּדְלַק יָפֶה:
[Une mèche] faite d'un vêtement implique qu'il l'a pliée à partir [d'une partie] d'un vêtement ; du vêtement implique qu'il a plié le vêtement lui-même, entier. Et pour ce qui est de l'allumage, [il s'agit de ce] que nous avons établi plus haut : la raison de Rabbi Eliezer est qu'il faut une mèche roussie pour qu'elle brûle bien.
💡 Explication

La michna de 29a parlé d'une petilat ha-beged pliée mais non roussie : R. Akiva la déclare pure. Rava tire de la formulation (du vêtement et non faite d'un vêtement) que l'objet est encore un vêtement à part entière, qu'on a seulement plié. Si R. Akiva le déclare pur dans ce cas, c'est qu'il a adopté l'avis de R. Yehochoua : un tissu qu'on a destiné à un usage de mèche est annulé même s'il reste préparé.

3
מַתְנֵי׳ לֹא יִקֹּוב אָדָם שְׁפוֹפֶרֶת שֶׁל בֵּיצָה וִימַלְּאֶנָּה שֶׁמֶן וְיִתְּנֶנָּה עַל פִּי הַנֵּר בִּשְׁבִיל שֶׁתְּהֵא מְנַטֶּפֶת, וַאֲפִילּוּ הִיא שֶׁל חֶרֶס. וְרַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר. אֲבָל אִם חִבְּרָהּ הַיּוֹצֵר מִתְּחִלָּה — מֻותָּר, מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּלִי אֶחָד. לֹא יְמַלֵּא אָדָם קְעָרָה שֶׁל שֶׁמֶן וְיִתְּנֶנָּה בְּצַד הַנֵּר וְיִתֵּן רֹאשׁ הַפְּתִילָה בְּתוֹכָהּ בִּשְׁבִיל שֶׁתְּהֵא שׁוֹאֶבֶת. וְרַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר.

MICHNA. On ne percera pas une coquille d'œuf pour la remplir d'huile et la poser sur l'ouverture de la lampe afin qu'elle goutte, et même si elle est en terre cuite ; et Rabbi Yehouda permet.

Mais si le potier l'a attachée [à la lampe] dès le départ, c'est permis, car c'est un seul récipient. On ne remplira pas un bol d'huile pour le poser à côté de la lampe et y mettre le bout de la mèche afin qu'elle puise ; et Rabbi Yehouda permet.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' שֶׁתְּהֵא מְנַטֶּפֶת וְיִתְקַייֵּם הַנֵּר שֶׁתְּהֵא הַשֶּׁמֶן מְטַפְטֵף כָּל שָׁעָה לְתוֹךְ הַנֵּר וְטַעְמָא מִשּׁוּם גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִסְתַּפֵּק הֵימֶנּוּ וְכֵיוָן שֶׁהִקְצָהוּ לַנֵּר חַיָּיב מִשּׁוּם מְכַבֶּה וְאַפֵּי' אוֹתָהּ שְׁפוֹפֶרֶת שֶׁל חֶרֶס דִּמְאִיסָא לֵיהּ גָּזְרִינַן:
Pour que la lampe dure, l'huile gouttant à tout moment dans la lampe. La raison est un décret, de peur qu'il n'y prenne [de l'huile] : puisqu'il l'a réservée à la lampe, il serait passible pour avoir éteint. Et même pour une coquille en terre cuite, qui lui répugne, nous décrétons.
אֲבָל אִם חִיבְּרָהּ לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ דְּמִשּׁוּם אִיסּוּר שַׁבָּת בְּדִיל מִינֵּיהּ:
Il n'y a pas lieu de craindre, car il s'en écarte à cause de l'interdit du Chabbat.
וְיִתֵּן רֹאשׁ הַפְּתִילָה הַשֵּׁנִי שֶׁהוּא יוֹצֵא דֶּרֶךְ הַנֶּקֶב הָאַחֵר שֶׁבַּנֵּר לִשְׁאֹוב וְשֶׁמֶן נִמְשָׁךְ דֶּרֶךְ הַפְּתִילָה לְרֹאשׁ הַדּוֹלֵק:
Le second [bout], qui sort par l'autre ouverture de la lampe, pour puiser ; et l'huile est tirée par la mèche vers le bout qui brûle.
וְרַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר דְּלָא גָּזַר:
Car il ne décrète pas.
⚖️ Rosh (1)
הַמְכַבֶּה אֶת הַנֵּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא מִתְיָרֵא מִפְּנֵי נָכְרִים מִפְּנֵי לִיסְטִים מִפְּנֵי רוּחַ רָעָה אוֹ בִּשְׁבִיל הַחוֹלֶה שֶׁיִּישַׁן פָּטוּר:
Celui qui éteint la lampe parce qu'il a peur des non-Juifs, des brigands, d'un esprit mauvais, ou pour que le malade dorme, est exempt.
💡 Explication

Retirer de l'huile d'une lampe allumée revient à hâter l'extinction : c'est une forme de mekhabe (éteindre). Les Rabbanan interdisent donc d'installer une réserve d'huile qui alimente la lampe, par gezera (décret préventif) : on pourrait y puiser pour un autre usage, alors que cette huile est déjà affectée à la flamme.

Si le potier a fixé la coquille à la lampe, l'ensemble forme un seul récipient : chacun sait qu'on ne prend pas d'huile dans une lampe allumée, la crainte disparaît. R. Yehouda ne décrète pas.

🖼️ Schéma
Les deux montages interdits par les Rabbanan 1. Coquille percée au-dessus huile gouttes lampe 2. Bol à côté, la mèche y puise huile bout de la mèche lampe bol Crainte : prendre de l'huile de la réserve = hâter l'extinction (mekhabe)
Coquille percée au-dessus de la lampe et bol placé à côté : les deux réserves d'huile de la michna.
4
גְּמ׳ וּצְרִיכָא. דְּאִי אַשְׁמְעִינַן שְׁפוֹפֶרֶת שֶׁל בֵּיצָה — בְּהָא קָאָמְרִי רַבָּנָן, דְּכֵיוָן דְּלָא מְאִיסָא אָתֵי לְאִסְתַּפּוֹקֵי מִינַּהּ. אֲבָל שֶׁל חֶרֶס דִּמְאִיסָא — אֵימָא מוֹדוּ לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה. וְאִי אַשְׁמְעִינַן שֶׁל חֶרֶס — בְּהָא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה, אֲבָל בְּהַהִיא — אֵימָא מוֹדֵי לְהוּ לְרַבָּנַן. וְאִי אַשְׁמְעִינַן הָנָךְ תַּרְתֵּי, בְּהָנֵי קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם דְּלָא מִיפְּסַק, אֲבָל קְעָרָה דְּמִיפַּסְקָא — אֵימָא מוֹדֵי לְהוּ לְרַבָּנַן. וְאִי אַשְׁמְעִינַן בְּהַהִיא, בְּהַהִיא קָאָמְרִי רַבָּנַן, אֲבָל בְּהָנֵי תַּרְתֵּי — אֵימָא מוֹדוּ לְרַבִּי יְהוּדָה. צְרִיכָא.

GUEMARA. Et c'est nécessaire.

Car si [la michna] nous avait appris [seulement] la coquille d'œuf, [on aurait dit que] c'est là que les Rabbanan parlent, car puisqu'elle n'est pas répugnante, on risque de s'en servir ; mais pour [le tube] en terre cuite, qui est répugnant, dis qu'ils admettent l'avis de Rabbi Yehouda. Et si elle nous avait appris [seulement] la terre cuite, c'est là que Rabbi Yehouda parle, mais pour l'autre, dis qu'il admet l'avis des Rabbanan.

Et si elle nous avait appris ces deux-là, c'est pour eux que Rabbi Yehouda parle, parce qu'ils ne sont pas séparés [de la lampe], mais le bol, qui est séparé, dis qu'il admet l'avis des Rabbanan. Et si elle nous avait appris celui-là, c'est pour lui que les Rabbanan parlent, mais pour ces deux-là, dis qu'ils admettent l'avis de Rabbi Yehouda.

C'est nécessaire.

📜 Rachi (2)
גְּמ' דְּלָא מִיפְסַק מִידִי שֶׁהוּא מֻונָּח בְּתוֹךְ חֲלַל הַנֵּר לְמַעְלָה מִכִּיסּוּי:
Une chose posée à l'intérieur de la cavité de la lampe, au-dessus du couvercle.
דְּמַפְסְקָא שֶׁהֲרֵי אֵצֶל הַנֵּר מֻונַּחַת וְיֵשׁ כָּאן הֶפְסֵק וְלֵיכָּא לְמֵימַר גּוּפֵיהּ הוּא אֵימָא מוֹדֶה דְּנִגְזוֹר:
Car il est posé à côté de la lampe et il y a ici une séparation ; on ne peut pas dire qu'il fait corps avec elle. Dis qu'il admet que nous décrétons.
💡 Explication

Structure classique de tserikha : la Guemara montre qu'aucun des trois cas ne se déduit des autres. Deux facteurs jouent : la coquille d'œuf n'est pas répugnante (on s'en servirait volontiers), et le bol est séparé de la lampe (il ne paraît pas faire partie de la lampe).

Le cas le plus facile à interdire (œuf) sert à montrer la force de l'avis de R. Yehouda ; le cas le plus facile à permettre (terre cuite) montre la force de l'avis des Rabbanan ; le bol ajoute le facteur de séparation.

5
וְאִם חִבְּרָהּ הַיּוֹצֵר מִתְּחִלָּה מֻותָּר וְכוּ׳. תָּנָא אִם חִבְּרָהּ בְּסִיד וּבְחַרְסִית מֻותָּר. וְהָאֲנַן ״יוֹצֵר״ תְּנַן! מַאי ״יוֹצֵר״, כְּעֵין יוֹצֵר.

Mais si le potier l'a attachée dès le départ, c'est permis, etc. Il a été enseigné [dans une baraita] : s'il l'a attachée avec du plâtre ou de l'argile, c'est permis.

Or nous avons appris : le potier ! Que signifie le potier ?

À la manière du potier.

📜 Rachi (2)
תְּנָא אִם חִיבְּרָהּ בעה"ב עַצְמוֹ מִבְּעוֹד יוֹם בְּסִיד אוֹ בְּחַרְסִית מֻותָּר:
Le maître de maison lui-même, de jour, avec du plâtre ou de l'argile : c'est permis.
כְּעֵין יוֹצֵר שֶׁחִבְּרָהּ שַׁפִּיר:
Qu'il l'a bien attachée.
💡 Explication

La michna cite le potier, mais ce qui compte est la solidité de l'attache : si le particulier fixe lui-même la coquille avant Chabbat, de manière aussi ferme qu'un artisan, l'ensemble devient un récipient unique.

6
תַּנְיָא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: פַּעַם אַחַת שָׁבַתְנוּ בַּעֲלִייַּת בֵּית נַתְּזָה בְּלוֹד, וְהֵבִיאוּ לָנוּ שְׁפוֹפֶרֶת שֶׁל בֵּיצָה וּמִלֵּאנוּהָ שֶׁמֶן וּנְקַבְנוּהָ וְהִנַּחְנוּהָ עַל פִּי הַנֵּר. וְהָיָה שָׁם רַבִּי טַרְפוֹן וּזְקֵנִים, וְלֹא אָמְרוּ לָנוּ דָּבָר. אָמְרוּ לוֹ: מִשָּׁם רְאָיָה?! שָׁאנֵי בֵּית נַתְּזָה דִּזְרִיזִין הֵן.

Il a été enseigné : Rabbi Yehouda a dit : une fois, nous avons passé le Chabbat dans la chambre haute de la maison de Nitza, à Lod. On nous a apporté une coquille d'œuf, nous l'avons remplie d'huile, percée et posée sur l'ouverture de la lampe.

Rabbi Tarfon et les Anciens étaient là, et ils ne nous ont rien dit. Ils lui dirent : de là, une preuve ?!

La maison de Nitza est différente, car ils sont vigilants.

💡 Explication

R. Yehouda appuie son avis sur un ma'asse (fait vécu) : les Sages présents n'ont pas protesté. Les Rabbanan répondent que les gens de la maison de Nitza sont zerizin (vigilants) : on ne craint pas qu'ils viennent à puiser dans la coquille. Le décret vise le public en général.

7
אָבִין צִיפּוֹרָאָה גְּרַר סַפְסַלָּא בְּעִילִּיתָא דְּשֵׁישָׁא לְעִילָּא מֵרַבִּי יִצְחָק בֶּן אֶלְעָזָר. אֲמַר לֵיהּ: אִי שְׁתִיקִי לָךְ כְּדִשְׁתִיקוּ לֵיהּ חַבְרַיָּא לְרַבִּי יְהוּדָה נָפֵיק מִינֵּיהּ חֻורְבָּא. גְּזֵירָה עִלִּיתָא דְּשֵׁישָׁא אַטּוּ עִלִּיתָא דְעָלְמָא.

Avin de Tsippori a traîne un banc dans une chambre haute [pavée] de marbre, devant Rabbi Yitshak ben Elazar. Il lui dit : si je me tais envers toi comme les compagnons se sont tus envers Rabbi Yehouda, il en sortira un dommage.

[C'est] un décret : la chambre haute de marbre à cause d'une chambre haute ordinaire.

📜 Rachi (4)
דְּשֵׁישָׁא רִצְפָּה שֶׁל שַׁיִשׁ דְּלָא עֲבִיד בָּהּ חָרִיץ:
Un sol de marbre, dans lequel on ne fait pas de sillon.
לְעֵילָּא מֵרַבִּי יִצְחָק לְפָנָיו:
Devant lui.
כִּדְשַׁתִּיקוּ לֵיהּ חַבְרַיָּא רַבִּי טִרְפוֹן וּזְקֵנִים שֶׁמִּפְּנֵי שֶׁלֹּא אָמְרוּ לוֹ דָּבָר דִּימָּה וְהֵעִיד דְּמֻותָּר:
Rabbi Tarfon et les Anciens : parce qu'ils ne lui ont rien dit, il a cru et a témoigné que c'était permis.
נְפַק מִינֵּיהּ חֻורְבָּה וְיִנְהֲגוּ הֶיתֵּר בַּדָּבָר וְר' יִצְחָק סְבִירָא לֵיהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר ואע"ג דִּבְשַׁייִשׁ לָא עֲבִיד חָרִיץ. גָּזַר אַטּוּ עִילִּיתָא דְּעָלְמָא:
On se conduira de manière permissive en la matière. Et Rabbi Yitshak pense comme Rabbi Yehouda : la chose que l'on ne fait pas intentionnellement est interdite. Et bien que dans le marbre on ne fasse pas de sillon, il a décrété à cause d'une chambre haute ordinaire.
🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵירָה עִילִּיתָא דְּשֵׁישָׁא אַטּוּ עִילִּיתָא דְעָלְמָא וְהָא דְּקָאָמַר בְּסוֹף הַמַּצְנִיעַ (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף צה. וְשָׁם) אַמֵּימָר שְׁרָא זִילְחָא בְּמָחוֹזָא וּמְפָרֵשׁ דְּטַעְמָא מַאי אֲמוּר רַבָּנַן דִּילְמָא אָתֵי לְאַשְׁוֹויֵי גֻּומּוֹת הָכָא לֵיכָּא גֻּומּוֹת וּמְפָרֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּכֻולָּהּ מָחוֹזָא רִצְפָּה הָיְתָה הָתָם אֵין לִגְזֹור מָחוֹזָא אַטּוּ שְׁאָר עֲייָרוֹת אֲבָל בְּעִיר אַחַת גָּזְרִינַן עֲלִיָּיה זוֹ אַטּוּ עֲלִיָּיה אַחֶרֶת:
Et ce qui est dit à la fin [du chapitre] Ha-matsni'a (plus loin, Chabbat 95a) : Amemar a permis d'asperger [le sol] à Mehoza, et on explique : pour quelle raison les Rabbanan ont-ils interdit ? De peur qu'on en vienne à niveler des creux ; ici il n'y a pas de creux. Le Kountras explique que tout Mehoza était pavé : là, on ne décrète pas pour Mehoza à cause des autres villes ; mais dans une même ville, on décrète pour cette chambre haute à cause d'une autre chambre haute.
💡 Explication

Traîner un meuble sur un sol de terre creuse un sillon (harits), ce qui relève du labour ou de la construction. C'est un davar she-eino mitkaven (conséquence non voulue) : R. Yehouda l'interdit, R. Chimon le permet.

Sur un sol de marbre, aucun sillon n'est possible. R. Yitshak ben Elazar proteste malgré tout, par gezera : on ne distinguera pas un sol de l'autre. Il tire la leçon du silence des Sages envers R. Yehouda, qui a été compris comme un accord.

Tossefot concilie avec Chabbat 95a : on décrète d'une pièce à l'autre dans la même ville, pas d'une ville entièrement pavée à une autre ville.

8
רֵישׁ כְּנִישְׁתָּא דְּבָצְרָה גְּרַר סַפְסַלָּא לְעֵילָּא מֵרַבִּי יִרְמְיָה רַבָּה. אֲמַר לֵיהּ: כְּמַאן, כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן? — אֵימַר דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בִּגְדוֹלִים דְּלָא אֶפְשָׁר, בִּקְטַנִּים מִי אָמַר?! וּפְלִיגָא דְּעֻולָּא. דְּאָמַר עֻולָּא מַחֲלֹוקֶת בִּקְטַנִּים, אֲבָל בִּגְדוֹלִים דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר.

Le chef de la synagogue de Botsra a traîne un banc devant Rabbi Yirmeya Rabba. Il lui dit : selon qui [agis-tu] ?

Selon Rabbi Chimon ? Admettons que Rabbi Chimon l'ait dit pour les grands [meubles], car il n'y a pas d'autre possibilité ; pour les petits, l'a-t-il dit ?!

Et cela contredit Oula, car Oula a dit : la mahloket porte sur les petits, mais pour les grands, tous disent que c'est permis.

📜 Rachi (5)
רֵישׁ כְּנִישְׁתָּא מַפְטִיר כְּנֵסִיּוֹת הַמַּכְנִיס וּמוֹצִיא וּמְיַישֵּׁב תַּלְמִידִים וְתִינוֹקוֹת:
Le responsable des assemblées, qui fait entrer et sortir et installe les élèves et les enfants.
דְּבָצְרָה שֵׁם מָקוֹם כִּי זֶבַח לַה' בְּבָצְרָה (יְשַׁעְיָהוּ ל״ד:ו׳):
Nom d'un lieu, [comme dans le verset] : car Hachem a un sacrifice à Botsra (Yécha'ya 34,6).
כְּר' שִׁמְעוֹן דְּאָמַר גּוֹרֵר אָדָם:
Qui a dit : un homme peut traîner.
דְּלָא אֶפְשָׁר אֶלָּא בִּגְרִירָה שֶׁאֵין יָכוֹל לִיטְּלָן בְּיָדוֹ:
Sinon par la traction, car il ne peut pas les soulever à la main.
מַחֲלֹוקֶת בִּקְטַנִּים ואע"ג דְּאֶפְשָׁר בְּטִלְטוּל שָׁרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן הוֹאִיל וְאֵין מִתְכַּוֵּין לֶחָרִיץ וְר' יְהוּדָה סָבַר כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר אָסוּר:
Et bien qu'il soit possible de les porter, Rabbi Chimon permet puisqu'il n'a pas l'intention [de faire] un sillon ; et Rabbi Yehouda pense que, puisque c'est possible [autrement], c'est interdit.
🗂️ Tossefot (1)
ה"ג מַחֲלֹוקֶת בִּקְטַנִּים אֲבָל בִּגְדוֹלִים ד"ה מֻותָּר ול"ג ד"ה אָסוּר דִּבְפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כ: וְשָׁם) מַשְׁמַע דִּטְפֵי שָׁרִי הֵיכָא דְּלָא אֶפְשָׁר מֵהֵיכָא דְּאֶפְשָׁר:
Telle est la version : la mahloket porte sur les petits, mais pour les grands tous disent que c'est permis ; et nous n'avons pas la version : tous disent que c'est interdit. Car au chapitre Kol cha'a (Pessahim 20b), il ressort que c'est davantage permis là où il n'y a pas d'autre possibilité que là où il y en a une.
💡 Explication

Deux lectures de la position de R. Chimon (qui permet le davar she-eino mitkaven) :

R. Yirmeya Rabba : R. Chimon permet seulement les grands meubles, qu'on ne peut déplacer qu'en les traînant ; les petits, qu'on peut porter, restent interdits.

Oula : les grands meubles sont permis selon tous (même R. Yehouda) ; la mahloket porte sur les petits, que R. Chimon permet et R. Yehouda interdit. Tossefot confirme cette version par Pessahim 20b.

9
מֵתִיב רַב יוֹסֵף: רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר גּוֹרֵר אָדָם מִטָּה כִּסֵּא וְסַפְסָל, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת חָרִיץ. קָתָנֵי גְּדוֹלִים, וְקָתָנֵי קְטַנִּים, קַשְׁיָא לְתַרְוַוייְהוּ!

Rav Yossef objecta : Rabbi Chimon dit : un homme peut traîner un lit, une chaise et un banc, pourvu qu'il n'ait pas l'intention de faire un sillon. [La baraita] enseigne les grands et enseigne les petits : c'est une difficulté pour les deux !

📜 Rachi (2)
קָתָנֵי גְּדוֹלִים מַטֵּה:
Le lit.
וְקָתָנֵי קְטַנִּים כִּסֵּא וְרַבִּי יְהוּדָה פְּלִיג עָלֶיהָ דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר כָּל הַכֵּלִים אֵין נִגְרָרִים דְּאִי לָאו מִשּׁוּם פְּלֻוגְתַּייְהוּ לָמָּה לִי לְמִיתְנֵי גְּדוֹלִים הַשְׁתָּא קְטַנִּים שָׁרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן גְּדוֹלִים מִיבַּעְיָא אֶלָּא תַּנָּא קְטַנִּים מִשּׁוּם ר' שִׁמְעוֹן וּתְנָא גְּדוֹלִים מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה:
La chaise. Et Rabbi Yehouda est en désaccord avec lui, car nous avons appris dans le traité Beitsa : Rabbi Yehouda dit : aucun objet ne peut être trainé. Car si ce n'était à cause de leur mahloket, pourquoi enseigner les grands ? Si Rabbi Chimon permet les petits, à plus forte raison les grands ! C'est donc qu'il enseigne les petits à cause de Rabbi Chimon et les grands à cause de Rabbi Yehouda.
💡 Explication

La baraita cite un lit (grand) et une chaise (petite) dans la même permission de R. Chimon. Pour R. Yirmeya, R. Chimon ne devrait pas permettre la chaise ; pour Oula, il n'y aurait pas lieu de mentionner le lit, puisque tous le permettent. Rachi : les deux mentions n'ont de sens que si R. Yehouda s'oppose sur les deux.

10
עֻולָּא מְתָרֵץ לְטַעְמֵיהּ וְרַבִּי יִרְמְיָה רַבָּה מְתָרֵץ לְטַעְמֵיהּ: עֻולָּא מְתָרֵץ לְטַעְמֵיהּ — מִטָּה דֻּומְיָא דְּכָסָא. וְרַבִּי יִרְמְיָה רַבָּה מְתָרֵץ לְטַעְמֵיהּ — כִּסֵּא דֻּומְיָא דְּמִטָּה.

Oula répond selon sa méthode et Rabbi Yirmeya Rabba répond selon sa méthode. Oula répond selon sa méthode : un lit semblable à une chaise.

Et Rabbi Yirmeya Rabba répond selon sa méthode : une chaise semblable à un lit.

📜 Rachi (2)
דֻּומְיָא דְּכָסָא קְטַנִּים וּבְהָא הוּא דְּאָסַר רַבִּי יְהוּדָה אֲבָל בִּגְדוֹלִים שָׁרִי:
Petits ; et c'est là que Rabbi Yehouda interdit, mais pour les grands il permet.
כִּסֵּא דֻּומְיָא דְּמִטָּה גְּדוֹלִים וּבְהָא הוּא דְּשָׁרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן אֲבָל בִּקְטַנִּים אָסַר:
Grands ; et c'est là que Rabbi Chimon permet, mais pour les petits il interdit.
💡 Explication

Chacun réinterprète l'un des deux objets : Oula parle d'un petit lit, transportable comme une chaise ; R. Yirmeya parle d'une grosse chaise, impossible à porter comme un lit. La baraita ne traite alors que d'une seule catégorie.

11
מֵתִיב רַבָּה: מוֹכְרֵי כְּסוּת מוֹכְרִין כְּדַרְכָּן, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין בַּחַמָּה מִפְּנֵי הַחַמָּה וּבַגְּשָׁמִים מִפְּנֵי הַגְּשָׁמִים, וְהַצְּנוּעִין מַפְשִׁילִין בְּמַקֵּל לַאֲחוֹרֵיהֶן. וְהָא הָכָא דְּאֶפְשָׁר לְמִיעְבַּד כִּצְנוּעִין — דְּכִי קְטַנִּים דָּמֵי, וְכִי לֹא מִתְכַּוֵּין — שָׁרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן לְכַתְּחִלָּה. תְּיוּבְתָּא דְּרַבִּי יִרְמְיָה רַבָּה. תְּיוּבְתָּא.

Rabba objecta : les vendeurs de vêtements vendent à leur manière, pourvu qu'ils n'aient pas l'intention, au soleil, [de se protéger] du soleil, et sous la pluie, de la pluie ; et les gens pudiques les suspendent à un bâton derrière eux. Or ici, où il est possible de faire comme les gens pudiques, ce qui est semblable aux petits [meubles], et quand il n'a pas l'intention, Rabbi Chimon permet d'emblée.

C'est une réfutation de Rabbi Yirmeya Rabba. C'est une réfutation.

📜 Rachi (4)
מוֹכְרִין כְּדַרְכָּן כְּסוּת שֶׁל כִּלְאַיִם לוֹבְשׁוֹ בַּשּׁוּק כְּדֵי לְהַרְאוֹתוֹ לְמָוכְרוֹ דְּלָא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא לְבִישָׁה שֶׁהִיא לְהִתְחַמֵּם כְּדֶרֶךְ כָּל הַלּוֹבְשִׁים וְהַעֲלָאָה דֻּומְיָא דִּלְבִישָׁה נָמֵי דְּמִיתְהֲנֵי בָּהּ:
Un vêtement de kilayim : il le porte au marché pour le montrer afin de le vendre, car la Torah n'a interdit que le fait de le porter pour se réchauffer, comme le font tous ceux qui s'habillent ; et le fait de le mettre sur soi est interdit comme le fait de le porter, lorsqu'on en profite.
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין כו' וְר' שִׁמְעוֹן הוּא דְּאָזֵיל בָּתַר כַּוָּונָה:
C'est Rabbi Chimon, qui se règle sur l'intention.
וְהַצְּנוּעִים כְּשֵׁרִים שֶׁמַּרְחִיקִין עַצְמָן מִכָּל לְזוּת שְׂפָתַיִם:
Les gens scrupuleux, qui s'écartent de tout ce qui pourrait faire parler d'eux.
וְהָא הָכָא דְּאֶפְשָׁר לְכָל אָדָם לְמֶעְבַּד שֶׁלֹּא עַל יְדֵי אִיסּוּר וַאֲפִילּוּ הָכֵי שָׁרִי:
Pour tout homme, de faire [la chose] sans passer par l'interdit, et malgré cela c'est permis.
🗂️ Tossefot (1)
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין בַּחַמָּה מִפְּנֵי הַחַמָּה וְכוּ' וּבְעִנְיָן דְּלָא הָוֵי פְּסִיק רֵישֵׁיהּ כְּגוֹן שֶׁהוּא לָבוּשׁ מַלְבּוּשִׁים אֲחֵרִים לְהָגֵין עָלָיו מִפְּנֵי הַחַמָּה וּמִפְּנֵי הַצִּינָּה:
Et dans un cas où ce n'est pas un pessik reicheh, par exemple lorsqu'il porte d'autres vêtements qui le protègent du soleil et du froid.
💡 Explication

Le vendeur de vêtements de kilayim (laine et lin mélangés) peut les porter sur les épaules pour les montrer, s'il n'a pas l'intention d'en profiter. Il pourrait pourtant les porter sur un bâton comme les tsenou'in (scrupuleux). C'est donc un cas où une autre manière est possible, comparable aux petits meubles, et R. Chimon permet quand même.

Teyouvta : réfutation définitive de R. Yirmeya Rabba. Tossefot précise que le cas n'est pas un pessik reicheh (conséquence inévitable) : le vendeur porte d'autres habits qui le protègent déjà.

12
מַתְנֵי׳ הַמְכַבֶּה אֶת הַנֵּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא מִתְיָרֵא מִפְּנֵי גּוֹיִם וּמִפְּנֵי לִיסְטִים, מִפְּנֵי רוּחַ רָעָה, מִפְּנֵי הַחוֹלֶה שֶׁיִּישַׁן — פָּטוּר. כְּחָס עַל הַנֵּר, כְּחָס עַל הַשֶּׁמֶן, כְּחָס עַל הַפְּתִילָה — חַיָּיב. רַבִּי יוֹסֵי פּוֹטֵר בְּכֻולָּן, חוּץ מִן הַפְּתִילָה — מִפְּנֵי שֶׁהוּא עוֹשָׂהּ פֶּחָם.

MICHNA. Celui qui éteint la lampe parce qu'il a peur des non-Juifs, des brigands, d'un esprit mauvais, ou pour que le malade dorme, est exempt.

[S'il le fait] pour épargner la lampe, pour épargner l'huile, pour épargner la mèche, il est passible. Rabbi Yossi exempte dans tous les cas, sauf pour la mèche, parce qu'il en fait du charbon.

📜 Rachi (9)
מַתְנֵי' מִפְּנֵי נָכְרִים כְּגוֹן פַּרְסִיִּים שֶׁהָיָה לָהֶם יוֹם חַג שֶׁאֵין מַנִּיחִין אוֹר אֶלָּא בְּבֵית עֲבוֹדַת אֱלִילִים שֶׁלָּהֶם:
Comme les Perses, qui avaient un jour de fête où ils ne laissaient de feu que dans leur maison d'idolâtrie.
וּמִפְּנֵי הַלִּסְטִין שֶׁלֹּא יִרְאוּ שֶׁיֵּשׁ שָׁם אָדָם וְיָבֹאוּ עָלָיו:
Pour qu'ils ne voient pas qu'il y a quelqu'un et ne viennent pas l'attaquer.
וּמִפְּנֵי רוּחַ רָעָה הַבָּאָה עָלָיו וּכְשֶׁאֵינוֹ רוֹאֶה נוֹחַ לוֹ:
Qui vient sur lui, et quand il ne voit pas, il est plus à l'aise.
פָּטוּר וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לְכֻולָּהּ:
La Guemara explique tout cela.
כְּחָס עַל הַנֵּר שֶׁרָאוּהוּ שֶׁמִּתְקַלְקֵל וְחָס עָלָיו וְכִבָּה אֶת הַפְּתִילָה:
Il a vu qu'elle se détériorait, il l'a épargnée et a éteint la mèche.
הַנֵּר קרוייזי"ל:
Lampe (en langue étrangère : croisuel).
חַיָּיב מְפָרֵשׁ לָהּ:
Il l'explique [plus loin].
פּוֹטֵר בְּכֻולָּן מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא (דַּף לא:):
Explique dans la Guemara (31b).
שֶׁהוּא עוֹשֶׂה פֶּחָם בְּכִיבּוּי זֶה וְהָוֵי מְלָאכָה הַצְּרִיכָה לְגוּפָהּ כִּדְאָמַר בַּגְּמָרָא:
Par cette extinction, et c'est une melakha nécessaire pour elle-même, comme il est dit dans la Guemara.
⚖️ Rosh (2)
כְּחָס עַל הַנֵּר כְּחָס עַל הַשֶּׁמֶן כְּחָס עַל הַפְּתִילָה חַיָּיב. וְרַבִּי יוֹסֵי פּוֹטֵר בְּכֻולָּן חוּץ מִן הַפְּתִילָה מִפְּנֵי שֶׁהוּא עוֹשָׂהּ פֶּחָם:
Pour épargner la lampe, l'huile ou la mèche, il est passible. Et Rabbi Yossi exempte dans tous les cas, sauf pour la mèche, parce qu'il en fait du charbon.
גְּמ' סֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין חוֹלֶה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סַכָּנָה מֻותָּר לְכַבּוֹת לְכַתְּחִלָּה וְאַפֵּי' לְרַבִּי יְהוּדָה. וְאִם חוֹלֶה שֶׁאֵין בּוֹ סַכָּנָה הוּא לְר' שִׁמְעוֹן לֹא יְכַבֶּה וְאִם כִּבָּה פָּטוּר אֲבָל אָסוּר. וְלֵר' יְהוּדָה חַיָּיב חַטָּאת: כְּחָס עַל הַנֵּר מַסִּיק רַבִּי יוֹחָנָן דְּרַבִּי יוֹסֵי כְּר' שִׁמְעוֹן סְבִירָא לֵיהּ וְהָכָא בִּפְתִילָה שֶׁצָּרִיךְ לְהַבְהֲבָהּ עָסְקִינַן דִּבְהָא ר' שִׁמְעוֹן מוֹדֶה דְּקָא מְתַקֵּן מָנָא:
Guemara. La sougya établit : pour un malade en danger, il est permis d'éteindre d'emblée, même selon Rabbi Yehouda. Et s'il s'agit d'un malade qui n'est pas en danger, selon Rabbi Chimon il n'éteindra pas, et s'il a éteint il est exempt, mais c'est interdit ; et selon Rabbi Yehouda il est passible d'un sacrifice expiatoire (hatat). Sur [le cas de] celui qui épargne la lampe, Rabbi Yo'hanan conclut que Rabbi Yossi pense comme Rabbi Chimon, et qu'ici il s'agit d'une mèche qu'il faut roussir : dans ce cas Rabbi Chimon admet [qu'il est passible], car il répare un objet.
💡 Explication

La question de fond est la melakha she-einah tserikha le-goufah (travail fait pour un autre but que son résultat propre). Éteindre par peur ou pour le malade vise seulement l'obscurité : patour. Éteindre pour épargner la lampe, l'huile ou la mèche vise un profit lié à l'objet : hayav selon le Tanna kamma.

R. Yossi ne rend passible que celui qui éteint pour la mèche, car il obtient du charbon (une mèche roussie qui s'allumera mieux) : l'extinction sert alors à elle-même. La Guemara (31b) développe ces distinctions ; le Roch en résume la halakha.

🖼️ Schéma
Celui qui éteint la lampe : pourquoi l'a-t-il fait ? Par crainte ou pour un malade - peur des non-Juifs - peur des brigands - roua'h ra'a (esprit mauvais) - pour que le malade dorme Pour épargner - la lampe - l'huile - la mèche Tanna kamma : patour Tanna kamma : hayav R. Yossi : patour dans tous les cas, sauf pour la mèche (il en fait du charbon : melakha utile en elle-même)
Les motifs d'extinction de la michna et le verdict de chaque Tanna.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).