Shabbat 30a — Éteindre la lampe pour un malade ; les morts et les vivants selon Chelomo

Shabbat 30a

Sougya : La Guemara analyse la Michna de 29b : puisque la fin (éteindre pour épargner la lampe, l'huile ou la mèche) rend passible, la Michna suit Rabbi Yehouda, pour qui une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même rend passible. La première partie (éteindre pour qu'un malade dorme) parle donc d'un malade en danger, et 'exempt' y signifie en réalité 'permis' ; la baraita de Rabbi Ochaya ('exempt mais interdit') vise un malade sans danger, selon Rabbi Chimon.

On pose ensuite la même question à Rabbi Tan'houm de Nevi, qui ouvre par une aggada : les versets de David et de Chelomo sur les morts et les vivants semblent se contredire. Il les concilie : le mérite des Patriarches, les décrets de Moche, le pardon de David rendu public à l'inauguration du Temple, et la mort de David un Chabbat, qui prépare la réponse halakhique donnée sur 30b.

Éteindre la lampe pour que le malade dormeFin de la Michna : pour épargner lampe/huile= passible -> la Michna suit Rabbi YehoudaMichna (début) : malade EN DANGERPikoua'h nefech : permis dès le départLe mot 'exempt' = symétrie avecle 'passible' de la finBaraita de Rabbi OchayaMalade SANS dangerSelon Rabbi Chimon : melakha nonnécessaire pour elle-même = exemptPERMIS (moutar)EXEMPT MAIS INTERDIT
Michna et baraita : malade en danger (permis) ou sans danger (exempt mais interdit, selon Rabbi Chimon).
Rabbi Tan'houm : trois versets en apparente contradictionDavid (Tehilim 115)'Les morts ne louentpas Hachem'Chelomo (Kohelet 4)'Je loue les mortsdéjà morts'Chelomo (Kohelet 9)'Un chien vivant vaut mieuxqu'un lion mort'Mort = libéré des mitsvotÉtudie et accomplistant que tu vis(R. Yo'hanan :'libre parmi les morts')Mérite des morts justes1. Moche exaucé par'souviens-toi d'Avraham'2. Décrets de Moche durables3. Portes du Temple ouvertespar le mérite de DavidLe vivant peut encore agirUn jour d'étude de Davidvaut mieux que milleholocaustes de Chelomo(Rachi : vise les loisde Chabbat -> 30b)
L'ouverture aggadique de Rabbi Tan'houm : trois versets et leur conciliation.
1
גְּמָ׳ מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא חַיָּיב — שְׁמַע מִינַּהּ רַבִּי יְהוּדָה הִיא. רֵישָׁא בְּמַאי עָסְקִינַן? אִי בְּחוֹלֶה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סַכָּנָה — ״מֻותָּר״ מִיבְּעֵי לֵיהּ. וְאִי בְּחוֹלֶה שֶׁאֵין בּוֹ סַכָּנָה ״חַייָּב חַטָּאת״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!

Guemara. Puisqu'il est enseigné dans la fin (de la Michna) 'il est passible', déduis-en que c'est (l'avis de) Rabbi Yehouda.

La première partie, de quoi traitons-nous ? Si c'est d'un malade en danger, il aurait fallu dire 'c'est permis'.

Et si c'est d'un malade qui n'est pas en danger, il aurait fallu dire 'il est passible d'un sacrifice 'hatat' !

📜 Rachi (4)
גְּמ' מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא כְּחָס עַל הַנֵּר כּוּ' חַייָּב חַטָּאת אִם שָׁגַג בְּשַׁבָּת שֶׁשָּׁכַח שֶׁהוּא שַׁבָּת אוֹ סָבַר שֶׁכִּיבּוּי מֻותָּר בְּשַׁבָּת:
Guemara. Puisqu'il est enseigné dans la fin : comme celui qui épargne la lampe, etc., il est passible d'un 'hatat, s'il a agi par erreur le Chabbat, parce qu'il a oublié que c'est Chabbat ou qu'il pensait qu'éteindre est permis le Chabbat.
ש"מ ר' יְהוּדָה הִיא דְּאָמַר מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ חַיָּיב עָלֶיהָ דְּכִיבּוּי זֶה אֵין צָרִיךְ לְגוּפוֹ אֶלָּא לְצֹורֶךְ דָּבָר אַחֵר שֶׁלֹּא תִּדָּלֵק הַפְּתִילָה אוֹ שֶׁלֹּא יִפְקַע הַנֵּר וְאֵין לְךָ כִּיבּוּי הַצָּרִיךְ לְגוּפוֹ אֶלָּא כִּיבּוּי שֶׁל פֶּחָמִין כְּשֶׁעוֹשִׂין אוֹתוֹ וְכִיבּוּי שֶׁל הִבְהוּב פְּתִילָה שֶׁהַכִּיבּוּי נַעֲשָׂה לְהַאֲחִיז בּוֹ הָאוּר מַהֵר כְּשֶׁיִּרְצֶה לְהַדְלִיקוֹ וְכֵיוָן דְּרַבִּי יְהוּדָה הִיא רֵישָׁא דְּפָטַר מִשּׁוּם חוֹלֶה וה"ה לִשְׁאָר פְּטוּרֵי דְּמַתְנִיתִין:
Déduis-en que c'est Rabbi Yehouda : qui dit qu'une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même (melakha she-einah tsrikha legoufah) rend passible. Car cette extinction n'est pas nécessaire pour elle-même, mais pour autre chose : que la mèche ne se consume pas ou que la lampe ne se fende pas. Il n'y a d'extinction nécessaire pour elle-même que celle des charbons, quand on les fabrique, et celle du bout brûlé de la mèche, où l'on éteint pour que le feu y prenne vite quand on voudra l'allumer. Et puisque c'est Rabbi Yehouda, la première partie qui exempte à cause du malade, et de même les autres exemptions de notre Michna, (de quoi traitent-elles ?)
אִי דְּאִית בְּהוּ סַכָּנַת נְפָשׁוֹת וּמִשּׁוּם פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ שָׁרִי לְהוּ לִיתְנֵי מֻותָּר לְכַתְּחִלָּה:
Si : ils sont en danger de mort ; à cause du pikoua'h nefech (sauvegarde de la vie), c'est permis pour eux ; il aurait fallu enseigner 'permis' dès le départ.
חַייָּב מִיבְּעֵי לֵיהּ הוֹאִיל וְרַבִּי יְהוּדָה הִיא דְּלָא פָּטַר לֵיהּ מִשּׁוּם דְּאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ:
Il aurait fallu dire 'passible' : puisque c'est Rabbi Yehouda, qui n'exempte pas au motif qu'elle n'est pas nécessaire pour elle-même.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' סָפֵק חֲשֵׁיכָה סָפֵק אֵינָהּ חֲשֵׁיכָה אֵין מְעַשְּׂרִין אֶת הַוַּדַּאי וְאֵין מַטְבִּילִין אֶת הַכֵּלִים וְאֵין מַדְלִיקִין אֶת הַנֵּרוֹת. אֲבָל מְעַשְּׂרִין אֶת הַדְּמַאי וּמְעָרְבִין וְטוֹמְנִין אֶת הַחַמִּין:
Michna. Lorsqu'il y a doute s'il fait nuit ou non (safek 'hachekha), on ne prélève pas la dîme sur le produit certainement non prélevé (vadai), on n'immerge pas les ustensiles et on n'allume pas les lumières. Mais on prélève la dîme sur le demai (produit douteux), on fait l'erouv et on recouvre les mets chauds (tomnin).
💡 Explication

La Michna de 29b enseigne : celui qui éteint la lampe pour qu'un malade dorme est exempt ; celui qui l'éteint pour épargner la lampe, l'huile ou la mèche est passible. Dans ce second cas, l'extinction ne sert pas à produire ce qu'elle produit en elle-même (du charbon, une mèche prête) : c'est une melakha she-einah tsrikha legoufah. Seul Rabbi Yehouda rend passible pour une telle melakha ; la Michna suit donc son avis.

Dès lors, le début pose problème : pour un malade en danger, éteindre est permis, pas seulement 'exempt' ; pour un malade sans danger, Rabbi Yehouda devrait rendre passible.

Le Roch cite ici une autre Michna (34a) sur le crépuscule du vendredi ; Sefaria l'a rattachée à ce segment.

2
לְעוֹלָם בְּחוֹלֶה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סַכָּנָה, וּבְדִין הוּא דְּלִיתְנֵי ״מֻותָּר״, וְאַיְּידֵי דְּבָעֵי לְמִתְנֵי סֵיפָא ״חַיָּיב״, תְּנָא נָמֵי רֵישָׁא ״פָּטוּר״. וְהָדְתָנֵי רַבִּי אוֹשַׁעְיָא אִם בִּשְׁבִיל הַחוֹלֶה שֶׁיִּישַׁן לֹא יְכַבֶּה, וְאִם כָּבָה, פָּטוּר אֲבָל אָסוּר! — הַהִיא בְּחוֹלֶה שֶׁאֵין בּוֹ סַכָּנָה, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא.

En réalité, il s'agit d'un malade en danger, et il est juste qu'on enseigne 'permis' ; mais puisqu'il fallait enseigner dans la fin 'passible', on a aussi enseigné dans la première partie 'exempt'. Et ce qu'a enseigné Rabbi Ochaya : 'Si c'est pour que le malade dorme, il n'éteindra pas ; et s'il a éteint, il est exempt, mais c'est interdit' ?

Celle-là traite d'un malade qui n'est pas en danger, et c'est (l'avis de) Rabbi Chimon.

📜 Rachi (2)
וְהָא דְתָנֵי רַבִּי אוֹשַׁעְיָא בְּהֶדְיָא אֲבָל אָסוּר:
Et ce qu'a enseigné Rabbi Ochaya : explicitement 'mais c'est interdit'.
וְר' שִׁמְעוֹן הִיא דְּפָטַר לֵיהּ מִשּׁוּם אֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ:
Et c'est Rabbi Chimon : qui l'exempte parce que (la melakha) n'est pas nécessaire pour elle-même.
💡 Explication

Réponse : la Michna parle d'un malade en danger. Le mot 'exempt' est choisi par symétrie avec le 'passible' de la fin ; la halakha réelle est que c'est permis à priori, en raison du pikoua'h nefech.

La baraita de Rabbi Ochaya, 'exempt mais interdit', vise un malade sans danger. Elle suit Rabbi Chimon, pour qui la melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même n'entraîne pas de 'hatat, tout en restant interdite (patour aval assour).

3
שְׁאוּל שְׁאֵילָה זוֹ לְעֵילָּא מֵרַבִּי תַּנְחוּם דְּמִן נוֹי: מַהוּ לְכַבּוֹת בּוּצִינָא דְּנוּרָא מִקַּמֵּי בְּאִישָׁא בְּשַׁבְּתָא? פָּתַח וְאָמַר: אַנְתְּ שְׁלֹמֹה אָן חָכְמְתָךְ, אָן סוֹכְלְתָנוּתָךְ? לֹא דַּיֶּיךָּ שֶׁדְּבָרֶיךָ סוֹתְרִין דִּבְרֵי דָּוִד אָבִיךָ, אֶלָּא שֶׁדְּבָרֶיךָ סוֹתְרִין זֶה אֶת זֶה. דָּוִד אָבִיךָ אָמַר: ״לֹא הַמֵּתִים יְהַלְלוּ יָהּ״, וְאַתְּ אָמַרְתָּ: ״וְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הַמֵּתִים שֶׁכְּבָר מֵתוּ״, וְחָזַרְתָּ וְאָמַרְתָּ: ״כִּי לְכֶלֶב חַי הוּא טוֹב מִן הָאַרְיֵה הַמֵּת״!

On a posé cette question devant Rabbi Tan'houm de Nevi : Est-il permis d'éteindre une lampe allumée devant un malade le Chabbat ? Il ouvrit et dit : Toi, Chelomo, où est ta sagesse, où est ton intelligence ?

Il ne te suffit pas que tes paroles contredisent celles de David ton père, mais tes paroles se contredisent l'une l'autre ! David ton père a dit : 'Les morts ne louent pas Hachem' (Tehilim 115, 17) ; et toi tu as dit : 'Et je loue les morts qui sont déjà morts' (Kohelet 4, 2) ; et tu as encore dit : 'Car un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort' (Kohelet 9, 4) !

📜 Rachi (8)
שָׁאוּל שְׁאֵילְתָא שְׁאָלוֹ שְׁאֵלָה:
On a posé une question : ils lui ont posé une question.
לְעֵילָּא מַר' תַּנְחוּם לְפָנָיו וְכֵן לְשׁוֹן הַשַּׁ"ס וְהַמִּקְרָא שְׂרָפִים עֹומְדִים מִמַּעַל לוֹ (יְשַׁעְיָהוּ ו׳:ב׳) וְעַל שֵׁם שֶׁיְּרֵאִים לְהִתְקָרֵב לְפָנָיו עוֹמְדִין מֵרָחוֹק:
Devant (le'ela) Rabbi Tan'houm : devant lui. C'est ainsi que s'expriment le Talmud et l'Écriture : 'Des séraphins se tenaient au-dessus de lui' (Yechaya 6, 2) ; et parce qu'ils craignent de s'approcher de lui, ils se tiennent à distance.
דְּמִן נוֹי מָקוֹם:
De Nevi : c'est un lieu.
בְּאִישָׁא חוֹלָה תַּרְגּוּם שֶׁל רָעָה בִּישְׁתָּא:
Bicha : un malade ; c'est le Targoum de 'mauvais' (ra'a), bichta.
פָּתַח וְאָמַר כָּךְ הָיוּ רְגִילִין לִפְתֹּוחַ בָּאַגָּדָה תְּחִילָּה וְהוּא דּוֹמֶה לִשְׁאֵלָה וְדָרַשׁ:
Il ouvrit et dit : c'est ainsi qu'ils avaient coutume d'ouvrir d'abord par une aggada, et celle-ci ressemble à la question et à la drasha.
וְחָזַרְתָּ וְאָמַרְתָּ לִסְתּוֹר דִּבְרֵי עַצְמְךָ:
Et tu as encore dit : contredisant tes propres paroles.
כִּי לְכֶלֶב חַי כְּלוֹמַר גְּדוֹלִים הַחַיִּים וּפִקּוּחַ נֶפֶשׁ:
Car un chien vivant : c'est-à-dire que les vivants sont importants, ainsi que la sauvegarde de la vie.
אָן הִיא אָנָה הָלְכָה:
Où est-elle (an) : où est-elle allée ?
🪔 Ben Yehoyada (2)
שָׁאוּל שְׁאֵלְתָא זוֹ לְעֵילָּא מֵרַבִּי תַּנְחוּם דְּמִן נוֹי. עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל. וְלִי נִרְאֶה הַכַּוָּנָה כִּי הַנִּשְׁאָל הָיָה יוֹשֵׁב וְהַשּׁוֹאֲלִין הָיוּ עוֹמְדִים לְפָנָיו וְשׁוֹאֲלִין דְּאֵין שׁוֹאֲלִין מְיֻושָּׁב מִפְּנֵי הַכָּבוֹד, וּמֵאַחַר שֶׁהַנִּשְׁאָל יוֹשֵׁב וְהַשּׁוֹאֵל עוֹמֵד נִמְצָא הַשּׁוֹאֵל עוֹמֵד גָּבוֹהַּ מִן הַנִּשְׁאָל וּלְכָךְ שַׁיָּיךְ בָּזֶה לְשׁוֹן לְעֵילָּא מִינֵּיהּ. וְהָא דְּאָמַר שְׁאֵילָה זוֹ בָּא מְסַדֵּר הַשַּׁ"ס לְלַמְּדֵינוּ שֶׁלֹּא נַחְשֹׁוב שֶׁהַשּׁוֹאֵל שָׁאַל שְׁאֵלָה אַחֶרֶת מֵרַבִּי תַּנְחוּם הַשָּׁיְיכָה לְעִנְיָן זֶה שֶׁל שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה דְּדָרֵישׁ בֵּיהּ וְזוֹ הַדְּרָשָׁה דְּדָרֵישׁ ר' תַּנְחוּם הִיא הָיְתָה תְּשׁוּבָה לְאוֹתָהּ שְׁאֵלָה, אֶלָּא שֶׁלֹּא נִזְכְּרָה בַּתַּלְמוּד הַשְּׁאֵלָה אֶלָּא רַק הַתְּשׁוּבָה הַזֹּאת שֶׁל ר' תַּנְחוּם מַה שֶׁדָּרַשׁ בָּזֶה, וּלְעוֹלָם ר' תַּנְחוּם לֹא הֵבִיא דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁלֹּא כָּעִנְיָן, לְכָךְ דִּקְדֵּק לוֹמַר שְׁאֵילָה 'זוֹ' רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא הָיְתָה שְׁאֵלָה אַחֶרֶת, וְנִמְצֵאנוּ לְמֵדִין שֶׁרַבִּי תַּנְחוּם פָּתַח בְּאַגָּדָה זוֹ שֶׁאֵינָהּ מִן הָעִנְיָן וְרַק עָשָׂה כְּדֵי לִמְשֹׁוךְ לֵב הַשּׁוֹמְעִין, כְּדֵי שֶׁכֻּולָּם יִטּוּ אָזְנָם וְיִשְׁמְעוּ הַתְּשׁוּבָה שֶׁלּוֹ שֶׁהֵשִׁיב עַל שְׁאֵלַת הַהֲלָכָה דְּהַנֵּר, וְנַחַת הַשַּׁ"ס לְלַמְּדֵנוּ בָּזֶה שֶׁכָּךְ רָאוּי לְהִתְנַהֵג בְּדִבְרֵי תּוֹרָה לִמְשֹׁוךְ לֵב הַשּׁוֹמְעִין לִדְבַר הֲלָכָה, וְאֵין בָּזֶה גְּנַאי עַל אֲשֶׁר מַכְנִיס בְּתוֹךְ הָעִנְיָן דְּבָרִים שֶׁלֹּא כָּעִנְיָן.
On a posé cette question devant (le'ela) Rabbi Tan'houm de Nevi. Voir l'explication de Rachi. Il me semble que le sens est le suivant : celui qu'on interrogeait était assis, et ceux qui interrogeaient se tenaient debout devant lui, car on n'interroge pas assis, par respect. Puisque celui qu'on interroge est assis et celui qui interroge est debout, celui qui interroge se trouve plus haut que lui ; c'est pourquoi l'expression 'le'ela minei' (au-dessus de lui) convient. Et s'il est dit 'cette question', l'ordonnateur du Talmud vient nous apprendre qu'il ne faut pas penser que le questionneur a posé à Rabbi Tan'houm une autre question, liée au sujet du roi Chelomo sur lequel il a fait sa drasha, et que cette drasha était la réponse à cette question-là. La question n'est simplement pas mentionnée dans le Talmud ; seule est rapportée la réponse de Rabbi Tan'houm, ce qu'il a enseigné. Or Rabbi Tan'houm n'a pas apporté ces paroles hors de propos : c'est pourquoi le texte précise 'cette' question, c'est-à-dire qu'il n'y en avait pas d'autre. Nous en apprenons que Rabbi Tan'houm a ouvert par cette aggada, étrangère au sujet, uniquement pour attirer le cœur des auditeurs, afin que tous prêtent l'oreille et entendent la réponse qu'il donnait à la question halakhique de la lampe. Le Talmud vient nous enseigner qu'il convient d'agir ainsi dans les paroles de Torah : attirer le cœur des auditeurs vers la halakha ; et il n'y a aucun déshonneur à introduire dans le sujet des paroles qui lui sont étrangères.
פְּתַח וַאֲמַר אַנְתְּ שְׁלֹמֹה מַלְכָּא, אָן חָכְמָתָךְ? אָן סוֹכְלְתָנוּתָךְ? וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁדִּבֵּר בְּלָשׁוֹן זֶה לְנוֹכֵחַ כְּאִלּוּ שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה לְפָנָיו, לְקַייֵּם מ"ש חֲכָמֵינוּ זַ"ל לְעוֹלָם יִרְאֶה אָדָם כְּאִלּוּ בַּעַל שְׁמוּעָה עוֹמֵד לְנֶגְדּוֹ וְאַל יִבָּהֵל לְהַקְשׁוֹת וּלְדַבֵּר קָשׁוֹת וּלְהַחְלִיט טָעוּת בְּבַעַל הַשְּׁמוּעָה. ומ"ש אָן חָכְמָתָךְ אָן סִכְלְנוּתְךָ נִרְאֶה לִי בס"ד כֶּפֶל הַלָּשׁוֹן כְּנֶגֶד מַה שֶׁנָּתַן לוֹ הקב"ה לֵב חָכָם וְנָבוֹן, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בִּמְלָכִים ג' (מְלָכִים א' ג, יב) הִנֵּה נָתַתִּי לְךָ לֵב חָכָם וְנָבוֹן, וְכֵן בְּדִבְרֵי הַיָּמִים א"ל הקב"ה (דִּבְרֵי הַיָּמִים ב' א, יב) הַחָכְמָה וְהַמַּדָּע נָתוּן לָךְ, וְלָזֶה אָמַר אָן חָכְמָתָךְ כְּנֶגֶד חָכְמָה וְאֵן סְכָלְנוּתְךָ כְּנֶגֶד הַמַּדָּע. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי שְׁלֹמֹה הָיָה חָכָם גָּדוֹל בַּתּוֹרָה וְגַם חָכָם גָּדוֹל בְּחָכְמוֹת חִיצוֹנִיּוֹת, וְלָזֶה אָמַר אָן חָכְמָתָךְ כְּנֶגֶד חָכְמַת הַתּוֹרָה וְאֵן סִכְלְנוּתְךָ כְּנֶגֶד חָכְמוֹת חֲצָנִיּוֹת דִּבֵּר בִּלְשׁוֹן תַּרְגּוּם, כִּי סִכְלְנוּתְךָ הִיא לְשׁוֹן תַּרְגּוּם וְיָדוּעַ דִּלְשׁוֹן תַּרְגּוּם הוּא חִיצוֹנִי לִלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי אָן חָכְמָתָךְ עַל שֶׁדְּבָרֶיךָ נִרְאִין סוֹתְרִין דִּבְרֵי אָבִיךָ, וְאָן סַכְלְנוּתְךָ בְּמַה שֶׁדְּבָרֶיךָ סוֹתְרִים זֶה אֶת זֶה.
Il ouvrit et dit : Toi, le roi Chelomo, où est ta sagesse ? Où est ton intelligence ? etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a parlé ainsi à la deuxième personne, comme si le roi Chelomo se tenait devant lui, pour accomplir ce qu'ont dit nos Sages : un homme doit toujours se représenter l'auteur d'un enseignement comme se tenant face à lui, et ne pas se précipiter pour objecter, parler durement et conclure à l'erreur de l'auteur. Quant à 'où est ta sagesse, où est ton intelligence', il me semble que ce double langage correspond à ce que Hachem lui avait donné : un cœur sage et intelligent, comme il est dit dans Melakhim (I, 3, 12) : 'Voici, je t'ai donné un cœur sage et intelligent' ; et dans Divre haYamim (II, 1, 12) : 'La sagesse et la connaissance te sont données'. 'Où est ta sagesse' correspond à la sagesse, et 'où est ton intelligence' à la connaissance. Il me semble encore que Chelomo était un grand sage en Torah et aussi un grand sage dans les sciences profanes. 'Où est ta sagesse' vise la sagesse de la Torah, et 'où est ton intelligence' (soukhletanoutakh) vise les sciences profanes : il l'a dit en langue du Targoum, car 'soukhletanoutakh' est un mot araméen, et l'on sait que la langue du Targoum est extérieure à la langue sainte. Ou bien : 'où est ta sagesse' porte sur le fait que tes paroles semblent contredire celles de ton père, et 'où est ton intelligence' sur le fait que tes paroles se contredisent l'une l'autre.
💡 Explication

Rabbi Tan'houm reçoit une question halakhique (éteindre une lampe pour un malade), mais il commence par une petih'a aggadique, selon l'usage des prédicateurs de son époque (Rachi). Il relève trois versets qui semblent se contredire sur la valeur des morts et des vivants.

Le lien avec la question apparaîtra à la fin : la vie à une valeur supérieure, et le Chabbat on doit agir pour la préserver. La réponse halakhique explicite se trouve au verso (30b).

4
לָא קַשְׁיָא, הָא דְּקָאָמַר דָּוִד ״לֹא הַמֵּתִים יְהַלְלוּ יָהּ״ — הָכִי קָאָמַר: לְעוֹלָם יַעֲסֹוק אָדָם בַּתּוֹרָה וּבְמִצְוֹת קֹודֶם שֶׁיָּמוּת, שֶׁכֵּיוָן שֶׁמֵּת, בָּטֵל מִן הַתּוֹרָה וּמִן הַמִּצְוֹת וְאֵין לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁבַח בּוֹ. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, מַאי דִכְתִיב: ״בַּמֵּתִים חָפְשִׁי״ — כֵּיוָן שֶׁמֵּת אָדָם נַעֲשֶׂה חָפְשִׁי מִן הַתּוֹרָה וּמִן הַמִּצְוֹת.

Ce n'est pas difficile. Ce que David a dit, 'Les morts ne louent pas Hachem', voici ce qu'il veut dire : un homme doit toujours s'occuper de Torah et de mitsvot avant de mourir, car une fois mort, il est inactif quant à la Torah et aux mitsvot, et le Saint, béni soit-Il, ne reçoit plus de louange de lui.

Et c'est ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : que signifie ce qui est écrit : 'Libre parmi les morts' (Tehilim 88, 6) ? Dès qu'un homme est mort, il devient libre de la Torah et des mitsvot.

📜 Rachi (2)
לָא קַשְׁיָא אִיהוּ גּוּפֵיהּ הֲוָה מְפָרֵשׁ לְהוּ:
Ce n'est pas difficile : c'est lui-même (Rabbi Tan'houm) qui les expliquait.
דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן קְרָא קָא דָרֵישׁ בַּמֵּתִים חָפְשִׁי:
Qu'a dit Rabbi Yo'hanan : il interprète le verset 'libre parmi les morts'.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם יַעֲסֹק אָדָם בַּתּוֹרָה וּבְמִצְווֹת קֹדֶם שֶׁיָּמוּת, שֶׁכֵּיוָן שֶׁמֵּת, בָּטֵל מִן הַתּוֹרָה וּמִן הַמִּצְווֹת, וְאֵין לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁבַח בּוֹ. צָרִיךְ לְהָבִין לְשׁוֹן שֶׁבַח דְּנָקֵיט כָּאן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַמֵּת בָּטֵל מִדִּבּוּר וּמַעֲשֶׂה בִּלְבַד אֲבָל כֹּחַ הַמַּחֲשָׁבָה עוֹדֶנּוּ אָחוּז בּוֹ עַד שֶׁיִּסָּתֵם הַגּוֹלֵל. וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל קֹודֶם שֶׁיִּסָּתֵם הַגּוֹלֵל, הַמֵּת שׁוֹמֵעַ וְיוֹדֵעַ כָּל מַה שֶׁמְּדַבְּרִים לְפָנָיו וְזֹאת הַהַרְגָּשָׁה שֶׁיֵּשׁ לַמֵּת הִיא עַל יְדֵי כֹּחַ הַמַּחֲשָׁבָה שֶׁעוֹדֶנּוּ דָּבוּק בּוֹ, וְהַצַּדִּיקִים גַּם אַחַר שֶׁיִּסְתֹּם הַגּוֹלֵל יֵשׁ שִׁיעוּר מַה מִכֹּחַ הַמַּחֲשָׁבָה דָּבוּק בָּהֶם, וּמִזֶּה הַכֹּחַ אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁהַמֵּתִים יוֹדְעִים מֵעִנְיַן הַחַיִּים וְשׁוֹמְעִים מַה מַה שֶׁמְּדַבְּרִים עַל קִבְרָם. וְיָדוּעַ שֶׁהָעֲבוֹדָה בְּמַעֲשֶׂה פּוֹעֶלֶת בְּמָקוֹם הָרָאוּי לָהּ, וְכֵן עֲבוֹדָה בְּדִבּוּר פּוֹעֶלֶת בְּמָקוֹם הָרָאוּי לָהּ, וְכֵן עֲבוֹדָה בְּמַחְשָׁבָה פּוֹעֶלֶת בְּמָקוֹם הָרָאוּי לָהּ, וְהוּא מָקוֹם גָּבוֹהַּ וְעֶלְיוֹן שֶׁעַל יְדֵי הַמַּחֲשָׁבָה יִהְיֶה הַמְשָׁכַת אוֹרוֹת מוֹחִין מִמָּקוֹם עֶלְיוֹן לִבְחִינַת שֵׁם מ"ה דְּאַלְפִין, וְלָכֵן נִקְרֵאת 'מַחְשָׁבָה' אוֹתִיּוֹת 'שֶׁבַח מ"ה' רְצוֹנוֹ לוֹמַר אוֹרוֹת מוֹחִין לְשֵׁם מ"ה, עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ בַּתִּיקּוּנִים עַל 'חָכְמָה' שֶׁהִיא 'כ"ח מ"ה'. אַךְ וַדַּאי בִּמְחַבְשְׁבָהּ גְּרִידָה אֵין כֹּחַ לַעֲשׂוֹת שֶׁבַח מ"ה שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] הַמְשָׁכַת הַמֹּוחִין אֶלָּא דַּוְקָא בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ עִמָּהּ עֲבוֹדָה שֶׁל דִּיבּוּר, דְּהַייְנוּ עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁעוֹסֵק בְּמַחְשָׁבָה טוֹבָה אוֹ עֲבוֹדָה שֶׁל מַעֲשֶׂה שֶׁעוֹשֶׂה מִצְוָה לִשְׁמָהּ בְּמַחְשָׁבָה טוֹבָה. וְלָזֶה אָמַר כֵּיוָן שֶׁמֵּת, בָּטֵל מִן הַתּוֹרָה שֶׁהִיא עֲבוֹדָה בְּדִיבּוּר וּמִן הַמִּצְוֹת שֶׁהִיא עֲבוֹדָה בְּמַעֲשֶׂה, שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁנִּשְׁאַר כֹּחַ הַמַּחֲשָׁבָה דָּבוּק בּוֹ עִם כָּל זֶה אֵינוֹ פּוֹעֵל בְּכֹחַ זֶה לְבַדּוֹ לַעֲשׂוֹת בּוֹ 'שב"ח מ"ה' שֶׁהוּא הַנִּרְמָז בְּאוֹתִיּוֹת מַחְשָׁבָה שֶׁהוּא הַמְשָׁכַת הַמֹּוחִין שֶׁהֵם שֶׁבַח מ"ה, אֶלָּא אֵין לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַתָּה שֶׁבַח בּוֹ 'שֶׁבַח' דַּיְיקָא כַּאֲשֶׁר בֵּיאַרְנוּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ וְאֵין לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁבַח בּוֹ, יָדוּעַ שהקב"ה מִשְׁתַּבֵּחַ בַּתּוֹרָה וּמִצְוֹת שֶׁעוֹשִׂים הַצַּדִּיקִים בְּחַיֵּיהֶם בָּעוֹלָם הַזֶּה, דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ מט, ג) יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר בְּךָ אֶתְפָּאָר, אַךְ כָּל זֶה הוּא רַק מַה שֶׁעוֹשִׂין בִּהְיוֹתָם בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁיֵּשׁ לָהֶם חֹומֶר מְעַכֵּב לְכָךְ מִשְׁתַּבֵּחַ בָּהֶם, אֲבָל אַחַר שֶׁנִּפְטְרוּ וְהָלְכוּ לָעוֹלָם הַבָּא שֶׁאֵין שָׁם חֹומֶר אַף עַל לְפִי שֶׁשָּׁם אֵינָם בְּטֵלִים מִלִּימּוּד הַתּוֹרָה , וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים פד, ח) יֵלְכוּ מֵחַיִל אֶל חָיִל יֵרָאֶה אֶל אֱ-לֹהִים בְּצִיּוֹן, עִם כָּל זֶה אֵינוֹ מִשְׁתַּבֵּחַ בָּהֶם דְּשָׁם הֵם כְּמוֹ מַלְאָכִים שֶׁאֵין לָהֶם חֹומֶר מְעַכֵּב, וז"ש וְאֵין לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁבַח בּוֹ כִּי מַה שֶׁנֶּאֱמַר יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר בְּךָ אֶתְפָּאָר הוּא דַּוְקָא עַל זְמַן הֱיוֹתָם חַיִּים בָּעוֹלָם הַזֶּה! וְנִרְאֶה לִי שֶׁבַח [310] עוֹלֶה ש"י, רֶמֶז אֵימָתַי זוֹכֶה לְשָׂכָר שֶׁל ש"י בַּמֶּה שֶׁנֶּאֱמַר לְהַנְחִיל אֹהֲבַי יֵשׁ [310] הוּא בִּזְמַן שֶׁעוֹסֵק בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁיֵּשׁ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁבַח שֶׁהוּא כְּמִסְפַּר ש"י בּוֹ.
Un homme doit toujours s'occuper de Torah et de mitsvot avant de mourir, car une fois mort, il est inactif quant à la Torah et aux mitsvot, et le Saint, béni soit-Il, ne reçoit plus de louange (chevah) de lui. Il faut comprendre le terme 'louange' employé ici. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mort n'est inactif que quant à la parole et à l'action, mais la force de la pensée reste attachée à lui jusqu'à ce que la pierre tombale soit scellée. C'est pourquoi nos Sages ont dit qu'avant que la pierre ne soit scellée, le mort entend et sait tout ce que l'on dit devant lui : cette perception du mort vient de la force de la pensée qui lui reste attachée. Chez les justes, même après que la pierre est scellée, une certaine mesure de la force de la pensée reste attachée à eux ; c'est de cette force que nos Sages ont dit que les morts connaissent les affaires des vivants et entendent ce que l'on dit sur leur tombe. On sait que le service par l'action agit à l'endroit qui lui convient, le service par la parole à l'endroit qui lui convient, et le service par la pensée à l'endroit qui lui convient, un lieu élevé et supérieur : par la pensée se fait l'épanchement des lumières des mo'hin (intellects) depuis un lieu supérieur vers l'aspect du Nom MaH (valeur 45) écrit avec des alef. C'est pourquoi elle s'appelle 'ma'hachava' (pensée), dont les lettres forment 'chevah MaH' (louange de MaH), c'est-à-dire les lumières des mo'hin pour le Nom MaH, comme ce qu'ont dit les Tikounim de ''hokhma' (sagesse), qui est 'koa'h MaH'. Mais certainement, la pensée seule n'a pas la force de faire la 'louange de MaH', qui est le sod (secret) de l'épanchement des mo'hin, sinon lorsqu'elle est accompagnée d'un service par la parole, c'est-à-dire l'étude de la Torah faite avec une bonne pensée, ou d'un service par l'action, une mitsva faite pour elle-même avec une bonne pensée. C'est pourquoi il dit : une fois mort, il est inactif quant à la Torah, service par la parole, et quant aux mitsvot, service par l'action. Bien que la force de la pensée lui reste attachée, il n'agit pas par cette seule force pour faire la 'louange de MaH' que désignent les lettres de 'ma'hachava', l'épanchement des mo'hin. Aussi le Saint, béni soit-Il, n'a-t-il plus de 'louange' en lui, 'louange' précisément, comme nous l'avons expliqué. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, au sujet de 'le Saint, béni soit-Il, ne reçoit plus de louange de lui' : on sait que le Saint, béni soit-Il, se glorifie de la Torah et des mitsvot que font les justes durant leur vie en ce monde, comme il est écrit (Yechaya 49, 3) : 'Israël, en qui je me glorifie'. Mais tout cela ne vaut que pour ce qu'ils font en ce monde, où ils ont une matière qui les entrave : c'est pour cela qu'Il se glorifie d'eux. Après leur décès, quand ils sont allés au monde futur où il n'y a pas de matière, bien que là-bas ils ne cessent pas d'étudier la Torah, comme nos Sages l'ont dit sur le verset (Tehilim 84, 8) 'ils vont de force en force, ils paraissent devant D.ieu à Tsion', Il ne se glorifie pas d'eux, car là-bas ils sont comme des anges qui n'ont pas de matière qui les entrave. C'est ce qu'il dit : le Saint, béni soit-Il, ne reçoit plus de louange de lui, car 'Israël, en qui je me glorifie' vise précisément le temps où ils sont vivants en ce monde. Il me semble aussi que 'chevah' (louange) vaut 310, comme 'yech' (310) : allusion au moment où l'on mérite la récompense de 'yech' (310) dont il est dit 'pour faire hériter à ceux qui m'aiment yech' ; c'est lorsque l'on s'occupe (de Torah) en ce monde, où le Saint, béni soit-Il, a en lui une louange dont la valeur est 310.
💡 Explication

Première conciliation : le verset de David exhorte les vivants à agir tant qu'ils le peuvent. Une fois mort, l'homme ne peut plus accomplir de mitsvot : il est 'hofchi (libéré) de la Torah et des mitsvot, selon la lecture de Rabbi Yo'hanan du verset 'libre parmi les morts'.

5
וּדְקָאָמַר שְׁלֹמֹה ״וְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הַמֵּתִים שֶׁכְּבָר מֵתוּ״, שֶׁכְּשֶׁחָטְאוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר, עָמַד מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְאָמַר כַּמָּה תְּפִלּוֹת וְתַחֲנוּנִים לְפָנָיו וְלֹא נַעֲנָה, וּכְשֶׁאָמַר ״זְכֹור לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיִשְׂרָאֵל עֲבָדֶיךָ״ — מִיָּד נַעֲנָה. וְלֹא יָפֶה אָמַר שְׁלֹמֹה ״וְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הַמֵּתִים שֶׁכְּבָר מֵתוּ״? דָּבָר אַחֵר: מִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם, מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם גּוֹזֵר גְּזֵרָה — סָפֵק מְקַיְּימִין אוֹתָהּ סָפֵק אֵין מְקַייְּמִין אוֹתָהּ. וְאִם תִּמְצֵי לוֹמַר מְקַיְּימִין אוֹתָהּ — בְּחַיָּיו מְקַייְּמִין אוֹתָהּ בְּמוֹתוֹ אֵין מְקַיְּימִין אוֹתָהּ. וְאִילּוּ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ גָּזַר כַּמָּה גְּזֵירוֹת וְתִיקֵּן כַּמָּה תַּקָּנוֹת וְקַייָּמוֹת הֵן לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים. וְלֹא יָפֶה אָמַר שְׁלֹמֹה ״וְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הַמֵּתִים וְגוֹ׳״?!

Et ce que Chelomo a dit, 'Et je loue les morts qui sont déjà morts' : lorsque Israël a péché dans le désert, Moche s'est tenu devant le Saint, béni soit-Il, et a dit de nombreuses prières et supplications devant Lui, et il n'a pas été exaucé. Et quand il a dit : 'Souviens-toi d'Avraham, d'Yits'hak et d'Israël, tes serviteurs' (Chemot 32, 13), il a aussitôt été exaucé.

Chelomo n'a-t-il donc pas bien dit : 'Et je loue les morts qui sont déjà morts' ? Autre explication : l'usage du monde est qu'un roi de chair et de sang promulgue un décret : il est douteux qu'on l'observe ou qu'on ne l'observe pas.

Et si tu veux dire qu'on l'observe, on l'observe de son vivant ; après sa mort, on ne l'observe pas. Alors que Moche notre maître a promulgué de nombreux décrets et institué de nombreuses ordonnances, et ils sont en vigueur pour toujours et à jamais.

Chelomo n'a-t-il donc pas bien dit : 'Et je loue les morts, etc.' ?

📜 Rachi (3)
וְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הַמֵּתִים שֶׁעָסְקוּ בְּחַיֵּיהֶם בַּתּוֹרָה וּמִצְוֹת וּמֵתוּ רְאוּיִים לְשַׁבְּחָם אֲפִילּוּ מִצַּדִּיקִים חַיִּים שֶׁגְּדוֹלִים הֵן בְּמִיתָתָן מִבְּחַיֵּיהֶן:
Et je loue les morts : qui se sont occupés de Torah et de mitsvot durant leur vie et sont morts ; il convient de les louer, même plus que des justes vivants, car ils sont plus grands dans leur mort que dans leur vie.
עָמַד מֹשֶׁה וְאֵין לְךָ צַדִּיק מִמֶּנּוּ וְלֹא נַעֲנָה בִּזְכוּתוֹ:
Moche s'est tenu : et il n'y a pas de juste plus grand que lui, et il n'a pas été exaucé par son mérite.
וְתִקֵּן כַּמָּה תַּקָּנוֹת כִּי הַהִיא דְּתָנֵי בִּמְגִילָּה (דַּף ד. וְלֵב.) מֹשֶׁה תִּיקֵּן לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל שֶׁיְּהוּ שׁוֹאֲלִין וְדוֹרְשִׁין בְּעִנְיָינוֹ שֶׁל יוֹם:
Et il a institué de nombreuses ordonnances : comme ce qui est enseigné dans Meguila (4a et 32a) : Moche a institué pour Israël qu'on interroge et qu'on expose les lois propres à chaque fête.
💡 Explication

Deuxième verset : Chelomo loue certains morts, les justes dont le mérite agit encore après leur mort. Deux preuves : Moche, le plus grand des vivants, n'est exaucé qu'en invoquant les Patriarches ; et ses takkanot (ordonnances) restent en vigueur après sa mort, à la différence des décrets d'un roi humain.

6
דָּבָר אַחֵר: ״וְשֶׁבַח אֲנִי וְגוֹ׳״, כִּדְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מַאי דִכְתִיב ״עֲשֵׂה עִמִּי אוֹת לְטוֹבָה וְיִרְאוּ שֹׂונְאַי וְיֵבֹושׁוּ״ — אָמַר דָּוִד לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, מָחוּל לִי עַל אוֹתוֹ עָוֹן. אָמַר לוֹ: מָחוּל לְךָ. אָמַר לוֹ: עֲשֵׂה עִמִּי אוֹת בְּחַיַּי. אָמַר לוֹ: בְּחַיֶּיךָ אֵינִי מוֹדִיעַ, בְּחַיַּי שְׁלֹמֹה בִּנְךָ אֲנִי מוֹדִיעַ.

Autre explication de 'Et je loue, etc.' : selon ce qu'a dit Rav Yehouda au nom de Rav. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que signifie ce qui est écrit : 'Fais pour moi un signe favorable, que mes ennemis le voient et aient honte' (Tehilim 86, 17) ?

David a dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, pardonne-moi cette faute. Il lui dit : Elle t'est pardonnée.

Il lui dit : Fais pour moi un signe de mon vivant. Il lui dit : De ton vivant, je ne le fais pas savoir ; du vivant de Chelomo ton fils, je le ferai savoir.

📜 Rachi (2)
ד"א וְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הַמֵּתִים הָרִאשׁוֹנִים מִן הַחַיִּים שֶׁל עַכְשָׁיו שֶׁהָרִאשׁוֹנִים טוֹבִים מֵאֵלֶּה תֵּדַע שֶׁמִּתְקַיְּימוֹת גְּזֵרוֹתָיו שֶׁל מֹשֶׁה וְאֵין מִתְקַיְּימוֹת גְּזֵירוֹת שָׂרִים שֶׁל עַכְשָׁיו:
Autre explication de 'Et je loue les morts' : les anciens plus que les vivants d'aujourd'hui, car les anciens sont meilleurs que ceux-ci. La preuve : les décrets de Moche se maintiennent, et ceux des princes d'aujourd'hui ne se maintiennent pas.
עַל אוֹתוֹ עָוֹן דְּבַת שֶׁבַע:
Pour cette faute : celle de Bat-Cheva.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר דָּוִד לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, מְחֹל לִי עַל אוֹתוֹ עָוֹן. אָמַר לוֹ: מָחוּל לְךָ. אָמַר לוֹ: עֲשֵׂה עִמִּי אוֹת בְּחַיַּי. אֲמַר לֵיהּ: בְּחַיֶּיךָ אֵינִי מוֹדִיעַ, בְּחַיַּי שְׁלֹמֹה בִּנְךָ אֲנִי מוֹדִיעַ. צָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה לֹא רָצָה הקב"ה לְהוֹדִיעַ בְּחַיָּיו? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף ה.) לֹא הָיָה רָאוּי דָּוִד לְאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה אֶלָּא חֵטְא לְהוֹרוֹת תְּשׁוּבָה לְיָחִיד, וּפֵירֵשׁ הַגָּאוֹן מוהר"י זַ"ל בי"ד מְנָא לֵיהּ דְּלָא הָיָה רָאוּי לְאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה? וְתֵירֵץ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ רֹוב יָמָיו שֶׁל אָדָם וְלֹא חָטָא שׁוּב אֵינוֹ חוֹטֵא, דִּכְתִיב (שְׁמוּאֵל א' ב, ט) רַגְלֵי חֲסִידָיו יִשָּׁמֵר, וְהוּא חַי ע' שָׁנָה וּבָא לִירוּשָׁלַיִם בֶּן ל"ז שָׁנִים וּמַעֲשֶׂה דְּבַת שֶׁבַע הָיְתָה אַחַר שֶׁמָּלַךְ בִּירוּשָׁלַיִם וּכְבָר עָבְרוּ רֹוב יָמָיו וְאֵיךְ חָטָא? אֶלָּא וַדַּאי לְהוֹרוֹת תְּשׁוּבָה! עַד כָּאן דְּבָרָיו יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן אִם בְּחַיָּיו יוֹדִיעַ עֲדַייִן יַלִּיזוּ שְׂפָתַיִם לוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁנּוֹדַע עַתָּה שֶׁמָּחַל לוֹ אַךְ עִם כָּל זֶה יוֹתֵר הָיָה טוֹב וְנָאֶה לוֹ אִם לֹא הָיָה חוֹטֵא מֵעִיקָּרָא! וְאִם נֹאמַר לָהֶם לֹא כֵן אֶלָּא חֶטְאוֹ הָיָה בּוֹ צֹורֶךְ תִּיקּוּן הָעוֹלָם לְהוֹרוֹת תְּשׁוּבָה יֹאמְרוּ מְנָא לַן? וְאִם נֹאמַר דַּהֲרֵי עָבְרוּ רֹוב יָמָיו וּכְמוֹ הוֹכָחָה הַנִּזְכָּר לְעֵיל, יֹאמְרוּ שֶׁמָּא יִחְיֶה שְׁמוֹנִים שָׁנָה וְיוֹתֵר וַעֲדַיִין לֹא עָבְרוּ רֹוב יָמָיו, לְכָךְ הִמְתִּין לוֹ הקב"ה לְבָרֵר מְחִילָתוֹ אַחַר פְּטִירָתוֹ, דְּאָז בְּעֵת שֶׁתִּתְבָּרֵר מְחִילָתוֹ יִהְיֶה נוֹדַע דְּעָבְרוּ רֹוב יָמָיו כְּשֶׁהָיָה עִנְיַן בַּת שֶׁבַע, וְאָז בָּעֵת הַהִיא בָּטֵל מֵעָלָיו לְזוּת שְׂפָתַיִם הַנִּזְכָּר. וְנִרְאֶה לִי דִּנְבוּאָה נִזְרְקָה בְּפִיו שֶׁל אֲדוֹנֵינוּ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁאָמַר עֲשֵׂה עִמִּי אוֹת בְּחַיַּי , שֶׁבֶּאֱמֶת מִצַּד הַחַיִּים שֶׁלּוֹ נַעֲשָׂה לוֹ אוֹת לְטוֹבָה לִזְכוּתוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם שֶׁרָצָה הקב"ה לְהַרְאוֹת אוֹת טוֹבָתוֹ בְּבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, מִפְּנֵי שֶׁהוּא נִצְטַעֵר עָלָיו שֶׁרָצָה לִבְנוֹתוֹ וְאוֹיְבָיו הָיוּ מְרַנְּנִים לוֹמַר לֹא זָכָה לִבְנוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁלֹּא הָיָה רָאוּי חָס וְחָלִילָה, וּבֶאֱמֶת אֵינוֹ כֵּן אֶלָּא אַדְּרַבָּה מִפְּנֵי שֶׁהָיָה צַדִּיק גָּדוֹל אִם הָיָה בּוֹנֵהוּ לֹא הָיָה נֶחֱרַב ! וְצָרִיךְ שֶׁיֵּחָרֵב בִּשְׁבִיל טוֹבַת יִשְׂרָאֵל, לְכָךְ עָשָׂה לוֹ בְּבִנְיַן הַבַּיִת בָּאָרוֹן שֶׁהוּא עִיקָּר, שֶׁבּוֹ תִּהְיֶה הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ לֹא יִהְיֶה נִכְנָס שָׁם אֶלָּא בַּעֲבוּרוֹ. אָמְנָם בֶּאֱמֶת אֲנַחְנוּ רוֹאִין אַף עַל פִּי שֶׁאָמַר לוֹ הקב"ה בְּחַיֶּיךָ אֵינִי מוֹדִיעַ עִם כָּל זֶה קִיֵּים לוֹ אֲרֶשֶׁת שְׂפָתָיו שֶׁבִּקֵּשׁ עֲשֵׂה עִמִּי אוֹת בְּחַיַּי , לְקַייֵּם מַה שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים כא, ג) תַּאֲוַת לִבּוֹ נָתַתָּה לּוֹ וַאֲרֶשֶׁת שְׂפָתָיו בַּל מָנַעְתָּ סֶּלָה, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּמִדְרַשׁ רָבָא (פָּרָשַׁת וָאֵרֶא פ"ח) בְּשָׁעָה שֶׁהִכְנִיס שְׁלֹמֹה הָאָרוֹן לֹא יָכוֹל לְהַכְנִיסוֹ וְכוּ' מֶה עָשָׂה שְׁלֹמֹה הֵבִיא אֲרוֹנוֹ שֶׁל דָּוִד לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ וְאָמַר (דִּבְרֵי הַיָּמִים ב' ו, מב) ה' אֱ-לֹהִים אַל תָּשֵׁב פְּנֵי מְשִׁיחֶיךָ זָכְרָה לְחַסְדֵי דָּוִיד עַבְדֶּךָ, א"ר בֶּרֶכְיָה בְּשֵׁם רַבִּי חֶלְבּוֹ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה חַיֶּיהָ דָּוִד, שֶׁכֵּן אָמַר (תְּהִלִּים ל' ד') ה' הֶעֱלִיתָ מִן שְׁאוֹל נַפְשִׁי חִיִּיתַנִי מִיָּורְדִי בוֹר, עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה הַטַּעַם דְּחִיָּה דְּאֵיךְ יַכְנִיסוּ אֲרוֹן מֵת לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ, וְכֵיוָן דְּחַיָּה פָּרְחָה טֻומְאָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּשָׁאֲלוּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן הַשּׁוּנַמִּית מַהוּ שֶׁיְּטַמֵּא א"ל מֵת מְטַמֵּא וְאֵין הַחַי מְטַמֵּא, וְאֵיךְ שֶׁיִּהְיֶה אוֹתָהּ שָׁעָה שֶׁנַּעֲשָׂה הָאוֹת הוּא הָיָה חַי, וְאִם כֵּן שַׁפִּיר נִתְקַיְּימָה דְּבָרָיו שֶׁבִּקֵּשׁ עֲשֵׂה עִמִּי אוֹת בְּחַיַּי , וּמַה שֶׁאָמַר לוֹ הקב"ה בְּחַיֶּיךָ אֵינִי מוֹדִיעַ הַיְינוּ בְּחַיֶּיךָ אֵלּוּ אֲבָל בַּחַיִּים הַחֲדָשִׁים שֶׁיָּבוֹאוּ לוֹ אִין הָכִי נָמֵי יִהְיֶה הָאוֹת לְטוֹבָה.
David a dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, pardonne-moi cette faute. Il lui dit : Elle t'est pardonnée. Il lui dit : Fais pour moi un signe de mon vivant. Il lui dit : De ton vivant je ne le fais pas savoir ; du vivant de Chelomo ton fils je le ferai savoir. Il faut comprendre pourquoi le Saint, béni soit-Il, n'a pas voulu le faire savoir de son vivant. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos Sages ont dit (Avoda Zara 5a) : David n'était pas enclin à cet acte, mais il a péché pour enseigner la techouva (repentir) à l'individu. Le Gaon, notre maître Rabbi Y., a demandé : d'où savent-ils qu'il n'était pas enclin à cet acte ? Il a répondu : nos Sages ont dit que lorsque la majeure partie des jours d'un homme est passée sans qu'il ait péché, il ne pèche plus, comme il est écrit (Chemouel I, 2, 9) : 'Il garde les pas de ses fidèles'. Or David a vécu soixante-dix ans, il est venu à Jérusalem à trente-sept ans, et l'épisode de Bat-Cheva eut lieu après qu'il eut régné à Jérusalem, alors que la majeure partie de ses jours était passée ; comment a-t-il péché ? Il faut donc que ce soit pour enseigner la techouva. Fin de ses paroles, voir là-bas. C'est pourquoi, si (Hachem) l'avait fait savoir de son vivant, des lèvres mauvaises auraient encore dit : bien qu'on sache maintenant qu'il lui a été pardonné, il aurait mieux valu pour lui ne pas pécher du tout. Et si on leur avait dit : non, sa faute était nécessaire pour la réparation du monde, pour enseigner la techouva, ils auraient dit : d'où le savons-nous ? Et si on avait dit : la majeure partie de ses jours était passée, selon la preuve citée, ils auraient dit : peut-être vivra-t-il quatre-vingts ans ou plus, et la majeure partie de ses jours n'était pas encore passée. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, a attendu pour rendre son pardon évident après son décès : au moment où son pardon serait clarifié, on saurait que la majeure partie de ses jours était passée lors de l'épisode de Bat-Cheva, et alors cesseraient les médisances mentionnées. Il me semble qu'une prophétie s'est placée dans la bouche de notre seigneur le roi David quand il a dit 'fais pour moi un signe de mon vivant', car en vérité c'est du fait de sa vie qu'un signe favorable lui a été fait en sa faveur. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle le Saint, béni soit-Il, a voulu montrer le signe de sa faveur lors de la construction du Temple est que David s'était affligé à son sujet : il voulait le construire, et ses ennemis murmuraient qu'il n'avait pas mérité de le construire parce qu'il n'en était pas digne, à D.ieu ne plaise. En vérité, c'est l'inverse : parce qu'il était un grand juste, s'il l'avait construit, il n'aurait pas été détruit ; or il fallait qu'il soit détruit pour le bien d'Israël. C'est pourquoi (Hachem) lui a fait (le signe) dans la construction du Temple, dans l'Arche qui en est l'essentiel, par laquelle se ferait la présence de la Chekhina dans le Temple : elle n'y entrerait que grâce à lui. Cependant nous voyons en vérité que, bien que le Saint, béni soit-Il, lui ait dit 'de ton vivant je ne le fais pas savoir', Il a malgré tout accompli la demande de ses lèvres, 'fais pour moi un signe de mon vivant', pour accomplir ce qui est dit (Tehilim 21, 3) : 'Tu lui as donné le désir de son cœur, et tu n'as pas refusé la demande de ses lèvres, sela'. Car nos Sages ont dit dans le Midrach Rabba (Vaera, 8) : lorsque Chelomo fit entrer l'Arche, il ne put la faire entrer, etc. Que fit Chelomo ? Il apporta le cercueil de David au Temple et dit (Divre haYamim II, 6, 42) : 'Hachem D.ieu, ne repousse pas la face de tes oints ; souviens-toi des bontés de David ton serviteur'. Rabbi Berakhia a dit au nom de Rabbi 'Helbo : a ce moment-là David revint à la vie, comme il dit (Tehilim 30, 4) : 'Hachem, tu as fait remonter mon âme du Chéol, tu m'as fait revivre d'entre ceux qui descendent dans la fosse', voir là-bas. La raison semble être qu'il revécut, car comment ferait-on entrer le cercueil d'un mort dans le Temple ? Puisqu'il revécut, l'impureté s'envola, comme on l'a dit dans la Guemara : on a demandé à Rabbi Yehochoua au sujet du fils de la Chounamite s'il rend impur ; il répondit : le mort rend impur, le vivant ne rend pas impur. Quoi qu'il en soit, au moment où le signe fut fait, il était vivant ; ainsi sa demande 'fais pour moi un signe de mon vivant' s'est bien accomplie. Et ce que le Saint, béni soit-Il, lui a dit, 'de ton vivant je ne le fais pas savoir', signifie : durant cette vie-ci ; mais dans la vie nouvelle qui lui viendrait, le signe favorable aurait effectivement lieu.
💡 Explication

Troisième lecture de 'je loue les morts' : le pardon de la faute de Bat-Cheva n'est rendu public qu'après la mort de David, du vivant de Chelomo. Le mort, David, sera la cause de l'exaucement du vivant, Chelomo, comme le montre le segment suivant.

7
כְּשֶׁבָּנָה שְׁלֹמֹה אֶת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, בִּיקֵּשׁ לְהַכְנִיס אָרוֹן לְבֵית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים. דָּבְקוּ שְׁעָרִים זֶה בָּזֶה. אָמַר שְׁלֹמֹה עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה רְנָנוֹת, וְלֹא נַעֲנָה. פָּתַח וְאָמַר: ״שְׂאוּ שְׁעָרִים רָאשֵׁיכֶם וְהִנָּשְׂאוּ פִּתְחֵי עוֹלָם וְיָבֹא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד״. רְהִטוּ בָּתְרֵיהּ לְמִיבְלְעֵיהּ, אָמְרוּ: ״מִי הוּא זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד״. אֲמַר לְהוּ: ״ה׳ עִזּוּז וְגִבּוֹר״. חָזַר וְאָמַר: ״שְׂאוּ שְׁעָרִים רָאשֵׁיכֶם וּשְׂאוּ פִּתְחֵי עוֹלָם וְיָבֹא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד מִי הוּא זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד ה׳ צְבָאוֹת הוּא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד סֶלָה״, וְלֹא נַעֲנָה. כֵּיוָן שֶׁאָמַר: ״ה׳ אֱ-לֹהִים אַל תָּשֵׁב פְּנֵי מְשִׁיחֶךָ זָכְרָה לְחַסְדֵי דָּוִד עַבְדְּךָ״, מִיָּד נַעֲנָה. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נֶהְפְּכוּ פְּנֵי כָּל שׂוֹנְאֵי דָוִד כְּשׁוּלֵי קְדֵירָה, וַיֵּדְעוּ כָל הָעָם וְכָל יִשְׂרָאֵל שֶׁמָּחַל לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל אוֹתוֹ עָוֹן. וְלֹא יָפֶה אָמַר שְׁלֹמֹה: ״וְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הַמֵּתִים שֶׁכְּבָר מֵתוּ״?!

Quand Chelomo construisit le Temple, il voulut faire entrer l'Arche dans le Saint des saints. Les portes se collèrent l'une à l'autre.

Chelomo dit vingt-quatre chants de prière (renanot), et il ne fut pas exaucé. Il ouvrit et dit : 'Portes, levez vos têtes, élevez-vous, portails éternels, et que le Roi de gloire entre' (Tehilim 24, 7).

Elles coururent après lui pour l'avaler, et dirent : 'Qui est ce Roi de gloire ?' Il leur dit : 'Hachem, fort et puissant'. Il reprit et dit : 'Portes, levez vos têtes, levez-les, portails éternels, et que le Roi de gloire entre.

Qui est-il, ce Roi de gloire ? Hachem Tsevaot, c'est Lui le Roi de gloire, sela' (Tehilim 24, 9-10), et il ne fut pas exaucé.

Dès qu'il dit : 'Hachem D.ieu, ne repousse pas la face de ton oint ; souviens-toi des bontés de David ton serviteur' (Divre haYamim II, 6, 42), il fut aussitôt exaucé. À ce moment, les visages de tous les ennemis de David devinrent comme le fond d'une marmite, et tout le peuple et tout Israël surent que le Saint, béni soit-Il, lui avait pardonné cette faute.

Chelomo n'a-t-il donc pas bien dit : 'Et je loue les morts qui sont déjà morts' ?

📜 Rachi (4)
דָּבְקוּ שְׁעָרִים שֶׁל בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים:
Les portes se collèrent : celles du Saint des saints.
כ"ד רְנָנוֹת רִנָּה תְּפִילָּה תְּחִינָּה כְּתוּבִים בִּתְפִילַּת שְׁלֹמֹה עַד כ"ד וְיֵשׁ אוֹמְרִים כ"ד בְּרָכוֹת דְּתַעֲנִית וְלָא נְהִירָא:
Vingt-quatre renanot : chant (rina), prière (tefila), supplication (te'hina) sont écrits dans la prière de Chelomo jusqu'à vingt-quatre fois. Certains disent : les vingt-quatre bénédictions du jeûne ; ce n'est pas convaincant.
רְהִטוּ שְׁעָרִים בָּתְרֵיהּ לְמַבְלְעֵיהּ סָבְרִי דְּעַל עַצְמוֹ אָמַר מֶלֶךְ הַכָּבוֹד א"ל שְׁעָרִים מִי הוּא זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד אָמַר אִיהוּ ה' עִזּוּז וְגִבּוֹר (תְּהִילִּים כ״ד:י׳):
Les portes coururent après lui pour l'avaler : elles pensaient qu'il avait dit 'Roi de gloire' de lui-même. Les portes lui dirent : 'Qui est ce Roi de gloire ?' Il leur dit : 'Hachem, fort et puissant' (Tehilim 24).
שׂוֹנְאֵי דָּוִד מִשְׁפַּחַת שָׁאוּל שִׁמְעִי וְכַיּוֹצֵא בּוֹ:
Les ennemis de David : la famille de Chaoul, Chimi et ceux qui leur ressemblent.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כֵּיוָן שֶׁאָמַר: (דִּבְרֵי הַיָּמִים ב' ו, מב) "ה' אֱ-לֹהִים אַל תָּשֵׁב פְּנֵי מְשִׁיחֶיךָ זָכְרָה לְחַסְדֵי דָּוִיד עַבְדֶּךָ", מִיָּד נַעֲנָה. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נֶהְפְּכוּ פְּנֵי כָּל שׂוֹנְאֵי דָוִד כְּשׁוּלֵי קְדֵרָה, וַיֵּדְעוּ כָל הָעָם וְכָל יִשְׂרָאֵל שֶׁמָּחַל לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל אוֹתוֹ עָוֹן. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה עָשָׂה הַדִּמְיוֹן לְשׁוּלֵי קְדֵרָה וְלֹא לְשַׁחֲרוּת אַחֶרֶת כִּדְיוֹ אוֹ זֶפֶת וְכַיּוֹצֵא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי שַׁחֲרוּת שׁוּלֵי קְדֵרָה יִתְהַוֶּוה מִן הֶעָשָׁן הָעוֹלֶה עַל הַקְּדֵרָה, וְיָדוּעַ הַדִּיבּוּר שֶׁל הָאָדָם הוּא עָשָׁן שֶׁהוּא הֶבֶל הַיּוֹצֵא מִקִּרְבּוֹ, וְלָכֵן דִּבּוּר לָשׁוֹן הָרַע שֶׁהוּא עָשָׁן הַיּוֹצֵא מִקֶּרֶב הָאָדָם תִּדְמֶה שַׁחֲרוּתוֹ לְשַׁחֲרוּת שׁוּלֵי קְדֵרָה שֶׁמַּשְׁחִיר מִן הֶעָשָׁן. אוֹ יוּבָן אָמַר שׁוּלֵי קְדֵרָה רָמַז לָהֶם בִּזָּיוֹן אַחֵר בָּזֶה, כִּי קְדֵרָה בִּמְלוֹאָהּ כָּזֶה ק ו"ף ד ל"ת רִי" ש הַ" א הַמִּלּוּי שֶׁלָּהּ שֶׁהוּא שׁוּלַיִם שֶׁל אוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט שֶׁל קְדֵרָה, הִנֵּה הֵם אוֹתִיּוֹת לָאַשְׁפּוֹת , רֶמֶז שֶׁאֵין זֶה גִּוּוּן שַׁחֲרוּת שֶׁאֵינוֹ מָאוּס שֶׁמִּשְׁתַּמְּשִׁין בּוֹ, אֶלָּא זֶה שַׁחֲרוּת שֶׁהוּא נִמְאָס שֶׁנִּזְרַק לָאַשְׁפּוֹת דְּהֻושְׁחֲרוּ פְּנֵיהֶם שַׁחֲרוּת מָאוּס שֶׁנִּזְרַק לָאַשְׁפּוֹת. אִי נָמֵי אִם תְּמַלֵּא הֵ"א שֶׁל קְדֵרָה בְּיוֹ"ד יִהְיֶה אוֹתִיּוֹת הַמִּלּוּי שֶׁהֵם הַשּׁוּלַיִים שֶׁל קְדֵרָה אוֹתִיּוֹת ו"י לשפו"ת , שֶׁנַּעֲשָׂה 'וִי לִשְׁפּוֹת' שֶׁלָּהֶם שֶׁדִּבְּרוּ סָרָה עַל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה בְּחַיָּיו.
Dès qu'il dit (Divre haYamim II, 6, 42) : 'Hachem D.ieu, ne repousse pas la face de tes oints ; souviens-toi des bontés de David ton serviteur', il fut aussitôt exaucé. À ce moment, les visages de tous les ennemis de David devinrent comme le fond d'une marmite, et tout le peuple et tout Israël surent que le Saint, béni soit-Il, lui avait pardonné cette faute. On peut demander : pourquoi la comparaison au fond d'une marmite, et pas à une autre noirceur, comme l'encre, la poix, etc. ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la noirceur du fond de la marmite provient de la fumée qui monte sur la marmite. Or on sait que la parole de l'homme est une fumée, une vapeur qui sort de lui. C'est pourquoi la parole de médisance (lachon hara), fumée qui sort de l'homme, voit sa noirceur comparée à celle du fond de la marmite, noircie par la fumée. Ou bien : 'fond de la marmite' leur fait allusion à un autre opprobre. Car si l'on écrit 'kedera' (marmite) en toutes lettres, qof-vav-fé, dalet-lamed-tav, rech-yod-chin, hé-alef, les lettres de remplissage, qui sont le 'fond' (les lettres qui suivent) des lettres simples de 'kedera', forment les lettres de 'la-achpot' (aux ordures) : allusion à ce que cette noirceur n'est pas une noirceur non repoussante dont on se sert, mais une noirceur repoussante qu'on jette aux ordures ; leurs visages noircirent d'une noirceur repoussante jetée aux ordures. Ou encore : si l'on écrit le hé de 'kedera' avec un yod, les lettres de remplissage, le fond de 'kedera', forment 'vay li-sfot' : malheur à leurs lèvres, qui avaient parlé contre le roi David de son vivant.
💡 Explication

Le récit illustre 'je loue les morts' : ni les 24 prières de Chelomo, ni le Psaume 24 ne suffisent ; seul le rappel des bontés de David, déjà mort, ouvre les portes. Les portes pensent d'abord que Chelomo se désigne lui-même comme 'Roi de gloire' (Rachi).

C'est le signe promis à David : son pardon devient public du vivant de son fils, et ses ennemis (famille de Chaoul, Chimi) sont confondus.

🖼️ Schéma
Chelomo devant les portes du Saint des saints24 chants de prièrepas de réponse'Portes, levez la tête'les portes veulent l'avaler'Hachem Tsevaot'pas de réponse'Souviens-toi deDavid ton serviteur'exaucé aussitôtLes ennemis de David noircissent : tout Israëlsait que la faute de David est pardonnée
Les étapes de l'entrée de l'Arche : seul le mérite de David, mort, ouvre les portes.
8
וְהַייְנוּ דִּכְתִיב: ״בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי שִׁלַּח אֶת הָעָם וַיְבָרֲכוּ אֶת הַמֶּלֶךְ וַיֵּלְכוּ לְאָהֳלֵיהֶם שְׂמֵחִים וְטוֹבֵי לֵב עַל כָּל הַטּוֹבָה אֲשֶׁר עָשָׂה ה׳ לְדָוִד עַבְדּוֹ וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ״. ״וַיֵּלְכוּ לְאָהֳלֵיהֶם״ — שֶׁמָּצְאוּ נְשׁוֹתֵיהֶן בְּטָהֳרָה. ״שְׂמֵחִים״ — שֶׁנֶּהֱנוּ מִזִּיו הַשְּׁכִינָה. ״וְטוֹבֵי לֵב״ — שֶׁנִּתְעַבְּרוּ נְשׁוֹתֵיהֶן שֶׁל כָּל אֶחָד וְאֶחָד וְיָלְדָה זָכָר. ״עַל כָּל הַטּוֹבָה אֲשֶׁר עָשָׂה ה׳ לְדָוִד עַבְדּוֹ (וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ״. ״לְדָוִד עַבְדּוֹ)״ — שֶׁמָּחַל לוֹ עַל אוֹתוֹ עָוֹן. ״וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ״ — דְּאַחֵיל לְהוּ עָוֹן דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים.

Et c'est ce qui est écrit : 'Le huitième jour, il renvoya le peuple ; ils bénirent le roi et s'en allèrent à leurs tentes, joyeux et le cœur content, pour tout le bien que Hachem avait fait à David son serviteur et à Israël son peuple' (Melakhim I, 8, 66). 'Ils s'en allèrent à leurs tentes' : ils trouvèrent leurs femmes en état de pureté. 'Joyeux' : ils avaient joui de l'éclat de la Chekhina. 'Et le cœur content' : la femme de chacun d'eux conçut et enfanta un garçon. 'Pour tout le bien que Hachem avait fait à David son serviteur' : qu'Il lui avait pardonné cette faute. 'Et à Israël son peuple' : qu'Il leur avait pardonné la faute du Yom Kippour.

📜 Rachi (1)
דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁאָכְלוּ וְשָׁתוּ בַּחֲנֻוכַּת הַבַּיִת כְּדִכְתִיב אֶת הֶחָג שִׁבְעַת יָמִים וְשִׁבְעַת יָמִים כִּדְאָמְרִינַן בְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף ט.):
Du Yom Kippour : car ils avaient mangé et bu lors de l'inauguration du Temple, comme il est écrit : 'la fête, sept jours et sept jours', comme nous le disons dans Moed Katan (9a).
🪔 Ben Yehoyada (3)
"וטובי־לב" שנתעברו נשותיהן של כל אחד ואחד, וילדה זכר. נראה לי בס"ד כיון דנהנו מזיו השכינה נזדכך חומרם ונמשך לבם לצד הרוחניות ונתמעטה ונחלשה תאות המשגל הגופניית והזריעו על ידי הדחק, ומצד הטבע הנשים הזריעו תחלה וקיימא לן 'אשה מזרעת תחלה יולדת זכר'. אי נמי כיון שזכו לשמחה דקדושה שהיו שמחים שנהנו מזיו השכינה, אז זכו לששון זו מילה, ולכן ילדו נשותיהם כל אחת ואחת זכר לקיים בהם מצות מילה. ועדיין צריך להבין היכא נרמז בכתוב שילדו זכרים? ונראה לי בס"ד דידוע כח ההזרעה של האיש בא מן אות יו"ד שעומדת בתוך שם א י ש, וכח ההזרעה של אשה בא מאות ה"א העומדת בסוף שם אש ה , ולכן כיון דכתיב (מלכים א' ח, סו) 'וטובי לב' נרמז בזה על זרע הזכר שנמשך מתוך השם של איש, ו 'לב' רצונו לומר 'תוך' מה שאין כן של הנקבה היא בסוף השם של אשה, גם 'וטובי' קרינן בה 'טוב יו"ד'. אי נמי נראה לי בס"ד כי בין איש לאשתו יש שני מיני אהבה, הא' היא אהבה חיצונית שהוא אוהב אשתו בעבור יופיה או בעבור מעשה ידיה, וכן היא אוהבת בעלה בשביל מלבושים תכשיטין שמביא לה וזו היא אהבה חיצונית. והב' אהבה פנימית שאוהב אשתו אהבת נפש מצד צדקות וכשרון מעשים, וכן היא גם כן אוהבת אותו אהבת נפש. ויש שאין להם אלא רק אהבה חיצונית, ויש שיש להם שני מיני אהבה הנזכר. וזה שיש לו עם אשתו שני מיני אהבה נעשה באהבתו הכפולה מספר שם הוי"ה ב"ה, ששני פעמים 'אהבה' [13] מספר כ"ו [26] וכן אצלו גם כן יש אהבה כפולה מספר כ"ו, נמצא אצלו ואצלה יש מספר 'ב"ן' [52] לכך זוכים להוליד 'בן' שהוא זכר. והנה אהבה חיצונית היא שייכה בכל אדם, והחידוש הוא אותם שיש להם אהבה פנימית גם כן, שנמצא אצלם יש אהבה כפולה שעולה ממנה מספר בן, לכן כיון דאמר 'וטובי לב' רצונו לומר שיש להם אהבה פנימית גם כן שהיא תתיחס ללב, כי כל פנימי נקרא לב לזה אמר שילדו זכר , כי כאן נמצא אצלם מספר ב"ן. ונראה לי בס"ד הא דדייק שנהנו מזיו השכינה היינו משום דכתיב שמחים וטובי לב, ומספר שמח"ה [353] ל"ב [32] עולה מספר שכינ"ה [385] לכך דרש שנהנו מזיו השכינה.
'Et le cœur content' : la femme de chacun d'eux conçut et enfanta un garçon. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que puisqu'ils avaient joui de l'éclat de la Chekhina, leur matière s'était épurée, leur cœur s'était tourné vers la spiritualité, et le désir corporel s'était amoindri et affaibli ; ils n'émettaient la semence qu'avec effort, et naturellement les femmes émettaient la semence en premier ; or nous tenons que 'si la femme émet la semence en premier, elle enfante un garçon'. Ou bien : puisqu'ils avaient mérité la joie de sainte, étant joyeux d'avoir joui de l'éclat de la Chekhina, ils méritèrent alors 'sasson', qui est la mila (circoncision) ; c'est pourquoi leurs femmes enfantèrent chacune un garçon, pour accomplir en eux la mitsva de la mila. Il reste à comprendre où il est fait allusion dans le verset qu'elles enfantèrent des garçons. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on sait que la force génératrice de l'homme vient de la lettre yod qui se trouve au milieu du mot 'ich' (alef-yod-chin), et celle de la femme de la lettre hé qui se trouve à la fin du mot 'icha' (alef-chin-hé). Puisqu'il est écrit 'vetouvé lev' (Melakhim I, 8, 66), il est fait allusion à la semence masculine issue de l'intérieur du mot 'ich' : 'lev' (cœur) signifie 'intérieur', alors que celle de la femme est à la fin du mot 'icha'. De plus, 'vetouvé' se lit 'tov yod' (le yod est bon). Ou encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'entre un homme et sa femme il y a deux sortes d'amour. La première est un amour extérieur : il aime sa femme pour sa beauté ou pour l'ouvrage de ses mains, et elle aime son mari pour les vêtements et les bijoux qu'il lui apporte ; c'est l'amour extérieur. La seconde est un amour intérieur : il aime sa femme d'un amour de l'âme, pour sa droiture et la qualité de ses actes, et elle aussi l'aime d'un amour de l'âme. Certains n'ont que l'amour extérieur, et d'autres ont les deux sortes d'amour. Celui qui a avec sa femme les deux sortes d'amour atteint, par son amour double, la valeur du Nom de quatre lettres, béni soit-Il : deux fois 'ahava' (amour, 13) font 26 ; et chez elle aussi il y a un amour double valant 26. On trouve donc chez lui et chez elle la valeur de 'ben' (fils, 52) ; c'est pourquoi ils méritent d'enfanter un 'ben', un garçon. Or l'amour extérieur existe chez tout homme ; la nouveauté concerne ceux qui ont aussi l'amour intérieur, chez qui se trouve un amour double dont ressort la valeur de 'ben'. C'est pourquoi, puisqu'il dit 'vetouvé lev', c'est-à-dire qu'ils ont aussi l'amour intérieur, qui se rapporte au cœur, car tout ce qui est intérieur s'appelle 'cœur', il dit qu'elles enfantèrent un garçon, car chez eux se trouvait la valeur de 'ben'. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il précise 'qu'ils avaient joui de l'éclat de la Chekhina', c'est parce qu'il est écrit 'joyeux et le cœur content' : la valeur de 'sim'ha' (353) plus 'lev' (32) donne celle de 'Chekhina' (385) ; c'est pourquoi il a interprété qu'ils avaient joui de l'éclat de la Chekhina.
"עַל כָּל הַטּוֹבָה אֲשֶׁר עָשָׂה ה' לְדָוִד עַבְדּוֹ" שֶׁמָּחַל לוֹ עַל אוֹתוֹ עָוֹן. וַדַּאי לֹא הָיָה עֲוֹן אֵשֶׁת אִישׁ חָס וְחָלִילָה כִּי בַּת שֶׁבַע הָיְתָה מְגֹורֶשֶׁת וְגַם טָבְלָה וְגַם זְמַן הַבְחָנָה הָיָה כַּאֲשֶׁר מְפֹורָשׁ בְּרֵישׁ זֹוהַר בְּרֵאשִׁית, אַךְ הָיָה עֲוֹן חִלּוּל הַשֵּׁם כִּי לְקָחָהּ בַּסֵּתֶר וְהֶחֱזִירָהּ בַּסֵּתֶר, וּבָזֶה חָשְׁבוּ הֲמוֹן הָעָם שֶׁהָיְתָה חָס וְחָלִילָה אֵשֶׁת אִישׁ, וְאִם הָיָה לוֹקֵחַ אוֹתָהּ לוֹ מֵעִיקָּרָא לְאִשָּׁה בְּגָלוּי לֹא הָיָה בָּזֶה שׁוּם עָוֹן. תֵּדַע שֶׁאִם הָיְתָה אֵשֶׁת אִישׁ אֵיךְ הֻותַּר לוֹ אַחַר כָּךְ לִישָּׂא אוֹתָהּ אַף עַל פִּי שֶׁמֵּת אוּרִיָּה וְהִיא אֲסוּרָה לַבּוֹעֵל, וְלָכֵן רָצָה הקב"ה לְהוֹדִיעַ הַמְּחִילָה בְּחַיֵּי שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה, שֶׁאִם יֵשׁ נִדְנוּד חֵטְא בְּאִישּׁוּת אֵיךְ שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁנּוֹלַד מִמֶּנָּה יִהְיֶה סָנֵיגוֹר עַתָּה לְהַזְכִּיר צִדְקַת אָבִיו וְיִהְיֶה נַעֲנֶה בְּכָךְ?!
'Pour tout le bien que Hachem avait fait à David son serviteur' : qu'Il lui avait pardonné cette faute. Il ne s'agissait certainement pas d'une faute d'adultère, à D.ieu ne plaise, car Bat-Cheva était divorcée, elle s'était immergée, et le délai d'attente (havhana) était passé, comme cela est expliqué au début du Zohar Berechit. Mais c'était une faute de 'hiloul Hachem (profanation du Nom), car il la prit en secret et la renvoya en secret ; ainsi la foule pensa qu'elle était une femme mariée, à D.ieu ne plaise. S'il l'avait prise pour épouse ouvertement dès le départ, il n'y aurait eu là aucune faute. La preuve : si elle avait été une femme mariée, comment lui aurait-il été permis ensuite de l'épouser, même après la mort d'Ouriya, puisqu'elle est interdite à celui qui a eu la relation ? C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, a voulu faire savoir le pardon du vivant du roi Chelomo : s'il y avait eu la moindre trace de faute dans ce mariage, comment le roi Chelomo, né d'elle, serait-il maintenant l'avocat qui rappelle la justice de son père, et serait-il exaucé par cela ?
"וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ" דְּאַחֵיל לְהוּ עֲוֹן יוֹם כִּפּוּרִים. דָּבָר זֶה מְפֹורָשׁ בַּגְּמָרָא דְּמוֹעֵד קָטָן הֵיטֵב, דְּאָמְרוּ הָתָם בְּדַף ט' לְהַתִּיר אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים דָּרְשׁוּ קַל וָחֹומֶר מֵחִנּוּךְ הַמִּשְׁכָּן שֶׁהֻותַּר בּוֹ קָרְבַּן הַנָּשִׂיא שֶׁהוּא יָחִיד, וּפָרִיךְ הַגְּמָרָא אִם כֵּן אַמַּאי הָיוּ דּוֹאֲגִים, וּמִשְׁנָה קָרְבָּן הוּא צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ וּמִשְׁתֶּה צֹורֶךְ הֶדְיוֹט עַיֵּין שָׁם. עֲדַייִן צָרִיךְ לְהָבִין מֵאַחַר דְּאִיכָּא פִּירְכָא זוֹ אֵיךְ הִתִּירוּ? וְנִרְאֶה דְּאוֹתָם דְּיוֹדְעִים בְּעַצְמָם כַּווָּנָתָם בַּאֲכִילָה לְשֵׁם שָׁמַיִם לֵיכָּא לְהַאי פָּרְכָה וְלֹא הָיוּ דּוֹאֲגִים, אַךְ אַחַר כָּךְ דָּאֲגוּ מִקְצָתָם שֶׁמָּא לֹא כִּוְּונוּ לְשֵׁם שָׁמַיִם כָּרָאוּי וּבָזֶה יִשְׁנֶה לְאוֹתָהּ פָּרְכָה, וְיָצְאָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה כֻּולְּכֶם מְזֻומָּנִים לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא, 'כֻּולְּכֶם' דַּייְקָא גַּם אוֹתָם שֶׁלֹּא כִּווְּנוּ הֵיטֵב לְשֵׁם שָׁמַיִם, וְאָמְרָה עוֹלָם הַבָּא כִּי יוֹם הַכִּפּוּרִים ה"ס [הִיא סוֹד] בִּינָה הַנִּקְרֵאת 'עוֹלָם הַבָּא' וְהַיְינוּ דְּקָאָמַר הָכָא דְּאַחֵיל לְהוּ עֲוֹן יוֹם כִּפּוּרִים , וְגַם עוֹד הֻוצְרְכוּ לִמְחִילָה עַל דֶּרֶךְ אָמְרוּ בְּמִתְעַנֶּה תַּעֲנִית חֲלוֹם בְּשַׁבָּת שֶׁצָּרִיךְ לְמֵיתַב תַּעֲנִית לְתַעֲנִיתֵיהּ ודו"ק.
'Et à Israël son peuple' : qu'Il leur avait pardonné la faute du Yom Kippour. Cela est bien expliqué dans la Guemara de Moed Katan (9a) : pour permettre de manger et de boire le Yom Kippour, ils ont tiré un kal va-homer de l'inauguration du Michkan, où fut permis le sacrifice du prince, qui est un individu. La Guemara objecte : s'il en est ainsi, pourquoi s'inquiétaient-ils ? Et l'on répond : le sacrifice est un besoin d'En-Haut, le festin un besoin profane ; voir là-bas. Il reste à comprendre : puisque cette réfutation existe, comment l'ont-ils permis ? Il semble que ceux qui savaient en eux-mêmes que leur intention en mangeant était pour le Ciel n'étaient pas concernés par cette réfutation et ne s'inquiétaient pas. Mais ensuite, certains d'entre eux s'inquiétèrent de ne pas avoir eu l'intention pour le Ciel comme il convient, et pour eux la réfutation s'applique. Une voix céleste sortit et dit : 'Vous êtes tous destinés à la vie du monde futur' : 'tous' précisément, même ceux qui n'avaient pas bien eu l'intention pour le Ciel. Et elle dit 'monde futur', car le Yom Kippour est le sod (secret) de Bina, appelée 'monde futur'. C'est ce qu'il dit ici : qu'Il leur avait pardonné la faute du Yom Kippour. Ils avaient aussi besoin de pardon selon ce qui est dit de celui qui jeûne à cause d'un rêve le Chabbat, qu'il doit jeûner un autre jour pour son jeûne ; examine bien.
💡 Explication

Le verset de Melakhim confirme que le pardon de David est devenu public lors de l'inauguration du Temple. Chaque expression est interprétée : les tentes (les foyers), la joie (l'éclat de la Chekhina), le cœur content (la naissance de fils).

'À Israël son peuple' : les quatorze jours de festin incluaient le Yom Kippour, où l'on avait mangé et bu ; cette faute leur fut pardonnée (Moed Katan 9a).

9
וּדְקָאָמַר שְׁלֹמֹה: ״כִּי לְכֶלֶב חַי הוּא טוֹב מִן הָאַרְיֵה הַמֵּת״, כִּדְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב, מַאי דִכְתִיב: ״הוֹדִיעֵנִי ה׳ קִצִּי וּמִדַּת יָמַי מַה הִיא אֵדְעָה מֶה חָדֵל אָנִי״ — אָמַר דָּוִד לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, הוֹדִיעֵנִי ה׳ קָצִי. אָמַר לוֹ: גְּזֵרָה הִיא מִלְּפָנַי שֶׁאֵין מוֹדִיעִין קִצּוֹ שֶׁל בָּשָׂר וָדָם. ״וּמִדַּת יָמַי מַה הִיא״ — גְּזֵרָה הִיא מִלְּפָנַי שֶׁאֵין מוֹדִיעִין מִדַּת יָמָיו שֶׁל אָדָם. ״וְאֵדְעָה מֶה חָדֵל אָנִי״ — אָמַר לוֹ: בְּשַׁבָּת תָּמוּת. אַמּוֹת בְּאֶחָד בַּשַּׁבָּת? אָמַר לוֹ: כְּבָר הִגִּיעָה מַלְכוּת שְׁלֹמֹה בִּנְךָ, וְאֵין מַלְכוּת נוֹגַעַת בַּחֲבֶרְתָּהּ אֲפִילּוּ כִּמְלֹא נִימָא. אַמּוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת? אָמַר לוֹ: ״כִּי טוֹב יוֹם בַּחֲצֵרֶיךָ מֵאָלֶף״ — טוֹב לִי יוֹם אֶחָד שֶׁאַתָּה יוֹשֵׁב וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה מֵאֶלֶף עוֹלוֹת שֶׁעָתִיד שְׁלֹמֹה בִּנְךָ לְהַקְרִיב לְפָנַי עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ.

Et ce que Chelomo a dit, 'Car un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort', est selon ce qu'a dit Rav Yehouda au nom de Rav. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que signifie ce qui est écrit : 'Fais-moi connaître, Hachem, ma fin, et la mesure de mes jours, quelle elle est ; que je sache quand je cesserai' (Tehilim 39, 5) ?

David a dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, 'fais-moi connaître, Hachem, ma fin'. Il lui dit : C'est un décret devant Moi qu'on ne fait pas connaître la fin d'un être de chair et de sang. 'Et la mesure de mes jours, quelle elle est' : c'est un décret devant Moi qu'on ne fait pas connaître la mesure des jours d'un homme. 'Que je sache quand je cesserai' : Il lui dit : Tu mourras un Chabbat.

(David demanda :) Que je meure le premier jour de la semaine ! Il lui dit : Le règne de Chelomo ton fils sera déjà arrivé, et un règne n'empiète pas sur un autre, même de l'épaisseur d'un cheveu.

Que je meure la veille de Chabbat ! Il lui dit : 'Car un jour dans tes parvis vaut mieux que mille' (Tehilim 84, 11) : un seul jour où tu sièges et t'occupes de Torah m'est plus précieux que les mille holocaustes que Chelomo ton fils offrira devant Moi sur l'autel.

📜 Rachi (6)
וּדְקָאָמַר שְׁלֹמֹה כִּי לְכֶלֶב חַי הוּא טוֹב מֵאַרְיֵה הַמֵּת לָאו לְעִנְיַן חֲשִׁיבוּתָא אָמְרוּ אֶלָּא לְעִנְיַן הִלְכוֹת שַׁבָּת וי"ט:
Et ce que Chelomo a dit, 'car un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort' : il ne l'a pas dit à propos de l'importance, mais à propos des lois de Chabbat et de Yom Tov.
קִיצֵּי הָעֲתִידוֹת לָבוֹא עָלַי:
Ma fin : les événements futurs qui m'arriveront.
מִדַּת יְמֵי כַּמָּה יְמֵי חַיַּי:
La mesure de mes jours : combien sont les jours de ma vie.
מֶה חָדֵל אֲנִי בְּאֵיזֶה יוֹם אֲנִי חָדֵל וּבָטֵל מִן הָעוֹלָם:
Quand je cesserai : quel jour je cesserai et disparaîtrai du monde.
אַמּוֹת בְּאֶחָד בַּשַּׁבָּת שֶׁיּוּכְלוּ לְהִתְעַסֵּק בִּי וּבְהֶסְפֵּדִי:
Que je meure le premier jour de la semaine : afin qu'on puisse s'occuper de moi et de mon éloge funèbre.
כִּי טוֹב יוֹם בַּחֲצֵרֶיךָ כְּלוֹמַר כְּבָר אָמַרְתָּ לִפְנֵי טוֹב יוֹם שֶׁאַתָּה עוֹמֵד בַּחֲצֵרִי וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה מֵאֶלֶף עוֹלוֹת שֶׁעָתִיד בִּנְךָ שְׁלֹמֹה לְהַעֲלוֹת כְּדִכְתִיב (מְלָכִים א ג) אֶלֶף עֹולוֹת יַעֲלֶה שְׁלֹמֹה וְגוֹ':
Car un jour dans tes parvis : c'est-à-dire, tu as déjà dit devant Moi : un jour où tu te tiens dans mes parvis et t'occupes de Torah vaut mieux que mille holocaustes que ton fils Chelomo offrira, comme il est écrit (Melakhim I, 3) : 'Chelomo offrait mille holocaustes', etc.
🪔 Ben Yehoyada (3)
הוֹדִיעֵנִי ה' קָצִי. לְפֵירוּשׁ שֵׁנִי שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל דְּקָצֵי רְצוֹנוֹ לוֹמַר 'מִנְיַן הַשָּׁנִים' יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וַהֲלֹא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה יָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ לוֹ שִׁבְעִים שָׁנָה מֵאָדָם הָרִאשׁוֹן אוֹ מֵהָאָבוֹת וְכַנִּזְכָּר בְּמַאֲמָרִי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל וְלָמָּה רָצָה לְהוֹדִיעוֹ מִנְיַן הַשָּׁנִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדַע שֶׁאָדָם הָרִאשׁוֹן נָתַן לוֹ שִׁבְעִים שָׁנָה אַךְ בִּשְׁבִיל שֶׁנִּתְחָרֵט עֲלֵיהֶם נָתְנוּ לוֹ אַבְרָהָם וְיַעֲקֹב וְיוֹסֵף, וְהוּא עוֹדֶנּוּ מִסְתַּפֵּק אִם אוֹתָם הַשִּׁבְעִים שֶׁל אָדָם הָרִאשׁוֹן הָלְכָה לְגַמְרֵי מִמֶּנּוּ, אוֹ שֶׁמָּא יִקַּח זֶה וְזֶה מֵאַחַר דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן לֹא חָיָה אֶלָּא תתק"ל [930] , לְכָךְ א"ל 'הוֹדִיעֵנִי מִנְיַן הַשָּׁנִים'.
'Fais-moi connaître, Hachem, ma fin'. Selon la seconde explication de Rachi, 'ma fin' signifie 'le nombre des années'. On peut objecter : le roi David ne savait-il pas qu'il avait soixante-dix ans, reçus d'Adam le premier homme ou des Patriarches, comme le rapportent les paroles de nos Sages ? Pourquoi voulait-il qu'on lui fasse connaître le nombre des années ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il savait qu'Adam lui avait donné soixante-dix ans, mais que, parce qu'Adam les avait regrettés, Avraham, Yaakov et Yossef les lui donnèrent ; et il doutait encore : ces soixante-dix ans d'Adam lui avaient-ils été complètement retirés, ou bien recevrait-il les uns et les autres, puisqu'Adam n'a vécu que 930 ans ? C'est pourquoi il lui dit : 'fais-moi connaître le nombre des années'.
גְּזֵרָה הִיא מִלִּפְנֵי, שֶׁאֵין מוֹדִיעִין מִדַּת יָמָיו שֶׁל אָדָם. הִנֵּה לְפֵירוּשׁ שֵׁנִי שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל קַשָּׁא, הָא אַחַר כָּךְ הוֹדִיעוֹ בְּאֵיזֶה יוֹם מֵהַשָּׁבוּעַ וְלָמָּה לֹא רָצָה לְהוֹדִיעוֹ בְּאֵיזֶה יוֹם מֵהַשָּׁנָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כֵּיוָן דְּהַטַּעַם שֶׁנִּמְנְעָה הַיְּדִיעָה מִן הָאָדָם בָּזֶה הוּא כְּדֵי שֶׁיָּחֹושׁ לְעַצְמוֹ וִיהַרְהֵר בִּתְשׁוּבָה, לְכָךְ אִם יוֹדִיעוּ בְּאֵיזֶה יוֹם מֵהַשָּׁנָה נִמְצָא כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ לֹא הָיָה דּוֹאֵג אֶלָּא יוֹם אֶחָד בִּלְבַד, אֲבָל אִם יָדַע בְּאֵיזֶה יוֹם בְּשָׁבוּעַ הִנֵּה תִּהְיֶה חֲשָׁשָׁתוֹ בְּכָל שָׁבוּעַ וְשָׁבוּעַ בְּאוֹתוֹ יוֹם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מֵאַחַר שֶׁהוּא יוֹדֵעַ שֶׁיִּחְיֶה שִׁבְעִים אִם הָיָה אָמַר לוֹ בְּאֵיזֶה יוֹם מֵהַשָּׁנָה נִמְצָא הָיָה יוֹדֵעַ יוֹם מִיתָתוֹ בְּבֵירוּר וּבִכְיוֹן, וְעִיקַּר הַגְּזֵירָה הָיְתָה עַל יְדִיעָה זוֹ שֶׁלֹּא יָדַע יוֹם הַמִּיתָה בְּכִיוּוּן, מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם יָדַע בְּאֵיזֶה יוֹם מֵהַשָּׁבוּעַ לֹא יָדַע בְּכִיוּוּן, כִּי בִּשְׁנַת הַשִּׁבְעִים יִסְתַּפֵּק בְּכָל שָׁבוּעַ וְשָׁבוּעַ.
C'est un décret devant Moi qu'on ne fait pas connaître la mesure des jours d'un homme. Selon la seconde explication de Rachi, il y a une difficulté : ensuite, Il lui fit connaître le jour de la semaine ; pourquoi n'a-t-Il pas voulu lui faire connaître le jour de l'année ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle cette connaissance est retirée à l'homme est qu'il se soucie de lui-même et pense à la techouva. S'Il lui avait fait connaître le jour de l'année, il ne se serait inquiété qu'un seul jour par an ; mais s'il connaît le jour de la semaine, son inquiétude sera chaque semaine, ce jour-là. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que puisqu'il savait qu'il vivrait soixante-dix ans, si (Hachem) lui avait dit quel jour de l'année, il aurait connu le jour de sa mort avec exactitude ; or l'essentiel du décret portait sur cette connaissance : qu'il ne connaisse pas le jour de sa mort avec exactitude. Ce n'est plus le cas s'il connaît le jour de la semaine : il ne le sait pas exactement, car durant la soixante-dixième année il sera dans le doute chaque semaine.
"וְאֵדְעָה מֶה חָדֵל אָנִי", אָמַר לוֹ: בְּשַׁבָּת תָּמוּת. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י בְּאֵיזֶה יוֹם מֵהַשָּׁבוּעַ וְכוּ', יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה תּוֹעֶלֶת יֵשׁ לוֹ בִּידִיעָה זוֹ, אִם חָשַׁב לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה בְּאוֹתוֹ יוֹם לִבְרֹוחַ מִן הַמָּוֶת, זֶה לֹא יִתָּכֵן שֶׁיַּחְשֹׁוב כָּךְ שֶׁיּוּכַל אָדָם לִבְרֹוחַ מִן הַמָּוֶת, צֵא וּלְמַד מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה! וְעוֹד הוּא עַצְמוֹ כָּתַב בִּתְהִלִּים (פט, מט) מִי גֶבֶר יִחְיֶה וְלֹא יִרְאֶה מָּוֶת יְמַלֵּט נַפְשׁוֹ מִיַּד שְׁאוֹל סֶלָה? וְעוֹד לָמָּה בִּקֵּשׁ שֶׁיָּמוּת בְּאֶחָד בַּשַּׁבָּת אוֹ בְּעֶרֶב שַׁבָּת וַהֲלֹא בְּדַעְתּוֹ חָשַׁב לַעֲשׂוֹת תִּיקּוּן שֶׁיַּעֲסֹוק בַּתּוֹרָה וּבָזֶה לֹא יוּכַל מַלְאַךְ הַמָּוֶת לִיקַּח נַפְשׁוֹ? וְרַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ 'כְּדֵי שֶׁיִּתְעַסְּקוּ בּוֹ וּבְהִסְפִּידוּ' וְעַל זֶה קָשֶׁה אִם יִפָּטֵר בְּשַׁבָּת יִתְעַסְּקוּ כָּרָאוּי בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת, וּמָה הֶפְרֵשׁ יֵשׁ אִם יִתְאַחֵר הַדָּבָר אֵיזֶה שָׁעוֹת, וְאִם יִרְצֶה יִתְפַּלֵּל שֶׁיָּמוּת בְּשַׁבָּת בְּסוֹף הַיּוֹם וְאָז גַּם כֵּן יִתְעַסְּקוּ בּוֹ תֵּיכֶף כְּשֶׁהִתְפַּלֵּל שֶׁיָּמוּת, בע"כ לֹא בֵּירֵר תְּפִלָּתוֹ וְשֶׁמָּא יָמוּת בְּסוֹף הַיּוֹם וְגַם כָּךְ לֹא יוּכְלוּ לְהִתְעַסֵּק בּוֹ אֶלָּא עַד אַחַר שַׁבָּת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה יָדַע שֶׁיֵּשׁ לוֹ שׂוֹנְאִים שֶׁמַּלִּיזִין עָלָיו מֵעִנְיַן בַּת שֶׁבַע, וְהָיוּ אוֹמְרִים עָלָיו שֶׁנִּפְטַר קֹודֶם זְמַנּוֹ בִּשְׁבִיל עָוֹן זֶה חָס וְחָלִילָה, וּבִפְרָט כִּי הָיוּ אוֹמְרִים שֶׁהָיָה צָרִיךְ לִחְיוֹת ק"מ [140] שָׁנָה כְּנֶגֶד שִׁבְעִים דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן וְשִׁבְעִים דְּאָבוֹת, וְלָכֵן כְּשֶׁהָיָה נִפְטַר בְּשִׁבְעִים הָיוּ מִלִּיזֵּים שֶׁנִּפְטַר בַּחֲצִי זְמַנּוֹ, אֲשֶׁר עַל כֵּן חָשַׁב לַעֲשׂוֹת הַמַּצְנָאָה אַחַת דְּמוּכָח מִמֶּנָּה שֶׁנִּפְטַר בִּזְמַנּוֹ, וְהוּא שֶׁרָצָה לֵידַע בְּאֵיזֶה יוֹם מֵהַשָּׁבוּעַ יָמוּת כְּדֵי שֶׁאוֹתוֹ הַיּוֹם יַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה וְלֹא יִפְסֹוק רֶגַע, וְיָדוּעַ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַתּוֹרָה מַצֶּלֶת מִמִּיתָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ אֲבָל מִן מִיתָה בִּזְמַנָּהּ אֵינָהּ מַצֶּלֶת, וְלָכֵן הוּא שֶׁהָיָה עוֹסֵק בַּתּוֹרָה כָּל אוֹתוֹ הַיּוֹם וְעִם כָּל זֶה נִפְטַר נִמְצָא מֵת מִיתָה בִּזְמַנָּהּ. אָמְנָם אַחַר שֶׁאָמַר לוֹ הקב"ה שֶׁיָּמוּת בְּשַׁבָּת אָז נִסְתְּרָה הוֹכָחָה זֹאת, שֶׁחָשַׁב כִּי אָמַר בְּשַׁבָּת מְחֻויָּב אָדָם לֶאֱכֹול שָׁלשׁ סְעוּדוֹת וְאִם כֵּן עֵת אֲכִילָה מֻוכְרָח לִהְיוֹת בָּטֵל מֵעֵסֶק תּוֹרָתוֹ, וְהָשְׁתָּא אִם יִפָּטֵר בּוֹ בַּיּוֹם עֲדַייִן יֵשׁ פִּתְחוֹן פֶּה לְאוֹיְבָיו לוֹמַר לְעוֹלָם מֵת שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ בִּשְׁבִיל עֲוֹן בַּת שֶׁבַע, וְהָא דְּלָא הַצָּלָתוֹ הַתּוֹרָה כֵּיוָן דְּבֶאֱמֶת הִיא מַצֶּלֶת מִמִּיתָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ, הַיְינוּ מִפְּנֵי שֶׁנִּפְטַר בְּעֵת שֶׁהָיָה אוֹכֵל דְּאָז הָיָה פְּסִיק פֻּומֵּיהּ מִגִּרְסָא, וְהַתּוֹרָה לֹא תַּצִּיל אֶלָּא רַק בְּעִידָּנָא דַּעֲסִיק בָּהּ, וּלְכָךְ בִּקֵּשׁ מהקב"ה שֶׁיָּמִית אוֹתוֹ בְּאֶחָד בַּשַּׁבָּת אוֹ בְּעֶרֶב שַׁבָּת שֶׁהוּא חוֹל שֶׁיּוּכַל לְהִתְעַנֵּת בּוֹ, וְאָז לֹא יִהְיֶה פְּסִיק פֻּומֵּיהּ מִגִּרְסָא כְּלָל, וּמִמֵּילָא יִהְיֶה מִזֶּה הוֹכָחָה בְּרוּרָה שֶׁמֵּת בִּזְמַנּוֹ וְלֹא יַלִּיזוּ אוֹיְבָיו שְׂפָתַיִם עָלָיו בָּזֶה. וְסוֹף דָּבָר אַחֵר שֶׁשָּׁמַע מהקב"ה שֶׁעֵסֶק תּוֹרָתוֹ חָבִיב עָלָיוֹל יוֹתֵר מֵאֶלֶף עוֹלוֹת, אָז חָשַׁב מֵעַתָּה אִישׁ כָּמוֹנִי יָכוֹל לְבַטֵּל עֹונֶג שַׁבָּת וְלַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה, וְנָהַג עַתָּה כְּמוֹ הָיָה נוֹהֵג מַר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא לְהִתְעַנּוֹת גַּם בְּשַׁבָּתוֹת וְכֵן עָשָׂה, וַהֲוָה יָתֵיב וְגָרֵיס כּוּלֵּיהּ יוֹמָא מַמָּשׁ וְלֹא הָיָה אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה בַּיּוֹם כְּלָל, וְאָז בָּזֶה אִם יִפָּטֵר בַּיּוֹם יִהְיֶה מִן עֵסֶק תּוֹרָתוֹ הוֹכָחָה שֶׁמִּיתָתוֹ הָיְתָה בִּזְמַנָּהּ וְכָאָמוּר. וְנִרְאֶה דְּלָא נָהַג בָּזֶה אֶלָּא רַק בִּשְׁנַת הַשִּׁבְעִים שֶׁיָּדַע שֶׁיָּמוּת בְּאוֹתָהּ שָׁנָה כִּי הוּא הָיָה יוֹדֵעַ מִסְפַּר שְׁנוֹתָיו, וְהָא דְּאִיפְּחִית דַּרְגָּא לֹא נָפַל חָס וְחָלִילָה! אֶלָּא רַק זֶה הָיָה סִיבָּה שֶׁיִּשְׁתֹּוק בְּאוֹתָהּ רֶגַע מִדִּבְרֵי תּוֹרָה.
'Que je sache quand je cesserai' : Il lui dit : Tu mourras un Chabbat. Rachi explique : quel jour de la semaine, etc. On peut demander quel profit il avait à cette connaissance. S'il pensait s'occuper de Torah ce jour-là pour échapper à la mort, il est impossible qu'il ait pensé qu'un homme puisse échapper à la mort : va et apprends de Moche notre maître ! De plus, il a lui-même écrit dans les Tehilim (89, 49) : 'Quel homme vivra sans voir la mort, sauvera son âme de la main du Cheol, sela ?' Et encore, pourquoi a-t-il demandé de mourir le dimanche ou la veille de Chabbat, alors qu'il pensait faire une réparation en s'occupant de Torah pour que l'ange de la mort ne puisse prendre son âme ? Rachi explique : 'afin qu'on puisse s'occuper de lui et de son éloge funèbre'. Mais il y a une difficulté : s'il décède le Chabbat, on s'occupera de lui convenablement le dimanche ; quelle différence y a-t-il si la chose est retardée de quelques heures ? Et s'il voulait, il pouvait prier de mourir le Chabbat en fin de journée, et alors on s'occuperait de lui aussitôt. On doit donc dire qu'il n'a pas précisé sa prière, et peut-être mourrait-il en fin de journée, et même ainsi on ne pourrait s'occuper de lui qu'après Chabbat ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le roi David savait qu'il avait des ennemis qui le calomniaient au sujet de Bat-Cheva et qui disaient qu'il était décédé avant son temps à cause de cette faute, à D.ieu ne plaise ; surtout qu'ils disaient qu'il aurait dû vivre 140 ans, soit les soixante-dix d'Adam et les soixante-dix des Patriarches ; ainsi, s'il décédait à soixante-dix ans, ils diraient qu'il était décédé à la moitié de son temps. C'est pourquoi il pensa trouver un moyen de prouver qu'il était décédé en son temps : il voulait savoir quel jour de la semaine il mourrait afin de s'occuper de Torah ce jour-là sans s'interrompre un instant. On sait que nos Sages ont dit que la Torah sauve de la mort avant son temps, mais ne sauve pas de la mort en son temps. Ainsi, s'il s'occupait de Torah toute cette journée et décédait malgré tout, il serait prouvé qu'il est mort en son temps. Mais lorsque le Saint, béni soit-Il, lui dit qu'il mourrait un Chabbat, cette preuve fut défaite, pensa-t-il, car le Chabbat on est tenu de manger trois repas ; au moment du repas, il serait forcément interrompu dans son étude. Et s'il décédait ce jour-là, ses ennemis auraient encore prétexte à dire qu'il était mort avant son temps à cause de la faute de Bat-Cheva, et que la Torah ne l'avait pas sauvé, bien qu'elle sauve de la mort avant son temps, parce qu'il est décédé en mangeant, alors que sa bouche s'était interrompue de l'étude ; or la Torah ne sauve qu'au moment où l'on s'en occupe. C'est pourquoi il demanda au Saint, béni soit-Il, de le faire mourir le dimanche ou la veille de Chabbat, jours profanes où il pourrait jeûner, afin que sa bouche ne s'interrompe pas du tout de l'étude ; ainsi il y aurait une preuve claire qu'il est mort en son temps, et ses ennemis ne le calomnieraient pas. Finalement, après avoir entendu du Saint, béni soit-Il, que son étude de la Torah Lui était plus chère que mille holocaustes, il pensa : un homme comme moi peut renoncer au plaisir du Chabbat (oneg Chabbat) pour s'occuper de Torah. Il se conduisit alors comme se conduisait Mar, fils de Ravina, qui jeûnait même les Chabbats ; il le fit, et il restait assis à étudier toute la journée, sans manger ni boire de la journée. Ainsi, s'il décédait ce jour-là, son étude de la Torah prouverait que sa mort est venue en son temps, comme on l'a dit. Il semble qu'il ne se conduisit ainsi que durant la soixante-dixième année, car il savait qu'il mourrait cette année-là, puisqu'il connaissait le nombre de ses années. Et le fait que (le récit dit que) 'la marche s'effondra', ce n'était pas une chute, à D.ieu ne plaise ; c'était seulement la cause pour laquelle il se tut, à cet instant, des paroles de Torah.
💡 Explication

Troisième verset : 'un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort'. David, le 'lion', sait qu'il mourra un Chabbat. Il ne peut mourir le dimanche, car un règne n'empiète pas sur le temps d'un autre (celui de Chelomo commence), ni le vendredi, car chaque jour d'étude de David vaut plus que mille sacrifices de Chelomo.

Rachi précise que ce verset porte sur les lois de Chabbat : la suite (30b) montrera qu'un vivant, même modeste, peut encore accomplir des mitsvot et que, le Chabbat, on agit pour le vivant mais pas pour le mort. C'est ainsi que Rabbi Tan'houm rejoint la question de la lampe.

🖼️ Schéma
Les trois demandes de David (Tehilim 39)'Fais-moi connaître ma fin'Refuse : on ne révèle pasla fin d'un être de chair'La mesure de mes jours'Refuse : on ne révèle pasla mesure des jours'Quand je cesserai'Accorde : tu mourrasun ChabbatDimanche ? Refuse : le règne de Chelomoa commencé, un règne n'empiète pas sur l'autreVendredi ? Refuse : un jour de ton étudevaut mieux que mille holocaustes de Chelomo
David demande trois connaissances ; seule la troisième lui est accordée.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).