Sougya : La Guemara analyse la Michna de 29b : puisque la fin (éteindre pour épargner la lampe, l'huile ou la mèche) rend passible, la Michna suit Rabbi Yehouda, pour qui une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même rend passible. La première partie (éteindre pour qu'un malade dorme) parle donc d'un malade en danger, et 'exempt' y signifie en réalité 'permis' ; la baraita de Rabbi Ochaya ('exempt mais interdit') vise un malade sans danger, selon Rabbi Chimon.
On pose ensuite la même question à Rabbi Tan'houm de Nevi, qui ouvre par une aggada : les versets de David et de Chelomo sur les morts et les vivants semblent se contredire. Il les concilie : le mérite des Patriarches, les décrets de Moche, le pardon de David rendu public à l'inauguration du Temple, et la mort de David un Chabbat, qui prépare la réponse halakhique donnée sur 30b.
Guemara. Puisqu'il est enseigné dans la fin (de la Michna) 'il est passible', déduis-en que c'est (l'avis de) Rabbi Yehouda.
La première partie, de quoi traitons-nous ? Si c'est d'un malade en danger, il aurait fallu dire 'c'est permis'.
Et si c'est d'un malade qui n'est pas en danger, il aurait fallu dire 'il est passible d'un sacrifice 'hatat' !
La Michna de 29b enseigne : celui qui éteint la lampe pour qu'un malade dorme est exempt ; celui qui l'éteint pour épargner la lampe, l'huile ou la mèche est passible. Dans ce second cas, l'extinction ne sert pas à produire ce qu'elle produit en elle-même (du charbon, une mèche prête) : c'est une melakha she-einah tsrikha legoufah. Seul Rabbi Yehouda rend passible pour une telle melakha ; la Michna suit donc son avis.
Dès lors, le début pose problème : pour un malade en danger, éteindre est permis, pas seulement 'exempt' ; pour un malade sans danger, Rabbi Yehouda devrait rendre passible.
Le Roch cite ici une autre Michna (34a) sur le crépuscule du vendredi ; Sefaria l'a rattachée à ce segment.
En réalité, il s'agit d'un malade en danger, et il est juste qu'on enseigne 'permis' ; mais puisqu'il fallait enseigner dans la fin 'passible', on a aussi enseigné dans la première partie 'exempt'. Et ce qu'a enseigné Rabbi Ochaya : 'Si c'est pour que le malade dorme, il n'éteindra pas ; et s'il a éteint, il est exempt, mais c'est interdit' ?
Celle-là traite d'un malade qui n'est pas en danger, et c'est (l'avis de) Rabbi Chimon.
Réponse : la Michna parle d'un malade en danger. Le mot 'exempt' est choisi par symétrie avec le 'passible' de la fin ; la halakha réelle est que c'est permis à priori, en raison du pikoua'h nefech.
La baraita de Rabbi Ochaya, 'exempt mais interdit', vise un malade sans danger. Elle suit Rabbi Chimon, pour qui la melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même n'entraîne pas de 'hatat, tout en restant interdite (patour aval assour).
On a posé cette question devant Rabbi Tan'houm de Nevi : Est-il permis d'éteindre une lampe allumée devant un malade le Chabbat ? Il ouvrit et dit : Toi, Chelomo, où est ta sagesse, où est ton intelligence ?
Il ne te suffit pas que tes paroles contredisent celles de David ton père, mais tes paroles se contredisent l'une l'autre ! David ton père a dit : 'Les morts ne louent pas Hachem' (Tehilim 115, 17) ; et toi tu as dit : 'Et je loue les morts qui sont déjà morts' (Kohelet 4, 2) ; et tu as encore dit : 'Car un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort' (Kohelet 9, 4) !
Rabbi Tan'houm reçoit une question halakhique (éteindre une lampe pour un malade), mais il commence par une petih'a aggadique, selon l'usage des prédicateurs de son époque (Rachi). Il relève trois versets qui semblent se contredire sur la valeur des morts et des vivants.
Le lien avec la question apparaîtra à la fin : la vie à une valeur supérieure, et le Chabbat on doit agir pour la préserver. La réponse halakhique explicite se trouve au verso (30b).
Ce n'est pas difficile. Ce que David a dit, 'Les morts ne louent pas Hachem', voici ce qu'il veut dire : un homme doit toujours s'occuper de Torah et de mitsvot avant de mourir, car une fois mort, il est inactif quant à la Torah et aux mitsvot, et le Saint, béni soit-Il, ne reçoit plus de louange de lui.
Et c'est ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : que signifie ce qui est écrit : 'Libre parmi les morts' (Tehilim 88, 6) ? Dès qu'un homme est mort, il devient libre de la Torah et des mitsvot.
Première conciliation : le verset de David exhorte les vivants à agir tant qu'ils le peuvent. Une fois mort, l'homme ne peut plus accomplir de mitsvot : il est 'hofchi (libéré) de la Torah et des mitsvot, selon la lecture de Rabbi Yo'hanan du verset 'libre parmi les morts'.
Et ce que Chelomo a dit, 'Et je loue les morts qui sont déjà morts' : lorsque Israël a péché dans le désert, Moche s'est tenu devant le Saint, béni soit-Il, et a dit de nombreuses prières et supplications devant Lui, et il n'a pas été exaucé. Et quand il a dit : 'Souviens-toi d'Avraham, d'Yits'hak et d'Israël, tes serviteurs' (Chemot 32, 13), il a aussitôt été exaucé.
Chelomo n'a-t-il donc pas bien dit : 'Et je loue les morts qui sont déjà morts' ? Autre explication : l'usage du monde est qu'un roi de chair et de sang promulgue un décret : il est douteux qu'on l'observe ou qu'on ne l'observe pas.
Et si tu veux dire qu'on l'observe, on l'observe de son vivant ; après sa mort, on ne l'observe pas. Alors que Moche notre maître a promulgué de nombreux décrets et institué de nombreuses ordonnances, et ils sont en vigueur pour toujours et à jamais.
Chelomo n'a-t-il donc pas bien dit : 'Et je loue les morts, etc.' ?
Deuxième verset : Chelomo loue certains morts, les justes dont le mérite agit encore après leur mort. Deux preuves : Moche, le plus grand des vivants, n'est exaucé qu'en invoquant les Patriarches ; et ses takkanot (ordonnances) restent en vigueur après sa mort, à la différence des décrets d'un roi humain.
Autre explication de 'Et je loue, etc.' : selon ce qu'a dit Rav Yehouda au nom de Rav. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que signifie ce qui est écrit : 'Fais pour moi un signe favorable, que mes ennemis le voient et aient honte' (Tehilim 86, 17) ?
David a dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, pardonne-moi cette faute. Il lui dit : Elle t'est pardonnée.
Il lui dit : Fais pour moi un signe de mon vivant. Il lui dit : De ton vivant, je ne le fais pas savoir ; du vivant de Chelomo ton fils, je le ferai savoir.
Troisième lecture de 'je loue les morts' : le pardon de la faute de Bat-Cheva n'est rendu public qu'après la mort de David, du vivant de Chelomo. Le mort, David, sera la cause de l'exaucement du vivant, Chelomo, comme le montre le segment suivant.
Quand Chelomo construisit le Temple, il voulut faire entrer l'Arche dans le Saint des saints. Les portes se collèrent l'une à l'autre.
Chelomo dit vingt-quatre chants de prière (renanot), et il ne fut pas exaucé. Il ouvrit et dit : 'Portes, levez vos têtes, élevez-vous, portails éternels, et que le Roi de gloire entre' (Tehilim 24, 7).
Elles coururent après lui pour l'avaler, et dirent : 'Qui est ce Roi de gloire ?' Il leur dit : 'Hachem, fort et puissant'. Il reprit et dit : 'Portes, levez vos têtes, levez-les, portails éternels, et que le Roi de gloire entre.
Qui est-il, ce Roi de gloire ? Hachem Tsevaot, c'est Lui le Roi de gloire, sela' (Tehilim 24, 9-10), et il ne fut pas exaucé.
Dès qu'il dit : 'Hachem D.ieu, ne repousse pas la face de ton oint ; souviens-toi des bontés de David ton serviteur' (Divre haYamim II, 6, 42), il fut aussitôt exaucé. À ce moment, les visages de tous les ennemis de David devinrent comme le fond d'une marmite, et tout le peuple et tout Israël surent que le Saint, béni soit-Il, lui avait pardonné cette faute.
Chelomo n'a-t-il donc pas bien dit : 'Et je loue les morts qui sont déjà morts' ?
Le récit illustre 'je loue les morts' : ni les 24 prières de Chelomo, ni le Psaume 24 ne suffisent ; seul le rappel des bontés de David, déjà mort, ouvre les portes. Les portes pensent d'abord que Chelomo se désigne lui-même comme 'Roi de gloire' (Rachi).
C'est le signe promis à David : son pardon devient public du vivant de son fils, et ses ennemis (famille de Chaoul, Chimi) sont confondus.
Et c'est ce qui est écrit : 'Le huitième jour, il renvoya le peuple ; ils bénirent le roi et s'en allèrent à leurs tentes, joyeux et le cœur content, pour tout le bien que Hachem avait fait à David son serviteur et à Israël son peuple' (Melakhim I, 8, 66). 'Ils s'en allèrent à leurs tentes' : ils trouvèrent leurs femmes en état de pureté. 'Joyeux' : ils avaient joui de l'éclat de la Chekhina. 'Et le cœur content' : la femme de chacun d'eux conçut et enfanta un garçon. 'Pour tout le bien que Hachem avait fait à David son serviteur' : qu'Il lui avait pardonné cette faute. 'Et à Israël son peuple' : qu'Il leur avait pardonné la faute du Yom Kippour.
Le verset de Melakhim confirme que le pardon de David est devenu public lors de l'inauguration du Temple. Chaque expression est interprétée : les tentes (les foyers), la joie (l'éclat de la Chekhina), le cœur content (la naissance de fils).
'À Israël son peuple' : les quatorze jours de festin incluaient le Yom Kippour, où l'on avait mangé et bu ; cette faute leur fut pardonnée (Moed Katan 9a).
Et ce que Chelomo a dit, 'Car un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort', est selon ce qu'a dit Rav Yehouda au nom de Rav. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que signifie ce qui est écrit : 'Fais-moi connaître, Hachem, ma fin, et la mesure de mes jours, quelle elle est ; que je sache quand je cesserai' (Tehilim 39, 5) ?
David a dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, 'fais-moi connaître, Hachem, ma fin'. Il lui dit : C'est un décret devant Moi qu'on ne fait pas connaître la fin d'un être de chair et de sang. 'Et la mesure de mes jours, quelle elle est' : c'est un décret devant Moi qu'on ne fait pas connaître la mesure des jours d'un homme. 'Que je sache quand je cesserai' : Il lui dit : Tu mourras un Chabbat.
(David demanda :) Que je meure le premier jour de la semaine ! Il lui dit : Le règne de Chelomo ton fils sera déjà arrivé, et un règne n'empiète pas sur un autre, même de l'épaisseur d'un cheveu.
Que je meure la veille de Chabbat ! Il lui dit : 'Car un jour dans tes parvis vaut mieux que mille' (Tehilim 84, 11) : un seul jour où tu sièges et t'occupes de Torah m'est plus précieux que les mille holocaustes que Chelomo ton fils offrira devant Moi sur l'autel.
Troisième verset : 'un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort'. David, le 'lion', sait qu'il mourra un Chabbat. Il ne peut mourir le dimanche, car un règne n'empiète pas sur le temps d'un autre (celui de Chelomo commence), ni le vendredi, car chaque jour d'étude de David vaut plus que mille sacrifices de Chelomo.
Rachi précise que ce verset porte sur les lois de Chabbat : la suite (30b) montrera qu'un vivant, même modeste, peut encore accomplir des mitsvot et que, le Chabbat, on agit pour le vivant mais pas pour le mort. C'est ainsi que Rabbi Tan'houm rejoint la question de la lampe.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).