Sougya : Le folio achève le récit de la mort du roi David, qui étudiait tout le jour du Chabbat pour que l'ange de la mort n'ait pas prise sur lui. De là naissent les deux questions que Chelomo envoie à la maison d'étude — les chiens affamés et le corps de son père exposé au soleil — et la conclusion de Rav Tanhoum : la lampe de chair et de sang s'efface devant la lampe de D.ieu, c'est-à-dire l'âme, ce qui fonde le pikouah nefech (le sauvetage d'une vie).
La guemara passe alors aux livres que les sages ont voulu retirer de la circulation, Kohelet puis Michle, parce que leurs versets se contredisent, et résout chaque contradiction : le dépit et le rire, la joie de mitsva et la joie qui n'en est pas, puis les deux versets opposés sur le sot. De la dernière résolution — répondre au sot pour des paroles de Torah, se taire pour les affaires du monde — découlent quatre récits : deux hommes que Rabbi et Rabbi Hiya font taire par une coupe de vin, et trois enseignements de Rabban Gamliel sur les merveilles à venir, raillées par un disciple et démontrées par une poule, un câprier et des truffes.
La page s'ouvre enfin sur la baraita de la patience de Hillel.
Chaque jour de Chabbat, il restait assis et étudiait tout le jour. Ce jour-là, où l'on devait faire reposer son âme, l'ange de la mort se dressa devant lui et n'eut pas prise sur lui, car sa bouche ne s'interrompait pas de l'étude.
Il dit : que vais-je lui faire ? Il y avait un verger (boustana) derrière sa maison ; l'ange de la mort vint, y monta et agita les arbres.
David sortit pour voir. Il montait l'escalier, la marche céda sous lui, il se tut, et son âme reposa.
La fin du récit commence sur 30a : David avait demandé à connaître le jour de sa mort et avait appris qu'il mourrait un Chabbat. Il se protège par l'étude, parce que la Torah tient l'ange de la mort à distance tant que la bouche ne s'interrompt pas.
Le stratagème de l'ange porte sur ce seul point : provoquer une interruption. Le bruit dans le verger fait sortir David, la marche cède, il se tait — et ce silence suffit. Le mot boustana (verger) est un emprunt persan courant dans l'araméen babylonien.
Chelomo envoya demander à la maison d'étude : mon père est mort et il gît au soleil, et les chiens de la maison de mon père ont faim — que dois-je faire ? Ils lui répondirent : découpe une carcasse (nevela) et pose-la devant les chiens.
Et quant à ton père, pose sur lui un pain ou un enfant, et déplace-le. Et Chelomo n'a-t-il pas bien dit : "car un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort" ?
Et quant à la question que j'ai posée devant vous : la lampe est appelée ner, et l'âme de l'homme est appelée ner. Mieux vaut que s'éteigne la lampe de chair et de sang devant la lampe du Saint béni soit-Il.
Les deux questions relèvent du même chapitre du Chabbat : le mouktse, ce qu'on n'a pas le droit de déplacer. La carcasse est mouktse, mais les sages autorisent de la découper et de la donner telle quelle aux chiens affamés. Le corps d'un mort est mouktse lui aussi, et on ne le déplace qu'indirectement, en posant dessus un objet permis — un pain ou un enfant — de sorte que le déplacement porte sur cet objet.
L'ordre des réponses, chiens d'abord, père ensuite, illustre le verset : un chien vivant l'emporte sur un lion mort. Le folio y rattache la conclusion de Rav Tanhoum : la lampe d'argile s'efface devant ner Hachem nichmat adam, l'âme appelée lampe de D.ieu. Rachi précise que le fondement juridique du pikouah nefech vient d'ailleurs, du verset "il vivra par elles", et que cette aggada sert à faire entendre la chose au public.
Rav Yehuda, fils de Rav Chemouel bar Chilat, dit au nom de Rav : les sages ont cherché à ranger (ligonez) le livre de Kohelet, parce que ses paroles se contredisent l'une l'autre. Et pourquoi ne l'ont-ils pas rangé ?
Parce que son début est parole de Torah et sa fin est parole de Torah. Son début est parole de Torah, car il est écrit : "quel profit a l'homme de tout son labeur, dont il se peine sous le soleil ?" — et l'on a dit dans la maison de Rabbi Yannai : c'est sous le soleil qu'il n'en a pas ; avant le soleil, il en a.
Sa fin est parole de Torah, car il est écrit : "fin du propos, tout est entendu : crains D.ieu et garde Ses commandements, car tel est tout l'homme." Que signifie "car tel est tout l'homme" ? Rabbi Elazar dit : le monde entier n'a été créé que pour celui-là.
Rabbi Abba bar Kahana dit : celui-là équivaut au monde entier. Chimon ben Azzai dit, et certains disent Chimon ben Zoma : le monde entier n'a été créé que pour tenir compagnie à celui-là.
Guéniza ne signifie pas destruction mais retrait de la circulation : on range le livre pour qu'il ne serve plus à l'étude publique, parce que ses contradictions risquent d'égarer. Le critère retenu pour le conserver porte sur les deux extrémités du livre, début et fin, et Rachi ajoute qu'à plus forte raison le milieu en contient.
La lecture de la maison de Rabbi Yannai joue sur tahat ha-chemech (sous le soleil) : le labeur des choses créées avec le soleil ne laisse pas de profit, tandis que la Torah, antérieure au soleil, en donne un. Les trois lectures de "tel est tout l'homme" montent en intensité : le monde est fait pour lui, il vaut le monde, le monde n'est là que pour lui tenir compagnie.
Et en quoi ses paroles se contredisent-elles ? Il est écrit : "mieux vaut le dépit que le rire", et il est écrit : "du rire j'ai dit : il est louable" !
Il est écrit : "et j'ai fait l'éloge de la joie", et il est écrit : "et de la joie : que fait-elle ?" Il n'y a pas de difficulté. "Mieux vaut le dépit que le rire" : meilleur est le dépit dont le Saint béni soit-Il s'irrite contre les justes en ce monde, que le rire dont le Saint béni soit-Il rit avec les méchants en ce monde.
Et "du rire j'ai dit : il est louable" — c'est le rire dont le Saint béni soit-Il rit avec les justes dans le monde à venir.
La guemara oppose deux couples de versets de Kohelet. Le premier porte sur kaas (le dépit, la colère) et sehok (le rire), le second sur la simha (la joie). La résolution du premier couple répartit les deux termes selon celui à qui ils s'adressent et selon le monde où ils se produisent.
Rachi éclaire le point sensible : le rire accordé aux méchants ici-bas consiste à leur donner une heure favorable qui épuise leur part, de sorte que cette faveur apparente les écarte du monde à venir.
"Et j'ai fait l'éloge de la joie" — c'est une joie de mitsva. "Et de la joie : que fait-elle ?" — c'est une joie qui n'est pas de mitsva.
Cela t'enseigne que la Chekhina ne repose ni du fait de la tristesse, ni du fait de la paresse, ni du fait du rire, ni du fait de la légèreté de tête, ni du fait du bavardage, ni du fait de paroles vaines, mais du fait d'une chose de joie de mitsva, ainsi qu'il est dit : "et maintenant, amenez-moi un musicien ; et il advint, lorsque le musicien joua, que la main de Hachem fut sur lui." Rav Yehuda dit : et de même pour une parole de halakha. Rava dit : et de même pour un bon rêve.
Le second couple de versets se résout par une distinction de contenu : la joie liée à une mitsva d'un côté, la joie ordinaire de l'autre. Rachi donne l'exemple de hakhnassat kala, accompagner une mariée.
La baraita dresse ensuite la liste de six états qui ferment l'accès à la prophétie et ne laissent pas la Chekhina reposer. Le verset d'Elicha sert de preuve : le prophète fait venir un musicien et l'esprit revient sur lui. Rav Yehuda étend la règle à l'enseignement de la halakha, Rava au rêve, ce qui explique la conduite de Rabba au segment suivant.
Est-ce bien ainsi ? Rav Guidel n'a-t-il pas dit au nom de Rav : tout disciple de sage qui siège devant son maître et dont les lèvres ne dégouttent pas d'amertume, qu'elles soient brûlées, ainsi qu'il est dit : "ses lèvres sont des lis, dégouttant de myrrhe qui coule" — ne lis pas "mor over" (myrrhe qui coule) mais "mar over" (amertume qui coule), et ne lis pas "chochanim" (des lis) mais "chechonim" (qui étudient) ?
Il n'y a pas de difficulté : ceci concerne le maître, cela concerne le disciple. Et si tu veux, dis : l'un et l'autre concernent le maître, et il n'y a pas de difficulté — ceci avant qu'il n'ouvre, cela après qu'il a ouvert.
Ainsi faisait Rabba : avant d'ouvrir devant les rabbanan, il disait un mot plaisant et les rabbanan se déridaient ; ensuite il siégeait dans la crainte et ouvrait la leçon (chemaata).
L'objection porte sur le registre de l'étude : Rav exige du disciple des lèvres amres par la crainte du maître, ce qui semble contredire l'exigence de joie avant la halakha. Les deux réponses ne répartissent pas la difficulté de la même façon : la première sépare deux personnes, le maître et le disciple ; la seconde sépare deux moments chez le maître lui-même.
Le double al tikri (ne lis pas... mais...) relit deux mots du même hémistiche : mor devient mar, et chochanim devient chechonim, ce qui transforme l'image florale en description de l'étude. La conduite de Rabba illustre la seconde réponse.
Et le livre de Michle aussi, on a cherché à le ranger, parce que ses paroles se contredisaient l'une l'autre. Et pourquoi ne l'ont-ils pas rangé ?
Ils ont dit : le livre de Kohelet, ne l'avons-nous pas examiné et n'y avons-nous pas trouvé une raison ? Ici aussi, examinons.
Et en quoi ses paroles se contredisent-elles ? Il est écrit : "ne réponds pas au sot selon sa sottise", et il est écrit : "réponds au sot selon sa sottise".
Il n'y a pas de difficulté : ceci concerne des paroles de Torah, cela concerne les affaires du monde.
Le même procédé est applique à Michle : la menace de gueniza, puis l'examen. La guemara s'appuie sur le précédent de Kohelet pour refuser de ranger le livre avant d'avoir cherché.
La résolution répartit les deux versets voisins de Michle 26 selon le domaine du propos. Pour les milei de-alma (les affaires du monde), le silence s'impose ; pour les divrei Torah, il faut répondre, sous peine de laisser la sottise passer pour un enseignement. Les segments suivants donnent deux illustrations de chaque branche.
Ainsi ce cas : un homme vint devant Rabbi et lui dit : ta femme est ma femme et tes enfants sont mes enfants. Il lui dit : veux-tu boire une coupe de vin ?
Il but et éclata. Un autre vint devant Rabbi Hiya et lui dit : ta mère est ma femme et tu es mon fils.
Il lui dit : veux-tu boire une coupe de vin ? Il but et éclata.
Rabbi Hiya dit : la prière de Rabbi lui a été utile, pour que ses enfants ne soient pas rendus mamzerim (enfants d'une union interdite). Car Rabbi, lorsqu'il priait, disait : qu'il soit Ta volonté, ה' notre D.ieu, de me délivrer aujourd'hui des effrontés et de l'effronterie.
Ces deux récits illustrent la branche des milei de-alma : l'accusation porte sur l'état civil et la légitimité, pas sur un enseignement. Rabbi et Rabbi Hiya ne répondent rien et se contentent d'offrir une coupe de vin.
Rabbi Hiya rattache l'issue à la prière quotidienne de Rabbi, rapportée ici dans sa formule : être délivré des azei panim (les effrontés) et de l'azout panim (l'effronterie). Rachi explique que le second terme vise précisément la rumeur de mamzerout, qui menace la descendance.
Pour des paroles de Torah, quel est le cas ? Ainsi Rabban Gamliel siégeait et enseignait : dans l'avenir, une femme enfantera chaque jour, ainsi qu'il est dit : "enceinte et enfantant ensemble".
Un certain disciple se moqua de lui et dit : "il n'y a rien de nouveau sous le soleil" ! Il lui dit : viens, je te montrerai leur pareil en ce monde.
Il sortit et lui montra une poule.
Le premier des trois enseignements de Rabban Gamliel porte sur un verset de Yirmiya où la conception et l'enfantement sont dits "ensemble". La raillerie du disciple s'appuie sur Kohelet : rien de nouveau ne peut apparaître.
La réponse consiste à exhiber dans ce monde un exemplaire du phénomène, ce qui retire à l'objection sa force. Rachi souligne que Rabban Gamliel s'est donné cette peine pour une seule raison : rétablir la parole de Torah sur sa base, ce qui est exactement la branche "paroles de Torah" du verset de Michle.
Et encore : Rabban Gamliel siégeait et enseignait : dans l'avenir, les arbres produiront des fruits chaque jour, ainsi qu'il est dit : "il portera rameau et fera fruit" — de même que le rameau chaque jour, ainsi le fruit chaque jour. Ce disciple se moqua de lui et dit : n'est-il pas écrit "il n'y a rien de nouveau sous le soleil" ?
Il lui dit : viens, je te montrerai leur pareil en ce monde. Il sortit et lui montra un câprier (tsalaf).
Le verset de Ye'hezkel est lu en deux temps : le rameau pousse continûment, donc le fruit qui lui est associé dans le même verset viendra lui aussi chaque jour.
Le tsalaf, le câprier, sert de démonstration parce qu'il donne successivement trois produits distincts, connus du droit du Chabbat et des dîmes : les evyonot (les câpres proprement dites), les kapricin (l'enveloppe) et les loulavin (les jeunes pousses). L'arbre ne chôme jamais.
Et encore : Rabban Gamliel siégeait et enseignait : dans l'avenir, la terre d'Israël produira des gâteaux (gloskaot) et des vêtements de fin lin, ainsi qu'il est dit : "qu'il y ait une étendue de blé dans le pays". Ce disciple se moqua de lui et dit : "il n'y a rien de nouveau sous le soleil".
Il lui dit : viens, je te montrerai leur pareil en ce monde. Il sortit et lui montra des truffes et des champignons.
Et quant aux vêtements de fin lin — l'enveloppe fibreuse du cœur de palmier (bar koura).
La lecture repose sur les deux sens possibles de pissat bar. Rachi détaille la double lecture : bar comme blé donne les gâteaux, bar comme pur donne le vêtement de lin fin, et pissa évoque à la fois la largeur d'une paume et la ketonet passim.
Les deux démonstrations répondent aux deux sens : les truffes et les champignons sortent de terre en une nuit, ronds comme des pains, et la fibre qui entoure le cœur de palmier pousse déjà tissée comme une étoffe.
Nos maîtres ont enseigné : que l'homme soit toujours patient (anvetan) comme Hillel, et qu'il ne soit pas emporté (kapdan) comme Chammai. Il arriva que deux hommes
La baraita fait la transition entre la patience des sages devant la sottise et la série de récits sur Hillel qui occupe le début de 31a. Le couple de termes opposé anvetan, celui qui supporte sans se troubler, et kapdan, celui qui prend ombrage.
Le folio s'interrompt au milieu de la phrase : le pari engagé entre les deux hommes, puis les trois candidats à la conversion, se lisent sur la page suivante.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).