Shabbat 30b — La mort de David, la lampe de l'homme et la lampe de D.ieu, et les livres que l'on a voulu ranger

Shabbat 30b

Sougya : Le folio achève le récit de la mort du roi David, qui étudiait tout le jour du Chabbat pour que l'ange de la mort n'ait pas prise sur lui. De là naissent les deux questions que Chelomo envoie à la maison d'étude — les chiens affamés et le corps de son père exposé au soleil — et la conclusion de Rav Tanhoum : la lampe de chair et de sang s'efface devant la lampe de D.ieu, c'est-à-dire l'âme, ce qui fonde le pikouah nefech (le sauvetage d'une vie).

La guemara passe alors aux livres que les sages ont voulu retirer de la circulation, Kohelet puis Michle, parce que leurs versets se contredisent, et résout chaque contradiction : le dépit et le rire, la joie de mitsva et la joie qui n'en est pas, puis les deux versets opposés sur le sot. De la dernière résolution — répondre au sot pour des paroles de Torah, se taire pour les affaires du monde — découlent quatre récits : deux hommes que Rabbi et Rabbi Hiya font taire par une coupe de vin, et trois enseignements de Rabban Gamliel sur les merveilles à venir, raillées par un disciple et démontrées par une poule, un câprier et des truffes.

La page s'ouvre enfin sur la baraita de la patience de Hillel.

Chabbat 30b — le fil du folio 1. La mort du roi David L'étude sans interruption tient l'ange de la mort à distance ; la marche qui cède. 2. Les deux questions de Chelomo Les chiens affamés, le corps au soleil : que faire un jour de Chabbat ? 3. Ner de chair, ner de D.ieu. Mieux vaut éteindre une lampe d'argile que la lampe qu'est l'âme : pikouah nefech. 4. Kohelet : la gueniza évitée Début et fin sont parole de Torah ; les contradictions sont résolues. 5. Michle : la gueniza évitée Ne réponds pas au sot / réponds au sot : affaires du monde / paroles de Torah. 6. Les quatre récits d'application Rabbi et Rabbi Hiya se taisent ; Rabban Gamliel répond trois fois. 7. Que l'homme soit patient comme Hillel Ouverture de la baraita et des récits qui suivent sur 31a.
Les sept moments du folio, du récit de la mort de David à la baraita sur Hillel.
Les trois contradictions et leur résolution Un verset Le verset opposé La résolution Mieux vaut le dépit que le rire. Kohelet 7, 3 Du rire j'ai dit : il est louable. Kohelet 2, 2 Dépit contre les justes ici-bas, rire avec les méchants ici-bas ; rire avec les justes dans le monde à venir. J'ai fait l'éloge de la joie. Kohelet 8, 15 Et de la joie : que fait-elle ? Kohelet 2, 2 Joie de mitsva d'un côté, joie qui n'est pas de mitsva de l'autre. Ne réponds pas au sot selon sa sottise. Michle 26, 4 Réponds au sot selon sa sottise. Michle 26, 5 Affaires du monde : se taire. Paroles de Torah : répondre, pour rétablir l'enseignement.
Les trois couples de versets contradictoires de Kohelet et de Michle, et la manière dont la guemara les accorde.
Un sot te provoque : répondre ou se taire ? Sur quoi porte son propos ? Affaires du monde Paroles de Torah Ne pas répondre de peur de lui ressembler Répondre de peur qu'il se croie sage Les deux récits Rabbi et Rabbi Hiya ne répondent rien : une coupe de vin, et le calomniateur éclate. Les trois derachot Rabban Gamliel sort et montre une poule, un câprier, des truffes : la Torah est rétablie.
L'arbre de décision tiré de Michle 26, 4-5, avec les récits qui illustrent chaque branche.
1
כָּל יוֹמָא דְּשַׁבְּתָא הֲוָה יָתֵיב וְגָרֵיס כֻּולֵּי יוֹמָא. הַהוּא יוֹמָא דְּבָעֵי לְמֵינַח נַפְשֵׁיהּ, קָם מַלְאַךְ הַמָּוֶת קַמֵּיהּ וְלָא יְכִיל לֵיהּ, דְּלָא הֲוָה פָּסֵק פֻּומֵּיהּ מִגִּירְסָא. אָמַר: מַאי אַעֲבִיד לֵיהּ? הֲוָה לֵיהּ בֻּוסְתָּנָא אֲחוֹרֵי בֵּיתֵיהּ, אֲתָא מַלְאַךְ הַמָּוֶת סָלֵיק וּבָחֵישׁ בְּאִילָנֵי. נְפַק לְמִיחְזֵי. הֲוָה סָלֵיק בַּדַּרְגָּא, אִיפְּחִית דַּרְגָּא מִתּוּתֵיהּ, אִישָּׁתֵיק וְנָח נַפְשֵׁיהּ.

Chaque jour de Chabbat, il restait assis et étudiait tout le jour. Ce jour-là, où l'on devait faire reposer son âme, l'ange de la mort se dressa devant lui et n'eut pas prise sur lui, car sa bouche ne s'interrompait pas de l'étude.

Il dit : que vais-je lui faire ? Il y avait un verger (boustana) derrière sa maison ; l'ange de la mort vint, y monta et agita les arbres.

David sortit pour voir. Il montait l'escalier, la marche céda sous lui, il se tut, et son âme reposa.

📜 Rachi (3)
כָּל יוֹמָא דְּשַׁבְּתָא שֶׁל כָּל שַׁבְּתוֹת הַשָּׁנִים:
De tous les chabbatot de toutes les années.
הֲוָה יָתֵיב וְגָרֵיס שֶׁלֹּא יִקְרַב מַלְאַךְ הַמָּוֶת אֵלָיו שֶׁהַתּוֹרָה מְגִינָּה מִמָּוֶת כִּדְאָמְרִינַן בְּסוֹטָה (דַּף כא.):
Afin que l'ange de la mort n'approche pas de lui, car la Torah protège de la mort, comme nous le disons dans le traité Sota (21a).
סָלֵיק וּבָחֵישׁ בְּאִילָנֵי מְנַעְנֵעַ הַמַּלְאָךְ בָּאִילָנוֹת לְהַשְׁמִיעַ קוֹל תֵּימַהּ:
L'ange secoue les arbres pour faire entendre un bruit étonnant.
🪔 Ben Yehoyada (1)
קם מלאך־המות קמיה, ולא יכיל ליה, דלא הוה פסיק פומיה מגירסא. הדבר יפלא דהלא נודע מדברי רבותינו ז"ל שאין הצדיקים מתים אלא בנשיקה ואיך צדיק וחסיד גדול כדוד המלך ע"ה ימות על ידי מלאך המות חס וחלילה? גם עוד יש קושיא בענין זה להיפך דאמרו בגמרא (בבא בתרא דף יז) ששה לא שלט בהם מלאך המות, אלו הם: אברהם, יצחק, ויעקב, משה, אהרן, ומרים. ויש להקשות אם כן איך אמרו רבותינו ז"ל בבבא מציעא שכל הצדיקים אינם מתים על ידי מלאך המות וזו קושיא להפך? ונראה לי בס"ד דיש בענין המיתה שלשה סוגים הא' המון העם שמתים על ידי מלאך המות. והב' צדיקים גמורים שאינם מתים על ידי מלאך המות אלא על ידי נשיקה, וענין הנשיקה הוא שיתגלה לעיניהם אור השכינה והוא מושך נפשם מקרבם כאבן השואבת שמושכת הברזל מרחוק, ועל זה אמרו רבותינו ז"ל בגמרא כמשחל בניתא מחלבא [דומה כהוצאת שערה מחלב] , אך לא יזכה האדם לכך שתהיה נפשו יוצאה מגופו על ידי אור השכינה שיתגלה לעיניו אלא אם כן הוא מוסר נפשו ברצונו הטוב, אבל ודאי החומר קשה עליו הדבר הזה ואיך יתכן שיהיה לו רצון בדבר זה של יציאת נפשו ממנו? לכך צדיקים אלו יתגלה לפניהם אותה שעה מלאך המות מרחוק ולא יגע בהם, ורק הם כשיראוהו ירעדו ממנו פן יקח נפשם בידו, ואז תיכף יהיה להם רצון טוב למסור נפשם ביד השם יתברך! וכיון שנעשה להם רצון טוב בכך אז תיכף יתגלה לפניהם אור השכינה וימשוך נפשם מגופם. נמצא הם יצאה נפשם בנשיקה ורק מלאך נגלה ועמד לפניהם כדי שעל ידי כך יהיה להם אותה שעה רצון טוב למסור נפשם ביד השם יתברך. והסוג השלישי הם האבות ומשה ואהרן ומרים שלא הוצרכו שיתגלה לפניהם מלאך המות, ולא נראה כלל לפניהם בעת שיצאה נפשם בנשיקה, ועל זה אמרו בגמרא לא שלט בהם מלאך המות רוצה לומר לא שלט כלל אפילו בראיה בעלמא להפחידם שלא היה לו יכולת להתראות לפניהם. ואמרתי שענין זה יהיה כדוגמת מה שאמרו רבותינו ז"ל על שידים ומזיקין, שהוא לאחד נראה ומזיק, ולשנים נראין ואין מזיקין, ולשלשה לא נראין ולא מזיקין, דוק ותשכח שחלוקות אלו הם ממש כאותם שלשה חלוקות אשר ביארנו. והנה כאן אצל דוד המלך ע"ה כדי שיהיה לגופו רצון טוב למסור נפשו ביד השם יתברך היה צריך שיתראה לפניו מלאך המות חגור כלי זיינו. כדי שאז יהיה לגופו רצון טוב שימסור נפשו להשם יתברך ותצא נפשו בנשיקה כפי ערכו, כי אור אשר יתגלה לפני הצדיקים כל אחד יהיה כפי ערכו. אך כיון שהיה עוסק בתורה ולא פסק פומיה לא היה יכול מלאך המות להתראות לפניו בכלי זיינו, ולכך עשה המצאה זו של אילנות כדי שיעלה בסולם ויפחות דרגא וממילא יפסוק מדברי תורה ואז יוכל להתראות לפניו, וכיון שנתראה לפניו אז תיכף נעשה לגופו רצון למסור נפשו להשם יתברך ותיכף נגלה אליו אור השכינה בגודל רב לפי ערכו, ויצאה נפשו בנשיקה על ידי אור השכינה שמשך אותה כאבן השואבת, יהי רצון זכותו יגן בעדינו אמן כן יהי רצון.
"L'ange de la mort se dressa devant lui et n'eut pas prise sur lui, car sa bouche ne s'interrompait pas de l'étude." La chose étonne : nos maîtres ont enseigné que les justes ne meurent que par un baiser (nétchika) ; comment un juste et un hassid aussi grand que David mourrait-il par la main de l'ange de la mort ? Il y a de plus une difficulté inverse : la guemara (Baba Batra 17a) enseigné que six hommes n'ont pas été dominés par l'ange de la mort — Avraham, Its'hak, Yaakov, Moche, Aharon et Miriam ; or si tous les justes échappent déjà à l'ange de la mort, qu'apporte cette liste ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a trois catégories dans la mort. La première est celle de la foule, qui meurt par l'ange de la mort. La deuxième est celle des justes parfaits, qui meurent par un baiser : la lumière de la Chekhina se dévoile à leurs yeux et attire leur âme hors d'eux comme la pierre d'aimant attire le fer à distance ; c'est ce que la guemara décrit en disant "comme on retire un cheveu du lait". Mais l'homme ne mérite pas que son âme sorte par la lumière de la Chekhina s'il ne la remet pas de son plein gré ; or la matière résiste, et comment un homme voudrait-il que son âme le quitte ? À ces justes, donc, l'ange de la mort se dévoile de loin sans les toucher ; à sa vue ils tremblent qu'il ne prenne leur âme, et aussitôt naît en eux la volonté de la remettre entre les mains de Hachem. Dès que cette volonté existe, la lumière de la Chekhina se dévoile et attire leur âme hors du corps : leur âme est sortie par un baiser, l'ange n'ayant paru que pour susciter en eux cette volonté. La troisième catégorie est celle des Patriarches, de Moche, d'Aharon et de Miriam, devant qui l'ange de la mort n'eut même pas à se montrer, et qui ne le virent pas au moment où leur âme sortit par un baiser ; c'est le sens de "l'ange de la mort n'eut pas prise sur eux" : pas même d'une simple apparition destinée à les effrayer, il n'avait pas le pouvoir de se montrer devant eux. J'ai dit que cela ressemble à ce que nos maîtres ont enseigné des chedim et des mazikin : à un homme seul ils se montrent et nuisent, à deux ils se montrent sans nuire, à trois ils ne se montrent pas et ne nuisent pas ; examine et tu trouveras là exactement les trois divisions que nous avons exposées. Ici, chez David, pour que son corps veuille remettre son âme entre les mains de Hachem, il fallait que l'ange de la mort se montre à lui ceint de son arme ; alors son corps voudrait remettre son âme, et elle sortirait par un baiser selon son rang, car la lumière dévoilée devant chaque juste est à la mesure de son rang. Mais comme il étudiait sans que sa bouche s'interrompe, l'ange ne pouvait se montrer à lui avec son arme ; il inventa donc le stratagème des arbres, pour que David monte à l'escalier, que la marche cède et qu'il interrompe ses paroles de Torah, et qu'alors l'ange puisse paraître. Dès qu'il parut, le corps voulut aussitôt remettre son âme à Hachem, la lumière de la Chekhina se dévoila à lui avec une grande intensité selon son rang, et son âme sortit par un baiser, attirée par cette lumière comme par la pierre d'aimant. Que son mérite nous protège, amen.
💡 Explication

La fin du récit commence sur 30a : David avait demandé à connaître le jour de sa mort et avait appris qu'il mourrait un Chabbat. Il se protège par l'étude, parce que la Torah tient l'ange de la mort à distance tant que la bouche ne s'interrompt pas.

Le stratagème de l'ange porte sur ce seul point : provoquer une interruption. Le bruit dans le verger fait sortir David, la marche cède, il se tait — et ce silence suffit. Le mot boustana (verger) est un emprunt persan courant dans l'araméen babylonien.

2
שְׁלַח שְׁלֹמֹה לְבֵי מִדְרְשָׁא: אַבָּא מֵת וּמוּטָל בַּחַמָּה, וּכְלָבִים שֶׁל בֵּית אַבָּא רְעֵבִים — מָה אֶעֱשֶׂה? שְׁלַחוּ לֵיהּ: חֲתֹוךְ נְבֵלָה וְהַנַּח לִפְנֵי הַכְּלָבִים. וְאָבִיךָ, הַנַּח עָלָיו כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק וְטַלְטְלוֹ. וְלֹא יָפֶה אָמַר שְׁלֹמֹה: ״כִּי לְכֶלֶב חַי הוּא טוֹב מִן הָאַרְיֵה הַמֵּת״. וּלְעִנְיַן שְׁאֵילָה דְּשָׁאֵילְנָא קֳדָמֵיכוֹן: נֵר קְרוּיָה ״נֵר״, וְנִשְׁמָתוֹ שֶׁל אָדָם קְרוּיָה ״נֵר״. מוּטָב תִּכְבֶּה נֵר שֶׁל בָּשָׂר וָדָם מִפְּנֵי נֵרוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא.

Chelomo envoya demander à la maison d'étude : mon père est mort et il gît au soleil, et les chiens de la maison de mon père ont faim — que dois-je faire ? Ils lui répondirent : découpe une carcasse (nevela) et pose-la devant les chiens.

Et quant à ton père, pose sur lui un pain ou un enfant, et déplace-le. Et Chelomo n'a-t-il pas bien dit : "car un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort" ?

Et quant à la question que j'ai posée devant vous : la lampe est appelée ner, et l'âme de l'homme est appelée ner. Mieux vaut que s'éteigne la lampe de chair et de sang devant la lampe du Saint béni soit-Il.

📜 Rachi (6)
וּכְלָבִים שֶׁל בֵּית אַבָּא רְעֵבִים לִשְׁתֵּי שְׁאֵלוֹת הַלָּלוּ הֻוצְרַךְ:
Il avait besoin de ces deux questions-là.
וְלֹא יָפֶה אָמַר כוּ' שֶׁלְּתַקָּנַת הַכְּלָבִים לֹא הִצְרִיכוּהוּ לְשַׁנּוֹת טִלְטוּל נְבֵילָה וְאֶת הָאַרְיֵה הַמֵּת אָסְרוּ לְטַלְטֵל אֶלָּא עַל יְדֵי כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק ל"א שֶׁהִקְדִּימוּהוּ תְּשׁוּבַת הַכֶּלֶב לִתְשׁוּבַת הָאַרְיֵה לְשׁוֹן רַבּוֹתַי:
Pour le bien des chiens, on ne lui a pas imposé de modifier le déplacement de la carcasse, tandis que le lion mort, on n'a permis de le déplacer que par l'intermédiaire d'un pain ou d'un enfant. Autre explication : on lui a donné la réponse sur le chien avant la réponse sur le lion — c'est la formulation de mes maîtres.
וּלְעִנְיַן שְׁאֵילְתָא דְּמַהוּ לְכַבּוֹת:
Quant à la question posée : peut-on éteindre ?
דִּשְׁאֵילְנָא קֳדָמֵיכוֹן דֶּרֶךְ עֲנָוָה אָמַר דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דִּשְׁאִילְתּוּן קָדְמִי:
Il parle par humilité, car il aurait dû dire : que vous m'avez posée.
קְרוּיָה נֵר נֵר אֱ-לֹהִים נִשְׁמַת אָדָם (מִשְׁלֵי כ׳:כ״ז):
"Une lampe de D.ieu est l'âme de l'homme" (Michle 20, 27).
מוּטָב תִּכְבֶּה נֵרוֹ כּוּ' לָאו מֵהָכָא יָלֵיף חִלּוּל שַׁבָּת דְּפִיקּוּחַ נֶפֶשׁ נָפְקָא לָן מוֹחֵי בָּהֶם וְלֹא שֶׁיָּמוּת בָּהֶם אֶלָּא לְהַטְעִימָן הַדָּבָר בָּאַגָּדָה הַמּוֹשֶׁכֶת אֶת הַלֵּב לְפִי שֶׁהָיוּ בָּאִים לִשְׁמֹועַ הַדְּרָשָׁה נָשִׁים וְעַמֵּי הָאָרֶץ וְהָיוּ צְרִיכִין הַדַּרְשָׁנִין לִמְשֹׁוךְ אֶת לְבָבָם:
Il ne tire pas de là la profanation du Chabbat, car le sauvetage d'une vie (pikouah nefech) nous vient de "il vivra par elles" et non "il mourra par elles" ; il parle ainsi pour leur faire goûter la chose par une aggada qui attire le cœur, parce que des femmes et des gens du peuple venaient écouter le derach, et que les prédicateurs devaient attirer leur cœur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלַח שְׁלֹמֹה לְבֵי מִדְרְשָׁא: אַבָּא מֵת וּמֻטָּל בַּחַמָּה, וּכְלָבִים שֶׁל בֵּית אַבָּא רְעֵבִים, מָה אֶעֱשֶׂה? שְׁלַחוּ לֵיהּ: חֲתֹךְ נְבֵלָה וְהַנַּח לִפְנֵי הַכְּלָבִים, וְאָבִיךָ, הַנַּח עָלָיו כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק, וְטִלְטְלוּ. הַמַּאֲמָר הַזֶּה מֻוקְשֶׁה מְאֹד לְפִי פְּשׁוּטוֹ, וְכִי שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהָיָה חָכָם גָּדוֹל לֹא יָדַע דִּין זֶה שֶׁהֻוצְרַךְ לִשְׁאוֹל? וְעוֹד אִם נִזְדַּמְּנָה לוֹ שְׁאֵלָה אַחֶרֶת בַּעֲבוּר הַכְּלָבִים לָמָּה צֵירֵף אוֹתָהּ עִם שְׁאֵלַת שֶׁשָּׁאַל בַּעֲבוּר אָבִיו הַקָּדוֹשׁ, וְכִי דֶּרֶךְ אֶרֶץ לַעֲשׂוֹת כָּךְ?! וְלֹא הָיָה לוֹ לִשְׁאוֹל שְׁאֵלוֹת אֵלּוּ בְּזֶה אַחַר זֶה. וְעוֹד אֵין הַחֲכָמִים יַקְדִּימוּ בִּתְשׁוּבַת שְׁאֵלַת הַכְּלָבִים קֹודֶם עִנְיַן אָבִיו וְכִי שׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ הוּא כָּךְ? וְעוֹד אָמַר מֵת וּמֻטָּל בַּחַמָּה כֵּיוָן דְּנָקֵיט וָא"ו נִמְצָא ב' יְדִיעוֹת חֲלוּקוֹת, וְאָמַר שֶׁהֵם הָא' מֵת וְהַב' מִטַּל בַּחַמָּה? וְעוֹד לָמָּה הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ כְּלָבִים שֶׁל בֵּית אַבָּא לֵימָא כְּלָבִים סְתָם וְהַכְּלָבִים רְעֵבִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מַאֲמָר זֶה נֶאֱמַר בִּלְשׁוֹן מְלִיצָה וְהוּא מִדִּבְרֵי חֲכָמִים וְחִידֹותָם, וּמֵעוֹלָם לֹא הֻוצְרַךְ לִשְׁאֵלוֹת אֵלּוּ מַמָּשׁ כִּפְשׁוּטָם, אֶלָּא עָשָׂה עִנְיָן שְׁאֵלוֹת אֵלּוּ כְּדֶרֶךְ מָשָׁל וְחִידָה בִּשְׁבִיל דָּבָר אַחֵר, וְהוּא דְּיָדוּעַ שֶׁהָיָה לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אוֹיְבִים מִלִּיזֵּים עָלָיו בְּעִנְיַן בַּת שֶׁבַע וְיוֹדְעִים הָאֱמֶת וּמַכְחִישִׁים בְּאָומְרָם אֵשֶׁת אִישׁ הָיְתָה, וּלְכָךְ גַּם בְּחַיָּיו הָיוּ מְקַנְטְרִים בְּפָנָיו וְאוֹמְרִים לוֹ (בָּבָא מְצִיעָא נט.) הַבָּא עַל אֵשֶׁת אִישׁ מִיתָתוֹ בַּמֶּה? וְכוּ', אַךְ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אַף עַל פִּי שֶׁבְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת בָּהֶם מִשְׁפָּט כָּתוּב וּלְקַעְקֵעַ בֵּיצָתָם הָיָה מִן הַנֶּעֱלָבִין וְאֵינָם עוֹלְבִים שׁוֹמְעִים חֶרְפָּתָם וְאֵינָם מְשִׁיבִים. פּוּק חֲזִי כַּמָּה קִלְּלוֹ שָׁמְעִי וְנִתְחַיֵּיב הֲרִיגָה וְלֹא עָשָׂה לוֹ שׁוּם צַעַר! וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַנֶּעֱלָבִין וְאֵינָם עוֹלְבִים שׁוֹמְעִים חֶרְפָּתָם וְאֵינָם מְשִׁיבִים עֲלֵיהֶם הַכָּתוּב אוֹמֵר (שׁוֹפְטִים ה, לא) וְאֹהֲבָיו כְּצֵאת הַשֶּׁמֶשׁ בִּגְבֻורָתוֹ, שֶׁנִּמְשְׁלוּ לַחְמָהּ. לְכָךְ אָמַר עָלָיו הקב"ה (תְּהִלִּים פט, לז) וְכִסְאוֹ כַּשֶּׁמֶשׁ נֶגְדִּי. גַּם יָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל דְּבַעֲלֵי לָשׁוֹן הָרַע נִקְרְאוּ כְּלָבִים, וְלָכֵן שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה אַחַר שֶׁנִּפְטַר אָבִיו ע"ה נִתְעוֹרֵר בְּסָפֵק אֶחָד, וְהוּא כִּי אָמַר אִם הַכְּלָבִים אוֹיְבֵי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה בְּחַיָּיו הָיוּ נוֹבְחִין לְהַלִּיז שְׂפָתַיִם עָלָיו כָּל שֶׁכֵּן עַתָּה אַחַר שֶׁנִּפְטַר, וּבְוַדַּאי לֹא יָשׁוּבוּ מִדַּרְכָּם הָרָעָה אֶלָּא יִהְיוּ נוֹבְחִין לְדַבֵּר סָרָה עַל הַצַּדִּיק גַּם לְעֵת עַתָּה! אַךְ הוּא בְּחַיָּיו הָיָה סוֹבֵל וּמוֹחֵל וְשׁוֹתֵק אֲבָל עַתָּה אַחַר פְּטִירָתוֹ אֵיךְ אֲנַחְנוּ נַעֲשֶׂה, אִם נָכְרִית הַכְּלָבִים הָאֵלֶּה מִן הָעוֹלָם וְנִרְדָּפָם עַד הַחָרְמָה, אוֹ גַּם אֲנַחְנוּ נִשְׁתֹּוק וּנְקַייֵּם מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי כו, ד) אַל תַּעַן כְּסִיל כְּאִוַּלְתּוֹ? וְזֶה הַשְּׁאֵלָה שָׁאַל אוֹתָהּ בְּרֶמֶז מִן הַחֲכָמִים שֶׁאָמַר לָהֶם אַבָּא מֵת עַתָּה אַךְ הוּא הָיָה בְּחַיָּיו מִטַּל בַּחַמָּה, כְּלוֹמַר מִן הַנֶּעֱלָבִין וְאֵינָם עוֹלְבִים שׁוֹמְעִים חֶרְפָּתָם וְאֵינָם מְשִׁיבִים וְכוּ' שֶׁנִּרְמְזוּ לַחְמָהּ כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר כְּצֵאת הַשֶּׁמֶשׁ בִּגְבוּרָתוֹ, וְאוֹתָם הַכְּלָבִים שֶׁל בֵּית אַבָּא רוֹצֶה לוֹמַר אוֹיְבִים שֶׁלּוֹ שֶׁהָיוּ מְדַבְּרִים לָשׁוֹן הָרַע וְדִיבָּה רָעָה עָלָיו וַדַּאי עֲדַייִן הֵם רְעֵבִים שֶׁלֹּא שְׂבוּעוּ מֵהַדְּבָרִים הָרָעִים אֲשֶׁר דִּבְּרוּ עָלָיו בְּחַיָּיו! לָכֵן הִגִּידוּ לִי מָה אֶעֱשֶׂה אִם גַּם אֲנִי אַעֲלִים עַיִן מִדִּבְרֵיהֶם לְקַיֵּים אַל תַּעַן כְּסִיל, אוֹ אִם צָרִיךְ לְסַמּוֹת עֵינֵיהֶם וְאֶסְתֹּום פִּיהֶם בְּעָפָר לִכְבוֹד אָבִי הַקָּדוֹשׁ? וְהֵשִׁיבוּ לוֹ גַּם הֵם בְּרֶמֶז חָתַךְ נְבֵלָה לִפְנֵי הַכְּלָבִים , כְּלוֹמַר זֶה הַמְדַבֵּר נְבָלָה עַל אָבִיךָ הַנִּמְשָׁל לַלְּבָנָה וְזֶה מְדַבֵּר עָלָיו 'נְבָלָה' הֵפֶךְ אוֹתִיּוֹת 'לְבָנָה' חִתּוּךְ אוֹתוֹ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר תַּהַרְגֵהוּ לִפְנֵי הַכְּלָבִים! כְּלוֹמַר זֶה הַמְדַבֵּר נְבֵלָה עַל אָבִיךָ הַנִּמְשָׁל לַלְּבָנָה וְזֶה מְדַבֵּר עָלָיו 'נְבֵלָה' הֵפֶךְ אוֹתִיּוֹת 'לְבָנָה' חָתַךְ אוֹתוֹ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר תַּהַרְגֵהוּ לִפְנֵי הַכְּלָבִים אֵלּוּ בַּעֲלֵי לָשׁוֹן הָרַע שֶׁהֵם אֲחֻוזַּת מֵרֵיעָיו שֶׁל זֶה הַדּוֹבֵר נְבֵלָה, דְּאֵין אַתָּה רַשַּׁאי לִמְחֹול עַל כְּבוֹד אָבִיךָ. גַּם עוֹד מוּ"מ [מָשָׁל וּמְלִיצָה] תְּפַרְסֵם טְעָנוֹת הַמַּצְדִּיקִים אֶת אָבִיךָ לְדָרְשָׁם בָּרַבִּים, וְזֶה שֶׁאָמְרוּ וְאָבִיךָ צַדִּיק שֶׁתְּצַדְּקֵהוּ בִּרְאָיוֹת בִּפְנֵי רַבִּים, וְאֵלּוּ הֵן הַהַצְדָּקוֹת חֲדָא הַנַּח עָלָיו הוֹכָחָה וּרְאָיָה שֶׁל כִּכָּר , כִּי בְּרִית כְּרוּתָה לֵאמֹר (מִשְׁלֵי ו, כו) בְעַד אִשָּׁה זוֹנָה עַד כִּכַּר לָחֶם, שֶׁהַנּוֹאֵף יָבֹא לִידֵי עֲנִיּוּת וְאָבִיךָ תְּהִלּוֹת לָאֵל נִפְטַר בְּעֹושֶׁר גָּדוֹל וְכַנִּזְכָּר בְּדִבְרֵי הַיָּמִים. וְעוֹד הוֹכָחָה שֵׁנִית מִן הַתִּינוֹק הוּא הַיֶּלֶד הָרִאשׁוֹן שֶׁיָּלְדָה בַּת שֶׁבַע מֵאוֹתָהּ בִּיאָה שֶׁבָּא אָבִיךָ עָלֶיהָ בְּעוֹד אוּרִיָּה חַי, דְּמָצִינוּ כְּשֶׁחָלָה אוֹתוֹ יֶלֶד חָרַד עָלָיו אָבִיךָ חֲרָדָה גְּדוֹלָה וְהִתְפַּלֵּל אֶל הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ כְּדֵי שֶׁיִּחְיֶה, אִם חָס וְחָלִילָה בִּיאָתוֹ אָסוּר אֵיךְ רָצָה שֶׁיִּחְיֶה, אַדְּרַבָּה טוֹב לוֹ שֶׁיָּמוּת וְאֵיךְ יְבַקֵּשׁ מֵאֵת הָאֱ-לֹהִים שֶׁיְּחַיֵּיהוּ אִם חָס וְחָלִילָה בָּא מֵאֵשֶׁת אִישׁ, אֶלָּא וַדַּאי מוֹגֶרְשֶׁת הָיְתָה וּמֻותֶּרֶת לוֹ, לָכֵן תְּפַרְסֵם טְעָנוֹת אֵלּוּ הַמַּצְדִּיקִים אֶת אָבִיךָ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׁגּוּ בְּנֵי אָדָם וְיַטּוּ אָזְנָם לְבַעֲלֵי לָשׁוֹן הָרָע. וְשׁוּב רָאִיתִי סֵפֶר אֶרֶץ הַחַיִּים עַל הַתְּהִלִּים (מִזְמוֹר טַל) שֶׁהֵבִיא מַאֲמָר זֶה וּפֵירֵשׁ כְּלָבִים עַל בַּעֲלֵי לָשׁוֹן הָרַע, וְכִכָּר עַל עִנְיַן כִּכַּר לֶחֶם כַּאֲשֶׁר פֵּרַשְׁתִּי, אֲבָל בְּרֶמֶז הַתִּינוֹק נִדְחַק דֹּוחַק גָּדוֹל, וְגַם בִּשְׁאָר דִּבְרֵי הַמַּאֲמָר יֵשׁ הֶפְרֵשׁ גָּדוֹל בֵּין דְּבָרַי לִדְבָרָיו כַּאֲשֶׁר יִרְאֶה הַמְעַיֵּין. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד בֵּיאוּר הַמַּאֲמָר הַנִּזְכָּר, דְּיָדוּעַ דְּדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה נִפְטַר בְּשַׁבָּת בַּמִּנְחָה בְּעֵת רָצוֹן בִּזְמַן גִּילּוּי מֵצַח הָרָצוֹן וְנִתְעַלָּה מְאֹד בָּזֶה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ, וְאוֹת הֵ"א שֶׁל 'חַמָּה' בא"ת ב"ש תִּתְחַלֵּף בְּצָדִ"י, וּלְפִי זֶה 'חַמָּה' אוֹתִיּוֹת 'מֵצַח'. גַּם יָדוּעַ שֶׁהַקְּלִפּוֹת נִקְרָאִים 'כְּלָבִים' וְהֵם רְעֵבִים בְּעֵת מִנְחַת שַׁבָּת שֶׁהוּא עֵת רָצוֹן, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּפִיּוּט בְּנֵי הֵיכְלָא דִּכְסִיפִּין לְבַר נִטָּלִין וְלָא עָאֲלִין הָנֵי כַּלְבִין דְּחַצְיָפִין עַייֵּן שָׁם. וז"ש אַף עַל פִּי ש אַבָּא מֵת עַתָּה הוּא מִטַּל בַּחַמָּה בִּבְחִינַת הָרָצוֹן דְּמֵצַח, כִּי 'חַמָּה' הִיא אוֹתִיּוֹת 'מֵצַח' בְּחִילּוּף אוֹת הֵ"א בְּצָדִ"י לָכֵן עַתָּה כְּלָבִים שֶׁל בֵּית אַבָּא הֵם הַקְּלִיפּוֹת דַּעֲשִׂיָּה רְעֵבִים , וּקְרָאָם דְּבֵית אַבָּא כִּי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הוּא בְּחִינַת מַלְכוּת שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] עֲשִׂיָּה לְכָךְ הָעֲשִׂיָּה תִּתְיַיחֵס אֵלָיו, הִגִּידוּ לִי עַתָּה שֶׁנִּזְדַּמֵּן פְּטִירָתוֹ שֶׁל אָבִי בְּעֵת רָצוֹן כָּזֶה מָה אֶעֱשֶׂה תִּיקּוּן וְעִילּוּי לְאָבִי בְּעֵת כָּזֹאת? וְהֵשִׁיבוּ לוֹ בְּרֶמֶז חָתַךְ נְבֵלָה הִיא מַלְכוּת דִּקְלִיפָּה הַנִּקְרֵאת 'נְבִילַת' תְּשַׁבֵּר כּוֹחָהּ לִפְנֵי הַכְּלָבִים הֵם הַקְּלִיפּוֹת גֻּונְדָּא דִּילֵיהּ כִּי הָעֵת רָאוּי לְכָךְ, וְאַתָּה תַּעֲשֶׂה כַּוָּנוֹת הַשַּׁיָּיכִים לְדָבָר זֶה, וְאַחַר שֶׁתְּגָרֵשׁ הַקְּלִיפּוֹת וְתִשָּׁבֵר כֹּחַ מַלְכוּת דִּקְלִיפָּה אָז אָבִיךָ שֶׁהוּא בְּחִינַת מַלְכוּת דִּקְדֻושָּׁה שֶׁזָּכָה לְמַלְכוּת דַּאֲצִילוּת, שֶׁהִיא סוֹד עֲשִׂיָּה דַּאֲצִילוּת הַנַּח עָלָיו כִּכָּר מִסְפַּר רוּחַ ה' שֶׁהוּא לְמַעְלָה מִמַּלְכוּת דַּאֲצִילוּת, וְתִינוֹק סוֹד נְשָׁמָה דַּאֲצִילוּת, כִּי 'נְשָׁמָה' בְּמִילּוּאָה כָּזֶה, נוּ"ן שִׁי"ן מֵ"ם ה"ה [556] עוֹלֶה מִסֵּפֶר 'תִּינוֹק' [556] , תַּמְשִׁיךְ לוֹ הֶאָרוֹת עֶלְיוֹנוֹת אֵלּוּ וְטִלְטְלוּ בְּסֻולָּם הַמַּעֲלוֹת מֵעוֹלָם לְעוֹלָם וּמִבְּחִינָה לִבְחִינָה עַד הַבִּינָה הָעֶלְיוֹנָה. וְעַיֵּין בְּסֵפֶר הַלִּיקּוּטִים בַּפָּסוּק וְהַמֶּלֶךְ דָּוִד זָקֵן (מְלָכִים א' א, א) שֶׁכָּתַב וְזַ"ל וְכֵן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה יָצָא מֵהַשִּׁבְעִים שָׁנָה וְהִנִּיחַ לוֹ ה' מִכָּל אוֹיְבָיו, וּבָא לְיוֹם הַשַּׁבָּת קֹדֶשׁ וּבוֹ נִפְטַר וְעָלָה לְבֵינָהּ עַיֵּין שָׁם וְדוֹק הֵיטֵב.
"Chelomo envoya demander à la maison d'étude : mon père est mort et il gît au soleil, et les chiens de la maison de mon père ont faim, que dois-je faire ? Ils lui répondirent : découpe une carcasse et pose-la devant les chiens ; et quant à ton père, pose sur lui un pain ou un enfant, et déplace-le." Ce passage fait grande difficulté selon son sens littéral. Chelomo, qui était un si grand sage, ignorait-il cette halakha au point de devoir la demander ? De plus, si une autre question se présentait à lui au sujet des chiens, pourquoi la joindre à celle qu'il posait au sujet de son père saint — est-ce là la bienséance ? Il aurait dû poser ces questions l'une après l'autre. De plus, les sages n'auraient pas dû répondre sur les chiens avant de traiter de son père : est-ce là la voie de la bienséance ? De plus il dit "mort et gisant au soleil" : le vav de liaison indique deux informations distinctes, la première qu'il est mort, la seconde qu'il gît au soleil. De plus, pourquoi préciser "les chiens de la maison de mon père" plutôt que dire simplement "des chiens" et "les chiens ont faim" ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce propos est tenu en langage d'allusion, selon la manière des sages et de leurs énigmes, et que Chelomo n'a jamais eu besoin de ces questions au sens littéral : il en a fait un machal pour une tout autre affaire. On sait en effet que David avait des ennemis qui le calomniaient au sujet de Bat-Cheva : ils connaissaient la vérité et la niaient, en disant qu'elle était femme mariée. De son vivant déjà ils le narguaient en face, comme il est rapporté (Baba Metsia 59a) : celui qui vient sur une femme mariée, par quelle mort meurt-il ? Mais David, bien qu'il eût pu leur appliquer la loi écrite et extirper leur engeance, était de ceux qu'on offense et qui n'offensent pas, qui entendent leur outrage et ne répondent pas. Vois combien Chimi le maudit, au point de mériter la mort, et David ne lui fit aucun mal. Or nos maîtres ont enseigné que de ceux-là l'Écriture dit : "et ceux qui L'aiment sont comme le soleil quand il sort dans sa puissance" (Choftim 5, 31) ; ils sont donc comparés au soleil (hama). C'est pourquoi le Saint béni soit-Il dit de lui : "et son trône sera comme le soleil devant Moi" (Tehilim 89, 37). On sait aussi que nos maîtres appellent "chiens" les colporteurs de lachon hara. Après la mort de son père, Chelomo fut donc saisi d'un doute : si ces chiens aboyaient déjà du vivant de David pour répandre des paroles contre lui, à plus forte raison maintenant qu'il est mort ; ils ne reviendront pas de leur mauvaise voie et parleront encore contre le juste. Lui, de son vivant, supportait, pardonnait et se taisait ; mais nous, après sa disparition, comment devons-nous agir ? Faut-il retrancher ces chiens du monde et les poursuivre jusqu'à leur ruine, ou nous taire nous aussi et accomplir ce que dit l'Écriture : "ne réponds pas au sot selon sa sottise" (Michle 26, 4) ? Telle est la question qu'il posa par allusion aux sages en leur disant : mon père est mort maintenant, mais de son vivant il gisait au soleil, c'est-à-dire il était de ceux qu'on offense et qui n'offensent pas, qui entendent leur outrage et ne répondent pas, lesquels sont comparés au soleil selon "comme le soleil quand il sort dans sa puissance" ; et ces chiens de la maison de mon père, c'est-à-dire ses ennemis qui proféraient contre lui le lachon hara et la mauvaise rumeur, ont certainement encore faim, car ils ne se sont pas rassasiés des mauvaises paroles qu'ils ont dites de son vivant. Dites-moi donc ce que je dois faire : fermer moi aussi les yeux sur leurs propos pour accomplir "ne réponds pas au sot", ou bien crever leurs yeux et emplir leur bouche de terre pour l'honneur de mon père saint ? Ils lui répondirent eux aussi par allusion : découpe une nevela devant les chiens. Celui qui profère une "nevela" (une infamie) contre ton père, lequel est comparé à la lune (levana) — et "nevela" a les mêmes lettres que "levana" — découpe-le, c'est-à-dire retranche-le devant ces chiens que sont les colporteurs de lachon hara, ses compagnons de méchanceté, car tu n'as pas le droit de renoncer à l'honneur de ton père. De plus, publie et expose en public les arguments qui justifient ton père : c'est le sens de "et ton père", justifie-le par des preuves devant le public. Ces justifications sont les suivantes. D'abord, "pose sur lui un pain (kikar)" : une preuve tirée du kikar, car une alliance est conclue selon le verset "à cause d'une femme prostituée, jusqu'à une miche de pain" (Michle 6, 26), le débauche finissant dans la pauvreté ; or ton père, louange à D.ieu, est mort dans une grande richesse, comme il est rapporté dans les Chroniques. Ensuite, la preuve tirée de l'enfant (tinok), le premier enfant que Bat-Cheva enfanta de cette union, du vivant d'Ouria : nous trouvons que lorsque cet enfant tomba malade, ton père fut saisi d'une grande angoisse et pria Hachem pour qu'il vive. Si cette union avait été interdite, comment aurait-il voulu qu'il vive ? Il aurait mieux valu pour lui qu'il meure ; pourquoi demanderait-il à D.ieu de le faire vivre s'il était issu d'une femme mariée ? Il faut donc qu'elle ait été divorcée et permise à lui. Publie ces arguments, afin que les gens ne s'égarent pas et ne prêtent pas l'oreille aux colporteurs de lachon hara. J'ai vu ensuite le livre Erets ha-'Hayim sur les Tehilim (psaume 39), qui rapporte ce passage et explique les chiens comme les colporteurs de lachon hara, et le kikar dans le sens où je l'ai expliqué ; mais pour l'allusion de l'enfant il force beaucoup le sens, et pour le reste du passage il y a un grand écart entre ses paroles et les miennes, comme le verra celui qui examine. Une autre explication de ce passage me semble possible, avec l'aide du Ciel. On sait que David est mort un Chabbat à l'heure de minha, au temps de la faveur, lors du dévoilement du front de la faveur, et qu'il s'est beaucoup élevé par là, comme le dit le saint Zohar. Or la lettre hé de "hama" (soleil) s'échange, selon at-bach, avec la lettre tsadi ; ainsi "hama" a les mêmes lettres que "metsah" (front). On sait aussi que les kelipot sont appelées "chiens", et qu'elles ont faim à l'heure de minha du Chabbat, qui est un temps de faveur, comme l'écrit notre maître le Ari zal dans le piyout Bnei hékhala : ces chiens effrontés qui désirent et restent dehors sans entrer. C'est le sens de : bien que mon père soit mort maintenant, il gît "ba-hama", dans l'aspect de la faveur du metsah, car "hama" a les lettres de "metsah" par l'échange du hé en tsadi ; et maintenant les chiens de la maison de mon père, c'est-à-dire les kelipot du monde de Assia, ont faim ; il les appelle "de la maison de mon père" parce que David est l'aspect de la Malkhout, qui est le secret de Assia, en sorte que Assia se rapporte à lui. Dites-moi donc, puisque la disparition de mon père est survenue en un tel temps de faveur, quelle réparation et quelle élévation je dois lui procurer à cette heure. Ils lui répondirent par allusion : découpe la nevela, c'est-à-dire la malkhout de la kelipa appelée "névélet" — brise sa force devant les chiens, qui sont les kelipot de sa troupe, car le moment s'y prête, et fais les kavanot qui se rapportent à cela. Et après avoir chassé les kelipot et brisé la force de la malkhout de la kelipa, ton père, qui est l'aspect de la malkhout de sainteté et qui a mérité la malkhout d'Atsilout, secret de l'Assia d'Atsilout — pose sur lui un kikar, dont le nombre est celui de "roua'h Hachem", qui est au-dessus de la malkhout d'Atsilout ; et un tinok, secret de la nechama d'Atsilout, car "nechama" écrit en plein, noun chin mem hé, vaut 556, comme "tinok" vaut 556. Fais descendre sur lui ces lumières supérieures, et déplace-le par l'échelle des degrés, de monde en monde et d'aspect en aspect, jusqu'à la Bina supérieure. Vois le Sefer ha-Likoutim sur le verset "et le roi David était vieux" (I Rois 1, 1), où il est écrit que David sortit des soixante-dix ans, que Hachem lui accorda le repos de tous ses ennemis, qu'il parvint au jour du saint Chabbat, y mourut et monta jusqu'à la Bina. Examine bien.
💡 Explication

Les deux questions relèvent du même chapitre du Chabbat : le mouktse, ce qu'on n'a pas le droit de déplacer. La carcasse est mouktse, mais les sages autorisent de la découper et de la donner telle quelle aux chiens affamés. Le corps d'un mort est mouktse lui aussi, et on ne le déplace qu'indirectement, en posant dessus un objet permis — un pain ou un enfant — de sorte que le déplacement porte sur cet objet.

L'ordre des réponses, chiens d'abord, père ensuite, illustre le verset : un chien vivant l'emporte sur un lion mort. Le folio y rattache la conclusion de Rav Tanhoum : la lampe d'argile s'efface devant ner Hachem nichmat adam, l'âme appelée lampe de D.ieu. Rachi précise que le fondement juridique du pikouah nefech vient d'ailleurs, du verset "il vivra par elles", et que cette aggada sert à faire entendre la chose au public.

🖼️ Schéma
Les deux questions de Chelomo, un jour de Chabbat Les chiens de la maison ont faim Le corps du père gît au soleil Obstacle : la nevela (carcasse) est mouktse, on ne la déplace pas. Mais les chiens ont besoin d'elle. Obstacle : un corps mort ne se déplace pas directement le Chabbat. Découpe-la et pose-la devant eux aucun détour n'est exigé Pose dessus un pain ou un enfant le déplacement se fait par eux Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort : le vivant passe avant le mort.
Les deux questions de Chelomo, l'obstacle de mouktse dans chaque cas, et la réponse de la maison d'étude.
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אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: בִּקְּשׁוּ חֲכָמִים לִגְנֹוז סֵפֶר קֹהֶלֶת מִפְּנֵי שֶׁדְּבָרָיו סוֹתְרִין זֶה אֶת זֶה. וּמִפְּנֵי מַה לֹא גְּנָזוּהוּ? — מִפְּנֵי שֶׁתְּחִילָּתוֹ דִּבְרֵי תוֹרָה וְסוֹפוֹ דִּבְרֵי תוֹרָה. תְּחִילָּתוֹ דִבְרֵי תוֹרָה, דִּכְתִיב: ״מַה יִּתְרוֹן לָאָדָם בְּכָל עֲמָלוֹ שֶׁיַּעֲמֹול תַּחַת הַשֶּׁמֶשׁ״ — וְאָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי תַּחַת הַשֶּׁמֶשׁ הוּא דְּאֵין לוֹ. קֹודֶם שֶׁמֶשׁ — יֵשׁ לוֹ. סוֹפוֹ דִבְרֵי תוֹרָה, דִּכְתִיב: ״סוֹף דָּבָר הַכֹּל נִשְׁמָע אֶת הָאֱ-לֹהִים יְרָא וְאֶת מִצְוֹתָיו שְׁמוֹר כִּי זֶה כָּל הָאָדָם״. מַאי ״כִּי זֶה כָּל הָאָדָם״? — אָמַר רַבִּי (אֱלִיעֶזֶר) [אֶלְעָזָר]: כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ לֹא נִבְרָא אֶלָּא בִּשְׁבִיל זֶה. רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא אָמַר: שָׁקוּל זֶה כְּנֶגֶד כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ. שִׁמְעוֹן בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר, וְאָמְרִי לַהּ שִׁמְעוֹן בֶּן זוֹמָא אוֹמֵר: לֹא נִבְרָא כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ אֶלָּא לִצְווֹת לָזֶה.

Rav Yehuda, fils de Rav Chemouel bar Chilat, dit au nom de Rav : les sages ont cherché à ranger (ligonez) le livre de Kohelet, parce que ses paroles se contredisent l'une l'autre. Et pourquoi ne l'ont-ils pas rangé ?

Parce que son début est parole de Torah et sa fin est parole de Torah. Son début est parole de Torah, car il est écrit : "quel profit a l'homme de tout son labeur, dont il se peine sous le soleil ?" — et l'on a dit dans la maison de Rabbi Yannai : c'est sous le soleil qu'il n'en a pas ; avant le soleil, il en a.

Sa fin est parole de Torah, car il est écrit : "fin du propos, tout est entendu : crains D.ieu et garde Ses commandements, car tel est tout l'homme." Que signifie "car tel est tout l'homme" ? Rabbi Elazar dit : le monde entier n'a été créé que pour celui-là.

Rabbi Abba bar Kahana dit : celui-là équivaut au monde entier. Chimon ben Azzai dit, et certains disent Chimon ben Zoma : le monde entier n'a été créé que pour tenir compagnie à celui-là.

📜 Rachi (3)
תְּחִלָּתוֹ וְסוֹפוֹ וכ"ש שֶׁיֵּשׁ עוֹד בֵּינְתַיִים:
Et à plus forte raison qu'il s'en trouve encore entre les deux.
קֹודֶם הַשֶּׁמֶשׁ אִם יַעֲמֹול בַּתּוֹרָה שֶׁקָּדְמָה לְשַׁמֵּשׁ יֵשׁ יִתְרוֹן:
S'il peine dans la Torah, qui a précédé le soleil, il y a un profit.
לְצַוּוֹת צַווְתָּא שולא"ש:
Tenir compagnie ; en langue vulgaire : solas.
💡 Explication

Guéniza ne signifie pas destruction mais retrait de la circulation : on range le livre pour qu'il ne serve plus à l'étude publique, parce que ses contradictions risquent d'égarer. Le critère retenu pour le conserver porte sur les deux extrémités du livre, début et fin, et Rachi ajoute qu'à plus forte raison le milieu en contient.

La lecture de la maison de Rabbi Yannai joue sur tahat ha-chemech (sous le soleil) : le labeur des choses créées avec le soleil ne laisse pas de profit, tandis que la Torah, antérieure au soleil, en donne un. Les trois lectures de "tel est tout l'homme" montent en intensité : le monde est fait pour lui, il vaut le monde, le monde n'est là que pour lui tenir compagnie.

4
וּמַאי ״דְּבָרָיו סוֹתְרִין זֶה אֶת זֶה״? כְּתִיב: ״טוֹב כַּעַס מִשְּׂחוֹק״, וּכְתִיב ״לִשְׂחֹוק אָמַרְתִּי מְהֻולָּל״! כְּתִיב ״וְשִׁבַּחְתִּי אֲנִי אֶת הַשִּׂמְחָה״, וּכְתִיב ״וּלְשִׂמְחָה מַה זֹּה עֹושָׂה! לָא קַשְׁיָא ״טוֹב כַּעַס מִשְּׂחוֹק״: טוֹב כַּעַס שֶׁכּוֹעֵס הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל הַצַּדִּיקִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, מִשְּׂחוֹק שֶׁמְּשַׂחֵק הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל הָרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה. וְ״לִשְׂחֹוק אָמַרְתִּי מְהֻולָּל״ — זֶה שְׂחוֹק שֶׁמְּשַׂחֵק הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עִם הַצַּדִּיקִים בָּעוֹלָם הַבָּא.

Et en quoi ses paroles se contredisent-elles ? Il est écrit : "mieux vaut le dépit que le rire", et il est écrit : "du rire j'ai dit : il est louable" !

Il est écrit : "et j'ai fait l'éloge de la joie", et il est écrit : "et de la joie : que fait-elle ?" Il n'y a pas de difficulté. "Mieux vaut le dépit que le rire" : meilleur est le dépit dont le Saint béni soit-Il s'irrite contre les justes en ce monde, que le rire dont le Saint béni soit-Il rit avec les méchants en ce monde.

Et "du rire j'ai dit : il est louable" — c'est le rire dont le Saint béni soit-Il rit avec les justes dans le monde à venir.

📜 Rachi (2)
מְהֻולָּל מְשֻׁובָּח:
Loué, digne d'éloge.
מִשְּׂחוֹק שֶׁמְּשַׂחֵק עִם הָרְשָׁעִים שֶׁנּוֹתֵן לָהֶם שָׁעָה מְשַׂחֶקֶת כְּדֵי לְהַאֲכִילָן חֶלְקָן וּלְטָורְדָן מִן הָעוֹלָם הַבָּא:
Il leur accorde une heure qui leur sourit, afin de leur faire consommer leur part et de les écarter du monde à venir.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כְּתִיב: (קֹהֶלֶת ז' ג') "טוֹב כַּעַס מִשְּׂחוֹק", וּכְתִיב: (קֹהֶלֶת ב' ב') "לִשְׂחוֹק אָמַרְתִּי מְהוֹלָל וּלְשִׂמְחָה מַה זֹּה עֹשָׂה". קַשָּׁא וַהֲלֹא לִשְׂחֹוק אָמַרְתִּי מְהֻולָּל כָּתוּב קֹודֶם והו"ל לְהַקְדִּימוֹ בְּקֻושְׁיָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי לִשְׂחֹוק אָמַרְתִּי מְהֻולָּל הוּא מֻוקְשֶׁה בְּלָאו הָכִי מִצַּד עַצְמוֹ, דְּאֵיךְ יֹאמַר מְהֻולָּל פֵּירוּשׁ מְשֻׁובָּח עַל הַשְּׂחוֹק וְהַכֹּל יוֹדְעִים שֶׁהַשְּׂחוֹק מְגֻונֶּה, לְכָךְ כֵּיוָן שֶׁהוּא מֻוקְשֶׁה יוֹתֵר הִזְכִּירוֹ לְבַסּוֹף כִּי כֵן הַדֶּרֶךְ לִמְנַקַּט הַיּוֹתֵר מֻוקְשֶׁה בָּאַחֲרוֹנָה. וְכֵן וּלְשִׂמְחָה מַה זֹּה עֹשָׂה הוּא גַּם כֵּן מֻוקְשֶׁה מִצַּד עַצְמוֹ, יַעַן כִּי הַשִּׂמְחָה אֵינָהּ מְגֻונֶּה כְּדֵי שֶׁהוּא מְזַלְזֵל בָּזֶה וְאוֹמֵר 'מַה זֶה עָשָׂה' אַךְ עֲדַיִין קַשָּׁא מְנָא לַן לְפָרֵשׁ מְהֻולָּל לְשׁוֹן שֶׁבַח וְהָיָה לוֹ לְפָרֵשׁ לְשׁוֹן הוֹלֵלוּת וְסִכְלוּת וְאֵין כָּאן סְתִירָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם דִּכְתִיב אָמַרְתִּי וְאִם הוּא לְשׁוֹן הוֹלֵלוּת וְסִכְלוּת כֻּולֵּי עָלְמָא אוֹמְרִים כֵּן, אֶלָּא וַדַּאי לְשׁוֹן שֶׁבַח וְקָא מַשְׁמָע לָן חִדּוּשׁ מִן מַאֲמָרָיו.
Il est écrit "mieux vaut le dépit que le rire" (Kohelet 7, 3) et il est écrit "du rire j'ai dit : il est louable, et de la joie : que fait-elle ?" (Kohelet 2, 2). On demande : "du rire j'ai dit qu'il est louable" est écrit en premier, il fallait donc le citer en premier dans la question. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que "du rire j'ai dit qu'il est louable" fait déjà difficulté par lui-même : comment dire d'un rire qu'il est loué, alors que tous savent que le rire est blâmable ? Puisqu'il fait davantage difficulté, on le mentionne en dernier, car l'usage est de placer en dernier ce qui embarrasse le plus. De même "et de la joie, que fait-elle" fait difficulté par soi, puisque la joie n'est pas blâmable au point qu'on la rabaisse en demandant "que fait-elle ?". Mais il reste à demander d'où nous tenons qu'il faut entendre "meholal" au sens de louange, alors qu'on pouvait l'entendre au sens de folie et de sottise, et qu'il n'y aurait plus de contradiction. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela tient au mot "j'ai dit" : si le mot signifiait folie, tout le monde le dit déjà ; il s'agit donc d'un sens de louange, et il nous apprend une nouveauté tirée de ses propres paroles.
טוֹב כַּעַס שֶׁכּוֹעֵס הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל הַצַּדִּיקִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, מִשְּׂחוֹק שֶׁמְּשַׂחֵק הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל הָרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה. קַשָּׁא אֵין לוֹמַר זֶה טוֹב מִזֶּה אֶלָּא עַל דְּבָרִים שֶׁהֵם מִסּוּג אֶחָד וְלֹא בִּדְבָרִים שֶׁהֵם הַפְכִּיִּים, וְכָעַס שֶׁהוּא עֹונֶשׁ וּשְׂחוֹק שֶׁהוּא הַשָּׂכָר הֵם הַפְכִּיִּים מִצַּד לְצַד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מֵ"ם שֶׁל מ שְׂחוֹק הִיא מֵ"ם הַסִּיבָּה, עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁאָמַר יוֹסֵי בֶּן יוֹעֶזֶר לְבֶן אֲחוֹתוֹ עַל אֲשֶׁר הָיָה מִתְפָּאֵר בְּרוֹב טוֹבָה שֶׁהָיָה לוֹ בְּרִשְׁעָתוֹ, וְאָמַר לוֹ אִם כָּךְ לְעוֹבְרֵי רְצוֹנוֹ כָּל שֶׁכֵּן לְעוֹשֵׂי רְצוֹנוֹ. וְלָזֶה אָמַר טוֹב כַּעַס שֶׁכּוֹעֵס הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל הַצַּדִּיקִים בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁמַּעֲנִישָׁם, דְּזֶה הָעֹונֶשׁ הוּא נֶחְשָׁב טוֹב לָהֶם וְאֵינוֹ הֲרִיסָה, וּמֵהֵיכָן תֵּדַע שֶׁהוּא טוֹב וְלֹא רַע תֵּדָעֵהוּ מִשְּׂחוֹק הוּא הַטּוֹב שֶׁעוֹשֶׂה לָרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁתֹּאמַר אִם כָּךְ לְעוֹבְרֵי רְצוֹנוֹ כָּל שֶׁכֵּן לְעוֹשֵׂי רְצוֹנוֹ, וְלָכֵן בע"כ צָרִיךְ לְהָבִין שֶׁאֵלּוּ הַיִּסּוּרִין שֶׁל הַצַּדִּיקִים הֵם טוֹב וְלֹא רַע. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש בְּמִדְרַשׁ שׁוֹחֵר טוֹב (תְּהִלִּים סב, יג) וּלְךָ ה' חָסֶד כִּי אַתָּה תְשַׁלֵּם לְאִישׁ כְּמַעֲשֵׂהוּ, מַהוּ אָדָם רַוָּוק עוֹבֵר עֲבֵירָה וְרָאוּי לָמוּת בָּהּ, מָה הקב"ה עוֹשֶׂה תּוֹלֶה לוֹ עַד שֶׁיִּשָּׂא אִשָּׁה וַיּוֹלֶד בָּנִים והקב"ה נוֹטֵל אֶחָד מִבָּנָיו תַּחַת אוֹתָהּ עֲבֵירָה. נִמְצָא הקב"ה גּוֹבֶה שֶׁלּוֹ מִשֶּׁלּוֹ הַיֵּשׁ חֶסֶד גָּדוֹל מִזֶּה?! ע"כ. וּלְפִי זֶה כָּל עֹונֶשׁ שֶׁמֵּבִיא עַל הַצַּדִּיקִים בָּעוֹלָם הַזֶּה הוּא טוֹב מֵאַחַר שֶׁהוּא גּוֹבֶה שֶׁלּוֹ מִשֶּׁלּוֹ, מַה שֶׁאֵין כֵּן הַשָּׂכָר שֶׁנּוֹתֵן לָרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה הוּא נוֹתֵן לָהֶם מִשֶּׁלָּהֶם וְלֹא יִשָּׁאֵר כְּלוּם מִשָּׂכָר שֶׁלָּהֶם בָּעוֹלָם הַבָּא נִמְצָא מַתַּן שְׂכָרָם בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁאֵינוֹ נִצְחִי הוּא רַע לָהֶם, וז"ש טוֹב כַּעַס שֶׁכּוֹעֵס עַל הַצַּדִּיקִים בָּעוֹלָם הַזֶּה יוֹתֵר מִן טוֹב שֶׁנּוֹתֵן לָרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, כִּי עֹונֶשׁ הַצַּדִּיק נִפְרָע מִשֶּׁלּוֹ, וּשְׂכַר הָרְשָׁעִים נוֹתְנוֹ לָהֶם שֶׁעוֹקֵר מִצְוָתָם וְכִלְיָיא קַרְנָא בָּעוֹלָם הַזֶּה.
"Meilleur est le dépit dont le Saint béni soit-Il s'irrite contre les justes en ce monde, que le rire dont le Saint béni soit-Il rit avec les méchants en ce monde." On demande : on ne dit "ceci vaut mieux que cela" que pour des choses d'un même genre, non pour des choses opposées ; or le dépit est un châtiment et le rire une récompense, ils s'opposent d'un bout à l'autre. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mem de "mi-sehok" est un mem de cause, à la manière de ce que Yossi ben Yoezer dit au fils de sa sœur, qui se vantait du grand bien qu'il possédait dans sa méchanceté : s'il en est ainsi pour ceux qui transgressent Sa volonté, à plus forte raison pour ceux qui l'accomplissent. Ainsi ici : bon est le dépit dont le Saint béni soit-Il s'irrite contre les justes en ce monde en les châtiant, car ce châtiment est tenu pour un bien à leur égard et non pour une destruction ; et d'où le sais-tu ? Du rire, c'est-à-dire du bien qu'Il fait aux méchants en ce monde, puisque tu diras : s'il en est ainsi pour ceux qui transgressent Sa volonté, à plus forte raison pour ceux qui l'accomplissent. Il faut donc comprendre que ces souffrances des justes sont un bien et non un mal. Autre explication, avec l'aide du Ciel, d'après le midrach Chohar Tov (Tehilim 62, 13) sur "et à Toi, Hachem, la bonté, car Tu paies à chacun selon son œuvre" : qu'est-ce à dire ? Un célibataire commet une faute qui mérite la mort ; que fait le Saint béni soit-Il ? Il lui accorde un délai jusqu'à ce qu'il épouse une femme et engendre des enfants, puis Il prend l'un de ses fils à la place de cette faute. Il se trouve que le Saint béni soit-Il perçoit ce qui Lui revient sur ce qui vient de Lui : y a-t-il plus grande bonté ? Selon cela, tout châtiment qu'Il amène sur les justes en ce monde est un bien, puisqu'Il perçoit son dû sur ce qui Lui appartient ; tandis que la récompense qu'Il donne aux méchants en ce monde, Il la leur donne de ce qui est à eux, et rien ne leur restera de leur salaire dans le monde à venir : leur salaire en ce monde, qui n'est pas éternel, est donc un mal pour eux. C'est le sens de : meilleur est le dépit dont Il s'irrite contre les justes en ce monde que le bien qu'Il donne aux méchants en ce monde, car le châtiment du juste se prélève sur ce qui appartient à D.ieu, tandis que le salaire des méchants leur est versé en déracinant leurs mitsvot et en épuisant le capital dès ce monde.
💡 Explication

La guemara oppose deux couples de versets de Kohelet. Le premier porte sur kaas (le dépit, la colère) et sehok (le rire), le second sur la simha (la joie). La résolution du premier couple répartit les deux termes selon celui à qui ils s'adressent et selon le monde où ils se produisent.

Rachi éclaire le point sensible : le rire accordé aux méchants ici-bas consiste à leur donner une heure favorable qui épuise leur part, de sorte que cette faveur apparente les écarte du monde à venir.

🖼️ Schéma
Dépit et rire, selon le destinataire et le monde Ce monde-ci Le monde à venir Les justes Les méchants Le dépit (kaas) souffrances qui purifient tov — préférable Le rire (sehok) la part gardée pour eux méholal — louable Le rire (sehok) une heure qui leur sourit et consomme leur part rien ne leur reste de leur salaire
Dépit et rire répartis selon le destinataire et selon le monde ; le dépit ici-bas est le lot préférable.
5
״וְשִׁבַּחְתִּי אֲנִי אֶת הַשִּׂמְחָה״ — שִׂמְחָה שֶׁל מִצְוָה. ״וּלְשִׂמְחָה מַה זֹּה עֹושָׂה״ — זוֹ שִׂמְחָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל מִצְוָה. לְלַמֶּדְךָ שֶׁאֵין שְׁכִינָה שׁוֹרָה לֹא מִתּוֹךְ עַצְבוּת וְלֹא מִתּוֹךְ עַצְלוּת וְלֹא מִתּוֹךְ שְׂחוֹק וְלֹא מִתּוֹךְ קַלּוּת רֹאשׁ וְלֹא מִתּוֹךְ שִׂיחָה וְלֹא מִתּוֹךְ דְּבָרִים בְּטֵלִים, אֶלָּא מִתּוֹךְ דְּבַר שִׂמְחָה שֶׁל מִצְוָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעַתָּה קְחוּ לִי מְנַגֵּן וְהָיָה כְּנַגֵּן הַמְנַגֵּן וַתְּהִי עָלָיו יַד ה׳״. אָמַר רַב יְהוּדָה: וְכֵן לִדְבַר הֲלָכָה. אָמַר רָבָא: וְכֵן לַחֲלוֹם טוֹב.

"Et j'ai fait l'éloge de la joie" — c'est une joie de mitsva. "Et de la joie : que fait-elle ?" — c'est une joie qui n'est pas de mitsva.

Cela t'enseigne que la Chekhina ne repose ni du fait de la tristesse, ni du fait de la paresse, ni du fait du rire, ni du fait de la légèreté de tête, ni du fait du bavardage, ni du fait de paroles vaines, mais du fait d'une chose de joie de mitsva, ainsi qu'il est dit : "et maintenant, amenez-moi un musicien ; et il advint, lorsque le musicien joua, que la main de Hachem fut sur lui." Rav Yehuda dit : et de même pour une parole de halakha. Rava dit : et de même pour un bon rêve.

📜 Rachi (6)
שִׂמְחָה שֶׁל מִצְוָה כְּגוֹן הַכְנָסַת כַּלָּה:
Par exemple accompagner une mariée (hakhnassat kala).
שְׂחוֹק שְׂחוֹק מַמָּשׁ שֶׁאֵין דַּעַת שׂוֹחֵק מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו וַאֲפִילּוּ אֵינוֹ שֶׁל לָצוֹן מ"מ אֵין בּוֹ יִישּׁוּב:
Le rire proprement dit : l'esprit de celui qui rit n'est pas posé sur lui, et même s'il ne s'agit pas de moquerie, il n'y a en lui aucune assise.
קַלּוּת רֹאשׁ לָצוֹן:
De la moquerie.
קְחוּ לִי מְנַגֵּן מִצְוָה הִיא לְהַשְׁרוֹת עָלָיו שְׁכִינָה:
C'est une mitsva, afin de faire reposer sur lui la Chekhina.
לִדְבַר הֲלָכָה צָרִיךְ לִפְתֹּוחַ בְּמִילֵּי דִּבְדִיחוּתָא בְּרֵישָׁא:
Il faut ouvrir d'abord par un propos plaisant.
לַחֲלוֹם טוֹב אִם בָּא לִישֹׁן מִתּוֹךְ שִׂמְחָה מַרְאִין לוֹ חֲלוֹם טוֹב:
S'il vient dormir dans la joie, on lui montre un bon rêve.
🪔 Ben Yehoyada (3)
"וּלְשִׂמְחָה מַה זֹּה עֹשָׂה" (קֹהֶלֶת ב' ב') זוֹ שִׂמְחָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל מִצְוָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת כֵּיוָן דְּאָמַר 'שִׂמְחָה' בִּסְתָם מְנָא לַן לְפָרֵשׁ דְּאַייְרֵי בְּאֵינַהּ שֶׁל מִצְוָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי שִׂמְחָה שֶׁל מִצְוָה שֶׁדִּבֵּר בָּהּ קֹהֶלֶת (ח, טו) בַּפָּסוּק, וְשִׁבַּחְתִּי אֲנִי אֶת הַשִּׂמְחָה, שֶׁהִיא שֶׁל שַׁבָּת כָּל הָרוֹאֶה אוֹתָהּ יֹאמַר שֶׁהִיא טוֹבָה וְלָמָּה יִשְׁאַל מַה זּוֹ עוֹשָׂה? וּשְׁאֵלָה זוֹ לֹא תִּמָּצֵא אֶלָּא בְּשִׂמְחָה שֶׁל חוֹל, כְּגוֹן שֶׁרוֹאֶה שֶׁעוֹשִׂין שִׂמְחָה בִּימֵי הַחֹול, דְּהָרוֹאֶה לֹא יַחְלִיט שֶׁהִיא סִכְלוּת מִפְּנֵי שֶׁהֵם יְמֵי חוֹל, אֶלָּא צָרִיךְ לִשָּׁאֵל תְּחִלָּה מַה זּוֹ עוֹשָׂה? דְּשֶׁמָּא שֶׁל מִילָה אוֹ חֻופָּה אוֹ פִּדְיוֹן אוֹ סִיּוּם מַסֶּכְתָּא, וְלָכֵן כֵּיוָן דְּאָמַר 'מַה זּוֹ עוֹשָׂה' מֻוכְרָח דְּאַייְרֵי בְּשִׂמְחָה שֶׁאֵינָהּ דְּשַׁבָּת וְיוֹם טוֹב שֶׁדִּבֵּר בָּהּ קֹהֶלֶת בַּפָּסוּק וְשִׁבַּחְתִּי אֲנִי אֶת הַשִּׂמְחָה, דְּאֵין צָרִיךְ לִשְׁאֹל עַל זֹאת 'מַה זּוֹ עוֹשָׂה' כִּי עִצּוּמוֹ שֶׁל יוֹם מוֹכִיחַ עָלֶיהָ. אַךְ עֲדַיִין קְשָׁא לָמָּה אָמַר שֶׁאֵינָהּ שֶׁל מִצְוָה וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שִׂמְחָה שֶׁל חוֹל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָקֵיט כֵּן שֶׁבָּא לִכְלֹול גַּם שֶׁל שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין בָּהּ לְשֵׁם שָׁמַיִם אֶלָּא רַק לַהֲנָאַת גּוּפוֹ דְּבָזֶה אֵין הַשִּׂמְחָה דְּבֵקָה בַּמִּצְוֹת אֶלָּא בְּגוּפוֹ, וְלָכֵן זוֹ נִקְרֵאת גַּם כֵּן שֶׁאֵינָהּ שֶׁל מִצְוָה וְאַף עַל פִּי שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ בְּשַׁבָּת וְיוֹם טוֹב, מִפְּנֵי שֶׁכָּל כַּוָּנָתוֹ בָּהּ לַהֲנָאַת גּוּפוֹ.
"Et de la joie : que fait-elle ?" (Kohelet 2, 2) — c'est une joie qui n'est pas de mitsva. On peut demander : puisque le verset dit "joie" sans autre précision, d'où tenons-nous qu'il parle d'une joie qui n'est pas de mitsva ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la joie de mitsva dont Kohelet parle dans le verset "et j'ai fait l'éloge de la joie" (8, 15), qui est celle du Chabbat, quiconque la voit dira qu'elle est bonne, et pourquoi demanderait-il "que fait-elle ?". Cette question ne se rencontre qu'à propos d'une joie de jour ordinaire : voyant qu'on se réjouit un jour de semaine, celui qui regarde ne tranchera pas qu'il s'agit de sottise, puisque ce sont des jours de semaine, mais devra d'abord demander "que fait-elle ?", car il s'agit peut-être d'une mila, d'une houpa, d'un pidyon ou d'un siyoum de traité. Puisqu'il dit "que fait-elle ?", il s'agit donc nécessairement d'une joie qui n'est pas celle du Chabbat et du yom tov dont Kohelet parle dans "et j'ai fait l'éloge de la joie", car pour celle-là on n'a pas à demander "que fait-elle" : la nature même du jour en témoigne. Mais il reste à demander pourquoi il dit "qui n'est pas de mitsva" plutôt que "joie de jour ordinaire". Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'exprime ainsi pour inclure aussi la joie du Chabbat et du yom tov dans laquelle on ne vise pas le Ciel mais seulement le plaisir de son corps : la joie n'y adhère pas à la mitsva mais au corps, et elle s'appelle elle aussi une joie qui n'est pas de mitsva, bien qu'on la fasse un Chabbat ou un yom tov, parce que toute l'intention y est le plaisir du corps.
"וְשִׁבַּחְתִּי אֲנִי אֶת הַשִּׂמְחָה" זוֹ שִׂמְחָה שֶׁל מִצְוָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת שִׂמְחָה בִּסְתָם קָאָמַר וּמְנָא לָן לְפָרֵשׁ 'שֶׁל מִצְוָה' ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי שִׂמְחָה שֶׁל מִצְוָה מְפָרְשִׁי לָהּ הָרִאשׁוֹנִים זַ"ל בְּשִׂמְחַת עֹונֶג שַׁבָּת וְעֹונֶג יוֹם טוֹב, וְזֶה הַפֵּירוּשׁ נִרְאֶה יוֹתֵר בִּפְשַׁט הַמַּאֲמָר. וּבָזֶה מוּבָן דְּיֵשׁ לוֹמַר מִן הַפָּסוּק דְּאַיְּירִי בְּשִׂמְחָה שֶׁל מִצְוָה שֶׁהִיא שֶׁל עֹונֶג שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב, דְּקַשָּׁא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'וּתְשַׁבֵּחַ הַשִּׂמְחָה' שֶׁהִיא תְּשֻׁובַּח מִכָּל אָדָם, וְלָמָּה אָמַר 'וְשִׁבַּחְתִּי אָנִי' דְּמַשְׁמַע שֶׁבָּא לִשְׁלֹול בְּנֵי אָדָם אֲחֵרִים? אֶלָּא וַדַּאי דְּאַיְירֵי בְּשֶׁל שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב. וְהַייְנוּ טַעְמָא מִפְּנֵי שֶׁהַשִּׂמְחָה שֶׁל תַּעֲנוּג לֹא תִּהְיֶה אֶלָּא עַל יְדֵי הַהֶעְדֵּר, וְלָכֵן אִם אוֹכֵל אָדָם גַּם בִּימוֹת הַחֹול בְּכָל יוֹם כַּמָּה מִינֵי תַּבְשִׁילִין חֲשׁוּבֵין וְשׁוֹתֶה מַשְׁקִין חֲשׁוּבֵין וְלוֹבֵשׁ לְבוּשִׁים נָאִים וִיקָרִים וְיוֹשֵׁב עַל מַצָּעוֹת חֲשׁוּבִים זֶה אֵינוֹ מַרְגִּישׁ בְּשַׁבָּת וְיוֹם טוֹב עֹונֶג מִן אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וּמִלְּבוּשׁ וּמַצָּעוֹת כֵּיוָן דְּרָגִיל בָּהֶם בְּכָל יוֹם, וְהָרֶגֶל עַל כָּל דָּבָר נַעֲשֶׂה טֶבַע וְלָכֵן אֵין לוֹ שִׂמְחָה בְּעֹונֶג שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב בְּכָל אֵלּוּ, כְּמוֹ שֶׁאֵין אָדָם שָׂמֵחַ מֵאוֹר הַשֶּׁמֶשׁ וְאוֹר הַלְּבָנָה אַף עַל פִּי בֶּאֱמֶת יֵשׁ לוֹ עֹונֶג מֵהֶם, וְהַייְנוּ מֵחֲמַת שֶׁהוּא רָגִיל בָּהֶם. אֲבָל אִם לֹא יֹאכַל וְיִשְׁתֶּה בְּמוֹתָרוֹת עֲרֵבִים וְאֵינוֹ לוֹבֵשׁ וּמִשְׁתַּמֵּשׁ בְּכֵלִים נָאִים אֶלָּא רַק בְּשַׁבָּת וְיוֹם טוֹב זֶה יֵשׁ לוֹ שִׂמְחָה בְּעֹונֶג שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב בְּכָל אֵלּוּ. וְלָכֵן בִּימֵי שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהָיוּ כָּל יִשְׂרָאֵל עֲשִׁירִים עַד שֶׁאֵין הַכֶּסֶף נֶחְשָׁב כְּלוּם וְהָיוּ יוֹשְׁבִים בְּטוֹבָה וְשַׁלְוָה הָיָה הֶפְרֵשׁ בְּשִׂמְחַת עֹונֶג שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב בֵּין הַחֲכָמִים הַמַּשְׂכִּילִים וּבֵין הֲמוֹן הָעָם, כִּי הֲמוֹן הָעָם כָּל הַיָּמִים מִתְנַהֲגִים בְּמוֹתָרוֹת אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וְכֵלִים נָאִים כֵּיוָן דְּסָפֵק בְּיָדָם, וְאֵין לָהֶם הֶפְרֵשׁ בֵּין שַׁבָּת לִימֵי הַחֹול כְּמוֹ שֶׁתִּרְאֶה בְּעֵינֶיךָ עַתָּה בְּהַנְהָגַת הָעֲשִׁירִים בְּבָתֵּיהֶם, וְלָכֵן אֵלּוּ לֹא יַרְגִּישׁוּ בְּשִׂמְחַת עֹונֶג שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב, מֵאַחַר דְּאֵין לָהֶם הֶפְרֵשׁ וְאֵין לַהֲנָאוֹת אֵלּוּ הָעֵדֶר מֵהֶם בְּשׁוּם יוֹם כְּלָל. אֲבָל הַחֲכָמִים הַמַּשְׂכִּילִים שֶׁהָיוּ בְּאוֹתוֹ זְמַן אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ לְאֵל יָדָם לַעֲשׂוֹת כָּל הַיָּמִים כְּחַגִּים וּמוֹעֲדִים בַּאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וְכֵלִים וּמַלְבּוּשִׁים נָאִים, עִם כָּל זֶה אֵין נֶהֱנִים בְּמוֹתָרוֹת אֵלּוּ אֶלָּא רַק בְּשַׁבָּת וְיוֹם טוֹב, אֲבָל בִּימֵי הַחֹול נֶעֱדָרִים מִן הַמּוֹתָרוֹת בְּכָל דָּבָר וְדָבָר, וְלָכֵן יַרְגִּישׁוּ הֵם בְּשִׂמְחַת עֹונֶג שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב. וְעַל כֵּן אָמַר שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה עַל שִׂמְחַת מִצְוָה שֶׁל עֹונֶג שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב וְשִׁבַּחְתִּי אֲנִי אֶת הַשִּׂמְחָה , כְּלוֹמַר אֲנִי וְכַיּוֹצֵא בִּי מִן בְּנֵי אָדָם הַמַּשְׂכִּילִים, מַה שֶׁאֵין כֵּן הֲמוֹן הָעָם לֹא תְּשֻׁובַּח אֶצְלָם שִׂמְחָה זוֹ מִפְּנֵי שֶׁאֵינָהּ מֻורְגֶּשֶׁת אֶצְלָם, וְלָכֵן מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ הַכָּתוּב דְּאַייְרֵי בְּשִׂמְחָה שֶׁל מִצְוָה הַנִּזְכָּר, מִפְּנֵי שֶׁבָּזֶה אֵין דַּעְתָּם וּמִנְהָגָם שֶׁל בְּנֵי אָדָם בְּהַשְׁוָואָה אַחַת.
"Et j'ai fait l'éloge de la joie" — c'est une joie de mitsva. On peut demander : le verset dit "joie" sans autre précision, d'où tenons-nous qu'il s'agit d'une joie de mitsva ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les Richonim expliquent la joie de mitsva comme celle du oneg Chabbat et du oneg yom tov, et cette explication s'accorde mieux au sens simple du passage. On comprend alors que le verset parle d'une joie de mitsva, celle du oneg Chabbat et du oneg yom tov, car il y a une difficulté : il aurait dû dire "et la joie est louée", c'est-à-dire qu'elle est louée par tout homme ; pourquoi dire "et j'ai fait l'éloge, moi", ce qui laisse entendre qu'il en exclut d'autres hommes ? Il s'agit donc bien de la joie du Chabbat et du yom tov. La raison en est que la joie du plaisir ne naît que par la privation. Si un homme mange aussi les jours de semaine plusieurs mets de valeur, boit des boissons de prix, porte de beaux vêtements coûteux et s'assied sur des matelas précieux, il ne ressentira pas, le Chabbat et le yom tov, de plaisir dans la nourriture, la boisson, le vêtement et la couche, puisqu'il y est accoutumé chaque jour, et l'habitude, en toute chose, devient nature ; il n'a donc aucune joie du oneg Chabbat et du oneg yom tov par ces choses, de même que nul ne se réjouit de la lumière du soleil et de la lune, bien qu'il en tire en vérité un plaisir, parce qu'il y est accoutumé. Mais celui qui ne mange ni ne boit de superflu agréable, qui ne porte ni n'utilise de beaux ustensiles sinon le Chabbat et le yom tov, celui-là connaît la joie du oneg Chabbat et du oneg yom tov. Aussi, aux jours de Chelomo, où tout Israël était riche au point que l'argent ne comptait pour rien et que l'on vivait dans le bien-être et la tranquillité, y avait-il une différence, quant à la joie du oneg Chabbat et du oneg yom tov, entre les sages éclairés et la foule. La foule vit tous les jours dans le superflu de nourriture, de boisson et de beaux ustensiles, puisqu'elle en a les moyens, et ne fait pas de différence entre le Chabbat et les jours de semaine, comme tu le vois aujourd'hui de tes yeux dans la conduite des riches chez eux ; ceux-là ne ressentent pas la joie du oneg Chabbat et du oneg yom tov, puisqu'il n'y a pour eux aucune différence et que ces plaisirs ne leur manquent aucun jour. Mais les sages éclairés de ce temps, bien qu'ils eussent les moyens de faire de tous les jours des fêtes par la nourriture, la boisson, les ustensiles et les beaux vêtements, ne jouissaient de ce superflu qu'au Chabbat et au yom tov, se privant de tout superflu les jours de semaine ; ceux-là ressentaient la joie du oneg Chabbat et du oneg yom tov. C'est pourquoi Chelomo a dit de la joie de mitsva du oneg Chabbat et du oneg yom tov : "et j'ai fait l'éloge, moi, de la joie", c'est-à-dire moi et mes semblables parmi les hommes éclairés ; la foule, elle, ne loue pas cette joie parce qu'elle ne la ressent pas. Il faut donc expliquer que le verset parle de la joie de mitsva mentionnée, puisque sur ce point la pensée et l'usage des hommes ne sont pas égaux.
לְלַמֶּדְךָ, שֶׁאֵין שְׁכִינָה שׁוֹרָה לֹא מִתּוֹךְ עַצְלוּת, וְלֹא מִתּוֹךְ עֲצֵבוֹת וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט כָּל אֵלֶּה כְּנֶגֶד ד' יְסוֹדוֹת אֲשֶׁר דְּבָרִים אֵלּוּ נִמְשָׁכִים מֵהֶם, דְּעַצְלוּת וְעַצְבוּת מִיְּסוֹד הֶעָפָר, וּשְׂחוֹק מִיְּסוֹד הָאֵשׁ, לְכָךְ הַמְשַׂחֵק פָּנָיו מִתְאַדְּמִים מִתִּגְבֹּורֶת הַחֹום בּוֹ, וְקַלּוּת רֹאשׁ מִיְּסוֹד הַמַּיִם שֶׁהֵם קָלִי הַמֵּרוֹץ, וּמִיְּסוֹד זֶה נִמְשָׁכִים הִרְהוּרִים שֶׁל זְנוּת אֲשֶׁר עַל יָדָם יָבֹא הָאָדָם לְקַלּוּת רֹאשׁ, אֲבָל שִׂיחָה וּדְבָרִים בְּטֵלִים נִמְשָׁכִים מִיְּסוֹד הָרוּחַ שֶׁהֵם דִּבּוּר וְיָדוּעַ דְּרוּחָא מְמַלְּלָא. וּמַה שֶׁאָמְרוּ וְכֵן לִדְבַר הֲלָכָה וְכֵן לַחֲלוֹם טוֹב נִמְצָא הַשִּׂמְחָה טוֹבָה לְהַשְׁרָאַת שְׁכִינָה וּלְמַרְאֵה חֲלוֹם וְלִדְבַר הֲלָכָה, וְנִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז שְׁלֹשָׁה אֵלֶּה בְּ 'שִׂמְחָה' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ש כִּינָּה מ רָאָה ח לוֹם ה לְכָה שֶׁכֻּולָּם צְרִיכִין שִׂמְחָה.
"Cela t'enseigne que la Chekhina ne repose ni du fait de la paresse, ni du fait de la tristesse, etc." Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il énumère toutes ces choses en regard des quatre éléments dont elles découlent. La paresse et la tristesse viennent de l'élément terre. Le rire vient de l'élément feu, et c'est pourquoi le visage de celui qui rit rougit par l'excès de chaleur en lui. La légèreté de tête vient de l'élément eau, qui est rapide à courir, et de cet élément découlent les pensées de débauche par lesquelles l'homme en vient à la légèreté. Le bavardage et les paroles vaines viennent de l'élément air, qui est la parole, car on sait que l'esprit est ce qui parle. Et ce qu'ils ont dit, "de même pour une parole de halakha" et "de même pour un bon rêve", montre que la joie est bonne pour la résidence de la Chekhina, pour la vision d'un rêve et pour une parole de halakha ; il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces trois choses sont suggérées dans le mot "simha" : chin pour Chekhina, mem pour mareh (vision), het pour halom (rêve), hé pour halakha — toutes requièrent la joie.
💡 Explication

Le second couple de versets se résout par une distinction de contenu : la joie liée à une mitsva d'un côté, la joie ordinaire de l'autre. Rachi donne l'exemple de hakhnassat kala, accompagner une mariée.

La baraita dresse ensuite la liste de six états qui ferment l'accès à la prophétie et ne laissent pas la Chekhina reposer. Le verset d'Elicha sert de preuve : le prophète fait venir un musicien et l'esprit revient sur lui. Rav Yehuda étend la règle à l'enseignement de la halakha, Rava au rêve, ce qui explique la conduite de Rabba au segment suivant.

🖼️ Schéma
Ce qui empêche la Chekhina et ce qui l'appelle Six états qui ferment la tristesse la paresse le rire la légèreté de tête le bavardage les paroles vaines La joie de mitsva Amenez-moi un musicien... et la main de Hachem fut sur lui II Rois 3, 15 La même joie est requise pour trois autres choses la résidence de la Chekhina Elicha et le musicien une parole de halakha Rav Yehuda un bon rêve Rava
Les six états qui empêchent la Chekhina de reposer, la joie de mitsva qui l'appelle, et les trois domaines auxquels la règle s'étend.
6
אֵינִי, וְהָאָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב: כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁיּוֹשֵׁב לִפְנֵי רַבּוֹ וְאֵין שִׂפְתוֹתָיו נוֹטְפוֹת מַר, תְּכַוֶּינָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שִׂפְתוֹתָיו שׁוֹשַׁנִּים נֹוטְפוֹת מוֹר עֹובֵר״: אַל תִּקְרֵי ״מוֹר עוֹבֵר״, אֶלָּא ״מַר עוֹבֵר״. אַל תִּקְרֵי ״שׁוֹשַׁנִּים״, אֶלָּא ״שֶׁשּׁוֹנִים״. לָא קַשְׁיָא: הָא בְּרַבָּה וְהָא בְּתַלְמִידָא. וְאִיבָּעֵית אֵימָא הָא וְהָא בְּרַבָּה, וְלָא קַשְׁיָא: הָא מִקַּמֵּי דְּלִפְתַח, הָא לְבָתַר דְּפָתַח. כִּי הָא דְּרַבָּה מִקַּמֵּי דְּפָתַח לְהוּ לְרַבָּנַן אָמַר מִילְּתָא דִּבְדִיחוּתָא וּבָדְחִי רַבָּנַן, לְסוֹף יָתֵיב בְּאֵימְתָא וּפָתַח בִּשְׁמַעְתָּא.

Est-ce bien ainsi ? Rav Guidel n'a-t-il pas dit au nom de Rav : tout disciple de sage qui siège devant son maître et dont les lèvres ne dégouttent pas d'amertume, qu'elles soient brûlées, ainsi qu'il est dit : "ses lèvres sont des lis, dégouttant de myrrhe qui coule" — ne lis pas "mor over" (myrrhe qui coule) mais "mar over" (amertume qui coule), et ne lis pas "chochanim" (des lis) mais "chechonim" (qui étudient) ?

Il n'y a pas de difficulté : ceci concerne le maître, cela concerne le disciple. Et si tu veux, dis : l'un et l'autre concernent le maître, et il n'y a pas de difficulté — ceci avant qu'il n'ouvre, cela après qu'il a ouvert.

Ainsi faisait Rabba : avant d'ouvrir devant les rabbanan, il disait un mot plaisant et les rabbanan se déridaient ; ensuite il siégeait dans la crainte et ouvrait la leçon (chemaata).

📜 Rachi (2)
נוֹטְפוֹת מַר מְרִירוּת מֵחֲמַת אֵימָה:
L'amertume vient de la crainte.
וּבָדְחִי רַבָּנָן נִפְתַּח לִבָּם מֵחֲמַת הַשִּׂמְחָה:
Leur cœur s'ouvre du fait de la joie.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁיּוֹשֵׁב לִפְנֵי רַבּוֹ, וְאֵין שִׂפְתוֹתָיו נוֹטְפוֹת מוֹר, תְּכַוֶּינָה שֶׁנֶּאֱמַר: (שִׁיר הַשִּׁירִים ה, יג) "שִׂפְתוֹתָיו שׁוֹשַׁנִּים נֹטְפוֹת מוֹר עֹבֵר". מַקְשִׁים מֵהֵיכָא מַפִּיק לָהּ דִּתְכַוֶּינָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנִרְמְזָה הַכְּוִיָּה בְּתֵיבַת 'עוֹבֵר' שֶׁהִיא בְּהִיפּוּךְ אַתָּווָן 'בּוֹעֵר' וּמִדְּנָקֵיט לְשׁוֹן עֻובָּר וְלֹא לָשׁוֹן אַחֵר מַשְׁמַע דְּבָא לִרְמֹוז עַל כְּוִיָּה בְּאוֹתִיּוֹת 'בּוֹעֵר'. גַּם יֵשׁ לִרְמֹוז הַכְּוִיָּה בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת ש וּשְׁנַיִם נ טִפּוֹת מ וְר ע בַּר י דְּיוֹ ג לֵילֵי ז הַב דְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת מִילוֹת אֵלּוּ הֵם מִסֵּפֶר [480] ת"ף כְּמִנְיַן 'תַּלְמוּד' [480] וְעִם הַכּוֹלֵל תפ"א כְּמִנְיַן 'תְּכוּנָה' [480] . וְעַיֵּין ברש"ל זַ"ל שֶׁנִּתְקַשָּׁה בְּדִקְדּוּק הַנִּזְכָּר וְתֵירֵץ דְּסָמַךְ עַל פָּסוּק (שִׁיר הַשִּׁירִים ה, יד) יָדָיו גְּלִילֵי זָהָב, ר"ל זֶה הַפָּסוּק הוּא מַשְׁלִים הַמִּינִין שֶׁל 'תְּכוּנָה'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי גְּלִילֵי זָהָב הוּא גִּוּוּן אָדֹום וְכָל בְּשַׂר אָדָם אֲשֶׁר נִכְוֶה יִהְיֶה מַרְאִיתוֹ אָדֹום כְּזָהָב.
"Tout disciple de sage qui siège devant son maître et dont les lèvres ne dégouttent pas de myrrhe, qu'elles soient brûlées, ainsi qu'il est dit : ses lèvres sont des lis dégouttant de myrrhe qui coule" (Chir ha-Chirim 5, 13). On demande d'où il tire "qu'elles soient brûlées". Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la brûlure est suggérée dans le mot "over", qui a les lettres inversées de "boer" (qui brûle) ; puisque le verset emploie le mot "over" et non un autre, cela indique qu'il veut faire allusion à la brûlure par les lettres de "boer". On peut aussi trouver l'allusion dans les initiales de "chochanim notfot mor over yadav gelilei zahav", dont le nombre est 480, comme celui de "Talmud", et avec le kollel 481, comme le nombre de "tikvena". Vois le Maharchal, qui s'est trouvé en peine sur ce point de précision et a répondu qu'il s'appuyait sur le verset "ses mains sont des cylindres d'or" (5, 14), c'est-à-dire que ce verset complète le compte de "tikvena". Il me semble encore que "des cylindres d'or" désigne une teinte rouge, et que toute chair d'homme qui a été brûlée prend une couleur rouge comme l'or.
💡 Explication

L'objection porte sur le registre de l'étude : Rav exige du disciple des lèvres amres par la crainte du maître, ce qui semble contredire l'exigence de joie avant la halakha. Les deux réponses ne répartissent pas la difficulté de la même façon : la première sépare deux personnes, le maître et le disciple ; la seconde sépare deux moments chez le maître lui-même.

Le double al tikri (ne lis pas... mais...) relit deux mots du même hémistiche : mor devient mar, et chochanim devient chechonim, ce qui transforme l'image florale en description de l'étude. La conduite de Rabba illustre la seconde réponse.

🖼️ Schéma
Joie ou amertume : deux manières d'accorder les deux enseignements Première réponse : deux personnes Le maître ouvre dans la joie. Le disciple écoute dans la crainte, les lèvres amres (mar). Seconde réponse : deux moments Les deux visent le maître : avant l'ouverture de la leçon, puis après l'ouverture. La pratique de Rabba un mot plaisant mila de-bedihouta les sages se dérident le cœur s'ouvre il siège dans la crainte et ouvre la chemaata La joie ouvre la leçon, la crainte la porte.
Les deux manières d'accorder joie et crainte, et la pratique de Rabba en trois temps.
7
וְאַף סֵפֶר מִשְׁלֵי בִּקְּשׁוּ לִגְנֹוז שֶׁהָיוּ דְּבָרָיו סוֹתְרִין זֶה אֶת זֶה. וּמִפְּנֵי מַה לֹא גְּנָזוּהוּ? אָמְרִי: סֵפֶר קֹהֶלֶת לָאו עַיְינִינַן וְאַשְׁכְּחִינַן טַעְמָא? הָכָא נָמֵי לִיעַייֵּן. וּמַאי דְּבָרָיו סוֹתְרִים זֶה אֶת זֶה? — כְּתִיב ״אַל תַּעַן כְּסִיל כְּאִוַּלְתּוֹ״, וּכְתִיב: ״עֲנָה כְּסִיל כְּאִוַּלְתּוֹ״. לָא קַשְׁיָא: הָא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, הָא בְּמִילֵּי דְּעָלְמָא.

Et le livre de Michle aussi, on a cherché à le ranger, parce que ses paroles se contredisaient l'une l'autre. Et pourquoi ne l'ont-ils pas rangé ?

Ils ont dit : le livre de Kohelet, ne l'avons-nous pas examiné et n'y avons-nous pas trouvé une raison ? Ici aussi, examinons.

Et en quoi ses paroles se contredisent-elles ? Il est écrit : "ne réponds pas au sot selon sa sottise", et il est écrit : "réponds au sot selon sa sottise".

Il n'y a pas de difficulté : ceci concerne des paroles de Torah, cela concerne les affaires du monde.

🪔 Ben Yehoyada (1)
לָא קַשְׁיָא, הָא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, הָא בְּמִילֵּי דְּעָלְמָא. רָאִיתִי בַּחֲתִיכַת נְייָר בָּלוּי כָּתוּב בּוֹ מַה שֶׁהִקְשָׁה הר"ג עט"ר מו"ר זְקֵנִי רַבֵּינוּ מֹשֶׁה חַיִּים זלה"ה לַתַּלְמִידִים מֵהָא דְּאָמְרִינַן בִּמְצִיעָא (דַּף פד) כִּי הָווּ מִקַּלְעִי [כַּאֲשֶׁר הָיוּ מִזְדַּמְּנִים] ר' יִשְׁמָעֵאל בְּר' יוֹסֵי וְר' אֶלְעָזָר בַּר' שִׁמְעוֹן בַּהֲדֵי הֲדָדֵי [בְּיַחַד] הֲוָה עָיֵיל בַּקְרָא דְתוֹרֵי בֵּינַייְהוּ [הָיָה יָכוֹל צֶמֶד שְׁוָורִים לְהִיכָּנֵס בֵּינֵיהֶם תַּחַת כְּרֵיסָם] וְלָא הֲוָה נָגְעָה בְּהוּ [הָיָה נוֹגֵעַ בָּהֶם] כֵּיוָן שֶׁהָיוּ שְׁמֵנִים מְאֹד. [וּמְסַפְּרִים] אֲמַרָה לְהוּ הָהִיא מַטְרוֹנִיתָא [לָהֶם גְּבִירָה רוֹמָאִית אַחַת] בְּנֵיכֶם אֵינָם שֶׁלָּכֶם [שֶׁמִּפְּנֵי גֹּודֶל כְּרִיסְכֶם וַדַּאי אֵינְכֶם מְסֻוגָּלִים לְהִזָּקֵק לִנְשֵׁיכֶם] , אָמְרוּ לָהּ שֶׁלָּהֶן [כְּרֵסָן שֶׁל נָשֵׁינוּ] גָּדוֹל מִשֶּׁלָּנוּ, [אָמְרָה לָהֶם] כָּל שֶׁכֵּן [שֶׁאֵין הַדָּבָר אֶפְשָׁרִי לָכֶם] אִיכָּא דְּאָמְרִי הָכִי אֲמַרוּ לַהּ: "כִּי כְּאִישׁ גְּבוּרָתוֹ" (שׁוֹפְטִים ח, כא), [כְּלוֹמַר, כָּל אֲבָרֵינוּ מְגֻודָּלִים בְּהֶתְאֵם לְגֹודֶל כְּרִיסֵנוּ] . אִיכָּא דְאָמְרִי, הָכִי [יֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁכָּךְ] אָמְרוּ לָהּ: אַהֲבָה דּוֹחֶקֶת אֶת הַבָּשָׂר. וּמַקְשֵׁי בַּגְּמָרָא לָמָּה לְהוּ לְאַהְדּוֹרֵי לָהּ [עַל שְׁאֵלָה מְחֻוצֶּפֶת וּמְטֻופֶּשֶׁת כָּזוֹ?] וְהָא כְּתִיב (מִשְׁלֵי כו, ד) אַל תַּעַן כְּסִיל כְּאִוַּלְתּוֹ, וּמְתָרֵץ [זֶה שֶׁהֵשִׁיבוּ לָהּ הוּא מִשּׁוּם] שֶׁלֹּא לְהוֹצִיא לַעַז עַל בְּנֵיהֶם [שֶׁאִם לֹא הָיוּ עוֹנִים הֲרֵי הָיוּ כְּמַסְכִּימִים לַדָּבָר, וְנִמְצָא שֶׁבְּנֵיהֶם מַמְזֵרִים, וְלָכֵן הֻוצְרְכוּ לַעֲנוֹת] . וְאִילּוּ הָכָא לָא אַהְדַּרִי רַבִּי וְרַבִּי חַייָּא כְּלוּם מִשּׁוּם אַל תַּעַן כְּסִיל כְּאִוַּלְתּוֹ? וְתֵירֵץ לַתַּלְמִידִים דְּשָׁאנֵי הָתָם שֶׁהִיא טוֹעֶנֶת מֵהַשְׁעָרַת הַשֵּׂכֶל וְיֵשׁ לָזֶה תְּשׁוּבָה מֻוכְרַחַת לְהָכִי הֵשִׁיבוּ לָהּ, אֲבָל כָּאן מוֹצִיא לַעַז בְּשֶׁקֶר וְלֵיכָּא מַאן דְּמוּכָח לְהַכְחִישׁוֹ לְכָךְ לֹא הֱשִׁיבוֹ כְּלוּם אֶלָּא הֶעֱנִישָׁהוּ דַּוְקָא. וְחָזַר וְהִקְשָׁה הָרַב מו"ז זלה"ה [מוֹרִי זְקֵנִי זִכְרוֹנוֹ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא] לַתַּלְמִידִים אִם כֵּן אַמַּאי לָא מְשַׁנֵּי הָכָא לְיַשֵּׁב הַמִּקְרָאוֹת, כָּאן בְּמוֹצִיא דִּיבֵּר בְּשֶׁקֶר וְלֵיכָּא מַאן דְּמוּכָח, וְכָאן בַּמִּדְבָּר מִצַּד הַשְּׂעָרוֹת שֶׁכָּלוּ? וְיֵשׁ תְּשׁוּבָה מוֹכַחַת לִסְתּוֹר דְּבָרָיו עַד כָּאן מָצָאתִי כָּתוּב. וְהַתֵּירוּץ שֶׁתֵּירֵץ מו"ז זַ"ל לַתַּלְמִידִים לֹא נִמְצָא בִּנְייָר הַהוּא. וַאֲנָא עָבְדָא נִרְאֶה לִי בס"ד קֻושְׁיָא זוֹ הַב' דְּהַפָּסוּק אָמַר (מִשְׁלֵי כו, ה') עֲנֵה כְסִיל כְּאִוַּלְתּוֹ פֶּן יִהְיֶה חָכָם בְּעֵינָיו, וְכֵיוָן דְּאָמַר פֶּן יִהְיֶה חָכָם מַשְׁמַע יוֹתֵר דְּאַיְירֵי בַּמִּדְבָּר בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, לְכָךְ לָא נִיחָא לֵיהּ לְאוֹקְמֵיהּ בְּמִילֵּי דְּעָלְמָא דְּתֵירוּץ זֶה שֶׁל הַגְּמָרָא מְרֻווָּח טְפֵי בִּפְשַׁט הַמִּקְרָא. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם תַּרְוַויְהוּ אַיְירֵי בְּמִילֵּי דְּעָלְמָא הֲוָה לֵיהּ לְהַקְדִּים פָּסוּק עָנָה קֹודֶם פָּסוּק אַל תַּעַן, שֶׁכֵּן מִשְׁפַּט הַלָּשׁוֹן לְהַקְדִּים 'הֵן' קָדַם ל'לָאו' כְּמוֹ שֶׁכָּתַב בַּס' הַכְּלָלִים, וְכֵן הוּא מִשְׁפַּט כָּל לָשׁוֹן וְכֵן אוֹמְרִים 'עֲשֵׂה וְלֹא תַּעֲשֶׂה' אֶלָּא וַדַּאי כְּסִיל דְּפָסוּק רִאשׁוֹן לְחוּד וּכְסִיל דְּפָסוּק שֵׁנִי לְחוּד. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי דְּאִם תַּרְוַוייְהוּ בְּחַד עִנְיָן הֵם לֹא הָיָה לְחַלְּקָם לִשְׁנֵי מִקְרָאוֹת אֶלָּא הָיָה לוֹ לִכְתֹּוב שְׁנֵיהֶם בְּמִקְרָא אֶחָד. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם שְׁנֵיהֶם בְּחַד עִנְיָן לֹא הָיָה צָרִיךְ לְהַזְכִּיר כְּסִיל פַּעַם שֵׁנִית, וְהָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְעָנָהוּ כְּאִוַּלְתּוֹ פֶּן יִהְיֶה חָכָם בְּעֵינָיו וְדוֹק. וְתֵירוּץ זֶה וְתֵירוּץ הַב' הַנִּזְכָּר הֵם עִיקָּר.
"Il n'y a pas de difficulté : ceci concerne des paroles de Torah, cela concerne les affaires du monde." J'ai vu, sur un morceau de papier usé, la question que mon maître et grand-père, notre maître Rabbenou Moche 'Hayim, de mémoire bénie, posa à ses élèves à partir de ce qui est dit dans Baba Metsia (84a) : lorsque Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi et Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon se rencontraient, une paire de bœufs pouvait passer entre eux, sous leur ventre, sans les toucher, tant ils étaient corpulents. Une dame romaine leur dit : vos enfants ne sont pas les vôtres, car avec une telle corpulence vous ne pouvez certainement pas vous unir à vos femmes. Ils lui répondirent : le leur, le ventre de nos femmes, est plus grand que le nôtre. Elle leur dit : à plus forte raison la chose vous est-elle impossible. Certains disent qu'ils lui répondirent : "tel l'homme, telle sa force" (Choftim 8, 21), c'est-à-dire que tous nos membres sont à la mesure de notre ventre. D'autres disent qu'ils lui répondirent : l'amour presse la chair. Et la guemara demande : pourquoi lui ont-ils répondu, à une question aussi effrontée et sotte, n'est-il pas écrit "ne réponds pas au sot selon sa sottise" ? Elle répond : pour ne pas laisser peser un soupçon sur leurs enfants, car s'ils n'avaient pas répondu ils auraient paru acquiescer, leurs enfants auraient été tenus pour mamzerim, et ils devaient donc répondre. Or ici, Rabbi et Rabbi Hiya n'ont rien répondu, à cause de "ne réponds pas au sot selon sa sottise". Il répondit à ses élèves qu'il en va autrement là-bas, où la dame argumentait d'après une estimation de la raison et où il existait une réponse concluante à lui faire, ce qui explique qu'ils lui aient répondu ; ici au contraire l'homme répandait un soupçon mensonger, sans que personne puisse le confondre, et c'est pourquoi ils ne lui répondirent rien mais le châtièrent. Et mon maître et grand-père, de mémoire bénie, demanda encore à ses élèves : s'il en est ainsi, pourquoi la guemara ne résout-elle pas ici les deux versets de cette manière — ici celui qui profère un mensonge sans qu'on puisse le confondre, là celui qui parle d'après une estimation de sa raison, à laquelle il existe une réponse concluante qui réfute ses paroles ? Jusqu'ici ce que j'ai trouvé écrit ; la réponse qu'il donna à ses élèves ne se trouvait pas sur ce papier. Et moi, serviteur, il me semble, avec l'aide du Ciel, quant à cette seconde difficulté, que le verset dit "réponds au sot selon sa sottise, de peur qu'il ne soit sage à ses propres yeux" (Michle 26, 5) : puisqu'il dit "de peur qu'il ne soit sage", cela indique plutôt qu'il s'agit d'un homme qui parle de paroles de Torah, et c'est pourquoi la guemara n'a pas voulu l'établir dans les affaires du monde, sa résolution s'accordant mieux au sens simple du verset. On peut dire aussi, avec l'aide du Ciel, que si les deux versets parlaient des affaires du monde, il aurait fallu placer le verset "réponds" avant le verset "ne réponds pas", car l'usage de la langue veut que l'affirmatif précède le négatif, comme l'écrit le livre des Kelalim, et comme on dit partout "fais et ne fais pas" ; il faut donc que le sot du premier verset soit distinct du sot du second. On peut dire encore que si les deux traitaient d'une même chose, il n'aurait pas fallu les partager en deux versets, mais les écrire tous deux en un seul. On peut dire enfin, avec l'aide du Ciel, que si les deux traitaient d'une même chose il n'aurait pas été nécessaire de mentionner le sot une seconde fois, et il aurait suffi d'écrire "et réponds-lui selon sa sottise, de peur qu'il ne soit sage à ses propres yeux". Examine bien. Cette dernière réponse et la deuxième sont les principales.
💡 Explication

Le même procédé est applique à Michle : la menace de gueniza, puis l'examen. La guemara s'appuie sur le précédent de Kohelet pour refuser de ranger le livre avant d'avoir cherché.

La résolution répartit les deux versets voisins de Michle 26 selon le domaine du propos. Pour les milei de-alma (les affaires du monde), le silence s'impose ; pour les divrei Torah, il faut répondre, sous peine de laisser la sottise passer pour un enseignement. Les segments suivants donnent deux illustrations de chaque branche.

8
כִּי הָא דְּהָהוּא דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֲמַר לֵיהּ: אִשְׁתְּךָ אִשְׁתִּי, וּבָנֶיךָ בָּנַי. אֲמַר לֵיהּ: רְצוֹנֶךָ שֶׁתִּשְׁתֶּה כּוֹס שֶׁל יַיִן? שָׁתָה וּפָקַע. הַהוּא דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי חִייָּא, אֲמַר לֵיהּ: אִמְּךָ אִשְׁתִּי, וְאַתָּה בְּנִי. אֲמַר לֵיהּ: רְצוֹנֶךָ שֶׁתִּשְׁתֶּה כּוֹס שֶׁל יַיִן? שָׁתָה וּפָקַע. אָמַר רַבִּי חַיָּיא: אַהְנְיָא לֵיהּ צְלוֹתֵיהּ לְרַבִּי דְּלָא לְשַׁוּוֹיֵיהּ בְּנֵי מַמְזֵירֵי. דְּרַבִּי כִּי הֲוָה מְצַלֵּי אֲמַר: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתַּצִּילֵנִי הַיּוֹם מֵעַזֵּי פָּנִים וּמֵעַזּוּת פָּנִים״.

Ainsi ce cas : un homme vint devant Rabbi et lui dit : ta femme est ma femme et tes enfants sont mes enfants. Il lui dit : veux-tu boire une coupe de vin ?

Il but et éclata. Un autre vint devant Rabbi Hiya et lui dit : ta mère est ma femme et tu es mon fils.

Il lui dit : veux-tu boire une coupe de vin ? Il but et éclata.

Rabbi Hiya dit : la prière de Rabbi lui a été utile, pour que ses enfants ne soient pas rendus mamzerim (enfants d'une union interdite). Car Rabbi, lorsqu'il priait, disait : qu'il soit Ta volonté, ה' notre D.ieu, de me délivrer aujourd'hui des effrontés et de l'effronterie.

📜 Rachi (2)
מֵעַזֵּי פָּנִים שֶׁלֹּא יַזִּיקוּנִי:
Qu'ils ne me nuisent pas.
וּמֵעַזּוּת פָּנִים שֶׁלֹּא יָצָא עָלַי שֵׁם מַמְזֵרוּת דְּהוּא עַז פָּנִים:
Qu'il ne sorte pas sur moi une réputation de mamzerout, laquelle est une effronterie.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כִּי הָא דְּהָהוּא דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי, אֲמַר לֵיהּ: אִשְׁתְּךָ אִשְׁתִּי, וּבָנֶיךָ בְּנִי... הַהוּא דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי [חַיָּא] אֲמַר לֵיהּ: אִמְּךָ אִשְׁתִּי וְאַתָּה בְּנִי. הִנֵּה גִּרְסַת עֵין יַעֲקֹב בְּהַאי עֻובְדָּא נָמֵי אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי, וְלָא גָּרֵיס 'רַבִּי חַיָּא' כְּגִרְסַת תַּלְמוּד שֶׁלָּנוּ וְגִרְסָא זוֹ מְיֻושֶּׁבֶת יוֹתֵר כְּמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א. וְצָרִיךְ לְהָבִין טַעַם לְפִי זֶה לָמָּה הֵבִיא הַשַּׁ"ס תְּרֵי עֻובְדָּא בְּרַבִּי וְסַגִּי בַּחֲדָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם יָבִיא עֻובְדָּא דְּאִשְׁתְּךָ אִשְׁתִּי, וּבָנֶיךָ בָּנַי הֲוָה אֲמִינָא שָׁאנֵי הַאי דְּאֵינוֹ חַיָּיב בִּכְבוֹדָם, אֲבָל אִם הַדְּבָרִים נוֹגְעִים בִּכְבוֹד אָבִיו אוֹ אִמּוֹ חַיָּיב לְהִתְקַנְּאוּת בַּעֲבוּר כְּבוֹדָם וְלֹא יִשְׁתֹּוק! לְכָךְ הֵבִיא עֻובְדָּא דְּאִמְּךָ אִשְׁתִּי דְּנָגַע בִּכְבוֹד אִמּוֹ וַאֲפִילּוּ הָכֵי לֹא עָנָה כְּסִיל. וְאִם הוּא מֵבִיא הַאי עֻובְדָּא בִּלְבַד הֲוָה אֲמִינָא הַאי שָׁאנֵי דְּנִמְצָא הוּא עַצְמוֹ נוֹגֵעַ בַּדָּבָר שֶׁעָשָׂהוּ מַמְזֵר חָס וְחָלִילָה, לָכֵן לֹא עָנָה כְּסִיל וְעָשָׂה עַצְמוֹ כְּאִלּוּ אֵינוֹ שׁוֹמֵעַ דְּבָרָיו, אֲבָל אִם הָיָה הַדָּבָר אֵינוֹ נוֹגֵעַ לְעַצְמוֹ כְּלָל אֶלָּא לַאֲחֵרִים אֲפִילּוּ שֶׁאֵינוֹ חַייָּב בִּכְבוֹדָם צָרִיךְ לְהָשִׁיב! לְכָךְ הֵבִיא עֻובְדָּא דְּאִשְׁתְּךָ אִשְׁתִּי, וּבָנֶיךָ בָּנַי דְּבָזֶה אֵין הַדָּבָר נוֹגֵעַ לְעַצְמוֹ מַמָּשׁ וַאֲפִילּוּ הָכִי קַייֵּם אַל תַּעַן כְּסִיל. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד וַאֲתָרֵץ בָּזֶה עוֹד דִּקְדּוּק אֶחָד, דְּמַאי אִצְטְרִיךְ לְהָבִיא הָא דְּאָמַר רַבִּי חִיָּא: אַהְנְיָא לֵיהּ צְלוֹתֵיהּ לְרַבִּי, דְּלָא לִישַׁוְּייֵהּ [בְּנֵי] מַמְזְרָא? כִּי הַשַּׁ"ס לָא נְחִית לְהָבִיא תְּרֵי עוֹבְדֵי הַנִּזְכָּר אֶלָּא לְהוֹכִיחַ עַל מַאֲמָר 'אַל תַּעַן כְּסִיל'. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם יָבִיא עֻובְדָּא דְּאִשְׁתְּךָ אִשְׁתִּי, וּבָנֶיךָ בָּנַי בִּלְבַד הֲוָה אֲמִינָא שָׁאנֵי הָכָא דְּיֵשׁ לְפָרֵשׁ כַּוָּנַת זֶה הַמַּגִּיד לוֹמַר שֶׁהוּא אוֹהֵב אִשְׁתּוֹ שֶׁל רַבּוֹ הַרְבֵּה וּמְהַרְהֵר בָּהּ בְּעֵת תַּשְׁמִישׁ כְּאִלּוּ הִיא אִשְׁתּוֹ, וּמֵאַחַר שֶׁהוּא אוֹהֵב הַדָּבָר מִסְּתָמָא גַּם הִיא אוֹהַבְתּוֹ הַרְבֵּה, וְאָז מִמֵּילָא בְּעֵת שֶׁתִּשְׁתַּמֵּשׁ עִם רַבִּי תִּהְיֶה מְהַרְהֶרֶת בּוֹ וּבָזֶה נַעֲשׂוּ 'בָּנֶיךָ' כְּאִלּוּ הֵם 'בָּנַי', עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בִּבְנֵי עִרְבּוּבְיָא שֶׁל אָדָם הַמְשַׁמֵּשׁ בְּאִשְׁתּוֹ וּמְהַרְהֵר בְּאִשָּׁה אַחֶרֶת. וְהָכִי קָא אָמַר לֵיהּ אִשְׁתְּךָ אֲנִי אוֹהֵב אוֹתָהּ כְּאִלּוּ הִיא אִשְׁתִּי וּמִסְּתָמָא גַּם הִיא אוֹהֶבֶת אוֹתִי וּמְהַרְהֶרֶת בִּי, וְלָכֵן בָּנֶיךָ נֶחְשָׁבִים כְּמוֹ בָּנַי , וְלָכֵן לֹא חָשׁ רַבִּי לַעֲנוֹתוֹ דָּבָר, כִּי הוּא אֵינוֹ מוֹצִיא שֵׁם רַע אֶלָּא מַגִּיד רֹועַ לְבָבוֹ וּמוֹלִיד מִזֶּה דְּבָרִים שֶׁל בָּנֶיךָ בָּנַי מִסְּבָרָתוֹ הַפְּסוּלָה. אֲבָל אִם הָיָה מְדַבֵּר סִכְלוּת שֶׁל הוֹצֵאת שֵׁם רַע הָיָה מֵשִׁיב לוֹ וְלֹא הָיָה שׁוֹתֵק, לָכֵן הֵבִיא עֻובְדָּא דְּאִמְּךָ אִשְׁתִּי , וְהֵבִיא עַל זֶה דִּבְרֵי רַבִּי חִיָּא דְּאָמַר אַהַנְיָא לֵיהּ צְלוֹתֵיהּ דְּרַבִּי דְּלָא לִישַׁוְּייֵהּ מַמְזְרָא כְּגִרְסָא בַּעַל עֵין יַעֲקֹב, דְּמַשְׁמַע דְּנוֹדַע לָהֶם שֶׁזֶּה הָיָה מוֹצִיא שֵׁם רַע מַמָּשׁ בְּאוֹמְרוֹ 'אִמְּךָ אִשְׁתִּי' וְאֵין לְפָרֵשׁ דְּבָרָיו לוֹמַר אֲנִי אוֹהֵב אוֹתָהּ הַרְבֵּה וּמְהַרְהֵר בָּהּ כְּאִלּוּ הִיא אִשְׁתִּי, דְּאִם כֵּן אַמַּאי קָאָמַר רַבִּי חַיָּא אַהַנְיָא וְכוּ' דְּלָא לִישַׁוְּיֵיהּ מִמַּזְרָא וְנִמְצָא גַּם בִּכְהַאי גַּווְנָא אַל תַּעַן כְּסִיל. וְאִי הֲוָה מֵבִיא הַאי עֻובְדָּא וְדִבְרֵי רַבִּי חַייָּא הֲנֵז' בִּלְבַד, הֲוָה אֲמִינָא דַּוְקָא בִּכְהַאי גַּוְונָא דְּהַמְדַבֵּר הוּא מִתְכַּוֵּין לְהוֹצִיא שֵׁם רַע בְּשֶׁקֶר לְכָךְ 'אַל תַּעַן כְּסִיל' אֲבָל אִם הוּא אוֹמֵר דַּעַת לִבּוֹ וְעוֹשֶׂה סְבָרָה מִדָּבָר זֶה לְהוֹלִיד מִזֶּה אִוֶּלֶת מִצַּד הַסְּבָרָה לְבַד, כְּגוֹן שֶׁאוֹמֵר 'אֲנִי אוֹהֵב אִשְׁתְּךָ וּמְהַרְהֵר בָּהּ תָּמִיד' דְּאֶפְשָׁר הָכִי הֲוָה לֵיהּ וְאֵינוֹ מְשַׁקֵּר, וְרַק מוֹלִיד מִסְּבָרָתוֹ לוֹמַר מִסְּתָמָא גַּם הִיא אוֹהֶבֶת אוֹתִי וּמְהַרְהֶרֶת בִּי, וְלָכֵן 'בָּנֶיךָ' נַעֲשׂוּ 'בָּנַי' מִכֹּחַ הִרְהוּרִים שֶׁלָּהּ, דְּיֵשׁ לוֹמַר לָזֶה צָרִיךְ לַהֲשִׁיבוֹ לִסְתּוֹר סְבָרָתוֹ הַפְּסוּלָה וּלְהַרְאוֹתוֹ שֶׁטּוֹעֶה הוּא בְּהַשְׁעָרָתוֹ, לְכָךְ הֵבִיא עֻובְדָּא דְּאִשְׁתְּךָ אִשְׁתִּי, וּבָנֶיךָ בָּנַי דְּאַף עַל גַּב דְּיֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּבָרָיו בְּהָכִי עִם כָּל זֶה קַיָּים אַל תַּעַן כְּסִיל.
"Ainsi ce cas : un homme vint devant Rabbi et lui dit : ta femme est ma femme et tes enfants sont mes enfants... Un autre vint devant Rabbi Hiya et lui dit : ta mère est ma femme et tu es mon fils." La version du Ein Yaakov porte que, dans ce second cas aussi, il vint devant Rabbi, et ne lit pas "Rabbi Hiya" comme notre talmud ; cette version se tient mieux, comme l'écrit le Maharcha. Il faut alors comprendre pourquoi le talmud rapporte deux faits concernant Rabbi, alors qu'un seul aurait suffi. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il n'avait rapporté que le cas de "ta femme est ma femme et tes enfants sont mes enfants", j'aurais pu dire qu'il en va autrement là, où il n'est pas tenu à leur honneur ; mais si les paroles touchent à l'honneur de son père ou de sa mère, il est tenu de s'emporter pour leur honneur et ne doit pas se taire. Il a donc rapporté le cas de "ta mère est ma femme", qui touche à l'honneur de sa mère, et où pourtant il n'a pas répondu au sot. Et s'il n'avait rapporté que ce cas-là, j'aurais pu dire qu'il en va autrement ici, où l'homme lui-même est intéressé, puisque cela ferait de lui un mamzer, et que c'est pour cela qu'il n'a pas répondu au sot et a fait comme s'il n'entendait pas ses paroles ; mais si la chose ne le touchait en rien et ne concernait que d'autres, même sans être tenu à leur honneur, il devrait répondre. Il a donc rapporté le cas de "ta femme est ma femme et tes enfants sont mes enfants", où la chose ne le touche pas vraiment lui-même, et où pourtant il a accompli "ne réponds pas au sot". Une autre explication me semble possible, avec l'aide du Ciel, par laquelle je résoudrai encore un point : pourquoi fallait-il rapporter ce que dit Rabbi Hiya, "la prière de Rabbi lui a été utile pour que ses enfants ne soient pas rendus mamzerim", alors que le talmud n'apporte ces deux faits que pour illustrer "ne réponds pas au sot" ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il n'avait rapporté que le cas de "ta femme est ma femme et tes enfants sont mes enfants", j'aurais pu dire qu'il en va autrement ici, car on peut entendre l'intention de cet homme ainsi : il aime beaucoup la femme de son maître et pense à elle au moment de l'union conjugale comme si elle était sa femme ; et puisqu'il aime la chose, sans doute l'aime-t-elle elle aussi beaucoup, de sorte que lorsqu'elle est avec Rabbi elle pense à lui, et qu'ainsi "tes enfants" deviennent comme "mes enfants", à la manière de ce que nos maîtres ont enseigné des enfants de confusion, quand un homme est avec sa femme en pensant à une autre. Il lui disait donc : ta femme, je l'aime comme si elle était ma femme, et sans doute m'aime-t-elle et pense-t-elle à moi, et c'est pourquoi tes enfants sont comptés comme les miens. Rabbi ne jugea pas bon de lui répondre, car cet homme ne répandait pas une mauvaise réputation mais exposait la bassesse de son cœur, et en tirait, par un raisonnement vicié, ces paroles de "tes enfants sont mes enfants". Mais s'il avait proféré la sottise d'une diffamation, il lui aurait répondu et ne se serait pas tu. Il a donc rapporté le cas de "ta mère est ma femme", et y a joint les paroles de Rabbi Hiya, "la prière de Rabbi lui a été utile pour qu'il ne soit pas rendu mamzer" selon la version du Ein Yaakov, ce qui montre qu'il leur était connu que cet homme répandait vraiment une mauvaise réputation en disant "ta mère est ma femme", sans qu'on puisse interpréter ses paroles au sens de "je l'aime beaucoup et je pense à elle comme si elle était ma femme" ; sinon, pourquoi Rabbi Hiya dirait-il que la prière lui fut utile pour qu'il ne soit pas rendu mamzer ? Il se trouve que même en pareil cas on applique "ne réponds pas au sot". Et s'il n'avait rapporté que ce cas et les paroles de Rabbi Hiya, j'aurais pu dire que c'est seulement dans un tel cas, où celui qui parle entend répandre une mauvaise réputation mensongère, qu'on applique "ne réponds pas au sot" ; mais s'il dit ce qu'il a dans le cœur et en tire un raisonnement, engendrant une sottise par la seule conjecture — comme s'il disait "j'aime ta femme et je pense à elle constamment", ce qui peut être vrai et n'est pas un mensonge, et qu'il en tire seulement qu'elle l'aime aussi et pense à lui, si bien que "tes enfants" deviennent "mes enfants" par ses pensées à elle — on pourrait dire qu'il faut lui répondre pour réfuter son raisonnement vicié et lui montrer qu'il se trompe dans son estimation. Il a donc rapporté le cas de "ta femme est ma femme et tes enfants sont mes enfants", où bien qu'on puisse entendre ainsi ses paroles, il a pourtant accompli "ne réponds pas au sot".
אֲמַר לֵיהּ: רְצוֹנֶךָ שֶׁתִּשְׁתֶּה כּוֹס שֶׁל יַיִן? שָׁתָה וּפָקַע. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּיוֵּן בִּדְבָרִים אֵלּוּ בְּשֵׁם 'יכ"ש' שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת כ וס ש ל י יֵן וְיָדוּעַ מ"ש רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים בַּפָּסוּק (שְׁמוֹת ב, יד) מ י שמ ך לְאֵי ש , סוֹפֵי תֵּיבוֹת 'יכ"ש' כִּי בְּשֵׁם יכ"ש הָרַג מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אֶת הַמִּצְרִי, וְעַל זֶה אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁהָרְגוּ בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ עַייֵּן שָׁם. וְלָכֵן רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ שֶׁהָיָה דֻּוגְמַת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הָרַג אֶת הָאוֹיֵב הַזֶּה בְּשֵׁם זֶה שֶׁכִּיוֵּן בּוֹ כְּשֶׁאָמַר לוֹ כּוֹס שֶׁל יַיִן וְכֵן הָיָה לוֹ דְּשָׁתָה וּמֵת וְסוֹפִי תֵּיבוֹת כו ס ש ל יְיָ ן 'לְנֵס' שֶׁהָיָה דָּבָר זֶה לְנֵס לְעֵינֵי הָרוֹאִין. וְנִרְאֶה לִי שֶׁזֶּה נִתְרַצָּה לִשְׁתּוֹת וְלֹא חָשׁ כִּי חָשַׁב דְּרַבִּי הֶאֱמִינוֹ בָּזֶה וְרוֹצֶה לְהַשְׁקוֹתוֹ יַיִן כְּדֵי שֶׁיַּגְלֶה עוֹד נִסְתָּרוֹת, עַל דֶּרֶךְ נִכְנַס יַיִן יָצָא סוֹד. וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁעָשָׂה מִיתָתוֹ שֶׁל זֶה עַל יְדֵי הַיַּיִן מִפְּנֵי שֶׁהוֹצִיא שֵׁם רַע עַל אִשָּׁה כְּשֵׁרָה שֶׁנִּמְשְׁלָה לְגֶפֶן דְּלָא מְקַבֵּל נְטִיעָה אַחֲרָא, לְכָךְ הֱמִיתוֹ בְּאֶמְצָעוּת הַיַּיִן שֶׁיּוֹצֵא מִן הַגֶּפֶן. אִי נָמֵי דְּאַרְבוֹתֵינוּ זַ"ל בַּפָּסוּק (בַּמִּדְבָּר ח, יב) אִישׁ כִּי תִשְׂטֶה אִשְׁתּוֹ, שֶׁהַזְּנוּת נִמְשָׁךְ מִן הַיַּיִן, קָרֵי בָּהּ כִּי 'תִּשְׁתֶּה' הַטֵּי"ת תִּתְחַלֵּף בְּתָי"ו בדטלנ"ת, לָכֵן זֶה שֶׁהוֹצִיא שֵׁם רַע בְּעִנְיַן זְנוּת הַבָּא מִן הַיַּיִן הֶעֱנִישׁוּ עַל יְדֵי הַיַּיִן.
"Il lui dit : veux-tu boire une coupe de vin ? Il but et éclata." Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il visa par ces mots le Nom YaKaCh, formé des initiales de "kos chel yayin" (une coupe de vin). On sait ce qu'écrit notre maître le Ari zal dans le Chaar ha-Pessoukim sur le verset "qui t'a établi homme" (Chemot 2, 14), dont les finales donnent YaKaCh : c'est par ce Nom que Moche, notre maître, tua l'Égyptien, et c'est ce que nos maîtres ont voulu dire en enseignant qu'il le tua par le Nom explicite. Rabbenou ha-Kadoch, qui était à l'image de Moche, tua donc cet ennemi par ce Nom, qu'il visa en lui disant "une coupe de vin" ; et il en fut ainsi, puisqu'il but et mourut. Les finales de "kos chel yayin" forment aussi "là-nés" (pour un miracle), car la chose fut un miracle aux yeux de ceux qui la virent. Il me semble que cet homme accepta de boire sans se méfier, pensant que Rabbi l'avait cru et voulait lui faire boire du vin pour qu'il révèle encore des secrets, selon la règle : le vin entre, le secret sort. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel, qu'il fit venir sa mort par le vin parce qu'il avait répandu une mauvaise réputation sur une femme vertueuse, laquelle est comparée à la vigne, qui ne reçoit pas d'autre greffe ; c'est pourquoi il le fit mourir par le vin, qui sort de la vigne. On peut dire aussi, d'après ce que nos maîtres ont enseigné sur le verset "un homme dont la femme dévie" (Bamidbar 5, 12), que la débauche découle du vin, et qu'on lit le mot comme "si elle boit", le têt s'échangeant avec le tav ; c'est pourquoi celui qui avait répandu une mauvaise réputation touchant la débauche, laquelle vient du vin, fut châtié par le vin.
💡 Explication

Ces deux récits illustrent la branche des milei de-alma : l'accusation porte sur l'état civil et la légitimité, pas sur un enseignement. Rabbi et Rabbi Hiya ne répondent rien et se contentent d'offrir une coupe de vin.

Rabbi Hiya rattache l'issue à la prière quotidienne de Rabbi, rapportée ici dans sa formule : être délivré des azei panim (les effrontés) et de l'azout panim (l'effronterie). Rachi explique que le second terme vise précisément la rumeur de mamzerout, qui menace la descendance.

9
בְּדִבְרֵי תוֹרָה מַאי הִיא? — כִּי הָא דְּיָתֵיב רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְקָא דָרֵישׁ: עֲתִידָה אִשָּׁה שֶׁתֵּלֵד בְּכָל יוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר ״הָרָה וְיוֹלֶדֶת יַחְדָּיו״. לִיגְלֵג עָלָיו אוֹתוֹ תַּלְמִיד, אָמַר: ״אֵין כָּל חָדָשׁ תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ״! אֲמַר לֵיהּ: בֹּא וְאַרְאֶךָּ דֻּוגְמָתָן בָּעוֹלָם הַזֶּה. נְפַק אַחְוִי לֵיהּ תַּרְנְגֹולֶת.

Pour des paroles de Torah, quel est le cas ? Ainsi Rabban Gamliel siégeait et enseignait : dans l'avenir, une femme enfantera chaque jour, ainsi qu'il est dit : "enceinte et enfantant ensemble".

Un certain disciple se moqua de lui et dit : "il n'y a rien de nouveau sous le soleil" ! Il lui dit : viens, je te montrerai leur pareil en ce monde.

Il sortit et lui montra une poule.

📜 Rachi (3)
בְּדִבְרֵי תּוֹרָה מֻותָּר לַעֲנוֹת כְּאִוַּלְתּוֹ:
Il est permis de répondre selon sa sottise.
הָרָה וְיוֹלֶדֶת יַחְדָּיו בַּיּוֹם שֶׁהָרָה זֶה יוֹלֶדֶת וָלָד אַחֵר כְּמוֹ תַּרְנְגֹולֶת וְכֵיוָן שֶׁמְּשַׁמֶּשֶׁת בְּכָל יוֹם נִמְצֵאת יוֹלֶדֶת בְּכָל יוֹם דְּהָכִי מַשְׁמַע קְרָא בְּכָל עֵת שֶׁהִיא מִתְעַבֶּרֶת יוֹלֶדֶת שֶׁמְּמַהֶרֶת לִגְמֹור צוּרַת הַוָּלָד לִזְמַן מוּעָט:
Le jour même où elle conçoit, elle met au monde un autre enfant, comme la poule ; et puisqu'elle a des rapports chaque jour, elle se trouve enfanter chaque jour. Tel est le sens du verset : chaque fois qu'elle conçoit, elle enfante, car elle achève la formation de l'enfant en peu de temps.
בֹּא וְאַרְאֲךָ טָרַח לַעֲנוֹתוֹ כְּאִוַּלְתּוֹ כְּדֵי לְהַעֲמִיד דִבְרֵי תוֹרָה עַל מְכוֹנוֹ:
Il s'est donné la peine de lui répondre selon sa sottise, afin d'établir les paroles de Torah sur leur base.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲתִידָה אִשָּׁה, שֶׁתֵּלֵד בְּכָל יוֹם שֶׁנֶּאֱמַר: (יִרְמְיָה לא, ז) "הָרָה וְיָלַדְתְּ יַחְדָּו". יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה אָמַר אִשָּׁה וְלָא נָקֵיט 'עֲתִידִין נָשִׁים'? וְנִרְאֶה לִי בִּפְשִׁיטוּת מִפְּנֵי שֶׁהַכָּתוּב 'הָרָה וְיַלְדַּת' נָקֵיט לְשׁוֹן יָחִיד לָכֵן גַּם בַּעַל הַמַּאֲמָר נָקֵיט כֵּן. וְעוֹד נִרְאֶה לִי דְּנָקֵיט 'אִשָּׁה' מִפְּנֵי כִּי הַטַּעַם שֶׁל חִידּוּשׁ זֶה שֶׁיִּהְיֶה לֶעָתִיד רָמוּז בְּאוֹתִיּוֹת אִשָּׁה, וְהוּא כִּי פֵּרַשְׁתִּי בס"ד טַעַם לַדָּבָר זֶה מִפְּנֵי שֶׁלֶּעָתִיד נִזְכֶּה לְקַבֵּל שֶׁפַע הָאֲצִילוּת בִּלְתִּי הִתְלַבְּשׁוּת, כִּי עַתָּה אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת לֹא נוּכַל לְקַבֵּל שֶׁפַע הָאֲצִילוּת אֶלָּא עַל יְדֵי הִתְלַבְּשׁוּת הַבְּרִיאָה, וּבְחֹול נוֹסָף עוֹד הִתְלַבְּשׁוּת בִּיצִירָה גַּם כֵּן אַךְ לֶעָתִיד אֲפִילּוּ בְּחוֹל נְקַבֵּל שֶׁפַע הָאֲצִילוּת בִּלְתִּי הִתְלַבְּשׁוּת הַבְּרִיאָה. וְיָדוּעַ כִּי בַּאֲצִילוּת הַיִּחוּד לָא פְּסִיק, וְלָכֵן גַּם לְמַטָּה בַּתַּחְתּוֹנִים יִהְיֶה חִידּוּשׁ זֶה דְּהָאִשָּׁה תֵּלֵד בְּכָל יוֹם דֻּוגְמָה לִסְפִירַת הַמַּלְכוּת דַּאֲצִילוּת שֶׁהִיא בְּסוֹד הָאֲלָפִים. וְנִרְמְזָה הָאֲצִילוּת בְּמִלּוּי אִשָּׁה כָּזֶה א ל"ף ש י"ן ה" א , הַמִּלּוּי הוּא אוֹתִיּוֹת 'אַלְפִין' לִרְמֹוז שֶׁעֲתִידָה הָאִשָּׁה לְקַבֵּל שֶׁפַע הָאַלְפִין מִן מַלְכוּת דַּאֲצִילוּת בִּלְתִּי הִתְלַבְּשׁוּת וּלְכָךְ נִרְמְזוּ הָאַלְפִין בְּאוֹתִיּוֹת שְׁמָהּ, וּמֵאַחַר דִּמְקַבֶּלֶת שֶׁפַע הָאַלְפִין בִּלְתִּי הִתְלַבְּשׁוּת לְכָךְ תֵּלֵד בְּכָל יוֹם דֻּוגְמַת סְפִירַת הַמַּלְכוּת דַּאֲצִילוּת, וְלָכֵן אָמַר עֲתִידָה אִשָּׁה, שֶׁתֵּלֵד בְּכָל יוֹם מִפְּנֵי שֶׁדָּבָר זֶה יֵשׁ לוֹ רֶמֶז בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת אִשָּׁה.
"Dans l'avenir, une femme enfantera chaque jour, ainsi qu'il est dit : enceinte et enfantant ensemble" (Yirmiya 31, 7). On peut demander pourquoi il dit "une femme" et non "les femmes enfanteront". Il me semble, simplement, que c'est parce que le verset "enceinte et enfantant" est au singulier, et que l'auteur de la sentence a suivi le verset. Il me semble encore qu'il dit "icha" parce que la raison de cette nouveauté future est suggérée dans les lettres du mot "icha". J'ai expliqué en effet, avec l'aide du Ciel, que cela tient à ce que nous mériterons dans l'avenir de recevoir l'abondance d'Atsilout sans revêtement ; car aujourd'hui, même le Chabbat, nous ne pouvons recevoir l'abondance d'Atsilout que par le revêtement de Beria, et en semaine s'y ajoute encore le revêtement de Yetsira ; mais dans l'avenir, même en semaine, nous recevrons l'abondance d'Atsilout sans le revêtement de Beria. Or on sait que dans Atsilout l'union ne cesse jamais ; c'est pourquoi, en bas aussi, il y aura cette nouveauté que la femme enfantera chaque jour, à l'image de la sefira de Malkhout d'Atsilout, qui est dans le secret des alafim. Et Atsilout est suggérée dans le plein du mot "icha" écrit ainsi : alef lamed pe, chin youd noun, hé alef — le plein donne les lettres de "alfin", pour indiquer que la femme recevra dans l'avenir l'abondance des alfin depuis la Malkhout d'Atsilout sans revêtement ; ces alfin sont donc suggérés dans les lettres de son nom, et puisqu'elle reçoit cette abondance sans revêtement, elle enfantera chaque jour à l'image de la sefira de Malkhout d'Atsilout. C'est pourquoi il dit "dans l'avenir une femme enfantera chaque jour", parce que la chose a son allusion dans les lettres du mot "icha".
💡 Explication

Le premier des trois enseignements de Rabban Gamliel porte sur un verset de Yirmiya où la conception et l'enfantement sont dits "ensemble". La raillerie du disciple s'appuie sur Kohelet : rien de nouveau ne peut apparaître.

La réponse consiste à exhiber dans ce monde un exemplaire du phénomène, ce qui retire à l'objection sa force. Rachi souligne que Rabban Gamliel s'est donné cette peine pour une seule raison : rétablir la parole de Torah sur sa base, ce qui est exactement la branche "paroles de Torah" du verset de Michle.

🖼️ Schéma
La forme constante de l'échange avec le disciple moqueur 1. Rabban Gamliel enseigne une merveille à venir, tirée d'un verset 2. Le disciple raille : il n'y a rien de nouveau sous le soleil 3. Viens, je te montrerai leur pareil dans ce monde 4. Il sort et montre la chose : la parole de Torah est rétablie
Les quatre temps de l'échange, identiques dans les trois récits qui suivent.
10
וְתוּ, יָתֵיב רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְקָא דָרֵישׁ: עֲתִידִים אִילָנוֹת שֶׁמּוֹצִיאִין פֵּירוֹת בְּכָל יוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנָשָׂא עָנָף וְעָשָׂה פֶרִי״ — מֶה עָנָף בְּכָל יוֹם אַף פְּרִי בְּכָל יוֹם. לִיגְלֵג עָלָיו אוֹתוֹ תַּלְמִיד, אָמַר: וְהָכְתִיב ״אֵין כָּל חָדָשׁ תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ״. אֲמַר לֵיהּ: בֹּא וְאַרְאֶךָּ דֻּוגְמָתָם בָּעוֹלָם הַזֶּה. נְפַק אַחְוִי לֵיהּ צָלָף.

Et encore : Rabban Gamliel siégeait et enseignait : dans l'avenir, les arbres produiront des fruits chaque jour, ainsi qu'il est dit : "il portera rameau et fera fruit" — de même que le rameau chaque jour, ainsi le fruit chaque jour. Ce disciple se moqua de lui et dit : n'est-il pas écrit "il n'y a rien de nouveau sous le soleil" ?

Il lui dit : viens, je te montrerai leur pareil en ce monde. Il sortit et lui montra un câprier (tsalaf).

📜 Rachi (2)
לִיגְלֵג זוֹ אִוֶּולֶת:
Se moquer, voilà la sottise.
צָלָף מִין אִילָן הַטּוֹעֵן ג' מִינֵי פֵּירוֹת אֲבִיּוֹנוֹת וְקַפְרִיסִין וְלוּלָבִין וְכִי אִיתֵיהּ לְהַאי לֵיתֵיהּ לְהַאי כִּדְאָמַר בְּרֵישׁ חֶזְקַת הַבָּתִּים:
Une espèce d'arbre qui porte trois sortes de produits : evyonot, kapricin et loulavin ; quand l'un est là, l'autre n'y est pas, comme il est dit au début du chapitre Hezkat ha-Batim.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לִגְלֵג עָלָיו אוֹתוֹ תַּלְמִיד, אָמַר: "אֵין כָּל חָדָשׁ תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ". אָמַר לוֹ: בֹּוא וְאַרְאֶךָּ דֻּגְמָתוֹ בָּעוֹלָם הַזֶּה. נְפַק, אַחְוִי לֵיהּ תַּרְנְגֹולֶת. הִקְשָׁה הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל בְּשֵׁם הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל אַמַּאי לֹא הוֹכִיחַ לוֹ מִקַּיִן וְהֶבֶל שֶׁנִּתְעַבְּרָה חַוָּה וִילָדָתַם בְּיוֹם אֶחָד? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין הַתְחָלָה לְקֻושְׁיָא זוֹ כִּי הֵרָיוֹן וְלֵידָה דַּקִּין וְהֶבֶל הָיָה בְּיוֹם שִׁשִּׁי בְּתוֹךְ שֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית דַּעֲדַייִן לֹא נִשְׁלְמָה הַבְּרִיאָה, וְלָא אִתְּמַר 'אֵין כֹּל חָדָשׁ' אֶלָּא עַל אַחַר שַׁבָּת דִּבְרֵאשִׁית דִּכְתִיב בֵּיהּ (בְּרֵאשִׁית ב' ב') וַיְכַל אֱ-לֹהִים בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה, דְּהָא בְּלָאו הָכִי נִבְרְאוּ אַחַר לֵידַת קַיִן וְהֶבֶל עוֹד עֲשָׂרָה דְּבָרִים בְּעֶרֶב שַׁבָּת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. וְהָא דְּאָמַר נְפַק נִרְאֶה לִי כִּי בְּשָׁעָה שֶׁהָיָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל דּוֹרֵשׁ כֵּן הִקְשָׁה לוֹ הַתַּלְמִיד מִפָּסוּק 'אֵין כֹּל חָדָשׁ' וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל הֵשִׁיב לוֹ אוֹתָהּ שָׁעָה בּוֹא וְאַרְאֲךָ דֻּוגְמָא בָּעוֹלָם , וַעֲדַייִן רַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא צִייֵּר אוֹתָהּ שָׁעָה בְּדַעְתּוֹ אֶת הַדֻּוגְמָה מַה הִיא, וְאַחַר כָּךְ עַיֵּין וְהִבִּיט לִרְאוֹת הַדֻּוגְמָה מַה הִיא כַּאֲשֶׁר נְפַק מִבֵּית הַמִּדְרָשׁ וְאַחְוִי לֵיהּ הָא וְהָא. נִמְצָא שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁיִּהְיֶה בָּהֶם פְּלָאוֹת לֶעָתִיד, הֵם 'אִשָּׁה אִילָן אָרֶץ' דְּרֵאשִׁיתָם אוֹת אָלֶ"ף וְזֶה יִהְיֶה עַל יְדֵי גִּילּוּי שֵׁם מ"ה דְּאַלְפִין שֶׁמִּסְפָּרָן גְּאֻולָּה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁלֹשָׁה אלפי"ן, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב דִּכְתִיב (שְׁמוֹת כ' ו') וְעָשָׂה חֶסֶד ל אֱלָפ י ם , רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א דָּם ל חָם פּ ירוֹת מ יֹלֶת וְאוֹת יוּ"ד אֵינָהּ יוֹצֵא בְּמִבְטָא.
"Ce disciple se moqua de lui et dit : il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Il lui dit : viens, je te montrerai leur pareil en ce monde. Il sortit et lui montra une poule." Le Petah Einayim demande, au nom du Iyoun Yaakov, pourquoi il ne lui a pas apporté la preuve de Kayin et Hevel, que Hava conçut et enfanta le même jour. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette difficulté n'a pas lieu d'être : la conception et la naissance de Kayin et Hevel eurent lieu le sixième jour, à l'intérieur des six jours de la Genèse, alors que la création n'était pas encore achevée ; or "il n'y a rien de nouveau" n'a été dit que pour ce qui suit le Chabbat de la Genèse, dont il est écrit "et D.ieu acheva au septième jour Son œuvre qu'Il avait faite" (Berechit 2, 2). D'ailleurs, après la naissance de Kayin et Hevel, dix choses furent encore créées la veille du Chabbat, au crépuscule. Quant au mot "il sortit", il me semble qu'au moment où Rabban Gamliel enseignait ainsi, le disciple lui objecta le verset "il n'y a rien de nouveau", et Rabban Gamliel lui répondit sur-le-champ "viens, je te montrerai un pareil dans le monde", sans avoir encore à l'esprit quel exemple ce serait ; il chercha ensuite et regarda quel était cet exemple, en sortant de la maison d'étude, et lui montra l'un et l'autre. Il se trouve que ces trois choses qui seront merveilleuses dans l'avenir sont la femme, l'arbre et la terre — icha, ilan, erets — dont les initiales sont la lettre alef ; et cela se fera par le dévoilement du Nom MaH des alafim, dont le nombre est celui de "gueoula" et qui contient trois alafim. On comprend par là, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset "et Il fait bonté aux milliers (la-alafim)" (Chemot 20, 6), dont les initiales sont adam, le'hem, perot, milat, la lettre youd ne se prononçant pas.
אַחְוִי לֵיהּ צָלָף. הִנֵּה בֶּעָרוּךְ כָּתַב זֶה שֶׁקּוֹרִין בִּלְשׁוֹן עַרְבִי א"ל כב"ד עַיֵּין שָׁם, וְכֵן כָּתַב בְּסֵפֶר כ"י בֵּיאוּר הַלְּשׁוֹנוֹת בִּלְשׁוֹן עַרְבִי, וְזֶה אִילָן אֶל כב"ד מָצוּי בִּמְדִינָתֵנוּ בגדא"ד וַאֲגַפֶּיהָ, וְכֵן מָצוּי בִּמְקוֹמוֹת אֲשֶׁר עַל נְהַר פְּרָת, וְיוֹצֵא מֵאֵלָיו כְּקוֹצִים וְגָבְהוֹ אַמָּה וָחֵצִי מִכָּל מָקוֹם וְיוֹצֵא בּוֹ וְרָדִין כְּמוֹ הַוֶּרֶד וְהֵם נֶאֱכָלִין שֶׁעוֹשִׂין אוֹתָם כְּבָשִׂים, וְאֵלּוּ הֵם הַנִּקְרָאִים בְּדִבְרֵי חֲזַ"ל 'תְּמָרוֹת' וְיוֹצֵא גַּם כֵּן עוֹד בּוֹ קְלָחִים שֶׁהֵם רַכִּים הַרְבֵּה וְיֵשׁ בָּהֶם עָלִים וְהֵם גַּם כֵּן נֶאֱכָלִים שֶׁכּוֹבְשָׁן אוֹתָם, וְאֵלּוּ נִקְרָאִים בְּדִבְרֵי חֲכָמֵינוּ זַ"ל בְּשֵׁם 'קַפְרִיסִין' וּבִלְשׁוֹן עַרְבִי קוֹרִין אוֹתָם כב"ד. וְגַם יוֹצֵא בוֹ רִמּוֹנִים קְטַנִּים וְיִגְדְּלוּ וְיִשְׁווּ כְּמוֹ גִּבְעוֹלִים וְהֵם נֶאֱכָלִין כְּמוֹ שֶׁהֵן, וְאֵלּוּ נִקְרָאִים בְּדִבְרֵי חֲכָמֵינוּ זַ"ל בְּשֵׁם 'אֲבִיּוֹנוֹת' וּבִלְשׁוֹן עַרְבִי קוֹרִין אוֹתָם שפל"ח הַפֵּ"ה בדג"ש, וּבְעֵת שֶׁיָּצְאוּ הַוְּורָדִין הֲנֵז' לֹא יָצְאוּ הַקְּלָחִים שֶׁנִּקְרָאִים כב"ד וְאַחַר שֶׁיִּתְקַשּׁוּ אֵלּוּ הַקְּלָחִים שֶׁקּוֹרִין כב"ד וְלֹא יוֹעִילוּ לַאֲכִילָה אָז יָצְאוּ הָאֲבִיּוֹנוֹת שֶׁקּוֹרִין שפל"ח. וְלָכֵן אַרְבוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה מִינֵי פֵּירוֹת וְאֵינָם יוֹצְאִים וְנִמְצָאִים בִּזְמַן אֶחָד אֶלָּא בְּזֶה אַחַר זֶה. (וְעַיֵּין מ"ש תּוֹסְפוֹת בָּתְרָא דַּף כֹּח יְעֻויַּן שָׁם) בְּרַם הַדֻּוגְמָה הַזֹּאת דְּנָקֵיט רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּעִנְיַן פֵּרוֹת בְּכָל יוֹם אֵין דֻּוגְמָה זוֹ בָּזֶה הַצָּלָף הַנִּזְכָּר, וְיִתָּכֵן הַצָּלָף שֶׁהָיָה בִּימֵיהֶם הָיָה לוֹ טֶבַע אֶחָד מְשֻׁונֶּה מִזֶּה הַמָּצוּי בִּמְדִינָתֵנוּ. אוֹ אֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁהוּא עָשָׂה בּוֹ דֻּוגְמָה בְּמִקְצָת, וְאֵיךְ שֶׁיִּהְיֶה לְפִי דִּבְרֵי הֶעָרוּךְ וְדִבְרֵי הַמְבָאֵר בִּלְשׁוֹן הָעַרְבִי הַצָּלָף הוּא מַה שֶׁקּוֹרִין בְּעַרְבִי א"ל כב"ד, וּבְוַדַּאי אוֹתוֹ שֶׁהָיָה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בִּימֵיהֶם הָיָה מְשֻׁובָּח יוֹתֵר מִזֶּה שֶׁאֶצְלֵינוּ וְהָיָה מוֹצִיא פֵּירוֹת בְּכָל יוֹם. וְדַע דְּאֵין לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי רַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא הֶעֱנִישׁ לְתַלְמִיד זֶה אֲשֶׁר לְגַלְגֵּל עַל דְּבָרָיו, וְרַבִּי יוֹחָנָן בְּסַנְהֶדְרִין דַּף ק' הֶעֱנִישׁ לְאוֹתוֹ תַּלְמִיד אֲשֶׁר לִגְלֵג עַל דְּבָרָיו וַעֲשָׂאוֹ גַּל שֶׁל עֲצָמוֹת? דְּנִרְאֶה לִי בס"ד יִתָּכֵן הָתָם גַּבֵּי רַבִּי יוֹחָנָן לְגַלְגֵּל לַהֲדֵיהּ, אַךְ כָּאן לִגְלֵג בִּלְבָבוֹ וְרַק הִקְשָׁה קֻושְׁיָא מִן הַפָּסוּק בְּפָנָיו וְעַל קֻושְׁיָתוֹ אֵינוֹ נֶעֱנַשׁ! וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הָתָם רַבִּי יוֹחָנָן לֹא הוֹצִיא אוֹתָם דְּבָרִים מִתּוֹךְ דְּרָשָׁה שֶׁל פָּסוּק אֶלָּא דִּבְרֵי קַבָּלָה הֵם בְּיָדוֹ, שֶׁכָּךְ קִבֵּל שֶׁעָתִיד הקב"ה לְהָבִיא אֲבָנִים טוֹבוֹת שֶׁהֵם שְׁלֹשִׁים עַל שְׁלֹשִׁים וְחוֹקֵק בָּהֶם עֶשֶׂר בְּרוּם עֶשְׂרִים, וְעַל זֶה הַמִּדָּה לֹא הֵבִיא דְּרָשָׁה מִן הַפָּסוּק וּמֻוכְרָח שֶׁכָּךְ קִבֵּל מֵרַבּוֹתָיו שֶׁנּוֹדַע לָהֶם זֶה מִפִּי נְבִיאִים מִדּוֹר לְדוֹר, אַךְ כָּאן רַבָּן גַּמְלִיאֵל הָיָה מוֹצִיא כָּל דָּבָר וְדָבָר מִן הַפָּסוּק בְּדֶרֶךְ דְּרָשׁ, וְעַל הַדְּרָשׁ יוּכַל לְהַקְשׁוֹת מִן הַפָּסוּק לִסְתּוֹר אוֹתוֹ וְאֵין זֶה סוֹתֵר דִּבְרֵי קַבָּלָה , לְכָךְ לֹא הֶעֱנִישׁוּ.
"Il lui montra un câprier." Le Aroukh écrit que c'est ce qu'on appelle en arabe al-kabad, et de même l'écrit un manuscrit expliquant les termes en arabe. Cet arbre, al-kabad, se trouve dans notre pays, à Bagdad et dans ses environs, et aussi dans les lieux situés sur l'Euphrate ; il pousse de lui-même comme des épines et sa hauteur est d'une coudée et demie environ. Il y pousse des fleurs semblables à la rose, qui se mangent une fois confites : ce sont celles que nos maîtres appellent "temarot". Il y pousse aussi des tiges très tendres, portant des feuilles, qui se mangent également une fois confites : ce sont celles que nos maîtres appellent "kapricin", et que l'arabe appelle kabad. Il y pousse encore de petites grenades, qui grossissent et deviennent comme des tiges, et se mangent telles quelles : ce sont celles que nos maîtres appellent "evyonot", et que l'arabe appelle chaflah, le pe avec daguech. Lorsque paraissent les fleurs, les tiges appelées kabad ne paraissent pas ; et lorsque ces tiges ont durci et ne servent plus à la nourriture, alors paraissent les evyonot appelées chaflah. C'est pourquoi nos maîtres ont dit qu'il s'agit de trois sortes de produits, qui ne paraissent pas au même moment mais l'un après l'autre (vois ce qu'écrivent les Tossefot dans Baba Batra 28). Toutefois l'exemple pris par Rabban Gamliel au sujet de fruits chaque jour ne se vérifie pas dans le câprier que nous connaissons ; il se peut que le câprier de leur temps eût une nature différente de celui qui se trouve dans notre pays. On peut aussi dire qu'il n'en a donné qu'un exemple partiel. Quoi qu'il en soit, d'après le Aroukh et d'après celui qui explique les termes en arabe, le tsalaf est ce qu'on appelle en arabe al-kabad ; et sans doute celui qui se trouvait en terre d'Israël de leur temps était-il meilleur que le nôtre et produisait-il des fruits chaque jour. Sache qu'il n'y a pas lieu de demander pourquoi Rabban Gamliel n'a pas châtié ce disciple qui se moquait de ses paroles, alors que Rabbi Yo'hanan, dans Sanhédrin 100a, châtia le disciple qui s'était moqué de lui et en fit un tas d'ossements. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que là-bas, chez Rabbi Yo'hanan, il s'est moqué ouvertement, tandis qu'ici il s'est moqué dans son cœur et n'a posé en face qu'une objection tirée d'un verset, et pour une objection on n'est pas châtié. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que là-bas Rabbi Yo'hanan ne tirait pas ces paroles d'un derach de verset, mais qu'il les tenait par tradition : il avait reçu que le Saint béni soit-Il amènerait dans l'avenir des pierres précieuses de trente sur trente, et qu'Il y creuserait dix sur vingt de hauteur ; or sur cette mesure il n'apportait pas de derach tiré d'un verset, et il faut donc qu'il l'ait reçue de ses maîtres, qui la tenaient des prophètes de génération en génération. Ici, au contraire, Rabban Gamliel tirait chaque chose d'un verset par voie de derach, et sur un derach on peut objecter un verset pour le réfuter, ce qui ne contredit pas une tradition reçue ; c'est pourquoi il ne l'a pas châtié.
💡 Explication

Le verset de Ye'hezkel est lu en deux temps : le rameau pousse continûment, donc le fruit qui lui est associé dans le même verset viendra lui aussi chaque jour.

Le tsalaf, le câprier, sert de démonstration parce qu'il donne successivement trois produits distincts, connus du droit du Chabbat et des dîmes : les evyonot (les câpres proprement dites), les kapricin (l'enveloppe) et les loulavin (les jeunes pousses). L'arbre ne chôme jamais.

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וְתוּ, יָתֵיב רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְקָא דָרֵישׁ: עֲתִידָה אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁתּוֹצִיא גְּלוּסְקָאוֹת וּכְלֵי מִילָת שֶׁנֶּאֱמַר: ״יְהִי פִסַּת בַּר בָּאָרֶץ״. לִיגְלֵג עָלָיו אוֹתוֹ תַּלְמִיד וְאָמַר: ״אֵין כָּל חָדָשׁ תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ״. אֲמַר לֵיהּ: בֹּא וְאַרְאֶךָּ דֻּוגְמָתָן בָּעוֹלָם הַזֶּה. נְפַק אַחְוִי לֵיהּ כְּמֵיהִין וּפִטְרִיּוֹת. וְאָכְלִי מִילַת — נִבְרָא בַּר קוֹרֵא.

Et encore : Rabban Gamliel siégeait et enseignait : dans l'avenir, la terre d'Israël produira des gâteaux (gloskaot) et des vêtements de fin lin, ainsi qu'il est dit : "qu'il y ait une étendue de blé dans le pays". Ce disciple se moqua de lui et dit : "il n'y a rien de nouveau sous le soleil".

Il lui dit : viens, je te montrerai leur pareil en ce monde. Il sortit et lui montra des truffes et des champignons.

Et quant aux vêtements de fin lin — l'enveloppe fibreuse du cœur de palmier (bar koura).

📜 Rachi (4)
בַּר כְּמוֹ לִשְׁבֹּור בָּר (בְּרֵאשִׁית מב) וּלְעִנְיַן כְּלֵי מֵילָת בַּר נָקִי כְּמוֹ בָּרָה כַּחַמָּה (שִׁיר ו):
"Bar", comme dans "pour acheter du blé" (Berechit 42) ; et quant aux vêtements de fin lin, "bar" au sens de pur, comme "claire comme le soleil" (Chir ha-Chirim 6).
פִּיסַּת בַּר מַשְׁמַע גְּלוּסְקָאוֹת שֶׁרְחָבוֹת כְּמִין פַּס יָד וּמַשְׁמַע כְּלֵי מֵילָת כְּמוֹ כְּתֹונֶת פַּסִּים:
"Pissat bar" peut désigner des gâteaux larges comme la paume de la main, et peut désigner des vêtements de fin lin, comme dans "ketonet passim".
כְּמֵהִין וּפִטְרִיּוֹת שֶׁיּוֹצְאִין כְּמוֹת שֶׁהֵן בְּלַיְלָה אֶחָד וּרְחָבִין וְעִגּוּלִין כִּגְלוּסְקָאוֹת:
Ils sortent tels quels en une seule nuit, larges et ronds comme des gâteaux.
נִבְרָא בַּר קוֹרֵא סִיב כְּמִין לְבוּשׁ מְצֻוייָּר גָּדֵל סְבִיבוֹת הַקֹּור שֶׁל דֶּקֶל כְּשֶׁהוּא רַךְ קוֹר עֲנַף הָאִילָן כְּשֶׁהוּא רַךְ יוֹצֵא בְּכָל שָׁנָה קֹודֶם שֶׁיִּתְקַשֶּׁה קָרוּי קוֹר:
Une fibre, semblable à un vêtement ouvrage, qui pousse autour du koura du palmier lorsqu'il est tendre. Le kor est la branche de l'arbre lorsqu'elle est tendre : elle sort chaque année, et avant qu'elle ne durcisse on l'appelle kor.
💡 Explication

La lecture repose sur les deux sens possibles de pissat bar. Rachi détaille la double lecture : bar comme blé donne les gâteaux, bar comme pur donne le vêtement de lin fin, et pissa évoque à la fois la largeur d'une paume et la ketonet passim.

Les deux démonstrations répondent aux deux sens : les truffes et les champignons sortent de terre en une nuit, ronds comme des pains, et la fibre qui entoure le cœur de palmier pousse déjà tissée comme une étoffe.

🖼️ Schéma
Les trois merveilles à venir et leur échantillon ici-bas Ce qui est annoncé Le verset Ce qu'il montre dehors Une femme enfantera chaque jour Enceinte et enfantant ensemble Yirmiya 31, 7 une poule elle pond tous les jours Les arbres porteront des fruits chaque jour Il portera rameau et fera fruit Ye'hezkel 17, 23 un câprier (tsalaf) trois produits à tour de rôle La terre d'Israël donnera gâteaux et vêtements de fin lin Qu'il y ait une étendue de blé dans le pays Tehilim 72, 16 truffes et champignons et l'enveloppe du koura sortis en une nuit, tissés seuls
Les trois enseignements de Rabban Gamliel, leur verset, et l'échantillon qu'il montre au disciple hors de la maison d'étude.
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תָּנוּ רַבָּנַן: לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם עַנְווְתָן כְּהִלֵּל וְאַל יְהֵא קַפְּדָן כְּשַׁמַּאי. מַעֲשֶׂה בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם

Nos maîtres ont enseigné : que l'homme soit toujours patient (anvetan) comme Hillel, et qu'il ne soit pas emporté (kapdan) comme Chammai. Il arriva que deux hommes

💡 Explication

La baraita fait la transition entre la patience des sages devant la sottise et la série de récits sur Hillel qui occupe le début de 31a. Le couple de termes opposé anvetan, celui qui supporte sans se troubler, et kapdan, celui qui prend ombrage.

Le folio s'interrompt au milieu de la phrase : le pari engagé entre les deux hommes, puis les trois candidats à la conversion, se lisent sur la page suivante.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).