Shabbat 31a — La patience de Hillel : le pari des quatre cents zouz, les trois candidats à la conversion, et la crainte du Ciel comme trésor

Shabbat 31a

Sougya : Le folio déroule la baraita ouverte à la fin de 30b : que l'homme soit patient comme Hillel et non emporté comme Chamai. Deux hommes parient quatre cents zouz que l'un d'eux parviendra à irriter Hillel ; celui-ci vient trois fois, une veille de Chabbat, poser des questions moqueuses sur les Babyloniens, les Tarmodiens et les Africains, puis attaque de front le titre de nassi d'Israël.

Hillel s'enveloppe chaque fois, appelle son interlocuteur mon fils, et lui répond que la somme perdue valait la peine. Viennent ensuite trois récits parallèles de candidats à la conversion que Chamai repousse et que Hillel accueille : celui qui refuse la Torah orale et apprend l'alphabet à l'envers, celui qui veut toute la Torah sur un pied et reçoit la règle de ce qui t'est odieux, celui qui veut devenir cohen gadol et découvre lui-même, par un kal va-homer, que le profane qui approche est passible de mort.

Les trois se retrouvent et concluent que la sévérité de Chamai les aurait chassés du monde. La page se termine sur Rech Lakich, qui lit les six ordres de la Michna dans un verset d'Yechayahou, et sur Rava, qui énumère les six questions du jugement d'après-vie : sans la crainte du Ciel, tout le reste est un kor de blé monté au grenier sans son kav de homton.

Chabbat 31a — le fil du folio 1. Le pari des quatre cents zouz Deux hommes misent : celui qui irritera Hillel emportera la somme. 2. Trois questions moqueuses Babyloniens, Tarmodiens, Africains : Hillel répond chaque fois avec calme. 3. L'attaque directe Es-tu le nassi d'Israël ? J'ai perdu quatre cents zouz à cause de toi. 4. Premier candidat Il refuse la Torah orale ; Hillel lui enseigne l'alphabet, puis l'inverse. 5. Deuxième candidat Toute la Torah sur un pied : ce qui t'est odieux, ne le fais pas à ton prochain. 6. Troisième candidat Il veut être cohen gadol et tire seul le kal va-homer qui l'en écarte. 7. Les trois se rencontrent La sévérité de Chamai chassait du monde ; la patience de Hillel a rapproché. 8. Rech Lakich et Rava Les six ordres dans un verset, les six questions du jugement, et la crainte.
Les huit moments du folio, du pari des quatre cents zouz aux six questions du jugement.
Les trois candidats à la conversion : Chamai et Hillel Le candidat Sa condition Chamaï Hillel Premier deux Torot ? Je crois à la Torah écrite, pas à la Torah orale : enseigne-moi l'écrite seule. Il le rabroue et le renvoie avec réprimande (bi-nzifa). Il le convertit, lui apprend alef bet, puis l'inverse : tu t'appuyais déjà sur moi. Deuxième sur un pied Enseigne-moi toute la Torah pendant que je me tiens sur un seul pied. Il le repousse avec la coudée de bâtisseur qu'il tient en main. Ce qui t'est odieux, ne le fais pas à ton prochain : voilà toute la Torah, le reste en est l'explication. Troisième cohen gadol Convertis-moi à condition que tu me nommés cohen gadol. Il le repousse avec la coudée de bâtisseur. Va apprendre les usages de la royauté : l'homme se retire de lui-même après son kal va-homer. La sévérité de Chamai a cherché à nous chasser du monde ; la patience de Hillel nous a rapprochés sous les ailes de la Chekhina.
Les trois récits de conversion mis en colonnes : la condition posée, la réaction de Chamai, la réponse de Hillel.
Yechayahou 33, 6 : les six ordres de la Michna et les six questions du jugement Le mot du verset Rech Lakich : l'ordre Rava : la question posée au jugement emounat (fidélité) Zeraim As-tu traité tes affaires avec bonne foi ? itekha (tes temps) Moed As-tu fixé des temps pour la Torah ? hossen (force) Nachim T'es-tu occupé de la procréation ? yechouot (deliverances) Nezikin As-tu espéré la deliverance ? hokhmat (sagesse) Kodachim As-tu discuté avec sagesse (pilpoul) ? vadaat (et connaissance) Taharot As-tu compris une chose à partir d'une autre ? Et malgré tout cela : la crainte de Hachem, voilà son trésor Sans elle, le kor de blé monté au grenier reste sans son kav de homton.
Le verset d'Yechayahou lu par Rech Lakich, les six questions de Rava en regard, et la crainte du Ciel qui les conditionne.
1
שֶׁהִמְרוּ זֶה אֶת זֶה, אָמְרוּ: כָּל מִי שֶׁיֵּלֵךְ וְיַקְנִיט אֶת הִלֵּל יִטּוֹל אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז. אָמַר אֶחָד מֵהֶם: אֲנִי אַקְּנֵיטֵנוּ. אוֹתוֹ הַיּוֹם עֶרֶב שַׁבָּת הָיָה, וְהִלֵּל חָפַף אֶת רֹאשׁוֹ. הָלַךְ וְעָבַר עַל פֶּתַח בֵּיתוֹ, אָמַר: מִי כָּאן הַלֵּל, מִי כָּאן הַלֵּל? נִתְעַטֵּף וְיָצָא לִקְרָאתוֹ. אָמַר לוֹ: בְּנִי, מָה אַתָּה מְבַקֵּשׁ? אָמַר לוֹ: שְׁאֵלָה יֵשׁ לִי לִשְׁאֹול. אָמַר לוֹ: שְׁאַל בְּנִי. שָׁאַל: מִפְּנֵי מֶה רָאשֵׁיהֶן שֶׁל בַּבְלִיִּים סְגַלְגַּלּוֹת? אָמַר לוֹ: בְּנִי, שְׁאֵלָה גְּדוֹלָה שָׁאַלְתָּ. מִפְּנֵי שֶׁאֵין לָהֶם חַיּוֹת פִּקְּחוֹת.

... qui parièrent l'un contre l'autre. Ils dirent : celui qui ira irriter Hillel recevra quatre cents zouz.

L'un d'eux dit : moi, je vais l'irriter. Ce jour-là était une veille de Chabbat, et Hillel se lavait la tête.

Il alla, passa devant la porte de sa maison et dit : qui est ici Hillel, qui est ici Hillel ? Hillel s'enveloppa et sortit à sa rencontre.

Il lui dit : mon fils, que cherches-tu ? Il lui dit : j'ai une question à poser.

Il lui dit : demande, mon fils. Il demanda : pourquoi les têtes des Babyloniens sont-elles ovales ?

Il lui dit : mon fils, tu as posé une grande question. Parce qu'ils n'ont pas de sages-femmes habiles.

📜 Rachi (3)
שֶׁהִמְרוּ נִתְעָרְבוּ כְּמוֹ שֶׁמַּמְרִין אֶת הַיּוֹנִים דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף כו:):
Ils firent un pari, comme dans l'expression on fait concourir les pigeons, du traité Sanhédrin (26b).
מִי כָּאן הִלֵּל כְּלוּם כָּאן הִלֵּל וּלְשׁוֹן גְּנַאי לַנָּשִׂיא יִשְׂרָאֵל:
Y a-t-il seulement ici un Hillel ? C'est une façon de parler méprisante à l'égard du nassi d'Israël.
מִפְּנֵי מָה רֹאשָׁן שֶׁל בַּבְלִיִּים סְגַלְגַּלּוֹת בילונ"ה בְּלַעַז שֶׁאֵינוֹ עָגֹול לִישָּׁנָא אַחְרִינָא רֹאשָׁן שֶׁל בַּבְלִיִּים סְגַלְגַּל עָגֹול:
Bilonne en langue vulgaire, c'est-à-dire qui n'est pas rond. Autre version : la tête des Babyloniens est segalgal, c'est-à-dire ronde.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהִמְרוּ זֶה אֶת זֶה דִּינֵי אַסְמַכְתָּא מְפֹורָשׁ בְּמָקוֹם אַחֵר (בָּבָא מְצִיעָא דַּף עַד. וְשָׁם):
Les règles de l'asmakhta, l'engagement que l'on prend sans y résoudre vraiment son esprit, sont exposées ailleurs (Baba Metsia 74a et parallèles).
🪔 Ben Yehoyada (6)
יִטֹּל אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁבָּחֲרוּ בְּסַךְ זֶה דְּיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ בְּסִטְרָא אַחֲרָא אַרְבַּע מֵאוֹת כֹּחַ בְּסוֹד (בְּרֵאשִׁית לב, ז) וְהִנֵּה עֵשָׂו בָּא וְאַרְבַּע מֵאוֹת אִישׁ עִמּוֹ וְעַיֵּין בר"ח. וְלָכֵן הַשָּׂטָן שָׂם בְּלִבָּם לְהַמְרוֹת בְּסַךְ זֶה שֶׁהוּא מְכֻווָּן כְּנֶגֶד ת' כֹּחוֹת שֶׁל סִטְרָא אַחְרָא, שֶׁחָשַׁב שֶׁיִּתְגַּבֵּר זֶה מִכּוֹחָם וְיוּכַל לְהַכְעִיסוֹ. אַךְ לֹא יָדַע שֶׁהַקְּדֻושָּׁה גָּבְרָה וְלֹא נִתְכַּעֵס, וּבָזֶה שִׁיבֵּר וְהֶחְלִישׁ כֹּחַ ת' כּוֹחוֹת דְּסִטְרָא אַחֲרָא. וּבָזֶה יוּבָן רֶמֶז הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי כח, כב) נִבֳהָל לַהוֹן אִישׁ רַע עָיִן וְלֹא יֵדַע כִּי חֶסֶר יְבֹאֶנּוּ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִישׁ בְּלִיַּעַל שֶׁהוּא 'רַע עַיִן' [400] כְּמִנְיַן ת' כּוֹחוֹת נִבְהָל לְהוֹן לָשִׂים בִּלְבָבָם שֶׁל אֵלּוּ שֶׁיַּמְרוּ זֶה אֶת זֶה בְּסַךְ אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז בְּחָשְׁבוּ שֶׁבָּזֶה יִגְבַּר וְיַחֲטִיא אֶת הִלֵּל בְּכַעַס, וְלֹא יָדַע כִּי אַדְּרַבָּה חָסֵר יִבֵּאנוּ בְּדָבָר זֶה שֶׁנֶּחְלְשָׁה הַסִּטְרָא אַחֲרָא וְגָבְרָה הַקְּדוֹשָׁה.
"Il recevra quatre cents zouz." Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils ont choisi cette somme parce qu'il est connu qu'il y a dans la sitra a'hra (l'autre côté) quatre cents forces, selon le sod du verset (Berechit 32, 7) "et voici, Essav vient, et quatre cents hommes avec lui" ; voir Rabbenou Hananel. C'est pourquoi le satan leur a mis au cœur de parier sur cette somme, exactement dirigée contre les quatre cents forces de la sitra a'hra, pensant que l'homme l'emporterait par leur puissance et parviendrait à irriter Hillel. Il ne savait pas que la sainteté allait l'emporter et que Hillel ne s'irriterait pas ; par la même, il a brisé et affaibli la puissance des quatre cents forces de la sitra a'hra. Ainsi se comprend l'allusion du verset (Michle 28, 22) "l'homme au mauvais œil se hâte vers la richesse, et il ne sait pas que le manque viendra sur lui" : l'homme de néant, qui est ra ayin, le mauvais œil [400], comme le nombre des quatre cents forces, se hâte vers la richesse en mettant au cœur de ces deux hommes de parier quatre cents zouz l'un contre l'autre, pensant l'emporter ainsi et faire fauter Hillel par la colère ; et il ne savait pas que, tout au contraire, le manque viendrait sur lui dans cette affaire même, la sitra a'hra en étant affaiblie et la sainteté affermie.
אוֹתוֹ הַיּוֹם עֶרֶב שַׁבָּת הָיָה, וְהִלֵּל חוֹפֵף אֶת רֹאשׁוֹ. הָלַךְ וְעָבַר עַל פֶּתַח בֵּיתוֹ. אָמַר: מִי כָּאן הַלֵּל? מִי כָּאן הַלֵּל. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת תֵּיבַת 'מִי' אֵין בָּהּ צֹורֶךְ? וְנִרְאֶה לִי שֶׁהוּא רָאָהוּ בִּפְנִים כְּשֶׁעָמַד בְּפֶתַח וְאֵלָיו הָיָה שׁוֹאֵל 'מִי' רְצוֹנוֹ לוֹמַר מִי אַתָּה אֱמֹור לִי כָּאן הִלֵּל שֶׁעָשָׂה עַצְמוֹ כְּאִלּוּ אֵינוֹ מַכִּירוֹ כְּדֵי לְהַכְעִיסוֹ, וְאַחַר שֶׁנִּתְעַטֵּף הִלֵּל ע"ה וְיָצָא לִקְרָאתוֹ לֹא דִּבֵּר עַד שֶׁהוּא פָּתַח בִּדְבָרִים וְאָמַר לוֹ: בְּנִי, מָה אַתָּה מְבַקֵּשׁ? וּבְכָל זֹאת כִּיוֵּן לְהַכְעִיסוֹ, אַךְ הוּא אַדְּרַבָּא דִּבֵּר עִמּוֹ בְּחִיבָּה שֶׁקְּרָאוֹ 'בָּנַי' וְגַם רָמַז לוֹ דְּמוֹחֵל לוֹ כְּמִשְׁפַּט הָאָב עִם בְּנוֹ דִּכְבוֹדוֹ מָחוּל, וְגַם אָמַר לוֹ: שְׁאַל בְּנִי, שְׁאַל רְצוֹנוֹ לוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁאָמַרְתָּ שְׁאֵלָה אַחַת יֵשׁ לְךָ לִשְׁאֹל הִנֵּה אֲנִי אוֹמֵר לְךָ שְׁאַל בְּנִי, שְׁאַל כַּמָּה שְׁאֵלוֹת, אִי נָמֵי שָׁאַל בְּמִילֵּי דְּאוֹרָייְתָא שָׁאַל גַּם בְּמִילֵּי דְּעָלְמָא.
"Ce jour-là était une veille de Chabbat, et Hillel se lavait la tête. Il alla, passa devant la porte de sa maison et dit : qui est ici Hillel, qui est ici Hillel ?" Il y a lieu de demander : le mot qui est sans nécessité. Il me semble qu'il l'a vu à l'intérieur quand il se tenait à la porte, et que c'est à lui qu'il demandait qui, c'est-à-dire : qui es-tu, dis-moi si Hillel est ici — il faisait comme s'il ne le reconnaissait pas, afin de l'irriter. Et après que Hillel, la paix soit sur lui, se fût enveloppé et fut sorti à sa rencontre, l'homme ne parla pas : c'est Hillel qui ouvrit et lui dit mon fils, que cherches-tu ? Malgré tout cela l'homme visait à l'irriter ; et Hillel, tout au contraire, lui parla avec affection en l'appelant mon fils, lui faisant entendre qu'il lui pardonnait, à la manière d'un père avec son fils, dont l'honneur est remis. Il lui dit encore demande, mon fils, demande : bien que tu aies dit n'avoir qu'une question à poser, moi je te dis demande, mon fils, pose plusieurs questions. Ou encore : demande sur les choses de la Torah, demande aussi sur les choses de ce monde.
מִפְּנֵי מֶה רָאשֵׁיהֶם שֶׁל בַּבְלִיִּים סְגַלְגַּלּוֹת? אָמַר לוֹ: בְּנִי, שְׁאֵלָה גְּדוֹלָה שָׁאַלְתָּ. פֵּירוּשׁ אַף עַל פִּי שֶׁשְּׁאֵלָתְךָ אֵין בָּהּ דִבְרֵי תוֹרָה וְלֹא עִנְיָן דָּבָר אַחֵר עִם כָּל זֶה אֶצְלִי חֲשׁוּבָה שְׁאֵלָה גְּדוֹלָה, כִּי אֲנִי רוֹאֶה שֶׁהִיא רְאוּיָה לְהַלְבִּישׁ בָּהּ דִבְרֵי תוֹרָה, וְאָשִׁיב לְךָ עָלֶיהָ תְּשׁוּבָה שֶׁגַּם כֵּן יִהְיֶה בָּהּ פְּשַׁט וְרֶמֶז.
"Pourquoi les têtes des Babyloniens sont-elles ovales ? Il lui dit : mon fils, tu as posé une grande question." C'est-à-dire : bien que ta question ne contienne ni parole de Torah ni aucun autre sujet, elle est pour moi une grande question, car je vois qu'elle est apte à recevoir des paroles de Torah ; et je vais te faire une réponse qui aura elle aussi un pchat (sens simple) et un remez (sens allusif).
מִפְּנֵי מֶה רָאשֵׁיהֶם שֶׁל בַּבְלִיִּים סְגַלְגַּלּוֹת. מָהַרְשָׁ"א זַ"ל פֵּירְשָׁהּ שֶׁרָמַז עַל הָעֲשִׁירִים שֶׁנַּעֲשָׂה בָּהֶם תְּנוּעַת הַגַּלְגַּל וְיוֹרְדִים מִנִּכְסֵיהֶם בַּר מִינַּן. אַךְ תְּשׁוּבַת דְּבָרָיו פֵּירֵשׁ כְּדוֹחֵק. וְנִרְאֶה לִי דְּאִיתָא בִּמְצִיעָא (דַּף קז) דְּעַיִן הָרַע אִיכָּא בְּבָבֶל טְפֵי מִשְּׁאָר מְקוֹמוֹת, וְיָדוּעַ דְּאֵין דָּבָר מַזִּיק לְעֹושֶׁר כְּמוֹ עַיִן הָרַע , וְכָל זֶה דַּוְקָא אִם אֵין שָׂם לֵב עַל דָּבָר זֶה לְהַצְנִיעַ עָשְׁרוֹ וּלְהַסְתִּירוֹ מֵעֵינֵי בְּנֵי אָדָם, וּלְכָךְ שָׁאֲלוּ עַל בַּבְלִיִּים דַּוְקָא וְהֵשִׁיב שֶׁאֵין לָהֶם חַיּוֹת פִּקְּחוֹת שֶׁאֵין לָהֶם לְבָבוֹת פִּקְּחוֹת לַעֲשׂוֹת שְׁמִירָה לְעָושְׁרָם שֶׁיִּהְיֶה מֻוצְנָע. ומ"ש מִפְּנֵי מָה עֵינֵיהֶן שֶׁל תַּרְמוֹדִייִּן טְרוּטוֹת? נִרְאֶה לִי בס"ד, דְּאִיתָא לְעֵיל (דַּף כא) 'עַד דְּכַלְיָיא רִגְלָא דְּתַרְמוּדֵי' וּפֵירֵשׁ בֶּעָרוּךְ בְּשֵׁם הַגְּאוֹנִים עֵצִים הֵם דְּנִקְרָאִין תַּרְמוֹדָאֵי עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא תַּרְמוֹדָאֵי הֵם עֵצִים וְאִיתָא בְּבָתְרָא דַּף קמ"ה (קֹהֶלֶת י' ט') בּוֹקֵעַ עֵצִים יִסָּכֶן בָּם, זֶה בַּעַל גְּמָרָא יְעֻויַּן שָׁם. גַּם בְּלָאו הָכִי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֵין עֵץ אֶלָּא תּוֹרָה, וּלְפִי זֶה כָּאן הוּא קוֹרֵא אֶת תַּלְמִיד חָכָם בְּשֵׁם תַּרְמוֹדִיִּים שֶׁהֵם עֵצִים. וז"ש מִפְּנֵי מָה עֵינֵיהֶן שֶׁל תַּרְמוֹדִיים שֶׁהֵם הַתַּלְמִיד חָכָם רַכּוֹת? וְעָשָׂה קוֹצִין בִּדְבָרָיו אֵלּוּ, לִרְמֹוז שֶׁהֵם רַכּוֹת בַּעֲבוּר שֶׁהֵם מְקַבְּלֵי שֹׁוחַד, דִּכְתִיב (דְּבָרִים טז, יט) כִּי הַשֹּׁחַד יֵעוֹר. וְהֵשִׁיב לוֹ שֶׁדָּרִין בֵּין הַחוֹלוֹת , פֵּירוּשׁ עַמֵּי אֲרָצוֹת שֶׁהֵם דּוֹמִין לְחוֹל וְגַם הֵם חֻולִּין דְּאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּבָתְרָא (דַּף ח') פֻּרְעָנוּת בָּאָה לָעוֹלָם בִּשְׁבִיל עַמֵּי אֲרָצוֹת, וְכֵיוָן דְּבָאָה פֻּרְעָנוּת בַּעֲבוּרָם לָכֵן הֲתַלְמִידֵי חֲכָמִים בּוֹכִין לְבַטֵּל הַפֻּרְעָנוּת וּלְכָךְ עֵינֵיהֶם רַכּוֹת מִן הַבְּכִיָּה תָּמִיד. מָשָׁל לְאֶחָד נִתְאַכְסֵן אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת וּבָא לֶאֱכֹול עִמּוֹ עַל הַשֻּׁלְחָן, וְהָיָה בַּעַל הַבַּיִת אָדָם רַע וְהִנִּיחַ בְּתוֹךְ קַעֲרַת הַמָּרָק לִפְנֵי הָאוֹרֵחַ מְלֹא חָפְנָיו חַרְדָּל כָּתוּשׁ דַּק, וְכַאֲשֶׁר הָאוֹרֵחַ הוֹשִׁיט יָדוֹ לֶאֱכֹול מָלֵא אֶת הַכַּף מָרָק וְנָתַן לְתוֹךְ פִּיו הַחַרְדָּל שֶׁהוּא חַד הַרְבֵּה, וְיִצְחָק הַבַּעַל הַבַּיִת וְיֹאמַר לָאוֹרֵחַ לָמָּה אַתָּה בּוֹכֶה? וּלְקַנְתְּרוֹ מִתְכַּוֵּין לְשַׂחֵק בּוֹ. וְיֹאמַר הָאוֹרֵחַ אֲנִי בּוֹכֶה עַל אִמְּךָ שֶׁהוֹלִידָה בֵּן רַע בְּלִיַּעַל וְלֹא הִפִּילַתּוּ קֹודֶם שֶׁיְּלָדַתּוּ! וְכֵן הָעִנְיָן כָּאן זֶה קָנָתַר לְהַלֵּל בִּדְבָרִים אֵלּוּ, לוֹמַר שֶׁהַחֲכָמִים עֵינֵיהֶם רַכּוֹת שֶׁבָּא לִרְמֹוז בָּזֶה עַל שֶׁהֵם מְקַבְּלֵי שֹׁוחַד, וְהִלֵּל לֹא אָמַר לוֹ שֶׁקֶר הֵם דְּבָרֶיךָ כִּי עֵינֵיהֶם חֲזָקוֹת, אֶלָּא הֵשִׁיב לוֹ עַל דֶּרֶךְ הַתְּשׁוּבָה שֶׁהֵשִׁיב אוֹתוֹ אוֹרֵחַ, וְאָמַר לוֹ שֶׁהֵם רַכּוֹת בְּסִיבַּת עַמֵּי אֲרָצוֹת כָּמוֹהוּ שֶׁמְּבִיאִין פֻּרְעָנוּת לְעוֹלָם. וְשָׁאַל עוֹד מִפְּנֵי מָה רַגְלֵיהֶם שֶׁל אַפְרִקִיִּים רְחָבוֹת? נִרְאֶה לִי בס"ד גַּם בִּשְׁאֵלָה זוֹ כֵּיוָן לְקַנְתְּרוֹ וּלְהַכְעִיסוֹ בִּכְבוֹד הַחֲכָמִים, וְהוּא אַפְרִקִיִּים רֶמֶז לְתַלְמִיד חָכָם לְשׁוֹן פְּרִיקָה שֶׁעַל יְדֵי זְכוּת תּוֹרָתָם פּוֹרְקִין מֵעַל יִשְׂרָאֵל עוֹל הָעַכּוּ"ם, אוֹ לְשׁוֹן פֵּירוּק דְּפוֹרְקִין הַקְּלִיפָּה מֵעַל הַפְּרִי שֶׁהוּא הַקְּדֻושָּׁה, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּעִנְיַן קֻושְׁיוֹת וְתֵירוּצִים שֶׁדּוֹמֶה לְמַשְׁבֵּר אֱגוֹזִים וּמַפְרִיד הַקְּלִיפָּה מֵעַל הָאֹוכֶל וְלָכֵן קוֹרֵא אוֹתָם 'אַפְרְקִיִּים'. וְשָׁאַל מִפְּנֵי מָה רַגְלֵיהֶם רְחָבוֹת? שֶׁהוֹלְכִים וּבָאִים וְנִכְנָסִים בְּבָתֵּי הָעֲשִׁירִים תָּמִיד, וְזֶהוּ עִנְיָן 'רְחָבוֹת' שֶׁמֻּרְחָבִין הִלּוּכָם וּכְנִיסָתָם בְּבָתֵּי אֲחֵרִים. וְהֵשִׁיב לוֹ מִפְּנֵי שֶׁדָּרִין בֵּין בִּצְעֵי הַמַּיִם , פֵּירוּשׁ שֶׁעוֹסְקִים בַּתּוֹרָה בְּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת תָּמִיד כָּל הַיּוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר עֲלֵיהֶם (תְּהִלִּים א, ה) כִּי אִם בְּתוֹרַת ה' חֶפְצוֹ, וּבְתוֹרָתוֹ יֶהְגֶּה יוֹמָם וָלָיְלָה וְהָיָה כְּעֵץ שָׁתוּל עַל פַּלְגֵי מָיִם, הֲרֵי קוֹרֵא הַכָּתוּב עֲלֵיהֶם כָּךְ שֶׁהֵם דָּרִין בֵּין בִּצְעֵי הַמַּיִם דְּאֵין מַיִם אֶלָּא תּוֹרָה, וּרְצוֹנוֹ לוֹמַר מֵאַחַר שֶׁדָּרִים בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה אֵין יוֹצְאִין לַשּׁוּק לַעֲשׂוֹת עֲסָקִים שֶׁלָּהֶם בְּיָדָם, לָכֵן בָּאִים אֵצֶל הָעֲשִׁירִים כְּדֵי שֶׁיְּדַבְּרוּ עִמָּהֶם עַל עִסְקֵיהֶם וּכְדֵי שֶׁיַּעַסְקוּ בְּצָרְכֵיהֶם, וְלֹא לֶאֱכֹול מִפִּיתָּם הֵם נִכְנָסִים כַּאֲשֶׁר אַתָּה חוֹשֵׁב וּמְקַנְתֵּר וּמַלְעִיג עֲלֵיהֶם.
"Pourquoi les têtes des Babyloniens sont-elles ovales ?" Le Maharcha, de mémoire bénie, a expliqué que cela fait allusion aux riches, en qui s'opère le mouvement de la roue et qui descendent de leurs biens, que le Ciel nous en préserve ; mais l'explication qu'il donne de la réponse est forcée. Il me semble plutôt que l'on enseigne dans Metsia (107) que le mauvais œil sévit à Bavel plus qu'ailleurs, et l'on sait que rien ne nuit à la richesse comme le mauvais œil ; tout cela pourtant seulement lorsqu'on ne prend pas garde à cacher sa fortune et à la soustraire aux yeux des gens. Voilà pourquoi il a interrogé sur les Babyloniens en particulier, et Hillel a répondu qu'ils n'ont pas de sages-femmes habiles : ils n'ont pas de cœurs assez avisés pour garder leur richesse et la tenir cachée. Quant à "pourquoi les yeux des Tarmodiens sont-ils chassieux ?", il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on trouve plus haut (21) "jusqu'à ce que disparaisse le pied du Tarmodien", et le Aroukh explique au nom des Gueonim qu'il s'agit de bûcherons appelés tarmodaei ; voir là. Les tarmodaei sont donc du bois, et l'on trouve dans Batra 145, sur le verset (Kohelet 10, 9) "celui qui fend du bois s'y expose", qu'il s'agit du maître de Guemara ; voir là. De plus, nos maîtres ont dit qu'il n'y a de bois que la Torah. Selon cela, il appelle ici le talmid 'hakham du nom de tarmodiens, qui sont des bois. Et voici ce qu'il dit : pourquoi les yeux des Tarmodiens, c'est-à-dire des sages, sont-ils mous ? Il a mis des épines dans ses paroles pour laisser entendre qu'ils sont mous parce qu'ils reçoivent des présents, selon le verset (Devarim 16, 19) "car le présent aveugle". Hillel lui a répondu qu'ils habitent parmi les sables, c'est-à-dire parmi les amei ha-arets (les ignorants), qui ressemblent au sable et sont eux-mêmes houlin (profanes) ; car la Guemara de Batra (8) enseigne que le malheur vient au monde à cause des amei ha-arets. Et puisque le malheur vient à cause d'eux, les talmidei hakhamim pleurent pour l'annuler, et leurs yeux sont mous par ce pleur continuel. Parabole : un homme logeait chez un hôte et vint manger avec lui à table ; l'hôte était un homme mauvais, et il mit dans l'écuelle de potage placée devant son convive une pleine poignée de moutarde finement pilée ; quand le convive tendit la main pour manger, il remplit la cuillère de potage et porta à sa bouche cette moutarde très piquante ; l'hôte se mit à rire et lui dit : pourquoi pleures-tu ? — il cherchait à le vexer et à se moquer de lui. Le convive répondit : je pleure sur ta mère, qui a mis au monde un fils mauvais et vil, et ne l'a pas perdu avant de l'enfanter. Il en va de même ici : cet homme vexait Hillel par ces paroles, en disant que les yeux des sages sont mous, pour insinuer qu'ils reçoivent des présents ; et Hillel ne lui a pas dit que ses paroles étaient fausses et que leurs yeux sont forts, mais lui a répondu à la manière de ce convive : ils sont mous à cause des amei ha-arets comme toi, qui amènent le malheur au monde. Il demanda encore : pourquoi les pieds des Africains sont-ils larges ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans cette question aussi il visait à le vexer et à l'irriter sur l'honneur des sages : afrikiim fait allusion au talmid 'hakham, du terme perika (décharger), car par le mérite de leur Torah ils déchargent d'Israël le joug des nations ; ou du terme peirouk, car on sépare la kelipa (l'écorce) du fruit, qui est la sainteté, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, au sujet des questions et des réponses, qui ressemblent à celui qui casse des noix et sépare l'écorce de l'aliment ; voilà pourquoi il les appelle afrikiim. Et il demanda : pourquoi leurs pieds sont-ils larges ? — c'est-à-dire qu'ils vont et viennent et entrent sans cesse dans les maisons des riches ; tel est le sens de larges : ils élargissent leur marche et leurs entrées dans les maisons d'autrui. Hillel lui répondit : parce qu'ils habitent parmi les marécages — c'est-à-dire qu'ils s'occupent de Torah dans les maisons d'étude tout le jour, eux dont il est dit (Tehilim 1, 2-3) "son désir est dans la Torah de Hachem, et dans Sa Torah il médite jour et nuit ; il sera comme un arbre planté près des courants d'eau" ; l'Écriture les désigne donc ainsi, comme habitant parmi les eaux, car il n'y a d'eau que la Torah. Il veut dire : puisqu'ils demeurent à la maison d'étude occupés de Torah, ils ne sortent pas au marché conduire eux-mêmes leurs affaires ; c'est pour cela qu'ils viennent chez les riches, afin de s'entretenir avec eux de leurs affaires et qu'on s'occupe de leurs besoins, et non pour manger de leur pain, comme tu le penses en les raillant et en te moquant d'eux.
מַעֲשֶׂה בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם, שֶׁהִמְרוּ זֶה עִם זֶה, אָמְרוּ: כָּל מִי שֶׁיֵּלֵךְ וְיַקְנִיט אֶת הִלֵּל, יִטֹּל אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז. הִנֵּה מָצִינוּ כָּזֹאת גַּם אֵצֶל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהָיוּ מַקְנִיטִים אוֹתוֹ בִּדְבָרִים, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בִּירוּשַׁלְמִי עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים קכב, א) שָׂמַחְתִּי בְּאֹמְרִים לִי בֵּית ה' נֵלֵךְ, מְלַמֵּד שֶׁהָיוּ הוֹלְכִין וְעוֹמְדִין אֵצֶל חַלּוֹנוֹתָיו שֶׁל דָּוִד וְאוֹמְרִים לוֹ דָּוִד! מָתַי יִבְנֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ? מָתַי בֵּית ה' נֵלֵךְ? וְאַף עַל פִּי שֶׁהֵם בָּאִים לְקַנְתֵּר וּלְהַכְעִיס אוֹתִי אֲנִי שָׂמֵחַ עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא הָיוּ בָּאִים לְבֵיתוֹ כְּדֵי לְהַכְעִיסוֹ הֵן בַּמֶּה שֶׁקּוֹרִים אוֹתוֹ בִּשְׁמוֹ כְּמוֹ שְׁאָר הֲמוֹן הָעָם, וְהֵן בַּמֶּה שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים דְּבָרִים מוֹכְחִין דְּקֹצִים בְּחַיָּיו, וְהוּא מֵרֹוב עַנּוֹתוֹ לֹא הָיָה כּוֹעֵס, וְהִנֵּה בְּוַדַּאי אֵלּוּ הַבָּאִים וּמְדַבְּרִים דִּבְרֵי הַכְעָסוֹת הֵם מְסַכְּנִים עַצְמָם, שֶׁאִם הָיָה רוֹצֶה עוֹשֶׂה בָּהֶם מִשְׁפָּט חָרוּץ עַל אֲשֶׁר זִלְזְלוּ בִּדְבָרִים אֵלּוּ, וּמִי יִסְכָּן עַצְמוֹ בִּשְׁבִיל מִילֵּי בְּעָלְמָא?! עַל כֵּן מֻוכְרָח לוֹמַר שֶׁגַּם אֵלּוּ הָיוּ עוֹשִׂין כְּמוֹ זֶה הָאִישׁ אֲשֶׁר הִמְרָה עִם חֲבֵרוֹ לְהַכְעִיס אֶת הִלֵּל לִיטֹּול ת' זוּז, וְכֵן הֵם הָיוּ עוֹשִׂין בֵּינֵיהֶם כִּי רַבִּים יוֹדְעִים שֶׁדָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה עָנָיו גָּדוֹל וְהָיוּ אוֹמְרִים שֶׁלֹּא אֶפְשָׁר לְהַכְעִיסוֹ, וְאִילּוּ אוֹמְרִים שֶׁאֶפְשָׁר וְהָיוּ מַמְרִים בֵּינֵיהֶם וְהָיוּ מַפְסִידִים בְּכָךְ! וְאִם כֵּנִים אָנוּ בְּהַשַּׂעֲרָה זוֹ הִנֵּה בָּזֶה מוּבָן הַכָּתוּב (תְּהִלִּים כב, יט) יְחַלְּקוּ בְגָדַי לָהֶם וְעַל לְבוּשִׁי יַפִּילוּ גוֹרָל, 'בִּגְדֵי' רְצוֹנוֹ לוֹמַר עֲוֹנֹותַי כְּמוֹ בָּגְדָה יְהוּדָה (מַלְאָכִי ב, יא), וּבַעֲלֵי לָשׁוֹן הָרַע לוֹקְחִים הָעֲוֹנוֹת שֶׁל אָדָם הַמְסַפְּרִים עָלָיו , גַּם הָעֲנָוָה נִקְרֵאת לְבוּשׁ כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַתַּנָּא (אָבוֹת ו, א) וּמְלַבַּשְׁתּוֹ עֲנָוָה וְיִרְאָה, וְזֶה שֶׁאָמַר 'יַחְלְקוּ בִּגְדֵי' רְצוֹנוֹ לוֹמַר עֲוֹנֹותַי לָהֶם! גַּם מִלְּבַד לָשׁוֹן הָרַע שֶׁמְּסַפְּרִים עָלַי עוֹד עַל לְבוּשֵׁי הִיא הָעֲנָוָה שֶׁלִּי יַפִּילוּ גּוֹרָל , זֶה אוֹמֵר דָּוִד עָנָיו וְלֹא יִתְכַּעֵס. וְזֶה אוֹמֵר אֲנִי אַכְעִיסוֹ וְאֵינוֹ עָנָיו כַּאֲשֶׁר תַּחְשֹׁוב וְעַל זֶה מְטִילִים גּוֹרָל לְהַמְרוֹת בֵּינֵיהֶם. וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים קכה, ג) כִּי לֹא יָנוּחַ שֵׁבֶט הָרֶשַׁע עַל גּוֹרַל הַצַּדִּיקִים, פֵּירוּשׁ עַל גּוֹרָל שֶׁעוֹשִׂין בִּשְׁבִיל הַצַּדִּיקִים לְהַכְעִיסָם אוֹ לְהַכְשִׁילָם בְּאֵיזֶה עָוֹן.
"Il arriva que deux hommes parièrent l'un contre l'autre. Ils dirent : celui qui ira irriter Hillel recevra quatre cents zouz." Nous trouvons pareille chose chez le roi David, la paix soit sur lui, que l'on vexait par des paroles, comme le rapporte le Talmud de Jérusalem sur le verset (Tehilim 122, 1) "je me suis réjoui de ceux qui me disaient : allons à la maison de Hachem" : cela enseigne qu'ils venaient se tenir auprès des fenêtres de David et lui disaient : David ! Quand le Temple sera-t-il bâti ? Quand irons-nous à la maison de Hachem ? Et bien qu'ils viennent me vexer et m'irriter, je me réjouis ; voir là. Ils venaient donc chez lui pour l'irriter, tant en l'appelant par son nom comme le commun du peuple qu'en tenant des propos montrant qu'ils se lassaient de sa vie ; et lui, par sa grande humilité, ne se mettait pas en colère. Or ceux qui viennent tenir des propos irritants s'exposent certainement à un grand risque, car s'il l'avait voulu il aurait pu exercer sur eux une justice sévère pour ce mépris ; et qui s'expose ainsi pour de simples paroles ? Il faut donc dire qu'eux aussi faisaient comme cet homme qui avait parié avec son compagnon d'irriter Hillel pour recevoir quatre cents zouz : ils faisaient de même entre eux, car beaucoup savaient que le roi David était d'une grande humilité et disaient qu'il était impossible de l'irriter, tandis que d'autres disaient que c'était possible ; ils pariaient entre eux et y perdaient. Et si notre conjecture est juste, on comprend le verset (Tehilim 22, 19) "ils se partagent mes vêtements et sur ma tunique ils jettent le sort" : begadai, mes vêtements, veut dire mes fautes, comme dans "Yehouda a trahi" (Malakhi 2, 11), car ceux qui parlent le lachon hara (la mauvaise langue) prennent sur eux les fautes de celui dont ils parlent ; et l'humilité aussi est appelée vêtement, comme dit le Tanna (Avot 6, 1) "elle le revêt d'humilité et de crainte". Voilà ce que veut dire "ils se partagent mes vêtements" : mes fautes leur reviennent ! Et outre le lachon hara qu'ils tiennent sur moi, "sur ma tunique", qui est mon humilité, "ils jettent le sort" : l'un dit David est humble et ne se mettra pas en colère, l'autre dit je vais l'irriter, il n'est pas humble comme tu le penses, et sur cela ils tirent au sort pour parier entre eux. C'est pourquoi il est dit (Tehilim 125, 3) "car le sceptre de la méchanceté ne reposera pas sur le lot des justes" : sur le sort que l'on tire au sujet des justes, pour les irriter ou les faire trébucher dans quelque faute.
כְּדַאי הוּא הִלֵּל שֶׁתְּאַבֵּד עַל יָדוֹ אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז, וְאַרְבַּע מֵאוֹת זוּז, וְהִלֵּל לֹא יַקְפִּיד. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אִם רוֹצֶה לְהַפְלִיג הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר ת' זוּז וְאֶלֶף זוּז, אוֹ ת' זוּז וַעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים זוּז, וְלָמָּה נְקַט בַּחֲלֻוקָּה הַב' ת' זוּז? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בַּסְּפָרִים אָמַר הֶחָכָם לֹא תַּחֲלִיט וְלֹא תַּפְסִיד וּדְבָרִים אֵלֶּה צְרִיכִים בֵּיאוּר! וּפֵרַשְׁתִּי הַכַּוָּנָה יֵשׁ אָדָם מַחֲלִיט בְּדַעְתּוֹ שֶׁיַּרְוִיחַ בְּעֵסֶק זֶה אֶלֶף זוּז, וְהֶחְלִיט כֵּן בְּדַעְתּוֹ עַד שֶׁדּוֹמֶה לוֹ כְּאִלּוּ הָאֶלֶף זוּז, מֻונָּחִים בְּכִיסוֹ שֶׁאֵין לוֹ בָּזֶה שׁוּם סָפֵק כְּלָל, וְאַחַר כָּךְ כְּשֶׁעָשָׂה הָעֵסֶק וְלֹא הִרְוִיחַ כְּלוּם הִנֵּה זֶה נֶחְשָׁב לוֹ שֶׁהִפְסִיד אֶלֶף זוּז, מִפְּנֵי כִּי מִקֹּודֶם הֶחְלִיט הֲרִיוַּח בְּדַעְתּוֹ בְּבֵירוּר כְּאִלּוּ הֵם מֻונָּחִים בְּכִיסוֹ. וְלָזֶה אָמַר לֹא תַּחֲלִיט אֶת הַנּוֹלָד כְּדֵי שֶׁאַחַר כָּךְ לֹא תַּפְסִיד , שֶׁאִם אַתָּה מַחֲלִיט מִקֹּודֶם אַף עַל פִּי שֶׁבֶּאֱמֶת לֹא הִפְסַדְתָּ נֶחְשָׁב אֶצְלְךָ שֶׁהִפְסַדְתָּ! וְהִנֵּה אֵלּוּ שֶׁהִמְרוּ זֶה אֶת זֶה הִנִּיחוּ כָּל אֶחָד ת' זוּז עַל הַשֻּׁולְחָן בִּתְנַאי שֶׁאִם זֶה יְנַקֵּיט יִקַּח אַחַר כָּךְ ת' זוּז שֶׁל חֲבֵירוֹ עִם ת' זוּז שֶׁלּוֹ, וְאִם לָאו יִקַּח חֲבֵירוֹ אֶת ת' זוּז שֶׁלּוֹ, אַךְ זֶה שֶׁבָּא לְהַקְנִיט בְּוַדַּאי הֶחְלִיט מִקֹּודֶם בְּדַעְתּוֹ שֶׁיַּקְנִיט וְיִקַּח ת' זוּז שֶׁל חֲבֵירוֹ, וְהָיָה הַדָּבָר הַזֶּה בָּרוּר אֶצְלוֹ, וְרוֹאֶה כִּי אוֹתָם ת' זוּז שֶׁל חֲבֵירוֹ כְּאִלּוּ הֵם מֻונָּחִים בְּכִיסוֹ, וְנִמְצָא אַחַר כָּךְ כֵּיוָן שֶׁלֹּא הִקְנִיט לֹא הִפְסִיד ת' זוּז שֶׁלּוֹ בִּלְבַד אֶלָּא נֶחְשָׁב לוֹ שֶׁהִפְסִיד גַּם ת' זוּז שֶׁל חֲבֵירוֹ שֶׁכְּבָר הָיוּ מֻונָּחִים בְּכִיסוֹ לְפִי דַּעְתּוֹ, וְלָכֵן אָמַר לוֹ שֶׁתְּאַבֵּד ת' זוּז שֶׁלְּךָ וְת' זוּז שֶׁל חֲבֵירְךָ. אוֹ יוּבָן בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁתְּאַבֵּד אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז הַגְּשָׁמִים לְמַטָּה וְעוֹד אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז הֵם ת' כּוֹחוֹת שֶׁל סִטְרָא אַחְרָא, וּקְרָאָם 'זוּז ' שֶׁסּוֹפָם לָזוּז מִמְּקוֹם הַקֹּודֶשׁ, כִּי מֵאַחַר שֶׁלֹּא נִתְכַּעֵס הִלֵּל נִתְגַּבְּרָה הַקְּדֻושָּׁה וְהִפְסִידָה הַסִּטְרָא אַחֲרָא שֶׁיֵּשׁ בָּהּ ת' כּוֹחוֹת בְּסוֹד וְהִנֵּה עֵשָׂו בָּא וְאַרְבַּע מֵאוֹת אִישׁ עִמּוֹ (בְּרֵאשִׁית לב, ז) וְהֵם מִסְפַּר 'רַע עַיִן' [400] , וּבָזֶה יוּבָן רָמַז הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי כח, כב) נִבֳהָל לַהוֹן אִישׁ רַע עָיִן, זֶה שֶׁחָשַׁב לְהַקְנִיט אֶת הִלֵּל וּלְהַרְוִיחַ ת' זוּז כְּמִנְיַן 'רַע עַיִן', וְלֹא יֵדַע כִּי חֶסֶר יְבוֹאֶרְנוּ שֶׁהוּא יַפְסִיד וְנֶחְסַר ת' זוּז.
"Hillel mérite que tu perdes à cause de lui quatre cents zouz, et encore quatre cents zouz, et Hillel ne s'irritera pas." Il y a lieu de demander : s'il voulait exagérer, il aurait dû dire quatre cents zouz et mille zouz, ou quatre cents zouz et dix mille zouz ; pourquoi reprendre quatre cents zouz dans le second membre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les livres rapportent la parole du sage : ne tranche pas d'avance et tu ne perdras pas — parole qui demande explication. J'en ai expliqué l'intention : il y a un homme qui tranche dans son esprit qu'il gagnera mille zouz dans telle affaire, et il en décide au point que ces mille zouz lui semblent déjà posés dans sa bourse, sans le moindre doute ; puis, quand il a fait l'affaire et n'a rien gagné, cela lui est compté comme une perte de mille zouz, parce qu'il avait auparavant arrêté le gain dans son esprit comme s'il était déjà dans sa bourse. C'est pourquoi le sage a dit : ne tranche pas d'avance sur ce qui adviendra, afin de ne pas perdre ensuite ; car si tu tranches d'avance, alors même que tu n'as rien perdu en vérité, tu comptes chez toi comme ayant perdu. Or ceux qui parièrent l'un contre l'autre posèrent chacun quatre cents zouz sur la table, à la condition que si celui-ci irrite Hillel il prendra ensuite les quatre cents zouz de son compagnon avec les siens, et sinon son compagnon prendra ses quatre cents zouz. Mais celui qui vint irriter Hillel avait certainement tranché d'avance dans son esprit qu'il l'irriterait et prendrait les quatre cents zouz de son compagnon ; la chose était claire pour lui, et il voyait ces quatre cents zouz comme déjà posés dans sa bourse. Il se trouve donc qu'ensuite, n'ayant pas réussi à l'irriter, il n'a pas seulement perdu ses propres quatre cents zouz : il lui est compté d'avoir perdu aussi les quatre cents zouz de son compagnon, qui étaient déjà dans sa bourse selon sa propre vue. Voilà pourquoi Hillel lui a dit : que tu perdes tes quatre cents zouz et les quatre cents zouz de ton compagnon. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : que tu perdes quatre cents zouz matériels ici-bas, et encore quatre cents zouz qui sont les quatre cents forces de la sitra a'hra (l'autre côté) ; il les appelle zouz parce qu'elles finiront par se déplacer (lazouz) du lieu saint, car du moment que Hillel ne s'est pas irrité, la sainteté l'a emporté et la sitra a'hra a perdu, elle qui contient quatre cents forces selon le sod du verset "et voici, Essav vient, et quatre cents hommes avec lui" (Berechit 32, 7), et elles sont le nombre de ra ayin, le mauvais œil [400]. Ainsi se comprend l'allusion du verset (Michle 28, 22) "l'homme au mauvais œil se hâte vers la richesse" : c'est celui qui pensait irriter Hillel et gagner quatre cents zouz, comme le nombre de ra ayin, et il ne savait pas que le manque viendrait sur lui, qu'il perdrait et serait amputé de quatre cents zouz.
💡 Explication

Le folio commence au milieu de la baraita ouverte à la fin de 30b : que l'homme soit anvetan (patient) comme Hillel et non kapdan (prompt à s'offenser) comme Chamai. Le récit est construit comme une expérience : la patience de Hillel est mise à l'épreuve, avec une somme en jeu et un protocole répété trois fois.

Les détails du cadre portent la provocation. On est une veille de Chabbat, moment où chacun est pressé ; Hillel est en train de se laver la tête, donc découvert ; l'homme l'interpelle à sa propre porte en feignant de ne pas le reconnaître, et Rachi note que la formule mi kan Hillel est une façon de parler méprisante envers un nassi. Hillel prend le temps de s'envelopper, par respect pour celui qui vient le questionner, et répond mon fils.

Tossefot signale au passage le problème juridique du pari : c'est une asmakhta, un engagement pris sans que l'esprit y consente vraiment, dont la validité est débattue en Baba Metsia 74a.

🖼️ Schéma
Le pari : quatre cents zouz de chaque côté Celui qui parie il dépose 400 zouz Son compagnon il dépose 400 zouz 800 zouz sur la table Si Hillel s'irrite le provocateur emporte les 800 Si Hillel ne s'irrite pas le compagnon emporte les 800 Tossefot renvoie aux règles de l'asmakhta, l'engagement pris sans résolution ferme (Baba Metsia 74a) : un pari de ce genre y est discuté.
Le mécanisme du pari et la question d'asmakhta signalée par Tossefot.
2
הָלַךְ וְהִמְתִּין שָׁעָה אַחַת, חָזַר וְאָמַר: מִי כָּאן הַלֵּל, מִי כָּאן הַלֵּל? נִתְעַטֵּף וְיָצָא לִקְרָאתוֹ. אָמַר לוֹ: בְּנִי, מָה אַתָּה מְבַקֵּשׁ? אָמַר לוֹ: שְׁאֵלָה יֵשׁ לִי לִשְׁאֹול. אָמַר לוֹ: שְׁאַל בְּנִי. שָׁאַל: מִפְּנֵי מָה עֵינֵיהֶן שֶׁל תַּרְמוֹדִייִּן תְּרוּטוֹת? אָמַר לוֹ: בְּנִי, שְׁאֵלָה גְּדוֹלָה שָׁאַלְתָּ. מִפְּנֵי שֶׁדָּרִין בֵּין הַחוֹלוֹת.

Il s'en alla, attendit une heure, revint et dit : qui est ici Hillel, qui est ici Hillel ? Hillel s'enveloppa et sortit à sa rencontre.

Il lui dit : mon fils, que cherches-tu ? Il lui dit : j'ai une question à poser.

Il lui dit : demande, mon fils. Il demanda : pourquoi les yeux des Tarmodiens sont-ils teroutot ?

Il lui dit : mon fils, tu as posé une grande question. Parce qu'ils habitent parmi les sables.

📜 Rachi (2)
תְּרוּטוֹת רַכּוֹת:
Teroutot : molles.
שֶׁדָּרִים בֵּין הַחוֹלוֹת וְהָרוּחַ נוֹשֶׁבֶת וְנִכְנָס בְּתוֹךְ עֵינֵיהֶם וּבְמָקוֹם אַחֵר מְפָרֵשׁ תְּרוּטוֹת לְשׁוֹן עֲגֻולּוֹת בֵּית מוֹשָׁב שֶׁלָּהֶן וְאַף כָּאן אֲנִי אוֹמֵר כֵּן וּמִפְּנֵי שֶׁדָּרִים בֵּין הַחוֹלוֹת שִׁינָּה אוֹתָם הַמָּקוֹם שֶׁלֹּא יְהֵא סֶדֶק שֶׁל עֵינֵיהֶם אָרֹוךְ כְּשֶׁלָּנוּ וְיִכָּנֵס בּוֹ הַחוֹל וְכֵן רַגְלֵיהֶם שֶׁל אַפְרִקִיִּים רְחָבוֹת שֶׁלֹּא יִטְבְּעוּ בְּבִצְעֵי הַמַּיִם וְרַבּוֹתֵינוּ מְפָרְשִׁים שֶׁדָּרִים בֵּין בִּצְעֵי הַמַּיִם וְהוֹלְכִין יְחֵפִין וּמִתְפַּשְּׁטִין רַגְלֵיהֶן לְפִי שֶׁהַמִּנְעָל דּוֹחֵק הָרֶגֶל וּמַעֲמִידוֹ עַל דְּפוּס שֶׁלּוֹ:
Parce qu'ils habitent parmi les sables : le vent souffle et le sable entre dans leurs yeux. Ailleurs on explique teroutot au sens de rondes, c'est-à-dire que l'orbite où ils sont logés est ronde ; et ici aussi je dis de même : parce qu'ils habitent parmi les sables, le lieu les a modifiés, pour que la fente de leurs yeux ne soit pas allongée comme la nôtre et que le sable n'y entre pas. De même les pieds des Africains sont larges, pour qu'ils ne s'enfoncent pas dans les marécages. Et nos maîtres expliquent : parce qu'ils habitent parmi les marécages et marchent pieds nus, leurs pieds s'élargissent, car la chaussure serre le pied et le maintient dans sa forme.
💡 Explication

Deuxième assaut, exactement identique au premier : même attente, même interpellation, même enveloppement de Hillel, même formule mon fils, tu as posé une grande question. La répétition littérale du protocole est l'argument du récit : la patience tient à la troisième comme à la première fois.

Rachi hésite sur le sens de teroutot : molles, ou bien rondes. Dans la seconde lecture, la réponse de Hillel devient une explication d'adaptation au milieu — l'orbite s'est arrondie et la fente s'est raccourcie pour que le sable n'y pénètre pas.

3
הָלַךְ וְהִמְתִּין שָׁעָה אַחַת, חָזַר וְאָמַר: מִי כָּאן הַלֵּל, מִי כָּאן הַלֵּל? נִתְעַטֵּף וְיָצָא לִקְרָאתוֹ, אָמַר לוֹ: בְּנִי, מָה אַתָּה מְבַקֵּשׁ? אָמַר לוֹ: שְׁאֵלָה יֵשׁ לִי לִשְׁאֹול. אָמַר לוֹ: שְׁאַל בְּנִי. שָׁאַל: מִפְּנֵי מָה רַגְלֵיהֶם שֶׁל אַפְרִקִיִּים רְחָבוֹת? אָמַר לוֹ: בְּנִי שְׁאֵלָה גְּדוֹלָה שָׁאַלְתָּ — מִפְּנֵי שֶׁדָּרִין בֵּין בִּצְעֵי הַמַּיִם.

Il s'en alla, attendit une heure, revint et dit : qui est ici Hillel, qui est ici Hillel ? Hillel s'enveloppa et sortit à sa rencontre.

Il lui dit : mon fils, que cherches-tu ? Il lui dit : j'ai une question à poser.

Il lui dit : demande, mon fils. Il demanda : pourquoi les pieds des Africains sont-ils larges ?

Il lui dit : mon fils, tu as posé une grande question — parce qu'ils habitent parmi les marécages.

💡 Explication

Troisième et dernière question de la série, sur le même modèle. Le Ben Yehoyada explique plus haut que trois tentatives forment une hazaka (une présomption établie) : l'homme comprend qu'il n'obtiendra rien de cette manière et passe à l'attaque directe au segment suivant.

La réponse de Hillel prolonge l'explication du segment précédent : Rachi y a déjà rattaché les pieds larges au sol marécageux, soit pour ne pas s'y enfoncer, soit parce que l'on y marche pieds nus.

4
אָמַר לוֹ: שְׁאֵלוֹת הַרְבֵּה יֵשׁ לִי לִשְׁאֹול, וּמִתְיָרֵא אֲנִי שֶׁמָּא תִּכְעֹוס. נִתְעַטֵּף וְיָשַׁב לְפָנָיו. אָמַר לוֹ: כָּל שְׁאֵלוֹת שֶׁיֵּשׁ לָךְ לִשְׁאֹול שְׁאַל. אָמַר לוֹ אַתָּה הוּא הִלֵּל שֶׁקּוֹרִין אוֹתְךָ ״נְשִׂיא יִשְׂרָאֵל״? אָמַר לוֹ: הֵן. אָמַר לוֹ: אִם אַתָּה הוּא, לֹא יִרְבּוּ כְּמוֹתְךָ בְּיִשְׂרָאֵל. אָמַר לוֹ: בְּנִי, מִפְּנֵי מָה? אָמַר לוֹ מִפְּנֵי שֶׁאִבַּדְתִּי עַל יָדְךָ אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז. אָמַר לוֹ: הֱוֵי זָהִיר בְּרוּחֲךָ כְּדַי הוּא הִלֵּל שֶׁתְּאַבֵּד עַל יָדוֹ אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז וְאַרְבַּע מֵאוֹת זוּז, וְהִלֵּל לֹא יַקְפִּיד.

Il lui dit : j'ai beaucoup de questions à poser, et je crains que tu ne te mettes en colère. Hillel s'enveloppa et s'assit devant lui.

Il lui dit : toutes les questions que tu as à poser, pose-les. Il lui dit : es-tu celui qu'on appelle Hillel, nassi d'Israël ?

Il lui dit : oui. Il lui dit : si c'est toi, qu'il n'y en ait pas beaucoup comme toi en Israël.

Il lui dit : mon fils, pourquoi cela ? Il lui dit : parce que j'ai perdu quatre cents zouz à cause de toi.

Il lui dit : sois attentif à ton esprit. Hillel mérite que tu perdes à cause de lui quatre cents zouz et encore quatre cents zouz, et Hillel ne s'irritera pas.

📜 Rachi (1)
כְּדֵי הוּא הִלֵּל רָאוּי לְכָךְ:
Hillel mérite : il en est digne.
🪔 Ben Yehoyada (4)
שְׁאֵלוֹת הַרְבֵּה יֵשׁ לִי לִשְׁאֹל, וּמִתְיָרֵא אֲנִי שֶׁמָּא תִּכְעֹס. הָא דְּלָא שָׁאַל עוֹד כְּדֵי לְהַקְנִיטוֹ בַּשְּׁאֵלוֹת, הַייְנוּ כִּי בִּתְלָתָא הָוֵי חֲזָקָה וְכֵיוָן שֶׁשָּׁאֲלוּ שְׁאֵלוֹת שֶׁל קִנְתּוּר שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים וְלֹא נִתְכַּעֵס אָמַר אֵין עוֹד תִּקְוָה שֶׁיִּתְכַּעֵס בְּכָךְ. וְגַם חֲבֵירוֹ אֲשֶׁר הִמְרָה עִמּוֹ יְעַכֵּב עַל יָדוֹ, כִּי יֹאמַר לוֹ דַּי בְּכָךְ וְנִמְצֵאתָ אַתָּה חַיָּיב לִי ת' זוּז, וְכִי מֵאָה פְּעָמִים צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת אֵין לַדָּבָר סוֹף וּכְבָר נִתְקַייֵּם הַתְּנַאי בָּזֶה, וְעוֹד קְרוֹבָה כְּנִיסַת שַׁבָּת וְאֵין זְמַן לִשְׁהוֹת עוֹד וְרוֹצֶה מְעוֹתָיו מִמֶּנּוּ קֹודֶם כְּנִיסַת שַׁבָּת. לְכָךְ לֹא חָזַר לְקַנְתֵּר בִּשְׁאֵלוֹת עוֹד פַּעַם אַחֶרֶת בִּכְנִיסָה אַחֶרֶת, וְרַק הֵעִיז פָּנָיו בַּפַּעַם הַשְּׁלִישִׁית הַזֹּאת לְדַבֵּר קָשׁוֹת בְּפַרְהֶסְייָא וְאָמַר לוֹ: אַתָּה הוּא הִלֵּל, שֶׁקּוֹרִין אוֹתְךָ "נְשִׂיא יִשְׂרָאֵל"? , בָּא לְקַנְתֵּר בָּזֶה בְּאוֹמְרוֹ שֶׁקּוֹרִין אוֹתְךָ 'אֲחֵרִים' אֲבָל 'אֲנִי' לֹא אֲכַנֶּה אוֹתְךָ בְּשֵׁם 'נָשִׂיא' אֶלָּא בְּשֵׁם 'הִלֵּל' כְּאָדָם פָּשׁוּט, וְאָמַר לוֹ לֹא יִרְבּוּ כְּמוֹתְךָ בְּיִשְׂרָאֵל הִפְרִיז בְּבִזְיוֹנוֹ לוֹמַר בְּעַכּוּ"ם יִרְבּוּ וְרַק בְּיִשְׂרָאֵל לֹא יִרְבּוּ כְּמוֹתְךָ, וְגַם עַתָּה מִלְּבַד שֶׁלֹּא נִתְכַּעֵס אֶלָּא דִּבֵּר עִמּוֹ בִּלְשׁוֹן חִיבָּה שֶׁאָמַר לוֹ בְּנִי, מִפְּנֵי מָה?
"J'ai beaucoup de questions à poser, et je crains que tu ne te mettes en colère." S'il n'a pas continué à poser des questions pour le vexer, c'est parce que trois fois font hazaka (présomption établie) : ayant posé trois fois des questions vexantes sans que Hillel s'irrite, il s'est dit qu'il n'y avait plus d'espoir de l'irriter de cette manière. De plus, son compagnon, avec qui il avait parié, l'aurait arrêté en lui disant : cela suffit, tu me dois quatre cents zouz ; faut-il recommencer cent fois ? La chose n'aurait pas de fin, et la condition est déjà remplie. En outre, l'entrée de Chabbat approchait, il n'y avait plus le temps de s'attarder, et le compagnon voulait son argent avant l'entrée de Chabbat. Voilà pourquoi il n'est pas revenu vexer Hillel par des questions une fois de plus, dans une nouvelle venue ; il s'est seulement enhardi, cette troisième fois, à parler durement en public et lui a dit : es-tu celui qu'on appelle Hillel, nassi d'Israël ? Il vient le vexer en disant : d'autres t'appellent ainsi, mais moi je ne te donnerai pas le titre de nassi, seulement le nom de Hillel, comme un homme ordinaire. Et il lui dit : qu'il n'y en ait pas beaucoup comme toi en Israël — il poussa l'outrage jusqu'à dire : chez les nations qu'il y en ait beaucoup, en Israël seulement qu'il n'y en ait pas beaucoup comme toi. Et cette fois encore, Hillel non seulement ne s'irrita pas, mais lui parla avec affection en lui disant mon fils, pourquoi cela ?
הֱוֵי זָהִיר בְּרוּחֲךָ כְּדַאי הוּא הִלֵּל שֶׁתְּאַבֵּד עַל יָדוֹ אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ הַחוֹטֵא בְּכַוָּנָה שֶׁבַּלֵּב וּמַחְשָׁבָה שֶׁבַּמּוֹחַ פּוֹגֵם בְּאוֹתִיּוֹת י"ה שֶׁבַּשֵּׁם, כִּי יוֹ"ד מַחְשָׁבָה וְהֵ"א רִאשׁוֹנָה כַּוָּנָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ 'מוֹחָא חָכְמָה בִּינָה לִיבָּא' וְהַחוֹטֵא בְּדִיבּוּר שֶׁהוּא קוֹל פּוֹגֵם בְּאוֹת וָא"ו שֶׁבַּשֵּׁם, וְהַחוֹטֵא בְּמַעֲשֶׂה פּוֹגֵם בְּהֵ"א אַחֲרוֹנָה. אִם כֵּן זֶה הָאִישׁ שֶׁחָשַׁב וְכִיוֵּן לְהַקְנִיט אֶת הִלֵּל בִּדְבָרִים קָשִׁים אֵלּוּ פָּגַם בְּאוֹתִיּוֹת י"ה וְכָעֵת שֶׁדִּבֵּר אוֹתָם פְּגָם בְּוָא"ו, הֲרֵי כָּאן אוֹתִיּוֹת יה"ו וְהֵם אוֹתִיּוֹת הָוֵי , אֲבָל בְּמַעֲשֶׂה לֹא חָטָא, וְלָכֵן א"ל הו"י זָהִיר בְּרוּחֲךָ שֶׁתִּזָּהֵר מֵעַתָּה בְּאוֹתִיּוֹת הו"י שֶׁלֹּא תֶּחֱטָא וְתִפְגֹּום בָּהֶם כַּאֲשֶׁר פָּגַמְתָּ עַתָּה. וְאָמַר לוֹ כְּדַאי הוּא הִלֵּל אֵין דְּבָרִים אֵלּוּ דִּבְרֵי יֻוהֲרָא חָס וְחָלִילָה, אֶלָּא רוֹצֶה לוֹמַר אֵין לִי שֶׁבַח בְּמִידַּת הָעֲנָוָה כִּי זוֹ הִיא טִבְעִית אֶצְלִי מֵחֲמַת שֶׁאֲנִי בְּחֶסֶד וְכָל מִי שֶׁבְּחִינָתוֹ בְּחֶסֶד יִהְיֶה נָח בְּטֶבַע, מַה שֶׁאֵין כֵּן מִי שֶׁהוּא אָחוּז בִּגְבוּרָה טִבְעוֹ יִהְיֶה קַפְּדָן, וְאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ הִלֵּל וְשַׁמַּאי דַּרְגִין דְּאַבְרָהָם וְיִצְחָק אִינּוּן. אוֹ יוּבָן בס"ד אוֹתִיּוֹת 'הַלֵּל' [65] רוֹמְזִים לְמִסְפַּר שֵׁם 'אֲדֹנָי ' [65] כַּנּוֹדָע, וז"ש כְּדַאי הוּא הִלֵּל כְּלוֹמַר קְדֻושַּׁת אוֹתִיּוֹת שְׁמִי הִיא הַמְסַייַּעַת וְעוֹזֶרֶת אוֹתִי בְּמִדָּה זוֹ שֶׁלֹּא אַקְפִּיד וְאֵין זֶה מִכּוֹחִי.
"Sois attentif à ton esprit. Hillel mérite que tu perdes à cause de lui quatre cents zouz." Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que celui qui faute par l'intention du cœur et la pensée du cerveau porte atteinte aux lettres youd et hé du Nom, car le youd est la pensée et le premier hé l'intention, selon la formule "le cerveau est 'hokhma et bina, le cœur" ; celui qui faute par la parole, qui est la voix, porte atteinte à la lettre vav ; et celui qui faute par l'acte porte atteinte au dernier hé. Cet homme, donc, qui pensa et médita d'irriter Hillel par ces paroles dures, porta atteinte aux lettres youd et hé, et maintenant qu'il les a prononcées il a porté atteinte au vav : voilà les lettres youd, hé, vav, qui sont les lettres de hevi (sois). Par l'acte, en revanche, il n'a pas fauté ; c'est pourquoi Hillel lui dit hevi, sois attentif à ton esprit — prends garde désormais à ces lettres, de ne plus fauter ni y porter atteinte comme tu viens de le faire. Et lorsqu'il dit "Hillel mérite", ce ne sont pas des paroles d'orgueil, à Dieu ne plaise ; il veut dire : je n'ai aucun mérite dans la mesure de l'humilité, car elle est naturelle chez moi du fait que je suis du côté du 'hessed (la bonté), et quiconque a sa racine dans le 'hessed est naturellement paisible, tandis que celui qui est saisi par la guevoura (la rigueur) est de nature prompt à s'offenser. Le saint Zohar dit que Hillel et Chamai sont les degrés d'Avraham et d'Its'hak. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, que les lettres de Hillel [65] renvoient au nombre du Nom divin de valeur 65, comme on le sait ; et voici ce qu'il dit : Hillel mérite, c'est-à-dire que la sainteté des lettres de mon nom est ce qui m'assiste et m'aide dans cette mesure, pour que je ne m'offense pas, et cela ne vient pas de ma propre force.
כְּדַאי הוּא הִלֵּל שֶׁתְּאַבֵּד עַל יָדוֹ אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז, וְאַרְבַּע מֵאוֹת זוּז, וְהִלֵּל לֹא יַקְפִּיד. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אִם רוֹצֶה לְהַפְלִיג הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר ת' זוּז וְאֶלֶף זוּז, אוֹ ת' זוּז וַעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים זוּז, וְלָמָּה נְקַט בַּחֲלֻוקָּה הַב' ת' זוּז? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בַּסְּפָרִים אָמַר הֶחָכָם לֹא תַּחֲלִיט וְלֹא תַּפְסִיד וּדְבָרִים אֵלֶּה צְרִיכִים בֵּיאוּר! וּפֵרַשְׁתִּי הַכַּוָּנָה יֵשׁ אָדָם מַחֲלִיט בְּדַעְתּוֹ שֶׁיַּרְוִיחַ בְּעֵסֶק זֶה אֶלֶף זוּז, וְהֶחְלִיט כֵּן בְּדַעְתּוֹ עַד שֶׁדּוֹמֶה לוֹ כְּאִלּוּ הָאֶלֶף זוּז, מֻונָּחִים בְּכִיסוֹ שֶׁאֵין לוֹ בָּזֶה שׁוּם סָפֵק כְּלָל, וְאַחַר כָּךְ כְּשֶׁעָשָׂה הָעֵסֶק וְלֹא הִרְוִיחַ כְּלוּם הִנֵּה זֶה נֶחְשָׁב לוֹ שֶׁהִפְסִיד אֶלֶף זוּז, מִפְּנֵי כִּי מִקֹּודֶם הֶחְלִיט הֲרִיוַּח בְּדַעְתּוֹ בְּבֵירוּר כְּאִלּוּ הֵם מֻונָּחִים בְּכִיסוֹ. וְלָזֶה אָמַר לֹא תַּחֲלִיט אֶת הַנּוֹלָד כְּדֵי שֶׁאַחַר כָּךְ לֹא תַּפְסִיד , שֶׁאִם אַתָּה מַחֲלִיט מִקֹּודֶם אַף עַל פִּי שֶׁבֶּאֱמֶת לֹא הִפְסַדְתָּ נֶחְשָׁב אֶצְלְךָ שֶׁהִפְסַדְתָּ! וְהִנֵּה אֵלּוּ שֶׁהִמְרוּ זֶה אֶת זֶה הִנִּיחוּ כָּל אֶחָד ת' זוּז עַל הַשֻּׁולְחָן בִּתְנַאי שֶׁאִם זֶה יְנַקֵּיט יִקַּח אַחַר כָּךְ ת' זוּז שֶׁל חֲבֵירוֹ עִם ת' זוּז שֶׁלּוֹ, וְאִם לָאו יִקַּח חֲבֵירוֹ אֶת ת' זוּז שֶׁלּוֹ, אַךְ זֶה שֶׁבָּא לְהַקְנִיט בְּוַדַּאי הֶחְלִיט מִקֹּודֶם בְּדַעְתּוֹ שֶׁיַּקְנִיט וְיִקַּח ת' זוּז שֶׁל חֲבֵירוֹ, וְהָיָה הַדָּבָר הַזֶּה בָּרוּר אֶצְלוֹ, וְרוֹאֶה כִּי אוֹתָם ת' זוּז שֶׁל חֲבֵירוֹ כְּאִלּוּ הֵם מֻונָּחִים בְּכִיסוֹ, וְנִמְצָא אַחַר כָּךְ כֵּיוָן שֶׁלֹּא הִקְנִיט לֹא הִפְסִיד ת' זוּז שֶׁלּוֹ בִּלְבַד אֶלָּא נֶחְשָׁב לוֹ שֶׁהִפְסִיד גַּם ת' זוּז שֶׁל חֲבֵירוֹ שֶׁכְּבָר הָיוּ מֻונָּחִים בְּכִיסוֹ לְפִי דַּעְתּוֹ, וְלָכֵן אָמַר לוֹ שֶׁתְּאַבֵּד ת' זוּז שֶׁלְּךָ וְת' זוּז שֶׁל חֲבֵירְךָ. אוֹ יוּבָן בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁתְּאַבֵּד אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז הַגְּשָׁמִים לְמַטָּה וְעוֹד אַרְבַּע מֵאוֹת זוּז הֵם ת' כּוֹחוֹת שֶׁל סִטְרָא אַחְרָא, וּקְרָאָם 'זוּז ' שֶׁסּוֹפָם לָזוּז מִמְּקוֹם הַקֹּודֶשׁ, כִּי מֵאַחַר שֶׁלֹּא נִתְכַּעֵס הִלֵּל נִתְגַּבְּרָה הַקְּדֻושָּׁה וְהִפְסִידָה הַסִּטְרָא אַחֲרָא שֶׁיֵּשׁ בָּהּ ת' כּוֹחוֹת בְּסוֹד וְהִנֵּה עֵשָׂו בָּא וְאַרְבַּע מֵאוֹת אִישׁ עִמּוֹ (בְּרֵאשִׁית לב, ז) וְהֵם מִסְפַּר 'רַע עַיִן' [400] , וּבָזֶה יוּבָן רָמַז הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי כח, כב) נִבֳהָל לַהוֹן אִישׁ רַע עָיִן, זֶה שֶׁחָשַׁב לְהַקְנִיט אֶת הִלֵּל וּלְהַרְוִיחַ ת' זוּז כְּמִנְיַן 'רַע עַיִן', וְלֹא יֵדַע כִּי חֶסֶר יְבוֹאֶרְנוּ שֶׁהוּא יַפְסִיד וְנֶחְסַר ת' זוּז.
"Hillel mérite que tu perdes à cause de lui quatre cents zouz, et encore quatre cents zouz, et Hillel ne s'irritera pas." Il y a lieu de demander : s'il voulait exagérer, il aurait dû dire quatre cents zouz et mille zouz, ou quatre cents zouz et dix mille zouz ; pourquoi reprendre quatre cents zouz dans le second membre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les livres rapportent la parole du sage : ne tranche pas d'avance et tu ne perdras pas — parole qui demande explication. J'en ai expliqué l'intention : il y a un homme qui tranche dans son esprit qu'il gagnera mille zouz dans telle affaire, et il en décide au point que ces mille zouz lui semblent déjà posés dans sa bourse, sans le moindre doute ; puis, quand il a fait l'affaire et n'a rien gagné, cela lui est compté comme une perte de mille zouz, parce qu'il avait auparavant arrêté le gain dans son esprit comme s'il était déjà dans sa bourse. C'est pourquoi le sage a dit : ne tranche pas d'avance sur ce qui adviendra, afin de ne pas perdre ensuite ; car si tu tranches d'avance, alors même que tu n'as rien perdu en vérité, tu comptes chez toi comme ayant perdu. Or ceux qui parièrent l'un contre l'autre posèrent chacun quatre cents zouz sur la table, à la condition que si celui-ci irrite Hillel il prendra ensuite les quatre cents zouz de son compagnon avec les siens, et sinon son compagnon prendra ses quatre cents zouz. Mais celui qui vint irriter Hillel avait certainement tranché d'avance dans son esprit qu'il l'irriterait et prendrait les quatre cents zouz de son compagnon ; la chose était claire pour lui, et il voyait ces quatre cents zouz comme déjà posés dans sa bourse. Il se trouve donc qu'ensuite, n'ayant pas réussi à l'irriter, il n'a pas seulement perdu ses propres quatre cents zouz : il lui est compté d'avoir perdu aussi les quatre cents zouz de son compagnon, qui étaient déjà dans sa bourse selon sa propre vue. Voilà pourquoi Hillel lui a dit : que tu perdes tes quatre cents zouz et les quatre cents zouz de ton compagnon. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : que tu perdes quatre cents zouz matériels ici-bas, et encore quatre cents zouz qui sont les quatre cents forces de la sitra a'hra (l'autre côté) ; il les appelle zouz parce qu'elles finiront par se déplacer (lazouz) du lieu saint, car du moment que Hillel ne s'est pas irrité, la sainteté l'a emporté et la sitra a'hra a perdu, elle qui contient quatre cents forces selon le sod du verset "et voici, Essav vient, et quatre cents hommes avec lui" (Berechit 32, 7), et elles sont le nombre de ra ayin, le mauvais œil [400]. Ainsi se comprend l'allusion du verset (Michle 28, 22) "l'homme au mauvais œil se hâte vers la richesse" : c'est celui qui pensait irriter Hillel et gagner quatre cents zouz, comme le nombre de ra ayin, et il ne savait pas que le manque viendrait sur lui, qu'il perdrait et serait amputé de quatre cents zouz.
וְהִלֵּל לֹא יַקְפִּיד. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הַזְכָּרַת שְׁמוֹ שֵׁנִית לָשׁוֹן יֶתֶר, שֶׁכְּבָר אָמַר כְּדַאי הוּא הִלֵּל וְדַי לְסַייֵּם וְלוֹמַר וְלֹא יַקְפִּיד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש הָרַב מִדְרַשׁ תַּלְפִּיּוֹת זַ"ל כִּי כ"ב אוֹתִיּוֹת עִם מנצפ"ך שֶׁהֵם כ"ז יֵשׁ בָּהֶם ז' אוֹתִיּוֹת מִיְּסוֹד הָאֵשׁ וְשִׁבְעָה מִיְּסוֹד הָרוּחַ, וְשִׁשָּׁה מִיְּסוֹד הַמַּיִם, וְשִׁבְעָה מִיְּסוֹד הֶעָפָר, וּפְרָט אוֹתָם שָׁם אַחַת לְאַחַת, וּמְפֹורָשׁ שָׁם דְּאוֹת הֵ"א מִיְּסוֹד הָאֵשׁ וְאוֹת לָמֶ"ד מִיְּסוֹד הַמַּיִם עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ כִּי הַכַּעַס נִמְשָׁךְ מִיְּסוֹד הָאֵשׁ וְהָעֲנָוָה מִיְּסוֹד הַמַּיִם, וּלְפִי זֶה 'הַלֵּל' שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אוֹת אֶחָד מִיְּסוֹד הָאֵשׁ וּשְׁנֵי אוֹתִיּוֹת כְּפוּלִים מִיְּסוֹד הַמַּיִם רָאוּי הוּא שֶׁלֹּא יִכְעֹוס, כִּי הַשְּׁנַיִם מְבַטְּלִים הָאֶחָד כְּמוֹ שֶׁאָמַר חַד בִּתְרֵי בְּטִיל, וְהָעֲנָוָה מְבַטֶּלֶת הַכַּעַס, וְלָכֵן הִלֵּל ע"ה דִּבֵּר בָּזֶה בְּדֶרֶךְ עֲנָוָה אֵין זוֹ הַמִּידָּה שֶׁל נֹחַ הַטֶּבַע שֶׁאֵינִי כּוֹעֵס הִיא אִיתַּי מִכֹּחִי וְעֹוצֶם יָדִי, אֶלָּא כָּךְ רָאוּי לִהְיוֹת לִי מִצַּד הַשֵּׁם שֶׁלִּי, וז"ש וְהִלֵּל בִּשְׁבִיל הַשֵּׁם שֶׁלּוֹ רָאוּי שֶׁלֹּא יַקְפִּיד .
"Et Hillel ne s'irritera pas." Il y a lieu de demander : la mention de son nom une seconde fois paraît superflue, puisqu'il a déjà dit "Hillel mérite" et qu'il aurait suffi de conclure "et ne s'irritera pas". Il me semble, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit l'auteur du Midrach Talpiyot, de mémoire bénie, que les vingt-deux lettres avec les cinq finales, soit vingt-sept, comprennent sept lettres de l'élément du feu, sept de l'élément de l'air, six de l'élément de l'eau et sept de l'élément de la terre ; il les a détaillées là une à une, et il y est précisé que la lettre hé est de l'élément du feu et la lettre lamed de l'élément de l'eau. Or l'on sait que la colère découle de l'élément du feu et l'humilité de l'élément de l'eau. Selon cela, Hillel, dont le nom contient une lettre de l'élément du feu et deux lettres redoublées de l'élément de l'eau, est apte à ne pas se mettre en colère, car les deux annulent l'unique, selon la règle un dans deux est annulé, et l'humilité annule la colère. Voilà pourquoi Hillel a parlé ici avec humilité : cette disposition paisible qui fait que je ne me mets pas en colère ne vient pas de ma force ni de la puissance de ma main ; elle me revient du côté de mon nom. Et c'est ce que veut dire "et Hillel" : à cause de son nom, il lui convient de ne pas s'offenser.
💡 Explication

L'homme abandonne le détour des questions et attaque de front, en contestant le titre de nassi. La réponse de Hillel se fait en deux temps : un conseil, sois attentif à ton esprit, puis une évaluation — la somme perdue, et une seconde somme égale, valaient la peine.

Rachi glose brièvement kedai hou Hillel par il en est digne. Le Ben Yehoyada ajoute que ce propos écarte l'orgueil : Hillel rapporte sa patience à sa racine dans le 'hessed et à la valeur des lettres de son nom, non à un mérite acquis.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּגוֹי אֶחָד שֶׁבָּא לִפְנֵי שַׁמַּאי. אָמַר לוֹ: כַּמָּה תּוֹרוֹת יֵשׁ לָכֶם? אָמַר לוֹ: שְׁתַּיִם, תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה. אָמַר לוֹ: שֶׁבִּכְתָב אֲנִי מַאֲמִינְךָ, וְשֶׁבְּעַל פֶּה — אֵינִי מַאֲמִינְךָ. גַּיְּירֵנִי עַל מְנָת שֶׁתְּלַמְּדֵנִי תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב. גָּעַר בּוֹ וְהוֹצִיאוֹ בִּנְזִיפָה. בָּא לִפְנֵי הִלֵּל, גַּיְּירֵיהּ. יוֹמָא קַמָּא אֲמַר לֵיהּ: א״ב ג״ד. לְמָחָר אַפֵּיךְ לֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: וְהָא אֶתְמוֹל לָא אֲמַרְתְּ לִי הָכִי! אֲמַר לֵיהּ: לָאו עֲלַי דִּידִי קָא סָמְכַתְּ? דְּעַל פֶּה נָמֵי סְמֹוךְ עֲלַי.

Nos maîtres ont enseigné : il arriva qu'un non-Juif vint devant Chamai. Il lui dit : combien de Torot avez-vous ?

Il lui dit : deux, la Torah écrite et la Torah orale. Il lui dit : pour la Torah écrite je te crois, pour la Torah orale je ne te crois pas.

Convertis-moi à condition que tu m'enseignes la Torah écrite. Il le rabroua et le renvoya avec réprimande.

Il vint devant Hillel, qui le convertit. Le premier jour il lui dit : alef, bet, guimel, dalet.

Le lendemain il les lui inversa. Il lui dit : mais hier tu ne me l'as pas dit ainsi !

Il lui dit : n'est-ce pas sur moi que tu t'appuies ? Pour l'oral aussi, appuie-toi sur moi.

📜 Rachi (4)
הוֹצִיאוּ בִּנְזִיפָה דְּתַנְיָא הַבָּא לְקַבֵּל דִּבְרֵי חֲבֵרוּת חוּץ מִדָּבָר אֶחָד וְכֵן גֵּר הַבָּא לְהִתְגַּייֵּר וְקִבֵּל עָלָיו דִּבְרֵי תוֹרָה חוּץ מִדָּבָר אֶחָד אֵין מְקַבְּלִין אוֹתוֹ בְּמַסֶּכֶת בְּכוֹרוֹת (דַּף ל:):
Il le renvoya avec réprimande : car il est enseigné que celui qui vient accepter les règles de la havrout (l'association de ceux qui observent scrupuleusement) à l'exception d'un seul point, et de même le converti qui vient se convertir et accepte les paroles de la Torah à l'exception d'un seul point, on ne le reçoit pas ; dans le traité Bekhorot (30b).
גַּיְּירֵיהּ וְסָמַךְ עַל חָכְמָתוֹ שֶׁסּוֹפוֹ שֶׁיַּרְגִּילֶנּוּ לְקַבֵּל עָלָיו דְּלָא דָּמְיָא הָא לַחוּץ מִדָּבָר אֶחָד שֶׁלֹּא הָיָה כּוֹפֵר בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה אֶלָּא שֶׁלֹּא הָיָה מַאֲמִין שֶׁהִיא מִפִּי הַגְּבוּרָה וְהִלֵּל הֻובְטַח שֶׁאַחַר שֶׁיְּלַמְּדֶנּוּ יִסְמֹוךְ עָלָיו:
Il le convertit : il se fia à sa sagesse, sachant qu'il finirait par l'habituer à l'accepter. Ce cas ne ressemble pas à celui de l'exception d'un point, car l'homme ne niait pas la Torah orale ; il ne croyait seulement pas qu'elle vienne de la bouche de la Guevoura (la Puissance d'en haut). Et Hillel avait l'assurance qu'après l'avoir enseigné, l'homme s'appuierait sur lui.
אַפֵּיךְ לֵיהּ כְּגוֹן תַּשְׁרָ"ק:
Il les lui inversa : par exemple tav, chin, rech, kof.
לָאו עָלַי קָא סָמְכַתְּ מִנַּיִן אַתָּה יוֹדֵעַ שֶׁזּוֹ אֶלֶף וְזוֹ בַּיִת אֶלָּא שֶׁלִּמַּדְתִּיךָ וְסָמַכְתָּ עָלַי דְּעַל פֶּה נָמֵי סְמֹוךְ עַל דְּבָרַי:
N'est-ce pas sur moi que tu t'appuies : d'où sais-tu que cette lettre est un alef et celle-là un bet, sinon parce que je te l'ai enseigné et que tu t'es appuyé sur moi ? Pour l'oral aussi, appuie-toi sur mes paroles.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יוֹמָא קַמָּא אֲמַר לֵיהּ: א"ב ג"ד. לְמָחָר אַפֵּיךְ לֵיהּ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל כְּגוֹן תַּשְׁרָ"ק, וְקַשָּׁא אֵין זֶה שִׁינּוּי כְּדֵי שֶׁהַגּוֹי יְעַרְעֵר לוֹמַר אֶתְמוֹל לָא אֲמַרְתְּ לִי? וְעוֹד תְּשׁוּבַת הִלֵּל שֶׁאָמַר לוֹ שֶׁבְּעַל פֶּה נָמֵי סְמֹךְ עֲלַי לֹא תָּבֹא נָכוֹן, דְּלָמָּה סֵדֶר תַּשְׁרָ"ק נֶחְשָׁב בְּעַל פֶּה וְסֵדֶר אבג"ד בִּכְתָב? וּמָהַרְשָׁ"א נִרְגָּשׁ בָּזֶה וְתֵירוּצוֹ דָּחוּק. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה לְמָחָר אַפֵּיךְ לֵיהּ שֶׁהֶחֱלִיף אוֹתִיּוֹת אבג"ד בְּאוֹתִיּוֹת אֲחֵרִים כְּגוֹן א"ת ב"ש, אוֹ חִילּוּף אָמַר לוֹ ב"ם וְכַיּוֹצֵא, שֶׁאָמַר לוֹ זֶה הָאָלֶף נִקְרָא תָּי"ו וְזֹאת הַבֵּי"ת נִקְרֵאת שִׁי"ן, אוֹ זֶה הָאָלֶ"ף נִקְרָא לָמֶ"ד וְהַבֵּית נִקְרֵאת מֵ"ם וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ. וּבָזֶה עוֹשֶׂה לוֹ מִתֵּיבוֹת הַכְּתוּבִים בַּמִּקְרָא תֵּיבוֹת הַחֲדָשִׁים שֶׁאֵינָם כְּתוּבִים, וז"ש אָפֵיךְ לֵיהּ לָכֵן רָאָה זֶה שִׁינּוּי גָּמוּר, וְלָכֵן הֵיפֶךְ זֶה נֶחְשָׁב תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהוּא אֵינוֹ בַּכְּתוּבִים שֶׁבַּתּוֹרָה, שֶׁעוֹשֶׂה מִילוֹת חֲדָשׁוֹת וּמַשְׁמָעוּת אַחֶרֶת בַּמִּקְרָא.
"Le premier jour il lui dit : alef, bet, guimel, dalet. Le lendemain il les lui inversa." Rachi, de mémoire bénie, a expliqué : par exemple tav, chin, rech, kof ; et cela fait difficulté, car ce n'est pas un changement tel que le non-Juif proteste en disant hier tu ne me l'as pas dit ainsi. De plus, la réponse de Hillel, pour l'oral aussi appuie-toi sur moi, ne s'ajuste pas : pourquoi l'ordre tav, chin, rech, kof serait-il compté comme oral et l'ordre alef, bet, guimel, dalet comme écrit ? Le Maharcha a été sensible à cette difficulté et sa réponse est forcée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante : le lendemain il les lui inversa, c'est-à-dire qu'il remplaça les lettres alef, bet, guimel, dalet par d'autres lettres, selon le système at-bach, ou selon l'échange albam, en lui disant bet vaut mem et ainsi de suite ; il lui disait que ce alef se nomme tav et ce bet se nomme chin, ou que ce alef se nomme lamed et ce bet se nomme mem, et ainsi de suite. Il faisait ainsi, à partir des mots écrits dans l'Écriture, des mots nouveaux qui n'y sont pas écrits ; c'est le sens de il les lui inversa, et l'homme y vit un changement complet. Cette inversion est donc comptée comme Torah orale, car elle ne figure pas dans l'écrit de la Torah : elle produit des mots nouveaux et un autre sens dans l'Écriture.
💡 Explication

Premier des trois récits de conversion. La demande est de fond : l'homme accepte la Torah chebikhtav (Torah écrite) et refuse la Torah chebeal pe (Torah orale). Rachi rappelle la règle de Bekhorot 30b, qui interdit d'accepter un candidat qui met un seul point à part — ce qui justifie la réprimande de Chamai.

Rachi explique pourquoi Hillel a pu, lui, accepter : l'homme ne niait pas l'existence de la tradition orale, il doutait de son origine. Hillel fait alors la démonstration par l'alphabet : la lecture même du texte écrit repose sur une transmission reçue d'un maître.

🖼️ Schéma
La leçon d'alphabet de Hillel Premier jour alef bet guimel dalet Le lendemain dalet guimel bet alef Le converti proteste : hier tu ne me l'as pas dit ainsi. D'où sais-tu que ce tracé se lit alef, sinon parce que je te l'ai transmis ? Tu t'appuyais déjà sur une tradition orale pour lire la Torah écrite. Pour la Torah orale aussi, appuie-toi sur moi.
La démonstration de Hillel : lire l'écrit suppose déjà une tradition orale.
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שׁוּב מַעֲשֶׂה בְּגוֹי אֶחָד שֶׁבָּא לִפְנֵי שַׁמַּאי. אָמַר לוֹ: גַּיְּירֵנִי עַל מְנָת שֶׁתְּלַמְּדֵנִי כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ כְּשֶׁאֲנִי עוֹמֵד עַל רֶגֶל אַחַת! דְּחָפוֹ בְּאַמַּת הַבִּנְיָן שֶׁבְּיָדוֹ. בָּא לִפְנֵי הִלֵּל, גַּיְּירֵיהּ. אָמַר לוֹ: דַּעֲלָךְ סְנֵי לְחַבְרָךְ לָא תַּעֲבֵיד — זוֹ הִיא כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ, וְאִידָךְ פֵּירוּשָׁהּ הוּא, זִיל גְּמֹור.

Il arriva de nouveau qu'un non-Juif vint devant Chamai. Il lui dit : convertis-moi à condition que tu m'enseignes toute la Torah entière pendant que je me tiens sur un seul pied !

Il le repoussa avec la coudée de bâtisseur qu'il avait en main. Il vint devant Hillel, qui le convertit.

Il lui dit : ce qui t'est odieux, ne le fais pas à ton prochain — voilà toute la Torah entière, et le reste en est l'explication ; va étudier.

📜 Rachi (4)
אַמַּת הַבִּנְיָן מַקֵּל שֶׁהוּא אַמַּת אֹורֶךְ וּמוֹדְדִים בּוֹ אֹורֶךְ הַבִּנְיָן שֶׁהָיוּ קוֹצְצִין עִם הָאֻומָּנִין כָּךְ וְכָךְ אַמּוֹת בְּכָךְ וְכָךְ דָּמִים:
La coudée de bâtisseur : un bâton d'une coudée de long, avec lequel on mesure la longueur de la construction, car on convenait avec les artisans de tant de coudées pour tel prix.
דַּעֲלָךְ סְנֵי לְחַבְרָךְ לָא תַּעֲבֵיד רֵיעֲךָ וְרֵיעַ אָבִיךָ אַל תַּעֲזֹוב (מִשְׁלֵי כז) זֶה הקב"ה אַל תַּעֲבֹור עַל דְּבָרָיו שֶׁהֲרֵי עָלֶיךָ שָׂנאוּי שֶׁיַּעֲבֹור חֲבֵירְךָ עַל דְּבָרֶיךָ ל"א חֲבֵירְךָ מַמָּשׁ כְּגוֹן גְּזֵלָה גְּנֵבָה נִיאוּף וְרֹוב הַמִּצְוֹת:
Ce qui t'est odieux, ne le fais pas à ton prochain : "ton ami et l'ami de ton père, ne les abandonne pas" (Michle 27) — c'est le Saint béni soit-Il ; ne transgresse pas Sa parole, puisqu'il t'est odieux que ton prochain transgresse la tienne. Autre version : ton prochain au sens propre, comme le vol, la rapine, l'adultère, et la plupart des mitsvot.
אִידָךְ שְׁאָר דִבְרֵי תוֹרָה:
Le reste : les autres paroles de la Torah.
פֵּירוּשָׁהּ דְּהָא מִילְּתָא הוּא לָדַעַת אֵיזֶה דָּבָר שָׂנאוּי זִיל גְּמֹור וְתֵדַע:
Son explication : c'est le développement de cette même chose, pour savoir quelle chose est odieuse ; va étudier et tu sauras.
🪔 Ben Yehoyada (2)
גֵּירַנִי, עַל מְנָת שֶׁתְּלַמְּדֵנִי כָּל הַתּוֹרָה כֻּלָּהּ, כְּשֶׁאֲנִי עוֹמֵד עַל רֶגֶל אַחַת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אֵיךְ עָלָה עַל דַּעְתּוֹ בְּכָךְ מֵעִיקָּרָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי הָעַכּוּ"ם דְּבוּקִים בְּדַרְגָּא דְּשַׁקָּרָא , וְלָכֵן אָמְרוּ בְּבָתְרָא (דַּף מה) סְתָם עַכּוּ"ם אַנָּס הוּא שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קמד, יא) אֲשֶׁר פִּיהֶם דִּבֶּר שָׁוְא וִימִינָם יְמִין שָׁקֶר, וְכֵן אָמְרוּ בְּנִדָּה (דַּף מה), אַךְ יִשְׂרָאֵל דְּבוּקִים בְּדַרְגָּא דֶּאֱמֶת וְלָכֵן חֶזְקָתָם מִדְּבָרִים אֱמֶת, דִּכְתִיב (צְפַנְיָה ג, יג) שְׁאֵרִית יִשְׂרָאֵל לֹא יַעֲשׂוּ עַוְלָה וְלֹא יְדַבְּרוּ כָזָב וְלֹא יִמָּצֵא בְּפִיהֶם לְשׁוֹן תַּרְמִית, וְעַל חֲזָקָה זוֹ סָמַךְ רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לְעִנְיַן דִּינָא כַּנִּזְכָּר בִּמְצִיעָא (דַּף קז), גַּם יָדוּעַ מ"ש בַּגְּמָרָא 'אֱמֶת מַלְבֵּן לְבוֹנֵי וְשֶׁקֶר קָאֵים עַל חַד כַּרְעָא' כִּי קוּ"ף וְרֵי"שׁ יֵשׁ לָהֶם רֶגֶל אַחַת בִּלְבַד וְרַק אוֹת שִׁי"ן נִתְּנָה בְּרֹאשׁ, מִפְּנֵי כִּי הַמְדַבְּרִים שֶׁקֶר מֻוכְרָחִים לְדַבֵּר תְּחִלָּה מְעַט אֱמֶת כְּדֵי שֶׁיַּאֲמִינוּ בְּשִׁקְרֵיהֶם וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל שָׁם. וְהִנֵּה זֶה שֶׁהָיָה בַּתְּחִלָּה עַכּוּ"ם וְדָבַק בְּדַרְגָּא דְּשֶׁקֶר אַף עַל פִּי שֶׁרָצָה עַתָּה לִלְמֹוד תּוֹרָה אֵינוֹ רוֹצֶה לַעֲזֹוב דַּרְגָּא דְּשֶׁקֶר דְּקָאֵים אֶחָד כַּרְעָא, וְלָזֶה אָמַר לַמְּדֵנִי תּוֹרָה כְּשֶׁאֲנִי עוֹמֵד עַל רֶגֶל אַחַת רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּעוֹדוֹ אוֹחֵז מִדַּת הַשֶּׁקֶר, וְשַׁמַּאי דְּחָפוֹ בְּאַמַּת הַבִּנְיָן כִּי הַתּוֹרָה הִיא קִיּוּמוֹ שֶׁל עוֹלָם, לְכָךְ הֲתַלְמִידֵי חֲכָמִים נִקְרָאִין בַּנָּאִין אַל תִּקְרָא בָּנֶיךָ אֶלָּא בּוֹנֶיךָ, וְהַבִּנְיָן אִי אֶפְשָׁר לִבְנוֹתוֹ עַל יְסוֹד רָעוּעַ, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הֶחָכָם הָאֱמֶת יְסוֹד בִּנְיָן וכזב"י בַּת נָשִׂיא מדי"ן, אֲבָל הִלֵּל אָמַר לוֹ מַאן דְּסָנֵי לָךְ לְחַבְרָךְ לָא תַּעֲבִיד , שֶׁאִי אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה שֶׁהָאָדָם בּוֹחֵר בְּשֶׁקֶר דְּהָא וַדַּאי לֹא תִּרְצֶה שֶׁאֲחֵרִים מְשַׁקְּרִים בְּךָ וְתִשְׂנָא זֹאת! עַל כֵּן אַתָּה לֹא תְּשַׁקֵּר בַּאֲחֵרִים! וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הָעוֹלָם קַייָּם עַל הַמִּצְוֹת אֲשֶׁר הֵמָּה שְׁלֹשָׁה חֲלָקִים, הָא' מִצְוֹת דְּאוֹרָיְיתָא, וְהַב' מִצְוֹת דְּרַבָּנָן, וְהַג' הֵם הִידּוּר מִצְוָה וּמִילֵּי דַּחֲסִידוּתָא, וְאֵלּוּ הֵן שְׁלֹשָׁה רְגָלִים אֲשֶׁר הֵם שְׁלֹשָׁה עַמּוּדִים שֶׁהָעוֹלָם קַיָּים וְעוֹמֵד עֲלֵיהֶם, וְזֶה רָצָה בַּתְּחִלָּה שֶׁיְּלַמְּדֵהוּ תּוֹרָה עַל מְנָת שֶׁלֹּא יִתְחַיֵּיב לְקַייֵּם הַמִּצְוֹת אֶלָּא חֲלֻוקָּה אַחַת שֶׁהֵם מִצְוֹת דְּאוֹרָייְתָא שֶׁהֵם כְּנֶגֶד רֶגֶל אַחַת. וְלָזֶה אָמַר כְּשֶׁאֲנִי עוֹמֵד עַל רֶגֶל אַחַת , וְשַׁמַּאי דָּחֲפוּ בְּאַמַּת הַבִּנְיָן , שֶׁרָמַז לוֹ כְּמוֹ הַבִּנְיָן אֵינוֹ שָׁלֵם אֶלָּא בִּשְׁלֹשָׁה שֶׁהֵם 'בַּיִת' וְהַב' 'הָעֲלִיָּה' שֶׁעַל גַּבָּיו וְהַג' 'אַרְמוֹן' עַל גַּבֵּי עֲלִיָּה שֶׁהֵם תַּחְתִּים שְׁנַיִם וּשְׁלֹשִׁים וּכְמוֹ הַתֵּיבָה שֶׁעָשָׂה נֹחַ, כֵּן צָרִיךְ לִשְׁמוֹר הַמִּצְוֹת בְּבִנְיָן שָׁלֵם וְנָאֶה שֶׁהֵם דְּאוֹרָיְיתָא וּדְרַבָּנָן וְגַם מִילֵּי דַּחֲסִידוּתָא. וְהִנֵּה לֹא נִשְׁתַּכְּכָה דַּעְתּוֹ בְּטַעַם זֶה, כִּי יֵשׁ אָדָם שֶׁיַּסְפִּיק לוֹ דִּירָה תַּחְתּוֹנָה וְאֵינוֹ אוֹהֵב לַעֲשׂוֹת בִּנְיָן תַּחְתִּים שְׁנַיִם וּשְׁלֹשִׁים, וְכֵן הוּא דִּירַת הָעַרְבִיִּים יוֹשְׁבֵי אֹוהָלִים, אַךְ הִלֵּל ע"ה הֵשִׁיב לוֹ טַעַם אַחֵר וְאָמַר לוֹ מַאן דְּסָנֵי לָךְ לְחַבְרָךְ לָא תַּעֲבִיד. וְהוּא דְּאִיתָא בְּסֵפֶר וַיְלַקֵּט יוֹסֵף בְּשֵׁם מַאֲמַר אֶסְתֵּר אֵיבָרִים שֶׁל אָדָם נֶחֱלָקִים לִשְׁלֹשָׁה חֲלָקִים , הָא' אֵיבָרִים הֶכְרֵחִים שֶׁצָּרִיךְ הָאָדָם לָהֶם לְעִיקַּר חַיּוּתוֹ, שֶׁהֵם מוֹחַ וְלֵב וְכָרֵס וְכַדּוֹמֶה, שֶׁאִם נֶעְדָּר אַחַת מֵהֶם לֹא יִתְקַייֵּם, וְהַב' מַה שֶׁיֵּשׁ לוֹ בִּשְׁבִיל תּוֹעֶלֶת וַהֲטָבָה, כְּגוֹן עֵינַיִם וְאָזְנַיִם וְיָדַיִם וְרַגְלַיִם שֶׁבַּלְעֲדָם אֶפְשָׁר לִחְיוֹת אַךְ הָיָה מְצִיאוּתוֹ קָשֶׁה וְרַע וּמַר וְחַיֵּי צַעַר הָיָה לוֹ בְּהֵעָדְרָם, וְהַג' מַה שֶׁיֵּשׁ לוֹ בִּשְׁבִיל יֹופִי צוּרָתוֹ וְאֵין צֹורֶךְ בָּהֶם לְתוֹעֶלֶת, כִּי הָיָה דַּי לְתוֹעֶלֶת בְּעַיִן אַחַת וְאֹוזֶן אַחַת וּנְחִיר אֶחָד אַךְ עָשָׂה לוֹ שְׁנֵי עֵינַיִם וּשְׁתֵּי אָזְנַיִם וּשְׁתֵּי נְחִירַיִם בִּשְׁבִיל הַיֹּופִי, וּכְמוֹ שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים עַיִן רוֹאָה וְאֹזֶן שׁוֹמַעַת שֶׁיַּסְפִּיק לוֹ אַחַת אַחַת, אַךְ ה' בַּעַל הָרַחֲמִים עָשָׂה גַּם שְׁנֵיהֶם בִּשְׁבִיל הַיֹּופִי. וּכְנֶגֶד זֶה נֶחֱלָקִים הַמִּצְוֹת, שֶׁגַּם הָאָדָם צָרִיךְ לִשְׁמוֹר הַמִּצְוֹת כְּנֶגֶד הַטּוֹבָה שֶׁעוֹשֶׂה לוֹ הקב"ה בְּאֵיבָרִים שֶׁבְּגוּפוֹ, וְהֵם מִצְוֹת דְּאוֹרָיְיתָא הָעִקָּרִים, וּמִצְוֹת דְּרַבָּנָן שֶׁנִּתְקְנוּ לְמִשְׁמֶרֶת וְזֶהוּ הַתּוֹעֶלֶת וְהִידּוּר מִצְוָה וּמִילֵּי חֲסִידוּת כְּנֶגֶד אֵיבָרִים שֶׁבָּאוּ בִּשְׁבִיל יֹופִי. וְלָזֶה אָמַר מַאן דְּסָנֵי לָךְ דָּייְקָא בְּגוּפְךָ שֶׁאֵין אַתָּה רוֹצֶה שֶׁיֶּחְסַר בְּגוּפְךָ אֵבֶר מִכָּל שְׁלֹשָׁה מִינֵי אֵיבָרִים הֲנֵז' שֶׁהֵם כְּנֶגֶד הַמִּצְוֹת הֲנֵז'. וְעוֹד נִרְאֶה לְפָרֵשׁ בס"ד כִּי הַתָּרָה יֵשׁ בָּהּ עֲשֵׂין וְלָאוְיָן, וְיָדוּעַ כִּי הֶעֱשִׁין מִתְייַחֲסִים לְיָמִין שֶׁהֵם בְּסוֹד הַחֲסָדִים, וְהַלָּאוְיָן לִשְׂמֹאל שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] הַגְּבוּרוֹת, וּכְמוֹ שֶׁהָאָדָם צָרִיךְ לוֹ ב' רְגָלִים לֵילֵךְ בָּהֶם כֵּן צָרִיךְ לְקַיֵּים הֶעֱשִׁין וְהַלָּאוְיָן, וְלָכֵן אָמַר (תְּהִילִּים קיט, קה) נֵר לְרַגְלִי דְּבָרְךָ, שֶׁייִּחֵס הַמִּצְוֹת לְקִיּוּם הָרַגְלַיִם. וְלָזֶה אָמַר הַהֹלְכִים בְּתוֹרַת ה' וְזֶה הָיָה רוֹצֶה לִלְמֹוד הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ עַל מְנָת שֶׁלֹּא יִהְיֶה מְקַייֵּם אֶלָּא הַלָּאוְיָן שֶׁהֵם שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה וְאֵין בָּהֶם טִרְחָא שֶׁהֵם כְּנֶגֶד רֶגֶל אַחַת, וְלֹא יְקַייֵּם הֶעֱשִׁין שֶׁבָּם טִרְחָא, וְשַׁמַּאי דְּחָפוֹ בֶּאֱמֶת הַבִּנְיָן לוֹמַר כְּשֵׁם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִבְנוֹת בִּנְיָן שֶׁל תִּקְרָא בִּלְתִּי ב' כּוֹתָלִים א' מִיָּמִין וְא' מִשְּׂמֹאל כְּדֵי שֶׁיַּעֲמִיד הַתִּקְרָא עֲלֵיהֶם, כֵּן אִי אֶפְשָׁר לְעוֹלָם שֶׁיִּתְקַיֵּים בְּקִיּוּם הַלָּאוְיָן בִּלְבַד, אֲבָל הִלֵּל אָמַר לוֹ מַאן דְּסָנֵי לָךְ לְחַבְרָךְ לָא תַּעֲבִיד פֵּירֵשׁ כִּי הֶעֱשִׁין הֵם דְּבָרִים אֲשֶׁר נֶאֱהָבִים לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ, וְהַלָּאוְיָן הֵם שֶׁל דְּבָרִים הַשְּׂנוּאִים לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ, וּכְמוֹ שֶׁאַתָּה תִּרְצֶה שֶׁכָּל אָדָם שֶׁאַתָּה אוֹהֵב אוֹתוֹ יִהְיוּ גַּם אֲחֵרִים אוֹהֲבִים אוֹתוֹ, וְאָדָם שֶׁתִּשְׂנָאֵהוּ תִּרְצֶה שֶׁאֲחֵרִים גַּם כֵּן יִשְׂנָאוּהוּ, כֵּן לְחַבְרָךְ רֵעֶךָ וְרֵיעַ אָבִיךָ לָא תַּעֲבִיד, שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱהֹוב אֲשֶׁר אָהַב וְלִשָּׁנָא אֲשֶׁר שָׂנֵא.
"Convertis-moi à condition que tu m'enseignes toute la Torah entière pendant que je me tiens sur un seul pied." Il y a lieu de demander : comment une telle chose a-t-elle pu lui venir à l'esprit au départ ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante : les nations sont attachées au degré du mensonge (darga de-chikra) ; c'est pourquoi on dit dans Batra (45) que le non-Juif ordinaire est un homme de violence, selon le verset (Tehilim 144, 11) "dont la bouche profère la fausseté et dont la droite est une droite de mensonge", et de même dans Nidda (45). Israël, en revanche, est attaché au degré de la vérité ; c'est pourquoi leur présomption est de dire vrai, selon le verset (Tsefanya 3, 13) "le reste d'Israël ne commettra pas d'iniquité, ne dira pas de mensonge, et il ne se trouvera pas dans leur bouche de langue trompeuse" ; c'est sur cette présomption que Rabban Chimon ben Gamliel s'est appuyé en matière de jugement, comme il est rapporté dans Metsia (107). On connaît aussi ce que dit la Guemara : la vérité est une assise de briques, le mensonge tient sur un seul pied — car le kof et le rech n'ont qu'un seul pied, et seule la lettre chin est posée en tête, parce que ceux qui mentent doivent d'abord dire un peu de vérité pour qu'on croie à leurs mensonges, comme l'a écrit le Maharcha, de mémoire bénie. Or cet homme, qui était auparavant non-Juif et attaché au degré du mensonge, bien qu'il veuille maintenant apprendre la Torah, ne veut pas quitter le degré du mensonge, qui tient sur un seul pied ; voilà pourquoi il dit enseigne-moi la Torah pendant que je me tiens sur un seul pied, c'est-à-dire tout en gardant la mesure du mensonge. Et Chamai le repoussa avec la coudée de bâtisseur, car la Torah est la tenue du monde ; c'est pourquoi les talmidei hakhamim sont appelés bâtisseurs, selon "ne lis pas banayikh (tes fils) mais bonayikh (tes bâtisseurs)", et l'on ne peut bâtir un édifice sur une fondation pourrie, comme l'a dit le sage : la vérité est la fondation de l'édifice. Mais Hillel lui dit : ce qui t'est odieux, ne le fais pas à ton prochain — car il est impossible qu'un homme choisisse le mensonge, puisque tu ne voudrais certainement pas que d'autres te mentent et que tu détesterais cela ; ne mens donc pas aux autres ! D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que le monde tient par les mitsvot, qui sont de trois sortes : d'abord les mitsvot de la Torah, ensuite les mitsvot des maîtres, enfin le hidour mitsva (l'embellissement de la mitsva) et les usages de piété ; ce sont là trois pieds, trois colonnes sur lesquelles le monde tient debout. Cet homme voulait au départ qu'on lui enseigne la Torah à condition de n'être tenu qu'à une seule de ces parts, les mitsvot de la Torah, qui correspondent à un seul pied ; voilà ce que veut dire pendant que je me tiens sur un seul pied. Chamai le repoussa avec la coudée de bâtisseur, lui faisant entendre que, de même qu'un édifice n'est complet qu'avec trois niveaux — la maison, l'étage au-dessus, et la salle haute au-dessus de l'étage, c'est-à-dire l'inférieur, le deuxième et le troisième, comme l'arche que fit Noah — de même faut-il garder les mitsvot dans un édifice complet et beau : celles de la Torah, celles des maîtres, et aussi les usages de piété. Cette raison ne l'apaisa pas, car il y a des hommes qui se contentent d'une habitation basse et n'aiment pas bâtir sur trois niveaux, comme l'habitation des Arabes, qui demeurent sous la tente. Hillel, la paix soit sur lui, lui donna donc une autre raison et lui dit : ce qui t'est odieux, ne le fais pas à ton prochain. Cela repose sur ce qu'on trouve dans le livre Vayalket Yossef au nom du Maamar Esther : les membres de l'homme se divisent en trois parts. La première, les membres indispensables dont l'homme a besoin pour sa vie même, comme le cerveau, le cœur, le ventre et semblables, sans l'un desquels il ne subsiste pas. La deuxième, ce qu'il a pour l'utilité et le bien-être, comme les yeux, les oreilles, les mains et les pieds, sans lesquels on peut vivre, mais dont l'absence rendrait l'existence dure, mauvaise et amère, une vie de peine. La troisième, ce qu'il a pour la beauté de sa forme et qui n'est pas requis pour l'utilité : un seul œil, une seule oreille, une seule narine suffiraient à l'usage, mais il lui a fait deux yeux, deux oreilles et deux narines pour la beauté — comme l'ont écrit les commentateurs, un œil qui voit et une oreille qui entend suffiraient, mais Hachem, maître de miséricorde, a fait les deux aussi pour la beauté. Les mitsvot se divisent de la même manière, car l'homme doit garder les mitsvot en regard du bien que le Saint béni soit-Il lui fait dans les membres de son corps : les mitsvot essentielles de la Torah ; les mitsvot des maîtres, instituées comme sauvegarde, qui sont l'utilité ; et le hidour mitsva et les usages de piété, en regard des membres venus pour la beauté. Voilà ce que veut dire ce qui t'est odieux : précisément dans ton corps, où tu ne veux qu'il manque aucun membre des trois sortes mentionnées, qui correspondent aux mitsvot mentionnées. Il me semble encore que l'on peut expliquer, avec l'aide du Ciel, que la Torah comporte des mitsvot positives et des mitsvot négatives, et l'on sait que les positives se rapportent à la droite, qui est le sod des hassadim (les bontés), et les négatives à la gauche, qui est le sod des guevourot (les rigueurs) ; et de même que l'homme a besoin de deux pieds pour marcher, ainsi doit-il accomplir les positives et les négatives ; c'est pourquoi il est dit (Tehilim 119, 105) "Ta parole est une lampe pour mes pieds", rattachant les mitsvot à la tenue des pieds. Et il est dit : ceux qui marchent dans la Torah de Hachem. Cet homme voulait apprendre toute la Torah à condition de n'accomplir que les négatives, qui consistent à s'abstenir et ne demandent pas d'effort, correspondant à un seul pied, sans accomplir les positives, qui demandent de l'effort. Chamai le repoussa avec la coudée de bâtisseur pour dire : de même qu'on ne peut bâtir un édifice couvert sans deux murs, l'un à droite et l'autre à gauche, pour que le plafond repose sur eux, de même le monde ne peut tenir par l'accomplissement des seules négatives. Hillel, lui, lui dit : ce qui t'est odieux, ne le fais pas à ton prochain ; il expliqua que les positives sont les choses aimées de Hachem et les négatives les choses qu'Il déteste ; et de même que tu veux que l'homme que tu aimes soit aimé des autres, et que celui que tu détestes soit aussi détesté d'eux, ainsi "à ton prochain, ton ami et l'ami de ton père, ne le fais pas" — car il faut aimer ce qu'Il aime et détester ce qu'Il déteste.
דְּחָפוֹ בְּאַמַּת הַבִּנְיָן. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם אֶת הָרִאשׁוֹן גָּעַר בּוֹ וְהוֹצִיאוֹ בִּנְזִיפָה וְעִם זֶה לֹא דִּבֵּר כְּלוּם אֶלָּא רַק דְּחָפוֹ בְּאַמַּת הַבִּנְיָן, הַייְנוּ כִּי הָרִאשׁוֹן הַתְּרִיס לִדְבַר גְּנַאי שֶׁאָמַר לוֹ 'אֵינִי מַאֲמִינְךָ' אַךְ זֶה לֹא הַתְּרִיס וְרַק בִּקֵּשׁ דָּבָר שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת, וְכֵן הַשְּׁלִישִׁי, וּלְכָךְ לֹא גָּעַר בָּהֶם לְהוֹצִיאָם בִּנְזִיפָה. וְהִנֵּה לְפִי פְּשַׁט הַמַּאֲמָר שַׁמַּאי הָיָה מִתְפַּרְנֵס בִּמְלָאכָה זוֹ , שֶׁדַּרְכָּם הָיָה לִבְנוֹת הַבַּנַּאי אֶת הַבַּיִת, וּבַעֲבוּר שְׂכָרוֹ יָבִיא אֶחָד בָּקִי לָתֵת עֵרֶךְ לִשְׂכַר הַבִּנְיָן, וְזֶה צָרִיךְ לוֹ אַמָּה בְּיָדוֹ לִמְדֹּוד בָּהּ עֳובִי הַכּוֹתָלִים וְאָרְכָּן וְרָחְבָּן, וְיִהְיֶה חָכָם בְּתִשְׁבֹּורֶת כִּי יֵשׁ כֹּותֶל רֹאשׁוֹ אֶחָד עָב וְהוֹלֵךְ וּמִתְמַעֵט הָעֹובִי בַּהַדְרָגוֹת עַד סוֹפוֹ וְיֵשׁ לְהַפֵּךְ, וְעוֹד בָּזֶה יֵשׁ אוֹפַנִּים שׁוֹנִים וְצָרִיךְ חָכָם גָּדוֹל בָּקִי בְּחֶשְׁבּוֹן וְתִשְׁבֹּורֶת לָתֵת עֵרֶךְ לְכָל חֵלֶק בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְזוֹ הָיְתָה מְלַאכְתּוֹ שֶׁל שַׁמַּאי הַזָּקֵן שֶׁיִּהְיֶה מַעֲרִיךְ, וְלָכֵן תָּמִיד אַמַּת הַבִּנְיָן בְּיָדוֹ שֶׁבָּהּ מוֹדֵד וְהִיא כְּלִי אֻומָּנוּת שֶׁלּוֹ. וּבְדֶרֶךְ רֶמֶז נִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָאו אַמָּה מַמָּשׁ הִיא, אֶלָּא יָדוּעַ שֶׁאֶצְבְּעוֹת הָאָדָם זֶה סִדְרָן גֹּודֶל חֶסֶד, אֶצְבַּע גְּבוּרָה, אַמָּה תִּפְאֶרֶת, קְמִיצָה נֶצַח, זֶרֶת הוֹד, וְיָדוּעַ שֶׁהַתִּפְאֶרֶת הוּא מְמֻוצָּע בֵּין הַחֶסֶד וּבֵין הַגְּבוּרָה, אִם כֵּן הָאֶצְבַּע הִיא גְּבוּרָה גְּמוּרָה אֲבָל הָאַמָּה הִיא מְמֻוצַּעַת, וְשַׁמַּאי הוּא גְּבוּרָה וְנָהַג עִם הָרִאשׁוֹן כְּפִי מִדָּה שֶׁאָחוּז בָּהּ, וּלְכָךְ גָּעַר בּוֹ וְהוֹצִיאוֹ בִּנְזִיפָה, אֲבָל עִם אוֹתָם הַשְּׁנִיִּים לֹא עָשָׂה לָהֶם גְּעָרָה וּנְזִיפָה וְרַק דְּחֻפִּם שֶׁנָּהַג בָּהֶם כְּפִי הוֹרָאַת הָאַמָּה, כְּלוֹמַר אֶצְבַּע הַנִּקְרָא אַמָּה שֶׁהִיא בְּיָדוֹ דְּהַיְינוּ נָהַג בַּמְמֻוצָּע לֹא גְּעָרָה וּנְזִיפָה וְלֹא פָּנִים צְהֻובּוֹת. וְהָא דִּקְרָאָהּ אַמַּת הַבִּנְיָן מִפְּנֵי כִּי ז"ס [זֶה סוֹד] תַּחְתּוֹנוֹת שֶׁהֵם חג"ת נהי"ם [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת, נֶצַח, הוֹד, יְסוֹד, מַלְכוּת] הֵמָּה נִקְרָאִים בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים סְפִירוֹת הַבִּנְיָן, בִּשְׁבִיל שֶׁבָּהֶם נִבְנוּ סִדְרֵי בְּרֵאשִׁית בְּשִׁבְעַת יְמֵי בְּרֵאשִׁית.
"Il le repoussa avec la coudée de bâtisseur." Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est celle-ci : le premier, il l'a rabroué et renvoyé avec réprimande, tandis qu'avec celui-ci il n'a rien dit et l'a seulement repoussé avec la coudée de bâtisseur — parce que le premier avait été insolent en parlant de manière outrageante, disant je ne te crois pas, tandis que celui-ci n'a pas été insolent et a seulement demandé une chose impossible, de même que le troisième ; voilà pourquoi il ne les a pas rabroués pour les renvoyer avec réprimande. Selon le sens simple de l'énoncé, Chamai gagnait sa vie de ce métier : l'usage était que le bâtisseur construise la maison, et pour fixer son salaire on faisait venir un homme compétent pour évaluer le prix de l'ouvrage ; il lui fallait une coudée en main pour mesurer l'épaisseur des murs, leur longueur et leur largeur, et il devait être habile en calcul des surfaces, car il y a des murs dont une extrémité est épaisse et dont l'épaisseur diminue par degrés jusqu'à l'autre bout, et inversement ; il y a encore divers cas de figure, et il faut un grand savant, expert en calcul et en mesure, pour évaluer chaque partie séparément. Tel était le métier de Chamai l'Ancien, qui était estimateur ; voilà pourquoi la coudée de bâtisseur était toujours dans sa main, qui lui servait à mesurer et qui est l'outil de son art. Par voie de remez (allusion), il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il ne s'agit pas d'une coudée au sens propre : on sait que les doigts de l'homme sont ordonnés ainsi — le pouce est 'hessed, l'index (etsba) guevoura, le majeur (ama) tiferet, l'annulaire (kemitsa) netsa'h, l'auriculaire (zeret) hod ; et l'on sait que tiferet est le milieu entre 'hessed et guevoura. L'index est donc guevoura pure, tandis que le majeur est le terme moyen. Chamai est guevoura, et il a agi avec le premier selon la mesure à laquelle il est attaché, le rabrouant et le renvoyant avec réprimande ; mais avec les deux autres il n'a exercé ni reproche ni réprimande, il les a seulement repoussés, agissant selon l'indication de l'ama, c'est-à-dire du doigt appelé ama qui est dans sa main, autrement dit selon le terme moyen : ni reproche et réprimande, ni visage rayonnant. Et si on l'appelle coudée de l'édifice (amat ha-binyan), c'est parce que c'est le sod des sept inférieures — 'hessed, guevoura, tiferet, netsa'h, hod, yessod, malkhout — que les sages appellent les sefirot de l'édifice, parce que par elles ont été bâtis les ordres de la Création durant les sept jours du commencement.
💡 Explication

Deuxième récit. La condition posée est une provocation par la forme : tenir debout sur un pied est l'affaire de quelques instants. Chamai répond par le geste, avec l'amat ha-binyan, la règle d'une coudée que Rachi décrit comme l'outil de métier servant à mesurer un ouvrage.

Hillel accepte la contrainte et donne un principe unique, formulé en araméen sous forme négative : ce qui t'est odieux, ne le fais pas à ton prochain. Rachi propose deux lectures de prochain : le Saint béni soit-Il, ou bien autrui au sens ordinaire, ce qui couvre le vol, la rapine, l'adultère et la plupart des mitsvot.

La fin de la phrase est décisive : zil guemor, va étudier. Le principe donne un critère, et l'étude seule apprend son contenu ; Rachi le dit expressément en glosant le mot explication.

🖼️ Schéma
Toute la Torah sur un pied : deux réponses Chamaï Il le repousse avec la coudée de bâtisseur, l'outil de son métier : un bâton d'une coudée servant à mesurer l'ouvrage. Hillel Ce qui t'est odieux, ne le fais pas à ton prochain. Voilà toute la Torah ; le reste en est l'explication. Va étudier. Rachi : qui est ce prochain ? Première lecture Ton ami et l'ami de ton père (Michle 27) : le Saint béni soit-Il. Ne transgresse pas Sa parole. Seconde lecture Ton prochain au sens propre : le vol, la rapine, l'adultère, et la plupart des mitsvot. La règle donne un critère ; l'étude apprend ce qui, au juste, est odieux.
Les deux réponses au converti, et les deux lectures de prochain chez Rachi.
7
שׁוּב מַעֲשֶׂה בְּגוֹי אֶחָד שֶׁהָיָה עוֹבֵר אֲחוֹרֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ, וְשָׁמַע קוֹל סוֹפֵר שֶׁהָיָה אוֹמֵר: ״וְאֵלֶּה הַבְּגָדִים אֲשֶׁר יַעֲשׂוּ חֹושֶׁן וְאֵפוֹד״. אָמַר: הַלָּלוּ לְמִי? אָמְרוּ לוֹ: לְכֹהֵן גָּדוֹל. אָמַר אוֹתוֹ גּוֹי בְּעַצְמוֹ: אֵלֵךְ וְאֶתְגַּיֵּיר בִּשְׁבִיל שֶׁיְּשִׂימוּנִי כֹּהֵן גָּדוֹל. בָּא לִפְנֵי שַׁמַּאי, אָמַר לוֹ: גַּייְּרֵנִי עַל מְנָת שֶׁתְּשִׂימֵנִי כֹּהֵן גָּדוֹל. דְּחָפוֹ בְּאַמַּת הַבִּנְיָן שֶׁבְּיָדוֹ. בָּא לִפְנֵי הִלֵּל, גַּיְּירֵיהּ.

Il arriva de nouveau qu'un non-Juif passait derrière la maison d'étude et entendit la voix d'un sofer (maître d'école) qui disait : "et voici les vêtements qu'ils feront : un pectoral et un efod". Il dit : ceux-là, pour qui sont-ils ?

On lui dit : pour le cohen gadol. Ce non-Juif se dit en lui-même : j'irai me convertir pour qu'on me nomme cohen gadol.

Il vint devant Chamai et lui dit : convertis-moi à condition que tu me nommés cohen gadol. Il le repoussa avec la coudée de bâtisseur qu'il avait en main.

Il vint devant Hillel, qui le convertit.

📜 Rachi (1)
סוֹפֵר מְלַמֵּד תִּינוֹקוֹת:
Sofer : le maître qui enseigne aux jeunes enfants.
💡 Explication

Troisième récit. Le mobile est explicite et intéressé : l'homme veut le poste, et le verset de Chemot 28, 4 qu'il entend réciter à l'école lui en donne l'idée. La condition qu'il pose à Chamai est doublement impossible, puisqu'un converti ne peut devenir cohen.

Hillel le convertit malgré tout, sans discuter la condition. La suite montre la méthode : plutôt que de refuser, il envoie l'homme vers le texte, en pariant que celui-ci réglera la question de lui-même.

8
אָמַר לוֹ: כְּלוּם מַעֲמִידִין מֶלֶךְ אֶלָּא מִי שֶׁיּוֹדֵעַ טַכְסִיסֵי מַלְכוּת, לֵךְ לְמֹוד טַכְסִיסֵי מַלְכוּת. הָלַךְ וְקָרָא. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ ״וְהַזָּר הַקָּרֵב יוּמָת״, אֲמַר לֵיהּ: מִקְרָא זֶה עַל מִי נֶאֱמַר? אָמַר לוֹ: אֲפִילּוּ עַל דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל. נָשָׂא אוֹתוֹ גֵּר קַל וָחֹומֶר בְּעַצְמוֹ: וּמַה יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּקְרְאוּ בָּנִים לַמָּקוֹם וּמִתּוֹךְ אַהֲבָה שֶׁאֲהָבָם קְרָא לָהֶם: ״בְּנִי בְּכוֹרֵי יִשְׂרָאֵל״, כְּתִיב עֲלֵיהֶם ״וְהַזָּר הַקָּרֵב יוּמָת״ — גֵּר הַקַּל שֶׁבָּא בְּמַקְלוֹ וּבְתַרְמִילוֹ, עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Il lui dit : n'établit-on roi que celui qui connaît les usages de la royauté (takhsissei malkhout) ? Va apprendre les usages de la royauté.

Il alla et lut. Lorsqu'il arriva à "le profane qui approchera sera mis à mort", il lui dit : ce verset, de qui est-il dit ?

Il lui dit : même de David, roi d'Israël. Ce converti fit de lui-même un kal va-homer (raisonnement à fortiori) : si Israël, qui est appelé enfants de l'Omniprésent et que, par l'amour dont Il les a aimés, Il a nommé "Israël est mon fils, mon aîné", il est pourtant écrit à leur sujet "le profane qui approchera sera mis à mort" — le converti léger, venu avec son bâton et sa besace, à plus forte raison.

📜 Rachi (1)
טַכְסִיסֵי תִּיקּוּנֵי צָרְכֵי הַמֶּלֶךְ לְפִי הַכָּבוֹד:
Takhsissim : l'ordonnance des besoins du roi selon les règles de l'honneur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
גֵּר הַקַּל, שֶׁבָּא בְּמַקְלוֹ וּבְתַרְמִילוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד זֶה שֶׁבָּא לְהִתְגַּייֵּר בְּגוֹדְלוֹ יֵשׁ בּוֹ שְׁנֵי חֶסְרוֹנוֹת, הָא' שֶׁעָבְרוּ עָלָיו כַּמָּה שָׁנִים בִּהְיוֹתוֹ בְּגַיּוּתוֹ שֶׁאֵין לוֹ בָּהֶם לֹא עֲשֵׂין וְלֹא לָאוְיָן, וּכְנֶגֶד חִסָּרוֹן זֶה קָרָא עַצְמוֹ גֵּר הַקַּל רְצוֹנוֹ לוֹמַר קַנְקַנּוֹ רֵיקָן וְלֹא כְּמוֹ יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר קָטָן שֶׁבָּהֶם מָלֵא מִצְוֹת כְּרִימּוֹן שֶׁקַּנְקָנָם כָּבֵד בְּמִצְוֹת, וְחֶסְרוֹן הַב' שֶׁאֵין לוֹ זְכוּת אָבוֹת לֹא מִצַּד הָאָב וְלֹא מִצַּד הָאֵם, וּכְנֶגֶד חִסָּרוֹן זֶה אָמַר שֶׁבָּא בְּמַקְלוֹ וּבְתַרְמִילוֹ , וְהַייְנוּ מַקְלוֹ אָבִיו הַזָּכָר וְתַרְמִילוֹ אִמּוֹ שֶׁהִיא נְקֵבָה שֶׁמְּקַבֶּלֶת בְּקִרְבָּהּ זֶרַע הַזָּכָר, מַה שֶׁאֵין כֵּן יִשְׂרָאֵל נוֹשֵׂא עָלָיו כַּמָּה קָמֵעֵין שֶׁל זְכוּת אָבוֹת וּזְכוּת אִמָּהוֹת.
"Le converti léger, venu avec son bâton et sa besace." Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui vient se convertir à l'âge adulte porte deux manques. Le premier : plusieurs années ont passé sur lui alors qu'il était encore hors d'Israël, années où il n'a ni mitsvot positives ni mitsvot négatives ; en regard de ce manque, il s'est appelé lui-même le converti léger, c'est-à-dire que sa cruche est vide, à la différence d'Israël, dont le plus petit est plein de mitsvot comme une grenade et dont la cruche est lourde de mitsvot. Le second manque : il n'a pas le mérite des pères, ni du côté du père ni du côté de la mère ; en regard de ce manque, il a dit venu avec son bâton et sa besace — le bâton désigne le père, qui est le mâle, et la besace la mère, qui est la femelle recevant en elle la semence du mâle. Israël, au contraire, porte sur lui plusieurs amulettes du mérite des pères et du mérite des mères.
💡 Explication

Hillel répond sur le terrain même du candidat : on n'installe pas un roi sans qu'il connaisse le protocole, donc apprends d'abord. L'étude est ainsi présentée comme la condition du poste convoité, et non comme une objection.

Le verset de Bamidbar 1, 51 arrête le lecteur : le zar, le profane étranger au sacerdoce, qui approche du service est passible de mort. La réponse de Hillel, même de David roi d'Israël, fournit la prémisse du raisonnement. Le converti construit alors seul son kal va-homer : si Israël, appelé enfant de l'Omniprésent, est concerné, lui-même l'est à plus forte raison.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer que le converti tire de lui-même Le cas léger à première vue : Israël Appelés enfants de l'Omniprésent, et par amour : Israël est mon fils, mon aîné. Et pourtant il est écrit à leur sujet Le profane qui approchera sera mis à mort (Bamidbar 1, 51) — même David. À plus forte raison : le converti Venu avec son bâton et sa besace, sans le mérite des pères. Hillel ne refuse rien : il envoie lire, et le verset fait le travail.
Les trois temps du kal va-homer que le converti tire du verset.
9
בָּא לִפְנֵי שַׁמַּאי, אָמַר לוֹ: כְּלוּם רָאוּי אֲנִי לִהְיוֹת כֹּהֵן גָּדוֹל? וַהֲלֹא כְּתִיב בַּתּוֹרָה: ״וְהַזָּר הַקָּרֵב יוּמָת״. בָּא לִפְנֵי הִלֵּל, אָמַר לוֹ: עַנְווְתָן הִלֵּל, יָנוּחוּ לְךָ בְּרָכוֹת עַל רֹאשְׁךָ, שֶׁקֵּרַבְתַּנִי תַּחַת כַּנְפֵי הַשְּׁכִינָה. לְיָמִים נִזְדַּוְּוגוּ שְׁלָשְׁתָּן לִמְקוֹם אֶחָד, אָמְרוּ: קַפְּדָנוּתוֹ שֶׁל שַׁמַּאי בִּקְּשָׁה לְטָורְדֵנוּ מִן הָעוֹלָם, עִנְווְתָנוּתוֹ שֶׁל הִלֵּל קֵרְבַתְנוּ תַּחַת כַּנְפֵי הַשְּׁכִינָה.

Il vint devant Chamai et lui dit : suis-je seulement digne d'être cohen gadol ? N'est-il pas écrit dans la Torah "le profane qui approchera sera mis à mort" ?

Il vint devant Hillel et lui dit : Hillel le patient, que des bénédictions reposent sur ta tête, car tu m'as rapproché sous les ailes de la Chekhina. Plus tard, les trois se trouvèrent réunis en un même lieu.

Ils dirent : la sévérité (kapdanout) de Chamai a cherché à nous chasser du monde ; la patience (anvetanout) de Hillel nous a rapprochés sous les ailes de la Chekhina.

📜 Rachi (1)
שְׁלָשְׁתָּן הַגֵּרִים הַלָּלוּ:
Les trois : ces convertis.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בָּא לִפְנֵי הִלֵּל, אָמַר לוֹ: עַנְוְתָן הִלֵּל, יָנוּחוּ לְךָ בְּרָכוֹת עַל רֹאשְׁךָ, שֶׁהִקְרַבְתַּנִי תַּחַת כַּנְפֵי הַשְּׁכִינָה. הָא דְּאָמַר לוֹ רֹאשְׁךָ, נָקֵיט בְּלִישָּׁנָא דִּקְרָא בְּמִשְׁלֵי (י, ו) בְּרָכוֹת לְרֹאשׁ צַדִּיק, וְזֶה נִמְצָא גַּם כֵּן בְּרֹאשׁ אוֹתִיּוֹת הַלֵּל שֶׁהֵם דכ"ך , וּבְמִילּוֹאָם [דָּלֶ"ת כָּ"ף כָּ"ף] הֵם בְּמִסְפָּר וּבְרָכוֹת [634] בְּתוֹסֶפֶת וָא"ו כִּי וָא"ו מוֹרֶה עַל תּוֹסֶפֶת יְתֵירָה. אוֹ יוּבָן בס"ד כִּי בְּרָכוֹת הָעִקָּרִיּוֹת שֶׁל יִשְׂרָאֵל הֵם ט"ו [15] תֵּיבוֹת שֶׁל בִּרְכַּת כֹּהֲנִים, וְרֹאשׁ שְׁמוֹ שֶׁל הִלֵּל הוּא ה"י [15] כִּי נִקְרָא הִילֵּל בִּתְנוּעַת יוּ"ד אַחַר ה' וְכֵן נִכְתַּב שְׁמוֹ בַּתַּלְמוּד. אִי נָמֵי הַחָכְמָה הִיא בָּרֹאשׁ וְהוּא אֲשֶׁר נִתְגַּיֵּיר בְּסִיבַּת חָכְמָתוֹ שֶׁל הִלֵּל שֶׁהִתְנַהֵג עִמּוֹ בְּחָכְמָה, שֶׁהִנִּיחוֹ לִהְיוֹת הוּא מוֹדֶה מֵעַצְמוֹ, לְכָךְ בֵּירַךְ אֶת הַחָכְמָה שֶׁבְּרֹאשׁוֹ שֶׁיָּנוּחוּ בְּרָכוֹת עָלֶיהָ, כִּי מִמֶּנָּה הָיְתָה תְּשׁוּעָתוֹ.
"Il vint devant Hillel et lui dit : Hillel le patient, que des bénédictions reposent sur ta tête, car tu m'as rapproché sous les ailes de la Chekhina." S'il lui a dit ta tête, c'est qu'il a repris la formule du verset de Michle (10, 6) "des bénédictions sur la tête du juste" ; et cela se trouve aussi dans les lettres qui précèdent celles de Hillel, soit dalet, kaf, kaf final : dans leur épellation complète, elles valent le nombre de ouvrakhot (et des bénédictions) [634], avec l'ajout du vav, car le vav indique justement un ajout. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, que les bénédictions essentielles d'Israël sont les quinze mots de la birkat kohanim (la bénédiction des cohanim), et que la tête du nom de Hillel est hé-youd [15], car on le prononce Hilel avec la voyelle youd après le hé, et c'est ainsi que son nom est écrit dans le Talmud. Ou bien : la 'hokhma (la sagesse) siège dans la tête, et c'est par la sagesse de Hillel, qui s'est conduit avec lui avec sagesse en le laissant reconnaître de lui-même la chose, que cet homme s'est converti ; il a donc béni la sagesse qui est dans sa tête, pour que les bénédictions y reposent, car c'est d'elle qu'est venu son salut.
קַפְּדָנוּתוֹ שֶׁל שַׁמַּאי בִּקְּשָׁה לְטָורְדֵנוּ מִן הָעוֹלָם. קַשָּׁא לָמָּה לֹא אָמְרוּ כָּזֹאת אֶלָּא רַק אַחַר שֶׁנִּזְדַּוְּוגוּ שְׁלָשְׁתָּם וְכָל אֶחָד יֵדַע מַה שֶׁנַּעֲשָׂה לַחֲבֵירָיו, וּמִן הָרָאוּי שֶׁכָּל אֶחָד יֹאמַר כֵּן עַל מַעֲשֶׂה שֶׁלּוֹ קֹודֶם שֶׁיָּדַע מַעֲשִׂים שֶׁל חֲבֵירָיו? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָל אֶחָד מֵהֶם בְּעֵת שֶׁלֹּא יָדַע אֶלָּא רַק מַעֲשֶׂה שֶׁלּוֹ לֹא הָיָה מַחֲלִיט בְּדַעְתּוֹ שֶׁקַּפְדָנוּת שַׁמַּאי בַּקָּשָׁה לְטָרְדוֹ לְגַמְרֵי, אֶלָּא יֵשׁ לְלַמֵּד זְכוּת עַל שַׁמַּאי וְלוֹמַר הוּא רָאָה שֶׁאֵין זֶה מִתְגַּיֵּיר גֵּירוּת שְׁלֵימָה לָכֵן דְּחָפוֹ וְהוֹצִיאוֹ לְפִי שָׁעָה, כְּדֵי שֶׁאַחַר כָּךְ יַחֲזֹור וְיִתְחָרֵט עַל דְּבָרָיו וְיָבֹא אֶצְלוֹ מֵאֵלָיו. אַךְ אַחַר שֶׁיָּדַע כָּל אֶחָד מַעֲשֵׂה חֲבֵירָיו נִמְצָא שֶׁעִם שְׁלָשְׁתָּם עָשָׂה כֵּן, וּבָזֶה מוּכָח שֶׁבִּקְּשָׁה קַפְּדָנוּתוֹ לִטְרְדַן, דְּאִם עָשָׂה הַדְּחִיפָה לְאֶחָד לְפִי שָׁעָה בִּלְבַד שֶׁחָשַׁב אַחַר כָּךְ יְחַזֵּר אֶצְלוֹ מֵאֵלָיו, הִנֵּה כֵּיוָן שֶׁרָאָה שֶׁהָרִאשׁוֹן עָשָׂה עִמּוֹ כֵּן וְלֹא חָזַר הָיָה לוֹ לָחוֹשׁ לַעֲשׂוֹת כֵּן עוֹד הַפַּעַם עִם הַשֵּׁנִי, וְכָל שֶׁכֵּן אַחַר שֶׁרָאָה שֶׁעָשָׂה כֵּן עִם הַשְּׁנִיִּים וְלֹא חָזְרוּ שֶׁלֹּא צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת כֵּן עִם הַשְּׁלִישִׁי, אֶלָּא וַדַּאי כַּוָּנָתוֹ הָיְתָה לִטְרְדַן לְגַמְרֵי. וְדַע כִּי בִּשְׁלֹשָׁה גֵּרִים אֵלּוּ נִתְקַיֵּים מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שְׂמֹאל דּוֹחָה וְיָמִין מְקָרֶבֶת , כִּי שַׁמַּאי שְׂמֹאל וְהִלֵּל יָמִין כַּנּוֹדָע:
"La sévérité de Chamai a cherché à nous chasser du monde." Il y a lieu de demander : pourquoi ne l'ont-ils dit qu'après s'être rencontrés tous les trois, chacun sachant alors ce qui était arrivé à ses compagnons ? Il aurait été normal que chacun le dise de son propre cas avant de connaître ceux des autres. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que chacun d'eux, tant qu'il ne connaissait que son propre cas, ne concluait pas que la sévérité de Chamai cherchait à le chasser tout à fait ; on pouvait juger Chamai favorablement et dire qu'il avait vu que cet homme ne se convertissait pas d'une conversion entière, et qu'il l'avait donc repoussé pour le moment, afin qu'il se repente ensuite de ses paroles et revienne vers lui de lui-même. Mais une fois que chacun connut le cas de ses compagnons, il apparut qu'il avait agi ainsi avec les trois, et cela prouve que sa sévérité cherchait à les chasser ; car s'il avait repoussé le premier seulement pour un temps, pensant qu'il reviendrait de lui-même, alors, voyant que le premier n'était pas revenu, il aurait dû hésiter à recommencer avec le second ; et à plus forte raison, après avoir vu qu'il avait agi ainsi avec les deux sans qu'ils reviennent, il n'aurait pas dû agir ainsi avec le troisième. Il faut donc dire que son intention était bien de les chasser tout à fait. Et sache que dans ces trois convertis s'est accomplie la parole de nos maîtres : la gauche repousse et la droite rapproche — car Chamai est la gauche et Hillel la droite, comme on le sait.
💡 Explication

Le converti retourne d'abord chez Chamai, non pour lui reprocher quoi que ce soit, mais pour reconnaître que sa demande était impossible. Il bénit ensuite Hillel de la formule qui donne son titre au récit : anvetan, le patient.

La conclusion est prononcée par les trois ensemble, et le Ben Yehoyada explique que cette mise en commun est nécessaire : un seul cas se justifiait par une appréciation particulière, trois cas identiques établissent une conduite. La formule tahat kanfei ha-Chekhina, sous les ailes de la Chekhina, est le terme classique de l'entrée dans le peuple juif.

10
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מַאי דִכְתִיב ״וְהָיָה אֱמוּנַת עִתֶּיךָ חֹוסֶן יְשׁוּעֹות חָכְמַת וָדָעַת וְגוֹ׳״. ״אֱמוּנַת״ — זֶה סֵדֶר זְרָעִים. ״עִתֶּיךָ״ — זֶה סֵדֶר מוֹעֵד. ״חֹוסֶן״ — זֶה סֵדֶר נָשִׁים. ״יְשׁוּעוֹת״ — זֶה סֵדֶר נְזִיקִין. ״חָכְמַת״ — זֶה סֵדֶר קָדָשִׁים. ״וְדַעַת״ — זֶה סֵדֶר טְהָרוֹת. וַאֲפִילּוּ הָכֵי, ״יִרְאַת ה׳ הִיא אוֹצָרוֹ״.

Rech Lakich dit : que signifie ce qui est écrit "et la fidélité de tes temps sera force de deliverances, sagesse et connaissance, etc." ? "Emounat" (fidélité) — c'est l'ordre Zeraim.

"Itekha" (tes temps) — c'est l'ordre Moed. "Hossen" (force) — c'est l'ordre Nachim.

"Yechouot" (deliverances) — c'est l'ordre Nezikin. "Hokhmat" (sagesse) — c'est l'ordre Kodachim.

"Vadaat" (et connaissance) — c'est l'ordre Taharot. Et malgré tout cela, "la crainte de Hachem, voilà son trésor".

📜 Rachi (5)
סֵדֶר זְרָעִים שֶׁעַל אֱמוּנַת הָאָדָם סוֹמֵךְ לְהַפְרִישׁ מְעֻשְּׂרוֹתָיו כָּרָאוּי:
L'ordre Zeraim : car c'est sur la bonne foi de l'homme que l'on se repose pour qu'il prélève ses dîmes comme il convient.
חֹוסֶן לְשׁוֹן יוֹרְשִׁין וְעַל יְדֵי אִשָּׁה נוֹלְדוּ יוֹרְשִׁין:
Hossen : terme qui désigne les héritiers, et c'est par la femme que naissent les héritiers.
סֵדֶר נְזִיקִין מוֹשִׁיעָן מַזְהִיר לִפְרֹושׁ מֵהֶיזֵּק וּמֵהִתְחַיֵּיב מָמוֹן:
L'ordre Nezikin : il les sauve, car il met en garde afin qu'on s'écarte du dommage et de l'obligation de payer.
דַּעַת עָדִיף מֵחָכְמָה:
Daat : supérieure à la 'hokhma.
הִיא אוֹצָרוֹ הוּא עִיקָּר הֶחָשׁוּב בְּעֵינָיו לֶאֱצֹור וְלַעֲשׂוֹת סְגֻולָּה לְזִכָּרוֹן:
Voilà son trésor : c'est l'essentiel à ses yeux, ce qu'il met en réserve et garde comme un bien précieux.
🗂️ Tossefot (1)
אֱמוּנַת זֶה סֵדֶר זְרָעִים מְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי שֶׁמַּאֲמִין בְּחֵי הָעוֹלָמִים וְזוֹרֵעַ:
On explique dans le Talmud de Jérusalem : il a foi dans le Vivant des mondes, et il sème.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָיָה אֱמוּנַת עִתֶּיךָ חֹסֶן יְשׁוּעֹת חָכְמַת וָדָעַת יִרְאַת ה' הִיא אוֹצָרוֹ (יְשַׁעְיָהוּ לג, ו). רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שִׁשָּׁה תּוֹאֲרִים אֵלּוּ [ א מוֹנַת ע תֵּיךָ ח סָן י שַׁוְעַת ח כְּמֵת ו ד עֵת 101] מֵאָה וְאֶחָד, וְנִרְאֶה לִי לָזֶה אָמַר אֵינוֹ דּוֹמֶה שׁוֹנֶה פִּרְקוֹ מֵאָה לְשׁוֹנֶה ק"א שֶׁנִּבְחַר מִסֵּפֶר ק"א [101] שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שִׁשָּׁה הֲנֵז', וְהוּא מִסְפָּר מֵאַיִן [101] . וְיָדוּעַ דְּהַגְּאֻולָּה תִּהְיֶה בִּזְכוּת הַמִּשְׁנָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּפָּסוּק (הוֹשֵׁעַ ח' י') גַּם כִּי יִתְנוּ בַגּוֹיִם עַתָּה אֲקַבְּצֵם, 'יִתְּנוּ' לְשׁוֹן מַתְנִיתִין, וְלָזֶה אָמַר (תְּהִילִּים קכא, א) מֵאַיִן יָבֹא עֶזְרִי, זְכוּת הַמִּשְׁנָה שֶׁנִּרְמְזָה בְּמִסְפַּר 'מֵאַיִן' יָבֹא עֶזְרִי, וז"ש (קֹהֶלֶת ה' ט') וּמִי אֹהֵב בֶּהָמוֹן לֹא תְבוּאָה, 'הֲמוֹן' [101] מִסֵּפֶר ק"א שֶׁבּוֹ רְמוּזִים שִׁשָּׁה סִדְרֵי מִשְׁנָה מִי שֶׁאוֹהֵב לְלַמְּדָם וְיֵשׁ לוֹ בְּקִיאוּת בָּהֶם אָז לוֹ תְּבוּאָה! ומ"ש בְּסוֹף הוֹרָיוֹת סִינַי עָדִיף דְּהַכֹּל צְרִיכִין לְמָארֵי חַטְיָיא, וְלָזֶה אָמַר (תְּהִילִּים מב, ה) בְּקוֹל רִנָּה וְתוֹדָה הָמוֹן חוֹגֵג, שֶׁצָּרִיךְ לִקְרוֹת הַמִּשְׁנָה בִּנְעִימָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק חֻקִּים אֲשֶׁר לֹא טוֹבִים.
"Et la fidélité de tes temps sera force de deliverances, sagesse et connaissance ; la crainte de Hachem, voilà son trésor" (Yechayahou 33, 6). Les initiales de ces six qualificatifs font cent un. Il me semble que c'est le sens de la parole : celui qui revoit son chapitre cent fois n'est pas comparable à celui qui le revoit cent une fois — le nombre cent un a été choisi parce qu'il est celui des initiales des six termes mentionnés, et il est aussi le nombre de meayin (d'où) [101]. Or l'on sait que la rédemption viendra par le mérite de la Michna, comme l'ont dit nos maîtres sur le verset (Hochea 8, 10) "même s'ils se donnent (yitnou) parmi les nations, maintenant Je les rassemblerai" : yitnou est de la racine de matnitin (Michna). C'est ce que veut dire (Tehilim 121, 1) "d'où (meayin) viendra mon secours" : du mérite de la Michna, indiqué par le nombre de meayin, viendra mon secours. Et c'est ce que dit (Kohelet 5, 9) "celui qui aime l'abondance (hamon) n'aura pas de récolte" : hamon [101] est le nombre cent un, dans lequel sont indiqués les six ordres de la Michna ; celui qui aime les étudier et y a de l'aisance, pour lui il y aura récolte ! Et l'on dit à la fin de Horayot que le Sinaï est préférable, car tous ont besoin du maître du blé. Enfin il est dit (Tehilim 42, 5) "avec une voix de joie et de louange, une foule (hamon) en fête" : il faut lire la Michna avec mélodie, comme l'ont dit nos maîtres sur le verset "des statuts qui n'étaient pas bons".
💡 Explication

Changement de registre : de la conduite des maîtres, la guemara passe au contenu de l'étude. Rech Lakich lit dans les six termes de Yechayahou 33, 6 les six sedarim (ordres) de la Michna, dans leur ordre exact.

Chaque correspondance a une raison, que Rachi explicite pour plusieurs : emouna se rattache à Zeraim parce que le prélèvement des dîmes repose sur la bonne foi du producteur, et Tossefot cite le Talmud de Jérusalem, qui lit dans l'acte de semer un acte de confiance ; hossen renvoie à Nachim par la transmission de l'héritage ; yechouot à Nezikin parce que le droit sauve de la perte.

La chute du verset renverse l'ensemble : les six ordres maîtrisés comptent pour peu si la crainte du Ciel ne vient pas les garder. Ce point commande les deux segments suivants.

11
אָמַר רָבָא: בְּשָׁעָה שֶׁמַּכְנִיסִין אָדָם לְדִין, אוֹמְרִים לוֹ: נִשֵּׂאת וְנָתַתָּ בֶּאֱמוּנָה? קָבַעְתָּ עִתִּים לַתּוֹרָה? עָסַקְתָּ בִּפְרִיָּה וּרְבִיָּה? צִפִּיתָ לִישׁוּעָה? פִּלְפֶּלֶת בְּחָכְמָה? הֵבַנְתָּ דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר? וַאֲפִילּוּ הָכִי, אִי יִרְאַת ה׳ הִיא אוֹצָרוֹ — אִין, אִי לָא — לֹא. מָשָׁל לְאָדָם שֶׁאָמַר לִשְׁלוּחוֹ: הַעֲלֵה לִי כֹּור חִיטִּין לָעֲלִייָּה. הָלַךְ וְהֶעֱלָה לוֹ. אָמַר לוֹ: עֵירַבְתָּ לִי בָּהֶן קַב חָומְטוֹן? אָמַר לוֹ: לָאו. אָמַר לוֹ: מוּטָב אִם לֹא הֶעֱלֵיתָה.

Rava dit : à l'heure où l'on introduit un homme au jugement, on lui dit : as-tu traité tes affaires avec bonne foi (emouna) ? As-tu fixé des temps pour la Torah ?

T'es-tu occupé de la procréation ? As-tu espéré la deliverance ?

As-tu discuté (pilpel) avec sagesse ? As-tu compris une chose à partir d'une autre ?

Et malgré tout cela : si la crainte de Hachem est son trésor, oui ; sinon, non. Parabole d'un homme qui dit à son envoyé : monte-moi un kor de blé au grenier.

Il alla et le lui monta. Il lui dit : y as-tu mélangé pour moi un kav de homton ?

Il lui dit : non. Il lui dit : mieux aurait valu que tu ne le montes pas.

📜 Rachi (5)
קָבַעְתָּ עִתִּים לְפִי שֶׁאָדָם צָרִיךְ לְהִתְעַסֵּק בְּדֶרֶךְ אֶרֶץ שֶׁאִם אֵין דֶּרֶךְ אֶרֶץ אֵין תּוֹרָה הֻוצְרַךְ לִקְבֹּועַ עִתִּים לַתּוֹרָה דָּבָר קָצוּב שֶׁלֹּא יִמָּשֵׁךְ כָּל הַיּוֹם לְדֶרֶךְ אֶרֶץ:
As-tu fixé des temps : parce que l'homme doit s'occuper du derekh erets (le travail et la conduite du monde), car s'il n'y a pas de derekh erets il n'y a pas de Torah, il lui a fallu fixer des temps pour la Torah, une mesure déterminée, afin de ne pas se laisser entraîner tout le jour par le derekh erets.
בִּפְרִיָּה וּרְבִיָּה הַייְנוּ חֹוסֶן:
La procréation : c'est le hossen du verset.
צִפִּיתָ לִישׁוּעָה לְדִבְרֵי הַנְּבִיאִים:
As-tu espéré la deliverance : les paroles des prophètes.
הֵבַנְתָּ דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר הַייְנוּ דַּעַת:
Comprendre une chose à partir d'une autre : c'est la daat.
קַב חוֹמְטִין אֶרֶץ מְלֵחָה וּמְשַׁמֶּרֶת אֶת הַפֵּירוֹת מֵהַתְלִיעַ:
Un kav de homton : une terre saline, qui préserve les récoltes de la vermine.
🪔 Ben Yehoyada (4)
נִשֵּׂאת וְנָתַתָּ בֶּאֱמוּנָה? קָבַעְתָּ עִתִּים לַתּוֹרָה. הִקְשׁוּ הַתּוֹסְפוֹת בְּסַנְהֶדְרִין עַל זֶה ממ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל תְּחִילַּת דִּינוֹ שֶׁל אָדָם עַל דִבְרֵי תוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי יז, יד) פּוֹטֵר מַיִם רֵאשִׁית מָדוֹן, וְאֵין מַיִם אֶלָּא תּוֹרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּגַם כָּאן שׁוֹאֲלִים עַל דִבְרֵי תוֹרָה, כִּי הַיִּרְאָה נִקְרֵאת אֱמוּנָה, כִּי הִיא תְּלוּיָה בֶּאֱמוּנָה, שֶׁאֵין נִרְאֵית מִבַּחוּץ, וז"ש נִשֵּׂאת וְנָתַתָּ 'בְּדִבְרֵי תּוֹרָה ' בֶּאֱמוּנָה רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּיִרְאָה. אִי נָמֵי יֵשׁ בּוֹדֶה הַקְדָּמוֹת מִלִּבּוֹ שֶׁאֵין לָהֶם עִיקָּר מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים וְדִבְרֵי סְפָרִים אוֹ עוֹשֶׂה חֲרִיפוּת שֶׁל הֶבֶל לְטַהֵר אֶת הַשֶּׁרֶץ, וְאֵין זוֹ אֱמוּנָה! וְלָזֶה שׁוֹאֲלִים נִשֵּׂאת וְנָתַתָּ 'בְּדִבְרֵי תּוֹרָה ' בֶּאֱמוּנָה ? אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שִׁבְעִים פָּנִים לַתּוֹרָה, וּמַקְשִׁים ממ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (שִׁיר הַשִּׁירִים ב' ד') הֱבִיאַנִי אֶל בֵּית הַיָּיִן וְדִגְלוֹ עָלַי אַהֲבָה, יֵשׁ מ"ט טְעָמִים כְּמִנְיַן 'ודגל"ו' [49] וְאֵיךְ אָמְרוּ שִׁבְעִים [49] ? וּמִתְרַצִּים זֶה מִסְפַּר המ"ט הוּא רַק 'טְעָמִים' אֲבָל מִסְפַּר הַשִּׁבְעִים הוּא עַל 'אוֹפַנִּים' שֶׁהַפָּסוּק נִדְרָשׁ בְּשִׁבְעִים אֹופֶן, שֶׁכָּל אֹופֶן הוּא עִנְיָן חָדָשׁ בִּפְנֵי עַצְמוֹ, נִמְצָא שְׁנֵי מִסְפָּרַיִם אֵלּוּ שֶׁל שִׁבְעִים וְשֶׁל מ"ט יֶשְׁנָם בָּעוֹלָם. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד מ"ש בְּאָבוֹת (א, טו) עֲשֵׂה תּוֹרָתְךָ קֶבַע, אֱמֹור מְעַט וַעֲשֵׂה הַרְבֵּה , מע"ט רֶמֶז לְמִסְפַּר מ"ט שֶׁל טְעָמִים, וּמִסְפַּר שִׁבְעִים שֶׁל אוֹפַנִּים, וּצְרָפָם לְצֵירוּף 'מְעַט' לִרְמֹוז אִם הָאָדָם הִשִּׂיגָם לֹא יִתְגָּאֶה בָּהֶם, אֶלָּא יִהְיֶה מְעַט בְּעֵינַי עַצְמוֹ, וְעַל יְדֵי שֶׁתַּטְרַח במ"ט וְשִׁבְעִים הֲנֵז' אָז עֲשֵׂה הַרְבֵּה, וְהוּא כִּי תַּלְמִיד חָכָם יִקְרָא 'הָר' וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (תְּהִילִּים יא, א) נוֹדִי הַרְכֶם צִפּוֹר, הַר שֶׁבָּכֶם וְכוּ', וְלָזֶה אָמַר וַעֲשֵׂה 'הַרְבֵּה' חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם לוֹמַר 'הַר בָּהּ' שֶׁתִּהְיֶה תַּלְמִיד חָכָם שֶׁנִּקְרֵאת 'הָר ' בַּתּוֹרָה! וְאוֹמֵר עֲשֵׂה תּוֹרָתֶךָ 'קֶבַע' אוֹתִיּוֹת 'קַב ע' כִּי הַשִּׁבְעִים פָּנִים תְּבָאֲרֵם בְּ 'אֱמוּנָה' שֶׁמִּסְפָּרָם ק"ב [102] , וְלֹא בְּהַקִּדְמִיּוֹת שֶׁל שֶׁקֶר וְחָס וְחָלִילָה. וְזֶהוּ קֶבַע 'ע' ק"ב' וְלָכֵן אַחַר שֶׁשּׁוֹאֲלִין נִשֵּׂאת וְנָתַתָּ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה בְּ 'אֱמוּנָה' שֶׁהִיא מִסֵּפֶר קַב, אוֹמְרִים לוֹ קָבַעְתָּ עִתִּים לַתּוֹרָה? דִּכְלוֹמַר עָשִׂיתָ תּוֹרָתְךָ קב"ע שֶׁכָּל שִׁבְעִים פָּנִים הֵם בֶּאֱמוּנָה שֶׁהִיא ק"ב, וְאוֹמְרִים לוֹ 'עִתִּים' וְלֹא עֵת, דְּרָמְזוּ לוֹ עַל הַיּוֹם וְעַל הַלַּיְלָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (תְּהִילִּים קיט, קפח) וֶאֱמוּנָה מְאֹד, זוֹ תּוֹרָה, וּבָהּ נִשְׁבַּע הקב"ה לְדָוִד, דִּכְתִיב (תְּהִלִּים צב, ג) נִשְׁבַּעְתָּ לְדָוִד בֶּאֱמוּנָתֶךָ וְכַנִּזְכָּר בְּשֹׁוחַד טוֹב. וְיָדוּעַ כִּי חֲכָמֵינוּ זַ"ל חִלְּקוּ הכ"ד שָׁעוֹת לִשְׁלֹשָׁה חֲלָקִים, סִימָנָם אָז תַּשְׂכִּיל, אָז תַּצְלִיחַ, אָז תִּישַׁן , דְּהַיְינוּ ח' [אָז=8] שָׁעוֹת לַתּוֹרָה, וְח' לְמַשָּׂא וּמַתָּן, וְח' לְשֵׁינָה. וְכָתְבוּ חַכְמֵי הַמּוּסָר רָאוּי לְאָדָם לִגְזוֹל וְלִגְנוֹב שָׁעוֹת מִקִּצְבַּת דְּשֵׁינָה וְקִצְבַּת הַמַּשָּׂא וּמַתָּן, וּלְהוֹסִיף עַל קִצְבַּת הַתּוֹרָה, כִּי מִצְוָה לְהוֹסִיף מֵחֹול עַל הַקֹּודֶשׁ. וְלָזֶה אוֹמֵר לוֹ נִשֵּׂאת מֵחֶלְקֵי הַשֵּׁינָה וְהַמַּשָּׂא וּמַתָּן וְנָתַתָּ בֶּאֱמוּנָה הוּא חֵלֶק הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת 'אֱמוּנָה' קָבַעְתָּ עִתִּים חֲלוּקִים לַתּוֹרָה דְּהַיְינוּ עֵת לַמִּקְרָא, עֵת לַמִּשְׁנָה, עֵת לִגְמָרָא, עֵת לַזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי לְתָרֵץ קֻושְׁיַת הַתּוֹסָפוֹת, שְׁאֵלָה הָרִאשׁוֹנָה לְצֹורֶךְ הַשְּׁנִיָּה בָּאָה, דְּאִם יֹאמְרוּ לוֹ תְּחִלָּה קָבַעְתָּ עִתִּים לַתּוֹרָה ? יָשִׁיב תָּלוּ בֵּיהּ טַפְלֵי, וּמֻוכְרָח לַעֲסֹוק בִּמְלָאכָה יוֹמָם וָלַיְלָה וְכוּלֵּי הַאי וְאוּלַי, לָכֵן שׁוֹאֲלִים אִם הָיָה לְךָ אֱמוּנָה בהקב"ה שֶׁהוּא הַמַּזְמִין לְךָ פַּרְנָסָה שֶׁלְּךָ וְהוּא הַמַּשְׁגִּיחַ, וְלָזֶה אָמַר נִשֵּׂאת וְנָתַתָּ בְּמַשָּׂא וּמַתָּן עַל יְדֵי הָאֱמוּנָה ? שֶׁהָיִיתָ מַאֲמִין שֶׁהַכֹּל הוּא בְּיַד הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ, וּבְוַדַּאי יָשִׁיב 'כֵּן הוּא וּבָהּ' שַׂמְתִּי מִבְטָחִי'! וְאָז יִשְׁאָלוּהוּ קָבַעְתָּ עִתִּים לַתּוֹרָה ? דְּאָז לֹא יוּכַל לְהָשִׁיב כַּנִּזְכָּר. אוֹ יוּבָן אֱמוּנָה עַל יְדֵי קַב שֶׁהֵם מִלּוּי ע"ב ס"ג מ"ה שֶׁנִּקְרָאִים ק"ב חָרוּבִין, שֶׁצָּרִיךְ לְהָסִיר הַסִּיגִים וּלְהַעֲלוֹתָם לְשָׁרְשָׁם הָעֶלְיוֹן, וז"ש נִשֵּׂאת וְנָתַתָּ בֶּאֱמוּנָה ? רְצוֹנוֹ לוֹמַר עָשִׂיתָ מַשָּׂא וּמַתָּן בְּאוֹתָם ק"ב חָרוּבִין, קָבַעְתָּ עִתִּים מִסְפַּר עֲשָׂרָה שֵׁמוֹת ב"ן שה"ס מַלְכוּת לַתּוֹרָה ? בְּחִינַת שֵׁם מ"ה שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] תִּפְאֶרֶת לְחַבְּרָם יַחַד, ועט"ר [וַעֲטֶרֶת רֹאשֵׁינוּ] הָרַב אֲדוֹנִי אָבִי זלה"ה [זִכְרוֹנוֹ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא] פֵּירוּשׁ נִשֵּׂאת נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה מִן הַקְּלִיפָּה, וְנָתַתָּ בֶּאֱמוּנָה הִיא הַמַּלְכוּת דִּקְדֻושָּׁה הַנִּקְרֵאת אֱמוּנָה , וְעַל יְדֵי הַבֵּירוּר הַנִּזְכָּר יִהְיֶה יִחוּד קב"ה וְלָכֵן שׁוֹאֲלִים אַחֲרֵי זֶה קָבַעְתָּ עִתִּים , הֵם לֵאָה וְרָחֵל שֶׁנִּקְרַרְּאִים 'עֵת' שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] הַמַּלְכוּת שֶׁנִּקְרֵאת 'עֵת לַתּוֹרָה' הִיא בְּחִינַת תִּפְאֶרֶת הַנִּקְרָא תּוֹרָה עַד כָּאן דְּבָרָיו. וְשַׁ"י דפח"ח [וּשְׂפָתָיו יִשָּׁק דִּבְרֵי פִי חָכָם חֵן] .
"As-tu traité tes affaires avec bonne foi ? As-tu fixé des temps pour la Torah ?" Les Tossefot, dans Sanhédrin, ont soulevé ici une difficulté à partir de la parole de nos maîtres selon laquelle le début du jugement d'un homme porte sur les paroles de Torah, comme il est dit (Michle 17, 14) "le début de la querelle, c'est de lâcher les eaux", et il n'y a d'eau que la Torah. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ici aussi on interroge sur les paroles de Torah, car la yira (la crainte) est appelée emouna, puisqu'elle en dépend et qu'elle ne se voit pas du dehors ; et voici le sens : as-tu traité "les paroles de Torah" avec emouna, c'est-à-dire avec crainte. Ou encore : il y a celui qui invente des prémisses tirées de son propre cœur, sans appui dans les paroles des maîtres ni dans les livres, où qui déploie une subtilité vaine pour déclarer pur le cherets (le reptile impur) ; cela n'est pas de l'emouna. Voilà pourquoi on demande : as-tu traité "les paroles de Torah" avec emouna ? On peut aussi dire, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont enseigné qu'il y a soixante-dix faces à la Torah, et l'on objecte à partir de ce qu'ils ont dit sur le verset (Chir ha-chirim 2, 4) "il m'a fait entrer dans la maison du vin, et son étendard (vediglo) sur moi est amour" : il y a quarante-neuf saveurs, comme le nombre de vediglo [49] ; comment donc ont-ils dit soixante-dix ? On répond que le nombre quarante-neuf vaut pour les saveurs, tandis que le nombre soixante-dix vaut pour les modes, le verset se prêtant à soixante-dix modes d'interprétation, chacun formant un sujet nouveau en lui-même ; les deux nombres existent donc. C'est ainsi que j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, ce qui est dit dans les Avot (1, 15) "fais de ta Torah une chose fixe (keva), dis peu et fais beaucoup" : méat fait allusion au nombre quarante-neuf des saveurs et au nombre soixante-dix des modes, réunis dans le mot méat, pour indiquer que si un homme les atteint il ne doit pas s'en enorgueillir mais rester petit (méat) à ses propres yeux ; et par la peine que tu prendras dans ces quarante-neuf et ces soixante-dix, alors fais beaucoup (harbe) — car le talmid 'hakham est appelé har (montagne), comme l'ont dit nos maîtres sur le verset (Tehilim 11, 1) "fuis vers votre montagne, oiseau" : la montagne qui est parmi vous, etc. Voilà ce que veut dire fais harbe : divise le mot en deux, har ba, deviens un talmid 'hakham qui est appelé montagne dans la Torah. Et il dit fais de ta Torah keva, dont les lettres forment kav et ayin : les soixante-dix faces, tu les expliqueras par emouna, dont le nombre est cent deux, soit kav [102], et non par des prémisses fausses, à Dieu ne plaise. Tel est keva : ayin (70) par kav (102). C'est pourquoi, après avoir demandé as-tu traité les paroles de Torah avec emouna, qui est le nombre kav, on lui dit as-tu fixé des temps pour la Torah ? C'est-à-dire : as-tu fait de ta Torah keva, en sorte que les soixante-dix faces soient traitées avec emouna, qui est cent deux. Et on lui dit itim, des temps au pluriel et non un temps, pour lui faire allusion au jour et à la nuit. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit sur le verset (Tehilim 119, 138) "et la fidélité est grande" qu'il s'agit de la Torah, et que par elle le Saint béni soit-Il a juré à David, comme il est écrit "Tu as juré à David par Ta fidélité", ainsi qu'il est rapporté dans le Chohar Tov. Et l'on sait que nos sages ont partagé les vingt-quatre heures en trois parts, dont le signe est az taskil, az tatsliah, az tichan : huit heures [az = 8] pour la Torah, huit pour les affaires, huit pour le sommeil. Les maîtres du moussar ont écrit qu'il convient à l'homme de dérober des heures à la part du sommeil et à celle des affaires pour les ajouter à la part de la Torah, car c'est une mitsva d'ajouter du profane au sacré. Voilà ce qu'on lui dit : as-tu pris (nassata) sur les parts du sommeil et des affaires et donné (venatata) à emouna, qui est la part de la Torah appelée fidélité ? As-tu fixé des temps distincts pour la Torah, un temps pour le Mikra, un temps pour la Michna, un temps pour la Guemara, un temps pour le saint Zohar ? D'une autre manière, il me semble que l'on peut résoudre la difficulté des Tossefot ainsi : la première question vient pour la seconde. Si on lui demandait d'abord as-tu fixé des temps pour la Torah ?, il répondrait que des enfants dépendaient de lui et qu'il devait travailler jour et nuit, et encore peinait-il à y suffire. On lui demande donc s'il avait foi dans le Saint béni soit-Il, qui lui prépare sa subsistance et veille sur lui ; et c'est le sens de : as-tu traité tes affaires avec emouna, en croyant que tout est dans la main de Hachem ? Il répondra certainement : oui, et c'est en Hachem que j'ai mis ma confiance. Alors on lui demandera as-tu fixé des temps pour la Torah ?, et il ne pourra plus répondre comme on l'a dit. On peut aussi comprendre emouna par le kav : ce sont les épellations de AV, SaG et MaH, appelées les cent deux caroubes, dont il faut ôter les scories et qu'il faut élever à leur racine d'en haut ; et voici le sens : as-tu traité avec emouna, c'est-à-dire as-tu fait commerce de ces cent deux caroubes ? As-tu fixé itim, le nombre des dix noms de BeN, qui est le sod de malkhout, pour la Torah, qui est l'aspect du nom MaH, sod de tiferet, afin de les unir ? Et la couronne de notre tête, mon maître et père, que son souvenir soit pour la vie du monde à venir, à expliqué : nassata, tu as élevé les étincelles de sainteté hors de la kelipa ; venatata beemouna, c'est malkhout de la sainteté, appelée emouna ; et par ce birour (tri) se fait l'union d'en haut. Voilà pourquoi on demande ensuite kavata itim : ce sont Léa et Rahel, appelées et, qui est le sod de malkhout appelée et ; la Torah est l'aspect de tiferet, appelé Torah. Jusqu'ici ses paroles. Que ses lèvres reçoivent le baiser des paroles d'une bouche sage et gracieuse.
עָסַקְתָּ בִּפְרִיָּה וּרְבִיָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַלּוֹמֵד בִּשְׁבִיל לַעֲשׂוֹת, הֲרֵי זֶה דּוֹמֶה לְנוֹשֵׂא אִשָּׁה כְּדֵי לְהוֹלִיד בָּנִים, שֶׁהַמַּעֲשִׂים טוֹבִים הֵם הַתּוֹלָדוֹת שֶׁל אָדָם, מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם אֵין כַּוָּנָתוֹ לַעֲשׂוֹת, הֲרֵי זֶה דּוֹמֶה לְנוֹשֵׂא אִשָּׁה בִּשְׁבִיל לְמַלֹּאות תַּאֲוָתוֹ בִּלְבַד! וז"ש עָסַקְתָּ בַּתּוֹרָה בִּשְׁבִיל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה , דְּהַיְינוּ כְּדֵי לַעֲשׂוֹת מִצְוֹת. אוֹ יוּבָן פְּרִיָּה וּרְבִיָּה מַמָּשׁ שֶׁיֵּשׁ בּוֹרְאִים נְפָשׁוֹת מֵעֵסֶק הַתּוֹרָה עַצְמוֹ, וְאַחַר כָּךְ שׁוֹאֲלִין צִפִּיתָ לִישׁוּעָה ? כְּלוֹמַר אִם הָיִיתָ מַאֲמִין שֶׁבִּזְכוּת עֵסֶק הַתּוֹרָה תִּהְיֶה הַיְּשׁוּעָה. אוֹ יוּבָן צִפִּיתָ בְּעִסְקְךָ בַּתּוֹרָה לִזְמַן הַיְּשׁוּעָה שֶׁהוּא זְמַן הַגְּאֻולָּה, שֶׁהָאָדָם יַשִּׂיג אָז אֶת הַתּוֹרָה בִּשְׁלֵימוּת וְיִתְקַייֵּם הַבְטָחַת (יִרְמְיָהוּ לא, לג) נָתַתִּי אֶת תּוֹרָתִי בְּקִרְבָּם וְעַל לִבָּם אֶכְתֲּבֶנָּה, וְכֵן (יְשַׁעְיָהוּ יא, ט) מָלְאָה הָאָרֶץ דֵּעָה אֶת ה' כַּמַּיִם לַיָּם מְכַסִּים. אוֹ יוּבָן צִפִּיתָ לִישׁוּעָה ? כְּלוֹמַר לְיֵשַׁע לָהּ' שֶׁתִּהְיֶה הַגְּאֻולָּה בִּזְכוּת הַתּוֹרָה בַּעֲבוּר שְׁלֵימוֹת שְׁמוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁיִּשְׁתַּלֵּם בו"ה. וְעוֹד שׁוֹאֲלִים פִּלְפֶּלֶת בְּחָכְמָה ? כִּי בְּפִלְפּוּל יֵשׁ קֻושְׁיוֹת וְתֵירוּצִים, וּבָזֶה יִשְׁתַּבְּרוּ הַקְּלִיפּוֹת וְגָבְרָה הַקְּדֻושָּׁה.
"T'es-tu occupé de la procréation ?" Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui étudie en vue d'accomplir ressemble à celui qui épouse une femme afin d'engendrer des enfants, car les bonnes actions sont les enfantements de l'homme ; tandis que si son intention n'est pas d'accomplir, il ressemble à celui qui épouse une femme seulement pour assouvir son désir. Voilà le sens : t'es-tu occupé de la Torah en vue de la procréation, c'est-à-dire pour accomplir des mitsvot ? On peut aussi entendre procréation au sens propre, car il en est qui créent des âmes par l'étude même de la Torah. Puis on demande : as-tu espéré la deliverance ? — c'est-à-dire : croyais-tu que la deliverance viendrait par le mérite de l'étude de la Torah ? Ou encore : as-tu regardé, dans ton étude, vers le temps de la deliverance, qui est le temps de la guueoula, où l'homme saisira la Torah dans sa plénitude et où s'accomplira la promesse (Yirmeyahou 31, 33) "J'ai mis Ma Torah en eux et Je l'écrirai sur leur cœur", et de même (Yechayahou 11, 9) "la terre sera remplie de la connaissance de Hachem comme les eaux couvrent la mer" ? Ou encore : as-tu espéré la deliverance, c'est-à-dire la deliverance qui revient à Hachem, que la guueoula vienne par le mérite de la Torah, pour la plénitude de Son Nom. Et l'on demande encore : as-tu discuté avec sagesse ? — car le pilpoul comporte des questions et des réponses, et par là les kelipot sont brisées et la sainteté l'emporte.
הֵבַנְתָּ דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֵין בָּר אֶלָּא תּוֹרָה, כַּמָּה דְּאַתְּ אָמְרַתְּ (תְּהִילִּים ב, יב) נְשָׁקוֹ בָּר, דְּבָרִים בָּרִים עַייֵּן שָׁם. גַּם הַתּוֹרָה נִקְרֵאת בַּר לְשׁוֹן תְּבוּאָה, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ עַל פָּסוּק (מִשְׁלֵי יא, כו) מֹנֵעַ בָּר יִקְּבֻהוּ לְאוֹם, שֶׁמּוֹנֵעַ תּוֹרָה מִן הַתַּלְמִיד כִּי הַתּוֹרָה נִקְרֵאת 'תְּבוּאָה'. וְיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ ד' מִינֵי לִימּוּדִים, הָא' מֵרַבּוֹ, הַב' מֵחֲבֵרָיו, הַג' מִתַּלְמִידָיו, הֵד' מִמֶּנּוּ בְּעַצְמוֹ, הֲרֵי לְךָ ד' מִינֵי 'בָּר'. וְיָדוּעַ מ"ש בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ דִּבּוּר בְּהַכְרָזָה, אֲמִירָה בִּלְחִישׁוּ. וז"ש הֲבָנַת דָּבָר פֵּירוּשׁ 'דְּ-בַּר' שֶׁהֵם ד' מִינֵי לִימּוּדִים, מִתּוֹךְ דָּבָר רְצוֹנוֹ לוֹמַר לִימּוּד בְּהַכְרָזָה הַנִּקְרֵאת דִּיבּוּר, וְלֹא בִּלְחִישׁוּ שֶׁנִּקְרָא אֲמִירָה.
"As-tu compris une chose à partir d'une autre ?" Il me semble, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'ont dit nos maîtres : il n'y a de bar que la Torah, comme il est dit (Tehilim 2, 12) "embrassez bar", des paroles claires (barim) ; voir là. La Torah est aussi appelée bar au sens de grain, comme l'ont dit nos maîtres sur le verset (Michle 11, 26) "celui qui retient le bar, le peuple le maudit" : il s'agit de celui qui retient la Torah loin du disciple, car la Torah est appelée récolte. Et l'on sait qu'il y a quatre sortes d'étude : de son maître, de ses compagnons, de ses disciples, et de lui-même ; voilà quatre sortes de bar. On sait aussi ce que dit le saint Zohar : le dibour (la parole) se fait à voix haute, l'amira (le dire) à voix basse. Voici donc le sens de as-tu compris davar : d-bar, les quatre sortes d'étude ; mitokh dibour, par une étude proclamée à voix haute, appelée dibour, et non à voix basse, ce qui s'appelle amira.
מָשָׁל לְאָדָם שֶׁאָמַר לִשְׁלוּחוֹ: הַעֲלֵה לִי כֹּור חִטִּין לָעֲלִיָּה וְכוּ'. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה שַׁיָּיכוּת לְשִׁיעוּר כּוֹר, וְעִנְיַן עֲלִיָּה, וְעִנְיַן קַב בַּנִּמְשָׁל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, לִימּוּד הַתּוֹרָה רָמוּז בְּאוֹת לָמֶ"ד, לְכָךְ הוּא עֶלְיוֹן, וְכַנִּזְכָּר בַּמְפָרְשִׁים, גַּם כּוֹר הוּא שְׁלֹשִׁים סְאִין, גַּם יָדוּעַ הַיִּרְאָה תְּלוּיָה בֶּאֱמוּנָה מִפְּנֵי שֶׁהִיא בַּלֵּב, וְכָל דָּבָר שֶׁבַּלֵּב תָּלוּי בֶּאֱמוּנָה, גַּם לִימּוּד הַתּוֹרָה עוֹלֶה בִּיצִירָה, וְהַמִּצְוֹת בַּעֲשִׂיָּה, וז"ש הַעֲלֵה לִי כֹּור חִטִּין שֶׁהֵם שְׁלוֹשִׁים סְאָה, רֶמֶז לְאוֹת ל' שֶׁמִּסְּפָרוֹ שְׁלוֹשִׁים, לַעֲלִיָּה זוֹ הַיְּצִירָה שֶׁהִיא לְמַעְלָה מִן עֲשִׂיָּה, יַעַן כִּי עֲשִׂיָּה הִיא בַּיִת וַעֲלִיָּה עַל גַּבָּיו, זוֹ הַיְּצִירָה, וְקַב חֳמָטִין זוֹ הַיִּרְאָה, שֶׁתְּלוּיָה בְּ'אֱמוּנָה' [102] שֶׁמִּסָּפְרָה 'קַב' [102] .
"Parabole d'un homme qui dit à son envoyé : monte-moi un kor de blé au grenier, etc." Il y a lieu de demander : quel rapport ont la mesure du kor, la question du grenier et celle du kav avec ce que la parabole désigne ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'étude de la Torah est indiquée par la lettre lamed, qui est pour cette raison la plus haute, comme le notent les commentateurs ; de plus, un kor vaut trente sea ; on sait encore que la yira (la crainte) dépend de l'emouna parce qu'elle est dans le cœur, et que tout ce qui relève du cœur dépend de l'emouna ; on sait enfin que l'étude de la Torah monte jusqu'à Yetsira et les mitsvot jusqu'à Assiya. Voici donc le sens : monte-moi un kor de blé, soit trente sea, allusion à la lettre lamed dont le nombre est trente ; au grenier, c'est Yetsira, qui est au-dessus d'Assiya, puisque Assiya est la maison et le grenier au-dessus d'elle, qui est Yetsira ; et un kav de homton, c'est la yira, qui dépend de emouna [102], dont le nombre est kav [102].
💡 Explication

Rava transpose la lecture de Rech Lakich en six questions posées à l'homme après sa mort, dans l'ordre même des mots du verset. Rachi rattache explicitement deux d'entre elles au verset : la procréation répond à hossen, comprendre une chose à partir d'une autre répond à daat.

La première question, nassata venatata be-emouna, porte sur l'honnêteté dans les affaires. Rachi explique la deuxième en fonction de la première : puisque l'homme doit travailler, il lui faut fixer une part déterminée du jour pour l'étude, afin que le travail ne l'absorbe pas entièrement.

La parabole finale donne la mesure : le kor vaut trente sea, le kav en est la cent quatre-vingtième partie. Une quantité minime de homton, terre saline conservatrice, décide du sort de toute la récolte ; sans elle, le travail du transport était inutile.

🖼️ Schéma
Le kor de blé et le kav de homton La parabole Ce qu'elle désigne Monte-moi un kor de blé au grenier. L'envoyé le monte. Une vie d'étude et de mitsvot, accumulée et mise en réserve. Y as-tu mélangé un kav de homton, cette terre saline qui préserve ? La crainte du Ciel, en faible quantité mais indispensable. Non. — Mieux valait alors ne pas le monter du tout. Le grain se gâte : le savoir sans la crainte ne se conserve pas. Rachi : le homton est une terre saline qui garde les récoltes de la vermine. École de Rabbi Yichmael : un kav de homton dans un kor de grain, sans crainte de lésion (onaa).
La parabole du kor de blé et ce qu'elle désigne, avec la halakha de l'école de Rabbi Yichmael.
12
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: מְעָרֵב אָדָם קַב חָומְטוֹן בְּכֹור שֶׁל תְּבוּאָה, וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ.

Il a été enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : un homme peut mélanger un kav de homton dans un kor de grain, et il n'a pas à s'en inquiéter.

📜 Rachi (1)
וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ לְמָוכְרָהּ בִּדְמֵי חִטִּין דְּלָאו אוֹנָאָה הִיא שֶׁהֲרֵי שְׁמִירָתָן בְּכָךְ:
Et il n'a pas à s'en inquiéter : de le vendre au prix du blé, car il n'y a pas là de onaa (lésion dans le prix), puisque leur conservation en dépend.
💡 Explication

La guemara greffe ici une halakha appelée par le vocabulaire de la parabole. La question est celle de l'onaa, la lésion dans le prix : vendre un kor de grain qui contient un kav de terre saline pourrait passer pour une tromperie sur la quantité.

Rachi écarte l'objection : le homton n'est pas un ajout inerte destiné à gonfler la mesure, il conserve le grain, et l'acheteur y trouve son compte. La proportion autorisée reste celle de la parabole, un kav pour un kor.

13
אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: כָּל אָדָם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ תּוֹרָה וְאֵין בּוֹ

Rabba bar Rav Houna dit : tout homme en qui il y a de la Torah et en qui il n'y a pas

💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu de la phrase. La suite, sur 31b, achèvera l'énoncé : celui qui possède la Torah sans posséder la crainte du Ciel ressemble à un intendant à qui l'on a remis les clefs intérieures sans lui remettre les clefs extérieures.

L'enseignement prolonge directement la parabole du homton : le savoir accumulé reste inaccessible à son propriétaire tant que la crainte ne lui en ouvre pas l'accès.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).