Shabbat 31b — La crainte du Ciel comme porte de la Torah, et l'extinction de la mèche selon Rabbi Yossi : démolir pour reconstruire au même endroit

Shabbat 31b

Sougya : Le folio achève l'enseignement de Rabba bar Rav Houna : celui qui a la Torah sans la crainte du Ciel ressemble à un trésorier qui a reçu les clefs intérieures sans les clefs extérieures. Suivent plusieurs enseignements sur la primauté de la crainte : Rabbi Yanai, Rav Yehouda, la discussion de Rabbi Simon et Rabbi Elazar devant Rabbi Yaakov bar Aha, puis deux lectures de versets sur les méchants, celle de Rav Oula (l'ail) et celle de Rava bar Rav Oula (harsoubot).

La guemara revient ensuite à la michna de 29b : pourquoi Rabbi Yossi rend-il passible celui qui éteint pour ménager la mèche, et exempte-t-il celui qui ménage la lampe ou l'huile ? Oula l'explique selon Rabbi Yehouda avec le principe de la démolition en vue de reconstruire au même endroit, et défend ce principe face à l'objection de Rabba tirée du Michkan ; Rabbi Yo'hanan l'explique selon Rabbi Chimon, pour une mèche qu'il faut flamber.

Le folio s'achève sur la michna des trois fautes pour lesquelles les femmes meurent en couches, et le début de sa guemara.

Chabbat 31b — le fil du folio A. Aggada : la crainte du Ciel (seg. 0-4) - Le trésorier sans la clef extérieure - Rabbi Yanai : une porte sans cour - Rav Yehouda : le monde créé pour la crainte - Craignant la faute ou homme de Torah ? - Rav Oula : ne pas reprendre de l'ail - Rava bar Rav Oula : harsoubot, kessel B. Halakha : éteindre la lampe (seg. 5-7) Michna (29b) : Rabbi Yossi exempte, sauf pour qui ménage la mèche. - Oula : comme Rabbi Yehouda + démolir pour reconstruire au même endroit - Rabba objecte : le Michkan - Rabbi Yo'hanan : comme Rabbi Chimon C. Michna nouvelle (seg. 8-9) : trois fautes des femmes Nida (lois de séparation), hala (prélèvement de la pâte), allumage de la lampe du Chabbat. Guemara : pourquoi au moment de l'accouchement ? Rabbi Yitshak (nida) ; le Galiléen : un reviit de sang... (la suite pour hala et lampe est sur 32a) Lien Fin du chapitre Bameh madlikin : la lampe du Chabbat relie halakha et michna finale
Les trois parties du folio : la crainte du Ciel, l'extinction de la lampe selon Rabbi Yossi, la michna des trois fautes.
Pourquoi Rabbi Yossi distingue-t-il la mèche de la lampe et de l'huile ? Difficulté : selon Rabbi Yehouda (mekhala she-eina tsrikha le-goufa = passible), tout serait passible ; selon Rabbi Chimon (= exempt), même la mèche serait exempte. Qui suit Rabbi Yossi ? Oula Suit Rabbi Yehouda. Principe : démolir pour reconstruire AU MÊME ENDROIT = démolir (passible) ; ailleurs = simple destruction (exempt). Éteindre = démolir ; rallumer = construire. Objection de Rabba : le Michkan était démonté pour être remonté ailleurs. Réponse : "Sur l'ordre de Hachem ils campaient" = même endroit Rabbi Yo'hanan Suit Rabbi Chimon. Cas : une mèche qu'il faut flamber (lehavhev) avant de l'allumer. Éteindre la rend prête à prendre feu : il "répare un ustensile" (metaken mana), l'extinction est voulue pour elle-même. Précision de Rava : la michna dit "car il FAIT du charbon", et non "car elle devient charbon". Conclusion : chema minah. Résultat identique dans les deux lectures Ménage la lampe / l'huile : EXEMPT Ménage la mèche : PASSIBLE La raison diffère : reconstruction au même endroit (Oula) / réparation de la mèche (Rabbi Yo'hanan)
Oula et Rabbi Yohanan : deux explications de la position de Rabbi Yossi, même résultat pratique.
1
יִרְאַת שָׁמַיִם, דּוֹמֶה לְגִזְבָּר שֶׁמָּסְרוּ לוֹ מַפְתְּחוֹת הַפְּנִימִיּוֹת וּמַפְתְּחוֹת הַחִיצוֹנוֹת לֹא מָסְרוּ לוֹ, בְּהֵי עָיֵיל? מַכְרִיז רַבִּי יַנַּאי: חֲבָל עַל דְּלֵית לֵיהּ דָּרְתָא וְתַרְעָא לְדָרְתָא עָבֵיד. אָמַר רַב יְהוּדָה: לֹא בָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת עוֹלָמוֹ אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּירְאוּ מִלְּפָנָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָאֱ-לֹהִים עָשָׂה שֶׁיִּירְאוּ מִלְּפָנָיו״.

[Tout homme en qui il y a de la Torah et en qui il n'y a pas] de crainte du Ciel ressemble à un trésorier (gizbar) à qui l'on a remis les clefs intérieures, et à qui l'on n'a pas remis les clefs extérieures : par où entrera-t-il ? Rabbi Yanai proclamait : malheur à celui qui n'a pas de cour et qui fait une porte pour la cour.

Rav Yehouda dit : le Saint, béni soit-Il, n'a créé Son monde que pour qu'on Le craigne, ainsi qu'il est dit : "Et D.ieu a fait [ainsi] pour qu'on craigne devant Lui" (Kohelet 3,14).

📜 Rachi (2)
יִרְאַת שָׁמַיִם דּוֹמָה לַפְּתָחִים חִיצוֹנִים שֶׁדֶּרֶךְ לָהֶם נִכְנָסִים לַפְּנִימִיִּים כָּךְ אִם יְרֵא שָׁמַיִם הוּא נַעֲשֶׂה חָרֵד לִשְׁמוֹר וְלַעֲשׂוֹת וְאִם לָאו אֵינוֹ חָשׁ לְתוֹרָתוֹ:
La crainte du Ciel ressemble : aux portes extérieures, par lesquelles on entre vers les intérieures. De même, s'il craint le Ciel, il devient soucieux de garder et d'accomplir ; sinon, il ne se soucie pas de sa Torah.
בְּהֵי עָיֵיל בְּאֵיזֶה פֶּתַח נִכְנַס לִפְתֹּוחַ אֶת הַפְּנִימִים:
Par où entrera-t-il : par quelle porte entrera-t-il pour ouvrir les [portes] intérieures ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
חֲבָל עַל דְּלֵית לֵיהּ דָּרְתָא וְתַרְעָא לְדָרְתָא עָבֵיד. הָא דְּקָרָא עָלָיו לְשׁוֹן 'חֶבֶל' נִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי הַתּוֹרָה נִקְרֵאת חֵלֶב, דִּכְתִיב (שִׁיר הַשִּׁירִים ד, יא) דְּבַשׁ וְחָלָב תַּחַת לְשׁוֹנֵךְ וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד הַטַּעַם, כִּי הִיא שְׁמוֹנָה דַּרְגִין שֶׁל מֻותָּר וְאָסוּר וְטָמֵא וְטָהוֹר וְכוּ', וְעוֹד רֹאשָׁהּ ב' וּמְסַייֶּמֶת בְּלָמֶ"ד הֲרֵי אוֹתִיּוֹת 'חָלָב' וְאִם אֵין יֵרָאֶה תֵּהָפֵךְ הַ 'חָלָב' ל 'חֶבֶל' לְכָךְ אָמַר חֲבָל עַל דְּלֵית לֵיהּ דָּרְתָא וְתַרְעָא לְדָרְתָא עָבֵיד.
Malheur à celui qui n'a pas de cour et qui fait une porte pour la cour. Qu'il emploie à son sujet le terme 'haval' (malheur) s'explique, me semble-t-il avec l'aide du Ciel, ainsi : la Torah est appelée 'halav' (lait), comme il est écrit (Chir haChirim 4,11) : "le miel et le lait sont sous ta langue". J'en ai expliqué la raison avec l'aide du Ciel : elle comporte huit degrés (la lettre het vaut huit) : permis et interdit, impur et pur, etc. De plus, elle commence par un beit et se termine par un lamed : voilà les lettres de 'halav'. Et s'il n'y a pas de crainte, le 'halav' se renverse en 'haval'. C'est pourquoi il dit : malheur (haval) à celui qui n'a pas de cour et qui fait une porte pour la cour.
💡 Explication

La phrase commencée à la fin de 31a (Rabba bar Rav Houna) s'achève ici. Le gizbar (trésorier) possède les clefs des salles intérieures, qui représentent la Torah, mais pas celle de la porte extérieure, qui représente la crainte du Ciel (yirat chamayim). Rachi précise le mécanisme : la crainte rend l'homme soucieux d'accomplir ce qu'il apprend ; sans elle, son savoir reste sans effet sur ses actes.

Rabbi Yanai reprend la même idée avec une autre image : la cour (darta) est la crainte, la porte (tarea) est la Torah qui y donne accès. Construire la porte sans la cour est un travail vain. Rav Yehouda élève le thème au plan de la création : le but du monde est la crainte de Hachem.

🖼️ Schéma
La parabole du trésorier (gizbar) Maison du trésor Salles intérieures = la Torah Clef intérieure : il l'a reçue Porte extérieure = la crainte du Ciel Clef extérieure : absente "Par où entrera-t-il ?" — sans la crainte, la Torah acquise reste inaccessible.
Torah et crainte du Ciel dans la parabole du trésorier.
2
רַבִּי סִימוֹן וְרַבִּי אֶלְעָזָר הֲווֹ יָתְבִי. חָלֵיף וְאָזֵיל רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא. אֲמַר לֵיהּ חַד לְחַבְרֵיהּ: נֵיקוּ מִקַּמֵּיהּ, דִּגְבַר דָּחֵיל חֶטְאִין הוּא. אָמַר לֵיהּ אִידָךְ: נֵיקוּ מִקַּמֵּיהּ, דִּגְבַר בַּר אוֹרְייָן הוּא. אֲמַר לֵיהּ: אָמֵינָא לָךְ אֲנָא דִּגְבַר דָּחֵיל חֶטְאִין הוּא, וְאָמַרְתָּ לִי אַתְּ בַּר אוֹרְיָין הוּא?!

Rabbi Simon et Rabbi Elazar étaient assis. Rabbi Yaakov bar Aha passa devant eux.

L'un dit à son compagnon : levons-nous devant lui, car c'est un homme qui craint la faute. L'autre lui dit : levons-nous devant lui, car c'est un homme de Torah.

Il lui dit : je te dis, moi, que c'est un homme qui craint la faute, et toi tu me dis que c'est un homme de Torah ?!

📜 Rachi (1)
(וַאֲנָא) אָמֵינָא לָךְ כְּלוֹמַר אַתָּה מִיעַטְתָּ בְּשִׁבְחוֹ:
Je te dis : c'est-à-dire, tu as diminué son éloge.
💡 Explication

Les deux maîtres s'accordent pour se lever devant Rabbi Yaakov bar Aha ; ils diffèrent sur le motif. Le premier invoque sa crainte de la faute (dehil hataïn), le second sa science de la Torah (bar oryan). La protestation du premier montre qu'à ses yeux la crainte est l'éloge supérieur : parler seulement de Torah revient à amoindrir la louange (Rachi).

3
תִּסְתַּייֵּם דְּרַבִּי אֶלְעָזָר הוּא דְּאָמַר דִּגְבַר דָּחֵיל חֶטְאִין הוּא. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵין לוֹ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּעוֹלָמוֹ אֶלָּא יִרְאַת שָׁמַיִם בִּלְבַד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעַתָּה יִשְׂרָאֵל מָה ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ שֹׁואֵל מֵעִמָּךְ כִּי אִם לְיִרְאָה וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר לָאָדָם הֵן יִרְאַת ה׳ הִיא חָכְמָה וְגוֹ׳״ — שֶׁכֵּן בְּלָשׁוֹן יְוָנִי קוֹרִין לְאַחַת ״הֵן״. תִּסְתַּיֵּים.

Conclus-en que c'est Rabbi Elazar qui a dit : c'est un homme qui craint la faute. Car Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Elazar : le Saint, béni soit-Il, n'a dans Son monde que la crainte du Ciel seule, ainsi qu'il est dit : "Et maintenant, Israël, que te demande Hachem ton D.ieu, sinon de craindre..." (Devarim 10,12), et il est écrit : "Il dit à l'homme : voici (hen), la crainte de Hachem, c'est la sagesse..." (Iyov 28,28), car en langue grecque on appelle 'un' 'hen'.

Conclus-en.

📜 Rachi (1)
הֵן יִרְאַת ה' יְחִידָה הִיא הַיִּרְאָה בָּעוֹלָם:
Voici (hen) la crainte de Hachem : la crainte est unique au monde.
💡 Explication

La guemara identifie les deux interlocuteurs anonymes du segment précédent. Puisque Rabbi Elazar enseigne ailleurs que la crainte du Ciel est la seule chose que Hachem possède dans Son monde, c'est lui qui a mis la crainte au-dessus de la Torah.

Le second verset est lu grâce au grec : hen signifie "un" (grec hen). "Hen yirat Hachem" devient alors : la crainte de Hachem est l'unique [chose qu'Il demande]. La formule tistayem (conclus-en) clôt l'identification.

4
דָּרַשׁ רַב עֻולָּא: מַאי דִכְתִיב ״אַל תִּרְשַׁע הַרְבֵּה וְגוֹ׳״ — הַרְבֵּה הוּא דְּלָא לִירְשַׁע, הָא מְעַט לִירְשַׁע?! אֶלָּא: מִי שֶׁאָכַל שׁוּם וְרֵיחוֹ נוֹדֵף יַחְזֹור וְיֹאכַל שׁוּם אַחֵר וִיהֵא רֵיחוֹ נוֹדֵף?!

Rav Oula enseigna : que signifie ce qui est écrit : "Ne sois pas trop méchant..." (Kohelet 7,17) ? C'est beaucoup qu'il ne faut pas être méchant, mais un peu, on peut être méchant ?!

Mais [cela signifie] : celui qui a mangé de l'ail et dont l'odeur se répand, va-t-il manger encore un autre ail pour que son odeur se répande [davantage] ?!

📜 Rachi (1)
מִי שֶׁאָכַל שׁוּם וְרֵיחוֹ נוֹדֵף כו' פֵּירוּקָא הוּא כְּלוֹמַר הָכִי קָאָמַר קְרָא אִם רָשַׁעְתָּ מְעַט אַל תּוֹסֵף עַל רִשְׁעֲךָ דָּמֵי שֶׁאָכַל שׁוּם וְרֵיחוֹ נוֹדֵף כְּבָר לַחֲבֵרָיו כְּלוּם יַחְזֹור וְיֹאכַל עוֹד אַחֵר וְיִהְיֶה נוֹדֵף יוֹתֵר לִזְמַן אָרֹוךְ:
Celui qui a mangé de l'ail et dont l'odeur se répand, etc. : c'est la réponse. C'est-à-dire, voici ce que dit le verset : si tu as été un peu méchant, n'ajoute pas à ta méchanceté ; car celui qui a mangé de l'ail et dont l'odeur se répand déjà vers ses compagnons, va-t-il en manger encore un autre pour que l'odeur se répande plus longtemps ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
דָּרַשׁ רַב עֻולָּא: מַאי דִכְתִיב: (קֹהֶלֶת ז, יז) "אַל תִּרְשַׁע הַרְבֵּה" וְגוֹ', 'הַרְבֵּה' הוּא דְּלָא לִירְשַׁע, הָא מְעַט לִירְשַׁע? אֶלָּא,מִי שֶׁאָכַל שׁוּם וְרֵיחוֹ נוֹדֵף, יַחְזֹר וְיֹאכַל שׁוּם אַחֵר וִיהֵא רֵיחוֹ נוֹדֵף. קַשָּׁא אַמַּאי אִצְטְרִיךְ לְהָבִיא הַמָּשָׁל, וּמַה בָּא לְחַדֵּשׁ בַּמָּשָׁל הֲלֹא זֶה הוּא פְּשׁוּטוֹ שֶׁל מִקְרָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַמִּקְרָא מֻוקְשֶׁה, לְמַאי אִצְטְרִיךְ הַמִּקְרָא לְלַמְּדֵנוּ דָּבָר זֶה שֶׁאַל יוֹסִיף, הֲלֹא זֶה דָּבָר פָּשׁוּט הוּא! וּלְכָךְ הֵבִיא הַמָּשָׁל כְּדֵי לְפָרֵשׁ הַמִּקְרָא עַל פִּי מְצִיאוּת הַמָּשָׁל, כִּי בַּמָּשָׁל נְקַט אָכַל שׁוּם וְרֵיחוֹ נוֹדֵף , הִנֵּה זֶה אֶפְשָׁר שֶׁיַּעֲשֶׂה סְבָרָא לְעַצְמוֹ וְיֹאכַל עוֹד, בְּאוֹמְרוֹ כֵּיוָן דִּבְלָאו הָכִי רֵיחוֹ נוֹדֵף אֵינוֹ מוֹסִיף רֵיחַ יוֹתֵר בַּאֲכִילָה שֶׁיֹּאכַל עוֹד, אַךְ זֶה אֵינוֹ, כִּי הֵן אֱמֶת עַתָּה לֹא יֵשׁ תּוֹסָפוֹת כֵּיוָן דְּרֵיחוֹ נוֹדֵף, אַךְ לְבַסּוֹף יֵשׁ הֶפְרֵשׁ, שֶׁאִם לֹא הָיָה אוֹכֵל עוֹד הָיָה נִפְסָק הָרֵיחַ מִמֶּנּוּ אַחַר שֵׁשׁ וְשֶׁבַע שָׁעוֹת, אֲבָל עַתָּה שֶׁהוֹסִיף בַּאֲכִילָה, הוֹסִיף בַּזְּמַן, שֶׁאֵין הָרֵיחַ פּוֹסֵק מִמֶּנּוּ אֶלָּא אַחַר שָׁעוֹת יוֹתֵר. וְכֵן הָעִנְיָן בִּדְבַר הָרָשָׁע שֶׁמַּזְהִירוֹ הַכָּתוּב דְּאַיְירֵי בִּכְהַאי גַּווְנָא, דֶּרֶךְ מָשָׁל נִכְנַס לְמָקוֹם אֶחָד שֶׁהָיוּ שָׁם נָשִׁים מְרַקְּדִים וְעוֹמְדִים בְּגִילּוּי בָּשָׂר, וּבִרְאִייָּתוֹ אוֹתָם בָּאוּ לוֹ הִרְהוּרִים רָעִים בְּלִבּוֹ, אִם יִגַּשׁ הַיֵּצֶר הַטּוֹב לוֹמַר לוֹ קוּם בָּרַח וְצֵא מִן הַמָּקוֹם הַזֶּה, וְלֹא תִּרְאֶה מַרְאוֹת רָעִים כָּאֵלֶּה, הִנֵּה אָז יָבֹא הַיֵּצֶר הָרַע וַיֹּאמֶר לוֹ לָמָּה תֵּצֵא כְּבָר, נד וָלָד שֶׁרָאִיתָ הַנָּשִׁים וְנִתְמַלֵּא לִבְּךָ הִרְהוּרִים רָעִים, וְאִם תֵּשֵׁב עוֹד מַה תּוֹסִיף רַע עוֹד עַל מַה שֶׁיֵּשׁ בִּלְבָבְךָ, הֲרֵי דִּבְרֵי יֵצֶר הָרַע אֵלּוּ הֵם כְּמוֹ שֶׁאָמַר הָאוֹכֵל שׁוּם בָּרִאשׁוֹנָה, בְּאוֹמְרוֹ כְּבָר אָכַלְתִּי וְרֵיחִי נוֹדֵף וּמַה תּוֹסָפוֹת יֵשׁ אִם אוֹכַל עוֹד? אַךְ בֶּאֱמֶת אֵלּוּ דִּבְרֵי הֶבֶל הֵן! שֶׁאִם יַאֲרִיךְ בִּרְאָיַת הָרָעָה זְמַן יוֹתֵר, יִתְאַחֲזוּ הִרְהוּרִים רָעִים בְּלִבּוֹ יוֹתֵר, וְלֹא יַסְתִּיר מִדַּעְתּוֹ אַחַר שֶׁיֵּצֵא בִּמְהֵרָה, אֶלָּא יִשָּׁאֲרוּ בְּלִבּוֹ יוֹם אוֹ יוֹמַיִם, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר בְּאוֹתוֹ שֶׁאָכַל שׁוּם, וּבָא לוֹמַר שֶׁעַל זֶה הָאֹופֶן וְכַיּוֹצֵא בָּא הַכָּתוּב לְלַמֵּד אַל תִּרְשַׁע הַרְבֵּה.
Rav Oula enseigna : que signifie ce qui est écrit (Kohelet 7,17) : "Ne sois pas trop méchant", etc. ? C'est beaucoup qu'il ne faut pas être méchant, mais un peu, on peut être méchant ? Mais [cela signifie] : celui qui a mangé de l'ail et dont l'odeur se répand, va-t-il manger un autre ail pour que son odeur se répande ? Difficulté : pourquoi a-t-il fallu apporter la parabole, et qu'apporte-t-elle de nouveau, puisque c'est le sens simple du verset ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset lui-même fait difficulté : pourquoi le verset devait-il nous enseigner qu'il ne faut pas ajouter, alors que c'est une chose évidente ? C'est pourquoi il a apporté la parabole, afin d'expliquer le verset d'après la réalité qu'elle décrit. La parabole parle de celui qui a mangé de l'ail et dont l'odeur se répand : il peut alors se faire un raisonnement et manger encore, en se disant que, puisque de toute façon son odeur se répand, il n'ajoute pas d'odeur en mangeant davantage. Mais ce n'est pas vrai : certes, sur le moment, il n'y a pas d'ajout puisque l'odeur se répand déjà, mais à la fin il y a une différence. S'il n'avait pas mangé davantage, l'odeur l'aurait quitté après six ou sept heures ; maintenant qu'il a ajouté à ce qu'il a mangé, il a ajouté à la durée, et l'odeur ne le quitte qu'après davantage d'heures. Il en va de même pour la méchanceté dont le verset met en garde, et il parle d'un cas de ce genre. Par exemple, un homme est entré dans un lieu où se trouvaient des femmes qui dansaient, la chair découverte, et en les voyant de mauvaises pensées lui sont venues au cœur. Si le yetser hatov (le bon penchant) s'approche pour lui dire : lève-toi, fuis, sors de ce lieu et ne regarde pas de tels spectacles, alors le yetser hara (le mauvais penchant) vient lui dire : pourquoi sortir ? Tu as déjà vu les femmes et ton cœur s'est rempli de mauvaises pensées ; si tu restes encore, qu'ajouteras-tu de mal à ce qui est déjà dans ton cœur ? Ces paroles du yetser hara ressemblent à ce que dit celui qui a mangé de l'ail une première fois : j'ai déjà mangé et mon odeur se répand, qu'ajouterai-je si je mange encore ? Mais en vérité ce sont des paroles vaines : s'il prolonge davantage la vue du mal, les mauvaises pensées s'accrocheront davantage à son cœur et ne s'effaceront pas de son esprit aussitôt sorti ; elles resteront dans son cœur un jour ou deux, comme il est dit de celui qui a mangé de l'ail. Le verset vient donc enseigner, pour ce cas et les cas semblables : ne sois pas trop méchant.
💡 Explication

Le verset semble autoriser une méchanceté modérée, puisqu'il ne défend que l'excès. Rav Oula résout la difficulté par un machal (parabole) : le verset s'adresse à celui qui a déjà fauté et lui interdit d'ajouter à sa faute. L'ail représente la première faute, l'odeur ses effets ; en reprendre prolonge ces effets.

Le Ben Yehoyada précise l'argument que la parabole réfute : celui qui a déjà fauté se dit que continuer n'aggrave rien. La parabole montre que l'aggravation porte sur la durée.

5
דָּרֵשׁ רָבָא בַּר רַב עֻולָּא: מַאי דִכְתִיב ״כִּי אֵין חַרְצֻבּוֹת לְמוֹתָם וּבָרִיא אוּלָם״ — אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לֹא דַּיָּין לָרְשָׁעִים שֶׁאֵינָן חֲרֵדִין וַעֲצֵבִין מִיּוֹם הַמִּיתָה, אֶלָּא שֶׁלִּבָּם בָּרִיא לָהֶן כְּאוּלָם. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבָּה מַאי דִּכְתִיב ״זֶה דַרְכָּם כֵּסֶל לָמוֹ״ — יוֹדְעִין רְשָׁעִים שֶׁדַּרְכָּם לְמִיתָה, וְיֵשׁ לָהֶם חֵלֶב עַל כִּסְלָם. שֶׁמָּא תֹּאמַר שִׁכְחָה הִיא מֵהֶן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְאַחֲרֵיהֶם בְּפִיהֶם יִרְצוּ סֶלָה״.

Rava bar Rav Oula enseigna : que signifie ce qui est écrit : "Car il n'y a pas de harsoubot à leur mort, et leur force est saine" (Tehilim 73,4) ? Le Saint, béni soit-Il, a dit : il ne suffit pas aux méchants de ne pas être anxieux (haredin) ni affligés (atsevin) du jour de la mort, mais leur cœur est pour eux sain comme un portique (oulam).

C'est ce qu'a dit Rabba : que signifie ce qui est écrit : "Tel est leur chemin, kessel pour eux" (Tehilim 49,14) ? Les méchants savent que leur chemin mène à la mort, mais ils ont de la graisse sur leurs reins (kislam).

Et si tu dis que c'est un oubli de leur part, le verset enseigne : "et après eux, de leur bouche, ils l'approuvent, sela".

📜 Rachi (3)
חֲרֵדִין וַעֲצֵבִין נוֹטָרִיקוֹן דְּחַרְצֻובּוֹת:
Anxieux et affligés : c'est le notarikon (abréviation) de harsoubot.
כְּאוּלָם שֶׁפִּתְחוֹ פָּתוּחַ וְרָחָב:
Comme un portique : dont l'entrée est ouverte et large.
זֶה דַּרְכָּם לְעֵיל מִינֵּיהּ כְּתִיב קִרְבָּם בָּתֵּימוֹ לָעוֹלָם דְּהַייְנוּ קְבוּרָה וַהֲדַר כְּתִיב זֶה דַרְכָּם כֵּסֶל לָמוֹ כְּלוֹמַר יוֹדְעִין הֵם שֶׁזּוֹ דַּרְכָּם אֲבָל כָּסֶל לָמוֹ כִּלְיוֹתֵיהֶם מְחֻופִּין בְּחֶלְבָּם מֵהָשִׁיב כִּלְיוֹתֵיהֶם מַחֲשֶׁבֶת סוֹפָם וְשֶׁמָּא תֹּאמַר מֵחֲמַת הֶחָלָב שָׁכְחוּ וַהֲרֵי הֵם שׁוֹגְגִין ת"ל וְאַחֲרֵיהֶם אֶת הֶעָתִיד לָבֹא לְנַפְשָׁם אַחֲרֵי אָובְדָם בְּפִיהֶם יִרְצוּ וִיסַפְּרוּ תָּמִיד ואעפ"כ אֵינָן חוֹזְרִין:
Tel est leur chemin : juste avant il est écrit : "leur intérieur, ce sont leurs maisons pour toujours", c'est-à-dire la tombe ; puis il est écrit : "tel est leur chemin, kessel pour eux", c'est-à-dire : ils savent que tel est leur chemin, mais kessel pour eux, leurs reins sont couverts de leur graisse, qui empêche leurs reins de penser à leur fin. Et si tu dis qu'à cause de la graisse ils ont oublié et qu'ils sont donc involontaires (chogguin), le verset enseigne : "et après eux" : ce qui adviendra à leur âme après leur perte, "de leur bouche ils l'approuvent", ils le disent et le racontent sans cesse, et malgré cela ils ne se repentent pas.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לֹא דִּין לָרְשָׁעִים, שֶׁאֵינָן חֲרֵדִין וַעֲצֵבִין מִיּוֹם הַמִּיתָה, אֶלָּא שֶׁלִּבָּם בָּרִיא לָהֶן כְּאוּלָם. הַדִּקְדּוּק יָדוּעַ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד, עַל פִּי מַעֲשֶׂה שֶׁהָלַךְ בֶּן מֶלֶךְ אֶחָד אֵצֶל מֶלֶךְ אַחֵר לְעִיר רְחוֹקָה לְטַיֵּיל שָׁם, וְעָשׂוּ לוֹ סְעוּדָה וּמִשְׁתֶּה גָּדוֹל וְהֵבִיאוּ לוֹ כָּל מִינֵי זֶמֶר, אַךְ קֹודֶם שֶׁשָּׁתוּ הֵבִיאוּ אָדָם בִּדְמוּת מֵת, וְנִתְעַסְּקוּ בּוֹ לִפְנֵי הַמְסֻובִּין בְּכָל צָרְכֵי מִיתָה וּקְבוּרָה בְּתוֹךְ הַמְּסִיבָּה לְעֵינֵי כֻּולָּם, וְאַחַר שֶׁגָּמְרוּ עֵסֶק זֶה הִתְחִילוּ בִּשְׁתִיָּה וְנִיגּוּנִים, וְיִתְפַּלֵּא בֶּן הַמֶּלֶךְ עַל הַדָּבָר הַזֶּה וְיִשְׁאַל עַל זֹאת, מַה טַעַם יֵשׁ בַּמִּנְהָג הַזֶּה? אָמְרוּ לוֹ כְּדֵי שֶׁיִּזְכְּרוּ הַמְסֻובִּין מִיתַת הָאָדָם, וְיִרְאוּ שֶׁסּוֹפוֹ הוֹלֵךְ לַקֶּבֶר וְאֵין בְּיָדוֹ כְּלוּם מִטּוֹב עוֹלָם הַזֶּה, לְכָךְ מַרְאִין לָהֶם דָּבָר זֶה עַתָּה, כְּדֵי שֶׁעַל כֵּן יִזְדָּרְזוּ בְּשִׂמְחָה וּבִשְׁתִיָּה יוֹתֵר בְּעוֹד שֶׁיֵּשׁ לְאֵל יָדָם לַעֲשׂוֹת! וְהוּא הַדָּבָר שֶׁגִּינָּה הַכָּתוּב מִדַּת הָרְשָׁעִים וּמִנְהָגָם, לוֹמַר (יְשַׁעְיָהוּ כב, יג) אָכוֹל וְשָׁתוֹ כִּי מָחָר נָמוּת. נִמְצָא יֵשׁ זוֹכְרִים הַמִּיתָה כְּדֵי לְעוֹרֵר בִּלְבָבָם תַּאֲוַת עוֹלָם הַזֶּה כְּמִשְׁתֶּה וְתַעֲנוּג בְּיוֹתֵר, וְלָזֶה אָמַר לֹא דִּין שֶׁאֵינָם חֲרֵדִים , אֶלָּא גַּם עוֹשִׂין זִכְרוֹן הַמָּוֶת, כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה זִכָּרוֹן זֶה סִיבָּה לְהַרְבּוֹת תַּאֲוָתָם! וְלָכֵן דָּרַשׁ רַבָּה שֶׁמָּא תֹּאמַר: שְׁכוּחָה הִיא מֵהֶן? תַּלְמוּד לוֹמַר: (תְּהִילִּים מט, יד) "וְאַחֲרֵיהֶם בְּפִיהֶם יִרְצוּ סֶלָה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אַדְּרַבָּה זוֹכְרִים אַחֲרִיתָם כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לָהֶם רָצוֹן יוֹתֵר בְּתַעֲנוּגֵי עוֹלָם הַזֶּה. ומ"ש ' חֲרֵדִין וַעֲצֵבִין' נִרְאִין לִי חֲרֵדִין עַל עַצְמָן פֶּן גַּם עֲלֵיהֶם יַעֲבֹור כּוֹס זֶה, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר(קֹהֶלֶת ז, ב) וְהַחַי יִתֵּן אֶל לִבּוֹ, ומ"ש וַעֲצֵבִין הַיְינוּ עַל מַה שֶׁקָּרָה לְזֶה הַמֵּת שֶׁנֶּעֱדָר מִן הָעוֹלָם:
Le Saint, béni soit-Il, a dit : il ne suffit pas aux méchants de ne pas être anxieux ni affligés du jour de la mort, mais leur cœur est pour eux sain comme un portique. La difficulté de lecture est connue. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [l'expliquer] d'après un récit : le fils d'un roi se rendit chez un autre roi, dans une ville lointaine, pour s'y promener. On lui fit un grand festin et un banquet, et on lui fit entendre toutes sortes de musiques. Mais avant de boire, on apporta un homme sous l'apparence d'un mort, et l'on s'occupa de lui devant les convives de tous les besoins de la mort et de l'enterrement, au milieu de l'assemblée, sous les yeux de tous. Après avoir achevé cela, on commença à boire et à chanter. Le fils du roi s'étonna et demanda : quelle raison y a-t-il à cette coutume ? On lui répondit : pour que les convives se rappellent la mort de l'homme, et voient que sa fin est d'aller au tombeau sans rien garder en main du bien de ce monde ; c'est pourquoi on leur montre cela maintenant, afin qu'ils s'empressent davantage de se réjouir et de boire tant qu'ils en ont le pouvoir. C'est cette conduite des méchants que le verset condamne en disant (Yechayahou 22,13) : "Mangez et buvez, car demain nous mourrons". Il y a donc des gens qui se rappellent la mort pour éveiller dans leur cœur un désir plus fort des plaisirs de ce monde, comme le banquet et la jouissance. C'est pourquoi il dit : il ne leur suffit pas de ne pas être anxieux, mais ils font encore mémoire de la mort pour que ce souvenir soit une cause d'accroissement de leur désir. C'est pourquoi Rabba enseigne : et si tu dis que c'est un oubli de leur part, le verset enseigne (Tehilim 49,14) : "et après eux, de leur bouche, ils l'approuvent (yirtsou), sela" : c'est-à-dire, au contraire, ils se rappellent leur fin pour avoir davantage de désir (ratson) pour les plaisirs de ce monde. Quant à 'anxieux et affligés', il me semble : anxieux pour eux-mêmes, de peur que cette coupe ne passe aussi sur eux, comme il est dit (Kohelet 7,2) : "et le vivant le prendra à cœur" ; et affligés, à cause de ce qui est arrivé à ce mort, qui a disparu du monde.
יוֹדְעִין רְשָׁעִים שֶׁדַּרְכָּם לְמִיתָה, וְיֵשׁ לָהֶם חֵלֶב עַל כִּסְלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד, כְּלָיוֹת עוֹלֶה [466] תס"ו, וְתַנִּיחַ עַל תס"ו אוֹת [40] מֵ"ם שֶׁהִיא מִסֵּפֶר [40] חֵלֶב יִהְיֶה [506] סמו"ת , שֶׁהוּא לְשׁוֹן סִמּוּי עֵינַיִם, גַּם הוּא ס ' מָוֶת [506] רְצוֹנוֹ לוֹמַר חֵלֶק שִׁשִּׁים מִן מָוֶת, גַּם הוּא אוֹתִיּוֹת מִסּוּת לְשׁוֹן מַסָּה וּמְרִיבָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי אִם תְּצָרֵף אוֹת לָמֶ"ד וְיוֹ"ד שֶׁל כ לִי וְת לַעֲשׂוֹתָם אוֹת אַחַת יִהְיֶה מֵהֶם אוֹת מ' , וְאָז 'כְּלָיוֹת' יִהְיוּ מכו"ת , וְזֶה אוֹת מ' שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ הַכְּלָיוֹת לְמַכּוֹת הוּא מִסֵּפֶר [40] חֵלֶב .
Les méchants savent que leur chemin mène à la mort, mais ils ont de la graisse sur leurs reins. Il me semble, avec l'aide du Ciel : 'kelayot' (reins) vaut 466 ; ajoute à 466 la lettre mem, qui vaut 40, le nombre de 'halav' (graisse, 40), et l'on obtient 506, 'samout', terme qui évoque l'aveuglement des yeux ; c'est aussi 'sameh mavet' (506), c'est-à-dire un soixantième de la mort ; ce sont aussi les lettres de 'masot', terme d'épreuve et de querelle. Il me semble encore que si l'on réunit le lamed et le yod de 'kelayot' pour en faire une seule lettre, on obtient la lettre mem, et alors 'kelayot' devient 'makot' (coups) ; et cette lettre mem, par laquelle les reins deviennent des coups, a la valeur 40 de 'halav'.
💡 Explication

Rava bar Rav Oula lit harsoubot comme un notarikon (mot formé de deux mots) : hared (anxieux) + atsev (affligé). Le verset reproche aux méchants deux choses : ils n'éprouvent aucune inquiétude devant la mort, et leur cœur reste large et sans trouble, comme l'entrée d'un oulam (portique).

Rabba ajoute une précision : ils connaissent leur fin. La graisse sur les reins (kessel) figure ce qui empêche cette connaissance d'agir sur eux. La fin du verset exclut l'excuse de l'oubli, car ils parlent eux-mêmes de leur fin (Rachi) : ils ne sont donc pas chogguin (fautifs par inadvertance).

6
כְּחָס עַל הַנֵּר כּוּ׳. רַבִּי יוֹסֵי כְּמַאן סְבִירָא לֵיהּ? אִי כְּרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ, אֲפִילּוּ בְּהָנָךְ נָמֵי לִיחַייֵּב! וְאִי כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לֵיהּ, פְּתִילָה נָמֵי לִיפָּטֵר. אָמַר עֻולָּא: לְעוֹלָם כְּרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ, וְקָסָבַר רַבִּי יוֹסֵי סוֹתֵר עַל מְנָת לִבְנוֹת בִּמְקוֹמוֹ הָוֵי סוֹתֵר. עַל מְנָת לִבְנוֹת שֶׁלֹּא בִּמְקוֹמוֹ — לָא הָוֵי סוֹתֵר.

"Comme celui qui ménage la lampe, etc." Rabbi Yossi, selon qui tient-il ? S'il tient comme Rabbi Yehouda, il devrait rendre passible dans ces cas-là aussi !

Et s'il tient comme Rabbi Chimon, il devrait exempter pour la mèche aussi. Oula dit : en réalité il tient comme Rabbi Yehouda, et Rabbi Yossi estime que démolir en vue de reconstruire à sa place est [une melakha de] démolir ; en vue de reconstruire ailleurs, ce n'est pas démolir.

📜 Rachi (2)
אַפֵּי' בִּפְתִילָה נָמֵי לִיפָּטֵר דְּחָס עַל הַפְּתִילָה נַמֵּי אֵינָהּ צְרִיכָה הַמְּלָאכָה לְגוּפָהּ דִּמְלָאכָה הַיְינוּ כִּיבּוּי וְכִיבּוּי עַצְמוֹ אֵינוֹ צָרִיךְ לוֹ דְּאִם לֹא הֻובְעֲרָה מֵעוֹלָם הֲוָה נִיחָא לֵיהּ אִם מִתְּחִלָּה הוּבְהֲבָה הוֹאִיל וְחָס עָלֶיהָ כִּי אִית בָּהּ טְפֵי הֲוָה נִיחָא לֵיהּ בָּהּ:
Même pour la mèche il devrait exempter : car celui qui ménage la mèche accomplit lui aussi une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même. La melakha, c'est l'extinction, et l'extinction elle-même, il n'en a pas besoin : si la mèche n'avait jamais été allumée, cela lui conviendrait, pourvu qu'elle ait été flambée au départ ; puisqu'il la ménage, c'est que plus il en reste, mieux cela lui convient.
לְעוֹלָם כְּר' יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ דְּמִשּׁוּם אֵין צְרִיכָה לְגוּפָהּ לָא מִיפְטָר הוֹאִיל וּצְרִיכָה לְדָבָר אַחֵר מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת הוּא וְכִי מְכַבֶּה לָהּ מִשּׁוּם חַיְיסָא דְּשֶׁמֶן וְנֵר הַייְנוּ טַעְמָא דְּפָטוּר קָסָבַר דְּסוֹתֵר ע"מ לִבְנוֹת בִּמְקוֹמוֹ הָוֵי סוֹתֵר כָּל מְקַלְקֵל דְּשַׁבָּת הָוֵי פָּטוּר דְּלָאו הַיְינוּ מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת וְסוֹתֵר דִּתְנַן בַּאֲבוֹת מְלָאכוֹת דְּמִיחַייַּב סוֹתֵר ע"מ לִבְנוֹת הוּא וְאֵינוֹ יָכוֹל לִבְנוֹת אֶלָּא אִם כֵּן סוֹתְרוֹ וְהַשְׁתָּא לָאו קִלְקוּל הוּא ור"י סָבַר דְּאִם בִּמְקוֹמוֹ חוֹזֵר וּבוֹנֶה הוּא דְּמִחַיַּיב אַסְּתִירָה וְאִי לָא לָא וּמְכַבֶּה דֻּומְיָא דְּסוֹתֵר הוּא וְכֵן קוֹרֵעַ דֻּומְיָא דְּסוֹתֵר וּלְהָכִי תְּנַן הַקּוֹרֵעַ ע"מ לִתְפֹּור וְכֵן מוֹחֵק תְּנַן ע"מ לִכְתֹּוב דְּכֻולָּם סוֹתֵר נִינְהוּ הִלְכָּךְ עַל הַפְּתִילָה חָיְיסָה דִּידֵיהּ אֵינָהּ אֶלָּא לְהַדְלִיק הִלְכָּךְ מְכַבֶּה עַל מְנָת לְהַדְלִיק הַייְנוּ בִּמְקוֹמוֹ אֲבָל כִּי חָס עַל הַנֵּר אוֹ עַל הַשֶּׁמֶן וְעַל הַפְּתִילָה אֵינוֹ חָס וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ אִם מַשְׁלִיכָהּ אַפֵּי' צָרִיךְ לְשֶׁמֶן לְהַדְלִיק בּוֹ פְּתִילָה אַחֶרֶת לְאַחַר זְמַן בְּתוֹךְ נֵר זֶה אֵין זֶה סוֹתֵר ע"מ לִבְנוֹת בִּמְקוֹמוֹ שֶׁאֵין הַכִּיבּוּי וְהַהַבְעָרָה לֹא בְּשֶׁמֶן וְלֹא בַּנֵּר אֶלָּא בִּפְתִילָה הִלְכָּךְ לָא שַׁייְכָא סְתִירָה וּבִנְיָן אֶלָּא בִּפְתִילָה וְכֵיוָן דְּאֵין מַחֲשֶׁבֶת סוֹפוֹ לַחֲזֹור וּלְהַדְלִיק פְּתִילָה זוֹ אֵין כָּאן עוֹד בִּנְיָן בִּמְקוֹם סְתִירָה וּדְקָתָנֵי שֶׁהוּא עוֹשֶׂה פֶּחָם כְּלוֹמַר מִפְּנֵי שֶׁהֵם עוֹשִׂין פֶּחָם מִתְּחִלָּתָהּ וְעוֹמֶדֶת לַחֲזֹור וּלְהַאֲחִיז בָּהּ אוֹר וְאִיכָּא בִּנְיָן בִּמְקוֹם סְתִירָה וְרַבּוֹתֵינוּ מְפָרְשִׁין נֵר וְשֶׁמֶן אִיכָּא לְמֵימַר מִיבְּעֵי לֵיהּ לְמִידֵּי אַחֲרֵינִי וְלֹא לְהַדְלִיק וְלִי נִרְאֶה שֶׁאֵין צְרִיכִין אָנוּ לְדֹוחַק זֶה דְּמִשּׁוּם דְּאִיכָּא לְמֵימַר לֵית לָן לְמִיפְטְרֵיהּ שֶׁהֲרֵי הוּא יוֹדֵעַ לָמָּה חָס עֲלֵיהֶן וּסְתָם נֵר אֵינוֹ אֶלָּא לְהַדְלִיק בּוֹ פְּתִילָה:
En réalité il tient comme Rabbi Yehouda : on n'est pas exempté au motif qu'elle n'est pas nécessaire pour elle-même, puisqu'elle est nécessaire pour autre chose, c'est une melekhet mahchevet (travail réfléchi). Et lorsqu'il éteint par ménagement pour l'huile et la lampe, voici la raison pour laquelle il est exempt : il estime que démolir en vue de reconstruire à sa place est 'démolir'. Tout acte destructeur (mekalkel) au Chabbat est exempt, car ce n'est pas une melekhet mahchevet ; et le 'démolir' enseigné dans la michna des avot melakhot, pour lequel on est passible, c'est démolir en vue de construire, lorsqu'on ne peut construire qu'en démolissant ; alors ce n'est pas une destruction. Rabbi Yossi estime que c'est seulement si l'on reconstruit à la même place qu'on est passible au titre de démolir, sinon non. Or éteindre est semblable à démolir ; de même déchirer est semblable à démolir, c'est pourquoi on a enseigné : 'celui qui déchire en vue de coudre', et de même on a enseigné 'celui qui efface en vue d'écrire', car tous relèvent de la démolition. Par conséquent, pour la mèche, son ménagement n'a pour but que de l'allumer : il éteint donc en vue d'allumer, c'est à la même place. Mais lorsqu'il ménage la lampe ou l'huile, il ne ménage pas la mèche et ne se soucie pas de la jeter ; même s'il a besoin de l'huile pour allumer plus tard une autre mèche dans cette lampe, ce n'est pas démolir en vue de reconstruire à sa place, car l'extinction et l'allumage ne portent ni sur l'huile ni sur la lampe, mais sur la mèche. La démolition et la construction ne concernent donc que la mèche, et puisqu'il ne pense pas finalement rallumer cette mèche-ci, il n'y a plus de construction à l'endroit de la démolition. Et ce que la michna enseigne, 'parce qu'il fait du charbon', signifie : parce que [les mèches] font du charbon dès le début et sont destinées à reprendre le feu, il y a construction à l'endroit de la démolition. Nos maîtres expliquent : pour la lampe et l'huile, on peut dire qu'il en a besoin pour autre chose que pour allumer. Mais il me semble que nous n'avons pas besoin de cette explication forcée, car du seul fait qu'on pourrait le dire, nous n'aurions pas à l'exempter : lui sait pourquoi il les ménage, et une lampe ordinaire ne sert qu'à y allumer une mèche.
🗂️ Tossefot (1)
וְסוֹתֵר עַל מְנָת לִבְנוֹת בִּמְקוֹמוֹ ור"ש פּוֹטֵר אַפֵּי' בְּסוֹתֵר עַל מְנָת לִבְנוֹת בִּמְקוֹמוֹ אֶלָּא בְּמָקוֹם שע"י סְתִירָה יֵשׁ תִּיקּוּן (בְּבִנְיָן אַחֲרוֹן) יוֹתֵר מִשֶּׁלֹּא הָיָה בִּנְיָן רִאשׁוֹן מֵעוֹלָם שָׁם כְּגוֹן בִּפְתִילָה שֶׁצָּרִיךְ לְהַבְהֲבָהּ דִּמְחַייֵּב ר' שִׁמְעוֹן כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ וְאִם תֹּאמַר לְר' שִׁמְעוֹן הָא דִּתְנַן בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף עג.) הַמְכַבֶּה וְהַסּוֹתֵר בִּשְׁלָמָא מְכַבֶּה מַשְׁכַּחַת לָהּ דִּמְתַקֵּן כִּדְפֵירֵשׁ כְּגוֹן לַעֲשׂוֹת פֶּחָמִין אֶלָּא סוֹתֵר לָא מַשְׁכַּחַת שֶׁיְּהֵא מְתַקֵּן בִּסְתִירָה זוֹ יוֹתֵר מִשֶּׁלֹּא הָיָה בָּנוּי שָׁם מֵעוֹלָם וְאַמַּאי חַיָּיב לְר' שִׁמְעוֹן וי"ל דְּכוּלְּהוּ מִמִּשְׁכָּן יָלְפִינַן לָהּ וְלֹא הָיָה כִּיבּוּי בַּמִּשְׁכָּן כ"א לַעֲשׂוֹת פֶּחָמִין וּלְהָכֵי לָא מִחַייַּב ר"ש אֶלָּא בכה"ג אֲבָל סוֹתֵר אַשְׁכְּחַן בַּמִּשְׁכָּן שֶׁאֵין מְתַקֵּן בִּסְתִירָה זוֹ יוֹתֵר מִשֶּׁלֹּא הָיָה בָּנוּי שָׁם מֵעוֹלָם וּלְהָכִי מִחַייַּב שָׁם אַפֵּי' ר"ש וא"ת כֵּיוָן דְּסוֹתֵר וּמְכַבֶּה בָּעֵינַן ע"מ לִבְנוֹת וּלְהַבְעִיר א"כ בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל (שָׁם) דִּתְנַן הַמְכַבֶּה וְהַסּוֹתֵר הָוֵי לֵיהּ לְמִיתְנֵי הַמְכַבֶּה ע"מ לְהַבְעִיר וְהַסּוֹתֵר ע"מ לִבְנוֹת כִּי הֵיכִי דְּקָתָנֵי הַמּוֹחֵק ע"מ לִכְתֹּוב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת וְהַקּוֹרֵעַ ע"מ לִתְפֹּור שְׁתֵּי תְּפִירוֹת וְי"ל דְּהָתָם נַמֵּי לָא קָתָנֵי לֵיהּ אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמִיתְנֵי שִׁיעוּרָא דִּשְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת וּשְׁתֵּי תְּפִירוֹת אֲבָל בִּמְכַבֶּה וְסוֹתֵר עַל מְנָת לְהַבְעִיר וְלִבְנוֹת כָּל שֶׁהוּא מִיחַייַּב לָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנְיֵיהּ:
Et démolir en vue de reconstruire à sa place : Rabbi Chimon exempte même pour démolir en vue de reconstruire à sa place, sauf là où la démolition procure, dans la construction finale, une amélioration supérieure à ce qu'il y aurait eu si la première construction n'avait jamais existé à cet endroit, comme la mèche qu'il faut flamber, pour laquelle Rabbi Chimon rend passible, comme il est dit plus loin. Et si tu demandes : selon Rabbi Chimon, ce qu'on a enseigné au chapitre Kelal gadol (plus loin, Chabbat 73a), 'celui qui éteint et celui qui démolit' : pour éteindre, passe encore, on trouve un cas où il améliore, comme on l'a expliqué, par exemple pour faire des charbons ; mais pour démolir, on ne trouve pas qu'il améliore par cette démolition davantage que si rien n'avait jamais été construit là ; pourquoi est-il donc passible selon Rabbi Chimon ? On peut répondre que toutes [les melakhot], nous les apprenons du Michkan. Il n'y avait au Michkan d'extinction que pour faire des charbons, c'est pourquoi Rabbi Chimon ne rend passible que dans un tel cas ; mais la démolition, nous la trouvons au Michkan sans qu'elle améliore par rapport à l'absence de construction, c'est pourquoi même Rabbi Chimon y rend passible. Et si tu demandes : puisque pour démolir et pour éteindre il faut [l'intention] de construire et d'allumer, au chapitre Kelal gadol, où l'on a enseigné 'celui qui éteint et celui qui démolit', il aurait dû enseigner 'celui qui éteint en vue d'allumer et celui qui démolit en vue de construire', comme il enseigne 'celui qui efface en vue d'écrire deux lettres' et 'celui qui déchire en vue de coudre deux points'. On peut répondre que là aussi il ne l'a enseigné que parce qu'il voulait donner la mesure de deux lettres et de deux points ; mais pour éteindre et démolir en vue d'allumer et de construire, on est passible pour la moindre quantité, et il n'était pas nécessaire de l'enseigner.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנֵי' סָפֵק חֲשֵׁיכָה סָפֵק אֵינָהּ חֲשֵׁיכָה אֵין מְעַשְּׂרִין אֶת הַוַּדַּאי וְאֵין מַטְבִּילִין אֶת הַכֵּלִים וְאֵין מַדְלִיקִין אֶת הַנֵּרוֹת. אֲבָל מְעַשְּׂרִין אֶת הַדְּמַאי וּמְעָרְבִין וְטוֹמְנִין אֶת הַחַמִּין:
Michna : [au moment où il y a] doute s'il fait nuit ou s'il ne fait pas nuit, on ne prélève pas la dîme sur le produit certainement non prélevé (vadai), on n'immerge pas les ustensiles et on n'allume pas les lampes. Mais on prélève la dîme sur le demai, on fait le erouv et on enfouit les plats chauds.
מַתְנִי' אֲבוֹת מְלָאכוֹת אַרְבָּעִים חָסֵר אַחַת הַזּוֹרֵעַ וְהַחוֹרֵשׁ וְהַקּוֹצֵר וְהַמְעַמֵּר וְהַדָּשׁ וְהַזּוֹרֶה וְהַבּוֹרֵר וְהַטּוֹחֵן וְהַמְרַקֵּד וְהַלָּשׁ וְהָאוֹפֶה וְהַגּוֹזֵז אֶת הַצֶּמֶר וְהַמְלַבְּנוֹ וְהַמְנַפְּצוֹ הַצּוֹבְעוֹ וְהַטּוֹוֶה וְהַמֵּיסֵךְ וְהָעוֹשֶׂה שְׁתֵּי בָּתֵּי נִירִין וְהָאוֹרֵג שְׁנֵי חוּטִין וְהַפּוֹצֵעַ שְׁנֵי חוּטִין וְהַקּוֹשֵׁר וְהַמַּתִּיר וְהַתּוֹפֵר שְׁתֵּי תְפִירוֹת וְהַקּוֹרֵעַ ע"מ לִתְפֹּור שְׁתֵּי תְּפִירוֹת וְהַצָּד צְבִי וְהַשּׁוֹחֲטוֹ וְהַמַּפְשִׁיטוֹ וְהַמּוֹלְחוֹ הַמְעַבְּדוֹ וְהַמּוֹחֲקוֹ וְהַמְחַתְּכוֹ הַכּוֹתֵב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת הַמּוֹחֵק עַל מְנָת לִכְתֹּוב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת הַבּוֹנֶה וְהַסּוֹתֵר וְהַמְכַבֶּה וְהַמַּבְעִיר וְהַמַּכֶּה בְּפַטִּישׁ וְהַמּוֹצִיא מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת הֲרֵי אֵלּוּ אֲבוֹת מְלָאכוֹת אַרְבָּעִים חָסֵר אַחַת. הָא דְּמַתִּיר חַיָּיב צָרִיךְ לְדַקְדֵּק אִי מִיחַייַּב דַּוְקָא בְּמַתִּיר עַל מְנָת לִקְשֹׁור אוֹ אַף בְּמַתִּיר לְחוּדֵיהּ וְאֵין לִדְקַדְתְּ מִדְּלָא תָּנֵי מַתִּיר עַל מְנָת לִקְשֹׁור כִּדְתָנֵי מוֹחֵק עַל מְנָת לִכְתֹּוב. דְּהָכִי נָמֵי לָא תָּנֵי סוֹתֵר עַל מְנָת לִבְנוֹת וּבְפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לא:) קָאָמַר דְּבָעֵינַן סוֹתֵר עַל מְנָת לִבְנוֹת. וּלְפִי מַה שפירש"י בַּגְּמָרָא דַּף עַד: דְּאִי מֻתְרְמֵי תְּרֵי חוּטֵי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי בִּשְׁנֵי חוּטִין זֶה אֵצֶל זֶה שָׁרִי חַד וּקְטִיר חַד מַשְׁמַע דְּמִיחַייַּב בְּלֹא ע"מ לִקְשֹׁור אֲבָל ר"ח וְרַשְׁבָּ"ם פֵּירְשׁוּ כְּשֶׁנִּפְסַק חוּט אֶחָד בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת מַתִּיר שְׁנֵי הַקְּשָׁרִים וּמַשְׁלִיךְ פִּיסּוּק הָאֶמְצָעִי וְחוֹזֵר וְקוֹשֵׁר שְׁנֵי רָאשִׁים יַחַד וְאֵין בּוֹ אֶלָּא קֶשֶׁר אֶחָד וּלְהַךְ פִּי' מַשְׁמַע דְּבָעֵינַן מַתִּיר ע"מ לִקְשֹׁור: גְּמ' תָּנָא הַזּוֹרֵעַ וְהַזּוֹמֵר וְהַנּוֹטֵעַ וְהַמַּבְרִיךְ וְהַמַּרְכִּיב כֻּולָּן מְלָאכָה אַחַת הֵן. אָמַר רַב כָּהֲנָא זוֹמֵר וְצָרִיךְ לָעֵצִים חַייָּב שְׁתַּיִם אַחַת מִשּׁוּם נוֹטֵעַ וְאַחַת מִשּׁוּם קוֹצֵר. אָמַר רַב יוֹסֵף הַאי מַאן דְּקָטֵיל אַסְפַּסְתָּא חַייָּב שְׁתַּיִם אַחַת מִשּׁוּם קוֹצֵר וְאַחַת מִשּׁוּם נוֹטֵעַ. אָמַר אַבָּיֵי הַאי מַאן דְּקָנֵיב סִילְקָא חַייָּב שְׁתַּיִם אַחַת מִשּׁוּם קוֹצֵר וְאַחַת מִשּׁוּם נוֹטֵעַ תַּנְיָא הַחוֹרֵשׁ וְהַחוֹפֵר וְהַחוֹרֵץ כֻּולָּן מְלָאכָה אַחַת הֵן. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת הָיְתָה לוֹ גַּבְשׁוּשִׁית וּנְטָלָהּ בַּבַּיִת חַיָּיב מִשּׁוּם בּוֹנֶה. בַּשָּׂדֶה חַייָּב מִשּׁוּם חוֹרֵשׁ. אָמַר רָבָא הָיְתָה לוֹ גֻּומָּא וּטְמָמָהּ בַּבַּיִת חַייָּב מִשּׁוּם בּוֹנֶה בַּשָּׂדֶה חַייָּב מִשּׁוּם חוֹרֵשׁ א"ר אַבָּא הַחוֹפֵר גֻּומָּא וְאֵין צָרִיךְ אֶלָּא לַעֲפָרָהּ פָּטוּר עָלֶיהָ אַפֵּי' לֵר' יְהוּדָה דְּאָמַר מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ חַיָּיב עָלֶיהָ ה"מ מְתַקֵּן אֲבָל הַאי מְקַלְקֵל הוּא. תְּנָא הַקּוֹצֵר וְהַבּוֹצֵר וְהַגּוֹדֵר וְהַמּוֹסֵק וְהָאוֹרֶה כֻּולָּן מְלָאכָה אַחַת הֵן. א"ר פָּפָּא הַאי מַאן דִּשְׁדָא פִּיסָּא לְדִיקְלָא וְנֶתֶר תַּמְרֵי חַייָּב שְׁתַּיִם אַחַת מִשּׁוּם תּוֹלֵשׁ וְאַחַת מִשּׁוּם מְפָרֵק. רַב אָשֵׁי אָמַר אֵין דֶּרֶךְ תְּלִישָׁה בְּכָךְ וְאֵין דֶּרֶךְ פְּרִיקָה בְּכָךְ. גָּרְסִי' בְּפֶ' הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צה.) הַחוֹלֵב וְהַמְחַבֵּץ וְהַמְגַבֵּן כִּגְרוֹגֶרֶת חַיָּיב וְאָמַר חוֹלֵב חַייָּב מִשּׁוּם מְפָרֵק וְהַמְחַבֵּץ חַיָּיב מִשּׁוּם בּוֹרֵר וּמְגַבֵּן חַיָּיב מִשּׁוּם בּוֹנֶה וּמְפָרֵק חַייָּב מִשּׁוּם דָּשׁ אָמַר רָבָא הַאי מַאן דְּכָנֵיף מִילְחָא מִמִּילְחֲתָא חַייָּב מִשּׁוּם מְעַמֵּר אַבָּיֵי אָמַר אֵין עִימּוּר אֶלָּא בְּגִידּוּלֵי קַרְקַע וְכֵן הֲלָכָה :
Michna : Les avot melakhot (travaux principaux) sont quarante moins une : celui qui sème, qui laboure, qui moissonne, qui met en gerbes, qui bat, qui vanne, qui trie, qui moud, qui tamise, qui pétrit, qui cuit ; celui qui tond la laine, qui la blanchit, qui la carde, qui la teint, qui file, qui ourdit, qui fait deux lisses, qui tisse deux fils, qui sépare deux fils ; celui qui noue, qui dénoue, qui coud deux points, qui déchire en vue de coudre deux points ; celui qui chasse un cerf, qui l'abat, qui l'écorche, qui le sale, qui tanne sa peau, qui la racle, qui la découpe ; celui qui écrit deux lettres, qui efface en vue d'écrire deux lettres ; celui qui construit, qui démolit, qui éteint, qui allume, qui donne le coup de marteau, et qui fait passer d'un domaine à un autre : voilà les avot melakhot, quarante moins une. Quant au fait que celui qui dénoue est passible, il faut examiner s'il n'est passible que s'il dénoue en vue de nouer, ou même s'il dénoue seulement. On ne peut rien déduire de ce que la michna n'enseigne pas 'dénouer en vue de nouer' comme elle enseigne 'effacer en vue d'écrire', car de même elle n'enseigne pas 'démolir en vue de construire', et pourtant au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 31b) il est dit qu'il faut démolir en vue de construire. Selon ce que Rachi explique dans la guemara (74b) — lorsqu'il se trouve deux fils ensemble, deux fils l'un à côté de l'autre, il en dénoue un et en noue un — il ressort qu'on est passible sans intention de nouer. Mais Rabbenou Hananel et le Rachbam expliquent : lorsqu'un fil s'est rompu en deux endroits, il dénoue les deux nœuds, jette le morceau du milieu et renoue les deux bouts ensemble, et il n'y a là qu'un seul nœud ; selon cette explication, il ressort qu'il faut dénouer en vue de nouer. Guemara : Il a été enseigné : celui qui sème, qui taille la vigne, qui plante, qui provigne et qui greffe, tous accomplissent une seule melakha. Rav Kahana dit : celui qui taille et a besoin du bois est passible deux fois, une au titre de planter et une au titre de moissonner. Rav Yossef dit : celui qui coupe de la luzerne est passible deux fois, une au titre de moissonner et une au titre de planter. Abaye dit : celui qui coupe des bettes est passible deux fois, une au titre de moissonner et une au titre de planter. Il a été enseigné : celui qui laboure, qui creuse et qui trace un sillon, tous accomplissent une seule melakha. Rav Chechet dit : s'il y avait une butte et qu'il l'a enlevée, dans la maison il est passible au titre de construire, dans le champ au titre de labourer. Rava dit : s'il y avait un trou et qu'il l'a comblé, dans la maison il est passible au titre de construire, dans le champ au titre de labourer. Rabbi Abba dit : celui qui creuse un trou et n'a besoin que de sa terre en est exempt, même selon Rabbi Yehouda qui dit qu'une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même rend passible ; cela vaut pour celui qui améliore, mais celui-ci dégrade (mekalkel). Il a été enseigné : celui qui moissonne, qui vendange, qui récolte les dattes, qui cueille les olives et qui cueille les figues, tous accomplissent une seule melakha. Rav Papa dit : celui qui lance une motte contre un palmier et fait tomber des dattes est passible deux fois, une au titre d'arracher et une au titre de détacher (mefarek). Rav Achi dit : ce n'est pas la manière d'arracher, ni la manière de détacher. Nous lisons au chapitre Hamatsnia (Chabbat 95a) : celui qui trait, qui fait cailler et qui fait un fromage du volume d'une figue sèche est passible ; et il est dit : celui qui trait est passible au titre de détacher (mefarek), celui qui fait cailler au titre de trier, celui qui fait le fromage au titre de construire, et celui qui détache au titre de battre. Rava dit : celui qui ramasse du sel dans une saline est passible au titre de mettre en gerbes (méamer). Abaye dit : il n'y a de mise en gerbes que pour ce qui pousse de la terre. Et telle est la halakha.
💡 Explication

La guemara revient à la michna de 29b : celui qui éteint la lampe pour ménager la lampe, l'huile ou la mèche est passible ; Rabbi Yossi exempte, sauf pour la mèche, car il en fait du charbon. L'arrière-plan est la discussion sur la melakha she-eina tsrikha le-goufa (travail accompli sans besoin de son résultat propre) : Rabbi Yehouda rend passible, Rabbi Chimon exempte. Aucune des deux positions ne rend compte de la distinction de Rabbi Yossi.

Oula répond : Rabbi Yossi suit Rabbi Yehouda, mais il ajoute une condition propre à la catégorie de soter (démolir). Éteindre est une forme de démolition ; elle n'est une melakha que si elle vise une reconstruction au même endroit. L'allumage porte sur la mèche : ménager la mèche vise à la rallumer (même endroit), ménager la lampe ou l'huile ne vise pas à rallumer cette mèche (Rachi).

🖼️ Schéma
Pourquoi Rabbi Yossi distingue-t-il la mèche de la lampe et de l'huile ? Difficulté : selon Rabbi Yehouda (mekhala she-eina tsrikha le-goufa = passible), tout serait passible ; selon Rabbi Chimon (= exempt), même la mèche serait exempté. Qui suit Rabbi Yossi ? Oula Suit Rabbi Yehouda. Principe : démolir pour reconstruire AU MÊME ENDROIT = démolir (passible) ; ailleurs = simple destruction (exempt). Éteindre = démolir ; rallumer = construire. Objection de Rabba : le Michkan était démonté pour être remonté ailleurs. Réponse : "Sur l'ordre de Hachem ils campaient" = même endroit Rabbi Yo'hanan Suit Rabbi Chimon. Cas : une mèche qu'il faut flamber (lehavhev) avant de l'allumer. Éteindre la rend prête à prendre feu : il "répare un ustensile" (metaken mana), l'extinction est voulue pour elle-même. Précision de Rava : la michna dit "car il FAIT du charbon", et non "car elle devient charbon". Conclusion : chema minah. Résultat identique dans les deux lectures Ménage la lampe / l'huile : EXEMPT Ménage la mèche : PASSIBLE La raison diffère : reconstruction au même endroit (Oula) / réparation de la mèche (Rabbi Yo'hanan)
Les deux explications de Rabbi Yossi (seg. 5-7).
7
אֲמַר לֵיהּ רַבָּה: מִכְּדֵי כָּל מְלָאכוֹת יָלְפִינַן לְהוּ מִמִּשְׁכָּן, וְהָתָם סוֹתֵר עַל מְנָת לִבְנוֹת שֶׁלֹּא בִּמְקוֹמוֹ הוּא! אֲמַר לֵיהּ: שָׁאנֵי הָתָם כֵּיוָן דִּכְתִיב ״עַל פִּי ה׳ יַחֲנוּ״, כְּסוֹתֵר עַל מְנָת לִבְנוֹת בִּמְקוֹמוֹ דָּמֵי.

Rabba lui dit : or toutes les melakhot, nous les apprenons du Michkan, et là c'était démolir en vue de reconstruire ailleurs ! Il lui dit : c'est différent là-bas, puisqu'il est écrit : "Sur l'ordre de Hachem ils campaient" (Bamidbar 9,23) : c'est comme démolir en vue de reconstruire à sa place.

📜 Rachi (1)
וּמִשְׁכָּן סוֹתֵר עַל מְנָת לִבְנוֹת שֶׁלֹּא בִּמְקוֹמוֹ הוּא שֶׁהָיוּ סוֹתְרִין אוֹתוֹ בַּחֲנִייָּה זוֹ וְנוֹסְעִים לְמָקוֹם אַחֵר וְחוֹנִים וְחוֹזְרִים וּמְקִימִין אוֹתוֹ:
Et le Michkan, c'est démolir en vue de reconstruire ailleurs : car on le démontait à ce campement, on voyageait vers un autre lieu, on campait, et on le remontait.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' אֲבוֹת מְלָאכוֹת אַרְבָּעִים חָסֵר אַחַת הַזּוֹרֵעַ וְהַחוֹרֵשׁ וְהַקּוֹצֵר וְהַמְעַמֵּר וְהַדָּשׁ וְהַזּוֹרֶה וְהַבּוֹרֵר וְהַטּוֹחֵן וְהַמְרַקֵּד וְהַלָּשׁ וְהָאוֹפֶה וְהַגּוֹזֵז אֶת הַצֶּמֶר וְהַמְלַבְּנוֹ וְהַמְנַפְּצוֹ הַצּוֹבְעוֹ וְהַטּוֹוֶה וְהַמֵּיסֵךְ וְהָעוֹשֶׂה שְׁתֵּי בָּתֵּי נִירִין וְהָאוֹרֵג שְׁנֵי חוּטִין וְהַפּוֹצֵעַ שְׁנֵי חוּטִין וְהַקּוֹשֵׁר וְהַמַּתִּיר וְהַתּוֹפֵר שְׁתֵּי תְפִירוֹת וְהַקּוֹרֵעַ ע"מ לִתְפֹּור שְׁתֵּי תְּפִירוֹת וְהַצָּד צְבִי וְהַשּׁוֹחֲטוֹ וְהַמַּפְשִׁיטוֹ וְהַמּוֹלְחוֹ הַמְעַבְּדוֹ וְהַמּוֹחֲקוֹ וְהַמְחַתְּכוֹ הַכּוֹתֵב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת הַמּוֹחֵק עַל מְנָת לִכְתֹּוב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת הַבּוֹנֶה וְהַסּוֹתֵר וְהַמְכַבֶּה וְהַמַּבְעִיר וְהַמַּכֶּה בְּפַטִּישׁ וְהַמּוֹצִיא מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת הֲרֵי אֵלּוּ אֲבוֹת מְלָאכוֹת אַרְבָּעִים חָסֵר אַחַת. הָא דְּמַתִּיר חַיָּיב צָרִיךְ לְדַקְדֵּק אִי מִיחַייַּב דַּוְקָא בְּמַתִּיר עַל מְנָת לִקְשֹׁור אוֹ אַף בְּמַתִּיר לְחוּדֵיהּ וְאֵין לִדְקַדְתְּ מִדְּלָא תָּנֵי מַתִּיר עַל מְנָת לִקְשֹׁור כִּדְתָנֵי מוֹחֵק עַל מְנָת לִכְתֹּוב. דְּהָכִי נָמֵי לָא תָּנֵי סוֹתֵר עַל מְנָת לִבְנוֹת וּבְפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לא:) קָאָמַר דְּבָעֵינַן סוֹתֵר עַל מְנָת לִבְנוֹת. וּלְפִי מַה שפירש"י בַּגְּמָרָא דַּף עַד: דְּאִי מֻתְרְמֵי תְּרֵי חוּטֵי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי בִּשְׁנֵי חוּטִין זֶה אֵצֶל זֶה שָׁרִי חַד וּקְטִיר חַד מַשְׁמַע דְּמִיחַייַּב בְּלֹא ע"מ לִקְשֹׁור אֲבָל ר"ח וְרַשְׁבָּ"ם פֵּירְשׁוּ כְּשֶׁנִּפְסַק חוּט אֶחָד בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת מַתִּיר שְׁנֵי הַקְּשָׁרִים וּמַשְׁלִיךְ פִּיסּוּק הָאֶמְצָעִי וְחוֹזֵר וְקוֹשֵׁר שְׁנֵי רָאשִׁים יַחַד וְאֵין בּוֹ אֶלָּא קֶשֶׁר אֶחָד וּלְהַךְ פִּי' מַשְׁמַע דְּבָעֵינַן מַתִּיר ע"מ לִקְשֹׁור: גְּמ' תָּנָא הַזּוֹרֵעַ וְהַזּוֹמֵר וְהַנּוֹטֵעַ וְהַמַּבְרִיךְ וְהַמַּרְכִּיב כֻּולָּן מְלָאכָה אַחַת הֵן. אָמַר רַב כָּהֲנָא זוֹמֵר וְצָרִיךְ לָעֵצִים חַייָּב שְׁתַּיִם אַחַת מִשּׁוּם נוֹטֵעַ וְאַחַת מִשּׁוּם קוֹצֵר. אָמַר רַב יוֹסֵף הַאי מַאן דְּקָטֵיל אַסְפַּסְתָּא חַייָּב שְׁתַּיִם אַחַת מִשּׁוּם קוֹצֵר וְאַחַת מִשּׁוּם נוֹטֵעַ. אָמַר אַבָּיֵי הַאי מַאן דְּקָנֵיב סִילְקָא חַייָּב שְׁתַּיִם אַחַת מִשּׁוּם קוֹצֵר וְאַחַת מִשּׁוּם נוֹטֵעַ תַּנְיָא הַחוֹרֵשׁ וְהַחוֹפֵר וְהַחוֹרֵץ כֻּולָּן מְלָאכָה אַחַת הֵן. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת הָיְתָה לוֹ גַּבְשׁוּשִׁית וּנְטָלָהּ בַּבַּיִת חַיָּיב מִשּׁוּם בּוֹנֶה. בַּשָּׂדֶה חַייָּב מִשּׁוּם חוֹרֵשׁ. אָמַר רָבָא הָיְתָה לוֹ גֻּומָּא וּטְמָמָהּ בַּבַּיִת חַייָּב מִשּׁוּם בּוֹנֶה בַּשָּׂדֶה חַייָּב מִשּׁוּם חוֹרֵשׁ א"ר אַבָּא הַחוֹפֵר גֻּומָּא וְאֵין צָרִיךְ אֶלָּא לַעֲפָרָהּ פָּטוּר עָלֶיהָ אַפֵּי' לֵר' יְהוּדָה דְּאָמַר מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ חַיָּיב עָלֶיהָ ה"מ מְתַקֵּן אֲבָל הַאי מְקַלְקֵל הוּא. תְּנָא הַקּוֹצֵר וְהַבּוֹצֵר וְהַגּוֹדֵר וְהַמּוֹסֵק וְהָאוֹרֶה כֻּולָּן מְלָאכָה אַחַת הֵן. א"ר פָּפָּא הַאי מַאן דִּשְׁדָא פִּיסָּא לְדִיקְלָא וְנֶתֶר תַּמְרֵי חַייָּב שְׁתַּיִם אַחַת מִשּׁוּם תּוֹלֵשׁ וְאַחַת מִשּׁוּם מְפָרֵק. רַב אָשֵׁי אָמַר אֵין דֶּרֶךְ תְּלִישָׁה בְּכָךְ וְאֵין דֶּרֶךְ פְּרִיקָה בְּכָךְ. גָּרְסִי' בְּפֶ' הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צה.) הַחוֹלֵב וְהַמְחַבֵּץ וְהַמְגַבֵּן כִּגְרוֹגֶרֶת חַיָּיב וְאָמַר חוֹלֵב חַייָּב מִשּׁוּם מְפָרֵק וְהַמְחַבֵּץ חַיָּיב מִשּׁוּם בּוֹרֵר וּמְגַבֵּן חַיָּיב מִשּׁוּם בּוֹנֶה וּמְפָרֵק חַייָּב מִשּׁוּם דָּשׁ אָמַר רָבָא הַאי מַאן דְּכָנֵיף מִילְחָא מִמִּילְחֲתָא חַייָּב מִשּׁוּם מְעַמֵּר אַבָּיֵי אָמַר אֵין עִימּוּר אֶלָּא בְּגִידּוּלֵי קַרְקַע וְכֵן הֲלָכָה :
Michna : Les avot melakhot (travaux principaux) sont quarante moins une : celui qui sème, qui laboure, qui moissonne, qui met en gerbes, qui bat, qui vanne, qui trie, qui moud, qui tamise, qui pétrit, qui cuit ; celui qui tond la laine, qui la blanchit, qui la carde, qui la teint, qui file, qui ourdit, qui fait deux lisses, qui tisse deux fils, qui sépare deux fils ; celui qui noue, qui dénoue, qui coud deux points, qui déchire en vue de coudre deux points ; celui qui chasse un cerf, qui l'abat, qui l'écorche, qui le sale, qui tanne sa peau, qui la racle, qui la découpe ; celui qui écrit deux lettres, qui efface en vue d'écrire deux lettres ; celui qui construit, qui démolit, qui éteint, qui allume, qui donne le coup de marteau, et qui fait passer d'un domaine à un autre : voilà les avot melakhot, quarante moins une. Quant au fait que celui qui dénoue est passible, il faut examiner s'il n'est passible que s'il dénoue en vue de nouer, ou même s'il dénoue seulement. On ne peut rien déduire de ce que la michna n'enseigne pas 'dénouer en vue de nouer' comme elle enseigne 'effacer en vue d'écrire', car de même elle n'enseigne pas 'démolir en vue de construire', et pourtant au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 31b) il est dit qu'il faut démolir en vue de construire. Selon ce que Rachi explique dans la guemara (74b) — lorsqu'il se trouve deux fils ensemble, deux fils l'un à côté de l'autre, il en dénoue un et en noue un — il ressort qu'on est passible sans intention de nouer. Mais Rabbenou Hananel et le Rachbam expliquent : lorsqu'un fil s'est rompu en deux endroits, il dénoue les deux nœuds, jette le morceau du milieu et renoue les deux bouts ensemble, et il n'y a là qu'un seul nœud ; selon cette explication, il ressort qu'il faut dénouer en vue de nouer. Guemara : Il a été enseigné : celui qui sème, qui taille la vigne, qui plante, qui provigne et qui greffe, tous accomplissent une seule melakha. Rav Kahana dit : celui qui taille et a besoin du bois est passible deux fois, une au titre de planter et une au titre de moissonner. Rav Yossef dit : celui qui coupe de la luzerne est passible deux fois, une au titre de moissonner et une au titre de planter. Abaye dit : celui qui coupe des bettes est passible deux fois, une au titre de moissonner et une au titre de planter. Il a été enseigné : celui qui laboure, qui creuse et qui trace un sillon, tous accomplissent une seule melakha. Rav Chechet dit : s'il y avait une butte et qu'il l'a enlevée, dans la maison il est passible au titre de construire, dans le champ au titre de labourer. Rava dit : s'il y avait un trou et qu'il l'a comblé, dans la maison il est passible au titre de construire, dans le champ au titre de labourer. Rabbi Abba dit : celui qui creuse un trou et n'a besoin que de sa terre en est exempt, même selon Rabbi Yehouda qui dit qu'une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même rend passible ; cela vaut pour celui qui améliore, mais celui-ci dégrade (mekalkel). Il a été enseigné : celui qui moissonne, qui vendange, qui récolte les dattes, qui cueille les olives et qui cueille les figues, tous accomplissent une seule melakha. Rav Papa dit : celui qui lance une motte contre un palmier et fait tomber des dattes est passible deux fois, une au titre d'arracher et une au titre de détacher (mefarek). Rav Achi dit : ce n'est pas la manière d'arracher, ni la manière de détacher. Nous lisons au chapitre Hamatsnia (Chabbat 95a) : celui qui trait, qui fait cailler et qui fait un fromage du volume d'une figue sèche est passible ; et il est dit : celui qui trait est passible au titre de détacher (mefarek), celui qui fait cailler au titre de trier, celui qui fait le fromage au titre de construire, et celui qui détache au titre de battre. Rava dit : celui qui ramasse du sel dans une saline est passible au titre de mettre en gerbes (méamer). Abaye dit : il n'y a de mise en gerbes que pour ce qui pousse de la terre. Et telle est la halakha.
💡 Explication

Les 39 avot melakhot sont définies par les travaux du Michkan. Or le Michkan était démonté à chaque étape et remonté à l'étape suivante, donc ailleurs. Rabba en conclut que la condition de "même endroit" posée par Oula contredit le modèle même des melakhot.

Oula répond par le verset : les déplacements se faisaient al pi Hachem, sur l'ordre divin. Le lieu du campement suivant était fixé par cet ordre ; le démontage visait donc une reconstruction à un lieu déjà déterminé, et cela équivaut à reconstruire à la même place.

8
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: לְעוֹלָם כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לֵיהּ. וּמַאי שְׁנָא פְּתִילָה? כִּדְאָמַר רַב הַמְנוּנָא, וְאִיתֵּימָא רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: הָכָא בִּפְתִילָה שֶׁצָּרִיךְ לְהַבְהֲבָהּ עָסְקִינַן, דִּבְהָהִיא אֲפִילּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן מוֹדֵי, דְּקָא מְתַקֵּן מָנָא. אָמַר רָבָא: דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי שֶׁהוּא עוֹשָׂהּ פֶּחָם, וְלָא קָתָנֵי מִפְּנֵי שֶׁנַּעֲשֵׂית פֶּחָם. שְׁמַע מִינָּה.

Et Rabbi Yo'hanan dit : en réalité il tient comme Rabbi Chimon. Et en quoi la mèche est-elle différente ?

Comme l'a dit Rav Hamnouna, et certains disent Rav Ada bar Ahava : ici, il s'agit d'une mèche qu'il faut flamber, car dans ce cas même Rabbi Chimon reconnaît [qu'on est passible], puisqu'il répare un ustensile. Rava dit : c'est aussi précis [dans la michna], car elle enseigne 'parce qu'il fait du charbon', et elle n'enseigne pas 'parce qu'elle devient charbon'.

Conclus-en.

📜 Rachi (2)
כְּר' שִׁמְעוֹן דְּפָטַר לֵיהּ מִשּׁוּם דְּאֵין צְרִיכִין לְגוּפָהּ וּכְחַס עַל הַפְּתִילָה הַיְינוּ טַעְמָא דְּמִחַייַּב כְּגוֹן שֶׁצָּרִיךְ לְהַבְהֲבָהּ שֶׁלֹּא הוּבְהֲבָה מִבְּעוֹד יוֹם דְּכִיבּוּי זֶה צָרִיךְ לְגוּפוֹ שֶׁיְּהֵא הַלַּהַב נוֹחַ לֶאֱחֹוז בָּהּ כְּשֶׁיָּבֹא לְהַדְלִיקָהּ:
Comme Rabbi Chimon : qui l'exempte parce qu'elle n'est pas nécessaire pour elle-même ; et pour celui qui ménage la mèche, la raison pour laquelle il rend passible est qu'il s'agit d'une mèche qu'il faut flamber, qui n'a pas été flambée de jour. Cette extinction est alors nécessaire pour elle-même : pour que la flamme prenne facilement sur la mèche quand il viendra l'allumer.
שֶׁהוּא עוֹשֶׂה פֶּחָם שֶׁהוּא מִתְכַּוֵּין מַמָּשׁ לַעֲשׂוֹתָהּ כְּמִין פֶּחָם עַכְשָׁיו אַלְמָא בְּכִבּוּי הַצָּרִיךְ לְגוּפוֹ מַייְרֵי וְלָא קָתָנֵי שֶׁנַּעֲשֵׂית פֶּחָם מִתְּחִלָּתוֹ שֶׁהוּבְהֲבָה דְּנִמְצֵי לְמֵימַר טַעְמָא מִשּׁוּם דְּבַת בִּנְיָן הִיא דְּאִיכָּא בִּנְיָן בִּמְקוֹם סְתִירָה מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּשֶׁמֶן וְנֵר דְּלָא שַׁיָּיךְ בְּהוּ בִּנְיָן וּסְתִירָה:
Parce qu'il fait du charbon : il a réellement l'intention d'en faire maintenant une sorte de charbon. Il s'agit donc d'une extinction nécessaire pour elle-même. La michna n'enseigne pas 'parce qu'elle est devenue charbon dès le début', ayant été flambée, ce qui permettrait de dire que la raison est qu'elle est apte à la construction, qu'il y a construction à l'endroit de la démolition, ce qui ne s'applique pas à l'huile et à la lampe, auxquelles démolition et construction ne s'appliquent pas.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנֵי' לֹא יִקֹּוב אָדָם שְׁפוֹפֶרֶת שֶׁל בֵּיצָה וִימַלְּאֶנָּה שֶׁמֶן וְיִתְּנֶנָּה עַל פִּי הַנֵּר בִּשְׁבִיל שֶׁתְּהֵא מְנַטֶּפֶת וַאֲפִילּוּ הִיא שֶׁל חֶרֶס. וְרַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר: וְלֵית הִלְכְתָא כְּר' יְהוּדָה גְּזֵירָה דִּילְמָא אָתֵי לְאִיסְתַּפּוֹקֵי הֵימֶנָּה. וְאִם חִבְּרָהּ הַיּוֹצֵר מִתְּחִלָּה מֻותָּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּלִי אֶחָד:
Michna : on ne perce pas une coquille d'œuf pour la remplir d'huile et la poser sur l'ouverture de la lampe afin qu'elle goutte, même si elle est d'argile ; et Rabbi Yehouda permet. La halakha n'est pas comme Rabbi Yehouda : c'est une gezera (décret), de peur qu'il ne vienne à y puiser de l'huile. Et si le potier l'a jointe [à la lampe] dès le départ, c'est permis, car c'est un seul ustensile.
גְּמ' אָמַר רַבָּה הַייְנוּ טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְפִי שֶׁאֵין מַדְלִיקִין לֹא בִּפְתִילָה שֶׁאֵינָהּ מְחֹורֶכֶת וְלֹא בִּסְמַרְטוּטִין אע"פ שֶׁמְּחֹורָכִין וְהָכִי אִיתְּמַר בַּתּוֹסֶפְתָּא פ"ב. אֲבָל בְּרוֹב סְפָרִים כָּתוּב וְלֹא בִּסְמַרְטוּטִין שֶׁאֵינָן מְחֹורָכִין. וְגִירְסַת הַתּוֹסֶפְתָּא עִיקָּר דְּכֵיוָן דְּאַשְׁמוֹעִינַן שֶׁאֵין מַדְלִיקִין בִּפְתִילָה שֶׁאֵינָהּ מְחֹורֶכֶת כ"ש בִּסְמַרְטוּטִין שֶׁאֵינָן מְחֹורָכִין וְנוֹהֲגוֹת הַנָּשִׁים לְהַדְלִיק הַפְּתִילָה וּלְכַבּוֹתָהּ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא מְהֻובְהֶבֶת וְיֹאחַז בָּהּ הָאוּר הֵיטֵב וּמִנְהָג יָפֶה הוּא. וּמִיהוּ הֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּמַדְלִיקִין אע"פ שֶׁאֵינָהּ מְחֹורֶכֶת דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שַׁמּוּתִי הוּא וְעוֹד דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפִרְקִין בַּגְּמָרָא (שַׁבָּת דַּף לא:) כְּחָס עַל הַפְּתִילָה הָכָא בִּפְתִילָה שֶׁצָּרִיךְ לְהַבְהֵב עָסְקִינַן אַלְמָא מַשְׁמַע שֶׁיָּכוֹל לְהַדְלִיק בָּהּ אע"פ שֶׁאֵינָהּ מְהֻובְהֶבֶת:
Guemara : Rabba dit : voici la raison de Rabbi Eliezer : parce qu'on n'allume ni avec une mèche non roussie, ni avec des chiffons même roussis ; c'est ainsi qu'il est dit dans la Tossefta, chapitre 2. Mais dans la plupart des livres il est écrit : 'ni avec des chiffons non roussis'. La version de la Tossefta est la principale : puisqu'il nous a appris qu'on n'allume pas avec une mèche non roussie, à plus forte raison avec des chiffons non roussis. Les femmes ont coutume d'allumer la mèche et de l'éteindre, afin qu'elle soit flambée et que le feu y prenne bien, et c'est une belle coutume. Cependant la halakha est comme Rabbi Akiva, qu'on allume même si elle n'est pas roussie, car Rabbi Eliezer est chamouti (de l'école de Chamai) ; de plus, il est dit plus loin dans notre chapitre, dans la guemara (Chabbat 31b) : 'comme celui qui ménage la mèche : ici il s'agit d'une mèche qu'il faut flamber', d'où il ressort qu'on peut l'allumer même si elle n'a pas été flambée.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan garde Rabbi Yossi dans le camp de Rabbi Chimon : une melakha dont on n'a pas besoin du résultat propre est exempte. La mèche fait exception quand elle est neuve et doit être flambée (léhavhev) pour prendre feu facilement. L'éteindre après un premier allumage produit ce résultat : l'extinction est alors voulue pour elle-même, et il répare un ustensile (metaken mana).

Rava appuie cette lecture sur la formulation de la michna : "il fait" du charbon indique une intention active de carboniser la mèche, ce qui correspond au cas de Rabbi Yo'hanan. Le Roch en tire une conséquence : puisque la guemara parle d'une mèche "qu'il faut flamber", on peut aussi allumer une mèche non flambée.

9
מַתְנִי׳ עַל שָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת נָשִׁים מֵתוֹת בִּשְׁעַת לֵידָתָן: עַל שֶׁאֵינָן זְהִירוֹת בַּנִּדָּה, בְּחַלָּה, וּבְהַדְלָקַת הַנֵּר.

Michna : pour trois fautes, les femmes meurent au moment de leur accouchement : parce qu'elles ne sont pas vigilantes pour [les lois de] la nida, pour la hala et pour l'allumage de la lampe.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' בִּשְׁעַת לֵידָתָן בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאי שְׁנָא שְׁעַת לֵידָתָן:
Au moment de leur accouchement : la guemara explique pourquoi c'est au moment de l'accouchement précisément.
💡 Explication

Dernière michna du chapitre Bameh madlikin. Les trois mitsvot citées sont confiées en premier lieu à la femme : les lois de nida (séparation pendant les règles), la hala (part de pâte prélevée et donnée au cohen) et l'allumage de la lampe du Chabbat, qui rattache la michna au sujet du chapitre.

🖼️ Schéma
Trois fautes, un moment de danger : l'accouchement Nida lois de la femme en période de séparation Hala prélèvement d'une part de la pâte pour le cohen Lampe allumage de la lampe du Chabbat Nida : "elle a fauté dans les chambres de son ventre" (Rabbi Yitshak) Le Galiléen : "un reviit de sang Je vous ai donné ; au sujet du sang Je vous ai avertis" (hala et lampe sont expliquées au début de 32a)
Les trois mitsvot de la michna et les explications de la guemara.
10
גְּמָ׳ נִדָּה מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי יִצְחָק: הִיא קִלְקְלָה בְּחַדְרֵי בִטְנָהּ, לְפִיכָךְ תִּלְקֶה בְּחַדְרֵי בִטְנָהּ. תִּינַח נִדָּה — חַלָּה וְהַדְלָקַת הַנֵּר מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? כִּדְדָרַשׁ הַהוּא גָּלִילָאָה עֲלֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רְבִיעִית דָּם נָתַתִּי בָּכֶם — עַל עִסְקֵי דָם הִזְהַרְתִּי אֶתְכֶם.

Guemara : la nida, quelle en est la raison ? Rabbi Yitshak dit : elle a fauté dans les chambres de son ventre, c'est pourquoi elle est frappée dans les chambres de son ventre.

Passe pour la nida ; pour la hala et l'allumage de la lampe, que peut-on dire ? Comme l'a enseigné un certain Galiléen devant Rav Hisda : le Saint, béni soit-Il, a dit : un reviit de sang, Je l'ai mis en vous ; au sujet du sang, Je vous ai avertis.

📜 Rachi (4)
גְּמ' הָכִי גָּרְסִינַן בְּנִדָּה מַאי טַעְמָא:
Guemara : voici la lecture correcte : la nida, quelle en est la raison ?
בְּחַדְרֵי בִּטְנָהּ מְקוֹר דְּמַה:
Dans les chambres de son ventre : la source de son sang.
קִלְקְלָה מַרְדֶּה:
A fauté (kilkela) : s'est rebellée.
רְבִיעִית דָּם חַיֵּי אָדָם תְּלוּיִין בָּהּ:
Un reviit de sang : la vie de l'homme en dépend.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רְבִיעִית דָּם נָתַתִּי בָּכֶם, עַל עִסְקֵי דָם הִזְהַרְתִּי אֶתְכֶם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי אִצְטְרִיךְ לְפָרֵשׁ שִׁיעוּר דַּם הַנֶּפֶשׁ שֶׁהוּא 'רְבִיעִית' לֵימָא סְתָם דָּם נָתַתִּי בָּכֶם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב נַחֲלַת בִּנְיָמִין זַ"ל (מִצְוָה קכ"ז) שִׁיעוּר מִשְׁקַל דַּם הַנֶּפֶשׁ הוּא ח"י דִּינָרִים, וְכָל דִּינָר שִׁשָּׁה מָעִין, וְכָל מָעָה ד' אִיסָּרִין, נִמְצָא מִשְׁקַל דַּם הַנֶּפֶשׁ [6×4×18=432] תל"ב אִיסָּרִין כְּמִנְיַן 'תֵּבֵל' [432] ע"כ עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא לְפִי דְּבָרָיו צָרִיךְ לוֹמַר מִשְׁקַל 'רְבִיעִית' דְּנָקֵיט הָכָא אֵינוֹ רְבִיעִית דְּעָלְמָא, אֶלָּא רְבִיעִית זֶה מִשְׁקָלוֹ עוֹלֶה תל"ב [432] אִיסָּרִין, וְאֶפְשָׁר דְּקָרֵי לֵיהּ 'רְבִיעִית' מִפְּנֵי כִּי תל"ב אִיסָּרִין אֵלּוּ הֵם י"ח דִּינָרִים שֶׁהוּא רְבִיעִית מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִילּוּי יוֹדִין שֶׁעוֹלֶה ע"ב [72÷4=18] . וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁעָשָׂה הקב"ה מִשְׁקַל דַּם הַנֶּפֶשׁ תל"ב כְּמִנְיַן 'תֵּבֵל' לְהוֹרוֹת כִּי הָאָרֶץ הַלֵּזוּ הַמֻּובְחֶרֶת הַנִּקְרֵאת תֵּבֵל לֹא נִבְרֵאת אֶלָּא בַּעֲבוּר הָאָדָם, וְאֵינָהּ מִתְקַייֶּמֶת אֶלָּא עַל יְדֵי אָדָם אֲשֶׁר דַּם חַיּוּתוֹ 'תלב' כְּמִנְיַן 'תֵּבֵל'. וְיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתַב פֶּתַח עֵינַיִם בְּשֵׁם מהרח"ו זַ"ל [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] שֶׁטֻּומְאַת הַנִּדָּה בָּאָה מִכֹּחַ זֻוהֲמַת הַנָּחָשׁ, וְלָכֵן בְּלֵידַת נְקֵבָה הַכֹּל עָצְבִין אֲפִילּוּ הַמַּלְאָכִים , מִפְּנֵי שֶׁהַנְּקֵבָה הִיא כְּלִי מוּכָן לְחֶלְאַת זֻוהֲמַת הַסִּיטְרָא אַחֲרָא עַל יְדֵי דַּם נִדָּתָהּ (וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב עַל מ"ס נִדָּה פ"ג עַיֵּין שָׁם) וּמֵאַחַר שֶׁדַּם הַנִּדָּה בָּא מִכֹּחַ זֻוהֲמַת הַנָּחָשׁ הוּא מְטַמֵּא אֶת הָאָדָם שֶׁהוּא יָקָר הַנִּבְרָאִים אֲשֶׁר הַתֵּבֵל נִבְרֵאת בַּעֲבוּרוֹ וְקַיֶּימֶת בַּעֲבוּרוֹ. וְזֶה שֶׁאָמַר רְבִיעִית דָּם נָתַתִּי בָּכֶם , נָתַן שִׁיעוּר לִרְמֹוז עַל מַעֲלַת הָאָדָם הַנּוֹכַחַת מִן הַשִּׁיעוּר הַזֶּה שֶׁל רְבִיעִית שֶׁהוּא תלב [432] כְּמִנְיַן 'תֵּבֵל' וּרְצוֹנוֹ לוֹמַר מֵאַחַר שֶׁרְבִיעִית דָּם נָתַתִּי בָּכֶם לְהוֹרוֹת שֶׁהַתֵּבֵל נִבְרָא בַּעֲבוּרְכֶם וְקַיָּים בַּעֲבוּרְכֶם עַל כֵּן נִמְצָא קְדוֹשִׁים אַתֶּם וּצְרִיכִין לְהִתְרַחֵק מִן הַזֻּוהֲמָא הַנִּמְשָׁכָהּ מִסִּטְרָא אַחֲרָא, וּלְכָךְ עַל עִסְקֵי דָם הִזְהַרְתִּי אֶתְכֶם , כִּי לְפִי מַעֲלַתְכֶם צְרִיכִים לִהְיוֹת טְהוֹרִים וּמֻובְדָּלִים מִטֻּומְאָה הַבָּאָה מִזֻּוהֲמַת הַסִּטְרָא אַחֲרָא.
Le Saint, béni soit-Il, a dit : un reviit de sang Je l'ai mis en vous ; au sujet du sang Je vous ai avertis. On peut demander : pourquoi a-t-il fallu préciser la mesure du sang vital, un reviit ? Il aurait pu dire simplement : du sang Je l'ai mis en vous. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [l'expliquer] d'après ce qu'écrit le Rav Nahalat Binyamin (mitsva 127) : la mesure du poids du sang vital est de dix-huit dinars ; chaque dinar vaut six maot, chaque maa quatre issarim ; le poids du sang vital est donc de 432 issarim (6 x 4 x 18), le nombre de 'tevel' (le monde habité, 432). Jusqu'ici ses paroles, voir là-bas. Il faut donc dire, selon lui, que le poids du 'reviit' mentionné ici n'est pas un reviit ordinaire, mais un reviit dont le poids s'élève à 432 issarim. On peut l'appeler 'reviit' (quart) parce que ces 432 issarim sont dix-huit dinars, soit le quart du nombre du Nom Havaya écrit en plénitude avec des yod, qui vaut 72 (72 / 4 = 18). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle le Saint, béni soit-Il, a fixé le poids du sang vital à 432, le nombre de 'tevel', est d'enseigner que cette terre choisie, appelée tevel, n'a été créée que pour l'homme et ne subsiste que par l'homme, dont le sang vital vaut 432, le nombre de 'tevel'. Et l'on connaît ce qu'écrit le Petah Enayim au nom de Maharhou (notre maître Rabbi Haim Vital) : l'impureté de la nida vient de la force de la souillure du serpent ; c'est pourquoi, à la naissance d'une fille, tous sont attristés, même les anges, car la femme est un réceptacle exposé à la souillure de la sitra a'hra (l'autre côté) par le sang de sa nida (comme il l'écrit sur le traité Nida, chapitre 3, voir là-bas). Puisque le sang de la nida vient de la force de la souillure du serpent, il rend impur l'homme, la plus précieuse des créatures, pour lequel le monde à été créé et par lequel il subsiste. C'est ce qu'il dit : un reviit de sang Je l'ai mis en vous : il a donné une mesure pour faire allusion à l'élévation de l'homme, qui ressort de cette mesure d'un reviit, 432, le nombre de 'tevel'. Il veut dire : puisque J'ai mis en vous un reviit de sang, pour enseigner que le monde à été créé pour vous et subsiste par vous, vous êtes donc saints et devez vous éloigner de la souillure qui provient de la sitra a'hra ; c'est pourquoi au sujet du sang Je vous ai avertis : selon votre élévation, vous devez être purs et séparés de l'impureté qui vient de la souillure de la sitra a'hra.
💡 Explication

Pour la nida, Rabbi Yitshak applique le principe mida kenegued mida (mesure pour mesure) : la faute concerne l'organe de la naissance, la sanction frappe au moment de la naissance. Rachi traduit kilkela par "s'est rebellée".

Ce principe n'explique pas la hala ni la lampe. Le Galiléen propose une lecture d'ensemble qui commence ici : Hachem a placé en l'homme un reviit de sang, mesure dont la vie dépend (Rachi), et a donné un commandement au sujet du sang, la nida. La suite de son enseignement, pour la hala et la lampe, se trouve au début de 32a.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).