Sougya : Le daf poursuit l'aggada sur la Michna de 31b : pour trois fautes (nida, 'hala, allumage de la lampe) les femmes meurent au moment de l'accouchement. Après le lien entre 'reshit' (la 'hala), 'ner' (l'âme et la lampe) et la punition, la Guemara demande pourquoi le jugement tombe justement à l'heure de la naissance ; Rava, Abaye, Rav 'Hisda, Mar Oukva et Rav Papa répondent par des proverbes : le moment du danger est le moment où l'on examine les fautes.
Pour les hommes, ce moment est le passage d'un pont ou tout lieu dangereux ; d'où les conduites de Rav, Chemouel, Rabbi Yanai et Rabbi Zeira. Un malade doit 'apporter un mérite pour être acquitté' ; ses avocats sont la techouva et les bonnes actions, et un seul défenseur sur mille suffit.
Le daf se termine par les variantes 'yolédot / yéladot', les fautes des amei ha-arets et l'importance des lois de hekdech, terouma et maasser.
(Le Saint, béni soit-Il, dit :) Je vous ai appelés 'reshit' (prémices) ; Je vous ai mis en garde au sujet de 'reshit' (la 'hala). L'âme que J'ai placée en vous est appelée 'ner' (lampe) ; Je vous ai mis en garde au sujet du 'ner' (la lampe de Chabbat).
Si vous les accomplissez, c'est bien ; sinon, voici que Je prends votre âme.
Ce passage termine un enseignement commencé en 31b : la femme est punie pour la 'hala, la nida et la lampe parce que ces mitsvot correspondent à ce qui a été abîmé lors de la faute d'Adam. Ici le lien est posé par les mots : Israël est appelé reshit et la 'hala est 'reshit arisoteikhem' ; l'âme est appelée ner et la mitsva est le ner de Chabbat.
La sanction suit la même logique : celui qui néglige la mitsva de l'âme (ner) perd son âme. Rachi y voit une punition mesure pour mesure.
Et en quoi (le moment) de leur accouchement est-il différent ? Rava a dit : Le bœuf est tombé, aiguise le couteau.
Abaye a dit : Que les fautes de la servante se multiplient, elles seront (punies) par un seul coup de bâton. Rav 'Hisda a dit : Laisse l'ivrogne, il tombera de lui-même.
Mar Oukva a dit : Le berger est boiteux et les chèvres courent ; à la porte de l'enclos, les paroles ; et dans la bergerie, le compte. Rav Papa a dit : À la porte des boutiques, frères et amis abondent ; à la porte de la ruine, ni frères ni amis.
La question porte sur le moment de la punition : pourquoi les trois fautes sont-elles sanctionnées justement pendant l'accouchement ? Les cinq proverbes donnent la même réponse sous des angles différents : quand l'homme est déjà en position de faiblesse (bœuf tombé, ivrogne, berger qui retrouve ses chèvres à l'enclos), le jugement s'exerce sur lui.
Rachi explique les images : l'accouchement est un moment de danger où la femme a besoin d'un miracle ; on examine alors ses actes. En temps ordinaire, ses mérites 'tiennent en suspens' l'accusation ; à l'heure du danger, ses défenseurs (peraklitin) se retirent, comme les amis à la porte de la ruine.
Et les hommes, où sont-ils examinés ? Reich Lakich a dit : Au moment où ils traversent un pont.
Un pont, et rien d'autre ? Dis : (tout ce qui est) comme un pont.
Rav ne traversait pas sur un bac où était assis un non-Juif ; il disait : Peut-être son jugement sera-t-il exécuté sur lui, et je serai pris avec lui. Chemouel ne traversait que sur un bac où se trouvait un non-Juif ; il disait : Le Satan ne domine pas sur deux peuples (à la fois).
Pour les hommes, le lieu d'examen est le pont, et par extension tout lieu de danger (Rachi : mur penché, voyage). À ce moment, les actes de l'homme sont examinés.
Rav et Chemouel en tirent des conduites opposées sur le bac (mabara). Rav craint d'être pris dans le jugement d'un autre passager. Chemouel pense que le Satan n'exerce pas son pouvoir sur deux peuples en même temps : la présence d'un non-Juif protège donc le bateau.
Rabbi Yanai examinait (le bac) et traversait. Rabbi Yanai suit son raisonnement, car il a dit : Que l'homme ne se tienne jamais dans un lieu de danger en disant qu'on lui fera un miracle, de peur qu'on ne lui fasse pas de miracle.
Et si on lui fait un miracle, on le déduit de ses mérites. Rabbi 'Hanin a dit : Quel est le verset ? 'Je suis devenu petit par toutes les bontés et toute la vérité' (Berechit 32, 11).
Rabbi Zeira, un jour de vent du sud, ne sortait pas entre les palmiers.
Rabbi Yanai adopte une voie prudente : il vérifie le bac avant de monter. Son principe : on ne compte pas sur le nés (miracle). Deux raisons : le miracle peut ne pas venir, et s'il vient, il est déduit des mérites.
Le verset de Yaakov le montre : 'katonti', 'je suis devenu petit', se lit 'mes mérites ont diminué' à cause des bontés reçues. Rabbi Zeira applique la même prudence les jours de vent du sud (chouta).
Rav Yits'hak, fils de Rav Yehouda, a dit : Que l'homme demande toujours miséricorde pour ne pas tomber malade, car s'il tombe malade, on lui dit : Apporte un mérite et sois acquitté. Mar Oukva a dit : Quel est le verset ? 'Si celui qui tombe tombe mimenou' (Devarim 22, 8) : de lui (mimenou) il faut apporter la preuve.
L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : 'Si celui qui tombe tombe (mimenou)' : celui-ci était destiné à tomber depuis les six jours de la Création, puisqu'il n'est pas (encore) tombé et que le verset l'appelle 'celui qui tombe'. Seulement, on fait advenir un mérite par un méritant et une culpabilité par un coupable.
La maladie est un moment d'examen comme l'accouchement ou le pont. Le malade doit 'apporter un mérite' (havei zekhout) pour être acquitté ; d'où le conseil de prier avant d'en arriver là.
Le verset du parapet (maake) est lu de deux façons. Mar Oukva lit 'mimenou' comme 'de lui-même' : la preuve doit venir du malade. L'école de Rabbi Yichmael tire du mot 'ha-nofel' (celui qui tombe) que la chute était décrétée ; mais le propriétaire qui n'a pas construit le parapet reste coupable, car 'on fait advenir la culpabilité par un coupable'.
Nos Maîtres ont enseigné : Celui qui est tombé malade et est sur le point de mourir, on lui dit : Fais le vidouy (confession), car tous ceux qui sont mis à mort font le vidouy. Un homme sort au marché : qu'il se considère comme celui qui a été livré à un garde (sardiot).
Il a mal à la tête : qu'il se considère comme celui qu'on a mis au carcan (qolar). Il s'est mis au lit et est tombé (malade) : qu'il se considère comme celui qu'on a fait monter à l'échafaud (gardom) pour être jugé ; car quiconque monte à l'échafaud pour être jugé, s'il a de grands avocats (peraklitin), il est sauvé, et sinon, il n'est pas sauvé.
La baraita fixe deux règles. Le malade en danger doit faire le vidouy (confession des fautes), comme le condamné à mort (Akhan en est le modèle).
Elle présente ensuite une gradation : chaque situation de la vie courante est comparée à une étape d'une procédure judiciaire. Le dernier degré, l'alitement, correspond au jugement capital ; seuls de grands peraklitin (avocats) peuvent alors sauver l'accusé. Le segment suivant dira qui sont ces avocats.
Et voici les avocats de l'homme : la techouva (repentir) et les bonnes actions. Et même si neuf cent quatre-vingt-dix-neuf plaident contre lui et un seul plaide en sa faveur, il est sauvé, comme il est dit : 'S'il y a pour lui un ange, un avocat, un parmi mille, pour dire à l'homme sa droiture, alors Il lui fait grâce et dit : Délivre-le de la descente dans la fosse, etc.' (Iyov 33, 23-24).
Rabbi Eliezer, fils de Rabbi Yossi HaGlili, dit : Même si neuf cent quatre-vingt-dix-neuf (parts) dans cet ange même sont à charge et une à décharge, il est sauvé, comme il est dit : 'un avocat, un parmi mille'.
Les peraklitin (du grec parakletos, avocat) sont les actes que l'homme accomplit en bas et qui plaident pour lui en haut : techouva et bonnes actions.
Le verset d'Iyov est lu de deux manières. Selon la baraita, il y a mille anges et un seul défend. Rabbi Eliezer va plus loin : dans la plaidoirie d'un même ange, une seule part sur mille est favorable, et cela suffit. Rachi montre que le verset permet les deux lectures, parce que 'un parmi mille' suit à la fois 'ange' et 'avocat'.
Nos Maîtres ont enseigné : Pour trois fautes les femmes meurent 'yoledot' (en accouchant). Rabbi Elazar dit : les femmes meurent 'yeladot' (jeunes).
Rabbi A'ha dit : à cause de la faute de laver les excréments de leurs enfants le Chabbat. Et certains disent : parce qu'elles appellent l'arche sainte 'arna'.
La baraita revient à la Michna. Deux versions : yoledot (elles meurent en accouchant) ou yeladot (elles meurent jeunes). La différence porte sur le moment de la punition.
Deux autres fautes sont ajoutées : laver les vêtements souillés des enfants le Chabbat (Rabbi A'ha), et appeler l'aron ha-kodech 'arna', mot courant pour un coffre ordinaire. Tossefot précise qu'il s'agit de l'arche de la synagogue.
Il a été enseigné : Rabbi Yichmael ben Elazar dit : À cause de deux fautes les amei ha-arets (ignorants) meurent : parce qu'ils appellent l'arche sainte 'arna', et parce qu'ils appellent la synagogue 'beit am' (maison du peuple). Il a été enseigné : Rabbi Yossi dit : Trois 'bidkei mita' (examens de mort) ont été créés dans la femme ; et certains disent : trois 'divkei mita' (fautes qui attachent la mort) : la nida, la 'hala et l'allumage de la lampe.
L'une (des formules) est selon Rabbi Elazar et l'autre selon les Rabbanan.
Rabbi Yichmael ben Elazar applique le reproche aux amei ha-arets : parler de l'arche ou de la synagogue avec des mots ordinaires ('arna', 'beit am') manque de respect pour les objets saints.
Les deux formules de Rabbi Yossi correspondent aux deux versions du segment précédent. Bidkei mita : des fautes examinées au moment du danger, donc à l'accouchement (Rabbanan, 'yoledot'). Divkei mita : des fautes qui rapprochent la mort, même jeune (Rabbi Elazar, 'yeladot').
Il a été enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : Les lois du hekdech (biens consacrés), des teroumot et des maasserot (dîmes) sont elles-mêmes des éléments essentiels de la Torah,
Le segment s'arrête au milieu de la phrase ; la suite (32b) dit que ces lois 'ont été confiées aux amei ha-arets'. Le lien avec ce qui précède : comme la 'hala, ces mitsvot concernent des prélèvements sur les biens.
Goufei Torah désigne des lois centrales et graves, qui touchent des interdits sévères (meila, consommation de tevel). Elles sont pourtant laissées à la responsabilité de chacun, y compris de ceux qui les connaissent mal.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).