Sougya : Le folio poursuit la liste ouverte plus haut : à chaque faute répond une sanction précise, lue dans un verset. Par la faute des vœux non acquittés, Rabbi Natan fait mourir l'épouse et Rabbi les enfants en bas âge.
Une baraita oppose ensuite Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, qui retient les vœux, à Rabbi Yehouda ha-Nassi, qui retient le bitoul Torah, et la guemara explique que Rabbi s'est rangé au premier avis après l'avoir entendu. Deux autres controverses portent sur la mezouza, l'étude de la Torah et les tsitsit, et dépendent de la règle selon laquelle un verset se dérive de celui qui le précède, ou aussi de celui qui précède celui-là.
Rech Lakich chiffre la récompense des tsitsit à deux mille huit cents serviteurs, puis un signe mnémotechnique ouvre la série de la haine gratuite, de la halla, des teroumot et maasserot et du vol.
... et elles ont été remises aux ammei ha-arets (ceux qui ne sont pas versés dans l'étude).
Le segment achève une phrase commencée au folio précédent, sur les mitsvot appelées goufei Torah, les corps de la Torah. La guemara y range des obligations dont l'accomplissement repose sur la parole d'un particulier, sans contrôle d'un tribunal.
Rachi précise l'enjeu : la halla, la terouma, les maasserot et le hekdech sont confiés à chacun, et la Torah admet le témoignage de tout homme sur ce qu'il a prélevé ou consacré. C'est cette confiance, accordée même à l'am ha-arets, qui fait de ces mitsvot un cas limite, et qui explique la sanction attachée à leur négligence dans toute la suite du folio.
Il a été enseigné : Rabbi Natan dit : par la faute des vœux, la femme d'un homme meurt, ainsi qu'il est dit : "si tu n'as pas de quoi payer, pourquoi prendrait-il ta couche de dessous toi ?". Rabbi dit : par la faute des vœux, les enfants meurent alors qu'ils sont petits, ainsi qu'il est dit : "ne laisse pas ta bouche faire pécher ta chair, et ne dis pas devant le messager : c'est une erreur ; pourquoi D.ieu s'irriterait-il de ta voix et détruirait-il l'œuvre de tes mains ?".
Quelles sont les œuvres des mains d'un homme ? Dis : ce sont ses fils et ses filles.
Le neder, le vœu, engage à apporter une offrande ou à consacrer un bien. La faute visée ici est l'engagement pris et laissé sans suite. Rabbi Natan et Rabbi lisent chacun un verset différent et arrivent à deux sanctions distinctes.
Le premier verset joue sur le mot michkavekha, ta couche, que Rachi rapporte à l'épouse. Le second verset, dans Kohelet, parle de la destruction de l'œuvre des mains, et la guemara identifie cette œuvre aux fils et aux filles. Le malakh, le messager du verset, désigne selon Rachi le trésorier du hekdech, celui devant qui l'on tente de se dédire.
Nos maîtres ont enseigné : par la faute des vœux, les enfants meurent — paroles de Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon. Rabbi Yehouda ha-Nassi dit : par la faute du bitoul Torah (l'abandon de l'étude).
Soit, selon celui qui dit par la faute des vœux, comme nous l'avons dit ; mais selon celui qui dit par la faute du bitoul Torah, quel est son verset ? Il est écrit : "c'est en vain que j'ai frappé vos fils, ils n'ont pas pris de moussar".
Rav Nahman bar Yits'hak dit : selon celui qui dit par la faute des vœux, on peut aussi le tirer d'ici : "c'est en vain que j'ai frappé vos fils" — pour des affaires de vanité (chav). Or Rabbi Yehouda ha-Nassi, c'est Rabbi, et Rabbi a dit par la faute des vœux !
Il l'a enseigné ainsi après l'avoir entendu de Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon.
La baraita oppose deux causes à la mort des enfants : les vœux non acquittés et le bitoul Torah, l'abandon de l'étude. Le verset de Yirmeyahou sert successivement aux deux avis : Rachi le lit comme une question rhétorique, et Rav Nahman bar Yits'hak retient le mot chav, en vain, pour l'appliquer aux vœux mensongers.
La difficulté tient à l'identité des noms : Rabbi Yehouda ha-Nassi et Rabbi sont une seule et même personne, et les deux baraitot lui prêtent des avis opposés. La réponse est chronologique, et non doctrinale : Rabbi a changé d'avis après avoir entendu Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon.
Rabbi Hiya bar Abba et Rabbi Yossi sont en désaccord là-dessus : l'un dit par la faute de la mezouza, l'autre dit par la faute du bitoul Torah. Selon celui qui dit par la faute de la mezouza, un verset se dérive de celui qui le précède et non de celui qui précède celui-là.
Et selon celui qui dit par la faute du bitoul Torah, un verset se dérive de celui qui le précède et aussi de celui qui précède celui-là.
Les deux avis ne portent pas sur la gravité des fautes mais sur une règle d'exégèse. La promesse de Devarim 11, 21 suit immédiatement le verset de la mezouza (11, 20), lui-même précédé du verset de l'étude (11, 19).
Celui qui admet seulement lefanav, la dérivation à partir du verset immédiatement précédent, rattache la promesse à la seule mezouza. Celui qui admet aussi lifnei fanav, deux versets en arrière, la rattache également à l'étude. La conséquence pratique est la cause assignée à la mort des enfants.
Rabbi Meir et Rabbi Yehouda sont en désaccord là-dessus : l'un dit par la faute de la mezouza, l'autre dit par la faute des tsitsit. Soit, selon celui qui dit par la faute de la mezouza, puisqu'il est écrit "et tu les écriras sur les montants de ta maison", et qu'il est écrit après cela "afin que se multiplient vos jours et les jours de vos fils".
Mais selon celui qui dit par la faute des tsitsit, quelle est sa raison ? Rav Kahana a dit, et certains disent Chila Mari : puisqu'il est écrit "même dans tes pans s'est trouvé le sang des âmes des pauvres innocents".
Rav Nahman bar Yits'hak dit : selon celui qui dit par la faute de la mezouza, on peut aussi le tirer d'ici, puisqu'il est écrit "ce n'est pas par effraction que je les ai trouvés" — parce qu'ils ont fait leurs ouvertures comme une brèche.
La controverse de Rabbi Meir et Rabbi Yehouda reprend la même question avec d'autres protagonistes. L'avis de la mezouza s'appuie sur la suite des versets de Devarim 11 ; l'avis des tsitsit s'appuie sur Yirmeyahou 2, 34, où le mot kanaf, le pan du vêtement, désigne l'endroit même où se noue la mitsva.
Rav Nahman bar Yits'hak fournit une preuve supplémentaire à l'avis de la mezouza, tirée de la suite du même verset. Rachi explique que la mahteret, la brèche pratiquée par un voleur, n'a pas de montants : une porte sans mezouza ressemble à une ouverture percée dans un mur.
Rech Lakich a dit : quiconque est scrupuleux dans la mitsva des tsitsit mérite que deux mille huit cents serviteurs le servent, ainsi qu'il est dit : "ainsi parle ה' [Tsevaot] : en ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations saisiront, oui saisiront le pan du vêtement d'un homme juif, en disant : nous irons avec vous", etc.
Rech Lakich chiffre la récompense de la mitsva à partir du verset de Zekharya, où dix hommes de chaque nation saisissent le kanaf, le pan du vêtement d'un Juif. Rachi détaille le calcul : dix hommes multipliés par les soixante-dix langues donnent sept cents par pan, et le vêtement en compte quatre.
Le nombre tient au mot du verset : la saisie porte sur le pan, lieu même de la mitsva, et la récompense se mesure à l'organe de l'obligation.
Signe mnémotechnique : haine, halla, terouma, spoliée, jugement, serment, renversement, découvrement et grossièreté. Il a été enseigné : Rabbi Nehemia dit : par la faute de la haine gratuite, la dispute se multiplie dans la maison d'un homme, sa femme fait des fausses couches, et ses fils et ses filles meurent alors qu'ils sont petits.
Rabbi Elazar be-Rabbi Yehouda dit : par la faute de la halla, il n'y a pas de bénédiction dans ce qui est engrangé, une malédiction est envoyée sur les prix, et l'on sème des semences que d'autres mangent, ainsi qu'il est dit : "moi aussi je vous ferai ceci : je susciterai contre vous l'épouvante (behala), la consomption et la fièvre, qui épuisent les yeux et consument l'âme ; vous sèmerez en vain votre semence, car vos ennemis la mangeront". Ne lis pas behala mais be-halla.
Et s'ils donnent, ils sont bénis, ainsi qu'il est dit : "et les prémices de vos pétrins, vous les donnerez au cohen, pour faire reposer la bénédiction sur ta maison".
Le siman, signe mnémotechnique, annonce l'ordre des enseignements à venir : haine, halla, terouma, bien spolié, jugement, serment, et la suite, qui se poursuivra sur le folio suivant. Ces signes servaient à retenir l'ordre d'une série transmise oralement.
La sanction de la halla repose sur une lecture du verset de Vayikra : le mot behala, épouvante, se lit be-halla, par la faute de la halla. La sanction porte sur le blé engrangé, sur les chearim, les prix du marché, et sur la récolte dont d'autres profiteront ; le versant positif est tiré de Ye'hezkel, où le don au cohen fait reposer la bénédiction sur la maison.
Par la faute de l'annulation des teroumot et des maasserot, les cieux sont retenus de faire descendre la rosée et la pluie, la vie chère s'installe, le gain est perdu, et les gens courent après leur subsistance sans l'atteindre, ainsi qu'il est dit : "la sécheresse et la chaleur ravissent les eaux de neige, ainsi le cheol ceux qui ont péché". Quelle en est l'indication ?
On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : à cause des choses que je vous ai ordonnées à la saison chaude et que vous n'avez pas faites, les eaux de neige vous seront ravies à la saison des pluies. Et s'ils donnent, ils sont bénis, ainsi qu'il est dit : "apportez toute la dîme à la maison du trésor, et qu'il y ait de la nourriture dans ma maison, et éprouvez-moi donc par là, dit ה' Tsevaot : verrez-vous que je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux et que je ne vide pas sur vous une bénédiction jusqu'à plus que suffisance (ad beli dai)".
Que signifie ad beli dai ? Rami bar Hama a dit au nom de Rav : jusqu'à ce que vos lèvres s'usent à dire assez.
La sanction se déploie en chaîne : la pluie retenue, puis la vie chère, puis le gain qui se perd, puis la poursuite vaine de la subsistance. L'école de Rabbi Yichmael tire cette chaîne du mot tsia d'Iyov, lu comme tsivouy, commandement : ce qui a été négligé à la saison des récoltes est repris à la saison des pluies.
Le versant positif vient de Malakhi, seul endroit où l'Écriture invite à éprouver Hachem. Rav lit l'expression ad beli dai en rattachant beli au verbe user : l'abondance durera jusqu'à l'usure des lèvres qui disent assez.
Par la faute du vol, la sauterelle (govai) monte, la famine s'installe, et les gens mangent la chair de leurs fils et de leurs filles, ainsi qu'il est dit : "écoutez cette parole, vaches du Bachan qui êtes sur la montagne de Chomron, vous qui opprimez les faibles, qui écrasez les indigents". Rava a dit : comme ces femmes de Mehoza
Le verset d'Amos apostrophe les parot ha-Bachan, les vaches du Bachan, image des notables de Chomron qui pressurent les faibles. La guemara y rattache trois sanctions liées entre elles : l'invasion du govai, l'espèce de sauterelle, la famine, et son terme extrême.
Rava applique l'image à son temps et nomme les femmes de Mehoza. Sa phrase reste ici inachevée : la suite, qui précise le reproche, se lit au début du folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).