Shabbat 32b — Les fautes et leurs sanctions : vœux non acquittés, bitoul Torah, mezouza, tsitsit, haine gratuite, halla, teroumot et vol

Shabbat 32b

Sougya : Le folio poursuit la liste ouverte plus haut : à chaque faute répond une sanction précise, lue dans un verset. Par la faute des vœux non acquittés, Rabbi Natan fait mourir l'épouse et Rabbi les enfants en bas âge.

Une baraita oppose ensuite Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, qui retient les vœux, à Rabbi Yehouda ha-Nassi, qui retient le bitoul Torah, et la guemara explique que Rabbi s'est rangé au premier avis après l'avoir entendu. Deux autres controverses portent sur la mezouza, l'étude de la Torah et les tsitsit, et dépendent de la règle selon laquelle un verset se dérive de celui qui le précède, ou aussi de celui qui précède celui-là.

Rech Lakich chiffre la récompense des tsitsit à deux mille huit cents serviteurs, puis un signe mnémotechnique ouvre la série de la haine gratuite, de la halla, des teroumot et maasserot et du vol.

Chabbat 32b — les fautes du folio et leurs sanctions La faute La sanction annoncée Le verset Vœux non acquittés La femme de l'homme meurt (Rabbi Natan) Michle 22, 27 Vœux non acquittés Les enfants meurent en bas âge (Rabbi) Kohelet 5, 5 Bitoul Torah Les enfants meurent Yirmeyahou 2, 30 Mezouza Les enfants meurent Devarim 11, 20-21 Tsitsit Les enfants meurent Yirmeyahou 2, 34 Haine gratuite Dispute dans la maison, fausses couches, enfants morts en bas âge baraita, sans verset Halla Pas de bénédiction dans l'engrangé, malédiction sur les prix, autrui mange la récolte Vayikra 26, 16 Teroumot et maasserot Les cieux retiennent rosée et pluie, vie chère, gain perdu, course sans résultat Iyov 24, 19 Vol La sauterelle monte, la famine s'installe Amos 4, 1
Vue d'ensemble du folio : chaque faute, la sanction qui lui répond et le verset qui la porte.
Pourquoi les enfants meurent : quatre couples d'avis Le couple Premier avis Second avis Baraita R. Natan / Rabbi R. Natan : par la faute des vœux, la femme de l'homme meurt. Michle 22, 27 : ta couche = l'épouse Rabbi : par la faute des vœux, les enfants meurent en bas âge. Kohelet 5, 5 : l'œuvre de tes mains Baraita des Sages R. Elazar be-R. Chimon : par la faute des vœux. R. Yehouda ha-Nassi : par la faute du bitoul Torah. Il se rangera ensuite au premier avis R. Hiya bar Abba et R. Yossi Par la faute de la mezouza. Le verset se dérive de celui qui le précède seulement. Par la faute du bitoul Torah. Le verset se dérive aussi de celui qui précède celui qui le précède. R. Meir et R. Yehouda Par la faute de la mezouza. Devarim 11, 20-21 et Yirmeyahou 2, 34 Par la faute des tsitsit. Yirmeyahou 2, 34 : dans tes pans
Les quatre couples d'avis sur la cause de la mort des enfants.
Devarim 11 : un verset se dérive-t-il de deux versets en arrière ? Devarim 11, 19 Et vous les enseignerez à vos fils : l'étude de la Torah. Devarim 11, 20 Et tu les écriras sur les montants de ta maison : la mezouza. Devarim 11, 21 Afin que se multiplient vos jours et les jours de vos fils : la récompense, et son envers, la mort des enfants. lefanav le verset immédiatement précédent : la mezouza. lifnei fanav deux versets en arrière : l'étude. Celui qui admet seulement lefanav impute la mort des enfants à la mezouza. Celui qui admet aussi lifnei fanav l'impute à l'abandon de l'étude.
La règle de dérivation qui sépare les deux avis de Rabbi Hiya bar Abba et Rabbi Yossi.
1
וְנִמְסְרוּ לְעַמֵּי הָאָרֶץ.

... et elles ont été remises aux ammei ha-arets (ceux qui ne sont pas versés dans l'étude).

📜 Rachi (1)
וְנִמְסְרוּ לְעַמֵּי הָאָרֶץ שֶׁלֹּא מָסְרוּ לב"ד לְמַנּוֹת שׁוֹמְרִין לְדָבָר וְהֶאֱמִינָה תּוֹרָה אֶת כָּל אָדָם עֲלֵיהֶן וְהֵן הֵן גּוּפֵי תוֹרָה שֶׁחֲבֵרִים אוֹכְלִין פִּתָּן וְסוֹמְכִין שֶׁנִּיטַּל מִמֶּנּוּ חַלָּה וּתְרוּמָה וּמַעַשְׂרוֹת וְהֶקְדֵּשׁ נָמֵי מָסוּר לְכָל אָדָם לְהַקְדִּישׁ וְחָל הֶקְדֵּשׁ ע"פ כָּל אָדָם וְהֵן גּוּפֵי תּוֹרָה שֶׁהָיִינוּ צְרִיכִים לָחוּשׁ בְּמִטַּלְטְלִין שֶׁמָּא הִקְדִּישׁוֹ וְחָזַר בּוֹ ואע"ג דְּתַקּוּן רַבָּנָן דְּמַאי מ"מ תּוֹרָה הֶאֱמִינַתּוּ וְרַבּוֹתַי מְפָרְשִׁים הִלְכוֹת הֶקְדֵּשׁ כְּגוֹן יַיִן לִנְסָכִים כְּדִמְפָרֵשׁ בְּחֹומֶר בַּקֹּדֶשׁ (חֲגִיגָה דַּף כז:) שֶׁעַמֵּי הָאָרֶץ נֶאֱמָנִים עָלָיו וְקַשְׁיָא לִי אִי מִדְּרַבָּנָן קָאָמַר דְּחָשֵׁיב מַאי דְּהֵימַנּוּהוּ רַבָּנָן לָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת דְּרַבָּנָן לָא הֵימַנּוּהוּ:
Et elles ont été remises aux ammei ha-arets : car on ne les a pas remises au beit din pour qu'il désigne des gardiens en la matière, et la Torah a fait confiance à tout homme à leur sujet. Ce sont là des corps de Torah (goufei Torah) : les haverim mangent leur pain et se fient à ce que la halla, la terouma et les maasserot en ont été prélevés. Le hekdech aussi est remis à tout homme pour consacrer, et la consécration prend effet sur la parole de tout homme — ce sont là des corps de Torah, car pour des biens meubles nous aurions dû craindre qu'ils aient été consacrés puis que leur propriétaire se soit rétracté. Et bien que les Sages aient institué le demai, la Torah, elle, lui a fait confiance. Mes maîtres expliquent qu'il s'agit des lois du hekdech, comme le vin destiné aux libations, ainsi qu'il est expliqué au chapitre Homer ba-kodech (Haguiga 27b), au sujet duquel les ammei ha-arets sont dignes de foi. Cela me fait difficulté : s'il parle d'une confiance rabbinique, en comptant ce que les Sages leur ont accordé, il n'aurait pas dû enseigner les teroumot et les maasserot, car pour ce qui est d'ordre rabbinique on ne leur a pas fait confiance.
💡 Explication

Le segment achève une phrase commencée au folio précédent, sur les mitsvot appelées goufei Torah, les corps de la Torah. La guemara y range des obligations dont l'accomplissement repose sur la parole d'un particulier, sans contrôle d'un tribunal.

Rachi précise l'enjeu : la halla, la terouma, les maasserot et le hekdech sont confiés à chacun, et la Torah admet le témoignage de tout homme sur ce qu'il a prélevé ou consacré. C'est cette confiance, accordée même à l'am ha-arets, qui fait de ces mitsvot un cas limite, et qui explique la sanction attachée à leur négligence dans toute la suite du folio.

2
תַּנְיָא רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: בַּעֲוֹן נְדָרִים מֵתָה אִשָּׁה שֶׁל אָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִם אֵין לְךָ לְשַׁלֵּם לָמָּה יִקַּח מִשְׁכָּבְךָ מִתַּחְתֶּיךָ״. רַבִּי אוֹמֵר: בַּעֲוֹן נְדָרִים בָּנִים מֵתִים כְּשֶׁהֵן קְטַנִּים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַל תִּתֵּן אֶת פִּיךָ לַחֲטִיא אֶת בְּשָׂרֶךָ וְאַל תֹּאמַר לִפְנֵי הַמַּלְאָךְ כִּי שְׁגָגָה הִיא לָמָּה יִקְצֹוף הָאֱ-לֹהִים עַל קוֹלֶךָ וְחִבֵּל אֶת מַעֲשֵׂה יָדֶיךָ״. אֵיזֶה הֵן מַעֲשֵׂה יָדָיו שֶׁל אָדָם? הֱוֵי אוֹמֵר בָּנָיו וּבְנוֹתָיו שֶׁל אָדָם.

Il a été enseigné : Rabbi Natan dit : par la faute des vœux, la femme d'un homme meurt, ainsi qu'il est dit : "si tu n'as pas de quoi payer, pourquoi prendrait-il ta couche de dessous toi ?". Rabbi dit : par la faute des vœux, les enfants meurent alors qu'ils sont petits, ainsi qu'il est dit : "ne laisse pas ta bouche faire pécher ta chair, et ne dis pas devant le messager : c'est une erreur ; pourquoi D.ieu s'irriterait-il de ta voix et détruirait-il l'œuvre de tes mains ?".

Quelles sont les œuvres des mains d'un homme ? Dis : ce sont ses fils et ses filles.

📜 Rachi (6)
אִם אֵין לְךָ לְשַׁלֵּם עוֹלוֹת וְהֶקְדֵּשׁוֹת שֶׁתָּדוּר:
Si tu n'as pas de quoi payer : les holocaustes et les consécrations que tu auras voués.
מִשְׁכָּבְךָ אִשְׁתְּךָ:
Ta couche : ton épouse.
אַל תִּתֵּן אֶת פִּיךָ בְּנֶדֶר לַחֲטִיא אֶת בְּשָׂרְךָ לְחַיֵּיב אֶת בָּנֶיךָ:
Ne laisse pas ta bouche : par un vœu, faire pécher ta chair, c'est-à-dire rendre tes enfants passibles.
לִפְנֵי הַמַּלְאָךְ גִּזְבָּר שֶׁל הֶקְדֵּשׁ:
Devant le messager : le trésorier du hekdech.
כִּי שְׁגָגָה בְּשׁוֹגֵג קָפַצְתִּי לִנְדֹּור וְלֹא אֲשַׁלֵּם:
C'est une erreur : c'est par inadvertance que je me suis précipité à faire un vœu, et je n'acquitterai pas.
עַל קוֹלֵךְ בִּשְׁבִיל קוֹל נְדָרֶיךָ:
De ta voix : à cause de la voix de tes vœux.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בַּעֲוֹן נְדָרִים, מֵתָה אִשְׁתּוֹ שֶׁל אָדָם. נִרְאֶה לִי בס"ד מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, זֶה מְזַלְזֵל בִּנְדָרִים שֶׁהֵם בְּדִיבּוּר לוֹמַר מֶה עָשִׂיתִי? דְּבָרִים בְּעָלְמָא הֵן! לָכֵן תָּמוּת אִשְׁתּוֹ אֲשֶׁר נַעֲשֵׂית אִשְׁתּוֹ בְּדִבּוּר כְּשֶׁאָמַר לָהּ הֲרֵי אַתְּ מְקֻדֶּשֶׁת לִי, דִּלְפִי דַּעְתּוֹ גַּם זוֹ אֵינָהּ אִשְׁתּוֹ, עַל כֵּן תֵּצֵא מִבֵּיתוֹ וְתִתְפָּרֵד מִמֶּנּוּ. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב ש"י זַ"ל בְּשֵׁם סֵפֶר הַקָּנֶה הַנּוֹדֵר וְאֵינוֹ מְשַׁלֵּם יָבֹא בְּגִלְגּוּל נְקֵבָה, וְאִם הָאִשָּׁה נוֹדֶרֶת וְאֵינָהּ מְשַׁלֶּמֶת תָּבֹא בְּגִלְגּוּל גְּוִיָּה! עַיֵּין שָׁם. וְלָכֵן הַנּוֹדֵר וְאֵינוֹ מְשַׁלֵּם תָּמוּת אִשְׁתּוֹ, שֶׁרוֹמְזִים לוֹ הָאִשָּׁה תִּהְיֶה לְאִישׁ דַּוְקָא, וְהוּא כֵּיוָן דְּאֵינוֹ מְשַׁלֵּם מֻוכְרָח לָבֹא בְּגִלְגּוּל אִשָּׁה, וְנֶחְשָׁב לְאִשָּׁה מֵעַתָּה, וְלָמָּה לוֹ אִשָּׁה בְּבֵיתוֹ?! לְכָךְ מְסַלְּקִים אוֹתָהּ מִמֶּנּוּ.
Par la faute des vœux, la femme d'un homme meurt. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là mesure pour mesure : cet homme fait peu de cas des vœux, qui se font par la parole, en disant qu'ai-je donc fait ? ce ne sont que des paroles ! Aussi son épouse mourra-t-elle, elle qui est devenue sa femme par une parole, lorsqu'il lui a dit te voici consacrée à moi ; car selon son raisonnement, elle non plus n'est pas sa femme, et elle sortira donc de sa maison et se séparera de lui. On peut aussi le comprendre, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Rav ch.y., de mémoire bénie, au nom du Sefer ha-Kane : celui qui voue et n'acquitte pas reviendra en guilgoul (transmigration) sous une forme féminine, et si c'est une femme qui voue et n'acquitte pas, elle reviendra en guilgoul sous la forme d'une non-Juive — vois là-bas. Aussi, chez celui qui voue et n'acquitte pas, l'épouse meurt : on lui fait signe que la femme doit appartenir à un homme, or lui, puisqu'il n'acquitte pas, devra revenir en guilgoul de femme et il est dès maintenant compté comme une femme. À quoi lui servirait une femme dans sa maison ? Aussi la lui retire-t-on.
בַּעֲוֹן נְדָרִים בָּנִים מֵתִים כְּשֶׁהֵן קְטַנִּים. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מְנָא לַן מֵהַאי קְרָא כְּשֶׁהֵם קְטַנִּים [אַל תִּתֵּן אֶת פִּיךָ לַחֲטִיא אֶת בְּשָׂרֶךָ וְאַל תֹּאמַר לִפְנֵי הַמַּלְאָךְ כִּי שְׁגָגָה הִיא לָמָּה יִקְצֹף הָאֱ-לֹהִים עַל קוֹלֶךָ וְחִבֵּל אֶת מַעֲשֵׂה יָדֶיךָ] ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, מַפִּיק לָהּ מִיִּתּוּרָא דִּקְרָא דְּאָמַר (קֹהֶלֶת ה' ה') וְחִבֵּל אֶת מַעֲשֵׂה יָדֶיךָ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בִּהְיוֹתָם קְטַנִּים שֶׁהֵם נִיכָּרִים שֶׁהֵם מַעֲשֵׂה יָדֶיךָ מִפְּנֵי שֶׁאַתָּה זָן וּמְפַרְנֵס אוֹתָם, גַּם מִזֶּה הַיִּתּוּר מוּכָח בַּעֲוֹן נְדָרִים שֶׁהָאָדָם מֵבִיא דָּבָר זֶה עַל עַצְמוֹ בְּיָדָיו, כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (קֹהֶלֶת ה' ה') אַל תֹּאמַר לִפְנֵי הַמַּלְאָךְ כִּי שְׁגָגָה הִיא לָמָּה יִקְצֹף הָאֱ-לֹהִים עַל קוֹלֶךָ וְכוּ'.
Par la faute des vœux, les enfants meurent alors qu'ils sont petits. Il y a lieu de demander : d'où tirons-nous de ce verset qu'il s'agit d'enfants petits (ne laisse pas ta bouche faire pécher ta chair, et ne dis pas devant le messager : c'est une erreur ; pourquoi D.ieu s'irriterait-il de ta voix et détruirait-il l'œuvre de tes mains) ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il le tire du surplus du verset qui dit (Kohelet 5, 5) et détruirait l'œuvre de tes mains, c'est-à-dire tant qu'ils sont petits, alors qu'on reconnaît en eux l'œuvre de tes mains, puisque c'est toi qui les nourris et les entretiens. Ce même surplus prouve aussi que, par la faute des vœux, l'homme attire cela sur lui-même de ses propres mains, comme le dit le verset (Kohelet 5, 5) ne dis pas devant le messager : c'est une erreur ; pourquoi D.ieu s'irriterait-il de ta voix, etc.
💡 Explication

Le neder, le vœu, engage à apporter une offrande ou à consacrer un bien. La faute visée ici est l'engagement pris et laissé sans suite. Rabbi Natan et Rabbi lisent chacun un verset différent et arrivent à deux sanctions distinctes.

Le premier verset joue sur le mot michkavekha, ta couche, que Rachi rapporte à l'épouse. Le second verset, dans Kohelet, parle de la destruction de l'œuvre des mains, et la guemara identifie cette œuvre aux fils et aux filles. Le malakh, le messager du verset, désigne selon Rachi le trésorier du hekdech, celui devant qui l'on tente de se dédire.

🖼️ Schéma
Le vœu non acquitté : deux lectures de la sanction Un neder que l'on n'acquitte pas Rabbi Natan : la femme meurt Michle 22, 27 : si tu n'as pas de quoi payer, pourquoi prendrait-il ta couche de dessous toi ? Rachi : payer = les holocaustes voués ; ta couche = ton épouse. Rabbi : les enfants meurent petits Kohelet 5, 5 : pourquoi détruirait-il l'œuvre de tes mains ? La guemara : l'œuvre des mains d'un homme, ce sont ses fils et ses filles.
Un même manquement, deux versets, deux sanctions.
3
תָּנוּ רַבָּנַן: בַּעֲוֹן נְדָרִים בָּנִים מֵתִים, דִּבְרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן. רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אוֹמֵר: בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה. בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר בַּעֲוֹן נְדָרִים — כְּדַאֲמָרָן, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה מַאי קְרָאָה? דִּכְתִיב: ״לַשָּׁוְא הִכֵּיתִי אֶת בְּנֵיכֶם מוּסָר לֹא לָקָחוּ״. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: לְמַאן דְּאָמַר בַּעֲוֹן נְדָרִים נָמֵי מֵהָכָא: ״לַשָּׁוְא הִכֵּיתִי אֶת בְּנֵיכֶם״ — עַל עִסְקֵי שָׁוְא. מִכְּדֵי רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא הַייְנוּ רַבִּי, וְרַבִּי בַּעֲוֹן נְדָרִים קָאָמַר?! בָּתַר דְּשַׁמְעַהּ מֵרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.

Nos maîtres ont enseigné : par la faute des vœux, les enfants meurent — paroles de Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon. Rabbi Yehouda ha-Nassi dit : par la faute du bitoul Torah (l'abandon de l'étude).

Soit, selon celui qui dit par la faute des vœux, comme nous l'avons dit ; mais selon celui qui dit par la faute du bitoul Torah, quel est son verset ? Il est écrit : "c'est en vain que j'ai frappé vos fils, ils n'ont pas pris de moussar".

Rav Nahman bar Yits'hak dit : selon celui qui dit par la faute des vœux, on peut aussi le tirer d'ici : "c'est en vain que j'ai frappé vos fils" — pour des affaires de vanité (chav). Or Rabbi Yehouda ha-Nassi, c'est Rabbi, et Rabbi a dit par la faute des vœux !

Il l'a enseigné ainsi après l'avoir entendu de Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon.

📜 Rachi (3)
לַשָּׁוְא הִכֵּיתִי בִּתְמִיהַּ וְכִי בְּחִנָּם הִכִּיתִים אֵינוֹ אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַמּוּסָר דְּהַיְינוּ תּוֹרָה לֹא לָקְחוּ לֹא לָמְדוּ לְשׁוֹן לֶקַח:
C'est en vain que j'ai frappé : sur un ton interrogatif — les ai-je donc frappés pour rien ? C'est uniquement à cause du moussar, c'est-à-dire la Torah, qu'ils n'ont pas pris : ils n'ont pas étudié, au sens de leka'h, l'enseignement que l'on reçoit.
עַל עִסְקֵי שָׁוְא שֶׁשִּׁקְּרוּ בְּנִדְרֵיהֶם דְּדָמֵי לִשְׁבוּעָה:
Pour des affaires de vanité : parce qu'ils ont menti dans leurs vœux, ce qui s'apparente à un serment.
וְהָא בַּעֲוֹן נְדָרִים אָמַר בַּבָּרַייְתָא קַמַּיְיתָא וּמְשַׁנֵּי הַהִיא קַמַּיְיתָא בָּתַר הַךְ אִיתְּמַר דְּמֵעִיקָּרָא אָמַר בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה וּבָתַר דְּשָׁמַע מַר' אֶלְעָזָר דְּשָׁמַע מַר' שִׁמְעוֹן אַבֹּוהַּ דַּהֲוָה רַבֵּיהּ דְּרַבִּי בַּעֲוֹן נְדָרִים אָמַר אִיהוּ נָמֵי הָכִי:
Or c'est par la faute des vœux qu'il a dit dans la première baraita ! Et la guemara répond : cette première baraita a été énoncée après celle-ci. Car au départ il disait par la faute du bitoul Torah, et après avoir entendu de Rabbi Elazar — qui l'avait entendu de Rabbi Chimon son père, lequel était le maître de Rabbi — que c'est par la faute des vœux, lui aussi l'a dit ainsi.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא הַייְנוּ רַבִּי וְרַבִּי בַּעֲוֹן נְדָרִים קָאָמַר וְהָכָא לָא מְשַׁנֵּי דְּאַף בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה קָאָמַר כְּדִמְשַׁנֵּי לְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף לג:) גַּבֵּי אַף עַל לָשׁוֹן הָרָע דְּהָתָם שַׁיָּיךְ לְמֵימַר דְּאַף קָאָמַר דְּבַבָּרַייְתָא שְׁנִיָּה שֶׁמֵּבִיא אַחֲרֶיהָ קָאֵי נָמֵי אַתַּנָּא קַמָּא דְּקָאָמַר עַל לָשׁוֹן הָרַע וְקָאָמַר אִיהוּ אַף שֶׁאוֹכְלִים דְּבָרִים שֶׁאֵינָם מְתֻוקָּנִים אֲבָל הָכָא אִי אַף קָאָמַר א"כ בָּרַייְתָא דִּלְעֵיל דְּלָא קָאֵי את"ק הֲוָה לֵיהּ לְמִינְקַט נָמֵי בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה:
Rabbi Yehouda ha-Nassi, c'est Rabbi, et Rabbi a dit par la faute des vœux : ici la guemara ne répond pas qu'il voulait dire aussi par la faute du bitoul Torah, comme elle répond plus loin (Chabbat 33b) au sujet de aussi pour le lachon ha-ra. Car là-bas il est possible de dire qu'il entendait aussi, puisque dans la seconde baraita citée ensuite il se rattache également au tana kama, lequel disait pour le lachon ha-ra, et lui ajoutait : aussi parce qu'ils mangent des aliments dont les prélèvements n'ont pas été faits. Mais ici, s'il entendait aussi, alors la baraita précédente, qui ne se rattache pas à un tana kama, aurait dû elle aussi mentionner par la faute du bitoul Torah.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בַּעֲוֹן בִּטּוּל תּוֹרָה. הִנֵּה לְפִי פְּשׁוּטוֹ אִיכָּא טַעְמָא בָּזֶה, מִפְּנֵי שֶׁהַיְּלָדִים הָיוּ עֲרֵבִים בְּמַתַּן תּוֹרָה. אַךְ נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם אַחֵר, כִּי בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה יִהְיֶה פְּרִיָּה וּרְבִיָּה בְּרוּחָנִיּוּת שֶׁיֵּשׁ בְּחִידּוּשֵׁי תּוֹרָה בָּנִים וּבָנוֹת, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד בְּמָקוֹם אַחֵר. וְלָכֵן בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה שֶׁבִּיטֵּל לֵידַת בָּנִים וּבָנוֹת הָרוּחָנִיִּים שֶׁהֵם חִדּוּשֵׁי תּוֹרָה יָמוּתוּ בָּנָיו וּבְנוֹתָיו הַבָּאִים לוֹ מֵאִשְׁתּוֹ הַגַּשְׁמִית, וְעַל זֶה אָמַר (יִרְמְיָהוּ ב, ל) לַשָּׁוְא הִכֵּיתִי אֶת בְּנֵיכֶם, מוּסָר לֹא לָקְחוּ, וְנִרְאֶה לִי הָכִי קָאָמַר זֶה הָיָה בַּעֲבוּר דְּהַבָּנִים הָיוּ עֲרֵבִים בְּעַד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה הַנִּקְרֵאת מָסֹורֶת, וְלָזֶה אָמַר מוּסָר לְשׁוֹן מָסֹורֶת לֹא לָקְחוּ.
Par la faute du bitoul Torah. Selon le sens simple, il y a à cela une raison : les enfants ont été les garants lors du don de la Torah. Mais il me semble, avec l'aide du Ciel, une autre raison : par l'étude de la Torah se réalise une fécondité spirituelle, car il y a dans les hidouchei Torah (nouveautés d'étude) des fils et des filles, comme je l'ai écrit ailleurs avec l'aide du Ciel. Aussi, par la faute du bitoul Torah, qui a empêché la naissance des fils et des filles spirituels que sont les hidouchei Torah, ses fils et ses filles issus de son épouse charnelle meurent. C'est à ce sujet qu'il est dit (Yirmeyahou 2, 30) c'est en vain que j'ai frappé vos fils, ils n'ont pas pris de moussar. Il me semble que le verset dit ceci : cela est arrivé parce que les enfants étaient garants pour la Torah orale, appelée massoret (tradition transmise) ; c'est pourquoi il dit moussar, du terme massoret, ils n'ont pas pris.
בָּתַר דְּשַׁמְעַהּ מֵרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן. פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל נִרְאֶה דֹּוחַק. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה, אַחַר שֶׁשָּׁמַע רַבִּי מֵרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמַר מִשּׁוּם בִּטּוּל תּוֹרָה מֵהַאי קְרָא דְּ'לַשָּׁוְא הִכֵּיתִי אֶת בְּנֵיכֶם' דְּנִמְצָא עַתָּה אִיכָּא תְּרֵי קְרָאֵי דְּמוֹכְחִי עַל עֲוֹן נְדָרִים, פָּסוּק לַשָּׁוְא וּפָסוּק וְחֶבֶל דְּאָמְרוּ רַבִּי לְעֵיל, לְכָךְ חָזַר וְאָמַר בַּעֲוֹן נְדָרִים.
Après l'avoir entendu de Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon. L'explication de Rachi, de mémoire bénie, paraît forcée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : après que Rabbi eut entendu de Rabbi Elazar, qui disait à cause du bitoul Torah à partir du verset c'est en vain que j'ai frappé vos fils, il se trouve qu'il y a désormais deux versets qui portent sur la faute des vœux, le verset c'est en vain et le verset et détruirait que Rabbi a cité plus haut ; c'est pourquoi il est revenu et a dit : par la faute des vœux.
💡 Explication

La baraita oppose deux causes à la mort des enfants : les vœux non acquittés et le bitoul Torah, l'abandon de l'étude. Le verset de Yirmeyahou sert successivement aux deux avis : Rachi le lit comme une question rhétorique, et Rav Nahman bar Yits'hak retient le mot chav, en vain, pour l'appliquer aux vœux mensongers.

La difficulté tient à l'identité des noms : Rabbi Yehouda ha-Nassi et Rabbi sont une seule et même personne, et les deux baraitot lui prêtent des avis opposés. La réponse est chronologique, et non doctrinale : Rabbi a changé d'avis après avoir entendu Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon.

🖼️ Schéma
La contradiction sur Rabbi et sa résolution Premier temps Rabbi enseigne : par la faute du bitoul Torah, d'après Yirmeyahou 2, 30. Deuxième temps Il entend R. Elazar be-R. Chimon : par la faute des vœux. Troisième temps Rabbi enseigne à son tour : par la faute des vœux, d'après Kohelet 5, 5. La baraita qui cite Rabbi au nom des vœux a donc été enseignée après celle qui le cite au nom du bitoul Torah.
Les deux enseignements de Rabbi sont ordonnés dans le temps.
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פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא וְרַבִּי יוֹסֵי, חַד אָמַר בַּעֲוֹן מְזוּזָה. וְחַד אָמַר בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה. לְמַאן דְּאָמַר בַּעֲוֹן מְזוּזָה, מִקְרָא נִדְרָשׁ לְפָנָיו וְלֹא לִפְנֵי פָנָיו. וּלְמַאן דְּאָמַר בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה, מִקְרָא נִדְרָשׁ לְפָנָיו וְלִפְנֵי פָנָיו.

Rabbi Hiya bar Abba et Rabbi Yossi sont en désaccord là-dessus : l'un dit par la faute de la mezouza, l'autre dit par la faute du bitoul Torah. Selon celui qui dit par la faute de la mezouza, un verset se dérive de celui qui le précède et non de celui qui précède celui-là.

Et selon celui qui dit par la faute du bitoul Torah, un verset se dérive de celui qui le précède et aussi de celui qui précède celui-là.

📜 Rachi (2)
מִקְרָא נִדְרָשׁ לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם וִימֵי בְנֵיכֶם נִדְרָשׁ לְפָנָיו קָאֵי אַקְּרָא דִּלְקַמֵּיהּ דְּמִשְׁתַּעֵי בִּמְזוּזָה וְלֹא לִפְנֵי פָּנָיו וְלִמַּדְתֶּם אֹותָם אֶת בְּנֵיכֶם:
Un verset se dérive : afin que se multiplient vos jours et les jours de vos fils se dérive de celui qui le précède, c'est-à-dire qu'il se rapporte au verset qui vient juste avant, lequel traite de la mezouza, et non de celui qui précède celui-là : et vous les enseignerez à vos fils.
וְלִפְנֵי פָּנָיו וְאַף בַּעֲוֹן בִּטּוּל תּוֹרָה קָאָמַר:
Et de celui qui précède celui-là : il dit donc aussi par la faute du bitoul Torah.
🗂️ Tossefot (1)
מִקְרָא נִדְרָשׁ לְפָנָיו וְלִפְנֵי פָנָיו תֵּימַהּ לר"י דבפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לד. וְשָׁם) דְּאָמַר כָּל מִצְוַת עֲשֵׂה כו' וּפָרִיךְ וְנַקֵּישׁ מְזוּזָה לְתַלְמוּד תּוֹרָה פִּי' וְלִיפְטְרֵי נָשִׁים מִמְּזוּזָה כִּי הֵיכִי דִּפְטִירִי מִתַּלְמוּד תּוֹרָה וּמְשַׁנֵּי לָא ס"ד דִּכְתִיב לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם וְגוֹ' אַטּוּ גַּבְרֵי בָּעוּ חַיֵּי נְשֵׁי לָא בָּעוּ חַיֵּי וְהַשְׁתָּא הָא קָאֵי נָמֵי אַתַּלְמוּד תּוֹרָה כִּדְמַשְׁמַע הָכָא אע"פ שֶׁאֵין הַנָּשִׁים חַיָּיבוֹת וי"ל דבת"ת הֲוָה מְחַייְּבִינַן נַמֵּי מֵהַאי טַעְמָא אִי לֹא מִיעֵט קְרָא בְּהֶדְיָא דִּכְתִיב וְלִמַּדְתֶּם אֹותָם אֶת בְּנֵיכֶם וְלֹא אֶת בְּנוֹתֵיכֶם אֲבָל בִּמְזוּזָה דְּלֵיכָּא מִיעוּט אֶלָּא הֶיקֵּשָׁא מֵהַאי טַעְמָא אִית לָן לְמֵימַר דְּאֵין לְהַקִּישׁ:
Un verset se dérive de celui qui le précède et de celui qui précède celui-là : le Ri s'en étonne, car au premier chapitre de Kidouchin (34a) la guemara énonce que toute mitsva positive liée au temps, les femmes en sont exemptes, puis demande : rapprochons la mezouza de l'étude de la Torah — c'est-à-dire exemptons les femmes de la mezouza comme elles sont exemptes de l'étude de la Torah. Elle répond : cela ne te vient pas à l'esprit, puisqu'il est écrit afin que se multiplient vos jours, etc. — les hommes auraient-ils besoin de vivre et les femmes non ? Or, d'après ce qui ressort ici, ce verset se rapporte aussi à l'étude de la Torah, bien que les femmes n'y soient pas tenues. On peut répondre que, pour l'étude de la Torah aussi, nous les aurions obligées pour cette même raison, si le verset ne les avait pas exclues explicitement, puisqu'il est écrit et vous les enseignerez à vos fils, et non à vos filles. Mais pour la mezouza, où il n'y a pas d'exclusion mais seulement un hekech (rapprochement), c'est pour cette raison que nous devons dire qu'il n'y a pas lieu de rapprocher.
🪔 Ben Yehoyada (1)
חַד אָמַר: בַּעֲוֹן מְזוּזָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי הַמַּשְׁקוֹף רוֹמֵז לָאָב שֶׁהוּא רֹאשׁ וְעֶלְיוֹן, וְהַסַּף רֶמֶז לְאִשָּׁה שֶׁהִיא נִדְרֶסֶת כְּאַסְקֻפָּה. דְּהִיא לְמַטָּה וְהוּא לְמַעְלָה, וּמְזוּזַת יָמִין לְבֶן הַזָּכָר שֶׁהוּא בְּחֶסֶד, וּמְזוּזַת שְׂמֹאל לַבַּת שֶׁהִיא בִּגְבוּרָה, וְהֵם כְּמוֹ עַמּוּדִים הָעוֹמְדִים לָשֵׂאת מַשָּׂא הַבַּיִת, וְלָכֵן בַּעֲוֹן מְזוּזָה שֶׁלֹּא קִיֵּים מִצְוַת הַמְּזוּזוֹת שֶׁרוֹמְזִים לַבָּנִים לְכָךְ בָּנָיו מֵתִים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לָכֵן כְּתִיב (דְּבָרִים ה' ט') עַל מְזוּזוֹת בֵּיתֶךָ, תֵּיבַת מְזוּזוֹת הֵם אוֹתִיּוֹת זָזוּ מָוֶת , רְצוֹנוֹ לוֹמַר זָזוּ כָּל הַבָּנִים מִן הַמָּוֶת עַל יְדֵי מִצְוָה זוֹ.
L'un dit : par la faute de la mezouza. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est que le linteau fait allusion au père, qui est la tête et se tient en haut, et le seuil fait allusion à la femme, sur laquelle on marche comme sur un seuil, car elle est en bas et lui en haut ; le montant de droite fait allusion au fils mâle, qui relève du 'hessed (bonté), et le montant de gauche à la fille, qui relève de la guevoura (rigueur), et ils sont comme des colonnes dressées pour porter la charge de la maison. Aussi, par la faute de la mezouza, lorsqu'il n'a pas accompli la mitsva des montants qui font allusion aux enfants, ses enfants meurent. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pourquoi il est écrit (Devarim 5, 9) sur les montants de ta maison : le mot mezouzot est formé des mêmes lettres que zazou mavet, ils se sont écartés de la mort, c'est-à-dire que tous les enfants se sont écartés de la mort par cette mitsva.
💡 Explication

Les deux avis ne portent pas sur la gravité des fautes mais sur une règle d'exégèse. La promesse de Devarim 11, 21 suit immédiatement le verset de la mezouza (11, 20), lui-même précédé du verset de l'étude (11, 19).

Celui qui admet seulement lefanav, la dérivation à partir du verset immédiatement précédent, rattache la promesse à la seule mezouza. Celui qui admet aussi lifnei fanav, deux versets en arrière, la rattache également à l'étude. La conséquence pratique est la cause assignée à la mort des enfants.

5
פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה. חַד אָמַר בַּעֲוֹן מְזוּזָה, וְחַד אָמַר בַּעֲוֹן צִיצִית. בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר בַּעֲוֹן מְזוּזָה, דִּכְתִיב: ״וּכְתַבְתָּם עַל מְזוּזוֹת בֵּיתֶךָ״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם וִימֵי בְנֵיכֶם״. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר בַּעֲוֹן צִיצִית מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב כָּהֲנָא, וְאִיתֵּימָא שִׁילָא מָרִי, דִּכְתִיב: ״גַּם בִּכְנָפַיִךְ נִמְצְאוּ דַּם נַפְשׁוֹת אֶבְיוֹנִים נְקִיִּים״. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: לְמַאן דְּאָמַר בַּעֲוֹן מְזוּזָה נָמֵי מֵהָכָא, דִּכְתִיב: ״לֹא בְּמַחְתֶּרֶת מְצָאתִים״ — שֶׁעָשׂוּ פְּתָחִים כְּמַחְתֶּרֶת.

Rabbi Meir et Rabbi Yehouda sont en désaccord là-dessus : l'un dit par la faute de la mezouza, l'autre dit par la faute des tsitsit. Soit, selon celui qui dit par la faute de la mezouza, puisqu'il est écrit "et tu les écriras sur les montants de ta maison", et qu'il est écrit après cela "afin que se multiplient vos jours et les jours de vos fils".

Mais selon celui qui dit par la faute des tsitsit, quelle est sa raison ? Rav Kahana a dit, et certains disent Chila Mari : puisqu'il est écrit "même dans tes pans s'est trouvé le sang des âmes des pauvres innocents".

Rav Nahman bar Yits'hak dit : selon celui qui dit par la faute de la mezouza, on peut aussi le tirer d'ici, puisqu'il est écrit "ce n'est pas par effraction que je les ai trouvés" — parce qu'ils ont fait leurs ouvertures comme une brèche.

📜 Rachi (2)
גַּם בִּכְנָפֶיךָ בִּשְׁבִיל כְּנָפֶיךָ שֶׁבִּטַּלְתְּ מִצְוָתָם נִמְצְאוּ עָלֶיךָ חוֹבַת דַּם נַפְשׁוֹת אֶבְיוֹנִים נְקִיִּים בָּנִים קְטַנִּים שֶׁלֹּא חָטְאוּ:
Même dans tes pans : à cause de tes pans, dont tu as négligé la mitsva, s'est trouvée sur toi la dette du sang des âmes des pauvres innocents, les jeunes enfants qui n'ont pas péché.
כְּמַחְתֶּרֶת שֶׁאֵין לָהּ פַּצִּימִין הָכִי אֲמַר קְרָא לֹא בְּמַחְתֶּרֶת פִּתְחֵיהֶן מְצָאתִים שְׁלֵמִים בְּמִצְוֹתַי כִּי עַל כָּל אֵלֶּה הִכֵּיתִי דְּהַאי קְרָא בָּתַר לַשָּׁוְא הִכֵּיתִי אֶת בְּנֵיכֶם כְּתִיב:
Comme une brèche : qui n'a pas de montants. Voici ce que dit le verset : leurs ouvertures, je les ai trouvées pareilles à une brèche, dépourvues de l'accomplissement de mes mitsvot, car pour tout cela j'ai frappé — ce verset étant écrit après c'est en vain que j'ai frappé vos fils.
🗂️ Tossefot (1)
בַּעֲוֹן צִיצִית כו' דַּוְקָא בִּימֵיהֶם שֶׁהָיוּ מַלְבּוּשֵׁיהֶם כָּךְ בְּאַרְבַּע כְּנָפוֹת הָיוּ נֶעֱנָשִׁים מִי שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם צִיצִית כִּדְמוֹכַח (מְנָחוֹת מא) גַּבֵּי א"ל מַלְאֲכָא לְרַב קַטִּינָא כו' אֲבָל הַשְׁתָּא שֶׁאֵין הָעוֹלָם רְגִילִים בְּמַלְבּוּשִׁים כְּאִלּוּ אֵין צָרִיךְ לִקְנוֹת. אַךְ טוֹב לִקְנוֹת טַלִּית וּלְבָרֵךְ עָלָיו בְּכָל יוֹם כִּדְאָמַר בְּסוֹף פֶּרֶק קַמָּא דְּסוֹטָה (דַּף יד.) וְכִי לֶאֱכֹול מִפְּרִיָּה הָיָה רוֹצֶה מֹשֶׁה אֶלָּא אָמַר מֹשֶׁה מִצְוָה שֶׁאוֹכַל לְקַיֵּים יִתְקַייֵּם עַל יְדֵי [ת"י]:
Par la faute des tsitsit, etc. : c'est précisément de leur temps, où les vêtements étaient ainsi faits, à quatre pans, que ceux qui n'avaient pas de tsitsit étaient punis, comme il ressort de Menahot (41a) à propos de l'ange qui dit à Rav Ketina, etc. Mais aujourd'hui, où l'on n'a pas l'habitude de tels vêtements, il n'est pas nécessaire d'en acheter. Il est toutefois bon d'acheter un talit et de réciter chaque jour la berakha dessus, comme il est dit à la fin du premier chapitre de Sota (14a) : Moche voulait-il donc manger des fruits du pays ? Moche a dit plutôt : voici une mitsva que je peux accomplir, qu'elle s'accomplisse par moi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְחַד אָמַר: בַּעֲוֹן צִיצִית. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרֹא"שׁ זַ"ל, שֶׁעוֹשִׂין ח' חוּטִין בְּכָל כָּנָף, וְיֵשׁ בָּהֶם חֲמִשָּׁה קְשָׁרִים שֶׁבָּזֶה נִשְׁלַם מִסְפָּר אֶחָד, וְאַרְבַּע פְּעָמִים 'אֶחָד' [13] הוּא מִסְפַּר 'בֵּן' [52] , שֶׁבָּזֶה נִיכָּר שֶׁיֵּשׁ לְיִשְׂרָאֵל דִּין בָּנִים לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ עַיֵּין שָׁם. וְלָכֵן מֵאַחַר שֶׁבַּצִּיצִית נִיכָּר שֶׁיֵּשׁ לְיִשְׂרָאֵל דִּין בָּנִים, עַל כֵּן הַמְבַטֵּל מִצְוָה זוֹ יָמוּתוּ בָּנָיו! וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁמֵּתִים כְּשֶׁהֵם קְטַנִּים, דְּאִיתָא בְּתַנָּא דְּבֵי אֵלִיָּהוּ (אֵלִיָּהוּ רָבָא כו) עַל פָּסוּק (בַּמִּדְבָּר טו, לב) וַיִּמְצְאוּ אִישׁ מְקֹשֵׁשׁ עֵצִים בְּיוֹם הַשַּׁבָּת, אָמַר הקב"ה לְמֹשֶׁה מִפְּנֵי מָה חִילֵּל זֶה אֶת הַשַּׁבָּת? אָמַר מֹשֶׁה לְפָנָיו: רִיבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם אֵינִי יוֹדֵעַ. אָמַר לוֹ הַקָּבָּ״ה לְמֹשֶׁה: כִּי בְּכָל שֵׁשֶׁת יְמֵי הַחֹול יֵשׁ לוֹ לְיִשְׂרָאֵל תְּפִילִּין בְּרֹאשׁוֹ וּבִזְרוֹעוֹ וְרוֹאֶה אוֹתָם וְחוֹזֵר מִמַּעֲשָׂיו, אֲבָל עַכְשָׁיו בְּיוֹם הַשַּׁבָּת שֶׁאֵין לוֹ תְּפִילִּין בְּרֹאשׁוֹ וּבִזְרוֹעוֹ לָכֵן חִילֵּל אֶת הַשַּׁבָּת. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה אָמַר לוֹ הַקָּבָּ״ה לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה צֵא וּבָרוּר לָהֶם מִצְוָה אַחַת שִׁינּוּ נוֹהֲגִים בָּהּ בְּשַׁבָּתוֹת וּבְיָמִים טוֹבִים, וְאֵיזֶה זֶה מִצְוַת צִיצִית וְכוּ' עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא הַצִּיצִית נִיתַּן לְיִשְׂרָאֵל שֶׁיְּהִי' בּוֹ הֶיכֵּר וּמַזְכֶּרֶת לַיַּהֲדוּת שֶׁלָּהֶם, לְכָךְ כְּתִיב (שְׁמוּאֵל א' כד, ה) וַיַּךְ לֵב דָּוִד, כְּשֶׁקָּרַע הַכָּנָף שֶׁל הַמְעִיל לִשְׁאוֹל, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁבִּיטְּלוּ מִמִּצְוַת צִיצִית שָׁעָה אַחַת, וְאָמַר מַה בֵּין קְטַע צִיצְתָּא לִקְטֹעַ רֵישָׁא, נִמְצָא הֶיכֵּר הַיַּהֲדוּת בְּצִיצִית עָדִיף מִתְּפִילִּין, כִּי הַצִּיצִית הוּא בֵּין בַּיּוֹם בֵּין בַּלַּיְלָה שֶׁלּוֹבְשִׁין טַלִּית קָטָן, וְכֵן הוּא בֵּין בְּשַׁבָּת וְיוֹם טוֹב בֵּין בְּחוֹל, אָמְנָם יֵשׁ עוֹד הֶיכֵּר בָּאָדָם לְיַהֲדוּת עַל יְדֵי הַפֵּאוֹת, אַךְ כָּל דָּבָר אֵינוֹ חָזָק אֶלָּא עַל פִּי שְׁנֵי עֵדִים, וּלְכָךְ צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת הַהֶיכֵּר בִּשְׁתַּיִם. מִיהוּ כָּל זֶה בִּגְדוֹלִים, אֲבָל קְטַנִּים אֵין לָהֶם לֹא פֵּאוֹת וְלֹא צִיצִית, כִּי הַקְּטַנִּים מְגַדְּלִים שְׂעַר רֹאשָׁם כֻּולּוֹ, וְלָכֵן זֶה שֶׁאֵינוֹ מְקַייֵּם מִצְוַת צִיצִית שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם הֶיכֵּר לַיַּהֲדוּת, אָז מֵתִים בָּנָיו בְּעוֹדָם קְטַנִּים, שֶׁאֵין בָּהֶם עֲדַיִין הֶיכֵּר לַיַּהֲדוּת לֹא מִצַּד צִיצִית וְלֹא מִצַּד פֵּאוֹת.
Et l'un dit : par la faute des tsitsit. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on l'explique d'après ce qu'a écrit le Roch, de mémoire bénie : on fait huit fils à chaque pan, et il y a cinq nœuds, ce qui complète le compte de eh'ad (un, 13) ; quatre fois eh'ad (13) font le compte de ben (fils, 52), ce qui montre qu'Israël a le statut de fils auprès du Nom, béni soit-Il — vois là-bas. Aussi, puisque les tsitsit font apparaître qu'Israël a le statut de fils, celui qui annule cette mitsva verra mourir ses fils. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'ils meurent alors qu'ils sont petits d'après ce qui figure dans le Tana devei Eliyahou (Eliyahou Rabba 26) sur le verset (Bamidbar 15, 32) et ils trouvèrent un homme ramassant du bois le jour du Chabbat : le Saint, béni soit-Il, dit à Moche pour quelle raison celui-ci a-t-il profane le Chabbat ? Moche lui répondit : Maître du monde, je ne sais pas. Le Saint, béni soit-Il, dit à Moche : pendant les six jours de la semaine, l'homme d'Israël a ses tefilin sur la tête et au bras, il les voit et revient de ses actes ; mais maintenant, le jour du Chabbat, où il n'a pas de tefilin sur la tête ni au bras, il a profane le Chabbat. À cette heure-là, le Saint, béni soit-Il, dit à Moche : Moche, va leur choisir une mitsva qu'ils pratiqueront les Chabbats et les jours de fête — et laquelle ? la mitsva des tsitsit, etc. — vois là-bas. Il se trouve donc que les tsitsit ont été donnés à Israël pour être en eux un signe distinctif et un rappel de leur judaïté. C'est pourquoi il est écrit (Chemouel I 24, 5) et le cœur de David le frappa, lorsqu'il coupa le pan du manteau de Chaoul ; nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit qu'il l'avait privé un instant de la mitsva des tsitsit, et il dit quelle différence y a-t-il entre couper le tsitsit et couper la tête ? Il se trouve que le signe de la judaïté par les tsitsit l'emporte sur les tefilin, car les tsitsit valent de jour comme de nuit, puisqu'on porte un talit katan, et Chabbat et jour de fête comme en semaine. Il est vrai qu'il y a encore chez l'homme un signe de judaïté par les péot (papillotes), mais toute chose ne tient fermement que sur deux témoins, et il faut donc que le signe soit double. Cependant tout cela vaut pour les adultes ; les petits, eux, n'ont ni péot ni tsitsit, car on laisse pousser toute la chevelure des petits. Aussi celui qui n'accomplit pas la mitsva des tsitsit, où se trouve un signe de judaïté, voit ses enfants mourir tant qu'ils sont petits, alors qu'il n'y a pas encore en eux de signe de judaïté, ni par les tsitsit ni par les péot.
💡 Explication

La controverse de Rabbi Meir et Rabbi Yehouda reprend la même question avec d'autres protagonistes. L'avis de la mezouza s'appuie sur la suite des versets de Devarim 11 ; l'avis des tsitsit s'appuie sur Yirmeyahou 2, 34, où le mot kanaf, le pan du vêtement, désigne l'endroit même où se noue la mitsva.

Rav Nahman bar Yits'hak fournit une preuve supplémentaire à l'avis de la mezouza, tirée de la suite du même verset. Rachi explique que la mahteret, la brèche pratiquée par un voleur, n'a pas de montants : une porte sans mezouza ressemble à une ouverture percée dans un mur.

🖼️ Schéma
Rabbi Meir et Rabbi Yehouda : mezouza ou tsitsit Par la faute de la mezouza Preuve : Devarim 11, 20 dit d'écrire sur les montants, et le verset suivant promet des jours nombreux aux pères et aux fils. Rav Nahman bar Yits'hak ajoute une preuve : Yirmeyahou 2, 34 : ce n'est pas par effraction que je les ai trouvés. Rachi : une brèche n'a pas de montants ; ils ont fait leurs ouvertures comme une brèche, donc sans mezouza. Par la faute des tsitsit Preuve de Rav Kahana, ou de Chila Mari : Yirmeyahou 2, 34 : même dans tes pans s'est trouvé le sang des âmes des pauvres innocents. Rachi : à cause des pans dont tu as négligé la mitsva ; les pauvres innocents sont les jeunes enfants qui n'ont pas péché. Tossefot : cela vise leur époque, où tout vêtement avait quatre pans. Les deux avis lisent le même chapitre de Yirmeyahou, chacun à son verset.
Les deux avis et les versets qui les portent.
6
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כָּל הַזָּהִיר בְּצִיצִית זוֹכֶה וּמְשַׁמְּשִׁין לוֹ שְׁנֵי אֲלָפִים וּשְׁמוֹנֶה מֵאוֹת עֲבָדִים. שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּה אָמַר ה׳ [צְבָאוֹת] בַּיָּמִים הָהֵמָּה אֲשֶׁר יַחֲזִיקוּ עֲשָׂרָה אֲנָשִׁים מִכֹּל לְשֹׁונוֹת הַגּוֹיִם [וְהֶחֱזִיקוּ] בִּכְנַף אִישׁ יְהוּדִי לֵאמֹר נֵלְכָה עִמָּכֶם וְגוֹ׳״.

Rech Lakich a dit : quiconque est scrupuleux dans la mitsva des tsitsit mérite que deux mille huit cents serviteurs le servent, ainsi qu'il est dit : "ainsi parle ה' [Tsevaot] : en ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations saisiront, oui saisiront le pan du vêtement d'un homme juif, en disant : nous irons avec vous", etc.

📜 Rachi (1)
בִּכְנַף אִישׁ יְהוּדִי בִּשְׂכַר הַכָּנָף יַחֲזִיקוּ בִּכְנַף עֲשָׂרָה אֲנָשִׁים מִכָּל לָשׁוֹן הֲרֵי שְׁבַע מֵאוֹת לְשִׁבְעִים לָשׁוֹן וְאַרְבַּע כְּנָפוֹת יֵשׁ לוֹ הֲרֵי אֲלָפִים וּשְׁמֹנֶה מֵאוֹת:
Le pan du vêtement d'un homme juif : en récompense du pan, dix hommes de chaque langue saisiront le pan, soit sept cents pour les soixante-dix langues ; et il a quatre pans, ce qui fait deux mille huit cents.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל הַזָּהִיר בְּצִיצִית, זוֹכֶה וּמְשַׁמְּשִׁין לוֹ שְׁנֵי אֲלָפִים וּשְׁמוֹנֶה מֵאוֹת עֲבָדִים. נִרְאֶה לִי טַעַם לָזֶה עַל פִּי מ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּעֵץ חַיִּים 'צִיצִית קָטָן' הוּא קְטַנּוֹת שֶׁהוּא עֲשִׂיָּה שֶׁבַּיְּצִירָה, ו'טַלִּית גָּדוֹל' עֲשִׂיָּה שֶׁבַּיְּצִירָה עַיֵּין שָׁם, נִמְצָא הַזָּהִיר בְּמִצְוַת צִיצִית עוֹשֶׂה תִּיקּוּן ב 'עֲשִׂיָּה' וּבִ 'יְצִירָה' [700] שֶׁמִּסְפָּרָם שְׁבַע מֵאוֹת, וּלְכָךְ הַזָּהִיר בְּצִיצִית זוֹכֶה כְּנֶגֶד כָּל כָּנָף שְׁבַע מֵאוֹת עֲבָדִים כְּמִנְיַן 'עֲשִׂיָּה יְצִירָה'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ טַעַם לְמִסְפָּר זֶה, דְּיָדוּעַ אַרְבַּע צִיצִיּוֹת נִמְשָׁכִים מִן אַרְבַּע אוֹרוֹת מוֹחִין, וְיָדוּעַ כָּל בְּחַי' כְּלוּלָה מֵעֶשֶׂר, וְכָל אֶחָד מֵעֶשֶׂר כָּלוּל מֵעֶשֶׂר, הֲרֵי כָּל בְּחִינָה מֵאַרְבָּעָה הַנִּזְכָּרִים נֶחְשָׁב כְּמֵאָה שֶׁהֵם אַרְבַּע מֵאוֹת, וְלָכֵן הִזְהִיר בַּצִּיצִית לְלָבְשׁוֹ כָּל שִׁבְעַת יְמֵי הַשָּׁבוּעַ בְּאֵין מַחְסוֹר, זוֹכֶה לְשַׁמְּשׁוֹ שְׁנֵי אֲלָפִים וּשְׁמוֹנֶה מֵאוֹת כְּנֶגֶד ז' יְמֵי הַשָּׁבוּעַ, כִּי שִׁבְעָה פְּעָמִים אַרְבַּע מֵאוֹת הוּא שְׁנֵי אֲלָפִים וָתָ"ת [700×4=2800] .
Quiconque est scrupuleux dans les tsitsit mérite que deux mille huit cents serviteurs le servent. Il me semble qu'on en trouve la raison d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Ets 'Hayim : le tsitsit katan relève du katnout (état de petitesse) qui est la assia contenue dans la yetsira, et le talit gadol est la assia contenue dans la yetsira — vois là-bas. Il se trouve que celui qui est scrupuleux dans la mitsva des tsitsit opère une réparation (tikoun) dans assia et dans yetsira, dont le compte est de sept cents ; aussi celui qui est scrupuleux dans les tsitsit mérite-t-il, pour chaque pan, sept cents serviteurs, selon le compte de assia yetsira. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, d'expliquer ainsi la raison de ce nombre : il est connu que les quatre tsitsit découlent des quatre lumières des mo'hin, et il est connu que chaque aspect est composé de dix et que chacun de ces dix est lui-même composé de dix ; chacun des quatre aspects mentionnés compte donc pour cent, soit quatre cents. Aussi celui qui est scrupuleux à le porter tous les sept jours de la semaine sans en manquer mérite d'être servi par deux mille huit cents, correspondant aux sept jours de la semaine, car sept fois quatre cents font deux mille huit cents.
וְאוֹמְרוֹ שַׁבָּת שְׁמָהּ. מַשְׁמַע דְּרָמַז לוֹ בָּזֶה חִידּוּשׁ אַחֵר בִּקְרִיאַת הַשֵּׁם וּמַחְוֵי לֵיהּ לְמֵידַק בִּשְׁמָהּ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁרָמַז לוֹ לְמֵידַק בְּשֵׁם הַמַּתָּנָה וּמִזֶּה יָבִין מַעֲלָתָהּ, כִּי עֹוצֶם מַעֲלָתָהּ רָמוּז בִּשְׁמָהּ שֶׁנִּקְרֵאת 'שַׁבָּת' וְאוֹתִיּוֹת אֵלּוּ בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה שִׁי"ן בֵּי"ת ת"ו הֵמָּה אוֹתִיּוֹת 'שנ"י תיבו"ת' וְנִרְמָז בָּזֶה מַעֲלַת הַשַּׁבָּת דִּכְתִיב בֵּיהּ זָכוּר וּכְתִיב בֵּיהּ שָׁמוּר, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל זָכוֹר וְשָׁמוֹר בְּדִבּוּר אֶחָד נֶאֶמְרוּ, וּשְׁנֵי תֵּיבוֹת אֵלּוּ שֶׁל זָכוּר וּשְׁמֹור שֶׁנֶּאֶמְרוּ כְּדֶרֶךְ פֶּלֶא הֵם זָכוּר עַל קְדֻושָּׁתוֹ וּשְׁמֹור עַל שְׁמִירַת מִצְוֹתָיו, וְלָכֵן מִי שֶׁיֶּשְׁנוֹ בִּשְׁמִירָה יֶשְׁנוֹ בִּזְכִירָה וְזֶהוּ לְפִי פְּשׁוּטָן, אֲבָל לְסוֹדָן זָכוּר לִדְכוֹרָא שָׁמוּר לְנָוקְבָהּ כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ. נִמְצָא מַעֲלוֹת הַמַּתָּנָה הַזֹּאת בְּנִגְלֶה וּבְנִסְתָּר רְמוּזִים בִּשְׁנֵי תֵּיבוֹת שֶׁל זָכוּר וּשְׁמֹור שֶׁנֶּאֶמְרוּ בְּדִיבּוּר אֶחָד, וְהֵמָּה רְמוּזִים בִּשְׁמָהּ שֶׁהוּא תֵּיבָה אַחַת שֶׁאוֹתִיּוֹת 'שַׁבָּת' בְּמִילּוֹאָם הֵם אוֹתִיּוֹת 'שנ"י תיבו"ת'. אִי נָמֵי נ"ל בס"ד הָא דא"ל וְ 'שַׁבָּת' שְׁמָהּ מַחְוֵי לֵיהּ בְּמָחוֹג עַל הַטּוֹב שֶׁלָּהּ שֶׁרָמוּז בִּשְׁמָהּ, כִּי טוֹב שֶׁל הַשַּׁבָּת הוּא תּוֹסְפוֹת נר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] שֶׁהֵם רְמוּזִים בְּאוֹת שִׁי"ן שֶׁיֵּשׁ לָהּ ג' קַוִּין כַּנּוֹדָע, וְלָכֵן נִקְרֵאת שב"ת ב'ת ש'. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרָמוּז בִּשְׁמָהּ עִנְיָן גָּדוֹל שֶׁיִּהְיֶה לְיִשְׂרָאֵל לֶעָתִיד לָבֹא, שֶׁכָּל אֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל מְשַׁמְּשִׁין לוֹ שְׁנֵי אֲלָפִים וּשְׁמוֹנֶה מֵאוֹת [2800] עֲבָדִים וְכַנִּזְכָּר לְקַמָּן (דַּף ל"ב), וְזֶה נִרְמַז בְּשֵׁם שַׁבָּת שֶׁהוּא 'שָׁב ת' וְהַיְינוּ שָׁב רְצוֹנוֹ לוֹמַר שִׁבְעָה כְּמוֹ 'שָׁב שְׁמַעְתְּתָא' וְשִׁבְעָה פְּעָמִים ת' עוֹלֶה שְׁנֵי אֲלָפִים וּשְׁמוֹנֶה מֵאוֹת [7×400=2800] .
Et Il dit : Chabbat est son nom. Il en ressort qu'Il lui faisait allusion par là à une autre nouveauté dans l'énoncé du nom, et qu'Il lui faisait signe d'examiner ce nom de près. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Il lui faisait signe d'examiner de près le nom du cadeau, pour qu'il en comprenne la valeur, car l'immensité de sa valeur est contenue dans son nom, qui est Chabbat : ces lettres, dans leur épellation complète, chine, beit, tav, forment les lettres de chenei tevot (deux mots). Y est contenue la valeur du Chabbat, dont il est écrit souviens-toi et dont il est écrit garde, et nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit que souviens-toi et garde furent prononcés en une seule parole. Ces deux mots, souviens-toi et garde, prononcés de manière prodigieuse, sont souviens-toi pour sa sainteté et garde pour l'observance de ses mitsvot ; aussi celui qui est compris dans la garde est-il compris dans le souvenir, et cela selon le sens simple. Selon leur sod, souviens-toi se rapporte au masculin et garde au féminin, comme il est dit dans le saint Zohar. Il se trouve que les valeurs de ce cadeau, dans le révélé et dans le caché, sont contenues dans les deux mots souviens-toi et garde prononcés en une seule parole, et ceux-ci sont contenus dans son nom, qui est un seul mot, puisque les lettres de Chabbat dans leur épellation forment les lettres de chenei tevot. On peut aussi dire, il me semble avec l'aide du Ciel, que lorsqu'Il lui dit et Chabbat est son nom, Il lui fit signe de la main au sujet du bien qu'il contient, lequel est contenu dans son nom : car le bien du Chabbat est le supplément de nefech, roua'h et nechama, qui sont contenus dans la lettre chine, laquelle a trois branches, comme on le sait ; c'est pourquoi on le nomme chabbat, lu bat chine. On peut encore dire, il me semble avec l'aide du Ciel, qu'est contenu dans son nom un grand bien qui reviendra à Israël dans l'avenir : chacun d'Israël sera servi par deux mille huit cents serviteurs, comme il est dit plus loin (folio 32), et cela est contenu dans le nom Chabbat, qui se lit chav tav — chav signifiant sept, comme dans chav chemaateta (sept enseignements) — et sept fois quatre cents font deux mille huit cents.
💡 Explication

Rech Lakich chiffre la récompense de la mitsva à partir du verset de Zekharya, où dix hommes de chaque nation saisissent le kanaf, le pan du vêtement d'un Juif. Rachi détaille le calcul : dix hommes multipliés par les soixante-dix langues donnent sept cents par pan, et le vêtement en compte quatre.

Le nombre tient au mot du verset : la saisie porte sur le pan, lieu même de la mitsva, et la récompense se mesure à l'organe de l'obligation.

🖼️ Schéma
Les deux mille huit cents serviteurs de Rech Lakich 10 hommes Zekharya 8, 23 x 70 langues de toutes les nations = 700 par pan pour un seul kanaf 4 pans du vêtement = 2800 serviteurs pour qui est scrupuleux dans les tsitsit
Le calcul de Rachi, pan par pan.
7
סִימָן: שְׂנֹא חַלָּה תְּרוּמָה נִגְזֶלֶת דִּינָא שְׁבוּעָה שִׁיפּוּכְתָּא גִּילּוּיָא וְנִבְלוּתָא. תַּנְיָא, רַבִּי נְחֶמְיָה אוֹמֵר: בַּעֲוֹן שִׂנְאַת חִנָּם מְרִיבָה רָבָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם, וְאִשְׁתּוֹ מַפֶּלֶת נְפָלִים, וּבָנָיו וּבְנוֹתָיו שֶׁל אָדָם מֵתִים כְּשֶׁהֵן קְטַנִּים. רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בַּעֲוֹן חַלָּה אֵין בְּרָכָה בַּמְכֻונָּס, וּמְאֵרָה מִשְׁתַּלַּחַת בַּשְּׁעָרִים, וְזוֹרְעִין זְרָעִים וַאֲחֵרִים אוֹכְלִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַף אֲנִי אֶעֱשֶׂה זֹּאת לָכֶם וְהִפְקַדְתִּי עֲלֵיכֶם בֶּהָלָה אֶת הַשַּׁחֶפֶת וְאֶת הַקַּדַּחַת מְכַלּוֹת עֵינַיִם וּמְדִיבֹות נָפֶשׁ וּזְרַעְתֶּם לָרִיק זַרְעֲכֶם וַאֲכָלֻהוּ אֹויְבֵיכֶם״. אַל תִּקְרֵי ״בֶּהָלָה״ אֶלָּא ״בְּחַלָּה״. וְאִם נוֹתְנִין — מִתְבָּרְכִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״[ו]רֵאשִׁית עֲרִיסוֹתֵיכֶם תִּתְּנוּ לַכֹּהֵן לְהָנִיחַ בְּרָכָה אֶל בֵּיתֶךָ״.

Signe mnémotechnique : haine, halla, terouma, spoliée, jugement, serment, renversement, découvrement et grossièreté. Il a été enseigné : Rabbi Nehemia dit : par la faute de la haine gratuite, la dispute se multiplie dans la maison d'un homme, sa femme fait des fausses couches, et ses fils et ses filles meurent alors qu'ils sont petits.

Rabbi Elazar be-Rabbi Yehouda dit : par la faute de la halla, il n'y a pas de bénédiction dans ce qui est engrangé, une malédiction est envoyée sur les prix, et l'on sème des semences que d'autres mangent, ainsi qu'il est dit : "moi aussi je vous ferai ceci : je susciterai contre vous l'épouvante (behala), la consomption et la fièvre, qui épuisent les yeux et consument l'âme ; vous sèmerez en vain votre semence, car vos ennemis la mangeront". Ne lis pas behala mais be-halla.

Et s'ils donnent, ils sont bénis, ainsi qu'il est dit : "et les prémices de vos pétrins, vous les donnerez au cohen, pour faire reposer la bénédiction sur ta maison".

📜 Rachi (6)
שִׂנְאַת חִנָּם שֶׁלֹּא רָאָה בּוֹ דְּבַר עֲבֵירָה שֶׁיְּהֵא מֻותָּר לְשֶׁנְּאוֹתוֹ וְשׂוֹנְאוֹ:
Haine gratuite : il n'a vu en lui aucune transgression qui rendrait permis de le haïr, et il le hait.
מְרִיבָה רַבָּה מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה:
La dispute se multiplie : mesure pour mesure.
וּבָנָיו קְטַנִּים מֵתִים אַהֲבָתוֹ נִיטֶּלֶת מִמֶּנּוּ הַייְנוּ נָמֵי בְּמִדָּה:
Et ses enfants meurent petits : ce qu'il aime lui est retiré — la aussi, dans la même mesure.
בִּמְכֻונָּס בְּאוֹצְרוֹת יַיִן וְשֶׁמֶן וּמִתּוֹךְ כָּךְ בָּאָה מְאֵרָה בַּשְּׁעָרִים שֶׁמּוֹכְרִים בְּיֹוקֶר:
Dans ce qui est engrangé : dans les réserves de vin et d'huile ; et de ce fait la malédiction vient sur les prix, que l'on vend cher.
וְהִפְקַדְתִּי כְּמוֹ לֹא נִפְקַד מִמֶּנּוּ אִישׁ (בַּמִּדְבָּר ל״א:מ״ט-נ׳) אֲמַעֵט אֶת מַה שֶׁעֲלֵיכֶם שֶׁכְּנַסְתֶּם כְּבָר:
Ve-hifkadti : au sens de il ne manque pas un homme d'entre nous (Bamidbar 31, 49) — je diminuerai ce que vous avez déjà engrangé.
בְּחַלָּה בַּעֲוֹן חַלָּה:
Be-halla : par la faute de la halla.
🪔 Ben Yehoyada (4)
בַּעֲוֹן שִׂנְאַת חִנָּם, מְרִיבָה רָבָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם וְאִשְׁתּוֹ מַפֶּלֶת נְפָלִים, וּבָנָיו וּבְנוֹתָיו שֶׁל אָדָם מֵתִים כְּשֶׁהֵם קְטַנִּים. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַמְּרִיבָה מִתְּהוּיַת וְיוֹצְאָהּ מִכַּעַס לֵב שֶׁהוּא עוֹמֵד בְּתוֹךְ גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם שֶׁנִּקְרָא בַּיִת, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת יב, ג) בַּיּוֹם שֶׁיָּזֻעוּ שֹׁמְרֵי הַבַּיִת, לְכָךְ הַמְּרִיבָה רָבָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, וְגַם עוֹד כֵּיוָן שֶׁהִיא מִתְּהוּיַת וְצוֹמַחַת מִבִּפְנִים, לְכָךְ אִשְׁתּוֹ מַפֶּלֶת שֶׁהוּא הֶיזֵּק פְּנִימִי בְּעוֹדָם בְּחַדְרֵי בֶּטֶן, וְלָכֵן נָמֵי מֵתוּ בָּנָיו קְטַנִּים שֶׁעֲדַייִן הֵם יוֹשְׁבִים בִּפְנִים בְּתוֹךְ הַבַּיִת וְלֹא גָּדְלוּ וְיָצְאוּ חוּצָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד 'שִׂנְאַת חִנָּם' אוֹתִיּוֹת 'שְׁנָא מַחֲנֶה' כִּי זֶה בַּעַל שִׂנְאַת חִנָּם שְׁנָא מַחֲנֶה שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא מְקוֹם חֲנִייָּתוֹ שֶׁבָּאָה הַפֻּרְעָנוּת שָׁם, וְאִם תּוֹסִיף מִסְפַּר שִׂנְאָה [356] עַל מִסְפַּר מְרִיבָה [257] עוֹלֶה תרי"ג [613] כְּמִנְיַן רמ"ח [248] אֵיבָרִים וּשְׁסָ"ה [365] גִּידִים, לָזֶה אָמַר מְרִיבָה רַבָּה דַּיְיקָא, שֶׁנּוֹסַף עָלֶיהָ מִסְפַּר שִׂנְאָה, וְאָז שַׁדְיָיא תִּכְלֵיהּ בְּכוּלֵּיהּ גּוּפֵיהּ אֵבָרִים וְגִידִין.
Par la faute de la haine gratuite, la dispute se multiplie dans la maison d'un homme, sa femme fait des fausses couches, et ses fils et ses filles meurent alors qu'ils sont petits. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la dispute se forme et sort de la colère du cœur, qui se tient à l'intérieur du corps de l'homme, lequel est appelé maison, comme il est dit (Kohelet 12, 3) au jour où tremblent les gardiens de la maison ; aussi la dispute se multiplie-t-elle dans la maison de l'homme, mesure pour mesure. De plus, puisqu'elle se forme et croît au-dedans, sa femme fait des fausses couches, atteinte intérieure alors que les enfants sont encore dans les chambres du ventre ; et pour la même raison ses enfants meurent petits, alors qu'ils se tiennent encore au-dedans, dans la maison, sans avoir grandi ni été dehors. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sinat hinam (haine gratuite) est formé des mêmes lettres que sana mahane : celui qui a une haine gratuite hait son propre camp, le lieu où il est établi, et c'est là que vient le châtiment. Et si tu ajoutes le compte de sinah (356) à celui de meriva (257), tu obtiens 613, comme le compte des 248 membres et des 365 tendons ; c'est pourquoi il dit précisément la dispute se multiplie, car s'y ajoute le compte de la haine, et alors elle jette sa destruction dans tout le corps, membres et tendons.
בַּעֲוֹן חַלָּה אֵין בְּרָכָה בַּמְכֻנָּס. נִרְאֶה לִי בס"ד מִלּוּי חַלָּה כָּזֶה ח י"ת ל מ"ד הַ" א עוֹלֶה [455] תנ"ה כְּמִנְיַן שְׁלֹשָׁה מִלּוּאֵי אהי"ה [לְשֵׁם אהי"ה יֶשְׁנָם שְׁלוֹשָׁה מִילּוּיִים: 'שֵׁם קס"א' 161 - בְּמִילּוּי יו"דים: אָלֶ"ף ה"י יוּ"ד ה"י, 'שֵׁם קנ"א' 151 - בְּמִילּוּי הַ"הַיָּם: אָלֶ"ף ה"ה יוּ"ד ה"ה, 'שֵׁם קמ"ג' 143 - בְּמִילּוּי אל"פים: אָלֶ"ף הֵ"א יוֹ"ד הֵ"א, נִמְצָא ג' מִילּוּאֵי אהי"ה - קס"א קנ"א קמ"ג - עוֹלִים תנ"ה 455] , שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] הַבִּינָה שֶׁמִּשָּׁם הַפַּרְנָסָה. לָכֵן בַּעֲוֹן חַלָּה שֶׁאֵין נוֹתְנִים אֵין בְּרָכָה בִּמְכֻנָּס , רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּמִילּוּי שֶׁל אוֹתִיּוֹת חַלָּה שֶׁהַמִּילּוּי הוּא הַמְכַנֵּס שֶׁל הַפָּשׁוּט נִמְצָא אוֹתִיּוֹת חַלָּה בִּמְלוֹאָהּ הִיא מִסְפַּר 'תְּנָה' חַלָּה, גַּם מִסֵּפֶר חַלָּה תנ"ה שֶׁחָלָה בָּהּ הַבְּרָכָה שֶׁל תנ"ה הֵם מִילּוּאִים הַנִּזְכָּרִים. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד ב' פְּעָמִים בְּרָכָה [227×2=454] עוֹלֶה עִם הַכּוֹלֵל תנ"ה שֶׁהוּא מִסְפַּר מִלּוּי חַלָּה, לִרְמֹוז אִם יִתְּנוּ חַלָּה יִהְיֶה לָהֶם בְּרָכָה לַנֶּפֶשׁ בְּרָכָה לַגּוּף. וְלָזֶה אָמַר (שְׁמוֹת מד, ל) לְהָנִיחַ בְּרָכָה אֶל בֵּיתֶךָ, וז"ש בַּעֲוֹן חַלָּה אֵין בְּרָכָה בַּמְכֻנָּס רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֵין שׁוֹרָה הַבְּרָכָה הָרְמוּזָה בְּהַמְכֻונָּס שֶׁל אוֹתִיּוֹת חַלָּה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּמִילּוּי אוֹתִיּוֹת שֶׁל חַלָּה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ אֵין בְּרָכָה בִּמְכֻנָּס, דְּמַרְגְּלָא בְּפֻומַּייְהוּ דְּאִינָשֵׁי לוֹמַר אֵין בְּרָכָה מְצוּיָה אֶלָּא בְּאוֹצַר הַבַּיִת, דְּאִם קוֹנֶה דְּבַר יוֹם בְּיוֹמוֹ לֶחֶם וְאֹורֶז וְשֶׁמֶן וְכַיּוֹצֵא אֵין בְּרָכָה מְצוּיָה בָּהֶם, כִּי הֵם דְּבָרִים הַנִּמְדָּדִים וְנִשְׁקָלִים דְּבַר יוֹם בְּיוֹמוֹ, אֲבָל הַקּוֹנֶה חִיטִּים וְאֹורֶז וְשֶׁמֶן וְכַיּוֹצֵא פַּעַם אַחַת לְצֹורֶךְ הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ וְנוֹתְנָם בָּאוֹצָר וְלוֹקְחִים מִמֶּנּוּ כָּל יוֹם בְּלִי מִשְׁקָל שׁוּרָה בָּהֶם בְּרָכָה.
Par la faute de la halla, il n'y a pas de bénédiction dans ce qui est engrangé. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'épellation de halla, ainsi : het-yod-tav, lamed-mem-dalet, hé-alef, fait 455, tanah, comme le compte des trois épellations du Nom Ekyeh (ce Nom a trois épellations : celle par des yod, 161 ; celle par des hé, 151 ; celle par des alef, 143, soit ensemble 455), qui est le sod de la bina, d'où vient la parnassa. Aussi, par la faute de la halla que l'on ne donne pas, il n'y a pas de bénédiction dans ce qui est engrangé, c'est-à-dire dans l'épellation des lettres de halla, car l'épellation est le contenant du nom simple : les lettres de halla dans leur épellation donnent le compte de tanah. Le compte de halla est aussi tanah, car s'y est posée la bénédiction de 455, qui est celle des épellations mentionnées. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que deux fois berakha (227 fois 2, soit 454) fait, avec l'unité ajoutée, 455, le compte de l'épellation de halla, pour faire entendre que s'ils donnent la halla ils auront une bénédiction pour l'âme et une bénédiction pour le corps. C'est pourquoi il est dit (Ye'hezkel 44, 30) pour faire reposer la bénédiction sur ta maison. Et c'est ce que dit la guemara : par la faute de la halla il n'y a pas de bénédiction dans ce qui est engrangé, c'est-à-dire que ne repose pas la bénédiction contenue dans le contenant des lettres de halla, c'est-à-dire dans leur épellation. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, quant à ce qu'elle dit, il n'y a pas de bénédiction dans ce qui est engrangé, qu'il est courant dans la bouche des gens de dire que la bénédiction ne se trouve que dans la réserve de la maison : celui qui achète jour après jour du pain, du riz, de l'huile et choses semblables n'y trouve pas de bénédiction, car ce sont des choses mesurées et pesées chaque jour ; mais celui qui achète du blé, du riz et de l'huile une fois pour toute l'année, les met en réserve et y puise chaque jour sans peser, la bénédiction y repose.
וּמְאֵרָה מִשְׁתַּלַּחַת בַּשְּׁעָרִים. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בִּרְכַּת הָאָרֶץ הִיא בְּסוֹד מֵאָה, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית כו, יב) וַיִּזְרַע יִצְחָק בָּאָרֶץ הַהִוא וַיִּמְצָא בַּשָּׁנָה הַהִוא מֵאָה שְׁעָרִים וַיְבָרֲכֵהוּ ה', וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד הַטַּעַם כִּי אַרְבַּע מַדְרֵגוֹת הַמִּסְפָּר הֵם כְּנֶגֶד אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּיה] , וּמִסְפַּר הַמֵּאוֹת הוּא בִּבְרִיאָה שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] בִּינָה כַּנּוֹדָע, וְיָדוּעַ שֶׁהַמָּזוֹן וְהַבְּרָכָה בָּא מִן הַבִּינָה שֶׁשָּׁם ס"ג [יוּ"ד ה"י וָא"ו ה"י=63] . וּבָזֶה פֵּירְשׁוּ רֶמֶז הַכָּתוּב (תְּהִילִּים נה, כג) הַשְׁלֵךְ עַל ה' יְהָבְךָ וְהוּא יְכַלְכְּלֶךָ, מִסְפַּר יַהְבָּךְ [37] ל"ז, הַשְׁלֵךְ עַל שֵׁם הוי"ה [26] יִהְיֶה ס"ג [63] וְהוּא יְכַלְכְּלֶךָּ , וְלָכֵן בִּרְכַּת הָאָרֶץ הִיא בְּסוֹד מֵאָה וּמָצָא מֵאָה שְׁעָרִים, וְלָכֵן אָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ שהקב"ה מְבָרֵךְ לַנְּשָׁמָה מֵאָה בִּרְכָאָן כְּמִנְיַן 'לְךָ לָךְ' [100] , כִּי הַנְּשָׁמָה הִיא מִבְּחִינַת הַבִּינָה שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] הַבְּרִיאָה שֶׁשָּׁם הוּא מִסְפַּר הַמֵּאוֹת, וְלָכֵן אִם אֵין מוֹצְאִין חַלָּה יָבֹא לָהֶם עֲנִיּוּת הָרְמוּזָה בְּאוֹת רֵי"שׁ בְּמִילּוֹאוֹ שֶׁהוּא לְשׁוֹן עֲנִיּוּת, וְעַל כֵּן אוֹתִיּוֹת 'מֵאָה' יָבֹא בְּתוֹכָם אוֹת ר' וְיִהְיוּ 'מְאֵרָה' וְתַחַת אֲשֶׁר לֹא זָכוּ לְמֵאָה שְׁעָרִים יִהְיֶה לָהֶם אוֹתִיּוֹת מֵאָה לְצֵירוּף מְאֵרָה.
Et une malédiction est envoyée sur les prix. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la bénédiction de la terre relève du sod de cent, comme il est dit (Berechit 26, 12) Yits'hak sema dans ce pays-là et trouva cette année-là cent mesures, et ה' le bénit. J'en ai expliqué la raison, avec l'aide du Ciel : les quatre degrés du nombre correspondent à atsilout, beria, yetsira et assia ; le compte des centaines se situe dans la beria, qui est le sod de la bina, comme on le sait, et il est connu que la nourriture et la bénédiction viennent de la bina, où se tient le Nom de valeur 63. On a expliqué par là l'allusion du verset (Tehilim 55, 23) jette sur ה' ton fardeau et Il te soutiendra : le compte de yehavkha est 37 ; jette-le sur le nom Havaya (26), cela fera 63, et Il te soutiendra. Aussi la bénédiction de la terre relève-t-elle du sod de cent, et il trouva cent mesures ; et c'est pourquoi il est dit dans le saint Zohar que le Saint, béni soit-Il, bénit la nechama de cent bénédictions, selon le compte de lekh lekha (100), car la nechama relève de la bina, qui est le sod de la beria, où se situe le compte des centaines. Aussi, si l'on ne prélève pas la halla, la pauvreté leur vient, laquelle est contenue dans la lettre rech dans son épellation, terme qui exprime la pauvreté ; ainsi la lettre rech entre au milieu des lettres de mea (cent) et elles deviennent meara (malédiction), et faute d'avoir mérité les cent mesures les lettres de mea leur donneront la combinaison meara.
וְאִם נוֹתְנִין מִתְבָּרְכִין שֶׁנֶּאֱמַר: "וְרֵאשִׁית עֲרִיסוֹתֵיכֶם תִּתְּנוּ לַכֹּהֵן, לְהָנִיחַ בְּרָכָה אֶל בֵּיתֶךָ". נִרְאֶה לִי בס"ד שֵׁם הָאַרְבָּעָה וּשְׁלֹשִׁים מִשֵּׁמוֹת ע"ב הוּא נִקְרָא לה"ח , וְהוּא בְּחִינַת יְסוֹד שֶׁבִּשְׁמוֹת בֶּן ע"ב, וְהוּא אוֹתִיּוֹת 'חַלָּה' לָכֵן בִּזְכוּת חַלָּה יִתְעוֹרֵר שֵׁם לה"ח הַנִּזְכָּר לְהַשְׁפִּיעַ בְּרָכָה. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (יְחֶזְקֵאל מד, ל) לְהָנִיחַ בְּרָכָה אֶל בֵּיתֶךָ, תָּסִיר אוֹתִיּוֹת נוּ"ן יוּ"ד מִן 'לָהּ נִי ח' יִשָּׁאֵר אוֹתִיּוֹת 'לה"ח' עַל פִּי סֵדֶר הַשֵּׁם הַנִּזְכָּר מַמָּשׁ. וְאוֹתִיּוֹת נוּ"ן יוֹ"ד הֲנֵז' תְּצָרְפֵם עִם 'בְּרָכָה' וְקָרֵינַן בָּהּ 'נִיבְרְכָה' לְשׁוֹן בְּרִיכָה, כְּלוֹמַר הֶאָרַת שֵׁם לה"ח נִיבְרְכָה אֶל בֵּיתֶךָ. וּבָזֶה יוּבָן (בַּמִּדְבָּר כד, ז) יִזַּל מַיִם מַדְלָיו, כִּי שֵׁם לה"ח הַנִּזְכָּר הוּא שֵׁם ל"ד מִן ע"ב שֵׁמוֹת, וְשֵׁם הק"ם הַמּוֹעִיל לַהֲקָמַת הַמַּזָּל הוּא שֵׁם י"ו מִן ע"ב שֵׁמוֹת הֲנֵז', וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר יִזַּל מַיִם רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁפַע מ ן ד"ל י"ו כְּלוֹמַר שֵׁם ל"ד וְשֵׁם י"ו, וְעַל יְדֵי כֵּן יִהְיוּ יִשְׂרָאֵל בְּמַיִם רַבִּים כַּמָּה מִינֵי הַשְׁפָּעוֹת שֶׁל טוֹבָה.
Et s'ils donnent, ils sont bénis, ainsi qu'il est dit : et les prémices de vos pétrins, vous les donnerez au cohen, pour faire reposer la bénédiction sur ta maison. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le trente-quatrième des soixante-douze noms se nomme LHH, qu'il correspond à l'aspect du yessod parmi les noms de soixante-douze, et qu'il est formé des mêmes lettres que halla ; aussi, par le mérite de la halla, ce nom LHH s'éveille-t-il pour faire descendre la bénédiction. C'est ce qui est dit (Ye'hezkel 44, 30) pour faire reposer la bénédiction sur ta maison : retire les lettres noun et yod de le-ha-ni-ah, il reste les lettres LHH, exactement dans l'ordre du nom mentionné. Et ces lettres noun et yod, joins-les a berakha et lis nivrekha, du terme berekha (bassin) : l'irradiation du nom LHH est amenée comme un bassin vers ta maison. On comprend par là (Bamidbar 24, 7) l'eau coulera de ses seaux, car le nom LHH mentionné est le nom 34 des soixante-douze noms, et le nom KM, qui sert à relever le mazal, est le nom 16 de ces mêmes soixante-douze ; c'est ce que dit le verset l'eau coulera, c'est-à-dire que l'abondance vient de dalet-lamed et de yod-vav, c'est-à-dire du nom 34 et du nom 16, et par là Israël se trouvera dans des eaux abondantes, en de multiples sortes d'influx de bien.
💡 Explication

Le siman, signe mnémotechnique, annonce l'ordre des enseignements à venir : haine, halla, terouma, bien spolié, jugement, serment, et la suite, qui se poursuivra sur le folio suivant. Ces signes servaient à retenir l'ordre d'une série transmise oralement.

La sanction de la halla repose sur une lecture du verset de Vayikra : le mot behala, épouvante, se lit be-halla, par la faute de la halla. La sanction porte sur le blé engrangé, sur les chearim, les prix du marché, et sur la récolte dont d'autres profiteront ; le versant positif est tiré de Ye'hezkel, où le don au cohen fait reposer la bénédiction sur la maison.

🖼️ Schéma
La halla : les deux versants de la même mitsva Le prélèvement de la halla On ne prélève pas Pas de bénédiction dans l'engrangé. Une malédiction est envoyée sur les prix. On sème, et d'autres mangent la récolte. Vayikra 26, 16 : lis behala comme be-halla. On prélève La bénédiction vient se poser sur la maison. Ye'hezkel 44, 30 : les prémices de vos pétrins, vous les donnerez au cohen, pour faire reposer la bénédiction sur ta maison.
Le prélèvement négligé et le prélèvement accompli.
8
בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת שָׁמַיִם נֶעֱצָרִין מִלְּהוֹרִיד טַל וּמָטָר, וְהַיֹּוקֶר הֲוָה, וְהַשָּׂכָר אָבַד, וּבְנֵי אָדָם רָצִין אַחַר פַּרְנָסָתָן וְאֵין מַגִּיעִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צִיָּה גַם חֹום יִגְזְלוּ מֵימֵי שֶׁלֶג שְׁאוֹל חָטָאוּ״. מַאי מַשְׁמַע? תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: בִּשְׁבִיל דְּבָרִים שֶׁצִּוִּיתִי אֶתְכֶם בִּימוֹת הַחַמָּה וְלֹא עֲשִׂיתֶם, יִגָּזְלוּ מִכֶּם מֵימֵי שֶׁלֶג בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים. וְאִם נוֹתְנִין — מִתְבָּרְכִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הָבִיאוּ אֶת כָּל הַמַּעֲשֵׂר אֶל בֵּית הָאוֹצָר וִיהִי טֶרֶף בְּבֵיתִי וּבְחָנוּנִי נָא בָּזֹאת אָמַר ה׳ צְבָאוֹת אִם לֹא אֶפְתַּח לָכֶם אֵת אֲרֻובּוֹת הַשָּׁמַיִם וַהֲרִיקֹותִי לָכֶם בְּרָכָה עַד בְּלִי דָי״. מַאי ״עַד בְּלִי דַּי״? אָמַר רָמִי בַּר (רַב) [חֵמָא] אָמַר רַב: עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר ״דַּי״.

Par la faute de l'annulation des teroumot et des maasserot, les cieux sont retenus de faire descendre la rosée et la pluie, la vie chère s'installe, le gain est perdu, et les gens courent après leur subsistance sans l'atteindre, ainsi qu'il est dit : "la sécheresse et la chaleur ravissent les eaux de neige, ainsi le cheol ceux qui ont péché". Quelle en est l'indication ?

On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : à cause des choses que je vous ai ordonnées à la saison chaude et que vous n'avez pas faites, les eaux de neige vous seront ravies à la saison des pluies. Et s'ils donnent, ils sont bénis, ainsi qu'il est dit : "apportez toute la dîme à la maison du trésor, et qu'il y ait de la nourriture dans ma maison, et éprouvez-moi donc par là, dit ה' Tsevaot : verrez-vous que je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux et que je ne vide pas sur vous une bénédiction jusqu'à plus que suffisance (ad beli dai)".

Que signifie ad beli dai ? Rami bar Hama a dit au nom de Rav : jusqu'à ce que vos lèvres s'usent à dire assez.

📜 Rachi (3)
הַשָּׁמַיִם נֶעְצָרִים וּמִתּוֹךְ שֶׁאֵין גְּשָׁמִים הַיֹּוקֶר הֲוָה:
Les cieux sont retenus : et du fait qu'il n'y a pas de pluie, la vie chère s'installe.
וְשָׂכָר אָבֵד שְׂכַר רִיוַּח:
Et le gain est perdu : le salaire du profit.
צִיָּה גַּם חֹום צִיָּה כְּמוֹ צִוּוּי דְּבָרִים שֶׁצִּוִּיתִי אֶתְכֶם בִּשְׁעַת הַחֹום הַייְנוּ תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת:
Sécheresse et chaleur aussi : tsia se lit comme tsivouy, les choses que je vous ai ordonnées au temps de la chaleur, c'est-à-dire les teroumot et les maasserot.
🪔 Ben Yehoyada (3)
בַּעֲוֹן בִּטּוּל תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת שָׁמַיִם נֶעְצָרִים מִלְּהוֹרִיד טַל וּמָטָר, וְהַיְּקָר הֲוָה, וְהַשָּׂכָר אָבַד, וּבְנֵי אָדָם רָצִין אַחַר פַּרְנָסָתָן וְאֵין מַגִּיעִים. נִרְאֶה לִי בס"ד אַף עַל פִּי שֶׁהַיֹּוקֶר הֲוָה וּכְפִי הַטֶּבַע בִּזְמַן הַיֹּוקֶר יִמְצָא רִיוַּח הַרְבֵּה לִקְצָת בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם אוֹצְרֵי פֵּירוֹת וְדָגָן, הִנֵּה עִם כָּל זֶה הַשָּׂכָר אֲשֶׁר מִשְׂתַּכְּרִים בְּאוֹתוֹ זְמַן אֵינוֹ מִתְקַיֵּים אֶצְלָם אֶלָּא יִהְיֶה אָבֵד , שֶׁיַּעֲשֶׂה לוֹ הקב"ה סִיבָּה שֶׁיִּתְאַבֵּד מִיָּדָם אַחֲרֵי זֶה. וּבְדֶרֶךְ הֲלָצָה יֵשׁ לְפָרֵשׁ 'הַשֵּׁכָר' עַל שֵׁכָר הַמְשַׁכֵּר לְשׁוֹן יַיִן וְשֵׁכָר, כִּי מֵאַחַר שֶׁהַיֹּוקֶר מַתְמִיד אָז הַשֵּׁכָר שֶׁיֵּשׁ אֵצֶל סוֹרְנָאִי אָבַד , שֶׁאֵין מוֹצֵא לוֹ קוֹנִים דִּבְנֵי אָדָם רְעֵבִים וְאוֹכְלִים כָּל אֶחָד חֹומֶשׁ שִׁיעוּר אֲכִילָתוֹ וּמִי יוּכַל לִשְׁתּוֹת שֵׁכָר.
Par la faute de l'annulation des teroumot et des maasserot, les cieux sont retenus de faire descendre la rosée et la pluie, la vie chère s'installe, le gain est perdu, et les gens courent après leur subsistance sans l'atteindre. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que même si la vie chère s'installe et que, selon le cours naturel des choses, certains hommes qui font réserve de fruits et de grain réalisent alors de gros profits, le gain qu'ils réalisent en ce temps-là ne se maintient pas chez eux et sera perdu, car le Saint, béni soit-Il, leur ménagera une cause qui le leur fera perdre ensuite. Par manière de trait d'esprit, on peut expliquer ha-chekhar au sens de la boisson enivrante, du terme vin et chekhar : puisque la vie chère dure, la bière qui se trouve chez le brasseur est perdue, faute de trouver des acheteurs, car les gens ont faim et chacun mange le cinquième de sa mesure habituelle — qui donc pourrait boire de la bière ?
עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר 'דָּי'. נִרְאֶה לִי בס"ד עוֹלָם הַזֶּה נִבְרָא בְּהֵ"א, אַךְ אוֹת הֵ"א יֵשׁ לָהּ שְׁנֵי צִיּוּרִים א' צוּרַת ד"ו , וְא' צוּרַת ד"י , אֲבָל שֶׁל 'דּוּ' מְעֻולֵּית יוֹתֵר לְכָךְ אוֹמְרִים הֵ"א לַחְמָא עַנְיָא ד"י אָכְלוּ אֲבָהָתַנָא. וְיָדוּעַ גַּן עֵדֶן הַתַּחְתּוֹן הוּא בִּכְלַל הָאָרֶץ הַלֵּזוּ שֶׁנִּבְרֵאת בְּאוֹת הֵ"א, אַךְ הוֹאִיל וְהוּא מְעֻולֶּה יוֹתֵר לְכָךְ צוּרַת הֵ"א הַחוֹפֶפֶת עָלָיו הִיא צוּרַת 'דּוּ' מַה שֶׁאֵין כֵּן אוֹת ה' הַחוֹפֶפֶת עַל עוֹלָם הַזֶּה. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד אֲנִי ל דּוֹדִי שֶׁעוֹשֶׂה רְצוֹנוֹ וְאָז דּוֹדִי לִי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר ב' צוּרוֹת שֶׁל 'דּוּ' וְשֶׁל 'דִּי' יֵשׁ לִי, אַחַת מְשַׁמֶּשֶׁת בָּעוֹלָם הַזֶּה, וְאַחַת מְשַׁמֶּשֶׁת בָּעוֹלָם הַבָּא. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁאִם הָאָדָם אוֹכֵל בְּצִמְצוּם שֶׁאֵין לוֹ בִּרְכַּת עֹושֶׁר, סְעוּדָה בַּיּוֹם, וּסְעוּדָה בַּלַּיְלָה, וּבְכָל סְעוּדָה יֵשׁ לֶחֶם שֶׁמְּבָרֵךְ עָלָיו שְׁתֵּי בְּרָכוֹת עַל נְטִילַת יָדַיִם וְהַמּוֹצִיא תְּחִלָּה, וְחָמֵשׁ לְבַסּוֹף שֶׁהֵם ד' בְּרָכוֹת בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וּפְרִי פְּרִי הַגָּפֶן עַל כּוֹס, סִימָן לַדָּבָר (תְּהִילִּים קיט, קסד) שֶׁבַע בַּיּוֹם הִלַּלְתִּיךָ, וְאִם יֵשׁ לוֹ בִּרְכַּת עֹושֶׁר אוֹכֵל פֵּירוֹת גַּם כֵּן, וְאָז מוֹסִיף שְׁלֹשָׁה בְּרָכוֹת בְּכָל סְעוּדָה שֶׁהֵם עֵץ וַאֲדָמָה וְשֶׁהַכֹּל, נִמְצָא מְבָרֵךְ עֲשָׂרָה בְּכָל סְעוּדָה. וּלְפִי זֶה מִי שֶׁאֵין לוֹ בְּרָכָה בְּעֹושֶׁר מְבָרֵךְ בְּכָל כ"ד שָׁעוֹת י"ד [14] בְּרָכוֹת בִּסְעֻודָּתוֹ, וּבַעַל בְּרָכָה בְּעֹושֶׁר מְבָרֵךְ עֶשְׂרִים, וְלָזֶה אָמַר אֶתֵּן לָהֶם בְּרָכָה עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר 'דָּי' רְצוֹנוֹ לוֹמַר 'דִּי' [14] בְּרָכוֹת אֶלָּא יִהְיוּ עֶשְׂרִים בְּרָכוֹת. אוֹ יוּבָן עַד בְּלִי דַּי , רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא יִשְׁלְטוּ בָּכֶם י"ד עִתִּים לְרָעָה הַנִּזְכָּרִים בִּקְהִלַּת. אוֹ יוּבָן שֶׁיִּשָּׁבֵר הַ 'פַּח' [88] עַל יְדֵי שֶׁיֶּחְסַר מִמֶּנּוּ 'דָּי' [14] וְאָז יִשָּׁאֵר 'עַד' [74] לְשׁוֹן מָזוֹן, כְּמוֹ (בְּרֵאשִׁית מט, כז) בַּבֹּקֶר יֹאכַל עַד, וְהוּא מְסַפֵּר שֵׁם אכדט"ם [74] וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר עַד בְּלִי דַּי שֶׁיִּתְפָּרֵד 'דָּי' מִן הַפַּח.
Jusqu'à ce que vos lèvres s'usent à dire assez. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce monde-ci a été créé par la lettre hé ; or la lettre hé a deux formes, l'une à la forme de dalet-vav et l'autre à la forme de dalet-yod, et celle de dalet-vav est la plus élevée — c'est pourquoi l'on dit ha lahma anya di akhalou avahatana. Il est connu que le gan éden inférieur fait partie de cette terre-ci, créée par la lettre hé ; mais puisqu'il est plus élevé, la forme de la lettre hé qui le recouvre est celle de dalet-vav, à la différence de la lettre hé qui recouvre ce monde-ci. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, le verset ani le-dodi, celui qui fait Sa volonté, et alors dodi li : c'est-à-dire que j'ai deux formes, celle de dalet-vav et celle de dalet-yod, l'une servant dans ce monde et l'autre dans le monde à venir. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que si un homme mange avec parcimonie, n'ayant pas la bénédiction de la richesse, un repas le jour et un repas la nuit, il y a à chaque repas du pain sur lequel il récite deux bénédictions au début, al netilat yadayim et ha-motsi, et cinq à la fin, soit les quatre bénédictions du birkat ha-mazon et celle du fruit de la vigne sur la coupe ; le signe en est (Tehilim 119, 164) sept fois le jour je t'ai loué. S'il a la bénédiction de la richesse, il mange aussi des fruits, et il ajoute alors trois bénédictions à chaque repas, celle des arbres, celle de la terre et che-hakol ; il se trouve qu'il récite dix bénédictions à chaque repas. Ainsi, celui qui n'a pas la bénédiction de la richesse récite en vingt-quatre heures quatorze bénédictions à ses repas, et celui qui a la bénédiction de la richesse en récite vingt. C'est pourquoi il est dit je leur donnerai une bénédiction jusqu'à ce que vos lèvres s'usent à dire dai, c'est-à-dire que les quatorze bénédictions (dai vaut 14) deviendront vingt. On peut aussi comprendre ad beli dai : les quatorze temps mauvais mentionnés dans Kohelet n'auront pas prise sur vous. On peut encore comprendre que le pah (le piège, 88) se brisera lorsqu'on lui retirera dai (14), et il restera ad (74), terme qui signifie nourriture, comme dans (Berechit 49, 27) au matin il dévore sa proie, et c'est le compte du Nom Akhadtam (74) ; c'est ce qui est dit, ad beli dai, que dai se détache du pah.
וְאִם נוֹתְנִין מִתְבָּרְכִין, שֶׁנֶּאֱמַר: (מַלְאָכִי נ' י') "הָבִיאוּ אֶת כָּל הַמַּעֲשֵׂר אֶל בֵּית הָאוֹצָר, וִיהִי טֶרֶף בְּבֵיתִי, וּבְחָנוּנִי נָא בָּזֹאת, אָמַר ה' צְבָאוֹת: אִם לֹא אֶפְתַּח לָכֶם אֵת אֲרֻבּוֹת הַשָּׁמַיִם, וַהֲרִיקֹתִי לָכֶם בְּרָכָה עַד בְּלִי דָי". נִרְאֶה לִי בס"ד כָּאן נִרְמְזוּ כַּמָּה שְׁמוֹת הַקּוֹדֶשׁ הַמַּשְׁפִּיעִים לְפַרְנָסָה, וְהַיְינוּ בְּאוֹמְרוֹ אֲרֻבּוֹת הַשָּׁמַיִם תֵּיבַת אֲרֻבּוֹת קָרֵינַן בָּהּ 'רַב אוֹת' שֶׁאִם תִּקַּח רֹוב כָּל אוֹת מִן אוֹתִיּוֹת 'שָׁמַיִם' תִּמְצָא רֹוב אוֹת ש י"ן [300] הוּא מִסְפַּר קנ"א [151], שֶׁהוּא 'אהי"ה בְּמִלּוּי ההי"ן' [אָלֶ"ף ה"ה יוּ"ד ה"ה = 151] , וְרֹוב אוֹת מ' [40] הוּא מִסְפַּר כ"א [21], שֶׁהוּא שֵׁם 'אהי"ה פָּשׁוּט' [21] וְרֹוב אוֹת י ו"ד [10] הוּא מִסְפַּר וָא"ו [6], שֶׁהוּא רֶמֶז לַיְּסוֹד הַמַּשְׁפִּיעַ, וְרֹוב אוֹת מִ" ם סְתוּמָה [עֶרְכָּהּ שֶׁל ם' בְּגֵימַטְרְיָא הוּא 600] הוּא ש"א [301], שֶׁהוּא מִסְפַּר שֵׁם אֱ-לֹהִים בְּמִלּוּי יודי"ן שֶׁעוֹלֶה ש' [אָלֶ״ף לָמֶ״ד ה״י יוּ״ד מֵ״ם = 300] וְעִם אוֹת אֶלֶף דְּכֶתֶר הַמְמַתְּקוֹ הוּא ש"א [301] . וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר אֶפְתַּח לָכֶם 'רַב אוֹת ' הַשָּׁמַיִם וַהֲרִיקֹתִי לָכֶם בְּרָכָה ! וְהָא דְּאָמַר וְאִם נוֹתְנִין 'מִתְבָּרְכִין' וְלֹא אָמַר 'מִתְעַשְּׂרִין'? נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יֵשׁ עֹושֶׁר בָּא עַל יְדֵי בְּרָכָה מִן הַשָּׁמַיִם, וְיֵשׁ בָּא עַל יְדֵי סִיבָּה סְגֻולִּית, כְּהַךְ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בָּבָא מְצִיעָא נט.) אוֹקִירוּ לִנְשַׁייְכוּ כִּי הֵיכִי דְּתִתְעַתְּרוּ [=כַּבְּדוּ אֶת נְשׁוֹתֵיכֶם כְּדֵי שֶׁתִּתְעַשְּׁרוּ] , וְזֶה הָעֹושֶׁר הַבָּא עַל יְדֵי סְגֻולָּה כָּזֹאת אֵין לָאָדָם הֲנָאָה מִמֶּנּוּ אֶלָּא בָּעוֹלָם הַזֶּה, אֲבָל הַבָּא עַל יְדֵי בִּרְכַּת שָׁמַיִם יֵהָנֶה מִמֶּנּוּ גַּם בָּעוֹלָם הַבָּא, כְּמוֹ שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל עַל פָּסוּק (תְּהִילִּים מט, יז) אַל תִּירָא כִּי יַעֲשִׁר אִישׁ, בִּסְגֻולָּה זוֹ שֶׁהוּא כִּי יִרְבֶּה כְּבוֹד בֵּיתוֹ, זוֹ אִשְׁתּוֹ, כִּי זֶה הֲנָאָתוֹ בָּעוֹלָם הַזֶּה דַּוְקָא יַעַן, לֹא בְמוֹתוֹ יִקַּח הַכֹּל לֹא יֵרֵד אַחֲרָיו כְּבוֹדוֹ, מַה שֶׁאֵין כֵּן עֹושֶׁר הַבָּא מִבִּרְכַּת ה' הוּא מְהַנֶּה הָאָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה וּבָעוֹלָם הַבָּא, וְלָזֶה אָמַר 'מִתְבָּרְכִין' כִּי הַבָּא עַל יְדֵי סְגֻולָּה אֵין חָשׁוּב בְּרָכָה. [עַייֵּן לְרַבֵּינוּ בְּסִפְרוֹ חַסְדֵי אָבוֹת פֶּרֶק ו' מִשְׁנָה ז' שֶׁבֵּיאֵר בַּמָּשָׁל אֶת הַהֶבְדֵּל בֵּין מִתְבָּרְכִין לַמִּתְעַשְּׂרִין וְתִמְצָא חֵן]
Et s'ils donnent, ils sont bénis, ainsi qu'il est dit (Malakhi 3, 10) : apportez toute la dîme à la maison du trésor, et qu'il y ait de la nourriture dans ma maison, et éprouvez-moi donc par là, dit ה' Tsevaot : verrez-vous que je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux et que je ne vide pas sur vous une bénédiction ad beli dai. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que plusieurs noms saints qui font descendre la parnassa sont ici contenus : lorsqu'il dit les écluses des cieux, lis dans le mot aroubot rov ot, la plus grande part de la lettre. Si tu prends la plus grande part de chaque lettre du mot chamayim, tu trouves que la plus grande part de la lettre chine, épelée chine-yod-noun et valant 300, fait 151, qui est le Nom Ekyeh dans l'épellation par des hé ; la plus grande part de la lettre mem (40) fait 21, qui est le Nom Ekyeh simple ; la plus grande part de la lettre yod, épelée yod-vav-dalet et valant 10, fait 6, vav, allusion au yessod qui fait descendre l'influx ; et la plus grande part du mem final, dont la valeur est 600, fait 301, qui est le compte du Nom Elokim dans l'épellation par des yod, lequel vaut 300, avec la lettre alef du keter qui l'adoucit, soit 301. C'est ce qui est dit : j'ouvrirai pour vous le rov ot des cieux et je viderai sur vous une bénédiction. Et pourquoi dit-elle s'ils donnent ils sont bénis, et non ils s'enrichissent ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a une richesse qui vient par une bénédiction du Ciel et une richesse qui vient par une cause segoulique, comme ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Baba Metsia 59a) : honorez vos épouses afin de vous enrichir. La richesse qui vient par une telle segoula ne profite à l'homme que dans ce monde, tandis que celle qui vient par la bénédiction du Ciel lui profite aussi dans le monde à venir, comme l'ont écrit les commentateurs, de mémoire bénie, sur le verset (Tehilim 49, 17) ne crains pas lorsqu'un homme s'enrichit — par cette segoula qui est lorsque s'accroît l'honneur de sa maison, c'est-à-dire son épouse —, car son profit est dans ce monde seulement, puisque à sa mort il n'emportera rien et que son honneur ne descendra pas après lui. Il en va autrement de la richesse qui vient de la bénédiction de ה' : elle profite à l'homme dans ce monde et dans le monde à venir. C'est pourquoi elle dit ils sont bénis, car ce qui vient par une segoula ne compte pas comme bénédiction. (Vois notre maître dans son ouvrage Hasdei Avot, chapitre 6 michna 7, où il explique par une parabole la différence entre ils sont bénis et ils s'enrichissent, et tu y trouveras grâce.)
💡 Explication

La sanction se déploie en chaîne : la pluie retenue, puis la vie chère, puis le gain qui se perd, puis la poursuite vaine de la subsistance. L'école de Rabbi Yichmael tire cette chaîne du mot tsia d'Iyov, lu comme tsivouy, commandement : ce qui a été négligé à la saison des récoltes est repris à la saison des pluies.

Le versant positif vient de Malakhi, seul endroit où l'Écriture invite à éprouver Hachem. Rav lit l'expression ad beli dai en rattachant beli au verbe user : l'abondance durera jusqu'à l'usure des lèvres qui disent assez.

🖼️ Schéma
Teroumot et maasserot : la chaîne de la sanction On ne prélève pas les teroumot et maasserot. Les cieux retiennent la rosée et la pluie. La vie chère s'installe, le gain est perdu. On court après sans atteindre. Iyov 24, 19 : la sécheresse et la chaleur ravissent les eaux de neige. École de Rabbi Yichmael : tsia se lit comme tsivouy, ce que je vous ai ordonné au temps de la chaleur vous sera repris au temps des pluies. Le versant inverse Malakhi 3, 10 : apportez toute la dîme, et les écluses des cieux s'ouvriront, ad beli dai. Rami bar Hama au nom de Rav : jusqu'à ce que vos lèvres s'usent à dire assez.
La chaîne de la sanction et son versant inverse.
9
בַּעֲוֹן גֵּזֶל הַגּוֹבַאי עוֹלֶה, וְהָרָעָב הוֹוֶה, וּבְנֵי אָדָם אוֹכְלִים בְּשַׂר בְּנֵיהֶן וּבְנוֹתֵיהֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שִׁמְעוּ הַדָּבָר הַזֶּה פָּרוֹת הַבָּשָׁן אֲשֶׁר בְּהַר שֹׁומְרוֹן הָעֹושְׁקוֹת דַּלִּים הָרֹוצְצוֹת אֶבְיוֹנִים״. אָמַר רָבָא: כְּגוֹן הָנֵי נְשֵׁי דְמָחוֹזָא

Par la faute du vol, la sauterelle (govai) monte, la famine s'installe, et les gens mangent la chair de leurs fils et de leurs filles, ainsi qu'il est dit : "écoutez cette parole, vaches du Bachan qui êtes sur la montagne de Chomron, vous qui opprimez les faibles, qui écrasez les indigents". Rava a dit : comme ces femmes de Mehoza

🪔 Ben Yehoyada (2)
בַּעֲוֹן גֶּזֶל, הַגּוֹבַאי עַוְלָה. נִרְאֶה לִי בס"ד קַייְמָא לַן סְתָם גּוֹי גַּזְלָן הוּא. גַּם יָדוּעַ מ"ש בַּמְפָרְשִׁים דּוֹרְשֵׁי רְשׁוּמוֹת אָמְרוּ אָלֶ"ף בֵּי"ת אֱמוּנָה בְּרָכָה, גִּימֶ"ל דָּלֶ"ת גְּנֵבָה דַּלּוּת, וְאִם כֵּן זֶה הַגַּזְלָן שֶׁהוּא יְהוּדִי וְעָשָׂה מַעֲשֵׂה גּוֹי לִגְנֹוב וְלִגְזֹול וּפָגַם בְּאוֹת אָלֶ"ף וּבֵי"ת שֶׁהֵם אֱמוּנָה בְּרָכָה, לְכָךְ יָבוֹאוּ אוֹתִיּוֹת א"ב בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת גּוֹי וְיִהְיֶה צֵירוּף גּוֹבַאי , לְכָךְ גּוֹבַאי בָּא לָעוֹלָם.
Par la faute du vol, la sauterelle monte. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous tenons pour règle qu'un non-Juif quelconque est présumé voleur. Il est connu aussi, d'après ce qu'ont écrit les commentateurs, que les interprètes des signes ont dit : alef bet, emouna (foi) berakha (bénédiction) ; guimel dalet, guenava (vol) dalout (pauvreté). Dès lors, ce voleur, qui est juif et a agi comme un non-Juif en volant et en spoliant, a porté atteinte aux lettres alef et bet, qui sont emouna et berakha ; aussi les lettres alef-bet entrent-elles au milieu des lettres de goy, la combinaison donne govai, et c'est pourquoi la sauterelle vient au monde.
אָמַר רָבָא: כְּגוֹן הָנֵי נְשֵׁי דְמָחוֹזָא, דְּאָכְלָן וְלָא עַבְּדָן. פֵּירוּשׁ א' דְּרַשִׁ"י דֹּוחַק [רַשִׁ"י שָׁם: וְנִמְצָא שֶׁגּוֹזְלוֹת אֶת בַּעֲלֵיהֶן וְעוֹד מִתּוֹךְ שֶׁמְּלֻומָּדוֹת בְּמַאֲכָל וּבְמִשְׁתֶּה גּוֹרְמוֹת לַבְּעָלִים לִגְזוֹל] , דְּהָא הַבְּעָלִין רוֹאִין כָּךְ וְשׁוֹתְקִין, וּפֵירוּשׁ ב' נָמֵי דֹּוחַק, כִּי בְּנֵי מָחוֹזָא עֲשִׁירִים הָיוּ וְהֶעָשִׁיר מֵבִיא מְשָׁרְתִים וְאֵין אִשְׁתּוֹ עוֹסֶקֶת. וְנִרְאֶה לִי בס"ד, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל חֵלֶק הֶעָנִי נְתָנוֹ הקב"ה אֵצֶל הֶעָשִׁיר, לָזֶה אָמַר (יְשַׁעְיָהוּ ג, יד) וְאַתֶּם בְּעַרְתֶּם הַכֶּרֶם שֶׁהִכְנַסְתֶּם כָּל פֵּירוֹתָיו לַבַּיִת, וְנִמְצָא גְּזֵלַת הֶעָנִי הִיא בְּבָתֵּיכֶם מַמָּשׁ, כִּי כָּל מַה שֶׁמֻּונָּח בָּאוֹצָר אֵינוֹ כֻּולּוֹ שֶׁלָּכֶם אֶלָּא מְעֹורָב שָׁם חֵלֶק הֶעָנִי, וְהֵן אֱמֶת שֶׁהֶעֱשִׁיר רָאוּי שֶׁיִּקָּרֵא גַּזְלָן בַּעֲבוּר זֶה ! אַךְ בְּדֶרֶךְ זֶה תְּאַשֵּׁם הָאִשָּׁה יוֹתֵר, שֶׁהָאוֹצְרוֹת בְּיָדָהּ וְאֵינָהּ נוֹתֶנֶת מֵהֶם כְּלוּם לֶעָנִי הַדּוֹפֵק עַל הַפֶּתַח וְשׁוֹאֵל פַּרְנָסָה וּמָזוֹן, וְלָזֶה אָמַר דְּאָכְלָן מִטּוֹב הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ וְלֹא עַבְּדָן בְּאוֹתוֹ הַטּוֹב צְדָקָה לַעֲנִיִּים, וְהַבַּעַל סוֹמֵךְ עַל אִשְׁתּוֹ בִּדְבָרִים אֵלּוּ לְכָךְ הִיא תְּאַשֵּׁם.
Rava a dit : comme ces femmes de Mehoza, qui mangent sans travailler. La première explication de Rachi paraît forcée (Rachi, ici : il se trouve qu'elles spolient leurs maris ; de plus, étant habituées à la nourriture et à la boisson, elles amènent leurs maris à voler), car les maris voient cela et se taisent. La seconde explication paraît forcée elle aussi, car les gens de Mehoza étaient riches, et le riche fait venir des serviteurs, de sorte que son épouse ne travaille pas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit que le Saint, béni soit-Il, a placé la part du pauvre chez le riche ; c'est à ce sujet qu'il est dit (Yechayahou 3, 14) et vous, vous avez ravagé la vigne, car vous avez fait entrer tous ses fruits dans la maison. Il se trouve que le bien volé au pauvre est littéralement dans vos maisons, car tout ce qui est déposé dans la réserve ne vous appartient pas entièrement : la part du pauvre y est mêlée. Il est vrai que le riche mérite d'être appelé voleur pour cette raison ! Mais de cette manière la femme est plus coupable encore, car les réserves sont entre ses mains et elle n'en donne rien au pauvre qui frappe à la porte et demande de quoi vivre et se nourrir. C'est ce que dit la guemara : elles mangent du bien du Nom, béni soit-Il, et ne travaillent pas, c'est-à-dire ne font pas avec ce bien de tsedaka pour les pauvres ; et le mari s'en remet à sa femme pour ces choses-là, aussi est-ce elle qui est coupable.
💡 Explication

Le verset d'Amos apostrophe les parot ha-Bachan, les vaches du Bachan, image des notables de Chomron qui pressurent les faibles. La guemara y rattache trois sanctions liées entre elles : l'invasion du govai, l'espèce de sauterelle, la famine, et son terme extrême.

Rava applique l'image à son temps et nomme les femmes de Mehoza. Sa phrase reste ici inachevée : la suite, qui précise le reproche, se lit au début du folio suivant.

🖼️ Schéma
Le vol et sa suite Le vol La sauterelle monte La famine On mange la chair de ses enfants Amos 4, 1 : écoutez cette parole, vaches du Bachan, qui opprimez les faibles et écrasez les indigents. Rava : comme ces femmes de Mehoza. La suite de son propos se lit au folio suivant. Ben Yehoyada : la part du pauvre est déposée chez le riche ; la réserve de la maison en contient toujours une part.
Du vol à la famine, et l'application de Rava à son époque.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).