Sougya : Le folio poursuit la longue beraita commencée à la page précédente, qui associe à chaque faute collective un châtiment annoncé par un verset : le vol appelle les sauterelles et la famine ; le retard, la distorsion et la négligence du jugement, joints à l'abandon de l'étude, appellent l'épée, le pillage, la peste et la sécheresse ; le serment vain, la profanation du Nom et celle du Chabbat appellent les bêtes sauvages et les routes désertes ; le meurtre entraîne la destruction du Temple et le retrait de la Chekhina ; les relations interdites, l'idolâtrie et l'abandon de la chemita entraînent l'exil. La dernière faute de la liste, le nivoul pe (parole obscène), ouvre une section propre : Rabbi Hanan bar Rava, Rav Hisda et Rav Nahman bar Yits'hak en tirent trois enseignements.
La guemara passe alors aux maladies comprises comme signes : les trois formes d'hidrokan (hydropisie), les cas de Chemouel ha-Katan, d'Abaye et de Rava, puis la beraita des quatre signes, qui s'achève sur l'askara et ouvre la discussion de la page suivante.
qui mangent sans rien produire. Et il est écrit : « Je vous ai frappés par la nielle et la rouille ; la multitude de vos jardins, de vos vignes, de vos figuiers et de vos oliviers, le gazam les a dévorés. » Et il est écrit : « Ce que le gazam a laissé, l'arbe l'a mangé ; ce que l'arbe a laissé, le yelek l'a mangé ; ce que le yelek a laissé, le hassil l'a mangé. » Et il est écrit : « Il taille à droite et il a faim, il mange à gauche et il n'est pas rassasié ; chacun dévore la chair de son bras (bessar zéro'o). » Ne lis pas « la chair de son bras » (bessar zéro'o) mais « la chair de sa descendance » (bessar zar'o).
Le folio reprend en cours de phrase la beraita commencée à la page précédente sur la faute de guezel (le vol). Les premiers mots traduits ici appartiennent encore à l'énumération antérieure ; Rachi les rapporte aux femmes qui vivent sans rien produire, ce qui conduit le mari au vol.
La démonstration procède par chaînage de versets. Amos annonce la nielle et le gazam, une espèce de sauterelle ; Yoël montre que le gazam n'ouvre qu'une série (arbe, yelek, hassil) ; Yechayahou décrit la famine qui en résulte. Le dernier maillon repose sur un al tikri, procédé qui relit un mot d'après son squelette consonantique : zéro'o (son bras) devient zar'o (sa descendance), et l'image de l'homme qui ronge son propre bras devient celle du parent qui perd ses enfants.
Pour la faute de retard du jugement (inouy ha-din), de distorsion du jugement (ivout ha-din), de jugement bâclé (kilkoul ha-din) et d'abandon de l'étude de la Torah (bitoul Torah) : l'épée et le pillage se multiplient, la peste et la sécheresse viennent, les gens mangent sans être rassasiés et mangent leur pain au poids. Car il est écrit : « J'amènerai sur vous une épée vengeresse, vengeance de l'alliance (berit), etc. » ; et « alliance » ne désigne que la Torah, ainsi qu'il est dit : « Si mon alliance n'était pas jour et nuit, etc. » Et il est écrit : « Lorsque je vous briserai le bâton du pain, dix femmes cuiront votre pain, etc. » Et il est écrit : « Parce qu'ils ont méprisé mes jugements. »
Trois défaillances du tribunal sont distinguées par Rachi, et elles ne relèvent pas du même registre. L'inouy ha-din est un retard : le verdict est déjà clair, on le garde. L'ivout ha-din est une falsification volontaire. Le kilkoul ha-din est une erreur produite par un examen trop rapide.
Le bitoul Torah est joint aux trois par le mot berit du verset : l'alliance dont l'épée prend vengeance est identifiée à la Torah grâce à Yirmeyahou. Chaque terme du châtiment énoncé par la beraita est ensuite retrouvé dans les malédictions de Vayikra 26, et la formule finale « parce qu'ils ont méprisé mes jugements » sert de rattachement commun aux trois fautes judiciaires.
Pour la faute de serment vain (chevou'at chav), de faux serment (chevou'at cheker), de profanation du Nom (hiloul Hachem) et de profanation du Chabbat : les bêtes sauvages se multiplient, le bétail disparaît, les hommes diminuent en nombre et les routes deviennent désertes. Ainsi qu'il est dit : « Et si par ces choses (be-ele) vous ne vous laissez pas corriger par moi » — ne lis pas « be-ele » (par ces choses) mais « be-ala » (par le serment).
Et il est écrit : « J'enverrai contre vous la bête des champs, etc. » Au sujet du faux serment il est écrit : « Vous ne jurerez pas par mon Nom pour le mensonge, et tu profanerais (ve-hilalta) le Nom de ton D.ieu » ; au sujet de la profanation du Nom il est écrit : « Vous ne profanerez pas (tehallelou) mon saint Nom » ; et au sujet de la profanation du Chabbat il est écrit : « Ceux qui le profanent (mehalleleha) seront mis à mort » — et l'on déduit « profanation » de « profanation » depuis le faux serment.
Le verset de base ne parle pas de serment : « si par ces choses (be-ele) vous ne vous laissez pas corriger ». La beraita le relit en be-ala, « par le serment », puisque les mêmes consonnes se lisent ainsi ; le châtiment annoncé juste après, les bêtes sauvages, se rattache donc au serment.
Les deux autres fautes sont accrochées par une guezera chava, rapprochement de deux passages qui emploient le même mot : le verbe hiloul (profaner) figure dans le verset du faux serment, dans celui du Nom et dans celui du Chabbat. Ce qui a été établi pour le premier vaut donc pour les deux autres. Rachi précise en outre ce qu'est le hiloul Hachem : la conduite négligente d'un homme dont les autres apprennent, et qui leur fait conclure que la Torah est sans consistance.
Pour la faute de meurtre (chefikhout damim), le Beth ha-Mikdach est détruit et la Chekhina se retire d'Israël, ainsi qu'il est dit : « Vous ne profanerez pas, etc., et tu ne rendras pas impur le pays dans lequel vous demeurez, au milieu duquel je réside. » Donc : si vous le rendez impur, vous n'y demeurerez pas et je ne résiderai pas en son sein.
Le verset de Bamidbar 35 joint deux affirmations : le pays doit rester pur, et Hachem y réside. La beraita en tire la contrepartie par simple retournement : rendre le pays impur par le sang, c'est perdre à la fois la résidence du peuple et celle de la Chekhina. Rachi ajoute que le retrait de la résidence divine signifie concrètement la destruction du Temple, lieu de cette résidence.
Pour la faute de relations interdites (guiloui arayot), d'idolâtrie (avoda zara) et d'abandon des années de chemita et de yovel : l'exil vient au monde, on les exile, et d'autres viennent s'installer à leur place. Ainsi qu'il est dit : « Car toutes ces abominations, les gens du pays les ont commises, etc. » ; et il est écrit : « Le pays devint impur, et je lui ai fait rendre compte de sa faute, etc. » ; et il est écrit : « Que le pays ne vous vomisse pas lorsque vous le rendrez impur. »
Les trois fautes de ce groupe partagent un même châtiment, l'exil, mais chacune reçoit sa preuve propre : ce segment traite des arayot, le suivant de l'avoda zara, le troisième de la chemita. Le verset de Vayikra 18 emploie l'image du pays qui vomit ses habitants, ce qui rend compte des deux éléments annoncés par la beraita : le départ du peuple et l'arrivée d'autres occupants.
Et au sujet de l'idolâtrie il est écrit : « Je mettrai vos cadavres, etc. » ; et il est écrit : « Je dévasterai vos sanctuaires, etc. », « et vous, je vous disperserai parmi les nations ».
Rachi montre que les deux éléments du châtiment figurent dans la suite immédiate des versets de Vayikra 26 : la dispersion parmi les nations pour l'exil, et les ennemis installés dans le pays pour le remplacement. La démonstration ne repose pas sur un procédé exégétique particulier ici, mais sur la lecture continue du passage.
Au sujet de la chemita et du yovel il est écrit : « Alors le pays acquittera ses chabbats, tous les jours de sa désolation, tandis que vous serez au pays de vos ennemis, etc. » ; et il est écrit : « Tous les jours de sa désolation, il se reposera. »
Le verset relie directement le repos du pays à l'exil de ses habitants : les années de chemita non observées sont acquittées pendant la désolation. Rachi indique que les « chabbats » du verset sont les années de chemita, et que la mention des ennemis installés figure au verset précédent, ce qui fournit le second élément du châtiment annoncé par la beraita.
Pour la faute de parole obscène (nivoul pe), les malheurs se multiplient, des décrets durs se renouvellent, les jeunes gens des ennemis d'Israël meurent, et les orphelins et les veuves crient sans être exaucés. Ainsi qu'il est dit : « C'est pourquoi ה' ne se réjouira pas de ses jeunes gens, et de ses orphelins et de ses veuves il n'aura pas pitié, car tous sont impies et malfaisants et toute bouche profère l'obscénité ; malgré tout cela sa colère ne s'est pas détournée, et sa main reste étendue. »
La formule « les jeunes gens des ennemis d'Israël » est un euphémisme : la guemara évite de prononcer directement le malheur sur Israël et parle de ses ennemis à sa place. Rachi décompose le verset de Yechayahou terme par terme et retrouve chacun des éléments annoncés par la beraita, la cause étant donnée par le verset lui-même : « toute bouche profère l'obscénité ».
Le dernier membre du verset, « et sa main reste étendue », reste inexpliqué à ce stade ; c'est lui qui ouvre la discussion du segment suivant.
Que signifie « et sa main reste étendue » ? Rabbi Hanan bar Rava a dit : tout le monde sait pourquoi la mariée entre sous le dais nuptial.
Pourtant, quiconque salit sa bouche à ce sujet, même si l'on a scellé sur lui un décret de soixante-dix ans de bien, on le retourne contre lui en mal. Rabba bar Chila a dit au nom de Rav Hisda : quiconque salit sa bouche, on approfondit pour lui le Guehinom, ainsi qu'il est dit : « Une fosse profonde est la bouche des étrangères. » Rav Nahman bar Yits'hak a dit : même celui qui entend et se tait, ainsi qu'il est dit : « Celui qui est maudit de ה' y tombera. »
Rabbi Hanan bar Rava part d'une évidence : la parole obscène sur le mariage n'apprend rien à personne, puisque tous savent déjà de quoi il s'agit. Elle n'a donc aucune utilité et reste pure salissure. Sa gravité se mesure au renversement qu'elle provoque : un décret favorable déjà scellé, portant sur soixante-dix ans, se retourne en mal.
Rav Hisda ajoute une peine d'un autre ordre, l'approfondissement du Guehinom, tiré de l'image de la « fosse profonde » de Michle. Rav Nahman bar Yits'hak étend enfin la peine à l'auditeur silencieux, en s'appuyant sur la suite du même verset : « celui qui est maudit y tombera », sans qu'il soit question de parler.
Rav Ocha'ya a dit : quiconque se prépare (memarek) à la faute, des meurtrissures et des plaies apparaissent sur lui, ainsi qu'il est dit : « Les meurtrissures d'une plaie pour qui se prépare dans le mal. » Et non seulement cela, mais il est condamné à l'hidrokan (hydropisie), ainsi qu'il est dit : « et des coups jusque dans les chambres du ventre ». Rav Nahman bar Yits'hak a dit : le signe de la faute est l'hidrokan.
Le verbe memarek signifie polir, dégager : Rachi le comprend comme le fait de se libérer de toute autre occupation pour se consacrer à la faute, donc une préparation délibérée. Le verset de Michle 20,30 est lu en deux temps : sa première moitié donne les plaies visibles, sa seconde moitié, « des coups jusque dans les chambres du ventre », donne une atteinte interne.
Rav Nahman bar Yits'hak en tire une formule qui servira de charnière pour la suite du folio : l'hidrokan est un signe de faute. C'est précisément cette identification qui rend nécessaires les distinctions du segment suivant.
Nos maîtres ont enseigné : il existe trois sortes d'hidrokan. Celui de la faute est épais, celui de la faim est bouffi, et celui de la sorcellerie (kechafim) est mince.
La beraita répond à la difficulté laissée par Rav Nahman bar Yits'hak. Si l'hidrokan était toujours un signe de faute, tout malade serait soupçonné ; trois causes sont donc distinguées, chacune avec son aspect propre. La faute donne une chair épaisse et dure ; la faim donne un gonflement d'eau sous une peau tendue ; la sorcellerie laisse la chair mince.
Rachi rend le mot tafoua'h par un terme de la langue du pays et décrit précisément l'aspect vitreux de la peau. Ces critères visuels sont supposés permettre au public de trancher, ce que le segment suivant viendra nuancer.
Chemouel ha-Katan en fut atteint. Il dit : Maître du monde, qui tirera au sort ?
Il fut guéri. Abaye en fut atteint.
Rava dit : je sais de Nahmani qu'il s'affame lui-même. Rava en fut atteint.
Mais n'est-ce pas Rava lui-même qui a dit : plus nombreux sont les tués par le pot de chambre que les enflés de la famine ? Rava est différent, car les maîtres le retenaient de force à l'heure de son cours.
Trois cas mettent à l'épreuve les critères de la beraita. Chemouel ha-Katan demande « mi mefis », qui tirera au sort : personne ne peut établir publiquement de quelle cause relève sa maladie, et le soupçon de faute pèse sur lui. Rachi précise la difficulté : le public ne connaît pas les trois signes, et ceux-ci peuvent varier.
Pour Abaye, Rava témoigne lui-même qu'il s'agit de l'hidrokan de la faim, puisqu'il se prive de nourriture. Reste Rava : il ne s'affame pas, et il a lui-même enseigné que la rétention des besoins tue plus sûrement que la famine, donc il ne la pratiquait pas par négligence. La réponse distingue la rétention choisie de la rétention subie : ses élèves le tenaient en place pendant l'heure du cours.
Nos maîtres ont enseigné : il y a quatre signes. Signe de la faute : l'hidrokan ; signe de la haine gratuite (sin'at hinam) : le yerakon (jaunisse) ; signe de l'orgueil (gassout ha-roua'h) : la pauvreté ; signe de la médisance (lachon ha-ra) : l'askara.
Cette beraita rassemble quatre couples faute-signe, dont le premier reprend l'énoncé de Rav Nahman bar Yits'hak. Le mot siman indique un indice, non une preuve contraignante : la réserve de Chemouel ha-Katan garde toute sa force.
Rachi apporte deux précisions décisives. La pauvreté annoncée pour l'orgueil est, d'après Kidouchin, une pauvreté en Torah. L'askara, quant à elle, est une maladie qui commence dans les intestins et s'achève dans la gorge ; ce dernier couple, lachon ha-ra et askara, ouvre la discussion qui commence au segment suivant et se poursuit en 33b.
Nos maîtres ont enseigné : l'askara vient au monde
Le folio s'interrompt au milieu de la beraita. Le lien entre l'askara et le lachon ha-ra, posé par la liste des quatre signes, va maintenant être discuté : la suite, en 33b, propose plusieurs causes et explique pourquoi la maladie frappe la gorge et la bouche.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).