Shabbat 33b — L'askara et ses causes, puis Rabbi Chimon bar Yohai : la dénonciation, les treize années de la grotte et le tikkoun après le miracle

Shabbat 33b

Sougya : Le folio achève la liste des fautes qui attirent l'askara, la maladie qui prend à la gorge : le maasser négligé, puis le lachon hara selon Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi. Une question se pose : a-t-il retenu le lachon hara seul, ou aussi le lachon hara ?

La baraita du vignoble de Yavne fournit la réponse, avec trois explications de la plaie qui commence aux entrailles et s'achève à la bouche ; l'avis de Rabbi Chimon, le bitoul Torah, essuie quatre objections et conduit à l'enseignement de Rabbi Gourion sur les enfants saisis pour la génération. Le titre de premier des orateurs, donné à Rabbi Yehouda, ouvre alors le récit romain : Rabbi Yehouda loue les réalisations de Rome, Rabbi Yossi se tait, Rabbi Chimon bar Yohai les blâme, et Yehouda ben Guerim rapporte leurs propos.

De là viennent les trois verdicts, la fuite au beit hamidrach, les douze années de la grotte avec le caroubier et la source, l'intervention d'Eliyahou, les deux sorties, le vieillard aux deux bottes de myrte et le bain chez Rabbi Pin'has ben Yair. Le folio se clôt sur la règle apprise de Yaakov : après un miracle, on répare quelque chose pour autrui.

L'askara : pour quelle faute ? Fin de la liste du folio précédent Par la faute du maasser. Rachi : manger du tevel rend passible de mort par la main du Ciel. R. Elazar be-R. Yossi Par la faute du lachon hara. Tehilim 63, 12 : la bouche du mensonge sera obstruée - yissakher. La question posée Le lachon hara seul, ou aussi le lachon hara ? Baraita du vignoble de Yavne : pourquoi la plaie commence aux entrailles et s'achève à la bouche ? R. Yehouda be-R. Ilai Les reins conseillent, le cœur comprend, la langue découpe, la bouche achève. Cause retenue : le lachon hara, d'où le trajet de la plaie. R. Elazar be-R. Yossi On mange avec elle des choses qui ne sont pas metouknot, c'est-à-dire non dîmées. Cause retenue ici : le maasser. Il ne renie pas le lachon hara. R. Chimon bar Yohai Par la faute du bitoul Torah, l'abandon de l'étude. Quatre objections suivent : femmes, non-Juifs, jeunes enfants, enfants de la maison du maître. Conclusion de la guemara Puisque dans la baraita il retient les choses non metouknot, il avait dit : aussi par la faute du lachon hara.
Les causes de l'askara, la question posée et la baraita du vignoble de Yavne.
Trois hommes devant Rome, trois verdicts R. Yehouda Que les réalisations de cette nation sont belles : ils ont établi des marchés, des ponts, des bains. Il a loué. R. Yossi Il se tut. Il n'a ni loué ni blâmé. R. Chimon bar Yohai Tout ce qu'ils ont établi, ils ne l'ont établi que pour leur propre besoin. Il a blâmé. Qu'il soit élevé : premier des orateurs en tout lieu. Qu'il soit exilé à Tsippori. Qu'il soit mis à mort. Yehouda ben Guerim rapporta ces propos, et ils parvinrent au pouvoir.
Les trois attitudes devant Rome et les trois verdicts du pouvoir.
La grotte : le fil du récit Le pouvoir condamne Rabbi Chimon bar Yohai à mort. Il se cache au beit hamidrach avec son fils ; sa femme leur porte pain et cruche d'eau. Le décret se durcit : ils passent dans une grotte. Un caroubier et une source sont créés. Douze années d'étude, assis jusqu'au cou dans le sable, vêtus seulement pour prier. Eliyahou, à l'entrée : qui informera bar Yohai que César est mort et son décret annulé ? Première sortie : le regard porte sur ceux qui labourent brûle tout lieu. Bat kol : retournez à votre grotte. Douze mois de plus, la mesure du jugement du guehinam. Bat kol : sortez. Où Rabbi Elazar frappe, Rabbi Chimon guérit. Le vieillard aux deux bottes de myrte, la veille de Chabbat : leur esprit s'apaise. Le bain chez Rabbi Pin'has ben Yair, puis le tikkoun du lieu, à l'exemple de Yaakov.
Le fil du récit, de la condamnation au tikkoun du lieu.
1
עַל הַמַּעֲשֵׂר. רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: עַל לָשׁוֹן הָרַע. אָמַר רָבָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מַאי קְרָאָהּ — ״וְהַמֶּלֶךְ יִשְׂמַח בֵּא-לֹהִים יִתְהַלֵּל כָּל הַנִּשְׁבָּע בּוֹ כִּי יִסָּכֵר פִּי דוֹבְרֵי שָׁקֶר״.

... par la faute du maasser (la dîme). Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi dit : par la faute du lachon hara (la médisance).

Rava a dit, et certains disent que c'est Rabbi Yehochoua ben Levi : quel est le verset ? "Et le roi se réjouira en D.ieu, quiconque jure par Lui s'en glorifiera, car la bouche de ceux qui parlent mensonge sera obstruée".

📜 Rachi (2)
עַל הַמַּעֲשֵׂר הָאוֹכֵל פֵּירוֹתָיו טְבָלִים וְהוּא בְּמִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם וְזוֹהִי מִיתָתוֹ מִדָּה בְּמִדָּה דְּדֶרֶךְ גְּרוֹנוֹ נִכְנַס בְּמֵעָיו:
Par la faute du maasser : celui qui mange ses fruits à l'état de tevel (non prélevés) encourt la mort par la main du Ciel, et voilà sa mort, mesure pour mesure, puisque c'est par sa gorge que cela est entré dans ses entrailles.
יִסָּכֵר אַסְכָּרָה:
Sera obstruée (yissakher) : l'askara.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une liste commencée plus haut : quelles fautes attirent l'askara, la maladie qui prend à la gorge et étouffe. Un avis retient le maasser négligé, c'est-à-dire la consommation de fruits restés tevel, dont les prélèvements n'ont pas été faits. Rachi souligne la correspondance : la faute passe par la gorge, la sanction aussi.

Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi retient le lachon hara. Le verset de Tehilim est choisi pour son verbe yissakher, obstruer, proche du mot askara : la bouche qui a parlé faussement se trouve bouchée.

2
אִיבַּעְיָא לְהוּ: רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי עַל לָשׁוֹן הָרָע קָאָמַר, אוֹ דִּילְמָא אַף עַל לָשׁוֹן הָרָע נָמֵי קָאָמַר? תָּא שְׁמַע: כְּשֶׁנִּכְנְסוּ רַבּוֹתֵינוּ לַכֶּרֶם בְּיַבְנֶה הָיָה שָׁם רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי וְרַבִּי שִׁמְעוֹן נִשְׁאֲלָה שְׁאֵלָה זוֹ בִּפְנֵיהֶם: מַכָּה זוֹ, מִפְּנֵי מַה מַתְחֶלֶת בִּבְנֵי מֵעַיִים וְגוֹמֶרֶת בַּפֶּה? נַעֲנָה רַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִלְעַאי ״רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים בְּכָל מָקוֹם״ וְאָמַר: אַף עַל פִּי שֶׁכְּלָיוֹת יוֹעֲצוֹת, וְלֵב מֵבִין, וּלְשׁוֹן מְחַתֵּךְ — פֶּה גּוֹמֵר. נַעֲנָה רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי וְאָמַר: מִפְּנֵי שֶׁאוֹכְלִין בָּהּ דְּבָרִים טְמֵאִין. דְּבָרִים טְמֵאִים סָלְקָא דַּעְתָּךְ? אֶלָּא שֶׁאוֹכְלִין בָּהּ דְּבָרִים שֶׁאֵינָן מְתֻוקָּנִים. נַעֲנָה רַבִּי שִׁמְעוֹן וְאָמַר: בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה.

On a soulevé la question devant eux : Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi a-t-il dit : par la faute du lachon hara seulement, ou peut-être a-t-il dit : aussi par la faute du lachon hara ? Viens et entends : lorsque nos maîtres sont entrés dans le vignoble de Yavne, il y avait là Rabbi Yehouda, Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi et Rabbi Chimon, et cette question fut posée devant eux : cette plaie, pourquoi commence-t-elle dans les entrailles et s'achève-t-elle dans la bouche ?

Rabbi Yehouda be-Rabbi Ilai, le premier des orateurs en tout lieu, prit la parole et dit : bien que les reins conseillent, que le cœur comprenne et que la langue découpe, c'est la bouche qui achève. Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi prit la parole et dit : parce qu'on mange avec elle des choses impures.

Des choses impures, cela te viendrait à l'esprit ? Plutôt : parce qu'on mange avec elle des choses qui ne sont pas metouknot (mises en règle, c'est-à-dire dont les prélèvements n'ont pas été faits).

Rabbi Chimon prit la parole et dit : par la faute du bitoul Torah (l'abandon de l'étude).

📜 Rachi (8)
לַכֶּרֶם זֶה בֵּית הַמִּדְרָשׁ שֶׁיּוֹשְׁבִין שׁוּרוֹת שׁוּרוֹת כְּכֶרֶם כָּךְ מְפֹורָשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי בִּבְרָכוֹת:
Dans le vignoble : c'est le beit hamidrach, où l'on siège en rangées, comme dans un vignoble. Ainsi est-ce expliqué dans le Yerouchalmi, dans Berakhot.
מַכָּה זוֹ אַסְכָּרָה:
Cette plaie : l'askara.
רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים בְּמִצְוַת הַמֶּלֶךְ שֶׁצִּוָּה עָלָיו לְדַבֵּר תְּחִלָּה בְּכָל מָקוֹם כְּדִלְקַמָּן:
Le premier des orateurs : par ordre du roi, qui a décrété à son sujet qu'il parlerait le premier en tout lieu, comme on le lit plus loin.
פֹּה גּוֹמֵר לָשׁוֹן הָרָע וְהוּא בָּא עַל כָּךְ לְפִיכָךְ מַתְחִיל בַּמֵּעַיִים וּמְסַייֵּם בַּפֶּה שֶׁהַלֵּב מֵבִין לְסַפֵּר לָשׁוֹן הָרָע וּבוֹדֶה הַדְּבָרִים מִלִּבּוֹ:
La bouche achève : le lachon hara, et la plaie vient pour cela. C'est pourquoi elle commence dans les entrailles et s'achève dans la bouche, car c'est le cœur qui comprend comment rapporter une médisance et qui invente ces propos de lui-même.
פֹּה גּוֹמֵר הַכֹּל יוֹצֵא מִן הַגָּרוֹן:
La bouche achève : tout sort par la gorge.
דְּבָרִים טְמֵאִים סָלְקָא דַּעְתָּךְ וְכִי עָונְשָׁהּ מִיתָה דְּבִשְׁלָמָא לָשׁוֹן הָרַע עָונְשָׁהּ מִיתָה דִּכְתִיב (תְּהִילִּים ק״א:ה׳) מְלָשְׁנִי בַסֵּתֶר רֵעֵהוּ אוֹתוֹ אַצְמִית:
Des choses impures, cela te viendrait à l'esprit ? Leur sanction est-elle la mort ? Pour le lachon hara, soit, sa sanction est la mort, ainsi qu'il est écrit (Tehilim 101, 5) : celui qui calomnie son prochain en secret, je le retrancherai.
מְתֻוקָּנִין מְעֻושָּׂרִים שֶׁהַטֶּבֶל בְּמִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם כִּדְיָלֵיף בְּאֵלּוּ הֵן הַנִּשְׂרָפִים (סַנְהֶדְרִין דַּף פג.):
Metouknim : dîmées, car le tevel entraîne la mort par la main du Ciel, comme cela est déduit au chapitre Elou hen ha-nissrafin (Sanhédrin 83a).
בַּעֲוֹן בִּטּוּל תּוֹרָה דְּעָנוּשׁ נָמֵי מִיתָה כְּדַאֲמָרָן מִקְרָא נִדְרָשׁ לִפְנֵי פָּנָיו לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם הָא אִם לֹא תִּלְמְדוּ יִתְמַעֲטוּ:
Par la faute du bitoul Torah : car sa sanction est aussi la mort, comme nous l'avons dit : un verset se dérive de celui qui précède celui qui le précède — afin que vos jours soient nombreux ; donc si vous n'étudiez pas, ils diminueront.
💡 Explication

La question porte sur la portée de l'avis précédent : Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi remplace-t-il la cause déjà donnée, le maasser, ou l'ajoute-t-il ? La guemara cherche la réponse dans une baraita située au kerem be-Yavne, le vignoble de Yavne, nom donné au beit hamidrach dont les rangées évoquaient un vignoble.

Trois maîtres expliquent le trajet de la maladie. Rabbi Yehouda décrit la chaîne de la parole : les reins conseillent, le cœur comprend, la langue articule, la bouche achève ; la plaie suit donc le chemin de la médisance. Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi vise ce qui passe par la bouche en fait de nourriture, et la guemara corrige aussitôt : il ne parle pas d'aliments interdits, dont la sanction n'est pas la mort, mais de produits non metouknim, restés tevel. Rabbi Chimon retient le bitoul Torah, dont la sanction capitale se déduit du verset lu à distance, selon le principe qu'un verset se dérive de celui qui précède celui qui le précède.

🖼️ Schéma
De la pensée à la bouche, et le trajet de la plaie Les reins ils conseillent Le cœur il comprend La langue elle découpe La bouche elle achève Le trajet de l'askara Les entrailles : là où entre ce que l'on a mangé La bouche : là où s'achève la parole Rachi : tout sort par la gorge - le même organe sert au manger et au dire.
La chaîne de la parole et le trajet de la plaie, des entrailles à la bouche.
3
אָמְרוּ לוֹ: נָשִׁים יוֹכִיחוּ! — שֶׁמְּבַטְּלוֹת אֶת בַּעֲלֵיהֶן. גּוֹיִם יוֹכִיחוּ! — שֶׁמְּבַטְּלִין אֶת יִשְׂרָאֵל. תִּינוֹקוֹת יוֹכִיחוּ! — שֶׁמְּבַטְּלִין אֶת אֲבִיהֶן. תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן יוֹכִיחוּ!

Ils lui ont dit : les femmes le prouveront ! — parce qu'elles détournent leurs maris. Les non-Juifs le prouveront ! — parce qu'ils détournent Israël.

Les jeunes enfants le prouveront ! — parce qu'ils détournent leur père. Les enfants de la maison du maître le prouveront !

📜 Rachi (3)
נָשִׁים יוֹכִיחוּ שֶׁאֵינָן מְצֻוּוֹת עַל דִבְרֵי תוֹרָה דִּכְתִיב וְלִמַּדְתֶּם אֹותָם אֶת בְּנֵיכֶם וְלֹא בְּנוֹתֵיכֶם וּמֵתוֹת בְּאַסְכָּרָה אָמַר לָהֶן אַף הֵן מְבַטְּלוֹת אֶת בַּעֲלֵיהֶן:
Les femmes le prouveront : car elles ne sont pas tenues aux paroles de Torah, ainsi qu'il est écrit : et vous les enseignerez à vos fils — et non à vos filles ; or elles meurent de l'askara. Il leur a dit : elles aussi détournent leurs maris.
תִּינוֹקוֹת יוֹכִיחוּ שֶׁאֵינָן בְּנֵי לִימּוּד אָמַר לָהֶן אַף הֵן בַּעֲוֹן שֶׁמְּבַטְּלִים אֶת אֲבִיהֶם לְהוֹלִיכָן לְחַמָּה וְלַצּוֹנֵן וּלְפַיְּיסָן בֶּאֱגוֹזִים:
Les jeunes enfants le prouveront : car ils ne sont pas en âge d'étudier. Il leur a dit : eux aussi, par la faute qu'ils détournent leur père, qui doit les mener au soleil et au frais et les apaiser avec des noix.
שֶׁל בֵּית רַבָּן לֹא בְּטֵלִין וְלֹא מְבַטְּלִין:
Ceux de la maison du maître : ils ne sont ni détournés ni détournants.
🪔 Ben Yehoyada (2)
תִּינוֹקוֹת יוֹכִיחוּ. מַקְשִׁים אַמַּאי לָא קַשְׁיָא מִתִּינֹוקֶת עַל ר"י וְעַל רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי, וּבִשְׁלָמָא מִגּוֹיִם לֵיכָּא קֻושְׁיָא עַל ר"י, מִשּׁוּם שֶׁהֵם מְצֻווִּים עַל שְׁפִיכוּת דָּמִים וְהַלָּשׁוֹן הָרַע גּוֹרֵם שְׁפִיכוּת דָּמִים, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לִישָּׁנָא תְּלָתָאי קְטִילַת לְתָאִי, וְכֵיוָן דְּרָאוּי לִהְיוֹת בּוֹ שְׁפִיכוּת דָּמִים לְכָךְ נֶעֱנָשִׁים בּוֹ, וְכֵן עַל רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי נָמֵי לָא קַשְׁיָא מִגּוֹיִם דְּהֵם מְצֻוִּוים עַל הַגֶּזֶל, וְכֵיוָן דְּאוֹכְלִים גֶּזֶל בְּפִיהֶם לְכָךְ לוֹקִין, אַךְ מִתִּינוֹקוֹת קַשְׁיָיא לְתַרְוַוייְהוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, דְּלָא קַשְׁייָא לר"י ולר"א מִתִּינוֹקוֹת, דְּיֵשׁ לוֹמַר הֵמָּה לוֹקִין בַּעֲוֹן אֲבִיהֶם, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְעֵיל בַּעֲוֹן נְדָרִים בָּנִים מֵתִים כְּשֶׁהֵם קְטַנִּים, שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת ה, ה) וְחִבֵּל אֶת מַעֲשֵׂה יָדֶיךָ, אֵלּוּ בָּנָיו וּבְנוֹתָיו שֶׁל אָדָם, אַךְ לְרַשְׁבִּ"י הִקְשׁוּ מִתִּינוֹקוֹת כַּוָּנָתָם עַל תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן שֶׁהֵם עוֹסְקִים בַּתּוֹרָה, דְּאֵין סְבָרָה לוֹמַר שֶׁיָּמוּתוּ בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה דַּאֲבוֹתָם, מֵאַחַר שֶׁהֵם עַצְמָם מְקַייְּמִים עֵסֶק הַתּוֹרָה וַאֲדוּקִים בּוֹ, אֲבָל בִּשְׁבִיל עָוֹן אַחֵר אֶפְשָׁר שֶׁיָּמוּתוּ בַּעֲוֹן אֲבִיהֶם, מֵאַחַר שֶׁהֵם קְטַנִּים וְעוֹדָם בִּרְשׁוּת אֲבִיהֶם, אַךְ רַשְׁבִּ"י חָשַׁב כַּוָּנָתָם לְהַקְשׁוֹת מִן תִּינוֹקוֹת הַקְּטַנִּים בְּיוֹתֵר שֶׁאֵין הוֹלְכִים לְבֵית הַסֵּפֶר, כִּי בְּאֵלּוּ שְׁכִיחָה מִיחָה טְפֵי, וּלְכָךְ הֵשִׁיב לָהֶם דִּמְבַטְּלִים אֲבִיהֶם, וְעַתָּה חָזְרוּ וְהִקְשׁוּ לוֹ בְּפֵירוּשׁ מִתִּינוֹקוֹת דְּבֵית רַבָּן, וְהֵשִׁיב זוֹ גְּזֵרַת מֶלֶךְ דְּאַף עַל פִּי שֶׁעוֹסְקִים בַּתּוֹרָה יָמוּתוּ בַּעֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה שֶׁל אֲבִיהֶם.
Les jeunes enfants le prouveront. On objecte : pourquoi l'argument tiré des enfants ne fait-il pas difficulté à Rabbi Yehouda et à Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi ? Pour les non-Juifs, soit, il n'y a pas de difficulté contre Rabbi Yehouda, puisqu'ils sont tenus à l'interdit du sang versé et que le lachon hara conduit au sang versé, nos maîtres, de mémoire bénie, ayant dit : la langue tierce en tue trois ; et puisqu'il convient que le sang versé leur soit imputé, ils en sont punis. De même, contre Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi il n'y a pas de difficulté tirée des non-Juifs, car ils sont tenus à l'interdit du vol, et puisqu'ils mangent du bien volé avec leur bouche, ils en sont frappés. Mais l'argument tiré des jeunes enfants fait difficulté aux deux ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'argument des enfants ne fait pas difficulté à Rabbi Yehouda ni à Rabbi Elazar, car on peut dire qu'ils sont frappés pour la faute de leur père, comme il a été dit plus haut : par la faute des vœux, les enfants meurent alors qu'ils sont petits, ainsi qu'il est dit (Kohelet 5, 5) et détruirait l'œuvre de tes mains — ce sont les fils et les filles de l'homme. Mais lorsqu'ils ont objecté à Rachbi à partir des enfants, ils visaient les enfants de la maison du maître, qui s'occupent de Torah : il n'y a pas de raison de dire qu'ils meurent pour la faute de bitoul Torah de leurs pères, puisqu'eux-mêmes accomplissent l'étude de la Torah et y sont attachés ; en revanche, pour une autre faute, il est possible qu'ils meurent pour la faute de leur père, puisqu'ils sont petits et encore sous son autorité. Rachbi, lui, a pensé qu'ils entendaient objecter à partir des tout-petits qui ne vont pas encore à l'école, chez qui la mort est plus fréquente ; aussi leur a-t-il répondu qu'ils détournent leur père. À présent, ils sont revenus objecter explicitement à partir des enfants de la maison du maître, et il a répondu : c'est un décret du Roi, et bien qu'ils s'occupent de Torah, ils meurent pour la faute de bitoul Torah de leur père.
גּוֹיִם יוֹכִיחוּ. קַשָּׁא וַהֲלֹא כְּבָר הִקְשׁוּ נָשִׁים יוֹכִיחוּ, וְאוֹתָהּ תְּשׁוּבָה שָׁייְכָה כָּאן גַּם כֵּן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּסָבַר הַמַּקְשֶׁה אֵין הַגּוֹיִם מְבַטְּלִים יִשְׂרָאֵל מִתַּלְמוּד תּוֹרָה, אֶלָּא רַק הַמֶּלֶךְ וְהַשָּׂרִים שֶׁלּוֹקְחִים אוֹתָם לַעֲבוֹדַת הַמֶּלֶךְ, אֲבָל גּוֹיִם עַמָּא דְּאַרְעָא אֵין מְבַטְּלִים אֶת יִשְׂרָאֵל, וְהֵשִׁיב דְּעִם כָּל זֶה יִתְחַיְּיבוּ גַּם גּוֹיִם עַמָּא דְּאַרְעָא בִּשְׁבִיל בִּיטּוּל שֶׁעוֹשִׂין הַשָּׂרִים שֶׁלָּהֶם.
Les non-Juifs le prouveront. Difficulté : on a déjà objecté les femmes le prouveront, et la même réponse convient ici aussi ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui objecte pensait que les non-Juifs ne détournent pas Israël de l'étude de la Torah : seuls le roi et les dignitaires le font, en prenant les gens pour le service royal, tandis que les non-Juifs du commun (ama de-ar'a) ne détournent pas Israël. Il a répondu que malgré cela les non-Juifs du commun sont eux aussi tenus pour responsables, à cause du détournement que produisent leurs dignitaires.
💡 Explication

Les objections suivent une même forme : on cherche des catégories frappées par l'askara sans être tenues à l'étude. Rabbi Chimon répond chaque fois en déplaçant la responsabilité : ces personnes détournent de l'étude ceux qui y sont tenus. Rachi précise pour les jeunes enfants la nature de ce détournement, fait de soins et de temps donné.

La dernière objection résiste. Les tinokot chel beit rabban, les enfants qui passent leur journée chez le maître, ne sont selon Rachi ni détournés ni détournants. Le principe invoqué jusque-là ne suffit plus, et la guemara devra changer de terrain au segment suivant.

🖼️ Schéma
Le bitoul Torah mis à l'épreuve : quatre objections R. Chimon : par la faute du bitoul Torah Les femmes Non tenues à l'étude, et pourtant frappées. Réponse : elles détournent leurs maris de l'étude. Les non-Juifs Non tenus à l'étude, et pourtant frappés. Réponse : ils détournent Israël de l'étude. Les jeunes enfants Pas encore en âge d'étudier. Réponse : ils détournent leur père, qui les soigne. Les enfants du maître d'école Rachi : ni détournés ni détournants. Aucune réponse de ce type ne convient. Les trois premières objections reçoivent une réponse ; la quatrième oblige à changer de principe. La guemara passe alors à l'enseignement de Rabbi Gourion.
Les quatre objections et les réponses qui leur sont faites.
4
הָתָם כִּדְרַבִּי גּוּרְיוֹן, דְּאָמַר רַבִּי גּוּרְיוֹן וְאִיתֵּימָא רַב יוֹסֵף בְּרַבִּי שְׁמַעְיָה: בִּזְמַן שֶׁהַצַּדִּיקִים בַּדּוֹר — צַדִּיקִים נִתְפָּסִים עַל הַדּוֹר, אֵין צַדִּיקִים בַּדּוֹר — תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן נִתְפָּסִים עַל הַדּוֹר. אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר זְעֵירִי, וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן נְזִירָא: מַאי קְרָאָהּ — ״אִם לֹא תֵדְעִי לָךְ הַיָּפָה בַּנָּשִׁים צְאִי לָךְ בְּעִקְבֵי הַצֹּאן וְגוֹ׳״, וְאָמְרִינַן: גְּדָיִים הַמְמֻושְׁכָּנִין עַל הָרוֹעִים. שְׁמַע מִינָּה: אַף עַל לָשׁוֹן הָרָע נָמֵי קָאָמַר — שְׁמַע מִינָּה.

Là, c'est selon Rabbi Gourion, car Rabbi Gourion a dit, et certains disent que c'est Rav Yossef be-Rabbi Chemaya : lorsqu'il y a des justes dans la génération, les justes sont saisis pour la génération ; lorsqu'il n'y a pas de justes dans la génération, les enfants de la maison du maître sont saisis pour la génération. Rabbi Yits'hak bar Zé'iri a dit, et certains l'énoncent au nom de Rabbi Chimon ben Nézira : quel est le verset ?

"Si tu ne le sais pas, toi la plus belle des femmes, sors sur les traces du troupeau, etc.", et nous disons : ce sont les chevreaux pris en gage pour les bergers. Conclus-en qu'il a dit : aussi par la faute du lachon hara.

Conclus-en.

📜 Rachi (2)
אִם לֹא תֵדְעִי לָךְ לִשְׁמוֹר מִצְוֹתַי צְאִי לָךְ וּבַקְשִׁי רַחֲמִים בִּזְכוּת עִקְּבֵי הַצֹּאן אֲבוֹת הָרִאשׁוֹנִים שֶׁהָיוּ רַגְלֵי הַצֹּאן וְחִזּוּקָם וְרֵעָי בִּזְכוּתָן אֶת גְּדִיּוֹתַיִךְ תִּינוֹקוֹת שֶׁלְּךָ שֶׁלֹּא יִתָּפְשׂוּ עַל מִשְׁכְּנוֹת הָרוֹעִים רוֹעֵי הַדּוֹר וּפַרְנָסָיו:
Si tu ne le sais pas : (si tu ne sais pas) garder Mes commandements, sors et demande miséricorde par le mérite des traces du troupeau, les premiers pères, qui furent les pieds du troupeau et sa force ; et par leur mérite fais paître tes chevreaux, tes jeunes enfants, afin qu'ils ne soient pas saisis pour les demeures des bergers, les bergers de la génération et ses dirigeants.
ש"מ אַף עַל לָשׁוֹן הָרָע וְלָא פְּלִיג אַמַּעֲשֵׂר דְּהָא קָאָמַר הָכָא שֶׁהֵם אוֹכְלִין דְּבָרִים שֶׁאֵינָן מְתֻוקָּנִין:
Conclus-en : aussi par la faute du lachon hara — et il ne conteste pas l'avis du maasser, puisqu'il dit ici qu'ils mangent des choses qui ne sont pas métouknot.
💡 Explication

La réponse ne défend plus l'avis de Rabbi Chimon sur son propre terrain : elle explique la mort des enfants du maître d'école par un autre principe. Selon Rabbi Gourion, une génération fautive est frappée dans ce qu'elle a de plus innocent. Les justes, lorsqu'il y en a, portent la charge ; à défaut, ce sont les enfants.

Le verset du Chir ha-chirim est lu sur le mot michkenot, les demeures des bergers, rapproché de memouchkanin, ce qui est pris en gage. Les chevreaux répondent des bergers, c'est-à-dire les enfants des dirigeants de la génération. La guemara peut alors trancher la question initiale : puisque dans la baraita Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi retient les produits non métouknim, son avis sur le lachon hara s'ajoutait à celui du maasser.

🖼️ Schéma
Rabbi Gourion : qui est saisi pour la génération ? Il y a des justes dans la génération Il n'y a pas de justes dans la génération Les justes sont saisis pour la génération Les enfants du maître d'école sont saisis pour la génération Chir ha-chirim 1, 8 : sors sur les traces du troupeau, auprès des demeures - michkenot - des bergers. La guemara : les chevreaux pris en gage pour les bergers. Rachi : les bergers de la génération et ses dirigeants.
Justes ou enfants : qui porte la charge d'une génération fautive.
5
וְאַמַּאי קָרוּ לֵיהּ ״רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים בְּכָל מָקוֹם״? דְּיָתְבִי רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי וְרַבִּי שִׁמְעוֹן, וְיָתֵיב יְהוּדָה בֶּן גֵּרִים גַּבַּייְהוּ. פָּתַח רַבִּי יְהוּדָה וְאָמַר: כַּמָּה נָאִים מַעֲשֵׂיהֶן שֶׁל אֻומָּה זוֹ: תִּקְּנוּ שְׁווָקִים, תִּקְּנוּ גְּשָׁרִים, תִּקְּנוּ מֶרְחֲצָאוֹת. רַבִּי יוֹסֵי שָׁתַק. נַעֲנָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי וְאָמַר: כָּל מַה שֶׁתִּקְּנוּ, לֹא תִּקְּנוּ אֶלָּא לְצֹורֶךְ עַצְמָן. תִּקְּנוּ שְׁווָקִין — לְהוֹשִׁיב בָּהֶן זוֹנוֹת, מֶרְחֲצָאוֹת — לְעַדֵּן בָּהֶן עַצְמָן, גְּשָׁרִים — לִיטֹּול מֵהֶן מֶכֶס. הָלַךְ יְהוּדָה בֶּן גֵּרִים וְסִיפֵּר דִּבְרֵיהֶם, וְנִשְׁמְעוּ לַמַּלְכוּת. אָמְרוּ: יְהוּדָה שְׁעִילָה — יִתְעַלֶּה. יוֹסֵי שֶׁשָּׁתַק — יְגַלֶּה לְצִיפּוֹרִי. שִׁמְעוֹן שֶׁגִּינָּה — יֵהָרֵג.

Et pourquoi l'appelait-on le premier des orateurs en tout lieu ? Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi et Rabbi Chimon siégeaient, et Yehouda ben Guerim siégeait auprès d'eux.

Rabbi Yehouda prit la parole et dit : que les réalisations de cette nation sont belles ! Ils ont établi des marchés, ils ont établi des ponts, ils ont établi des bains.

Rabbi Yossi se tut. Rabbi Chimon ben Yohai prit la parole et dit : tout ce qu'ils ont établi, ils ne l'ont établi que pour leur propre besoin.

Ils ont établi des marchés pour y installer des prostituées, des bains pour y délasser leur corps, des ponts pour en prélever le péage. Yehouda ben Guerim alla rapporter leurs propos, et ils furent entendus du pouvoir.

Ils dirent : Yehouda, qui a loué, qu'il soit élevé ; Yossi, qui s'est tu, qu'il soit exilé à Tsippori ; Chimon, qui a blâmé, qu'il soit mis à mort.

📜 Rachi (5)
בֶּן גֵּרִים בֶּן גֵּר וְגִיּוֹרֶת הָיָה:
Ben Guerim : il était fils d'un ger et d'une guioret (des convertis).
שֶׁל אֻומָּה זוֹ רוֹמִיִּים:
De cette nation : les Romains.
שְׁווָקִין סֵדֶר מוֹשָׁב שִׁוּוּקֵי עֲיָירוֹת וְחוּצוֹתֵיהֶן:
Des marchés : l'organisation de l'emplacement des marchés des villes et de leurs rues.
וְסִיפֵּר דִּבְרֵיהֶם לַתַּלְמִידִים אוֹ לְאָבִיו וְאִמּוֹ וְלֹא לְהַשְׁמִיעָן לַמַּלְכוּת וְנִשְׁמְעוּ עַל יָדוֹ לַמַּלְכוּת:
Et il rapporta leurs propos : à des élèves, ou à son père et à sa mère, sans intention de les faire entendre au pouvoir ; et par lui ils furent entendus du pouvoir.
יִתְעַלֶּה לִהְיוֹת רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים:
Qu'il soit élevé : pour être le premier des orateurs.
🗂️ Tossefot (1)
ה"ג ר"ת הָלַךְ רַבִּי יְהוּדָה בֶּן גֵּרִים וְסִיפֵּר דְּבָרִים וְנִשְׁמְעוּ לַמַּלְכוּת וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתַב בָּהֶן יְהוּדָה וְאֵין נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ תָּם דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק קַמָּא דְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף ט.) כִּי הָווּ מִיפַּטְרִי ר' יְהוּדָה בֶּן גֵּרִים ור"ש בֶּן חֲלַפְתָּא מַר' שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אֲמַר לֵיהּ לִבְרֵיהּ אֲנָשִׁים הַלָּלוּ אַנְשֵׁי צוּרָה הֵם זִיל גַּבַּייְהוּ דְּלִיבָרְכוּךָ מִכְּלָל דְּגַבְרָא רַבָּה הָיָה וּבְסוֹף שְׁמַעְתָּא ל"ג גַּל שֶׁל עֲצָמוֹת בִּלְשׁוֹן גְּנַאי אֶלָּא נָח נַפְשֵׁיהּ:
Ainsi lit Rabbenou Tam : Rabbi Yehouda ben Guerim alla et rapporta des propos, et ils furent entendus du pouvoir. Certains livres écrivent Yehouda, sans le titre, ce qui ne paraît pas juste à Rabbenou Tam, car nous disons au premier chapitre de Moed Katan (9a) que lorsque Rabbi Yehouda ben Guerim et Rabbi Chimon ben Halafta prenaient congé de Rabbi Chimon ben Yohai, celui-ci dit à son fils : ces hommes sont des hommes de haute stature, va vers eux pour qu'ils te bénissent — d'où il ressort que c'était un grand homme. Et à la fin de la sougya, on ne lit pas un tas d'ossements, en un langage de blâme, mais : son âme reposa.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים בְּכָל מָקוֹם. נִרְאֶה לִי בס"ד אַף עַל גַּב שֶׁהָיָה דָּבָר זֶה עַל פִּי גְּזֵירַת הַמֶּלֶךְ בִּשְׁבִיל כְּבוֹדָם הִנֵּה גַּם מִן הַשָּׁמַיִם הָיָה רָצוֹן בְּדָבָר זֶה, כִּי רָאוּי הָיָה לְכָךְ מִצַּד בְּחִינָתוֹ וְשָׁרְשׁוֹ, וְהוּא עַל פִּי מ"ש לְעֵיל בְּדַף כ"ה בְּשֵׁם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים עמ"ש בְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן אִלְעַאי שֶׁהָיָה דּוֹמֶה לְמַלְאָךְ יְעֻויַּן שָׁם, וְנִמְצָא כִּי בְּצַד שָׁרְשׁוֹ וּבְחִינוּתוֹ רָאוּי לִהְיוֹת רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים, הָא' כִּי הוּא מִשֹּׁורֶשׁ קַיִן שֶׁהוּא הַבְּכוֹר, וְעוֹד שֶׁזָּכָה לִבְחִינַת נֶפֶשׁ דַּאֲצִילוּת שֶׁהִיא בְּסוֹד הַדִּיבּוּר שֶׁהַדִּיבּוּר הוּא בְּנֶפֶשׁ, לְכָךְ יִהְיֶה הוּא רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים , וְגַם בְּכָל מָקוֹם יַעַן כִּי זָכָה לִבְחִינַת הַנֶּפֶשׁ דַּאֲצִילוּת שֶׁכּוֹלֶלֶת גַּם בי"ע [בְּרִיאָה,יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] , לָכֵן הוּא רֹאשׁ בְּכָל מָקוֹם.
Le premier des orateurs en tout lieu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que même si cela s'est fait par décret du roi, pour l'honneur de ces gens, il y avait aussi en cela une volonté du Ciel, car il en était digne du côté de sa be'hina (son niveau) et de sa racine. Cela suit ce qui a été écrit plus haut, au folio 25, au nom de notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar ha-Guilgoulim, sur ce qui est dit de Rabbi Yehouda ben Ilai, qui ressemblait à un ange — voir là. Il se trouve donc que, du côté de sa racine et de ses be'hinot, il était digne d'être le premier des orateurs. D'abord parce qu'il vient de la racine de Kayin, qui est l'aîné ; ensuite parce qu'il a mérité la be'hina de nefech d'Atsilout, laquelle est dans le sod (le secret) de la parole, la parole étant dans le nefech — c'est pourquoi il est le premier des orateurs. Et en tout lieu, parce qu'il a mérité la be'hina du nefech d'Atsilout, qui inclut aussi Beria, Yetsira et Assia ; c'est pourquoi il est le premier en tout lieu.
גְּשָׁרִים, לְטַל מֵהֶם מְכַסִּים. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי רַבִּי יְהוּדָה נָקֵיט גְּשָׁרִים קֹודֶם מֶרְחֲצָאוֹת וְרַבִּי שִׁמְעוֹן נָקֵיט לְהֵפֶךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי יְהוּדָה אֲתָא לְשַׁבּוֹחֵי, וּבִגְשָׁרִים יֵשׁ לְיִשְׂרָאֵל צֹורֶךְ טְפֵי מִן מֶרְחֲצָאוֹת , דְּאִם לֹא יֵשׁ מֶרְחָץ לֹא אִיכְפַּת לְהוּ, כִּי הֵם בְּגָלוּתָם אֵין מִתְנַהֲגִים בְּתַעֲנוּגֵי הַגּוּף וְדַי לָהֶם לְהָחֵם חַמִּין לִרְחֹוץ פְּנֵיהֶם וִידֵיהֶם, אֲבָל גְּשָׁרִים צְרִיכִין לָהֶם מְאֹד, דְּאִם לֹא יֵשׁ גֶּשֶׁר צָרִיךְ לַעֲבֹור בַּמַּעְבָּרוֹת, וּמִלְּבַד סַכָּנַת הַמַּיִם בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ רוּחַ קָשֶׁה, עוֹד גַּם כֵּן יִזְדַּמֵּן שֶׁאָדָם נֶחְפָּז לָלֶכֶת וְלֹא יִמְצָא לוֹ מַעְבֹּורֶת שֶׁיֵּלֵךְ בִּמְהֵרָה, מַה שֶׁאֵין כֵּן גֶּשֶׁר מֻוצָּל מִסַּכָּנָה וְהוּא מוּכָן וְעוֹמֵד כְּאָדָם הַהוֹלֵךְ בִּרְחוֹב הָעִיר. אַךְ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי שֶׁבָּא לִגְנוּתָם לוֹמַר שֶׁהֵם מִתְכַּוְּונִים לְצֹורֶךְ עַצְמָן, נָקֵיט מֶרְחֲצָאוֹת בְּרֵישָׁא שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם צֹורֶךְ עַצְמָן יוֹתֵר יַעַן כִּי נַעֲשִׂים לְהִתְעַנֵּג בָּהֶם גּוּפָם, אֲבָל גְּשָׁרִים הַהַרְוָוחָה מֵהַמֶּכֶס הַיּוֹצֵא לָהֶם מִשָּׁם הַכֹּל הוֹלֵךְ לְחַייֵּל וּלְשׁוֹמְרֵי הָעִיר, וּבָזֶה יֵשׁ תּוֹעֶלֶת גַּם לְיִשְׂרָאֵל, דְּאִם לֹא יֵשׁ חַייָּלוֹת וְשׁוֹמְרִים אִישׁ אֶת רֵעֵהוּ חַיִּים בָּלָעוּ. ומ"ש תִּקְּנוּ שׁוֹקַיִם, לְהוֹשִׁיב בָּהֶם זוֹנוֹת , אַף עַל גַּב דִּשְׁווָקִים הוּא מָקוֹם שֶׁמּוֹכְרִין שָׁם מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה וּמַלְבּוּשִׁים? אֶפְשָׁר כִּי הָיָה דַּרְכָּם לְהוֹשִׁיב בַּחֲנֻיוֹת נָשִׁים וְאוֹמֵר כִּי לַעֲבֵירָה נִתְכַּווְּנוּ בָּזֶה, כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה בָּזֶה פְּתָחִים לְנֹאֵף זֶה עִם זֶה, כְּמוֹ עֲצַת בִּלְעָם שֶׁיָּעַץ לְבָלָק בַּשִּׁיטִּים.
Des ponts, pour en prélever le péage. Il faut objecter : pourquoi Rabbi Yehouda mentionne-t-il les ponts avant les bains, et Rabbi Chimon l'inverse ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yehouda vient louer, et qu'Israël a plus besoin des ponts que des bains : s'il n'y a pas de bains, cela ne leur importe pas, car dans leur exil ils ne se conduisent pas selon les plaisirs du corps et il leur suffit de chauffer de l'eau pour se laver le visage et les mains ; les ponts, en revanche, leur sont très nécessaires, car sans pont il faut passer par des bacs, et outre le danger de l'eau lorsque le vent est fort, il arrive aussi qu'un homme soit pressé de partir et ne trouve pas de bac pour aller vite, tandis qu'un pont est à l'abri du danger, prêt et fixé, comme pour un homme qui marche dans la rue de la ville. Mais Rabbi Chimon ben Yohai, qui vient les blâmer en disant qu'ils visent leur propre besoin, mentionne les bains d'abord, car leur propre besoin y est plus grand, puisqu'ils sont faits pour que leur corps s'y délasse ; tandis que pour les ponts, le gain du péage qui leur en revient va entièrement à l'armée et aux gardes de la ville, et il y a là une utilité pour Israël aussi, car sans soldats ni gardes les hommes se dévoreraient les uns les autres vivants. Quant à ce qui est dit, ils ont établi des marchés pour y installer des prostituées, alors que le marché est le lieu où l'on vend nourriture, boisson et vêtements ? Il est possible que leur usage ait été d'installer des femmes dans les boutiques, et il dit qu'ils visaient par là la transgression, afin qu'il y ait ainsi des occasions de débauche des uns avec les autres, comme le conseil que Bilam donna à Balak à Chittim.
💡 Explication

La guemara revient sur le titre donné à Rabbi Yehouda dans la baraita et raconte d'où il vient. La scène est un échange sur les réalisations de Rome : marchés, ponts et bains. Rabbi Yehouda regarde le service rendu, Rabbi Chimon bar Yohai regarde l'intention, et Rabbi Yossi ne dit rien.

Rachi note que Yehouda ben Guerim, fils de convertis, rapporta ces propos sans vouloir les porter au pouvoir ; Tossefot défend sa réputation et retient la leçon selon laquelle il faut l'appeler Rabbi. Les trois verdicts répondent terme pour terme aux trois attitudes, et c'est ainsi que l'expression premier des orateurs en tout lieu devient un titre officiel.

🖼️ Schéma
Marchés, ponts, bains : deux lectures d'un même fait R. Yehouda : ce qui est beau R. Chimon : le but réel Les marchés Les villes sont ordonnées et fournies. Pour y installer des prostituées. Les ponts On passe la rivière sans bac et sans danger. Pour en prélever le péage. Les bains On peut s'y laver. Pour y délasser leur propre corps. Ben Ich H'ai : l'ordre diffère. R. Yehouda cite les ponts avant les bains, plus utiles à Israël ; R. Chimon cite les bains d'abord, où le profit propre est le plus net.
Les trois institutions romaines lues par Rabbi Yehouda et par Rabbi Chimon.
6
אֲזַל הוּא וּבְרִיָּה, טָשׁוּ בֵּי מִדְרְשָׁא. כָּל יוֹמָא הֲוָה מַתְיָא לְהוּ דְּבֵיתְהוּ רִיפְתָּא וְכוּזָא דְמַיָּא וְכָרְכִי. כִּי תְּקֵיף גְּזֵירְתָא אֲמַר לֵיהּ לִבְרֵיהּ: נָשִׁים דַּעְתָּן קַלָּה עֲלֵיהֶן, דִּילְמָא מְצַעֲרִי לַהּ וּמְגַלְּיָא לַן. אֲזַלוּ טָשׁוּ בִּמְעָרְתָּא. אִיתְרְחִישׁ נִיסָּא אִיבְּרִי לְהוּ חָרוּבָא וְעֵינָא דְמַיָּא, וַהֲווֹ מַשְׁלְחִי מָנַיְיהוּ וַהֲווֹ יָתְבִי עַד צַוְּארַיְיהוּ בְּחָלָא. כֻּולֵּי יוֹמָא גָּרְסִי. בְּעִידָּן צַלּוֹיֵי לָבְשִׁי מִיכַּסּוּ וּמְצַלּוּ, וַהֲדַר מַשְׁלְחִי מָנַיְיהוּ כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיבְלוּ. אִיתִּיבוּ תְּרֵיסַר שְׁנֵי בִּמְעָרְתָּא. אֲתָא אֵלִיָּהוּ וְקָם אַפִּיתְחָא דִמְעָרְתָּא, אֲמַר: מַאן לוֹדְעֵיהּ לְבַר יוֹחַי דְּמִית קֵיסָר וּבְטִיל גְּזֵירְתֵיהּ.

Il s'en alla, lui et son fils, et ils se cachèrent au beit hamidrach. Chaque jour, sa femme leur apportait du pain et une cruche d'eau, et ils mangeaient.

Lorsque le décret se durcit, il dit à son fils : les femmes ont l'esprit léger, peut-être la tourmentera-t-on et elle nous découvrira. Ils allèrent se cacher dans une grotte.

Un miracle se produisit : un caroubier et une source d'eau furent créés pour eux. Ils ôtaient leurs vêtements et siégeaient jusqu'au cou dans le sable.

Tout le jour ils étudiaient. À l'heure de la prière, ils se vêtaient, se couvraient et priaient, puis ôtaient de nouveau leurs vêtements pour qu'ils ne s'usent pas.

Ils demeurèrent douze ans dans la grotte. Eliyahou vint, se tint à l'entrée de la grotte et dit : qui informera bar Yohai que César est mort et que son décret est annulé ?

📜 Rachi (2)
אִיבְרֵי לְהוּ חָרוּבָא לֶאֱכֹול פֵּירוֹתָיו וְעֵינָא דָּמְיָא לִשְׁתּוֹת:
Un caroubier fut créé pour eux : pour manger ses fruits ; et une source d'eau, pour boire.
בְּחַלָּא בְּחוֹל שֶׁהָיוּ פּוֹשְׁטִין בִּגְדֵיהֶם שֶׁלֹּא יִבְלוּ וּמְכַסִּין עֶרְוָתָן בְּחוֹל:
Bé-hâla : dans le sable, car ils ôtaient leurs vêtements pour qu'ils ne s'usent pas et couvraient leur nudité avec le sable.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אִתְרְחִישׁ נִיסָּא, אִיבְּרִי לְהוּ חָרוּבָא וְעֵינָא דְמַיָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזוּ בָּזֶה מִן הַשָּׁמַיִם עַל מִיתּוּק הַגְּבוּרוֹת בַּחֲסָדִים אֲשֶׁר יִהְיֶה עַל יְדֵי עֵסֶק תּוֹרָתָם, וְהַייְנוּ חָרוּב [216] בְּגֵימַטְרְיָא גְּבוּרָה [216] , וּמַיִם הֵם חֲסָדִים, גַּם רָמְזוּ לָהֶם שֶׁיְּקַבְּלוּ הַיִּסּוּרִין בְּשִׂמְחָה כְּדֵי שֶׁבָּזֶה יִתְמַתְּקוּ הַגְּבוּרוֹת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד, נַעֲשָׂה הַנֵּס ב ח רֹוב וּבְ מ יָם שֶׁהֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת מ"ח, כְּנֶגֶד מ"ח מַעֲלוֹת שֶׁל הַתּוֹרָה, כִּדְאִיתָא בַּבָּרַייְתָא דְּאָבוֹת הַתּוֹרָה נִקְנֵית במ"ח מַעֲלוֹת, וּבִזְכוּת שֶׁזָּכוּ לַתּוֹרָה בִּשְׁלֵימוּת זָכוּ לְנֵס זֶה שֶׁהוּא בְּחָרוּב וּבְמַיִם. וּמַה שֶׁהָיוּ יוֹשְׁבִים עַד צַוָּארָם בְּחוֹל , נִרְאֶה לִי בס"ד מִלְּבַד טַעַם הַפְּשָׁטִי עוֹד כִּוְּונוּ בָּזֶה לְתַקֵּן חֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן שֶׁפָּגַם בְּתֹואַר אָדָם, שֶׁהִפְרִיד הָאָלֶ"ף וְהֵבִיא דָּם לְעוֹלָם, וְהֵמָּה עַתָּה עָסְקוּ בַּתּוֹרָה הָרְמוּזָה בְּאֶלֶף לְשׁוֹן אַלּוּף, בִּהְיוֹתָם יוֹשְׁבִים תּוֹךְ הַ 'חוֹל' [44] שֶׁהוּא מִסְפַּר דָּם [44] , וּבָזֶה חִיבְּרוּ אוֹת אָלֶ"ף בְּאוֹתִיּוֹת דָּם וְנִשְׁלַם שֵׁם 'אָדָם' ומ"ש לָבְשׁוּ מִיכְסוֹ וּמְצַלּוּ לִכְאוֹרָה תֵּיבַת מָכְסוּ לְשׁוֹן יֶתֶר? אַךְ נִרְאֶה לִי בָּא לוֹמַר שֶׁהָיוּ מְדַקְדְּקִים לִלְבֹּושׁ חִלּוּקָם בְּעוֹדָם מְכֻוסִּים בְּחוֹל כְּדֵי שֶׁלֹּא יָקֻומוּ בִּהְיוֹתָם עֲרוּמִים, וְהָא דְּיִתְבוּ תְּרֵיסַר שְׁנֵי , נִרְאֶה לִי כְּנֶגֶד י"ב שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל, שֶׁעָשׂוּ בִּישִׁיבָתָם תִּיקּוּן לי"ב שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל, וְלִהְיוֹת שֶׁשֵּׁבֶט יוֹסֵף נֶחֱלָק לִשְׁנֵי שְׁבָטִים, לְכָךְ נִתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר וְיָשְׁבוּ עוֹד שָׁנָה אַחַת וְנִשְׁלְמוּ י"ג שָׁנִים.
Un miracle se produisit : un caroubier et une source d'eau furent créés pour eux. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on a fait par là allusion, depuis le Ciel, à l'adoucissement des guevourot (les rigueurs) par les hassadim (les bontés), qui devait s'opérer par leur étude de la Torah : harouv, le caroubier, vaut 216, comme guevoura, 216, et les eaux sont les hassadim. On leur a aussi fait allusion qu'ils devaient recevoir les souffrances avec joie, afin que les guevourot en soient adoucies. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que le miracle s'est fait par le harouv et par les mayim, dont les initiales forment le nombre quarante-huit, correspondant aux quarante-huit qualités de la Torah, comme il est enseigné dans la baraita des Avot : la Torah s'acquiert par quarante-huit qualités ; et par le mérite d'avoir acquis la Torah dans sa plénitude, ils ont mérité ce miracle qui fut par le caroubier et par les eaux. Quant au fait qu'ils siégeaient jusqu'au cou dans le sable, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'outre le sens simple ils visaient aussi à réparer la faute d'Adam ha-richon, qui a porté atteinte au nom adam en séparant le alef et en introduisant le dam, le sang, dans le monde ; eux, à présent, s'occupaient de la Torah, à laquelle le alef fait allusion au sens d'alouf, le maître, en siégeant dans le hol, le sable, qui vaut 44, le nombre de dam, 44 ; ils ont ainsi joint la lettre alef aux lettres de dam et le nom adam s'est trouvé complet. Quant à ce qui est dit, ils se vêtaient, se couvraient et priaient, le mot se couvraient paraît de trop ; mais il me semble qu'il vient dire qu'ils prenaient soin de revêtir leur tunique tandis qu'ils étaient encore couverts par le sable, afin de ne pas se lever nus. Et le fait qu'ils demeurèrent douze ans me paraît correspondre aux douze tribus d'Israël : par leur séjour, ils ont opéré un tikkoun (une réparation) pour les douze tribus d'Israël ; et puisque la tribu de Yossef s'est divisée en deux tribus, la chose a tourné ainsi qu'ils ont siégé une année de plus et que treize années ont été accomplies.
אֲתָא אֵלִיָּהוּ וְקָם אַפִּתְחָא דִמְעָרְתָּא, אֲמַר: מַאן לוֹדְעֵיהּ לְבַר יוֹחַאי דְּמִית קֵיסָר, וּבְטִיל גְּזֵירְתֵיהּ. קַשָּׁא וַהֲלֹא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב הָיָה בָּא אֶצְלָם בְּכָל יוֹם וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה עִמָּהֶם וְלָמָּה לֹא אָמַר לוֹ דָּבָר זֶה פֶּה לָפֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁבֶּאֱמֶת הֵם הָיוּ צְרִיכִין לֵישֵׁב שָׁם י"ג שָׁנִים מִכַּמָּה טְעָמִים כְּמוּסִים, אָמְנָם הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ יוֹדֵעַ שֶׁבִּיצִיאָתָם יַעֲשׂוּ נֶזֶק לַבְּרִיּוֹת כְּשֶׁרוֹאִים אוֹתָם עוֹסְקִים בָּעוֹלָם הַזֶּה וּמַנִּיחִים עֵסֶק הַתּוֹרָה, כִּי מֵחֲמַת זְכוּת חָומְרָם חוֹשְׁבִין שֶׁכָּל הָעוֹלָם רָאוּי לָהֶם לִהְיוֹת כְּמוֹתָם, וְכַאֲשֶׁר עָשׂוּ כֵּן בִּיצִיאָה רִאשׁוֹנָה, לְכָךְ לֹא בָּא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב לוֹמַר לָהֶם בְּפֵירוּשׁ שֶׁיֵּצְאוּ, מִפְּנֵי שֶׁרָצָה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ שֶׁהֵם יָצְאוּ מֵעַצְמָם בְּהַשְׁמָעַת דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁהִשְׁמִיעַ אוֹתָם אֵלִיָּהוּ, וְאַחַר שֶׁיֵּצְאוּ וְיַעֲשׂוּ נֶזֶק בָּעוֹלָם אָז תֵּצֵא בַּת קוֹל וְתֹאמַר לָהֶם לְהַחֲרִיב עוֹלָמִי יְצָאתֶם? חָזְרוּ לִמְעָרַתְכֶם! וּבָזֶה יָדְעוּ שֶׁאֵין אַשְׁמָה עַל אִישִׁי יִשְׂרָאֵל שֶׁעוֹסְקִים בִּמְלַאכְתָּם וְאֵין נוֹהֲגִים כְּמוֹתָם, וְאָז אַחַר שֶׁיֻּושְׁלַם זְמַן הֶעָקְרִי שֶׁל שְׁנַת י"ג תֵּצֵא אָז בַּת קוֹל בְּפֵירוּשׁ וְתֹאמַר לָהֶם צְאוּ מִן מְעָרַתְכֶם! , וְתִהְיֶה יְצִיאָתָם בְּכָבוֹד יוֹתֵר שֶׁלֹּא עַל יְדֵי מַלְאָךְ אֶלָּא עַל יְדֵי בַּת קוֹל, וְאָז אַחַר שֶׁכְּבָר נוֹדַע לָהֶם מִיְּצִיאָה רִאשׁוֹנָה שֶׁיֵּשׁ זְכוּת לְיִשְׂרָאֵל שֶׁעוֹסְקִים בִּמְלֶאכֶת לֹא יֵצֵא נֶזֶק מִזֶּה, וּכְדַהֲוָה הָכִי בֶּאֱמֶת דְּכָל הֵיכָא דַּהֲוָה מֵחַיֵּי רַבִּי אֶלְעָזָר, הֲוָה מַסֵּי רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי , וְלָכֵן מִשּׁוּם דִּיצִיאָה רִאשׁוֹנָה לֹא הָיְתָה בִּזְמַנָּהּ, אֶלָּא רַק הָיְתָה לְהוֹדִיעָם מַה שֶּׁרָאוּי לִהְיוֹת כְּמִנְהַג הָעוֹלָם לְכָךְ לֹא רָצָה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לוֹמַר לְאֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב שֶׁיּוֹדִיעֵם לָצֵאת, אוֹ שֶׁיֵּצְאוּ עַל יְדֵי בַּת קוֹל, וְרַק כְּשֶׁהִגִּיעַ זְמַן יְצִיאָתָם הָאֲמִיתִּי אָז הוֹדִיעָם עַל יְדֵי בַּת קוֹל שֶׁהוּא יוֹתֵר כָּבוֹד לָהֶם. ומ"ש מִשְׁפַּט רְשָׁעִים בְּגֵיהִנָּם, שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ , פֵּירוּשׁ כֵּיוָן דַּאֲפִילּוּ רְשָׁעִים דַּי לָהֶם בי"ב חֹודֶשׁ, אִם כֵּן אֲנַחְנוּ אִם חָטָאנוּ בְּדָבָר זֶה לִשְׂרֹוף כָּל מָקוֹם שֶׁהָיִינוּ רוֹאִין, וַדַּאי דַּי לָנוּ צַעַר י"ב חֹדֶשׁ לְכַפֵּר עָלֵינוּ.
Eliyahou vint, se tint à l'entrée de la grotte et dit : qui informera bar Yohai que César est mort et que son décret est annulé. Difficulté : Eliyahou, de mémoire bénie, venait chez eux chaque jour et étudiait la Torah avec eux ; pourquoi ne le lui a-t-il pas dit de bouche à bouche ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité ils devaient siéger là treize ans, pour plusieurs raisons cachées. Mais le Nom, béni soit-Il, savait qu'à leur sortie ils causeraient du dommage aux créatures en les voyant s'occuper de ce monde et délaisser l'étude de la Torah, car en raison du mérite de leur matière ils pensaient que le monde entier devait être à leur mesure — et c'est bien ce qu'ils ont fait à leur première sortie. Aussi Eliyahou, de mémoire bénie, n'est-il pas venu leur dire explicitement de sortir : le Nom, béni soit-Il, voulait qu'ils sortent d'eux-mêmes, en entendant ces paroles qu'Eliyahou a fait entendre ; et après qu'ils seraient sortis et auraient causé du dommage dans le monde, une bat kol (une voix venue du Ciel) sortirait et leur dirait : est-ce pour détruire Mon monde que vous êtes sortis ? Retournez à votre grotte ! Ils apprendraient par là qu'il n'y a pas de faute chez les gens d'Israël qui s'occupent de leur travail et ne se conduisent pas comme eux. Alors, une fois achevé le temps essentiel de la treizième année, une bat kol sortirait explicitement et leur dirait : sortez de votre grotte ! Leur sortie serait plus honorable, se faisant non par un ange mais par une bat kol ; et, sachant déjà par là première sortie qu'Israël a un mérite à s'occuper de son travail, aucun dommage n'en sortirait. Ainsi fut-il en vérité : partout où Rabbi Elazar frappait, Rabbi Chimon ben Yohai guérissait. Puisque la première sortie n'était pas en son temps, mais seulement destinée à leur faire connaître ce qui doit être selon l'usage du monde, le Nom, béni soit-Il, n'a pas voulu dire à Eliyahou, de mémoire bénie, de leur annoncer de sortir, ni qu'ils sortent par une bat kol ; et c'est seulement lorsque le temps véritable de leur sortie est arrivé qu'Il le leur a fait savoir par une bat kol, ce qui est plus honorable pour eux. Quant à ce qui est dit, le jugement des méchants dans le guehinam dure douze mois, cela veut dire : puisque douze mois suffisent même aux méchants, si nous avons fauté en brûlant tout lieu que nous regardions, la souffrance de douze mois nous suffit certainement pour obtenir notre pardon.
💡 Explication

La fuite se fait en deux temps. Au beit hamidrach, la subsistance dépend de l'épouse ; Rabbi Chimon renonce à cet appui par crainte de ce qu'on lui ferait subir, et ils passent dans une grotte, où la subsistance vient du caroubier et de la source.

Le détail du sable a un motif pratique, donné par Rachi : préserver les vêtements, qui ne servent plus qu'à la prière. Le Ben Ich H'ai y lit en outre un tikkoun, et compte treize années en tout, les douze de la grotte et celle qui suivra.

L'intervention d'Eliyahou passe par une question lancée à la cantonade, sans s'adresser directement à eux. Le Ben Ich H'ai expliqué ce détour : la sortie devait venir de leur propre décision, pour que la suite puisse les instruire.

7
נְפַקוּ, חֲזוֹ אִינָשֵׁי דְּקָא כָּרְבִי וְזָרְעִי, אָמְרִין: מַנִּיחִין חַיֵּי עוֹלָם וְעוֹסְקִין בְּחַיֵּי שָׁעָה. כָּל מָקוֹם שֶׁנּוֹתְנִין עֵינֵיהֶן מִיָּד נִשְׂרָף. יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה לָהֶם: לְהַחֲרִיב עוֹלְמֵי יְצָאתֶם?! חִיזְּרוּ לִמְעָרַתְכֶם! הֲדוּר אֲזוּל אִיתִּיבוּ תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא. אָמְרִי: מִשְׁפַּט רְשָׁעִים בְּגֵיהִנָּם שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ. יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה: צְאוּ מִמְּעָרַתְכֶם! נְפַקוּ. כָּל הֵיכָא דַּהֲוָה מָחֵי רַבִּי אֶלְעָזָר, הֲוָה מַסֵּי רַבִּי שִׁמְעוֹן. אָמַר לוֹ: בְּנִי, דַּי לָעוֹלָם אֲנִי וְאַתָּה.

Ils sortirent. Ils virent des gens qui labouraient et semaient.

Ils dirent : ils délaissent la vie éternelle et s'occupent de la vie passagère. Tout lieu où ils posaient les yeux était aussitôt brûlé.

Une bat kol sortit et leur dit : est-ce pour détruire Mon monde que vous êtes sortis ?! Retournez à votre grotte !

Ils retournèrent et siégèrent douze mois de l'année. Ils dirent : le jugement des méchants dans le guehinam dure douze mois.

Une bat kol sortit et dit : sortez de votre grotte ! Ils sortirent.

Partout où Rabbi Elazar frappait, Rabbi Chimon guérissait. Il lui dit : mon fils, toi et moi suffisons au monde.

📜 Rachi (4)
כְּרַבִּי חוֹרְשִׁים:
Karvei : ils labourent.
וְעוֹסְקִין בְּחַיֵּי שָׁעָה דְּאֶפְשָׁר עַל יְדֵי נָכְרִים והקב"ה הוּא מְחַלֵּק מָזוֹן וְרִיוַּח לְעוֹשֵׂי רְצוֹנוֹ:
Et ils s'occupent de la vie passagère : alors que cela peut se faire par d'autres, et que le Saint, béni soit-Il, distribue nourriture et profit à ceux qui font Sa volonté.
מִשְׁפַּט רְשָׁעִים בְּגֵיהִנָּם י"ב חֹודֶשׁ שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ ס״ו:כ״ג) וְאָשָׁם לֹא תִּכְבֶּה וְהָיָה מִדֵּי חֹדֶשׁ בְּחָדְשׁוֹ וּמִדֵּי שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ יָבֹא כָּל בָּשָׂר אַף הַנִּדּוֹנִים בּוֹ בַּמַּשְׁמָע מַה שַׁבָּתוֹת לַמִּינּוּי שֶׁלָּהֶם אַף חֳדָשִׁים לַמִּינּוּי שֶׁלָּהֶן וְהַאי וַדַּאי בְּפוֹשְׁעֵי גֵּיהִנָּם מִשְׁתַּעֵי דִּכְתִיב לְעֵיל מִינֵּיהּ וְיָצְאוּ וְרָאוּ בְּפִגְרֵי הָאֲנָשִׁים הַפֹּושְׁעִים בִּי הָכִי תָּנֵי לָהּ בְּסֵדֶר עוֹלָם (פ"ו):
Le jugement des méchants dans le guehinam dure douze mois : ainsi qu'il est dit (Yechayahou 66, 24) leur feu ne s'éteindra pas, et (66, 23) il arrivera que de mois en mois et de chabbat en chabbat toute chair viendra — ceux qui y sont jugés sont aussi compris dans le sens du verset : de même que les chabbatot sont selon leur compte, les mois aussi sont selon leur compte. Et ce passage parle assurément des rebelles du guehinam, puisqu'il est écrit juste avant : et ils sortiront et verront les cadavres des hommes qui se sont rebelles contre Moi. Ainsi cela est-il enseigné dans le Seder Olam (chapitre 6).
דַּי לְעוֹלָם בְּעוֹסְקֵי תּוֹרָה אֲנִי וְאַתָּה:
Nous suffisons au monde : quant à ceux qui s'occupent de Torah, moi et toi.
💡 Explication

La première sortie met en présence deux échelles de vie. Rachi appuie le reproche : le travail de la terre pourrait être confié à d'autres, et la subsistance de ceux qui font la volonté du Ciel est assurée. Le regard des deux maîtres a un effet destructeur immédiat, et la bat kol les renvoie.

Les douze mois supplémentaires sont calculés sur la durée du jugement au guehinam, que Rachi établit à partir de Yechayahou. À la seconde sortie, le pouvoir de Rabbi Elazar reste le même, mais Rabbi Chimon le répare aussitôt. Sa phrase finale, toi et moi suffisons au monde, dit encore la distance qui le sépare des autres, et le segment suivant la réduira.

🖼️ Schéma
Les deux sorties de la grotte Première sortie Ils voient des gens qui labouraient et semaient. Ils délaissent la vie éternelle et s'occupent de la vie passagère. Tout lieu où ils posent les yeux est brûlé. Bat kol : est-ce pour détruire Mon monde que vous êtes sortis ? Retournez. Rachi : le travail peut se faire par d'autres, Seconde sortie Douze mois de plus dans la grotte, sur la mesure du jugement des méchants au guehinam. Bat kol : sortez de votre grotte. Où Rabbi Elazar frappe, Rabbi Chimon guérit. Mon fils, toi et moi suffisons au monde. Rachi : quant à ceux qui s'occupent de Torah. Le même regard, avant et après les douze mois : la rigueur devient une mesure réparatrice.
Ce qui change entre la première et la seconde sortie de la grotte.
8
בַּהֲדֵי פַּנְיָא דְּמַעֲלֵי שַׁבְּתָא חֲזוֹ הָהוּא סָבָא דַּהֲוָה נָקֵיט תְּרֵי מַדָּאנֵי אָסָא וְרָהֵיט בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. אָמְרוּ לֵיהּ: הָנֵי לָמָּה לָךְ? אֲמַר לְהוּ: לִכְבוֹד שַׁבָּת. וְתִיסְגֵּי לָךְ בְּחַד! — חַד כְּנֶגֶד ״זָכוּר״ וְחַד כְּנֶגֶד ״שָׁמוּר״. אֲמַר לֵיהּ לִבְרֵיהּ: חֲזִי כַּמָּה חֲבִיבִין מִצְוֹת עַל יִשְׂרָאֵל. אַיְּתִיבָה דַּעְתַּיְיהוּ.

Au crépuscule de la veille de Chabbat, ils virent un vieil homme qui tenait deux bottes de myrte (hadass) et courait entre les deux soleils. Ils lui dirent : pourquoi celles-ci ?

Il leur dit : en l'honneur du Chabbat. Et une ne te suffirait-elle pas ? — Une pour zakhor (souviens-toi) et une pour chamor (garde).

Il dit à son fils : vois combien les mitsvot sont chères à Israël. Leur esprit s'apaisa.

📜 Rachi (2)
תְּרֵי מִדָּאנֵי חֲבִילוֹת שֶׁל הֲדַס לְהָרִיחַ בְּשַׁבָּת:
Deux madanei : des bottes de myrte, pour en respirer l'odeur le Chabbat.
מִדָּאנֵי כְּמוֹ מַעֲדַנּוֹת כִּימָה (אִיּוֹב לח):
Madanei : comme les liens (maadanot) de la Pléiade (Iyov 38).
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְתִסְגֵּי לָךְ בְּחַד. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת תֵּיבַת 'לְךָ' לָשׁוֹן יֶתֶר? וְעוֹד קַשָּׁא מַה דְּאָמַר לֵיהּ לִבְרֵיהּ: חֲזִי כַּמָּה חֲבִיבִין מִצְווֹת עַל יִשְׂרָאֵל, הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דָּבָר זֶה קֹודֶם שֶׁאָמַר לְאוֹתוֹ סָבָא וְתִסְגֵּי לָךְ בְּחַד, דְּאַחַר שֶׁאָמַר לָהֶם חַד כְּנֶגֶד 'זְכֹור', וְחַד כְּנֶגֶד 'שָׁמוֹר' מָה הוֹסִיף חִיבּוּב בְּכָךְ? וְעוֹד יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הֻוצְרַךְ בַּעַל הַמַּאֲמָר לְהַגִּיד לָנוּ שֶׁאוֹתוֹ הָאִישׁ הָיָה זָקֵן וְדַי לוֹמַר חֲזוּ חַד גַּבְרָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בִּזְכוּת אַזְהָרַת שְׁתֵּי נֵרוֹת שַׁבָּת יִזְכּוּ הָאִישׁ וְהָאִשָּׁה לְהוֹלִיד בָּנִים חֲכָמִים, (מִשְׁלֵי ו, כג) כִּי נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר, כֵּן בִּזְכוּת שְׁתֵּי אֲגֻודּוֹת הֲדַס יִזְכּוּ הָאִישׁ וְהָאִשָּׁה שֶׁהֵם כְּנֶגֶד ב' הָאֲגֻודּוֹת לְהוֹלִיד בָּנִים צַדִּיקִים, כִּי הַצַּדִּיקִים נִמְשְׁלוּ לַהֲדַסִּים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (זְכַרְיָה א' ח') וְהוּא עֹמֵד בֵּין הַהֲדַסִּים, וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל אֶסְתֵּר שֶׁנִּקְרֵאת הֲדַסָּה שֶׁהָיְתָה צַדֶּקֶת, וְכֵן כָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל כְּמוֹ שֶׁבִּזְכוּת הַנֵּרוֹת זוֹכִין לְבָנִים חֲכָמִים, כֵּן בִּזְכוּת אֲגֻודּוֹת הַהֲדַס זוֹכִים לְבָנִים צַדִּיקִים יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן יֵשׁ בְּעֵינַיִים שְׁתַּיִם וּבְחֹוטֶם שְׁתֵּי נֶחֱרִיִּים, נִמְצָא לְפִי זֶה שְׁתֵּי אֲגֻודּוֹת הַהֲדַס שֶׁהֵם א' כְּנֶגֶד הָאִישׁ, וְא' כְּנֶגֶד הָאִשָּׁה מְסֻוגָּלִים לְהוֹלִיד בָּנִים צַדִּיקִים. וּבָזֶה מוּבָן הַמַּאֲמָר הֵיטֵב כִּי תְּחִלָּה כְּשֶׁשָּׁאֲלוּ עַל הַהֲדַס לָמָּה לְךָ , וְהֵשִׁיב בִּשְׁבִיל כְּבוֹד שַׁבָּת לֹא אָמַר לְרַבִּי אֶלְעָזָר חֲזִי כַּמָּה מִצְווֹת חֲבִיבִין עַל יִשְׂרָאֵל , דְּיֵשׁ לוֹמַר לֹא טָרַח וְיָגַע לְהָבִיא הַהֲדַס לִכְבוֹד שַׁבָּת בִּשְׁבִיל חִבּוּב הַמִּצְוָה אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַסְּגֻולָּה שֶׁלָּהּ, מִפְּנֵי שֶׁבִּזְכוּת מִצְוַת הַהֲדַס לִכְבוֹד שַׁבָּת זוֹכִין לְבָנִים צַדִּיקִים, וְאִם כֵּן זֶה אֶפְשָׁר מִתְכַּוֵּין לְטוֹבָתוֹ וַהֲנָאָתוֹ, כִּי הָאָב וְהָאֵם מִתְכַּבְּדִין בְּבֶן צַדִּיק וּמִתְבַּזִּין בְּבֶן כְּסִיל, וְלָכֵן חָזַר וְאָמְרוּ לֵיהּ תִּסְגֵּי לָךְ בְּחַד , 'לְךָ' דַּיְיקָא, שֶׁאַתָּה זָקֵן וְאִינָךְ רָאוּי לְהוֹלִיד בָּנִים, וְאִם כֵּן לָמָּה לְךָ שְׁתֵּי אֲגֻודּוֹת שֶׁהֵם אֶחָד כְּנֶגֶד הָאִישׁ, וְאֶחָד כְּנֶגֶד הָאִשָּׁה, שֶׁבָּזֶה יִהְיוּ זוֹכִין שֶׁיִּווָּלֵד מִשְּׁנֵיהֶם בָּנִים צַדִּיקִים? וְהֵשִׁיב לוֹ וְכִי אַתָּה חוֹשֵׁב שֶׁאֲנִי לָקַחְתִּי שְׁתֵּי אֲגֻודּוֹת אַחַת בִּשְׁבִילִי וְאַחַת בִּשְׁבִיל אִשְׁתִּי כְּדֵי שֶׁנּוֹלִיד בָּנִים צַדִּיקִים, אֵין זֶה כִּוַּנְתִּי, אֶלָּא כִּוַּנְתִּי לְחִבּוּב הַמִּצְוָה בְּיוֹתֵר, וְלָקַחְתִּי שְׁתַּיִם א' כְּנֶגֶד 'זָכוֹר' , וְא' כְּנֶגֶד 'שָׁמוֹר' וְאָז עַתָּה אָמַר לוֹ לְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּנוֹ חֲזִי כַּמָּה חֲבִיבִין מִצְוֹות עַל יִשְׂרָאֵל, וּבָזֶה מוּבָן מִמֵּילָא מַה שֶׁהֻוצְרַךְ בַּעַל הַמַּאֲמָר לְלַמְּדֵינוּ שֶׁהָיָה אוֹתוֹ גַּבְרָא 'זָקֵן'.
Et une ne te suffirait-elle pas. Il faut objecter : le mot te paraît de trop. Autre difficulté : ce qu'il dit à son fils, vois combien les mitsvot sont chères à Israël, il aurait dû le dire avant de dire à ce vieillard et une ne te suffirait-elle pas, car après que celui-ci leur a dit une pour zakhor et une pour chamor, qu'y a-t-il là de plus en fait d'attachement ? Il faut encore objecter : pourquoi l'auteur du récit a-t-il eu besoin de nous dire que cet homme était un vieillard, alors qu'il suffisait de dire : ils virent un homme ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu, comme ils l'ont dit, que par le mérite de l'attention portée aux deux lumières du Chabbat, l'homme et la femme méritent d'engendrer des fils sages, car (Michle 6, 23) le commandement est une lampe et la Torah une lumière ; de même, par le mérite des deux bottes de myrte, l'homme et la femme, qui correspondent aux deux bottes, méritent d'engendrer des fils justes, car les justes sont comparés aux myrtes, comme nos maîtres, de mémoire bénie, l'ont dit sur le verset (Zekharia 1, 8) et il se tenait parmi les myrtes, et comme ils l'ont dit d'Esther, appelée Hadassa parce qu'elle était juste. Ainsi l'a écrit le Maharcha, de mémoire bénie : de même que par le mérite des lumières on mérite des fils sages, par le mérite des bottes de myrte on mérite des fils justes — voir là. C'est pourquoi il y a deux yeux, et deux narines dans le nez ; il se trouve selon cela que les deux bottes de myrte, l'une pour l'homme et l'une pour la femme, ont la vertu de faire naître des fils justes. Ainsi le propos se comprend bien : au début, lorsqu'ils ont demandé au sujet du myrte pourquoi celui-ci, et qu'il a répondu pour l'honneur du Chabbat, il n'a pas dit à Rabbi Elazar vois combien les mitsvot sont chères à Israël, car on peut dire qu'il ne s'est pas donné cette peine d'apporter le myrte en l'honneur du Chabbat par attachement à la mitsva, mais pour sa vertu, puisque par le mérite de la mitsva du myrte en l'honneur du Chabbat on mérite des fils justes ; il viserait donc peut-être son propre bien, car le père et la mère sont honorés par un fils juste et méprisés par un fils sot. C'est pourquoi il est revenu et lui a dit une te suffirait, avec l'insistance sur te : tu es un vieillard et tu n'es plus en mesure d'engendrer des fils, pourquoi donc deux bottes, l'une pour l'homme et l'une pour la femme, par lesquelles on mérite que naissent d'eux des fils justes ? Il lui a répondu : penses-tu que j'ai pris deux bottes, l'une pour moi et l'une pour ma femme, afin que nous engendrions des fils justes ? Telle n'est pas mon intention ; mon intention est un plus grand attachement à la mitsva, et j'en ai pris deux, l'une pour zakhor et l'une pour chamor. Alors, à ce moment, il a dit à Rabbi Elazar son fils : vois combien les mitsvot sont chères à Israël. Et par là se comprend d'elle-même la raison pour laquelle l'auteur du récit a eu besoin de nous apprendre que cet homme était un vieillard.
💡 Explication

La scène répond directement à la phrase précédente. Un homme âgé court avant la tombée du jour pour un détail d'honneur du Chabbat, et sa réponse rattache ses deux bottes aux deux formulations du commandement, zakhor dans Chemot et chamor dans Devarim.

L'expression itiva da'atehou, leur esprit s'apaisa, marque la fin de la tension ouverte à la sortie de la grotte : ceux qui labourent et semaient tiennent aussi aux mitsvot. Le Ben Ich H'ai expliqué pourquoi la remarque de Rabbi Chimon ne vient qu'après la seconde réponse du vieillard, la première laissant encore place à un motif d'intérêt personnel.

🖼️ Schéma
Pourquoi deux bottes de myrte ? Un vieillard qui court au crépuscule avec deux bottes de hadass, en l'honneur du Chabbat Zakhor - souviens-toi Chemot 20, 8 Chamor - garde Devarim 5, 12 Rachi : des bottes de myrte, pour en respirer l'odeur le Chabbat. La remarque sur l'attachement aux mitsvot ne vient qu'après cette réponse.
Deux bottes pour les deux formulations du commandement du Chabbat.
9
שְׁמַע רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר חַתְנֵיהּ וּנְפַק לְאַפֵּיהּ. עַיְּילֵיהּ לְבֵי בְּנֵי, הֲוָה קָא אָרֵיךְ לֵיהּ לְבִישְׂרֵיהּ. חֲזָא דַּהֲוָה בֵּיהּ פִּילֵי בְּגוּפֵיהּ. הֲוָה קָא בָּכֵי וְקָא נָתְרָן דִּמְעָת עֵינֵיהּ וְקָמְצַוְּחָא לֵיהּ. אָמַר לוֹ: אוֹי לִי שֶׁרְאִיתִיךָ בְּכָךְ. אָמַר לוֹ: אַשְׁרֶיךָ שֶׁרְאִיתַנִי בְּכָךְ, שֶׁאִילְמָלֵא לֹא רְאִיתַנִי בְּכָךְ — לֹא מָצָאתָ בִּי כָּךְ. דְּמֵעִיקָּרָא כִּי הֲוָה מַקְשֵׁי רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי קֻושְׁיָא, הֲוָה מְפָרֵק לֵיהּ רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר תְּרֵיסַר פֵּירוּקֵי. לְסוֹף, כִּי הֲוָה מַקְשֵׁי רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר קֻושְׁיָא — הֲוָה מְפָרֵק לֵיהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי עֶשְׂרִין וְאַרְבְּעָה פֵּירוּקֵי.

Rabbi Pin'has ben Yair, son gendre, l'apprit et sortit à sa rencontre. Il le fit entrer au bain et se mit à lui frotter la chair.

Il vit qu'il avait des fissures sur le corps. Il pleurait, et les larmes tombaient de ses yeux et le faisaient crier de douleur.

Il lui dit : malheur à moi de t'avoir vu ainsi. Il lui dit : heureux es-tu de m'avoir vu ainsi, car si tu ne m'avais pas vu ainsi, tu n'aurais pas trouvé en moi ce que tu y trouves.

Car au début, lorsque Rabbi Chimon ben Yohai posait une difficulté, Rabbi Pin'has ben Yair lui répondait douze réponses ; à la fin, lorsque Rabbi Pin'has ben Yair posait une difficulté, Rabbi Chimon ben Yohai lui répondait vingt-quatre réponses.

📜 Rachi (3)
אֲרִיךְ מְתַקֵּן וּמַחֲלִיק:
Arikh : il arrange et lisse la peau.
פִּילֵי בְּקָעִים סְדָקִים מֵחֲמַת הַחוֹל:
Pili : des fentes, des fissures, à cause du sable.
וְקָמְצַוְּוחוּ לֵיהּ לְר' שִׁמְעוֹן שֶׁהַדְּמָעוֹת מְלוּחִין וּמַכְאִיבִין אֶת הַמַּכָּה בִּתְחִלָּתָן:
Et cela le faisait crier : Rabbi Chimon, car les larmes sont salées et font mal à la plaie des qu'elles la touchent.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הֲוָה קָא אָרֵיךְ לֵיהּ לְבִישְׂרֵיהּ. קַשָּׁא בִּשְׁלָמָא הוּא בְּעַצְמוֹ לֹא יָכוֹל לִרְחֹוץ וּלְנַקּוֹת כָּל גּוּפוֹ מֵאַחֲרָיו הֵיטֵב, שֶׁיֵּשׁ מָקוֹם שֶׁלֹּא תַּגִּיעַ יָדָיו אֵלָיו וְגַם אֵין רוֹאֵהוּ, אַךְ לָמָּה הֻוצְרַךְ לַעֲשׂוֹת דָּבָר זֶה עַל יְדֵי חָמִיו, וְהָיָה לְהַנִּיחַ לְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּנוֹ לִרְחֹוץ לוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל דְּהַבֵּן לֹא יִרְחַץ עִם אָבִיו בַּמֶּרְחָץ מִשּׁוּם הִרְהוּר, וְהוּא הַדִּין אָדָם עִם חָמִיו, וְכָתַב מור"ם (בי"ד סִימָן רמ"ב) דְּהָאִידָּנָא נָהֲגוּ לִרְחֹוץ מִפְּנֵי שֶׁאֵין דַּרְכָּם לַעֲמֹוד עֲרוּמִים לְגַמְרֵי עַייֵּן שָׁם, וְלָכֵן רַבִּי אֶלְעָזָר כֵּיוָן שֶׁהוּא עַצְמוֹ צָרִיךְ לִרְחִיצָה נִכְנָס לַמֶּרְחָץ עָרֹום, וְכֵיוָן שֶׁנִּכְנַס עָרֹום לְגַמְרֵי וְאָבִיו גַּם כֵּן הָיָה שָׁם עָרֹום לְגַמְרֵי לָא הֲוָה אֶפְשָׁר שֶׁיִּרְחָצֵהוּ רַבִּי אֶלְעָזָר בְּנוֹ, וְלָכֵן נִכְנַס רַבִּי פִּינְחָס בֶּן יָאִיר חָמִיו בְּמַלְבּוּשׁ אַחֵר כִּי הוּא לֹא הָיָה צָרִיךְ לִרְחֹוץ, וְהִרְחִיץ אֶת חֲתָנוֹ דְּבָזֶה מֻותָּר, כִּי דַּוְקָא הֶחָתָן לֹא יִרְאֶה אֶת חָמִיו עָרֹום, אֲבָל חָמִיו שָׁרִי לִרְאוֹת אֶת חוֹתְנוֹ עָרֹום כַּנּוֹדָע. וּמַה שֶׁאָמַר לֵיהּ: אַשְׁרֶיךָ שֶׁרְאִיתַנִי בְּכָךְ , הַייְנוּ כִּי בְּמַעֲלָה שֶׁלִּי גַּם אַתָּה תִּתְעַלֶּה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּרֵישׁ אִדְּרָא דִּבְהַאי יוֹמָא אֲעַטְּרוֹ לְרַבִּי פִּינְחָס בֶּן יָאִיר חַמּוּךְ חַמְשִׁין עִטְרִין בִּשְׁבִיל אוֹרָיְיתָא דִּילָךְ, וְאִם כֵּן 'אוֹי' [17] שֶׁאָמַרְתָּ הוּא מִתְהַפֵּךְ לְמִסְפַּר 'טוֹב' [17] . וּמַה שֶׁאָמְרוּ הֲוָה מְפָרֵק לֵיהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה פֵּירוּקֵי הוּא כְּנֶגֶד עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה צֵירוּפֵי שֵׁם 'אֲדֹנָי' אֲבָל י"ב פֵּירוּקֵי דר' פִּנְחָס בֶּן יָאִיר הֵם כְּנֶגֶד י"ב צֵירוּפֵי 'הוי"ה' וְלָכֵן שֶׁל ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי עָדִיף טְפֵי, כִּי אֵלּוּ הַקֻּושְׁיוֹת וְהַתֵּירוּצִים הֵם תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא בְּחִינַת שֵׁם 'אֲדֹנָי' וְהַמְסַפֵּר מְכֻוָּון לִבְחִינַת הַלִּימּוּד הֵיטֵב. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי דָּר' פִּנְחָס בֶּן יָאִיר הוּא הָיָה רוֹצֶה בְּחֶזְקַת הַיָּד לְקַייֵּם מִצְוָה גְּדוֹלָה זוֹ לְהַרְחִיץ אֶת ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי הַקָּדוֹשׁ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּמִּדְרָשׁ פָּרָשַׁת בְּהַר מַה שֶׁאָמַר הִלֵּל הַזָּקֵן בְּשֶׁבַח הָרְחִיצָה שֶׁהוּא מִצְוָה גְּדוֹלָה לְהַרְחִיץ הָאָדָם שֶׁנִּבְרָא בְּצֶלֶם אֱ-לֹהִים וְהֵבֵאתִי דִּבְרֵי הַמִּדְרָשׁ לְקַמָּן עַל דַּף נוּ"ן יְעֻוייַּן שָׁם.
Il se mit à lui frotter la chair. Difficulté : qu'il n'ait pas pu lui-même se laver et se nettoyer tout le corps par derrière, soit, car il y a un endroit que ses mains n'atteignent pas et qu'il ne voit pas ; mais pourquoi fallait-il que cela fut fait par son beau-père, alors qu'il pouvait laisser Rabbi Elazar son fils le laver ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit qu'un fils ne se baigne pas avec son père au bain, à cause des pensées, et qu'il en va de même d'un homme avec son beau-père ; et le Rema a écrit (Yore Dea, siman 242) que de nos jours on a l'usage de se baigner ainsi, parce qu'on n'a plus l'habitude de se tenir entièrement nu — voir là. Ainsi, Rabbi Elazar, ayant lui-même besoin de se laver, est entré nu au bain ; et puisqu'il y est entré entièrement nu et que son père aussi s'y trouvait entièrement nu, il n'était pas possible que Rabbi Elazar son fils le lavât. C'est pourquoi Rabbi Pin'has ben Yair, son beau-père, y est entré vêtu d'un autre vêtement, n'ayant pas besoin de se laver, et a lavé son gendre, ce qui est permis, car seul le gendre ne doit pas voir son beau-père nu, tandis que le beau-père est autorisé à voir son gendre nu, comme on le sait. Quant à ce qu'il lui a dit, heureux es-tu de m'avoir vu ainsi, cela veut dire : par mon élévation toi aussi tu seras élevé, comme il est dit au début de l'Idra qu'en ce jour on couronna Rabbi Pin'has ben Yair, ton beau-père, de cinquante couronnes en raison de ta Torah ; ainsi le mot oy, malheur, qui vaut 17, que tu as prononcé, se retourne en tov, bien, qui vaut 17. Et ce qui est dit, Rabbi Chimon ben Yohai lui répondait vingt-quatre réponses, correspond aux vingt-quatre permutations du nom Adnout, tandis que les douze réponses de Rabbi Pin'has ben Yair correspondent aux douze permutations du nom Havaya ; celles de Rabbi Chimon bar Yohai sont donc supérieures, car ces difficultés et ces réponses sont la Torah orale, qui relève de la be'hina du nom Adnout, et le nombre s'ajuste bien à la nature de cette étude. D'une autre manière, il me semble que Rabbi Pin'has ben Yair voulait à tout prix accomplir cette grande mitsva de laver le saint Rabbi Chimon bar Yohai, comme il est dit dans le midrach de la parachat Behar, au nom de Hillel l'Ancien, à la louange de la toilette : c'est une grande mitsva de laver l'homme, créé à l'image de D.ieu ; j'ai rapporté les paroles du midrach plus loin, au folio cinquante — voir là.
💡 Explication

Le corps porte la trace des treize années. Rachi explique les pili comme des fissures dues au sable, et la douleur causée par les larmes salées sur la peau ouverte.

La réponse de Rabbi Chimon renverse la plainte : ces années lui ont donné une force d'étude que la comparaison chiffre, douze réponses avant, vingt-quatre après. Le mot hatneih désigne le lien de mariage entre les deux maîtres ; la guemara le présente comme son gendre, tandis que le Ben Ich H'ai lit l'inverse et fait de Rabbi Pin'has ben Yair le beau-père, ce qui lui permet d'expliquer pourquoi c'est lui, et non Rabbi Elazar, qui lave Rabbi Chimon.

10
אֲמַר: הוֹאִיל וְאִיתְרְחִישׁ נִיסָּא אֵיזִיל אַתְקֵין מִילְּתָא. דִּכְתִיב: ״וַיָּבֹא יַעֲקֹב שָׁלֵם״, וְאָמַר רַב: שָׁלֵם בְּגוּפוֹ, שָׁלֵם בְּמָמוֹנוֹ, שַׁלֵּם בְּתוֹרָתוֹ. ״וַיִּחַן אֶת פְּנֵי הָעִיר״, אָמַר רַב: מַטְבֵּעַ תִּיקֵּן לָהֶם, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: שְׁוָוקִים תִּיקֵּן לָהֶם, וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: מֶרְחֲצָאוֹת תִּיקֵּן לָהֶם. אָמַר: אִיכָּא מִילְּתָא דְּבָעֵי לְתַקּוֹנֵי? אָמְרוּ לֵיהּ: אִיכָּא דֻּוכְתָּא דְּאִית בֵּיהּ סְפֵק טֻומְאָה

Il dit : puisqu'un miracle s'est produit, j'irai réparer quelque chose. Car il est écrit : "et Yaakov vint chalem", et Rav a dit : entier dans son corps, entier dans ses biens, entier dans sa Torah.

"Et il fit grâce devant la ville" : Rav a dit, il leur institua une monnaie ; Chemouel a dit, il leur institua des marchés ; et Rabbi Yo'hanan a dit, il leur institua des bains. Il dit : y a-t-il quelque chose qui demande réparation ?

Ils lui dirent : il y a un endroit où il y a un doute de toum'a (impureté)

📜 Rachi (4)
אַתְקִין מִילְּתָא כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשָׂה יַעֲקֹב כְּשֶׁנִּיצּוֹל מִיַּד עֵשָׂו:
J'irai réparer quelque chose : à la manière de ce que fit Yaakov lorsqu'il fut sauvé de la main d'Essav.
שָׁלֵם בְּתוֹרָתוֹ שֶׁלֹּא שָׁכַח תַּלְמוּדוֹ מִפְּנֵי טֹורַח הַדֶּרֶךְ:
Entier dans sa Torah : il n'a pas oublié son étude à cause de la fatigue du chemin.
שָׁלֵם בְּגוּפוֹ שֶׁנִּתְרַפֵּא מִצָּלַעְתּוֹ:
Entier dans son corps : il fut guéri de sa boiterie.
תִּיקֵּן לָהֶם דִּבְרֵי חֵן וַחֲנִייָּה וְלִי נִרְאֶה מִוַּיַּקֵּן אֶת חֶלְקַת הַשָּׂדֶה לְשׁוֹן תִּיקּוּן:
Il leur institua : le verbe va-yihan dit des choses de grâce (hen) et de campement (haniya) ; et il me paraît, d'après et il acquit (va-yiken) la portion de champ, que c'est un terme de tikoun, de mise en ordre.
🪔 Ben Yehoyada (3)
הוֹאִיל וְאִתְרְחִישׁ נִיסָּא, אֵיזִיל אַתְקֵין מִלְּתָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַאי תַּלְייָא הָא בְּהָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אִם אָדָם עוֹשִׂין לוֹ נֵס מְנַכִּין לוֹ מִזְּכִיּוֹתָיו, אַךְ יֵשׁ צַדִּיקִים שֶׁיַּעֲשֶׂה לָהֶם כַּמָּה נִסִּים וְאֵינוֹ מְנַכֶּה לָהֶם כְּלוּם, אֶלָּא עוֹשֶׂה עִמָּהֶם הַנִּסִּים בְּתוֹרַת 'צְדָקָה' וּכְמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד עַל פָּסוּק (תְּהִילִּים כד, ה) יִשָּׂא בְרָכָה מֵאֵת ה' וּצְדָקָה מֵאֱ-לֹהֵי יִשְׁעוֹ, אָמְנָם זֶה תָּלוּי בְּדָבָר אֶחָד שֶׁאִם אוֹתוֹ צַדִּיק אוֹהֵב לַעֲשׂוֹת חֶסֶד חִנָּם עִם הַבְּרִיּוֹת שֶׁעוֹשִׂין לָהֶם טוֹבָה, שֶׁאֵין לוֹ הֲנָאָה מִמֶּנּוּ אָז מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, יַעֲשֶׂה לוֹ הקב"ה נִסִּים בְּתוֹרַת צְדָקָה וּמַתְּנַת חִנָּם שֶׁאֵין מְנַכֶּה לוֹ מִזְּכִיּוֹתָיו כְּלוּם! וְזֶה שֶׁאָמַר כֵּיוָן דְּאִתְרְחִישׁ נִיסָּא בִּבְרִיאַת הֶחָרוּב וְהַמַּיִם וּבְשֶׁמָּרָתִי בַּמְּעָרָה, אָז בִּכְדֵי שֶׁלֹּא אֶהְיֶה בִּכְלַל הָעוֹשִׂין לוֹ נֵס מְנַכִּין מִזְּכִיּוֹתָיו לָכֵן אַתְקֵין מִלְּתָא שֶׁהוּא דְּבַר הֲנָאָה לַבְּרִיּוֹת שֶׁאֵין לְעַצְמוֹ הֲנָאָה מִמֶּנּוּ, וְאָז מִמֵּילָא גַּם הקב"ה יִתְנַהֵג עִמִּי בְּמִדַּת הַחֶסֶד וְלֹא יְנַכֶּה מִזְּכִיּוֹתַי בַּעֲבוּר הַנִּסִּים, וְלָכֵן תִּיקֵּן דָּבָר טוֹב לִבְנֵי אָדָם בִּנְקִיּוּת הַמָּקוֹם מִן הַטֻּומְאָה, וְהוּא לֹא הָיָה צָרִיךְ לָזֶה כְּלָל, כִּי לֹא הָיָה גֵּר שָׁם, וְגַם לֹא הָיָה כֹּהֵן. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד לְתָרֵץ קוּשְׁיָא אַחֲרִיתִי, דִּלְמַאי הֻוצְרַךְ לְהָבִיא הַאי דְּרָשָׁה דְּ'שָׁלֵם' בְּגוּפוֹ וְכוּ' דְּלָא שָׁייְכָה לָעִנְיָן, וְדַי לְהָבִיא דְּרָשָׁה שֶׁל (בְּרֵאשִׁית לג, יח) וַיִּחַן אֶת פְּנֵי הָעִיר, וּלְפִי הָאָמוּר מוּבָן הֵיטֵב, דְּהֵבִיא דְּרָשָׁה דְּ'שָׁלֵם' בְּגוּפוֹ לְהוֹכִיחַ דְּלָא הָיָה יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה צָרִיךְ לְתִיקּוּנִים אֵלּוּ שֶׁל מַטְבֵּעַ וּשְׁוָקִים וְכַיּוֹצֵא, וְלֹא עָשָׂה זֹאת אֶלָּא בִּשְׁבִיל אַנְשֵׁי הָעִיר, וְהַיְינוּ כִּי הָיָה שָׁלֵם בְּגוּפוֹ שֶׁהָיָה בָּרִיא אוּלָם וְאֵין לוֹ שׁוּם מֵיחוֹשׁ וְלֹא הָיָה צָרִיךְ לַמֶּרְחָץ כְּלָל. וּלְמַאן דְּאָמַר מַטְבֵּעַ תִּקֵּן לָהֶם מְפֹורָשׁ בְּשֵׁם הַגָּאוֹן בַּעַל נוֹדָע בִּיהוּדָה זַ"ל דְּוַדַּאי הָיָה לָהֶם מַטְבֵּעַ וְרַק חִידֵּשׁ לָהֶם שֶׁיַּעֲשׂוּ אֶת הַמַּטְבֵּעַ עָגֹול וְלֹא מְרֻובָּע, כְּדֵי שֶׁבָּזֶה יִזְכֹּור בַּעַל הַמָּמוֹן שֶׁגַּלְגַּל הוּא שֶׁחוֹזֵר בָּעוֹלָם וְלֹא יִתְגָּאֶה בְּמָמוֹנוֹ, עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ לָמָּה נִקְרְאוּ זוּזִים שֶׁזָּזִים וְהוֹלְכִים מִזֶּה לָזֶה, וְעַל כֵּן הָיָה אֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁבָּזֶה הַתִּיקּוּן כִּיוֵּן לְטוֹבַת עַצְמוֹ, לַעֲשׂוֹת לְעַצְמוֹ מַזְכֶּרֶת עַל יְדֵי צוּרַת הַמַּטְבֵּעַ בְּעִיגּוּל כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְגָּאֶה חָס וְחָלִילָה בְּמָמוֹן שֶׁלּוֹ, וְאָז פָּרַח יִפְרַח מִיָּדוֹ*, לָזֶה אָמַר 'שָׁלֵם' בְּמָמוֹנוֹ רְצוֹנוֹ לוֹמַר שָׁלֵם הוּא מִצַּד מָמוֹנוֹ, שֶׁלֹּא הָיָה מָמוֹנוֹ יוּכַל לִהְיוֹת לוֹ סִיבָּה לַהֲבִיאוֹ לִידֵי גַּאֲוָה חָס וְחָלִילָה, וְאִם כֵּן לֹא הָיָה צָרִיךְ לְעַצְמוֹ בְּתִיקּוּן וּמַזְכֶּרֶת זֶה שֶׁעָשָׂה לָהֶם בַּמַּטְבֵּעַ. וּלְמַאן דְּאָמַר שׁוֹקַיִם תִּקֵּן לָהֶם , גַּם כֵּן הָיָה אֶפְשָׁר שֶׁיֹּאמַר אָדָם כִּיוֵּן לְטוֹבָתוֹ כְּדֵי שֶׁיֵּשְׁבוּ בַּחֲנֻיוֹת בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ וְיִסְחֲרוּ אֶת הָאָרֶץ וְיַרְוִיחוּ, וְלָזֶה אוֹמֵר 'שָׁלֵם' בְּתוֹרָתוֹ שֶׁהָיְתָה תּוֹרָתוֹ אֻמָּנוּתוֹ לִקְבֹּועַ יְשִׁיבָה בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה לִלְמֹוד וּלְלַמֵּד, וּמֵאַחַר שֶׁהָיוּ בְּנֵי בֵּיתוֹ מֵחוֹבְשֵׁי בֵּית הַמִּדְרָשׁ אֵין לָהֶם עֵסֶק בַּחֲנֻיוֹת שֶׁבַּשְּׁוָוקִים, וְלָזֶה אָמַר 'שָׁלֵם' בְּתוֹרָתוֹ וּבְשֶׁלִּימוֹת הִיא לִלְמֹוד וּלְלַמֵּד לְבָנָיו וְלִבְנֵי בֵּיתוֹ וְאֵין לָהֶם צֹורֶךְ בַּשְּׁווָקִים כִּי אֵין לָהֶם פְּנַאי לְכָךְ, וְנִמְצָא כָּל מַה שֶׁתִּיקֵּן הוּא לְטוֹבַת אֲחֵרִים, וְהַייְנוּ כְּדֵי שֶׁעַל יְדֵי כֵּן לֹא יְנַכֶּה לוֹ הַקַּב הַמַּזְכִּיּוֹת שֶׁלּוֹ, שֶׁיַּעֲשֶׂה עִמּוֹ נִסִּים בְּחִנָּם מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה. [*וְאַעְתִּיק מָתֹק לְשׁוֹנוֹ שֶׁל בַּעַל הַנּוֹדָע בִּיהוּדָה זצ״ל בְּסִפְרוֹ ׳אַהֲבַת צִיּוֹן׳ (דְּרוּשׁ חֲמִישִׁי, ד״ה עוֹד י״ל מַטְבֵּעַ): הִנֵּה כָּל הַמַּטְבְּעוֹת חֲדָשִׁים וְגַם יְשָׁנִים אֲשֶׁר הֵם עוֹבֵר לַסּוֹחֵר כֻּולָּם הֵם עֲגֻולִּים, וְאֶפְשָׁר הֻוקְבַּע מִתְּחִלָּה מִקַּדְמַת דְּנָא לַעֲשׂוֹת הַמַּטְבְּעוֹת עֲגֻולִּים, לֹא עַל תְּמוּנָה אַחֶרֶת, לְרַמֵּז דָּבָר עָגֹול מִתְעַגֵּל וּמִתְגַּלְגֵּל, וְאֵין לוֹ תְּקוּמָה בְּמָקוֹם אֶחָד, וְהוּא גַּלְגַּל החוס״ר הַחוֹזֵר בָּעוֹלָם, לִרְמֹוז שֶׁלֹּא יִהְיֶה עִיקַּר בִּטְחוֹנוֹ שֶׁל אָדָם עַל עָושְׁרוֹ, וְעָשָׂה עֹשֶׁר וְלֹא בְמִשְׁפָּט בַּחֲצִי יָמָיו יַעַזְבֶנּוּ, כַּאֲשֶׁר אָנוּ רוֹאִים בְּעֵינֵינוּ כַּמָּה עֲשִׂירִי עַם יָרְדוּ מִנִּכְסֵיהֶם, וְכָל זֶה הוּא כִּי מִתְּחִילָּה הָיָה קִנְיָינָם שֶׁלֹּא בְּיֹושֶׁר, וּגְזֵילַת הַמַּס, שֶׁכָּל אֶחָד עוֹשֶׂה תַּחְבֻּלוֹת רָשָׁע לְהָקֵל מֵעַל עַצְמוֹ וּלְהַכְבִּיד עַל אֲחֵרִים, וְזֶה דָּבָר הַמָּסוּר לַלֵּב וְנֶאֱמַר בּוֹ ׳וְיָרֵאתָ מֵאֱ-לֹהֶיךָ׳ וְיַעֲלֶה עַל זִכְרוֹנָם כַּמָּה עֲשִׁירִים מִדּוֹרוֹת שֶׁלְּפָנֵינוּ מֶה עָלְתָה בָּהֶם, וּבְנֵיהֶם מְחַזְּרִים עַל הַפְּתָחִים, וְכָל זֶה לְדַעְתִּי עֲבוּר גְּזֵילַת הַמַּס!]
Puisqu'un miracle s'est produit, j'irai réparer quelque chose. Il faut objecter : quel rapport l'un a-t-il avec l'autre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu, nos maîtres, de mémoire bénie, l'ayant dit, que lorsqu'un miracle est fait à un homme, on lui retranche de ses mérites ; mais il y a des justes à qui plusieurs miracles sont faits sans qu'on leur retranche rien, les miracles étant accomplis avec eux au titre de la tsedaka, comme je l'ai écrit, avec l'aide du Ciel, sur le verset (Tehilim 24, 5) il recevra une bénédiction de la part de ה' et une tsedaka du D.ieu de son salut. Cela dépend toutefois d'une chose : si ce juste aime faire une bonté gratuite avec les créatures, leur faisant du bien sans en tirer profit, alors, mesure pour mesure, le Saint, béni soit-Il, lui fait des miracles au titre de la tsedaka et du don gratuit, et ne lui retranche rien de ses mérites. C'est ce qu'il a dit : puisqu'un miracle s'est produit par la création du caroubier et des eaux et par ma préservation dans la grotte, alors, pour ne pas être du nombre de ceux à qui l'on retranche des mérites pour un miracle, j'irai réparer quelque chose dont les créatures tirent profit et dont je ne tire moi-même aucun profit ; ainsi le Saint, béni soit-Il, se conduira lui aussi envers moi avec la mesure de 'hessed et ne retranchera rien de mes mérites pour les miracles. C'est pourquoi il a réparé une bonne chose pour les hommes, en purifiant le lieu de la toum'a, alors qu'il n'en avait lui-même aucun besoin, n'y demeurant pas et n'étant pas cohen. Par là se comprend aussi, avec l'aide du Ciel, la réponse à une autre difficulté : pourquoi fallait-il apporter la deracha de chalem dans son corps, etc., qui ne touche pas au sujet, alors qu'il suffisait d'apporter la deracha de (Berechit 33, 18) et il fit grâce devant la ville ? D'après ce qui a été dit, cela se comprend bien : il a apporté la deracha de chalem dans son corps pour prouver que Yaakov notre père, paix sur lui, n'avait pas besoin de ces institutions, monnaie, marchés et semblables, et qu'il ne l'a fait que pour les gens de la ville ; car il était entier dans son corps, bien portant, sans aucun malaise, et n'avait donc nul besoin du bain. Et pour celui qui dit qu'il leur institua une monnaie, il est expliqué au nom du gaon auteur du Noda BiYehouda, de mémoire bénie, qu'ils avaient certainement une monnaie, et qu'il leur a seulement institué de faire la pièce ronde et non carrée, afin que le possesseur de biens se souvienne qu'une roue tourne dans le monde et ne s'enorgueillisse pas de sa fortune, à la manière de ce qu'ils ont dit : pourquoi les appelle-t-on zouzim ? parce qu'ils se déplacent et vont de l'un à l'autre. On aurait donc pu dire que par cette institution il visait son propre bien, se faisant par la forme ronde de la pièce un rappel pour ne pas s'enorgueillir, à D.ieu ne plaise, de son argent, qui alors s'envolerait de sa main. C'est pourquoi il est dit chalem dans ses biens, c'est-à-dire qu'il était entier du côté de ses biens, son argent ne pouvant devenir pour lui une cause d'orgueil, à D.ieu ne plaise ; il n'avait donc pas besoin pour lui-même de ce rappel qu'il leur a institué par la monnaie. Et pour celui qui dit qu'il leur institua des marchés, on aurait pu dire aussi qu'il visait son propre bien, afin que ses fils et les gens de sa maison s'installent dans les boutiques, commercent dans le pays et fassent du profit ; c'est pourquoi il dit chalem dans sa Torah : sa Torah était son métier, il établissait une yechiva pour l'étude, pour apprendre et pour enseigner, et puisque les gens de sa maison étaient assidus au beit hamidrach, ils n'avaient aucune affaire dans les boutiques des marchés. Il dit donc chalem dans sa Torah, et la plénitude consiste à apprendre et à enseigner à ses fils et aux gens de sa maison, qui n'ont pas besoin des marchés, n'en ayant pas le loisir. Il se trouve que tout ce qu'il a institué était pour le bien d'autrui, afin que par là le Saint, béni soit-Il, ne lui retranche pas de ses mérites et fasse avec lui les miracles gratuitement, mesure pour mesure. [Et je recopie les paroles exquises de l'auteur du Noda BiYehouda, de mémoire bénie, dans son livre Ahavat Tsion (cinquième derouch) : toutes les monnaies, nouvelles comme anciennes, qui ont cours chez le marchand, sont rondes ; il est possible qu'il ait été fixé dès les temps anciens de faire les monnaies rondes, et non d'une autre forme, pour faire allusion à ce qu'une chose ronde roule et tourne et ne tient pas en un seul lieu — c'est la roue qui tourne dans le monde — afin d'indiquer que l'assurance de l'homme ne doit pas reposer principalement sur sa richesse : il a fait fortune, mais non selon le droit, au milieu de ses jours elle l'abandonnera, comme nous voyons de nos yeux combien de riches du peuple sont déchus de leurs biens. Et tout cela parce que leur acquisition, au départ, n'était pas droite, et à cause du vol de l'impôt, chacun usant de ruses mauvaises pour s'alléger lui-même et charger les autres ; c'est là une chose remise au cœur, dont il est dit et tu craindras ton D.ieu. Qu'ils se rappellent combien de riches des générations qui nous ont précédés, et ce qu'il leur est advenu, leurs fils allant de porte en porte : tout cela, à mon avis, à cause du vol de l'impôt !]
מַטְבֵּעַ תִּקֵּן לָהֶם. נִרְאֶה לִי כִּי הֵם הָיוּ מִשְׁתַּמְּשִׁים בְּמַטְבֵּעַ שֶׁל מְלָכִים אֲחֵרִים וְלֹא הָיָה לָהֶם מַטְבֵּעַ עַל שְׁמָם, וְהוּא יָעַץ אוֹתָם לְשַׁבֵּר הַמַּטְבְּעוֹת שֶׁבְּיָדָם וְלַעֲשׂוֹת מַטְבֵּעַ חָדָשׁ עַל שְׁמָם, וְזֶה יִהְיֶה לָהֶם לְכָבוֹד וּלְתִפְאֶרֶת כְּאֶחָד הַמְּלָכִים. וְנִרְאֶה לִי כִּי מֵאֵת ה' הָיְתָה זֹּאת לְהַגְדִּיל שְׁמָם בְּמַטְבֵּעַ כְּדֵי לְהַשְׁווֹתָם עִם שְׁאָר מַלְכֻיוֹת, שֶׁאָז אַחַר כָּךְ כַּאֲשֶׁר יֵהָרְגוּ הַשְּׁבָטִים אַנְשֵׁי שְׁכֶם וּמַלְכָּה יָצָא לָהֶם שֵׁם גָּדוֹל שֶׁאָבְדוּ עִיר מְלוּכָה.
Il leur institua une monnaie. Il me semble qu'ils utilisaient la monnaie d'autres rois et n'avaient pas de monnaie à leur nom, et qu'il leur a conseillé de briser les monnaies qu'ils avaient en main et d'en faire une nouvelle à leur nom, ce qui serait pour eux honneur et gloire, comme pour l'un des rois. Et il me semble que cela venait de ה', pour grandir leur nom par la monnaie et les égaler aux autres royautés, afin que plus tard, lorsque les tribus tueraient les gens de Chekhem et leur roi, un grand renom leur vint d'avoir détruit une ville royale.
"וַיָּבֹא יַעֲקֹב שָׁלֵם" (בְּרֵאשִׁית לג, יח), וְאָמַר רַב: 'שָׁלֵם' בְּגוּפוֹ, 'שָׁלֵם' בְּמָמוֹנוֹ, 'שָׁלֵם' בְּתוֹרָתוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְהַקְדִּים 'תּוֹרָתוֹ' וְלָמָּה הִזְכִּירוֹ בָּאַחֲרוֹנָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ מֵחוֹשִׁים וּמַכְאוֹבוֹת בְּגוּפוֹ אֵינוֹ יָכוֹל לִהְיוֹת שָׁלֵם בְּתוֹרָתוֹ, כִּי יִסּוּרֵי גּוּפוֹ יַעֲשׂוּ לוֹ בִּיטּוּל תּוֹרָה, וְכֵן מִי שֶׁאֵינוֹ עָשִׁיר אוֹ יֵשׁ לוֹ עֹושֶׁר וְרוֹאֶה בּוֹ הַפְסָדוֹת אֵין לוֹ דַּעַת צְלוּלָה לְלִימּוּד הַתּוֹרָה, לָכֵן הִקְדִּים שְׁתַּיִם אֵלֶּה, לוֹמַר מֵאַחַר שֶׁהָיָה שָׁלֵם בְּגוּפוֹ שֶׁאֵין לוֹ שׁוּם מֵיחוֹשׁ וּמַכְאוֹב, וְגַם שָׁלֵם בְּמָמוֹנוֹ שֶׁהָיָה עָשִׁיר וְלֹא הָיָה לוֹ שׁוּם הֶפְסֵד וְנֶזֶק בְּמָמוֹנוֹ לְכָךְ הָיָה שָׁלֵם בְּתוֹרָתוֹ. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ שָׁלֵם בְּגוּפוֹ שֶׁהָיָה בָּרִיא אוּלָם וְאֵין לוֹ שׁוּם מֵיחוֹשׁ, וְאַל תַּחְשֹׁוב שֶׁבְּרִיאוּת שֶׁלּוֹ בְּגוּפוֹ בָּאָה לוֹ מִצַּד שֶׁהָיָה מְפַזֵּר מָמוֹן הַרְבֵּה עַל עַצְמוֹ בַּאֲכִילָה חֲשׁוּבָה וּשְׁתִיָּה מְרֻובָּה וּמַלְבּוּשִׁים טוֹבִים, לְכָךְ הָיָה בָּרִיא אוּלָם, לָזֶה אָמַר שָׁלֵם בְּמָמוֹנוֹ שֶׁלֹּא הָיָה מְפַזֵּר מִן מָמוֹנוֹ יוֹתֵר מִדֶּרֶךְ הָעוֹלָם כְּלָל, שֶׁהוֹצָאוֹת שֶׁלּוֹ לֹא הָיָה מְרֻובִּים וְעִם כָּל זֶה הָיָה שָׁלֵם בְּגוּפוֹ. וְאַל תַּחְשֹׁוב כֵּיוָן שֶׁלֹּא הָיָה מְפַזֵּר מָמוֹנוֹ בְּהוֹצָאוֹת הָיָה מָמוֹנוֹ חָבִיב עָלָיו, וּלְכָךְ הָיָה מְאַבֵּד זְמַן בִּשְׁמִירַת מָמוֹנוֹ וּבְהַרְווָחָתוֹ, שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה מַשָּׂא וּמַתָּן לְהַרְבּוֹת מָמוֹן וְאָז הָיָה בָּטֵל מֵעֵסֶק הַתּוֹרָה, לָזֶה אָמַר שֶׁהָיָה שָׁלֵם בְּתוֹרָתוֹ שֶׁעוֹסֵק בַּתּוֹרָה יָמִים וְלֵילוֹת וְאֵינוֹ בָּטֵל, ו עִם כָּל זֶה הָיָה מָמוֹנוֹ נִשְׁמָר וּמַרְוִיחַ הַרְבֵּה. אַךְ יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בִּשְׁלָמָא גּוּפוֹ נִזְכַּר לַהֲדֵיהּ בַּכָּתוּב דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית לג, יח) וַיָּבֹא יַעֲקֹב שָׁלֵם, וְהַשְׁלֵם קָאֵי עַל הַגּוּף אַךְ תּוֹרָתוֹ וּמָמוֹנוֹ מְנָא לַן? וְנִרְאֶה דְּנִרְמְזוּ בְּתֵיבַת שָׁלֵם שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ש לָם ל יְמוֹדוּ מ מֻונּוּ.
Et Yaakov vint chalem (Berechit 33, 18), et Rav a dit : chalem dans son corps, chalem dans ses biens, chalem dans sa Torah. Il faut objecter : il aurait fallu placer sa Torah en premier, pourquoi l'a-t-il mentionnée en dernier ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui a des malaises et des douleurs dans son corps ne peut être entier dans sa Torah, car les souffrances du corps lui causent du bitoul Torah ; de même, celui qui n'est pas riche, ou qui est riche mais subit des pertes, n'a pas l'esprit clair pour l'étude de la Torah. C'est pourquoi il a placé ces deux-là d'abord, pour dire : puisqu'il était entier dans son corps, sans aucun malaise ni douleur, et entier aussi dans ses biens, étant riche et n'ayant subi aucune perte ni dommage dans sa fortune, il était donc entier dans sa Torah. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, d'expliquer ainsi : chalem dans son corps, il était bien portant et sans aucun malaise ; et ne pense pas que cette santé lui venait de ce qu'il dépensait beaucoup d'argent sur lui-même, en nourriture de choix, en boisson abondante et en beaux vêtements, et que c'est pour cela qu'il était bien portant ; c'est pourquoi il dit chalem dans ses biens, qu'il ne dépensait pas de sa fortune plus que l'usage du monde, ses dépenses n'étant pas grandes, et malgré cela il était entier dans son corps. Et ne pense pas que, ne dépensant pas sa fortune, elle lui était chère et qu'il perdait donc du temps à la garder et à l'accroître, faisant négoce pour multiplier son argent, ce qui l'aurait détourné de l'étude ; c'est pourquoi il dit qu'il était entier dans sa Torah, s'occupant de Torah jour et nuit sans désœuvrement, et malgré cela sa fortune était gardée et il gagnait beaucoup. Mais il faut objecter : que le corps soit mentionné explicitement dans le verset, soit, puisqu'il est écrit (Berechit 33, 18) et Yaakov vint chalem, et ce chalem porte sur le corps ; mais sa Torah et ses biens, d'où les tirons-nous ? Il paraît qu'ils sont indiqués dans le mot chalem lui-même, dont les lettres sont les initiales de chalem, limoudo (son étude) et mamono (ses biens).
💡 Explication

Rabbi Chimon tire de son sauvetage une obligation pratique. Le modèle est Yaakov, dont le verset dit qu'il arriva chalem, entier, et qui rendit ensuite un service à la ville. Rav lit le mot chalem sur trois plans, et trois amoraim identifient différemment le bienfait, monnaie, marchés ou bains.

Les trois institutions sont celles-là mêmes que Rabbi Chimon reprochait à Rome au début du récit. Le partage se fait sur l'intention : établies pour soi, elles méritaient le blâme ; établies pour autrui, elles constituent le tikkoun. La réparation qu'on lui propose porte sur un lieu frappé d'un doute de toum'a, et son traitement occupera le début du folio suivant.

🖼️ Schéma
Le modèle de Yaakov : chalem, puis le tikkoun de la ville Et Yaakov vint chalem Rav : entier dans son corps Rachi : guéri de sa boiterie Rav : entier dans ses biens Rav : entier dans sa Torah Rachi : il n'a pas oublié son étude malgré la fatigue du chemin Et il fit grâce devant la ville Rav : il leur institua une monnaie Chemouel : il leur institua des marchés R. Yo'hanan : il leur institua des bains Rachi : le verbe va-yihan dit la grâce et le campement ; et, d'après va-yiken, la mise en ordre. Rabbi Chimon en tire sa conduite : puisqu'un miracle a eu lieu pour moi, j'irai réparer quelque chose. Les trois mêmes institutions que Rome avait établies pour elle-même deviennent un service rendu.
Yaakov entier, puis les trois institutions rendues à la ville.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).