Sougya : Le folio achève la liste des fautes qui attirent l'askara, la maladie qui prend à la gorge : le maasser négligé, puis le lachon hara selon Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi. Une question se pose : a-t-il retenu le lachon hara seul, ou aussi le lachon hara ?
La baraita du vignoble de Yavne fournit la réponse, avec trois explications de la plaie qui commence aux entrailles et s'achève à la bouche ; l'avis de Rabbi Chimon, le bitoul Torah, essuie quatre objections et conduit à l'enseignement de Rabbi Gourion sur les enfants saisis pour la génération. Le titre de premier des orateurs, donné à Rabbi Yehouda, ouvre alors le récit romain : Rabbi Yehouda loue les réalisations de Rome, Rabbi Yossi se tait, Rabbi Chimon bar Yohai les blâme, et Yehouda ben Guerim rapporte leurs propos.
De là viennent les trois verdicts, la fuite au beit hamidrach, les douze années de la grotte avec le caroubier et la source, l'intervention d'Eliyahou, les deux sorties, le vieillard aux deux bottes de myrte et le bain chez Rabbi Pin'has ben Yair. Le folio se clôt sur la règle apprise de Yaakov : après un miracle, on répare quelque chose pour autrui.
... par la faute du maasser (la dîme). Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi dit : par la faute du lachon hara (la médisance).
Rava a dit, et certains disent que c'est Rabbi Yehochoua ben Levi : quel est le verset ? "Et le roi se réjouira en D.ieu, quiconque jure par Lui s'en glorifiera, car la bouche de ceux qui parlent mensonge sera obstruée".
Le folio s'ouvre sur la fin d'une liste commencée plus haut : quelles fautes attirent l'askara, la maladie qui prend à la gorge et étouffe. Un avis retient le maasser négligé, c'est-à-dire la consommation de fruits restés tevel, dont les prélèvements n'ont pas été faits. Rachi souligne la correspondance : la faute passe par la gorge, la sanction aussi.
Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi retient le lachon hara. Le verset de Tehilim est choisi pour son verbe yissakher, obstruer, proche du mot askara : la bouche qui a parlé faussement se trouve bouchée.
On a soulevé la question devant eux : Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi a-t-il dit : par la faute du lachon hara seulement, ou peut-être a-t-il dit : aussi par la faute du lachon hara ? Viens et entends : lorsque nos maîtres sont entrés dans le vignoble de Yavne, il y avait là Rabbi Yehouda, Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi et Rabbi Chimon, et cette question fut posée devant eux : cette plaie, pourquoi commence-t-elle dans les entrailles et s'achève-t-elle dans la bouche ?
Rabbi Yehouda be-Rabbi Ilai, le premier des orateurs en tout lieu, prit la parole et dit : bien que les reins conseillent, que le cœur comprenne et que la langue découpe, c'est la bouche qui achève. Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi prit la parole et dit : parce qu'on mange avec elle des choses impures.
Des choses impures, cela te viendrait à l'esprit ? Plutôt : parce qu'on mange avec elle des choses qui ne sont pas metouknot (mises en règle, c'est-à-dire dont les prélèvements n'ont pas été faits).
Rabbi Chimon prit la parole et dit : par la faute du bitoul Torah (l'abandon de l'étude).
La question porte sur la portée de l'avis précédent : Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi remplace-t-il la cause déjà donnée, le maasser, ou l'ajoute-t-il ? La guemara cherche la réponse dans une baraita située au kerem be-Yavne, le vignoble de Yavne, nom donné au beit hamidrach dont les rangées évoquaient un vignoble.
Trois maîtres expliquent le trajet de la maladie. Rabbi Yehouda décrit la chaîne de la parole : les reins conseillent, le cœur comprend, la langue articule, la bouche achève ; la plaie suit donc le chemin de la médisance. Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi vise ce qui passe par la bouche en fait de nourriture, et la guemara corrige aussitôt : il ne parle pas d'aliments interdits, dont la sanction n'est pas la mort, mais de produits non metouknim, restés tevel. Rabbi Chimon retient le bitoul Torah, dont la sanction capitale se déduit du verset lu à distance, selon le principe qu'un verset se dérive de celui qui précède celui qui le précède.
Ils lui ont dit : les femmes le prouveront ! — parce qu'elles détournent leurs maris. Les non-Juifs le prouveront ! — parce qu'ils détournent Israël.
Les jeunes enfants le prouveront ! — parce qu'ils détournent leur père. Les enfants de la maison du maître le prouveront !
Les objections suivent une même forme : on cherche des catégories frappées par l'askara sans être tenues à l'étude. Rabbi Chimon répond chaque fois en déplaçant la responsabilité : ces personnes détournent de l'étude ceux qui y sont tenus. Rachi précise pour les jeunes enfants la nature de ce détournement, fait de soins et de temps donné.
La dernière objection résiste. Les tinokot chel beit rabban, les enfants qui passent leur journée chez le maître, ne sont selon Rachi ni détournés ni détournants. Le principe invoqué jusque-là ne suffit plus, et la guemara devra changer de terrain au segment suivant.
Là, c'est selon Rabbi Gourion, car Rabbi Gourion a dit, et certains disent que c'est Rav Yossef be-Rabbi Chemaya : lorsqu'il y a des justes dans la génération, les justes sont saisis pour la génération ; lorsqu'il n'y a pas de justes dans la génération, les enfants de la maison du maître sont saisis pour la génération. Rabbi Yits'hak bar Zé'iri a dit, et certains l'énoncent au nom de Rabbi Chimon ben Nézira : quel est le verset ?
"Si tu ne le sais pas, toi la plus belle des femmes, sors sur les traces du troupeau, etc.", et nous disons : ce sont les chevreaux pris en gage pour les bergers. Conclus-en qu'il a dit : aussi par la faute du lachon hara.
Conclus-en.
La réponse ne défend plus l'avis de Rabbi Chimon sur son propre terrain : elle explique la mort des enfants du maître d'école par un autre principe. Selon Rabbi Gourion, une génération fautive est frappée dans ce qu'elle a de plus innocent. Les justes, lorsqu'il y en a, portent la charge ; à défaut, ce sont les enfants.
Le verset du Chir ha-chirim est lu sur le mot michkenot, les demeures des bergers, rapproché de memouchkanin, ce qui est pris en gage. Les chevreaux répondent des bergers, c'est-à-dire les enfants des dirigeants de la génération. La guemara peut alors trancher la question initiale : puisque dans la baraita Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi retient les produits non métouknim, son avis sur le lachon hara s'ajoutait à celui du maasser.
Et pourquoi l'appelait-on le premier des orateurs en tout lieu ? Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi et Rabbi Chimon siégeaient, et Yehouda ben Guerim siégeait auprès d'eux.
Rabbi Yehouda prit la parole et dit : que les réalisations de cette nation sont belles ! Ils ont établi des marchés, ils ont établi des ponts, ils ont établi des bains.
Rabbi Yossi se tut. Rabbi Chimon ben Yohai prit la parole et dit : tout ce qu'ils ont établi, ils ne l'ont établi que pour leur propre besoin.
Ils ont établi des marchés pour y installer des prostituées, des bains pour y délasser leur corps, des ponts pour en prélever le péage. Yehouda ben Guerim alla rapporter leurs propos, et ils furent entendus du pouvoir.
Ils dirent : Yehouda, qui a loué, qu'il soit élevé ; Yossi, qui s'est tu, qu'il soit exilé à Tsippori ; Chimon, qui a blâmé, qu'il soit mis à mort.
La guemara revient sur le titre donné à Rabbi Yehouda dans la baraita et raconte d'où il vient. La scène est un échange sur les réalisations de Rome : marchés, ponts et bains. Rabbi Yehouda regarde le service rendu, Rabbi Chimon bar Yohai regarde l'intention, et Rabbi Yossi ne dit rien.
Rachi note que Yehouda ben Guerim, fils de convertis, rapporta ces propos sans vouloir les porter au pouvoir ; Tossefot défend sa réputation et retient la leçon selon laquelle il faut l'appeler Rabbi. Les trois verdicts répondent terme pour terme aux trois attitudes, et c'est ainsi que l'expression premier des orateurs en tout lieu devient un titre officiel.
Il s'en alla, lui et son fils, et ils se cachèrent au beit hamidrach. Chaque jour, sa femme leur apportait du pain et une cruche d'eau, et ils mangeaient.
Lorsque le décret se durcit, il dit à son fils : les femmes ont l'esprit léger, peut-être la tourmentera-t-on et elle nous découvrira. Ils allèrent se cacher dans une grotte.
Un miracle se produisit : un caroubier et une source d'eau furent créés pour eux. Ils ôtaient leurs vêtements et siégeaient jusqu'au cou dans le sable.
Tout le jour ils étudiaient. À l'heure de la prière, ils se vêtaient, se couvraient et priaient, puis ôtaient de nouveau leurs vêtements pour qu'ils ne s'usent pas.
Ils demeurèrent douze ans dans la grotte. Eliyahou vint, se tint à l'entrée de la grotte et dit : qui informera bar Yohai que César est mort et que son décret est annulé ?
La fuite se fait en deux temps. Au beit hamidrach, la subsistance dépend de l'épouse ; Rabbi Chimon renonce à cet appui par crainte de ce qu'on lui ferait subir, et ils passent dans une grotte, où la subsistance vient du caroubier et de la source.
Le détail du sable a un motif pratique, donné par Rachi : préserver les vêtements, qui ne servent plus qu'à la prière. Le Ben Ich H'ai y lit en outre un tikkoun, et compte treize années en tout, les douze de la grotte et celle qui suivra.
L'intervention d'Eliyahou passe par une question lancée à la cantonade, sans s'adresser directement à eux. Le Ben Ich H'ai expliqué ce détour : la sortie devait venir de leur propre décision, pour que la suite puisse les instruire.
Ils sortirent. Ils virent des gens qui labouraient et semaient.
Ils dirent : ils délaissent la vie éternelle et s'occupent de la vie passagère. Tout lieu où ils posaient les yeux était aussitôt brûlé.
Une bat kol sortit et leur dit : est-ce pour détruire Mon monde que vous êtes sortis ?! Retournez à votre grotte !
Ils retournèrent et siégèrent douze mois de l'année. Ils dirent : le jugement des méchants dans le guehinam dure douze mois.
Une bat kol sortit et dit : sortez de votre grotte ! Ils sortirent.
Partout où Rabbi Elazar frappait, Rabbi Chimon guérissait. Il lui dit : mon fils, toi et moi suffisons au monde.
La première sortie met en présence deux échelles de vie. Rachi appuie le reproche : le travail de la terre pourrait être confié à d'autres, et la subsistance de ceux qui font la volonté du Ciel est assurée. Le regard des deux maîtres a un effet destructeur immédiat, et la bat kol les renvoie.
Les douze mois supplémentaires sont calculés sur la durée du jugement au guehinam, que Rachi établit à partir de Yechayahou. À la seconde sortie, le pouvoir de Rabbi Elazar reste le même, mais Rabbi Chimon le répare aussitôt. Sa phrase finale, toi et moi suffisons au monde, dit encore la distance qui le sépare des autres, et le segment suivant la réduira.
Au crépuscule de la veille de Chabbat, ils virent un vieil homme qui tenait deux bottes de myrte (hadass) et courait entre les deux soleils. Ils lui dirent : pourquoi celles-ci ?
Il leur dit : en l'honneur du Chabbat. Et une ne te suffirait-elle pas ? — Une pour zakhor (souviens-toi) et une pour chamor (garde).
Il dit à son fils : vois combien les mitsvot sont chères à Israël. Leur esprit s'apaisa.
La scène répond directement à la phrase précédente. Un homme âgé court avant la tombée du jour pour un détail d'honneur du Chabbat, et sa réponse rattache ses deux bottes aux deux formulations du commandement, zakhor dans Chemot et chamor dans Devarim.
L'expression itiva da'atehou, leur esprit s'apaisa, marque la fin de la tension ouverte à la sortie de la grotte : ceux qui labourent et semaient tiennent aussi aux mitsvot. Le Ben Ich H'ai expliqué pourquoi la remarque de Rabbi Chimon ne vient qu'après la seconde réponse du vieillard, la première laissant encore place à un motif d'intérêt personnel.
Rabbi Pin'has ben Yair, son gendre, l'apprit et sortit à sa rencontre. Il le fit entrer au bain et se mit à lui frotter la chair.
Il vit qu'il avait des fissures sur le corps. Il pleurait, et les larmes tombaient de ses yeux et le faisaient crier de douleur.
Il lui dit : malheur à moi de t'avoir vu ainsi. Il lui dit : heureux es-tu de m'avoir vu ainsi, car si tu ne m'avais pas vu ainsi, tu n'aurais pas trouvé en moi ce que tu y trouves.
Car au début, lorsque Rabbi Chimon ben Yohai posait une difficulté, Rabbi Pin'has ben Yair lui répondait douze réponses ; à la fin, lorsque Rabbi Pin'has ben Yair posait une difficulté, Rabbi Chimon ben Yohai lui répondait vingt-quatre réponses.
Le corps porte la trace des treize années. Rachi explique les pili comme des fissures dues au sable, et la douleur causée par les larmes salées sur la peau ouverte.
La réponse de Rabbi Chimon renverse la plainte : ces années lui ont donné une force d'étude que la comparaison chiffre, douze réponses avant, vingt-quatre après. Le mot hatneih désigne le lien de mariage entre les deux maîtres ; la guemara le présente comme son gendre, tandis que le Ben Ich H'ai lit l'inverse et fait de Rabbi Pin'has ben Yair le beau-père, ce qui lui permet d'expliquer pourquoi c'est lui, et non Rabbi Elazar, qui lave Rabbi Chimon.
Il dit : puisqu'un miracle s'est produit, j'irai réparer quelque chose. Car il est écrit : "et Yaakov vint chalem", et Rav a dit : entier dans son corps, entier dans ses biens, entier dans sa Torah.
"Et il fit grâce devant la ville" : Rav a dit, il leur institua une monnaie ; Chemouel a dit, il leur institua des marchés ; et Rabbi Yo'hanan a dit, il leur institua des bains. Il dit : y a-t-il quelque chose qui demande réparation ?
Ils lui dirent : il y a un endroit où il y a un doute de toum'a (impureté)
Rabbi Chimon tire de son sauvetage une obligation pratique. Le modèle est Yaakov, dont le verset dit qu'il arriva chalem, entier, et qui rendit ensuite un service à la ville. Rav lit le mot chalem sur trois plans, et trois amoraim identifient différemment le bienfait, monnaie, marchés ou bains.
Les trois institutions sont celles-là mêmes que Rabbi Chimon reprochait à Rome au début du récit. Le partage se fait sur l'intention : établies pour soi, elles méritaient le blâme ; établies pour autrui, elles constituent le tikkoun. La réparation qu'on lui propose porte sur un lieu frappé d'un doute de toum'a, et son traitement occupera le début du folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).