Shabbat 34a — La tombée de la nuit du vendredi : ce qu'on dit, ce qu'on fait encore à bein hachmachot

Shabbat 34a

Sougya : Le daf achève le récit de Rabbi Chimon bar Yo'haï à Tibériade : il purifie un marché douteux après le témoignage d'un vieillard sur les lupins de terouma de Rabbi Yo'hanan ben Zakkai, puis punit celui qui le raille et Yehouda fils de convertis. Commence ensuite la dernière michna du chapitre Bameh madlikin : les trois choses qu'on dit chez soi la veille de Chabbat à la tombée de la nuit, et la liste de ce qui est interdit ou encore permis au doute s'il fait nuit (bein hachmachot).

La Guemara tire la source d'un verset de Iyov, demande de parler avec douceur, puis résout une contradiction interne de la michna : Rav distingue erouvei te'houmin et erouvei 'hatserot. Rava traite le cas de deux erouvin, l'un mangé à bein hachmachot, l'autre posé à bein hachmachot : tous deux sont valides, car un doute de rabbanan va à l'indulgence.

Le daf se termine sur la raison de l'interdit de la hatmana après la nuit tombée.

Veille de Chabbat : ce qui reste permis selon le moment Jour (avant) Bein hachmachot doute : jour ou nuit ? Nuit (Chabbat) Groupe A (tikoun important) - dîme sur le produit certain - immersion des ustensiles - allumage des lampes PERMIS INTERDIT INTERDIT Groupe B (moins grave) - dîme sur le demai - erouv (de 'hatserot selon Rav) - hatmana sans ajout de chaleur PERMIS PERMIS INTERDIT Les trois questions se disent à la fin du jour (à la tombée de la nuit), quand il reste du temps pour agir.
La michna : deux groupes d'actes, et leur statut de jour, à bein hachmachot et la nuit.
La contradiction de la michna et la réponse de Rav Début : on demande avez-vous fait l'erouv ? à la tombée de la nuit, donc pas au doute erouv seulement de jour Fin : au doute s'il fait nuit on fait l'erouv erouv permis à bein hachmachot ? Érouvei te'houmin appuyés sur un verset tikoun important seulement de jour Érouvei 'hatserot simple rigueur des Sages pas une résidence véritable permis à bein hachmachot
La contradiction interne de la michna et la distinction de Rav entre les deux erouvin.
1
וְאִית לְהוּ צַעֲרָא לְכֹהֲנִים לְאַקּוֹפֵי. אָמַר: אִיכָּא אִינִישׁ דְּיָדַע דְּאִיתַּחְזַק הָכָא טָהֳרָה? אֲמַר לֵיהּ הָהוּא סָבָא: כָּאן קִיצֵּץ בֶּן זַכַּאי תֻּורְמְסֵי תְּרוּמָה. עֲבַד אִיהוּ נָמֵי הָכִי, כָּל הֵיכָא דַּהֲוָה קְשֵׁי — טַהֲרֵיהּ, וְכָל הֵיכָא דַּהֲוָה רְפֵי — צַיְּינֵיהּ.

et les cohanim avaient de la peine à devoir faire le détour. [Rabbi Chimon] dit : Y a-t-il quelqu'un qui sache qu'une présomption de pureté a été établie ici ?

Un vieillard lui dit : Ici, ben Zakkai a coupé des lupins de terouma. Il fit lui aussi de même : partout où [le sol] était dur, il le déclara pur ; et partout où il était meuble, il le marqua.

📜 Rachi (5)
וְאִית לְהוּ צַעֲרָא לְאַקּוּפֵי שֶׁהָיָה אוֹתוֹ שׁוֹק שֶׁהַסָּפֵק בּוֹ מָקוֹם מֵעֵבֶר הָעִיר לָרַבִּים וְהַכֹּהֲנִים לֹא הָיוּ יְכוֹלִין לִיכָּנֵס שָׁם מִפְּנֵי טֻומְאָה וְצָרִיךְ לְהַקִּיף דֶּרֶךְ אַחֵר אָרֹוךְ:
Ce marché au sujet duquel il y avait un doute était un lieu de passage public de la ville, et les cohanim ne pouvaient y entrer à cause de l'impureté ; il leur fallait faire le tour par un autre chemin, plus long.
אִיכָּא דְּיָדַע דְּאִיתַּחְזַק טָהֳרָה בְּהַאי שׁוֹק מֵימָיו שֶׁלֹּא הָיָה בֵּית הַקְּבָרוֹת גָּמוּר וְלֹא נִיתָּן לְפַנּוֹתוֹ:
Dans ce marché : que depuis toujours ce n'était pas un cimetière à part entière, qu'il est interdit d'évacuer.
כָּאן קִיצֵּץ בֶּן זַכַּאי שְׁתָלָן וַעֲקָרָן לְאַחַר גִּידּוּלָן:
Il les avait plantés, puis arrachés une fois qu'ils avaient poussé.
תּוּרְמְסֵי תְּרוּמָה הַצְּרִיכוֹת לְשָׁמְרָן בְּטָהֳרָה וְגַם הוּא הָיָה כֹּהֵן כִּדְאָמְרִינַן [בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּפָרָה] (פ"ג) אִם מַה שֶׁעָשׂוּ יָדַי שָׁכַחְתִּי:
Des [lupins] qu'il faut garder en pureté ; et lui aussi était cohen, comme nous le disons [dans la Tossefta de Para] (ch. 3) : « Si j'ai oublié ce qu'ont fait mes mains... ».
עֲבַד אִיהוּ נָמֵי הָכִי הָיָה מְקַצֵּץ תּוּרְמָסִין וּמַשְׁלִיכָן שָׁם וְנַעֲשָׂה נֵס וְצָף הַמֵּת בְּמָקוֹם שֶׁהוּא שָׁם וְצִיְּינוּ לִמְקוֹם הַקֶּבֶר הָכִי מְפָרֵשׁ בַּפְּסִיקְתָּא דְּפָרָשַׁת הָעֹומֶר וּבְסֵדֶר זְרָעִים יְרוּשַׁלְמִי:
Il coupait des lupins et les jetait là ; un miracle se produisit : le mort remontait à l'endroit où il se trouvait, et il marquait l'emplacement de la tombe. C'est ainsi que c'est expliqué dans la Pessikta de la section du Omer et dans le Yerouchalmi, ordre Zeraim.
🗂️ Tossefot (2)
עֲבַד אִיהוּ נָמֵי הָכִי מפר"ת כְּמוֹ יַעֲקֹב אָבִינוּ וְתִיקֵּן מִילְּתָא:
Rabbenou Tam explique : comme Yaakov Avinou, [qui] a apporté une amélioration (tikoun).
כָּל הֵיכָא דַּהֲוָה קְשֵׁי טַהֲרֵיהּ כִּדְאִיתָא בְּנִדָּה בְּפֶרֶק הָאִשָּׁה (דַּף סא. וְשָׁם) דְּתַנְיָא אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן שָׁאוּל מַעֲשֶׂה בְּסֶלַע שֶׁהָיוּ מַחֲזִיקִין בָּהּ טֻומְאָה כו' אֲמַר לְהוּ הָבִיאוּ לִי סְדִינִין הֵבִיאוּ לוֹ וּשְׁרַאן בְּמַיִם וּפָרְסוּ עָלָיו מְקוֹם טֻומְאָה לַח מְקוֹם טָהֳרָה נָגוּב:
Comme on le trouve dans Nida, chapitre HaIcha (61a) : il est enseigné : Rabbi Yossi ben Chaoul dit : Il arriva qu'un rocher était tenu pour impur, etc. Il leur dit : Apportez-moi des draps. On les lui apporta ; il les trempa dans l'eau et les étendit dessus : l'endroit impur était humide, l'endroit pur était sec.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲבַד אִיהוּ נָמֵי הָכִי. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י הָיָה מְקַצֵּץ תֻּרְמוֹסִים וּמַשְׁלִיכָן שָׁם, וְנַעֲשָׂה נֵס וְצָף הַמֵּת בְּמָקוֹם שֶׁהוּא שָׁם וְצִיְּינוּ לִמְקוֹם הַקֶּבֶר, הָכִי מְפֹורָשׁ בַּפְּסִיקְתָּא וּבְסֵדֶר זְרָעִים יְרוּשַׁלְמִי עַד כָּאן, וְלִכְאוֹרָה יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּבַגְּמָרָא דִּידַן לָא קָאָמַר 'צָף הַמֵּת' אֶלָּא כָּל הֵיכָא דַּהֲוָה רְפֵי צַיְּינֵיהּ? וְנִרְאֶה לִי דְּלָא פְּלִיגִי, דְּגַם הַיְרוּשַׁלְמִי אֵין כַּוָּנָתוֹ צָף הַמֵּת וְעָלָה עַל שֶׁטַח הַקַּרְקַע, אֶלָּא הַכַּוָּנָה צָף בַּקֶּבֶר לְמַטָּה שֶׁגָּבָה מְעַט מִמְּקוֹמוֹ, וּבָזֶה נִזְדַּעְזַע הֶעָפָר כֻּולּוֹ עַד שֶׁטַח הָאָרֶץ אֲשֶׁר לְמַעְלָה מִן הַמֵּת עַד שֶׁטַח הָאַחֲרוֹן, שֶׁעָשָׂה הַמֵּת כַּתַּרְנְגֹולֶת הַמְנַעֶרֶת הֶעָפָר מֵעָלֶיהָ, וְכֵיוָן שֶׁנִּזְדַּעְזַע הֶעָפָר אֲשֶׁר לְמַעְלָה מִן הַמֵּת עַד שֶׁטַח הַקַּרְקַע, מִמֵּילָא נִתְרַפָּה הֶעָפָר וְנַעֲשָׂה תָּחוּחַ מְעַט כִּי נִתְפָּרְדוּ רִגְבֵי הֶעָפָר הַקָּשִׁים, וְאָז יָדַע שֵׁם הַמֵּת קָבוּר וְצַייֵּר הַמָּקוֹם. נִמְצָא הַנֵּס נַעֲשָׂה בְּהַשְׁלָכַת הַתֻּרְמוֹסִין שֶׁעַל יְדֵי כֵּן צָף הַמֵּת, וְצָרִיךְ לוֹמַר כֵּיוָן שֶׁדָּבָר זֶה נַעֲשָׂה בְּדֶרֶךְ נֵס לָמָּה בָּחַר לַעֲשׂוֹת בְּתֻרְמוֹסִין וְלֹא בְּדָבָר אַחֵר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי הוּא לֹא הָיָה עוֹשֶׂה דָּבָר זֶה לְטַהֵר הַמָּקוֹם עַל יְדֵי מַעֲשֵׂה הַנֵּס, אֶלָּא רַק אַחַר שֶׁהֵעִיד הַסָּבָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי קִיצֵּץ כָּאן תֻּרְמוֹסֵי תְּרוּמָה, דְּאָז הֻוחְזַק הַמָּקוֹם בְּטָהֳרָה שֶׁנּוֹדַע שֶׁאֵין זֶה בֵּית הַקְּבָרוֹת, נִמְצָא עִיקַּר הַסֶּמֶךְ בְּהֶיתֵּר הוּא עַל כִּי אִתַּחְזַק הַמָּקוֹם בְּטָהֳרָה, וְחִזּוּק הַמָּקוֹם הָיְתָה עַל יְדֵי עֵדוּת הַתּוֹרְמָסִים שֶׁל תְּרוּמָה דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, לָכֵן הַנֵּס עַתָּה נַעֲשָׂה עַל יְדֵי תֻּרְמוֹסִים, כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה הַנֵּס מַזְכֶּרֶת לְעִיקַּר הַהֶיתֵּר שֶׁהָיָה עַל יְדֵי חֶזְקַת הַמָּקוֹם שֶׁכָּאן קִיצֵּץ רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי תֻּרְמוֹסֵי תְּרוּמָה וְלֹא יֹאמְרוּ שֶׁטִּיהֵר אֶת בֵּית הַקְּבָרוֹת. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁעָשָׂה הַנֵּס לְטַהֵר הַמָּקוֹם מִן טֻומְאַת מֵת עַל יְדֵי תֻּרְמוֹסִים, מִפְּנֵי כִּי טֻומְאַת מֵת נִטְהֶרֶת וְנִתְקֶנֶת עַל יְדֵי הַזָּאַת שִׁבְעָה, וְהַתֻּרְמוֹסִים אֵינָם נִתְקָנִים לַאֲכִילָה אֶלָּא עַל יְדֵי שֶׁיִּשְׁלְקוּם שִׁבְעָה פְּעָמִים כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ בַּגְּמָרָא.
« Il fit lui aussi de même. » Rachi explique : il coupait des lupins et les jetait là ; un miracle se produisit, le mort remontait à l'endroit où il se trouvait et il marquait l'emplacement de la tombe ; c'est expliqué dans la Pessikta et dans le Yerouchalmi, ordre Zeraim. Fin de citation. À première vue, on pourrait objecter que notre Guemara ne dit pas « le mort remontait », mais « partout où le sol était meuble, il le marquait ». Il me semble qu'ils ne divergent pas : le Yerouchalmi non plus ne veut pas dire que le mort remontait à la surface du sol ; il veut dire qu'il se soulevait dans la tombe, en bas, s'élevant un peu de sa place. Par là, toute la terre au-dessus du mort fut secouée jusqu'à la surface du sol, le mort faisant comme une poule qui secoue la poussière de sur elle. Puisque la terre au-dessus du mort était secouée jusqu'à la surface, elle se relâchait d'elle-même et devenait un peu meuble, car les mottes dures se séparaient ; il savait alors qu'un mort était enterré là et marquait l'endroit. Il ressort que le miracle se produisait par le jet des lupins, par lequel le mort se soulevait. Il faut alors se demander : puisque cela se faisait par miracle, pourquoi a-t-il choisi de le faire avec des lupins et non avec autre chose ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il ne purifiait pas l'endroit par le moyen du miracle ; il ne l'a fait qu'après que le vieillard eut témoigné que Rabbi Yo'hanan ben Zakkai avait coupé ici des lupins de terouma. Dès lors l'endroit fut établi dans une présomption de pureté, puisqu'on sut que ce n'était pas un cimetière. Le fondement principal de la permission est donc que l'endroit était établi en pureté, et cette présomption venait du témoignage sur les lupins de terouma de Rabbi Yo'hanan ben Zakkai. C'est pourquoi le miracle se fit alors par des lupins : pour que le miracle rappelle le fondement de la permission, à savoir la présomption de l'endroit où Rabbi Yo'hanan ben Zakkai avait coupé des lupins de terouma, et qu'on ne dise pas qu'il avait purifié un cimetière. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il fit le miracle pour purifier l'endroit de l'impureté du mort au moyen de lupins parce que l'impureté du mort se purifie et se répare par l'aspersion du septième [jour], et les lupins ne deviennent propres à la consommation que lorsqu'on les fait bouillir sept fois, comme l'ont dit nos Maîtres dans la Guemara.
💡 Explication

Rabbi Chimon bar Yo'haï veut rendre un service à la ville de Tibériade. Un marché était tenu pour douteux : on soupçonnait qu'un mort y était enterré, et les cohanim, à qui il est interdit de contracter l'impureté du mort, devaient le contourner.

Il cherche d'abord une 'hazaka de tahara (présomption de pureté) : un vieillard atteste que Rabbi Yo'hanan ben Zakkai, lui-même cohen, avait cultivé là des lupins de terouma, qu'on doit garder purs. L'endroit n'était donc pas un cimetière à part entière. Il examine alors le sol : dur, il est pur ; meuble, il signale une tombe possible et on le marque.

🖼️ Schéma
Comment Rabbi Chimon purifie le marché Témoignage du vieillard : lupins de terouma ici Présomption de pureté : pas un cimetière entier Sol dur déclare pur Sol meuble (tombe possible) marque
Le témoignage établit la présomption, puis l'examen du sol distingue les endroits purs et ceux qu'on marque.
2
אָמַר הַהוּא סָבָא: טִיהֵר בֶּן יוֹחַי בֵּית הַקְּבָרוֹת! אֲמַר לֵיהּ: אִילְמָלֵי לֹא הָיִיתָ עִמָּנוּ, וַאֲפִילּוּ הָיִיתָ עִמָּנוּ, וְלֹא נִמְנֵיתָ עִמָּנוּ — יָפֶה אַתָּה אוֹמֵר. עַכְשָׁיו שֶׁהָיִיתָ עִמָּנוּ, וְנִמְנֵיתָ עִמָּנוּ, יֹאמְרוּ: זוֹנוֹת מְפַרְכְּסוֹת זוֹ אֶת זוֹ, תַּלְמִידֵי חֲכָמִים לֹא כָּל שֶׁכֵּן?! יְהַב בֵּיהּ עֵינֵיהּ וְנָח נַפְשֵׁיהּ. נְפַק לְשׁוּקָא חַזְייֵהּ לִיהוּדָה בֶּן גֵּרִים. אָמַר: עֲדַייִן יֵשׁ לְזֶה בָּעוֹלָם? נָתַן בּוֹ עֵינָיו וְעָשָׂהוּ גַּל שֶׁל עֲצָמוֹת.

Ce vieillard dit : Ben Yo'haï a purifié un cimetière ! Il lui dit : Si tu n'avais pas été avec nous, ou même si tu avais été avec nous sans avoir été compté avec nous, tu parlerais bien.

Maintenant que tu as été avec nous et que tu as été compté avec nous, on dira : les prostituées se parent l'une l'autre ; les talmidei 'hakhamim, à plus forte raison ! Il posa sur lui son regard et [le vieillard] mourut.

Il sortit au marché et vit Yehouda fils de convertis. Il dit : Celui-ci est encore au monde ?

Il posa sur lui son regard et en fit un tas d'ossements.

📜 Rachi (4)
הָיִיתָ בְּמַעֲמַד:
Présent (au moment de la décision).
וְנִמְנֵית הַסְכָּמַת לְדַעְתֵּנוּ לִהְיוֹת מִן הַמִּנְיָן:
Tu as adhéré à notre avis, pour faire partie du nombre [de ceux qui ont décidé].
מְפַרְכְּסוֹת זוֹ אֶת זוֹ אֶת שְׂעַר חֲבֶרְתָּהּ לִהְיוֹת נָאָה:
[Chacune arrange] les cheveux de sa compagne pour qu'elle soit belle.
גַּל מֵעֲצָמוֹת כְּמֵת שֶׁנִּרְקַב בְּשָׂרוֹ וְנָפַל מִזְּמַן הַרְבֵּה:
Comme un mort dont la chair a pourri et est tombée depuis longtemps.
🪔 Ben Yehoyada (3)
יֹאמְרוּ זוֹנוֹת מְפַרְכְּסוֹת זוֹ אֶת זוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנַת הַמָּשָׁל עַל הַנִּמְשָׁל הוּא, כִּי הַזּוֹנוֹת אַף עַל פִּי שֶׁבְּוַדַּאי הֵם שׂוֹנְאִין זוֹ אֶת זוֹ, דְּכָל אֻומָּן שׂוֹנֵא בְּנֵי אֻומָּנוּתוֹ, עִם כָּל זֶה הַזּוֹנָה מְפַרְכֶּסֶת חֲבֶרְתָּהּ כְּדֵי שֶׁתִּתְנָאֶה לִפְנֵי הַמְנָאֲפִין וְיִתְּנוּ לָהּ אֶתְנָן מְרֻובֶּה, וְלֹא מֵאַהֲבָתָהּ בָּהּ אֶלָּא לְטוֹבַת עַצְמָהּ. מָשָׁל לְאֶחָד שֶׁנָּתַן כֶּסֶף לְצוֹרֵף לַעֲשׂוֹתוֹ כְּלִי וְלֹא פָּסַק עִמּוֹ שְׂכָרוֹ, וְאַחַר כָּךְ הַצּוֹרֵף מְבַקֵּשׁ עַל כָּל מִשְׁקַל אַרְבָּעָה אִיסָּרִין ש"ט, וּבַעַל הַכֶּסֶף רוֹצֶה לִיתֵּן לוֹ שְׁנַיִם וְיָרִיבוּ בֵּינֵיהֶם, וְנִתְרַצּוּ שְׁנֵיהֶם לִשְׁאֹל פִּי צוֹרֵף אַחֵר וּמַה שֶׁיֹּאמַר מְקֻובָּל עַל שְׁנֵיהֶם, וְיָבוֹאוּ לִפְנֵי הַצּוֹרֵף הָאַחֵר וּפָסַק לָתֵת אַרְבָּעָה וְזֶה בַּעַל כָּרְחוֹ נָתַן, אַחַר כָּךְ אָמַר לוֹ בְּנוֹ אֲנִי יוֹדֵעַ שֶׁאַתָּה שׂוֹנֵא לְזֶה הַצּוֹרֵף וְלָמָּה גְּזֵרַת אַרְבָּעָה כַּאֲשֶׁר בִּקֵּשׁ? אָמַר לוֹ, בְּנֵי! לֹא בִּשְׁבִיל אָהַבְתִּי בּוֹ גָּזַרְתִּי כֵּן אֶלָּא בִּשְׁבִיל אָהַבְתִּי בְּעַצְמִי, כִּי גַּם אֲנִי עוֹסֵק בִּמְלָאכָה זוֹ וְאֶרְצֶה שֶׁעֵרֶךְ הַמְּלָאכָה יַעֲלֶה וְלֹא יֵרֵד. וְכֵן זוֹ הַזּוֹנָה וַדַּאי שׂוֹנְאָהּ אֶת חֲבֶרְתָּהּ וְעִם כָּל זֶה רוֹצֶה שֶׁתִּהְיֶה נָאָה בְּעֵינֵי הַמְנָאֲפִים, כְּדֵי שֶׁלֹּא יְזַלְזְלוּ בְּאֶתְנָן וְלֹא יֵרֵד עֵרֶךְ הָאֶתְנָן. וְהַנִּמְשָׁל הוּא מֵאַחַר שֶׁאַתָּה תַּלְמִיד חָכָם אִם תְּזַלְזֵל בַּחֲכָמִים בִּפְנֵי הֶהָמוֹן גַּם כְּבוֹדְךָ יִזַּל וְיֵרֵד בְּעֵינֵיהֶם. וְזֶהוּ פְּשׁוּטוֹ שֶׁל דָּבָר, אַךְ נִרְאֶה לִי דְּר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי לֹא כִּיוֵּן עַל זוֹנוֹת דְּעָלְמָא הַתַּחְתּוֹנִים, אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ עַל הַקְּלִיפּוֹת, דְּיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ שְׁתֵּי זוֹנוֹת בַּקְּלִיפָּה, בְּסוֹד מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (מְלָכִים א' ג, טז) אָז תָּבֹאנָה שְׁתַּיִם נָשִׁים זֹנוֹת, וְהֵם כְּנֶגֶד לֵאָה וְרָחֵל שֶׁיֵּשׁ בִּקְדֻושָּׁה. וְיָדוּעַ שֶׁהַקְּלִיפּוֹת מִצַּד מִזְגָּם וְטִבְעָם הֵם שׂוֹנְאִים זֶה אֶת זֶה, שֶׁכָּל פֵּירוּד וְשִׂנְאָה מְקוֹרוֹ בַּקְּלִיפָּה, מַה שֶׁאֵין כֵּן בִּקְדֻושָּׁה הַכֹּל אַחְדוּת וְאַהֲבָה, אַךְ אֵלּוּ הַשְׁתַּיִם זוֹנוֹת שֶׁיֵּשׁ בַּקְּלִיפָּה רוֹצִים לְהִתְדַּמּוֹת לִקְדֻושָּׁה כְּקוֹף בִּפְנֵי אָדָם, וּלְכָךְ כְּמוֹ שֶׁרוֹאִין שְׁתֵּי מִדּוֹת בִּקְדֻושָּׁה שֶׁהֵם נִקְרָאִים לֵאָה וְרָחֵל הֵמָּה מְפַרְכְּסוֹת זוֹ אֶת זוֹ דְּכָל אַחַת אוֹזֵיפְתְּ מֵאֻנַּהָא לַחֲבֶרְתָּהּ כְּדֵי לְגַדְּלָהּ, כַּנִּזְכָּר בִּדְרוּשֵׁי הַלַּיְלָה וּבִדְרוּשֵׁי הַפֶּסַח בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת, כֵּן יַעֲשׂוּ גַּם הֵם כְּקוֹף בִּפְנֵי אָדָם. וְזֶה שֶׁאָמַר 'זוֹנוֹת' הֵם שְׁתַּיִם זוֹנוֹת הַיְּדוּעוֹת שֶׁיֵּשׁ בַּקְּלִיפָּה, מְפַרְכְּסוֹת זוֹ אֶת זוֹ כְּדֵי לְהִדָּמוֹת לִקְדֻושָּׁה כְּקוֹף בִּפְנֵי אָדָם ת לְמִידִי חֲכָמִים שֶׁהֵם נֶאֱחָזִים בִּקְדֻושָּׁה וְחִלְּקָם וְשָׁרְשָׁם הוּא בִּקְדֻושָּׁה לֹא כָל שֶׁכֵּן ?! שֶׁצְּרִיכִין לְהִדָּמוֹת לְמֵידוֹת שֶׁבִּקְדֻושָּׁה לְפַרְכֵּס זֶה אֶת זֶה, וְלִהְיוֹת (יְשַׁעְיָהוּ מא, ו) אִישׁ אֶת רֵעֵהוּ יַעְזֹרוּ וּלְאָחִיו יֹאמַר חֲזָק, וְלָמָּה אַתָּה בָּא לְגַנּוֹת אוֹתָנוּ וּלְקַלְקֵל וְלַהֲרֹוס אֶת אֲשֶׁר עָשִׂינוּ?! וְעִנְיַן הַפִּרְכּוּס בֵּיאוּרוֹ בְּלָשׁוֹן עַרְבִי עִנְיַן נוֹי וְיִפּוּי, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר 'עִטְּרוּ אֶת בִּיכּוּרֵיהֶם וּפִרְכְּסוּ אוֹתָם' וְכָתַב הַמְבָאֵר בִּלְשׁוֹן עַרְבֵי פִּרְכּוּס פֵּירוּשׁ מַעֲנִי אֶל תחסי"ן וְאַל תגמי"ל וְאַל זינ"י כְּאָנָהוּ יֵקֹול אִיזַיְינִיהוּם, וּמִן האד"י אַל יַחֲלִיק יְקוֹלוּן יְזַייֵּן חַיַּת מִן רפ"ע אֶל שָׂעִיר סָאַר לְהוּ זינ"י וְחָלָה עַד כָּאן.
« On dira : les prostituées se parent l'une l'autre. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'application de la parabole est la suivante. Les prostituées, bien qu'elles se haïssent certainement l'une l'autre, car tout artisan hait ceux de son métier, chacune pare pourtant sa compagne pour qu'elle soit belle devant les débauchés et qu'ils lui donnent un salaire élevé ; elle le fait non par amour pour elle, mais pour son propre intérêt. Parabole : un homme donna de l'argent à un orfèvre pour en faire un objet, sans fixer son salaire. Ensuite l'orfèvre demanda quatre issarim pour chaque poids, et le propriétaire de l'argent voulait lui en donner deux. Ils se disputèrent, puis ils acceptèrent tous deux de consulter un autre orfèvre, dont l'avis serait accepté par les deux. Ils vinrent devant l'autre orfèvre, qui trancha qu'il fallait donner quatre, et le propriétaire paya malgré lui. Ensuite le fils [de cet orfèvre] lui dit : Je sais que tu hais cet orfèvre ; pourquoi as-tu décidé quatre, comme il le demandait ? Il lui répondit : Mon fils, je n'ai pas décidé ainsi par amour pour lui, mais par amour pour moi-même, car je travaille aussi dans ce métier et je veux que le prix du travail monte et ne baisse pas. De même, cette prostituée hait certainement sa compagne, et pourtant elle veut qu'elle soit belle aux yeux des débauchés, pour qu'ils ne déprécient pas le salaire et que sa valeur ne baisse pas. L'application : puisque tu es toi-même un talmid ''hakham, si tu déprécies les Sages devant la foule, ton honneur aussi sera déprécié et baissera à leurs yeux. Tel est le sens simple. Mais il me semble que Rabbi Chimon bar Yo'haï ne visait pas les prostituées de ce monde d'en bas, mais les klipot (forces de l'impureté). Il est connu qu'il y a deux prostituées dans la klipa, selon le sod du verset (I Rois 3,16) « Alors vinrent deux femmes prostituées », et elles correspondent à Léa et Ra'hel qui sont dans la sainteté. Il est connu aussi que les klipot, par leur tempérament et leur nature, se haïssent l'une l'autre, car toute division et toute haine ont leur source dans la klipa, alors que dans la sainteté tout est unité et amour. Mais ces deux prostituées de la klipa veulent ressembler à la sainteté, comme le singe devant l'homme. C'est pourquoi, de même qu'on voit deux attributs dans la sainteté, appelés Léa et Ra'hel, qui se parent l'une l'autre, chacune prêtant ses ornements à sa compagne pour la grandir, comme il est mentionné dans les derouchim de la nuit et de Pessa'h dans le Sefer HaKavanot, elles aussi font de même, comme le singe devant l'homme. C'est le sens de « prostituées » : ce sont les deux prostituées connues de la klipa, qui se parent l'une l'autre pour ressembler à la sainteté comme le singe devant l'homme. Les talmidei 'hakhamim, qui se rattachent à la sainteté et dont la part et la racine sont dans la sainteté, à plus forte raison doivent-ils ressembler aux attributs de la sainteté, se parer l'un l'autre et être (Isaie 41,6) « chacun aide son prochain et dit à son frère : sois fort ». Pourquoi viens-tu nous discréditer, gâter et détruire ce que nous avons fait ? Quant au sens de perkous, il s'explique en arabe comme ornement et embellissement, comme il est dit : « ils ornaient leurs prémices et les paraient (perkessou) ». Le commentateur a écrit en arabe : perkous signifie l'embellissement, la parure et l'ornement, comme s'il disait « il les a parés » ; et de là on dit de celui qui rase qu'il « pare », car en enlevant les cheveux il obtient parure et ornement. Fin de citation.
יְהַב בֵּיהּ עֵינֵיהּ וְנָח נַפְשֵׁיהּ. הָא דְּעָנַשׁ אוֹתוֹ בְּמִיתָה וְלֹא עָנְשׁוֹ בְּצַעַר גּוּפוֹ בְּצָרַעַת וְכַיּוֹצֵא, כִּי כֵן הָיָה רָאוּי לְמוֹצִיא שֵׁם רַע לִלְקוֹת בְּצָרַעַת כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ בַּפָּסוּק (וַיִּקְרָא יד, ב) זֹאת תִּהְיֶה תּוֹרַת הַמְּצֹרָע? נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּמִדְרַשׁ וַיִּקְרָא (ויק"ר א,טו) כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁאֵין בּוֹ דַּעַת נְבֵלָה טוֹבָה הֵימֶנּוּ , וּמַקְשִׁים דְּאִם אֵין לוֹ דַּעַת אֵיךְ לָמַד תּוֹרָה וְנַעֲשָׂה תַּלְמִיד חָכָם? וּפֵירֵשׁ הָרַב מוהרי"ח זַ"ל עַל פִּי מ"ש בַּגְּמָרָא לְעֵיל עַל פָּסוּק (יְשַׁעְיָהוּ לג, ו) וְהָיָה אֱמוּנַת עִתֶּיךָ, וְכוּ' 'וְדַעַת' זֶה סֵדֶר טְהָרוֹת, וְיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ טֻומְאָה חֲמוּרָה מִטֻּומְאַת נְבֵלָה וְהִיא טֻומְאַת מֵת, וְאִם כֵּן אִם הוּא תַּלְמִיד חָכָם שֶׁיּוֹדֵעַ בַּחֲמִשָּׁה סִדְרֵי מִשְׁנָה וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ בְּסֵדֶר טְהָרוֹת הֲרֵי זוֹ נִקְרָא אֵין בּוֹ דַּעַת, כִּי 'דַּעַת' רְצוֹנוֹ לוֹמַר סֵדֶר טְהָרוֹת הַנִּקְרָא 'דַּעַת' וְאָז זֶה נְבֵילָה טוֹבָה הֵימֶנּוּ, יַעַן כִּי זֶה אֶפְשָׁר שֶׁיִּכָּשֵׁל בְּטֻומְאָה חֲמוּרָה שֶׁל מֵת וְאֵינוֹ מַרְגִּישׁ מֵחֲמַת שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ בְּהִלְכוֹת טֻומְאַת מֵת הַכְּתוּבָה בְּסֵדֶר טְהָרוֹת עַד כָּאן דְּבָרָיו. נִמְצָא מִי שֶׁלֹּא לָמַד סֵדֶר טְהָרוֹת נְבֵילָה טוֹבָה הֵימֶנּוּ, וְלָכֵן כָּאן ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי לֹא טָהַר אֶת הַמָּקוֹם הַהוּא אֶלָּא עַד שֶׁהֵעִיד אוֹתוֹ סָבָא עֵדוּת הֲנֵז' שֶׁבָּהּ יָצָא אוֹתוֹ מָקוֹם מֵחֶזְקַת בֵּית הַקְּבָרוֹת, וּלְכָךְ עַתָּה שֶׁאָמַר אוֹתוֹ סָבָא טָהַר בֶּן יוֹחַאי בֵּית הַקְּבָרוֹת נִמְצָא לֹא לָמַד זֶה סֵדֶר טְהָרוֹת וְלָכֵן לֹא יָדַע וְלֹא הֵבִין אֵיךְ לְפִי דְּבָרָיו יָצָא אוֹתוֹ מָקוֹם מֵחֶזְקַת בֵּית הַקְּבָרוֹת? וְכֵיוָן דְּלָא לָמַד סֵדֶר טְהָרוֹת אָז נְבֵילָה טוֹבָה הֵימֶנּוּ, לָכֵן קִייֵּם בּוֹ דִּבְרֵי הַמַּאֲמָר הַזֶּה שֶׁהֵמִית אוֹתוֹ, שֶׁאָז הוּא מְטַמֵּא טֻומְאַת מֵת דַּחֲמִירָא מִטֻּומְאַת נְבֵילָה, וּלְפִי הַנִּרְאֶה דְּר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי חָרָה אַפּוֹ עָלָיו עוֹד מִדָּבָר אַחֵר גַּם כֵּן, וְהוּא מ"ש קָצַץ 'בֶּן זַכַּאי' וְלֹא אָמַר 'רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי' דְּנִרְאֶה שֶׁהוּא מִתְכַּוֵּין לְזַלְזֵל בִּכְבוֹד חֲכָמִים הָרִאשׁוֹנִים גַּם כֵּן.
« Il posa sur lui son regard et il mourut. » Pourquoi l'a-t-il puni par la mort et non par une souffrance corporelle, la tsaraat ou autre, alors qu'il convient que celui qui répand une calomnie soit frappé de tsaraat, comme l'ont dit nos Maîtres sur le verset (Vayikra 14,2) « Telle sera la loi du metsora » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [l'expliquer] d'après ce que nos Maîtres ont dit dans le Midrach Vayikra (Vayikra Rabba 1,15) : tout talmid ''hakham qui n'a pas de daat (connaissance), une charogne vaut mieux que lui. On objecte : s'il n'a pas de daat, comment a-t-il étudie la Tora et est-il devenu talmid ''hakham ? Le Rav Maharikh l'a expliqué d'après ce qui est dit plus haut dans la Guemara sur le verset (Isaie 33,6) « Et ce sera la fidélité de tes temps », etc. : « daat », c'est l'ordre Taharot. Or il est connu qu'il existe une impureté plus grave que celle de la charogne : l'impureté du mort. Ainsi, un talmid ''hakham qui connaît les cinq ordres de la Michna sans connaître l'ordre Taharot est appelé « sans daat », car daat désigne l'ordre Taharot ; une charogne vaut alors mieux que lui, car il peut trébucher dans l'impureté grave du mort sans s'en rendre compte, ne connaissant pas les lois de l'impureté du mort écrites dans l'ordre Taharot. Fin de ses paroles. Il ressort que celui qui n'a pas étudié l'ordre Taharot, une charogne vaut mieux que lui. Or ici, Rabbi Chimon bar Yo'haï n'a purifié cet endroit qu'après que ce vieillard eut apporté ce témoignage, par lequel l'endroit sortait de la présomption de cimetière. Donc, lorsque ce vieillard dit « Ben Yo'haï a purifié un cimetière », il apparaissait qu'il n'avait pas étudié l'ordre Taharot ; c'est pourquoi il ne savait pas et ne comprenait pas comment, d'après ses propres paroles, cet endroit sortait de la présomption de cimetière. Puisqu'il n'avait pas étudié l'ordre Taharot, une charogne valait mieux que lui ; c'est pourquoi il accomplit en lui cette parole en le faisant mourir, car alors il rend impur de l'impureté du mort, plus grave que celle de la charogne. Il semble aussi que Rabbi Chimon bar Yo'haï se soit mis en colère contre lui pour une autre raison : il avait dit « ben Zakkai a coupé », et non « Rabban Yo'hanan ben Zakkai », ce qui montre qu'il entendait aussi déprécier l'honneur des premiers Sages.
נָתַן בּוֹ עֵינָיו וְעָשָׂהוּ גַּל שֶׁל עֲצָמוֹת. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י כְּמֵת שֶׁנִּרְקַב בְּשָׂרוֹ וְנָפַל מִזְּמַן הַרְבֵּה, יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לָזֶה עֲשָׂאוֹ כָּךְ וְלֹא הֵמִית אוֹתוֹ שֶׁנִּרְאֶה מֵת חָדָשׁ כְּמוֹ שֶׁעָשָׂה לְאוֹתוֹ סָבָא דְּאָמַר יְהַב בֵּיהּ עֵינֵיהּ וְנָח נַפְשֵׁיהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי הַסָּבָא דִּבֵּר עִמּוֹ אוֹתָם דְּבָרִים בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, אוֹ בְּתוֹךְ בָּתֵּי יִשְׂרָאֵל דְּאֵין לוֹ פַּחַד מֵעֲלִילָה, אַךְ לִיהוּדָה בֶּן גֵּרִים מָצְאוּ בַּשּׁוּק בְּמָקוֹם דִּמְצֻוִּים שָׁם גּוֹיִים, וְחָשׁ פֶּן יַעֲשׂוּ עֲלִילָה עָלָיו וְעַל יְהוּדִים שֶׁהָיוּ עוֹמְדִים סְמוּכִים אֵלָיו, לוֹמַר אַתֶּם הֲרַגְתֶּם אוֹתוֹ בִּבְעִיטַת רֶגֶל וְכַיּוֹצֵא, כֵּיוָן שֶׁמְּצָאָהוּ מֵת מֻושְׁלָךְ בֵּינוֹתָם, וְדַרְכָּם שֶׁל עַכּוּ"ם לְהִתְעוֹלֵל עֲלִילוֹת בְּרֶשַׁע עַל הַיְּהוּדִים, לְכָךְ עֲשָׂאוֹ גַּל שֶׁל עֲצָמוֹת שֶׁהוּא בְּעֵת שֶׁנִּרְקַב בְּשָׂרוֹ וְנָפַל מִזְּמַן רַב, דְּאָז לֹא יֵשׁ מָקוֹם בָּזֶה לְהִתְעוֹלֵל שֶׁעַתָּה הָרְגוּ אוֹתוֹ כֵּיוָן שֶׁהוּא גַּל שֶׁל עֲצָמוֹת וְאֵין שָׁם צוּרַת אָדָם, וְנִרְאֶה לְכָךְ הֻוצְרַךְ רַשִׁ"י לְפָרֵשׁ וְנָפַל מִזְּמַן הַרְבֵּה ודו"ק.
« Il posa sur lui son regard et en fit un tas d'ossements. » Rachi explique : comme un mort dont la chair a pourri et est tombée depuis longtemps. On peut demander pourquoi il l'a traité ainsi et ne l'a pas fait mourir de façon à paraître un mort récent, comme il fit pour ce vieillard, dont il est dit : « il posa sur lui son regard et il mourut ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le vieillard lui avait dit ces paroles au beit hamidrach ou dans les maisons juives, où il n'y avait pas à craindre d'accusation. Mais il trouva Yehouda fils de convertis au marché, lieu où se trouvent des non-Juifs, et il craignit qu'on ne porte une accusation contre lui et contre les Juifs qui se tenaient près de lui, en disant : Vous l'avez tué d'un coup de pied ou autre, puisqu'on le trouverait mort, gisant parmi eux ; et c'est l'habitude des idolâtres de monter méchamment des accusations contre les Juifs. C'est pourquoi il en fit un tas d'ossements, comme lorsque la chair a pourri et est tombée depuis longtemps : il n'y a alors aucune place pour accuser qu'on l'ait tué maintenant, puisque c'est un tas d'ossements sans forme humaine. Il semble que c'est pour cela que Rachi a dû expliquer « tombée depuis longtemps ». Examine bien.
💡 Explication

Le vieillard raille la décision : il présente la purification comme si Rabbi Chimon avait déclaré pur un véritable cimetière. Rabbi Chimon lui reproche d'avoir été présent et compté parmi ceux qui ont décidé (Rachi : il a adhéré à l'avis). Contester ensuite en public fait croire que les Sages ne se soutiennent pas entre eux.

Le raisonnement est un kal va-'homer : si même des prostituées s'aident à se parer, à plus forte raison les talmidei 'hakhamim doivent-ils se soutenir. Yehouda fils de convertis est celui dont les propos avaient causé la fuite de Rabbi Chimon dans la grotte (33b).

3
מַתְנִי׳ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים צָרִיךְ אָדָם לוֹמַר בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁכָה: עִשַּׂרְתֶּם? עֵרַבְתֶּם? — הַדְלִיקוּ אֶת הַנֵּר. סָפֵק חֲשֵׁכָה סָפֵק אֵינוֹ חֲשֵׁכָה — אֵין מְעַשְּׂרִין אֶת הַוַּדַּאי, וְאֵין מַטְבִּילִין אֶת הַכֵּלִים, וְאֵין מַדְלִיקִין אֶת הַנֵּרוֹת. אֲבָל מְעַשְּׂרִין אֶת הַדְּמַאי, וּמְעָרְבִין, וְטוֹמְנִין אֶת הַחַמִּין.

MICHNA. Trois choses un homme doit dire dans sa maison la veille de Chabbat, à la tombée de la nuit : Avez-vous prélevé la dîme ?

Avez-vous fait l'erouv ? Allumez la lampe !

Au doute s'il fait nuit ou s'il ne fait pas nuit, on ne prélève pas la dîme sur le [produit] certain (vadai), on n'immerge pas les ustensiles et on n'allume pas les lampes ; mais on prélève la dîme sur le demai, on fait l'erouv et on recouvre les [plats] chauds.

📜 Rachi (9)
מַתְנֵי' עִם חֲשֵׁכָה שֶׁאִם יְמַהֵר לְהַזְכִּירָם מִבְּעוֹד יוֹם יִפְשְׁעוּ וְיֹאמְרוּ עֲדַיִין יֵשׁ שְׁהוּת:
S'il se hâte de les rappeler quand il fait encore bien jour, ils seront négligents et diront : il reste encore du temps.
עִשַּׂרְתֶּם פֵּירוֹת הָאִילָן לִסְעוּדַת שַׁבָּת שֶׁאַף אֲכִילַת עֲרַאי שֶׁל שַׁבָּת קוֹבַעַת לְמַעֲשֵׂר כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף לד:) דְּשַׁבָּת עֹונֶג אִיקְּרִי מִכָּל שֶׁהוּא הָוֵי עֹונֶג:
Les fruits de l'arbre pour le repas de Chabbat, car même une consommation occasionnelle à Chabbat rend [le produit] soumis à la dîme, comme nous le disons dans le traité Beitsa (34b) : Chabbat est appelé délice, et la moindre chose est un délice.
עֵרַבְתֶּם עֵרוּבֵי תְּחוּמִין וַחֲצֵירוֹת וְהָנֵי תְּרֵי שָׁייְכִי לְמֵימְרִינְהוּ בִּלְשׁוֹן שְׁאֵלָה דְּשֶׁמָּא כְּבָר עָשׂוּ אֲבָל בְּנֵר לֹא שַׁיָּיךְ הַדְלָקָתָם דְּדָבָר הַנִּרְאֶה לָעַיִן הוּא:
Les erouvei te'houmin et 'hatserot. Pour ces deux-là, il convient de les dire sous forme de question, car peut-être les a-t-on déjà faits ; mais pour la lampe, « l'avez-vous allumée ? » ne convient pas, car c'est une chose visible à l'œil.
סָפֵק חֲשֵׁכָה כְּגוֹן בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אֵין מְעַשְּׂרִין אֶת הַוַּדַּאי דְּתִיקּוּן מְעַלְּיָא הוּא אע"ג דִּשְׁבוּת בְּעָלְמָא הִיא קָסָבַר גָּזְרוּ עַל הַשְּׁבוּת אַף עַל בהש"מ:
Par exemple à bein hachmachot. On ne prélève pas la dîme sur le produit certain, car c'est un tikoun important ; bien que ce ne soit qu'un simple chevout (interdit rabbinique), [le Tana] pense qu'on a décrété sur le chevout même à bein hachmachot.
וְאֵין מַטְבִּילִין אֶת הַכֵּלִים דְּהָוֵי נָמֵי שְׁבוּת כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף יח.) דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן כְּלִי:
Car c'est aussi un chevout, comme nous le disons dans le traité Beitsa (18a) : cela ressemble à réparer un ustensile.
וְאֵין מַדְלִיקִין אֶת הַנֵּרוֹת כ"ש דִּסְפֵיקָא דְּאוֹרָייְתָא הִיא וְזוֹ וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר זוֹ קָתָנֵי:
À plus forte raison, car c'est un doute d'interdit de la Tora ; [la michna] enseigne « ceci, et inutile de dire cela ».
אֲבָל מְעַשְּׂרִין אֶת הַדְּמַאי דְּלָא דָּמֵי לְמַתְּקָן דְּרֹוב ע"ה מְעַשְּׂרִין הֵן:
Car cela ne ressemble pas à réparer, puisque la plupart des amei haarets prélèvent la dîme.
וּמְעָרְבִין עֵירוּב וּבַגְּמָרָא פָּרִיךְ הָא תְּנַן לְעֵיל עִם חֲשֵׁכָה עֵרַבְתֶּם מִקַּמֵּי דְּלֶיהֱוֵי סָפֵק:
L'erouv ; et dans la Guemara on objecte : nous avons appris plus haut « à la tombée de la nuit : avez-vous fait l'erouv ? », avant qu'il n'y ait doute !
וְטוֹמְנִין אֶת הַחַמִּין נוֹתְנָן בְּקֻופָּה שֶׁל מוֹכִין לִהְיוֹת חֻומָּם מִשְׁתַּמֵּר בָּהֶן אֲבָל מִשֶּׁחֲשֵׁכָה וַדַּאי אֵין טוֹמְנִין בָּהֶן כְּדִמְפָרֵשׁ בגמ':
On les place dans une caisse de déchets de laine pour que leur chaleur s'y conserve ; mais une fois qu'il fait certainement nuit, on ne recouvre pas, comme l'explique la Guemara.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים צָרִיךְ אָדָם לוֹמַר בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁכָה וְכוּ' מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, [אֲמַר קְרָא]: (אִיּוֹב ה, כד) "וְיָדַעְתָּ כִּי שָׁלוֹם אָהֳלֶךָ, וּפָקַדְתָּ נָוְךָ, וְלֹא תֶּחֱטָא". נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁפָּסוּק זֶה הֵבִיא עַל עִנְיַן הַנֵּר דַּוְקָא, דְּבַמִּשְׁנָה אָמַר עִשַּׂרְתֶּם? עֵרַבְתֶּם? בִּלְשׁוֹן שְׁאֵלָה, אַךְ הַדְלִיקוּ אֶת הַנֵּר! בִּלְשׁוֹן צִיוּוּי, וְהַטַּעַם מְפֹורָשׁ בְּרַשִׁ"י זַ"ל (דְּשֶׁמָּא כְּבָר עָשׂוּ אֲבָל בַּנֵּר לֹא שַׁייָּךְ הַדְלָקָתָם דְּדָבָר הַנִּרְאֶה לָעַיִן הוּא), וְעַל זֶה בָּא הַכָּתוּב לוֹמַר וְיָדַעְתָּ כִּי שָׁלוֹם אָהֳלֶךָ, 'שָׁלוֹם' זֶה הַנֵּר שֶׁל שַׁבָּת, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר עַל פָּסוּק (אֵיכָה ג, יז) וַתִּזְנַח מִשָּׁלוֹם, וְתֵיבַת 'כִּי' רְצוֹנוֹ לוֹמַר 'אִם' וְזֶה שֶׁאָמַר וְיָדַעְתָּ 'אִם' שָׁלוֹם אֲהַלֵּךְ כִּי בְּנֵר אַתָּה תּוּכַל לֵידַע אִם הִדְלִיקוּ אִם לָאו, עַל כֵּן לָא שָׁייְכָה בּוֹ שְׁאֵלָה, אֶלָּא וּפָקַדְתָּ נָוְךָ שֶׁתְּדַבֵּר בּוֹ בִּלְשׁוֹן צִיוּוּי וּפְקִידָה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר צִיוּוּי אַךְ תַּזְהִיר שֶׁלֹּא תֶּחֱטָא בְּצִיוּוּי זֶה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר תֹּאמַר דְּבָרִים בְּנִיחוּתָא כְּדֵי שֶׁיִּתְקַבְּלוּ וְלֹא תֶּחֱטָא לִגְרֹום לָהֶם לְחַלֵּל הַשַּׁבָּת, שֶׁאִם תְּדַבֵּר קָשֶׁה אַתָּה גּוֹרֵם שֶׁיְּחַלְּלוּ שַׁבָּת לְהַדְלִיק אַחַר חֲשֵׁיכָה מֵחֲמַת פַּחְדָּם מִמְּךָ. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי וְלֹא תֶּחֱטָא לְשׁוֹן חִסָּרוֹן, שֶׁלֹּא תִּהְיֶה אַתָּה חָסֵר מִן הַמִּצְוָה הַזֹּאת דְּאַף עַל פִּי שֶׁהָאִשָּׁה מַדְלֶקֶת חַיָּיב הָאִישׁ לְסַייֵּעַ בַּעֲרִיכַת הַנֵּר, שֶׁיָּכִין הַנֵּר בְּשֶׁמֶן וּפְתִילָה. וּבָזֶה יוּבָן לְשׁוֹן הַמִּשְׁנָה הַדְלִיקוּ אֶת ה נֵר בְּהֵ"א הַיְּדִיעָה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר נֵר הַיָּדוּעַ שֶׁכְּבָר הֲכִינוֹתִי אוֹתוֹ וַעֲרַכְתִּיו שֶׁהוּא מוּכָן וּמְזֻומָּן לִפְנֵיכֶם.
« Trois choses un homme doit dire dans sa maison la veille de Chabbat à la tombée de la nuit », etc. D'où le sait-on ? Rabbi Yehochoua ben Levi dit : [le verset dit] (Job 5,24) « Et tu sauras que ta tente est en paix, tu visiteras ta demeure et tu ne fauteras pas ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce verset a été apporté spécialement au sujet de la lampe. Dans la michna, il est dit « Avez-vous prélevé la dîme ? Avez-vous fait l'erouv ? » sous forme de question, mais « Allumez la lampe ! » sous forme d'ordre ; la raison est expliquée par Rachi : peut-être l'ont-ils déjà fait, mais pour la lampe « l'avez-vous allumée ? » ne convient pas, car c'est une chose visible à l'œil. À ce sujet le verset vient dire : « Et tu sauras que ta tente est en paix » ; « paix », c'est la lampe de Chabbat, comme il est dit sur le verset (Eikha 3,17) « Tu as éloigné mon âme de la paix ». Le mot ki signifie ici « si » : « tu sauras si ta tente est en paix », car pour la lampe tu peux savoir si on l'a allumée ou non ; c'est pourquoi une question ne convient pas. Mais « tu visiteras ta demeure » : tu en parleras sous forme d'ordre et de commandement. C'est-à-dire : c'est un ordre, mais prends garde à ne pas fauter par cet ordre ; dis les choses avec douceur pour qu'elles soient acceptées, et ne faute pas en les amenant à profaner Chabbat, car si tu parles durement, tu les amènes à profaner Chabbat en allumant après la tombée de la nuit, par peur de toi. Ou bien il me semble que « tu ne fauteras pas » à le sens de manque : que tu ne sois pas privé de cette mitsva, car bien que ce soit la femme qui allume, l'homme doit aider à préparer la lampe, en la garnissant d'huile et de mèche. Par là on comprend l'expression de la michna « allumez la lampe », avec l'article : la lampe connue, que j'ai déjà préparée et disposée, et qui est prête devant vous.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבָּה מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ אֵין טוֹמְנִין אֲפִילּוּ בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף הֶבֶל מִשֶּׁחָשֵׁיכָה גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַרְתִּיחַ. א"ל אַבָּיֵי אִי הָכִי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת נָמֵי נִגְזוֹר א"ל סְתָם קְדֵירוֹת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת רוֹתְחוֹת. וְאָמַר רַבָּה מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ אֵין טוֹמְנִין בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל וַאֲפִילּוּ מִבְּעוֹד יוֹם גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַטְמִין בְּרֶמֶץ. א"ל אַבָּיֵי וְיַטְמִין גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְחַתֶּה בַּגֶּחָלִים. זוֹ הִיא גִּירְסַת רַשִׁ"י וְעִיקָּר. וְרַב אִלְפָּס זַ"ל גּוֹרֵס בְּעִנְיָן אַחֵר וְאֵינוֹ עִיקָּר. ת"ר בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מִן הַיּוֹם וּמִן הַלַּיְלָה סָפֵק כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם סָפֵק כֻּולּוֹ מִן הַלַּיְלָה. וְאֵיזֶהוּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה כָּל זְמַן שֶׁפְּנֵי מִזְרָח מַאֲדִימִין. הִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן וְלֹא הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן וְהִשְׁוָה לַתַּחְתּוֹן לַיְלָה דִּבְרֵי ר' יְהוּדָה. ר' נְחֶמְיָה אָמַר כְּדֵי שֶׁיְּהַלֵּךְ אָדָם מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה חֲצִי מִיל. ר' יוֹסֵי אוֹמֵר בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כְּהֶרֶף עַיִן זֶה נִכְנָס וְזֶה יוֹצֵא. הָא גוּפָא קַשְׁיָא אֲמַרְתְּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה כָּל זְמַן שֶׁפְּנֵי מִזְרָח מַאֲדִימִין הָא הִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן וְלֹא הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן לַיְלָה. וַהֲדַר תָּנֵי הִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן וְלֹא הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אָמַר רַבָּה אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל כְּרֹוךְ וּתְנִי אֵיזֶהוּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה כָּל זְמַן שֶׁפְּנֵי מִזְרָח מַאֲדִימִין. הִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן וְלֹא הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן נָמֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן וְהִשְׁוָה לַתַּחְתּוֹן לַיְלָה. וְרַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הָכִי קָתָנֵי מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה כָּל זְמַן שֶׁפְּנֵי מִזְרָח מַאֲדִימִין יוֹם הִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן וְלֹא הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן בה"ש הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן וְהִשְׁוָה לַתַּחְתּוֹן לַיְלָה. וְאָזְדוּ לְטַעְמַיְיהוּ דְּאִיתְּמַר שִׁיעוּר בה"ש בְּכַמָּה. אָמַר רַבָּה א"ר יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל תְּלָתָא רִיבְעֵי מִילֵּא. וְרַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל שְׁנֵי חֶלְקֵי מִיל פֵּירוּשׁ תְּרֵי תִּילְתִּי מִילֵּא. וְאִיכָּא בֵּינַייְהוּ פַּלְּגָא דַּנְקָא. וְלָא אִיתְבָּרֵר לָן כְּמַאן הִלְכְתָא וְעָבְדִינַן לְחוּמְרָא דְּאִיסּוּרָא הוּא וּסְפֵק אִיסּוּרָא לְחוּמְרָא. וְעוֹד דְּסֻוגְיָא בְּכוּלֵּי הַשַּׁ"ס כָּל הֵיכָא דִּפְלִיגִי רַבָּה וְרַב יוֹסֵף הִלְכְתָא כְּרַבָּה בַּר מִשָּׂדֶה עִנְיָן וּמֶחֱצָה. וְכָתַב ה"ר יוֹנָה זַ"ל דְּזוֹ אֵינָהּ רְאָיָה דְּהָא דקי"ל הֲלָכָה כְּרַבָּה הַיְינוּ הֵיכָא דִּפְלִיגִי בִּסְבָרוֹת דְּנַפְשַׁייְהוּ מִשּׁוּם דְּאָמְרִי' בְּהוֹרָיוֹת דַּף יד. דְּרַב יוֹסֵף סִינַי וְרַבָּה עוֹקֵר הָרִים. אֲבָל הָכָא מִפִּי הַשְּׁמוּעָה הֵם חֲלוּקִים וְתַרְוַוייְהוּ אָמְרוּ מִפִּי רַב יְהוּדָה. אֶלָּא עָבְדִינַן לְחוּמְרָא. לְעִנְיַן שַׁבָּת עָבְדִינַן כְּרַבָּה דְּמִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה לָא מִדְּלִיקִינַן שְׁרָגָא. וּלְעִנְיַן יָחִיד שֶׁקִּבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלּוֹ מֻותָּר וְלָא הָוֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת עַד הִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן כְּרַב יוֹסֵף. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה א"ר יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' יְהוּדָה לְעִנְיַן שַׁבָּת וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי לְעִנְיַן תְּרוּמָה. בִּשְׁלָמָא הֲלָכָה כַּר' יְהוּדָה לְעִנְיַן שַׁבָּת לְחֻומְרָא. אֶלָּא הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי לְעִנְיַן תְּרוּמָה לְמַאי הִלְכְתָא. אִילֵּימָא לִטְבִילָה סְפֵיקָא הוּא אֶלָּא לַאֲכִילַת תְּרוּמָה דְּלָא אָכְלִי כֹּהֲנִים תְּרוּמָה עַד דְּשָׁלֵים בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּרַבִּי יוֹסֵי וְהוּא בָּתַר דִּשְׁלִים בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דָּר' יְהוּדָה דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּר' יְהוּדָה כֹּהֲנִים טוֹבְלִין דְּכוּלֵּיהּ חֲשִׁיב יוֹם לְר' יוֹסֵי וּבָתַר דְּשָׁלֵים בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּרַבִּי יְהוּדָה מַתְחֵיל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּרַבִּי יוֹסֵי. וּמִיהוּ צָרִיךְ לְדַקְדֵּק אִם הוּא סָמוּךְ לוֹ מַמָּשׁ מִיָּד אַחַר יְצִיאַת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹ מֻופְלָג מִמֶּנּוּ הַרְבֵּה דְּסָמוּךְ לוֹ מַמָּשׁ אִי אֶפְשָׁר דְּא"כ אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְמִיפְסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי לְעִנְיַן אֲכִילַת תְּרוּמָה בִּשְׁבִיל הֶרֶף עַיִן. וְגַם מֻופְלָג מִמֶּנּוּ הַרְבֵּה אִי אֶפְשָׁר דא"כ הָא דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּרַבִּי יְהוּדָה לְרַבִּי יוֹסֵי כֹּהֲנִים טוֹבְלִין בּוֹ אַפֵּי' בָּתַר דִּשְׁלִים בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּר' יְהוּדָה נָמֵי כֹּהֲנִים טוֹבְלִין בּוֹ. הִלְכָּךְ נִרְאֶה דִּמְסַפְּקָא לְהוּ לְאָמוֹרָאֵי אִם הוּא סָמוּךְ לוֹ מִיָּד אוֹ מֻופְלָג מִמֶּנּוּ הַרְבֵּה דִּלְכָךְ הֻוצְרַךְ לִפְסֹוק רַבִּי יוֹחָנָן דְּלָא אָכְלִי כֹּהֲנִים תְּרוּמָה עַד דְּשָׁלֵים בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּרַבִּי יוֹסֵי דְּשֶׁמָּא מֻופְלָג מִמֶּנּוּ הַרְבֵּה. וּשְׁמוּאֵל קָאָמַר דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת דָּר' יְהוּדָה לְרַבִּי יוֹסֵי כֹּהֲנִים טוֹבְלִין בּוֹ אֲבָל בָּתַר בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּרַבִּי יְהוּדָה לֹא דְּשֶׁמָּא סָמוּךְ לוֹ מַמָּשׁ אִי נָמֵי יוֹדְעִין הָיוּ כַּמָּה הוּא מֻופְלָג מִבֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּר' יְהוּדָה וְהַאי דְּלָא אָמַר שֶׁטּוֹבְלִין לְרַבִּי יוֹסֵי בָּתַר דְּשָׁלֵים בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּרַבִּי יְהוּדָה לְפִי שֶׁאֵין שִׁיעוּר טְבִילָה בֵּינֵיהֶם. וּלְהַךְ טַעְמָא אִיכָּא לְמֵיקַם אַשִּׁיעוּר דְּרַבִּי יוֹסֵי דְּשִׁיעוּר טְבִילָה הָוֵי נ' אַמָּה כְּדִתְנַן זָבִים פ"א מ"ה רָאָה אַחַת אֲרֻוכָּה כְּשָׁלֹשׁ כְּמִגַּדְיוֹן לְשִׁילּוּחַ שֶׁהִיא כְּדֵי שְׁתֵּי טְבִילוֹת וּשְׁתֵּי סִיפּוּגִים הֲרֵי זֶה זָב גָּמוּר וְתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת זָבִין מָשָׁל למה"ד לְחֶבֶל שֶׁל מֵאָה אַמָּה רָאָה בִּתְחִלַּת מֵאָה וּבְסוֹף חֲמִשִּׁים וּבְסוֹף מֵאָה הֲרֵי זֶה זָב גָּמוּר. נִמְצָא מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה מַהֲלַךְ אֶלֶף וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת ומ"ט אַמּוֹת מֻותָּר לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה בְּמוֹצַ"שׁ. וּלְאִידָךְ טַעְמָא לָא יָדַעְנָא כַּמָּה מֻופְלָג מִמֶּנּוּ. וּמִסְתַּבְּרָא כְּאִידָךְ טַעְמָא דְּאִית לָן לְקָרוֹבִינְהוּ כַּמָּה שֶׁנּוּכַל רַק שֶׁיִּתְייַשְּׁבוּ הַשְּׁמוּעוֹת: א"ר יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל כּוֹכָב אֶחָד יוֹם. שְׁנַיִם בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. שְׁלֹשָׁה לַיְלָה. א"ר יוֹסֵי בַּר אָבִין לֹא כּוֹכָבִים גְּדוֹלִים הַנִּרְאִים בַּיּוֹם וְלֹא כּוֹכָבִים קְטַנִּים שֶׁאֵין נִרְאִין אֶלָּא בַּלַּיְלָה אֶלָּא בֵּינוֹנִים. אֲמַר לְהוּ רָבָא לַאֲרִיסֵיְיה אַתּוּן דְּלָא קִים לְכוּ בְּשִׁיעוּרָא דְרַבָּנַן אַדְּאִיכָּא שִׁימְשָׁא אַרֵישָׁא דְּדִיקְלָא אַדְלִיקוּ שְׁרָגָא. בְּיוֹם הַמְעֻונָּן בְּמָתָא חָזֵי תַּרְנְגוֹלִים. בְּדַבְרָא חָזוּ עוֹרְבֵי. אִי נָמֵי אַדָּאֳנִי:
Rabba dit : Pourquoi a-t-on dit qu'on ne recouvre pas, même dans une matière qui n'ajoute pas de chaleur, une fois la nuit tombée ? C'est un décret, de crainte qu'il ne fasse bouillir. Abaye lui dit : S'il en est ainsi, décrétons aussi pour bein hachmachot ! Il lui dit : D'ordinaire les marmites, à bein hachmachot, sont bouillantes. Et Rabba dit : Pourquoi a-t-on dit qu'on ne recouvre pas dans une matière qui ajoute de la chaleur, même de jour ? C'est un décret, de crainte qu'il ne recouvre dans la cendre chaude (remetz). Abaye lui dit : Qu'il recouvre ! [C'est] un décret, de crainte qu'il ne remue les braises. Telle est la version de Rachi, et c'est la principale ; Rav Alfas (le Rif) a une autre version, qui n'est pas la principale. Nos Maîtres ont enseigné : Bein hachmachot, il est douteux s'il fait partie du jour et de la nuit, douteux s'il est tout entier du jour, douteux s'il est tout entier de la nuit. Qu'est-ce que bein hachmachot ? Depuis le coucher du soleil, tant que la face de l'orient est rouge. Si la partie basse [du ciel] a pâli et non la partie haute, c'est bein hachmachot ; si la partie haute a pâli et est devenue égale à la basse, c'est la nuit. Paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Né'hemia dit : le temps qu'un homme marche un demi-mil après le coucher du soleil. Rabbi Yossi dit : bein hachmachot dure un clin d'œil ; celui-ci entre et celui-là sort. Ce texte lui-même est difficile : tu as dit « Qu'est-ce que bein hachmachot ? Depuis le coucher du soleil tant que la face de l'orient est rouge » ; il s'ensuit que si le bas a pâli et non le haut, c'est la nuit ; puis il enseigne : si le bas a pâli et non le haut, c'est bein hachmachot ! Rabba dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : Relie et enseigne ainsi : Qu'est-ce que bein hachmachot ? Depuis le coucher du soleil, tant que la face de l'orient est rouge ; si le bas a pâli et non le haut, c'est aussi bein hachmachot ; si le haut a pâli et est devenu égal au bas, c'est la nuit. Et Rav Yossef dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : Voici ce qu'il enseigne : depuis le coucher du soleil, tant que la face de l'orient est rouge, c'est le jour ; si le bas a pâli et non le haut, c'est bein hachmachot ; si le haut a pâli et est devenu égal au bas, c'est la nuit. Et ils suivent chacun leur raisonnement, car il a été dit : Combien dure bein hachmachot ? Rabba dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : trois quarts de mil. Et Rav Yossef dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : deux parts de mil, c'est-à-dire deux tiers de mil. Entre eux il y a un demi-danka. Il ne nous a pas été clarifié selon qui est la halakha, et nous agissons avec rigueur, car il s'agit d'un interdit, et dans le doute sur un interdit on va à la rigueur. De plus, la règle dans tout le Chass est que partout où Rabba et Rav Yossef divergent, la halakha suit Rabba, sauf en trois cas : sade, inyan et me'hatsa. Rabbenou Yona a écrit que ce n'est pas une preuve : la règle selon laquelle la halakha suit Rabba s'applique là où ils divergent dans leurs propres raisonnements, car nous disons dans Horayot (14a) que Rav Yossef est « Sinaï » et Rabba « déracineur de montagnes » ; mais ici ils divergent sur une tradition reçue, et tous deux la rapportent au nom de Rav Yehouda. On agit donc avec rigueur : pour Chabbat, on suit Rabba, et dès le coucher du soleil on n'allume plus de lampe ; et pour un particulier qui a pris sur lui un jeûne, son bein hachmachot est permis, et ce n'est pas bein hachmachot tant que le bas n'a pas pâli, selon Rav Yossef. Rabba bar bar 'Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Yehouda pour Chabbat, et Rabbi Yossi pour la terouma. Que la halakha suive Rabbi Yehouda pour Chabbat, on le comprend : c'est une rigueur. Mais la halakha suit Rabbi Yossi pour la terouma, à quelle fin ? Si c'est pour l'immersion, c'est un doute ! C'est donc pour la consommation de la terouma : les cohanim ne mangent pas de terouma avant que soit achevé le bein hachmachot de Rabbi Yossi, lequel vient après que s'achève celui de Rabbi Yehouda ; car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : pendant le bein hachmachot de Rabbi Yehouda, les cohanim s'immergent, car pour Rabbi Yossi il est tout entier considéré comme jour ; et après que s'achève le bein hachmachot de Rabbi Yehouda commence celui de Rabbi Yossi. Il faut cependant préciser s'il le suit immédiatement, dès la sortie du bein hachmachot de Rabbi Yehouda, ou s'il en est bien éloigné. Immédiatement, c'est impossible : sinon, pourquoi fallait-il trancher la halakha comme Rabbi Yossi pour la consommation de terouma, pour un clin d'œil ? Bien éloigné, c'est aussi impossible : sinon, là où Rav Yehouda dit au nom de Chmouel que pendant le bein hachmachot de Rabbi Yehouda, selon Rabbi Yossi, les cohanim s'immergent, même après la fin du bein hachmachot de Rabbi Yehouda les cohanim pourraient s'immerger. Il semble donc que les Amoraim étaient dans le doute : le suit-il immédiatement ou en est-il bien éloigné ? C'est pourquoi Rabbi Yo'hanan a dû trancher que les cohanim ne mangent pas de terouma avant la fin du bein hachmachot de Rabbi Yossi, car il se peut qu'il en soit bien éloigné. Et Chmouel dit que pendant le bein hachmachot de Rabbi Yehouda, selon Rabbi Yossi, les cohanim s'immergent, mais pas après le bein hachmachot de Rabbi Yehouda, car il se peut qu'il le suive immédiatement. Ou bien : ils savaient de combien il était éloigné du bein hachmachot de Rabbi Yehouda, et s'il n'a pas dit qu'on s'immerge selon Rabbi Yossi après la fin du bein hachmachot de Rabbi Yehouda, c'est qu'il n'y a pas entre eux la durée d'une immersion. Selon cette raison, on peut établir la mesure de Rabbi Yossi, car la mesure d'une immersion est de cinquante coudées, comme nous l'avons appris (Zavim 1,5) : s'il a vu un écoulement long comme [le trajet] de Gad Yavan à Chiloa'h, qui correspond à deux immersions et deux séchages, c'est un zav complet ; et il est enseigné dans la Tossefta au début de Zavim : à quoi cela ressemble-t-il ? À une corde de cent coudées : il a vu au début de la centaine, à la fin des cinquante et à la fin des cent, c'est un zav complet. Il ressort qu'après le coucher du soleil, le temps de marcher mille cinq cent quarante-neuf coudées, il est permis de faire un travail à la sortie de Chabbat. Selon l'autre raison, je ne sais pas de combien il en est éloigné. Il est plus logique de suivre l'autre raison, car nous devons les rapprocher autant que possible, pourvu que les enseignements se concilient. Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : une étoile, c'est le jour ; deux, bein hachmachot ; trois, la nuit. Rabbi Yossi bar Avin dit : ni les grandes étoiles, visibles de jour, ni les petites, visibles seulement la nuit, mais les moyennes. Rava dit à ses métayers : Vous qui ne connaissez pas bien la mesure des Sages, tant que le soleil est au sommet des palmiers, allumez la lampe. Par jour nuageux, en ville, regardez les coqs ; aux champs, regardez les corbeaux ; ou bien la plante adanei.
💡 Explication

Dernière michna du chapitre. Le chef de famille doit vérifier trois points avant Chabbat : la dîme (maasser) des fruits destinés au repas, l'erouv, et l'allumage de la lampe. Rachi : les deux premiers se disent sous forme de question, car on les a peut-être déjà faits ; la lampe est visible, on donne donc un ordre.

Ensuite la michna classe les actes au moment douteux (bein hachmachot). Les actes qui constituent un vrai tikoun (dîme sur le produit certain, immersion des ustensiles) et l'allumage, interdit de la Tora en cas de nuit, sont interdits. Restent permis : la dîme sur le demai (la plupart des amei haarets prélèvent déjà), l'erouv, et la hatmana (conserver la chaleur d'un plat).

🖼️ Schéma
Veille de Chabbat : ce qui reste permis selon le moment Jour (avant) Bein hachmachot doute : jour ou nuit ? Nuit (Chabbat) Groupe A (tikoun important) - dîme sur le produit certain - immersion des ustensiles - allumage des lampes PERMIS INTERDIT INTERDIT Groupe B (moins grave) - dîme sur le demai - erouv (de 'hatserot selon Rav) - hatmana sans ajout de chaleur PERMIS PERMIS INTERDIT Les trois questions se disent à la fin du jour (à la tombée de la nuit), quand il reste du temps pour agir.
Groupe A : interdit dès bein hachmachot. Groupe B : permis jusqu'à la nuit certaine.
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גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אֲמַר קְרָא: ״וְיָדַעְתָּ כִּי שָׁלוֹם אָהֳלֶךָ וּפָקַדְתָּ נָוְךָ וְלֹא תֶחֱטָא״. אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: אַף עַל גַּב דַּאֲמוּר רַבָּנַן שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים צָרִיךְ אָדָם לוֹמַר וְכוּ׳ — צָרִיךְ לְמֵימְרִינְהוּ בְּנִיחוּתָא, כִּי הֵיכִי דְּלִיקַבְּלִינְהוּ מִינֵּיהּ. אָמַר רַב אַשִּׁי: אֲנָא לָא שְׁמִיעַ לִי הָא דְּרַבָּה בַּר רַב הוּנָא, וְקִיַּימְתָּהּ מִסְּבָרָא.

GUEMARA. D'où tenons-nous cela ?

Rabbi Yehochoua ben Levi dit : le verset dit (Job 5,24) : « Et tu sauras que ta tente est en paix, tu visiteras ta demeure et tu ne fauteras pas. » Rabba bar Rav Houna dit : Bien que les Sages aient dit : trois choses un homme doit dire, etc., il doit les dire avec douceur, pour qu'on les accepte de lui. Rav Achi dit : Moi, je n'avais pas entendu cela de Rabba bar Rav Houna, et je l'ai accompli par raisonnement.

🪔 Ben Yehoyada (2)
אַף עַל גַּב דַּאֲמוּר רַבָּנַן: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים צָרִיךְ אָדָם לוֹמַר וְכוּ', צָרִיךְ לְמֵימְרִינְהוּ בְּנִיחוּתָא, כִּי הֵיכִי דְּלִיקַבְּלִינְהוּ מִינֵּיהּ. מַקְשִׁים לָשׁוֹן אַף עַל גַּב, מַשְׁמַע דְּאִיכָּא לְמֵידַק מִן הַמִּשְׁנָה לְהֵפֶךְ שֶׁלֹּא לוֹמַר בְּנִיחוּתָא וּמַאי הִיא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיכָּא לְמֵידַק לָמָּה נָקֵיט 'שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים' וְהָכֵי הֲוָה לֵיהּ לְמֵמַר צָרִיךְ אָדָם לוֹמַר בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁכָה עִשַּׂרְתֶּם וְכוּ' עַל כֵּן יֵשׁ לוֹמַר נָקֵיט 'שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים' לְלַמְּדֵנוּ שֶׁצָּרִיךְ לְאוֹמְרָם בְּקֹושִׁי, דְּיָדוּעַ דִּבּוּר קָשֶׁה, אֲמִירָה רַכָּה, דִּבּוּר בְּהַכְרָזָה, אֲמִירָה בִּלְחִישׁוּ, לְכָךְ אָמַר אַף עַל גַּב דַּאֲמוּר רַבָּנַן וְכוּ' דְּאִיכָּא לְמֵידַק לְאוֹמְרָם בְּקֹושִׁי וְהַכְרָזָה, עִם כָּל זֶה הָאֱמֶת הוּא שֶׁצָּרִיךְ לְאוֹמְרָם בְּנִיחוּתָא כִּי הֵיכִי דְּלִיקַבְּלִינְהוּ מִינֵּיהּ , וִיתּוּר לָשׁוֹן 'שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים' בָּא לְלַמְּדֵנוּ דָּבָר אַחֵר וְלָא לְמֵידַק לְהָא. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד הָכִי קָאָמַר אַף עַל גַּב דַּאֲמוּר בַּמִּשְׁנָה לְשׁוֹן 'צָרִיךְ' דְּמַשְׁמַע דְּבַר חוֹבָה, וּבְוַדַּאי כָּל דְּבַר חוֹבָה צָרִיךְ לְאוֹמְרוֹ בְּדִבְרֵי קֹושִׁי, עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ זְרוֹק מָרָה בְּתַלְמִידִים (כְּתֻובּוֹת קג:), עִם כָּל זֶה הָכָא יֹאמַר בְּנִיחוּתָא.
« Bien que les Sages aient dit : trois choses un homme doit dire, etc., il doit les dire avec douceur, pour qu'on les accepte de lui. » On s'interroge sur l'expression « bien que » : elle implique qu'on pourrait déduire de la michna le contraire, ne pas les dire avec douceur ; qu'est-ce donc ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut se demander pourquoi [le Tana] a pris l'expression « trois choses » (devarim) ; il aurait dû dire : un homme doit dire dans sa maison la veille de Chabbat à la tombée de la nuit : avez-vous prélevé la dîme ?, etc. On peut donc dire qu'il a employé « trois choses » pour nous apprendre qu'il faut les dire durement, car il est connu que dibour est une parole dure et amira une parole douce, dibour par proclamation et amira à voix basse. C'est pourquoi il dit « bien que les Sages aient dit », etc. : on pourrait en déduire qu'il faut les dire durement et par proclamation ; malgré cela, la vérité est qu'il faut les dire avec douceur pour qu'on les accepte de lui, et l'expression superflue « trois choses » vient nous apprendre autre chose et non ceci. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il dit ceci : bien que la michna emploie le terme « doit », qui implique une obligation, et que toute chose obligatoire se dise certainement avec des paroles dures, à la manière de ce qu'ils ont dit : « jette de l'amertume sur les élèves » (Ketoubot 103b), malgré cela, ici il le dira avec douceur.
אָמַר רַב אַשִּׁי: אֲנָא, לָא שְׁמִיעַ לִי הָא דְּאָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא, וְקִיַּמְתִּי מִסְּבָרָא. מַקְשִׁים וַהֲלֹא גַּם רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אֲמַרוּ מִסְּבָרָה? וְנִרְאֶה לִי דְּרַב אַשִּׁי קִיֵּים דָּבָר זֶה בְּצָעֲמוֹ מִסְּבָרָה וְלֹא עָלָה בִּסְבָרָתוֹ לַעֲשׂוֹת אוֹתָהּ בְּתוֹרַת חִיּוּב, אַךְ רַבָּה בַּר רַב הוּנָא חִידֵּשׁ מִן הַסְּבָרָה לְהוֹרוֹת לַאֲחֵרִים דָּבָר זֶה בְּתוֹרַת חִיּוּב, דְּהָא אָמַר לָשׁוֹן 'צָרִיךְ' וְגַם הוֹרָאָה לַאֲחֵרִים. וְהִנֵּה בָּזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב דִּבְרֵי חֲכָמִים בְּנַחַת נִשְׁמָעִים (קֹהֶלֶת ט, יז), כְּלוֹמַר ' אִם יֹאמַר אוֹתָם בְּלַחַשׁ אָז הֵם נִשְׁמָעִים' וְיֵשׁ לִרְמֹוז גַּם כֵּן בְּתֵיבַת נַחַת רָאשֵׁי תֵּיבוֹת נ ר ח לָהּ ת חֻומִּין, כִּי עִשַּׂרְתֶּם הוּא בִּכְלַל חַלָּה, וְעֵרַבְתֶּם בִּכְלַל תְּחוּמִין, וּשְׁלֹשָׁה אֵלֶּה הָרְמוּזִים 'בְּנַחַת' צָרִיךְ לְאוֹמְרָם בְּנַחַת. וְעַיֵּין מַה שֶּׁכָּתַבְתִּי בָּזֶה לְקַמָּן בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין.
« Rav Achi dit : Moi, je n'avais pas entendu ce qu'a dit Rabba bar Rav Houna, et je l'ai accompli par raisonnement. » On objecte : Rabba bar Rav Houna aussi l'a dit par raisonnement ! Il me semble que Rav Achi l'accomplissait lui-même par raisonnement, sans qu'il lui vienne à l'esprit d'en faire une obligation ; tandis que Rabba bar Rav Houna a innové, par raisonnement, d'enseigner cela aux autres à titre d'obligation, puisqu'il emploie le terme « doit », et c'est aussi un enseignement pour autrui. Et par là il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on trouve l'allusion du verset (Kohelet 9,17) « Les paroles des sages, avec douceur (be-na'hat), sont écoutées », c'est-à-dire : s'il les dit à voix basse, alors elles sont écoutées. On peut aussi y voir l'allusion que le mot na'hat forme les initiales de Ner (lampe), 'Hala et Te'houmin ; car « avez-vous prélevé la dîme ? » est inclus dans 'hala, et « avez-vous fait l'erouv ? » dans te'houmin. Ces trois choses, auxquelles fait allusion be-na'hat, doivent être dites avec douceur. Voir ce que j'ai écrit à ce sujet plus loin, dans le traité Guittin.
💡 Explication

Le verset de Iyov est lu ainsi : ufakadta navekha, « tu visiteras ta demeure », c'est-à-dire tu vérifieras ta maison, et vélo te'heta, « tu ne fauteras pas » : on évite ainsi que la maisonnée ne profane Chabbat.

Rabba bar Rav Houna ajoute une règle de conduite : ces rappels se font be-ni'houta, avec douceur. Une parole dure pousse la maisonnée à cacher un oubli ou à agir dans la précipitation. Rav Achi atteste qu'il agissait déjà ainsi par simple raisonnement (sevara).

5
הָא גוּפָא קַשְׁיָא: אָמְרַתְּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים צָרִיךְ אָדָם לוֹמַר בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁכָה. עִם חֲשֵׁכָה — אִין, סָפֵק חֲשֵׁכָה סָפֵק אֵינוֹ חֲשֵׁכָה — לֹא. וַהֲדַר תָּנֵי: סָפֵק חֲשֵׁכָה סָפֵק אֵינוֹ חֲשֵׁכָה — מֵעֶרֶב.

Ce texte lui-même est difficile : tu as dit « trois choses un homme doit dire dans sa maison la veille de Chabbat à la tombée de la nuit ». À la tombée de la nuit, oui ; au doute s'il fait nuit ou non, non.

Puis il enseigne : au doute s'il fait nuit ou non, on fait l'erouv !

📜 Rachi (1)
גְּמ' עִם חֲשֵׁכָה מִבְּעוֹד יוֹם הוּא וְיֵשׁ שְׁהוּת לְעַשֵּׂר וְלָעֶרֶב:
Il fait encore jour, et il reste du temps pour prélever la dîme et faire l'erouv.
💡 Explication

La Guemara relève une contradiction interne (ha goufa kachya). Le début de la michna place la question « avez-vous fait l'erouv ? » im 'hachekha, à la tombée de la nuit, encore de jour selon Rachi : on en déduit qu'au moment douteux il serait trop tard. La fin de la michna permet pourtant l'erouv au doute s'il fait nuit.

6
סִימָן: בְּגֻופְיָא זִימְרָא צִיפְּרָא בְּחַבְלָא דְמֵילָתָא.

Signe mnémotechnique : begoufia (dans le corps), zimra (tailler), tsipra (oiseau), be'havla (avec une corde), demilta (de laine fine).

💡 Explication

Un siman (moyen mnémotechnique) regroupe les enseignements rapportés par la même chaîne (Rabbi Abba au nom de Rabbi 'Hiya bar Achi au nom de Rav) dans le traité. Le premier mot, begoufia, renvoie à la réponse qui suit, sur la contradiction « dans la michna même ».

7
אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: לָא קַשְׁיָא, כָּאן בְּעֵירוּבֵי תְּחוּמִין, כָּאן בְּעֵירוּבֵי חֲצֵרוֹת.

Rabbi Abba dit au nom de Rabbi 'Hiya bar Achi au nom de Rav : Ce n'est pas difficile : ici, il s'agit d'erouvei te'houmin ; là, d'erouvei 'hatserot.

📜 Rachi (1)
בְּעֵירוּבֵי תְּחוּמִין תִּיקּוּן מְעַלְּיָא דְּאַסְמְכוּהָ רַבָּנַן תְּחוּמִין אַקְרַאי וְאַפֵּי' לְמָאֵן דְּאָמַר תְּחוּמִין דְּרַבָּנָן כִּדְאָמְרִינַן בְּעֵירוּבִין (דַּף נא.) יָלְפִינַן מָקוֹם מִמָּקוֹם וּמָקוֹם מִנִּיסָה כו' אֲבָל עֵירוּבֵי חֲצֵרוֹת חוּמְרָא בְּעָלְמָא הוּא וְלָא מִיקְּרֵי שְׁבִיתָה מְעַלַּיְיתָא וְסָפְקָא דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת שַׁפִּיר דָּמֵי:
C'est un tikoun important, car les Sages ont appuyé les te'houmin sur un verset, et cela même selon celui qui dit que les te'houmin sont de rabbanan, comme nous le disons dans Erouvin (51a) : on apprend « lieu » de « lieu », et « lieu » de « fuite », etc. Mais les erouvei 'hatserot ne sont qu'une simple rigueur et ne s'appellent pas une résidence véritable ; dans le doute de bein hachmachot, c'est donc permis.
🗂️ Tossefot (1)
לָא קַשְׁיָא כָּאן בְּעֵירוּבֵי תְּחוּמִין כו' נִרְאֶה לר"ת כְּפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס דִּבְעֵירוּבֵי תְּחוּמִין מַחְמְרִינַן מִשּׁוּם דְּאִית לְהוּ סֶמֶךְ מִן הַמִּקְרָא וְכֵן פר"ח וְכֵן יֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מו: וְסַם) גַּבֵּי הָא דְּקָאָמַר הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב רַב פָּפָּא אָמַר אִיצְטְרִיךְ סד"א ה"מ עֵירוּבֵי חֲצֵרוֹת אֲבָל בְּעֵירוּבֵי תְחוּמִין אֵימָא לָא וּמֵעִיקָּרָא הָיָה מְפָרֵשׁ ר"ת דְּעֵירוּבֵי חֲצֵרוֹת חֲמִירִי טְפֵי דְּאֵין מְעָרְבִין אֶלָּא בְּפַת כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶרֶק הֲדַר (עֵירוּבִין דַּף עא:) וּבְחַלּוֹן (שָׁם דַּף פֹּא. וְשָׁם) אֲבָל בְּעֵירוּבֵי תְּחוּמִין מְעָרְבִין בְּכָל דָּבָר חוּץ מִמַּיִם וּמֶלַח וְאֵין נִרְאֶה דְּהָא ר"מ ס"ל דִּתְחוּמִין דְּאוֹרָיְיתָא בְּפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין לה.) וְאַפֵּ"ה אִית לֵיהּ בְּהָדָר דְּעֵירוּבֵי חֲצֵרוֹת בְּפַת וּבְעֵירוּבֵי תְּחוּמִין מְעָרְבִין בְּכָל דָּבָר דְּלָא אַשְׁכְּחַן דִּפְלִיג ר"מ אַסְּתַם מִשְׁנָה דִּבְכָל מְעָרְבִין וְטַעֲמָא דִּמְקִילִּי בִּתְחוּמִים דְּלָא בָּעֵי פַּת מִשּׁוּם דְּאֵין מְעָרְבִין אֶלָּא לִדְבַר מִצְוָה:
Rabbenou Tam estime juste l'explication du Kountres (Rachi) : pour les erouvei te'houmin on est plus rigoureux, parce qu'ils ont un appui dans le verset. Ainsi explique Rabbenou 'Hananel, ainsi en est-il dans le Yerouchalmi, et ainsi cela ressort du chapitre Mi chehotsiouhou (Erouvin 46b), à propos de ce qui est dit : la halakha suit l'avis de celui qui est indulgent en matière d'erouv. Rav Papa dit : c'était nécessaire ; on aurait pu penser que cela vaut pour les erouvei 'hatserot, mais pas pour les erouvei te'houmin. Au début, Rabbenou Tam expliquait que les erouvei 'hatserot sont plus graves, car on ne les fait qu'avec du pain, comme il ressort du chapitre HaDar (Erouvin 71b) et du chapitre Ha'halon (ibid. 81a), tandis que les erouvei te'houmin se font avec toute nourriture sauf l'eau et le sel. Mais cela ne semble pas juste, car Rabbi Meir pense que les te'houmin sont de la Tora, au chapitre Bakol meervin (Erouvin 35a), et malgré cela il pense, au chapitre HaDar, que l'erouv de 'hatserot se fait avec du pain et l'erouv de te'houmin avec toute nourriture, car nous ne trouvons pas que Rabbi Meir soit en désaccord avec la michna anonyme « on fait l'erouv avec toute nourriture ». La raison pour laquelle on est indulgent pour les te'houmin, en n'exigeant pas de pain, est qu'on ne fait [cet] erouv que pour une mitsva.
💡 Explication

Rav répartit les deux clauses entre deux types d'erouv. L'erouv te'houmin déplace le lieu de résidence de Chabbat pour permettre de marcher au-delà de 2000 coudées ; les Sages l'ont appuyé sur un verset, c'est un vrai tikoun, qui doit se faire de jour. L'erouv 'hatserot permet de porter entre les maisons d'une cour commune ; c'est une rigueur des Sages, et on peut encore le faire à bein hachmachot.

Tossefot rapporte que Rabbenou Tam avait d'abord pensé l'inverse ('hatserot plus graves, car ils exigent du pain), puis s'est rangé à l'explication de Rachi.

🖼️ Schéma
La contradiction de la michna et la réponse de Rav Début : on demande avez-vous fait l'erouv ? à la tombée de la nuit, donc pas au doute erouv seulement de jour Fin : au doute s'il fait nuit on fait l'erouv erouv permis à bein hachmachot ? Érouvei te'houmin appuyés sur un verset tikoun important seulement de jour Érouvei 'hatserot simple rigueur des Sages pas une résidence véritable permis à bein hachmachot
Chaque clause de la michna vise un erouv différent.
8
וְאָמַר רָבָא: אָמְרוּ לוֹ שְׁנַיִם צֵא וְעָרֵב עָלֵינוּ, לְאֶחָד עֵירַב עָלָיו מִבְּעוֹד יוֹם, וּלְאֶחָד עֵירַב עָלָיו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת — זֶה שֶׁעֵירַב עָלָיו מִבְּעוֹד יוֹם נֶאֱכַל עֵירוּבוֹ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת, וְזֶה שֶׁעֵירַב עָלָיו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת נֶאֱכַל עֵירוּבוֹ מִשֶּׁחָשֵׁכָה. שְׁנֵיהֶם קָנוּ עֵירוּב.

Et Rava dit : Si deux [personnes] lui ont dit : Sors et fais l'erouv pour nous ; pour l'un il a fait l'erouv pendant qu'il faisait jour, et pour l'autre il a fait l'erouv à bein hachmachot ; celui pour qui il a fait l'erouv de jour, son erouv a été mangé à bein hachmachot, et celui pour qui il a fait l'erouv à bein hachmachot, son erouv a été mangé après la tombée de la nuit : tous deux ont acquis l'erouv.

📜 Rachi (4)
בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת קוֹנֶה עֵירוּב שֶׁהוּא תְּחִילַּת קְדֻושַּׁת הַיּוֹם:
Car c'est le début de la sainteté du jour.
נֶאֱכָל שֶׁאָכְלוּ כֶּלֶב אוֹ אָדָם:
Un chien ou un homme l'a mangé.
שֶׁעֵירַב עָלָיו מִבְּעוֹד יוֹם הִנִּיחַ עֵירוּב לְסוֹף הַתְּחוּם מִבְּעוֹד יוֹם וְלֹא הִסְפִּיק לְהַחְשִׁיךְ מַמָּשׁ עַד שֶׁנֶּאֱכַל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת:
Il a déposé l'erouv à la limite du te'houm pendant qu'il faisait jour, et il n'a pas eu le temps de faire vraiment nuit avant qu'il ne soit mangé à bein hachmachot.
שְׁנֵיהֶם קָנוּ עֵירוּב דִּלְגַבֵּי הַאי שֶׁנֶּאֱכָל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מַשְׁוִינַן לֵיהּ לֵילְיָא וְאָמְרִינַן כְּבָר קָדַשׁ הַיּוֹם בְּעוֹד הָעֵירוּב קַייָּם וְקָנָה עֵירוּב דַּהֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי דְּאָמַר בְּעֵירוּבִין (דַּף לה.) סְפֵק עֵירוּב כָּשֵׁר וּלְגַבֵּי דְּהַאי שֶׁהֻונַּח עָלָיו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְנִתְקַייֵּם עַד שֶׁחָשְׁכָה מַשְׁוִינַן לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת יְמָמָא וַעֲדַיִין לֹא קָדַשׁ הַיּוֹם כְּשֶׁהֻונַּח וְנִמְצָא שֶׁהָיָה שָׁם כְּבָר בִּשְׁעַת קְנִיַּית עֵירוּב:
Pour celui dont l'erouv a été mangé à bein hachmachot, nous considérons [bein hachmachot] comme la nuit et disons : le jour était déjà sanctifié pendant que l'erouv existait, et il a acquis l'erouv, car la halakha suit Rabbi Yossi qui dit dans Erouvin (35a) : un erouv douteux est valide. Et pour celui dont l'erouv a été déposé à bein hachmachot et a subsiste jusqu'à la nuit, nous considérons bein hachmachot comme le jour : le jour n'était pas encore sanctifié lorsqu'il a été déposé, et il se trouvait donc déjà là au moment de l'acquisition de l'erouv.
🗂️ Tossefot (2)
נֶאֱכַל עֵירוּבוֹ מִשֶּׁחֲשֵׁכָה לָאו דַּווְקָא וה"ה לֹא נֶאֱכָל:
Pas au sens strict ; il en va de même s'il n'a pas été mangé.
שְׁנֵיהֶם קָנוּ עֵירוּב פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּרָבָא אַיְירֵי בְּעֵירוּבֵי תְּחוּמִין וְכֵן מַשְׁמַע לְשׁוֹן צֵא וְעָרֵב ואע"פ דְּסָפֵק חָשֵׁכָה אֵין מְעָרְבִין עֵירוּבֵי תְּחוּמִין ה"מ לְכַתְּחִילָּה אֲבָל בְּדִיעֲבַד כָּשֵׁר כְּר' יוֹסֵי דְּאָמַר (עֵירוּבִין פּ"ג דַּף לה.) סְפֵק עֵירוּב כָּשֵׁר וְקָשֶׁה לְרַשְׁבָּ"א דְּר' יוֹסֵי לֵית לֵיהּ הָתָם גַּבֵּי נָפַל עָלָיו גַּל אוֹ נִשְׂרַף אוֹ תְרוּמָה וְנִטְמְאָה סָפֵק עֵירוּב [כָּשֵׁר] אֶלָּא מִשּׁוּם חֲזָקָה כִּדְתַנְיָא הָתָם בְּהֶדְיָא (דַּף לוֹ.) כֵּיצַד אָמַר רַבִּי יוֹסֵי סְפֵק עֵירוּב כָּשֵׁר כו' אֲבָל בְּסָפֵק כִּי הָכָא שֶׁהִנִּיחוֹ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אוֹ נֶאֱכַל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לָא מַכְשַׁר ומפר"ת דְּהָכָא מַיְירֵי בְּעֵירוּבֵי חֲצֵרוֹת וְכֵן פר"ח וְכֵן מוּכָח בְּסוֹף הֲדַר (עֵירוּבִין דַּף עו.) וְצֵא אַשְׁכְּחַן נָמֵי דְּלָאו חוּץ לָעִיר קָאָמַר כְּמוֹ צֵא וּשְׂכֹור לָנוּ פּוֹעֲלִים (בּ"מ דַּף פג.):
Le Kountres explique que Rava parle d'erouvei te'houmin, et c'est ce qu'implique l'expression « sors et fais l'erouv » ; et bien qu'au doute s'il fait nuit on ne fasse pas d'erouvei te'houmin, cela vaut a priori, mais a posteriori c'est valide selon Rabbi Yossi, qui dit (Erouvin ch. 3, 35a) : un erouv douteux est valide. Le Rachba objecte que Rabbi Yossi, la-bas, ne dit « un erouv douteux est valide » au sujet d'un [erouv] sur lequel est tombé un éboulis, ou qui a brûlé, ou d'une terouma devenue impure, qu'en raison de la 'hazaka (présomption), comme il est enseigné explicitement là-bas (36a) : comment Rabbi Yossi dit-il qu'un erouv douteux est valide ?, etc. ; mais dans un doute comme ici, où on l'a déposé à bein hachmachot ou il a été mangé à bein hachmachot, il ne le valide pas. Rabbenou Tam explique qu'il s'agit ici d'erouvei 'hatserot ; ainsi explique Rabbenou 'Hananel, et c'est ce qui est prouvé à la fin du chapitre HaDar (Erouvin 76a). Et « sors » ne veut pas dire hors de la ville, comme nous le trouvons aussi dans « sors et loue-nous des ouvriers » (Bava Metsia 83a).
💡 Explication

L'erouv produit son effet (kinyan) au moment où Chabbat commence : il faut qu'il existe à cet instant. Rava enseigne un cas limite : un erouv déposé de jour et mangé à bein hachmachot, et un autre déposé à bein hachmachot et mangé après la nuit. Les deux sont valides.

Rachi et Tossefot divergent sur le type d'erouv : pour Rachi, des erouvei te'houmin, valides a posteriori selon Rabbi Yossi (safek erouv kacher) ; pour Rabbenou Tam, des erouvei 'hatserot, car la règle de Rabbi Yossi ne s'applique qu'avec une 'hazaka.

🖼️ Schéma
Les deux erouvin de Rava : mah nafchakh Si bein hachmachot = jour Si bein hachmachot = nuit 1er : posé de jour, mangé à bein hachmachot mangé avant Chabbat n'acquiert pas existait à l'entrée de Chabbat acquiert 2e : posé à bein hachmachot, mangé après la nuit posé avant Chabbat acquiert posé après l'entrée de Chabbat n'acquiert pas Réponse : bein hachmachot est un doute ; doute de rabbanan = indulgence, les deux acquièrent
Quelle que soit l'hypothèse, un des deux erouvin devrait échouer ; le doute de rabbanan les valide tous deux.
9
מַה נַפְשָׁךְ. אִי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת יְמָמָא הוּא — בָּתְרָא לִיקְנֵי קַמָּא לָא לִיקְנֵי. וְאִי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לֵילְיָא הוּא — קַמָּא לִיקְנֵי בָּתְרָא לָא לִיקְנֵי! בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת סְפֵקָא הוּא, וְסָפְקָא דְּרַבָּנָן לְקֻולָּא.

Quoi que tu penses : si bein hachmachot est le jour, que le second acquière et que le premier n'acquière pas ; et si bein hachmachot est la nuit, que le premier acquière et que le second n'acquière pas ! Bein hachmachot est un doute, et un doute de rabbanan va à l'indulgence.

📜 Rachi (3)
בָּתְרָא לִיקְנֵי זֶה שֶׁהֻונַּח עָלָיו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת:
Celui dont l'erouv a été déposé à bein hachmachot.
קַמָּא לָא לִיקְנֵי שֶׁהֲרֵי נֶאֱכַל מִבְּעוֹד יוֹם:
Puisqu'il a été mangé pendant qu'il faisait jour.
ה"ג סָפְקָא דְּרַבָּנָן הִיא כְּלוֹמַר הָא מִילְּתָא דִּמְסַפְּקָא לָן אִי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת יְמָמָא אוֹ לֵילְיָא בְּמִילְּתָא דְּרַבָּנָן אִיתְּרַע לָן בְּעֵירוּבֵי תְּחוּמִין דְּרַבָּנָן וְכָל סָפְקָא דְּרַבָּנָן לְקֻולָּא:
Telle est la version : c'est un doute de rabbanan. C'est-à-dire : cette question, dont nous doutons si bein hachmachot est jour ou nuit, s'est présentée à nous dans une matière rabbinique, les erouvei te'houmin, qui sont de rabbanan ; et tout doute de rabbanan va à l'indulgence.
💡 Explication

Mah nafchakh (« de quelque côté que tu te tournes ») : une seule hypothèse sur bein hachmachot ne peut pas valider les deux erouvin a la fois. La réponse admet cette incohérence : bein hachmachot reste un safek, et dans une loi d'origine rabbinique on applique safek derabbanan lekoula dans chaque cas séparément.

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[אָמַר] רָבָא: מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ אֵין טוֹמְנִין בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף הֶבֶל מִשֶּׁחָשֵׁכָה? — גְּזֵרָה שֶׁמָּא יַרְתִּיחַ. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אִי הָכִי, בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת נָמֵי נִיגְזַר?! אֲמַר לֵיהּ: סְתָם קְדֵירוֹת רוֹתְחוֹת הֵן.

Rava dit : Pourquoi a-t-on dit qu'on ne recouvre pas [un plat] dans une matière qui n'ajoute pas de chaleur une fois la nuit tombée ? C'est un décret, de crainte qu'il ne fasse bouillir.

Abaye lui dit : S'il en est ainsi, décrétons aussi à bein hachmachot ! Il lui dit : D'ordinaire, les marmites sont [alors] bouillantes.

📜 Rachi (4)
ה"ג אָמַר רָבָא מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ אֵין טוֹמְנִין בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף הֶבֶל כְּגוֹן צֶמֶר וּמוֹכִין:
Telle est la version : Rava dit : Pourquoi a-t-on dit qu'on ne recouvre pas dans une matière qui n'ajoute pas de chaleur, par exemple la laine et les déchets de laine (mokhin).
מִשֶּׁחֲשֵׁכָה כְּדִתְנַן בְּמַתְנִיתִין וְטוֹמְנִין אֶת הַחַמִּין טַעְמָא דִּסְפֵק חֲשֵׁכָה הָא וַדַּאי חֲשֵׁכָה אֵין טוֹמְנִין וּסְתָם הַטְמָנָה בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף הֶבֶל דְּאִילּוּ בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל אַפִּי׳ מִבְּעוֹד יוֹם אָסוּר כְּדִתְנַן בפ״ד (דַּף מז:) אֵין טוֹמְנִין לֹא בַּגֶּפֶת כו׳ גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִמְצָא קְדֵרָתוֹ שֶׁנִּצְטַנְּנָה כְּשֶׁיִּרְצֶה לְהַטְמִינָהּ וְיַרְתִּיחֶנָּה תְּחִילָּה וְנִמְצָא מְבַשֵּׁל בְּשַׁבָּת:
Comme nous l'avons appris dans notre michna : « et on recouvre les [plats] chauds » ; la raison est qu'il y a doute s'il fait nuit, mais quand il fait certainement nuit on ne recouvre pas. Il s'agit de la hatmana ordinaire, dans une matière qui n'ajoute pas de chaleur, car dans une matière qui ajoute de la chaleur c'est interdit même de jour, comme nous l'avons appris au chapitre 4 (47b) : on ne recouvre ni dans le marc [d'olives], etc. Le décret est de crainte qu'il ne trouve sa marmite refroidie au moment de la recouvrir, qu'il ne la fasse d'abord bouillir et ne se trouve ainsi cuire à Chabbat.
אִי הָכָא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת נָמֵי נִיגְזַר דְּהָא שְׁבוּת מְעַלַּיְיתָא הִיא דְּהָא אִיכָּא גְּזֵירַת אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא וְתַנָּא דְּמַתְנִיתִין אִית לֵיהּ דְּגָזְרוּ עַל הַשְּׁבוּת ביה"ש דְּקָתָנֵי אֵין מְעַשְּׂרִין אֶת הַוַּדַּאי:
Car c'est un chevout véritable, puisqu'il s'agit d'un décret contre un interdit de la Tora ; et le Tana de notre michna pense qu'on a décrété sur le chevout à bein hachmachot, puisqu'il enseigne qu'on ne prélève pas la dîme sur le produit certain.
רוֹתְחוֹת הֵן שֶׁסָּמוּךְ לביה"ש הוּא מַעֲבִירָם מֵעַל הָאוּר וְלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לִשְׁמָא נִצְטַנְּנָה וְיַרְתִּיחֶנָּה:
Car c'est vers bein hachmachot qu'il les retire du feu, et il n'y a pas à craindre qu'elle ait refroidi et qu'il la fasse bouillir.
⚖️ Rosh (2)
אָמַר רַבָּה חַלְּתָא בַּת תְּרֵי כוֹרֵי שְׁרֵי לְטִלְטוּלֵי. בַּת תְּלָתָא כּוֹרֵי אֲסִיר. וְרַב יוֹסֵף אָמַר בַּת שְׁלֹשָׁה כּוֹרֵי שְׁרֵי בַּת אַרְבְּעָה כוֹרֵי אֲסִיר. אָמַר אַבַּיֵּי בְּעָא מִינֵּיהּ דְּמָר בִּשְׁעַת מַעֲשֶׂה וַאֲפִילּוּ בַּת תְּרֵי כוֹרֵי לָא שְׁרָא לִי וְלֵית הִלְכְתָא הָכִי שֶׁיִּתְבַּטֵּל מִתּוֹרַת כְּלִי מֵחֲמַת כָּובְדוֹ דְּאַבַּיֵּי גּוּפֵיהּ לֹא קִבְּלָהּ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מה:) מְנָרְתָּא אָסוּר הוֹאִיל וְאָדָם קוֹבֵעַ לָהּ מָקוֹם: אָמַר אַבַּיֵּי וַהֲרֵי כִּילַּת חֲתָנִים דְּאָדָם קוֹבֵעַ לָהּ מָקוֹם וּמֻותָּר לִנְטוֹתָהּ אוֹ לְפָורְקָהּ בְּשַׁבָּת אֶלָּא אָמַר אַבָּיֵי כו'. וְעוֹד דְּאָמְרִינַן פֶּרֶק בָּתְרָא דְּעֵירוּבִין דַּף קב. הַהִיא שָׁרִיתָא דַּהֲוָת בֵּי ר' פְּדָת דְּהָווּ שָׁקְלִי בֵּי עֲשָׂרָה וְשָׁדוּ לֵיהּ אַדַּשָׁא אֲמַר תּוֹרַת כְּלִי עָלֶיהָ וְהַהִיא אֲסִיתָּא דְּהָוֵי בֵּי מַר שְׁמוּאֵל וְכוּ'. וְהָא דְּקָאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ דַּף קכא. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא פָּמוֹטוֹת שֶׁל בֵּית רַבִּי מֻותָּרוֹת לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ ר' זֵירָא בְּאָדָם אֶחָד אוֹ בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם אֲמַר לֵיהּ כְּאוֹתָן שֶׁל בֵּית אָבִיךָ פֵּירוּשׁ שֶׁהָיוּ גְּדוֹלִים. וּדְלֹא כְּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל שֶׁפֵּירְשׁוּ כְּאוֹתָן שֶׁל בֵּית אָבִיךָ שֶׁהָיוּ קְטַנִּים. וְקָשֶׁה לְפֵירוּשָׁם דְּמוּכָח בְּהֶדְיָא בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מו.) גַּבֵּי מְנוֹרָה דְּהָנֵי גְּדוֹלוֹת דְּלֵית לְהוּ חֲדָקַי לְכֻולֵּי עָלְמָא שָׁרוּ. שָׁם ע"ב תָּנוּ רַבָּנַן שֵׁשׁ תְּקִיעוֹת תּוֹקְעִין עֶרֶב שַׁבָּת. רִאשׁוֹנָה לְבַטֵּל מְלָאכָה שֶׁבַּשָּׂדוֹת שְׁנִיָּה לְבַטֵּל עִיר וַחֲנוּיוֹתֶיהָ שְׁלִישִׁית לְהַדְלִיק אֶת הַנֵּר דִּבְרֵי ר' נָתָן רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אוֹמֵר שְׁלִישִׁית לַחֲלֹוץ תְּפִילִּין. וְשׁוֹהֶה כְּדֵי לִצְלוֹת דָּג קָטָן אוֹ לְהַדְבִּיק פַּת בַּתַּנּוּר וְתוֹקֵעַ וּמֵרִיעַ וְתוֹקֵעַ וְשׁוֹבֵת מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁקַּבָּלַת שַׁבָּת אֵינָהּ תְּלוּיָה בְּהַדְלָקַת הַנֵּר. שֶׁהֲרֵי אַחַר שֶׁהִדְלִיק עֲדַיִין יוּכַל לִצְלוֹת דָּג קָטָן. וְנִרְאֶה דְּקַבָּלַת שַׁבָּת תְּלוּיָה בִּתְפִלַּת עַרְבִית מִדְּקָאָמַר בִּתְפִלַּת הַשַּׁחַר דַּף כז: רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ ר' יִרְמְיָה מִי בָּדְלַתְּ וַאֲמַר לֵיהּ אִין בָּדֵילְנָא וּפָרִיךְ וּמִי בְּדִיל וְהָא אָמַר ר' אָבָהוּ פַּעַם אַחַת הִתְפַּלֵּל ר' שֶׁל שַׁבָּת מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְנִכְנַס לְבֵית הַמֶּרְחָץ וְשָׁנָה לָהֶן פִּרְקָן וַעֲדַיִין לֹא חֲשֵׁיכָה וּמְשַׁנֵּי הַהוּא לְהַזִּיעַ וְקֹודֶם גְּזֵירָה הֲוָה וְתוּ פָּרִיךְ וְהָא אַבָּיֵי שְׁרָא לֵיהּ לְרַב דִּימִי לִכְבָרוֹיֵי סַלֵּי בְּפַנְיָא דִּמְעַלֵּי שַׁבְּתָא וּמְשַׁנֵּי טָעוּתָא הֲוַאי פֵּירוּשׁ שֶׁנִּתְקַשְּׁרוּ שָׁמַיִם בְּעָבִים וּכְסָבוּר שֶׁהָיָה לַיְלָה וְקִבֵּל עָלָיו שַׁבָּת בְּטָעוּת מִכָּל הַדִּין מַשְׁמַע שֶׁקַּבָּלַת שַׁבָּת תְּלוּיָה בִּתְפִלַּת עַרְבִית וְכֵן עַמָּא דְּבַר כְּשֶׁהַחַזָּן אוֹמֵר בָּרְכוּ הַכֹּל פּוֹרְשִׁין מִמְּלָאכָה: הַדְרָן עֲלָךְ בַּמֶּה מַדְלִיקִין
Rabba dit : Une corbeille (chalta) d'une contenance de deux kor peut être déplacée ; de trois kor, elle est interdite. Rav Yossef dit : de trois kor elle est permise ; de quatre, interdite. Abaye dit : J'ai interrogé le Maître au moment de l'acte, et même celle de deux kor il ne me l'a pas permise. La halakha n'est pas qu'un objet perdrait son statut d'ustensile à cause de son poids, car Abaye lui-même ne l'a pas admis, comme nous le dirons plus loin au chapitre Kira (Chabbat 45b) : un chandelier est interdit, puisqu'on lui fixe une place. Abaye dit : Mais le baldaquin des mariés, auquel on fixe une place, il est permis de le tendre ou de le démonter à Chabbat ! Abaye dit donc plutôt, etc. Et encore, nous disons au dernier chapitre d'Erouvin (102a) : cette poutre qui était chez Rabbi Pedat, que dix hommes soulevaient pour la placer contre la porte, il dit : elle a le statut d'ustensile ; et ce mortier qui était chez Mar Chmouel, etc. Et ce que nous disons à la fin de Kol Kitvei HaKodech (121a) : Rabbi 'Hanina dit : les chandeliers de la maison de Rabbi peuvent être déplacés à Chabbat. Rabbi Zeira lui dit : par une personne ou par deux ? Il lui dit : comme ceux de la maison de ton père, c'est-à-dire qu'ils étaient grands. Cela va contre l'explication de Rachi et de Rabbenou 'Hananel, qui ont expliqué « comme ceux de la maison de ton père » en ce sens qu'ils étaient petits. Leur explication fait difficulté, car il est prouvé explicitement au chapitre Kira (Chabbat 46a), à propos du chandelier, que les grands, qui n'ont pas d'articulations, sont permis selon tous. Ibid. 35b : Nos Maîtres ont enseigné : on sonne six sonneries la veille de Chabbat. La première, pour faire cesser le travail des champs ; la deuxième, pour faire cesser la ville et ses boutiques ; la troisième, pour allumer la lampe. Paroles de Rabbi Natan. Rabbi Yehouda HaNassi dit : la troisième, pour ôter les téfilines. Puis il attend le temps de griller un petit poisson ou de coller un pain dans le four, sonne teki'a, terou'a et teki'a, et cesse [tout travail]. On en déduit que l'acceptation de Chabbat ne dépend pas de l'allumage de la lampe, puisqu'après avoir allumé, on peut encore griller un petit poisson. Il semble que l'acceptation de Chabbat dépend de la prière du soir, puisque nous disons au chapitre Tefilat Hacha'har (Berakhot 27b) : Rav a prié [la prière] de Chabbat la veille de Chabbat. Rabbi Yirmeya lui dit : T'es-tu retiré [du travail] ? Il lui dit : Oui, je me suis retiré. [La Guemara] objecte : S'est-il retiré ? Rabbi Abahou a pourtant dit : Une fois, Rabbi pria [la prière] de Chabbat la veille de Chabbat, entra aux bains et enseigna leur chapitre [aux élèves], et il ne faisait pas encore nuit ! Elle répond : c'était pour transpirer, et c'était avant le décret. Elle objecte encore : Abaye a pourtant permis à Rav Dimi de s'occuper de corbeilles à la tombée de la veille de Chabbat ! Elle répond : c'était une erreur ; c'est-à-dire que le ciel s'était couvert de nuages, il pensait qu'il faisait nuit et avait accepté Chabbat par erreur. De tout cela il ressort que l'acceptation de Chabbat dépend de la prière du soir, et tel est l'usage du peuple : quand l'officiant dit Barekhou, tous se retirent du travail. Fin du chapitre Bameh madlikin.
ת"ר מֵבִיא אָדָם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם וּמַנִּיחוֹ כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה וְלֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּחַמּוּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁתָּפִיג צִינָּתָן. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מְבִיאָה אִשָּׁה פַּךְ שֶׁל שֶׁמֶן וּמְנִיחָתוֹ כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיִּבְשַׁל אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁיִּפְשַׁר. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר סָכָה אִשָּׁה יָדָהּ שֶׁמֶן וּמַנִּיחָתָהּ כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה וְסָכָה לִבְנָהּ קָטָן וְאֵינָהּ חוֹשֶׁשֶׁת. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אֶחָד מַיִם וְאֶחָד שֶׁמֶן יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ אָסוּר אֵין יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ מֻותָּר. תֵּימַהּ מַאי שְׁנָא הָכָא דְּשָׁרֵינַן לְהָשִׂים קִיתוֹן שֶׁל מַיִם אֵצֶל הַמְּדוּרָה בִּשְׁבִיל שֶׁתָּפִיג צִינָּתָן וְאִי לָאו מִשּׁוּם דִּמְבַשֵּׁל בְּשַׁבָּת הֲוָה שָׁרִי אֲפִילּוּ יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ וְשֶׁמֶן לְמָאֵן דְּאָמַר לֵית בֵּיהּ מִשּׁוּם בִּשּׁוּל אֲפִילּוּ יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ שָׁרִי. וּלְעֵיל אָסְרִינַן לְהָשִׂים עַל גַּבֵּי כִּירָה אע"פ שֶׁגְּרוּפָה וּקְטוּמָה אע"פ שֶׁהַתַּבְשִׁיל נִתְבַּשֵּׁל מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְלֵית בֵּיהּ מִשּׁוּם בִּשּׁוּל כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף לט.) כֹּל שֶׁבָּא בְּחַמִּין מע"ש שׁוֹרִין אוֹתוֹ בְּחַמִּין בְּשַׁבָּת. וי"ל דְּיֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין לְהָשִׂים עַל גַּבֵּי כִּירָה לַמְּדוּרָה דְּהָא קְדֵירָה עַל גַּבֵּי כִּירָה אָסוּר אֲבָל אֵצֶל הַמְּדוּרָה שָׁרֵי מִשּׁוּם דְּדָמֵי לְסוֹמֵךְ וְשָׁרִי וּמִיהוּ לָא דָּמֵי כֻּולֵּי הַאי לְסוֹמֵךְ דְּהָתָם מַפְסִיק כָּותְלֵי הַכִּירָה אֲבָל הָכָא שֶׁהוּא אֵצֶל הַמְּדוּרָה ה"ל לְמִיחַשׁ שֶׁמָּא יְחַתֶּה וְי"ל כֵּיוָן שֶׁהִצְרִיכוּ חֲכָמִים לְהַרְחִיק מִן הַמְּדוּרָה מִדִּנְקַט כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה וְלָא נְקַט אֵצֶל הַמְּדוּרָה אִיכָּא הֶיכֵּירָא וְלָא אָתֵי לְחַתּוּיֵי וְהָכֵי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי מֻותָּר לְהַפְשִׁיר בִּמְקוֹם שֶׁהַיָּד שׁוֹלֶטֶת בּוֹ וְאָסוּר לְהַפְשִׁיר בִּמְקוֹם שֶׁאֵין הַיָּד שׁוֹלֶטֶת עַד הֵיכָן רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי בְּשֵׁם רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא אוֹמֵר עַד שֶׁיְּהֵא נוֹתֵן יָדוֹ לְתוֹכָהּ וְהִיא נִכְוֵית וְהָא דְּאָמְרִי' בַּגְּמָרָא דִּידַן לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיָּחֹומּוּ אִם בָּאנוּ לְהַשְׁווֹת לַגְּמָרָא דִּבְנֵי מַעֲרָבָא נוּכַל לְפָרֵשׁ לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיָּחֹומּוּ כְּלוֹמַר בְּמָקוֹם שֶׁרָאוּי לְהִתְחַמֵּם אֶלָּא כְּדֵי לְהָפִיג צִינָּתוֹ אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁרְאוּיָן לְהָפִיג צִינָּתוֹ וְלֹא לְהִתְבַּשֵּׁל אֲפִילּוּ יַעֲמֹוד שָׁם כָּל הַיּוֹם וְהָא דא"ר יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ אָסוּר אֵין יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ מֻותָּר ה"ק יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ הָוֵי בִּישּׁוּל הִלְכָּךְ אָסוּר לְהַנִּיחוֹ בְּמָקוֹם שֶׁאֶפְשָׁר שֶׁיָּחֹומּוּ כְּדֵי שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת בּוֹ וּמֻותָּר לְהַנִּיחוֹ בְּמָקוֹם שֶׁיָּחֹומּוּ וְלֹא תְּהֵא הַיָּד סוֹלֶדֶת בּוֹ וּלְמַאי דְּפָרְשִׁינַן דְּלָא שַׁיָּיךְ בִּישּׁוּל בְּתַבְשִׁיל שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל לֹא תִּקְשֶׁה הָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל בְּבַמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לד.) דְּאֵין טוֹמְנִין בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף הֶבֶל מִשֶּׁחָשֵׁיכָה גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַרְתִּיחַ. הָתָם לָאו מִשּׁוּם בִּישּׁוּל אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁמָּא יְחַתֶּה וְהַאי דִּנְקַט הַרְתָּחָה דָּבָר הַצָּרִיךְ לְהַטְמָנָה נְקַט:
Nos Maîtres ont enseigné : un homme peut apporter une cruche d'eau et la poser face au feu, non pour qu'elle chauffe, mais pour que sa froideur se dissipe. Rabbi Yehouda dit : une femme peut apporter une fiole d'huile et la poser face au feu, non pour qu'elle cuise, mais pour qu'elle tiédisse. Rabban Chimon ben Gamliel dit : une femme peut enduire sa main d'huile, la tendre face au feu et en enduire son jeune enfant, sans crainte. Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : pour l'eau comme pour l'huile, si la main s'en retire (yad soledet bo), c'est interdit ; si la main ne s'en retire pas, c'est permis. Il y a lieu de s'étonner : pourquoi permet-on ici de placer une cruche d'eau près du feu pour dissiper sa froideur, alors que, n'était la cuisson à Chabbat, ce serait permis même à yad soledet bo, et l'huile, pour celui qui dit qu'elle n'est pas soumise à la cuisson, serait permise même à yad soledet bo ; et plus haut on a interdit de poser sur un fourneau, même balayé et couvert de cendres, bien que le plat ait été cuit la veille de Chabbat et qu'il n'y ait pas là de cuisson, comme nous l'avons dit plus haut (Chabbat 39a) : tout ce qui a été mis dans l'eau chaude la veille de Chabbat, on peut le tremper dans l'eau chaude à Chabbat ? On peut répondre qu'il faut distinguer entre poser sur un fourneau et [poser près d']un feu : une marmite sur le fourneau est interdite, mais près du feu c'est permis, car cela ressemble à l'adosser, ce qui est permis. Cependant, cela ne ressemble pas tout à fait à l'adosser, car là, les parois du fourneau font séparation, tandis qu'ici, près du feu, il y aurait lieu de craindre qu'il ne remue les braises. On peut répondre que, puisque les Sages ont exigé de l'éloigner du feu, puisqu'il dit « face au feu » et non « près du feu », il y a un signe distinctif et il n'en viendra pas à remuer. On trouve ainsi dans le Yerouchalmi : il est permis de tiédir à un endroit où la main peut se maintenir, et interdit de tiédir à un endroit où la main ne peut se maintenir. Jusqu'où ? Rabbi Chimon ben Pazi, au nom de Rabbi Yossi bar 'Hanina, dit : jusqu'à ce qu'il y mette la main et se brûle. Et ce que nous disons dans notre Guemara, « non pour qu'elle chauffe », si nous voulons l'accorder avec la Guemara des gens d'Occident (le Yerouchalmi), nous pouvons l'expliquer ainsi : « non pour qu'elle chauffe », c'est-à-dire pas à un endroit propre à la chauffer, mais « pour que sa froideur se dissipe », à un endroit propre seulement à dissiper sa froideur et non à la cuire, même si elle y reste toute la journée. Et ce que Rav Yehouda dit au nom de Chmouel, « yad soledet bo, interdit ; pas yad soledet bo, permis », signifie : yad soledet bo, c'est la cuisson ; il est donc interdit de le placer à un endroit où il pourrait chauffer au point que la main s'en retire, et permis de le placer à un endroit où il chauffera sans que la main s'en retire. Et selon ce que nous avons expliqué, qu'il n'y a pas de cuisson pour un plat déjà cuit, il n'y a pas de difficulté de ce que nous avons dit plus haut au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 34a), qu'on ne recouvre pas dans une matière qui n'ajoute pas de chaleur une fois la nuit tombée, par décret de crainte qu'il ne fasse bouillir : là, ce n'est pas à cause de la cuisson mais de crainte qu'il ne remue les braises ; et s'il mentionne le fait de faire bouillir, c'est qu'il parle de ce qui a besoin d'être recouvert.
💡 Explication

La michna permet la hatmana au doute s'il fait nuit, ce qui implique qu'elle est interdite une fois la nuit certaine. Rava en donne la raison : une gezera (décret préventif), de crainte que celui qui trouve son plat refroidi ne le fasse rebouillir, ce qui serait une cuisson à Chabbat.

Abaye objecte que la même crainte devrait interdire la hatmana à bein hachmachot. Rava répond qu'à ce moment les marmites viennent d'être retirées du feu et sont encore bouillantes : la crainte ne se présente pas. Les notes du Roch reproduites ici portent sur des passages voisins (35b, 40b) ; la seconde revient sur ce décret de Rava.

🖼️ Schéma
Hatmana (recouvrir un plat chaud) : les deux catégories Matière qui ajoute de la chaleur (marc d'olives, fumier, chaux...) Interdit même de jour chapitre 4 (47b) Matière qui n'ajoute pas de chaleur (laine, déchets de laine) Jour et bein hachmachot : permis les marmites sont encore bouillantes Nuit tombée : interdit décret : de crainte qu'il ne fasse rebouillir un plat refroidi
Matière qui ajoute de la chaleur : interdit toujours. Matière qui n'en ajoute pas : interdit seulement une fois la nuit tombée.
11
וְאָמַר רָבָא:

Et Rava dit :

💡 Explication

L'enseignement suivant de Rava se poursuit sur la page 34b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).