Shabbat 34b — Du décret sur la hatmana au bein hachemachot : les trois doutes du crépuscule, les signes du ciel et la mesure du mil

Shabbat 34b

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion sur la hatmana : pourquoi interdire d'envelopper un plat dans une matière qui ajoute de la chaleur même avant l'entrée de Chabbat ? Le décret vise le remets, cendre mêlée de braises, et Abaye obtient la raison dernière, la crainte qu'on ne remue les braises.

La guemara passe ensuite au sujet qui occupera toute la suite : le bein hachemachot, ce laps entre le coucher du soleil et la nuit. Une baraita pose trois doutes sur sa nature et impose la rigueur des deux jours, puis donne les signes du ciel selon Rabbi Yehouda, la mesure du demi-mil selon Rabbi Nehemia et le clin d'œil selon Rabbi Yossi.

Rav Houna fils de Rav Yehochoua rattache la rigueur des deux jours au cas du zav qui a vu deux fois au crépuscule. La baraita se contredit enfin sur la portée des signes : Rabba et Rav Yossef, tous deux au nom de Rav Yehouda au nom de Chemouel, la lisent autrement, et leur divergence commande la durée qu'ils assignent au bein hachemachot, trois quarts de mil contre deux parties de mil.

Le bein hachemachot : trois doutes, une règle Jour certain Bein hachemachot Nuit certaine Trois doutes possibles sur sa nature 1. Du jour et de la nuit Une part tient du jour qui sort, une part de la nuit qui entre. Il compte alors pour deux jours. 2. Tout entier du jour Il appartient encore au jour qui s'achève. Rachi : la sortie du Chabbat. 3. Tout entier de la nuit Il appartient déjà à la nuit qui commence. Rachi : la nuit du Chabbat. Matilin oto le-homer chenei yamim On lui applique la rigueur des deux jours à la fois. La guemara demandera plus bas pour quelle halakha le premier doute sert vraiment.
Les trois doutes du bein hachemachot et la rigueur des deux jours.
Les signes du ciel selon Rabbi Yehouda Le bas de la voûte est proche de l'horizon, le haut est le sommet du ciel. bas rouge haut clair État 1 La face orientale rougeoie. Rachi : le bas n'a pas encore pâli. bas pâli haut encore clair État 2 Le bas a pâli, le haut non. Rachi : le sommet tarde à pâlir. haut et bas égalisés État 3 Le haut a pâli et s'est égalisé au bas. Selon Rabba : encore bein hachemachot Selon Rav Yossef : encore plein jour Bein hachemachot État 3 : nuit
Les trois états du ciel après le coucher du soleil selon Rabbi Yehouda.
Trois manières de définir le bein hachemachot Rabbi Yehouda Critère : la couleur du ciel. Depuis le coucher du soleil, tant que l'orient rougeoie. Fin : le haut de la voûte a pâli comme le bas. Signe observable, durée variable selon le soir. Sa baraita se contredit : elle sera relue plus bas. Rabbi Nehemia Critère : une durée de marche. Le temps de parcourir un demi-mil depuis le coucher du soleil. Rachi : passé ce demi-mil, c'est la nuit. Mesure fixe, calculable sans regarder le ciel. Rabbi Yossi Critère : un instant sans durée. Keheref ayin, le temps d'un clin d'œil. Celui-ci entre, celui-là sort, et on ne peut le saisir. Tossefot au nom du Rachba : le doute demeure, mais sur ce seul instant. Nafka mina : l'heure limite d'un travail la veille de Chabbat, et le compte des jours du zav.
Rabbi Yehouda, Rabbi Nehemia, Rabbi Yossi : trois définitions du crépuscule.
La baraita se contredit : deux lectures, deux mesures Ha goufa kachia Le début laisse entendre que l'état 2 est déjà la nuit ; la suite enseigne que l'état 2 est le bein hachemachot. Rabba au nom de Rav Yehouda Kerokh ou-teni : réunis les deux État 1 (orient rouge) : bein hachemachot État 2 (bas pâli) : bein hachemachot aussi État 3 (haut égalisé) : nuit Le crépuscule couvre deux états : il est long. Rav Yossef au nom de Rav Yehouda Hakhi katani : voici ce qu'elle enseigne État 1 (orient rouge) : encore le jour État 2 (bas pâli) : bein hachemachot État 3 (haut égalisé) : nuit Le crépuscule couvre un seul état : il est court. Chiour : trois quarts de mil Chiour : deux parties de mil
La contradiction de la baraita, les deux lectures et les deux mesures.
1
מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ אֵין טוֹמְנִין בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל וַאֲפִילּוּ מִבְּעוֹד יוֹם? — גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַטְמִין בְּרֶמֶץ שֶׁיֵּשׁ בָּהּ גַּחֶלֶת. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְיַטְמִין? גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְחַתֶּה בַּגֶּחָלִים.

Pourquoi ont-ils dit qu'on ne fait pas de hatmana (enveloppement d'un plat pour le garder chaud) dans une matière qui ajoute de la chaleur, et cela même de jour encore (avant l'entrée de Chabbat) ? C'est un décret, de peur qu'on n'enveloppe dans le remets (cendre mêlée de braises), où se trouve une braise ardente.

Abaye lui dit : eh bien, qu'il enveloppe ! C'est un décret, de peur qu'il ne remue les braises.

📜 Rachi (4)
מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ אֵין טוֹמְנִין בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל וַאֲפִילּוּ מִבְּעוֹד יוֹם כְּדִתְנַן לְקַמָּן לֹא בַּגֶּפֶת וְלֹא בַּזֶּבֶל וְאַף עַל גַּב דִּסְתָם הַטְמָנָה מִבְּעוֹד יוֹם הוּא דְּהָא אָסְרִינַן מִשֶּׁחֲשֵׁכָה:
Pourquoi ont-ils dit qu'on ne fait pas de hatmana dans une matière qui ajoute de la chaleur, et cela même de jour encore : comme nous l'apprenons dans la michna plus loin, ni dans le guefet (marc d'olives) ni dans le fumier ; et bien que la hatmana énoncée sans précision soit celle qu'on fait de jour encore, puisque nous l'interdisons déjà une fois la nuit tombée.
בְּרֶמֶץ אֵפֶר הַמְעֹורָב בְּגֶחָלִים:
Dans le remets : de la cendre mêlée de braises.
וְיַטְמִין דְּהָא מִבְּעוֹד יוֹם הוּא:
Eh bien, qu'il enveloppe : puisque cela se fait de jour encore.
גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְחַתֶּה בַּגֶּחָלִים מִשֶּׁחֲשֵׁכָה שֶׁבָּא לְבַשֵּׁל הַקְּדֵרָה שֶׁלֹּא בְּשֵׁלָה כָּל צָרְכָהּ וְגָזְרוּ אַף בְּבִישְּׁלָהּ כָּל צָרְכָהּ עַד שֶׁיִּגְרֹוף אוֹ שֶׁיִּקְטֹום וְהָכִי מַסְּקִינַן בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף לז:) דְּאָמַר רַבִּי קְטָמָהּ וְהֻובְעֲרָה מְשַׁהִין עָלֶיהָ חַמִּין שֶׁהֻוחַמּוּ מִבְּעוֹד יוֹם כָּל צָרְכָּן וְתַבְשִׁיל שֶׁבִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ וְכֵן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן:
C'est un décret, de peur qu'il ne remue les braises : une fois la nuit tombée, car il en vient à faire cuire la marmite qui n'a pas cuit tout son nécessaire. Et ils ont décrété même sur celle qui a cuit tout son nécessaire, tant qu'on n'a pas balayé les braises (garouf) ou qu'on ne les a pas recouvertes de cendre (katoum). Ainsi concluons-nous au chapitre Kira (Chabbat 37b), où Rabbi a dit : s'il les a recouvertes de cendre et qu'elles se sont rallumées, on laisse dessus de l'eau chaude qui a été chauffée tout son nécessaire de jour encore, ainsi qu'un plat qui a cuit tout son nécessaire ; et ainsi a dit Rabbi Yo'hanan.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבָּה חַלְּתָא בַּת תְּרֵי כוֹרֵי שְׁרֵי לְטִלְטוּלֵי. בַּת תְּלָתָא כּוֹרֵי אֲסִיר. וְרַב יוֹסֵף אָמַר בַּת שְׁלֹשָׁה כּוֹרֵי שְׁרֵי בַּת אַרְבְּעָה כוֹרֵי אֲסִיר. אָמַר אַבַּיֵּי בְּעָא מִינֵּיהּ דְּמָר בִּשְׁעַת מַעֲשֶׂה וַאֲפִילּוּ בַּת תְּרֵי כוֹרֵי לָא שְׁרָא לִי וְלֵית הִלְכְתָא הָכִי שֶׁיִּתְבַּטֵּל מִתּוֹרַת כְּלִי מֵחֲמַת כָּובְדוֹ דְּאַבַּיֵּי גּוּפֵיהּ לֹא קִבְּלָהּ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מה:) מְנָרְתָּא אָסוּר הוֹאִיל וְאָדָם קוֹבֵעַ לָהּ מָקוֹם: אָמַר אַבַּיֵּי וַהֲרֵי כִּילַּת חֲתָנִים דְּאָדָם קוֹבֵעַ לָהּ מָקוֹם וּמֻותָּר לִנְטוֹתָהּ אוֹ לְפָורְקָהּ בְּשַׁבָּת אֶלָּא אָמַר אַבָּיֵי כו'. וְעוֹד דְּאָמְרִינַן פֶּרֶק בָּתְרָא דְּעֵירוּבִין דַּף קב. הַהִיא שָׁרִיתָא דַּהֲוָת בֵּי ר' פְּדָת דְּהָווּ שָׁקְלִי בֵּי עֲשָׂרָה וְשָׁדוּ לֵיהּ אַדַּשָׁא אֲמַר תּוֹרַת כְּלִי עָלֶיהָ וְהַהִיא אֲסִיתָּא דְּהָוֵי בֵּי מַר שְׁמוּאֵל וְכוּ'. וְהָא דְּקָאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ דַּף קכא. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא פָּמוֹטוֹת שֶׁל בֵּית רַבִּי מֻותָּרוֹת לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ ר' זֵירָא בְּאָדָם אֶחָד אוֹ בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם אֲמַר לֵיהּ כְּאוֹתָן שֶׁל בֵּית אָבִיךָ פֵּירוּשׁ שֶׁהָיוּ גְּדוֹלִים. וּדְלֹא כְּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל שֶׁפֵּירְשׁוּ כְּאוֹתָן שֶׁל בֵּית אָבִיךָ שֶׁהָיוּ קְטַנִּים. וְקָשֶׁה לְפֵירוּשָׁם דְּמוּכָח בְּהֶדְיָא בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מו.) גַּבֵּי מְנוֹרָה דְּהָנֵי גְּדוֹלוֹת דְּלֵית לְהוּ חֲדָקַי לְכֻולֵּי עָלְמָא שָׁרוּ. שָׁם ע"ב תָּנוּ רַבָּנַן שֵׁשׁ תְּקִיעוֹת תּוֹקְעִין עֶרֶב שַׁבָּת. רִאשׁוֹנָה לְבַטֵּל מְלָאכָה שֶׁבַּשָּׂדוֹת שְׁנִיָּה לְבַטֵּל עִיר וַחֲנוּיוֹתֶיהָ שְׁלִישִׁית לְהַדְלִיק אֶת הַנֵּר דִּבְרֵי ר' נָתָן רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אוֹמֵר שְׁלִישִׁית לַחֲלֹוץ תְּפִילִּין. וְשׁוֹהֶה כְּדֵי לִצְלוֹת דָּג קָטָן אוֹ לְהַדְבִּיק פַּת בַּתַּנּוּר וְתוֹקֵעַ וּמֵרִיעַ וְתוֹקֵעַ וְשׁוֹבֵת מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁקַּבָּלַת שַׁבָּת אֵינָהּ תְּלוּיָה בְּהַדְלָקַת הַנֵּר. שֶׁהֲרֵי אַחַר שֶׁהִדְלִיק עֲדַיִין יוּכַל לִצְלוֹת דָּג קָטָן. וְנִרְאֶה דְּקַבָּלַת שַׁבָּת תְּלוּיָה בִּתְפִלַּת עַרְבִית מִדְּקָאָמַר בִּתְפִלַּת הַשַּׁחַר דַּף כז: רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ ר' יִרְמְיָה מִי בָּדְלַתְּ וַאֲמַר לֵיהּ אִין בָּדֵילְנָא וּפָרִיךְ וּמִי בְּדִיל וְהָא אָמַר ר' אָבָהוּ פַּעַם אַחַת הִתְפַּלֵּל ר' שֶׁל שַׁבָּת מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְנִכְנַס לְבֵית הַמֶּרְחָץ וְשָׁנָה לָהֶן פִּרְקָן וַעֲדַיִין לֹא חֲשֵׁיכָה וּמְשַׁנֵּי הַהוּא לְהַזִּיעַ וְקֹודֶם גְּזֵירָה הֲוָה וְתוּ פָּרִיךְ וְהָא אַבָּיֵי שְׁרָא לֵיהּ לְרַב דִּימִי לִכְבָרוֹיֵי סַלֵּי בְּפַנְיָא דִּמְעַלֵּי שַׁבְּתָא וּמְשַׁנֵּי טָעוּתָא הֲוַאי פֵּירוּשׁ שֶׁנִּתְקַשְּׁרוּ שָׁמַיִם בְּעָבִים וּכְסָבוּר שֶׁהָיָה לַיְלָה וְקִבֵּל עָלָיו שַׁבָּת בְּטָעוּת מִכָּל הַדִּין מַשְׁמַע שֶׁקַּבָּלַת שַׁבָּת תְּלוּיָה בִּתְפִלַּת עַרְבִית וְכֵן עַמָּא דְּבַר כְּשֶׁהַחַזָּן אוֹמֵר בָּרְכוּ הַכֹּל פּוֹרְשִׁין מִמְּלָאכָה: הַדְרָן עֲלָךְ בַּמֶּה מַדְלִיקִין
Rabba a dit : une halta (grande corbeille tressée) d'une contenance de deux kor, il est permis de la déplacer ; d'une contenance de trois kor, c'est interdit. Et Rav Yossef a dit : d'une contenance de trois kor, c'est permis ; de quatre kor, c'est interdit. Abaye a dit : j'ai interrogé mon maître au moment où le cas s'est présenté, et même celle de deux kor il ne me l'a pas permise. La halakha ne suit pas cet avis, selon lequel elle perdrait son statut de keli (ustensile) à cause de son poids, car Abaye lui-même ne l'a pas admis, comme nous le disons plus loin au chapitre Kira (Chabbat 45b) : un chandelier [de grande taille] est interdit, puisqu'on lui fixe une place ; Abaye dit : mais voici le dais des mariés, auquel on fixe une place, et pourtant il est permis de le dresser ou de le démonter le Chabbat ; plutôt, dit Abaye, etc. De plus, nous disons au dernier chapitre de Erouvin (102a) : cette poutre qui se trouvait chez Rabbi Pedat, que dix hommes soulevaient pour la poser contre la porte, il a dit qu'elle a statut de keli ; et ce mortier qui se trouvait chez Mar Chemouel, etc. Quant à ce que nous disons à la fin de Kol kitvei hakodech (121a) : Rabbi Hanina a dit, les chandeliers de la maison de Rabbi, il est permis de les déplacer le Chabbat. Rabbi Zeira lui dit : ceux que porte un seul homme, ou ceux que portent deux hommes ? Il lui répondit : comme ceux de la maison de ton père, ce qui veut dire qu'ils étaient grands. Et non comme l'explication de Rachi et de Rabbenou Hananel, qui ont compris comme ceux de la maison de ton père au sens où ils étaient petits. Leur explication fait difficulté, car il est prouvé explicitement au chapitre Kira (Chabbat 46a), à propos du chandelier, que les grands, qui n'ont pas de segments articulés (hidkei), sont permis de l'avis de tous. La-bas, au verso : nos maîtres ont enseigné, on sonne six teki'ot la veille de Chabbat. La première pour faire cesser le travail dans les champs, la deuxième pour faire cesser celui de la ville et de ses boutiques, la troisième pour allumer la lampe, paroles de Rabbi Natan. Rabbi Yehouda haNassi dit : la troisième pour ôter les tefilin. Puis on attend le temps de griller un petit poisson ou de coller un pain dans le four, et l'on sonne teki'a, teroua, teki'a, et l'on chôme. De là il ressort que la réception du Chabbat ne dépend pas de l'allumage de la lampe, puisque après avoir allumé on peut encore griller un petit poisson. Il paraît que la réception du Chabbat dépend de la prière du soir, puisqu'il est dit dans Tefilat hachahar (27b) : Rav priait la prière de Chabbat la veille de Chabbat. Rabbi Yirmeya lui dit : te séparés-tu donc du travail ? Il lui répondit : oui, je m'en sépare. On objecte : s'en sépare-t-il vraiment ? Mais Rabbi Abahou a dit : une fois Rabbi pria la prière de Chabbat la veille de Chabbat, entra au bain, enseigna leur chapitre à ses disciples, et il ne faisait pas encore nuit. On répond : c'était pour transpirer, et avant le décret. On objecte encore : mais Abaye a permis à Rav Dimi de cribler des corbeilles au soir de la veille de Chabbat. On répond : c'était une erreur, c'est-à-dire que le ciel s'était couvert de nuages et qu'il croyait qu'il faisait nuit, de sorte qu'il avait reçu le Chabbat par erreur. De tout cela il ressort que la réception du Chabbat dépend de la prière du soir, et telle est la pratique du peuple : quand l'officiant dit Barekhou, tous cessent le travail. Hadran alakh Bameh madlikin.
💡 Explication

La guemara achève ici la discussion ouverte plus haut sur la hatmana, l'enveloppement d'un plat dans une matière isolante pour le garder chaud. La question porte sur les matières qui ajoutent de la chaleur au lieu de la conserver seulement : pourquoi les interdire dès la veille, alors que l'acte se fait en plein jour et qu'aucune melakha n'est accomplie le Chabbat ?

La première réponse invoque le remets, la cendre chaude où subsiste une braise : le public ne distinguerait pas entre les matières chauffantes. Abaye presse la question, puisque même le remets serait manipulé avant l'entrée du Chabbat. La raison dernière apparaît alors : le plat restera sur le feu pendant la nuit, et l'homme risque de remuer les braises pour hâter la cuisson, ce qui constitue une faute de Torah.

🖼️ Schéma
Pourquoi interdire la hatmana chaude dès la veille ? Le fait vise Envelopper de jour dans du guefet, du fumier... Première raison Crainte du remets : cendre mêlée de braises. Objection d'Abaye Qu'il enveloppe donc : l'acte se fait encore de jour. Raison dernière Décret, de peur qu'il ne remue les braises une fois la nuit tombée. Rachi : le risque naît de la marmite non cuite à point, et le décret s'étend même au plat déjà cuit, tant que les braises ne sont ni balayées ni couvertes de cendre.
Le décret sur la hatmana chaude, de l'objection d'Abaye à la raison dernière.
2
תָּנוּ רַבָּנַן: בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת סָפֵק מִן הַיּוֹם וּמִן הַלַּיְלָה, סָפֵק כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם, סָפֵק כֻּולּוֹ מִן הַלַּיְלָה — מְטִילִין אוֹתוֹ לְחֹומֶר שְׁנֵי יָמִים.

Nos maîtres ont enseigné : le bein hachemachot (l'entre-deux-soleils, le crépuscule) - on doute s'il tient du jour et de la nuit, on doute s'il est tout entier du jour, on doute s'il est tout entier de la nuit : on lui applique la rigueur des deux jours.

📜 Rachi (2)
מִן הַיּוֹם וּמִן הַלַּיְלָה כְּלוֹמַר סָפֵק יֵשׁ בּוֹ מִשְּׁנֵיהֶם:
Du jour et de la nuit : c'est-à-dire qu'il y a un doute selon lequel il tiendrait des deux.
סָפֵק כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם סָפֵק כֻּולּוֹ מִן הַלַּיְלָה הֲרֵי ג' סְפֵיקוֹת לְפִיכָךְ מְטִילִין עָלָיו חֹומֶר שְׁנֵי הַיָּמִים וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ לְמַאי הִילְכְתָא שַׁייָּךְ לוֹמַר שֶׁמָּא יֵשׁ בּוֹ מִשְּׁנֵיהֶם:
On doute s'il est tout entier du jour, on doute s'il est tout entier de la nuit : voilà trois doutes ; c'est pourquoi on lui applique la rigueur des deux jours. Plus loin, la guemara explique pour quelle halakha il y a lieu de dire qu'il tient peut-être des deux.
💡 Explication

La baraita ouvre le grand sujet du folio. Le bein hachemachot est le laps qui sépare le coucher du soleil de la nuit installée. Son statut demeure incertain, et la baraita énumère trois possibilités : ce laps se partage entre le jour et la nuit, il appartient tout entier au jour qui finit, ou tout entier à la nuit qui commence.

La conséquence est énoncée d'un mot : matilin oto le-homer chenei yamim, on lui impose la rigueur des deux jours. Toute sévérité qui vaut la veille et toute sévérité qui vaut le lendemain s'appliquent à lui. Rachi annonce que la guemara cherchera plus bas un cas où le premier doute, celui du partage, produit un effet propre.

3
וְאֵיזֶהוּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת? — מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה כָּל זְמַן שֶׁפְּנֵי מִזְרָח מַאֲדִימִין. הִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן וְלֹא הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן — בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן וְהִשְׁוָה לַתַּחְתּוֹן — זֶהוּ לַיְלָה, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי נְחֶמְיָה אוֹמֵר: כְּדֵי שֶׁיְּהַלֵּךְ אָדָם מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה חֲצִי מִיל. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כְּהֶרֶף עַיִן, זֶה נִכְנָס וְזֶה יוֹצֵא, וְאִי אֶפְשָׁר לַעֲמֹוד עָלָיו.

Et qu'est-ce que le bein hachemachot ? Depuis que le soleil s'est couché, tant que la face orientale du ciel rougeoie.

Si la partie basse a pâli et que la partie haute n'a pas pâli, c'est le bein hachemachot. Si la partie haute a pâli et s'est égalisée à la partie basse, c'est la nuit.

Telles sont les paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Nehemia dit : le temps qu'un homme marche un demi-mil depuis que le soleil s'est couché.

Rabbi Yossi dit : le bein hachemachot est comme un clin d'œil, celui-ci entre et celui-là sort, et il est impossible de le saisir.

📜 Rachi (7)
מַאְדִּימִין שֶׁנִּרְאֶה אַדְמוּמִית חַמָּה בְּעָבִים:
Rougeoie : car on voit la rougeur du soleil dans les nuages.
הִכְסִיף הִשְׁחִיר:
A pâli : a noirci.
הַתַּחְתּוֹן תַּחְתּוֹן שֶׁל כִּיפַּת הָרָקִיעַ הַסְּמוּכָה לָאָרֶץ:
La partie basse : le bas de la voûte du firmament, celle qui est proche de la terre.
עֶלְיוֹן גָּובְהָהּ שֶׁל כִּפָּה אֵינָהּ מְמַהֶרֶת לְהַכְסִיף וּלְקַמָּן פָּרִיךְ מַאי קָאָמַר דְּקַשְׁיָא סֵיפָא אַרֵישָׁא:
La partie haute : le sommet de la voûte, qui tarde à pâlir. Plus loin la guemara objecte : que veut-il dire ? car la fin de la baraita contredit son début.
חֲצִי מִיל זֶהוּ שִׁיעוּר אֹורֶךְ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וּלְאַחַר חֲצִי מִיל הָוֵי לַיְלָה:
Un demi-mil : telle est la mesure de la durée du bein hachemachot, et passe ce demi-mil c'est la nuit.
כְּהֶרֶף עַיִן כְּשִׁיעוּר קְרִיצַת עַיִן בְּרִפְיוֹן וְלֹא בַּחֲזָקָה:
Comme un clin d'œil : le temps de fermer l'œil mollement, et non avec force.
זֶה נִכְנָס הַלַּיְלָה נִכְנָס וְהַיּוֹם יוֹצֵא יְצִיאַת זֶה עִם כְּנִיסַת זֶה כְּשֶׁהֵם מִתְפָּרְשִׁין קֶרִי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְכֹל דְּמִקַּמֵּי הָכֵי הָוֵי יוֹם מְעַלְּיָא:
Celui-ci entre : la nuit entre et le jour sort ; la sortie de l'un avec l'entrée de l'autre, au moment où ils se séparent, voilà ce qu'on appelle bein hachemachot, et tout ce qui précède est du plein jour.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כְּהֶרֶף עַיִן פֵּירֵשׁ רַשְׁבָּ"א דְּאֵין לְהִסְתַּפֵּק בּוֹ אֶלָּא כְּשֶׁהוּא כְּהֶרֶף עַיִן וְלֹא בִּזְמַן גָּדוֹל כְּמוֹ שֶׁמִּסְתַּפֵּק בּוֹ תַּנָּא קַמָּא אֲבָל אֵין לְפָרֵשׁ רַבִּי יוֹסֵי אֵין מִסְתַּפֵּק בְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת כְּלָל וְהָכִי קָאָמַר כְּהֶרֶף עַיִן אֲנִי מַכִּיר וּבָקִי בּוֹ מָתַי זֶה נִכְנָס וְזֶה יוֹצֵא וְיוֹדֵעַ אֲנִי מָתַי הוּא יוֹם מָתַי הוּא לַיְלָה דְּהָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּמַסֶּכֶת זָבִים בפ"ק קָתָנֵי וְכֵן הָיָה ר' יוֹסֵי אוֹמֵר רָאָה אֶחָד בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְאֶחָד וַדַּאי סָפֵק לְטֻומְאָה וּלְקָרְבָּן פֵּירוּשׁ שֶׁרָאָה בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת ביה"ש וּבְיוֹם שֵׁנִי רָאָה בַּיּוֹם סָפֵק לְטֻומְאָה דְּשֶׁמָּא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם וְהָוֵי יוֹם מַפְסִיק וְטָהוֹר אוֹ שֶׁמָּא כֻּולּוֹ מִן הַלַּיְלָה וְהָווּ שְׁנֵי יָמִים רְצוּפִין וְטָמֵא וְשֶׁמָּא מִן הַיּוֹם וּמִן הַלַּיְלָה וְאִיכָּא שְׁלֹשָׁה יָמִים רְצוּפִין וְחַיָּיב קָרְבָּן אַלְמָא דְּר' יוֹסֵי נָמֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ בְּהַהוּא כְּהֶרֶף עַיִן:
Rabbi Yossi dit : le bein hachemachot est comme un clin d'œil : le Rachba a expliqué qu'on ne doute qu'à l'intérieur de ce clin d'œil, et non sur une longue durée comme en doute le tana kama. En revanche on ne saurait expliquer que Rabbi Yossi ne doute pas du tout sur le bein hachemachot, et qu'il voudrait dire : durant ce clin d'œil, je reconnais et je sais quand celui-ci entre et celui-là sort, et je sais quand il fait jour et quand il fait nuit. Car dans la Tossefta du traité Zavim, au premier chapitre, il est enseigné : ainsi disait Rabbi Yossi, s'il a vu une fois au bein hachemachot et une fois de manière certaine, il y a doute quant à la toum'a (impureté) et quant au korban (sacrifice). Cela veut dire qu'il a vu à la sortie du Chabbat pendant le bein hachemachot, et que le deuxième jour il a vu en plein jour : doute quant à la toum'a, car peut-être le bein hachemachot est-il tout entier du jour, auquel cas un jour fait coupure et il est pur ; ou peut-être est-il tout entier de la nuit, auquel cas ce sont deux jours consécutifs et il est impur ; ou peut-être tient-il du jour et de la nuit, auquel cas il y a trois jours consécutifs et il est tenu d'un korban. Il ressort donc que Rabbi Yossi lui aussi tient pour douteux ce clin d'œil.
💡 Explication

Rabbi Yehouda définit le crépuscule par l'observation du ciel. Le verbe hiksif, que Rachi glose par noircir, décrit la perte de la couleur. La voûte céleste se lit en deux registres : la partie basse, proche de l'horizon, et la partie haute, au sommet, qui garde sa clarté plus longtemps. Trois états se succèdent donc, et la nuit commence quand le haut rejoint le bas.

Rabbi Nehemia substitue une mesure de temps à l'observation : la durée de marche d'un demi-mil. Rabbi Yossi réduit le crépuscule à un instant insaisissable, keheref ayin. Tossefot précise au nom du Rachba que cet instant demeure douteux : Rabbi Yossi resserre l'intervalle du doute, il ne le supprime pas, comme le prouve la Tossefta de Zavim.

🖼️ Schéma
Les signes du ciel selon Rabbi Yehouda Le bas de la voûte est proche de l'horizon, le haut est le sommet du ciel. bas rouge haut clair État 1 La face orientale rougeoie. Rachi : le bas n'a pas encore pâli. bas pâli haut encore clair État 2 Le bas a pâli, le haut non. Rachi : le sommet tarde à pâlir. haut et bas égalisés État 3 Le haut a pâli et s'est égalisé au bas. Selon Rabba : encore bein hachemachot Selon Rav Yossef : encore plein jour Bein hachemachot État 3 : nuit
Les trois états du ciel : orient rouge, bas pâli, haut égalisé au bas.
4
אָמַר מָר: מְטִילִין אוֹתוֹ לְחֹומֶר שְׁנֵי יָמִים. לְמַאי הִלְכְתָא? אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ לְעִנְיַן טֻומְאָה, כְּדִתְנַן: רָאָה שְׁנֵי יָמִים בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת — סָפֵק לְטֻומְאָה וּלְקָרְבָּן. רָאָה יוֹם אֶחָד בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת — סָפֵק לַטֻּומְאָה.

Le Maître a dit : on lui applique la rigueur des deux jours. Pour quelle halakha ?

Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : quant à la toum'a (l'impureté), comme nous l'apprenons dans la michna : s'il a vu deux jours au bein hachemachot, il y a doute quant à la toum'a et quant au korban ; s'il a vu un seul jour au bein hachemachot, il y a doute quant à la toum'a.

📜 Rachi (4)
לְמַאי הִילְכְתָא יָטִילוּ עָלָיו סָפֵק שֶׁמָּא מִשְּׁנֵיהֶם יֵשׁ בּוֹ בִּשְׁלָמָא סָפֵק כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם אִיכָּא לְמֵימַר לְעִנְיַן מוֹצָאֵי שַׁבָּת לְהָבִיא אָשָׁם תָּלוּי סָפֵק כֻּולּוֹ מִן הַלַּיְלָה לְעִנְיַן לֵילֵי שַׁבָּת אֶלָּא חֹומֶר שְׁנֵיהֶם לְמַאי הִילְכְתָא:
Pour quelle halakha : lui imposerait-on le doute qu'il tienne peut-être des deux ? Le doute qu'il soit tout entier du jour, passe encore : on peut l'invoquer pour la sortie du Chabbat, afin d'apporter un acham talouy (sacrifice de culpabilité suspendu) ; le doute qu'il soit tout entier de la nuit vaut pour la nuit du Chabbat ; mais la rigueur des deux ensemble, pour quelle halakha ?
רָאָה שְׁנֵי ביה"ש זִיבָה דְּזָב מְטַמֵּא בַּיָּמִים וּבִרְאִיּוֹת בֵּין שֶׁרָאָה שְׁתַּיִם בְּיוֹם אֶחָד בֵּין שֶׁרָאָה שְׁתַּיִם בִּשְׁנֵי יָמִים רְצוּפִים בֵּין שֶׁרָאָה אַחַת בִּשְׁנֵי יָמִים כְּגוֹן בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת חֲשִׁיב לֵיהּ כִּשְׁתֵּי רְאִיּוֹת מִשּׁוּם יָמִים דְּיָלְפִינַן מִלְּזָכָר וְלִנְקֵבָה מַה נְקֵבָה בְּיָמִים אַף זָכָר בְּיָמִים וּרְאִיּוֹת בְּגוּפֵיהּ מִיפָּרְשָׁא כִּדְתַנְיָא בִּמְגִילָּה (דַּף ח.) מָנָה הַכָּתוּב שְׁתַּיִם וּקְרָאוֹ טָמֵא כו':
S'il a vu deux fois au bein hachemachot : l'écoulement du zav rend impur par les jours et par les vues (ré'iyot), qu'il ait vu deux fois en un seul jour, ou deux fois en deux jours consécutifs, ou une fois en deux jours. Ainsi, au bein hachemachot, on le compte comme deux vues au titre des jours, car nous le déduisons du verset pour le mâle et pour la femelle : de même que la femelle compte par jours, de même le mâle compte par jours ; et les vues sont explicitées dans le texte lui-même, comme il est enseigné dans Meguila (8a) : l'Écriture en a compté deux et l'a appelé impur, etc.
סָפֵק לְטֻומְאָה וּלְקָרְבָּן סָפֵק טָמֵא סָפֵק טָהוֹר סָפֵק חַיָּיב קָרְבָּן עִם הַטֻּומְאָה סָפֵק אֵינוֹ חַייָּב קָרְבָּן אֲבָל טָמֵא שִׁבְעָה דְּזָב בַּעַל שְׁתֵּי רְאִיּוֹת אוֹ שְׁנֵי יָמִים כָּל תּוֹרַת טֻומְאַת זָבִין עָלָיו וּשְׁלִישִׁי מְבִיאָתוֹ לִידֵי קָרְבָּן וְזֶה שֶׁרָאָה שְׁנֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת סָפֵק יוֹם אֶחָד הוּא וְטָמֵא בִּשְׁנֵי רְאִיּוֹת אוֹ שְׁנֵי יָמִים רְצוּפֵין הֵן וְטָמֵא נָמֵי בְּתוֹרַת יָמִים סָפֵק ב' יָמִים שֶׁאֵין רְצוּפֵין הֵן וְטָהוֹר מִטֻּומְאַת שִׁבְעָה אֶלָּא כְּבַעַל קֶרִי בְּעָלְמָא דְּלָאו שְׁתֵּי רְאִיּוֹת בְּיוֹם אֶחָד אִיכָּא וְלֹא שְׁנֵי יָמִים רְצוּפִין אִיכָּא סָפֵק שֶׁהֵן ג' יָמִים רְצוּפִין דְּזָב גָּמוּר הוּא אַף לְקָרְבָּן כֵּיצַד שֶׁמָּא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת הָרִאשׁוֹן כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם וביה"ש הַשֵּׁנִי כֻּולּוֹ מִן הַלַּיְלָה וְנִמְצָא יוֹם אֶחָד הֶפְסֵק בֵּינְתַייִם וְטָהוֹר אוֹ שְׁנֵיהֶם מִן הַיּוֹם דְּהָווּ לְהוּ שְׁנֵי יָמִים רְצוּפִין וְכֵן אִם שְׁנֵיהֶם מִן הַלַּיְלָה הָווּ לְהוּ נַמֵּי שְׁנֵי יָמִים רְצוּפִין אוֹ שֶׁמָּא אִם הָרִאשׁוֹן מִן הַלַּיְלָה וְהַשֵּׁנִי מִן הַיּוֹם הָווּ לְהוּ נַמֵּי שְׁתֵּי רְאִיּוֹת בְּיוֹם אֶחָד וְטָמֵא שִׁבְעָה בְּכָל אֵלּוּ וְאֵין כָּאן קָרְבָּן אוֹ שֶׁמָּא שְׁתֵּיהֶן הָרְאִיּוֹת הָיוּ מִקְצָתָן בַּיּוֹם וּמִקְצָתָן בַּלַּיְלָה וְיֵשׁ כָּאן שְׁלֹשָׁה רְצוּפִים וְכֵן אִם הָרִאשׁוֹנָה מִקְצָתָהּ בַּיּוֹם וּמִקְצָתָהּ בַּלַּיְלָה וְהַשְּׁנִיָּה כֻּולָּהּ מִן הַלַּיְלָה אוֹ הָרִאשׁוֹנָה כֻּולָּהּ מִן הַיּוֹם וְהַשְּׁנִיָּה מִקְצָתָהּ בַּיּוֹם וּמִקְצָתָהּ בַּלַּיְלָה הָווּ לְהוּ ג' יָמִים רְצוּפִין וְטָעוּן קָרְבָּן הִלְכָּךְ סָפֵק אַף לְקָרְבָּן וּמֵבִיא חַטַּאת הָעוֹף הַבָּאָה עַל הַסָּפֵק וְאֵין נֶאֱכֶלֶת דְּשֶׁמָּא לָאו בַּר קָרְבָּן הוּא וּמְלִיקַת חֻולִּין נְבֵלָה:
Doute quant à la toum'a et quant au korban : doute s'il est impur, doute s'il est pur ; doute s'il est tenu d'un korban en plus de la toum'a, doute s'il n'y est pas tenu tout en étant impur sept jours. Car le zav qui a deux vues, ou deux jours, relève de tout le régime de l'impureté des zavim, et la troisième vue l'amène au korban. Or celui qui a vu à deux bein hachemachot : peut-être n'est-ce là qu'un seul jour, et il est impur au titre de deux vues ; ou bien ce sont deux jours consécutifs, et il est impur également au titre des jours ; peut-être sont-ce deux jours non consécutifs, et il est alors pur de l'impureté de sept jours, restant un simple baal keri, puisqu'il n'y a ni deux vues en un seul jour ni deux jours consécutifs ; peut-être enfin sont-ce trois jours consécutifs, et il est alors zav accompli, tenu même au korban. Comment cela ? Peut-être le premier bein hachemachot est-il tout entier du jour et le second bein hachemachot tout entier de la nuit : il se trouve alors qu'un jour fait coupure entre les deux, et il est pur. Ou bien les deux tiennent du jour, et ce sont deux jours consécutifs ; de même si les deux tiennent de la nuit, ce sont également deux jours consécutifs ; ou encore, si le premier tient de la nuit et le second du jour, ce sont deux vues en un seul jour : dans tous ces cas il est impur sept jours et il n'y a pas de korban. Ou peut-être les deux vues ont-elles eu lieu pour partie de jour et pour partie de nuit, et il y a alors trois jours consécutifs ; de même si la première fut pour partie de jour et pour partie de nuit et la seconde tout entière de la nuit, ou la première tout entière du jour et la seconde pour partie de jour et pour partie de nuit : ce sont trois jours consécutifs et il doit un korban. Il y a donc doute même quant au korban : il apporte un hatat ha-of (expiatoire d'oiseau) qui vient sur un doute, et elle ne se mange pas, car peut-être n'est-il pas tenu au korban, et la melika (égorgement par la nuque) d'un oiseau de houlin en fait une nevela.
רָאָה אַחַת ביה"ש סָפֵק לְטֻומְאָה שֶׁמָּא מִקְצָתָהּ בַּיּוֹם וּמִקְצָתָהּ בַּלַּיְלָה וְהַיְינוּ חֹומֶר ב' יָמִים וְטָמֵא ז' אוֹ שֶׁמָּא כֻּולָּהּ אוֹ מִן הַיּוֹם אוֹ מִן הַלַּיְלָה וְאֵין כָּאן אֶלָּא אַחַת:
S'il a vu une fois au bein hachemachot, il y a doute quant à la toum'a : peut-être cela s'est-il produit pour partie de jour et pour partie de nuit, et telle est la rigueur des deux jours, de sorte qu'il est impur sept jours ; ou peut-être cela s'est-il produit tout entier du jour ou tout entier de la nuit, et il n'y a là qu'une seule vue.
🗂️ Tossefot (1)
סָפֵק לְטֻומְאָה וּלְקָרְבָּן פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּשֶׁמָּא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת רִאשׁוֹן כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם וְשֵׁנִי כֻּולּוֹ מִן הַלַּיְלָה ול"נ דְּאִי רִאשׁוֹן כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם שֵׁנִי נָמֵי כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם וְתוּ דְּאָמַר לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין (שַׁבָּת דַּף לה:) הָעוֹשֶׂה מְלָאכָה בִּשְׁנֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת חַיָּיב חַטָּאת מִמַּה נַפְשָׁךְ וּלְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס הָא אִיכָּא לְמֵימַר שֶׁמָּא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דע"ש כֻּולּוֹ יוֹם וּמוֹצָאֵי שַׁבָּת כֻּולּוֹ לַיְלָה וְלֹא יִתְחַייֵּב חַטָּאת אֶלָּא אָשָׁם וּמְפָרֵשׁ רַשְׁבָּ"ם סָפֵק לְטֻומְאָה וּלְקָרְבָּן שֶׁרָאָה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וביה"ש דְּמוֹצָאֵי יוֹם שֵׁנִי דְּשֶׁמָּא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שְׁנֵיהֶם כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם אוֹ כֻּולּוֹ מִן הַלַּיְלָה מַפְסִיק יוֹם אֶחָד בֵּינְתַיִם וְאֵין כָּאן טֻומְאָה אוֹ שֶׁמָּא חֶצְיוֹ מִן הַיּוֹם וְחֶצְיוֹ מִן הַלַּיְלָה וְהָווּ רְצוּפֵין וְטָמֵא טֻומְאַת שִׁבְעָה וּמִתְחַייֵּב קָרְבָּן וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ חֲדָא דִּשְׁנֵי יָמִים בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מַשְׁמַע רְצוּפֵין וְעוֹד דִּלְפִי זֶה לָא מַשְׁכַּחַת טֻומְאַת ז' בְּלֹא קָרְבָּן וְלִישָּׁנָא מַשְׁמַע סְפֵק טֻומְאָה לְחוּד וּלְקָרְבָּן לְחוּד וְעוֹד קָשֶׁה לר"י דְּאִם מַייְרֵי כְּשֶׁרָאָה כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כְּמוֹ הָעוֹשֶׂה מְלָאכָה שְׁנֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כְּדִמְפָרֵשׁ רַשְׁבָּ"ם א"כ בִּרְאִיָּה אַחַת חַיָּיב קָרְבָּן דְּהָא ביה"ש הָוֵי לְכָל הַפָּחוֹת חֲצִי מִיל דְּהָווּ אֶלֶף אַמָּה דְּשִׁיעוּר מִיל הָוֵי אַלְפַּיִם אַמָּה כִּדְפֵי' רַשִׁ"י בְּפֶרֶק שְׁנֵי שְׂעִירִים (יוֹמָא דַּף ס'. וְשָׁם) וְאָמַר בְּפֶרֶק ד' מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף סנ.) רָאָה אַחַת מְרֻובָּה כג' שֶׁהִיא כְּמִגַּדְיוֹן לְשִׁילֹה שֶׁהֵם שְׁתֵּי טְבִילוֹת וּשְׁנֵי סִיפּוּגִין הֲרֵי זֶה זָב גָּמוּר וּבַתּוֹסֶפְתָּא בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת זָבִין מַשְׁמַע הַיְינוּ שִׁיעוּר ק' אַמָּה לְכָךְ מְפָרֵשׁ ר"ת דְּמַייְרֵי שֶׁלֹּא רָאָה כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אֶלָּא שָׁעָה אַחַת מוּעֶטֶת דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת זֶה וְשָׁעָה אַחֶרֶת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אַחֵר וּבְכָל שֶׁהוּא שֶׁבֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת יֵשׁ לְהִסְתַּפֵּק שֶׁמָּא כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם אוֹ כֻּולּוֹ מִן הַלַּיְלָה אוֹ חֶצְיוֹ יוֹם וַחֲצִי לַיְלָה וְהַשְׁתָּא אָתֵי שַׁפִּיר דְּסָפֵק לְטֻומְאָה דְּשֶׁמָּא הָרִאשׁוֹן כֻּולּוֹ מִן הַיּוֹם וְהַשֵּׁנִי כֻּולּוֹ מִן הַלַּיְלָה וּמַפְסִיק יוֹם בֵּינְתַיִם אוֹ שֶׁמָּא תַּרְוַיְיהוּ יוֹם אוֹ תַּרְוַייְהוּ. לַיְלָה וְאִיכָּא ב' יָמִים רְצוּפִין וְסָפֵק לְקָרְבָּן שֶׁמָּא הָרִאשׁוֹן מִן הַיּוֹם וּמִן הַלַּיְלָה וְהַשֵּׁנִי לַיְלָה אוֹ הָא' יוֹם וְהַב' חֶצְיוֹ יוֹם וְחֶצְיוֹ לַיְלָה וְאִיכָּא ג' רְצוּפֵין וְהַהִיא דְּהָעוֹשֶׂה מְלָאכָה בִּשְׁנֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת הַיְינוּ שֶׁעָשָׂה כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אוֹ שֶׁעָשָׂה בִּשְׁנֵיהֶם בִּתְחִילַּת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְכֵן הָא דְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּמַסֶּכֶת זָבִים בפ"ק דִּשְׁנֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וַדַּאי לַטֻּומְאָה וְסָפֵק לַקָּרְבָּן מַייְרֵי נָמֵי דְּיָדְעִינַן כְּגוֹן שֶׁרָאָה בִּשְׁנֵיהֶם בִּתְחִילַּת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְעוֹד י"ל דְּמַייְרֵי כְּשֶׁרָאָה כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּר' יוֹסֵי תָּנֵי לָהּ דְּאָמַר בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כְּהֶרֶף עַיִן וְלֵיכָּא בֵּיהּ שִׁיעוּר שְׁלֹשָׁה רְאִיּוֹת:
Doute quant à la toum'a et quant au korban : le Kountrass (Rachi) a expliqué que peut-être le premier bein hachemachot est tout entier du jour et le second tout entier de la nuit. Cela ne me paraît pas juste, car si le premier est tout entier du jour, le second l'est aussi tout entier du jour. En outre, il est dit plus loin dans notre sougya (Chabbat 35b) : celui qui accomplit un travail durant deux bein hachemachot est tenu d'un hatat (expiatoire) de toute façon ; or, selon l'explication du Kountrass, on pourrait dire que le bein hachemachot de la veille du Chabbat fut tout entier jour et celui de la sortie du Chabbat tout entier nuit, de sorte qu'il ne serait tenu que d'un acham et non d'un hatat. Le Rachbam explique que le doute quant à la toum'a et quant au korban vise celui qui a vu au bein hachemachot de la sortie du Chabbat et au bein hachemachot de la sortie du deuxième jour : peut-être les deux bein hachemachot sont-ils tout entiers du jour, ou tout entiers de la nuit, un jour faisant coupure entre les deux, et il n'y a pas de toum'a ; ou peut-être chacun est-il moitié du jour et moitié de la nuit, auquel cas ils sont consécutifs, il est impur de l'impureté de sept jours et il devient tenu d'un korban. Son explication fait difficulté. D'abord, deux jours de bein hachemachot indique des jours consécutifs. Ensuite, selon cela, on ne trouverait jamais l'impureté de sept jours sans korban, alors que la formulation indique un doute pour la toum'a d'une part et pour le korban d'autre part. Le Ri soulève une autre difficulté : s'il s'agit d'un cas où il a vu durant tout le bein hachemachot, comme dans celui qui accomplit un travail durant deux bein hachemachot selon l'explication du Rachbam, alors il serait tenu d'un korban pour une seule vue, puisque le bein hachemachot dure au moins un demi-mil, soit mille amot, la mesure du mil étant de deux mille amot, comme l'a expliqué Rachi au chapitre Chnei se'irim (Yoma 60a et là-bas) ; or il est dit au chapitre Arba mitot (Sanhédrin 64a) : s'il a vu une seule émission prolongée comme trois, c'est-à-dire de la durée du trajet de Guedyon à Chilo, qui vaut deux immersions et deux essuyages, celui-là est un zav accompli ; et la Tossefta, au début du traité Zavim, indique que cette mesure est de cent amot. C'est pourquoi Rabbenou Tam explique qu'il s'agit d'un cas où il n'a pas vu durant tout le bein hachemachot, mais durant un court instant de ce bein hachemachot-ci et un autre instant de cet autre bein hachemachot ; et pour n'importe quelle fraction du bein hachemachot il y a lieu de douter : peut-être est-elle tout entière du jour, ou tout entière de la nuit, ou moitié jour et moitié nuit. Dès lors tout s'accorde. Doute quant à la toum'a : peut-être le premier est-il tout entier du jour et le second tout entier de la nuit, un jour faisant coupure entre les deux ; ou peut-être les deux tiennent-ils du jour, ou les deux de la nuit, auquel cas il y a deux jours consécutifs. Doute quant au korban : peut-être le premier tient-il du jour et de la nuit et le second de la nuit, ou le premier du jour et le second moitié jour et moitié nuit, auquel cas il y a trois jours consécutifs. Quant au cas de celui qui accomplit un travail durant deux bein hachemachot, il s'agit de celui qui a agi durant tout le bein hachemachot, ou bien qui a agi dans les deux au début du bein hachemachot. De même, ce qui est enseigné dans la Tossefta du traité Zavim, au premier chapitre, que pour deux bein hachemachot c'est certain quant à la toum'a et douteux quant au korban, traite également d'un cas où nous le savons, par exemple s'il a vu dans les deux au début du bein hachemachot. On peut encore dire qu'il s'agit d'un cas où il a vu durant tout le bein hachemachot, et que c'est Rabbi Yossi qui l'enseigne, lui qui dit que le bein hachemachot est comme un clin d'œil, de sorte qu'il n'y a pas en lui la mesure de trois vues.
💡 Explication

La guemara cherche une halakha où le premier doute, celui du partage entre jour et nuit, produit un effet propre. Rav Houna fils de Rav Yehochoua la trouve dans le zav, l'homme atteint d'un écoulement. Son statut se compte par re'iyot (les vues, c'est-à-dire les émissions) et par jours : deux vues ou deux jours entraînent l'impureté de sept jours, trois entraînent en plus un korban.

Celui qui a vu à deux crépuscules successifs échappe à toute certitude. Selon la répartition retenue, on aboutit à un homme pur, à un impur sans sacrifice, ou à un zav accompli. Le premier doute devient ici opératoire : c'est lui seul qui permet de compter trois jours à partir de deux vues. Rachi conclut sur le hatat ha-of apporté sur un doute, qui ne se consomme pas.

🖼️ Schéma
Le zav qui a vu à deux bein hachemachot Deux vues, mais on ignore à quel jour chacune se rattache. Hypothèse A Le premier tout entier du jour, le second tout entier de la nuit. Un jour fait coupure. Pur : simple baal keri. Hypothèse B Les deux du jour, ou les deux de la nuit, ou deux vues tombant le même jour. Impur sept jours, sans korban. Hypothèse C Une vue au moins tient du jour et de la nuit : trois jours consécutifs. Zav accompli, tenu au korban. Résultat : safek le-toum'a ou-le-korban Doute sur l'impureté et doute sur le sacrifice, chacun séparément. Conséquence pratique Il apporte un hatat ha-of venant sur un doute, et elle ne se mange pas.
Les trois issues possibles pour le zav qui a vu à deux crépuscules.
5
הָא גּוּפָהּ קַשְׁיָא. אָמְרַתְּ אֵיזֶהוּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת — מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה, כָּל זְמַן שֶׁפְּנֵי מִזְרָח מַאֲדִימִין. הָא הִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן וְלֹא הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן — לַיְלָה הוּא. וַהֲדַר תָּנֵי: הִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן וְלֹא הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן — בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. אָמַר רַבָּה אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּרֹוךְ וּתְנִי: אֵיזֶהוּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת — מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה כָּל זְמַן שֶׁפְּנֵי מִזְרָח מַאֲדִימִין. וְהִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן וְלֹא הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן — נָמֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן וְהִשְׁוָה לַתַּחְתּוֹן — לַיְלָה. וְרַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל, הָכִי קָתָנֵי: מִשֶּׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה כָּל זְמַן שֶׁפְּנֵי מִזְרָח מַאֲדִימִין — יוֹם. הִכְסִיף הַתַּחְתּוֹן וְלֹא הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן — בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. הִכְסִיף הָעֶלְיוֹן וְהִשְׁוָה לַתַּחְתּוֹן — לַיְלָה.

Cette baraita elle-même fait difficulté. Tu as dit : qu'est-ce que le bein hachemachot ?

Depuis que le soleil s'est couché, tant que la face orientale rougeoie. Il en ressort que si la partie basse a pâli et que la partie haute n'a pas pâli, c'est déjà la nuit.

Or elle enseigne ensuite : si la partie basse a pâli et que la partie haute n'a pas pâli, c'est le bein hachemachot. Rabba a dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chemouel : réunis les deux propositions et enseigne ainsi - qu'est-ce que le bein hachemachot ?

Depuis que le soleil s'est couché, tant que la face orientale rougeoie ; et si la partie basse a pâli sans que la partie haute ait pâli, c'est aussi le bein hachemachot ; si la partie haute a pâli et s'est égalisée à la partie basse, c'est la nuit. Et Rav Yossef a dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chemouel : voici ce qu'elle enseigne - depuis que le soleil s'est couché, tant que la face orientale rougeoie, c'est le jour ; si la partie basse a pâli sans que la partie haute ait pâli, c'est le bein hachemachot ; si la partie haute a pâli et s'est égalisée à la partie basse, c'est la nuit.

📜 Rachi (2)
פְּנֵי מִזְרָח מַאְדִּימִים עֲדַייִן לֹא הִכְסִיף אַפֵּי' תַּחְתּוֹן:
La face orientale rougeoie : la partie basse elle-même n'a pas encore pâli.
כְּרֹוךְ וּתְנִי שְׁנֵי הַדְּבָרִים בְּכֶרֶךְ אֶחָד בַּתּוֹרָה אַחַת:
Réunis et enseigne : les deux propositions en un seul bloc, comme un énoncé unique.
💡 Explication

La baraita se contredit. Son ouverture limite le crépuscule à la période où l'orient rougeoie, ce qui range l'état suivant, le bas déjà pâli, du côté de la nuit. Sa suite range pourtant ce même état dans le bein hachemachot. La guemara signale l'incohérence par la formule ha goufa kachia.

Deux lectures sont proposées, toutes deux au nom de Rav Yehouda au nom de Chemouel. Rabba dit kerokh ou-teni, réunis les deux clauses : les deux états relèvent ensemble du crépuscule, qui se trouve long. Rav Yossef dit hakhi katani, voici le sens exact : l'orient rouge appartient encore au jour, et le crépuscule commence seulement au second état, ce qui le rend court.

🖼️ Schéma
La baraita se contredit : deux lectures, deux mesures Ha goufa kachia Le début laisse entendre que l'état 2 est déjà la nuit ; la suite enseigne que l'état 2 est le bein hachemachot. Rabba au nom de Rav Yehouda Kerokh ou-teni : réunis les deux État 1 (orient rouge) : bein hachemachot État 2 (bas pâli) : bein hachemachot aussi État 3 (haut égalisé) : nuit Le crépuscule couvre deux états : il est long. Rav Yossef au nom de Rav Yehouda Hakhi katani : voici ce qu'elle enseigne État 1 (orient rouge) : encore le jour État 2 (bas pâli) : bein hachemachot État 3 (haut égalisé) : nuit Le crépuscule couvre un seul état : il est court. Chiour : trois quarts de mil Chiour : deux parties de mil
La contradiction de la baraita et les deux relectures amoraiques.
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וְאַזֵּדוֹ לְטַעְמַיְיהוּ, דְּאִיתְּמַר: שִׁיעוּר בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת בְּכַמָּה? אָמַר רַבָּה אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: שְׁלֹשָׁה חֶלְקֵי מִיל. מַאי שְׁלֹשָׁה חֶלְקֵי מִיל? אִילֵימָא תְּלָתָא פַּלְגֵי מִילָא — נֵימָא מִיל וּמֶחֱצָה. אֶלָּא תְּלָתָא תִּילְתֵי מִילָא — נֵימָא מִיל. אֶלָּא: תְּלָתָא רִיבְעֵי מִילֵּא. וְרַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: שְׁנֵי חֶלְקֵי מִיל. מַאי שְׁנֵי חֶלְקֵי מִיל? אִילֵימָא תְּרֵי פַּלְגֵי מִילָא — לֵימָא מִיל. וְאֶלָּא תְּרֵי רִבְעֵי מִילָא — לֵימָא חֲצִי מִיל. אֶלָּא

Et ils suivent chacun leur propre raisonnement, car il a été dit : quelle est la mesure du bein hachemachot ? Rabba a dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chemouel : trois parties de mil.

Que signifie trois parties de mil ? Si tu dis trois demis de mil, qu'il dise donc un mil et demi.

S'il s'agit plutôt de trois tiers de mil, qu'il dise donc un mil. Il s'agit donc de trois quarts de mil.

Et Rav Yossef a dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chemouel : deux parties de mil. Que signifie deux parties de mil ?

Si tu dis deux demis de mil, qu'il dise donc un mil. Et s'il s'agit plutôt de deux quarts de mil, qu'il dise donc un demi-mil.

Il s'agit donc...

📜 Rachi (1)
וְאַזֵּדוֹ לְטַעְמַיְיהוּ דְּרַבָּה סָבַר שִׁיעוּר ביה"ש נְפִישׁ וְרַב יוֹסֵף סָבַר זוּטָר:
Et ils suivent chacun leur raisonnement : Rabba tient que la mesure du bein hachemachot est longue, et Rav Yossef qu'elle est courte.
💡 Explication

La guemara rattache la divergence de lecture à une divergence de chiour, de mesure. Rabba, qui range deux états du ciel dans le crépuscule, lui assigne une durée longue ; Rav Yossef, qui n'en retient qu'un, lui assigne une durée courte. Rachi le dit en une ligne.

L'expression helkei mil, parties de mil, reste ambiguë, et la guemara l'éprouve par élimination : chaque lecture qui reviendrait à une fraction simple aurait été énoncée directement. Pour Rabba on aboutit à trois quarts de mil. Pour Rav Yossef le raisonnement s'interrompt sur le mot alla, et la réponse ouvre le folio suivant.

🖼️ Schéma
Que veut dire des parties de mil ? Rabba : trois parties de mil trois quarts de mil un mil entier Trois demis feraient un mil et demi, trois tiers feraient un mil : la guemara écarte ces deux lectures. Rav Yossef : deux parties de mil deux parties de mil un mil entier Deux demis feraient un mil, deux quarts feraient un demi-mil : la guemara écarte ces deux lectures aussi. Le folio s'interrompt sur ce alla : la réponse viendra au début du folio suivant.
L'élimination des lectures possibles des parties de mil.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).