Shabbat 2b — Ce que compte le tana : sorties, entrées et domaines

Shabbat 2b

Sougya : La Guemara poursuit la comparaison entamée au verso précédent entre notre michna et celle du traité Chevouot, qui rassemble quatre séries bâties sur la même formule : les serments, les prises de conscience de l'impureté, les aspects des plaies, les sorties du Chabbat. La question directrice est celle du compte : pourquoi notre michna énonce-t-elle quatre cas au-dedans et quatre au-dehors, quand celle de Chevouot se contente de « deux qui sont quatre » ?

Une première réponse distingue les avot (travaux-pères) des toladot (dérivations), et se heurte au parallèle avec les aspects des plaies, où les quatre cas rendent tous passible. Rav Papa y substitue la distinction entre cas de responsabilité et cas d'exemption, ce qui oblige la Guemara à établir que le mot « yetsiot » (sorties) recouvre aussi les entrées : Rav Achi l'appuie sur la michna de Kelal Gadol, Ravina sur notre michna elle-même, tandis que Rava propose de lire « rechouyot », les domaines.

Le daf s'achève sur la question de Rav Matana à Abaye : à compter les gestes plutôt que les cas, le total monte à douze, et Abaye répond que le même raisonnement en donnerait seize.

Les quatre séries de la michna de Chevouot : deux qui sont quatre Série Les deux de base Les deux ajoutées Toutes passibles ? Chevouot les serments d'expression Je mangerai / Je ne mangerai pas avenir, écrit dans le verset J'ai mangé / Je n'ai pas mangé passé, par derasha Oui, mais controverse (25a) Yediot ha-touma prises de conscience Oubli de son impureté, à l'égard du kodech ou du Temple Impureté connue, oubli du kodech ou du Temple Oui, mais controverse (14b) Marot negaim aspects des plaies Seet et baheret écrites dans la Torah Leurs deux toladot tirées du mot sapahat Oui, sans controverse Yetsiot ha-Chabbat sorties du Chabbat Les deux sorties : celle du pauvre, celle du maître de maison Les deux entrées appelées aussi sorties Oui, selon Rav Papa La Guemara objecte depuis les marot negaim, et non depuis les serments ou les yediot : c'est la seule série où personne ne conteste que les quatre cas rendent passible (Rachi et Tossefot, segment 6).
Les quatre séries de Chevouot côte à côte : pourquoi la Guemara choisit les marot negaim comme point de comparaison.
Le fil du daf : ce que le tana compte sous la formule deux qui sont quatre Question : pourquoi notre michna énonce-t-elle quatre cas au-dedans et quatre au-dehors, alors que Chevouot se contente de deux qui sont quatre ? Première réponse : ici, lieu principal du Chabbat, on enseigne avot et toladot ; là-bas, ce n'est pas le lieu principal, on enseigne les avot seuls Objection : les avot, les sorties, ne sont que deux ; et la michna les enseigne sur le modèle des marot negaim, où les quatre cas rendent tous passible Rav Papa : ici on enseigne les hiyouvei et les petourei (responsabilités et exemptions) ; là-bas, les hiyouvei seuls Objection : les hiyouvei sont les sorties, et elles ne sont que deux Réponse : deux de hotsaa (sortie) et deux de hakhnassa (entrée) Objection : la michna dit bien yetsiot, les sorties ! Rav Achi : le tana appelle sortie l'entrée aussi - preuve : celui qui fait sortir d'un domaine vers un autre domaine. Ravina : notre michna explique aussitôt un cas d'entrée Rava : la leçon est rechouyot - les domaines du Chabbat sont deux et par leur moyen on obtient quatre interdits au-dedans et quatre au-dehors Rav Matana à Abaye : huit cas ? il y en a douze ! Abaye : selon ton raisonnement, il y en aurait seize Le daf s'interrompt sur bichlama - admettons : la réponse se déploie page 3a.
Le fil complet du daf, de la question d'ouverture à la question de Rav Matana.
Rappel : les huit cas de la michna, que ce daf va compter Rechout ha-yahid le domaine privé, la maison Le maître de maison se tient au-dedans Rechout ha-rabim le domaine public, la rue Le pauvre se tient au-dehors hotsaa hakhnassa le seuil Quatre cas de responsabilité (Torah) Un seul homme accomplit les deux bornes du transport, l'akira et la hanaha : - le pauvre dépose au-dedans, ou fait sortir - le maître de maison dépose au-dehors, ou fait entrer hayav : hatat, karet, lapidation Quatre cas d'exemption (mide-rabbanan) Le transport est partagé entre les deux hommes : l'un soulève, l'autre dépose. Aucun n'a accompli un travail entier. patour aval assour : exempt mais interdit Quatre au-dedans et quatre au-dehors : huit cas. Rav Matana demandera à la fin du daf si ce compte tient.
Rappel de la scène et du compte de huit cas hérité du verso précédent.
1
יְדִיעוֹת הַטֻּומְאָה, שְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע.

Les prises de conscience de l'impureté (yediot ha-touma) : deux qui sont quatre.

📜 Rachi (2)
יְדִיעוֹת הַטֻּומְאָה הָאֲמוּרוֹת בְּקָרְבָּן עוֹלֶה וְיוֹרֵד (וַיִּקְרָא ה) אוֹ נֶפֶשׁ כִּי תִּגַּע וְגוֹ' וְאָמְרִינַן בְּמַס' שְׁבוּעוֹת (פ"א דַּף ז ע"ב) שֶׁאֵין הַכָּתוּב מְדַבֵּר אֶלָּא בְּטֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו שֶׁלְּאַחַר שֶׁנִּטְמָא אָכַל קוֹדֶשׁ אוֹ נִכְנַס לַמִּקְדָּשׁ וְיָלְפִינַן הָתָם (דַּף ד.) שֶׁאֵינוֹ מִתְחַיֵּיב אֶלָּא בִּידִיעָה תְּחִלָּה וִידִיעָה בַּסּוֹף וְהֶעְלֵם בֵּינָתַיִים כְּגוֹן שֶׁיָּדַע שֶׁנִּטְמָא וְנֶעְלַם מִמֶּנּוּ טֻומְאָה וְאָכַל קֹדֶשׁ וּמִשֶּׁאָכַל יָדַע שֶׁאֲכָלוֹ בְּטֻומְאָה שְׁתַּיִם הֵן מִמַּשְׁמָעוּת הַכָּתוּב (שָׁם) וְנֶעְלַם מִמֶּנּוּ וְהוּא טָמֵא מַשְׁמַע שֶׁנֶּעְלַם מִמֶּנּוּ טֻומְאָה אֲבָל זָכוּר הוּא שֶׁאָכַל קֹדֶשׁ וְשֶׁזֶּה מִקְדָּשׁ הֲרֵי שְׁתַּיִם הֶעְלֵם טֻומְאָה לְגַבֵּי קֹדֶשׁ וְהֶעְלֵם טֻומְאָה לְגַבֵּי מִקְדָּשׁ:
Celles dont il est question à propos du korban olé ve-yored (le sacrifice à taux variable, Vayikra 5) : « ou bien une personne qui touche, etc. ». Et nous disons dans le traité Chevouot (chap. 1, 7b) que le verset ne parle que de l'impureté du Temple et de ses offrandes consacrées : après être devenu impur, il a mangé une chose consacrée (kodech) ou il est entré dans le Temple. Et nous déduisons là-bas (4a) qu'il n'est astreint que s'il y a eu yedia (prise de conscience) au début, yedia à la fin, et helem (oubli) entre les deux : par exemple il savait qu'il était devenu impur, puis l'impureté lui a échappé, il a mangé du kodech, et après avoir mangé il a su qu'il l'avait mangé en état d'impureté. Elles sont deux d'après le sens du verset (ibid.) : « et cela lui a échappé, et il est impur » - ce qui indique que l'impureté lui a échappé, mais qu'il se souvient bien qu'il mange du kodech et que ceci est le Temple. Voilà donc deux : l'oubli de l'impureté à l'égard du kodech, et l'oubli de l'impureté à l'égard du Temple.
שֶׁהֵן אַרְבַּע יֵשׁ לְךָ לְרַבּוֹת עוֹד שְׁתַּיִם מֵרִיבּוּי וְנֶעְלַם וְנֶעְלַם ב' פְּעָמִים לְרַבּוֹת אֶת הַזְּכוּר לְטֻומְאָה אֲבָל נֶעְלַם מִמֶּנּוּ קֹדֶשׁ כְּסָבוּר שֶׁחֻולִּין הֵן אוֹ נֶעְלַם מִמֶּנּוּ מִקְדָּשׁ:
Tu peux en ajouter deux autres, par l'amplification de « ve-ne'elam » (cela lui a échappé) écrit deux fois, qui inclut celui qui se souvient de son impureté mais à qui le caractère consacré à échappé - il croyait qu'il s'agissait de nourriture ordinaire (houlin) -, ou à qui a échappé le fait qu'il s'agissait du Temple.
🗂️ Tossefot (1)
יְדִיעוֹת הַטֻּומְאָה כּוּ' וְא"ת וְאַמַּאי לָא קָתָנֵי הַעֲלָמוֹת שְׁתַּיִם שֶׁהֵן ד' הֶעְלֵם טֻומְאָה וְאָכַל קֹדֶשׁ אוֹ נִכְנַס לַמִּקְדָּשׁ שֶׁהֵן ד' הֶעְלֵם קֹדֶשׁ וְהֶעְלֵם מִקְדָּשׁ וַהֲוָה אָתֵי שַׁפִּיר דְּלָא מָצֵי לְמִיפְרַךְ הָנֵי תַּמְנֵי הָוְייָן כִּדְפָרִיךְ אַיְּדִיעוֹת וי"ל דִּנְקַט יְדִיעוֹת כְּדִמְפָרֵשׁ הָתָם (פ"ב ד' יד:) יְדִיעוֹת קַמָּיָיתָא דְּלֵיתַנְהוּ בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ קָחֲשִׁיב בָּתְרָייָתָא דְּאִיתַנְהוּ בְּכָל הַתּוֹרָה לָא קָחֲשִׁיב א"נ יְדִיעוֹת בָּתְרָיְיתָא דְּמַייְתִי לִידֵי קָרְבָּן קָחֲשִׁיב וּלְהַהִיא לִישָּׁנָא דִּידִיעוֹת קַמַּיְיתָא קָחֲשִׁיב לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיתְנֵי גַּבֵּי שְׁבוּעוֹת וְשַׁבָּת יְדִיעוֹת שְׁבוּעוֹת וִידִיעוֹת שַׁבָּת וּלְאִידָךְ לִישָּׁנָא נָמֵי דְּקָאָמַר יְדִיעוֹת בָּתְרָיְיתָא דְּמַייְתִי לִידֵי קָרְבָּן קָחֲשִׁיב לָא תְּנָא בְּהוּ יְדִיעוֹת כֵּיוָן דְּחִילּוּק שְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע מַשְׁכַּחַת בְּאִיסּוּרָא גּוּפֵיהּ אֲבָל גַּבֵּי טֻומְאָה הַחִילּוּק דִּשְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע אֵינוֹ בָּא אֶלָּא מֵחֲמַת הַיְּדִיעָה:
Et si tu demandes : pourquoi la michna n'enseigne-t-elle pas « les oublis (helemot), deux qui sont quatre » - l'oubli de l'impureté, après quoi il a mangé du kodech ou est entré dans le Temple, et « qui sont quatre » l'oubli du caractère consacré et l'oubli du Temple ? Cela conviendrait mieux, car on ne pourrait pas objecter « en voilà huit », comme la Guemara l'objecte à propos des yediot. On peut répondre qu'elle a pris le mot « yediot » selon ce qu'elle explique là-bas (chap. 2, 14b) : elle compte les premières prises de conscience, qui n'existent pas dans le reste de la Torah, et ne compte pas les dernières, qui existent partout dans la Torah. Ou bien : elle compte les dernières prises de conscience, celles qui amènent au sacrifice. Selon la première formulation, qui compte les premières yediot, il n'y avait pas lieu d'enseigner à propos des serments et du Chabbat « les prises de conscience des serments » et « les prises de conscience du Chabbat ». Et selon l'autre formulation, qui compte les dernières yediot, celles qui amènent au sacrifice, la michna n'a pas enseigné « yediot » à leur sujet, puisque la distinction « deux qui sont quatre » se trouve dans l'interdit lui-même ; tandis que pour l'impureté, la distinction « deux qui sont quatre » ne vient que du fait de la prise de conscience.
💡 Explication

Le daf commence au milieu d'une énumération : la michna du traité Chevouot (1:1) aligne quatre séries bâties sur la même formule, « deux qui sont quatre ». La première série était celle des serments, citée au verso précédent ; voici la deuxième, les yediot ha-touma, les prises de conscience de l'impureté.

Il s'agit de l'homme impur qui a mangé du kodech (une chose consacrée) ou qui est entré dans le Temple par inadvertance. Rachi rappelle la condition qui commande le sacrifice : une prise de conscience au départ, un helem (un oubli) au moment de l'acte, une nouvelle prise de conscience ensuite. Les deux cas de base tiennent au sens simple du verset, où l'impureté est ce qui a échappé. Les deux cas ajoutés viennent du redoublement du mot ve-ne'elam : l'homme se souvenait de son impureté, mais ignorait la nature de ce qu'il mangeait ou du lieu où il entrait.

Tossefot soulève une difficulté de vocabulaire. Le tana aurait pu dire « les oublis » plutôt que « les prises de conscience », ce qui aurait évité l'objection soulevée plus loin dans Chevouot. La réponse tient à une particularité de cette série : pour l'impureté seule, la distinction entre les deux cas de base et les deux cas ajoutés dépend entièrement de ce que l'homme savait.

🖼️ Schéma
Yediot ha-touma : deux qui sont quatre Ce qui a échappé à l'homme Il a mangé du kodech Il est entré dans le Temple Son impureté lui a échappé il savait qu'il mangeait du kodech ou qu'il entrait au Temple Cas 1 les deux du sens du verset Cas 2 ve-ne'elam mimenou ve-hou tame Il savait son impureté mais il a cru manger du houlin, ou il a oublié que c'était le Temple Cas 3 les deux ajoutées Cas 4 ve-ne'elam écrit deux fois Dans tous les cas il faut une yedia au début, un helem (oubli) au milieu, une yedia à la fin : c'est ce qui amène le sacrifice.
Les quatre cas d'impureté : deux qui viennent du verset, deux qui viennent du redoublement de ve-ne'elam.
2
מַרְאוֹת נְגָעִים, שְׁנַיִם שֶׁהֵן אַרְבָּעָה.

Les aspects des plaies (marot negaim) : deux qui sont quatre.

📜 Rachi (2)
מַרְאוֹת נְגָעִים לִיטָּמֵא בָּהֶן שְׁנַיִם הֵן שֶׁאַתְּ וּבַהֶרֶת:
Pour rendre impur par eux, ils sont deux : la seet et la baheret.
שֶׁהֵן אַרְבָּעָה מֵרִיבּוּי סַפַּחַת שֶׁהוּא מַשְׁמַע טְפֵילָה כְּמוֹ סְפָחֵנִי נָא אֶל אַחַת וְגוֹ' (שְׁמוּאֵל א ב׳:ל״ו) מַרְבֶּה טְפֵילָה לְזוֹ וּלְזוֹ תּוֹלָדָה לָשֵׂאת וְתוֹלָדָה לְבַהֶרֶת וְשָׁנוּ חֲכָמִים בַּהֶרֶת עַזָּה כַּשֶּׁלֶג שְׁנִיָּה לָהּ כְּסִיד הַהֵיכָל שְׂאֵת כְּצֶמֶר לָבָן שְׁנִיָּה לָהּ כִּקְרוּם בֵּיצָה מַרְאֶה לְשׁוֹן זָכָר הוּא מִשּׁוּם הָכִי תָּנֵי שְׁנַיִם שֶׁהֵן ד':
Par l'amplification du mot « sapahat », qui indique une chose adjointe, comme dans « adjoins-moi, je te prie, à l'une des fonctions sacerdotales, etc. » (I Chemouel 2:36) : il ajoute une adjonction à l'une et à l'autre, une dérivation (tolada) pour la seet et une dérivation pour la baheret. Et les Sages ont enseigné : la baheret est d'un blanc intense comme la neige, celle qui vient après elle est comme la chaux du sanctuaire ; la seet est comme de la laine blanche, celle qui vient après elle est comme la membrane d'un œuf. Le mot « mare » (aspect) est de genre masculin, c'est pourquoi la michna enseigne « chenayim che-hen arbaa » au masculin.
🗂️ Tossefot (1)
מַרְאוֹת נְגָעִים וְכוּ' בְּרוֹב סְפָרִים גָּרַס שְׁנַיִם שֶׁהֵן ד' וְכֵן בְּשִׁילְהֵי הַמִּזְבֵּחַ מִקְדָּשׁ (זְבָחִים פח:) בְּרוֹב סְפָרִים גָּרַס מַרְאוֹת נְגָעִים ר' דּוֹסָא אוֹמֵר שְׁלֹשִׁים וְשִׁשָּׁה עֲקַבְיָא בֶּן מַהֲלַלְאֵל אוֹמֵר שִׁבְעִים וּשְׁנַיִם דְּמִמַּרְאֶה יֹאמַר מַרְאוֹת כְּמוֹ מִמַּחֲנֵה מַחֲנוֹת וְכִי הֵיכִי דִּכְתִיב וְעַתָּה הָיִיתִי לִשְׁנֵי מַחֲנוֹת (בְּרֵאשִׁית לֵב יא) ה"נ קָתָנֵי שַׁפִּיר מַרְאוֹת שְׁנַיִם ואע"ג דְּהָתָם חֲשִׁיב כֻּולֵּי הַאי וְהָכָא לָא חֲשִׁיב אֶלָּא ב' שֶׁהֵן ד' הָתָם חֲשִׁיב פְּתִיכִין וְנִגְעֵי אָדָם וְרֹאשׁ וְזָקָן וְנִגְעֵי בָּתִּים וְהָכָא לָא חֲשִׁיב אֶלָּא לִבְנוֹת כְּדִתְנַן בְּמַס' נְגָעִים (פ"א מ"א) וּמַיְיתִי לָהּ בְּפ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף ה.) בַּהֶרֶת עַזָּה כַּשֶּׁלֶג שְׁנִיָּה לָהּ כְּסִיד הַהֵיכָל כו':
Dans la plupart des livres, la leçon est « chenayim che-hen arbaa », au masculin. De même à la fin du chapitre HaMizbeah Mekadech (Zevahim 88b), la plupart des livres portent : « les aspects des plaies - Rabbi Dossa dit trente-six, Akavia ben Mahalalel dit soixante-douze ». Car de « mare » on forme le pluriel « marot », comme de « mahane » on forme « mahanot » ; et de même qu'il est écrit « et maintenant je suis devenu deux camps » (Berechit 32:11), ici aussi la michna enseigne à bon droit « marot chenayim », au masculin. Et bien que là-bas elle compte un nombre aussi grand alors qu'ici elle ne compte que deux qui sont quatre : là-bas elle compte les teintes mêlées, les plaies du corps, celles de la tête et de la barbe, et les plaies des maisons ; ici elle ne compte que les taches blanches, comme il est enseigné dans le traité Negaim (1:1) et rapporté au premier chapitre de Chevouot (5a) : « la baheret est d'un blanc intense comme la neige, celle qui vient après elle est comme la chaux du sanctuaire, etc. »
💡 Explication

Troisième série de la michna de Chevouot : les marot negaim, les aspects par lesquels une plaie de la peau rend impur. La Torah en nomme deux, la seet et la baheret, et le mot sapahat ajoute à chacune une nuance adjointe. On obtient ainsi une échelle de quatre blancs, que la michna du traité Negaim ordonne du plus intense au plus pâle.

Cette série compte beaucoup pour la suite du daf. Elle est la seule des quatre ou tous les cas rendent passible sans qu'aucun tana ne le conteste. C'est donc à elle que la Guemara se rapportera pour éprouver le compte des sorties du Chabbat, comme Rachi et Tossefot l'expliqueront au segment 6.

🖼️ Schéma
Marot negaim : deux aspects écrits, deux toladot Baheret blanc comme la neige comme la chaux du sanctuaire écrite dans la Torah tolada celle qui vient après elle est moins blanche Seet comme de la laine blanche comme la membrane d'un œuf écrite dans la Torah tolada celle qui vient après elle est moins blanche Les deux toladot sont tirées du mot sapahat, qui indique une chose adjointe. Les quatre aspects rendent impur : c'est la seule série de la michna de Chevouot où personne ne le conteste.
L'échelle des quatre blancs : deux aspects écrits dans la Torah, deux toladot tirées du mot sapahat.
3
יְצִיאוֹת הַשַּׁבָּת, שְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע.

Les sorties du Chabbat : deux qui sont quatre.

💡 Explication

Quatrième et dernière série de la michna de Chevouot, celle qui intéresse directement notre traité. La formulation y est plus courte que dans notre michna : deux qui sont quatre, sans « au-dedans » ni « au-dehors ». Tout le daf part de cet écart entre les deux michnayot.

4
מַאי שְׁנָא הָכָא דְּתָנֵי ״שְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע בִּפְנִים וּשְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע בַּחוּץ״, וּמַאי שְׁנָא הָתָם דְּתָנֵי ״שְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע״ וְתוּ לָא?

Quelle différence y a-t-il entre ici, où la michna enseigne « deux qui sont quatre au-dedans et deux qui sont quatre au-dehors », et là-bas, où elle enseigne « deux qui sont quatre » et rien de plus ?

💡 Explication

La question est posée. Deux michnayot énoncent la même règle, l'une avec huit cas et l'autre avec quatre. La Guemara va chercher ce qui distingue les deux enseignements, et par là ce que chaque tana range exactement sous le mot « deux » et sous le mot « quatre ».

Le vocabulaire à retenir : hakha (ici) désigne notre michna, dans le traité Chabbat ; hatam (là-bas) désigne celle de Chevouot. Cette paire revient à chaque étape du daf.

5
הָכָא דְּעִיקַּר שַׁבָּת הוּא, תָּנֵי אָבוֹת וְתָנֵי תּוֹלָדוֹת. הָתָם דְּלָאו עִיקַּר שַׁבָּת הוּא, אָבוֹת תָּנֵי, תּוֹלָדוֹת לָא תָּנֵי.

Ici, où se trouve le lieu principal du Chabbat, la michna enseigne les avot (travaux-pères) et enseigne les toladot (dérivations). Là-bas, où ne se trouve pas le lieu principal du Chabbat, elle enseigne les avot, mais n'enseigne pas les toladot.

📜 Rachi (1)
תָּנֵי אָבוֹת וְתוֹלָדוֹת יְצִיאוֹת וְהַכְנָסוֹת שֶׁהַיְּצִיאוֹת אָבוֹת הֵן דְּמִוִּיעֲבִירוּ קוֹל בַּמַּחֲנֶה (שְׁמוֹת ל״ו:ו׳) לֹא מַשְׁמַע אֶלָּא הוֹצָאוֹת אֶלָּא מִסְּבָרָא אָמְרִינַן (בְּרֵישׁ הַזּוֹרֵק דַּף צו:) מִכְּדֵי מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת קָפֵיד קְרָא מַה לִי אִפּוּקֵי מַה לִי עַיּוֹלֵי:
Les sorties et les entrées. Les sorties sont les avot, car de « Moche ordonna, et l'on fit passer cette parole dans le camp » (Chemot 36:6) on ne déduit que les sorties ; quant aux entrées, c'est par raisonnement que nous les ajoutons (au début du chapitre HaZorek, plus loin 96b) : puisque le verset s'attache au passage d'un domaine à un autre, quelle différence y a-t-il entre faire sortir et faire entrer ?
🗂️ Tossefot (1)
הָתָם דְּלָאו עִיקַּר שַׁבָּת אָבוֹת תָּנֵי וְתוֹלָדוֹת לָא תָּנֵי וא"ת וְהָא בְּמַרְאוֹת נְגָעִים תָּנֵי אָבוֹת וְתוֹלָדוֹת כְּדִמְפָרֵשׁ בִּשְׁבוּעוֹת שֶׁהֵן אַרְבַּע שְׂאֵת וְתוֹלַדְתּוֹ בַּהֶרֶת וְתוֹלַדְתּוֹ אַף עַל גַּב דְּהָתָם לָאו עִיקַּר נְגָעִים הוּא וְי"ל דְּלָא דָּמֵי דְּתוֹלְדוֹת דִּנְגָעִים כְּתִיבִי וְתוֹלָדוֹת דְּשַׁבָּת לָא כְּתִיבִי:
Et si tu demandes : à propos des aspects des plaies, la michna de là-bas enseigne bien les avot et les toladot, comme la Guemara l'explique dans Chevouot - « qui sont quatre » : la seet et sa dérivation, la baheret et sa dérivation -, alors que là-bas non plus ne se trouve pas le lieu principal des plaies. On peut répondre que les cas ne se ressemblent pas : les dérivations des plaies sont écrites dans le verset, tandis que les dérivations du Chabbat ne le sont pas.
💡 Explication

Première réponse. Le traité Chabbat est le lieu propre de cette matière, donc sa michna développe le sujet jusqu'aux toladot, les dérivations ; le traité Chevouot ne cite le Chabbat qu'en passant, donc sa michna s'en tient aux avot, les travaux-pères.

Rachi précise la répartition. La hotsaa, le transport vers l'extérieur, est l'av : elle seule se lit dans le verset du Michkan, où le peuple cesse d'apporter ses offrandes au camp. La hakhnassa, le transport vers l'intérieur, est la tolada : elle s'obtient par un raisonnement, puisque le verset s'attache au franchissement de la frontière entre deux domaines, sans égard au sens du trajet.

Tossefot éprouve aussitôt la réponse sur la série voisine. Les marot negaim sont enseignées dans Chevouot avec leurs toladot, bien que Chevouot ne soit pas le lieu propre des plaies. La différence tient à la source : ces toladot-là sont écrites dans la Torah, celles du Chabbat sont déduites.

🖼️ Schéma
Le transport : un av et sa tolada Av : hotsaa (la sortie) rechout ha-yahid vers rechout ha-rabim tiré du verset : on fit passer cette parole dans le camp Tolada : hakhnassa (l'entrée) rechout ha-rabim vers rechout ha-yahid tirée d'un raisonnement, non d'un verset La sevara : puisque le verset s'attache au passage d'un domaine à un autre, quelle différence entre faire sortir et faire entrer ? Tossefot : pourquoi les marot negaim enseignent-elles leurs toladot hors de leur traité ? Parce que ces toladot sont écrites dans la Torah, tandis que celles du Chabbat ne le sont pas.
La sortie est l'av, tirée du verset ; l'entrée est la tolada, tirée d'un raisonnement.
6
אָבוֹת מַאי נִיהוּ? — יְצִיאוֹת, וִיצִיאוֹת תְּרֵי הָוְיָין!

Les avot, qu'est-ce donc ? Les sorties.

Mais les sorties sont deux !

📜 Rachi (1)
תַּרְתֵּי הָוְיָין דְּעָנִי וּדְבַעַל הַבַּיִת וּמַאי שֶׁהֵן אַרְבַּע דְּקָתָנֵי הָתָם:
Celle du pauvre et celle du maître de maison. Alors que signifie « qui sont quatre » enseigne là-bas ?
💡 Explication

L'objection porte sur le compte de la michna de Chevouot. Si elle n'enseigne que les avot, elle ne dispose que de deux cas, la sortie accomplie par le pauvre et celle accomplie par le maître de maison. Le « qui sont quatre » de Chevouot reste alors sans contenu.

7
וְכִי תֵּימָא, מֵהֶן לְחִיּוּב וּמֵהֶן לִפְטוּר, וְהָא דֻּומְיָא דְּמַרְאוֹת נְגָעִים קָתָנֵי: מֶה הָתָם כֻּולְּהוּ לְחִיּוּבָא, אַף הָכָא נָמֵי כֻּולְּהוּ לְחִיּוּבָא!

Et si tu dis : parmi elles, certaines rendent passible et certaines laissent exempt - or la michna les enseigne sur le modèle des aspects des plaies. De même que là-bas tous les cas rendent passible, ici aussi tous les cas rendent passible !

📜 Rachi (2)
מֵהֶן לְחִיּוּב וּמֵהֶן לִפְטוּר יְצִיאוֹת דְּעָנִי וּדְבַעַל הַבַּיִת לְחִיּוּב וִיצִיאוֹת שְׁתַּיִם שֶׁל פָּטוּר שְׁתֵּי עֲקִירוֹת שֶׁל הוֹצָאָה כְּגוֹן פָּשַׁט בַּעַל הַבַּיִת יָדוֹ מְלֵאָה לַחוּץ וְנָטַל עָנִי מִתּוֹכָהּ הֲרֵי פָּטוּר שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת דְּקָחֲשִׁיב לֵיהּ תַּנָּא דְּמַתְנִי' וּכְגוֹן פָּשַׁט הֶעָנִי יָדוֹ רֵיקָנִית לִפְנִים וְנָתַן בַּעַל הַבַּיִת לְתוֹכָהּ הֲרֵי פָּטוּר שֵׁנִי שֶׁל הוֹצָאָה (ס"א שֶׁל עָנִי) שֶׁהוּא אָסוּר לְכַתְּחִלָּה דְּגָזְרִינַן שֶׁמָּא יַעֲשֶׂה הַנָּחָה עַל עֲקִירָתוֹ וְהַיְינוּ שֶׁהֵן ד' דְּקָתָנֵי הָתָם:
Les sorties du pauvre et du maître de maison rendent passible, et deux sorties laissent exempt : les deux akirot (soulèvements) d'une sortie. Par exemple, le maître de maison a tendu au-dehors sa main pleine et le pauvre a pris de sa main : voilà l'exemption du maître de maison, que le tana de notre michna compte. Ou bien le pauvre a tendu au-dedans sa main vide et le maître de maison y a déposé : voilà la seconde exemption relevant de la sortie [autre leçon : celle du pauvre], laquelle est interdite d'emblée, car nous décrétons de peur qu'il n'en vienne à accomplir la hanaha (le dépôt) après son akira. Et voilà le sens de « qui sont quatre » enseigne là-bas.
וְהָא דֻּומְיָא דְּמַרְאוֹת נְגָעִים קָתָנֵי לָהּ מֶה הָתָם כֻּולְּהוּ לְחִיּוּבָא שֶׁבְּאֵיזוֹ מֵהֶן שֶׁנִּטְמָא בָּהּ וְנִכְנַס לַמִּקְדָּשׁ חַיָּיב וּלְהָכִי פָּרִיךְ מִמַּרְאוֹת נְגָעִים דְּאִילּוּ שְׁבוּעוֹת וִידִיעוֹת פְּלוּגְתָּא הִיא דְּאִיכָּא מ"ד בִּשְׁבוּעוֹת (דַּף כֹּה.) אֵינוֹ חַייָּב אֶלָּא עַל הֶעָתִיד לָבֹא וּבִידִיעוֹת נָמֵי אִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר (שָׁם דַּף יד:) אֵינוֹ חַיָּיב אֶלָּא עַל הֶעְלֵם טֻומְאָה:
Car par quel que soit l'aspect dont il a contracté l'impureté, s'il est entré dans le Temple il est passible. Et c'est pourquoi la Guemara objecte depuis les aspects des plaies : pour les serments et les prises de conscience, en effet, il y a controverse, puisque certains soutiennent à propos des serments (Chevouot 25a) qu'on n'est passible que pour l'avenir, et à propos des prises de conscience (ibid. 14b) qu'on n'est passible que pour l'oubli de l'impureté.
🗂️ Tossefot (2)
וְכִי תֵּימָא מֵהֶן לְחִיּוּב וּמֵהֶן לִפְטוּר רַשִׁ"י לֹא פִּי' כָּאן לְפִי שִׁיטָתוֹ שֶׁבְּסָמוּךְ דַּעֲקִירוֹת קָחֲשִׁיב וּלְפִי שִׁיטָתוֹ הָיָה לוֹ לְפָרֵשׁ שְׁתַּיִם לִפְטוֹר בַּעֲקִירוֹת דבעה"ב:
Rachi n'a pas expliqué ici selon la voie qu'il suit un peu plus loin, où l'on compte les akirot ; suivant cette voie, il aurait dû expliquer que les deux cas d'exemption sont les akirot du maître de maison.
וְהָא דֻּומְיָא דְּמַרְאוֹת נְגָעִים קָתָנֵי הָא דִּנְקַט מַרְאוֹת נְגָעִים טְפֵי מִשְּׁבוּעוֹת וִידִיעוֹת מִשּׁוּם דְּאִינְהוּ גּוּפַייְהוּ לָא יָדְעִינַן דְּהָווּ לְהוּ כּוּלְּהוּ לְחִיּוּבָא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּדֻומְיָא דְּמַרְאוֹת נְגָעִים קָתָנֵי דִּבְכוּלְּהוּ אִיכָּא פְּלוּגְתָּא בַּר מִמַּרְאוֹת נְגָעִים:
Si la Guemara prend les aspects des plaies plutôt que les serments et les prises de conscience, c'est parce que, pour ces derniers eux-mêmes, nous ne saurions pas que tous leurs cas rendent passible, sinon parce qu'ils sont enseignés sur le modèle des aspects des plaies : dans tous ces cas il y a controverse, à l'exception des aspects des plaies.
💡 Explication

La Guemara envisage une échappatoire, puis la ferme. On pourrait dire que les quatre de Chevouot se répartissent en deux cas passibles et deux cas exempts, comme dans notre michna. Rachi détaille ces deux cas exempts : les akirot, les soulèvements accomplis par l'un des deux hommes sans que le dépôt suive, interdits d'emblée de peur que l'homme ne mène le travail à son terme.

L'échappatoire tombe sur un argument de structure. Les quatre séries de la michna de Chevouot sont bâties en parallèle, et dans celle des plaies les quatre aspects rendent tous impur sans exception. La série du Chabbat doit donc, elle aussi, aligner quatre cas passibles.

Rachi explique pourquoi la Guemara choisit les plaies comme point d'appui, et Tossefot le confirme : pour les serments comme pour les prises de conscience, des tanaim restreignent la liste, et le parallèle y perdrait sa force. Les marot negaim forment la seule série hors de toute controverse.

8
אֶלָּא אָמַר רַב פָּפָּא: הָכָא דְּעִיקַּר שַׁבָּת הוּא, תָּנֵי חִיּוּבֵי וּפְטוּרֵי. הָתָם דְּלָאו עִיקַּר שַׁבָּת הוּא, חִיּוּבֵי תָּנֵי וּפְטוּרֵי לָא תָּנֵי.

Rav Papa dit plutôt : ici, où se trouve le lieu principal du Chabbat, la michna enseigne les cas de responsabilité (hiyouvei) et les cas d'exemption (petourei). Là-bas, où ne se trouve pas le lieu principal du Chabbat, elle enseigne les cas de responsabilité, mais n'enseigne pas les cas d'exemption.

📜 Rachi (1)
חִיּוּבֵי תָּנֵי כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ ב' הוֹצָאוֹת וּב' הַכְנָסוֹת וְכֻולָּן לְחִיּוּב בְּיָחִיד שֶׁעֲשָׂאָם עָנִי לְבַדּוֹ אוֹ בע"ה לְבַדּוֹ:
Comme la Guemara l'explique plus loin : deux sorties et deux entrées, toutes rendant passible lorsqu'un seul homme les a accomplies, le pauvre seul ou le maître de maison seul.
🗂️ Tossefot (1)
הָתָם דְּלָאו עִיקָּר שַׁבָּת הוּא חִיּוּבֵי תָּנֵי פְּטוּרֵי לָא תָּנֵי לָא הֲוָה צָרִיךְ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּלָאו עִיקַּר שַׁבָּת הוּא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּדֻומְיָא דְּמַרְאוֹת נְגָעִים קָתָנֵי דְּהָווּ כּוּלְּהוּ לְחִיּוּבָא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּצָרִיךְ לְשַׁנּוֹיֵי הָכָא דְּעִיקַּר שַׁבָּת תָּנֵי חִיּוּבֵי וּפְטוּרֵי קָמְסַיֵּים נָמֵי הָתָם דְּלָאו עִיקַּר שַׁבָּת הוּא וְגַם הַמַּקְשֶׁה לֹא הִקְשָׁה דְּלִיתְנֵי הָתָם כִּי הָכָא כֵּיוָן דְּיָדַע דְּדֻומְיָא דְּמַרְאוֹת נְגָעִים קָתָנֵי אֶלָּא פָּרֵיךְ דְּלִיתְנֵי הָכָא שְׁתַּיִם שֶׁהֵן ד' וְתוּ לָא:
Il n'était pas nécessaire de dire « parce que là-bas ne se trouve pas le lieu principal du Chabbat » : la raison suffisait que la michna de là-bas est enseignée sur le modèle des aspects des plaies, où tous les cas rendent passible. Mais puisqu'il fallait répondre « ici, où se trouve le lieu principal du Chabbat, elle enseigne responsabilités et exemptions », la Guemara achève pareillement par « là-bas, où ne se trouve pas le lieu principal du Chabbat ». Du reste, celui qui objectait ne demandait pas que la michna de là-bas enseigne comme celle d'ici, puisqu'il savait qu'elle est enseignée sur le modèle des aspects des plaies ; il demandait que celle d'ici enseigne « deux qui sont quatre » et rien de plus.
💡 Explication

Rav Papa remplace la distinction entre avot et toladot par une autre : notre michna joint aux cas passibles les cas exempts, celle de Chevouot retient les seuls cas passibles. Le compte devient alors cohérent avec le parallèle des plaies, puisque les quatre de Chevouot rendent tous passible.

Rachi annonce le détail qui vient au segment suivant : les quatre de Chevouot sont deux sorties et deux entrées, chacune accomplie par un seul homme, de sorte qu'il y a bien un travail entier dans chaque cas.

Tossefot examine la formulation de Rav Papa. La mention du « lieu principal du Chabbat » est superflue pour la seconde moitié de la réponse, et elle figure là par symétrie avec la première. Tossefot précise du même coup le sens exact de la question initiale : elle portait sur notre michna, à qui l'on demandait d'être aussi brieve que celle de Chevouot.

9
חִיּוּבֵי מַאי נִיהוּ? — יְצִיאוֹת, יְצִיאוֹת תַּרְתֵּי הָוְיָין! — שְׁתַּיִם דְּהוֹצָאָה וּשְׁתַּיִם דְּהַכְנָסָה.

Les cas de responsabilité, qu'est-ce donc ? Les sorties.

Mais les sorties sont deux ! - Deux relevant de la sortie (hotsaa) et deux relevant de l'entrée (hakhnassa).

📜 Rachi (1)
חִיּוּבֵי מַאי נִינְהוּ יְצִיאוֹת כְּלוֹמַר יְצִיאוֹת קָתָנֵי דְּמַשְׁמַע הוֹצָאָה לְכָךְ מֻתְמָהּ הֵי מֵחִיּוּבֵי קָתָנֵי ע"כ יְצִיאוֹת לְחוּדַיְיהוּ וְתַרְתֵּי הוּא דְּהָוְייָן וּמְשַׁנֵּי הַכְנָסוֹת נָמֵי קָתָנֵי בַּהֲדַיְיהוּ:
C'est-à-dire : la michna enseigne « yetsiot », ce qui indique la sortie. La Guemara s'étonne donc : lesquels des cas de responsabilité enseigne-t-elle ? Nécessairement les sorties seules, et elles ne sont que deux. Elle répond que les entrées sont enseignées avec elles.
💡 Explication

La même objection de compte revient, appliquée maintenant à la réponse de Rav Papa : les sorties ne sont que deux. La réponse est que le total de quatre se compose de deux sorties et de deux entrées, chacune accomplie par un homme seul, donc chacune passible selon la Torah.

Cette réponse déplace la difficulté sur le vocabulaire. Le tana a écrit « les sorties » ; pour que les entrées y soient comprises, il faut que le mot les couvre. Les segments suivants s'y consacrent.

10
וְהָא ״יְצִיאוֹת״ קָתָנֵי! אָמַר רַב אַשִּׁי: תַּנָּא הַכְנָסָה נָמֵי ״הוֹצָאָה״ קָרֵי לָהּ.

Mais elle enseigne bien « les sorties » ! Rav Achi dit : le tana appelle « sortie » l'entrée aussi.

🗂️ Tossefot (1)
וְהָא יְצִיאוֹת קָתָנֵי לָא פָּרֵיךְ אֶלָּא אַמַּתְנִי' דִּשְׁבוּעוֹת דַּהֲוָה כּוּלְּהוּ לְחִיּוּבָא וְלָא מַשְׁכַּחַת אֶלָּא שְׁתַּיִם אֲבָל בְּמָתְנֵי' דְּהָכָא מַשְׁכַּחַת לָהּ כּוּלְּהוּ בִּיצִיאוֹת כְּגוֹן שֶׁלֹּא יִהְיוּ כֻּולָּם לְחִיּוּבָא שְׁתַּיִם דְּהוֹצָאָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ חִיּוּב חַטָּאת וּפָטוּר אֲבָל אָסוּר דְּאָתֵי לִידֵי חִיּוּב חַטָּאת שֶׁהֵן ד' פָּטוּר אֲבָל אָסוּר דְּלָא אָתֵי לִידֵי חִיּוּב חַטָּאת וּפָטוּר וּמֻותָּר בְּעָנִי וְכֵן בְּעָשִׁיר לְפֵירוּשׁ רִיבָ"א בְּסָמוּךְ וּלְהָכִי לְעֵיל כִּי מְשַׁנֵּי הָכָא דְּעִיקַּר שַׁבָּת הוּא תָּנֵי אָבוֹת וְתוֹלָדוֹת לָא הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ וְהָא יְצִיאוֹת קָתָנֵי:
L'objection ne porte que sur la michna de Chevouot, où tous les cas rendent passible et où l'on ne trouve que deux sorties. Dans notre michna en revanche, on peut trouver tous les cas dans les seules sorties, puisqu'ils n'y rendent pas tous passible : « deux » de sortie, celle qui entraîne le hatat (sacrifice de faute) et celle qui laisse exempt mais interdit tout en pouvant mener au hatat ; et « qui sont quatre » ajoute le cas exempt mais interdit qui ne peut pas mener au hatat, et le cas exempt et permis - pour le pauvre comme pour le riche, selon l'explication du Riva un peu plus loin. C'est pourquoi, plus haut, lorsque la Guemara a répondu « ici, où se trouve le lieu principal du Chabbat, elle enseigne les avot et les toladot », on ne pouvait pas objecter « mais elle enseigne yetsiot ! ».
💡 Explication

Rav Achi tranche la difficulté de vocabulaire : dans la langue du tana, le mot yetsia couvre les deux directions du transport, du domaine privé vers le domaine public et l'inverse. Les deux segments suivants apportent la preuve et la raison de cet usage.

Tossefot délimite la portée de l'objection. Elle vise la michna de Chevouot, où les quatre cas doivent tous rendre passible. Notre michna, elle, pourrait remplir ses quatre cases avec des sorties seules, en échelonnant les degrés : passible du hatat, exempt mais interdit avec risque d'aboutir au hatat, exempt mais interdit sans ce risque, exempt et permis.

🖼️ Schéma
Un seul mot pour les deux sens : hotsaa Le mot yetsia / hotsaa Rav Achi : le tana l'emploie pour les deux Sortie au sens strict rechout ha-yahid vers rechout ha-rabim Entrée, appelée sortie rechout ha-rabim vers rechout ha-yahid La raison : tout soulèvement d'un objet de sa place vers un autre domaine, le tana l'appelle hotsaa. Preuve : la michna de Kelal Gadol enseigne celui qui fait sortir d'un domaine vers un autre domaine.
Le mot hotsaa couvre les deux directions du transport, selon Rav Achi.
11
מִמַּאי? מִדִּתְנַן: הַמּוֹצִיא מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת — חַיָּיב. מִי לָא עָסְקִינַן דְּקָא מְעַייֵּל מֵרְשׁוּת הָרַבִּים לִרְשׁוּת הַיָּחִיד, וְקָא קָרֵי לָהּ ״הוֹצָאָה״?

D'où cela ? De ce que nous avons appris : « celui qui fait sortir d'un domaine vers un autre domaine est passible ».

Ne traitons-nous pas aussi du cas où il fait entrer du domaine public vers le domaine privé, et la michna appelle cela « sortie » ?

📜 Rachi (2)
מִדִּתְנַן הַמּוֹצִיא מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת קָחֲשִׁיב מִנְיַן אֲבוֹת מְלָאכוֹת בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל:
Ce cas figure dans le dénombrement des travaux-pères, au chapitre Kelal Gadol.
מִי לָא עָסְקִינַן כּוּ' דְּהָא ע"כ אַהַכְנָסָה נָמֵי חַייָּב כִּדְקָתָנֵי מַתְנֵי' הֶעָנִי חַיָּיב וְקָתָנֵי הַמּוֹצִיא:
Car nécessairement on est passible pour l'entrée aussi, comme notre michna l'enseigne : « le pauvre est passible » - et pourtant la michna de Kelal Gadol emploie le mot « celui qui fait sortir ».
🗂️ Tossefot (1)
מִי לָא עָסְקִינַן דְּקָא מְעַיֵּיל מרה"ר לרה"י ובפ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף ה:) פָּרֵיךְ וְאֵימָא דְּקָא מַפִּיק מרה"י לרה"ר וּמְשַׁנֵּי א"כ לִיתְנֵי הַמּוֹצִיא לרה"ר מַאי מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת אֲפִילּוּ מרה"ר לרה"י וא"ת ומ"ש דְּתָנֵי תּוֹלָדָה דְּהוֹצָאָה וְלָא תָּנֵי שׁוּם תּוֹלָדָה דְּכָל שְׁאָר אָבוֹת וְתֵירֵץ רִיבָ"א דִּבְכָל שְׁאָר תּוֹלָדוֹת אִם הָיָה רוֹצֶה לְשַׁנּוֹתָם הָיָה צָרִיךְ לְהַאֲרִיךְ בִּלְשׁוֹנוֹ אֲבָל הַכְנָסָה דִּקְרוּיָה הוֹצָאָה כּוֹלְלָהּ עִמּוֹ בְּקֹוצֶר:
Au premier chapitre de Chevouot (5b), la Guemara objecte : dis plutôt qu'il s'agit de celui qui fait sortir du domaine privé vers le domaine public. Elle répond : en ce cas, la michna aurait dû enseigner « celui qui fait sortir vers le domaine public » ; que signifie « d'un domaine vers un autre domaine » ? Même du domaine public vers le domaine privé. Et si tu demandes : pourquoi la michna enseigne-t-elle une dérivation de la sortie et aucune dérivation de tous les autres travaux-pères ? Le Riva a répondu que pour toutes les autres dérivations, il aurait fallu allonger la formulation pour les enseigner, tandis que l'entrée, qui s'appelle « sortie », se laisse inclure avec elle en peu de mots.
💡 Explication

La preuve de Rav Achi vient de la liste des trente-neuf travaux, au chapitre Kelal Gadol (plus loin, 73a). Cette michna y désigne le transport par une formule large : « celui qui fait sortir d'un domaine vers un autre domaine ». Puisque l'entrée rend passible elle aussi, elle est comprise dans cette formule, et le mot « faire sortir » la recouvre donc.

Tossefot rapporte la version de la discussion dans Chevouot, où la formule large est justifiée mot à mot : « d'un domaine vers un autre domaine » aurait dû se dire « vers le domaine public » si seule la sortie était visée. Le Riva explique ensuite pourquoi le tana de Kelal Gadol se permet d'inclure une tolada dans sa liste d'avot : l'entrée tient dans le même mot, alors que les autres dérivations auraient exigé des formulations propres.

12
וְטַעְמָא מַאי? — כָּל עֲקִירַת חֵפֶץ מִמְּקוֹמוֹ תַּנָּא ״הוֹצָאָה״ קָרֵי לָהּ.

Et quelle en est la raison ? Tout soulèvement (akira) d'un objet de sa place, le tana l'appelle « sortie ».

💡 Explication

La raison de l'usage est donnée. Le mot ne décrit pas la direction du trajet, mais son point de départ : l'objet quitte la place où il reposait. Tout déplacement qui commence par une akira et franchit la limite d'un domaine entre donc sous le nom de hotsaa.

13
אָמַר רָבִינָא: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, דְּקָתָנֵי ״יְצִיאוֹת״ וְקָא מְפָרֵשׁ הַכְנָסָה לְאַלְתַּר. שְׁמַע מִינָּה.

Ravina dit : notre michna elle aussi le montre avec précision, puisqu'elle enseigne « les sorties » et explique aussitôt un cas d'entrée. Déduis-en qu'il en est ainsi.

📜 Rachi (2)
מַתְנִיתִין דְּהָכָא נָמֵי דַּיְקָא דְּהַכְנָסָה נָמֵי קָרֵי הוֹצָאָה:
Celle d'ici le montre également avec précision : l'entrée aussi est appelée sortie.
דְּקָתָנֵי יְצִיאוֹת וְעַל כְּרֵחֶיךָ לָא מָצֵית מְפָרֵשׁ לָהּ דִּיצִיאוֹת לְחוּדַייְהוּ קָאָמַר וּמַאי שֶׁהֵן אַרְבַּע חִיּוּבֵי וּפְטוּרֵי דְּהָא מְפָרֵשׁ הַכְנָסָה בְּרֵישָׁא דְּקָתָנֵי כֵּיצַד פָּשַׁט הֶעָנִי אֶת יָדוֹ לִפְנִים דְּהַיְינוּ הַכְנָסָה וְקָתָנֵי לָהּ בְּפֵירוּשָׁא דִּיצִיאוֹת אַלְמָא הַכְנָסָה נָמֵי קָרֵי לָהּ הוֹצָאָה:
Et tu ne peux nécessairement pas expliquer qu'elle parle des seules sorties, « qui sont quatre » désignant alors les cas de responsabilité et les cas d'exemption ; car elle explique une entrée dès le début : « comment ? le pauvre a tendu sa main au-dedans », ce qui est une entrée, et elle l'enseigne comme explication des « sorties ». Cela montre que l'entrée aussi est appelée sortie.
🗂️ Tossefot (1)
וְקָמְפָרֵשׁ הַכְנָסָה לְאַלְתַּר וא"ת וְאַמַּאי לֹא דִּייֵּק מִכֹּחַ דְּלָא מַשְׁכַּחַת אַרְבַּע בִּפְנִים וְד' בַּחוּץ בְּלֹא הַכְנָסוֹת וְי"ל דְּמַשְׁכַּחַת לְהוּ כִּדְפֵירַשְׁתִּי לְעֵיל א"נ דְּמֵהָא לָא הֲוָה שַׁייָּךְ לְמֵימַר מַתְנֵי' נָמֵי דַּיְקָא דְּמַאי אֻולְמָא מֵהַהִיא דִּשְׁבוּעוֹת דְּקַייְמָא עֲלָהּ דְּהָתָם נָמֵי לָא מַשְׁכַּחַת כּוּלְּהוּ לְחִיּוּבָא אא"כ תַּחֲשֹׁוב הַכְנָסוֹת בִּכְלָל:
Et si tu demandes : pourquoi Ravina ne tire-t-il pas sa précision du fait qu'on ne trouve pas quatre cas au-dedans et quatre au-dehors sans compter les entrées ? On peut répondre qu'on les trouve bien, comme je l'ai expliqué plus haut. Ou bien : de cet argument on n'aurait pas pu dire « notre michna elle aussi le montre », car en quoi serait-il plus fort que celui tiré de la michna de Chevouot dont on discute ? Là-bas non plus on ne trouve pas tous les cas rendant passible, à moins de compter les entrées dans le nombre.
💡 Explication

Ravina ajoute une preuve tirée de notre michna. Elle annonce « les sorties du Chabbat », puis son premier exemple met en scène le pauvre qui tend la main au-dedans et dépose chez le maître de maison : un cas d'entrée, donné comme explication des sorties. L'usage large du mot est ainsi attesté dans la michna même qui ouvre le traité.

Tossefot demande pourquoi Ravina passe par cet argument plutôt que par le compte des cas. La raison est que le compte se laisse remplir autrement, et qu'il ne donnerait à notre michna aucun avantage sur celle de Chevouot, dont la Guemara discutait déjà.

14
רָבָא אָמַר, ״רְשׁוּיוֹת״ קָתָנֵי: ״רְשׁוּיוֹת שַׁבָּת שְׁתַּיִם״.

Rava dit : la michna enseigne « les domaines » - « les domaines du Chabbat sont deux ».

📜 Rachi (1)
רָבָא אָמַר דְּקַשְׁיָא לָךְ לִישָּׁנָא דִּיצִיאָה בֵּין הָכָא בֵּין הָתָם רְשׁוּיוֹת קָתָנֵי רְשׁוּיוֹת שְׁתַּיִם רְשׁוּת הַיָּחִיד וּרְשׁוּת הָרַבִּים שֶׁהֵן אַרְבַּע בִּפְנִים כו' כְּלוֹמַר וְעַל יְדֵיהֶן יֵשׁ לְךָ אַרְבַּע אִיסּוּרִין בִּפְנִים וּכְנֶגְדָּן בַּחוּץ וּמֵהֶן לְחִיּוּב וּמֵהֶן לִפְטוֹר וְהַהִיא דִּשְׁבוּעוֹת כּוּלְּהוּ לְחִיּוּבָא כִּדְאוֹקֵימְנָא:
Puisque le mot « sortie » te fait difficulté, ici comme la-bas, la michna enseigne « les domaines » : les domaines sont deux, le domaine privé et le domaine public ; « qui sont quatre au-dedans, etc. », c'est-à-dire que par leur moyen tu obtiens quatre interdits au-dedans et autant au-dehors, dont certains rendent passible et certains laissent exempt. Quant à la michna de Chevouot, tous ses cas rendent passible, comme nous l'avons établi.
🗂️ Tossefot (1)
רְשׁוּיוֹת קָתָנֵי רְשׁוּיוֹת שְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע פֵּירוּשׁ דִּשְׁתַּיִם קָאֵי אַרְשׁוּיוֹת רְשׁוּת הָרַבִּים וּרְשׁוּת הַיָּחִיד וְקָשֶׁה לְרִיבָ"א דְּאִם כֵּן לָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי וּשְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע בַּחוּץ אֶלָּא שְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע בִּפְנִים וְאַרְבַּע בַּחוּץ שְׁתַּיִם שְׁתַּיִם לָמָּה לִי וּפֵירֵשׁ רִיבָ"א רְשׁוּיוֹת שַׁבָּת יֵשׁ בָּהֶן שְׁנֵי חִיּוּבִים שֶׁהֵן ד' בִּפְנִים וּב' חִיּוּבִים שֶׁהֵן ד' בַּחוּץ וִיצִיאוֹת נִרְאֶה לְרִיבָ"א דְּהָוֵי כְּמוֹ תּוֹצָאוֹת דְּאַשְׁכְּחַן רְשׁוּיוֹת דְּאִקְּרִי הוֹצָאוֹת דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר ל״ד:ה׳) וְהָיוּ תּוֹצְאֹותָיו הַיָּמָּה וּמְתַרְגְּמִינַן רְשׁוֹותֵיהּ:
« Les domaines sont deux qui sont quatre » : l'explication est que « deux » se rapporte aux domaines, le domaine public et le domaine privé. Le Riva objecte : en ce cas, la michna n'aurait pas dû enseigner « et deux qui sont quatre au-dehors », mais « deux qui sont quatre au-dedans et quatre au-dehors » - pourquoi « deux » deux fois ? Le Riva explique donc : les domaines du Chabbat comportent deux cas de responsabilité qui sont quatre au-dedans, et deux cas de responsabilité qui sont quatre au-dehors. Quant au mot « yetsiot », il paraît au Riva qu'il équivaut à « totsaot », car nous trouvons que des domaines sont appelés « sorties », ainsi qu'il est écrit « et ses limites aboutiront à la mer » (Bamidbar 34:5), que le Targoum rend par « rechvateh » (ses domaines).
💡 Explication

Rava propose une autre issue : changer la leçon. La michna énoncerait rechouyot, les domaines, et non yetsiot. Le mot « deux » désigne alors le domaine privé et le domaine public, et « qui sont quatre au-dedans » compte les interdits que ces deux domaines engendrent de chaque côté du seuil.

Le Riva objecte sur la grammaire du compte. Si « deux » se rapporte aux domaines, la michna se répète en disant « deux » une seconde fois pour le dehors. Il rapporte donc « deux » aux cas de responsabilité, de part et d'autre du seuil. Il ajoute une remarque lexicale précieuse : l'hébreu emploie déjà totsaot pour désigner des limites territoriales, que le Targoum traduit par rechvateh, ses domaines - de sorte que « yetsiot » pouvait signifier « domaines » sans qu'on change la leçon.

🖼️ Schéma
Trois manières de sauver la formulation de la michna Rav Achi et Ravina La leçon yetsiot est gardée. Le tana appelle sortie l'entrée aussi. Preuves : - celui qui fait sortir d'un domaine vers un autre - notre michna explique aussitôt une entrée Raison : tout akira est appelée hotsaa. Rava La leçon est rechouyot, les domaines. Les domaines du Chabbat sont deux : rechout ha-yahid et rechout ha-rabim. Par leur moyen : quatre interdits au-dedans et quatre au-dehors. Le mot yetsia disparaît. Le Riva (Tossefot) Objection à Rava : pourquoi répéter deux fois deux ? Donc deux se rapporte aux responsabilités : deux qui sont quatre de chaque côté. Et yetsiot équivaut à totsaot, qui désigne déjà des domaines. Bamidbar 34:5, rendu par le Targoum : rechvateh.
Trois lectures de la formulation : garder yetsiot, lire rechouyot, ou rapprocher yetsiot de totsaot.
15
אֲמַר לֵיהּ רַב מַתְנָה לְאַבָּיֵי: הָא תַּמְנֵי הָוְיָין? תַּרְתֵּי סְרֵי הָוְיָין!

Rav Matana dit à Abaye : en voilà donc huit ? Mais il y en a douze !

📜 Rachi (1)
תַּרְתֵּי סְרֵי הָוְיָין אַרְבָּעָה חִיּוּבֵי וּתְמָנְיָא פְּטוּרֵי שְׁתֵּי עֲקִירוֹת לֶעָנִי בְּלֹא הַנָּחָה וּשְׁתֵּי הַנָּחוֹת בְּלֹא עֲקִירָה וְכֵן לְבַעַל הַבַּיִת כְּגוֹן פָּשַׁט הֶעָנִי אֶת יָדוֹ מְלֵיאָה לִפְנִים וְנָטַל בַּעַל הַבַּיִת מִתּוֹכָהּ הֲרֵי עֲקִירָה לֶעָנִי וְהַנָּחָה לְבַעַל הַבַּיִת אוֹ שֶׁנָּתַן לְתוֹכָהּ וְהוֹצִיא הֲרֵי עֲקִירָה לְבַעַל הַבַּיִת וְהַנָּחָה לֶעָנִי וְכֵן פָּשַׁט בַּעַל הַבַּיִת כו' כִּדְקָתָנֵי לָהּ:
Quatre cas de responsabilité et huit cas d'exemption : deux akirot pour le pauvre sans hanaha, et deux hanahot sans akira, et de même pour le maître de maison. Par exemple, le pauvre a tendu au-dedans sa main pleine et le maître de maison a pris de sa main : voilà une akira pour le pauvre et une hanaha pour le maître de maison. Ou bien le maître de maison a déposé dans sa main et le pauvre a fait sortir : voilà une akira pour le maître de maison et une hanaha pour le pauvre. Et de même « le maître de maison a tendu, etc. », comme la michna l'enseigne.
💡 Explication

Une nouvelle difficulté s'ouvre, portant cette fois sur notre michna. Elle annonce huit cas, quatre au-dedans et quatre au-dehors. Rav Matana compte autrement : dans les quatre cas partagés, deux gestes distincts sont accomplis, une akira par l'un et une hanaha par l'autre, ce qui porte le total à douze.

Rachi déroule le détail des huit gestes exempts. Pour le pauvre : deux akirot sans dépôt et deux dépôts sans soulèvement. Pour le maître de maison : les deux mêmes séries, en miroir. La question reprend donc la difficulté de comptage que Rachi avait déjà signalée sur la michna, page 2a.

🖼️ Schéma
Huit, douze ou seize ? Les cas et les gestes La michna : 8 Quatre cas de responsabilité, ou un seul homme accomplit l'akira et la hanaha. Quatre cas d'exemption, ou le transport est partagé. Total : quatre au-dedans, quatre au-dehors. Rav Matana : 12 Dans chacun des quatre cas partagés, deux gestes distincts sont accomplis : une akira par l'un, une hanaha par l'autre. Cela donne huit gestes exempts, quatre pour le pauvre et quatre pour le maître de maison, auxquels s'ajoutent les quatre cas de responsabilité : douze. Abaye : 16 Dans les quatre cas de responsabilité aussi, la michna mentionne l'exemption du second homme : le maître de maison est exempt, le pauvre est exempt. Quatre cas de plus à compter : seize. Le daf s'interrompt sur le mot bichlama : la discussion se poursuit page 3a.
Les trois comptes en présence : les huit cas de la michna, les douze de Rav Matana, les seize d'Abaye.
16
וְלִיטַעֲמֵיךְ שִׁיתְסְרֵי הָוְיָין!

Et selon ton raisonnement, il y en aurait seize !

📜 Rachi (1)
שִׁיתְסְרֵי הָוְיָין דְּאִיכָּא לְמִיחְשַׁב נָמֵי הָנָךְ פְּטוּרֵי דְּמִיתְּנוּ גַּבֵּי חִיּוּבֵי הֶעָנִי חַייָּב וּבַעַל הַבַּיִת פָּטוּר וְכֵן בַּעַל הַבַּיִת חַיָּיב וְהֶעָנִי פָּטוּר:
Car on peut compter aussi les exemptions énoncées à côté des cas de responsabilité : « le pauvre est passible et le maître de maison est exempt », et de même « le maître de maison est passible et le pauvre est exempt ».
💡 Explication

Abaye pousse le raisonnement de Rav Matana jusqu'à son terme. Les quatre cas de responsabilité comportent eux aussi deux verdicts chacun, puisque la michna y mentionne expressément l'exemption du second homme. À compter les gestes et les verdicts, on arrive à seize.

L'argument porte le nom technique de ou-le-taamekh, « et selon ton raisonnement » : on retient la méthode de l'interlocuteur et on montre où elle conduit.

17
אֲמַר לֵיהּ — הָא לָא קַשְׁיָא: בִּשְׁלָמָא

Il lui dit : cela ne fait pas difficulté. Admettons -

💡 Explication

Le daf s'interrompt en pleine phrase, sur le mot bichlama (admettons), qui ouvre toujours une distinction entre deux membres d'une alternative. La réponse se lit page 3a, où sera établi ce que le tana compte parmi tous ces gestes.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).