Sougya : Le folio achève d'abord la discussion du crépuscule ouverte plus haut : la décision de suivre Rabbi Yosse pour la terouma porte sur le moment où le cohen peut manger, une fois achevé le bein hachemachot de Rabbi Yosse. Chmouel donne ensuite le signe des étoiles : une seule étoile, il fait encore jour ; deux, c'est le bein hachemachot ; trois, la nuit est installée.
Rabbi Yosse bar Zevida en tire qu'un travail accompli pendant les deux crépuscules d'un même Chabbat rend passible d'un hatat, et Rava donne à son serviteur des repères concrets pour les jours où l'on ne sait pas mesurer l'heure. La seconde moitié du folio est consacrée aux six sonneries du chofar qui annoncent l'entrée de Chabbat : leur fonction, la divergence entre Rabbi Natan et Rabbi Yehouda HaNassi sur la troisième, la description détaillée de l'école de Rabbi Yichmael, et le sort du chofar lui-même, que le hazan dépose sur son toit puisqu'on ne le déplace pas Chabbat.
Plutôt, il s'agit de la consommation de la terouma : les cohanim ne mangent pas la terouma avant que soit achevé le bein hachemachot de Rabbi Yosse.
Le folio précédent a rapporté la règle de Rav Yehouda au nom de Chmouel : pour Chabbat on suit Rabbi Yehouda, pour la terouma on suit Rabbi Yosse. La guemara cherche sur quoi porte ce second membre. Elle écarte la tevila (immersion) du cohen et retient la consommation : le cohen impur qui s'est immergé attend, pour manger la terouma, l'achèvement du bein hachemachot de Rabbi Yosse, plus tardif que celui de Rabbi Yehouda.
Les deux décisions vont donc dans le même sens, celui de la rigueur. Rachi le souligne : on entre dans Chabbat dès le début du laps le plus précoce, et on en sort seulement à la fin du laps le plus tardif.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : une étoile, c'est le jour ; deux, le bein hachemachot ; trois, la nuit. Cela a aussi été enseigné dans une baraita : une étoile, le jour ; deux, le bein hachemachot ; trois, la nuit.
Rabbi Yosse a dit : ni les grandes étoiles, que l'on voit déjà de jour, ni les petites étoiles, qui n'apparaissent que la nuit, mais les moyennes.
Après les critères tirés de la couleur du ciel étudiés au folio précédent, Chmouel donne un signe que chacun peut vérifier : le nombre d'étoiles visibles. Rabbi Yosse écarte les deux extrêmes, car les étoiles les plus brillantes paraissent avant la tombée du jour et les plus faibles longtemps après. La mesure porte sur les étoiles de grandeur moyenne, et ce sont ces trois étoiles qui servent encore aujourd'hui à fixer la sortie de Chabbat.
Rabbi Yosse fils de Rabbi Zevida a dit : celui qui accomplit un travail pendant les deux bein hachemachot est tenu d'un hatat (sacrifice expiatoire), quel que soit le raisonnement retenu. Rava dit à son serviteur : vous, qui ne maîtrisez pas la mesure fixée par les Sages, tant que le soleil est au sommet des palmiers, allumez la lampe.
Et un jour couvert, que faire ? En ville, regarde le coq ; aux champs, les corbeaux, ou bien les adanei (plante dont les feuilles suivent le soleil).
Le raisonnement dit mimah nafchakh tire parti du doute lui-même. Le statut du crépuscule reste incertain, mais les deux crépuscules d'un même Chabbat encadrent le jour saint : l'un des deux travaux est tombé Chabbat, quelle que soit la solution du doute. L'homme doit donc un hatat, et non le acham talouy que l'on apporte pour un doute non résolu. Rachi précise la condition : il faut qu'il ait travaillé pendant toute la durée de chaque laps.
Rava passe ensuite à la pratique. Son serviteur ne sait pas évaluer la mesure des Sages ; il lui donne des repères visibles : la hauteur du soleil sur les palmiers, puis, quand le ciel est couvert, le comportement des animaux et d'une plante héliotrope.
Nos maîtres ont enseigné : on sonne six sonneries la veille de Chabbat. La première, pour faire cesser le peuple du travail des champs.
La deuxième, pour faire cesser la ville et les boutiques. La troisième, pour allumer la lampe, paroles de Rabbi Natan.
Rabbi Yehouda HaNassi dit : la troisième, pour retirer les tefillin. Puis il attend le temps de griller un petit poisson ou de coller un pain à la paroi du four, et il sonne une tekia, une teroua et une tekia, et l'on chôme.
La baraita décrit le système d'annonce sonore qui réglait l'entrée de Chabbat dans la ville. Chaque sonnerie marque une étape : d'abord les travailleurs les plus éloignés, puis le commerce urbain, puis les préparatifs domestiques. La divergence entre Rabbi Natan et Rabbi Yehouda HaNassi porte sur la fonction de la troisième sonnerie, donc sur l'ordre entre l'allumage de la lampe et le retrait des tefillin.
Le total de six s'obtient en comptant les teroua : trois sonneries isolées, puis la série tekia, teroua, tekia après l'attente. Cette attente laisse un dernier délai à qui a tardé, le temps de griller un petit poisson ou d'enfourner un pain.
Rabban Chimon ben Gamliel a dit : que faire pour les Babyloniens, qui sonnent une tekia et une teroua et chomment depuis la teroua ? Ils sonnent une tekia et une teroua ?
Cela ne ferait que cinq ! Plutôt : ils sonnent, puis sonnent de nouveau une tekia, puis une teroua, et ils chomment depuis la teroua.
C'est la coutume de leurs pères qu'ils tiennent en main.
Rabban Chimon ben Gamliel signale une pratique babylonienne qui s'écarte de la baraita : la série finale s'achève sur la teroua, sans la tekia de clôture. La guemara corrige d'abord la formulation, car un décompte à cinq sonneries contredirait le chiffre de six. La conclusion laisse la coutume en place : minhag avotehen beyadehen, ils tiennent l'usage de leurs pères.
Rav Yehouda enseignait à Rav Yits'hak son fils : la deuxième, pour allumer la lampe. Selon qui ?
Ni selon Rabbi Natan, ni selon Rabbi Yehouda HaNassi ! Plutôt : la troisième, pour allumer la lampe.
Selon qui ? Selon Rabbi Natan.
La guemara corrige la version qu'un maître transmettait à son fils. Une deuxième sonnerie consacrée à l'allumage ne trouve appui chez aucun des deux tanaim, puisqu'ils s'accordent à lui donner la fonction d'arrêter la ville et le commerce. La leçon exacte attribue l'allumage à la troisième, ce qui aligne l'enseignement sur Rabbi Natan.
L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : on sonne six sonneries la veille de Chabbat. Dès que l'on commence à sonner la première tekia, ceux qui se tiennent aux champs cessent de biner, de labourer et d'accomplir tout travail des champs.
Et ceux qui sont proches n'ont pas le droit d'entrer avant l'arrivée des éloignés, et tous entrent ensemble. À ce moment les boutiques sont encore ouvertes et les volets encore en place.
Dès que l'on commence à sonner la deuxième tekia, les volets sont retirés et les boutiques fermées, tandis que l'eau chaude est encore posée sur le foyer et les marmites encore posées sur le foyer. Dès que l'on commence à sonner la troisième tekia, celui qui doit retirer retire, celui qui doit envelopper enveloppe, celui qui doit allumer allume.
Puis il attend le temps de griller un petit poisson ou de coller un pain à la paroi du four, et il sonne une tekia, une teroua et une tekia, et l'on chôme.
La baraita de l'école de Rabbi Yichmael reprend la même séquence en décrivant l'état de la ville à chaque étape. Elle permet de voir le dispositif comme une extinction progressive de l'activité : les champs, puis le marché, puis le foyer.
Le détail des travailleurs proches qui attendent les éloignés relève du souci d'éviter le soupçon, mar'it ayin : ceux qui arrivent en dernier pourraient passer pour avoir travaillé après la sonnerie. La troisième sonnerie déclenche les trois gestes du foyer : retirer les plats du soir, faire la hatmana (enveloppement) pour le lendemain, allumer la lampe.
Rabbi Yosse bar Hanina a dit : j'ai entendu que celui qui vient allumer après les six sonneries peut allumer, car les Sages ont accordé au hazan de la synagogue le temps de porter son chofar jusqu'à sa maison. Ils lui dirent : s'il en est ainsi, tu as rendu tes paroles dépendantes de mesures variables.
Plutôt, le hazan de la synagogue dispose d'un endroit discret au sommet de son toit, où il dépose son chofar, puisqu'on ne déplace ni le chofar ni les trompettes.
Rabbi Yosse bar Hanina veut tirer du trajet du hazan la preuve qu'un court délai subsiste après la sixième sonnerie. L'objection porte sur la méthode : une règle générale ne peut dépendre de la distance entre le lieu de la sonnerie et le domicile d'un homme, ce que la guemara appelle natata devarekha lechiourin, rendre ses paroles dépendantes de mesures variables.
La réponse supprime le trajet : le hazan range son chofar sur place, dans une cachette aménagée sur le toit, parce que l'instrument est mouktse et ne peut être transporté. Chabbat commence donc immédiatement après la dernière sonnerie.
Mais il a été enseigné : le chofar se déplace et les trompettes ne se déplacent pas ! Rav Yossef a dit : cela ne fait pas difficulté ; ici il s'agit d'un particulier, là d'une communauté.
Abaye lui dit : et chez un particulier, à quoi peut-il servir ? Puisqu'il convient pour faire boire de l'eau.
Une baraita oppose le chofar aux trompettes, ce qui contredit la règle que la guemara vient d'invoquer. Rav Yossef distingue selon le propriétaire : le chofar d'un particulier reste utile Chabbat, celui de la communauté n'a plus d'emploi une fois les sonneries passées.
Abaye demande quel usage subsiste. La réponse tient à la forme de l'instrument : recourbé, il retient l'eau et sert à faire boire. Un objet dont l'usage est interdit (kli chemelakhto le-issour) peut être déplacé pour un besoin permis ; les trompettes, droites, ne servent qu'à sonner et restent mouktse.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).