Shabbat 36a — Trois baraitot pour trois tanaim, puis les noms qui se sont inversés depuis la destruction du Temple

Shabbat 36a

Sougya : La page achève d'abord la discussion sur le mouktse du chofar et des trompettes. L'autorisation de déplacer le chofar reposait sur un usage permis, faire boire un enfant par sa partie recourbée ; la guemara objecte que le chofar de la communauté sert de la même manière à un enfant pauvre, puis relève une baraita qui traite chofar et trompettes à égalité.

La résolution répartit les trois baraitot entre Rabbi Yehuda, Rabbi Chimon et Rabbi Nehemia, chacun avec sa doctrine du mouktse. Vient ensuite l'enseignement de Rav Hisda : trois mots ont échangé leur sens depuis la destruction du Temple, chofar et trompette, arava et tsaftsafa, petora et petorata, avec pour chacun une conséquence pratique — la sonnerie de Roch Hachana, le loulav, les transactions.

Abaye ajoute les deux poches de l'estomac du ruminant, houvlila et bei kassei, ce qui engage le statut d'une aiguille trouvée dans la paroi, et Rav Achi termine par les noms de Bavel et de Boursif.

Trois baraitot contradictoires, trois tanaim Ce que la baraita enseigne Chofar Trompettes Auteur On déplace le chofar, non les trompettes permis interdit R. Yehuda le chofar garde De même que l'on déplace le chofar, de même les trompettes permis permis R. Chimon pas de mouktse Même le chofar, on ne le déplace pas interdit interdit R. Nehemia usage propre seul
Les trois baraitot sur le chofar et les trompettes, et le tana auquel chacune est attribuée.
Trois doctrines du mouktse, de la plus large à la plus stricte plus permissif plus strict Rabbi Chimon Pas de mouktse, sauf mahmat hesron kis (objet de valeur mis à l'écart) letsorekh goufo : oui letsorekh mekomo : oui me-hama le-tsel : non Chofar : permis Trompettes : permises Rabbi Yehuda Le mouktse s'applique. Un objet sans aucun usage permis est écarté en entier. letsorekh goufo : oui letsorekh mekomo : oui me-hama le-tsel : non Chofar : permis Trompettes : interdites Rabbi Nehemia Un ustensile ne se prend que pour son usage : Rachi, usage propre ; R. Tam, usage habituel en semaine letsorekh goufo : oui letsorekh mekomo : non me-hama le-tsel : non Chofar : interdit Trompettes : interdites Pour R. Yehuda, faire boire un enfant reste un usage trop mince pour sauver la trompette du mouktse.
Les trois positions sur le mouktse, avec les trois cas de figure du déplacement.
Les noms qui ont échangé leur sens, et ce qui en dépend Nom ancien Nom des générations suivantes Nafka mina chatsotserta (trompette) chofra (corne) Roch Hachana avec quoi sonner arava (saule) tsaftsafa (peuplier) Loulav quelle branche est kachère petora (grande table) petorata (petite table) Mekah ou-mimkar ce que l'acheteur a commandé houvlila (hemses) bei kassei (beit ha-kossot) Terefot aiguille dans la paroi Bavel Boursif non énoncée ici Rav Hisda énonce les trois premières paires ; Abaye ajoute la quatrième, Rav Achi la cinquième.
Les cinq paires de noms intervertis et la conséquence pratique attachée à chacune.
1
לְתִינוֹק. בְּצִיבּוּר נָמֵי, חֲזֵי לְגַמֵּעַ לְתִינוֹק עָנִי? וְתוּ, הָא דְּתַנְיָא: כְּשֵׁם שֶׁמְּטַלְטְלִין אֶת הַשּׁוֹפָר כָּךְ מְטַלְטְלִין אֶת הַחֲצוֹצְרוֹת. מַנִּי? אֶלָּא לָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי יְהוּדָה, הָא רַבִּי שִׁמְעוֹן, הָא רַבִּי נְחֶמְיָה.

... à un enfant. Dans le cas d'un chofar de la communauté aussi : il convient pour faire boire un enfant pauvre !

Et de plus, cette baraita qui enseigne : de même que l'on déplace le chofar, de même on déplace les trompettes — selon qui est-elle ? Plutôt, il n'y a pas de difficulté : celle-ci suit Rabbi Yehuda, celle-là Rabbi Chimon, celle-là Rabbi Nehemia.

📜 Rachi (4)
לְתִינוֹק עָנִי שֶׁעַל הַצִּיבּוּר לְפַרְנְסוֹ:
Celui que la communauté a la charge de nourrir.
הָא ר' יְהוּדָה שׁוֹפָר מִיטַּלְטֵל וַחֲצוֹצְרוֹת אֵינָן מִיטַּלְטְלִין דְּמֻוקְצֶה הוּא אֲבָל שׁוֹפָר תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו כְּדַאֲמָרָן לְעֵיל:
Le chofar se déplace et les trompettes ne se déplacent pas, car elles sont mouktse ; mais le chofar porte le statut d'ustensile (torat keli), comme nous l'avons dit plus haut.
הָא דְּקָתָנֵי תַּרְוַייְהוּ מְטַלְטְלִין ר' שִׁמְעוֹן הִיא דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה:
Celle qui enseigne que l'on déplace les deux : c'est Rabbi Chimon, qui ne retient pas le mouktse.
הָא דְּקָתָנֵי אַף שׁוֹפָר אֵין מְטַלְטְלִין ר' נְחֶמְיָה דְּאָמַר אַפֵּי' תַּרְוָוד אַפֵּי' טַלִּית אֵין נִיטָּלִין אֶלָּא לְצֹורֶךְ תַּשְׁמִישׁוֹ הַמְיֻוחָד וְעִיקַּר שׁוֹפָר לָאו לִגְמֹועַ מַיִם קָאֵי:
Celle qui enseigne que même le chofar ne se déplace pas : c'est Rabbi Nehemia, qui dit que même une cuiller à pot (tarvad), même un talit, ne se prennent que pour l'usage qui leur est propre ; or la fonction principale du chofar ne consiste pas à faire boire de l'eau.
🗂️ Tossefot (3)
הָא ר' יְהוּדָה לְר' יְהוּדָה מְטַלְטְלִין שׁוֹפָר אע"ג דִּמְלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר שָׁרִי לְטַלְטְלוֹ לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וּמְקוֹמוֹ כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (לְקַמָּן שַׁבָּת קכד:) דְּאָמַר רַב מַכְבְּדוֹת שֶׁל מִילְּתָא מֻותָּר לְטַלְטֵל בְּשַׁבָּת וְשֶׁל תְּמָרָה אָסוּר פֵּירוּשׁ לְפִי שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר וְר' אֶלְעָזָר אָמַר אַף שֶׁל תְּמָרָה בְּמַאי עָסְקִינַן אִילְמָא לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וּמְקוֹמוֹ בְּהָא לֵימָא רַב שֶׁל תְּמָרָה לָא וְהָא רַב כְּרָבָא ס"ל דְּשָׁרֵי דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וּמְקוֹמוֹ וְאִי ר' יְהוּדָה אָסַר וְהָא רַב סָבַר כַּר' יְהוּדָה דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה וּבְפֶרֶק תּוֹלִין (לְקַמָּן דָּן קַמָּא: וְשָׁם) גַּבֵּי הָא דְּפָרִיךְ לְאַבַּיֵּי [וְרָבָא] מִמִּנְעָל שֶׁעַל גַּב הָאִימּוּם מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּשָׁרֵי ר"י בְּדָבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וּמְקוֹמוֹ וְתַנְיָא נָמֵי בְּפֶרֶק כִּירָה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף מד.) ר' יְהוּדָה אוֹמֵר כָּל הַנֵּרוֹת שֶׁל מַתֶּכֶת מִטַּלְטְלִין חוּץ מִן הַנֵּר שֶׁהִדְלִיקוּ בּוֹ בְּשַׁבָּת אֲבָל בַּחֲצוֹצְרוֹת אָסַר מִשּׁוּם דְּכֵיוָן דְּלָא חֲזִי לִמְלֶאכֶת הֶיתֵּר אֶלָּא מְעַט מַקְצֶה לֵיהּ לְגַמְרֵי מִמְּלֶאכֶת הֶיתֵּר וְהָוֵי כְּמִטָּה שֶׁיִּחֲדָהּ לְמָעוֹת וְהִנִּיחַ עָלֶיהָ מָעוֹת דְּאָמַר רַב יְהוּדָה א"ר (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף מד:) דְּאָסוּר לְטַלְטְלָהּ וּמוּקֵי לָהּ כְּר' יְהוּדָה וּכְמוֹ קִינָה שֶׁל תַּרְנְגוֹלִים דְּמַשְׁמַע לְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף מה:) דְּאָסוּר לְר' יְהוּדָה אַפֵּי' לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וּמְקוֹמוֹ:
Pour Rabbi Yehuda, on déplace le chofar : bien que sa fonction soit un usage interdit (melakhto le-issour), il est permis de le déplacer pour son usage même (letsorekh goufo) et pour la place qu'il occupe (letsorekh mekomo), comme le prouve le chapitre Kol ha-kelim (plus loin, Chabbat 124b), où Rav dit : les balais d'étoffe (milta), il est permis de les déplacer le Chabbat, et ceux de palme sont interdits — l'explication étant que leur fonction est un usage interdit. Et Rabbi Elazar dit : même ceux de palme. De quel cas traite-t-on ? Si l'on dit qu'il s'agit de les prendre pour leur usage même et pour leur place, Rav dirait-il, dans un tel cas, que ceux de palme sont interdits ? Or Rav tient comme Rava, qui permet un objet dont la fonction est un usage interdit pour son usage même et pour sa place. Et si l'on répond que Rabbi Yehuda l'interdit — or Rav tient comme Rabbi Yehuda, qui retient le mouktse. Au chapitre Tolin (plus loin, 141b, et là-bas), à propos de l'objection faite à Abaye [et à Rava] depuis la chaussure posée sur la forme, il ressort explicitement que Rabbi Yehuda permet un objet dont la fonction est un usage interdit pour son usage même et pour sa place. Il est également enseigné au chapitre Kira (plus loin, Chabbat 44a) : Rabbi Yehuda dit, toutes les lampes de métal se déplacent, hormis la lampe que l'on a allumée le Chabbat. Pour les trompettes, en revanche, il a interdit : puisqu'elles ne conviennent que fort peu à un usage permis, il les écarte entièrement de tout usage permis. Il en va comme du lit que l'on a destiné à des pièces de monnaie et sur lequel on en a posé, dont Rav Yehuda a dit au nom de Rav (plus loin, Chabbat 44b) qu'il est interdit de le déplacer, et il l'établit selon Rabbi Yehuda ; et comme le poulailler, dont il ressort plus loin (Chabbat 45b) qu'il est interdit selon Rabbi Yehuda même pour son usage même et pour sa place.
הָא ר' שִׁמְעוֹן דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה אֶלָּא מֻוקְצֶה מֵחֲמַת חֶסְרוֹן כִּיס וְדַוְקָא לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ אוֹ מְקוֹמוֹ הוּא דְּשָׁרֵי אֲבָל מֵחַמָּה לְצֵל מוֹדֶה ר"ש דְּאָסוּר דִּתְנַן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קכב:) נוֹטֵל אָדָם אֶת הַקֻּורְנָס לְפַצֵּעַ בּוֹ אֶת הָאֱגוֹזִים קֻורְדֹּום לַחְתֹּוךְ בּוֹ דְּבֵילָה אֲבָל מֵחַמָּה לְצֵל אָסוּר וְכַר' שִׁמְעוֹן הִיא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא מַחַט שֶׁל יָד לִיטּוֹל בּוֹ אֶת הַקּוֹץ וּבְהַנֶּחֱנָקִין (סַנְהֶדְרִין דַּף פד:) מוֹקֵי לָהּ כְּר' שִׁמְעוֹן וּבְשִׁילְהֵי הָאוֹרֵג (לְקַמָּן שַׁבָּת קז.) נָמֵי מוּכָח מִינָּהּ דְּמֵפִיס מֻורְסָא מֻותָּר לְכַתְּחִילָּה וְהַהִיא דְּמֵפִיס מֻורְסָא מוֹקְמָא כר"ש בְּרֵישׁ פ' ח' שְׁרָצִים (לַקֵּן דַּף קז:) וּבְפֶ' בָּתְרָא (לְקַמָּן שַׁבָּת קכז.) נָמֵי פְּשִׁיטָא לָן דְּמַתְנִיתִין דְּכָל הַכֵּלִים אָתְיָא כר"ש דְּקָאָמַר דִּבְמֻוקְצֶה מֵחֲמַת חֶסְרוֹן כִּיס מוֹדֶה ר"ש דִּתְנַן כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין בְּשַׁבָּת חוּץ מִמַּסָּר הַגָּדוֹל וְיָתֵד שֶׁל מַחֲרֵישָׁה וְגַבֵּי מַכְבְּדוֹת שֶׁל תְּמָרָה (דַּף קכד:) דְּפָרִיךְ אֶלָּא מֵחַמָּה לַצֵּל בְּהָא לֵימָא ר' אֶלְעָזָר אַף שֶׁל תְּמָרָה וְאִי שָׁרִי ר"ש אַף מֵחַמָּה לְצֵל מַאי קוּשְׁיָא דִּילְמָא ר' אֶלְעָזָר כר"ש ס"ל:
Qui ne retient pas le mouktse, hormis le mouktse par crainte de perte financière (mahmat hesron kis). Et il ne permet que pour l'usage même de l'objet ou pour sa place ; quant à le déplacer du soleil vers l'ombre, Rabbi Chimon convient que c'est interdit. Car nous avons appris au chapitre Kol ha-kelim (plus loin, Chabbat 122b) : un homme prend le marteau pour casser des noix, la hache pour couper une figue sèche, mais du soleil vers l'ombre, c'est interdit. Cette michna suit Rabbi Chimon, du fait que la fin enseigne : l'aiguille à main, pour retirer une épine ; et au chapitre Ha-nehenakin (Sanhédrin 84b) on l'établit selon Rabbi Chimon. À la fin du chapitre Ha-oreg (plus loin, Chabbat 107a) on en tire aussi la preuve que percer un abcès est permis d'emblée, et ce cas de l'abcès percé est établi selon Rabbi Chimon au début du chapitre Chemona cheratsim (plus loin, 107b). Au dernier chapitre (plus loin, Chabbat 127a) il nous est également évident que la michna de Kol ha-kelim suit Rabbi Chimon, puisqu'il y est dit que Rabbi Chimon convient du mouktse par crainte de perte financière : nous avons appris que tous les ustensiles se prennent le Chabbat, hormis la grande scie et le soc de la charrue. Et à propos des balais de palme (124b), où l'on objecte : plutôt du soleil vers l'ombre — dans un tel cas, Rabbi Elazar dirait-il « même ceux de palme » ? Or si Rabbi Chimon permettait même du soleil vers l'ombre, quelle serait la difficulté ? Peut-être Rabbi Elazar tient-il comme Rabbi Chimon.
הָא ר' נְחֶמְיָה הַהִיא דְּאָסְרָה שׁוֹפָר וַחֲצוֹצְרוֹת דְּתַנְיָא בְּפֶרֶק חָבִית (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קמו.) אַפֵּי' תַּרְוָוד אַפֵּי' טַלִּית אַפֵּי' סַכִּין אֵין נוֹטְלִין אֶלָּא לְצֹורֶךְ תַּשְׁמִישָׁן וּפִי' בַּקּוּנְטְרֵס תַּשְׁמִישָׁן הַמְיֻוחָד לָהֶם וּמַשְׁמַע לְפִי' דִּכְלִי שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר אָסוּר לְטַלְטְלוֹ לְשׁוּם צֹורֶךְ דְּהָא מְיֻוחָד לִמְלֶאכֶת אִיסּוּר וַאֲנַן בָּעֵינַן שֶׁיְּהֵא מְיֻוחָד לְצֹורֶךְ אוֹתוֹ דָּבָר שֶׁנּוֹטְלוֹ בְּשַׁבָּת וְקָשֶׁה לר"ת דְּאָמַר בְּפֶרֶק חָבִית (ג"ז שָׁם) חוֹתָלוֹת שֶׁל תְּמָרִים וְשֶׁל גְּרוֹגָרוֹת מַתִּיר אֲבָל לֹא מַפְקִיעַ וְלֹא חוֹתֵךְ וּמוּקִי לָהּ כְּר' נְחֶמְיָה וְכֵן בְּפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף לה. וְשָׁם) הָכָא בְּמַנְעוּל דִּקְטִיר בְּמִיתְנָא וּבָעֵי סַכִּינָא לְמִיפְסָקֶיהָ וּמוּקֵי כַּר' נְחֶמְיָה וְאַמַּאי אָסַר בְּסַכִּין כֵּיוָן שֶׁהוּא עוֹמֵד וּמְיֻוחָד לַחֲתִיכָה והר"ר שִׁמְעוֹן הַזָּקֵן הִקְשָׁה לְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס דְּהֵיכִי קָאָמַר רָבָא בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קכד.) וַאֲתָא ר' נְחֶמְיָה לְמֵימַר דְּאַפֵּי' כְּלִי שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְהֶיתֵּר לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ אוֹ לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ אִין מֵחַמָּה לַצֵּל לָא הֵיכִי שָׁרִי לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ וַהֲלֹא אֵין זֶה תַּשְׁמִישׁ הַמְיֻוחָד לוֹ וְדֹוחַק ר"ת לוֹמַר לְפִי' הַקּוּנְטְרֵס דִּקְעָרוֹת אַחַר שֶׁאָכְלוּ בָּהֶן דְּדֶרֶךְ לַהֲסִירָן כָּל שָׁעָה חֲשִׁיב צֹורֶךְ מְקוֹמוֹ תַּשְׁמִישׁ הַמְיֻוחָד לוֹ וְנִרְאֶה לר"ת דְּלָא שָׁרֵי ר' נְחֶמְיָה אֶלָּא תַּשְׁמִישׁ הָרָגִיל לַעֲשׂוֹת בּוֹ בְּחוֹל אַפֵּי' אֵינוֹ תַּשְׁמִישׁ הַמְיֻוחָד לוֹ וְאַפֵּי' דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר שָׁרִי כֵּיוָן שֶׁדֶּרֶךְ אוֹתוֹ תַּשְׁמִישׁ לַעֲשׂוֹת מִמֶּנּוּ בְּחוֹל כְּגוֹן קוּרְנָס לְפַצֵּעַ בּוֹ אֶת הָאֱגוֹזִים וְקֻורְדֹּום לַחְתֹּוךְ בּוֹ אֶת הַדְּבֵילָה וְהַיְינוּ לְצֹורֶךְ תַּשְׁמִישׁוֹ דְּקָאָמַר כְּלוֹמַר מַה שֶׁרָגִיל לַעֲשׂוֹת בּוֹ בְּחוֹל וְלָא אֲתָא לְאַפּוּקֵי אֶלָּא מֵחַמָּה לְצֵל וּכְגוֹן תַּשְׁמִישׁ שֶׁאֵינוֹ רָגִיל לַחְתֹּוךְ כְּגוֹן חוֹתָלוֹת שֶׁל תְּמָרִים בְּסַכִּין אוֹ מַנְעוּל דִּקְטִיר בְּמִיתְנָא וְשׁוֹפָר נָמֵי אֵין דֶּרֶךְ בְּחוֹל לְגַמֵּעַ בּוֹ מַיִם לְתִינוֹק וְהַסָּקָה בְּכֵלִים דְּתַנְיָא בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קכד:) אֵין מַסִּיקִין בְּכֵלִים כּוּ' וּמוֹקֵי לָהּ כַּר' נְחֶמְיָה וּמֵבִיא ר"ת רְאָיָה מִפֶּרֶק כָּל הַכֵּלִים (ג"ז שָׁם) דִּתְנַן כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין לְצֹורֶךְ וְשֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ ר' נְחֶמְיָה אוֹמֵר אֵין נִיטָּלִין אֶלָּא לְצֹורֶךְ וּמְפָרֵשׁ רַבָּה בַּגְּמָרָא דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְהֶיתֵּר לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וּלְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ אִין לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ לָא וְהַשְׁתָּא מַה לּוֹ לְהַזְכִּיר דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר כֵּיוָן דְּמַתְנִיתִין לָא אַיְירֵי אֶלָּא בִּמְלַאכְתּוֹ לְהֶיתֵּר אֶלָּא וַדַּאי מִשּׁוּם ר' נְחֶמְיָה נַקְטֵיהּ דְּבָעֵי לְמֵימַר וַאֲתָא ר' נְחֶמְיָה לְמֵימַר דְּאַפֵּי' דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְהֶיתֵּר כּוּ' וּמִשּׁוּם דְּמַשְׁוֶה ר' נְחֶמְיָה מְלַאכְתּוֹ לְהֶיתֵּר לִמְלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר נְקַט מְלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר דִּלֵּר' נְחֶמְיָה תַּרְוַיְיהוּ לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ שָׁרִי וּלְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ לֹא וּלְרָבָא תַּרְוַיְיהוּ לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וּמְקוֹמוֹ שָׁרֵי מֵחַמָּה לְצֵל לֹא וּלְשׁוֹן אַפֵּי' מַשְׁמַע נָמֵי הָכִי:
Il s'agit de la baraita qui interdit le chofar et les trompettes. Car il est enseigné au chapitre Hevit (plus loin, Chabbat 146a) : même une cuiller à pot (tarvad), même un talit, même un couteau ne se prennent que pour leur usage. Le Kountras (Rachi) a expliqué : l'usage qui leur est propre. Selon cette explication, il ressort qu'un ustensile dont la fonction est un usage interdit ne peut être déplacé pour aucun besoin, puisqu'il est destiné à un travail interdit, alors que nous exigeons qu'il soit destiné à la chose même en vue de laquelle on le prend le Chabbat. Rabbenou Tam objecte : il est dit au chapitre Hevit (au même endroit) que, pour les paniers de dattes et de figues sèches, on délie, mais on ne déchire pas et on ne coupe pas, et on établit cela selon Rabbi Nehemia ; de même au chapitre Bé-khôl meravin (Erouvin 35a, et là-bas) : ici il s'agit d'une serrure attachée par une corde, pour laquelle il faut un couteau afin de la couper, et on l'établit selon Rabbi Nehemia. Pourquoi donc interdit-il le couteau, alors que celui-ci est précisément destiné à couper ? Rabbi Chimon l'Ancien a objecté à l'explication du Kountras : comment Rava peut-il dire au chapitre Kol ha-kelim (plus loin, Chabbat 124a) que Rabbi Nehemia vient enseigner que, même pour un ustensile dont la fonction est un usage permis, pour son usage même ou pour sa place — oui, du soleil vers l'ombre — non ? Comment permettrait-il pour la place, alors qu'il ne s'agit pas là de l'usage propre de l'objet ? Rabbenou Tam répond avec peine, selon l'explication du Kountras, que les écuelles dont on a fini de manger, que l'on a coutume d'ôter à tout moment, font du besoin de leur place un usage qui leur est propre. Il apparaît à Rabbenou Tam que Rabbi Nehemia ne permet que l'usage que l'on a l'habitude de faire de l'objet en semaine, même lorsque cet usage ne lui est pas propre, et qu'il permet même un objet dont la fonction est un usage interdit, dès lors que l'on a coutume de le faire servir ainsi en semaine : le marteau pour casser des noix, la hache pour couper une figue sèche. Tel est le sens de « pour leur usage » qu'il énonce, c'est-à-dire ce que l'on a coutume de faire avec l'objet en semaine ; il ne vient exclure que le déplacement du soleil vers l'ombre, ainsi qu'un usage inhabituel, comme couper au couteau les paniers de dattes, ou la serrure attachée par une corde. Le chofar entre dans la même catégorie : on n'a pas coutume, en semaine, de faire boire de l'eau à un enfant avec lui. De même pour l'allumage avec des ustensiles, dont il est enseigné au chapitre Kol ha-kelim (plus loin, Chabbat 124b) : on n'allume pas avec des ustensiles, etc., et on l'établit selon Rabbi Nehemia. Rabbenou Tam apporte une preuve du chapitre Kol ha-kelim (au même endroit), où nous avons appris : tous les ustensiles se prennent, qu'il y ait besoin ou non ; Rabbi Nehemia dit : ils ne se prennent que pour un besoin. Rabba explique dans la guemara : un objet dont la fonction est un usage permis, pour son usage même et pour sa place ; un objet dont la fonction est un usage interdit, pour son usage même oui, pour sa place non. Or pourquoi mentionner un objet dont la fonction est un usage interdit, puisque la michna ne traite que de celui dont la fonction est un usage permis ? Assurément, il l'a mentionné à cause de Rabbi Nehemia, car il veut énoncer : et Rabbi Nehemia vient dire que même un objet dont la fonction est un usage permis, etc. Et parce que Rabbi Nehemia met sur le même plan celui dont la fonction est permise et celui dont la fonction est interdite, il a mentionné celui dont la fonction est interdite : pour Rabbi Nehemia, les deux sont permis pour leur usage même et interdits pour leur place ; pour Rava, les deux sont permis pour leur usage même et pour leur place, et interdits du soleil vers l'ombre. Le terme « même » va également dans ce sens.
💡 Explication

La page reprend en cours de phrase la discussion ouverte au folio précédent sur le mouktse du chofar et des trompettes. L'autorisation de déplacer le chofar tenait à un usage permis : sa partie recourbée permet de verser l'eau peu à peu dans la bouche d'un enfant. La guemara retourne cet argument contre la distinction proposée, puisqu'un chofar appartenant à la communauté rend le même service à un enfant pauvre, que la communauté a chargé de nourrir.

Une seconde difficulté vient d'une baraita qui place chofar et trompettes sur le même plan. La guemara résout l'ensemble en répartissant les trois baraitot entre trois tanaim : Rabbi Yehuda, qui retient le mouktse et permet le seul chofar ; Rabbi Chimon, qui ne le retient pas et permet les deux ; Rabbi Nehemia, qui exige l'usage propre de l'objet et interdit les deux.

Le vocabulaire à fixer : keli chemelakhto le-issour, ustensile dont la fonction habituelle est un travail interdit ; letsorekh goufo, pour l'usage même de l'objet ; letsorekh mekomo, pour libérer la place qu'il occupe ; me-hama le-tsel, le simple déplacement du soleil vers l'ombre, que seul un objet pleinement permis autorise.

🖼️ Schéma
Le fil de la discussion Point de départ : le chofar se déplace car il sert à faire boire un enfant, la trompette non Première objection Le chofar de la communauté sert lui aussi à un enfant pauvre, nourri par la communauté Seconde objection Une baraita permet de déplacer le chofar et les trompettes à égalité. Selon qui ? Réponse : la difficulté tombe, il y a trois auteurs R. Yehuda R. Chimon R. Nehemia
Les deux objections et la résolution par trois auteurs distincts.
2
וּמַאי שׁוֹפָר — נָמֵי חֲצוֹצְרוֹת. כִּדְרַב חִסְדָּא. דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: הָנֵי תְּלָת מִילֵּי אִישְׁתַּנִּי שְׁמַייְהוּ מִכִּי חֲרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ: ״חֲצוֹצַרְתָּא״ — ״שׁוּפְרָא״, ״שׁוּפְרָא״ — ״חֲצוֹצַרְתָּא״. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְשׁוֹפָר שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה.

Et que désigne le « chofar » mentionné là ? Les trompettes elles aussi, conformément à Rav Hisda.

Car Rav Hisda a dit : ces trois choses ont changé de nom depuis la destruction du Temple. La « chatsotserta » — c'est le « chofra » ; le « chofra » — c'est la « chatsotserta ».

Quelle est la conséquence pratique ? Pour le chofar de Roch Hachana.

📜 Rachi (2)
וּמַאי שׁוֹפָר דְּקָתָנֵי בְּהַהִיא דָּר' נְחֶמְיָה דְּאָקָדֵמִית בָּהּ לַחֲצוֹצְרוֹת לְאִיסּוּרָא וְכֵיוָן דְּתָנֵי אֵין מְטַלְטְלִין אֶת הַשּׁוֹפָר תּוּ לָא צָרִיךְ לְמִתְנֵי חֲצוֹצְרוֹת דכ"ש הִיא הוֹאִיל וְאֵינוֹ רָאוּי לְגַמֵּעַ בּוֹ תִּינוֹק אֶלָּא שׁוֹפָר דִּתְנָא רֵישָׁא הוּא חֲצוֹצְרוֹת וַחֲצוֹצְרוֹת דִּתְנָא בְּסֵיפָא הוּא שׁוֹפָר דְּאִישְׁתַּנּוֹ שְׁמַייְהוּ כִּדְרַב חִסְדָּא:
Celui qui est enseigné dans la baraita de Rabbi Nehemia, où les trompettes ont été mentionnées en premier pour l'interdiction. Dès lors qu'elle enseigne que l'on ne déplace pas le chofar, elle n'a plus besoin d'enseigner les trompettes, puisque cela relève du kal va-homer (à plus forte raison) : elles ne conviennent pas pour faire boire un enfant. Plutôt, le « chofar » enseigné au début désigne les trompettes, et les « trompettes » enseignées à la fin désignent le chofar, car leurs noms ont été intervertis, selon Rav Hisda.
לְשׁוֹפָר שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה אֵין תּוֹקְעִין אֶלָּא בְּאוֹתוֹ שֶׁעַם הָאָרֶץ קוֹרִין חֲצוֹצְרוֹת וְהוּא שׁוֹפָר אוֹ אִם בָּא עַם הָאָרֶץ לִשְׁאוֹל בַּמֶּה יִתְקַע אוֹמְרִים לוֹ בַּחֲצוֹצְרוֹת:
On ne sonne qu'avec celui que le am ha-arets appelle « trompette », qui est le chofar ; ou bien, si un am ha-arets vient demander avec quoi sonner, on lui dit : avec la trompette.
💡 Explication

La résolution précédente laissait une aspérité : la baraita de Rabbi Nehemia interdit le chofar et les trompettes, alors que la mention des trompettes semble superflue. La guemara répond que le mot chofar employé dans cette baraita désigne en réalité les trompettes, en s'appuyant sur un enseignement de Rav Hisda.

Rav Hisda établit que trois termes ont échangé leur sens depuis la destruction du Temple. La chatsotserta des générations anciennes correspond à ce que l'on nomme désormais chofra, et inversement. La guemara demande aussitôt la nafka mina, la conséquence pratique : la sonnerie de Roch Hachana, qui ne vaut qu'avec une corne de bélier.

Rachi précise l'application concrète : le maître doit parler la langue de son interlocuteur. À un am ha-arets qui suit l'usage nouveau, on indique l'instrument sous le nom qu'il lui donne.

🖼️ Schéma
Un seul objet, deux noms selon l'époque Du temps du Temple Après la destruction appelée chofra (corne de bélier) appelée chatsotserta (le mot qui disait trompette) appelée chatsotserta (trompette) appelée chofra (le mot qui disait corne) En pratique : à qui demande avec quoi sonner à Roch Hachana, on répond selon l'usage de son temps.
Le même objet désigné par deux mots selon la génération, et la règle pratique pour Roch Hachana.
3
״עֲרָבָה״ — ״צַפְצָפָה״, ״צַפְצָפָה״ — ״עֲרָבָה״. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְלוּלָב.

L'« arava » — c'est la « tsaftsafa » ; la « tsaftsafa » — c'est l'« arava ». Quelle est la conséquence pratique ?

Pour le loulav.

📜 Rachi (1)
צַפְצָפָה פְּסוּלָה לְלוּלָב וְעָלֶה שֶׁלָּהּ עָגֹול וְקָנֶה שֶׁלָּהּ לָבָן כְּדַאֲמָרָן בַּסֻּוכָּה:
Elle est passoul (invalide) pour le loulav. Sa feuille est ronde et sa tige est blanche, comme nous l'avons dit dans le traité Souka.
💡 Explication

Deuxième paire de la liste de Rav Hisda. Parmi les quatre espèces, la Torah demande des rameaux de saule, l'arava. La tsaftsafa, une espèce voisine, est passoul (invalide) pour cette mitsva. L'inversion des noms rend donc le vocabulaire inutilisable pour identifier la branche.

Rachi rappelle les signes retenus dans le traité Souka, qui portent sur la plante elle-même : la feuille ronde et la tige blanche marquent la tsaftsafa. L'étudiant retient que les signes physiques priment sur l'appellation courante.

🖼️ Schéma
Reconnaître la branche au lieu de se fier au nom Branche kachère pour le loulav feuille allongée, bord lisse tige rouge Branche passoul (invalide) feuille ronde tige blanche Les deux noms ont échangé de place : Rachi renvoie aux signes donnés dans le traité Souka.
Les signes de Rachi permettent de trancher sans dépendre du nom en usage.
4
״פְּתוֹרָה״ — ״פָּתוֹרְתָּא״, ״פָּתוֹרְתָּא״ — ״פְּתוֹרָה״. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמִקָּח וּמִמְכָּר.

La « petora » — c'est la « petorata » ; la « petorata » — c'est la « petora ». Quelle est la conséquence pratique ?

Pour l'achat et la vente.

📜 Rachi (1)
פְּתוּרַהּ מִתְּחִילָּה הָיוּ קוֹרִין לַגָּדוֹל פְּתוּרַהּ וְלִקְטַנָּה פָּתוֹרְתָּא וְעַכְשָׁיו נִשְׁתַּנּוּ:
Au début, on appelait la grande table petora et la petite petorata ; à présent les noms ont été intervertis.
💡 Explication

Troisième paire, qui achève la liste de Rav Hisda. En araméen, la finale -ata sert de diminutif : la petorata désignait la petite table, la petora la grande. L'usage a inversé les deux termes.

La nafka mina relève du mekah ou-mimkar, le droit des transactions. Un accord porte sur ce que les parties ont voulu dire, et l'objet livré doit correspondre à l'intention de l'acheteur ; l'ambiguïté du mot ouvre donc un litige sur la taille de la table.

🖼️ Schéma
Petora et petorata : ce que reçoit l'acheteur Autrefois À présent petora = grande table petorata = petite petora = petite table petorata = grande Nafka mina pour le mekah ou-mimkar : celui qui commande une petora doit savoir dans quelle langue son vendeur parle, faute de quoi il recevra une table de l'autre taille.
Les deux tailles de table et l'inversion des appellations.
5
אָמַר אַבַּיֵּי, אַף אָנוּ נֹאמַר: ״הֻובְלִילָא״ — ״בֵּי כָּסֵי״, ״בֵּי כָּסֵי״ — ״הֻובְלִילָא״. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ — לְמַחַט שֶׁנִּמְצֵאת בְּעֹובִי בֵּית הַכּוֹסוֹת, דְּמִצַּד אֶחָד כְּשֵׁירָה, וּמְשַׁנֵּי צְדָדִים טְרֵיפָה.

Abaye a dit : nous aussi nous dirons — le « houvlila » — c'est le « bei kassei » ; le « bei kassei » — c'est le « houvlila ». Quelle est la conséquence pratique ?

Pour une aiguille trouvée dans l'épaisseur du beit ha-kossot : d'un seul côté, la bête est kachère ; des deux côtés, elle est terefa.

📜 Rachi (6)
אַף אָנוּ נֹאמַר אַף אָנוּ יְכוֹלִים לְהוֹסִיף אַדְּרַב חִסְדָּא לוֹמַר שֶׁגַּם זֶה נִשְׁתַּנָּה:
Nous aussi nous pouvons ajouter à l'enseignement de Rav Hisda et dire que ceci également a changé de nom.
הֻובְלִילָא מִתְּחִילָּה הָיוּ קוֹרִין לַהֶמְסֵס הֻובְלִילָא וּלְבֵית הַכּוֹסוֹת בֵּי כָּסֵי וְעַכְשָׁיו נִשְׁתַּנּוּ:
Au début, on appelait le hemses houvlila et le beit ha-kossot bei kassei ; à présent les noms ont été intervertis.
הֶמְסֵס הוּא הַסָּמוּךְ לְבֵית הַכּוֹסוֹת עָשׂוּי סְגַלְגַּל כְּמִין כַּדּוּר וּבְתוֹכוֹ קְלִיפּוֹת קְלִיפּוֹת הַרְבֵּה כְּגַלְגַּל שֶׁל רֵיחַיִם וְקוֹרִין צינפי"ל וְדָופְנוֹ דַּק מְאֹד:
C'est la poche voisine du beit ha-kossot, de forme arrondie comme une boule, contenant à l'intérieur de nombreux feuillets superposés, comme la roue d'un moulin ; on l'appelle tsinpil, et sa paroi est très mince.
בֵּית הַכּוֹסוֹת סוֹף הַכָּרֵס שֶׁקּוֹרִין פאנצ"א וְיֵשׁ בּוֹ עֹובִי שֶׁקּוֹרִין דּוֹבְּלוֹן וְתוֹכוֹ עָשׂוּי כְּמִין כּוֹס עֳובִי בֵּית הַכּוֹסוֹת דֹּופֶן כְּפוּלָה וּדְבוּקִין הַכְּפָלִים זֶה בָּזֶה בְּשֻׁומָּן:
C'est l'extrémité de la panse, que l'on appelle pantsa. Elle comporte une épaisseur que l'on appelle doublon, et son intérieur est façonné comme une coupe. L'épaisseur du beit ha-kossot est une paroi double, et les deux feuillets adhèrent l'un à l'autre par la graisse.
מִצַּד א' שֶׁלֹּא נִיקַּב אֶלָּא א' מִן הַכְּפָלִים כְּשֵׁרָה שֶׁחֲבֵירוֹ סוֹתְמוֹ:
Lorsque l'un seulement des deux feuillets a été percé, la bête est kachère, car l'autre vient boucher la perforation.
מב' צְדָדִין שֶׁנִּיקְּבוּ שְׁנֵיהֶם טְרֵיפָה וּבְבֵית הַכּוֹסוֹת הוּא דְּאִיכָּא לִפְלוּגֵי בֵּין צַד א' לִשְׁנֵי צְדָדִין אֲבָל בַּהֶמְסֵס אַפֵּי' מִצַּד א' שֶׁלֹּא נִרְאֶה הַנֶּקֶב לַחוּץ אֵין זוֹ סְתִימָה לְפִי שֶׁהַדֹּופֶן דַּק מְאֹד:
Lorsque les deux ont été percés, elle est terefa. C'est dans le beit ha-kossot que l'on peut distinguer entre un côté et deux côtés ; mais dans le hemses, même percé d'un seul côté, sans que la perforation apparaisse au-dehors, il n'y a pas là d'obturation, car sa paroi est très mince.
🗂️ Tossefot (1)
לַמַּחַט שֶׁנִּמְצֵאת דְּתַנְיָא בְּאֵלּוּ טְרֵפוֹת (חֻולִּין דַּף נ. וְשָׁם) וּבְהַמַּדִּיר (כַּת בּוּת דַּף עו:) מִצַּד אֶחָד כְּשֵׁירָה מב' צְדָדִין טְרֵפָה וּפִי' בַּקּוּנְטְרֵס בְּעֹובִי בֵּית הַכּוֹסוֹת הוּא דְּאִיכָּא לִפְלוּגֵי הָכִי אֲבָל בַּהֶמְסֵס אַפֵּי' מִצַּד אֶחָד שֶׁלֹּא נִרְאֶה הַנֶּקֶב לַחוּץ טְרֵפָה דְּאֵין זוֹ סְתִימָה וְהִקְשָׁה ה"ר אֱלִיעֶזֶר ממי"ץ דְּהָא תְּנַן הֶמְסֵס וּבֵית הַכּוֹסוֹת שֶׁנִּיקְּבוּ לַחוּץ מַשְׁמַע דִּבְהֶמְסֵס נָמֵי לָא מִיטַּרְפָה אֶלָּא בְּנֶקֶב מְפֻולָּשׁ ואור"י דְּהַאי לַחוּץ לֹא לְגַמְרֵי לַחוּץ אֶלָּא כְּלוֹמַר לְצַד חוּץ לְאַפּוֹקֵי נִיקְּבוּ זֶה לְתוֹךְ זֶה דִּכְשֵׁירָה כִּדְקָתָנֵי בָּתַר הָכֵי וקמ"ל דְּמִצַּד אֶחָד כְּשֵׁירָה אע"ג דְּנִיקַּב עוֹר אֶחָד שָׁלֵם אֲבָל הָא דְּקָתָנֵי מב' צְדָדִין טְרֵפָה אֵין חִידּוּשׁ אִי נָמֵי מב' צְדָדִין טְרֵפָה נָמֵי חִידּוּשׁ הוּא דקמ"ל אע"פ שֶׁשּׁוֹכֵב עַל הֶמְסֵס וס"ד שֶׁמֵּגֵין כְּמוֹ חַלְחֹולֶת שֶׁנִּקְּבָה וִירֵכַיִם מַעֲמִידִין אוֹתָהּ דִּכְשֵׁירָה קמ"ל דְּהָכָא טְרֵפָה ור"ת אוֹמֵר דִּבְהֶמְסֵס נָמֵי מִצַּד אֶחָד כְּשֵׁירָה וּפְשִׁיטָא דְּלָא הָוְיָא טְרֵפָה אא"כ נִיקַּב נֶקֶב מְפֻולָּשׁ לַחוּץ דְּאֵין סְבָרָא שֶׁיִּהְיֶה טְרֵפָה בְּשׁוּם מָקוֹם אֶלָּא בְּנֶקֶב מְפֻולָּשׁ וְהָא דִּנְקַט בַּבָּרַייְתָא בֵּית הַכּוֹסוֹת לְאַשְׁמוֹעִינַן מִצַּד אֶחָד כְּשֵׁירָה אע"ג דְּנִיקַּב עוֹר שָׁלֵם וְנָפְקָא מִינָּהּ הָא דְּשָׁמְעִינַן דְּאִישְׁתַּנִּי שְׁמַייְהוּ אע"ג דְּדִינָם שָׁוֶה דְּאִי לָא אַשְׁמְעִינַן הֵ"א דְּהַאי דְּקָתָנֵי מַחַט שֶׁנִּמְצֵאת בְּעֹובִי בֵּית הַכּוֹסוֹת הַייְנוּ דְּקָרוּ הַשְׁתָּא בֵּי כָּסֵי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא עוֹר אֶחָד וַהֲוָה אָתֵי לְמֵימַר דְּדַוְקָא בְּהַהוּא מִצַּד אֶחָד כְּשֵׁירָה אֲבָל בְּמַאי דְּקָרוּ הֻובְלִילָא אַפֵּי' מִצַּד אֶחָד טְרֵפָה כֵּיוָן שֶׁנִּיקַּב עוֹר אֶחָד שָׁלֵם לְהָכִי אַשְׁמְעִינַן דְּאִישְׁתַּנִּי שְׁמַייְהוּ דְּאַפֵּי' בְּהֻובְלִילָא מִצַּד אֶחָד כְּשֵׁירָה וְעוֹד אור"י דְּמָצִינוּ לְמֵימַר כְּפִי' רַשִׁ"י דִּבְהֶמְסֵס אַפֵּי' מִצַּד אֶחָד טְרֵפָה דְּחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא נִיקַּב לַחוּץ וְחָזַר וְהִבְרִיא כְּמוֹ יָשַׁב לוֹ קוֹץ בַּוֶּושֶׁט דְּהָכֵי הִלְכְתָא הָתָם דְּחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא הִבְרִיא וְחוֹשְׁשִׁין לִסְפֵק דְּרוּסָה וְאַפֵּי' לְמָאֵן דְּלָא חָיֵישׁ הָתָם בְּקוֹץ שֶׁמָּא בְּמַחַט שֶׁהוּא דַּק חָיֵישׁ וְהָא דְּבָעֵי בְּאֵלּוּ טְרֵפוֹת נִיקְּבוּ לַחוּץ הַייְנוּ כְּגוֹן דְּיָדְעִינַן דְּשׁוּב לֹא הִבְרִיא כְּגוֹן שֶׁאָכְלָה מַחַט בְּפָנֵינוּ וּשְׁחָטוּהָ מִיָּד:
Il est enseigné au chapitre Elou terefot (Houlin 50a, et là-bas) ainsi qu'au chapitre Ha-madir (Ketoubot 76b) : d'un seul côté elle est kachère, des deux côtés elle est terefa. Le Kountras (Rachi) a expliqué que cette distinction vaut dans l'épaisseur du beit ha-kossot, tandis que dans le hemses, même percé d'un seul côté, sans que la perforation apparaisse au-dehors, elle est terefa, car il n'y a pas là d'obturation. Rabbi Eliezer de Metz a objecté : nous avons appris dans une michna que le hemses et le beit ha-kossot qui ont été percés vers l'extérieur, ce qui laisse entendre que dans le hemses également elle ne devient terefa que par une perforation traversante. Le Ri répond que ce « vers l'extérieur » ne signifie pas entièrement au-dehors, mais du côté extérieur, à l'exclusion du cas où ils ont été percés l'un dans l'autre, où elle demeure kachère, comme il est enseigné à la suite. La michna nous apprend ainsi que, d'un seul côté, elle est kachère bien qu'une membrane entière ait été percée ; en revanche, ce qui est enseigné, que des deux côtés elle est terefa, n'a rien de neuf. Ou bien : « des deux côtés elle est terefa » constitue aussi une nouveauté, car elle nous apprend que, malgré le fait que le beit ha-kossot repose sur le hemses et que l'on aurait pu penser que celui-ci le protège, à la manière du gros intestin percé que les cuisses maintiennent en place et qui demeure kacher, elle nous enseigne qu'ici elle est terefa. Rabbenou Tam dit que dans le hemses également, d'un seul côté elle est kachère, et qu'il va de soi qu'elle n'est terefa que si la perforation traverse jusqu'au-dehors, car il n'est pas raisonnable qu'elle soit terefa en quelque endroit que ce soit sans une perforation traversante. Si la baraita a mentionné le beit ha-kossot, c'est pour nous apprendre que, d'un seul côté, elle est kachère bien qu'une membrane entière ait été percée. La conséquence de ce que nous avons appris, que leurs noms ont été intervertis, tient à ceci, bien que leur règle soit identique : si on ne nous l'avait pas appris, on aurait pu croire que ce qui est enseigné, une aiguille trouvée dans l'épaisseur du beit ha-kossot, vise ce que l'on appelle aujourd'hui bei kassei, qui n'a qu'une seule membrane, et l'on en serait venu à dire que c'est précisément dans celui-là que, d'un seul côté, elle est kachère, tandis que dans ce que l'on appelle houvlila, même d'un seul côté elle serait terefa, puisqu'une membrane entière a été percée. La guemara nous apprend donc que leurs noms ont été intervertis, et que même dans le houvlila, d'un seul côté elle est kachère. Le Ri ajoute que l'on peut soutenir l'explication de Rachi, selon laquelle dans le hemses, même d'un seul côté, elle est terefa, car nous craignons qu'elle ait été percée jusqu'au-dehors et que la plaie se soit refermée, à la manière de l'épine fichée dans l'oesophage, où telle est la halakha : nous craignons qu'elle ait guéri, et nous tenons compte du doute de derousa (bête griffée par un prédateur). Même celui qui ne craint rien là-bas dans le cas de l'épine craindra peut-être dans le cas de l'aiguille, qui est fine. Quant à l'exigence, au chapitre Elou terefot, qu'ils aient été percés vers l'extérieur, elle vise le cas où nous savons que la plaie ne s'est pas refermée, par exemple lorsque la bête à avalé l'aiguille devant nous et qu'on l'a abattue aussitôt.
💡 Explication

Abaye prolonge la liste de Rav Hisda avec une paire tirée de l'anatomie du ruminant. Le hemses et le beit ha-kossot sont deux poches de l'estomac ; les noms araméens houvlila et bei kassei se sont échangés entre les générations.

L'enjeu relève des terefot, les défauts qui rendent une bête interdite à la consommation. Rachi décrit la différence de structure : le beit ha-kossot possède une paroi double dont les deux feuillets adhèrent par la graisse, si bien qu'une aiguille arrêtée dans l'un des deux laisse l'autre intact et la bête kachère ; le hemses a une paroi très mince, sans second feuillet pour obturer.

Tossefot rapporte la divergence sur ce dernier point. Pour Rabbenou Tam, seule une perforation traversante rend terefa, en tout endroit. Le Ri défend la lecture de Rachi par une crainte différente : dans une paroi aussi mince, on redoute que la perforation ait traversé puis cicatrisé avant l'abattage.

🖼️ Schéma
Les poches de l'estomac du ruminant selon Rachi keres la panse beit ha-kossot paroi double deux feuillets collés hemses feuillets serrés, paroi très mince L'aiguille dans l'épaisseur du beit ha-kossot Un seul côté percé : kachère Le second feuillet reste entier et bouche la perforation. Les deux côtés percés : terefa La perforation traverse la paroi entière. Aucun feuillet ne la bouche.
Les poches de l'estomac selon Rachi, et le statut de l'aiguille selon le nombre de feuillets percés.
6
אָמַר רַב אַשִּׁי, אַף אָנוּ נֹאמַר: ״בָּבֶל״ — ״בּוֹרְסִיף״, ״בּוֹרְסִיף״ — ״בָּבֶל״.

Rav Achi a dit : nous aussi nous dirons — « Bavel » — c'est « Boursif » ; « Boursif » — c'est « Bavel ».

💡 Explication

Rav Achi ajoute une cinquième paire, formée cette fois de deux noms de lieux voisins en Babylonie. La formule qu'il emploie reprend mot pour mot celle d'Abaye, ce qui rattache son ajout à la série ouverte par Rav Hisda.

La guemara n'énonce pas ici de nafka mina pour cette dernière paire. La suite du folio quitte la question des noms pour revenir aux enseignements sur Boursif.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).