Sougya : La page achève d'abord la discussion sur le mouktse du chofar et des trompettes. L'autorisation de déplacer le chofar reposait sur un usage permis, faire boire un enfant par sa partie recourbée ; la guemara objecte que le chofar de la communauté sert de la même manière à un enfant pauvre, puis relève une baraita qui traite chofar et trompettes à égalité.
La résolution répartit les trois baraitot entre Rabbi Yehuda, Rabbi Chimon et Rabbi Nehemia, chacun avec sa doctrine du mouktse. Vient ensuite l'enseignement de Rav Hisda : trois mots ont échangé leur sens depuis la destruction du Temple, chofar et trompette, arava et tsaftsafa, petora et petorata, avec pour chacun une conséquence pratique — la sonnerie de Roch Hachana, le loulav, les transactions.
Abaye ajoute les deux poches de l'estomac du ruminant, houvlila et bei kassei, ce qui engage le statut d'une aiguille trouvée dans la paroi, et Rav Achi termine par les noms de Bavel et de Boursif.
... à un enfant. Dans le cas d'un chofar de la communauté aussi : il convient pour faire boire un enfant pauvre !
Et de plus, cette baraita qui enseigne : de même que l'on déplace le chofar, de même on déplace les trompettes — selon qui est-elle ? Plutôt, il n'y a pas de difficulté : celle-ci suit Rabbi Yehuda, celle-là Rabbi Chimon, celle-là Rabbi Nehemia.
La page reprend en cours de phrase la discussion ouverte au folio précédent sur le mouktse du chofar et des trompettes. L'autorisation de déplacer le chofar tenait à un usage permis : sa partie recourbée permet de verser l'eau peu à peu dans la bouche d'un enfant. La guemara retourne cet argument contre la distinction proposée, puisqu'un chofar appartenant à la communauté rend le même service à un enfant pauvre, que la communauté a chargé de nourrir.
Une seconde difficulté vient d'une baraita qui place chofar et trompettes sur le même plan. La guemara résout l'ensemble en répartissant les trois baraitot entre trois tanaim : Rabbi Yehuda, qui retient le mouktse et permet le seul chofar ; Rabbi Chimon, qui ne le retient pas et permet les deux ; Rabbi Nehemia, qui exige l'usage propre de l'objet et interdit les deux.
Le vocabulaire à fixer : keli chemelakhto le-issour, ustensile dont la fonction habituelle est un travail interdit ; letsorekh goufo, pour l'usage même de l'objet ; letsorekh mekomo, pour libérer la place qu'il occupe ; me-hama le-tsel, le simple déplacement du soleil vers l'ombre, que seul un objet pleinement permis autorise.
Et que désigne le « chofar » mentionné là ? Les trompettes elles aussi, conformément à Rav Hisda.
Car Rav Hisda a dit : ces trois choses ont changé de nom depuis la destruction du Temple. La « chatsotserta » — c'est le « chofra » ; le « chofra » — c'est la « chatsotserta ».
Quelle est la conséquence pratique ? Pour le chofar de Roch Hachana.
La résolution précédente laissait une aspérité : la baraita de Rabbi Nehemia interdit le chofar et les trompettes, alors que la mention des trompettes semble superflue. La guemara répond que le mot chofar employé dans cette baraita désigne en réalité les trompettes, en s'appuyant sur un enseignement de Rav Hisda.
Rav Hisda établit que trois termes ont échangé leur sens depuis la destruction du Temple. La chatsotserta des générations anciennes correspond à ce que l'on nomme désormais chofra, et inversement. La guemara demande aussitôt la nafka mina, la conséquence pratique : la sonnerie de Roch Hachana, qui ne vaut qu'avec une corne de bélier.
Rachi précise l'application concrète : le maître doit parler la langue de son interlocuteur. À un am ha-arets qui suit l'usage nouveau, on indique l'instrument sous le nom qu'il lui donne.
L'« arava » — c'est la « tsaftsafa » ; la « tsaftsafa » — c'est l'« arava ». Quelle est la conséquence pratique ?
Pour le loulav.
Deuxième paire de la liste de Rav Hisda. Parmi les quatre espèces, la Torah demande des rameaux de saule, l'arava. La tsaftsafa, une espèce voisine, est passoul (invalide) pour cette mitsva. L'inversion des noms rend donc le vocabulaire inutilisable pour identifier la branche.
Rachi rappelle les signes retenus dans le traité Souka, qui portent sur la plante elle-même : la feuille ronde et la tige blanche marquent la tsaftsafa. L'étudiant retient que les signes physiques priment sur l'appellation courante.
La « petora » — c'est la « petorata » ; la « petorata » — c'est la « petora ». Quelle est la conséquence pratique ?
Pour l'achat et la vente.
Troisième paire, qui achève la liste de Rav Hisda. En araméen, la finale -ata sert de diminutif : la petorata désignait la petite table, la petora la grande. L'usage a inversé les deux termes.
La nafka mina relève du mekah ou-mimkar, le droit des transactions. Un accord porte sur ce que les parties ont voulu dire, et l'objet livré doit correspondre à l'intention de l'acheteur ; l'ambiguïté du mot ouvre donc un litige sur la taille de la table.
Abaye a dit : nous aussi nous dirons — le « houvlila » — c'est le « bei kassei » ; le « bei kassei » — c'est le « houvlila ». Quelle est la conséquence pratique ?
Pour une aiguille trouvée dans l'épaisseur du beit ha-kossot : d'un seul côté, la bête est kachère ; des deux côtés, elle est terefa.
Abaye prolonge la liste de Rav Hisda avec une paire tirée de l'anatomie du ruminant. Le hemses et le beit ha-kossot sont deux poches de l'estomac ; les noms araméens houvlila et bei kassei se sont échangés entre les générations.
L'enjeu relève des terefot, les défauts qui rendent une bête interdite à la consommation. Rachi décrit la différence de structure : le beit ha-kossot possède une paroi double dont les deux feuillets adhèrent par la graisse, si bien qu'une aiguille arrêtée dans l'un des deux laisse l'autre intact et la bête kachère ; le hemses a une paroi très mince, sans second feuillet pour obturer.
Tossefot rapporte la divergence sur ce dernier point. Pour Rabbenou Tam, seule une perforation traversante rend terefa, en tout endroit. Le Ri défend la lecture de Rachi par une crainte différente : dans une paroi aussi mince, on redoute que la perforation ait traversé puis cicatrisé avant l'abattage.
Rav Achi a dit : nous aussi nous dirons — « Bavel » — c'est « Boursif » ; « Boursif » — c'est « Bavel ».
Rav Achi ajoute une cinquième paire, formée cette fois de deux noms de lieux voisins en Babylonie. La formule qu'il emploie reprend mot pour mot celle d'Abaye, ce qui rattache son ajout à la série ouverte par Rav Hisda.
La guemara n'énonce pas ici de nafka mina pour cette dernière paire. La suite du folio quitte la question des noms pour revenir aux enseignements sur Boursif.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).