Shabbat 37b — Laisser un plat sur la kira : mitsatmék veyafé lo et la halakha de Rabbi Yohanan

Shabbat 37b

Sougya : La page poursuit la question ouverte au folio précédent : la michna Kira parle-t-elle de laisser (lechahot) ou de remettre (lehahazir) une marmite sur le foyer ? Plusieurs enseignements rapportés au nom de Rabbi Yo'hanan sont examinés : sur un foyer couvert de cendres (katum) qui s'est rallumé, sur un foyer chauffé au marc ou au bois, et sur le plat qui se réduit et s'améliore (mitsatmék veyafé lo).

Rav Chechet déduit que la michna vise le retour du plat, et Rava montre que les deux points se lisent déjà dans les michnayot. Face à Rav et Chmouel, qui interdisent de laisser un plat mitsatmék veyafé lo, Rav Ouqva de Mechan déclare suivre Rabbi Yo'hanan.

La page se termine par la règle de Rav Nahman qui classe les mets : plats à farine, plat de navets avec ou sans viande, plat préparé pour des invités, figues, bouillie et dattes.

Foyer chauffé au marc ou au bois, ni balayé ni couvert Laisser (lechahot) depuis la veille Remettre (lehahazir) le Chabbat Rav Chechet au nom de R. Yo'hanan : permis, même plat pas totalement cuit Base : la michna du pain dans le four (croûte formée avant la nuit = permis) = avis de Hanania (1er chapitre) Interdit tant qu'on n'a pas balayé les braises ou mis de la cendre Base : michna Kira, Beit Hillel permettent de remettre sur foyer balayé ou couvert seulement Rava : les deux points sont déjà enseignés dans les michnayot Rav Chechet enseigne seulement la déduction (diyouqa) à tirer de la michna Tossefot : Rabbenou Hananel et Rachi tranchent comme Rav Chechet laisser permis même sur foyer non balayé ; remettre exige balayé et couvert
Laisser ou remettre : la lecture de Rav Chechet au nom de Rabbi Yohanan et la réponse de Rava.
Règle de Rav Nahman : comment classer le plat ? Le plat contient de la farine ? oui autres Est-ce un plat de navets ? Cas cités par Rav Nahman : lafda (figues), bouillie, dattes non oui Il contient de la viande ? non oui Prévu pour des invités ? oui Mitsatmék vera lo se réduit et s'abîme : permis de le laisser Mitsatmék veyafé lo (sans invités) se réduit et s'améliore : interdit
L'arbre de classement de Rav Nahman : quels plats se réduisent en s'améliorant ou en s'abîmant.
Mitsatmék veyafé lo sur foyer non balayé : qui permet ? Rav et Chmouel : interdit Rav Yossef - Rav Yehouda - Chmouel Rav Nahman : veyafé lo interdit, vera lo permis Pratique : ceux qui sont proches de Rav et Chmouel Rabbi Yo'hanan : permis Rav Chmouel bar Yehouda au nom de R. Yo'hanan : plat cuit, même mitsatmék veyafé lo Pratique : Rav Ouqva de Mechan, Soura (Rav Nahman bar Yitshak) Cas incertain : Rav Houna mange le kassa deharsena laissé sur le feu. Rav Achi hésite : suit-il l'avis permissif, ou ce plat à farine est-il mitsatmék vera lo, permis pour tous ?
Le plat mitsatmék veyafé lo : Rav et Chmouel contre Rabbi Yohanan, et la pratique rapportée.
1
שְׁמַע מִינָּה מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ מֻותָּר! שָׁאנֵי הָכָא דִּקְטָמָהּ. אִי הָכִי מַאי לְמֵימְרָא?! הֻובְעֲרָה אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ, מַהוּ דְּתֵימָא כֵּיוָן דְּהֻובְעֲרָה הָדְרָא לָהּ לְמִילְּתָא קַמַּייְתָא, קָמַשְׁמַע לַן.

Déduis-en qu'un plat qui se réduit et s'améliore (mitsatmék veyafé lo) est permis ! C'est différent ici, car il a couvert le foyer de cendres (qatmah).

S'il en est ainsi, qu'y avait-il à dire ?! C'est le cas où le feu s'est rallumé (houvara) qui était nécessaire : tu aurais pu dire que, puisqu'il s'est rallumé, la chose revient à son premier statut ; il nous enseigne donc [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (3)
מִצְטַמֵּק מִתְמַעֵט וּכְוִיץ רטיי"ט לְשׁוֹן שֵׁדִים צוֹמְקַי (הוֹשֵׁעַ ט) כְּמוֹ שֶׁאַתָּה אוֹמֵר בִּלְשׁוֹן צִוּוּי נִצְטַוָּה וּבִלְשׁוֹן צֶדֶק נִצְטַדָּק וְכֵן כָּל תֵּיבָה שֶׁרֹאשׁ יְסוֹדָהּ צָדִ"י כְּשֶׁהִיא מִתְפַּעֶלֶת נוֹתֵן ט' אַחַר צָדִ"י:
Mitsatmék : il diminue et se contracte, ratait en langue vernaculaire, de la même racine que des seins desséchés (tsomqim, Osée 9). De même qu'on dit à la forme de l'ordre nitstava, et pour tsedeq nitstadeq ; ainsi toute racine commençant par un tsadi, à la forme réfléchie, prend un têt après le tsadi.
מֻותָּר לְהַשְׁהוֹתָן בְּכִירָה דְּאִי לֹא בְּמִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ קָאָמַר מַאי אֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן אֶלָּא ע"כ בְּמִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ קָאָמַר וַאֲפִילּוּ הָכֵי לֹא גָּזְרוּ מִשּׁוּם חִיתּוּי הוֹאִיל וְנִתְבַּשֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ וּתְנָא חַמִּין לְאַשְׁמְעִינַן דְּבָעֵינַן שֶׁהוּחַמּוּ כָּל צָרְכָן מִבְּעוֹד יוֹם:
Permis : de les laisser sur la kira. Car s'il ne parlait pas d'un plat mitsatmék veyafé lo, que viendrait-il nous apprendre ? Il parle donc forcément d'un plat mitsatmék veyafé lo, et malgré cela on n'a pas décrété d'interdit par crainte qu'il attise les braises, puisque le plat est entièrement cuit. Et il cite l'eau chaude pour nous apprendre qu'il faut qu'elle ait été chauffée complètement quand il faisait encore jour.
שָׁאנֵי הָכָא דִּקְטָמָהּ וְגַלִּי דַּעְתֵּיהּ דְּלָא נִיחָא לֵיהּ בְּצִמּוּקֵי:
C'est différent ici, car il l'a couvert de cendres : il a montré qu'il ne tient pas à ce que le plat se réduise.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁמַע מִינָּה מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ מֻותָּר פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּאִי הַאי תַּבְשִׁיל בְּמִצְטַמֵּק וְרַע לוֹ מַאי אֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן וְקָשֶׁה לר"י הָא אִיצְטְרִיךְ לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָסְרִי בְּשֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה אֲפִילּוּ חַמִּין דְּמִצְטַמֵּק וְרַע לָהֶם וְעוֹד קָשֶׁה כֵּיוָן דְּהַשְׁתָּא ס"ד דְּמִשּׁוּם דְּהֻובְעֲרָה הָדְרָא לְמִילְּתָא קַמַּייְתָא כִּי מְשַׁנֵּי שָׁאנֵי הָכָא דִּקְטָמָהּ מַאי פָּרִיךְ מַאי לְמֵימְרָא הָא אִיצְטְרִיךְ טוּבָא לְאַפּוֹקֵי מִמַּאי דְּס"ד מֵעִיקָּרָא וְנִרְאֶה לר"י דְּהַשְׁתָּא ס"ד דְּלָא חֲשִׁיבָא קְטוּמָה כְּלָל מִשּׁוּם דְּהֻובְעֲרָה וְאַשְׁמְעִינַן דְּהָדְרָא לְמִילְּתָא קַמַּייְתָא דְּאִי חֲשִׁיבָא קְטוּמָה אַמַּאי נְקַט בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ אַפֵּי' לֹא בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ שָׁרִי דַּאֲפִילּוּ רַבִּי מֵאִיר דְּמַחְמִיר מְכֻולֵּהוּ תַּנָּאֵי שָׁרֵי בְּחַמִּין שֶׁלֹּא הֻוחַמּוּ כָּל צָרְכָּן כִּדְפֵירַשְׁנוּ לְעֵיל דִּסְתָם חַמִּין וְתַבְשִׁיל הָוֵי שֶׁלֹּא הֻוחַמּוּ כָּל צָורְכָּן וּפָרִיךְ שְׁמַע מִינָּה מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ מֻותָּר דְּהָא סְתָם תַּבְשִׁיל אָמַר לְקַמָּן דְּמִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ הוּא וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי הָכָא דִּקְטָמָהּ פֵּירוּשׁ וַחֲשִׁיבָא לְגַמְרֵי קְטוּמָה וה"ה אֲפִילּוּ לֹא בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ שָׁרִי וְהָא דִּנְקַט בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ לְאַשְׁמְעִינַן דְּאִי לָאו קְטוּמָה אֲפִילּוּ בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ אָסוּר מִשּׁוּם דְּמִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ הוּא וּפָרִיךְ אִי הָכִי מַאי לְמֵימְרָא אַף עַל גַּב דְּאַשְׁמְעִינַן דְּאִי לֹא קִטְּמָה אָסוּר מ"מ מִדִּנְקַט לְמִילְּתֵיהּ בִּלְשׁוֹן הֶיתֵּר מַשְׁמַע דְּהֶתֵּירָא אָתֵי לְאוֹרוֹיֵי לָן וְאַף עַל גַּב דְּאַשְׁמְעִינַן דְּלָא הָדְרָא לְמִילְּתָא קַמַּייְתָא נִרְאֶה לוֹ דְּהָא לָא אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִינַן דִּסְבָרָא הוּא דְּלָא הָדְרָא לְמִילְּתָא קַמַּייְתָא וְאַף עַל גַּב דְּמֵעִיקָּרָא הֲוָה בָּעֵי לְמֵימַר דְּהָדְרָא לְמִילְּתָא קַמַּייְתָא לָאו מִשּׁוּם דִּסְבָרָא הוּא לוֹמַר כֵּן אֶלָּא מִשּׁוּם דִּנְקַט בְּמִלְּתֵיהּ בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ הָיָה ר"ל כֵּן כִּדְפָרֵישִׁית וּמְשַׁנֵּי דְּמִכָּל מָקוֹם אִצְטְרִיךְ דְּמַהוּ דְּתֵימָא כו' וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר שָׁאנֵי הָכָא דִּקְטָמָהּ דְּלָאו לְגַמְרֵי מְהַנְּיָא קְטִימָה אֶלָּא דַּוְקָא מִשּׁוּם דְּבִישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ אֲבָל לֹא בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ אָסוּר מִשּׁוּם דְּהֻובְעֲרָה וְהַשְׁתָּא אָתֵי שַׁפִּיר הָא דִּנְקַט הָכָא קִטְּמָה וְהֻובְעֲרָה וּלְעֵיל נְקַט וְנִתְלַבְּתָה דְּנִתְלַבְּתָה הָוֵי פָּחוֹת מֵהוּבְעֲרָה וְהָוְיָא לְגַמְרֵי כִּקְטוּמָה וּפָרִיךְ א"ה מַאי לְמֵימְרָא דְּהָא בְּלָאו מִילְּתֵיהּ מִסְּבָרָא הֵ"א דְּלָא הָדְרָא לְמִלְּתָא קַמַּיְיתָא כְּמוֹ בְּנִתְלַבְּתָה וְשָׁרִי וְאַפֵּי' לֹא בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ וּבִלְשׁוֹן אִיסּוּר ה"ל לְאַשְׁמְעִינַן וְלֹא בִּלְשׁוֹן הֶיתֵּר וּמְשַׁנֵּי הֻובְעֲרָה אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ וְאִי לָאו מִילְּתֵיהּ לֹא הָיָה פָּשׁוּט הֶיתֵּר אֶלָּא הֲוָה ס"ד לְמֵימְרָא דְּהָדְרָא לְמִילְּתָא קַמַּיְיתָא:
Déduis-en qu'un plat mitsatmék veyafé lo est permis : Rachi explique (bequntres) que si ce plat était mitsatmék vera lo, que viendrait-il nous apprendre ? Le Ri objecte : c'était nécessaire pour exclure l'avis de Rabbi Meir et de Rabbi Yehouda, qui interdisent sur un foyer non balayé même l'eau chaude, qui se réduit et s'abîme. Autre difficulté : puisqu'on suppose maintenant que, le feu s'étant rallumé, la chose revient à son premier statut, quand il répond c'est différent ici car il l'a couvert, pourquoi objecter qu'y avait-il à dire ? C'était tout à fait nécessaire pour exclure ce qu'on avait supposé au départ. Le Ri pense que l'on suppose maintenant que le foyer n'est pas du tout considéré comme couvert, puisqu'il s'est rallumé, et que l'énoncé nous apprend qu'il revient à son premier statut. Car s'il était considéré comme couvert, pourquoi préciser qu'il a cuit le plat complètement ? Même un plat pas complètement cuit serait permis, puisque même Rabbi Meir, le plus strict de tous les Tannaim, permet l'eau chaude qui n'a pas été complètement chauffée, comme nous l'avons expliqué plus haut : l'eau chaude et le plat dont on parle sans précision sont ceux qui n'ont pas été complètement chauffés. La guemara objecte : déduis-en qu'un plat mitsatmék veyafé lo est permis, puisqu'il est dit plus loin qu'un plat ordinaire est mitsatmék veyafé lo. Elle répond : c'est différent ici, car il l'a couvert, c'est-à-dire que le foyer est considéré comme entièrement couvert ; et il en irait de même d'un plat pas complètement cuit. S'il a précisé qu'il a cuit complètement, c'est pour nous apprendre que, sans la cendre, même un plat entièrement cuit est interdit, puisqu'il est mitsatmék veyafé lo. Elle objecte alors : s'il en est ainsi, qu'y avait-il à dire ? Même si l'énoncé nous apprend que sans cendre c'est interdit, il est formulé en termes de permission, ce qui montre qu'il vient nous enseigner une permission ; et même s'il nous apprend que le foyer ne revient pas à son premier statut, le Ri estime qu'il n'était pas nécessaire de l'enseigner, car il est logique qu'il n'y revienne pas. Et si l'on voulait dire au début qu'il y revient, ce n'était pas par logique, mais parce qu'il a précisé qu'il a cuit complètement, comme je l'ai expliqué. La guemara répond que c'était tout de même nécessaire, car tu aurais pu dire, etc. On peut aussi dire : c'est différent ici car il l'a couvert, signifie que la cendre n'est pas efficace à elle seule, mais seulement parce que le plat a été entièrement cuit ; un plat pas complètement cuit serait interdit, puisque le feu s'est rallumé. On comprend alors bien pourquoi on parle ici de foyer couvert qui s'est rallumé, alors que plus haut on parlait de foyer qui s'est enflammé (nitlabta) : s'enflammer est moins que se rallumer, et le foyer reste alors pleinement considéré comme couvert. La guemara objecte : s'il en est ainsi, qu'y avait-il à dire ? Même sans son énoncé, j'aurais compris par la logique que le foyer ne revient pas à son premier statut, comme dans le cas où il s'est enflammé, et que c'est permis même pour un plat pas complètement cuit ; il aurait dû nous l'enseigner sous forme d'interdit et non de permission. Elle répond : le cas où le feu s'est rallumé était nécessaire ; sans son énoncé, la permission n'aurait pas été évidente, et l'on aurait pensé que le foyer revient à son premier statut.
💡 Explication

La guemara tire de l'énoncé de Rabbi Ochaya (fin du folio précédent) qu'un plat mitsatmék veyafé lo, qui gagne à cuire encore, peut être laissé sur la kira. Elle répond que le foyer était qatum, couvert de cendres : la cendre montre qu'on ne cherche pas à prolonger la cuisson, et la crainte qu'on attise les braises disparaît.

Si le foyer est couvert, la permission va de soi. La nouveauté est donc le cas houvara : les braises se sont ranimées sous la cendre. On aurait pu croire que le foyer redevient un foyer allumé ordinaire ; l'énoncé enseigne qu'il garde son statut de foyer couvert.

Les Tossefot discutent longuement ce raisonnement et proposent deux lectures ; dans la seconde, la cendre ne suffit que pour un plat entièrement cuit.

🖼️ Schéma
Qatmah vehouvara : le fil de la discussion Enoncé : couvert puis rallumé, plat cuit : on le laisse Question : donc veyafé lo permis ? Réponse : ici le foyer est couvert (qatmah) Question : alors quoi de neuf ? Seg. 0 : R. Ochaya Nouveauté : houvara, le foyer rallumé ne retrouve pas son premier statut Seg. 1 : R. Yo'hanan Même chose ? Nouveauté : braises de retem, très chaudes et durables
Le même schéma de questions et réponses se répète pour Rabbi Ochaya et pour Rabbi Yo'hanan.
2
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: קִטְּמָה וְהֻובְעֲרָה, מְשַׁהִין עָלֶיהָ חַמִּין שֶׁהֻוחַמּוּ כָּל צָורְכָּן וְתַבְשִׁיל שֶׁבִּישֵּׁל כָּל צָורְכּוֹ, וַאֲפִילּוּ גֶּחָלִים שֶׁל רֹותֶם. שְׁמַע מִינָּה מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ מֻותָּר! — שָׁאנֵי הָכָא דִּקְטָמָהּ. אִי הָכִי מַאי לְמֵימְרָא?! הֻובְעֲרָה אִצְטְרִיכָא לֵיהּ. הַיְינוּ הָךְ! — גֶּחָלִים שֶׁל רֹותֶם אִצְטְרִיכָא לֵיהּ.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : si on l'a couverte de cendres et qu'elle s'est rallumée, on laisse sur elle de l'eau chaude complètement chauffée et un plat complètement cuit, même avec des braises de retem (genêt). Déduis-en qu'un plat mitsatmék veyafé lo est permis !

C'est différent ici, car il l'a couverte. S'il en est ainsi, qu'y avait-il à dire ?!

C'est le cas où le feu s'est rallumé qui était nécessaire. C'est la même chose [que l'énoncé précédent] !

Ce sont les braises de retem qui étaient nécessaires.

📜 Rachi (1)
גֶּחָלִים שֶׁל רֹותֶם חַמִּין יוֹתֵר מִשְּׁאָר גֶּחָלִים וְאֵינָם מְמַהֲרִין לְכַבּוֹת כִּדְאָמְרִינַן בְּהַמּוֹכֵר אֶת הַסְּפִינָה (ב"ב דַּף עַד:):
Braises de retem : elles sont plus chaudes que les autres braises et ne s'éteignent pas vite, comme nous le disons au chapitre Hamokher et hassefina (Baba Batra 74b).
💡 Explication

L'énoncé de Rabbi Yo'hanan suit la même discussion que celui de Rabbi Ochaya. À l'objection haynou hakh (c'est la même chose), la guemara répond que sa nouveauté tient aux braises de retem, un bois dont les braises restent très chaudes longtemps : même alors, la cendre suffit.

3
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כִּירָה שֶׁהִסִּיקוּהָ בְּגֶפֶת וּבְעֵצִים מְשַׁהִין עָלֶיהָ חַמִּין שֶׁלֹּא הֻוחַמּוּ כָּל צָורְכָּן וְתַבְשִׁיל שֶׁלֹּא בִּישֵּׁל כָּל צָורְכּוֹ. עָקַר — לֹא יַחֲזִיר עַד שֶׁיִּגְרֹוף אוֹ עַד שֶׁיִּתֵּן אֵפֶר. קָסָבַר: מַתְנִיתִין ״לְהַחֲזִיר״ תְּנַן, אֲבָל לִשְׁהוֹת — מְשַׁהִין אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ גָּרוּף וְאֵינוֹ קָטוּם.

Rav Chechet a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : une kira que l'on a chauffée avec du marc (guefet) ou du bois, on laisse sur elle de l'eau chaude qui n'a pas été complètement chauffée et un plat qui n'a pas été complètement cuit. Si on l'a retiré, on ne le remet pas avant d'avoir balayé [les braises] ou mis de la cendre.

Il pense : c'est remettre (lehahazir) que nous avons appris dans notre michna ; mais pour laisser, on laisse même si le foyer n'est ni balayé ni couvert.

📜 Rachi (3)
מַשְׁהִין עָלֶיהָ ואע"פ שֶׁלֹּא קִטְּמָה וְאָמוֹרָאֵי נִינְהוּ אַלִּיבָּא דְר' יוֹחָנָן:
On laisse sur elle : bien qu'on ne l'ait pas couverte de cendres ; ce sont des Amoraim qui divergent sur l'avis de Rabbi Yo'hanan.
מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי עַד שֶׁיִּגְרֹוף:
Notre michna : qui enseigne jusqu'à ce qu'on balaie.
לְהַחֲזִיר תְּנַן דְּלָא שָׁרוּ בֵּית הִלֵּל לְהַחֲזִיר עַד שֶׁיִּגְרֹוף וּפֵירוּקָא דְּמַתְנִיתִין כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל חַסּוּרֵי מִיחַסְּרָא הִלְכָּךְ עָקַר לֹא יַחֲזִיר הוֹאִיל וְאֵינָהּ גְּרוּפָה:
C'est remettre que nous avons appris : Beit Hillel ne permettent de remettre qu'après avoir balayé, et la michna s'explique comme nous l'avons dit plus haut, par un texte lacunaire (hassourei mihassera). C'est pourquoi, si on a retiré le plat, on ne le remet pas, puisque le foyer n'est pas balayé.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת אָמַר ר' יוֹחָנָן כִּירָה שֶׁהִסִּיקוּהָ בְּגֶפֶת וּבְעֵצִים מְשַׁהִין עָלֶיהָ תַּבְשִׁיל שֶׁלֹּא בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ כו' פָּסַק ר"ח דַּהֲלָכָה כְּרַב שֵׁשֶׁת אָמַר ר' יוֹחָנָן דְּרָבָא דְּאָמַר תַּרְוַיְיהוּ תְּנַנְהִי סְבִירָא לֵיהּ כְּוָותֵיהּ וְכֵן פָּסַק רַשִׁ"י דִּסְתָם מַתְנִיתִין דְּפֶרֶק קַמָּא (דָּךְ יט:) כַּחֲנַנְיָה וּמֻותָּר לְהַשְׁהוֹת אַפֵּי' בְּאֵינֵהּ גְּרוּפָה אֲבָל לְהַחֲזִיר וַדַּאי אָסוּר אא"כ גָּרוּף וְקָטוּם וְאַפֵּי' בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ כִּדְפֵי' לְעֵיל:
Rav Chechet a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : une kira que l'on a chauffée avec du marc ou du bois, on laisse sur elle un plat qui n'a pas été complètement cuit, etc. : Rabbenou Hananel tranche que la halakha suit Rav Chechet au nom de Rabbi Yo'hanan, car Rava, qui dit que les deux points sont enseignés dans les michnayot, pense comme lui. Rachi tranche de même : la michna anonyme du premier chapitre (plus haut 19b) suit Hanania, et il est permis de laisser même sur un foyer non balayé. Mais remettre est certainement interdit, à moins que le foyer soit balayé et couvert, même pour un plat entièrement cuit, comme nous l'avons expliqué plus haut.
💡 Explication

Rav Chechet rapporte une autre tradition de Rabbi Yo'hanan, qui tranche la question du folio précédent : la michna Kira parle de remettre (lehahazir). On peut donc laisser (lechahot) un plat, même pas entièrement cuit, sur un foyer ni garouf (balayé) ni qatum (couvert). Pour le remettre après l'avoir retiré, il faut balayer ou couvrir.

Rachi note que les Amoraim divergent sur ce que pensait Rabbi Yo'hanan : Rabba bar bar Hana exigeait un foyer couvert et un plat entièrement cuit. Les Tossefot rapportent que Rabbenou Hananel et Rachi tranchent comme Rav Chechet.

4
אָמַר רָבָא: תַּרְוַוייְהוּ תְּנַנְהִי. לִשְׁהוֹת תְּנֵינָא: אֵין נוֹתְנִין אֶת הַפַּת בְּתוֹךְ הַתַּנּוּר עִם חֲשֵׁיכָה וְלֹא חֲרָרָה עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּקְרְמוּ פָּנֶיהָ. הָא קָרְמוּ פָּנֶיהָ — שָׁרִי. לְהַחֲזִיר נָמֵי תְּנֵינָא: בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים אַף מַחֲזִירִין. וְעַד כָּאן לָא קָשָׁרוּ בֵּית הִלֵּל אֶלָּא בִּגְרוּפָה וּקְטוּמָה, אֲבָל בְּשֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה וּקְטוּמָה לָא! וְרַב שֵׁשֶׁת נָמֵי דִּיּוּקָא דְמַתְנִיתִין קָמַשְׁמַע לַן.

Rava a dit : les deux points, nous les avons appris [dans des michnayot]. Laisser, nous l'avons appris : on ne met pas le pain dans le four à la tombée de la nuit, ni une galette (harara) sur les braises, à moins que sa surface ait le temps de former une croûte.

Donc, si sa surface a formé une croûte, c'est permis. Remettre aussi, nous l'avons appris : Beit Hillel disent : on remet aussi.

Et Beit Hillel ne l'ont permis que sur un foyer balayé ou couvert, mais sur un foyer ni balayé ni couvert, non ! Rav Chechet aussi nous enseigne la déduction de la michna.

📜 Rachi (4)
תַּרְוַייְהוּ תְּנַנְהִי בֵּין לְשַׁהוֹת בְּשֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה תְּנֵינָא בְּהֶדְיָא סְתַם מִשְׁנָה דְּמֻותָּר וְעָקַר לֹא יַחֲזִיר נָמֵי תְּנֵינָא וְלָמָּה לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן לְאַשְׁמְעִינַן:
Les deux points, nous les avons appris : aussi bien laisser sur un foyer non balayé, qu'une michna anonyme permet explicitement, que si on l'a retiré, on ne le remet pas, nous les avons appris. Pourquoi Rabbi Yo'hanan avait-il besoin de nous l'enseigner ?
הָא קָרְמוּ פָּנֶיהָ שְׁרֵי וְהַייְנוּ לֹא בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ וְתַנּוּר לָאו גָּרוּף וְקָטוּם הוּא וְאִי נָמֵי גָּרוּף בְּתַנּוּר לָא מְהַנְּיָא גְּרִיפָה כְּדִתְנַן בְּמַתְנִיתִין וכ"ש פַּת דְּאַדַּעְתָּא לְבַשּׁוֹלֵי יַהְבֵּיהּ בְּגַוֵּויהּ:
Donc, si sa surface a formé une croûte, c'est permis : il s'agit d'un aliment qui n'est pas entièrement cuit, et le four n'est ni balayé ni couvert ; et même si on le balaie, dans un four le balayage n'est pas efficace, comme nous l'avons appris dans la michna. À plus forte raison pour le pain, qu'on y a mis dans l'intention de le cuire.
וְעַד כָּאן לָא שָׁרוּ כו' דְּמַתְנִיתִין אַלְּאַחַר שֶׁיִּגְרֹוף קָאֵי דְּקָתָנֵי לֹא יִתֵּן עַד שֶׁיִּגְרֹוף וּבֵין לְמָאֵן דְּאָמַר לֹא יִשְׁהֶה וּבֵין לָמֶ"ד לֹא יַחֲזִיר מ"מ חֲזָרָה דְּסֵיפָא אֶגְרוֹף וְקָטוּם מְהַדַּר:
Et [Beit Hillel] ne l'ont permis, etc. : car notre michna se rapporte au cas où l'on a balayé, puisqu'elle enseigne il ne le posera pas avant d'avoir balayé. Aussi bien selon celui qui lit il ne laissera pas, que selon celui qui lit il ne remettra pas, le retour dont parle la fin de la michna vise un foyer balayé et couvert.
וְרַב שֵׁשֶׁת נָמֵי דִּיּוּקָא דְּמַתְנִי' קמ"ל מִשּׁוּם דְּלָא מִתְּנֵי לֵהּ בְּהֶדְיָא הָא קָרְמוּ שָׁרִי וַאֲנַן דְּמִשְּׁהֵינַן קְדֵירָה עַל גַּבֵּי כִּירָה שֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה אַדַּחֲנַנְיָה סָמְכִינַן הוֹאִיל וּתְנַן סְתָם מַתְנִיתִין כְּוָותֵיהּ כִּדְאָמַר הָא קָרְמוּ שָׁרִי ואע"ג דְּלָא בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ וְאָמַר רַב שֵׁשֶׁת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן כְּוָותֵיהּ דְּמַתְנִיתִין דְּפִרְקִין מִשּׁוּם חֲזָרָה הוּא דְּבָעֵי גְּרוּפָה אֲבָל לִשְׁהוֹת לֹא וְכָל הָנֵי אָמוֹרָאֵי דְּאָסְרִי סָבְרִי מַתְנִיתִין לִשְׁהוֹת תְּנַן:
Rav Chechet aussi nous enseigne la déduction de la michna : parce que la michna n'enseigne pas explicitement que, si la croûte s'est formée, c'est permis. Et nous, qui laissons une marmite sur une kira non balayée, nous nous appuyons sur Hanania, puisque la michna anonyme suit son avis, comme on l'a dit : si la croûte s'est formée, c'est permis, bien que l'aliment ne soit pas entièrement cuit. Et Rav Chechet a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, en accord avec la michna, que c'est pour remettre qu'il faut un foyer balayé, mais pas pour laisser. Et tous ces Amoraim qui interdisent pensent que la michna parle de laisser.
🗂️ Tossefot (1)
דִּיּוּקָא דְּמַתְנִי' קמ"ל פֵּי' רַשִׁ"י דקמ"ל דְּקָרְמוּ פָּנֶיהָ שַׁפִּיר דָּמֵי וְאֵין נִרְאֶה דְּדִיּוּק פָּשׁוּט הוּא דְּהָא כֵּיוָן דִּתְנָא עַד שֶׁיִּקְרְמוּ פָּנֶיהָ מִמֵּילָא שָׁמְעִינַן דְּקָרְמוּ פָּנֶיהָ שָׁרִי וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּדִיּוּקָא דְּמַתְנִיתִין דְּכִירָה אֲתָא לְאַשְׁמְעִי' דִּלְהַחֲזִיר תְּנַן וְחַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי:
Il nous enseigne la déduction de la michna : Rachi explique qu'il nous enseigne que, si la surface a formé une croûte, c'est permis. Cela ne semble pas juste, car c'est une déduction évidente : puisqu'on a appris jusqu'à ce que sa surface forme une croûte, on comprend de soi-même que, si elle l'a formée, c'est permis. Il semble qu'il faut expliquer que la déduction de la michna de la kira vient nous apprendre que c'est remettre que nous avons appris, que le texte est lacunaire, et qu'il enseigne ainsi.
💡 Explication

Rava objecte que l'énoncé de Rav Chechet n'apporte rien de nouveau. La permission de laisser ressort de la michna du premier chapitre sur le pain mis au four : une fois la croûte formée, on peut le laisser, bien qu'il ne soit pas cuit et que le four ne soit pas balayé. L'interdit de remettre sans balayer ressort de la michna Kira, où Beit Hillel ne permettent le retour que sur un foyer balayé ou couvert.

Réponse : Rav Chechet enseigne le diyouqa, la déduction à tirer de la michna. Rachi l'applique à la michna du pain ; les Tossefot jugent cette déduction trop évidente et l'appliquent à la michna Kira, qu'il faut lire comme parlant de remettre.

5
אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כִּירָה שֶׁהִסִּיקוּהָ בְּגֶפֶת וּבְעֵצִים מְשַׁהִין עָלֶיהָ תַּבְשִׁיל שֶׁבִּישֵּׁל כָּל צָורְכּוֹ וְחַמִּין שֶׁהֻוחַמּוּ כָּל צָורְכָּן וַאֲפִילּוּ מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ. אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִדְּרַבָּנַן לְרַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה: הָא רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ אָסוּר!

Rav Chmouel bar Yehouda a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : une kira que l'on a chauffée avec du marc ou du bois, on laisse sur elle un plat complètement cuit et de l'eau chaude complètement chauffée, même s'il est mitsatmék veyafé lo. Un des Sages dit à Rav Chmouel bar Yehouda : mais Rav et Chmouel disent tous deux que mitsatmék veyafé lo est interdit !

💡 Explication

Troisième tradition au nom de Rabbi Yo'hanan : sur un foyer ni balayé ni couvert, on peut laisser un plat entièrement cuit, même s'il gagne à cuire encore. Un Sage lui oppose l'avis de Rav et Chmouel, qui l'interdisent.

6
אֲמַר לֵיהּ: אַטּוּ לֵית אֲנָא יָדַע דְּאָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ — אָסוּר? כִּי קָאָמֵינָא לָךְ, לְרַבִּי יוֹחָנָן קָאָמֵינָא. אֲמַר לֵיהּ רַב עֻוקְבָא מִמֵּישָׁן לְרַב אַשִּׁי: אַתּוּן דִּמְקָרְבִיתוּ לְרַב וּשְׁמוּאֵל — עַבִּידוּ כְּרַב וּשְׁמוּאֵל, אֲנַן נַעֲבֵיד כְּרַבִּי יוֹחָנָן.

Il lui dit : est-ce que je ne sais pas que Rav Yossef a dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : mitsatmék veyafé lo est interdit ? Ce que je t'ai dit, je te l'ai dit selon Rabbi Yo'hanan.

Rav Ouqva de Mechan dit à Rav Achi : vous, qui êtes proches de Rav et Chmouel, agissez comme Rav et Chmouel ; nous, nous agirons comme Rabbi Yo'hanan.

💡 Explication

Rav Chmouel bar Yehouda connaît l'avis de Chmouel ; il rapportait seulement celui de Rabbi Yo'hanan. Rav Ouqva de Mechan en tire une pratique selon les lieux : les communautés proches de Rav et Chmouel suivent leur avis strict, la sienne suit Rabbi Yo'hanan.

7
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: מַהוּ לִשְׁהוֹת? אֲמַר לֵיהּ: הָא רַב יְהוּדָה מְשַׁהוּ לֵיהּ וְאָכֵיל. אֲמַר לֵיהּ: בַּר מִינֵּיהּ דְּרַב יְהוּדָה, דְּכֵיוָן דִּמְסֻוכָּן הוּא — אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת נָמֵי שְׁרֵי לְמֶעְבַּד לֵיהּ. לִי וּלְךָ מַאי? אֲמַר לֵיהּ: בְּסוּרָא מַשֶּׁהוּ, דְּהָא רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מָרֵי דְעוֹבָדָא הֲוָה, וּמַשֶּׁהוּ לֵיהּ וְאָכִיל. אָמַר רַב אַשִּׁי: קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא וְשַׁהִין לֵיהּ כָּסָא דְהַרְסָנָא וָאֲכַל, וְלָא יָדַעְנָא אִי מִשּׁוּם דְּקָסָבַר מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ מֻותָּר, אִי מִשּׁוּם דְּכֵיוָן דְּאִית בֵּיהּ מִיחָא — מִצְטַמֵּק וְרַע לוֹ הוּא.

Abaye dit à Rav Yossef : qu'en est-il de laisser [un plat] ? Il lui dit : on laissait bien [un plat] pour Rav Yehouda, et il le mangeait.

Il lui dit : laisse Rav Yehouda de côté ; comme il est en danger, il est permis, même le Chabbat, de le préparer pour lui. Pour moi et pour toi, qu'en est-il ?

Il lui dit : à Soura, on laisse, car Rav Nahman bar Yitshak, qui est scrupuleux dans ses actes (mare de-ouvda), on laissait [un plat] pour lui et il le mangeait. Rav Achi a dit : je me tenais devant Rav Houna, et on lui avait laissé un plat de poissons frits (kassa deharsena), et il l'a mangé.

Et je ne sais pas si c'est parce qu'il pense que mitsatmék veyafé lo est permis, ou parce que, comme il contient de la farine (miha), c'est un plat mitsatmék vera lo.

📜 Rachi (5)
מַהוּ לִשְׁהוֹת בְּשֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה:
Qu'en est-il de laisser : sur un foyer non balayé.
מְסֻוכָּן הוּא רָגִיל לְאָוחְזוֹ בֻּולְמוֹס וְצָרִיךְ לֶאֱכֹול מַאֲכָל מָתוֹק וְטוֹב:
Il est en danger : il est souvent saisi de boulmous (faim maladive) et il doit manger un aliment doux et bon.
מָרֵי דְּעֻובְדָּא מְדַקְדֵּק בְּמַעֲשָׂיו:
Mare de-ouvda : scrupuleux dans ses actes.
כָּסָא דְּהַרְסָנָא דָּגִים הַמְבֻושָּׁלִים בְּשַׁמְנָן בַּקֶּמַח:
Kassa deharsena : des poissons cuits dans leur graisse avec de la farine.
מִיחָא קֶמַח:
Miha : de la farine.
🗂️ Tossefot (1)
מַהוּ לְהַשְׁהוֹת בְּאֵינֵהּ גְּרוּפָה וְלֹא בִּישֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ קָבָעֵי אוֹ בְּמִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ:
Qu'en est-il de laisser : sur un foyer non balayé ; il demande pour un plat qui n'est pas entièrement cuit, ou pour un plat mitsatmek veyafe lo.
💡 Explication

Abaye cherche la pratique. La conduite de Rav Yehouda ne prouve rien : il est malade (mesoukan), et pour lui on pourrait même cuire le Chabbat. Rav Yossef cite alors Soura, où l'on laissait un plat pour Rav Nahman bar Yitshak, homme scrupuleux.

Le témoignage de Rav Achi sur Rav Houna reste ambigu : le plat de poissons contient de la farine, et selon la règle qui suit, un plat à farine est mitsatmek vera lo, permis pour tous. Sa conduite ne permet donc pas de conclure.

8
אָמַר רַב נַחְמָן: מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ — אָסוּר, מִצְטַמֵּק וְרַע לוֹ — מֻותָּר. כְּלָלָא דְּמִלְּתָא: כָּל דְּאִית בֵּיהּ מֵיחָא — מִצְטַמֵּק וְרַע לוֹ, לְבַר מִתַּבְשִׁיל דְּלִיפְתָּא דְּאַף עַל גַּב דְּאִית בֵּיהּ מֵיחָא — מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ הוּא. וְהָנֵי מִילֵּי דְּאִית בֵּיהּ בִּשְׂרָא, אֲבָל לֵית בֵּיהּ בִּשְׂרָא — מִצְטַמֵּק וְרַע לוֹ הוּא. וְכִי אִית בֵּיהּ בִּשְׂרָא נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא קָבָעֵי לֵהּ לְאוֹרְחִין, אֲבָל קָבָעֵי לֵהּ לְאוֹרְחִין — מִצְטַמֵּק וְרַע לוֹ. לַפְדָּא דַּיְיסָא וְתַמְרֵי מִצְטַמֵּק וְרַע לָהֶן.

Rav Nahman a dit : mitsatmek veyafe lo est interdit, mitsatmek vera lo est permis. Voici la règle : tout ce qui contient de la farine est mitsatmek vera lo, sauf le plat de navets (liftha), qui, bien qu'il contienne de la farine, est mitsatmek veyafe lo.

Cela vaut quand il contient de la viande ; mais s'il ne contient pas de viande, il est mitsatmek vera lo. Et même quand il contient de la viande, nous ne l'avons dit que si on n'en a pas besoin pour des invités ; mais si on en a besoin pour des invités, il est mitsatmek vera lo.

Lafda, bouillie (daysa) et dattes : ils sont mitsatmek vera lo.

📜 Rachi (4)
דְּאִית בֵּיהּ בִּשְׂרָא מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ שֶׁשֻּׁומַּן הַבָּשָׂר מְשַׁבֵּר כֹּחַ הַלֶּפֶת כִּדְאָמַר בִּבְרָכוֹת (דַּף מד:):
Quand il contient de la viande : il est mitsatmek veyafe lo, car la graisse de la viande brise la force du navet, comme il est dit dans Berakhot (44b).
לְאוֹרְחִין צָרִיךְ חֲתִיכוֹת חֲשׁוּבוֹת לָשׁוּם לִפְנֵיהֶם וְאֵין דֶּרֶךְ כָּבוֹד בַּתַּבְשִׁיל הִצְטַמֵּק שֶׁאֵין הַבָּשָׂר נִיכָּר בּוֹ:
Pour des invités : il faut leur servir des morceaux de choix, et il n'est pas honorable de leur présenter un plat réduit où la viande ne se distingue plus.
לַפְדָּא מַאֲכָל שֶׁעוֹשֶׂה מִתְּאֵנִים:
Lafda : un mets que l'on prépare avec des figues.
תַּמְרֵי מַאֲכַל תְּמָרִים:
Dattes : un mets de dattes.
💡 Explication

Rav Nahman fixe le critère : on interdit de laisser un plat qui gagne à cuire encore, car on risque d'attiser les braises pour hâter cette cuisson. Un plat qui s'abîme en se réduisant ne pose pas ce risque.

La règle générale : un plat à farine s'abîme. Exception : le plat de navets, s'il contient de la viande, s'améliore, car la graisse adoucit le navet (Rachi). S'il est destiné à des invités, il s'abîme aussi, puisqu'on veut leur servir des morceaux de viande bien reconnaissables.

🖼️ Schéma
Deux catégories de plats laissés sur le feu Mitsatmek veyafe lo : interdit Plat de navets avec viande, pour la famille On a intérêt à ce qu'il cuise encore : crainte qu'on attise les braises Mitsatmek vera lo : permis Tout plat à farine (sauf navets) Navets sans viande ; navets pour invités Lafda (figues), bouillie, dattes Pas d'intérêt à prolonger la cuisson
La classification de Rav Nahman : seuls les plats qui gagnent à cuire encore sont interdits.
9
בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא:

On demanda à Rabbi Hiya bar Abba :

💡 Explication

La question posée à Rabbi Hiya bar Abba est rapportée au folio suivant (38a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).