Sougya : La page poursuit la question ouverte au folio précédent : la michna Kira parle-t-elle de laisser (lechahot) ou de remettre (lehahazir) une marmite sur le foyer ? Plusieurs enseignements rapportés au nom de Rabbi Yo'hanan sont examinés : sur un foyer couvert de cendres (katum) qui s'est rallumé, sur un foyer chauffé au marc ou au bois, et sur le plat qui se réduit et s'améliore (mitsatmék veyafé lo).
Rav Chechet déduit que la michna vise le retour du plat, et Rava montre que les deux points se lisent déjà dans les michnayot. Face à Rav et Chmouel, qui interdisent de laisser un plat mitsatmék veyafé lo, Rav Ouqva de Mechan déclare suivre Rabbi Yo'hanan.
La page se termine par la règle de Rav Nahman qui classe les mets : plats à farine, plat de navets avec ou sans viande, plat préparé pour des invités, figues, bouillie et dattes.
Déduis-en qu'un plat qui se réduit et s'améliore (mitsatmék veyafé lo) est permis ! C'est différent ici, car il a couvert le foyer de cendres (qatmah).
S'il en est ainsi, qu'y avait-il à dire ?! C'est le cas où le feu s'est rallumé (houvara) qui était nécessaire : tu aurais pu dire que, puisqu'il s'est rallumé, la chose revient à son premier statut ; il nous enseigne donc [qu'il n'en est rien].
La guemara tire de l'énoncé de Rabbi Ochaya (fin du folio précédent) qu'un plat mitsatmék veyafé lo, qui gagne à cuire encore, peut être laissé sur la kira. Elle répond que le foyer était qatum, couvert de cendres : la cendre montre qu'on ne cherche pas à prolonger la cuisson, et la crainte qu'on attise les braises disparaît.
Si le foyer est couvert, la permission va de soi. La nouveauté est donc le cas houvara : les braises se sont ranimées sous la cendre. On aurait pu croire que le foyer redevient un foyer allumé ordinaire ; l'énoncé enseigne qu'il garde son statut de foyer couvert.
Les Tossefot discutent longuement ce raisonnement et proposent deux lectures ; dans la seconde, la cendre ne suffit que pour un plat entièrement cuit.
Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : si on l'a couverte de cendres et qu'elle s'est rallumée, on laisse sur elle de l'eau chaude complètement chauffée et un plat complètement cuit, même avec des braises de retem (genêt). Déduis-en qu'un plat mitsatmék veyafé lo est permis !
C'est différent ici, car il l'a couverte. S'il en est ainsi, qu'y avait-il à dire ?!
C'est le cas où le feu s'est rallumé qui était nécessaire. C'est la même chose [que l'énoncé précédent] !
Ce sont les braises de retem qui étaient nécessaires.
L'énoncé de Rabbi Yo'hanan suit la même discussion que celui de Rabbi Ochaya. À l'objection haynou hakh (c'est la même chose), la guemara répond que sa nouveauté tient aux braises de retem, un bois dont les braises restent très chaudes longtemps : même alors, la cendre suffit.
Rav Chechet a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : une kira que l'on a chauffée avec du marc (guefet) ou du bois, on laisse sur elle de l'eau chaude qui n'a pas été complètement chauffée et un plat qui n'a pas été complètement cuit. Si on l'a retiré, on ne le remet pas avant d'avoir balayé [les braises] ou mis de la cendre.
Il pense : c'est remettre (lehahazir) que nous avons appris dans notre michna ; mais pour laisser, on laisse même si le foyer n'est ni balayé ni couvert.
Rav Chechet rapporte une autre tradition de Rabbi Yo'hanan, qui tranche la question du folio précédent : la michna Kira parle de remettre (lehahazir). On peut donc laisser (lechahot) un plat, même pas entièrement cuit, sur un foyer ni garouf (balayé) ni qatum (couvert). Pour le remettre après l'avoir retiré, il faut balayer ou couvrir.
Rachi note que les Amoraim divergent sur ce que pensait Rabbi Yo'hanan : Rabba bar bar Hana exigeait un foyer couvert et un plat entièrement cuit. Les Tossefot rapportent que Rabbenou Hananel et Rachi tranchent comme Rav Chechet.
Rava a dit : les deux points, nous les avons appris [dans des michnayot]. Laisser, nous l'avons appris : on ne met pas le pain dans le four à la tombée de la nuit, ni une galette (harara) sur les braises, à moins que sa surface ait le temps de former une croûte.
Donc, si sa surface a formé une croûte, c'est permis. Remettre aussi, nous l'avons appris : Beit Hillel disent : on remet aussi.
Et Beit Hillel ne l'ont permis que sur un foyer balayé ou couvert, mais sur un foyer ni balayé ni couvert, non ! Rav Chechet aussi nous enseigne la déduction de la michna.
Rava objecte que l'énoncé de Rav Chechet n'apporte rien de nouveau. La permission de laisser ressort de la michna du premier chapitre sur le pain mis au four : une fois la croûte formée, on peut le laisser, bien qu'il ne soit pas cuit et que le four ne soit pas balayé. L'interdit de remettre sans balayer ressort de la michna Kira, où Beit Hillel ne permettent le retour que sur un foyer balayé ou couvert.
Réponse : Rav Chechet enseigne le diyouqa, la déduction à tirer de la michna. Rachi l'applique à la michna du pain ; les Tossefot jugent cette déduction trop évidente et l'appliquent à la michna Kira, qu'il faut lire comme parlant de remettre.
Rav Chmouel bar Yehouda a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : une kira que l'on a chauffée avec du marc ou du bois, on laisse sur elle un plat complètement cuit et de l'eau chaude complètement chauffée, même s'il est mitsatmék veyafé lo. Un des Sages dit à Rav Chmouel bar Yehouda : mais Rav et Chmouel disent tous deux que mitsatmék veyafé lo est interdit !
Troisième tradition au nom de Rabbi Yo'hanan : sur un foyer ni balayé ni couvert, on peut laisser un plat entièrement cuit, même s'il gagne à cuire encore. Un Sage lui oppose l'avis de Rav et Chmouel, qui l'interdisent.
Il lui dit : est-ce que je ne sais pas que Rav Yossef a dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : mitsatmék veyafé lo est interdit ? Ce que je t'ai dit, je te l'ai dit selon Rabbi Yo'hanan.
Rav Ouqva de Mechan dit à Rav Achi : vous, qui êtes proches de Rav et Chmouel, agissez comme Rav et Chmouel ; nous, nous agirons comme Rabbi Yo'hanan.
Rav Chmouel bar Yehouda connaît l'avis de Chmouel ; il rapportait seulement celui de Rabbi Yo'hanan. Rav Ouqva de Mechan en tire une pratique selon les lieux : les communautés proches de Rav et Chmouel suivent leur avis strict, la sienne suit Rabbi Yo'hanan.
Abaye dit à Rav Yossef : qu'en est-il de laisser [un plat] ? Il lui dit : on laissait bien [un plat] pour Rav Yehouda, et il le mangeait.
Il lui dit : laisse Rav Yehouda de côté ; comme il est en danger, il est permis, même le Chabbat, de le préparer pour lui. Pour moi et pour toi, qu'en est-il ?
Il lui dit : à Soura, on laisse, car Rav Nahman bar Yitshak, qui est scrupuleux dans ses actes (mare de-ouvda), on laissait [un plat] pour lui et il le mangeait. Rav Achi a dit : je me tenais devant Rav Houna, et on lui avait laissé un plat de poissons frits (kassa deharsena), et il l'a mangé.
Et je ne sais pas si c'est parce qu'il pense que mitsatmék veyafé lo est permis, ou parce que, comme il contient de la farine (miha), c'est un plat mitsatmék vera lo.
Abaye cherche la pratique. La conduite de Rav Yehouda ne prouve rien : il est malade (mesoukan), et pour lui on pourrait même cuire le Chabbat. Rav Yossef cite alors Soura, où l'on laissait un plat pour Rav Nahman bar Yitshak, homme scrupuleux.
Le témoignage de Rav Achi sur Rav Houna reste ambigu : le plat de poissons contient de la farine, et selon la règle qui suit, un plat à farine est mitsatmek vera lo, permis pour tous. Sa conduite ne permet donc pas de conclure.
Rav Nahman a dit : mitsatmek veyafe lo est interdit, mitsatmek vera lo est permis. Voici la règle : tout ce qui contient de la farine est mitsatmek vera lo, sauf le plat de navets (liftha), qui, bien qu'il contienne de la farine, est mitsatmek veyafe lo.
Cela vaut quand il contient de la viande ; mais s'il ne contient pas de viande, il est mitsatmek vera lo. Et même quand il contient de la viande, nous ne l'avons dit que si on n'en a pas besoin pour des invités ; mais si on en a besoin pour des invités, il est mitsatmek vera lo.
Lafda, bouillie (daysa) et dattes : ils sont mitsatmek vera lo.
Rav Nahman fixe le critère : on interdit de laisser un plat qui gagne à cuire encore, car on risque d'attiser les braises pour hâter cette cuisson. Un plat qui s'abîme en se réduisant ne pose pas ce risque.
La règle générale : un plat à farine s'abîme. Exception : le plat de navets, s'il contient de la viande, s'améliore, car la graisse adoucit le navet (Rachi). S'il est destiné à des invités, il s'abîme aussi, puisqu'on veut leur servir des morceaux de viande bien reconnaissables.
On demanda à Rabbi Hiya bar Abba :
La question posée à Rabbi Hiya bar Abba est rapportée au folio suivant (38a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).