Shabbat 40b — Tiédir l'eau et l'huile près du feu, yad soledet bo et le kli cheni

Shabbat 40b

Sougya : Le folio clôt la série sur les bains : l'étuve des grandes villes, où l'on peut se promener, et les règles pour se réchauffer devant un feu puis se rincer à l'eau froide. Il passe ensuite à la question centrale : peut-on placer de l'eau ou de l'huile près du foyer le Chabbat pour en dissiper la froideur ?

Une baraita rapporte trois avis (tana kama, Rabbi Yehouda, Rabban Chimon ben Gamliel), que Rabba et Rav Yossef d'un côté, Rav Nahman bar Yitshak de l'autre, lisent de façon opposée. Chmouel fixe la mesure : yad soledet bo, le degré de chaleur dont la main se retire.

L'épisode de Rabbi aux bains de Tibériade (prends dans un kli cheni) fournit trois enseignements et soulève la question de l'étude de la Torah dans un lieu malpropre. Le folio s'achève sur Rabbi Abbahou flottant dans un bassin.

Huile près du feu : deux lectures de la même baraita Avis Rabba et Rav Yossef tana kama = permissif Rav Nahman bar Yitshak tana kama = restrictif Tana kama (mentionne l'eau) Huile : pas de bichoul (cuisson) permise même à yad soledet PERMIS Huile : la tiédir = la cuire même sous yad soledet, même kilahar yad INTERDIT Rabbi Yehouda Huile soumise à la cuisson, mais la tiédir n'est pas la cuire TIÉDIR PERMIS Même position : la tiédir n'est pas la cuire TIÉDIR PERMIS Rabban Chimon ben Gamliel La tiédir = la cuire seulement par la main enduite KILAHAR YAD SEULEMENT Comme le tana kama, sauf : permet de manière inhabituelle KILAHAR YAD SEULEMENT Nafka mina entre tana kama et Rabban Chimon (lecture de droite) : la manière inhabituelle (kilahar yad)
Les trois avis de la baraita sur l'huile, selon les deux lectures de la Guemara.
Chauffer de l'eau ou de l'huile le Chabbat : la règle de Chmouel Eau ou huile placée près du feu même règle pour les deux (Chmouel) Atteint-elle yad soledet bo ? Rahava : ce qui brûlerait le ventre d'un nourrisson oui non INTERDIT c'est une cuisson PERMIS simple tiédissement Épisode de Rabbi aux bains : kli richon / kli cheni Bassin alimenté par la source chaude = kli richon : il cuit. Eau puisée dans un autre récipient = kli cheni : il ne cuit pas. Tossefot : le kli richon garde sa chaleur par ses parois ; le kli cheni se refroidit progressivement.
La mesure de Chmouel (yad soledet bo) et la distinction kli richon / kli cheni tirée de l'épisode de Rabbi.
1
כִּי הַאי תַּנָּא:

Selon ce tana-ci.

📜 Rachi (1)
כִּי הַאי תַּנָּא דְּאָמַר לְעֵיל מִשֶּׁהִתְחִילוּ עוֹבְרֵי עֲבֵירָה הִתְחִילוּ לֶאֱסֹור הַזֵּיעָה וַהֲרֵי לֹא נֶאֶסְרָה אֶלָּא ע"י הָרוֹחֲצִין בְּחַמִּין מֵאֶתְמוֹל וְאוֹמְרִים מַזִּיעִין אֲנַחְנוּ וְאֵין כָּאן אֶלָּא עֲבֵירַת דִּבְרֵיהֶם שֶׁאָסְרוּ אֶת הַחַמִּין:
Selon ce tana-ci : celui qui a dit plus haut : depuis que les transgresseurs ont commencé, on a commencé à interdire la transpiration. Or la transpiration n'a été interdite qu'à cause de ceux qui se lavaient dans de l'eau chauffée la veille et disaient : nous transpirons. Il n'y avait là qu'une transgression de leurs paroles (d'ordre rabbinique), puisqu'ils avaient interdit l'eau chaude.
💡 Explication

Suite du folio précédent. Rava a dit qu'on peut appeler avaryan (transgresseur) celui qui enfreint un décret des Sages, et la Guemara demandait selon quel tana. Réponse : selon le tana de la baraita qui a qualifié de overei avéra ceux qui contournaient l'interdiction rabbinique de se laver à l'eau chaude.

2
אַמְבַּטְיָאוֹת שֶׁל כְּרַכִּים מְטַייֵּל בָּהֶן וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ. אָמַר רָבָא: דַּוְקָא כְּרַכִּין, אֲבָל דִּכְפָרִים — לֹא. מַאי טַעְמָא — כֵּיוָן דְּזוּטְרִין נְפִישׁ הַבְלַיְיהוּ.

Les étuves (ambatiot) des grandes villes : on peut s'y promener sans crainte. Rava a dit : cela vaut précisément pour les grandes villes, mais celles des villages, non.

Quelle en est la raison ? Comme elles sont petites, leur vapeur est abondante.

📜 Rachi (1)
נְפִישׁ הַבְלַיְיהוּ וּמַזִּיעַ:
Leur vapeur est abondante : et l'on transpire.
💡 Explication

La transpiration volontaire en étuve est interdite le Chabbat (folio précédent). Traverser une grande étuve de ville n'est pas considéré comme une recherche de transpiration. Dans une petite étuve de village, la chaleur concentrée fait transpirer à coup sûr : y passer revient à transpirer, ce qui reste interdit.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: מִתְחַמֵּם אָדָם כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה וְיוֹצֵא וּמִשְׁתַּטֵּף בְּצוֹנֵן, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִשְׁתַּטֵּף בְּצוֹנֵן וְיִתְחַמֵּם כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה, מִפְּנֵי שֶׁמַּפְשִׁיר מַיִם שֶׁעָלָיו. תָּנוּ רַבָּנַן: מֵיחֵם אָדָם אֲלוּנְטִית וּמַנִּיחָהּ עַל בְּנֵי מֵעַיִם בְּשַׁבָּת, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא קוֹמְקוּמוֹס שֶׁל מַיִם חַמִּין וְיַנִּיחֶנּוּ עַל בְּנֵי מֵעַיִם בְּשַׁבָּת. וְדָבָר זֶה אֲפִילּוּ בְּחוֹל אָסוּר, מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה.

Nos maîtres ont enseigné : un homme se réchauffe face au foyer, puis sort et se rince à l'eau froide, à condition de ne pas se rincer à l'eau froide pour se réchauffer ensuite face au foyer, car il tiédit (mafchir) l'eau qui est sur lui. Nos maîtres ont enseigné : un homme chauffe une serviette (aluntit) et la pose sur son ventre le Chabbat, à condition de ne pas apporter une bouilloire (koumkoumos) d'eau chaude pour la poser sur son ventre le Chabbat.

Et cela est interdit même en semaine, à cause du danger.

📜 Rachi (6)
מַפְשִׁיר מְחַמֵּם לְשׁוֹן פּוֹשְׁרִין:
Mafchir : il chauffe ; du mot pochrin (eau tiède).
מֵיחַם אָדָם מְחַמֵּם:
Meyahem adam : il chauffe.
אֲלוּנְטִית טיול"א וְנִרְאֶה לִי בֶּגֶד שֶׁמִּסְתַּפְּגִין בּוֹ דִּבְכָל דֻּוכְתָּא קָרֵי לָהּ אֲלוּנְטִית:
Aluntit : toaille (en vieux français). Il me semble que c'est un linge avec lequel on s'essuie, car partout on l'appelle aluntit.
עַל גַּבֵּי מֵעַיִים כְּשֶׁהוּא חָשׁ בְּמֵעָיו מְחַמְּמִין לוֹ כְּלִי אוֹ בֶּגֶד וּמַנִּיחוֹ שָׁם וּמוֹעִיל:
Sur le ventre : quand on souffre du ventre, on lui chauffe un ustensile ou un linge qu'on pose là, et cela aide.
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא קוֹמְקוּמוֹס כּוּ' שֶׁמָּא יִשְׁפְּכוּ עָלָיו וְנִמְצָא רוֹחֵץ בְּשַׁבָּת בְּחַמִּין:
À condition de ne pas apporter une bouilloire, etc. : de peur que l'eau ne se renverse sur lui ; il se trouverait alors se laver à l'eau chaude le Chabbat.
מִפְּנֵי סַכָּנָה פְּעָמִים שֶׁהֵן רוֹתְחִין:
À cause du danger : car parfois elle est bouillante.
🗂️ Tossefot (2)
מִפְּנֵי שֶׁמַּפְשִׁיר מַיִם שֶׁעָלָיו בְּכֻולָּהּ שְׁמַעְתָּא וּבְמַתְנִיתִין גַּבֵּי מֵיחַם שֶׁפִּינָּהוּ מַשְׁמַע דִּלְהַפְשִׁיר מַיִם לְצֹורֶךְ שְׁתִיָּיה מֻותָּר דְּהֶפְשֵׁירָן לֹא זֶהוּ בִּישּׁוּלָן. וְהָכָא דַּאֲסוּרִין מְפָרֵשׁ רִיבָ"א דְּדוֹמֶה כְּרוֹחֵץ בְּמַיִם חַמִּין וְיָבֹא לְהָחֵם חַמִּין לִרְחֹוץ גּוּפוֹ:
Car il tiédit l'eau qui est sur lui : dans toute cette discussion, et dans la michna au sujet de la bouilloire qu'on a retirée [du feu], il ressort que tiédir de l'eau pour la boire est permis, car la tiédir n'est pas la cuire. Ici, où c'est interdit, le Riva explique que cela ressemble à se laver à l'eau chaude, et l'on en viendrait à chauffer de l'eau pour se laver le corps.
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא קוֹמְקוּמוֹס כּוּ' פֵּירוּשׁ כָּל זְמַן שֶׁהָאֲלוּנְטִית שָׁם שֶׁמָּא יִפְּלוּ הַמַּיִם עַל הָאֲלוּנְטִית וְאָתֵי לִידֵי סְחִיטָה אִי נָמֵי לֹא יָבִיא מִשּׁוּם רְפוּאָה וְגָזְרוּ אַטּוּ שְׁחִיקַת סַמְמָנִים טְפֵי מִבַּאֲלוּנְטִית דְּלָא מִיחְזֵי כִּרְפוּאָה כ"כ:
À condition de ne pas apporter une bouilloire, etc. : c'est-à-dire tant que la serviette est là, de peur que l'eau ne tombe sur la serviette et qu'on en vienne à l'essorer (sehita). Autre explication : on ne l'apportera pas à cause [de l'interdit] de soin médical (refoua) ; on a décrété à cause [du risque] de broyer des ingrédients (chehikat samemanim), davantage que pour la serviette, qui n'a pas autant l'apparence d'un soin.
💡 Explication

Deux baraitot sur la chaleur appliquée au corps. Dans la première, l'ordre compte : se chauffer puis se rincer est permis ; se rincer puis se chauffer fait tiédir l'eau restée sur la peau. Rachi et Tossefot expliquent pourquoi c'est interdit alors que tiédir de l'eau à boire est permis : le Riva y voit une ressemblance avec le bain à l'eau chaude.

Dans la seconde, la serviette chauffée est permise. La bouilloire est interdite : selon Rachi parce que l'eau pourrait se renverser (bain à l'eau chaude), selon Tossefot à cause de l'essorage (sehita) ou du soin médical. Le danger de brûlure l'interdit de toute façon, même en semaine.

🖼️ Schéma
Permis 1. se chauffer au foyer 2. se rincer à l'eau froide Interdit 1. se rincer à l'eau froide 2. se chauffer au foyer tiédit l'eau sur le corps Ventre douloureux : serviette chauffée = permis ; bouilloire d'eau chaude = interdit (risque que l'eau se renverse ; et en semaine aussi, à cause du danger de brûlure)
Ordre des opérations devant le foyer, et chaleur appliquée au ventre.
4
תָּנוּ רַבָּנַן: מֵבִיא אָדָם קִיתוֹן מַיִם וּמַנִּיחוֹ כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה. לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּחַמּוּ, אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁתָּפוּג צִינָּתָן. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מְבִיאָה אִשָּׁה פַּךְ שֶׁל שֶׁמֶן וּמְנִיחָתוֹ כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה. לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיְּבַשֵּׁל, אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁיִּפְשֹׁר. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אִשָּׁה סָכָה יָדָהּ שֶׁמֶן וּמְחַמַּמְתָּהּ כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה, וְסֻכָּה לִבְנָהּ קָטָן, וְאֵינָהּ חוֹשֶׁשֶׁת.

Nos maîtres ont enseigné : on apporte une cruche (kiton) d'eau et on la place face au foyer, non pour qu'elle chauffe, mais pour que sa froideur se dissipe. Rabbi Yehouda dit : une femme apporte une fiole d'huile et la place face au foyer, non pour qu'elle cuise, mais pour qu'elle tiédisse.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : une femme enduit sa main d'huile, la chauffe face au foyer et en enduit son jeune fils, sans crainte.

📜 Rachi (4)
לֹא שֶׁיֵּחַמּוּ לֹא שֶׁיַּנִּיחֵם שָׁם עַד שֶׁיֵּחַמּוּ:
Non pour qu'elle chauffe : il ne la laisse pas là jusqu'à ce qu'elle chauffe.
אֶלָּא שֶׁתָּפִיג צִינָּתָן בְּמִקְצָתָן שֶׁתָּפִיג שֶׁתִּתְחַלֵּף כְּמוֹ וְרֵיחוֹ לֹא נָמָר (יִרְמְיָהוּ מ״ח:י״א) מְתַרְגְּמִין וְרֵיחֵיהּ לֹא פָּג:
Mais pour que sa froideur se dissipe : en partie. Tafig signifie : qu'elle change, comme [dans le verset] et son odeur ne s'est pas altérée (Jérémie 48,11), que le Targoum traduit ve-reiheih la pag.
לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיְּבַשֵּׁל שֶׁלֹּא תַּנִּיחֶנּוּ שָׁם כְּדֵי בִּישּׁוּל שֶׁתְּהֵא הַיָּד סוֹלֶדֶת בּוֹ:
Non pour qu'elle cuise : qu'elle ne la laisse pas là le temps de la cuisson, au point que la main s'en retire.
סָכָה יָדָהּ אֲבָל לְהַפְשִׁירוֹ בְּפַךְ כְּדֶרֶךְ שֶׁעוֹשֶׂה בְּחוֹל לֹא וּפְלִיג אַדְּרַב יְהוּדָה:
Elle enduit sa main : mais la tiédir dans la fiole, comme on le fait en semaine, non. Il est en désaccord avec Rabbi Yehouda.
⚖️ Rosh (3)
ת"ר מֵבִיא אָדָם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם וּמַנִּיחוֹ כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה וְלֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּחַמּוּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁתָּפִיג צִינָּתָן. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מְבִיאָה אִשָּׁה פַּךְ שֶׁל שֶׁמֶן וּמְנִיחָתוֹ כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיִּבְשַׁל אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁיִּפְשַׁר. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר סָכָה אִשָּׁה יָדָהּ שֶׁמֶן וּמַנִּיחָתָהּ כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה וְסָכָה לִבְנָהּ קָטָן וְאֵינָהּ חוֹשֶׁשֶׁת. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אֶחָד מַיִם וְאֶחָד שֶׁמֶן יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ אָסוּר אֵין יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ מֻותָּר. תֵּימַהּ מַאי שְׁנָא הָכָא דְּשָׁרֵינַן לְהָשִׂים קִיתוֹן שֶׁל מַיִם אֵצֶל הַמְּדוּרָה בִּשְׁבִיל שֶׁתָּפִיג צִינָּתָן וְאִי לָאו מִשּׁוּם דִּמְבַשֵּׁל בְּשַׁבָּת הֲוָה שָׁרִי אֲפִילּוּ יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ וְשֶׁמֶן לְמָאֵן דְּאָמַר לֵית בֵּיהּ מִשּׁוּם בִּשּׁוּל אֲפִילּוּ יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ שָׁרִי. וּלְעֵיל אָסְרִינַן לְהָשִׂים עַל גַּבֵּי כִּירָה אע"פ שֶׁגְּרוּפָה וּקְטוּמָה אע"פ שֶׁהַתַּבְשִׁיל נִתְבַּשֵּׁל מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְלֵית בֵּיהּ מִשּׁוּם בִּשּׁוּל כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף לט.) כֹּל שֶׁבָּא בְּחַמִּין מע"ש שׁוֹרִין אוֹתוֹ בְּחַמִּין בְּשַׁבָּת. וי"ל דְּיֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין לְהָשִׂים עַל גַּבֵּי כִּירָה לַמְּדוּרָה דְּהָא קְדֵירָה עַל גַּבֵּי כִּירָה אָסוּר אֲבָל אֵצֶל הַמְּדוּרָה שָׁרֵי מִשּׁוּם דְּדָמֵי לְסוֹמֵךְ וְשָׁרִי וּמִיהוּ לָא דָּמֵי כֻּולֵּי הַאי לְסוֹמֵךְ דְּהָתָם מַפְסִיק כָּותְלֵי הַכִּירָה אֲבָל הָכָא שֶׁהוּא אֵצֶל הַמְּדוּרָה ה"ל לְמִיחַשׁ שֶׁמָּא יְחַתֶּה וְי"ל כֵּיוָן שֶׁהִצְרִיכוּ חֲכָמִים לְהַרְחִיק מִן הַמְּדוּרָה מִדִּנְקַט כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה וְלָא נְקַט אֵצֶל הַמְּדוּרָה אִיכָּא הֶיכֵּירָא וְלָא אָתֵי לְחַתּוּיֵי וְהָכֵי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי מֻותָּר לְהַפְשִׁיר בִּמְקוֹם שֶׁהַיָּד שׁוֹלֶטֶת בּוֹ וְאָסוּר לְהַפְשִׁיר בִּמְקוֹם שֶׁאֵין הַיָּד שׁוֹלֶטֶת עַד הֵיכָן רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי בְּשֵׁם רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא אוֹמֵר עַד שֶׁיְּהֵא נוֹתֵן יָדוֹ לְתוֹכָהּ וְהִיא נִכְוֵית וְהָא דְּאָמְרִי' בַּגְּמָרָא דִּידַן לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיָּחֹומּוּ אִם בָּאנוּ לְהַשְׁווֹת לַגְּמָרָא דִּבְנֵי מַעֲרָבָא נוּכַל לְפָרֵשׁ לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיָּחֹומּוּ כְּלוֹמַר בְּמָקוֹם שֶׁרָאוּי לְהִתְחַמֵּם אֶלָּא כְּדֵי לְהָפִיג צִינָּתוֹ אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁרְאוּיָן לְהָפִיג צִינָּתוֹ וְלֹא לְהִתְבַּשֵּׁל אֲפִילּוּ יַעֲמֹוד שָׁם כָּל הַיּוֹם וְהָא דא"ר יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ אָסוּר אֵין יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ מֻותָּר ה"ק יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ הָוֵי בִּישּׁוּל הִלְכָּךְ אָסוּר לְהַנִּיחוֹ בְּמָקוֹם שֶׁאֶפְשָׁר שֶׁיָּחֹומּוּ כְּדֵי שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת בּוֹ וּמֻותָּר לְהַנִּיחוֹ בְּמָקוֹם שֶׁיָּחֹומּוּ וְלֹא תְּהֵא הַיָּד סוֹלֶדֶת בּוֹ וּלְמַאי דְּפָרְשִׁינַן דְּלָא שַׁיָּיךְ בִּישּׁוּל בְּתַבְשִׁיל שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל לֹא תִּקְשֶׁה הָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל בְּבַמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לד.) דְּאֵין טוֹמְנִין בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף הֶבֶל מִשֶּׁחָשֵׁיכָה גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַרְתִּיחַ. הָתָם לָאו מִשּׁוּם בִּישּׁוּל אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁמָּא יְחַתֶּה וְהַאי דִּנְקַט הַרְתָּחָה דָּבָר הַצָּרִיךְ לְהַטְמָנָה נְקַט:
Nos maîtres ont enseigné : on apporte une cruche d'eau et on la place face au foyer, non pour qu'elle chauffe, mais pour que sa froideur se dissipe. Rabbi Yehouda dit : une femme apporte une fiole d'huile et la place face au foyer, non pour qu'elle cuise, mais pour qu'elle tiédisse. Rabban Chimon ben Gamliel dit : une femme enduit sa main d'huile, la place face au foyer et en enduit son jeune fils, sans crainte. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : l'eau comme l'huile, si la main s'en retire (yad soledet bo), c'est interdit ; si la main ne s'en retire pas, c'est permis. Question : en quoi ce cas diffère-t-il ? Ici nous permettons de placer une cruche d'eau près du foyer pour en dissiper la froideur, et sans [l'interdit] de cuisson le Chabbat ce serait permis même à yad soledet ; et l'huile, selon celui qui dit qu'elle n'est pas soumise à la cuisson, serait permise même à yad soledet. Or plus haut nous avons interdit de poser sur un fourneau (kira), même balayé et couvert de cendres, même un plat cuit dès la veille de Chabbat qui n'est plus soumis à la cuisson, comme nous l'avons dit plus haut (Chabbat 39a) : tout ce qui est entré dans l'eau chaude avant Chabbat, on peut le tremper dans l'eau chaude le Chabbat. On peut répondre qu'il faut distinguer entre poser sur le fourneau et [placer près du] foyer : une marmite sur le fourneau est interdite, mais près du foyer c'est permis, car cela ressemble au fait de l'appuyer [contre le fourneau] (somekh), ce qui est permis. Toutefois ce n'est pas entièrement semblable à appuyer, car là les parois du fourneau font séparation, tandis qu'ici, près du foyer, on devrait craindre qu'il n'en vienne à attiser les braises (yehateh). On peut répondre : puisque les Sages ont exigé qu'on s'éloigne du foyer, comme le montre l'expression face au foyer (keneged) et non près du foyer (etsel), il y a un signe distinctif et l'on n'en viendra pas à attiser. Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi : il est permis de tiédir à un endroit où la main domine [la chaleur], et interdit de tiédir à un endroit où la main ne la domine pas. Jusqu'où ? Rabbi Chimon ben Pazi au nom de Rabbi Yossi bar Hanina dit : jusqu'à ce qu'on y mette la main et qu'elle se brûle. Quant à ce qui est dit dans notre Guemara, non pour qu'elle chauffe : si nous voulons l'accorder avec la Guemara des gens d'Occident (le Yerouchalmi), nous pouvons expliquer non pour qu'elle chauffe au sens de : non à un endroit propre à la chauffer, mais pour dissiper sa froideur, c'est-à-dire à un endroit propre à dissiper sa froideur sans la cuire, même si elle y reste toute la journée. Et ce que Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel, yad soledet bo interdit, sinon permis, signifie : yad soledet bo constitue une cuisson ; c'est pourquoi il est interdit de la placer à un endroit où elle pourrait chauffer jusqu'à yad soledet, et permis de la placer à un endroit où elle chauffera sans atteindre yad soledet. Selon notre explication, qu'il n'y a pas de cuisson pour un plat déjà cuit, on n'objectera pas ce que nous avons dit plus haut au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 34a) : on n'enfouit pas [un plat] dans une matière qui n'ajoute pas de chaleur une fois la nuit tombée, par décret de peur qu'on ne le fasse bouillir. Là, la raison est la crainte qu'il n'attise les braises, et non la cuisson ; s'il a mentionné le fait de faire bouillir, c'est qu'il a cité ce dont l'enfouissement (hatmana) a besoin.
וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ לְעֵיל גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַרְתִּיחַ קְדֵירָה שֶׁנִּצְטַנְּנָה כְּשֶׁיִּרְצֶה לְהַטְמִינָהּ וְיַרְתִּיחֶנָּה בַּתְּחִלָּה בָּאוּר וְנִמְצָא מְבַשֵּׁל בְּשַׁבָּת וּפָרִיךְ אִי הָכִי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת נָמֵי נִגְזַר דְּהָא שְׁבוּת מְעַלְּיָא הָוֵי דְּהָא אִיכָּא גְּזֵירַת אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא וְכֵן לְעֵיל בְּפֶרֶק קַמָּא דַּף יח: גַּבֵּי יוֹרָה עֲקוּרָה דְּפָרִיךְ וַהֲלֹא מֵגִיס וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י וּבִמְבֻושָּׁל הָוֵי בִּשּׁוּל מִדְּרַבָּנָן לָמַדְנוּ שֶׁאַף בְּתַבְשִׁיל שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל וְנִצְטַנֵּן שַׁיָּיךְ בֵּיהּ בִּישּׁוּל כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מַשְׁקֶה וְהָא דְּאָמְרִינַן כֹּל שֶׁבָּא בְּחַמִּין לִפְנֵי הַשַּׁבָּת שׁוֹרִין אוֹתוֹ בְּחַמִּין בְּשַׁבָּת הַייְנוּ דָּבָר יָבֵשׁ כְּגוֹן תַּרְנְגוֹלְתָּא דְּרַבִּי אַבָּא לְקַמָּן בְּפֶרֶק חָבִית (שַׁבָּת דַּף קמה:) וְנִרְאֶה לִי לְהָבִיא רְאָיָה לִדְבָרָיו מֵהָא דְּתַנְיָא בְּמַסֶּכֶת יו"ט בְּפֶרֶק הַמֵּבִיא יַיִן ת"ר אֶחָד מֵבִיא הָאוּר וְאֶחָד מֵבִיא הָעֵצִים וְאֶחָד שׁוֹפֵת אֶת הַקְּדֵירָה וְאֶחָד נוֹתֵן לְתוֹכָהּ מַיִם וְאֶחָד נוֹתֵן לְתוֹכָהּ תַּבְלִין אֶחָד מֵגִיס בָּהּ כֻּולָּן חַייָּבִין אע"פ שֶׁאוֹתוֹ שֶׁנָּתַן לְתוֹכָהּ מַיִם נִתְחַיֵּיב מִשּׁוּם מְבַשֵּׁל הַמֵּגִיס בָּהּ נָמֵי חַיָּיב מִשּׁוּם מְבַשֵּׁל אַלְמָא יֵשׁ בִּישּׁוּל אַחַר בִּישּׁוּל ואע"פ שֶׁהִרְתִּיחַ וְאִיכָּא לְמִידְחֵי דְּעַד שֶׁלֹּא נִתְבַּשֵּׁל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי כָּל הַמְקָרֵב בִּישּׁוּלוֹ חַייָּב וְאַחַר שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי אֶפְשָׁר דְּאֵין בִּישּׁוּל אַחַר בִּישּׁוּל וּמִסְתַּבְּרָא דְּעַד שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי כָּל הַמְקָרֵב בִּישּׁוּלוֹ חַייָּב וְאַחַר שֶׁהִגִּיעַ לְמַאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי אִם נִצְטַנֵּן וְהִרְתִּיחוֹ חַייָּב כִּדְפֵי' רַשִׁ"י לְעֵיל גַּבֵּי שֶׁמָּא יַרְתִּיחַ וְהָא דְּפָרִיךְ בְּפֶרֶק קַמָּא וַהֲלֹא מֵגִיס אֲפִילּוּ בְּיוֹרָה רוֹתַחַת אִיכָּא לְמֵימַר סַמָּנִין לִצְבֹּועַ בָּהֶן צָרִיךְ בִּישּׁוּל לְעוֹלָם אִי נָמֵי לָאו מִשּׁוּם בִּישּׁוּל פָּרִיךְ אֶלָּא מִשּׁוּם צוֹבֵעַ כְּשֶׁהוּא מֵגִיס מַכְנִיס הַסַּמְמָנִין בַּצֶּמֶר. ה"ד יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ אָמַר רַחֲבָא כָּל שֶׁכְּרֵיסוֹ שֶׁל קָטָן נִכְוֵית מִמֶּנּוּ א"ר יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי אַחַר רַבִּי לְבֵית הַמֶּרְחָץ וּבִקַּשְׁתִּי לְהַנִּיחַ פַּךְ שֶׁמֶן בְּאַמְבָּטִי אָמַר לִי טוֹל בִּכְלִי שֵׁנִי וְתֵן שְׁמַע מִינַּהּ תְּלָת שְׁמַע מִינַּהּ שֶׁמֶן יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם בִּישּׁוּל וּשְׁמַע מִינַּהּ כְּלִי שֵׁנִי אֵין בּוֹ מִשּׁוּם בִּישּׁוּל וּשְׁמַע מִינַּהּ הֶפְשֵׁירוֹ לֹא זֶהוּ בִּישּׁוּלוֹ:
Rachi a expliqué plus haut : décret de peur qu'il ne fasse bouillir un plat refroidi ; quand il voudra l'enfouir, il le fera d'abord bouillir sur le feu et se trouvera cuire le Chabbat. [La Guemara] objecte : s'il en est ainsi, qu'on décrète aussi au crépuscule (bein hachmachot), puisque c'est un véritable chevout, car il s'y trouve un décret [protégeant] un interdit de la Torah. De même plus haut, au premier chapitre (18b), au sujet du chaudron retiré [du feu] (yora akoura), [la Guemara] objecte : mais il remue !, et Rachi explique : pour un [plat] cuit, c'est une cuisson d'ordre rabbinique. Nous en apprenons que même un plat cuit puis refroidi est soumis à la cuisson, du moment qu'il contient du liquide. Et ce qui est dit, tout ce qui est entré dans l'eau chaude avant Chabbat, on peut le tremper dans l'eau chaude le Chabbat, concerne une chose sèche, comme la poule de Rabbi Abba plus loin au chapitre Havit (Chabbat 145b). Il me semble qu'on peut apporter une preuve à ses paroles de ce qui est enseigné au traité Yom Tov, au chapitre Hamevi yayin : Nos maîtres ont enseigné : l'un apporte le feu, l'autre apporte le bois, l'un pose la marmite, l'autre y met l'eau, l'autre y met les épices, l'autre remue : tous sont coupables. Bien que celui qui a mis l'eau soit devenu coupable de cuisson, celui qui remue est lui aussi coupable de cuisson ; il y a donc cuisson après cuisson, et ce bien que [l'eau] ait bouilli. On peut cependant repousser [cette preuve] : tant que [le plat] n'a pas atteint la cuisson du mets de Ben Derousai, quiconque rapproche sa cuisson est coupable ; une fois cuit comme le mets de Ben Derousai, il se peut qu'il n'y ait pas de cuisson après cuisson. Il est raisonnable [de dire] : tant qu'il n'a pas atteint le mets de Ben Derousai, quiconque rapproche sa cuisson est coupable ; après qu'il l'a atteint, s'il a refroidi et qu'on l'a fait bouillir, on est coupable, comme Rachi l'a expliqué plus haut au sujet de de peur qu'il ne fasse bouillir. Et quant à l'objection du premier chapitre, mais il remue, même dans un chaudron bouillant, on peut dire : les ingrédients servant à teindre ont toujours besoin de cuisson ; ou bien l'objection ne porte pas sur la cuisson mais sur la teinture : en remuant, il fait pénétrer les ingrédients dans la laine. Comment définit-on yad soledet bo ? Rahava a dit : tout ce qui brûlerait le ventre d'un nourrisson. Rabbi Yitshak bar Avdimi a dit : une fois, je suis entré derrière Rabbi au bain et j'ai voulu poser une fiole d'huile dans la baignoire ; il m'a dit : prends dans un kli cheni (récipient second) et mets-la. On en apprend trois choses : on en apprend que l'huile est soumise à la cuisson, on en apprend que le kli cheni n'est pas soumis à la cuisson, et on en apprend que la tiédir, c'est la cuire.
רַבָּה וְר' זֵירָא אִיקְּלַעוּ לְבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא חָזוּ לְהָהוּא עַבְדָּא דְּאַנַּח כּוּזָא דְמַיָּא אַפֻּומָּא דְקֻומְקוּמָא. נִזְהֵיהּ רַבָּה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא מ"ש מִמֵּיחַם עַל גַּבֵּי מֵיחַם אֲמַר לֵיהּ הָתָם אוֹקוֹמֵי קָא מוֹקֵים הָכָא אוֹלוֹדֵי מוֹלִיד. וְרַבִּי זֵירָא הֲוָה בָּעֵי לְמִישְׁרֵי מִשּׁוּם שֶׁלֹּא נְתָנוֹ שָׁם אֶלָּא לְהַפְשִׁיר כִּדְתַנְיָא לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף מ:) נוֹתֵן אָדָם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיָּחֹומּוּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁתָּפִיג צִינָּתָן. וְרַבָּה אֲסִיר לֵיהּ מִשּׁוּם דְּלָא שָׁרֵינַן לְעֵיל אֶלָּא בְּרִחוּק מִן הַמְּדוּרָה כִּדְפָרֵישִׁי' לְעֵיל בְּפֶרֶק כִּירָה סִימָן י' אֲבָל הָכָא שֶׁהָיוּ רְאוּיָן לְהִתְבַּשֵּׁל אֲפִילּוּ לְפַשֵּׁר אָסוּר:
Rabba et Rabbi Zeira arrivèrent chez l'exilarque (Rech Galouta). Ils virent un serviteur qui posait une cruche d'eau sur l'ouverture d'une bouilloire (koumkoum). Rabba le réprimanda. Rabbi Zeira lui dit : en quoi est-ce différent d'un récipient chaud posé sur un récipient chaud ? Il lui répondit : là, on maintient [la chaleur] ; ici, on la produit. Rabbi Zeira voulait le permettre parce qu'on ne l'y avait mise que pour la tiédir, comme il est enseigné plus haut (Chabbat 40b) : on place une cruche d'eau face au foyer, non pour qu'elle chauffe, mais pour que sa froideur se dissipe. Rabba l'interdit, parce que plus haut on ne l'a permis que loin du foyer, comme nous l'avons expliqué plus haut au chapitre Kira, siman 10 ; mais ici, où [l'eau] pourrait cuire, même tiédir est interdit.
💡 Explication

Baraita à trois voix sur le fait de tiédir un liquide près du feu le Chabbat. Le tana kama parle de l'eau : on peut la placer pour en dissiper la froideur, sans la laisser chauffer. Rabbi Yehouda permet la même chose pour l'huile, tant qu'elle ne cuit pas. Rabban Chimon ben Gamliel ne permet l'huile que par un détour : elle est chauffée sur la main enduite.

Le Roch pose une difficulté : pourquoi permettre ici ce qu'on interdit sur le fourneau ? Il répond par l'expression keneged (face au foyer) : on se tient à distance, ce qui sert de signe et écarte la crainte d'attiser les braises.

5
אִיבַּעְיָא לְהוּ: שֶׁמֶן מָה הוּא לְתַנָּא קַמָּא? רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ לְהֶתֵּירָא, רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר לְאִיסּוּרָא. רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ לְהֶתֵּירָא: שֶׁמֶן אַף עַל פִּי שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת בּוֹ — מֻותָּר. קָסָבַר תַּנָּא קַמָּא שֶׁמֶן אֵין בּוֹ מִשּׁוּם בִּשּׁוּל. וַאֲתָא רַבִּי יְהוּדָה לְמֵימַר שֶׁמֶן יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם בִּשּׁוּל, וְהֶפְשֵׁרוֹ לֹא זֶה הוּא בִּשּׁוּלוֹ. וַאֲתָא רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לְמֵימַר שֶׁמֶן יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם בִּשּׁוּל, וְהֶפְשֵׁרוֹ זֶהוּ בִּשּׁוּלוֹ.

Ils ont demandé : l'huile, qu'en est-il selon le tana kama ? Rabba et Rav Yossef disent tous deux : pour permettre ; Rav Nahman bar Yitshak dit : pour interdire.

Rabba et Rav Yossef disent tous deux pour permettre : l'huile, même si la main s'en retire (yad soledet bo), est permise. [Le tana kama] pense que l'huile n'est pas soumise à [l'interdit de] cuisson.

Rabbi Yehouda vient dire que l'huile est soumise à la cuisson, mais que la tiédir n'est pas la cuire. Et Rabban Chimon ben Gamliel vient dire que l'huile est soumise à la cuisson et que la tiédir, c'est la cuire.

📜 Rachi (4)
לְהֶתֵּירָא מַאי דְּאָסַר רַבִּי יְהוּדָה בְּשֶׁמֶן בִּישּׁוּל שָׁרֵי ת"ק וּמַיִם דַּוְקָא נְקַט וְלֹא שֶׁיֵּחַמּוּ דְּיֵשׁ בָּהֶן בִּישּׁוּל אֲבָל שֶׁמֶן אע"פ שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת דְּהַיְינוּ בִּישּׁוּל דְּר' יְהוּדָה שָׁרֵי לת"ק:
Pour permettre : ce que Rabbi Yehouda interdit pour l'huile, la cuisson, le tana kama le permet. Il n'a mentionné que l'eau, [en disant] non pour qu'elle chauffe, car elle est soumise à la cuisson ; mais l'huile, même quand la main s'en retire, ce qui constitue la cuisson selon Rabbi Yehouda, est permise selon le tana kama.
סוֹלֶדֶת נִמְשֶׁכֶת לַאֲחוֹרֶיהָ מִדְּאָגָה שֶׁלֹּא תִּכָּוֶה וְזֶהוּ לְשׁוֹן וַאֲסַלְּדָה בְּחֵילָהּ (אִיּוֹב ו׳:י׳) וְאֶדְאַג בִּרְעָדָה וְאֶמָּשֵׁךְ מִתְּלוּנָתִי מִדַּאֲגַת יוֹם הַדִּין אִם הָיִיתִי יוֹדֵעַ שֶׁמִּיתָתִי קְרוֹבָה וְלֹא יַחְמֹול:
Soledet : [la main] se retire en arrière par crainte de se brûler. C'est le sens de va-asalleda be-hila (Job 6,10) : je tremblerais d'effroi et me retirerais de ma plainte, par crainte du jour du jugement, si je savais que ma mort est proche et qu'Il ne m'épargnerait pas.
שֶׁמֶן יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם בִּישּׁוּל הִלְכָּךְ לֹא כְּדֵי שֶׁיְּבַשֵּׁל אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּפְשֹׁר שָׁרִי דְּהֶפְשֵׁרוֹ אֵין זֶה בִּישּׁוּלוֹ:
L'huile est soumise à la cuisson : c'est pourquoi [la placer] non pour qu'elle cuise, mais pour qu'elle tiédisse, est permis, car la tiédir n'est pas la cuire.
וַאֲתָא רַבִּי שִׁמְעוֹן לְמֵימַר דְּהֶפְשֵׁירוֹ זֶהוּ בִּישּׁוּלוֹ הִלְכָּךְ כִּדְעָבְדִין בְּחוֹל לָא לֶיעֱבֵיד אֶלָּא כִּלְאַחַר יָד עַל יְדֵי שִׁינּוּי:
Et Rabbi Chimon vient dire que la tiédir, c'est la cuire : c'est pourquoi on ne fera pas comme on le fait en semaine, mais seulement kilahar yad (de manière inhabituelle), au moyen d'un changement.
💡 Explication

Le tana kama n'a parlé que de l'eau. Que pense-t-il de l'huile ? Première lecture (Rabba et Rav Yossef) : il est le plus permissif. L'huile ne se cuit pas au sens de la melakha, on peut donc la chauffer même jusqu'à yad soledet bo, le degré de chaleur dont la main se retire.

Les trois avis forment alors une échelle : tana kama (pas de cuisson pour l'huile), Rabbi Yehouda (cuisson, mais tiédir est permis), Rabban Chimon ben Gamliel (tiédir est déjà cuire, d'où la main enduite comme détour).

6
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר לְאִיסּוּרָא: שֶׁמֶן אַף עַל פִּי שֶׁאֵין הַיָּד סוֹלֶדֶת בּוֹ — אָסוּר. קָסָבַר שֶׁמֶן יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם בִּשּׁוּל, וְהֶפְשֵׁרוֹ זֶהוּ בִּשּׁוּלוֹ. וַאֲתָא רַבִּי יְהוּדָה לְמֵימַר הֶפְשֵׁרוֹ לֹא זֶהוּ בִּשּׁוּלוֹ. וַאֲתָא רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לְמֵימַר שֶׁמֶן יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם בִּשּׁוּל, וְהֶפְשֵׁרוֹ זֶהוּ בִּשּׁוּלוֹ. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל הַיְינוּ תַּנָּא קַמָּא? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ כִּלְאַחַר יָד.

Rav Nahman bar Yitshak dit pour interdire : l'huile, même si la main ne s'en retire pas, est interdite. [Le tana kama] pense que l'huile est soumise à la cuisson et que la tiédir, c'est la cuire.

Rabbi Yehouda vient dire que la tiédir n'est pas la cuire. Et Rabban Chimon ben Gamliel vient dire que l'huile est soumise à la cuisson et que la tiédir, c'est la cuire.

Rabban Chimon ben Gamliel serait alors identique au tana kama ? — Ce qui les sépare, c'est [le fait d'agir] kilahar yad (de manière inhabituelle).

📜 Rachi (2)
לְאִיסּוּרָא אָמְרָה תַּנָּא קַמָּא לְשֶׁמֶן דָּמְיָא הוּא דְּשָׁרֵי לְהַפְשִׁיר אֲבָל שֶׁמֶן הֶפְשֵׁרוֹ זֶהוּ בִּישּׁוּלוֹ:
Pour interdire : le tana kama a dit : pour l'eau, il est permis de tiédir ; mais pour l'huile, la tiédir c'est la cuire.
אִיכָּא בֵּינַייְהוּ כִּלְאַחַר יָד דִּלְתַנָּא קַמָּא אַפֵּי' ע"י שִׁינּוּי אָסוּר:
La différence entre eux est kilahar yad : selon le tana kama, même avec un changement c'est interdit.
💡 Explication

Seconde lecture : le tana kama a précisé l'eau précisément pour exclure l'huile, qu'il interdit même à une chaleur faible. Rabbi Yehouda est alors le seul permissif.

La Guemara objecte que Rabban Chimon ben Gamliel dit la même chose que le tana kama. Elle répond par une nafka mina : la main enduite, manière inhabituelle (kilahar yad) de chauffer l'huile. Rabban Chimon la permet, le tana kama l'interdit aussi.

7
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֶחָד שֶׁמֶן וְאֶחָד מַיִם, יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ — אָסוּר, אֵין יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ — מֻותָּר. וְהֵיכִי דָּמֵי יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ? אָמַר רַחֲבָא: כָּל שֶׁכְּרֵיסוֹ שֶׁל תִּינוֹק נִכְוֵית.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : l'huile comme l'eau, si la main s'en retire, c'est interdit ; si la main ne s'en retire pas, c'est permis. Et comment définit-on [le degré où] la main s'en retire ?

Rahava a dit : tout ce dont le ventre d'un nourrisson serait brûlé.

📜 Rachi (1)
וְהֵיכִי דָּמֵי סִלּוּד יֵשׁ שֶׁסּוֹלֵד מֵרְתִיחָה מוּעֶטֶת וְיֵשׁ שֶׁאֵינוֹ סוֹלֵד:
Et comment définit-on : la retraite [de la main] ; il y a des gens qui se retirent d'une faible chaleur, et d'autres qui ne se retirent pas.
💡 Explication

Chmouel tranche en mettant l'eau et l'huile sur le même plan. Le critère est la température atteinte : yad soledet bo, le point où la main se retire par réflexe. En dessous, on ne fait que tiédir ; au-delà, c'est une cuisson.

Comme la sensibilité varie selon les personnes (Rachi), Rahava donne une référence fixe : la chaleur qui brûlerait la peau d'un nourrisson.

8
אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי: פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי אַחַר רַבִּי לְבֵית הַמֶּרְחָץ, וּבִקַּשְׁתִּי לְהַנִּיחַ לוֹ פַּךְ שֶׁל שֶׁמֶן בְּאַמְבָּטִי, וְאָמַר לִי: טוֹל בִּכְלִי שֵׁנִי וְתֵן. שְׁמַע מִינָּה תְּלָת: שְׁמַע מִינַּהּ שֶׁמֶן יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם בִּשּׁוּל, וּשְׁמַע מִינַּהּ כְּלִי שֵׁנִי אֵינוֹ מְבַשֵּׁל, וּשְׁמַע מִינַּהּ הֶפְשֵׁרוֹ זֶהוּ בִּשּׁוּלוֹ.

Rabbi Yitshak bar Avdimi a dit : une fois, je suis entré derrière Rabbi au bain, et j'ai voulu lui poser une fiole d'huile dans la baignoire (ambati). Il m'a dit : prends dans un kli cheni (récipient second) et mets-la.

On en apprend trois choses : on en apprend que l'huile est soumise à la cuisson ; on en apprend que le kli cheni ne cuit pas ; et on en apprend que la tiédir, c'est la cuire.

📜 Rachi (7)
נִכְנַסְתִּי בְּשַׁבָּת וּבְחַמֵּי טְבֶרְיָא הֲוָה שֶׁלֹּא נֶאֶסְרוּ כִּדְאָמַר לְעֵיל הִתִּירוּ לָהֶם חַמֵּי טְבֶרְיָא:
Je suis entré : le Chabbat ; c'était aux eaux chaudes de Tibériade, qui n'ont pas été interdites, comme il est dit plus haut : on leur a permis les eaux chaudes de Tibériade.
בְּאַמְבָּטִי כְּגוֹן בְּרֵיכָה עֲשׂוּיָה בַּקַּרְקַע שֶׁהַמַּיִם נִכְנָסִים שָׁם וְנֶאֱסָפִין:
Dans la baignoire : par exemple un bassin creusé dans le sol, où les eaux entrent et se rassemblent.
וּבִקַּשְׁתִּי לְהַנִּיחַ שָׁם פַּךְ שֶׁמֶן לְהַפְשִׁיר לָסוּךְ הֵימֶנּוּ קֹודֶם הָרְחִיצָה:
Et j'ai voulu y poser une fiole d'huile : pour la tiédir afin de l'en enduire avant le bain.
טֹול מִן הַמַּיִם:
Prends : de l'eau.
בִּכְלִי שֵׁנִי שֶׁיִּצְטַנְּנוּ מְעַט דִּכְלִי שֵׁנִי אֵינוֹ מְבַשֵּׁל וְאַחַ"כּ תֵּן הַפַּךְ לְתוֹךְ אוֹתוֹ כְּלִי שֵׁנִי דְּהַךְ אַמְבָּטִי שֶׁהַחַמִּין נִמְשָׁכִין לָהּ מִן הַמַּעְיָין חֲשִׁיב לָהּ כִּכְלִי רִאשׁוֹן שֶׁנִּרְתְּחוּ בּוֹ שאע"פ שֶׁהֶעֱבִירוֹ מֵעַל הָאוּר מְבַשֵּׁל כְּדִתְנַן לְקַמָּן (שַׁבָּת ד' מב.) הָאִילְפָּס וְהַקְּדֵירָה שֶׁהֶעֱבִירָן מְרֻותָּחִין לֹא יִתֵּן לְתוֹכָן תַּבְלִין:
Dans un kli cheni : pour qu'elle refroidisse un peu, car le kli cheni ne cuit pas ; ensuite mets la fiole dans ce kli cheni. Car cette baignoire, où l'eau chaude s'écoule depuis la source, est considérée comme un kli richon dans lequel [l'eau] a bouilli, qui cuit même après avoir été retiré du feu, comme nous l'apprenons plus loin (Chabbat 42a) : la poêle et la marmite qu'on a retirées bouillantes, on n'y met pas d'épices.
וש"מ הֶפְשֵׁרוֹ בְּמָקוֹם הָרָאוּי לְבִישּׁוּל:
Et on en apprend que la tiédir : à un endroit propre à la cuisson.
זֶהוּ בִּישּׁוּלוֹ דְּהָא לְהַפְשִׁיר בְּעָלְמָא הוּא דְּקָבָעֵי וְאָסַר לֵיהּ:
C'est la cuire : puisqu'il ne voulait que la tiédir, et il le lui a interdit.
🗂️ Tossefot (1)
וּשְׁמַע מִינַּהּ כְּלִי שֵׁנִי אֵינוֹ מְבַשֵּׁל תֵּימַהּ מַאי שְׁנָא כְּלִי שֵׁנִי מִכְּלִי רִאשׁוֹן דְּאִי יָד סוֹלֶדֶת אַפִּי' כְּלִי שֵׁנִי נַמֵּי וְאִי אֵין יָד סוֹלֶדֶת אֲפִילּוּ כְּלִי רִאשׁוֹן נָמֵי אֵינוֹ מְבַשֵּׁל וְיֵשׁ לוֹמַר לְפִי שֶׁכְּלִי רִאשׁוֹן מִתּוֹךְ שֶׁעָמַד עַל הָאוּר דָּופְנוֹתָיו חַמִּין וּמַחֲזִיק חֻומּוֹ זְמַן מְרֻובֶּה וּלְכָךְ נָתְנוּ בּוֹ שִׁיעוּר דְּכָל זְמַן שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת בּוֹ אָסוּר אֲבָל כְּלִי שֵׁנִי אַף עַל גַּב דְּיָד סוֹלֶדֶת בּוֹ מֻותָּר שֶׁאֵין דָּופְנוֹתָיו חַמִּין וְהוֹלֵךְ וּמִתְקָרֵר:
Et on en apprend que le kli cheni ne cuit pas : question : en quoi le kli cheni diffère-t-il du kli richon ? Si [la chaleur atteint] yad soledet, même un kli cheni [devrait cuire] ; et si elle n'atteint pas yad soledet, même un kli richon ne cuit pas. On peut répondre : le kli richon, ayant été sur le feu, a des parois chaudes et garde sa chaleur longtemps ; c'est pourquoi on lui a fixé une mesure : tant que la main s'en retire, c'est interdit. Le kli cheni, lui, est permis même si la main s'en retire, car ses parois ne sont pas chaudes et il se refroidit progressivement.
💡 Explication

Rabbi (Rabbi Yehouda Hanassi) est aux bains de Tibériade, dont l'eau vient d'une source chaude. Selon Rachi, ce bassin a le statut de kli richon : le récipient qui a été chauffé directement et qui cuit tant qu'il est brûlant. Rabbi fait puiser l'eau dans un autre récipient, un kli cheni, qui ne cuit pas.

Trois déductions : l'huile peut cuire ; le kli cheni ne cuit pas ; et pour l'huile, la tiédir c'est la cuire, puisque l'élève voulait seulement la tiédir. Tossefot explique la différence entre les deux récipients par leurs parois : celles du kli richon gardent la chaleur, celles du kli cheni la perdent.

9
הֵיכִי עֲבִיד הָכִי, וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּכָל מָקוֹם מֻותָּר לְהַרְהֵר חוּץ מִבֵּית הַמֶּרְחָץ וּבֵית הַכִּסֵּא! וְכִי תֵּימָא בִּלְשׁוֹן חוֹל אֲמַר לֵיהּ, וְהָאָמַר אַבַּיֵּי: דְּבָרִים שֶׁל חוֹל מֻותָּר לְאָומְרָן בִּלְשׁוֹן קֹודֶשׁ, שֶׁל קֹודֶשׁ אָסוּר לְאָומְרָן בִּלְשׁוֹן חוֹל! אַפְּרוּשֵׁי מֵאִיסּוּרָא שָׁאנֵי.

Comment a-t-il pu agir ainsi ? Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : en tout lieu il est permis de méditer [sur la Torah], sauf aux bains et aux latrines !

Et si tu dis qu'il le lui a dit en langue profane, Abaye n'a-t-il pas dit : les choses profanes, il est permis de les dire en langue sainte ; les choses saintes, il est interdit de les dire en langue profane ! — Détourner [quelqu'un] d'un interdit, c'est différent.

📜 Rachi (4)
וְהֵיכִי עֲבִיד הָכִי לְהוֹרוֹת הוֹרָאָה שֶׁהוּא דְּבַר תּוֹרָה בְּבֵית הַמֶּרְחָץ:
Comment a-t-il agi ainsi : donner une décision, qui est une parole de Torah, aux bains.
לְהַרְהֵר בְּדִבְרֵי תּוֹרָה:
Méditer : sur des paroles de Torah.
דְּבָרִים שֶׁל קֹדֶשׁ דִבְרֵי תוֹרָה:
Les choses saintes : les paroles de Torah.
אָסוּר לְאָומְרָן בִּמְקוֹם הַטִּנֹּופֶת וְאַפֵּי' בִּלְשׁוֹן חֹול:
Il est interdit de les dire : dans un lieu malpropre, même en langue profane.
🗂️ Tossefot (1)
וְכִי תֵּימָא בִּלְשׁוֹן חוֹל קָאָמַר לֵיהּ וְאע"ג דְּאָסוּר לְהַרְהֵר נֵימָא דְּאֵין אָסוּר לְהַרְהֵר אֶלָּא בִּלְשׁוֹן קֹדֶשׁ וְהוּא הִרְהֵר בִּלְשׁוֹן חֹול:
Et si tu dis qu'il le lui a dit en langue profane : bien qu'il soit interdit de méditer, disons qu'il n'est interdit de méditer qu'en langue sainte, et qu'il a médité en langue profane.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הַמֵּיחַם שֶׁפִּינָּהוּ לֹא יִתֵּן לְתוֹכוֹ מַיִם בִּשְׁבִיל שֶׁיָּחֹומּוּ אֲבָל נוֹתֵן הוּא לְתוֹכוֹ אוֹ לְתוֹךְ הַכּוֹס כְּדֵי לְהַפְשִׁירָן:
Michna : la bouilloire (meyham) qu'on a retirée [du feu], on n'y verse pas d'eau pour qu'elle chauffe, mais on en verse dedans ou dans la coupe pour la tiédir.
💡 Explication

Rabbi a donné une décision halakhique aux bains, lieu où même la réflexion sur la Torah est interdite. Changer de langue n'y change rien : Abaye interdit les paroles saintes même en langue profane.

Réponse : afrouchei mi-issoura, empêcher quelqu'un de commettre un interdit, est permis même dans un tel lieu. La glose du Roch placée ici cite la michna suivante (folio 40b, meyham chepinahou), sur l'eau versée dans une bouilloire retirée du feu.

10
תֵּדַע, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מַעֲשֶׂה בְּתַלְמִידוֹ שֶׁל רַבִּי מֵאִיר שֶׁנִּכְנַס אַחֲרָיו לְבֵית הַמֶּרְחָץ וּבִקֵּשׁ לְהַדִּיחַ קַרְקַע. וְאָמַר לוֹ: אֵין מְדִיחִין. לָסוּךְ לוֹ קַרְקַע. אָמַר לוֹ: אֵין סָכִין. אַלְמָא אַפְרוֹשֵׁי מֵאִיסּוּרָא שָׁאנֵי, הָכָא נָמֵי לְאַפְרוֹשֵׁי מֵאִיסּוּרָא שָׁאנֵי.

La preuve : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : il arriva qu'un élève de Rabbi Meir entra derrière lui aux bains et voulut rincer le sol. [Rabbi Meir] lui dit : on ne rince pas.

[Il voulut] enduire le sol pour lui. Il lui dit : on n'enduit pas.

Il en ressort que détourner d'un interdit, c'est différent ; ici aussi, détourner d'un interdit, c'est différent.

📜 Rachi (1)
אֵין מְדִיחִין דִּלְמָא אָתֵי לְאַשְׁוֹיֵי גֻּומּוֹת:
On ne rince pas : de peur qu'on en vienne à niveler des creux.
💡 Explication

Précédent à l'appui : Rabbi Meir lui aussi a énoncé des règles aux bains, pour empêcher son élève de rincer ou d'enduire le sol le Chabbat. Rachi : rincer le sol pourrait conduire à niveler les creux (achvayat goumot), travail apparenté à la construction.

11
אָמַר רָבִינָא: שְׁמַע מִינַּהּ הַמְבַשֵּׁל בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא בְּשַׁבָּת — חַיָּיב. דְּהָא מַעֲשֶׂה דְּרַבִּי לְאַחַר גְּזֵירָה הֲוָה, וַאֲמַר לֵיהּ: טוֹל בִּכְלִי שֵׁנִי וְתֵן. אֵינִי?! וְהָאָמַר רַב חִסְדָּא הַמְבַשֵּׁל בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא בְּשַׁבָּת — פָּטוּר! מַאי ״חַיָּיב״ נָמֵי דְּקָאָמַר — מַכַּת מַרְדּוּת.

Ravina a dit : on en apprend que celui qui cuit dans les eaux chaudes de Tibériade le Chabbat est coupable, car l'épisode de Rabbi eut lieu après le décret, et il lui a dit : prends dans un kli cheni et mets-la. Est-ce bien ainsi ?

Rav Hisda n'a-t-il pas dit : celui qui cuit dans les eaux chaudes de Tibériade le Chabbat est exempt ! — Coupable, ce qu'il dit signifie : [passible de] makat mardout (coups de correction).

📜 Rachi (3)
דְּהָא מַעֲשֶׂה דְּרַבִּי אַחַר גְּזֵירָה הֲוָה שֶׁגָּזְרוּ עַל הַזֵּיעָה וְעַל כְּרִחְיַן בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא הוּא דְּהָוֵי וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר לְעֵיל בִּימֵי רַבִּי הֲוָה אַלְמָא בִּימֵי רַבִּי כְּבָר נִגְזְרָה:
Car l'épisode de Rabbi eut lieu après le décret : qu'on a décrété sur la transpiration ; c'était donc forcément aux eaux chaudes de Tibériade. Et Rabbi Yehochoua, qui a parlé plus haut, vivait à l'époque de Rabbi ; il en ressort qu'à l'époque de Rabbi, [la transpiration] était déjà interdite.
וְקָאָמַר לֵיהּ טוֹל בִּכְלִי שֵׁנִי אֲבָל רִאשׁוֹן לֹא אַלְמָא יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם בִּישּׁוּל:
Et il lui a dit : prends dans un kli cheni : mais pas dans le premier. Il en ressort qu'elles sont soumises à la cuisson.
מַרְדּוּת רִדּוּי:
Mardout : correction.
💡 Explication

Ravina raisonne : après le décret sur la transpiration, seuls les bains de Tibériade restaient ouverts. Rabbi y interdisait la fiole dans le bassin, donc cuire dans une source chaude naturelle est une cuisson.

Mais Rav Hisda déclare exempt celui qui cuit à Tibériade : la chaleur ne vient pas du feu (toledot haor), et la Torah n'interdit que la cuisson par le feu. On concilie : le coupable de Ravina encourt la makat mardout, sanction d'ordre rabbinique.

12
אָמַר רַבִּי זֵירָא: אֲנָא חֲזִיתֵיהּ לְרַבִּי אֲבָהוּ דְּשָׁט בְּאַמְבָּטִי, וְלָא יָדַעְנָא אִי עֲקַר אִי לָא עֲקַר. פְּשִׁיטָא דְּלָא עָקַר, דְּתַנְיָא: לֹא יָשׁוּט אָדָם בִּבְרֵיכָה מְלֵאָה מַיִם, וַאֲפִילּוּ עוֹמֶדֶת בֶּחָצֵר! לָא קַשְׁיָא, הָא

Rabbi Zeira a dit : moi, j'ai vu Rabbi Abbahou flotter dans un bassin (ambati), et je ne sais pas s'il a soulevé [ses pieds] ou s'il ne les a pas soulevés. — C'est évident qu'il ne les a pas soulevés, car il est enseigné : on ne nagera pas dans un bassin rempli d'eau, même s'il se trouve dans une cour ! — Il n'y a pas de difficulté : celle-ci [...]

📜 Rachi (7)
שט צָף:
Chat : flotter.
דְּשָׁט בְּאַמְבָּטִי בְּשַׁבָּת:
Qui flottait dans le bassin : le Chabbat.
וְלָא יָדַעְנָא אִי עֲקַר רַגְלָיו מִן הָאָרֶץ דְּקָסָבַר כִּי תְּנַן אֵין שָׁטִין עַל פְּנֵי הַמַּיִם בְּמַשִּׁילִין פֵּירוֹת בְּנָהָר גָּדוֹל תְּנַן דְּאִיכָּא לְמִגְזַר שֶׁמָּא יַעֲשֶׂה חָבִית שֶׁל שַׁיָּיטִין כִּדְאָמְרִינַן הָתָם אֲבָל בְּאַמְבָּטִי לֹא:
Et je ne sais pas s'il a soulevé : ses pieds du sol. Car il pensait que ce que nous avons appris, on ne nage pas à la surface de l'eau, au chapitre Machilin perot, concerne un grand fleuve, où il y a lieu de décréter de peur qu'on ne fabrique un tonneau de nageurs, comme nous l'avons dit là-bas ; mais dans un bassin, non.
אִי לֹא עָקַר רַגְלָיו:
Ou s'il ne les a pas soulevés : ses pieds.
לֹא יָשׁוּט דאע"ג דְּלֵיכָּא לְמִיגְזַר אָסוּר:
On ne nagera pas : bien qu'il n'y ait pas lieu de décréter, c'est interdit.
וַאֲפִילּוּ עוֹמֶדֶת בֶּחָצֵר דְּלֵיכָּא לְמִיגְזַר שֶׁמָּא יַתִּיז מַיִם בְּרַגְלָיו חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת:
Même s'il se trouve dans une cour : où il n'y a pas lieu de décréter de peur qu'il ne projette de l'eau avec ses pieds au-delà de quatre coudées.
הָא דַּאֲסִיר:
Celle-ci : qui interdit.
💡 Explication

Nager le Chabbat est interdit par décret, de peur qu'on fabrique un flotteur (havit chel chayatin). Rabbi Zeira se demande si Rabbi Abbahou avait décollé les pieds du fond, ce qui serait de la nage.

La Guemara objecte qu'une baraita interdit de nager même dans un bassin de cour, où aucun des risques habituels n'existe. La réponse, qui distingue deux types de bassins, continue au folio suivant.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).