Shabbat 41a — La tenue au bain, les conseils de Rav Yehouda à l'étuve, et les récipients qui gardent l'eau chaude

Shabbat 41a

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion sur la nage : un bassin muni de gidudin (bords surlevés) ressemble à un récipient et le bain y est permis, alors qu'un bassin sans bords ressemble à un fleuve. Vient ensuite une série de récits sur la tenue au bain : Rabbi Zera a vu Rabbi Abahou poser ses mains devant lui sans savoir s'il touchait, et la guemara confronte l'interdit de Rabbi Eliezer à la règle de Rav pour qui se couvrir revient à paraître renier l'alliance d'Abraham ; la réponse distingue la descente vers l'eau et la remontée vers les gens.

Le daf rapporte alors la visite de Rabbi Zera à Rav Yehouda dans la maison de bains, avec le natron, le peigne, la vapeur aspirée par la bouche et l'eau chaude que l'on boit, puis la baraita qui énumère six règles d'hygiène sous forme d'images. La fin du folio ouvre deux michnayot sur le Chabbat : le moulyar et l'antikhi, deux récipients qui chauffent l'eau différemment, puis le meiham que l'on a vidé et dans lequel on verse de l'eau froide.

Les quatre moments du folio 1. Nager le Chabbat Fin de la sougya du bassin avec ou sans gidudin segment 1 2. La tenue au bain Poser les mains devant soi : pudeur ou reniement segments 2 à 4 3. Rav Yehouda à l'étuve Natron, peigne, vapeur, et six règles de santé segments 5 et 6 4. Deux michnayot Moulyar, antikhi, puis le meiham vidé segments 7 à 10 Un seul fil relie ces quatre moments : le bain. La guemara traite d'abord de ce que l'on y fait le Chabbat et de la conduite qui convient, puis des ustensiles qui gardent l'eau chaude. Les deux dernières michnayot prolongent le chapitre Kira : ce qui reste sur une source de chaleur pendant le Chabbat et ce que l'on peut y ajouter sans provoquer une cuisson.
Plan du folio : du bassin où l'on nage aux récipients qui gardent l'eau chaude.
Se couvrir au bain : deux exigences opposées Rav, au nom de Rav Houna et Rabbi Abba Se couvrir revient à paraître renier l'alliance d'Abraham : on aurait honte de la mila La tseniout (pudeur) Devant les gens qui regardent, il convient de se couvrir Réponse de la guemara : tout dépend du sens de la marche En descendant vers l'eau Le visage est tourné vers le fleuve, personne ne lui fait face Se couvrir est interdit En remontant vers la rive Le visage est tourné vers les gens qui se tiennent sur la berge Se couvrir est permis LES TROIS PRATIQUES RAPPORTÉES Rava Il se courbait le corps voilé sans les mains Rabbi Zera Il se tenait droit par égard pour la règle de Rav Les Sages de Rav Achi Droits à la descente, courbés à la remontée
Se couvrir au bain : la règle de Rav, l'exigence de pudeur, et la solution par le sens de la marche.
Trois récipients d'eau chaude, trois régimes Moulyar eau dedans, braises dehors eau braises La paroi conserve la chaleur sans en ajouter Balayé : on en boit Antikhi selon Rabba bei kirei : creux dans le foyer braises eau Paroi épaisse, chauffée toute la semaine : elle ajoute du hevel Interdit même balayé Antikhi selon Rav Nahman bei doudei : chaudron à double fond eau braises entre les deux fonds Les fonds couverts retiennent la chaleur après le balayage Interdit même balayé Une baraita soutient Rav Nahman bar Yits'hak : l'antikhi reste interdite même balayée et recouverte de cendres, parce que son nehochet la réchauffe. Rachi hésite entre deux sens de ce mot : le cuivre, ou le fond du récipient. Tossefot refuse l'explication par le surcroît de chaleur et rapporte celle de Rabbi Porat : le vin cuirait au moment du mélange.
Moulyar, antikhi selon Rabba, antikhi selon Rav Nahman bar Yits'hak.
1
דְּלֵית לֵיהּ גִּידּוּדֵי, הָא דְּאִית לֵיהּ גִּידּוּדֵי.

Il s'agit d'un bassin qui n'a pas de gidudin (bords surlevés) ; l'autre cas vise un bassin qui a des gidudin.

📜 Rachi (1)
דְּלֵית לֵיהּ גִּידּוּדֵי שֶׁאֵין שְׂפָתָהּ גְּבוֹהָה שֶׁיִּהְיוּ הַמַּיִם עֲמֻוקִּים אֵצֶל שְׂפָתָהּ כְּמוֹ בָּאֶמְצַע דְּכֵיוָן שֶׁאֵין עֲמֻוקִּים שָׁם כִּי מָטֵי סָמוּךְ לִשְׂפָתָהּ נוֹעֵץ רַגְלָיו בַּקַּרְקַע וְחוֹפֵר וּמְמַחֶה הֶעָפָר לְתוֹךְ הַמַּיִם וְדָמֵי לִמְגַבֵּל וְלִי נִרְאֶה דְּאִית לֵיהּ גִּידּוּדֵי שָׁרִי דְּלָא דָּמֵי לְנָהָר אֶלָּא לִכְלִי דְּלֵית לֵיהּ גִּידּוּדֵי דָּמְיָא לְנָהָר וְאָסוּר:
Son bord n'est pas élevé, de sorte que l'eau serait aussi profonde près du bord qu'au milieu. Puisque l'eau n'y est pas profonde, lorsqu'il arrive près du bord il plante ses pieds dans le sol, creuse et délaye la terre dans l'eau : cela ressemble à pétrir (meguabel). Pour ma part, il me semble plutôt que là où il y a des gidudin c'est permis, parce que le bassin ne ressemble pas à un fleuve mais à un récipient ; là où il n'y a pas de gidudin, il ressemble à un fleuve et c'est interdit.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une phrase commencée à la fin de 40b. Une baraita interdit de nager (lachout) dans un bassin rempli d'eau le Chabbat, même si ce bassin se trouve dans une cour privée ; or Rabbi Zera a vu Rabbi Abahou flotter dans une ambati (bassin de bain). La guemara résout la tension en distinguant deux formes de bassin, selon qu'il possède ou non des gidudin, des bords surlevés qui l'entourent.

Rachi donne deux explications de ce critère. Selon la première, le bord bas rend l'eau peu profonde près de la rive, ce qui conduit le baigneur à enfoncer ses pieds dans la terre et à la délayer : on approche alors du travail interdit de gibul (pétrissage). Selon la seconde, que Rachi préfère, les bords surlevés donnent au bassin l'aspect d'un récipient, et le décret des Sages sur la nage ne visait que ce qui ressemble à un fleuve ou à la mer.

🖼️ Schéma
Un bassin avec ou sans gidudin (bords surlevés) Sans gidudin Les bords s'effacent dans le sol : le bassin a l'aspect d'un fleuve Nager y est interdit Avec gidudin Les bords enferment l'eau : le bassin a l'aspect d'un récipient Nager y est permis Première lecture de Rachi : sans bords, l'eau est basse près du rivage, le baigneur enfonce ses pieds et délaye la terre, ce qui ressemble à pétrir.
Le critère des gidudin : un bassin qui ressemble à un récipient ou à un fleuve.
2
וְאָמַר רַבִּי זֵירָא: אֲנָא חֲזִיתֵיהּ לְרַבִּי אֲבָהוּ שֶׁהִנִּיחַ יָדָיו כְּנֶגֶד פָּנָיו שֶׁל מַטָּה, וְלָא יָדַעְנָא אִי נְגַע אִי לָא נְגַע. פְּשִׁיטָא דְּלָא נָגַע, דְּתַנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כָּל הָאוֹחֵז בָּאַמָּה וּמַשְׁתִּין — כְּאִילּוּ מֵבִיא מַבּוּל לָעוֹלָם.

Et Rabbi Zera a dit : j'ai vu Rabbi Abahou poser ses mains devant sa nudité (litt. devant sa face d'en bas), et je ne sais pas s'il a touché ou s'il n'a pas touché. Cela va de soi qu'il n'a pas touché, car il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit, quiconque saisit son membre en urinant, c'est comme s'il amenait le déluge sur le monde.

📜 Rachi (3)
שֶׁהִנִּיחַ יָדָיו כְּשֶׁהָיָה רוֹחֵץ מִשּׁוּם צְנִיעוּת:
Alors qu'il se baignait, par pudeur (tseniout).
אִי נָגַע בָּאַמָּה:
S'il a touché le membre.
כְּאִילּוּ מֵבִיא מַבּוּל לָעוֹלָם שֶׁמִּתְחַמֵּם וּבָא לִידֵי קֶרִי וְזֶה קִלְקוּלוֹ שֶׁל דּוֹר הַמַּבּוּל מוֹצִיאִים שִׁכְבַת זֶרַע לְבַטָּלָה דִּכְתִיב כִּי הִשְׁחִית כָּל בָּשָׂר וְגוֹ' (בְּרֵאשִׁית ו׳:י״ב):
Parce qu'il s'échauffe et en vient à une émission. Telle fut la corruption de la génération du déluge : ils émettaient leur semence en vain, ainsi qu'il est écrit, car toute chair avait corrompu sa voie, etc. (Genèse 6, 12).
🗂️ Tossefot (1)
פְּשִׁיטָא דְּלָא נְגַע דְּתַנְיָא ר' אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר כוּ' ואע"ג דְּרַבָּנָן פְּלִיגִי עָלֶיהָ וְשָׁרוּ בְּפֶרֶק כָּל הַיָּד (נִדָּה יג. וְשָׁם) לָא שָׁרִי אֶלָּא מִשּׁוּם מַמְזֵרוּת שֶׁלֹּא יִרְאֶה כִּכָּרוֹת שָׁפְכָה וְיוֹצִיאוּ לַעַז עַל בָּנָיו שֶׁהֵן מַמְזֵרִים:
Bien que les Sages soient en désaccord avec Rabbi Eliezer et permettent, au chapitre Kol ha-yad (Nidda 13a), ils ne l'ont permis qu'à cause du soupçon de mamzerout (bâtardise) : pour qu'il n'ait pas l'air d'un kerout chofkha (homme dont le canal séminal est sectionné) et qu'on ne fasse pas courir sur ses enfants la rumeur qu'ils sont des mamzerim.
💡 Explication

Rabbi Zera rapporte une seconde observation sur Rabbi Abahou au bain. Son doute porte sur un détail de conduite : le maître a-t-il seulement approché ses mains, ou les a-t-il posées sur lui ? La guemara juge le doute inutile, puisqu'un enseignement de Rabbi Eliezer compare celui qui se saisit ainsi à l'homme qui amènerait un nouveau déluge.

Tossefot précise la portée de cet interdit. Au traité Nidda, les Sages permettent de se tenir en urinant, mais leur permission tient à une raison particulière : éviter que l'homme paraisse atteint d'une infirmité qui ferait suspecter la légitimité de ses enfants. L'interdit de Rabbi Eliezer reste donc la référence pour un maître comme Rabbi Abahou.

3
אָמַר אַבַּיֵּי: עֲשָׂאוּהָ כְּבוֹלֶשֶׁת. דִּתְנַן: בּוֹלֶשֶׁת שֶׁנִּכְנְסָה לָעִיר, בִּשְׁעַת שָׁלוֹם — חָבִיּוֹת פְּתוּחוֹת אֲסוּרוֹת, סְתוּמוֹת מֻותָּרוֹת. בִּשְׁעַת מִלְחָמָה — אֵלּוּ וְאֵלּוּ מֻותָּרוֹת, לְפִי שֶׁאֵין פְּנַאי לְנַסֵּךְ. אַלְמָא כֵּיוָן דִּבְעִיתִי לָא מְנַסְּכִי. הָכָא נָמֵי, כֵּיוָן דִּבְעִית לָא אָתֵי לְהַרְהוֹרֵי. הָכָא מַאי בִּיעֲתוּתָא? בִּיעֲתוּתָא דְּנַהֲרָא.

Abaye a dit : on a assimilé ce cas à celui de la boleshet (troupe qui fouille une ville). Car nous avons appris : une boleshet qui est entrée dans une ville, en temps de paix, les jarres ouvertes sont interdites et les jarres scellées sont permises ; en temps de guerre, les unes et les autres sont permises, parce qu'il n'y a pas le loisir de faire une libation.

On voit donc que, dès lors qu'ils ont peur, ils ne font pas de libation. Ici de même : dès lors qu'il a peur, il n'en vient pas à des pensées.

Et quelle peur y a-t-il ici ? La peur du fleuve.

📜 Rachi (2)
כְּבוֹלֶשֶׁת עֲשָׂאוּהָ לְהָא דָּר' אַבֹּוהַּ בּוֹלֶשֶׁת חַיָּילוֹת גַּייִס הַבָּא לָעִיר עַל שֵׁם שֶׁמְּחַפְּשִׂין וּבוֹלְשִׁים אֶת הָעִיר קָרֵי לָהּ בּוֹלֶשֶׁת:
On a assimilé le cas de Rabbi Abahou à celui de la boleshet. La boleshet est une troupe de soldats, une armée qui entre dans une ville ; parce qu'ils fouillent et perquisitionnent la ville, on l'appelle boleshet.
בִּשְׁעַת שָׁלוֹם כְּגוֹן שֶׁהוּא שֶׁל אוֹתָהּ מַלְכוּת:
Par exemple lorsque la troupe relève du royaume dont dépend la ville.
💡 Explication

Abaye défend le doute de Rabbi Zera. Il rapproche la situation du baigneur d'une michna d'Avoda zara : quand une troupe ennemie traverse une ville, on craint en temps ordinaire que les soldats aient versé du vin en libation idolâtre, et les jarres ouvertes deviennent interdites ; en temps de guerre, la hâte et la peur les empêchent d'accomplir un tel geste.

Le principe retenu tient en une formule : ke-van de-ba'it, du moment qu'il a peur, l'homme ne se livre pas à ce qui demande du loisir. Au bain, la peur du courant détourne l'esprit du hirhour (pensée impure). Toucher, dans ces conditions, ne conduirait pas à la faute redoutée par Rabbi Eliezer, et Rabbi Zera pouvait donc légitimement hésiter sur ce qu'il avait vu.

🖼️ Schéma
La boleshet : la peur empêche la transgression Jarres ouvertes Jarres scellées Temps de paix Interdites Permises Temps de guerre Permises Permises En guerre, les soldats n'ont pas le loisir de faire une libation la peur retient Application d'Abaye au bain de Rabbi Abahou Celui qui craint le courant du fleuve n'en vient pas à des pensées : le doute de Rabbi Zera garde donc un sens.
La michna de la boleshet et son application au baigneur.
4
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: כָּל הַמַּנִּיחַ יָדָיו כְּנֶגֶד פָּנָיו שֶׁל מַטָּה כְּאִילּוּ כּוֹפֵר בִּבְרִיתוֹ שֶׁל אַבְרָהָם אָבִינוּ! לָא קַשְׁיָא: הָא כִּי נְחִית, הָא כִּי סָלֵיק. כִּי הָא דְּרָבָא שָׁחֵי. רַבִּי זֵירָא זְקִיף. רַבָּנַן דְּבֵי רַב אָשֵׁי, כִּי קָא נָחֲתִי — זָקְפִי, כִּי קָא סָלְקִי — שָׂחוּ.

Est-ce ainsi ? Mais Rabbi Abba n'a-t-il pas dit au nom de Rav Houna au nom de Rav : quiconque place ses mains devant sa nudité, c'est comme s'il reniait l'alliance d'Abraham notre père !

Il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit du moment où il descend, là du moment où il remonte. Ainsi Rava se courbait ; Rabbi Zera se tenait droit ; les Sages de la maison de Rav Achi, quand ils descendaient se tenaient droits, et quand ils remontaient se courbaient.

📜 Rachi (4)
כְּאִילּוּ כּוֹפֵר דְּנִרְאֶה שֶׁהוּא בּוֹשׁ בַּדָּבָר:
Car il paraît avoir honte de la chose.
כִּי נְחִית לַנָּהָר פָּנָיו כְּלַפֵּי הַנָּהָר וְאֵין כָּאן מִשּׁוּם צְנִיעוּת אָסוּר לְכַסּוֹתוֹ:
Quand il descend vers le fleuve, son visage est tourné vers le fleuve et il n'y a là aucun motif de pudeur : il lui est interdit de se couvrir.
כִּי סָלֵיק וּפָנָיו כְּלַפֵּי הָעָם מֻותָּר מִשּׁוּם צְנִיעוּת:
Et quand il remonte, son visage est tourné vers les gens : se couvrir est permis, par pudeur.
ר' זֵירָא זְקִיף דְּחָייֵשׁ לִדְרַב שֶׁלֹּא יִרְאֶה כְּכוֹפֵר:
Car il tenait compte de l'enseignement de Rav, afin de ne pas paraître renier l'alliance.
💡 Explication

Une règle de Rav vient contredire la conduite de Rabbi Abahou : couvrir sa nudité de la main donne à penser que l'homme a honte de la circoncision, et cela équivaut à renier l'alliance d'Abraham. La guemara distingue alors deux moments du bain. En descendant vers l'eau, le baigneur tourne le dos aux personnes présentes : la pudeur n'exige rien, et le geste ne signifierait que la honte. En remontant, il leur fait face, et la tseniout justifie qu'il se couvre.

Trois pratiques illustrent la question. Rava se courbait, ce qui voile le corps sans recourir aux mains. Rabbi Zera se tenait droit, par égard pour la parole de Rav. Les Sages de la maison de Rav Achi appliquaient exactement la distinction de la guemara, droits à la descente et courbés à la remontée.

5
רַבִּי זֵירָא הֲוָה קָא מִשְׁתְּמִיט מִדְּרַב יְהוּדָה, דְּבָעֵי לְמִיסַּק לְאַרְעָא דְיִשְׂרָאֵל. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה: כָּל הָעוֹלֶה מִבָּבֶל לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּבֶלָה יוּבָאוּ וְשָׁמָּה יִהְיוּ״. אָמַר: אֵיזִיל וְאֶשְׁמַע מִינֵּיהּ מִילְּתָא וְאֵיתֵי וְאֶיסַּק. אֲזַל, אַשְׁכְּחֵיהּ דְּקָאֵי בֵּי בָּאנֵי וְקָאֲמַר לֵיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ: הֵבִיאוּ לִי נֶתֶר, הֵבִיאוּ לִי מַסְרֵק, פִּתְחוּ פֻּומַּייְכוּ וְאַפִּיקוּ הַבְלָא, וְאִשְׁתוּ מִמַּיָּא דְּבֵי בָאנֵי. אָמַר: אִילְמָלֵא לֹא בָּאתִי אֶלָּא לִשְׁמוֹעַ דָּבָר זֶה דַּיִּי.

Rabbi Zera se dérobait à Rav Yehouda, parce qu'il voulait monter en terre d'Israël. Car Rav Yehouda disait : quiconque monte de Babylonie vers la terre d'Israël transgresse un commandement positif, ainsi qu'il est dit, ils seront emportés à Babylone et ils y resteront.

Il se dit : j'irai entendre de lui une parole, puis je reviendrai et je monterai. Il alla et le trouva qui se tenait dans la maison de bains et disait à son serviteur : apportez-moi du neter (natron), apportez-moi un peigne, ouvrez la bouche et faites sortir la vapeur, et buvez de l'eau de la maison de bains.

Il dit : si je n'étais venu que pour entendre cette parole, cela me suffirait.

📜 Rachi (5)
מִשְׁתְּמִיט הָיָה יָרֵא לֵירָאוֹת לוֹ מִשּׁוּם דַּהֲוָה בָּעֵי רַבִּי זֵירָא לְמִיסַּק לְאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל וְרַב יְהוּדָה לָא סְבִירָא לֵיהּ וְיָרֵא פֶּן יִגְזֹור עָלָיו מִלֵּילֵךְ:
Il craignait de se montrer à lui, parce que Rabbi Zera voulait monter en terre d'Israël alors que Rav Yehouda n'était pas de cet avis, et il redoutait que son maître ne lui interdise formellement de partir.
בָּבֶלָה יוּבָאוּ וְשָׁמָּה יִהְיוּ עַד יוֹם פָּקְדִי וְגוֹ' וְר' זֵירָא אָמַר לָךְ הַאי קְרָא בִּכְלִי שָׁרֵת כְּתִיב כִּדְאָמְרִינַן בִּשְׁנֵי דַּיָּינֵי גְּזֵירוֹת (כְּתֻובּוֹת קיא.):
Ils seront emportés à Babylone et ils y resteront jusqu'au jour où Je les rappellerai, etc. Rabbi Zera te répondrait que ce verset est écrit au sujet des ustensiles du service (klei charet), comme nous le disons au chapitre Chene dayanei guezerot (Ketoubot 111a).
הֵבִיאוּ לִי נֶתֶר לְחוֹף אֶת רֹאשִׁי וְקָאָמַר לְהוּ בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ:
Pour me laver la tête ; et il le leur dit en langue sainte.
פָּתְחוּ פֻּומַּייְכוּ וְיִכָּנֵס הֶבֶל בֵּית הַמֶּרְחָץ לְתוֹךְ הַגּוּף וְיוֹצִיא הֶבֶל שֶׁל זֵיעָה:
Afin que la vapeur de la maison de bains pénètre dans le corps et fasse sortir la vapeur de la transpiration.
וְאִשְׁתּוֹ מִן מַיִם חַמִּין וְאַפֵּי' לֹא הוּחַמּוּ אֶלָּא לִרְחִיצָה:
De l'eau chaude, et même si elle n'a été chauffée que pour la toilette.
💡 Explication

Le récit explique pourquoi Rabbi Zera évitait son maître. Rav Yehouda tenait que la montée de Babylonie vers la terre d'Israël transgresse un commandement positif tiré de Jérémie 27, 22, tandis que Rabbi Zera lisait ce verset comme visant les ustensiles du Temple emportés en exil. Plutôt que d'affronter une interdiction expresse, l'élève choisit de recueillir un dernier enseignement avant son départ.

Il trouve Rav Yehouda à la maison de bains, occupé à donner quatre consignes à son serviteur. Trois relèvent de l'hygiène, la quatrième du droit : le maître parle en langue sainte dans un lieu où l'on ne peut dire de paroles de Torah, ce qui enseigne que les propos profanes y sont permis même dans cette langue.

6
בִּשְׁלָמָא ״הֵבִיאוּ נֶתֶר, הֵבִיאוּ מַסְרֵק״ — קָמַשְׁמַע לַן דְּבָרִים שֶׁל חוֹל מֻותָּר לְאָומְרָם בִּלְשׁוֹן קֹדֶשׁ. ״פִּתְחוּ פֻּומַּייְכוּ וְאַפִּיקוּ הַבְלָא״ — נָמֵי כְּדִשְׁמוּאֵל, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: הַבְלָא מַפִּיק הַבְלָא. אֶלָּא ״אִשְׁתוּ מַיָּא דְּבֵי בָאנֵי״ מַאי מְעַלְּיוּתָא? דְּתַנְיָא אָכַל וְלֹא שָׁתָה — אֲכִילָתוֹ דָּם, וְזֶהוּ תְּחִילַּת חֹולִי מֵעַייִם. אָכַל וְלֹא הָלַךְ אַרְבַּע אַמּוֹת — אֲכִילָתוֹ מְרַקֶּבֶת, וְזֶהוּ תְּחִילַּת רֵיחַ רַע. הַנִּצְרָךְ לִנְקָבָיו וְאָכַל — דּוֹמֶה לְתַנּוּר שֶׁהִסִּיקוּהוּ עַל גַּבֵּי אֶפְרוֹ, וְזֶהוּ תְּחִילַּת רֵיחַ זוּהֲמָא. רָחַץ בְּחַמִּין וְלֹא שָׁתָה מֵהֶן — דּוֹמֶה לְתַנּוּר שֶׁהִסִּיקוּהוּ מִבְּחוּץ וְלֹא הִסִּיקוּהוּ מִבִּפְנִים. רָחַץ בְּחַמִּין וְלֹא נִשְׁתַּטֵּף בְּצוֹנֵן — דּוֹמֶה לְבַרְזֶל שֶׁהִכְנִיסוּהוּ לָאוּר וְלֹא הִכְנִיסוּהוּ לְצוֹנֵן. רָחַץ וְלֹא סָךְ — דּוֹמֶה לְמַיִם עַל גַּבֵּי חָבִית.

Soit : apportez du neter, apportez un peigne, cela nous apprend que les choses profanes, il est permis de les dire en langue sainte. Ouvrez la bouche et faites sortir la vapeur, cela s'accorde aussi avec Chmouel, car Chmouel a dit : la vapeur fait sortir la vapeur.

Mais buvez de l'eau de la maison de bains, quel avantage y a-t-il là ? Car il a été enseigné : celui qui a mangé sans boire, sa nourriture est du sang, et c'est le début des maladies d'intestins.

Celui qui a mangé sans marcher quatre coudées, sa nourriture pourrit, et c'est le début de la mauvaise odeur. Celui qui a besoin de se soulager et qui mange ressemble à un four que l'on a chauffé par-dessus ses cendres, et c'est le début de l'odeur de souillure.

Celui qui s'est lavé à l'eau chaude sans en boire ressemble à un four que l'on a chauffé par l'extérieur sans le chauffer par l'intérieur. Celui qui s'est lavé à l'eau chaude sans se rincer à l'eau froide ressemble à du fer que l'on a mis au feu sans le plonger dans le froid.

Celui qui s'est lavé sans s'enduire d'huile ressemble à de l'eau versée sur le dessus d'une jarre.

📜 Rachi (10)
מֻותָּר לְאָומְרָן בְּבֵית הַמֶּרְחָץ וְאַפֵּי' בִּלְשׁוֹן קֹודֶשׁ:
Dans la maison de bains, et même en langue sainte.
הַבְלָא דְּמֶרְחָץ הַנִּכְנָס דֶּרֶךְ הַפֶּה:
La vapeur de l'étuve, qui entre par la bouche.
מַפִּיק הַבְלָא דְּזֵיעָה:
Fait sortir la vapeur de la transpiration.
וְלֹא הָלַךְ ד' אַמּוֹת קֹודֶם שֶׁיָּשַׁן:
Avant de s'endormir.
מַרְקֶבֶת אֵינָהּ מִתְעַכֶּלֶת לַעֲשׂוֹת זֶבֶל:
Elle ne se digère pas pour devenir un déchet.
רֵיחַ רַע רֵיחַ הַפֶּה:
L'odeur de la bouche.
רֵיחַ זֻוהֲמָא כָּל גּוּפוֹ מְזֹוהָם בְּזֵיעָה תָּמִיד:
Tout son corps est constamment souillé de sueur.
וְלֹא הִסִּיקוּהוּ מִבִּפְנִים שֶׁאֵינוֹ מֵטִיב לִכְלוּם:
Un tel chauffage n'est bon à rien.
וְלֹא הִכְנִיסוּהוּ לְצוֹנֵן שֶׁהֵן מְחַזְּקִין אֶת הַבַּרְזֶל:
Car l'eau froide raffermit le fer.
לְמַיִם ע"ג חָבִית עַל שׁוּלָיו וּצְדָדָיו שֶׁאֵינָם נִכְנָסִים לְתוֹכוֹ:
Sur son fond et ses parois : l'eau ne pénètre pas à l'intérieur.
🗂️ Tossefot (1)
רָחַץ וְלֹא סָךְ ול"ג מֵעִיקָּרָא דְּהָא בְּכוּלֵּי הַשַּׁ"ס רְחִיצָה קֹודֶם סִיכָה כִּדְאָמַר בפ"ק דְּקִידּוּשִׁין (דַּף כב:) רָחֲצוּ סָכוֹ וּקְרָא כְּתִיב וְרָחַצְתָּ וָסַכְתְּ (רוּת נ) מִיהוּ קְרָא אִיכָּא לְאוֹקְמֵי בְּסִיכָה שֶׁהָיְתָה מִתְקַשֶּׁטֶת עַצְמָהּ לְרֵיחַ טוֹב לָכֵן לֹא הָיְתָה סֻכָּה בַּתְּחִלָּה שֶׁעַל יְדֵי רְחִיצָה הָיְתָה מַעֲבֶרֶת הַסִּיכָה מֵעָלֶיהָ:
On ne lit pas cette clause en premier, car dans tout le Talmud la toilette précède l'onction, comme il est dit au premier chapitre de Kidouchin (22b) : lavez-vous, enduisez-vous. Le verset écrit pourtant : tu te laveras et tu t'oindras (Routh 3, 3). On peut toutefois expliquer ce verset d'une onction destinée à se parer d'un bon parfum : c'est pourquoi elle ne s'oignait pas d'abord, puisque la toilette aurait emporté l'onction.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָכַל וְלֹא שָׁתָה, אֲכִילָתוֹ דָּם. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ דְּלִימּוּד תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב מְכוֹנָה בְּשֵׁם 'אֲכִילָה' וְלִימּוּד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה מְכוֹנָה בְּשֵׁם 'שְׁתִיָּה' כִּי תֹּואַר 'מַיִם' הָאָמוּר עַל הַתּוֹרָה קָאֵי עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, וְיָדוּעַ שֶׁיִּשְׂרָאֵל לָקְחוּ תֹּואַר אָדָם עַל יְדֵי שֶׁקִּבְּלוּ הַתּוֹרָה, וְכָתְבוּ הַמְקֻובָּלִים זַ"ל אוֹת אֶלֶף דְּ 'א דָּם' לָקְחוּ מִכֹּחַ קַבָּלַת תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא מְכֻוסֵּית, וְ'אָלֶף' אוֹתִיּוֹת 'פֶּלֶא' שֶׁהוּא לְשׁוֹן כִּיסּוּי, וְלָקְחוּ אוֹתִיּוֹת דָּם דָּ'א דָּם' מִכֹּחַ קַבָּלַת תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב, שֶׁהִיא בְּנוּיָה בכ"ב אוֹתִיּוֹת כְּפוּלִים סֵדֶר אבג"ד וְסֵדֶר תַּשְׁרָ"ק, שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] 'אוֹר יָשָׁר וְאוֹר חוֹזֵר' וּב' פְּעָמִים כ"ב [22] עוֹלֶה 'דָּם' [44] , וּבָזֶה נִשְׁלַם אֶצְלָם תֹּואַר 'אָדָם'. וז"ש אָכַל וְלֹא שָׁתָה , שֶׁלָּמַד תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְלֹא לָמַד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, הִנֵּה אֲכִילָתוֹ זוֹ תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב הִיא אוֹתִיּוֹת דָּם בִּלְבַד וְחָסְרָה אָלֶ"ף לְהַשְׁלִים 'אָדָם' , כֵּן לִימּוּד זֶה חָסֵר, דְּיוֹצֵא מִמֶּנּוּ תַּקָּלָה לְהַפֵּךְ מִצְוַת הַתּוֹרָה בְּכַמָּה דְּבָרִים כַּאֲשֶׁר תִּמְצָא אֵצֶל הַקְּרָאִין. וְלָזֶה אָמַר זֶהוּ תְּחִלַּת חֳלִי מֵעַיִם הַנְפָשַׁיי שֶׁנֶּהֱרָסִין הַמִּצְוֹת בְּכָךְ. גַּם אָכַל וְלֹא הָלַךְ אַרְבַּע אַמּוֹת, אֲכִילָתוֹ מְרַקֶּבֶת , נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש רַבֵּינוּ זַ"ל בְּבֵיאוּר תּוֹרָה 'לִשְׁמָהּ' שֶׁהוּא לְשֵׁם הֵ"א, וְהַייְנוּ לְתַקֵּן אֶת לֵאָה שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] הֵ"א. גַּם יָדוּעַ בְּסוֹד 'כָּל הַמְהַלֵּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל' דְּקָאֵי עַל אַרְבַּע בְּחִינוֹת לֵאָה שֶׁכָּל אַחַת נִקְרֵאת 'אַמָּה' וְכַנִּזְכָּר בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּבֵּיאוּר הַשֵּׁנִי עַייֵּן שָׁם. וז"ש אָכַל שֶׁעָסַק בַּתּוֹרָה וְלֹא הָלַךְ אַרְבַּע אַמּוֹת , רְצוֹנוֹ לוֹמַר כֵּיוָן בְּלִימּוּד תּוֹרָה לִשְׁמָהּ לְתַקֵּן אֶת לֵאָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ אַרְבַּע בְּחִינוֹת שה"ס אַרְבַּע אַמּוֹת, אֲכִילָתוֹ מְרַקֶּבֶת כֵּיוָן שֶׁלֹּא הָיְתָה תּוֹרָה לִשְׁמָהּ שׁוֹלֵט בָּהּ 'רִקָּבוֹן' [358] שֶׁהוּא מְסַפֵּר 'נָחָשׁ' [358] , וְזֶהוּ תְּחִלַּת רֵיחַ רַע בְּנֶפֶשׁ הָאָדָם שֶׁבָּא לָהּ מִצַּד זֻוהֲמַת הַנָּחָשׁ. אוֹ יוּבָן אָכַל כִּפְשׁוּטוֹ, וְלֹא הָלַךְ אַרְבַּע אַמּוֹת רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא בֵּירַךְ אַרְבַּע בְּרָכוֹת שֶׁל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן, אֲכִילָתוֹ מְרַקֶּבֶת כֵּיוָן שֶׁלֹּא נַעֲשָׂה תִּיקּוּן בַּמִּידּוֹת לְמַעְלָה.
Il a mangé sans boire, sa nourriture est du sang. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que l'étude de la Torah écrite est désignée par le mot manger, et l'étude de la Torah orale par le mot boire, car le qualificatif d'eau appliqué à la Torah vise la Torah orale. On sait qu'Israël a reçu le titre d'adam (homme) parce qu'il a reçu la Torah. Les kabbalistes, de mémoire bénie, ont écrit qu'Israël a reçu la lettre alef du mot adam par la force de la réception de la Torah orale, qui est couverte : alef porte les mêmes lettres que pelé, terme qui exprime le fait d'être couvert. Et il a reçu les lettres dam du mot adam par la force de la réception de la Torah écrite, bâtie sur vingt-deux lettres redoublées, l'ordre alef-bet-guimel-dalet et l'ordre tav-chin-rech-qof, ce qui est le sod (secret) de la lumière directe et de la lumière réfléchie ; et deux fois vingt-deux [22] donnent dam [44]. Ainsi s'achève chez eux le titre adam. C'est ce que dit le texte : il a mangé sans boire, c'est-à-dire qu'il a étudié la Torah écrite sans étudier la Torah orale ; voici que sa nourriture, la Torah écrite, se réduit aux lettres dam, et il lui manque l'alef pour compléter adam. Cette étude est de même incomplète, car il en sort un dommage : on renverse les commandements de la Torah sur bien des points, comme on le constate chez les Karaïtes. C'est pourquoi il est dit : c'est le début de la maladie d'intestins de l'âme, puisque les commandements s'en trouvent ruinés. De même, il a mangé sans marcher quatre coudées, sa nourriture pourrit. Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître, de mémoire bénie, dans l'explication de la Torah lichma (pour elle-même), que ce mot signifie pour le nom de la lettre hé, c'est-à-dire pour réparer Léa, qui est le sod de la lettre hé. On sait aussi, dans le sod de quiconque marche quatre coudées en terre d'Israël, que cela vise les quatre aspects de Léa, dont chacun est appelé coudée, comme il est rapporté dans Chaar maamarei Razal, dans la seconde explication ; vois-y. C'est ce que dit le texte : il a mangé, c'est-à-dire qu'il s'est occupé de Torah, sans marcher quatre coudées, c'est-à-dire sans diriger son étude vers la Torah lichma, pour réparer Léa qui comporte quatre aspects, secret des quatre coudées ; sa nourriture pourrit, puisque cette Torah n'était pas lichma, la pourriture (rikavon, 358) y domine, nombre égal à celui de nahach, le serpent (358) ; et c'est le début de la mauvaise odeur dans l'âme de l'homme, qui lui vient du côté de la souillure du serpent. On peut aussi comprendre il a mangé au sens simple, et il n'a pas marché quatre coudées au sens où il n'a pas récité les quatre bénédictions du birkat hamazon ; sa nourriture pourrit, puisque aucune réparation n'a été opérée dans les midot d'en haut.
הַנִּצְרָךְ לִנְקָבָיו וְאָכַל, דּוֹמֶה לְתַנּוּר שֶׁהִסִּיקוּהוּ עַל גַּבֵּי אֶפְרוֹ, וְזֶהוּ תְּחִלַּת רֵיחַ זוּהֲמָא. פֵּירוּשׁ אִם בָּא לוֹ הִתְעוֹרְרוּת לִנְקָבָיו וְאוֹתָהּ שָׁעָה אָכַל , רְצוֹנוֹ לוֹמַר עָסַק בַּתּוֹרָה דּוֹמֶה לְתַנּוּר וְכוּ' שֶׁעֵירֵב בָּזֶה קוֹדֶשׁ בְּחוֹל, וְזֶה הַתְחָלַת זֻוהֲמָא בַּנֶּפֶשׁ. וְאָמַר עוֹד רָחַץ בְּחַמִּין רֶמֶז לְלִימּוּד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שה"ס גְּבוּרָה וּלְכָךְ נִקְרֵאת מַיִם חַמִּין, וְלֹא שָׁתָה מֵהֶן רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא קִיֵּים הַדְּבָרִים בְּפֹועַל, דּוֹמֶה לְתַנּוּר שֶׁהִסִּיקוּהוּ מִבְּחוּץ וְלֹא הִסִּיקוּהוּ מִבִּפְנִים דְּלָא יָחֵם בְּכָךְ, וְכֵן קִיּוּם הַתּוֹרָה בְּפֹועַל וּמַעֲשֶׂה הֲרֵי זֶה מְתַקֵּן וּפוֹעֵל בִּפְנִימִיּוּת הָאָדָם, אַךְ לִימּוּד גְּרֵידָא בְּלִי מַעֲשֶׂה מְתַקֵּן וּפוֹעֵל בְּחִיצוֹנִיּוּת הָאָדָם דַּוְקָא. וְאָמַר עוֹד רָחַץ בְּחַמִּין שֶׁלָּמַד תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שה"ס גְּבוּרָה וּלְכָךְ קוֹרֵא אוֹתָהּ 'חַמִּין' וְלֹא נִשְׁתַּטֵּף בְּצוֹנֵן תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא בְּסוֹד חֶסֶד, וְהַצּוֹנֵן ה"ס הַחֶסֶד כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא עָשָׂה לַתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה אַסְמַכְתָּא עַל מִקְרָאוֹת תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב, דּוֹמֶה לְבַרְזֶל שֶׁהִכְנִיסוּהוּ לָאוּר וְלֹא הִכְנִיסוּהוּ לְצוֹנֵן כִּי בְּהַכְנָסָתוֹ לְצוֹנֵן יִתְחַזֵּק, וְכֵן דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה יִהְיֶה לָהֶם חִזּוּק יוֹתֵר אִם יַעֲשֶׂה לָהֶם אַסְמַכְתָּא עַל תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב. וְאָמַר עוֹד רָחַץ וְלֹא סָךְ דּוֹמֶה לְמַיִם עַל גַּבֵּי חָבִית , נִרְאֶה לִי בס"ד רְחִיצָה בְּמַיִם רֶמֶז לְעֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת מַיִם וְסִיכָה בְּשֶׁמֶן רֶמֶז לְיִרְאָה, כִּי הַשֶּׁמֶן הוּא סוֹד חָכְמָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ בְּסוֹד הַכָּתוּב (קֹהֶלֶת ט' ח') וְשֶׁמֶן עַל רֹאשְׁךָ אַל יֶחְסָר, וְהַיִּרְאָה תִּמָּשֵׁךְ מִן הַחָכְמָה, כִּי הַחָכְמָה הִיא סוֹד יִרְאָה כַּנּוֹדָע מִסּוֹד בִּדְחִילוּ וּרְחִימוּ שֶׁהֵם חו"ב [חָכְמָה וּבִינָה] , וְאִם יֵשׁ לוֹ תּוֹרָה וְאֵין לוֹ יִרְאָה דּוֹמֶה לְמַיִם עַל גַּבֵּי חָבִית שֶׁאֵין נִכְנָסִין לְתוֹכוֹ כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל, כֵּן תּוֹרָה בְּלֹא יִרְאָה אֵין דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁלּוֹמֵד נִכְנָסִין לְחַדְרֵי הַלֵּב שֶׁמִּשְׁתַּמְּרִין בְּתוֹכוֹ, אֶלָּא שׁוֹכְחָם אַחַר לִמּוּדוֹ מִכֹּחַ חֶסְרוֹן הַיִּרְאָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַתַּנָּא כָּל שֶׁיִּרְאַת חֶטְאוֹ קוֹדֶמֶת לְחָכְמָתוֹ, חָכְמָתוֹ מִתְקַיֶּמֶת (אָבוֹת ג, ט).
Celui qui a besoin de se soulager et qui mange ressemble à un four que l'on a chauffé par-dessus ses cendres, et c'est le début de l'odeur de souillure. Explication : si le besoin naturel s'éveille en lui et qu'à ce moment-là il mange, c'est-à-dire qu'il s'occupe de Torah, il ressemble à un four, etc., car il a mêlé en cela le sacré au profane, et c'est le début de la souillure dans l'âme. Il dit encore : il s'est lavé à l'eau chaude, allusion à l'étude de la Torah orale, qui est le sod de guevoura (rigueur) et que l'on appelle pour cette raison eau chaude ; sans en boire, c'est-à-dire qu'il n'a pas accompli ces paroles en acte ; il ressemble à un four que l'on a chauffé par l'extérieur sans le chauffer par l'intérieur, car il ne chauffe pas ainsi. De même, l'accomplissement de la Torah en acte répare et agit dans l'intériorité de l'homme, tandis que l'étude seule, sans l'acte, répare et agit dans la seule extériorité de l'homme. Il dit encore : il s'est lavé à l'eau chaude, c'est-à-dire qu'il a étudié la Torah écrite, qui est le sod de guevoura et qu'il appelle pour cela eau chaude ; sans se rincer à l'eau froide, c'est la Torah orale, qui relève du sod de 'hessed (bonté), et l'eau froide est le sod du 'hessed. Autrement dit, il n'a pas donné à la Torah orale d'asmakhta (appui) sur les versets de la Torah écrite. Il ressemble à du fer que l'on a mis au feu sans le plonger dans le froid, car c'est en le plongeant dans le froid qu'il se raffermit ; de même les paroles de la Torah orale reçoivent une force accrue si on leur donne un appui dans la Torah écrite. Il dit encore : il s'est lavé sans s'enduire d'huile, il ressemble à de l'eau versée sur le dessus d'une jarre. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la toilette à l'eau fait allusion à l'étude de la Torah, appelée eau, et que l'onction d'huile fait allusion à la crainte du Ciel, car l'huile est le sod de 'hokhma (sagesse), comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, dans le sod du verset (Qohelet 9, 8) : que l'huile ne manque pas sur ta tête. La crainte découle de la 'hokhma, car la 'hokhma est le sod de la crainte, comme on le sait du sod de bidhilou ou-rehimou (dans la crainte et dans l'amour), qui sont 'hokhma et bina. Et s'il possède la Torah sans posséder la crainte, il ressemble à de l'eau versée sur le dessus d'une jarre, qui n'y pénètre pas, comme l'a écrit Rachi, de mémoire bénie ; de même une Torah sans crainte : les paroles de Torah qu'il étudie n'entrent pas dans les chambres du cœur, où elles seraient gardées, et il les oublie après son étude, faute de crainte, ainsi que l'a dit le Tana : quiconque place la crainte de la faute avant sa sagesse, sa sagesse subsiste (Avot 3, 9).
💡 Explication

La guemara reprend une à une les quatre consignes de Rav Yehouda. Les deux premières s'expliquent aisément : la demande de natron et de peigne montre qu'on peut parler de choses profanes en langue sainte à la maison de bains, et l'ordre d'ouvrir la bouche rejoint la formule de Chmouel selon laquelle hevel mapik hevel, la vapeur fait sortir la vapeur, c'est-à-dire que l'air chaud avalé provoque la transpiration.

La quatrième consigne, boire l'eau du bain, demande une source. La guemara produit une baraita qui énumère six manques du régime quotidien, chacun rendu par une image d'atelier : le four mal chauffé, le fer que l'on ne trempe pas, l'eau qui glisse sur une jarre. Le principe commun tient à l'équilibre entre ce qui agit au-dehors et ce qui agit au-dedans du corps.

🖼️ Schéma
Les six règles de la baraita : un manque, une image, une conséquence CE QUI MANQUE L'IMAGE DE LA BARAITA CE QUI EN RÉSULTE Manger sans boire La nourriture devient du sang Maux d'intestins Manger sans marcher quatre coudées La nourriture pourrit Mauvaise haleine Manger sans s'être soulage d'abord Un four chauffé par-dessus ses propres cendres Odeur de souillure Se laver à l'eau chaude sans en boire Un four chauffé du dehors et non du dedans C'est le conseil de Rav Yehouda Se laver à l'eau chaude sans rinçage froid Un fer mis au feu que l'on ne trempe pas dans le froid Le corps reste mou Se laver sans s'enduire De l'eau versée sur le dessus d'une jarre Rien ne pénètre à l'intérieur
Les six règles de la baraita, avec leur image et leur conséquence.
7
מַתְנִי׳ מוּלְיָאר הַגָּרוּף שׁוֹתִין הֵימֶנּוּ בְּשַׁבָּת. אַנְטִיכִי, אַף עַל פִּי שֶׁגְּרוּפָה אֵין שׁוֹתִין הֵימֶנָּה.

MICHNA. Un moulyar dont on a retiré les braises, on en boit le Chabbat.

Une antikhi, même si on en a retiré les braises, on n'en boit pas.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' מוּלְיָאר הַגָּרוּף מִן הַגֶּחָלִים מבע"י:
Des braises, depuis la veille du Chabbat.
שׁוֹתִין מִמֵּימָיו בְּשַׁבָּת ואע"פ שֶׁהוּחַמּוּ קְצָת מֵחֲמַת הַכְּלִי לְפִי שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף הֶבֶל אֶלָּא מְשַׁמֵּר וּמְקַיֵּים חֹום שֶׁלָּהֶם שֶׁלֹּא יִצְטַנְּנוּ בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מוּלְיָאר מַיִם מִבִּפְנִים וְגֶחָלִים מִבְּחוּץ כְּלִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ בֵּית קִיבּוּל קָטָן אֵצֶל דָּופְנוֹ מִבַּחוּץ מְחֻובָּר לוֹ וְנוֹתֵן שָׁם גֶּחָלִים וְהַמַּיִם בְּקִיבּוּלוֹ הַגָּדוֹל וְרַבּוֹתֵינוּ מְפָרְשִׁים מוּלְיָאר שְׁנֵי שׁוּלַיִם וְאַנְטִיכֵי בֵּי דּוֹדִי מְחִיצָּה בֵּינְתַייִם וְלִי נִרְאֶה לְהֶפֶךְ דְּאִם כֵּן ה"ל לְמִיתְנֵי מַיִם מִלְמַעְלָה וְגֶחָלִים מִלְּמַטָּה וְעוֹד דִּנְחֻשְׁתָּהּ דְּתָנֵי בְּאַנְטִיכֵי לְשׁוֹן שׁוּלַיִם הֵן וָהֵן אוֹמְרִים לְשׁוֹן נְחֹושֶׁת וְשָׁאנֵי נְחֹשֶׁת מֵחֶרֶס:
On boit de son eau le Chabbat, bien qu'elle se soit un peu réchauffée du fait du récipient, parce que celui-ci n'ajoute pas de chaleur : il conserve et maintient seulement la chaleur de l'eau pour qu'elle ne refroidisse pas. La guemara explique le moulyar : l'eau à l'intérieur et les braises à l'extérieur. C'est un récipient pourvu d'un petit réceptacle accolé à sa paroi extérieure, dans lequel on met les braises, tandis que l'eau se trouve dans le grand réceptacle. Nos maîtres expliquent que le moulyar a deux fonds, et que l'antikhi est le bei doudei, avec une cloison entre les deux. Il me semble plutôt que c'est l'inverse : s'il en allait ainsi, la michna aurait dû enseigner que l'eau est en haut et les braises en bas ; de plus, le mot nehochet enseigne à propos de l'antikhi désigne le fond, alors qu'eux l'entendent au sens de cuivre, le cuivre se distinguant de l'argile.
אַנְטִיכִי מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
La guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
מוּלְיָאר הַגָּרוּף שׁוֹתִין מִמֶּנּוּ בְּשַׁבָּת פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס לְפִי שֶׁאֵין מוֹסִיף הֶבֶל אֶלָּא מְשַׁמֵּר וּמְקַיֵּים חֹום שֶׁלָּהֶן וְאַנְטִיכֵי אַפֵּי' גְּרוּפָה אֵין שׁוֹתִין הֵימֶנָּה לְפִי שֶׁמּוֹסֶפֶת הֶבֶל וְאֵין נִרְאֶה דְּלָא שַׁיָּיךְ לְמִיגְזַר בְּמוֹסִיף הֶבֶל אֶלָּא בְּהַטְמָנָה גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַטְמִין בְּרֶמֶץ וְעוֹד דְּדֹוחַק לוֹמַר דְּמַתְנִי' אַיְירֵי כְּשֶׁעָשָׂה הָאִיסּוּר וְעוֹד דְּאַכְטַיְכֵי אוֹסֵר בְּכָל עִנְיָן לִשְׁתּוֹת הֵימֶנּוּ אֲפִילּוּ בְּהַשְׁהָאָה וְאִי לְהַחֲזִיר תְּנַן מַשְׁהִין אֲפִילּוּ בָּאֵינוּ גָּרוּף וְעוֹד אִי מִשּׁוּם תּוֹסֶפֶת הֶבֶל אָסְרָה לֵיהּ מַתְנֵי' בִּשְׁתִיָּה תִּקְשֶׁה לְרַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּשָׁרוּ לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף לח.) בְּשָׁכַח קְדֵרָה ע"ג כִּירָה וּבִשְּׁלָהּ בְּשַׁבָּת אע"ג דְּלָא נִתְבַּשְּׁלָה כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי וְאַפֵּי' בְּמֵזִיד וְנִרְאֶה כְּפִי' ה"ר פּוֹרָת מוּלְיָאר הַגָּרוּף שׁוֹתִין הֵימֶנּוּ בְּשַׁבָּת שֶׁמּוֹזְגִין הַמַּיִם חַמִּין בַּיַּיִן לְפִי שֶׁהַמַּיִם אֵינָן כ"כ חַמִּין בְּמוּלְיָאר שֶׁיִּתְבַּשֵּׁל הַיַּיִן מִן הַמַּיִם שֶׁמּוֹזְגִין לְתוֹכוֹ אֲבָל אַנְטִיכִי אע"פ שֶׁגְּרוּפָה אֵין שׁוֹתִין הֵימֶנָּה לְפִי שֶׁאַנְטִיכֵי יֵשׁ בָּהּ הֶבֶל יוֹתֵר וּמִתְבַּשֵּׁל הַיַּיִן מִן הַמַּיִם בִּשְׁעַת מְזִיגָה וכ"מ בַּיְּרוּשַׁלְמִי:
Le Kountras (Rachi) explique ainsi : le moulyar n'ajoute pas de chaleur, il conserve et maintient la chaleur de l'eau, tandis que l'antikhi, même balayée de ses braises, on n'en boit pas, parce qu'elle ajoute de la chaleur. Cela ne paraît pas exact. Il n'y a lieu de décréter au sujet de ce qui ajoute de la chaleur que dans le cadre de la hatmana (enveloppement), par crainte que l'on n'enveloppe dans la cendre chaude. De plus, il est forcé de dire que notre michna traite d'un cas où l'on a déjà commis l'interdit. En outre, l'antikhi est interdite à la boisson en toute hypothèse, même dans un cas de simple chehiya (maintien sur le feu) ; et si notre michna enseignait le cas où l'on remet le récipient sur le feu, on pourrait l'y maintenir même sur un foyer non balayé. Enfin, si c'est à cause du surcroît de chaleur que la michna en interdit la boisson, cela fait difficulté pour Rabba et Rav Yossef qui permettent plus haut (Chabbat 38a) le cas où l'on a oublié une marmite sur le kira et qu'elle a cuit pendant le Chabbat, bien qu'elle n'ait pas atteint la cuisson de maakhal ben Drossai, et même lorsque l'on a agi volontairement. L'explication de Rabbi Porat paraît donc juste : un moulyar balayé, on en boit le Chabbat, c'est-à-dire que l'on mélange son eau chaude au vin, parce que l'eau du moulyar n'est pas assez chaude pour que le vin cuise du fait de l'eau que l'on y verse ; mais l'antikhi, même balayée, on n'en boit pas, parce que l'antikhi garde davantage de chaleur et que le vin cuit du fait de l'eau au moment du mélange. Tel est aussi le sens qui ressort du Talmud de Jérusalem.
💡 Explication

La michna oppose deux ustensiles de bronze qui servent à garder l'eau chaude. Le moulyar porte les braises dans un compartiment extérieur et l'eau dans le corps du récipient ; une fois les braises retirées avant le Chabbat (garouf), son eau reste consommable. L'antikhi, de forme différente, demeure interdite même après le balayage.

Rachi rend compte de cette différence par la notion de hevel : un récipient qui se borne à retenir la chaleur est toléré, tandis que celui qui en ajoute reste interdit. Tossefot refuse ce raisonnement, parce que le décret sur le surcroît de chaleur appartient aux lois de la hatmana, et adopte l'explication de Rabbi Porat : la question porte sur le mélange de l'eau chaude au vin, car l'eau de l'antikhi est assez chaude pour cuire le vin au moment où on l'y verse.

8
גְּמָ׳ הֵיכִי דָּמֵי מוּלְיָאר הַגָּרוּף? תַּנָּא, מַיִם מִבִּפְנִים וְגֶחָלִים מִבְּחוּץ. אַנְטִיכִי: רַבָּה אָמַר — בֵּי כִּירֵי. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר — בֵּי דּוֹדִי. מַאן דְּאָמַר בֵּי דּוּדֵי כָּל שֶׁכֵּן בֵּי כִירֵי, וּמַאן דְּאָמַר בֵּי כִּירֵי אֲבָל בֵּי דוּדֵי — לֹא. תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב נַחְמָן: אַנְטִיכֵי אַף עַל פִּי שֶׁגְּרוּפָה וּקְטוּמָה אֵין שׁוֹתִין הֵימֶנָּה מִפְּנֵי שֶׁנְּחֻושְׁתָּהּ מְחַמַּמְתָּהּ.

GUEMARA. Quel est le cas du moulyar balayé ?

On a enseigné : l'eau à l'intérieur et les braises à l'extérieur. L'antikhi : Rabba dit, c'est le bei kirei (le creux du foyer) ; Rav Nahman bar Yits'hak dit, c'est le bei doudei (le double chaudron).

Celui qui dit bei doudei, à plus forte raison le bei kirei ; et celui qui dit bei kirei, le bei doudei en revanche, non. Une baraita a été enseignée conformément à Rav Nahman : l'antikhi, bien qu'elle ait été balayée et recouverte de cendres, on n'en boit pas, parce que son nehochet la réchauffe.

📜 Rachi (5)
גְּמ' בֵּי כִּירֵי חָלָל יֵשׁ בַּכִּירָה אֵצֶל חֲלָלֶיהָ שֶׁהַגֶּחָלִים בּוֹ וּמַיִם נְתוּנִים בַּחֲלָלָהּ הַשֵּׁנִי ואע"ג דְּדָמֵי לְמוּלְיָאר מִיהוּ כִּירָה דָּופְנָהּ עָב וְהָאוּר תָּדִיר בְּתוֹכָהּ כָּל יְמוֹת הַחֹול וְדָופְנָהּ חַם מְאֹד וּמוֹסִיף הֶבֶל בַּמַּיִם אע"פ שֶׁגְּרוּפָה מִן הַגֶּחָלִים:
Il y a dans le kira une cavité accolée à celle qui contient les braises, et l'eau est placée dans la seconde cavité. Bien que cela ressemble au moulyar, la paroi du kira est épaisse, le feu y brûle en permanence tous les jours de la semaine, sa paroi est très chaude et elle ajoute de la chaleur à l'eau, même lorsqu'on en a retiré les braises.
בֵּי דּוֹדִי יוֹרָה גְּדוֹלָה עוֹשִׂין לָהּ שְׁתֵּי שׁוּלַייִם וְנוֹתְנִין גֶּחָלִים בֵּין שְׁנֵיהֶם וְהַמַּיִם עַל הָעֶלְיוֹנִים:
Un grand chaudron auquel on fait deux fonds : on place les braises entre les deux et l'eau au-dessus du fond supérieur.
וְכָל שֶׁכֵּן דְּבֵי כִּירֵי אָסוּר כִּדְפָרֵישִׁית שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁהָאוּר תָּדִיר בּוֹ וְדָופְנוֹ עָב מַרְתִּיחַ:
À plus forte raison le bei kirei est-il interdit, comme je l'ai expliqué : le feu y brûle en permanence et sa paroi est épaisse, de sorte qu'elle porte l'eau à l'ébullition.
אֲבָל בֵּי דוּדֵי לָא שֶׁהֲרֵי הוּא כְּמוּלְיָאר:
Car il est semblable au moulyar.
שֶׁנְּחֻושְׁתָּהּ נְחֹושֶׁת שֶׁלָּהּ אַלְמָא בְּיוֹרָה שֶׁל נְחֹשֶׁת קָאֵי וּנְחֹשֶׁת מְשַׁמֵּר רְתִיחָתוֹ וַאֲנִי אוֹמֵר נְחֻושְׁתָּהּ לְשׁוֹן שׁוּלַיִם כְּדִכְתִיב (יְחֶזְקֵאל ט״ז:ל״ו) יַעַן הִשָּׁפֵךְ נְחָשְׁתְּךָ וְלָשׁוֹן שֶׁל הַמִּשְׁנָה נְחָשְׁתּוֹ שֶׁל תַּנּוּר בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים (פ"ח מ"ג) וְשָׁאנֵי אַנְטִיכִי מִמּוּלְיָאר דְּמִתּוֹךְ שֶׁהַשּׁוּלַיִם מְכֻוסִּים חֻומָּם מִשְׁתַּמֵּר ואע"ג שֶׁגָּרְפוּ גַּחֲלֵיהֶם:
Son nehochet. Il en résulterait que la baraita parle d'un chaudron de cuivre, et le cuivre conserve son ébullition. Pour ma part je dis que nehochet désigne ici le fond, comme il est écrit (Ezechiel 16, 36) : parce que ton nehochet s'est répandu, et comme s'exprime la michna : le nehochet du four, au traité Kelim (8, 3). L'antikhi se distingue alors du moulyar en ce que ses fonds sont couverts, de sorte que leur chaleur se conserve même après qu'on en a retiré les braises.
💡 Explication

La guemara fixe d'abord le moulyar par une baraita : l'eau au-dedans, les braises au-dehors. L'antikhi donne lieu à deux identifications. Pour Rabba, il s'agit du bei kirei, une cavité pratiquée dans la paroi du kira à côté du foyer, dont la paroi épaisse reste brûlante. Pour Rav Nahman bar Yits'hak, il s'agit du bei doudei, un chaudron muni de deux fonds entre lesquels on loge les braises.

Les deux positions ne se valent pas en extension. Celui qui interdit le chaudron à double fond interdira d'autant plus la cavité du foyer, qui chauffe davantage ; celui qui vise la seule cavité du foyer tient le chaudron pour l'équivalent d'un moulyar. La baraita finale, qui parle du nehochet de l'antikhi, désigne un chaudron et tranche donc en faveur de Rav Nahman bar Yits'hak. Rachi hésite entre deux sens de ce mot : le cuivre, ou le fond du récipient, ce second sens étant appuyé sur Ezechiel et sur le traité Kelim.

🖼️ Schéma
Antikhi : deux définitions, l'une plus large que l'autre Rav Nahman bar Yits'hak : bei doudei le double chaudron est interdit À plus forte raison le bei kirei Le creux du foyer chauffe davantage que le chaudron à double fond position de Rabba, incluse dans la sienne Rabba : bei kirei seulement Le creux du foyer est interdit Le bei doudei reste permis Il équivaut au moulyar : il garde la chaleur sans en ajouter Nafka mina : le chaudron à double fond La baraita qui parle du nehochet de l'antikhi vise un chaudron : elle confirme Rav Nahman bar Yits'hak.
Les deux définitions de l'antikhi et leur rapport de kal va-homer.
9
מַתְנִי׳ הַמֵּיחַם שֶׁפִּינָּהוּ לֹא יִתֵּן לְתוֹכוֹ צוֹנֵן בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּחַמּוּ. אֲבָל נוֹתֵן הוּא לְתוֹכוֹ אוֹ לְתוֹךְ הַכּוֹס כְּדֵי לְהַפְשִׁירָן.

MICHNA. Un meiham (bouilloire) que l'on a vidé, on n'y met pas d'eau froide pour qu'elle chauffe.

Mais on en met à l'intérieur, ou dans la coupe, afin de la tiédir.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' הַמֵּיחַם קוּמְקְמוֹס שֶׁל חַמִּין:
Une bouilloire d'eau chaude.
שֶׁפִּינָּהוּ כֻּולָּהּ מַתְנִיתִין מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Toute la michna est expliquée dans la guemara.
⚖️ Rosh (1)
אֲבָל נוֹתֵן הוּא לְתוֹךְ הַכּוֹס. תָּנוּ רַבָּנַן נוֹתֵן אָדָם חַמִּין לְתוֹךְ צוֹנֵן וְלֹא צוֹנֵן לְתוֹךְ חַמִּין דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים בֵּין צוֹנֵן לְתוֹךְ חַמִּין בֵּין חַמִּין לְתוֹךְ צוֹנֵן מֻותָּר. בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים בְּכוֹס אֲבָל בְּאַמְבָּטִי חַמִּין לְתוֹךְ צוֹנֵן אֲבָל לֹא צוֹנֵן לְתוֹךְ חַמִּין וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אוֹסֵר אָמַר רַב נַחְמָן הִלְכְתָא כר"ש בֶּן מְנַסְיָא סָבַר רַב יוֹסֵף לְמֵימַר סֵפֶל הֲרֵי הוּא כְּאַמְבָּטִי א"ל אַבַּיֵּי תָּנֵי ר' חִיָּיא סֵפֶל אֵינוֹ כְּאַמְבָּטִי וּלְמַאי דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ מֵעִיקָּרָא דְּסֵפֶל כְּאַמְבָּטִי וְאָמַר רַב נַחְמָן הֲלָכָה כר"ש בֶּן מְנַסְיָא רְחִיצָה בְּשַׁבָּת בְּחַמִּין לֵיכָּא מִי סָבְרַתְּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אַסֵּיפָא קָאֵי אַרֵישָׁא קָאֵי וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין בֵּין חַמִּין לְתוֹךְ צוֹנֵן בֵּין צוֹנֵן לְתוֹךְ חַמִּין ור"ש בֶּן מְנַסְיָא אוֹסֵר צוֹנֵן לְתוֹךְ חַמִּין ור"ש בֶּן מְנַסְיָא דְּאָמַר כב"ש הָכִי קָאָמַר לֹא נֶחְלְקוּ ב"ש וב"ה בְּדָבָר זֶה כָּתַב רַב אִלְפָּס זַ"ל דְּמַסְּקָנָא דִּשְׁמַעְתִּין דְּהִלְכְתָא כב"ה דְּקָאָמַר אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ חֲזֵינָא לְרָבָא דְּלָא קָפֵיד אַמָּנָא מִדְּתָנֵי ר' חַייָּא מְעָרֶה אָדָם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם לְתוֹךְ סֵפֶל שֶׁל מַיִם בֵּין צוֹנֵן לְתוֹךְ חַמִּין בֵּין חַמִּין לְתוֹךְ צוֹנֵן דְּסָבַר דְּאַף לְפִי הַמַּסְּקָנָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אַרֵישָׁא קָאֵי וּפָסַק הֲלָכָה כְּב"ה דְּמַתִּיר בְּכוֹס אַף צוֹנֵן לְתוֹךְ חַמִּין וּמִדְּלָא קָפֵיד לְעָרוֹת קִיתוֹן שֶׁל מַיִם לְתוֹךְ סֵפֶל שֶׁל מַיִם אַף צוֹנֵן לְתוֹךְ חַמִּין וּלְאַפּוֹקֵי מִפְּסַק דְּרַב נַחְמָן דְּפָסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא וַהֲוָה מָצֵינַן לְאוֹקְמֵי פִּיסְקָא דְּרַב נַחְמָן וּלְפָרֵשׁ חָזֵינָא לְרָבָא דְּלָא קָפֵיד אַסֵּפֶל וּמַתִּיר לְעָרֵב בֵּין צוֹנֵן לְתוֹךְ חַמִּין בֵּין חַמִּין לְתוֹךְ צוֹנֵן מִדְּתָנֵי ר' חִיָּיא נוֹתֵן אָדָם קִיתוֹן מַיִם לְתוֹךְ סֵפֶל שֶׁל מַיִם וַאֲתָא לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַב יוֹסֵף וְר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אַסֵּיפָא קָאֵי כִּפְשָׁטָא דְּבָרַיְיתָא וְלִסְבָרָא דְּרַב יוֹסֵף דַּהֲוָה בָּעֵי לְמֵימַר סֵפֶל הֲרֵי הוּא כְּאַמְבָּטִי הֻוצְרַךְ לִדְחֹוק וְלוֹמַר דְּר"ש בֶּן מְנַסְיָא אַרֵישָׁא קָאֵי אֲבָל לַמַּסְּקָנָא דִּשְׁמַעְתָּא דְּר"ש בֶּן מְנַסְיָא אַסֵּיפָא קָאֵי וַהֲלָכָה כר"ש בֶּן מְנַסְיָא דְּאוֹסֵר בְּאַמְבָּטִי חַמִּין לְתוֹךְ צוֹנֵן. וְיֵרָאֶה דְּהַיְינוּ טַעְמָא דְּרַב אִלְפָּס שֶׁפָּסַק לְהָקֵל וְלֹא רָצָה לְפָרֵשׁ כְּמוֹ שֶׁכָּתַבְנוּ מִשּׁוּם דְּמִסְתַּבְּרָא לֵיהּ דְּלָא אִיצְטְרִיךְ לְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ לְמֵימַר חֲזֵינָא לֵיהּ לְרָבָא דְּלָא קָפֵיד אַסֵּפֶל וּלְאַפּוֹקֵי מִדְּרַב יוֹסֵף דְּרַב יוֹסֵף גּוּפֵיהּ לָא קָאָמַר סֵפֶל הֲרֵי הוּא כְּאַמְבָּטִי אֶלָּא הֲוָה סָבַר לְמֵימַר הָכִי עַד דא"ל אַבַּיֵּי תָּנֵי רַבִּי זֵירָא סֵפֶל אֵינוֹ כְּאַמְבָּטִי אָז הָדַר רַב יוֹסֵף מִסְּבָרָתוֹ וְכֵן מִדְּאָמַר הַשַּׁ"ס מִי סָבְרַתְּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אַסֵּיפָא קָאֵי אַרֵישָׁא קָאֵי מַשְׁמַע דְּכָךְ הָיוּ מְקֻובָּלִין. דְּאִי לְתָרֵץ לְמַאי דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ מֵעִיקָּרָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אָמַר לְךָ רַב יוֹסֵף רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אַרֵישָׁא קָאֵי:
Mais il en met dans la coupe. Nos maîtres ont enseigné : on met de l'eau chaude dans de l'eau froide, et non de l'eau froide dans de l'eau chaude ; telles sont les paroles de Beit Chammai. Beit Hillel disent : aussi bien le froid dans le chaud que le chaud dans le froid, c'est permis. De quoi parle-t-on ? De la coupe ; mais dans une ambati (baignoire), le chaud dans le froid, et non le froid dans le chaud. Et Rabbi Chimon ben Menasya interdit. Rav Nahman a dit : la halakha suit Rabbi Chimon ben Menasya. Rav Yossef pensait dire que le sefel (bassin) est comme l'ambati ; Abaye lui dit : Rabbi Hiya a enseigné que le bassin n'est pas comme la baignoire. Or, selon ce que l'on supposait d'abord, que le bassin est comme la baignoire, et puisque Rav Nahman a dit que la halakha suit Rabbi Chimon ben Menasya, il n'y aurait plus aucune toilette à l'eau chaude le Chabbat ! Penses-tu que Rabbi Chimon ben Menasya se rapporte à la fin de la baraita ? Il se rapporte au début : Beit Hillel permettent aussi bien le chaud dans le froid que le froid dans le chaud, et Rabbi Chimon ben Menasya interdit le froid dans le chaud. Mais Rabbi Chimon ben Menasya dirait alors comme Beit Chammai ? Voici ce qu'il dit : Beit Chammai et Beit Hillel ne sont pas en désaccord sur ce point. Le Rif, de mémoire bénie, a écrit que la conclusion de notre passage est que la halakha suit Beit Hillel, puisqu'il est dit : Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit, j'ai vu Rava ne pas se soucier du récipient, d'après ce qu'a enseigné Rabbi Hiya, qu'un homme verse une cruche d'eau dans un bassin d'eau, aussi bien le froid dans le chaud que le chaud dans le froid. Il tient donc que, même selon la conclusion, Rabbi Chimon ben Menasya se rapporte au début de la baraita, et il tranche la halakha comme Beit Hillel, qui permettent dans la coupe même le froid dans le chaud ; et du fait que Rava ne se souciait pas de verser une cruche d'eau dans un bassin d'eau, même le froid dans le chaud est permis. Cela écarte la décision de Rav Nahman, qui tranchait comme Rabbi Chimon ben Menasya. Nous aurions pourtant pu maintenir la décision de Rav Nahman et expliquer ainsi : j'ai vu Rava ne pas se soucier du bassin et permettre d'y mélanger aussi bien le froid dans le chaud que le chaud dans le froid, d'après ce qu'a enseigné Rabbi Hiya, qu'un homme verse une cruche d'eau dans un bassin d'eau ; cela vient écarter l'opinion de Rav Yossef, tandis que Rabbi Chimon ben Menasya se rapporte à la fin de la baraita, selon le sens simple de celle-ci. C'est pour la seule hypothèse de Rav Yossef, qui voulait dire que le bassin est comme la baignoire, qu'il a fallu forcer le texte et dire que Rabbi Chimon ben Menasya se rapporte au début ; mais selon la conclusion du passage, Rabbi Chimon ben Menasya se rapporte à la fin, et la halakha suit Rabbi Chimon ben Menasya, qui interdit dans la baignoire le chaud dans le froid. Il apparaît que la raison du Rif, qui a tranché dans le sens de l'indulgence et n'a pas voulu expliquer comme nous venons de l'écrire, est la suivante : il lui semble que Rav Houna fils de Rav Yehochoua n'avait pas besoin de dire qu'il avait vu Rava ne pas se soucier du bassin, pour écarter l'opinion de Rav Yossef, car Rav Yossef lui-même n'a pas affirmé que le bassin est comme la baignoire : il pensait seulement le dire, jusqu'à ce qu'Abaye lui dise que Rabbi Zera a enseigné que le bassin n'est pas comme la baignoire, et Rav Yossef s'est alors rétracté. De même, du fait que le Talmud dit, penses-tu que Rabbi Chimon ben Menasya se rapporte à la fin, il se rapporte au début, il ressort que telle était la tradition reçue ; car s'il s'agissait seulement de résoudre la difficulté selon l'hypothèse initiale, il aurait fallu dire : Rav Yossef te répondrait que Rabbi Chimon ben Menasya se rapporte au début.
💡 Explication

La michna traite du meiham, la bouilloire de métal dont on vient de vider l'eau chaude et dont les parois restent brûlantes. Y verser de l'eau froide pour la chauffer constitue une cuisson interdite. La suite de la michna permet pourtant d'y verser de l'eau, ou d'en verser dans la coupe, lehafchiran, pour la tiédir. La guemara devra donc expliquer comment les deux clauses se concilient.

Le Roch rattache à cette michna la baraita sur l'ordre du mélange : verser le chaud dans le froid ou le froid dans le chaud. Toute la discussion porte sur le point de savoir à quelle clause se rapporte l'interdiction de Rabbi Chimon ben Menasya, et la réponse commande la halakha pratique : le Rif tranche comme Beit Hillel et permet, tandis que Rav Nahman suivait Rabbi Chimon ben Menasya.

10
גְּמ׳ מַאי קָאָמַר? אָמַר רַב אַדָּא בַּר מַתְנָא, הָכִי קָאָמַר: הַמֵּיחַם שֶׁפִּינָּה מִמֶּנּוּ מַיִם חַמִּין לֹא יִתֵּן לְתוֹכָן מַיִם מוּעָטִים כְּדֵי שֶׁיֵּחַמּוּ, אֲבָל נוֹתֵן לְתוֹכוֹ מַיִם מְרֻובִּים כְּדֵי לְהַפְשִׁירָן.

GUEMARA. Que veut dire la michna ?

Rav Adda bar Matna a dit : voici ce qu'elle dit. Une bouilloire dont on a retiré l'eau chaude, on n'y met pas une petite quantité d'eau pour qu'elle chauffe ; mais on y met une grande quantité d'eau afin de la tiédir.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מַאי קָאָמַר מַאי פִּינָּהוּ וּמַאי לֹא יִתֵּן וַהֲדַר אָמַר אֲבָל נוֹתֵן:
Que signifie on l'a vidée, que signifie on n'y met pas, alors que la michna dit ensuite mais on y met ?
💡 Explication

La michna semblait se contredire : elle interdit d'abord de verser de l'eau froide dans le meiham vidé, puis elle le permet. Rav Adda bar Matna résout la difficulté par la quantité versée. Une petite quantité d'eau se réchauffe au contact des parois brûlantes, et l'opération équivaut alors à une cuisson ; une grande quantité refroidit le récipient plus qu'elle ne s'échauffe, et elle ne fait que tiédir.

🖼️ Schéma
Le meiham vidé de son eau chaude : la quantité décide Peu d'eau froide La paroi brûlante la porte à la chaleur Interdit : cela revient à cuire Beaucoup d'eau froide La masse froide l'emporte sur la paroi Permis : l'eau ne fait que tiédir Lecture de Rav Adda bar Matna : la michna qui interdit puis permet parle du même récipient, en changeant la quantité versée.
La lecture de Rav Adda bar Matna : la quantité d'eau froide décide du régime.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).