Shabbat 42b — Le kli cheni qui ne cuit pas, le sel comme chair de bœuf, et le récipient que l'on place sous la lampe

Shabbat 42b

Sougya : Le folio achève la michna de l'ilpas : on peut mettre des épices dans l'écuelle ou dans le tam'houy, parce qu'un kli cheni (second récipient) ne cuit pas. La guemara demande si Rabbi Yehouda, qui excepte le vinaigre et le tsir, se rattache au début de la michna pour alléger ou à sa fin pour aggraver ; une baraita tranche pour l'allègement.

Vient ensuite la question du sel : Rav Yossef le range parmi les épices, Abaye lui oppose l'enseignement de Rabbi 'Hiya, et la sougya se dédouble en deux versions qui s'opposent sur le point de savoir si le sel cuit même dans un kli richon. La seconde michna ouvre le dossier du mouktse : on ne place pas de récipient sous la lampe pour recueillir l'huile qui goutte.

Rav 'Hisda permet en revanche de retourner un récipient sur un œuf, et Rabba en dégage le principe du sauvetage courant, que les objections d'Abaye viennent éprouver.

L'échelle de la chaleur : où les épices cuisent-elles ? Kli richon premier récipient ilpas, marmite retirée du feu il cuit Irouy le versement lui-même le jet qui passe d'un vase à l'autre discute - voir Tossefot Kli cheni second récipient keara (écuelle), tam'houy il ne cuit pas Tana kama : défense de mettre les épices dans le kli richon ; permission dans l'écuelle et le tam'houy. Rabbi Yehouda : on en met partout, sauf dans un mets qui contient du vinaigre ou du tsir. Tossefot (Ri) : l'irouy ne se range ni avec le kli richon ni avec le kli cheni. Il cuit sur l'épaisseur d'une pelure - kedei klipa. D'où : on verse du bouillant sur une volaille, on la pèle.
Les trois degrés de chaleur discutés par la sougya, et le partage entre le tana kama et Rabbi Yehouda.
Le sel : deux versions de la même discussion Lachon richon (1re version) Rav Yossef : le sel est comme une épice. kli richon : il cuit / kli cheni : il ne cuit pas Abaye, au nom de Rabbi Hiya : le sel cuit même dans un kli cheni. Résultat : sévère. Cette baraita contredit Rav Nahman, pour qui le sel cuit très difficilement. Ika de-amri (2e version) Rav Yossef : même proposition de départ. kli richon : il cuit / kli cheni : il ne cuit pas Abaye, au nom de Rabbi Hiya : le sel ne cuit pas non plus dans un kli richon. Résultat : indulgent. Cette baraita rejoint Rav Nahman : le sel demande une cuisson de chair de bœuf. Nafka mina : saler un plat Chabbat. Tossefot tranche comme la 2e version : permis même dans un kli richon retiré du feu. Qui se montre sévère comme la 1re version - pas de sel tant que yad soledet bo - est loué.
Les deux lechanot sur le sel, leur rapport à Rav Nahman, et la conséquence pratique retenue par Tossefot.
Le principe de Rabba : hatsala metsouya - le sauvetage courant Un bien va se perdre Chabbat. Peut-on déranger un ustensile ? Le dommage est courant les Sages ont permis Le dommage est rare les Sages ont maintenu la défense Les quatre cas du folio Œuf pondu dans le tas d'ordures courant - on retourne un récipient dessus Œuf pondu sur un terrain en pente rare - pas de récipient sous la poule Tonneau fendu sur le toit (objection d'Abaye) tonneaux neufs : ils se fendent souvent Étincelles sous la lampe (objection d'Abaye) les étincelles aussi sont fréquentes
Le critère de Rabba et les quatre cas que la guemara lui soumet ; chaque objection d'Abaye est écartée en montrant que le cas est en fait courant.
1
אֲבָל נוֹתֵן הוּא לְתוֹךְ הַקְּעָרָה אוֹ לְתוֹךְ הַתַּמְחוּי. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לְכָל הוּא נוֹתֵן, חוּץ מִדָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֹומֶץ וָצִיר.

Mais il peut en mettre dans l'écuelle ou dans le tam'houy (le grand plat de service). Rabbi Yehouda dit : il en met dans tout, sauf dans un mets qui contient du vinaigre ou du tsir (saumure de poisson).

📜 Rachi (5)
אֲבָל נוֹתֵן הוּא לְתוֹךְ הַקְּעָרָה דִּכְלִי שֵׁנִי אֵינוֹ מְבַשֵּׁל:
Car un kli cheni (second récipient) ne cuit pas.
תַּמְחוּי כְּעֵין קְעָרָה גְּדוֹלָה שֶׁמְּעָרֶה כָּל הָאִילְפָּס לְתוֹכָהּ וּמִשָּׁם מְעָרָה לַקְּעָרוֹת:
Une sorte de grande écuelle dans laquelle on verse tout le contenu de l'ilpas, et d'où l'on répartit ensuite dans les écuelles.
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר לְכָל וְכוּ' בגמ' מְפָרֵשׁ אַהֵי קָאֵי אָכְלִי רִאשׁוֹן אוֹ אָכְלִי שֵׁנִי:
La guemara explique à quoi il se rattache : au kli richon ou au kli cheni.
חוּץ מִדָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֹומֶץ אוֹ צִיר שֶׁהֵן מְבַשְּׁלִין אֶת הַתַּבְלִין כְּשֶׁהֵן רוֹתְחִין:
Car ils cuisent les épices lorsqu'ils sont bouillants.
צִיר הַנּוֹטֵף מִן הַדָּגִים כְּשֶׁכּוֹבְשִׁים אוֹתָן בְּמַכְבֵּשׁ:
Ce qui s'écoule des poissons quand on les presse au pressoir.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל נוֹתֵן הוּא לְתוֹךְ הַקְּעָרָה כו' מֵהָכָא לֵיכָּא לְמֵידַק דְּעֵירוּי כִּכְלִי שֵׁנִי מִדְּקָתָנֵי לֹא יִתֵּן לְתוֹכָהּ תְּבָלִין וְלָא אַשְׁמְעִינַן רְבוּתָא אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא יַעֲרֶה עַל הַקְּעָרָה שֶׁתַּבְלִין בְּתוֹכָהּ דְּאַדְּרַבָּה דּוֹק מִסֵּיפָא דְּקָתָנֵי אֲבָל נוֹתֵן הוּא לְתוֹךְ הַקְּעָרָה וְלָא קָתָנֵי מְעָרֶה עַל הַקְּעָרָה שֶׁתַּבְלִין בְּתוֹכָהּ וְרַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל מֵבִיא רְאָיָה דְּעֵירוּי כִּכְלִי שֵׁנִי מֵהָא דקי"ל תַּתָּאָה גָּבַר ולר"י נִרְאֶה דְּעֵירוּי כִּכְלִי רִאשׁוֹן וּמֵבִיא רְאָיָה דְּבִזְבָחִים בְּפֶרֶק דַּם חַטָּאת (זְבָחִים דַּף צה: וְשָׁם) ת"ר אֲשֶׁר תְּבֻושַּׁל בּוֹ אֵין לִי אֶלָּא שֶׁבִּישֵּׁל בּוֹ עֵירָה לְתוֹכוֹ רוֹתֵחַ מִנַּייִן תַּלְמוּד לוֹמַר [אֲשֶׁר תְּבֻושַּׁל] בּוֹ יִשָּׁבֵר אַלְמָא דְּעֵירוּי חֲשִׁיב מְבַשֵּׁל וּבַיְּרוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק כִּירָה בָּעֵי מַהוּ לִיתֵּן תַּבְלִין מִלְּמַטָּה וּלְעָרוֹת עֲלֵיהֶן מִלְמַעְלָה ר' יוֹנָה אָמַר אָסוּר דְּעֵירוּי כִּכְלִי רִאשׁוֹן חֵילֵיהּ דר' יוֹנָה מִן הָדָא אֶחָד שֶׁבִּישֵּׁל בּוֹ וְאֶחָד שֶׁעֵירָה לְתוֹכוֹ רוֹתֵחַ וְדָחֵי ר' יוֹסֵי תַּמָּן כְּלִי חֶרֶס בּוֹלֵעַ תַּבְלִין אֵינוֹ מִתְבַּשֵּׁל הֵשִׁיב רַבִּי יוֹסִי בַּר בּוֹן וְהָתַנְיָא מִנַּיִין שֶׁבִּכְלִי נְחֹשֶׁת כֵּן תַּלְמוּד לוֹמַר וְאִם בִּכְלִי נְחֹשֶׁת בֻּשָּׁלָה אִית לָן לְמֵימַר כְּלִי נְחֹשֶׁת בָּלַע בִּתְמִיהַּ פִּי' ע"י עֵירוּי אִם אֵינוֹ מְבַשֵּׁל לֹא בָּלַע אַלְמָא דְּמַסִּיק דְּעֵירוּי כִּכְלִי רִאשׁוֹן וְנִרְאֶה דְּעֵירוּי לָא הָוֵי כִּכְלִי רִאשׁוֹן וְלֹא כִּכְלִי שֵׁנִי אֶלָּא מְבַשֵּׁל כְּדֵי קְלִיפָה דְּהָא קי"ל כִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר תַּתָּאָה גָּבַר דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ בִּכְיָצֹד צוֹלִין (פְּסָחִים עו.) ומ"מ מְבַשֵּׁל כְּדֵי קְלִיפָה דְּאָמַר הָתָם תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל חַם לְתוֹךְ צוֹנֵן אוֹ צוֹנֵן לְתוֹךְ צוֹנֵן מֵדִיחַ וּפָרִיךְ חַם לְתוֹךְ צוֹנֵן אַדְּמֵיקַר לֵיהּ בָּלַע אֶלָּא אֵימָא חַם לְתוֹךְ צוֹנֵן קוֹלֵף צוֹנֵן לְתוֹךְ צוֹנֵן מֵדִיחַ וְכֵן מַשְׁמַע בְּשִׁילְהֵי מַסֶּכֶת ע"ז (דַּף עו.) דְּאָמַר מַר עוּקְבָא זְבַן יוֹרֶה מֵעַכּוּ"ם אַהְדַּר לֵיהּ גְּדָנְפָא וּמַסִּיק כְּבוֹלְעוֹ כָּךְ פּוֹלְטוֹ מַה בּוֹלְעוֹ בְּנִיצוֹצוֹת אַף פּוֹלְטוֹ בְּנִיצוֹצוֹת וְאִי עֵירוּי כִּכְלִי רִאשׁוֹן מַאי אִירְיָא מִשּׁוּם דְּבָלַע בְּנִיצוֹצוֹת אֲפִילּוּ בָּלַע בְּלִיעָה גְּמוּרָה פָּלֵט בְּנִיצוֹצוֹת שֶׁהוּא עֵירוּי אֶלָּא וַדַּאי לֹא מְבַשֵּׁל אֶלָּא כְּדֵי קְלִיפָה וְאִם עִירוֹ רוֹתְחִים עַל הַתַּרְנְגֹולֶת צְרִיכָה קְלִיפָה וּכְלִי שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ ע"י עֵירוּי כְּגוֹן קְעָרוֹת יָכוֹל לְהַגְעִילָן ע"י עֵירוּי דִּכְבוֹלְעוֹ כָּךְ פּוֹלְטוֹ אֲבָל כְּלִי שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל בּוֹ אִיסּוּר לָא סַגִּי לְהַגְעִילוֹ עַל יְדֵי עֵירוּי וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק בָּתְרָא דע"ז (דַּף עַד:) דָּרַשׁ רָבָא נַעֲוָה אַרְתָחֶיהָ דְּהָתָם מִסְּתָמָא ע"י עֵירוּי שָׁאנֵי הָתָם דְּאוֹתָהּ נַעֲוָה לֹא בָּלְעָה ע"י רוֹתֵחַ:
On ne peut rien déduire d'ici pour dire que l'irouy (le versement) aurait le statut d'un kli cheni. La michna enseigne « il n'y mettra pas d'épices », sans nous apprendre la chose la plus forte, à savoir qu'il ne doit même pas verser sur l'écuelle où se trouvent déjà des épices. Déduis plutôt de la fin : elle enseigne « mais il en met dans l'écuelle », et elle n'enseigne pas « il verse sur l'écuelle où se trouvent des épices ». Rabbenou Chmouel apporte une preuve que l'irouy vaut kli cheni à partir de la règle que nous tenons : tata'a gavar (l'élément du dessous l'emporte). Au Ri il semble au contraire que l'irouy vaut kli richon, et il l'établit depuis Zeva'him, chapitre Dam 'Hatat (95b) : nos maîtres ont enseigné - « ce dans quoi elle a été cuite » : je n'ai là que le cas où l'on y a cuit ; si l'on y a versé du bouillant, d'où le sait-on ? L'Écriture dit « [ce dans quoi elle a été cuite] sera brisé ». Il ressort que l'irouy est tenu pour une cuisson. Et dans le Yerouchalmi, chapitre Kira, on demande : peut-on placer les épices en bas et verser dessus par-dessus ? Rabbi Yona dit : interdit, car l'irouy vaut kli richon. Sa preuve vient de ceci : « aussi bien celui qui y a cuit que celui qui y a versé du bouillant ». Rabbi Yossi repousse : la-bas il s'agit d'un récipient de terre, qui absorbe, tandis que les épices, elles, ne cuisent pas. Rabbi Yossi bar Boun répondit : n'a-t-on pas enseigné « d'où sait-on qu'il en va de même pour un récipient de cuivre ? L'Écriture dit : et si elle a été cuite dans un récipient de cuivre » - dira-t-on qu'un récipient de cuivre absorbe ?! Explication : par irouy, s'il ne cuit pas, il n'absorbe pas. Il ressort donc qu'il conclut que l'irouy vaut kli richon. Et il semble que l'irouy se tienne en dehors des deux : il cuit sur l'épaisseur d'une pelure (kedei klipa). Car nous tenons la halakha comme Chmouel qui dit tata'a gavar, une baraita ayant été enseignée dans son sens au chapitre Keitsad Tsolin (Pessa'him 76a). Et malgré tout il cuit sur l'épaisseur d'une pelure, car il est dit là-bas : une baraita a été enseignée dans le sens de Chmouel - du chaud dans du froid, ou du froid dans du froid : on rince. Et l'on objecte : du chaud dans du froid, avant que cela ne refroidisse il aura absorbé ! Dis plutôt : du chaud dans du froid, on pèle ; du froid dans du froid, on rince. De même cela ressort à la fin du traité Avoda Zara (76a), où Mar Oukva acheta une chaudière à un non-Juif et lui ajouta un rebord ; et l'on conclut : comme il absorbe, ainsi il rejette - de même qu'il a absorbé par des projections, ainsi il rejette par des projections. Or si l'irouy valait kli richon, pourquoi dire « parce qu'il a absorbé par des projections » ? Même s'il avait absorbé d'une absorption complète, il rejetterait par des projections, ce qui est précisément l'irouy. Il faut donc bien dire qu'il ne cuit que sur l'épaisseur d'une pelure. Et si l'on a versé du bouillant sur une volaille, elle requiert d'être pelée. Un ustensile dont l'usage se fait par irouy, comme les écuelles, peut être purgé (hag'ala) par irouy, car comme il absorbe ainsi il rejette ; mais un ustensile dans lequel un interdit à été cuit, il ne suffit pas de le purger par irouy. Quant à ce qui est dit au dernier chapitre d'Avoda Zara (74b) - Rava a enseigné : leur cuve, qu'on la fasse bouillir, ce qui se faisait vraisemblablement par irouy - le cas y est différent, car cette cuve-là n'avait pas absorbé par du bouillant.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' אֵין נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל בּוֹ אֶת הַשֶּׁמֶן. וְאִם נְתָנוּהוּ מִבְּעוֹד יוֹם מֻותָּר וְאֵין נֵיאוֹתִין מִמֶּנּוּ לְפִי שֶׁאֵינוֹ מִן הַמּוּכָן:
Michna : on ne place pas de récipient sous la lampe pour y recueillir l'huile. Et si on l'y a placé encore de jour, c'est permis ; mais on n'en tire pas profit, parce que cela ne fait pas partie du mou'han (ce qui a été préparé avant Chabbat).
💡 Explication

La michna distingue deux récipients. Le kli richon est celui qui a été sur le feu : ses parois gardent la chaleur et il continue de cuire même après avoir été retiré. Le kli cheni est celui dans lequel on a versé le contenu du premier : ses parois n'ont pas chauffé, et les Sages tiennent qu'il ne cuit plus. D'où la permission de saupoudrer les épices dans l'écuelle ou dans le tam'houy.

Rabbi Yehouda excepte le vinaigre et le tsir, dont l'acidité et la salinité font cuire les épices même là où l'eau ordinaire ne les cuirait plus. Toute la guemara qui suit va chercher à savoir sur quelle partie de la michna cette exception porte.

2
גְּמ׳ אִיבַּעְיָא לְהוּ: רַבִּי יְהוּדָה אַרֵישָׁא קָאֵי — וּלְקֻולָּא, אוֹ דִּילְמָא אַסֵּיפָא קָאֵי — וּלְחוּמְרָא.

Guemara. On leur posa la question : Rabbi Yehouda se rattache-t-il au début de la michna, et alors dans le sens de l'allègement ; ou peut-être se rattache-t-il à sa fin, et alors dans le sens de la rigueur ?

📜 Rachi (2)
גמ' אַרֵישָׁא קָאֵי אַאִילְפָּס דְּקָא אָסַר ת"ק וְקָאָמַר ר' יְהוּדָה לְכָל אִילְפָּסִין הוּא נוֹתֵן דִּכְלִי רִאשׁוֹן לֹא מְבַשֵּׁל:
À l'ilpas, que le tana kama défend ; Rabbi Yehouda dirait alors : dans toutes les casseroles on en met, car un kli richon ne cuit pas.
אוֹ דִּילְמָא אַסֵּיפָא קָאֵי אַקְּעָרָה וְתַמְחוּי דְּקָא שָׁרֵי ת"ק וְקָא אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יְהוּדָה בְּכָל קְעָרוֹת וְתַמְחוּיִין מוֹדֵינָא לָךְ חוּץ מִדָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֹומֶץ וַאֲפִילּוּ כְּלִי שֵׁנִי נָמֵי לָא:
À l'écuelle et au tam'houy, que le tana kama permet ; Rabbi Yehouda lui dirait alors : pour toutes les écuelles et tous les tam'houyim je te concède, hormis un mets qui contient du vinaigre - là, même un kli cheni est défendu.
💡 Explication

La formulation de Rabbi Yehouda, « il en met dans tout », est ambiguë tant que l'on ne sait pas à quelle proposition elle répond. Rattachée au début, elle lève la défense du kli richon et n'en garde qu'une exception : c'est une koula, un allègement. Rattachée à la fin, elle ajoute une restriction à une permission déjà acquise : c'est une 'houmra.

L'enjeu pratique est considérable : dans le premier cas, on pourrait épicer une marmite retirée du feu ; dans le second, l'écuelle elle-même devient défendue dès qu'elle contient du vinaigre.

🖼️ Schéma
À quoi se rattache Rabbi Yehouda ? Au début - ariche Le tana kama défend l'ilpas (kli richon). Rabbi Yehouda répond : dans toutes les casseroles on en met, car un kli richon retiré du feu ne cuit plus. Sens : lekoula (allègement) Le vinaigre et le tsir restent la seule réserve. À la fin - assifa Le tana kama permet l'écuelle et le tam'houy. Rabbi Yehouda répond : je te concède pour tous les kelim chenyim, hormis un mets qui contient du vinaigre - là, même un kli cheni. Sens : lehoumra (rigueur) Le kli richon reste défendu comme au départ. Tranche par la baraita : Rabbi Yehouda dit lui-même - dans toutes les marmites bouillantes on en met. Il se rattache donc au début de la michna, et son propos va vers l'allègement.
Les deux lectures possibles de Rabbi Yehouda et la baraita qui tranche.
3
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לְכָל אִילְפָּסִין הוּא נוֹתֵן, לְכָל הַקְּדֵירוֹת רוֹתְחוֹת הוּא נוֹתֵן, חוּץ מִדָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֹומֶץ וָצִיר.

Viens et entends : car il a été enseigné - Rabbi Yehouda dit : dans toutes les casseroles il en met, dans toutes les marmites bouillantes il en met, sauf dans un mets qui contient du vinaigre ou du tsir.

🗂️ Tossefot (1)
לְכָל קְדֵרוֹת רוֹתְחוֹת הוּא נוֹתֵן נִרְאֶה דְּדַוְקָא בְּתַבְלִין פְּלִיג אֲבָל בִּשְׁאָר דְּבָרִים מוֹדֶה דִּכְלִי רִאשׁוֹן מְבַשֵּׁל אַף כְּשֶׁהֶעֱבִירוֹ מֵעַל הָאוּר:
Il semble qu'il ne conteste qu'à propos des épices ; pour le reste il concède qu'un kli richon cuit, même après qu'on l'a retiré du feu.
💡 Explication

La baraita résout la question. Rabbi Yehouda parle de son propre chef de casseroles et de marmites bouillantes, donc de kelim richonim : il se rattache au début de la michna et son propos va vers l'allègement.

Tossefot limite aussitôt la portée de cette indulgence. Elle vaut pour les épices, dont la cuisson est rapide et peu perceptible dans un récipient retiré du feu. Pour les autres aliments, Rabbi Yehouda lui-même accorde qu'un kli richon cuit.

4
סָבַר רַב יוֹסֵף לְמֵימַר מֶלַח הֲרֵי הוּא כְּתַבְלִין, דְּבִכְלִי רִאשׁוֹן — בְּשֵׁלָה, וּבִכְלִי שֵׁנִי — לֹא בְּשֵׁלָה. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: תָּנֵי רַבִּי חַיָּיא, מֶלַח אֵינָהּ כְּתַבְלִין, דְּבִכְלִי שֵׁנִי נָמֵי בְּשֵׁלָה! וּפְלִיגָא דְּרַב נַחְמָן, דְּאָמַר רַב נַחְמָן: צְרִיכָא מִילְחָא בִּישּׁוּלָא כְּבִשְׂרָא דְתוֹרָא.

Rav Yossef pensait dire : le sel est comme une épice - dans un kli richon il cuit, et dans un kli cheni il ne cuit pas. Abaye lui dit : Rabbi 'Hiya a enseigné - le sel n'est pas comme une épice, car dans un kli cheni aussi il cuit !

Et cela diverge d'avec Rav Na'hman, car Rav Na'hman a dit : le sel requiert une cuisson comme la chair de bœuf.

⚖️ Rosh (1)
אִיתְּמַר מֵת הַמֻּוטָּל בַּחַמָּה רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הוֹפְכוֹ מִמִּטָּה לְמִטָּה וְרַב חֲנִינָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר מַנִּיחַ עָלָיו כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק וּמְטַלְטְלוֹ הֵיכָא דְּאִיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק כ"ע לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי כִּי פְּלִיגִי דְּלֵיכָּא מָר סָבַר טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּמָר סָבַר לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל לֵימָא כְּתַנָּאֵי אֵין מַצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ אֲנִי שָׁמַעְתִּי שֶׁמַּצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה ה"ד אִי דְּאִיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק מ"ט דת"ק אִי דְּלֵיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק מ"ט דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ אֶלָּא לָאו בְּטִלְטוּל מִן הַצַּד קָמִיפַּלְגִי. לָא דְּכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְטַעֲמָא דְּר' יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ טִלְטוּל דְּרַבָּנָן אָתֵי לִידֵי כִּיבּוּי דְּאוֹרָייְתָא הָא דְּקָאָמַר דכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל ה"נ מ"ל דכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּבְטִלְטוּל גָּמוּר פְּלִיגִי וְהֵיכָא דְּלֵיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק וְאֵין לוֹ אֶלָּא מִטָּה אַחַת וְהַייְנוּ טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל כּוּ' הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּהָכִי הִלְכְתָא דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְקָשֶׁה מֵהָא דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.) הִלְכְתָא כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן תַּדַּאי דְּאָמַר טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְנִרְאֶה דע"כ צָרִיךְ לְחַלֵּק בְּעִנְיַן טִלְטוּל מִן הַצַּד דְּהָכָא סָבַר רַב דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּלְקַמָּן בְּפֶ' תּוֹלִין (שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) אָמְרִי בֵּי רַב לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּבְכֻולָּהּ הַשַּׁ"ס מַשְׁמַע דְּאָמְרִי בֵּי רַב הַייְנוּ רַב דִּבְבָבָא מְצִיעָא פֶּרֶק הַשּׁוֹאֵל דַּף קב. ובב"ב פֶּרֶק בֵּית כּוֹר (בָּבָא בָּתְרָא דַּף קה:) פָּרִיךְ מֵרַב אַדְּאָמְרִי בֵּי רַב וּמַצְרִיךְ מִילְּתֵיהּ דְּרַב וּדְאָמְרִי בֵּי רַב וע"ק דְּהֵיכִי מָצֵי רַב לְמֵיסַר לְהָופְכוֹ מִמַּטָּה לְמַטָּה וְהִתְנָן לְקַמָּן בְּפֶרֶק נוֹטֵל (שַׁבָּת דַּף קמב:) מָעוֹת שֶׁעַל הַכַּר נוֹעֵר אֶת הַכַּר וְהֵן נוֹפְלוֹת. אֶבֶן שֶׁעַל פִּי הֶחָבִית מַטָּהּ עַל צִדָּהּ וְהִיא נוֹפֶלֶת. ואע"ג דְּהָתָם מוֹקְמִי' לָהּ בְּשׁוֹכֵחַ אֲבָל בְּמַנִּיחַ נַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר לוֹ. ה"נ ע"כ צָרִיךְ לִהְיוֹת בְּשׁוֹכֵחַ כְּגוֹן שֶׁמֵּת בְּשַׁבָּת דְּאִי בְּמַנִּיחַ לָא הָוֵי שָׁרֵי שְׁמוּאֵל. וְעוֹד קָשֶׁה דְּאַפֵּי' רַבָּנָן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן תַּדַּאי לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.) וְסָבְרִי דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל מוֹדוֹ דבכה"ג דְּמֵת לָא חֲשִׁיב טִלְטוּל דְּהָא שָׁרוּ פַּגָּה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּרֶמֶץ וַחֲרָרָה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּגֶחָלִים אִם מְגֻולָּה מִקְצָת הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּלָא דָּמֵי טִלְטוּל דְּהָכָא לִשְׁאָר טִלְטוּל דְּטִלְטוּל דְּהָכָא הָוֵי לְצֹורֶךְ הַמֵּת שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלוֹ וְלֹא לְצֹורֶךְ הַמִּטָּה וּלְהָכִי שְׁמֵיהּ טִלְטוּל. אֲבָל כָּל הָנֵי נֵיעוֹר עִיקַּר צֹורֶךְ טִלְטוּל בִּשְׁבִיל דָּבָר שֶׁל הֶיתֵּר הִלְכָּךְ לָא מַיְיתֵי הָכָא אֶלָּא פְּלֻוגְתָּא דָּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ וְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי בְּמֵת וְלָא מַיְיתֵי הַהוּא דָּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן תַּדַּאי וְרַבָּנַן. וְכֵן חִילֵּק גַּם רַב אִלְפָּס. וְהִקְשָׁה עַל זֶה ה"ר יוֹנָה מֵהָא דִּתְנַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק תּוֹלִין (שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) הַקַּשׁ שֶׁעַל הַמִּטָּה לֹא יְנַעְנְעֶנּוּ בְּיָדוֹ אֲבָל מְנַעַנְעוֹ בְּגוּפוֹ וְדָיְיקִי מִינֵּיהּ בֵּי רַב דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד ל"ש טִלְטוּל וְהָתָם לְצֹורֶךְ הַקַּשׁ שֶׁהוּא מֻוקְצֶה הוּא מְטַלְטֵל. וְלֹא קָשֶׁה דְּהָתָם אַף טִלְטוּל אֵין כָּאן כְּמוֹ פַּגָּה וַחֲרָרָה וּפֻוגְלָא שֶׁהוּא מְטַלְטְלָן בְּיָדוֹ וְאַגַּבָּן מְטַלְטְלִין דָּבָר אָסוּר. אֲבָל בְּקַשׁ אֵינוֹ מְטַלְטֵל אֶלָּא בְּגוּפוֹ כִּלְאַחַר יָד הִלְכָּךְ אע"ג דִּלְקַשׁ שֶׁהוּא מֻוקְצֶה הוּא צָרִיךְ מְדַמֶּה לֵיהּ לְטִלְטוּל מִן הַצַּד שֶׁהוּא צֹורֶךְ לְדָבָר הַמֻּותָּר. מִתּוֹךְ פירש"י מַשְׁמַע דָּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ מַתִּיר אַפֵּי' טִלְטוּל גָּמוּר. אֲבָל רַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרַבִּי שִׁילָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ בְּמֵת מֵהָכָא שָׁמְעִינַן דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְלָא שָׁרוּ לֵיהּ רַבָּנָן אֶלָּא גַּבֵּי מֵת דְּלָא לֵיתֵי לִידֵי אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל בְּעָלְמָא מַשְׁמַע דְּלָא שָׁרֵי ר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ טִלְטוּל מִן הַצַּד דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל. וְכֵן כָּתַב הָרַב ר' יוֹנָה זַ"ל וְדִקְדֵּק מִדְּקָאָמַר הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בְּמֵת דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא בְּמֵת הִתִּירוּ טִלְטוּל מִן הַצַּד אֲבָל בְּעָלְמָא לֹא דְּאִי ס"ד דְּר' יְהוּדָה הִתִּיר טִלְטוּל גָּמוּר מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה לָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֶלָּא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ וְתוּ לָא. וְלִי נִרְאֶה דְּכֵיוָן דְּטַעֲמָא דְּר' יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ אָתֵי לְכַבּוֹיֵי. מֵהַאי טַעְמָא נָמֵי שָׁרֵינַן טִלְטוּל גָּמוּר אִם אֵין לוֹ אֶלָּא מִטָּה אַחַת דְּגַם טִלְטוּל גָּמוּר אִיסּוּר דְּרַבָּנָן הוּא וְדָחֵינַן לֵיהּ שֶׁמָּא יַעֲשֶׂה אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא. וּכְשֶׁאֵין בָּהוּל כְּגוֹן שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו בַּחַמָּה הָתָם שָׁרֵי שְׁמוּאֵל דַּוְקָא טִלְטוּל מִן הַצַּד:
Il a été dit : un mort qui gît au soleil - Rav Yehouda au nom de Chmouel dit : on le transfère d'un lit à un autre ; Rav 'Hanina au nom de Rav dit : on pose sur lui un pain ou un enfant et on le déplace. Là où l'on dispose d'un pain ou d'un enfant, tous s'accordent que c'est permis ; ils divergent là où l'on n'en a pas : l'un tient que le tiltoul min hatsad (le déplacement par le côté, indirect) est appelé tiltoul, et l'autre tient qu'il ne l'est pas. Dirons-nous que cela correspond à une divergence de tanaim : « on ne sauve pas le mort de l'incendie », et Rabbi Yehouda ben Lakich dit : j'ai entendu qu'on sauve le mort de l'incendie. De quel cas s'agit-il ? S'il y a un pain ou un enfant, quelle serait la raison du tana kama ? S'il n'y en a pas, quelle serait la raison de Rabbi Yehouda ben Lakich ? Ne divergent-ils donc pas sur le tiltoul min hatsad ? Non : tous tiennent que le tiltoul min hatsad est appelé tiltoul, et la raison de Rabbi Yehouda est que, l'homme étant bouleversé pour son mort, si tu ne lui permets pas un déplacement défendu rabbiniquement, il en viendra à éteindre, ce qui relève de la Torah. Ce qui vient d'être dit - « tous tiennent que le tiltoul min hatsad est appelé tiltoul » - on aurait pu le dire à l'inverse : tous tiennent que le tiltoul min hatsad n'est pas appelé tiltoul, et ils divergent sur un déplacement complet, dans le cas où il n'y a ni pain ni enfant et où l'on ne dispose que d'un seul lit ; la raison de Rabbi Yehouda demeurant la même, puisque l'homme est bouleversé, etc. Il semble donc que la halakha soit ainsi : le tiltoul min hatsad est appelé tiltoul. Cela fait difficulté avec ce qui est dit plus loin au chapitre Kol HaKelim (Chabbat 123a) : la halakha est comme Rabbi Elazar ben Tadai, qui dit que le tiltoul min hatsad n'est pas appelé tiltoul. Il faut donc nécessairement distinguer en matière de tiltoul min hatsad, puisque ici Rav tient qu'il est appelé tiltoul, tandis que plus loin au chapitre Tolin (Chabbat 141a) ceux de la maison de Rav disent qu'il ne l'est pas ; or dans tout le Talmud il ressort que « ceux de la maison de Rav » désigne Rav lui-même, car dans Baba Metsia chapitre HaChoel (102a) et dans Baba Batra chapitre Beit Kor (105b) on objecte de Rav contre ceux de la maison de Rav, et l'on doit tenir séparément la parole de Rav et celle de la maison de Rav. Autre difficulté : comment Rav pourrait-il défendre de le transférer d'un lit à un autre, alors que nous avons appris plus loin au chapitre Notel (Chabbat 142b) : des pièces posées sur un coussin, on secoue le coussin et elles tombent ; une pierre posée sur l'ouverture d'un tonneau, on l'incline sur le côté et elle tombe ? Et bien que nous l'établissions là-bas dans le cas où on les a oubliées, tandis que si on les y a déposées le support devient bassis pour une chose défendue - ici aussi il s'agit nécessairement d'un oubli, par exemple s'il est mort pendant Chabbat, car s'il y avait eu dépôt volontaire Chmouel non plus ne l'aurait pas permis. Autre difficulté encore : même les Sages qui contestent Rabbi Eliezer ben Tadai plus loin au chapitre Kol HaKelim (Chabbat 123a) et qui tiennent que cela est appelé tiltoul, concèdent que dans un cas comme celui du mort ce n'est pas compté comme tiltoul, puisqu'ils permettent la figue enfouie dans la cendre chaude et la galette enfouie dans les braises lorsqu'une partie en est découverte. Il semble donc que le tiltoul d'ici diffère des autres cas de tiltoul : ici le déplacement se fait pour le besoin du mort, qu'il est défendu de déplacer, et non pour le besoin du lit, et c'est pourquoi il est appelé tiltoul ; tandis que dans tous ces cas de secouement, le besoin principal du déplacement porte sur une chose permise. C'est pourquoi l'on n'apporte ici que la divergence de Rabbi Yehouda ben Lakich et des Sages, qui porte sur le mort, et non celle de Rabbi Eliezer ben Tadai et des Sages. Rav Alfas a distingué de la même manière. Rabbenou Yona a objecté à cela depuis ce que nous avons appris plus loin au chapitre Tolin (Chabbat 141a) : la paille qui se trouve sur le lit, on ne la remue pas à la main mais on la remue avec son corps - et ceux de la maison de Rav en déduisent que le tiltoul min hatsad n'est pas appelé tiltoul, alors même qu'il déplace la pour le besoin de la paille, qui est mouktse. Ce n'est pas une difficulté, car là-bas il n'y a même pas de tiltoul, à la différence de la figue, de la galette et du radis, qu'il déplace de sa main et par lesquels il déplace incidemment une chose défendue ; tandis que la paille, il ne la remue qu'avec son corps, d'une manière inhabituelle (kilea'har yad). C'est pourquoi, bien que ce soit de la paille, qui est mouktse, dont il a besoin, on l'assimile au tiltoul min hatsad qui se fait pour le besoin d'une chose permise. Il ressort du commentaire de Rachi que Rabbi Yehouda ben Lakich permet même un déplacement complet. Mais Rav Alfas a écrit : Rav Yehouda berabbi Chila a dit au nom de Rabbi Yo'hanan - la halakha est comme Rabbi Yehouda ben Lakich pour le mort ; de là nous apprenons que le tiltoul min hatsad est appelé tiltoul, et que les Sages ne l'ont permis que pour le mort, afin qu'on n'en vienne pas à un interdit de la Torah, tandis qu'en général il ressort que Rabbi Yehouda ben Lakich ne permet pas le tiltoul min hatsad, puisqu'il est appelé tiltoul. Ainsi a écrit également Rabbenou Yona, qui l'a déduit de la formule « la halakha est comme Rabbi Yehouda pour le mort » : elle indique que c'est pour le mort seulement que l'on a permis le tiltoul min hatsad, mais non en général ; car si l'on venait à penser que Rabbi Yehouda permet un déplacement complet à cause de l'incendie, il aurait suffi de dire « la halakha est comme Rabbi Yehouda ben Lakich », sans plus. Quant à moi, il me semble que, puisque la raison de Rabbi Yehouda tient à ce que l'homme est bouleversé pour son mort et que, si tu ne lui permets pas, il en viendra à éteindre - pour cette même raison nous permettons aussi un déplacement complet s'il ne dispose que d'un seul lit, car le déplacement complet est lui aussi un interdit rabbinique, que nous écartons de peur qu'il ne commette un interdit de la Torah. Et lorsqu'il n'est pas bouleversé, par exemple lorsque son mort gît devant lui au soleil, là-bas Chmouel n'a permis que le tiltoul min hatsad.
💡 Explication

La question porte sur la vitesse de cuisson du sel. Rav Yossef le classe avec les épices, qui cuisent vite : défendu dans un kli richon, permis dans un kli cheni. Abaye lui oppose une baraita de Rabbi 'Hiya que cette version comprend dans un sens sévère : le sel cuit même dans un kli cheni.

La guemara relève alors que cette lecture heurte Rav Na'hman, pour qui le sel demande une cuisson aussi longue que la chair de bœuf, donc très difficile à obtenir. Les deux positions restent en divergence.

5
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: סָבַר רַב יוֹסֵף לְמֵימַר מֶלַח הֲרֵי הוּא כְּתַבְלִין, דְּבִכְלִי רִאשׁוֹן — בְּשֵׁלָה, בִּכְלִי שֵׁנִי — לֹא בְּשֵׁלָה. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: תָּנֵי רַבִּי חִיָּיא מֶלַח אֵינָהּ כְּתַבְלִין, דְּבִכְלִי רִאשׁוֹן נָמֵי לָא בָּשְׁלָה, וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַב נַחְמָן: צְרִיכָא מִילְחָא בִּישּׁוּלָא כְּבִישְׂרָא דְתוֹרָא.

Et certains rapportent ainsi : Rav Yossef pensait dire - le sel est comme une épice : dans un kli richon il cuit, dans un kli cheni il ne cuit pas. Abaye lui dit : Rabbi 'Hiya a enseigné - le sel n'est pas comme une épice, car dans un kli richon non plus il ne cuit pas.

Et c'est précisément ce qu'a dit Rav Na'hman : le sel requiert une cuisson comme la chair de bœuf.

📜 Rachi (1)
דְּבִכְלִי רִאשׁוֹן נָמֵי לָא בָּשְׁלָה וּמֻותָּר לִיתֵּן וַאֲפִילּוּ בִּכְלִי רִאשׁוֹן מִשֶּׁהֶעֱבִירוֹ מִן הָאוּר:
Et il est permis d'en mettre, même dans un kli richon, une fois qu'on l'a retiré du feu.
🗂️ Tossefot (1)
וְהַייְנוּ דר"נ נִרְאֶה דְּאַף לְפִי' הַקּוּנְטְרֵס שָׁפֵי' דִּבְכָל מָקוֹם דְּאִיכָּא לִישָּׁנֵי דִּפְלִיגִי בְּשֶׁל תּוֹרָה הַלֵּךְ אַחַר הַמַּחְמִיר וּבְשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר אַחֲרוֹן ולר"ת בְּשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל וְכֵן לְרִיבָ"א שֶׁפֵּירֵשׁ שֶׁבְּכָל מָקוֹם אִיכָּא דְאָמְרִי טָפֵל לְגַבֵּי לָשׁוֹן רִאשׁוֹן שֶׁהוּא עִיקָּר הָכָא הֲלָכָה כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא דִּלְלִישָּׁנָא קַמָּא פְּלִיג בָּרַיְיתָא דְּרַבִּי חַייָּא אַדְּרַב נַחְמָן וּלְלִישָּׁנָא בָּתְרָא הַייְנוּ דְּרַב נַחְמָן וּמִתּוֹךְ כָּךְ פָּסַק רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל שֶׁמֻּותָּר לָתֵת מֶלַח בַּתַּבְשִׁיל בְּשַׁבָּת אֲפִילּוּ בִּכְלִי רִאשׁוֹן שֶׁהֶעֱבִירוֹ מִן הָאוּר וְהַמַּחְמִיר כְּלִישָּׁנָא קַמָּא שֶׁלֹּא לִיתֵּן מֶלַח בִּקְעָרָה כָּל זְמַן שֶׁהַיָּד סוֹלֶדֶת בּוֹ תָּבֹא עָלָיו בְּרָכָה:
Il semble que, même selon le Kountras (Rachi), qui explique que partout où deux versions divergent on suit la plus sévère en matière d'interdit de la Torah et la dernière en matière d'interdit rabbinique - et selon Rabbenou Tam, en matière rabbinique on suit la plus indulgente, et de même selon le Riva, qui explique que partout le ika de-amri est secondaire par rapport à la première version, laquelle est l'essentiel - ici la halakha suit la dernière version. Car selon la première version la baraita de Rabbi 'Hiya contredit Rav Na'hman, tandis que selon la dernière elle rejoint Rav Na'hman. De là, Rabbenou Chmouel a tranché qu'il est permis de mettre du sel dans un plat Chabbat, même dans un kli richon retiré du feu. Et celui qui se montre sévère comme la première version, en ne mettant pas de sel dans l'écuelle tant que la main s'y rétracte (yad soledet bo), que la bénédiction vienne sur lui.
💡 Explication

La seconde version (ika de-amri) conserve la proposition de Rav Yossef et renverse la réponse d'Abaye : la baraita de Rabbi 'Hiya signifie que le sel ne cuit même pas dans un kli richon. Elle s'accorde alors avec Rav Na'hman, ce qui donne à cette version un avantage de cohérence.

Tossefot en tire la halakha pratique, en passant en revue les règles d'arbitrage entre deux lechanot : saler un plat Chabbat est permis, même dans un kli richon retiré du feu. Celui qui s'abstient tant que le plat est à yad soledet bo agit louablement.

6
מַתְנִי׳ אֵין נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל בּוֹ אֶת הַשֶּׁמֶן. וְאִם נְתָנוּהָ מִבְּעוֹד יוֹם — מֻותָּר, וְאֵין נֵיאוֹתִין מִמֶּנּוּ לְפִי שֶׁאֵינוֹ מִן הַמּוּכָן.

Michna. On ne place pas de récipient sous la lampe pour y recueillir l'huile.

Et si on l'y a placé encore de jour, c'est permis ; mais on ne tire pas profit de cette huile, parce qu'elle ne fait pas partie du mou'han (ce qui a été préparé avant Chabbat).

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' אֵין נוֹתְנִין בְּשַׁבָּת:
Chabbat.
כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל בּוֹ שֶׁמֶן הַמְטַפְטֵף מִשּׁוּם דְּשֶׁמֶן מֻוקְצֶה הוּא וְקָסָבַר אֵין כְּלִי נִיטָּל בְּשַׁבָּת אֶלָּא לְצֹורֶךְ דָּבָר הַנִּיטָּל אִי נָמֵי קָסָבַר אָסוּר לְבַטֵּל כְּלִי מֵהֶיכֵנוֹ לְהוֹשִׁיב כְּלִי בְּמָקוֹם שֶׁלֹּא יוּכַל עוֹד לִיטְלוֹ (מִשּׁוּם) דְּהָוֵי כְּקוֹבֵעַ לוֹ מָקוֹם וּמְחַבְּרוֹ בְּטִיט וְדָמֵי לִמְלָאכָה וּכְלִי זֶה מִשֶּׁיִּפּוֹל בּוֹ הַשֶּׁמֶן הַמֻּוקְצֶה יְהֵא אָסוּר לְטַלְטְלוֹ:
Pour y recueillir l'huile qui goutte, parce que cette huile est mouktse. Il tient qu'un ustensile ne se déplace Chabbat que pour le besoin d'une chose que l'on a le droit de déplacer. Ou bien il tient qu'il est défendu de priver un ustensile de sa fonction (bitoul kli mehei'hano), c'est-à-dire de poser un ustensile à un endroit d'où il ne pourra plus le reprendre, parce que cela revient à lui fixer une place et à l'y sceller avec de l'argile, ce qui ressemble à une melakha ; et cet ustensile, dès l'instant où l'huile mouktse y sera tombée, il sera défendu de le déplacer.
מֻותָּר לְהַנִּיחָהּ שָׁם:
De l'y laisser.
וְאֵין נֵיאוֹתִין נֶהֱנִין:
On n'en tire pas de jouissance.
🗂️ Tossefot (2)
וְאִם נְתָנוּהוּ מִבְּעוֹד יוֹם מֻותָּר הַלָּשׁוֹן דָּחוּק דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֲבָל מִבְּעוֹד יוֹם נוֹתְנִין:
La formulation est forcée, car il aurait fallu dire : mais encore de jour, on en place un.
וְאֵין נֵאוֹתִין מִמֶּנּוּ לְפִי שֶׁאֵינוֹ מִן הַמּוּכָן אִיכָּא לְאוֹקְמָה כר״ש דְּמַתִּיר מוֹתַר הַשֶּׁמֶן שֶׁבַּנֵּר וְאֵין נֵיאוֹתִין דְּקָתָנֵי הָכָא הַיְינוּ כָּל זְמַן שֶׁדּוֹלֵק דִּבְמֻוקְצֶה מֵחֲמַת מִצְוָה מוֹדֶה ר״ש כִּדְאָמַר בגמ' לְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף מה.) אֵין מֻוקְצֶה לר״ש אֶלָּא שֶׁמֶן שֶׁבַּנֵּר בְּשָׁעָה שֶׁהוּא דּוֹלֵק הוֹאִיל וְהֻוקְצָה לְמִצְוָתוֹ הֻוקְצָה לְאִיסּוּרוֹ וְלֹא שֶׁבַּנֵּר מַמָּשׁ קָאָמַר דְּהַהִיא אָסוּר בְּלָאו הָכִי מִשּׁוּם מְכַבֶּה כִּדְאָמַר בְּבֵיצָה פ״ב (דַּף כב. וְשָׁם) הַמִּסְתַּפֵּק מִמֶּנּוּ חַייָּב מִשּׁוּם מְכַבֶּה אֶלָּא כְּלוֹמַר שֶׁמֶן הַמְטַפְטֵף מִן הַנֵּר וְהַטִּלְטוּל דְּנֵר עַצְמוֹ אֵין לֶאֱסֹור מִטַּעַם דְּהֻוקְצָה לְמִצְוָתוֹ וְלֹא אָסוּר לְטַלְטְלוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם דְּנַעֲשָׂה בָּסִיס לַדָּבָר הָאָסוּר כִּדְאָמְרִינַן בְּסוֹף פִּירְקִין (שַׁבָּת דַּף מז.) הַנַּח לְנֵר שֶׁמֶן וּפְתִילָה הוֹאִיל וְנַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר אֲבָל מִטַּעַם דְּהֻוקְצָה לְמִצְוָתוֹ לֹא הָיָה אָסוּר לְטַלְטְלוֹ שֶׁאֵין בִּיטּוּל מִצְוָה בַּמֶּה שֶׁמְּטַלְטְלוֹ:
On peut l'établir selon Rabbi Chimon, qui permet le reste de l'huile qui se trouve dans la lampe ; et « on n'en tire pas profit » enseigne ici tant qu'elle brûle, car pour ce qui est mouktse en raison d'une mitsva, Rabbi Chimon concède, comme il est dit dans la guemara plus loin (Chabbat 45a) : il n'y a pas de mouktse pour Rabbi Chimon, hormis l'huile qui est dans la lampe au moment où elle brûle, puisque, ayant été mise à part pour sa mitsva, elle a été mise à part pour son interdit. Et il ne parle pas de l'huile qui est littéralement dans la lampe, car celle-là est de toute manière défendue en raison de l'extinction, comme il est dit dans Beitsa, chapitre II (22a) : celui qui en prélève est passible au titre de l'extinction ; il veut dire l'huile qui goutte de la lampe. Quant au déplacement de la lampe elle-même, il n'y a pas lieu de le défendre au motif qu'elle a été mise à part pour sa mitsva ; il n'est défendu de la déplacer qu'au motif qu'elle est devenue bassis (support) d'une chose défendue, comme nous le disons à la fin de notre chapitre (Chabbat 47a) : laissé la lampe, l'huile et la mèche, puisqu'elle est devenue support d'une chose défendue. Mais du fait d'avoir été mise à part pour sa mitsva, il n'aurait pas été défendu de la déplacer, car il n'y a pas d'annulation de mitsva dans le fait de la déplacer.
💡 Explication

Nouvelle michna, nouveau sujet : le mouktse. L'huile qui goutte de la lampe allumée a été mise à part pour la mitsva de l'éclairage de Chabbat ; elle est défendue au déplacement et à l'usage.

Rachi donne deux raisons à la défense de placer un récipient dessous. D'une part, on ne déplace un ustensile que pour le besoin d'une chose permise au déplacement. D'autre part, bitoul kli mehei'hano : en y faisant tomber du mouktse, on immobilise le récipient pour tout le reste de Chabbat, ce qui revient à le fixer sur place.

🖼️ Schéma
Le récipient sous la lampe : deux raisons de défendre huile de la lampe récipient placé dessous Chabbat : défendu Première raison (Rachi) L'huile qui goutte est mouktse. Or un ustensile ne se déplace Chabbat que pour le besoin d'une chose que l'on a le droit de déplacer. Seconde raison (Rachi) Bitoul kli mehei'hano : priver un ustensile de sa fonction. Une fois l'huile mouktse tombée dedans, on ne pourra plus le bouger : c'est comme lui fixer une place et l'y sceller à l'argile, ce qui ressemble à une melakha. Placé avant l'entrée de Chabbat : permis de l'y laisser. L'huile recueillie reste pourtant interdite d'usage - elle n'est pas mou'han.
La lampe, l'huile qui goutte, et les deux motifs de la défense selon Rachi.
7
גְּמָ׳ אָמַר רַב חִסְדָּא: אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ אֵין נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת תַּרְנְגֹולֶת לְקַבֵּל בֵּיצָתָהּ, אֲבָל כּוֹפֶה עָלֶיהָ כְּלִי שֶׁלֹּא תִּשָּׁבֵר. אָמַר רַבָּה: מַאי טַעְמָא דְּרַב חִסְדָּא? קָסָבַר, תַּרְנְגֹולֶת עֲשׂוּיָה לְהַטִּיל בֵּיצָתָהּ בָּאַשְׁפָּה, וְאֵינָהּ עֲשׂוּיָה לְהַטִּיל בֵּיצָתָהּ בִּמְקוֹם מִדְרוֹן. וְהַצָּלָה מְצוּיָה הִתִּירוּ, וְהַצָּלָה שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה — לֹא הִתִּירוּ.

Guemara. Rav 'Hisda dit : bien qu'ils aient dit qu'on ne place pas de récipient sous une poule pour recueillir son œuf, on peut en revanche retourner un récipient par-dessus l'œuf pour qu'il ne se brise pas.

Rabba dit : quelle est la raison de Rav 'Hisda ? Il tient qu'une poule a coutume de pondre son œuf dans le tas d'ordures, et n'a pas coutume de pondre son œuf sur un terrain en pente.

Or un sauvetage courant, ils l'ont permis ; un sauvetage qui n'est pas courant, ils ne l'ont pas permis.

📜 Rachi (5)
גְּמ' אע"פ שֶׁאָמְרוּ אֵין נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת תַּרְנְגֹולֶת לְקַבֵּל בֵּיצָתָהּ כְּשֶׁהִיא מְטִילָתָהּ בִּמְקוֹם מִדְרוֹן שֶׁמָּא תִּתְגַּלְגֵּל וְתִשָּׁבֵר וּמִדִּיּוּקָא דְּמַתְנִיתִין שָׁמְעִינַן לָהּ דְּדָמֵי לְנוֹתֵן כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל בּוֹ שֶׁמֶן:
Lorsqu'elle la pond sur un terrain en pente, de peur qu'il ne roule et ne se brise. Nous l'apprenons par déduction de notre michna, car cela ressemble à celui qui place un récipient sous la lampe pour y recueillir l'huile.
אֲבָל כּוֹפֶה עָלֶיהָ כְּלִי וְלָא תֵּימָא אֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְצֹורֶךְ דָּבָר הַנִּיטָּל:
Et ne dis pas qu'un ustensile ne se déplace que pour le besoin d'une chose permise au déplacement.
בָּאַשְׁפָּה וְיֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא תִּשָּׁבֵר בְּרַגְלֵי אָדָם וְכוֹפֶה עָלֶיהָ כְּלִי:
Et il y a lieu de craindre qu'il ne se brise sous les pieds d'un homme ; il retourne donc un récipient par-dessus.
וְהַצָּלָה מְצוּיָה הִתִּירוּ לְטַלְטֵל כְּלִי לְצָרְכָהּ וְאַף עַל פִּי שֶׁהַבֵּיצָה דָּבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל בְּשַׁבָּת:
De déplacer un ustensile pour ce besoin, bien que l'œuf soit une chose que l'on ne déplace pas Chabbat.
שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה כְּגוֹן מִדְרוֹן וְטִיפְטוּף דְּשֶׁמֶן דְּמַתְנִי': נִשְׁבְּרָה לוֹ חָבִית שֶׁל טֶבֶל גָּרְסִינַן:
Comme le terrain en pente et le goutte-à-goutte de l'huile de notre michna. On lit : son tonneau de tevel s'est brisé.
🗂️ Tossefot (3)
אע"פ שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין נוֹתְנִין כו' אֵין נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל בּוֹ אֶת הַשֶּׁמֶן ה"ל לְמֵימַר דִּתְנַן בְּמַתְנִיתִין וּכְלִי לְקַבֵּל בֵּיצָה לָא שָׁמְעִינַן אֶלָּא מִדִּיּוּקָא דְּמַתְנִי' אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמֵימַר אֲבָל כּוֹפֶה עָלֶיהָ כְּלִי נְקַט בֵּיצָה:
Il aurait dû dire « on ne place pas de récipient sous la lampe pour y recueillir l'huile », qui est ce que nous avons appris dans la michna ; le récipient destiné à recueillir l'œuf, nous ne l'apprenons que par déduction de la michna. Mais parce qu'il voulait en venir à « en revanche il retourne un récipient par-dessus », il a pris le cas de l'œuf.
הַצָּלָה שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה לֹא הִתִּירוּ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס לְדָבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל וְגָרַס בְּהַהוּא דְּפָרִיךְ אַבַּיֵּי מִינָּהּ בְּסָמוּךְ נִשְׁבְּרָה לוֹ חָבִית שֶׁל טֶבֶל בְּרֹאשׁ גַּגּוֹ דְּטֶבֶל אֵינוֹ נִיטָּל וְקָשֶׁה לְרִיבָ"א דְּאִי גָּרַס בָּהּ טֶבֶל אַמַּאי פָּרֵיךְ לְרַב יוֹסֵף מִבָּרַייְתָא אַחֶרֶת מֵהַךְ דְּהָכָא הֲוָה לֵיהּ לְאַקְשׁוּיֵי וְעוֹד דִּבְפֶרֶק כָּל כִּתְבֵי (לַחְמָן דַּף קיז: וְשָׁם) מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּלָא גָּרְסִי' בַּבָּרַיְיתָא דְּהָכָא טֶבֶל דְּלָא בְּשֶׁל טֶבֶל מַייְרֵי דְּקָתָנֵי סֵיפָא נִזְדַּמְּנוּ לוֹ אוֹרְחִין מֵבִיא כְּלִי אַחֵר כּוּ' וְנִרְאֶה לוֹ לְפָרֵשׁ דְּהַצָּלָה שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה לֹא הִתִּירוּ לִטְרֹוחַ בְּכָל דָּבָר אֲפִילּוּ בְּדָבָר הַנִּיטָּל מִשּׁוּם טִירְחָא:
Le Kountras (Rachi) explique : pour une chose que l'on ne peut pas déplacer ; et il lit, dans le passage dont Abaye objecte plus bas, « son tonneau de tevel s'est brisé sur son toit », le tevel étant une chose que l'on ne déplace pas. Le Riva y objecte : si l'on y lisait « tevel », pourquoi objecterait-on a Rav Yossef depuis une autre baraita ? Il aurait fallu objecter depuis celle d'ici. De plus, au chapitre Kol Kitvei (plus loin, 117b) il ressort clairement que nous ne lisons pas « tevel » dans la baraita d'ici, puisqu'elle ne parle pas de tevel : sa fin enseigne « s'il lui est survenu des invités, il apporte un autre récipient, etc. ». Il lui semble donc d'expliquer ainsi : un sauvetage qui n'est pas courant, ils n'ont pas permis de se donner de la peine pour quoi que ce soit, même pour une chose que l'on peut déplacer, en raison de la peine (tir'ha).
שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה לֹא הִתִּירוּ וְהָא דְּאֵין נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל שֶׁמֶן חֲשִׁיב הַצָּלָה שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה לְפִי שֶׁרְגִילִים לְעוֹלָם לָתֵת כְּלִי תַּחַת הַנֵּר מִבְּעוֹד יוֹם וְנִיצוֹצוֹת אע"ג דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ דִּשְׁכִיחִי לָא שְׁכִיחִי כֻּולֵּי הַאי שֶׁיָּחוּשׁוּ לָתֵת שָׁם כְּלִי מִבְּעוֹד יוֹם וּלְהָכִי חֲשִׁיב לָהּ הַצָּלָה מְצוּיָה:
Si l'on ne place pas de récipient sous la lampe pour recueillir l'huile, cela compte comme un sauvetage non courant, parce qu'on a toujours l'habitude de placer un récipient sous la lampe encore de jour. Quant aux étincelles, bien qu'il dise plus bas qu'elles sont fréquentes, elles ne le sont pas au point que l'on se soucie de placer là un récipient encore de jour ; c'est pourquoi on la compte comme un sauvetage courant.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' מְטַלְטְלִין נֵר חָדָשׁ אֲבָל לֹא יָשָׁן רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר כָּל הַנֵּרוֹת מִטַּלְטְלִין חוּץ מִן הַנֵּר הַדּוֹלֵק בְּשַׁבָּת:
Michna : on déplace une lampe neuve, mais non une lampe usagée. Rabbi Chimon dit : toutes les lampes se déplacent, hormis la lampe qui brûle Chabbat.
💡 Explication

Rav 'Hisda oppose deux gestes. Placer un récipient sous la poule reste défendu ; retourner un récipient sur l'œuf déjà pondu est permis, bien que l'œuf soit mouktse.

Rabba dégage le critère : la hatsala metsouya, le sauvetage courant. Une poule pond ordinairement dans le tas d'ordures, où l'œuf risque d'être écrasé ; ce risque est fréquent, et les Sages ont permis de le prévenir. La ponte sur un terrain en pente est rare, et pour un risque rare ils ont maintenu la défense de déplacer un ustensile pour du mouktse.

🖼️ Schéma
Rav Hisda : deux gestes, deux statuts Récipient sous la poule défendu - la ponte en pente est rare Récipient retourné sur l'œuf permis - l'œuf pondu dans le tas d'ordures risque couramment d'être écrasé
Les deux gestes distingués par Rav 'Hisda et la raison donnée par Rabba.
8
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: וְהַצָּלָה שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה לֹא הִתִּירוּ?! וְהָתַנְיָא: נִשְׁבְּרָה לוֹ חָבִית שֶׁל טֶבֶל בְּרֹאשׁ גַּגּוֹ, מֵבִיא כְּלִי וּמַנִּיחַ תַּחְתֶּיהָ! — בְּגֻולְפֵי חַדְתֵי דִּשְׁכִיחִי דְּפָקְעִי.

Abaye lui objecta : un sauvetage qui n'est pas courant, ils ne l'ont pas permis ?! Mais il a été enseigné : si son tonneau de tevel (produit dont les prélèvements n'ont pas été faits) s'est brisé sur son toit, il apporte un récipient et le place dessous ! - Il s'agit de tonneaux neufs (goulfei), qui se fendent fréquemment.

📜 Rachi (2)
מֵבִיא כְּלִי וְאַף עַל גַּב דְּטֶבֶל דָּבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל הוּא וְחָבִית לָא שְׁכִיחָא דְּפָקְעָה:
Et cela bien que le tevel soit une chose que l'on ne déplace pas, et qu'il ne soit pas fréquent qu'un tonneau se fende.
גֻּולְפֵי חָבִיּוֹת:
Des tonneaux.
💡 Explication

Abaye éprouve le critère de Rabba par un contre-exemple. Le tevel est mouktse, et un tonneau qui se fend est un accident rare ; pourtant la baraita permet d'apporter un récipient pour recueillir le contenu.

La réponse ne conteste pas le critère, elle requalifie le cas : la baraita parle de goulfei 'hadtei, des tonneaux neufs dont l'argile n'a pas encore été éprouvée et qui se fendent souvent. Le sauvetage redevient donc courant.

9
אַיְּתִיבֶיהָ: נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל נִיצוֹצוֹת? — נִיצוֹצוֹת נָמֵי שְׁכִיחִי.

Il lui objecta : on place un récipient sous la lampe pour recueillir les étincelles ! - Les étincelles aussi sont fréquentes.

📜 Rachi (2)
נוֹתְנִין כְּלִי מַתְנִיתִין הִיא וּמוֹתֵיב לֵיהּ מִינָּהּ:
C'est une michna, et il lui objecte à partir d'elle.
נִיצוֹצוֹת שַׁלְהֶבֶת הַנּוֹטֶפֶת מִן הַנֵּר כְּדֵי שֶׁלֹּא יִדְלַק מַה שֶׁתַּחְתֶּיהָ ואע"ג דְּנִיצוֹצוֹת לָא מִיטַּלְטְלִי וְלָא שְׁכִיחִי:
De la flamme qui goutte de la lampe, afin que ne s'enflamme pas ce qui se trouve dessous ; et cela bien que les étincelles ne se déplacent pas et ne soient pas fréquentes.
⚖️ Rosh (1)
וְאֵין נֵיאוֹתִין הֵימֶנּוּ. תָּנוּ רַבָּנַן מוֹתַר הַשֶּׁמֶן שֶׁבַּנֵּר וְשֶׁבַּקְּעָרָה אָסוּר וְר' שִׁמְעוֹן מַתִּיר:
« Et on n'en tire pas profit ». Nos maîtres ont enseigné : le reste de l'huile qui se trouve dans la lampe et dans l'écuelle est défendu ; et Rabbi Chimon permet.
💡 Explication

Seconde objection d'Abaye, tirée d'une michna de la fin du chapitre : on place bien un récipient sous la lampe pour recueillir les nitsotsot, les gouttes enflammées, afin qu'elles ne mettent pas le feu à ce qui se trouve dessous. Elles sont mouktse et leur chute semble rare.

La réponse suit la même méthode qu'au cas précédent : les étincelles tombent fréquemment, le cas relève donc du sauvetage courant. Tossefot avait déjà préparé cette réponse en distinguant deux degrés de fréquence : assez fréquent pour compter comme courant, trop peu pour que l'on songe à placer le récipient avant l'entrée de Chabbat.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).