Shabbat 43a — Priver un ustensile de sa disponibilité, et l'ustensile que l'on ne déplace que pour une chose permise

Shabbat 43a

Sougya : Le folio poursuit l'examen de la règle de Rav 'Hisda : on ne place pas de récipient sous la poule pour recueillir l'œuf pondu le Chabbat. Abaye achève ses objections contre l'explication de Rabba (seul un sauvetage courant a été permis).

Rav Yossef propose une autre raison : placer le récipient revient à le priver de sa disponibilité (mevatel kli mehekhano), et il répond à chaque objection en montrant que l'ustensile reste utilisable. Rabbi Yits'hak va plus loin : un ustensile ne se déplace que pour une chose qui elle-même se déplace le Chabbat ; il écarte les objections par le cas où l'on a besoin de l'emplacement du récipient.

La guemara lui oppose ensuite plusieurs baraitot (œuf, pierres, briques, ruche), chacune expliquée par un objet qui, en réalité, se déplace.

Pourquoi pas de récipient sous la poule ? Trois raisons Rabba Principe On a permis de déplacer un ustensile pour un sauvetage courant (hatsala metsouya) La poule Un œuf qui tombe et se brise est un cas rare Sa réponse type Le cas objecté est en fait fréquent : maisons basses, poutres ou maisons neuves Rav Yossef Principe Il est défendu de priver un ustensile de sa disponibilité (mevatel kli mehekhano) La poule L'œuf mouktse tombe dedans : le récipient devient intouchable Sa réponse type Le récipient reste utilisable : tevel réparable, étincelles sans substance, eau potable, banc lâche Rabbi Yits'hak Principe Un ustensile ne se déplace que pour une chose qui se déplace (davar hanital) La poule Ni dessous, ni même retourné sur l'œuf pour le protéger Sa réponse type Tsarikh limkomo : on avait besoin de l'emplacement du récipient, puis on le pose où l'on veut
Les trois explications de la règle de Rav 'Hisda : leur principe, leur application à la poule, et la manière dont chacune répond aux objections.
Les objections et les réponses de chaque maîtreCas objectéRabbaRav YossefRabbi Yits'hakÉcuelle sur la lampemaisons basses-besoin de l'emplacementPoutre soutenue par un bancpoutres neuvessoutien lâchebesoin de l'emplacementRécipient sous la fuitemaisons neuveseau potablebesoin de l'emplacementTonneau de tevel brisétonneaux neufs (42b)le tevel est moukhanbesoin de l'emplacementRécipient sous les étincellesétincelles fréquentes (42b)sans substancebesoin de l'emplacementPanier devant les poussinssauvetage courantpermis après descentebesoin de l'emplacementRécipient retourné sur l'œuf--besoin de l'emplacementNatte sur des pierres--pierres effilées : se déplacentNatte sur des briques--restes de construction : se déplacentNatte sur une ruche--le miel s'y trouve
Chaque ligne est un texte opposé à la règle de Rav 'Hisda ; chaque colonne donne la réponse propre à l'explication de ce maître. Un tiret signifie que la guemara ne pose pas l'objection à ce maître.
1
אַיְּתִיבֶיהָ: כּוֹפִין קְעָרָה עַל הַנֵּר שֶׁלֹּא יֵאָחֵז בַּקּוֹרָה? — בְּבָתֵּי גְּחִינִי דִּשְׁכִיחַ בְּהוּ דְּלֵיקָה.

Il lui objecta : on retourne une écuelle sur la lampe afin que la flamme ne prenne pas à la poutre ! - Il s'agit de maisons basses (batei ge'hini), où les incendies sont fréquents.

📜 Rachi (2)
אַיְּתִיבֶיהָ כּוֹפִין קְעָרָה שֶׁל חֶרֶס עַל גַּבֵּי הַנֵּר כו':
En terre cuite, sur la lampe, etc.
גְּחִינִי נְמוּכֵין:
Basses.
💡 Explication

Abaye poursuit ses objections contre Rabba, pour qui les Sages n'ont permis de déplacer un ustensile au profit d'un objet que dans un sauvetage courant (hatsala metsouya). La baraita permet de retourner une écuelle sur la lampe pour protéger la poutre du plafond, alors qu'un incendie semble un accident rare.

Rabba requalifie le cas : dans les batei ge'hini, maisons au plafond bas, la flamme atteint facilement les poutres. Le danger y est fréquent, et le sauvetage entre dans ce que les Sages ont permis.

2
וְכֵן קוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה, סוֹמְכִין אוֹתָהּ בַּסַּפְסָל וּבַאֲרֻוכּוֹת הַמִּטָּה! — בִּכְשׁוּרֵי חַדְתֵי דַּעֲבִידִי דְּפָקְעִי.

Et de même, une poutre qui s'est brisée, on la soutient avec un banc ou avec les longerons du lit ! - Il s'agit de poutres neuves (kechourei 'hadtei), qui se fendent fréquemment.

📜 Rachi (5)
וְכֵן קוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה כּוּ' מִשְׁנָה הִיא לְקַמָּן:
C'est une michna, plus loin.
שֶׁנִּשְׁבְּרָה בְּשַׁבָּת:
Pendant Chabbat.
אֲרֻוכּוֹת הַמִּטָּה לימונ"ש:
En langue vernaculaire : limons.
בְּסַפְסָל דִּכְלִי הוּא וּמֻותָּר לְטַלְטְלוֹ:
Car c'est un ustensile, qu'il est permis de déplacer.
בִּכְשׁוּרֵי חַדְתֵי שֶׁלֹּא נִבְדְּקוּ עֲדַייִן וּכְשֶׁמַּכְבִּיד מַשָּׂא הַבַּיִת עֲלֵיהֶן שֶׁהָיוּ טָחִין עַל גַּגּוֹתֵיהֶן בְּטִיט שְׁכִיחִי דְּפָקְעִי:
Qui n'ont pas encore été éprouvées ; lorsque le poids de la maison pèse sur elles, car on enduisait les toits d'argile, elles se fendent fréquemment.
💡 Explication

La michna du chapitre Choel (151b) permet d'étayer une poutre brisée avec un banc ou les arukhot hamita, les longerons du cadre du lit. Rachi précise que le banc est un ustensile que l'on a le droit de déplacer ; la question porte sur la rareté du cas.

Rabba répond par la fréquence : les poutres neuves n'ont pas encore été éprouvées, et la couche d'argile étalée sur le toit les charge lourdement. Elles cèdent souvent.

3
נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַדֶּלֶף בְּשַׁבָּת! — בְּבָתֵּי חַדְתֵי דִּשְׁכִיחִי דְּדָלְפִי.

On place un récipient sous la fuite le Chabbat ! - Il s'agit de maisons neuves, qui fuient fréquemment.

📜 Rachi (1)
תַּחַת הַדֶּלֶף לְקַבְּלוֹ:
Pour la recueillir.
💡 Explication

Dernière objection contre Rabba, et même méthode de réponse : les toits neufs, dont l'argile ne s'est pas encore tassée, laissent passer l'eau. La fuite y est un événement courant.

4
רַב יוֹסֵף אָמַר, הַייְנוּ טַעְמָא דְּרַב חִסְדָּא: מִשּׁוּם דְּקָא מְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכֵנוֹ.

Rav Yossef dit : voici la raison de Rav 'Hisda : parce que l'on prive un ustensile de sa disponibilité (mevatel kli mehekhano).

📜 Rachi (2)
טַעְמָא דְּרַב חִסְדָּא דְּאֵין נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַתַּרְנְגֹולֶת:
Qui a dit que l'on ne place pas de récipient sous la poule.
מִפְּנֵי שֶׁמְּבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ שֶׁהָיָה מוּכָן מִתְּחִלָּה לְטַלְטְלוֹ וְעַכְשָׁיו עוֹשֵׂהוּ מֻוקְצֶה:
Il était disponible au départ pour être déplacé, et maintenant on le rend mouktse.
🗂️ Tossefot (1)
דִּמְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ בְּפֶרֶק בָּתְרָא פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּאָסוּר מִשּׁוּם דְּמִתְחֲזֵי כְּסוֹתֵר וְכָאן פֵּירֵשׁ דַּחֲשִׁיב כְּאִלּוּ מְחַבְּרוֹ שָׁם בְּטִיט:
Au dernier chapitre, Rachi (le Kountres) explique que c'est défendu parce que cela a l'apparence de démolir ; et ici il explique que c'est considéré comme si on le fixait à cet endroit avec de l'argile.
💡 Explication

Rav Yossef abandonne le critère de la fréquence et propose une autre raison. Placer un récipient sous la poule le rend mouktse : dès que l'œuf, lui-même interdit au déplacement, y tombe, le récipient ne peut plus être déplacé. On a ainsi retiré à l'ustensile l'usage auquel il était destiné ; c'est le principe de mevatel kli mehekhano.

Tossefot relève deux explications de Rachi sur la nature de l'interdit : ici, celui qui immobilise l'ustensile est comparé à celui qui le fixerait avec de l'argile, donc à un acte de construction ; au dernier chapitre, cela ressemble à une démolition.

5
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: חָבִית שֶׁל טֶבֶל שֶׁנִּשְׁבְּרָה — מֵבִיא כְּלִי אַחֵר וּמַנִּיחַ תַּחְתֶּיהָ! אֲמַר לֵיהּ: טֶבֶל מוּכָן הוּא אֵצֶל שַׁבָּת, שֶׁאִם עָבַר וְתִקְּנוּ — מְתֻוקָּן.

Abaye lui objecta : un tonneau de tevel qui s'est brisé, on apporte un autre récipient et on le place dessous ! Il lui répondit : le tevel est disponible (moukhan) à l'égard de Chabbat, car si l'on a transgressé et qu'on l'a rectifié, il est rectifié.

📜 Rachi (1)
מוּכָן הוּא שֶׁאֵין בּוֹ מֻוקְצֶה אֶלָּא אִיסּוּרוֹ וְאִם בָּא אֶחָד וְעָבַר עַל דִּבְרֵי חֲכָמִים שֶׁאָסְרוּ לִתְרֹום בְּשַׁבָּת וְתִיקְּנוּ מְתֻוקָּן וּמֻותָּר לְטַלְטְלוֹ וּלְאוֹכְלוֹ הִלְכָּךְ לָאו מְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ חֲשִׁיב לֵיהּ:
Il n'y a pas en lui de mouktse, seulement son interdit. Si quelqu'un vient transgresser les paroles des Sages, qui ont interdit de prélever la terouma le Chabbat, et le rectifie, il est rectifié, et il est permis de le déplacer et de le manger. C'est pourquoi on ne le considère pas comme privant un ustensile de sa disponibilité.
🗂️ Tossefot (1)
טֶבֶל מוּכָן הוּא אֵצֶל שַׁבָּת אַף עַל פִּי שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלוֹ כְּדִתְנַן בְּפֶרֶק מְפַנִּין (לְקַמָּן שַׁבָּת קכו:) מ"מ לָא חֲשִׁיב מְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ כֵּיוָן דְּאִם עָבַר וְתִיקְּנוֹ מְתֻוקָּן ק' לְרַשְׁבָּ"א דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת תְּרוּמוֹת בפ"ב (מִשְׁנָה ג) וּמַיְיתִי לָהּ בְּהַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין נד.) הַמְעַשֵּׂר בַּשַּׁבָּת בְּשׁוֹגֵג יֹאכַל בְּמֵזִיד לֹא יֹאכַל וְלִישָּׁנָא דְּקָאָמַר הָכָא אִם עָבַר וְתִיקְּנוֹ מַשְׁמַע בְּמֵזִיד מִדְּלָא קָאָמַר שֶׁאִם שָׁגַג וְתִיקְּנוֹ וְנִרְאֶה דִּנְקַט עָבַר כְּגוֹן דְּלֵית לֵיהּ פֵּירֵי אַחֲרֵינִי דְּאָמַר בְּבֵיצָה בְּפֶרֶק י"ט (דַּף יז:) דַּאֲפִילּוּ בְּמֵזִיד יֹאכַל עוֹד הִקְשָׁה דִּבְפֶרֶק בָּתְרָא (דַּף קנד:) תַּנְיָא הָיְתָה בְּהֶמְתּוֹ טְעוּנָה טֶבֶל וַעֲשָׁשִׁית מַתִּיר אֶת הַחֲבָלִים וְהַשַּׂקִּים נוֹפְלִים ואע"פ שֶׁמִּשְׁתַּבְּרִין מַשְׁמַע דְּאָסוּר לְהַנִּיחַ תַּחְתֵּיהֶן כָּרִים וּכְסָתוֹת אַלְמָא טֶבֶל לָאו מוּכָן הוּא ואור"י דְּאַף עַל פִּי שֶׁמִּשְׁתַּבְּרִין לָא קָאֵי אַטֶּבֶל אֶלָּא אַעֲשָׁשִׁית וְעוֹד הִקְשָׁה כִּי הֵיכִי דְּאָמַר דְּאִם עָבַר וְתִיקְּנוֹ מְתֻוקָּן ה"נ כְּשֶׁמַּנִּיחַ כְּלִי תַּחַת תַּרְנְגֹולֶת לְקַבֵּל בֵּיצָתָהּ נֵימָא שֶׁאִם עָבַר וְהֵסִיר הַבֵּיצָה מֻותָּר הַכְּלִי לְטַלְטֵל וְאִם כֵּן בִּיטַּלְתָּ תּוֹרַת בִּיטּוּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ וְלָאו פִּירְכָא הִיא דְּהָא כְּמוֹ שֶׁהַכְּלִי עִם הַבֵּיצָה אֵין לָהּ הֶיתֵּר אֲבָל טֶבֶל יֵשׁ לוֹ הֶיתֵּר עַל יְדֵי תִּיקּוּן וְעוֹד הִקְשָׁה הֵיכָא דְּאִית לֵיהּ פֵּירֵי אַחֲרִינֵי בְּשׁוֹגֵג אַמַּאי יֹאכַל נֵימָא מִגּוֹ דְּאִיתְקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת אִיתַּקְצַאי לְכֻולֵּי יוֹמָא וְעוֹד מ"ש דְּהָכָא אָמַר דְּאִם עָבַר וְתִיקְּנוֹ מְתֻוקָּן וּבְבֵיצָה בְּפֶ' אֵין צָדִין (בֵּיצָה דַּף כו: וְשָׁם) גַּבֵּי בְּכוֹר לר"ש דְּאָמַר אֵין רוֹאִין מוּמִין בְּי"ט אָמַר. שֶׁאִם עָבַר וּבִיקְּרוֹ אֵינוֹ מְבֻוקָּר וְאַדָּא בַּר אֻוכְּמֵי דְּאָמַר בְּשׁוֹגֵג מְבֻוקָּר אָמְרִינַן הָתָם דְּלֵיתָא דִּמְשַׁבֵּשׁ וְתָנֵי:
Bien qu'il soit défendu de le déplacer, comme nous l'avons appris au chapitre Mefanin (plus loin, Chabbat 126b), on ne le considère pas pour autant comme privant l'ustensile de sa disponibilité, puisque, si l'on a transgressé et qu'on l'a rectifié, il est rectifié. Le Rachba objecte : nous avons appris dans le traité Teroumot, au chapitre 2 (michna 3), et on le cite au chapitre Hanizakin (Guittin 54a) : celui qui prélève la dîme le Chabbat par inadvertance, il peut manger ; délibérément, il ne peut pas manger. Or l'expression employée ici, si l'on a transgressé et qu'on l'a rectifié, laisse entendre qu'il s'agit d'un acte délibéré, puisqu'il n'est pas dit : si l'on a agi par erreur et qu'on l'a rectifié. Il semble que l'on emploie le mot transgressé dans le cas où l'on n'a pas d'autres fruits, car il est dit dans Beitsa, au chapitre Yom tov (17b), que dans ce cas il peut manger même s'il a agi délibérément. Il objecte encore : au dernier chapitre (154b), il est enseigné : si sa bête était chargée de tevel et de lampes de verre, il défait les cordes et les sacs tombent, bien qu'ils se brisent. Cela laisse entendre qu'il est défendu de placer sous eux des coussins et des couvertures ; le tevel n'est donc pas disponible. Le Ri répond : bien qu'ils se brisent ne se rapporte pas au tevel mais aux lampes de verre. Il objecte encore : de même qu'on dit que si l'on a transgressé et rectifié le tevel, il est rectifié, disons aussi, lorsqu'on place un récipient sous la poule pour recueillir son œuf, que si l'on a transgressé et retiré l'œuf, il est permis de déplacer le récipient ; on aurait alors annulé toute la notion de privation d'un ustensile de sa disponibilité. Ce n'est pas une réfutation : tant que le récipient contient l'œuf, il n'a aucune voie de permission, alors que le tevel a une voie de permission par la rectification. Il objecte encore : lorsqu'on a d'autres fruits et qu'on a prélevé par inadvertance, pourquoi peut-on manger ? Disons : puisqu'il a été rendu mouktse pour bein hachmachot, il est mouktse pour toute la journée. Et encore : quelle différence entre ce texte-ci, où l'on dit que si l'on a transgressé et rectifié, il est rectifié, et Beitsa, au chapitre Ein tsadin (Beitsa 26b), au sujet du premier-né (bekhor) selon Rabbi Chimon, qui dit que l'on n'examine pas les défauts le jour de fête, où l'on dit que si l'on a transgressé et examine, il n'est pas examiné ? Et quant à Ada bar Oukhmi, qui dit que par inadvertance il est examiné, nous disons là-bas que son enseignement est sans valeur, car il enseigne un texte corrompu.
💡 Explication

Abaye oppose à Rav Yossef le cas du tevel (produit dont les prélèvements n'ont pas été faits) : on place un récipient sous le tonneau brisé, et le tevel qui y coule est interdit au déplacement. Le récipient semble donc privé de sa disponibilité.

Rav Yossef répond que le tevel est moukhan (disponible) pour Chabbat. Son interdit tient à une cause que l'homme peut lever : prélever la terouma le Chabbat est un interdit rabbinique, et si on le fait malgré tout, le produit devient permis. Le récipient garde donc une voie d'usage. L'œuf de la poule n'a aucune voie semblable.

Tossefot éprouve cette réponse par plusieurs textes et précise la distinction : ce qui compte est l'existence d'une voie de permission pour le contenu lui-même.

6
נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל נִיצוֹצוֹת! אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: נִיצוֹצוֹת אֵין בָּהֶן מַמָּשׁ.

On place un récipient sous la lampe pour recueillir les étincelles ! Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, dit : les étincelles n'ont pas de substance.

📜 Rachi (1)
אֵין בָּהֶן מַמָּשׁ וּמֻותָּר לִיטְּלָן אַחַר שֶׁנָּפְלוּ לְתוֹכוֹ:
Et il est permis de prendre le récipient après qu'elles y sont tombées.
💡 Explication

Les nitsotsot sont les gouttes enflammées qui tombent de la mèche. Elles s'éteignent et se consument en tombant, et rien de mouktse ne reste dans le récipient. Celui-ci demeure donc déplaçable, et on ne l'a pas privé de sa disponibilité.

7
וְכֵן קוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה, סוֹמְכִין אוֹתָהּ בְּסַפְסָל אוֹ בַּאֲרֻוכּוֹת הַמִּטָּה! — דְּרָפֵי, דְּאִי בָּעֵי שָׁקֵיל לֵיהּ.

Et de même, une poutre qui s'est brisée, on la soutient avec un banc ou avec les longerons du lit ! - Il s'agit d'un soutien lâche, de sorte que, s'il le veut, il retire le banc.

📜 Rachi (1)
וְכֵן קוֹרָה כו' קס"ד שֶׁמְּהַדְּקוֹ שָׁם וְאֵינוֹ יָכוֹל שׁוּב לִיטְלוֹ:
La guemara supposait au départ qu'il le serre à cet endroit et ne peut plus le retirer.
💡 Explication

Si le banc était coincé sous la poutre, on ne pourrait plus le reprendre et il serait immobilisé. La guemara explique que le banc touche la poutre sans la porter entièrement : il reste possible de le retirer quand on le veut, et l'ustensile garde sa disponibilité.

8
נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַדֶּלֶף בְּשַׁבָּת! — בְּדֶלֶף הָרָאוּי.

On place un récipient sous la fuite le Chabbat ! - Il s'agit d'une fuite dont l'eau est propre à boire.

📜 Rachi (1)
הָרָאוּי לִשְׁתִיָּה כָּל אֵלּוּ מִשְׁנָיוֹת הֵן:
Propre à la boisson. Toutes celles-ci sont des michnayot.
💡 Explication

L'eau de pluie qui coule d'un toit sale est impropre et devient mouktse dans le récipient. Si l'eau est potable, elle a un usage le Chabbat, on peut la déplacer, et le récipient qui la contient reste disponible.

9
כּוֹפִין אֶת הַסַּל לִפְנֵי הָאֶפְרוֹחִין שֶׁיַּעֲלוּ וְיֵרְדוּ! קָסָבַר מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ. וְהָתַנְיָא, אָסוּר לְטַלְטְלוֹ? בְּעוֹדָן עָלָיו. וְהָתַנְיָא, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין עוֹדָן עָלָיו — אָסוּר! אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: בְּעוֹדָן עָלָיו כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. מִיגּוֹ דְּאִיתְקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת — אִיתַּקְצַאי לְכֻולֵּי יוֹמָא.

On retourne le panier devant les poussins pour qu'ils y montent et en descendent ! - Il est d'avis qu'il est permis de le déplacer. Mais n'a-t-il pas été enseigné qu'il est défendu de le déplacer ? - Tant qu'ils sont dessus.

Mais n'a-t-il pas été enseigné : même s'ils ne sont plus dessus, c'est défendu ! Rabbi Abahou dit : il s'agit du cas où ils étaient dessus pendant tout bein hachmachot ; puisqu'il a été rendu mouktse pour bein hachmachot, il est rendu mouktse pour toute la journée.

📜 Rachi (1)
כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אֲבָל נְתָנוֹ שָׁם מִשֶּׁחָשֵׁיכָה מֻותָּר לִיטְלוֹ אִם אֵין הָאֶפְרוֹחִים עָלָיו:
Mais si on l'a placé là après la tombée de la nuit, il est permis de le prendre si les poussins ne sont pas dessus.
🗂️ Tossefot (3)
כּוֹפִין אֶת הַסַּל לְעֵיל לָא מָצֵי פָּרֵיךְ מִינָּהּ דְּהַצָּלָה מְצוּיָה הִיא:
Plus haut, contre Rabba, on ne pouvait pas objecter à partir de ce texte, car il s'agit d'un sauvetage courant.
בְּעוֹדָן עָלָיו אֲבָל אַחַר שֶׁיָּרְדוּ מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ נִרְאֶה לר"י דְּקָסָבַר דְּאֵין מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת דְּלָמֶ"ד בְּפֶ' אֵין צָדִין (בֵּיצָה כו: וְסַם). דְּיֵשׁ מֻוקְצֶה אָסוּר לְטַלְטְלוֹ אַף אַחַר שֶׁיָּרְדוּ וְקָשֶׁה לְרַשְׁבָּ"א לָמֶ"ד יֵשׁ מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת אַמַּאי כּוֹפִין אֶת הַסַּל לִפְנֵי הָאֶפְרוֹחִים וְהָא מְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ וקי"ל דְּאָסוּר לְבַטְּלוֹ דִּבְסוֹף פִּירְקִין פָּרִיךְ סְתָמָא דְּהַשַּׁ"ס וְהָא קָא מְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכֵנוֹ וְכֵן בְּפָ' מְפַנִּין (לְקַמָּן שַׁבָּת קכח:) וּבְפֶ' בָּתְרָא (דַּף קנד:) פָּרִיךְ אַלִּיבָּא דְּרַב הוּנָא אע"ג דְּלָא מָצִינוּ שֶׁהָיָה סוֹבֵר כֵּן מַשְׁמַע דלכ"ע אָסוּר לְבַטֵּל כְּלִי מֵהֶיכֵנוֹ וְכֵן אֲפָרֵשׁ בְּסָמוּךְ וי"ל דְּלָמֶ"ד יֵשׁ מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת הַךְ דְּכוֹפִין אֶת הַסַּל מוּקֵי כר"ש דִּלְדִידֵיהּ וַדַּאי שָׁרִי לְטַלְטֵל הַסַּל כְּשֶׁיָּרְדוּ דְּאַפֵּי' מִיגּוֹ דְּאִיתְקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת אִיתַּקְצַאי לְכֻולֵּי יוֹמָא לֵית לֵיהּ דְּהָא מַתִּיר לְהִסְתַּפֵּק מִן הַנֵּר שֶׁכָּבָה א"נ הָא דְּיֵשׁ מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת הַייְנוּ לַאֲכִילָה וְלֹא לְטִלְטוּל וא"ת רַב יוֹסֵף דִּמְפָרֵשׁ מַתְנֵי' מִשּׁוּם דְּאָסוּר לְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ לָא אָתְיָא מַתְנֵי' כר"ש דִּלְדִידֵיהּ לָא מְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ כֵּיוָן דְּשָׁרֵי לְאַחַר שֶׁכָּבָה כִּי הֵיכִי דְּלָא חָשְׁבִינַן הָכָא כְּפִיַּית הַסַּל בִּיטּוּל כְּלִי מִשּׁוּם דְּשָׁרֵי אַחַר שֶׁיָּרְדוּ וי"ל דְּלָא דָּמֵי דְּהָכָא. וַדַּאי לָא חֲשִׁיב בִּיטּוּל כְּלִי כִּי מִיָּד כְּשֶׁבָּאוּ עַל הַסַּל בְּיָדוֹ לְהַפְרִיחָם וּלְהַבְרִיחָם מִשָּׁם:
Mais après qu'ils sont descendus, il est permis de le déplacer. Il semble au Ri que la guemara est d'avis qu'il n'y a pas de mouktse pour une moitié de Chabbat, car selon celui qui dit, au chapitre Ein tsadin (Beitsa 26b), qu'il y a mouktse pour une moitié de Chabbat, il est défendu de le déplacer même après qu'ils sont descendus. Le Rachba objecte : selon celui qui dit qu'il y a mouktse pour une moitié de Chabbat, pourquoi retourne-t-on le panier devant les poussins ? On prive pourtant un ustensile de sa disponibilité, et nous tenons qu'il est défendu de l'en priver : à la fin de notre chapitre, la guemara anonyme objecte : mais on prive un ustensile de sa disponibilité ! De même au chapitre Mefanin (plus loin, Chabbat 128b) ; et au dernier chapitre (154b) on objecte selon Rav Houna, bien que nous ne trouvions pas qu'il ait tenu cela. Cela laisse entendre que selon tous il est défendu de priver un ustensile de sa disponibilité, et je l'expliquerai plus loin. On peut répondre : selon celui qui dit qu'il y a mouktse pour une moitié de Chabbat, ce texte du panier retourné est établi selon Rabbi Chimon, car selon lui il est certainement permis de déplacer le panier une fois qu'ils sont descendus : il n'admet même pas la règle puisqu'il a été rendu mouktse pour bein hachmachot, il est rendu mouktse pour toute la journée, puisqu'il permet de se servir de l'huile de la lampe qui s'est éteinte. Ou bien : la règle selon laquelle il y a mouktse pour une moitié de Chabbat vaut pour la consommation et non pour le déplacement. Et si tu objectes : selon Rav Yossef, qui explique notre michna par l'interdit de priver un ustensile de sa disponibilité, notre michna ne suit pas Rabbi Chimon, car selon lui on ne prive pas l'ustensile, puisqu'il permet l'huile après que la lampe s'est éteinte, de même qu'ici nous ne considérons pas le fait de retourner le panier comme une privation de l'ustensile parce qu'il est permis après qu'ils sont descendus. On peut répondre que ce n'est pas comparable : ici, ce n'est certainement pas considéré comme une privation de l'ustensile, car dès qu'ils sont venus sur le panier, il est en son pouvoir de les faire s'envoler et de les chasser de là.
בְּעוֹדָן עָלָיו כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת תֵּימַהּ הָא כֵּיוָן דִּבְיָדוֹ לְהַפְרִיחָם לְמַטָּה הָוֵי גְּמָרוֹ בִּידֵי אָדָם וְלֵית לָן לְמֵימַר מִיגּוֹ דְּאִיתְקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת כִּדְמוֹכַח בְּפֶ' אֵין צָדִין (בֵּיצָה כו:) דְּפָרִיךְ ר' זֵירָא לָמֶ"ד יֵשׁ מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת וְהָא פּוֹלִין וַעֲדָשִׁים דִּמְבַשְּׁלִים בי"ט דְּמֵעִיקָּרָא חֲזוּ לְכוֹס כִּי שְׁדִינְהוּ בִּקְדֵרָה חַיְיתָא אִידְּחוֹ לְהוּ גְּמַר בִּישּׁוּלַייְהוּ אִישְׁתְּרוֹ לְהוּ א"ל אַבָּיֵי וּלְטַעְמָיךְ תִּקְשֵׁי לָךְ קְדֵירוֹת דְּעָלְמָא דְּהָא קְדֵירוֹת דְּשַׁבְּתָא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת רוֹתְחוֹת הֵן וּלְאוּרְתָּא קָא אָכְלִינַן מִינַּייְהוּ אֶלָּא גְּמָרוֹ בִּידֵי אָדָם לָא קָמִבַּעְיָא לֵיהּ כִּי קָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ גָּמְרוּ בִּידֵי שָׁמַיִם וְי"ל דְּשָׁאנֵי קְדֵירוֹת אִם הֲוָה צָרִיךְ לְהוּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת הָיָה מְקָרְרָן וְכֵן פּוֹלִין וַעֲדָשִׁים רְצוֹנוֹ שֶׁיִּתְבַּשְּׁלוּ בְּלֹא שׁוּם דִּיחוּי אֲבָל הָכָא רְצוֹנוֹ הָיָה שֶׁיַּעֲלוּ הָאֶפְרוֹחִין עַל הַסַּל שֶׁלְּכָךְ כְּפָאוֹ וַהֲרֵי שָׁעָה אַחַת הִקְצָה אוֹתוֹ לְצָרְכָן וּמִיגּוֹ דְּאִיתַּקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת אִיתַּקְצַאי לְכֻולֵּי יוֹמָא:
C'est étonnant : puisqu'il est en son pouvoir de les faire descendre, c'est un achèvement par main d'homme (gmaro bidei adam), et nous ne devrions pas dire : puisqu'il a été rendu mouktse pour bein hachmachot. C'est ce que montre le chapitre Ein tsadin (Beitsa 26b), où Rabbi Zeira objecte à celui qui dit qu'il y a mouktse pour une moitié de Chabbat : mais les fèves et les lentilles que l'on cuit le jour de fête ! Au départ elles étaient bonnes à croquer ; quand on les jette dans la marmite, encore crues, elles sont écartées ; une fois leur cuisson achevée, elles redeviennent permises. Abaye lui répondit : selon ton raisonnement, les marmites ordinaires te poseraient problème : les marmites de Chabbat sont bouillantes pendant bein hachmachot, et le soir nous en mangeons. Il faut donc dire : un achèvement par main d'homme ne lui pose pas de question ; sa question porte sur un achèvement par le Ciel (gmaro bidei chamayim). On peut répondre que les marmites sont différentes : s'il en avait eu besoin pendant bein hachmachot, il les aurait refroidies ; de même pour les fèves et les lentilles, il veut qu'elles cuisent sans aucune mise à l'écart. Mais ici, sa volonté était que les poussins montent sur le panier, et c'est pour cela qu'il l'a retourné ; il l'a donc réservé pour un moment à leur usage, et puisqu'il a été rendu mouktse pour bein hachmachot, il est rendu mouktse pour toute la journée.
💡 Explication

Le panier retourné devant les poussins leur sert de marchepied. Les poussins sont mouktse, et le panier semble privé de sa disponibilité. Rav Yossef répond que le panier reste déplaçable dès que les poussins en sont descendus : l'immobilisation n'est que provisoire.

Deux baraitot semblent le contredire. La première parle du moment où ils sont dessus. La seconde interdit même après leur descente ; Rabbi Abahou la rapporte au cas où ils sont restés dessus pendant tout bein hachmachot (le crépuscule du vendredi). Le statut d'un objet pour tout le Chabbat se fixe à ce moment : migo deitkatsai lebein hachmachot, itkatsai lekhouleih yoma.

Tossefot demande pourquoi ce principe s'applique alors que l'homme peut chasser les poussins à tout instant. Réponse : il a lui-même voulu que les poussins occupent le panier, et cette destination volontaire le rend mouktse.

🖼️ Schéma
Le panier des poussins : tout se joue à bein hachmachot Veille de Chabbat bein hachmachot Jour de Chabbat Cas 1 poussins dessus mouktse toute la journée, même après leur descente Cas 2 poussins dessus descendus : permis (panier posé après la tombée de la nuit, Rachi) Règle : ce qui a été rendu mouktse pendant bein hachmachot l'est pour tout le Chabbat (migo deitkatsai lebein hachmachot)
Le moment où les poussins occupent le panier décide de son statut pour tout le Chabbat.
10
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: כְּשֵׁם שֶׁאֵין נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת תַּרְנְגֹולֶת לְקַבֵּל בֵּיצָתָהּ — כָּךְ אֵין כּוֹפִין עָלֶיהָ כְּלִי בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תִּשָּׁבֵר. קָסָבַר: אֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְדָבָר הַנִּיטָּל בְּשַׁבָּת. אַיְּתִיבֶיהָ כָּל הָנֵי תְּיוּבְתָּא, וּשְׁנֵי: בְּצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ.

Rabbi Yits'hak dit : de même que l'on ne place pas de récipient sous la poule pour recueillir son œuf, de même on ne retourne pas de récipient sur l'œuf afin qu'il ne se brise pas. Il est d'avis qu'un ustensile ne se déplace que pour une chose qui se déplace le Chabbat.

On lui objecta toutes ces objections, et il répondit : il s'agit du cas où il a besoin de son emplacement.

📜 Rachi (1)
בְּצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בִּמְקוֹם הַכְּלִי וּמִתּוֹךְ שֶׁיָּכוֹל לִיטְלוֹ לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ מוֹלִיכוֹ לְמָקוֹם שֶׁיִּרְצֶה:
Pour se servir de l'emplacement de l'ustensile ; et puisqu'il peut le prendre pour les besoins de son emplacement, il l'emporte à l'endroit qu'il veut.
🗂️ Tossefot (1)
וּשְׁנֵי לֵיהּ בְּצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ הַהִיא דְּנוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַדֶּלֶף אִיכָּא נָמֵי לְשַׁנּוֹיֵי בְּדֶלֶף הָרָאוּי כִּדְשַׁנִּי לְעֵיל וּבְפֶרֶק מַשִּׁילִין (בֵּיצָה לו. וְשָׁם) מְשַׁנֵּי לֵיהּ הָכִי לְרַבִּי יִצְחָק תֵּימַהּ לר"י מ"ש דְּגַבֵּי שֶׁמֶן תַּנָּא אֵין נוֹתְנִין וְגַבֵּי נִיצוֹצוֹת נוֹתְנִין בְּתַרְוַיְיהוּ הֲוָה מָצֵי לְמִתְנֵי נוֹתְנִין בְּצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ אוֹ בְּתַרְוַייְהוּ אֵין נוֹתְנִין בְּאֵין צָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ וְנִרְאֶה לר"י דְּמֵעִיקָּרָא אַשְׁמְעִינַן דְּאֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְדָבָר הַנִּיטָּל בְּשַׁבָּת וְגַבֵּי נִיצוֹצוֹת דְּבָתַר הָכִי אַשְׁמְעִינַן דִּבְצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ שָׁרִי אִי נָמֵי ר' יִצְחָק אִית לֵיהּ נָמֵי דְּאָסוּר לְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ וּלְהָכִי גַּבֵּי שֶׁמֶן אֵין נוֹתְנִין אֲפִילּוּ בְּצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ וּלְרַב הוּנָא נְפָרֵשׁ בְּסָמוּךְ דְּאִית לֵיהּ נָמֵי תַּרְוַיְיהוּ אֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְדָבָר הַנִּיטָּל וְאָסוּר לְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ וְאִם נֹאמַר דִּלְרַב יוֹסֵף לָא אָתְיָא מַתְנִיתִין כר"ש דְּכֵיוָן דִּלְדִידֵיהּ מֻותָּר לְאַחַר שֶׁכָּבָה לָא חֲשִׁיב בִּיטּוּל כְּלִי אִם כֵּן מָצֵינַן לְמֵימַר דַּאֲפִילּוּ רַבָּה אִית לֵיהּ דְּאָסוּר לְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ וְאִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר דְּהַצָּלָה שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה לֹא הִתִּירוּ כְּדֵי לְאוֹקְמָה מַתְנִיתִין כר"ש וא"ת מַאי צָרִיךְ בְּכָל הָנֵי מִשְׁנָיוֹת לְאַשְׁמְעִינַן דִּבְצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ שָׁרִי וְיֵשׁ לוֹמַר דִּלְגַבֵּי נִיצוֹצוֹת אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִינַן דְּלָא תֵּימָא אֲפִילּוּ בְּצָרִיךְ. לִמְקוֹמוֹ אָסוּר מִשּׁוּם דִּילְמָא אָתֵי לְכַבּוּיֵי וְכֵן הַהִיא דְּכוֹפִין קְעָרָה שֶׁלֹּא תֶּאֱחֹוז כו' וְהַהִיא דְּקוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה נִרְאֶה לְרַשְׁבָּ"א דְּאִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִינַן דְּלָא חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יַעֲלֶה אֶת הַקּוֹרָה דְּאָסוּר לְהַעֲלוֹת כְּדִתְנַן בְּפֶ' שׁוֹאֵל (לְקַמָּן שַׁבָּת קנא:) וְכֵן קוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה סוֹמְכִין אוֹתָהּ כו' לֹא שֶׁתַּעֲלֶה אֶלָּא שֶׁלֹּא תּוֹסִיף:
Celle selon laquelle on place un récipient sous la fuite, on pourrait aussi la résoudre par une fuite dont l'eau est potable, comme on l'a résolu plus haut ; et au chapitre Machilin (Beitsa 36a) c'est ainsi qu'on la résout pour Rabbi Yits'hak. Le Ri s'étonne : pourquoi, au sujet de l'huile, le Tanna enseigne-t-il on ne place pas, et au sujet des étincelles on place ? Dans les deux cas il aurait pu enseigner on place, lorsqu'on a besoin de l'emplacement, ou dans les deux cas on ne place pas, lorsqu'on n'en a pas besoin. Il semble au Ri qu'au début le Tanna nous enseigne qu'un ustensile ne se déplace que pour une chose qui se déplace, et qu'au sujet des étincelles, qui viennent après, il nous enseigne que, lorsqu'on a besoin de l'emplacement, c'est permis. Ou bien : Rabbi Yits'hak tient aussi qu'il est défendu de priver un ustensile de sa disponibilité, et c'est pourquoi, pour l'huile, on ne place pas de récipient même si l'on a besoin de l'emplacement. Quant à Rav Houna, nous expliquerons plus loin qu'il tient lui aussi les deux règles : un ustensile ne se déplace que pour une chose qui se déplace, et il est défendu de priver un ustensile de sa disponibilité. Et si nous disons que selon Rav Yossef notre michna ne suit pas Rabbi Chimon, parce que selon lui, puisqu'il est permis de se servir de l'huile après extinction, il n'y a pas de privation de l'ustensile, alors nous pouvons dire que même Rabba tient qu'il est défendu de priver un ustensile de sa disponibilité, et qu'il a eu besoin de dire qu'on n'a pas permis un sauvetage non courant afin d'établir notre michna selon Rabbi Chimon. Et si tu demandes : pourquoi fallait-il, dans toutes ces michnayot, nous enseigner que lorsqu'on a besoin de l'emplacement c'est permis ? On peut répondre : au sujet des étincelles, il fallait nous l'enseigner pour que tu ne dises pas que même lorsqu'on a besoin de l'emplacement c'est défendu, de crainte qu'on en vienne à éteindre ; de même pour celle de l'écuelle retournée afin que la flamme ne prenne pas, etc. ; et quant à celle de la poutre qui s'est brisée, il semble au Rachba qu'il fallait nous enseigner que nous ne craignons pas qu'on soulève la poutre, ce qui est défendu, comme nous l'avons appris au chapitre Choel (plus loin, Chabbat 151b) : et de même une poutre qui s'est brisée, on la soutient, etc., non pour qu'elle remonte, mais pour qu'elle ne s'affaisse pas davantage.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מ"ט שָׁרוּ רַבָּנָן לְמֵיתַב כִּיסוֹ לְנָכְרִי קִים לְהוּ לְרַבָּנַן דְּאֵין אָדָם מַעֲמִיד עַצְמוֹ עַל מָמוֹנוֹ וְאִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ אָתֵי לְאֵתוֹיֵי ד' אַמּוֹת בר"ה. אָמַר רָבָא דַּווְקָא כִּיסוֹ אֲבָל מְצִיאָה לָא. וְאִם אֵין עִמּוֹ נָכְרִי וְכוּ' טַעְמָא דְּאֵין עִמּוֹ נָכְרִי הָא יֵשׁ עִמּוֹ נָכְרִי יָהֵיב לֵיהּ. מ"ט. חֲמוֹר אַתָּה מְצֻוֶּוה עַל שְׁבִיתָתוֹ נָכְרִי אִי אַתָּה מְצֻווֶּה עַל שְׁבִיתָתוֹ. חֲמוֹר וְחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן אַחֲמוֹר מַנַּח לֵיהּ. לְחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן לָא יָהֵיב לֵיהּ. מ"ט הָנֵי אָדָם וַחֲמוֹר לָאו אָדָם. חֵרֵשׁ וְשׁוֹטֶה לְשׁוֹטֶה יָהֵיב לֵיהּ לְחֵרֵשׁ לָא יָהֵיב לֵיהּ. שׁוֹטֶה וְקָטָן לְשׁוֹטֶה יָהֵיב לֵיהּ לְקָטָן לָא יָהֵיב לֵיהּ. אִיבַּעְיָא לְהוּ חֵרֵשׁ וְקָטָן מַאי. אִיכָּא דְּאָמְרִי לְחֵרֵשׁ יָהֵיב לֵיהּ וְאִיכָּא דְּאָמְרִי לְקָטָן. וְכֵיוָן דְּלָא אִיפְּסִיק בְּהֶדְיָא הִלְכְתָא דַּעֲבִיד כִּי הַאי לִישָּׁנָא עֲבִיד וּדְעָבִיד כִּי הַאי לִישָּׁנָא עֲבִיד. אֵין עִמּוֹ לֹא נָכְרִי וְלֹא חֲמוֹר וְלֹא חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן מַאי. אָמַר ר' יִצְחָק עוֹד אַחֶרֶת הָיְתָה וְלֹא רָצוּ חֲכָמִים לְגַלּוֹתָהּ. מוֹלִיכוֹ פָּחוֹת פָּחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹת. אָמַר מָר אֵין עִמּוֹ נָכְרִי וְכוּ' וַהֲלֹא מְחַמֵּר וְרַחֲמָנָא אָמַר לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה. אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה מַנִּיחוֹ עָלֶיהָ כְּשֶׁהִיא מְהַלֶּכֶת סוֹף סוֹף אִי אֶפְשָׁר דְּלָא קָיְימָא פֻּורְתָּא לְהַשְׁתִּין מַיִם וּלְהַטִּיל גְּלָלִים וְקָאָתֵי לְמֶיעְבַּד עֲקִירָה וְהַנָּחָה. תְּנָא כְּשֶׁהִיא מְהַלֶּכֶת מַנִּיחוֹ עָלֶיהָ וּכְשֶׁהִיא עוֹמֶדֶת נוֹטְלוֹ הֵימֶנָּה. אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה הָיְתָה חֲבִילָתוֹ מֻונַּחַת עַל כְּתֵיפוֹ רָץ תַּחְתֶּיהָ עַד שֶׁמַּגִּיעַ לְבֵיתוֹ. וְדַוְקָא רָץ אֲבָל קַלִּי קַלִּי לָא. מַאי טַעְמָא כֵּיוָן דְּלֵית לֵיהּ הֶיכֵּירָא אָתֵי לְמִיעְבַּד עֲקִירָה וְהַנָּחָה. סוֹף סוֹף כִּי מָטֵי לְבֵיתֵיהּ אִי אֶפְשָׁר דְּלָא קָאֵי וְקָמְעַיֵּיל מר"ה לרה"י דְּזָרֵיק לֵיהּ כִּלְאַחַר יָד. הִגִּיעַ לֶחָצֵר הַחִיצוֹנָה כּוּ' אָמַר רַב הוּנָא הָיְתָה בְּהֶמְתּוֹ טְעוּנָה כְּלֵי זְכוּכִית כְּגוֹן קַרְנֵי דְּאֻומָּנָא דְּאָסוּר לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם דְּלָא חַזְייָן מֵבִיא כָּרִים וּכְסָתוֹת וּמַנִּיחַ תַּחְתֵּיהֶן וּמַתִּיר אֶת הַחֲבָלִים וְהַשַּׂקִּים נוֹפְלִין. וְדַוְקָא בִּשְׁלִיפֵי זוּטְרֵי דְּאִי בָּעֵי שָׁמֵיט לְהוּ לְכָרִים וּכְסָתוֹת מִתּוּתֵיהּ וְלָא קָא מְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכֵנוֹ. מֵהָא שָׁמְעִינַן דְּלֵית הִלְכְתָא כַּר' יִצְחָק דְּאָמַר בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מג.) דְּאֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְדָבָר הַנִּיטָּל דְּהָא אוֹקִימְנָא בְּקַרְנֵי דְּאֻומָּנָא דְּלָא חַזְייָן וְקָאָמַר דְּמֵבִיא כָּרִים וּכְסָתוֹת וּמַנִּיחַ תַּחְתֵּיהֶן. תַּנְיָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר הָיְתָה בְּהֶמְתּוֹ טְעוּנָה שְׁלִיף שֶׁל תְּבוּאָה מַכְנִיס רֹאשׁוֹ תַּחְתֶּיהָ וּמְסַלְּקוֹ לְצַד אֶחָד וְהוּא נוֹפֵל מֵאֵלָיו. אַבַּיֵּי אַשִּׁכְחֵיהּ לְרַבָּה דְּקָמַשְׁפַּשֵּׁף לִבְרֵיהּ אַגַּבָּא דְּחַמְרָא. א"ל וְהָא קָא מִשְׁתַּמֵּשׁ מָר בְּבַעֲלֵי חַיִּים. אֲמַר לֵיהּ צְדָדִין נִינְהוּ וּצְדָדִין. לֹא גָּזְרוּ בְּהוּ רַבָּנָן. וְאַסִּיקְנָא וְהִלְכְתָא צְדָדִין אֲסוּרִין. צִדֵּי צְדָדִין מֻותָּרִין:
Guemara. Pour quelle raison nos maîtres ont-ils permis de donner sa bourse à un non-Juif ? Nos maîtres savaient qu'un homme ne se retient pas lorsqu'il s'agit de son argent ; si tu ne le lui permets pas, il en viendra à la porter sur quatre coudées dans le domaine public. Rava dit : cela vaut précisément pour sa bourse, mais pas pour un objet trouvé. S'il n'y a pas de non-Juif avec lui, etc. : la raison est qu'il n'y a pas de non-Juif avec lui ; mais s'il y a un non-Juif avec lui, il la lui donne. Pour quelle raison ? Pour l'âne, tu es commandé sur son repos ; pour le non-Juif, tu n'es pas commandé sur son repos. Un âne et un sourd-muet, un fou ou un mineur : il la pose sur l'âne, il ne la donne pas au sourd-muet, au fou ni au mineur. Pour quelle raison ? Ceux-là sont des hommes, et l'âne n'est pas un homme. Un sourd-muet et un fou : il la donne au fou, il ne la donne pas au sourd-muet. Un fou et un mineur : il la donne au fou, il ne la donne pas au mineur. On a demandé : un sourd-muet et un mineur, qu'en est-il ? Certains disent : il la donne au sourd-muet ; et certains disent : au mineur. Puisque la halakha n'a pas été tranchée explicitement, celui qui agit selon l'une des versions agit valablement, et celui qui agit selon l'autre agit valablement. S'il n'y a avec lui ni non-Juif, ni âne, ni sourd-muet, fou ou mineur, qu'en est-il ? Rabbi Yits'hak dit : il y avait encore une autre solution, et les Sages n'ont pas voulu la révéler : il la porte chaque fois sur moins de quatre coudées. Le maître a dit : s'il n'y a pas de non-Juif avec lui, etc. Mais il conduit alors une bête chargée (mehamer), et la Torah a dit : tu ne feras aucun travail ! Rav Ada bar Ahava dit : il la pose sur elle pendant qu'elle marche. Finalement, il est impossible qu'elle ne s'arrête pas un peu pour uriner ou déposer ses excréments, et il en viendra à faire une akira et une hanakha (soulèvement et dépôt) ! Il a été enseigné : pendant qu'elle marche, il la pose sur elle, et quand elle s'arrête, il la lui retire. Rav Ada bar Ahava dit : si son paquet était posé sur son épaule, il court sous sa charge jusqu'à ce qu'il arrive à sa maison. Et précisément en courant, mais pas à pas lents. Pour quelle raison ? Puisqu'il n'a pas de signe distinctif, il en viendra à faire une akira et une hanakha. Finalement, lorsqu'il arrive à sa maison, il est impossible qu'il ne s'arrête pas, et il fait entrer l'objet du domaine public au domaine privé ! Il le jette de manière inhabituelle (kilahar yad). Il arrive à la cour extérieure, etc. Rav Houna dit : si sa bête était chargée d'objets de verre, comme des cornes d'artisan (karnei deoumana), qu'il est défendu de déplacer le Chabbat parce qu'elles ne sont bonnes à rien, il apporte des coussins et des couvertures, les place dessous, défait les cordes, et les sacs tombent. Et cela précisément pour de petits sacs, car s'il le veut, il retire les coussins et les couvertures de dessous, et il ne prive pas l'ustensile de sa disponibilité. Nous en apprenons que la halakha ne suit pas Rabbi Yits'hak, qui dit au chapitre Kira (Chabbat 43a) qu'un ustensile ne se déplace que pour une chose qui se déplace : nous avons en effet établi ce cas pour des cornes d'artisan, qui ne sont bonnes à rien, et il dit qu'il apporte des coussins et des couvertures et les place dessous. Il est enseigné : Rabbi Chimon ben Yo'haï dit : si sa bête était chargée d'un sac de grain, il introduit sa tête dessous, le pousse d'un côté, et le sac tombe de lui-même. Abaye trouva Rabba qui faisait glisser son fils sur le dos d'un âne. Il lui dit : le maître ne se sert-il pas d'un animal ? Il lui répondit : ce sont les côtés, et pour les côtés nos maîtres n'ont pas décrété. Et nous avons conclu : la halakha est que les côtés (tsedadin) sont défendus, et les côtés des côtés (tsidei tsedadin) sont permis.
💡 Explication

Rabbi Yits'hak est plus strict que Rav 'Hisda : même retourner un récipient sur l'œuf pour le protéger est défendu. Sa raison est différente de celle de Rav Yossef : on ne déplace un ustensile qu'au profit d'une chose elle-même déplaçable le Chabbat (ein kli nital ela ledavar hanital). L'œuf pondu le Chabbat est mouktse ; on ne déplace donc aucun ustensile pour lui.

Toutes les objections précédentes (écuelle, poutre, fuite, étincelles) tombent par une seule réponse : tsarikh limkomo. Celui qui a besoin de l'emplacement où se trouve le récipient a le droit de le déplacer, et une fois l'ustensile en main il peut le poser où il veut, même au profit d'un objet mouktse.

Le Roch (sur le chapitre 24) tranche que la halakha ne suit pas Rabbi Yits'hak, en s'appuyant sur les coussins placés sous des objets de verre sans usage.

🖼️ Schéma
Rabbi Yits'hak : puis-je déplacer ce récipient ? La chose pour laquelle je le déplace se déplace-t-elle le Chabbat ? oui non (œuf, mouktse) Permis pierres effilées, briques restantes, miel Ai-je besoin de l'emplacement du récipient (tsarikh limkomo) ? oui : permis, posé où l'on veut non : défendu
La règle de Rabbi Yits'hak et l'exception du besoin de l'emplacement.
11
תָּא שְׁמַע: אַחַת בֵּיצָה שֶׁנּוֹלְדָה בְּשַׁבָּת, וְאַחַת בֵּיצָה שֶׁנּוֹלְדָה בְּיוֹם טוֹב אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָהּ לְכַסּוֹת בָּהּ אֶת הַכְּלִי וְלִסְמֹוךְ בָּהּ כַּרְעֵי הַמִּטָּה, אֲבָל כּוֹפֶה עָלֶיהָ כְּלִי בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תִּשָּׁבֵר! — הָכָא נָמֵי בְּצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ.

Viens et entends : un œuf pondu le Chabbat comme un œuf pondu le jour de fête, on ne le déplace pas pour couvrir avec lui un récipient, ni pour caler avec lui les pieds du lit ; mais on retourne sur lui un récipient afin qu'il ne se brise pas ! - Ici aussi, il s'agit du cas où il a besoin de son emplacement.

📜 Rachi (1)
לְכַסּוֹת בָּהּ אֶת הַכְּלִי לִסְתֹּום פִּי צְלוֹחִית:
Pour boucher l'ouverture d'une fiole.
🗂️ Tossefot (1)
כּוֹפֶה עָלֶיהָ כְּלִי שֶׁלֹּא תִּשָּׁבֵר כו' כָּל הָנְהוּ דְּמַייְתִי יָדַע הַמַּקְשֶׁה דְּמָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי בְּצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ אֶלָּא שֶׁרוֹצֶה לֵידַע אִם יֵשׁ לְתָרֵץ בְּעִנְיָן אַחֵר:
Pour toutes celles qu'il apporte, celui qui objecte savait qu'on pouvait les résoudre par le besoin de l'emplacement, mais il veut savoir s'il est possible de les résoudre d'une autre manière.
💡 Explication

Cette baraita contredit directement Rabbi Yits'hak, puisqu'elle permet ce qu'il défend : retourner un récipient sur l'œuf. La réponse reste la même, le besoin de l'emplacement.

Tossefot explique pourquoi la guemara continue à objecter alors que cette réponse est toujours disponible : elle cherche une résolution propre à chaque texte, et les suivantes en apportent effectivement une.

12
תָּא שְׁמַע: פּוֹרְסִין מַחְצָלוֹת עַל גַּבֵּי אֲבָנִים בְּשַׁבָּת! — בַּאֲבָנִים מְקֻורְזָלוֹת דְּחַזְייָן לְבֵית הַכִּסֵּא.

Viens et entends : on étend des nattes sur des pierres le Chabbat ! - Il s'agit de pierres effilées (mekourzalot), qui sont bonnes pour les toilettes.

📜 Rachi (2)
עַל גַּבֵּי אֲבָנִים מִפְּנֵי הַגְּשָׁמִים שֶׁלֹּא יִמְחוּ אוֹ לֹא יְקַבְּלוּ סִיד מֵאַחַר שֶׁשְּׁרוּיוֹת בַּמַּיִם:
À cause de la pluie, pour qu'elles ne se délitent pas, ou parce qu'elles ne prendraient plus la chaux une fois détrempées.
מְקֻורְזָלוֹת רֹאשָׁן חַד וּרְאוּיוֹת לְקִינּוּחַ דְּהָוֵי דָּבָר הַנִּיטָּל:
Leur extrémité est effilée et elles sont propres à s'essuyer ; c'est donc une chose qui se déplace.
💡 Explication

On couvre de nattes des pierres de construction pour les protéger de la pluie ; ces pierres sont en principe mouktse. La guemara répond que les pierres mekourzalot servaient à l'hygiène aux toilettes et pouvaient donc être déplacées le Chabbat. La natte est alors déplacée pour une chose permise, conformément à la règle de Rabbi Yits'hak.

13
תָּא שְׁמַע: פּוֹרְסִין מַחְצָלוֹת עַל גַּבֵּי לְבֵנִים בְּשַׁבָּת! — דְּאִישְׁתְּיוֹר מִבִּנְיָנָא, דְּחַזְיָין לְמִיזְגָּא עֲלַיְיהוּ.

Viens et entends : on étend des nattes sur des briques le Chabbat ! - Il s'agit de briques restées d'une construction, qui sont bonnes pour s'y adosser.

📜 Rachi (1)
לְמִיזְגָּא לְהִשָּׁעֵן שֶׁכָּל הֲסִבָּתָן כָּךְ הָיְתָה יוֹשֵׁב קְצָת וְנִשְׁעָן קְצָת עַל שְׂמֹאלוֹ:
Pour s'appuyer, car toute leur manière de s'accouder à table était ainsi : on est en partie assis et en partie appuyé sur le côté gauche.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאִייַּתּוּר מִבִּנְיָינָא כִּדְאָמַר לְקַמָּן בְּפֶ' כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכד:) הָנֵי לִבְנֵי דְּאִיַּיתַּרִי מִבִּנְייָנָא שָׁרִי לְטַלְטוּלִינְהוּ:
Comme on le dit plus loin au chapitre Kol hakelim (Chabbat 124b) : ces briques qui sont restées d'une construction, il est permis de les déplacer.
💡 Explication

Des briques destinées à bâtir sont mouktse. Une fois la construction achevée, les briques restantes ne sont plus réservées à cet usage ; on s'en sert comme appui pour la hassiba, la position accoudée du repas. Elles deviennent des objets d'usage que l'on peut déplacer.

14
תָּא שְׁמַע: פּוֹרְסִין מַחְצֶלֶת עַל גַּבֵּי כַּווֶּרֶת דְּבוֹרִים בְּשַׁבָּת, בַּחַמָּה — מִפְּנֵי הַחַמָּה, וּבַגְּשָׁמִים — מִפְּנֵי הַגְּשָׁמִים. וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לָצוּד! הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — דְּאִיכָּא דְּבַשׁ. אֲמַר לֵיהּ רַב עֻוקְבָא מִמֵּישָׁן לְרַב אַשִּׁי: תִּינַח בִּימוֹת הַחַמָּה

Viens et entends : on étend une natte sur une ruche d'abeilles le Chabbat, au soleil à cause du soleil, et sous la pluie à cause de la pluie, à condition qu'il n'ait pas l'intention de capturer ! - De quoi s'agit-il ici ? Du cas où il y a du miel.

Rav Oukva de Mechan dit à Rav Achi : cela se comprend en été ;

💡 Explication

La ruche et les abeilles sont mouktse. La guemara explique que la natte protège le miel qui s'y trouve, et le miel est un aliment que l'on peut déplacer. La condition de ne pas vouloir capturer les abeilles vise l'interdit de tsida (la chasse) : couvrir la ruche pourrait les y enfermer.

Rav Oukva de Mechan commence une objection : cette réponse vaut pour l'été, saison où la ruche contient du miel. La suite de la question se trouve au folio 43b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).