Sougya : Le folio achève la discussion sur la baraita de la natte étendue sur une ruche le Chabbat. Selon Rabbi Yits'hak, un ustensile ne se déplace que pour une chose permise ; la guemara explique que la natte protège le miel, même en saison des pluies (les deux rayons réservés, auxquels on a pensé avant Chabbat), puis précise la condition de ne pas capturer les abeilles selon Rabbi Yehouda.
Rav Achi propose une autre lecture (Nissan et Tichri). Rav Chechet rattache la règle de Rabbi Yits'hak à celle de Rav Houna : on fait une cloison pour un mort en faveur d'un vivant, jamais en faveur du mort.
Enfin Rav et Chmouel divergent sur le mort gisant au soleil, ce qui ouvre la question du déplacement indirect (tiltoul min hatsad) et de l'incendie.
(Cela se comprend en été,) car il y a du miel. Mais en saison des pluies, où il n'y a pas de miel, que peut-on dire ? - Cela n'était nécessaire que pour ces deux rayons (laissés dans la ruche). - Mais ils sont mouktse ! - Il s'agit du cas où il a pensé à eux. - Il en découle que s'il n'a pas pensé à eux, quoi ?
Ce serait interdit ?
Suite de l'objection de Rav Oukva de Mechan (fin de 43a). La réponse précédente, la natte protège le miel, vaut en été. En hiver, la ruche ne contient que les deux rayons que l'on laisse aux abeilles pour qu'elles se nourrissent (Rachi).
Ces rayons sont réservés aux abeilles, donc mouktse. La guemara répond : il y a pensé avant Chabbat (hachava) pour les manger ; ils deviennent un aliment disponible. Tossefot demande comment on pourrait les manger, puisque les détacher est interdit, et répond par du miel déjà détaché ou surnageant.
S'il en est ainsi, ce qu'il enseigne : 'à condition qu'il n'ait pas l'intention de capturer', qu'il distingue plutôt et enseigne dans le cas même (de la ruche) : de quoi parle-t-on ? Du cas où il a pensé à eux ; mais s'il n'a pas pensé à eux, c'est interdit ! - Voici ce qu'il nous apprend : même s'il a pensé à eux, (c'est permis) seulement à condition qu'il n'ait pas l'intention de capturer.
Si la permission dépend de la hachava, la baraita aurait dû poser cette condition plutôt que celle de la capture. Réponse : la baraita pose une condition supplémentaire. Même quand les rayons sont disponibles, il reste l'interdit de tsida (capture) des abeilles.
Selon qui (est cette baraita) ? Si c'est Rabbi Chimon, il n'admet pas le mouktse.
Si c'est Rabbi Yehouda, quand il n'en a pas l'intention, qu'importe ? Une chose faite sans intention est interdite ! - En réalité, c'est Rabbi Yehouda.
Que signifie 'à condition qu'il n'ait pas l'intention de capturer' ? Qu'il n'en fasse pas comme un piège : qu'il leur laisse un espace, afin qu'elles ne soient pas capturées d'elles-mêmes.
Deux principes se croisent. Mouktse : Rabbi Chimon ne l'admet pas (sauf cas limités), Rabbi Yehouda l'admet. Davar she-eino mitkaven (acte qui produit un interdit sans intention) : Rabbi Chimon le permet, Rabbi Yehouda l'interdit.
La baraita exige la hachava, donc elle suit Rabbi Yehouda ; mais alors l'intention ne devrait rien changer. Réponse : la condition vise la forme de l'acte. On ne couvre pas toute la ruche ; on laisse une ouverture, de sorte qu'aucune capture ne se produise.
Rav Achi dit : enseigne-t-on 'en été et en saison des pluies' ? On enseigne 'au soleil à cause du soleil et sous la pluie à cause de la pluie' : aux jours de Nissan et aux jours de Tichri, où il y a du soleil et du froid, de la pluie, et du miel.
Seconde réponse. Rav Achi relit la baraita : elle parle de soleil et de pluie, sans nommer de saison. Aux mois de transition, Nissan et Tichri, soleil et pluie alternent et la ruche contient encore du miel. La natte protège donc une chose permise, sans recourir aux deux rayons.
Rav Chechet leur dit : sortez et dites à Rabbi Yits'hak : Rav Houna a déjà expliqué ton enseignement à Babel. Car Rav Houna a dit : on fait une cloison pour un mort en faveur d'un vivant, et on ne fait pas de cloison pour un mort en faveur du mort.
Rav Chechet montre que la règle de Rabbi Yits'hak, ein kli nital ela ledavar hanital (un ustensile ne se déplace que pour une chose que l'on déplace), était déjà connue à Babel par Rav Houna. Le mort est mouktse ; on ne déplace donc pas un ustensile pour lui. Une cloison (me'hitsa) ne peut être faite que pour le besoin d'un vivant.
La glose du Roch placée ici traite de la menora, de la lampe à naphte et du brasero : elle porte sur les pages voisines (44a-b) et relie le thème au déplacement d'objets le Chabbat.
De quoi s'agit-il ? - De ce qu'a dit Rav Chmouel bar Yehouda, et de même a enseigné Chila Mari : un mort gisant au soleil : deux personnes viennent et s'assoient à côté de lui. S'ils ont chaud par en dessous, celui-ci apporte un lit et s'assoit dessus, et celui-là apporte un lit et s'assoit dessus.
S'ils ont chaud par au-dessus, ils apportent une natte et l'étendent au-dessus d'eux. Celui-ci redresse son lit, se glisse dehors et s'en va, et celui-là redresse son lit, se glisse dehors et s'en va ; et il se trouve qu'une cloison s'est faite d'elle-même.
Voici l'application de la règle de Rav Houna. Les lits et la natte sont déplacés pour le confort des vivants : ils ont chaud au sol, puis au soleil. Une fois les lits redressés sous la natte, les deux hommes s'en vont et le mort se trouve à l'ombre.
L'ordre compte. Selon Rachi, on construit de haut en bas : la natte est tenue d'abord, puis les lits sont redressés dessous. Monter des parois puis poser un toit serait faire un ohel (tente) à la manière d'une construction, interdit le Chabbat. Tossefot ajoute que l'étape du sol chaud crée une marque visible que tout est fait pour les vivants.
Il a été dit : un mort gisant au soleil : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on le retourne d'un lit à un autre lit. Rav 'Hanina bar Chelamya a dit au nom de Rav : on pose sur lui un pain ou un enfant et on le déplace.
Là où il y a un pain ou un enfant, tous s'accordent que c'est permis. Ils divergent là où il n'en a pas : l'un pense que le déplacement indirect (tiltoul min hatsad) s'appelle un déplacement, et l'autre pense qu'il ne s'appelle pas un déplacement.
Deuxième manière de protéger le mort : le déplacer lui-même. Le mort est mouktse. Avec un pain ou un enfant posé sur lui, il devient le support d'un objet permis, et tous l'autorisent.
Sans pain ni enfant, Chmouel propose de le faire rouler d'un lit à l'autre. C'est un tiltoul min hatsad : on déplace l'objet d'une manière inhabituelle, par un geste indirect. Pour Chmouel, cela ne compte pas comme déplacement ; pour Rav, cela compte, et il l'interdit.
Dirons-nous que c'est (une discussion) entre Tannaim ? On ne sauve pas le mort d'un incendie.
Rabbi Yehouda ben Lakich dit : j'ai entendu qu'on sauve le mort d'un incendie. De quel cas s'agit-il ?
S'il y a un pain ou un enfant, quelle est la raison du premier Tanna ? S'il n'y en a pas, quelle est la raison de Rabbi Yehouda ben Lakich ?
N'est-ce donc pas qu'ils divergent sur le déplacement indirect : l'un pense que le déplacement indirect s'appelle un déplacement, et l'autre pense qu'il ne s'appelle pas un déplacement ! - Non : tous s'accordent que le déplacement indirect s'appelle un déplacement, et voici la raison de Rabbi Yehouda ben Lakich : puisque l'homme est bouleversé au sujet de son mort,
La guemara cherche un précédent tannaitique à la discussion de Rav et Chmouel. Avec un pain ou un enfant, tous devraient permettre ; sans eux, un sauvetage direct serait interdit par tous. La discussion porterait donc sur le tiltoul min hatsad.
Rejet : tous considèrent le déplacement indirect comme un déplacement. Rabbi Yehouda ben Lakich permet pour une autre raison : l'homme bouleversé (bahoul) par la perte de son proche risque d'éteindre le feu si on lui interdit de sauver le corps. La phrase s'achève au folio 44a.
Tossefot déduit de cette formulation que la halakha suit l'avis selon lequel le déplacement indirect compte comme déplacement, et discute les passages qui semblent dire le contraire.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).