Shabbat 43b — La natte sur la ruche, la cloison pour le mort et le déplacement indirect (tiltoul min hatsad)

Shabbat 43b

Sougya : Le folio achève la discussion sur la baraita de la natte étendue sur une ruche le Chabbat. Selon Rabbi Yits'hak, un ustensile ne se déplace que pour une chose permise ; la guemara explique que la natte protège le miel, même en saison des pluies (les deux rayons réservés, auxquels on a pensé avant Chabbat), puis précise la condition de ne pas capturer les abeilles selon Rabbi Yehouda.

Rav Achi propose une autre lecture (Nissan et Tichri). Rav Chechet rattache la règle de Rabbi Yits'hak à celle de Rav Houna : on fait une cloison pour un mort en faveur d'un vivant, jamais en faveur du mort.

Enfin Rav et Chmouel divergent sur le mort gisant au soleil, ce qui ouvre la question du déplacement indirect (tiltoul min hatsad) et de l'incendie.

La natte sur la ruche : comment la baraita s'accorde avec Rabbi Yits'hak Baraita : on étend une natte sur une ruche le Chabbat au soleil / sous la pluie, sans intention de capturer Rabbi Yits'hak : ustensile déplacé seulement pour une chose permise Réponse (43à) : la natte protège le miel Rav Oukva : et en saison des pluies, quand il n'y a pas de miel ? Réponse 1 Les deux rayons laissés aux abeilles Mouktse ? Non : il y a pensé avant Chabbat Selon qui ? R. Chimon : pas de mouktse R. Yehouda : l'acte sans intention est interdit Conclusion : Rabbi Yehouda 'Sans intention de capturer' = ne pas en faire un piège : laisser un espace Réponse 2 : Rav Achi La baraita ne dit pas 'été et hiver' mais 'au soleil... sous la pluie' Nissan et Tichri soleil, froid et pluie et encore du miel dans la ruche
Arbre de la sougya de la ruche : l'objection de Rav Oukva de Mechan et les deux réponses de la guemara.
Le mort gisant au soleil : Rav et Chmouel Avec un pain ou un enfant posé sur le mort : tous permettent de le déplacer le mort devient support d'un objet permis Sans pain ni enfant : faut-il le passer d'un lit à l'autre ? Chmouel On le retourne de lit en lit jusqu'à l'ombre Tiltoul min hatsad n'est pas un déplacement Rav Seulement avec pain ou enfant sinon, on n'y touche pas Tiltoul min hatsad est un déplacement Incendie : Tana Kama (on ne sauve pas) vs R. Yehouda ben Lakich (on sauve) Hava amina : même discussion que Rav et Chmouel Rejet : tous disent que min hatsad est un déplacement ; R. Yehouda ben Lakich permet car l'homme bouleversé risque d'éteindre
Carte de la discussion : la nafka mina entre Rav et Chmouel apparaît seulement en l'absence de pain ou d'enfant ; la baraita de l'incendie est d'abord rapprochée de leur discussion, puis expliquée autrement.
1
דְּאִיכָּא דְּבַשׁ. בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים דְּלֵיכָּא דְּבַשׁ, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לְאוֹתָן שְׁתֵּי חַלּוֹת. וְהָא מֻוקְצוֹת נִינְהוּ! — דְּחָשֵׁיב עֲלַייְהוּ. הָא לָא חַשֵּׁיב עֲלַייְהוּ מַאי — אָסוּר?

(Cela se comprend en été,) car il y a du miel. Mais en saison des pluies, où il n'y a pas de miel, que peut-on dire ? - Cela n'était nécessaire que pour ces deux rayons (laissés dans la ruche). - Mais ils sont mouktse ! - Il s'agit du cas où il a pensé à eux. - Il en découle que s'il n'a pas pensé à eux, quoi ?

Ce serait interdit ?

📜 Rachi (4)
דְּאִיכָּא דְּבַשׁ דָּבָר הַנִּיטָּל:
Car il y a du miel : une chose que l'on déplace.
שְׁתֵּי חַלּוֹת כָּל הַכַּווֶּרֶת עוֹשִׂין אוֹתָהּ הַדְּבוֹרִים חַלּוֹת חַלּוֹת שֶׁל צַפִּיחִית דְּבַשׁ וְשַׁעֲוָה וּכְשֶׁרוֹדִים אוֹתָן מַנִּיחִין בָּהּ שְׁתַּיִם שֶׁיִּתְפַּרְנְסוּ מֵהֶן הַדְּבוֹרִים כָּל יְמוֹת הַגְּשָׁמִים כְּדִתְנַן בְּהַמּוֹכֵר אֶת הַסְּפִינָה (ב"ב פ.) הַלּוֹקֵחַ חַלּוֹת כַּוַּורְתּוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ מַנִּיחַ שְׁתֵּי חַלּוֹת דִּסְתָמָא לֹא מְכָרָן:
Deux rayons : toute la ruche, les abeilles la font de rayons successifs, plaques de miel et de cire ; quand on les récolte, on en laisse deux, dont les abeilles se nourrissent toute la saison des pluies, comme nous l'avons appris au chapitre Hamokher et hasefina (Bava Batra 80a) : celui qui achète les rayons de la ruche de son prochain laisse deux rayons, car sans précision, il ne les lui a pas vendus.
מֻוקְצוֹת נִינְהוּ לִדְבוֹרִים הֲדַר הֲוָה לֵיהּ דָּבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל וְאַפֵּ"ה מְטַלְטְלִין מַחְצֶלֶת לְהַצָּלָתָן:
Ils sont mouktse : réservés aux abeilles ; cela redevient donc une chose que l'on ne déplace pas, et malgré cela on déplace une natte pour les protéger !
דְּחָשֵׁיב עֲלַיְיהוּ מֵאֶתְמוֹל לַאֲכִילָה:
Il a pensé à eux : dès la veille, pour les manger.
🗂️ Tossefot (1)
דְּחָשֵׁיב עֲלַיְיהוּ וא"ת וְהָא אָסוּר לִרְדּוֹתָם כִּדְתַנְיָא בְּסוֹף פֶּרֶק הַמַּצְנִיעַ (לְקַמָּן שַׁבָּת צה. וְשָׁם) הָרוֹדֶה חַלּוֹת דְּבַשׁ בְּשׁוֹגֵג חַיָּיב חַטָּאת דִּבְרֵי ר"א וּלְרַבָּנָן שְׁבוּת מִיהָא אִיכָּא וְהָוֵי דָּבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל וְי"ל דְּמַיְירֵי בִּרְדוּיוֹת וּמֻונָּחוֹת שָׁם בַּכַּווֶּרֶת אִי נָמֵי רְגִילוּת שֶׁיֵּשׁ דְּבַשׁ צָף ע"ג חַלּוֹת וְאוֹתוֹ אֵינוֹ צָרִיךְ רְדִיָּיה:
Il a pensé à eux : et si tu objectes : il est pourtant interdit de les récolter, comme on l'enseigne à la fin du chapitre Hamatsnia (plus loin, Chabbat 95a) : celui qui récolte des rayons de miel par inadvertance est passible d'un sacrifice 'hatat, selon Rabbi Eliezer ; et selon les Sages il y a au moins un interdit rabbinique (chevout) ; c'est donc une chose que l'on ne déplace pas ! On peut répondre qu'il s'agit de rayons déjà récoltés et posés là, dans la ruche. Ou bien : il arrive souvent que du miel surnage au-dessus des rayons, et celui-là n'a pas besoin d'être récolte.
💡 Explication

Suite de l'objection de Rav Oukva de Mechan (fin de 43a). La réponse précédente, la natte protège le miel, vaut en été. En hiver, la ruche ne contient que les deux rayons que l'on laisse aux abeilles pour qu'elles se nourrissent (Rachi).

Ces rayons sont réservés aux abeilles, donc mouktse. La guemara répond : il y a pensé avant Chabbat (hachava) pour les manger ; ils deviennent un aliment disponible. Tossefot demande comment on pourrait les manger, puisque les détacher est interdit, et répond par du miel déjà détaché ou surnageant.

2
אִי הָכִי, הָא דְּתָנֵי: ״וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לָצוּד״ — לִפְלוֹג וְלִתְנֵי בְּדִידָהּ: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — כְּשֶׁחִישֵּׁב עֲלֵיהֶן, אֲבָל לֹא חִישֵּׁב עֲלֵיהֶן — אָסוּר! הָא קָמַשְׁמַע לַן: אַף עַל פִּי שֶׁחִישֵּׁב עֲלֵיהֶן, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לָצוּד.

S'il en est ainsi, ce qu'il enseigne : 'à condition qu'il n'ait pas l'intention de capturer', qu'il distingue plutôt et enseigne dans le cas même (de la ruche) : de quoi parle-t-on ? Du cas où il a pensé à eux ; mais s'il n'a pas pensé à eux, c'est interdit ! - Voici ce qu'il nous apprend : même s'il a pensé à eux, (c'est permis) seulement à condition qu'il n'ait pas l'intention de capturer.

💡 Explication

Si la permission dépend de la hachava, la baraita aurait dû poser cette condition plutôt que celle de la capture. Réponse : la baraita pose une condition supplémentaire. Même quand les rayons sont disponibles, il reste l'interdit de tsida (capture) des abeilles.

3
מַנִּי? אִי רַבִּי שִׁמְעוֹן — לֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה. אִי רַבִּי יְהוּדָה — כִּי לֹא מִתְכַּוֵּין מַאי הָוֵי? הָא דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין — אָסוּר! לְעוֹלָם רַבִּי יְהוּדָה. מַאי ״וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לָצוּד״ — שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂנָּה כִּמְצוּדָה, דְּלִישְׁבּוֹק לְהוּ רַווְחָא כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיתַּצְדוּ מִמֵּילָא.

Selon qui (est cette baraita) ? Si c'est Rabbi Chimon, il n'admet pas le mouktse.

Si c'est Rabbi Yehouda, quand il n'en a pas l'intention, qu'importe ? Une chose faite sans intention est interdite ! - En réalité, c'est Rabbi Yehouda.

Que signifie 'à condition qu'il n'ait pas l'intention de capturer' ? Qu'il n'en fasse pas comme un piège : qu'il leur laisse un espace, afin qu'elles ne soient pas capturées d'elles-mêmes.

📜 Rachi (3)
וּמַנִּי הִיא שֶׁהֻצְרַכְתָּ לִתְרוּצָה כְּשֶׁחִישֵּׁב וְקָתָנֵי דְּדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר כר"ש:
Selon qui : cette baraita, que tu as dû expliquer par le cas où il a pensé, et qui enseigne qu'une chose faite sans intention est permise, comme Rabbi Chimon.
אִי ר"ש אָמַר לָמָּה לִי לְאוֹקְמֵיהּ בְּשֶׁחִישֵּׁב:
Si c'est Rabbi Chimon : pourquoi faut-il l'établir dans le cas où il a pensé ?
שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂנּוּ כִּמְצוּדָה שֶׁלֹּא יְכַסֶּנָּה כֻּולָּהּ אֶלָּא דְּנִשְׁבּוֹק רַווְחָא שֶׁיּוּכְלוּ לָצֵאת כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיתַּצְדוּ בְּהַאי כִּיסּוּי מִמֵּילָא ואע"ג דְּלָא מִיכַּוֵּין לְמֵיצַד אָסוּר:
Qu'il n'en fasse pas comme un piège : qu'il ne la couvre pas entièrement, mais qu'il laisse un espace pour qu'elles puissent sortir, afin qu'elles ne soient pas capturées d'elles-mêmes par cette couverture ; car bien qu'il n'ait pas l'intention de capturer, c'est interdit.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂנּוּ כְּעֵין מְצוּדָה וא"ת מַאי קמ"ל פְּשִׁיטָא דְּאִי עֲבִיד כְּעֵין מְצוּדָה דְּאָסוּר וְהָא לָא מַשְׁמַע מִבָּרַיְיתָא דאע"ג דְּאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין אָסוּר וי"ל דְּאָמַר בְּפֶ' מַשִּׁילִין (בֵּיצָה לו: וְשָׁם) דקמ"ל דס"ד בְּמִינוֹ נִיצּוֹד אָסוּר שֶׁאֵין בְּמִינוֹ נִיצּוֹד מֻותָּר:
Qu'il n'en fasse pas comme une sorte de piège : et si tu objectes : que nous apprend-on ? Il est évident que s'il en fait une sorte de piège, c'est interdit ; or la baraita ne laisse pas entendre que c'est interdit même sans intention. On peut répondre avec ce qui est dit au chapitre Machilin (Beitsa 36b) : elle nous l'apprend, car on aurait pu penser : ce dont l'espèce se capture est interdit, ce dont l'espèce ne se capture pas est permis.
💡 Explication

Deux principes se croisent. Mouktse : Rabbi Chimon ne l'admet pas (sauf cas limités), Rabbi Yehouda l'admet. Davar she-eino mitkaven (acte qui produit un interdit sans intention) : Rabbi Chimon le permet, Rabbi Yehouda l'interdit.

La baraita exige la hachava, donc elle suit Rabbi Yehouda ; mais alors l'intention ne devrait rien changer. Réponse : la condition vise la forme de l'acte. On ne couvre pas toute la ruche ; on laisse une ouverture, de sorte qu'aucune capture ne se produise.

4
רַב אַשִּׁי אָמַר: מִי קָתָנֵי ״בִּימוֹת הַחַמָּה וּבִימוֹת הַגְּשָׁמִים״? ״בַּחַמָּה מִפְּנֵי הַחַמָּה וּבַגְּשָׁמִים מִפְּנֵי הַגְּשָׁמִים״ קָתָנֵי, בְּיוֹמֵי נִיסָן וּבְיוֹמֵי תִּשְׁרֵי, דְּאִיכָּא חַמָּה וְאִיכָּא צִינָּה וְאִיכָּא גְּשָׁמִים וְאִיכָּא דְּבַשׁ.

Rav Achi dit : enseigne-t-on 'en été et en saison des pluies' ? On enseigne 'au soleil à cause du soleil et sous la pluie à cause de la pluie' : aux jours de Nissan et aux jours de Tichri, où il y a du soleil et du froid, de la pluie, et du miel.

📜 Rachi (1)
רַב אָשֵׁי אָמַר לְעוֹלָם דְּאִיכָּא דְּבַשׁ טוּבָא וּדְקַשְׁיָא לָךְ יְמוֹת הַגְּשָׁמִים מִי קָתָנֵי בָּהּ יְמוֹת הַגְּשָׁמִים:
Rav Achi dit : en réalité il y a beaucoup de miel ; et quant à ta difficulté sur la saison des pluies, la baraita enseigne-t-elle 'la saison des pluies' ?
🗂️ Tossefot (1)
רַב אַשִּׁי אָמַר כוּ' מִסְּתָמָא רַב אַשִּׁי הֵשִׁיב מִיָּד כֵּן לְרַב עוּקְבָא כְּשֶׁשָּׁאֲלוּ אֶלָּא שֶׁסִּידֵּר הַשַּׁ"ס תֵּירוּץ שֶׁלּוֹ תְּחִילָּה וְרַשְׁבָּ"א אוֹמֵר דִּשְׁנֵיהֶם הֵשִׁיב רַב אַשִּׁי דִּבְמַסֶּכֶת בֵּיצָה גָּרַס א"ל לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְאוֹתָן שְׁתֵּי חַלּוֹת וּבְשִׁינּוּיָא דְּהָכָא גָּרַס ואב"א מִי קָתָנֵי בִּימוֹת הַחַמָּה כו':
Rav Achi dit, etc. : vraisemblablement Rav Achi a répondu cela immédiatement à Rav Oukva quand celui-ci l'a interrogé, mais la rédaction du Talmud a placé sa propre réponse en premier. Et le Rachba dit que Rav Achi a donné les deux réponses, car dans le traité Beitsa on lit : il lui dit : cela n'était nécessaire que pour ces deux rayons ; et pour la réponse d'ici on lit : et si tu veux, dis : enseigne-t-on 'en été', etc.
💡 Explication

Seconde réponse. Rav Achi relit la baraita : elle parle de soleil et de pluie, sans nommer de saison. Aux mois de transition, Nissan et Tichri, soleil et pluie alternent et la ruche contient encore du miel. La natte protège donc une chose permise, sans recourir aux deux rayons.

5
אֲמַר לְהוּ רַב שֵׁשֶׁת: פּוּקוּ וֶאֱמַרוּ לֵיהּ לְרַבִּי יִצְחָק: כְּבָר תַּרְגְּמַהּ רַב הוּנָא לִשְׁמַעְתָּיךְ בְּבָבֶל. דְּאָמַר רַב הוּנָא: עוֹשִׂין מְחִיצָה לְמֵת בִּשְׁבִיל חַי, וְאֵין עוֹשִׂין מְחִיצָה לְמֵת בִּשְׁבִיל מֵת.

Rav Chechet leur dit : sortez et dites à Rabbi Yits'hak : Rav Houna a déjà expliqué ton enseignement à Babel. Car Rav Houna a dit : on fait une cloison pour un mort en faveur d'un vivant, et on ne fait pas de cloison pour un mort en faveur du mort.

📜 Rachi (1)
לִשְׁמַעְתִּיךְ דְּאֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְדָבָר הַנִּיטָּל:
Ton enseignement : qu'un ustensile ne se déplace que pour une chose que l'on déplace.
🗂️ Tossefot (1)
כְּבָר תירגמ' רַב הוּנָא לִשְׁמַעְתִּיךְ בְּפֶרֶק בָּתְרָא (דַּף קנד:) מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ נָמֵי לְרַב הוּנָא דְּאָסוּר לְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ דְּפָרִיךְ אַמִּילְּתֵיהּ דְּקָאָמַר הָתָם רַב הוּנָא הָיְתָה בְּהֶמְתּוֹ טְעוּנָה כְּלֵי זְכוּכִית מֵבִיא כָּרִים וּכְסָתוֹת וּמַנִּיחַ תַּחְתֵּיהֶן וְהָא קָמְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ וּמְשַׁנֵּי בִּשְׁלִיפֵי זוּטְרֵי וא"ת אַכַּתִּי תִּקְשֶׁה לֵיהּ הָתָם דְּהָא רַב הוּנָא סָבַר הָכָא דְּאֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְדָבָר הַנִּיטָּל וְי"ל דְּמַיְירֵי בְּצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ וא"ת וְכִי פָּרֵיךְ לֵיהּ הָתָם מֵהַהִיא דְּהָיְתָה בְּהֶמְתּוֹ טְעוּנָה טֶבֶל וַעֲשָׁשִׁית לֵימָא דְּמַיְירֵי בְּאֵין צָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ וְי"ל דַּהֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי הָכִי דה"נ הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי בִּשְׁלִיפֵי רַבְרְבֵי ור"י מְתָרֵץ דְּאִיסּוּר דְּאֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְדָבָר הַנִּיטָּל שָׁרִי הֵיכָא דְּאִיכָּא הֶפְסֵד מְרֻובֶּה וְכֵן מַשְׁמַע דְּקָאָמַר הָתָם מַהוּ דְּתֵימָא כִּי הֵיכִי דִּלְהֶפְסֵד מְרֻובֶּה חָשְׁשׁוּ כו' מַשְׁמַע חָשְׁשׁוּ וְהִתִּירוּ לְטַלְטֵל אַף לְדָבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל דְּמֶה חָשְׁשׁוּ לְהַתִּיר אִם לֹא זֶה הָאִיסּוּר:
Rav Houna a déjà expliqué ton enseignement : au dernier chapitre (Chabbat 154b), il ressort que Rav Houna admet lui aussi qu'il est interdit de priver un ustensile de sa disponibilité. On y objecte en effet à sa parole, là où Rav Houna dit : si sa bête était chargée d'objets en verre, il apporte des coussins et des couvertures et les pose sous eux ; or il prive un ustensile de sa disponibilité ! Et on répond : il s'agit de petits coussins que l'on peut retirer (chelifei zoutrei). Et si tu objectes : on devrait encore lui opposer là-bas que Rav Houna tient ici qu'un ustensile ne se déplace que pour une chose que l'on déplace ? On peut répondre qu'il s'agit du cas où il a besoin de leur emplacement. Et si tu objectes : quand on lui oppose la-bas le cas où sa bête était chargée de tevel et d'une lanterne de verre, qu'on dise qu'il s'agit du cas où il n'a pas besoin de l'emplacement ? On peut répondre qu'on aurait pu répondre ainsi, de même qu'on aurait pu répondre : il s'agit de grands coussins. Et le Ri résout : l'interdit selon lequel un ustensile ne se déplace que pour une chose que l'on déplace est levé la où il y a une perte importante (hefsed merouba). Et c'est ce qui ressort de ce qui est dit là-bas : 'on aurait pu penser que, de même que pour une perte importante ils ont été attentifs, etc.' : cela laisse entendre qu'ils ont été attentifs et ont permis de déplacer même pour une chose que l'on ne déplace pas ; car à quoi auraient-ils été attentifs pour le permettre, sinon à cet interdit ?
⚖️ Rosh (1)
א"ר אַחָא בַּר חֲנִינָא אָמַר רָבָא בַּר אַסִּי הוֹרָה רֵישׁ לָקִישׁ בְּצַיְדָּן מְנוֹרָה הַנִּיטֶּלֶת בְּיָדוֹ אַחַת מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ בְּשֶׁכַּת. בִּשְׁתֵּי יָדַיִם אָסוּר לְטַלְטְלָהּ. ר' יוֹחָנָן אָמַר אָנוּ אֵין לָנוּ אֶלָּא בְּנֵר כר"ש אֲבָל מְנוֹרָה בֵּין נִיטֶּלֶת בְּיָדוֹ אַחַת בֵּין נִיטֶּלֶת בִּשְׁתֵּי יָדַיִם אָסוּר לְטַלְטְלָהּ. וּמַסִּיק דִּבְשֶׁל חֻולְיוֹת עָסְקִינַן דְּחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא תִּתְפָּרֵק וְיַחֲזִירֶנָּה. אִי הָכִי מ"ט דְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּשָׁרֵי. מַאי חֻולְיוֹת כְּעֵין חֻולְיוֹת דְּאִית בַּהּ חִדְקֵי פִּי' חֲרִיצִים סָבִיב וְדוֹמֶה לְשֶׁל פְּרָקִים. הִלְכָּךְ דְּחֻולְיוֹת בֵּין גְּדוֹלָה בֵּין קְטַנָּה אֲסוּרָה. גְּדוֹלָה נָמֵי דְּאִית בָּהּ חִדְקֵי אֲסוּרָה גְּזֵירָה אַטּוּ גְּדוֹלָה דְּחֻולְיוֹת. כִּי פְּלִיגִי בִּקְטַנָּה דְּאִית בָּהּ חִדְקֵי מ"ס לָא גָּזְרִינַן ומ"ס גָּזְרִינַן. ומ"ט סָבַר לָא גָּזְרִינַן לְפִי שֶׁאֵין דַּרְכָּהּ שֶׁל קְטַנָּה לַעֲשׂוֹת שֶׁל חֻולְיוֹת: אָמַר רַב יְהוּדָה שְׁרָגָא דְּמִשְׁחָא שְׁרֵי לְטַלְטוֹלַהּ. דְּנַפְטָא אָסוּר. וְאַפֵּי' לְרַבִּי שִׁמְעוֹן וְאַפֵּי' שֶׁל מַתֶּכֶת. לְפִי שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לַעֲשׂוֹת בּוֹ שׁוּם תַּשְׁמִישׁ אֶלָּא הַדְלָקָה מִפְּנֵי רֵיחַ הַנֵּפְט. וּגְרִיעָה מִנֵּר יָשָׁן שֶׁל חֶרֶס דאע"ג דִּמְאִיס רָאוּי לָתֵת בּוֹ שֶׁמֶן לָסוּךְ. רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ דְּנַפְטָא נָמֵי שְׁרֵי הוֹאִיל וְתוֹרַת כְּלִי עָלָיו וְרָאוּי לְכַסּוֹיֵי בֵּיהּ מָנָא. וְנִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּרַבָּה וְרַב יוֹסֵף כֵּיוָן דְּרָבָא מַהְדַּר לְפָרוֹשֵׁי טַעְמַיְיהוּ אָמַר רָבָא כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב נַחְמָן הָווּ מְטַלְטְלִין כָּנוּנָא אַגַּב קִיטְמֵיהּ אע"ג דְּאִיכָּא עֲלֵיהּ שִׁבְרֵי עֵצִים. מִשּׁוּם דְּהָוֵי בָּסִיס לְאֵפֶר שֶׁמֻּותָּר לְטַלְטְלוֹ לְכַסּוֹת בּוֹ רוֹק אוֹ צוֹאָה וְגַם לְשִׁבְרֵי עֵצִים שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלָם. וְכֵיוָן דְּהוּא בָּסִיס לִשְׁנֵיהֶם מְטַלְטְלִין אוֹתוֹ עִמָּהֶם:
Rabbi A'ha bar 'Hanina a dit au nom de Rabba bar Assi : Rech Lakich a enseigné à Tsidon : une menora que l'on soulève d'une main, il est permis de la déplacer le Chabbat ; (si on la soulève) des deux mains, il est interdit de la déplacer. Rabbi Yo'hanan dit : nous n'avons (la permission selon Rabbi Chimon) que pour la lampe ; mais une menora, qu'on la soulève d'une main ou des deux mains, il est interdit de la déplacer. Et on conclut qu'il s'agit d'une menora faite de segments ('houliot), car on craint qu'elle ne se défasse et qu'on la remonte. S'il en est ainsi, quelle est la raison de Rech Lakich, qui permet ? Que signifie 'segments' ? Une sorte de segments : elle a des 'hadakei, c'est-à-dire des rainures tout autour, et ressemble à une menora faite de pièces. Par conséquent, celle à segments, grande ou petite, est interdite. La grande qui a des rainures est aussi interdite, par décret (gezera) à cause de la grande à segments. Ils divergent sur la petite qui a des rainures : l'un pense qu'on ne décrète pas, l'autre pense qu'on décrète. Et pourquoi (l'un) pense-t-il qu'on ne décrète pas ? Parce qu'il n'est pas d'usage de faire une petite menora à segments. Rav Yehouda a dit : une lampe à huile, il est permis de la déplacer ; une lampe à naphte, c'est interdit, même selon Rabbi Chimon et même si elle est en métal, parce qu'elle ne convient à aucun usage hormis l'allumage, à cause de l'odeur du naphte ; elle est inférieure à une vieille lampe d'argile, car celle-ci, bien que repoussante, peut recevoir de l'huile pour s'enduire. Rabba et Rav Yossef disent tous deux : celle à naphte aussi est permise, puisqu'elle a le statut d'ustensile et qu'on peut en couvrir un récipient. Il semble que la halakha suit Rabba et Rav Yossef, puisque Rava s'attache à expliquer leur raison. Rava a dit : quand nous étions chez Rav Na'hman, on déplaçait un brasero (kanouna) avec ses cendres, bien qu'il y ait dessus des morceaux de bois ; car il sert de base (bassis) à la cendre, qu'il est permis de déplacer pour couvrir un crachat ou des excréments, et aussi aux morceaux de bois, qu'il est interdit de déplacer ; et puisqu'il est base pour les deux, on le déplace avec eux.
💡 Explication

Rav Chechet montre que la règle de Rabbi Yits'hak, ein kli nital ela ledavar hanital (un ustensile ne se déplace que pour une chose que l'on déplace), était déjà connue à Babel par Rav Houna. Le mort est mouktse ; on ne déplace donc pas un ustensile pour lui. Une cloison (me'hitsa) ne peut être faite que pour le besoin d'un vivant.

La glose du Roch placée ici traite de la menora, de la lampe à naphte et du brasero : elle porte sur les pages voisines (44a-b) et relie le thème au déplacement d'objets le Chabbat.

6
מַאי הִיא? — דְּאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה, וְכֵן תָּנָא שֵׁילָא מָרִי: מֵת הַמֻּוטָּל בַּחַמָּה, בָּאִים שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם וְיוֹשְׁבִין בְּצִדּוֹ. חַם לָהֶם מִלְּמַטָּה, זֶה מֵבִיא מִטָּה וְיוֹשֵׁב עָלֶיהָ וְזֶה מֵבִיא מִטָּה וְיוֹשֵׁב עָלֶיהָ. חַם לָהֶם מִלְמַעְלָה, מְבִיאִים מַחְצֶלֶת וּפוֹרְסִין עֲלֵיהֶן. זֶה זוֹקֵף מִטָּתוֹ וְנִשְׁמָט וְהוֹלֵךְ לוֹ, וְזֶה זוֹקֵף מִטָּתוֹ וְנִשְׁמָט וְהוֹלֵךְ לוֹ, וְנִמְצֵאת מְחִיצָה עֲשׂוּיָה מֵאֵלֶיהָ.

De quoi s'agit-il ? - De ce qu'a dit Rav Chmouel bar Yehouda, et de même a enseigné Chila Mari : un mort gisant au soleil : deux personnes viennent et s'assoient à côté de lui. S'ils ont chaud par en dessous, celui-ci apporte un lit et s'assoit dessus, et celui-là apporte un lit et s'assoit dessus.

S'ils ont chaud par au-dessus, ils apportent une natte et l'étendent au-dessus d'eux. Celui-ci redresse son lit, se glisse dehors et s'en va, et celui-là redresse son lit, se glisse dehors et s'en va ; et il se trouve qu'une cloison s'est faite d'elle-même.

📜 Rachi (5)
מֵת הַמֻּוטָּל בַּחַמָּה וְיֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא יְמַהֵר לְהַסְרִיחַ:
Un mort gisant au soleil : et l'on doit craindre qu'il ne se décompose vite.
וְיוֹשְׁבִין בְּצִדּוֹ ע"ג הַקַּרְקַע כְּדֵי שֶׁיִּצְטַעֲרוּ מֵחֹום הַקַּרְקַע וְיִצְטָרְכוּ לְהָבִיא מַטּוֹת לֵישֵׁב עֲלֵיהֶן וְהַמִּטּוֹת יִהְיוּ לַמְּחִיצָּה כְּדִמְסַיֵּים וְאָזֵיל:
Et s'assoient à côté de lui : à même le sol, afin d'être incommodés par la chaleur du sol et d'avoir besoin d'apporter des lits pour s'y asseoir ; et les lits serviront de cloison, comme la suite le termine.
חַם לָהֶם לְמַטָּה מִן הַקַּרְקַע שֶׁרִתְּחוֹ חַמָּה:
Ils ont chaud par en dessous : à cause du sol que le soleil a chauffé.
וּפוֹרְסִין עַל רֹאשָׁן לְצֵל:
Et l'étendent : au-dessus de leur tête, pour l'ombre.
זֶה זוֹקֵף מִטָּתוֹ שֶׁתְּהֵא הַמַּחְצֶלֶת מֻונַּחַת עָלֶיהָ וְכֵן זֶה נִמְצֵאת מְחִיצָּה עֲשׂוּיָה מֵאֵלֶיהָ וְלִכְשֶׁיִּרְצוּ נִשְׁמָטִין וְהוֹלְכִין לָהֶם וְדַוְקָא נְקַט חַם לָהֶם מִלְּמַטָּה בְּרֵישָׁא שֶׁיָּבִיאוּ הַמִּטּוֹת לִישִׁיבָה בְּרֵישָׁא וַהֲדַר מַחְצֶלֶת לִפְרֹושׂ עֲלֵיהֶן לְצֵל וְאוֹחֲזִין אוֹתָהּ בִּידֵיהֶן עַד לְאַחַר שָׁעָה שֶׁיִּזְקְפוּם וְיִשְׁמְטוּם דַּהֲוָה לֵיהּ כִּי הַהוּא דְּאָמְרִינַן (עֵירוּבִין דַּף קא.) הַאי מְדוּרְתָּא מִלְּמַעְלָה לְמַטָּה שְׁרֵי אֲבָל לַאֲתוּיֵי מֵעִיקָּרָא מִטּוֹת לְצֹורֶךְ הָאֹהֶל לָא דַּהֲוָה לֵיהּ מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה כְּדֶרֶךְ בִּנְיָן וקי"ל אֵין עוֹשִׂין אֹהֶל עֲרַאי בַּתְּחִילָּה בְּשַׁבָּת:
Celui-ci redresse son lit : de sorte que la natte reste posée dessus, et de même l'autre ; il se trouve qu'une cloison s'est faite d'elle-même ; et quand ils le veulent, ils se glissent dehors et s'en vont. C'est à dessein que l'on mentionne d'abord 'ils ont chaud par en dessous' : qu'ils apportent d'abord les lits pour s'asseoir, ensuite la natte à étendre au-dessus d'eux pour l'ombre, et qu'ils la tiennent de leurs mains jusqu'à un moment plus tard, lorsqu'ils redressent (les lits) et se glissent dehors. Cela correspond à ce que nous disons (Erouvin 101a) : un empilement (medourta) de haut en bas est permis. Mais apporter dès le départ les lits pour la tente, non, car ce serait de bas en haut, à la manière d'une construction ; et nous tenons qu'on ne commence pas une tente provisoire (ohel arai) le Chabbat.
🗂️ Tossefot (4)
חַם לָהֶם מִלְּמַטָּה תֵּימַהּ בְּלֹא שׁוּם חֹום מַאי אִיסּוּר אִיכָּא שֶׁיָּבִיאוּ כָּל אֶחָד מַטֵּה לֵישֵׁב עָלֶיהָ וְתוּ אַמַּאי מַייְתֵי בְּרֵישָׁא מִטָּה וַהֲדַר מַחְצֶלֶת יַמְתִּינוּ עַד שֶׁיָּחֵם לָהֶם גַּם מִלְמַעְלָה וְיָבִיאוּ מִטּוֹת וּמַחְצָלוֹת יַחַד וְנִרְאֶה דְּאַחְמוּר רַבָּנָן לְמֶיעְבַּד הֶיכֵּרָא שֶׁהוּא לְצֹורֶךְ חַי כָּל כַּמָּה דְּאֶיפְשָׁר לְמֶיעְבַּד:
Ils ont chaud par en dessous : c'est étonnant : sans aucune chaleur, quel interdit y aurait-il à ce que chacun apporte un lit pour s'y asseoir ? Et de plus, pourquoi apporte-t-on d'abord le lit et ensuite la natte ? Qu'ils attendent d'avoir chaud aussi par au-dessus, et qu'ils apportent lits et nattes ensemble ! Il semble que les Sages ont été plus sévères, afin de faire une marque (hekher) montrant que c'est pour le besoin du vivant, autant qu'il est possible de le faire.
וּפוֹרְסִין עֲלֵיהֶן זֶה זוֹקֵף כּוּ' דַּוְקָא בכה"ג כְּמוֹ שֶׁפֵּי' רָשֵׁי אֲבָל מִמַּטָּה לְמַעְלָה אָסוּר מִשּׁוּם אֹהֶל כִּדְאָמְרִי' בְּהַמֵּבִיא כַּדֵּי יַיִן (בֵּיצָה לב: וְשָׁם) אָמַר רַב יְהוּדָה מְדוּרְתָּא מִלְּמַעְלָה לְמַטָּה שְׁרֵי מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה אָסוּר וְכֵן בֵּיעֲתָא וְכֵן קִידְרָא וְכֵן חָבִיתָא וּפוּרַיָּא דְּהָא דְּאָמְרִי' בְּהַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (עֵירוּבִין קב.) גַּבֵּי דִּיכְרֵי דְּרַב הוּנָא אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב א"ל זִיל כְּרֹוךְ בֻּודְיָא וְשַׁייַּר בַּהּ טֶפַח לִמְחַר פַּשְׁטוּהָ מוֹסִיף עַל אֹהֶל עֲרַאי הוּא וְשַׁפִּיר דָּמֵי אֲבָל בְּלֹא שִׁיּוּר אָסוּר הַיְינוּ מִשּׁוּם שֶׁהַמְּחִיצּוֹת הַתַּחְתּוֹנוֹת הָיוּ כְּבָר עֲשׂוּיוֹת וְאִם הָיָה פּוֹרֵשׁ עֲלֵיהֶן הָיָה עוֹשֶׂה אֹהֶל כְּדֶרֶךְ לַעֲשׂוֹת אֹהֶל ואע"ג דְּרַב הוּנָא אִית לֵיהּ הָכָא דְּאֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְדָבָר הַנִּיטָּל. מַה שֶׁהָיָה מוֹסִיף לְמָחָר לָא חֲשִׁיב טִלְטוּל אוֹ שֶׁמָּא הָיוּ מוֹשִׁיבִין שָׁם אָדָם א"נ מִשּׁוּם הֶפְסֵד מְרֻובֶּה שָׁרִי כִּדְפֵירֵשׁ לְעֵיל:
Et l'étendent au-dessus d'eux ; celui-ci redresse, etc. : seulement de cette manière, comme l'a expliqué Rachi ; mais de bas en haut c'est interdit à cause de la tente, comme nous le disons au chapitre Hamevi kade yayin (Beitsa 32b) : Rav Yehouda a dit : un empilement de haut en bas est permis, de bas en haut est interdit ; et de même pour un œuf, et de même pour une marmite, et de même pour un tonneau et un lit. Quant à ce que nous disons au chapitre Hamotse tefilin (Erouvin 102a) au sujet des béliers de Rav Houna : il vint devant Rav, qui lui dit : va enrouler la natte (boudia) et laisses-en un tefa'h ; le lendemain, déroule-la : il ajoute à une tente provisoire et c'est permis, mais sans laisser (un tefa'h) c'est interdit ; cela s'explique parce que les cloisons du bas étaient déjà faites, et s'il étendait (la natte) sur elles, il ferait une tente à la manière dont on fait une tente. Et bien que Rav Houna tienne ici qu'un ustensile ne se déplace que pour une chose que l'on déplace, ce qu'il ajoutait le lendemain n'est pas considéré comme un déplacement ; ou peut-être y faisait-on asseoir une personne ; ou encore, c'était permis à cause de la perte importante, comme on l'a expliqué plus haut.
זֶה זוֹקֵף מִטָּתוֹ תֵּימַהּ לר"י דְּרָבָא לָא שָׁרֵי אֶלָּא בִּשְׁבִיל חַי וּבְפֶ' מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (סַם מד. וְשָׁם) תַּנְיָא זוֹקֵף אֶת הַמִּטָּה פּוֹרֵס עָלֶיהָ סָדִין שֶׁלֹּא תִּפּוֹל הַחַמָּה עַל הַמֵּת וְעַל הָאֳוכָלִין וְהָתָם מוּקֵי לָהּ בִּמְחִיצָּה רְבִיעִית שֶׁסֻּוכָּה כְּשֵׁירָה בְּלָאו הָכִי וְלָא הָוֵי אֶלָּא תּוֹסֶפֶת אֹהֶל אֲבָל מ"מ (אֵין) נִיטַּל הַכְּלִי בִּשְׁבִיל מֵת וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם נָמֵי לָא שָׁרִי אֶלָּא בְּעִנְיָן שֶׁאוֹמֵר כָּאן שֶׁעוֹשֶׂה בִּשְׁבִיל חַי אִי נָמֵי שֶׁיֵּשׁ אוֹכְלִין עִם הַמֵּת:
Celui-ci redresse son lit : le Ri s'étonne : Rava ne l'a permis que pour le besoin d'un vivant ; or au chapitre Mi shehotsiouhou (Erouvin 44a) on enseigne : il redresse le lit et étend dessus un drap, pour que le soleil ne tombe pas sur le mort ni sur les aliments ; et là on l'établit dans le cas d'une quatrième cloison, puisque la soucca est valable même sans elle, si bien que ce n'est qu'un ajout de tente ; mais de toute façon, l'ustensile est déplacé pour un mort ! On peut répondre que là aussi on ne l'a permis que de la manière dont on le dit ici, en le faisant pour le besoin d'un vivant ; ou bien qu'il y a des aliments avec le mort.
וְנִשְׁמַט וְהוֹלֵךְ לוֹ וְאֵין צָרִיךְ לִישָּׁאֵר שָׁם תַּחַת הָאֹהֶל כְּדֵי שֶׁיְּהֵא נִרְאֶה שֶׁנַּעֲשָׂה בִּשְׁבִיל חַי כֵּיוָן דְּבִשְׁעַת עֲשִׂיָּיה הָיָה נִרְאֶה שֶׁעוֹשֶׂה בִּשְׁבִיל חַי:
Se glisse dehors et s'en va : et il n'a pas besoin de rester là sous la tente pour qu'il paraisse que cela a été fait pour un vivant, puisque au moment où on l'a fait, il paraissait le faire pour un vivant.
💡 Explication

Voici l'application de la règle de Rav Houna. Les lits et la natte sont déplacés pour le confort des vivants : ils ont chaud au sol, puis au soleil. Une fois les lits redressés sous la natte, les deux hommes s'en vont et le mort se trouve à l'ombre.

L'ordre compte. Selon Rachi, on construit de haut en bas : la natte est tenue d'abord, puis les lits sont redressés dessous. Monter des parois puis poser un toit serait faire un ohel (tente) à la manière d'une construction, interdit le Chabbat. Tossefot ajoute que l'étape du sol chaud crée une marque visible que tout est fait pour les vivants.

🖼️ Schéma
La cloison qui se fait d'elle-même : trois étapes 1. Chaleur du sol mort Chacun apporte un lit pour s'y asseoir 2. Chaleur d'en haut natte tenue au-dessus d'eux On étend la natte pour sa propre ombre 3. Lits redressés Ils se glissent dehors : le mort reste à l'ombre
Les lits et la natte sont apportés pour les vivants ; la cloison qui abrite le mort en résulte.
7
אִיתְּמַר, מֵת הַמֻּוטָּל בַּחַמָּה. רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הוֹפְכוֹ מִמַּטָּה לְמַטָּה. רַב חֲנִינָא בַּר שֶׁלֶמְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר: מַנִּיחַ עָלָיו כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק וּמְטַלְטְלוֹ. הֵיכָא דְּאִיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי. כִּי פְּלִיגִי דְּלֵית לֵיהּ: מָר סָבַר טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל, וּמָר סָבַר לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל.

Il a été dit : un mort gisant au soleil : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on le retourne d'un lit à un autre lit. Rav 'Hanina bar Chelamya a dit au nom de Rav : on pose sur lui un pain ou un enfant et on le déplace.

Là où il y a un pain ou un enfant, tous s'accordent que c'est permis. Ils divergent là où il n'en a pas : l'un pense que le déplacement indirect (tiltoul min hatsad) s'appelle un déplacement, et l'autre pense qu'il ne s'appelle pas un déplacement.

📜 Rachi (2)
הוֹפְכוֹ מִמַּטָּה לְמַטָּה עַד שֶׁמַּגִּיעַ לְצֵל:
On le retourne d'un lit à un autre lit : jusqu'à ce qu'il arrive à l'ombre.
מִן הַצַּד כִּלְאַחַר יָד:
Indirect : d'une manière inhabituelle (kelaa'har yad).
⚖️ Rosh (1)
וְהִלְכְתָא מַנִּיחִין נֵר ע"ג דֶּקֶל מע"ש וְאֵין מַנִּיחִין נֵר עַל גַּבֵּי דֶּקֶל מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב. מ"ט מִשּׁוּם דְּשַׁבָּת בְּדִיל מִינֵּיהּ וְלָא אָתֵי לְאִשְׁתַּמּוֹשֵׁי בִּמְחֻובָּר. ביו"ט דְּלָא בְּדִיל מִינֵּיהּ אָתֵי לְאִשְׁתַּמּוֹשֵׁי בִּמְחֻובָּר. בְּעָא מִינֵּיהּ ר"ל מַר' יוֹחָנָן חִטִּים שֶׁזְּרָעָן בְּקַרְקַע וּבְצִים שֶׁתַּחַת הַתַּרְנְגֹולֶת מַהוּ כִּי לֵית לֵיהּ לר"ש הֵיכָא דְּלָא דָּחֲיָא בְּיָדַיִם אֲבָל הֵיכָא דְּדָחֲיָא בְּיָדַיִם אִית לֵיהּ אוֹ דִּילְמָא לָא שְׁנָא. אֲמַר לֵיהּ אֵין מֻוקְצֶה לֵר' שִׁמְעוֹן אֶלָּא שֶׁמֶן שֶׁבַּנֵּר בְּשָׁעָה שֶׁהוּא דּוֹלֵק הוֹאִיל וְהֻוקְצָה לְמִצְוָתוֹ הֻוקְצָה לְאִיסּוּרוֹ. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אֵין מֻוקְצֶה לֵר' שִׁמְעוֹן אֶלָּא גְּרוֹגְרוֹת וְצִימּוּקִים בִּלְבַד. יְרוּשַׁלְמִי מ"ש הָנֵי הוֹאִיל וּמַסְרִיחוֹת בֵּינְתַיִם. בְּעָא מִינֵּיהּ ר"ש ב"ר מֵרַבִּי פַּצְעִילֵי תְּמָרָה לר"ש מַהוּ פִּי' תְּמָרִים הַנִּלְקָטִים קֹודֶם זְמַנָּן וְנוֹתְנִין אוֹתָן בְּחוֹתָלוֹת תְּמָרָה וְהֵן מִתְבַּשְּׁלוֹת מֵאֲלֵיהֶן. א"ל אֵין מֻוקְצֶה לר"ש אֶלָּא גְּרוֹגְרוֹת וְצִימּוּקִין בִּלְבַד דְּלָא הָווּ רְאוּיִין וּדְחִינְהוּ בְּיָדַיִם. בְּעָא מִינֵּיהּ הָהוּא סָבָא מַר' יוֹחָנָן קִינָה שֶׁל תַּרְנְגוֹלִים מַהוּ לְטַלְטְלָהּ בְּשַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ כְּלוּם עָשׂוּי אֶלָּא לְתַרְנְגוֹלִים. וְאוֹקֵימְנָא דְּאִית בֵּיהּ אֶפְרוֹחַ מֵת וַאֲפִילּוּ לְנַעֵר אָסוּר דְּכֵיוָן דְּאֵינוֹ עָשׂוּי אֶלָּא לַתַּרְנְגֹולֶת הֲוָה לֵיהּ כְּמַנִּיחַ:
Et la halakha est : on pose une lampe sur un palmier la veille de Chabbat, et on ne pose pas de lampe sur un palmier la veille d'un jour de fête. Pourquoi ? Parce que le Chabbat on s'en tient à l'écart, et l'on ne viendra pas se servir de ce qui est attaché au sol ; le jour de fête, où l'on ne s'en tient pas à l'écart, on viendra se servir de ce qui est attaché au sol. Rech Lakich demanda à Rabbi Yo'hanan : des grains de blé semés dans la terre, et des œufs sous la poule, qu'en est-il ? Rabbi Chimon rejette-t-il (le mouktse) là où on ne l'a pas écarté de ses mains, mais l'admet-il là où on l'a écarté de ses mains, ou bien n'y a-t-il pas de différence ? Il lui dit : il n'y a de mouktse selon Rabbi Chimon que pour l'huile qui est dans la lampe au moment où elle brûle : puisqu'elle a été réservée pour sa mitsva, elle a été réservée pour son interdit. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : il n'y a de mouktse selon Rabbi Chimon que pour les figues et les raisins mis à sécher, seulement. Le Yerouchalmi : en quoi ceux-là sont-ils différents ? Parce qu'ils deviennent malodorants entre-temps. Rabbi Chimon fils de Rabbi demanda à Rabbi : des dattes cueillies avant maturité (pits'ilei tamra), selon Rabbi Chimon, qu'en est-il ? Explication : des dattes cueillies avant leur temps, que l'on met dans des paniers de palmes, et qui mûrissent d'elles-mêmes. Il lui dit : il n'y a de mouktse selon Rabbi Chimon que pour les figues et les raisins mis à sécher, seulement, qui ne sont pas utilisables et qu'on a écartés de ses mains. Un vieillard demanda à Rabbi Yo'hanan : un nid de poules, peut-on le déplacer le Chabbat ? Il lui dit : est-il fait pour autre chose que pour les poules ? Et nous l'avons établi dans le cas où il s'y trouve un poussin mort ; et même le secouer est interdit, car puisqu'il n'est fait que pour la poule, c'est comme si on l'y avait posé.
💡 Explication

Deuxième manière de protéger le mort : le déplacer lui-même. Le mort est mouktse. Avec un pain ou un enfant posé sur lui, il devient le support d'un objet permis, et tous l'autorisent.

Sans pain ni enfant, Chmouel propose de le faire rouler d'un lit à l'autre. C'est un tiltoul min hatsad : on déplace l'objet d'une manière inhabituelle, par un geste indirect. Pour Chmouel, cela ne compte pas comme déplacement ; pour Rav, cela compte, et il l'interdit.

8
לֵימָא כְתַנָּאֵי: אֵין מַצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ: שָׁמַעְתִּי שֶׁמַּצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה. הֵיכִי דָמֵי: אִי דְּאִיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק, מַאי טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא? אִי דְּלֵיכָּא, מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ? אֶלָּא לָאו בְּטִלְטוּל מִן הַצַּד פְּלִיגִי. דְּמָר סָבַר טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל, וּמָר סָבַר לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל! לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל, וְהַייְנוּ טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ: דְּמִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ

Dirons-nous que c'est (une discussion) entre Tannaim ? On ne sauve pas le mort d'un incendie.

Rabbi Yehouda ben Lakich dit : j'ai entendu qu'on sauve le mort d'un incendie. De quel cas s'agit-il ?

S'il y a un pain ou un enfant, quelle est la raison du premier Tanna ? S'il n'y en a pas, quelle est la raison de Rabbi Yehouda ben Lakich ?

N'est-ce donc pas qu'ils divergent sur le déplacement indirect : l'un pense que le déplacement indirect s'appelle un déplacement, et l'autre pense qu'il ne s'appelle pas un déplacement ! - Non : tous s'accordent que le déplacement indirect s'appelle un déplacement, et voici la raison de Rabbi Yehouda ben Lakich : puisque l'homme est bouleversé au sujet de son mort,

📜 Rachi (2)
אִי דְּלֵיכָּא וְהַאי מַצִּילִין דְּקָאָמַר ר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ דִּמְטַלְטֵל לֵיהּ לְהֶדְיָא הוּא:
S'il n'y en a pas : alors ce 'on sauve' que dit Rabbi Yehouda ben Lakich signifie qu'on le déplace directement.
מַאי טַעְמָא דְּר' יְהוּדָה אֶלָּא לָאו מִן הַצַּד הוּא דְּקָשָׁרֵי:
Quelle est la raison de Rabbi Yehouda : n'est-ce donc pas de manière indirecte qu'il permet ?
🗂️ Tossefot (2)
דכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל נִרְאֶה לר"י דְּכֵן הֲלָכָה מִדְּלָא קָאָמַר דכ"ע לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּכְגוֹן דְּלֵיכָּא כִּכָּר וְתִינוֹק וְאֵין לוֹ אֶלָּא מִטָּה אַחַת וְטַעַם דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל כו'. אֶלָּא מִשּׁוּם דְּהִלְכְתָא דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל נְקַט הָכִי וְקָשֶׁה לר"י דִּבְרֵישׁ כָּל הַכֵּלִים (לְקַמָּן שַׁבָּת קכג.) פָּסֵיק רַב נַחְמָן כְּר' אֶלְעָזָר בֶּן תִּדְאֵי דְּקָסָבַר לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וע"ק דְּרַב אַדְּרַב דְּהָכָא סָבַר שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּבְסוֹף פ' תּוֹלִין (שַׁבָּת קַמָּא.) אָמְרִי בֵּי רַב טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּבְדֻוכְתָּא אַחֲרִיתִי פָּרִיךְ מִדְּרַב אַאָמְרִי בֵּי רַב וּבְפֶרֶק הַשּׁוֹאֵל (ב"מ קב:) וּבְפֶרֶק בֵּית כּוֹר (ב"ב קה:) מַצְרִיךְ מִילְּתֵיהּ דְּרַב וּדְאָמְרִי בֵּי רַב וְעוֹד אַמַּאי אָסַר רַב הָכָא טִלְטוּל מִן הַצַּד הָא תְּנַן בְּפֶ' נוֹטֵל (לְקַמָּן שַׁבָּת קמב:) מָעוֹת שע"ג הַכַּר מְנַעֵר אֶת הַכַּר וְהֵן נוֹפְלוֹת וְאֶבֶן שֶׁעַל פִּי הֶחָבִית מַטָּהּ עַל צִדָּהּ וְכוּ' וּמוּקֵי לָהּ רַב הָתָם בְּשׁוֹכֵחַ אֲבָל בְּמַנִּיחַ נַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר וְהָכָא (חֲשִׁיב) בְּשׁוֹכֵחַ. מִדְּשָׁרֵי שְׁמוּאֵל וְכָל דָּבָר שֶׁדַּעְתּוֹ לִיטְלוֹ בְּשַׁבָּת וְלֹא לְהַנִּיחוֹ כָּל הַשַּׁבָּת אֲפִילּוּ מַנִּיחַ חֲשִׁיב כְּשׁוֹכֵחַ כִּי הַהִיא דִּמְנַעֵר אֶת הַכִּיסּוּי וְהֵם נוֹפְלוֹת אע"פ שֶׁבְּמִתְכַּוֵּין כִּיסָּה בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל וְאַפֵּי' רַבָּנָן דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן תִּדְאֵי שָׁרוּ בְּכִי הַאי גַּווְנָא דְּהָכָא דְּהָא שָׁרוּ פַּגָּה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּתֶבֶן וַחֲרָרָה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּגֶחָלִים אִם מְגֻולָּה מִקְצָתָהּ וּבִמְכֻוסָּה כֻּולָּהּ פְּלִיגִי דְּרַבִּי אֶלְעָזָר שָׁרִי אַפֵּי' מְכֻוסָּה כֻּולָּהּ דְּתוֹחֵב בְּכוֹשׁ אוֹ בְּכִרְכָּר וְאוֹמֵר רִ"י דְּיֵשׁ לְחַלֵּק דְּהָכָא עִיקַּר הַטִּלְטוּל לְצֹורֶךְ מֵת וְלָא דָּמֵי לְכָל הָנְהוּ שֶׁעוֹשֶׂה עִיקַּר הַטִּלְטוּל לְצֹורֶךְ כַּר וְחָבִית וְלֹא לְצֹורֶךְ מָעוֹת וְאֶבֶן וּלְהָכֵי לָא מַיְיתֵי הָכָא פְּלֻוגְתָּא דָּר' אֶלְעָזָר בֶּן תַּדַּאי וְרַבָּנָן וע"ק לר"י דְּאַפֵּי' בְּטִלְטוּל דְּמֵת שֶׁיֵּשׁ לֶאֱסֹור יוֹתֵר מִשְּׁאָר טִלְטוּל מִן הַצַּד כִּדְפֵי' שָׁרֵי שְׁמוּאֵל וּבְסוֹף בַּמֶּה טוֹמְנִין (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף נ:) אָמַר שְׁמוּאֵל הַאי סַכִּינָא דְּבֵינֵי אֻורְבֵי דָּצַהּ וּשְׁלָפָהּ וַהֲדַר דָּצַהּ שְׁרֵי וְאִי לָא אֲסִיר וּפֵירֵשׁ בַּקְּוַנְט' לְקַמָּן דְּאָסוּר מִשּׁוּם טִלְטוּל מִן הַצַּד וְכֵן קָשֶׁה דְּרַב הוּנָא אָמַר הָתָם הַאי סְלִיקוּסְתָּא דָּצָהּ וּשְׁלָפָהּ וַהֲדַר דָּצַהּ שְׁרֵי וְאִי לָאו אָסוּר א"כ אָסַר טִלְטוּל מִן הַצַּד וּבְסוֹף תּוֹלִין אָמְרִי בֵּי רַב טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְאָמְרִי בֵּי רַב הַייְנוּ רַב הוּנָא כְּמוֹ שֶׁמְּפָרֵשׁ ר"ת בספ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יז: וְשָׁם) וְנִרְאֶה לר"י דְּרַב הוּנָא וּשְׁמוּאֵל לָא אָסְרִי הָתָם מִשּׁוּם טִלְטוּל מִן הַצַּד אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁמֵּסִיר עָפָר וּמַרְחִיב הַגֻּומָּא וְאַיְּידֵי דְּאַיְּירִי לְעֵיל מִינֵּיהּ בְּגֻומָּא נַקְּטָהּ וּמוֹתֵיב מֵהַטּוֹמֵן לֶפֶת וּצְנוּנוֹת דִּסְתָם לֶפֶת וּצְנוּנוֹת לָאו דָּצָהּ וּשְׁלָפָהּ וּלְהָכִי חֲשִׁיב הַשַּׁ"ס תְּיוּבְתָּא ור"ה וּשְׁמוּאֵל הֲווּ יָדְעִי לָהּ דְּמַתְנִי' הִיא בְּסֵדֶר זְרָעִים אֶלָּא דְּדָחֲקִי לְאוֹקְמָה בְּדָצָהּ וּשְׁלָפָהּ וְהַשַּׁ"ס לָא נִיחָא לֵיהּ לְאוֹקְמָה הָכִי וְעוֹמֶדֶת בִּתְיוּבְתָּא:
Tous s'accordent que le déplacement indirect s'appelle un déplacement : il semble au Ri que telle est la halakha, puisqu'on ne dit pas 'tous s'accordent qu'il ne s'appelle pas un déplacement', dans le cas où il n'y a ni pain ni enfant et qu'il n'a qu'un seul lit, la raison de Rabbi Yehouda ben Lakich étant 'puisque l'homme est bouleversé, etc.'. C'est donc parce que la halakha est qu'il s'appelle un déplacement qu'on s'exprime ainsi. Mais le Ri a une difficulté : au début de Kol hakelim (plus loin, Chabbat 123a), Rav Na'hman tranche comme Rabbi Elazar ben Tadaï, qui pense qu'il ne s'appelle pas un déplacement. Autre difficulté : Rav contredit Rav, car ici il pense qu'il s'appelle un déplacement, et à la fin du chapitre Tolin (Chabbat 141a) on dit à l'école de Rav : le déplacement indirect ne s'appelle pas un déplacement ; et ailleurs on oppose Rav à 'l'école de Rav' ; et au chapitre Hachoel (Bava Metsia 102b) et au chapitre Beit kor (Bava Batra 105b), on juge nécessaires à la fois la parole de Rav et celle de l'école de Rav. Et encore : pourquoi Rav interdit-il ici le déplacement indirect ? Nous avons appris au chapitre Notel (plus loin, Chabbat 142b) : des pièces de monnaie posées sur un coussin, on secoue le coussin et elles tombent ; une pierre sur l'ouverture d'un tonneau, on incline (le tonneau) sur le côté, etc. ; et Rav l'établit là dans le cas où on les a oubliées, mais si on les a posées (volontairement), (l'objet) devient une base pour une chose interdite ; et ici, c'est considéré comme un oubli, puisque Chmouel permet, et que toute chose que l'on compte enlever le Chabbat et non laisser tout le Chabbat, même posée volontairement, est considérée comme oubliée, comme le cas où l'on secoue le couvercle et elles tombent, bien qu'on ait couvert intentionnellement avec une chose que l'on ne déplace pas. Et même les Sages qui divergent de Rabbi Elazar ben Tadaï permettent dans un cas comme celui-ci, puisqu'ils permettent le fruit vert (paga) qu'on a enfoui dans la paille et la galette qu'on a enfouie dans les braises lorsqu'une partie en est découverte ; et ils divergent sur le cas où elle est entièrement couverte, Rabbi Elazar permettant même entièrement couverte, car on pique avec une broche ou un fuseau. Et le Ri dit qu'on peut distinguer : ici, le déplacement se fait essentiellement pour le besoin du mort ; ce n'est pas comparable à tous ces cas, où le déplacement se fait essentiellement pour le besoin du coussin et du tonneau, et non pour les pièces et la pierre ; c'est pourquoi on ne cite pas ici la discussion entre Rabbi Elazar ben Tadaï et les Sages. Et le Ri a une autre difficulté : même pour le déplacement d'un mort, qu'on devrait interdire davantage que tout autre déplacement indirect, comme on l'a expliqué, Chmouel permet ; or à la fin de Bameh tomnin (plus loin, Chabbat 50b), Chmouel dit : un couteau (fiché) entre les briques, s'il l'a enfoncé, retiré puis enfoncé de nouveau, c'est permis, sinon c'est interdit ; et Rachi explique plus loin que c'est interdit à cause du déplacement indirect. Et la même difficulté se pose pour Rav Houna, qui dit là-bas : cette petite pioche (salikousta), s'il l'a enfoncée, retirée et enfoncée de nouveau, c'est permis, sinon c'est interdit ; il interdit donc le déplacement indirect ; or à la fin de Tolin, l'école de Rav dit que le déplacement indirect ne s'appelle pas un déplacement, et 'l'école de Rav' désigne Rav Houna, comme l'explique Rabbenou Tam à la fin du premier chapitre de Sanhédrin (17b). Et il semble au Ri que Rav Houna et Chmouel n'interdisent pas là-bas à cause du déplacement indirect, mais parce qu'on retire de la terre et qu'on élargit le trou ; et comme il était question du trou juste avant, on l'a mentionné. Et (le Talmud) objecte à partir de celui qui enfouit des navets et des radis, car d'ordinaire les navets et les radis ne sont pas enfoncés puis retirés ; c'est pourquoi le Talmud le compte comme une réfutation. Rav Houna et Chmouel connaissaient cet enseignement, qui est une michna de l'ordre Zeraim, mais ils se sont efforcés de l'établir dans le cas où on a enfoncé et retiré ; le Talmud n'accepte pas de l'établir ainsi, et (leur position) reste réfutée.
מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ אִי לָא שָׁרֵית לִי' אָתֵי לְכַבּוּיֵי ואע"ג דְּגַבֵּי מָמוֹן אָמְרִינַן אִיפְּכָא אִי שָׁרֵית לֵיהּ אָתֵי לְכַבּוֹיֵי הַייְנוּ מִשּׁוּם שֶׁאֵין מִצְטַעֵר עַל מָמוֹנוֹ כְּמוֹ עַל מֵתוֹ וְאִי שָׁרֵית לֵיהּ מִתּוֹךְ שֶׁיְּהֵא טָרוּד לְהַצִּיל יִשְׁכַּח שֶׁהַיּוֹם שַׁבָּת וְיָבֹא לְכַבּוֹת בְּשׁוֹגֵג אֲבָל עַל מֵתוֹ מִצְטַעֵר בְּיוֹתֵר וְאִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ אָתֵי לְכַבּוֹיֵי בְּמֵזִיד:
Puisque l'homme est bouleversé au sujet de son mort, si on ne le lui permet pas, il en viendra à éteindre : et bien qu'à propos des biens nous disions l'inverse, si on le lui permet, il en viendra à éteindre, c'est parce qu'on ne se désole pas pour ses biens autant que pour son mort ; si on le lui permet, occupé à sauver, il oubliera que c'est aujourd'hui Chabbat et en viendra à éteindre par inadvertance ; mais pour son mort, il se désole davantage, et si on ne le lui permet pas, il en viendra à éteindre volontairement.
💡 Explication

La guemara cherche un précédent tannaitique à la discussion de Rav et Chmouel. Avec un pain ou un enfant, tous devraient permettre ; sans eux, un sauvetage direct serait interdit par tous. La discussion porterait donc sur le tiltoul min hatsad.

Rejet : tous considèrent le déplacement indirect comme un déplacement. Rabbi Yehouda ben Lakich permet pour une autre raison : l'homme bouleversé (bahoul) par la perte de son proche risque d'éteindre le feu si on lui interdit de sauver le corps. La phrase s'achève au folio 44a.

Tossefot déduit de cette formulation que la halakha suit l'avis selon lequel le déplacement indirect compte comme déplacement, et discute les passages qui semblent dire le contraire.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).