Shabbat 46a — La menora à joints, la position de Rabbi Yo'hanan sur le mouktse et la lampe à naphte

Shabbat 46a

Sougya : Le folio achève la discussion sur le déplacement d'une menora le Chabbat. Abaye explique que l'interdit vise une menora faite de joints ('houlyot), qu'on risque de remonter ; la guemara précise qu'il s'agit d'une menora à rainures ('hidkei) qui ressemble à une menora à joints, et situe la discussion entre Rabbi Yo'hanan et Reich Lakich sur la petite menora à rainures.

La guemara objecte ensuite à Rabbi Yo'hanan, qui suit Rabbi Yehouda sur le mouktse, une michna anonyme (la base roulante, mokhni) qui semble suivre Rabbi Chimon ; Rabbi Zeira l'interprète de façon à sauver sa position. Suivent l'enseignement de Rabbi à Diospera (question restée sans réponse, teikou), des récits sur des Sages qui déplaçaient ou non une lampe, la discussion sur la lampe à naphte, et l'échange entre Rava et Rav Avia sur le statut d'ustensile (torat keli).

Peut-on déplacer la menora le Chabbat ? (souci de construction)Grande menoraPetite menoraJoints réels('houlyot)se démonteINTERDITrisque de chute et de remontage= fabriquer un ustensileINTERDITmême raisonRainures('hidkei)ressemble à des jointsINTERDIT (guezera)les grandes sont souvent à joints :on la confondrait avec ellesMAHLOKETR. Yo'hanan : interdit (on décrète)Reich Lakich : permis (pas de décret)Lissesans rainuresPas de souci de construction(le Roch : les grandes sans rainures, tous les permettent)reste la question du mouktse, traitée à part
Les cas de la menora selon notre folio : joints réels, rainures, grande ou petite.
Rabbi Yo'hanan suit-il vraiment Rabbi Yehouda ?Position rapportéeR. Yo'hanan : halakha comme R. Yehouda (mouktse)Objection : autre règle de R. Yo'hananhalakha comme la michna anonyme (stam michna)Michna du mokhni (base roulante)on ne la tire pas le Chabbat quand il y a de l'argent dessusDéductionsans argent : permis, même s'il y en avait à bein hachmachot= Rabbi ChimonRéponse de Rabbi Zeirala michna parle d'un cas où il n'y avait pas d'argentpendant tout bein hachmachot : pas de contradiction
La contradiction entre deux règles de Rabbi Yo'hanan et la réponse de Rabbi Zeira.
Rabbi à Diospera : une décision ou deux ?Témoignage de R. Yehochoua ben Leviil enseigna sur la menora comme R. Chimon sur la lampeLecture 1 : une seule décisionmenora : permis,comme R. Chimon pour la lampe(lecture de Rachi)Lecture 2 : deux décisionsmenora : interdit (guezera, rainures)lampe : permis comme R. ChimonTeikoula question reste ouverte
Les deux lectures du témoignage sur Rabbi à Diospera.
1
מֻותָּר לִנְטוֹתָהּ וּמֻותָּר לְפָרְקָהּ בְּשַׁבָּת. אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי: בְּשֶׁל חֻולְיוֹת. אִי הָכִי, מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ דְּשָׁרֵי?

[...] il est permis de le tendre et il est permis de le démonter le Chabbat ! Mais Abaye a dit : il s'agit d'une [menora] à joints ('houlyot).

S'il en est ainsi, quelle est la raison de Rabbi Chimon ben Lakich, qui permet ?

📜 Rachi (2)
מֻותָּר לִנְטוֹתָהּ דִּסְתָם כִּילַּת חֲתָנִים אֵין לָהּ גַּג טֶפַח שֶׁנַּקְלִיטִין יוֹצְאִין לִשְׁנֵי רָאשֵׁי הַמִּטָּה בְּאֶמְצָעָהּ אֶחָד לְכָאן וְאֶחָד לְכָאן וְנוֹתֵן כְּלוֹנָס' מִזֶּה לָזֶה וּמַשְׁלִיךְ הָאֹהֶל עָלֶיהָ וְהוּא שׁוֹפֵעַ לְכָאן וּלְכָאן וְכֵיוָן שֶׁאֵינוֹ רָחָב טֶפַח אֵינוֹ אֹהֶל וְאֵין בּוֹ לֹא בִּנְיָן וְלֹא סְתִירָה:
Il est permis de le tendre : car le dais des mariés ordinaire n'a pas de toit d'un tefa'h. Des montants sortent aux deux extrémités du lit, en son milieu, un de chaque côté ; on pose une perche de l'un à l'autre et on jette la tente par-dessus, et elle descend en pente de part et d'autre. Puisqu'elle n'a pas un tefa'h de large, ce n'est pas une tente, et il n'y a là ni construction ni démolition.
בְּשֶׁל חֻולְיוֹת בִּמְנוֹרָה שֶׁל פְּרָקִים שֶׁמָּא תִּפּוֹל וְתִתְפָּרֵק וְיַחֲזִירֶנָּה וְנִמְצָא עוֹשֶׂה כְּלִי:
À joints : une menora faite de pièces ; de peur qu'elle ne tombe et se défasse, et qu'on la remonte, et on se trouverait fabriquer un ustensile.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנִי' נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל נִיצוֹצוֹת וְלֹא יִתֵּן לְתוֹכוֹ מַיִם מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְכַבֶּה:
Michna : on place un récipient sous la lampe pour recevoir les étincelles, mais on n'y met pas d'eau, parce qu'on éteint.
אָמַר רַבָּה חַלְּתָא בַּת תְּרֵי כוֹרֵי שְׁרֵי לְטִלְטוּלֵי. בַּת תְּלָתָא כּוֹרֵי אֲסִיר. וְרַב יוֹסֵף אָמַר בַּת שְׁלֹשָׁה כּוֹרֵי שְׁרֵי בַּת אַרְבְּעָה כוֹרֵי אֲסִיר. אָמַר אַבַּיֵּי בְּעָא מִינֵּיהּ דְּמָר בִּשְׁעַת מַעֲשֶׂה וַאֲפִילּוּ בַּת תְּרֵי כוֹרֵי לָא שְׁרָא לִי וְלֵית הִלְכְתָא הָכִי שֶׁיִּתְבַּטֵּל מִתּוֹרַת כְּלִי מֵחֲמַת כָּובְדוֹ דְּאַבַּיֵּי גּוּפֵיהּ לֹא קִבְּלָהּ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מה:) מְנָרְתָּא אָסוּר הוֹאִיל וְאָדָם קוֹבֵעַ לָהּ מָקוֹם: אָמַר אַבַּיֵּי וַהֲרֵי כִּילַּת חֲתָנִים דְּאָדָם קוֹבֵעַ לָהּ מָקוֹם וּמֻותָּר לִנְטוֹתָהּ אוֹ לְפָורְקָהּ בְּשַׁבָּת אֶלָּא אָמַר אַבָּיֵי כו'. וְעוֹד דְּאָמְרִינַן פֶּרֶק בָּתְרָא דְּעֵירוּבִין דַּף קב. הַהִיא שָׁרִיתָא דַּהֲוָת בֵּי ר' פְּדָת דְּהָווּ שָׁקְלִי בֵּי עֲשָׂרָה וְשָׁדוּ לֵיהּ אַדַּשָׁא אֲמַר תּוֹרַת כְּלִי עָלֶיהָ וְהַהִיא אֲסִיתָּא דְּהָוֵי בֵּי מַר שְׁמוּאֵל וְכוּ'. וְהָא דְּקָאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ דַּף קכא. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא פָּמוֹטוֹת שֶׁל בֵּית רַבִּי מֻותָּרוֹת לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ ר' זֵירָא בְּאָדָם אֶחָד אוֹ בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם אֲמַר לֵיהּ כְּאוֹתָן שֶׁל בֵּית אָבִיךָ פֵּירוּשׁ שֶׁהָיוּ גְּדוֹלִים. וּדְלֹא כְּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל שֶׁפֵּירְשׁוּ כְּאוֹתָן שֶׁל בֵּית אָבִיךָ שֶׁהָיוּ קְטַנִּים. וְקָשֶׁה לְפֵירוּשָׁם דְּמוּכָח בְּהֶדְיָא בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מו.) גַּבֵּי מְנוֹרָה דְּהָנֵי גְּדוֹלוֹת דְּלֵית לְהוּ חֲדָקַי לְכֻולֵּי עָלְמָא שָׁרוּ. שָׁם ע"ב תָּנוּ רַבָּנַן שֵׁשׁ תְּקִיעוֹת תּוֹקְעִין עֶרֶב שַׁבָּת. רִאשׁוֹנָה לְבַטֵּל מְלָאכָה שֶׁבַּשָּׂדוֹת שְׁנִיָּה לְבַטֵּל עִיר וַחֲנוּיוֹתֶיהָ שְׁלִישִׁית לְהַדְלִיק אֶת הַנֵּר דִּבְרֵי ר' נָתָן רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אוֹמֵר שְׁלִישִׁית לַחֲלֹוץ תְּפִילִּין. וְשׁוֹהֶה כְּדֵי לִצְלוֹת דָּג קָטָן אוֹ לְהַדְבִּיק פַּת בַּתַּנּוּר וְתוֹקֵעַ וּמֵרִיעַ וְתוֹקֵעַ וְשׁוֹבֵת מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁקַּבָּלַת שַׁבָּת אֵינָהּ תְּלוּיָה בְּהַדְלָקַת הַנֵּר. שֶׁהֲרֵי אַחַר שֶׁהִדְלִיק עֲדַיִין יוּכַל לִצְלוֹת דָּג קָטָן. וְנִרְאֶה דְּקַבָּלַת שַׁבָּת תְּלוּיָה בִּתְפִלַּת עַרְבִית מִדְּקָאָמַר בִּתְפִלַּת הַשַּׁחַר דַּף כז: רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ ר' יִרְמְיָה מִי בָּדְלַתְּ וַאֲמַר לֵיהּ אִין בָּדֵילְנָא וּפָרִיךְ וּמִי בְּדִיל וְהָא אָמַר ר' אָבָהוּ פַּעַם אַחַת הִתְפַּלֵּל ר' שֶׁל שַׁבָּת מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְנִכְנַס לְבֵית הַמֶּרְחָץ וְשָׁנָה לָהֶן פִּרְקָן וַעֲדַיִין לֹא חֲשֵׁיכָה וּמְשַׁנֵּי הַהוּא לְהַזִּיעַ וְקֹודֶם גְּזֵירָה הֲוָה וְתוּ פָּרִיךְ וְהָא אַבָּיֵי שְׁרָא לֵיהּ לְרַב דִּימִי לִכְבָרוֹיֵי סַלֵּי בְּפַנְיָא דִּמְעַלֵּי שַׁבְּתָא וּמְשַׁנֵּי טָעוּתָא הֲוַאי פֵּירוּשׁ שֶׁנִּתְקַשְּׁרוּ שָׁמַיִם בְּעָבִים וּכְסָבוּר שֶׁהָיָה לַיְלָה וְקִבֵּל עָלָיו שַׁבָּת בְּטָעוּת מִכָּל הַדִּין מַשְׁמַע שֶׁקַּבָּלַת שַׁבָּת תְּלוּיָה בִּתְפִלַּת עַרְבִית וְכֵן עַמָּא דְּבַר כְּשֶׁהַחַזָּן אוֹמֵר בָּרְכוּ הַכֹּל פּוֹרְשִׁין מִמְּלָאכָה: הַדְרָן עֲלָךְ בַּמֶּה מַדְלִיקִין
Rabba a dit : une corbeille ('hilta) de deux kor, il est permis de la déplacer ; de trois kor, c'est interdit. Rav Yossef a dit : de trois kor, c'est permis ; de quatre kor, c'est interdit. Abaye a dit : j'ai interrogé le maître au moment où le cas s'est présenté, et même pour une corbeille de deux kor il ne me l'a pas permis. La halakha n'est pas ainsi, à savoir qu'un objet perdrait son statut d'ustensile à cause de son poids, car Abaye lui-même ne l'a pas accepté, comme nous le disons plus loin au chapitre Kira (Chabbat 45b) : la menora est interdite, puisque l'homme lui fixe une place. Abaye a dit : et le dais des mariés, auquel l'homme fixe une place, et qu'il est permis de tendre ou de démonter le Chabbat ? Mais Abaye a dit, etc. De plus, nous disons au dernier chapitre d'Erouvin (102a) : cette poutre qui se trouvait chez Rabbi Pedat, que dix personnes soulevaient et posaient contre la porte, il a dit : elle a le statut d'ustensile ; et ce mortier qui se trouvait chez Mar Chmouel, etc. Et ce que nous disons à la fin du chapitre Kol kitvei (121a) : Rabbi 'Hanina a dit : les chandeliers de la maison de Rabbi, il est permis de les déplacer le Chabbat. Rabbi Zeira lui a dit : [portables] par un seul homme ou par deux ? Il lui a répondu : comme ceux de la maison de ton père, c'est-à-dire qu'ils étaient grands. Cela contre l'explication de Rachi et de Rabbenou 'Hananel, qui ont expliqué 'comme ceux de la maison de ton père' : qui étaient petits. Leur explication fait difficulté, car il ressort explicitement au chapitre Kira (Chabbat 46a), à propos de la menora, que les grandes qui n'ont pas de rainures, tous les permettent. Ibid. 35b : Les Sages ont enseigné : on sonne six sonneries la veille de Chabbat. La première pour faire cesser le travail dans les champs ; la deuxième pour faire cesser la ville et ses boutiques ; la troisième pour allumer la lampe, selon Rabbi Natan. Rabbi Yehouda Hanassi dit : la troisième pour ôter les tefillin. On attend le temps de rôtir un petit poisson ou de coller le pain dans le four, puis on sonne tekia, terou'a, tekia, et on cesse. On en déduit que l'acceptation du Chabbat (kabbalat Chabbat) ne dépend pas de l'allumage de la lampe, puisqu'après avoir allumé on peut encore rôtir un petit poisson. Il semble que l'acceptation du Chabbat dépende de la prière d'Arvit, puisqu'on dit au chapitre Tefilat hacha'har (Berakhot 27b) : Rav a prié la prière de Chabbat la veille de Chabbat. Rabbi Yirmeya lui a dit : t'es-tu séparé [du travail] ? Il a dit : oui, je me suis séparé. La guemara objecte : se sépare-t-on donc ? Rabbi Abahou n'a-t-il pas dit : une fois, Rabbi a prié la prière de Chabbat la veille de Chabbat, est entré aux bains et leur a enseigné leur chapitre, alors qu'il ne faisait pas encore nuit ? Elle répond : il y est entré pour transpirer, et c'était avant le décret. Elle objecte encore : Abaye n'a-t-il pas permis à Rav Dimi de passer [le grain] au crible dans des paniers au soir de la veille de Chabbat ? Elle répond : c'était une erreur, c'est-à-dire que le ciel s'était couvert de nuages, il pensait qu'il faisait nuit et il avait accepté le Chabbat par erreur. De tout cela il ressort que l'acceptation du Chabbat dépend de la prière d'Arvit, et telle est la pratique : quand l'officiant dit Barekhou, tous cessent le travail. Nous reviendrons à toi, chapitre Bamé madlikin.
💡 Explication

Fin de l'objection d'Abaye à Rabba (45b). Rabba avait expliqué que la menora est interdite parce que l'homme lui fixe une place. Abaye objecte : le dais des mariés (kilat 'hatanim) a aussi une place fixe, et pourtant on peut le tendre et le démonter le Chabbat. Rachi explique pourquoi : ce dais n'a pas de toit large d'un tefa'h, il n'a donc pas statut de tente, et il n'y a ni binyan (construction) ni setira (démolition).

Abaye propose une autre raison : la menora interdite est faite de 'houlyot (pièces emboîtées). Si elle tombe et se défait, on risque de la remonter, ce qui revient à fabriquer un ustensile le Chabbat. Mais alors, pourquoi Reich Lakich la permettrait-il ?

2
מַאי ״חֻולְיוֹת״ — כְּעֵין חֻולְיוֹת, דְּאִית בָּהּ חִידְקֵי. הִלְכָּךְ: חֻולְיוֹת, בֵּין גְּדוֹלָה בֵּין קְטַנָּה — אֲסוּרָה לְטַלְטְלָהּ. גְּדוֹלָה נָמֵי דְּאִית בָּהּ חִידְקֵי — גְּזֵירָה אַטּוּ גְּדוֹלָה דְּחֻולְיוֹת. כִּי פְּלִיגִי בִּקְטַנָּה דְּאִית בָּהּ חִידְקֵי: מַר סָבַר גָּזְרִינַן, וּמַר סָבַר לָא גָּזְרִינַן.

Que signifie 'houlyot ? Semblable à des joints, c'est-à-dire qu'elle a des rainures ('hidkei).

Par conséquent : une [menora] à joints, grande ou petite, il est interdit de la déplacer. Une grande qui a des rainures aussi [est interdite] : c'est un décret à cause de la grande à joints.

Ils sont en désaccord sur la petite qui a des rainures : l'un pense que nous décrétons, et l'autre pense que nous ne décrétons pas.

📜 Rachi (4)
חִידְקֵי חִיתּוּכִין סָבִיב לָהּ קרונ"ש וְדוֹמֶה לִפְרָקִים וּמַאן דַּחֲזֵי סָבַר שֶׁל פְּרָקִים הוּא:
Rainures : des entailles tout autour, en vieux français 'crènes' ; elle ressemble à une menora à pièces, et celui qui la voit pense qu'elle est faite de pièces.
גְּדוֹלָה הוֹאִיל וְדַרְכָּהּ לַעֲשׂוֹתָהּ שֶׁל חֻולְיוֹת כִּי אִית בֵּיהּ חִידְקֵי סָבְרִי דְּחֻולְיוֹת הֵן וְאָסוּר אֲפִילּוּ לְרֵישׁ לָקִישׁ כִּדְאָמַר לְעֵיל נִיטֶּלֶת בִּשְׁתֵּי יָדַיִם אָסוּר לְטַלְטְלָהּ:
Une grande : puisqu'on a l'habitude de la faire à joints, quand elle a des rainures on pense que ce sont des joints ; elle est interdite même selon Reich Lakich, comme il l'a dit plus haut : celle qu'on soulève avec les deux mains, il est interdit de la déplacer.
כִּי פְּלִיגִי בִּקְטַנָּה דְּאִית בָּהּ חִידְקֵי דְּכֻולֵּי עָלְמָא יָדְעִי דְּלָאו חֻולְיוֹת נִינְהוּ:
Ils sont en désaccord sur la petite qui a des rainures : car tout le monde sait que ce ne sont pas des joints.
גָּזְרִינַן אַטּוּ חֻולְיוֹת:
Nous décrétons : à cause de celle à joints.
🗂️ Tossefot (1)
דְּחֻולְיוֹת בֵּין גְּדוֹלָה בֵּין קְטַנָּה אֲסוּרָה קָשֶׁה לר"י דבפ"ב דְּבֵיצָה (דַּף כא:) תְּנַן ג' דְּבָרִים ר"ג מַחְמִיר כב"ש וַחֲשִׁיב אֵין זוֹקְפִין אֶת הַמְּנוֹרָה וּמַשְׁמַע דב"ה שָׁרֵי וּמְפָרֵשׁ הָתָם בַּגְּמָרָא הָכָא בִּמְנוֹרָה שֶׁל חֻולְיוֹת עָסְקִינַן מִשּׁוּם דְּמִיחְזֵי כְּבוֹנֶה דב"ש סָבְרִי יֵשׁ בִּנְיָן בְּכֵלִים וְיֵשׁ סְתִירָה בְּכֵלִים וב"ה סָבְרִי אֵין בִּנְיָן כו' אַלְמָא שָׁרֵי ב"ה מְנוֹרָה שֶׁל חֻולְיוֹת לְהַחֲזִיר וּמַאן דְּשָׁרֵי בְּסוֹף פִּירְקָא לְהַחֲזִיר מִטָּה שֶׁל חֻולְיוֹת בְּרָפוּי אִיכָּא לְאוֹקְמָא ה"נ בְּרָפוּי אֲבָל לְמַאן דְּאָסַר קָשֶׁה וְתֵירֵץ רִ"י דְּהָתָם מַיְירֵי כְּגוֹן שֶׁהַחֻולְיוֹת מְחֻובָּרִין יַחַד וְאֵינָם מִתְפָּרְקִין וּפְעָמִים מַטִּין אוֹתָן וּפְעָמִים זוֹקְפִין אוֹתָן:
Une [menora] à joints, grande ou petite, est interdite : difficulté pour le Ri. Au deuxième chapitre de Beitsa (21b), nous avons appris : dans trois cas Rabban Gamliel est rigoureux comme Beit Chammai, et il compte : on ne redresse pas la menora. Cela implique que Beit Hillel le permettent. La guemara y explique : il s'agit d'une menora à joints, parce que cela ressemble à une construction ; Beit Chammai pensent qu'il y a construction et démolition pour les ustensiles, et Beit Hillel pensent qu'il n'y a pas de construction, etc. Il en ressort que Beit Hillel permettent de remonter une menora à joints. Selon celui qui permet, à la fin du chapitre, de remettre en place un lit à joints, on peut expliquer qu'il s'agit là aussi d'un assemblage lâche ; mais selon celui qui l'interdit, la difficulté demeure. Le Ri a répondu : là-bas, il s'agit de joints attachés ensemble qui ne se séparent pas ; tantôt on les incline, tantôt on les redresse.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבָּה חַלְּתָא בַּת תְּרֵי כוֹרֵי שְׁרֵי לְטִלְטוּלֵי. בַּת תְּלָתָא כּוֹרֵי אֲסִיר. וְרַב יוֹסֵף אָמַר בַּת שְׁלֹשָׁה כּוֹרֵי שְׁרֵי בַּת אַרְבְּעָה כוֹרֵי אֲסִיר. אָמַר אַבַּיֵּי בְּעָא מִינֵּיהּ דְּמָר בִּשְׁעַת מַעֲשֶׂה וַאֲפִילּוּ בַּת תְּרֵי כוֹרֵי לָא שְׁרָא לִי וְלֵית הִלְכְתָא הָכִי שֶׁיִּתְבַּטֵּל מִתּוֹרַת כְּלִי מֵחֲמַת כָּובְדוֹ דְּאַבַּיֵּי גּוּפֵיהּ לֹא קִבְּלָהּ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מה:) מְנָרְתָּא אָסוּר הוֹאִיל וְאָדָם קוֹבֵעַ לָהּ מָקוֹם: אָמַר אַבַּיֵּי וַהֲרֵי כִּילַּת חֲתָנִים דְּאָדָם קוֹבֵעַ לָהּ מָקוֹם וּמֻותָּר לִנְטוֹתָהּ אוֹ לְפָורְקָהּ בְּשַׁבָּת אֶלָּא אָמַר אַבָּיֵי כו'. וְעוֹד דְּאָמְרִינַן פֶּרֶק בָּתְרָא דְּעֵירוּבִין דַּף קב. הַהִיא שָׁרִיתָא דַּהֲוָת בֵּי ר' פְּדָת דְּהָווּ שָׁקְלִי בֵּי עֲשָׂרָה וְשָׁדוּ לֵיהּ אַדַּשָׁא אֲמַר תּוֹרַת כְּלִי עָלֶיהָ וְהַהִיא אֲסִיתָּא דְּהָוֵי בֵּי מַר שְׁמוּאֵל וְכוּ'. וְהָא דְּקָאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ דַּף קכא. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא פָּמוֹטוֹת שֶׁל בֵּית רַבִּי מֻותָּרוֹת לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ ר' זֵירָא בְּאָדָם אֶחָד אוֹ בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם אֲמַר לֵיהּ כְּאוֹתָן שֶׁל בֵּית אָבִיךָ פֵּירוּשׁ שֶׁהָיוּ גְּדוֹלִים. וּדְלֹא כְּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל שֶׁפֵּירְשׁוּ כְּאוֹתָן שֶׁל בֵּית אָבִיךָ שֶׁהָיוּ קְטַנִּים. וְקָשֶׁה לְפֵירוּשָׁם דְּמוּכָח בְּהֶדְיָא בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מו.) גַּבֵּי מְנוֹרָה דְּהָנֵי גְּדוֹלוֹת דְּלֵית לְהוּ חֲדָקַי לְכֻולֵּי עָלְמָא שָׁרוּ. שָׁם ע"ב תָּנוּ רַבָּנַן שֵׁשׁ תְּקִיעוֹת תּוֹקְעִין עֶרֶב שַׁבָּת. רִאשׁוֹנָה לְבַטֵּל מְלָאכָה שֶׁבַּשָּׂדוֹת שְׁנִיָּה לְבַטֵּל עִיר וַחֲנוּיוֹתֶיהָ שְׁלִישִׁית לְהַדְלִיק אֶת הַנֵּר דִּבְרֵי ר' נָתָן רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אוֹמֵר שְׁלִישִׁית לַחֲלֹוץ תְּפִילִּין. וְשׁוֹהֶה כְּדֵי לִצְלוֹת דָּג קָטָן אוֹ לְהַדְבִּיק פַּת בַּתַּנּוּר וְתוֹקֵעַ וּמֵרִיעַ וְתוֹקֵעַ וְשׁוֹבֵת מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁקַּבָּלַת שַׁבָּת אֵינָהּ תְּלוּיָה בְּהַדְלָקַת הַנֵּר. שֶׁהֲרֵי אַחַר שֶׁהִדְלִיק עֲדַיִין יוּכַל לִצְלוֹת דָּג קָטָן. וְנִרְאֶה דְּקַבָּלַת שַׁבָּת תְּלוּיָה בִּתְפִלַּת עַרְבִית מִדְּקָאָמַר בִּתְפִלַּת הַשַּׁחַר דַּף כז: רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ ר' יִרְמְיָה מִי בָּדְלַתְּ וַאֲמַר לֵיהּ אִין בָּדֵילְנָא וּפָרִיךְ וּמִי בְּדִיל וְהָא אָמַר ר' אָבָהוּ פַּעַם אַחַת הִתְפַּלֵּל ר' שֶׁל שַׁבָּת מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְנִכְנַס לְבֵית הַמֶּרְחָץ וְשָׁנָה לָהֶן פִּרְקָן וַעֲדַיִין לֹא חֲשֵׁיכָה וּמְשַׁנֵּי הַהוּא לְהַזִּיעַ וְקֹודֶם גְּזֵירָה הֲוָה וְתוּ פָּרִיךְ וְהָא אַבָּיֵי שְׁרָא לֵיהּ לְרַב דִּימִי לִכְבָרוֹיֵי סַלֵּי בְּפַנְיָא דִּמְעַלֵּי שַׁבְּתָא וּמְשַׁנֵּי טָעוּתָא הֲוַאי פֵּירוּשׁ שֶׁנִּתְקַשְּׁרוּ שָׁמַיִם בְּעָבִים וּכְסָבוּר שֶׁהָיָה לַיְלָה וְקִבֵּל עָלָיו שַׁבָּת בְּטָעוּת מִכָּל הַדִּין מַשְׁמַע שֶׁקַּבָּלַת שַׁבָּת תְּלוּיָה בִּתְפִלַּת עַרְבִית וְכֵן עַמָּא דְּבַר כְּשֶׁהַחַזָּן אוֹמֵר בָּרְכוּ הַכֹּל פּוֹרְשִׁין מִמְּלָאכָה: הַדְרָן עֲלָךְ בַּמֶּה מַדְלִיקִין
Rabba a dit : une corbeille ('hilta) de deux kor, il est permis de la déplacer ; de trois kor, c'est interdit. Rav Yossef a dit : de trois kor, c'est permis ; de quatre kor, c'est interdit. Abaye a dit : j'ai interrogé le maître au moment où le cas s'est présenté, et même pour une corbeille de deux kor il ne me l'a pas permis. La halakha n'est pas ainsi, à savoir qu'un objet perdrait son statut d'ustensile à cause de son poids, car Abaye lui-même ne l'a pas accepté, comme nous le disons plus loin au chapitre Kira (Chabbat 45b) : la menora est interdite, puisque l'homme lui fixe une place. Abaye a dit : et le dais des mariés, auquel l'homme fixe une place, et qu'il est permis de tendre ou de démonter le Chabbat ? Mais Abaye a dit, etc. De plus, nous disons au dernier chapitre d'Erouvin (102a) : cette poutre qui se trouvait chez Rabbi Pedat, que dix personnes soulevaient et posaient contre la porte, il a dit : elle a le statut d'ustensile ; et ce mortier qui se trouvait chez Mar Chmouel, etc. Et ce que nous disons à la fin du chapitre Kol kitvei (121a) : Rabbi 'Hanina a dit : les chandeliers de la maison de Rabbi, il est permis de les déplacer le Chabbat. Rabbi Zeira lui a dit : [portables] par un seul homme ou par deux ? Il lui a répondu : comme ceux de la maison de ton père, c'est-à-dire qu'ils étaient grands. Cela contre l'explication de Rachi et de Rabbenou 'Hananel, qui ont expliqué 'comme ceux de la maison de ton père' : qui étaient petits. Leur explication fait difficulté, car il ressort explicitement au chapitre Kira (Chabbat 46a), à propos de la menora, que les grandes qui n'ont pas de rainures, tous les permettent. Ibid. 35b : Les Sages ont enseigné : on sonne six sonneries la veille de Chabbat. La première pour faire cesser le travail dans les champs ; la deuxième pour faire cesser la ville et ses boutiques ; la troisième pour allumer la lampe, selon Rabbi Natan. Rabbi Yehouda Hanassi dit : la troisième pour ôter les tefillin. On attend le temps de rôtir un petit poisson ou de coller le pain dans le four, puis on sonne tekia, terou'a, tekia, et on cesse. On en déduit que l'acceptation du Chabbat (kabbalat Chabbat) ne dépend pas de l'allumage de la lampe, puisqu'après avoir allumé on peut encore rôtir un petit poisson. Il semble que l'acceptation du Chabbat dépende de la prière d'Arvit, puisqu'on dit au chapitre Tefilat hacha'har (Berakhot 27b) : Rav a prié la prière de Chabbat la veille de Chabbat. Rabbi Yirmeya lui a dit : t'es-tu séparé [du travail] ? Il a dit : oui, je me suis séparé. La guemara objecte : se sépare-t-on donc ? Rabbi Abahou n'a-t-il pas dit : une fois, Rabbi a prié la prière de Chabbat la veille de Chabbat, est entré aux bains et leur a enseigné leur chapitre, alors qu'il ne faisait pas encore nuit ? Elle répond : il y est entré pour transpirer, et c'était avant le décret. Elle objecte encore : Abaye n'a-t-il pas permis à Rav Dimi de passer [le grain] au crible dans des paniers au soir de la veille de Chabbat ? Elle répond : c'était une erreur, c'est-à-dire que le ciel s'était couvert de nuages, il pensait qu'il faisait nuit et il avait accepté le Chabbat par erreur. De tout cela il ressort que l'acceptation du Chabbat dépend de la prière d'Arvit, et telle est la pratique : quand l'officiant dit Barekhou, tous cessent le travail. Nous reviendrons à toi, chapitre Bamé madlikin.
💡 Explication

La guemara précise : les 'houlyot désignent ici une menora à 'hidkei, des rainures décoratives qui la font ressembler à une menora à pièces. D'où le tableau :

1) Menora à joints réels, grande ou petite : interdite pour tous. 2) Grande à rainures : interdite pour tous par guezera (décret), car les grandes sont souvent faites de pièces et on les confondrait. 3) Petite à rainures : c'est la mahloket. Rabbi Yo'hanan décrète ; Reich Lakich ne décrète pas, car tout le monde sait qu'une petite menora n'est pas faite de pièces.

Tossefot confronte cela à Beitsa 21b, où Beit Hillel permettent de redresser une menora à joints, et répond que là-bas les pièces restent attachées : on ne fait que les incliner ou les redresser.

3
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כִּסְתָם מִשְׁנָה. וּתְנַן, מֻוכְנִי שֶׁלָּהּ בִּזְמַן שֶׁהִיא נִשְׁמֶטֶת — אֵין חִיבּוּר לָהּ, וְאֵין נִמְדֶּדֶת עִמָּהּ, וְאֵין מַצֶּלֶת עִמָּהּ בְּאֹהֶל הַמֵּת, וְאֵין גּוֹרְרִין אוֹתָהּ בְּשַׁבָּת בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ עָלֶיהָ מָעוֹת.

Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ? Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : la halakha suit la michna anonyme ?

Et nous avons appris : sa base roulante (mokhni), quand elle se détache, ne lui est pas jointe, n'est pas mesurée avec elle, ne protège pas avec elle dans la tente du mort, et on ne la tire pas le Chabbat quand il y a de l'argent dessus.

📜 Rachi (1)
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה:
Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela : que la halakha suit Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan a dit (45b) que la halakha suit Rabbi Yehouda, qui retient le mouktse. Or il a aussi posé la règle : halakha kestam michna, la halakha suit la michna anonyme.

La michna citée (Kelim 18, 2) parle d'un grand coffre ou chariot posé sur une mokhni, une base à roues. Quand cette base se détache, elle est considérée comme un objet distinct pour les lois d'impureté : elle n'entre pas dans la mesure de volume du récipient et ne participe pas à la protection contre l'impureté du mort. Pour Chabbat : on ne la tire pas quand il y a de l'argent dessus.

4
הָא אֵין עָלֶיהָ מָעוֹת — שָׁרְיָא, וְאַף עַל גַּב דַּהֲווֹ עָלֶיהָ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת? אָמַר רַבִּי זֵירָא: תְּהֵא מִשְׁנָתֵינוּ שֶׁלֹּא הָיוּ עָלֶיהָ מָעוֹת כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת, שֶׁלֹּא לִשְׁבֹּור דְּבָרָיו שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן.

Donc, quand il n'y a pas d'argent dessus, c'est permis, même s'il y en avait à bein hachmachot ! Rabbi Zeira a dit : que notre michna [traite du cas] où il n'y avait pas d'argent dessus pendant tout bein hachmachot, afin de ne pas briser les paroles de Rabbi Yo'hanan.

📜 Rachi (1)
תְּהֵא מִשְׁנָתֵינוּ דְּמוּכְנִי דְּקָתָנֵי הָא אֵין עָלֶיהָ מָעוֹת שַׁרְיָא כְּגוֹן שֶׁלֹּא הָיוּ עָלֶיהָ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְהָכִי תֵּידוּק מִינָּהּ טַעְמָא דְּיֵשׁ עָלֶיהָ מָעוֹת כְּשֶׁקָּדַשׁ הַיּוֹם הָא אֵין עָלֶיהָ כְּשֶׁקָּדַשׁ הַיּוֹם שָׁרְיָא:
Que notre michna : celle de la base roulante, qui enseigne que, sans argent dessus, c'est permis, [traite] du cas où il n'y en avait pas à bein hachmachot. Il faut en déduire ainsi : la raison [de l'interdit] est qu'il y avait de l'argent dessus quand le jour a été sanctifié ; s'il n'y en avait pas quand le jour a été sanctifié, c'est permis.
💡 Explication

La déduction de la guemara : si l'argent a été retiré pendant Chabbat, la michna permet de tirer la base. Pour Rabbi Yehouda, un objet écarté à bein hachmachot (le crépuscule) reste mouktse tout le jour. La michna anonyme suivrait donc Rabbi Chimon, et Rabbi Yo'hanan devrait trancher comme lui.

Rabbi Zeira répond par une interprétation restrictive : la michna parle du cas où il n'y avait pas d'argent pendant tout bein hachmachot. Rachi : la déduction porte sur le moment où le jour a été sanctifié. Ainsi la michna s'accorde aussi avec Rabbi Yehouda. La guemara admet l'explication forcée pour ne pas briser les paroles de Rabbi Yo'hanan.

5
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: פַּעַם אַחַת הָלַךְ רַבִּי לִדְיוֹסְפָרָא, וְהוֹרָה בִּמְנוֹרָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּנֵר. אִיבַּעְיָא לְהוּ: הוֹרָה בִּמְנוֹרָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּנֵר — לְהֶיתֵּרָא, אוֹ דִּילְמָא: הוֹרָה בִּמְנוֹרָה לְאִיסּוּרָא — וּכְרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּנֵר לְהֶיתֵּרָא. תֵּיקוּ.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : une fois, Rabbi est allé à Diospera, et il a enseigné au sujet de la menora comme Rabbi Chimon au sujet de la lampe. Ils se sont demandé : a-t-il enseigné au sujet de la menora comme Rabbi Chimon au sujet de la lampe, pour permettre ?

Ou peut-être a-t-il enseigné au sujet de la menora pour interdire, et comme Rabbi Chimon au sujet de la lampe pour permettre ? Teikou (la question reste sans réponse).

📜 Rachi (2)
לִדְיוֹסְפָרָא מָקוֹם:
À Diospera : nom d'un lieu.
אִיבַּעְיָא לְהוּ חֲדָא הוֹרָאָה הֲוַאי וְהָכִי קָאָמַר הוֹרָה בִּמְנוֹרָה לְהֶיתֵּרָא כְּדֶרֶךְ שֶׁהָיָה ר' שִׁמְעוֹן מַתִּיר בְּנֵר יָשָׁן אוֹ דִּילְמָא שְׁתֵּי הוֹרָאוֹת הֲוָה הוֹרָה בִּמְנוֹרָה לְאִיסּוּר כְּדַאֲמָרָן בִּדְחִידְקֵי וְגָזְרִינַן אַטּוּ חֻולְיוֹת וכר"ש הוֹרָה בַּנֵּר לְהֶיתֵּר:
Ils se sont demandé : c'était une seule décision, et il faut comprendre : il a enseigné au sujet de la menora pour permettre, de la même façon que Rabbi Chimon permettait pour la vieille lampe. Ou peut-être y avait-il deux décisions : il a enseigné au sujet de la menora pour interdire, comme nous l'avons dit pour celle à rainures, ou nous décrétons à cause de celle à joints, et comme Rabbi Chimon il a enseigné au sujet de la lampe pour permettre.
🗂️ Tossefot (1)
הוֹרָה בִּמְנוֹרָה לְהֶיתֵּרָא וכר"ש בַּנֵּר נָמֵי לְהֶיתֵּרָא אוֹ דִּילְמָא בִּמְנוֹרָה הוֹרָה לְאִיסּוּרָא וכר"ש בְּנֵר לְהֶיתֵּרָא וא"ת אַמַּאי לָא קָאָמַר נַמֵּי אוֹ דִילְמָא הוֹרָה בִּמְנוֹרָהּ לְהֶיתֵּרָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּנֵר וּכְרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּנֵר לָא סְבִירָא לֵיהּ דכה"ג אִיתָא בְּאֵלּוּ טְרֵיפוֹת (חֻולִּין דַּף נו: וְשָׁם) הוֹרוּ בְּטַרְפַּחַת כְּרַבִּי בְּזֶפֶק אִיבַּעְיָא לְהוּ הוֹרוּ בְּטַרְפַּחַת לְאִיסּוּרָא וּכְרַבִּי בְּזֶפֶק לְהֶיתֵּרָא אוֹ דִילְמָא הוֹרוּ בְּטַרְפַּחַת לְהֶיתֵּרָא כְּרַבִּי בְּזֶפֶק וּכְרַבִּי בְּזֶפֶק לָא סְבִירָא לְהוּ וְי"ל דְּהָכָא לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיתְלֵי מְנוֹרָה בְּנֵר כִּדְתָלֵי טַרְפַּחַת בְּזֶפֶק דְּהָכָא אֵין טַעַם אֶחָד לִשְׁנֵיהֶם דְּנֵר מִשּׁוּם מֻוקְצֶה וּמְנוֹרָה מִשּׁוּם בִּנְיָן וְעוֹד דְּלָא בָּעֵי לְמֵימַר דָּר' לֹא סָבַר בְּנֵר כר"ש מִשּׁוּם דְּרִיבָּ"ל פְּסִיק לְעֵיל כר"ש וְאִם תֹּאמַר וּבְהַהִיא דְּאֵלּוּ טְרֵיפוֹת אַמַּאי לָא קָאָמַר נַמֵּי תַּרְוַיְיהוּ לְהֶיתֵּרָא כִּדְאָמַר הָכָא אוֹ דִילְמָא הוֹרוּ בְּטַרְפַּחַת לְהֶיתֵּרָא וְכַר' בְּזֶפֶק נָמֵי לְהֶיתֵּרָא וּמִיהוּ בְּלָאו הָכִי מַגִּיהִין שָׁם הַסְּפָרִים ול"ג הוֹרוּ בְּטַרְפַּחַת לְאִיסּוּרָא דְּהָא כ"ע שָׁרוּ לָהּ דְּתַנְיָא הָתָם הִיא הָאֵם הִיא טַרְפַּחַת הִיא שַׁלְחוּפִית וּבְנִיטַּל הָאֵם הֲוָה עוּבְדָא וְהֶאֱכִילָהּ רַבִּי טַרְפוֹן לִכְלָבִים וְאָמַר הָלְכָה חֲמוֹרְךָ טַרְפוֹן וַאֲמַר לֵיהּ רַבִּי עֲקִיבָא טוֹעֶה בִּדְבַר מִשְׁנָה אַתָּה וְגָרַס הָתָם הוֹרוּ בְּטַרְפַּחַת לְהֶיתֵּרָא וּכְרַבִּי בְּזֶפֶק לְהֶיתֵּרָא כו' וְרַשִׁ"י פִּי' הוֹרָה בִּמְנוֹרָה לְהֶיתֵּרָא כר"ש בְּנֵר וַחֲדָא הוֹרָאָה הָוֵי וְאֵין נִרְאֶה דְּאֵין לִתְלוֹת מְנוֹרָה בַּנֵּר וְעוֹד דְּאַכַּתִּי הָוֵי לֵיהּ לְמִיבַּעְיָא אוֹ דִּילְמָא תַּרְוַיְיהוּ לְהֶיתֵּרָא:
A-t-il enseigné au sujet de la menora pour permettre, et comme Rabbi Chimon au sujet de la lampe, pour permettre aussi ? Ou peut-être au sujet de la menora pour interdire, et comme Rabbi Chimon au sujet de la lampe pour permettre : on peut demander pourquoi la guemara ne dit pas aussi : ou peut-être a-t-il enseigné au sujet de la menora pour permettre, comme Rabbi Chimon au sujet de la lampe, mais il ne pense pas comme Rabbi Chimon au sujet de la lampe. Car on trouve une formulation de ce type au chapitre Elou terefot ('Houlin 56b) : ils ont enseigné au sujet de la tarpa'hat comme Rabbi au sujet du jabot ; ils se sont demandé : ont-ils enseigné pour la tarpa'hat pour interdire, et comme Rabbi au sujet du jabot pour permettre, ou peut-être ont-ils enseigné pour la tarpa'hat pour permettre, comme Rabbi au sujet du jabot, mais ils ne pensent pas comme Rabbi au sujet du jabot ? On peut répondre qu'ici il n'y a pas lieu de rattacher la menora à la lampe, comme on rattache la tarpa'hat au jabot, car ici il n'y a pas une raison commune aux deux : la lampe relève du mouktse, et la menora de la construction. De plus, la guemara ne veut pas dire que Rabbi ne pense pas comme Rabbi Chimon au sujet de la lampe, puisque Rabbi Yehochoua ben Levi a tranché plus haut comme Rabbi Chimon. On peut demander : et là-bas, dans Elou terefot, pourquoi ne dit-on pas aussi que les deux sont pour permettre, comme on le dit ici : ou peut-être ont-ils enseigné pour la tarpa'hat pour permettre, et comme Rabbi au sujet du jabot pour permettre aussi ? Toutefois, sans cela, on corrige la les livres et on ne lit pas : ils ont enseigné pour la tarpa'hat pour interdire, car tous la permettent, comme on l'enseigne là-bas : c'est la em, c'est la tarpa'hat, c'est la chela'houfit ; et le cas s'est présenté pour une em enlevée, et Rabbi Tarfon l'a donnée à manger aux chiens, et on lui a dit : ton âne est perdu, Tarfon ; et Rabbi Akiva lui a dit : tu t'es trompé sur un point de michna. On y lit donc : ils ont enseigné pour la tarpa'hat pour permettre, et comme Rabbi au sujet du jabot pour permettre, etc. Rachi a expliqué : il a enseigné au sujet de la menora pour permettre, comme Rabbi Chimon au sujet de la lampe, et c'était une seule décision. Cela ne semble pas juste, car il n'y a pas lieu de rattacher la menora à la lampe ; et de plus il aurait fallu demander aussi : ou peut-être les deux pour permettre ?
💡 Explication

Un témoignage ambigu sur Rabbi (Rabbi Yehouda Hanassi). Deux lectures :

1) Une seule décision : la menora est permise, comme Rabbi Chimon permet la lampe éteinte (lecture de Rachi). 2) Deux décisions distinctes : la menora (à rainures) est interdite par décret, et la lampe est permise selon Rabbi Chimon. La question reste teikou.

Tossefot conteste Rachi : la menora et la lampe relèvent de deux raisons différentes (binyan pour la menora, mouktse pour la lampe), on ne peut donc pas rattacher l'une à l'autre. Pour Tossefot, la question porte sur deux décisions, et l'alternative est entre 'deux permissions' et 'interdit pour la menora, permis pour la lampe'.

6
רַב מַלְכִּיָּא אִיקְּלַע לְבֵי רַבִּי שִׂמְלַאי וְטַילְטֵל שְׁרָגָא, וָאִיקָּפֵד רַבִּי שֶׁמְּלַאי. רַבִּי יוֹסֵי גָּלִילָאָה אִיקְּלַע לְאַתְרֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא, טַילְטֵל שְׁרָגָא וְאִיקְּפַד רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא. רַבִּי אֲבָהוּ כִּי אִיקְּלַע לְאַתְרֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי הֲוָה מְטַלְטֵל שְׁרָגָא. כִּי אִיקְּלַע לְאַתְרֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן לָא הֲוָה מְטַלְטֵל שְׁרָגָא. מַה נַפְשָׁךְ? אִי כְּרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ — לֶיעֱבֵד כְּרַבִּי יְהוּדָה. אִי כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לֵיהּ — לֶיעֱבֵד כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן! — לְעוֹלָם כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לֵיהּ, וּמִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ דְּרַבִּי יוֹחָנָן הוּא דְּלָא הֲוָה עָבֵיד.

Rav Malkiya vint chez Rabbi Simlai et déplaça une lampe ; Rabbi Simlai en fut contrarié. Rabbi Yossi le Galiléen vint dans le lieu de Rabbi Yossi fils de Rabbi 'Hanina, déplaça une lampe, et Rabbi Yossi fils de Rabbi 'Hanina en fut contrarié.

Rabbi Abahou, quand il venait dans le lieu de Rabbi Yehochoua ben Levi, déplaçait la lampe ; quand il venait dans le lieu de Rabbi Yo'hanan, il ne déplaçait pas la lampe. De quelque façon que tu le prennes : s'il pense comme Rabbi Yehouda, qu'il agisse comme Rabbi Yehouda ; s'il pense comme Rabbi Chimon, qu'il agisse comme Rabbi Chimon !

En réalité, il pense comme Rabbi Chimon, et c'est par respect pour Rabbi Yo'hanan qu'il ne le faisait pas.

📜 Rachi (2)
וְטִלְטֵל שְׁרָגָא נֵר שֶׁכָּבָה:
Et il déplaça une lampe : une lampe éteinte.
לְעוֹלָם כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לֵיהּ דְּאִי סְבִירָא לֵיהּ דְּאָסוּר לָא הֲוָה מְטַלְטֵל לֵיהּ לִכְבוֹד ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי דִּלְיֵעָבֵד אִיסּוּרָא:
En réalité, il pense comme Rabbi Chimon : car s'il pensait que c'est interdit, il ne l'aurait pas déplacée par égard pour Rabbi Yehochoua ben Levi, en commettant un interdit.
💡 Explication

Trois récits sur la lampe éteinte (chraga). Rabbi Simlai et Rabbi Yossi fils de Rabbi 'Hanina suivent Rabbi Yehouda : la lampe qui a brûlé à bein hachmachot est mouktse.

Rabbi Abahou agit différemment selon le lieu. La guemara conclut qu'il suit Rabbi Chimon, et qu'il s'abstient dans le lieu de Rabbi Yo'hanan par kavod (respect) pour l'autorité locale. Rachi en donne la preuve : on ne commet pas un interdit pour faire honneur à un maître ; puisqu'il déplaçait la lampe chez Rabbi Yehochoua ben Levi, c'est qu'il la tenait pour permise.

🖼️ Schéma
Rabbi Abahouavis : comme R. ChimonChez R. Yehochoua ben Leviil déplace la lampe(le maître du lieu suit R. Chimon)Chez R. Yo'hananil ne la déplace paspar respect pour le maître du lieuRachi : s'il pensait que c'est interdit, il ne l'aurait pas fait même chez R. Yehochoua ben Levi.
Rabbi Abahou suit Rabbi Chimon, mais s'abstient dans le lieu de Rabbi Yo'hanan.
7
אָמַר רַב יְהוּדָה: שְׁרָגָא דְּמִשְׁחָא שְׁרֵי לְטַלְטוֹלַהּ, דְּנַפְטָא — אֲסִיר לְטִלְטוּלָהּ. רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: דְּנַפְטָא נָמֵי שְׁרֵי לְטַלְטוֹלַהּ, דְּהוֹאִיל וַחֲזֵי לְכַסּוֹת בֵּיהּ מָנָא.

Rav Yehouda a dit : une lampe à huile, il est permis de la déplacer ; une [lampe] à naphte, il est interdit de la déplacer. Rabba et Rav Yossef ont dit tous deux : une [lampe] à naphte aussi, il est permis de la déplacer, puisqu'elle peut servir à couvrir un récipient.

📜 Rachi (3)
שְׁרָגָא דְּמִשְׁחָא שֶׁדָּלַק נֵר שֶׁל שֶׁמֶן:
Une lampe à huile : dans laquelle a brûlé une lampe d'huile.
שָׁרִי לְטִלְטוּלָהּ אַחַר שֶׁכָּבָה כְּר' שִׁמְעוֹן דְּלָא מְאִיס:
Il est permis de la déplacer : après qu'elle s'est éteinte, selon Rabbi Chimon, car elle n'est pas repoussante.
אֲבָל בְּנַפְטָא דְּמַסְרַח אֲפִילּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן מוֹדֶה דְּלָא חֲזִי אֶלָּא לִמְלַאכְתּוֹ:
Mais à naphte : qui sent mauvais ; même Rabbi Chimon reconnaît qu'elle ne sert qu'à sa fonction.
🗂️ Tossefot (1)
דְּנַפְטָא אָסוּר לְטַלְטְלָהּ פֵּי' בַּקּוּנְטְ' אֲפִילּוּ לְר"ש וְכֵן מַשְׁמַע דְּהָא שְׁרָגָא דְּמִשְׁחָא דְּשָׁרֵי לְטַלְטְלָהּ הַייְנוּ לְר' שִׁמְעוֹן וְעוֹד מִדְּפָרִיךְ רָבָא בְּסָמוּךְ לְרַבָּה וְרַב יוֹסֵף מ"ש מִצְּרוֹרוֹת שֶׁבֶּחָצֵר וְאִי שָׁרֵי ר' שִׁמְעוֹן דְּנַפְטָא תֵּיקַשׁ' לֵיהּ לכ"ע אַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן לְכָךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְ' דְּהָכָא אַלִּיבָּא דְר' שִׁמְעוֹן קָאֵי ואע"ג דְּרַב אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה גַּבֵּי מִטָּה שֶׁיִּחֲדָהּ לְמָעוֹת. וְרַבָּה נָמֵי אִית לֵיהּ כִּדְאָמַר אַבַּיֵּי כָּל מִילֵּי דְּמָר עָבֵיד כְּרַב וְרַב יוֹסֵף נָמֵי מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה בְּפֶ' נוֹטֵל (לְקַמָּן שַׁבָּת קמב:) דְּקָאָמַר כַּמָּה חָרִיפָא שְׁמַעְתָּתָא דְּדַרְדַּקֵּי אֵימוֹר דַּאֲמוּר בְּשָׁכַח לְכַתְּחִילָּה מִי אֱמֹור הָכָא אַלִּיבָּא דר"ש. קָאָמַר וְלֵיהּ לָא ס"ל וּמִיהוּ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּהָכָא מַיְירֵי נָמֵי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה וְלָא מַייְרֵי בְּהִדְלִיקוּ בּוֹ בְּאוֹתָהּ שַׁבָּת וה"ק שְׁרָגָא דְּמִשְׁחָא שֶׁל מַתֶּכֶת שָׁרֵי לְטִלְטוּלָהּ וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי יְהוּדָה כִּדְתַנְיָא לְעֵיל (שַׁבָּת ד' מד) כָּל הַנֵּרוֹת שֶׁל מַתֶּכֶת מִטַּלְטְלִין דְּנַפְטָא אָסוּר אַפֵּי' לְרַבִּי שִׁמְעוֹן דִּמְאִיס טְפֵי מִנֵּר יָשָׁן וְרַבָּה וְרַב יוֹסֵף שָׁרוּ אַפֵּי' לְרַבִּי יְהוּדָה דְּלָא [עִי' תּוֹס' מְנָחוֹת מא: ד"ה כָּל מִילֵּי]:
À naphte, il est interdit de la déplacer : le Kountres (Rachi) explique : même selon Rabbi Chimon. C'est aussi ce qui ressort, puisque la lampe à huile qu'il est permis de déplacer, c'est selon Rabbi Chimon. De plus, Rava objecte juste après à Rabba et Rav Yossef : en quoi est-ce différent des cailloux de la cour ? Si Rabbi Chimon permettait la lampe à naphte, il aurait dû objecter à tous selon Rabbi Chimon. C'est pourquoi le Kountres explique qu'ici on parle selon Rabbi Chimon. Et cela bien que Rav retienne le mouktse dans le cas du lit désigné pour l'argent ; et Rabba aussi le retient, comme l'a dit Abaye : en toute chose le maître agit comme Rav ; et Rav Yossef aussi semble retenir le mouktse au chapitre Notel (plus loin, Chabbat 142b), où il dit : combien est pointu l'enseignement des enfants ! Admettons qu'on l'ait dit pour celui qui a oublié, l'a-t-on dit pour celui qui [pose] à priori ? Ici, il parle selon Rabbi Chimon, mais lui-même ne le pense pas. Toutefois, il semble qu'on puisse expliquer qu'ici on parle aussi selon Rabbi Yehouda, et qu'il ne s'agit pas du cas où on l'a allumée ce Chabbat-là. Il faut comprendre ainsi : une lampe à huile en métal, il est permis de la déplacer, même selon Rabbi Yehouda, comme on l'a enseigné plus haut (Chabbat 44a) : toutes les lampes de métal se déplacent. Celle à naphte est interdite même selon Rabbi Chimon, car elle est plus repoussante qu'une vieille lampe. Et Rabba et Rav Yossef la permettent même selon Rabbi Yehouda [voir Tossefot Mena'hot 41b, s.v. Kol mili].
💡 Explication

Rav Yehouda distingue : la lampe à huile éteinte se déplace (selon Rabbi Chimon, elle n'est pas repoussante) ; la lampe à naphte (pétrole brut) sent si mauvais qu'on ne l'utilise pour rien d'autre : elle est mouktse même selon Rabbi Chimon.

Rabba et Rav Yossef la permettent aussi : elle peut encore servir à couvrir un récipient, c'est donc un ustensile utilisable.

Tossefot propose deux lectures : selon Rachi, tout le débat se situe dans l'opinion de Rabbi Chimon ; selon une autre lecture, il s'agit d'une lampe de métal qui n'a pas brûlé ce Chabbat, et le débat vaut aussi selon Rabbi Yehouda.

8
רַב אַוְיָא אִיקְּלַע לְבֵי רָבָא. הֲוָה מְאִיסָן (בֵּי) כְּרָעֵיהּ בְּטִינָא. אִתֵּיב אַפֻּורְיָא קַמֵּיהּ דְּרָבָא. אֶיקְפֹּד רָבָא, בְּעָא לְצַעוֹרֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: מַאי טַעְמָא רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ שְׁרָגָא דְּנַפְטָא נָמֵי שְׁרֵי לְטַלְטוֹלַהּ? אֲמַר לֵיהּ: הוֹאִיל וְחַזְיָא לְכַסּוֹיֵי בָּהּ מָנָא. אֶלָּא מֵעַתָּה, כָּל צְרוֹרוֹת שֶׁבֶּחָצֵר מִטַּלְטְלִין, הוֹאִיל וְחַזְיִין לְכַסּוֹיֵי בְּהוּ מָנָא. אֲמַר לֵיהּ: הָא אִיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עָלֶיהָ. הָנֵי לֵיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן. מִי לָא תַּנְיָא:

Rav Avia vint chez Rava. Ses pieds étaient salis de boue ; il s'assit sur le lit devant Rava.

Rava en fut contrarié et voulut le mettre en difficulté. Il lui dit : quelle est la raison de Rabba et Rav Yossef, qui disent tous deux qu'une lampe à naphte aussi, il est permis de la déplacer ?

Il lui répondit : puisqu'elle peut servir à couvrir un récipient. — S'il en est ainsi, tous les cailloux de la cour pourraient être déplacés, puisqu'ils peuvent servir à couvrir un récipient ! Il lui dit : celle-ci a le statut d'ustensile, ceux-là n'ont pas le statut d'ustensile.

N'a-t-on pas enseigné :

📜 Rachi (2)
אֶיקְפֹּד רָבָא מִשּׁוּם טִינּוּף הַמִּטָּה:
Rava en fut contrarié : à cause de la salissure du lit.
וּבָעָה לְצַעוֹרֵיהּ בִּשְׁאֵלוֹת:
Et voulut le mettre en difficulté : par des questions.
💡 Explication

Rava, contrarié que Rav Avia ait sali son lit, le met à l'épreuve par des questions. Rav Avia donne la raison de Rabba et Rav Yossef : la lampe à naphte peut couvrir un récipient.

Rava objecte : les cailloux de la cour peuvent aussi couvrir un récipient, et pourtant on ne les déplace pas. Rav Avia distingue : la lampe a le torat keli (statut d'ustensile), on peut donc la déplacer pour un usage permis ; les cailloux sont une matière brute, sans statut d'ustensile. Il appuie sa réponse sur une baraita citée au folio suivant.

🖼️ Schéma
Rav Yehoudahuile : permis ; naphte : interdit(la naphte sent mauvais)Rabba et Rav Yossefnaphte aussi : permiselle peut servir à couvrir un récipientObjection de Ravaalors les cailloux de la cour aussi :ils peuvent couvrir un récipient !Réponse de Rav Aviala lampe a le statut d'ustensile (torat keli)les cailloux ne l'ont pasUn ustensile se déplace pour un usage permis ; une matière brute doit être désignée avant Chabbat.
La lampe à naphte : les positions et la distinction de Rav Avia entre ustensile et matière brute.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).