Sougya : Le folio part de la règle du support (bassis) : un récipient qui porte seulement une chose interdite en prend le statut. Rabbi Romanos rapporte que Rabbi lui a permis de déplacer une pelle à encens avec sa cendre, ce qui semble contredire l'enseignement de Rabbi Yo'hanan sur le panier et la pierre.
Plusieurs explications se succèdent : les grains d'encens (Rabbi Assi, réfuté par Abaye), le pot de chambre (Abaye, réfuté par Rava), puis la cendre utile du brasero chez Rav Na'hman (Rava), confrontée aux débris de mèche que Abaye explique par les conditions de la Galilée. La guemara aborde ensuite le remontage d'un lit démontable le Chabbat : Rabbi Abba et Rav Houna bar 'Hiya le permettent, Rav et Chmouel le rendent passible d'un 'hatat.
Laisse la lampe, l'huile et la mèche, puisqu'elles sont devenues un support (bassis) pour une chose interdite.
Fin de la discussion du folio précédent : même Rabbi Chimon, qui est souple en matière de mouktse, reconnaît qu'une lampe qui brûle le Chabbat ne se déplace pas. La flamme est une chose interdite, et la lampe, l'huile et la mèche qui la portent deviennent son bassis (support) : elles prennent son statut.
Tossefot précise pourquoi il faut mentionner l'huile : un objet qui porte à la fois de l'interdit et du permis reste déplaçable ; c'est parce que l'huile elle-même sert la flamme que tout l'ensemble est interdit.
Rabbi Zeira dit au nom de Rabbi Assi, au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi 'Hanina, au nom de Rabbi Romanos : Rabbi m'a permis de déplacer une pelle à braises (ma'hta) avec sa cendre. Rabbi Zeira dit à Rabbi Assi : Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ?
N'avons-nous pas appris : un homme prend son fils alors qu'une pierre est dans sa main, ou un panier alors que la pierre est dedans ; et Rabba bar bar 'Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il s'agit d'un panier plein de fruits. La raison est qu'il contient des fruits ; mais s'il ne contient pas de fruits, non ?
Rabbi Romanos rapporte une permission de Rabbi : déplacer la ma'hta (pelle à encens) avec sa cendre. On suppose pour l'instant que cette cendre est mouktse (exclue de l'usage le Chabbat).
Rabbi Zeira s'étonne : Rabbi Yo'hanan, qui transmet cette permission, explique ailleurs qu'un panier contenant une pierre ne se déplace que s'il contient aussi des fruits. Sans fruits, le panier devient bassis de la pierre. La pelle qui ne porte que de la cendre mouktse devrait donc être interdite.
"Il resta stupéfait un moment" (Daniel 4, 16). Puis il dit : ici aussi, il s'agit d'une pelle qui contient des grains (kartin) d'encens.
Abaye dit : des grains, dans la maison de Rabbi, ont-ils de l'importance ?
Rabbi Assi, embarrassé (la guemara lui applique le verset de Daniel), répond : il restait dans la pelle des kartin, des grains d'encens non brûlés. Ils sont permis et utiles ; ils jouent le rôle des fruits dans le panier.
Abaye objecte : chez Rabbi, prince (Nassi) et riche, de tels restes n'ont aucune valeur. Ils ne peuvent donc pas rendre la pelle déplaçable.
Et si tu dis : ils conviennent aux pauvres, n'a-t-on pas enseigné : des vêtements de pauvres pour les pauvres, des vêtements de riches pour les riches, mais ceux des pauvres pour les riches, non ? Abaye dit plutôt : c'est comme pour un pot de chambre (gueraf chel re'i).
On pourrait dire que les grains restent utiles pour un pauvre. La baraita des vêtements montre que la valeur d'un objet se mesure à son propriétaire : un petit morceau de tissu compte comme vêtement pour un pauvre, et pas pour un riche. Chez Rabbi, les grains d'encens sont donc batel (annulés).
Abaye propose une autre raison : la cendre est répugnante, et l'on peut déplacer un objet répugnant pour s'en débarrasser, comme le gueraf chel re'i (pot de chambre).
Rava dit : il y a deux réponses à cela. D'abord, le pot de chambre est répugnant, et celle-ci n'est pas répugnante.
Ensuite, le pot de chambre est découvert, et celle-ci est couverte. Rava dit plutôt : quand nous étions chez Rav Na'hman, nous déplacions le brasero (kanouna) à cause de sa cendre, bien qu'il y ait dessus des débris de bois.
On objecte : et ils reconnaissent que s'il y a dans la lampe des débris de mèche, il est interdit de la déplacer ! Abaye dit : c'est en Galilée qu'on l'a enseigné.
Rava réfute la comparaison d'Abaye : la pelle à encens n'est pas répugnante, et elle est couverte, donc on ne la voit pas.
Il propose une autre explication, tirée de la pratique chez Rav Na'hman : la cendre du kanouna est utile (on s'en sert pour couvrir des salissures), elle est donc permise ; le récipient porte à la fois du permis (la cendre) et de l'interdit (des débris de bois), et il se déplace à cause du permis. La permission de Rabbi s'explique de la même façon.
On objecte une baraita : des débris de mèche dans une lampe la rendent interdite, alors qu'elle contient aussi de l'huile. Abaye répond : cette baraita a été enseignée en Galilée, où les débris de mèche ne s'annulent pas. Rachi et Rabbeinou Tam divergent sur la raison.
Levi bar Chmouel trouva Rabbi Abba et Rav Houna bar 'Hiya qui se tenaient à l'entrée de la maison de Rav Houna. Il leur dit : peut-on remonter le lit des tarsiyim le Chabbat ?
Ils lui dirent : c'est bien permis. Il vint devant Rav Yehouda, qui dit : Rav et Chmouel disent tous deux : celui qui remonte le lit des tarsiyim le Chabbat est passible d'un sacrifice 'hatat.
Nouveau sujet : remonter un lit démontable d'artisans itinérants (tarsiyim). Rabbi Abba et Rav Houna bar 'Hiya le permettent ; Rav et Chmouel le rendent passible d'un 'hatat, ce qui suppose un travail interdit par la Torah.
Selon Rachi, le travail en cause est makè bepatich : achever un ustensile. Il exclut bone (construire), car la construction ne s'applique pas aux ustensiles.
On objecte : celui qui remet la branche d'une menora le Chabbat est passible d'un 'hatat. Le roseau des plâtriers : on ne le remonte pas, et si on l'a remonté, on est exempt, mais c'est interdit.
Rabbi Simaï dit : une corne ronde, on est passible ; une corne droite, on est exempt. Eux ont parlé selon ce Tana, comme il a été enseigné : les socles du lit, les pieds du lit et les planchettes de l'arbalète (skivas), on ne les remet pas, et si on les a remis, on est exempt,
La guemara oppose à Rabbi Abba et Rav Houna bar 'Hiya une baraita : remettre la branche d'une menora rend passible d'un 'hatat, et donc aussi le lit des tarsiyim. Le critère est l'achèvement de l'ustensile : un objet qu'on démonte sans cesse (roseau des plâtriers, corne droite) n'est jamais "achevé" par son remontage, d'où l'exemption.
Réponse : ces Amoraim suivent un autre Tana, selon lequel on est exempt pour les socles, les pieds du lit et les planchettes de l'arbalète. La phrase se poursuit en 47b, où ce Tana est identifié (Rachi : Rabbi Chimon, qui permet à priori).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).