Shabbat 47a — La pelle à braises avec sa cendre, le support d'une chose interdite et le remontage d'un lit démontable

Shabbat 47a

Sougya : Le folio part de la règle du support (bassis) : un récipient qui porte seulement une chose interdite en prend le statut. Rabbi Romanos rapporte que Rabbi lui a permis de déplacer une pelle à encens avec sa cendre, ce qui semble contredire l'enseignement de Rabbi Yo'hanan sur le panier et la pierre.

Plusieurs explications se succèdent : les grains d'encens (Rabbi Assi, réfuté par Abaye), le pot de chambre (Abaye, réfuté par Rava), puis la cendre utile du brasero chez Rav Na'hman (Rava), confrontée aux débris de mèche que Abaye explique par les conditions de la Galilée. La guemara aborde ensuite le remontage d'un lit démontable le Chabbat : Rabbi Abba et Rav Houna bar 'Hiya le permettent, Rav et Chmouel le rendent passible d'un 'hatat.

Pourquoi Rabbi a-t-il permis la pelle avec sa cendre ?R. Romanos : Rabbi m'a permisde déplacer la pelle (ma'hta) avec sa cendreObjection de R. Zeira (selon R. Yo'hanan)panier + pierre : permis seulement s'il y a des fruitssinon le panier devient support (bassis) de la pierreR. Assi : il restait des grainsd'encens (kartin) dans la pelleAbaye : chez Rabbi (riche),de tels grains ne comptent pasAbaye : comme un pot de chambre(gueraf chel re'i) que l'on sortRava : deux réfutations1) la pelle n'est pas répugnante2) la pelle est couverteRava : chez Rav Na'hman, on déplaçait le brasero (kanouna)à cause de la cendre (utile), malgré des débris de boisObjection : baraitades débris de mèche rendent la lampe interdite !Abaye : c'est en Galilée qu'on l'a enseignélà-bas les débris de mèche comptent et ne s'annulent pas
Le fil de la sougya : les explications successives de la permission de Rabbi et leurs réfutations.
Support d'une chose interdite : quand le récipient devient-il interdit ?Récipient et contenuQu'y a-t-il dessus ?DéplacementLampe alluméeflamme (interdit)INTERDITbassis ledavar haassourPanier + pierrepierre seuleINTERDITle panier s'annule à la pierrePanier + pierre+ fruitsinterdit + permis(les fruits comptent)PERMISà cause des fruitsBrasero + cendre+ débris de boiscendre utile + débrisPERMIS(Rava, chez Rav Na'hman)Lampe + huile+ débris de mèchedébris importants(en Galilée)INTERDIT(baraita : ils ne s'annulent pas)
La règle du support (bassis) appliquée aux cas du folio.
Remonter le lit des tarsiyim le ChabbatR. Abba et Rav Houna bar 'Hiyac'est bien permis(Rachi : selon le Tana qui permet)Rav et Chmouel (via Rav Yehouda)passible d'un 'hatatmakè bepatich : on achève un ustensileBaraita opposée à la permissionBranche de menorapassible d'un 'hatatRoseau des plâtriersexempt, mais interdit (on le démonte sans cesse)Corne ronde (R. Simaï)passible : assemblage serré, travail d'artisanCorne droite (R. Simaï)exempt : pièces insérées avec du jeuSocles, pieds du lit, skivason ne les remet pas ; si on l'a fait : exemptDernière ligne : c'est sur ce Tana que s'appuient R. Abba et Rav Houna bar 'Hiya (suite en 47b).
Remonter un objet démonté le Chabbat : les positions et la baraita opposée.
1
הַנַּח לְנֵר שֶׁמֶן וּפְתִילָה, הוֹאִיל דְּנַעֲשָׂה בָּסִיס לַדָּבָר הָאָסוּר.

Laisse la lampe, l'huile et la mèche, puisqu'elles sont devenues un support (bassis) pour une chose interdite.

📜 Rachi (2)
לַדָּבָר הָאָסוּר לַשַּׁלְהֶבֶת דִּבְכִי הַאי מֻוקְצֶה מוֹדֶה ר"ש שֶׁהַכְּלִי טָפֵל לַשַּׁלְהֶבֶת בְּעוֹדָהּ בּוֹ וְלָאו מִשּׁוּם דְּחָיֵישׁ לִכְבִיָּיה:
Pour une chose interdite : la flamme. Dans un mouktse de ce genre, Rabbi Chimon reconnaît que l'ustensile est accessoire à la flamme tant qu'elle s'y trouve, et non par crainte qu'on l'éteigne.
בָּסִיס מוֹשָׁב אֶת כַּנּוֹ מְתַרְגְּמִינַן בְּסִיסֵיהּ:
Bassis : un siège (un socle). "Et son socle" (ve-et kano), nous le traduisons en araméen : bassiseh.
🗂️ Tossefot (1)
הַנַּח לְנֵר שֶׁמֶן וּפְתִילָה הוֹאִיל וְנַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר אִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר בְּשֶׁמֶן דְּנַעֲשָׂה בָּסִיס לַדָּבָר הָאָסוּר דְּאִי לָאו הָכִי לֹא הָיָה הַנֵּר אָסוּר לְטַלְטֵל דְּהָוֵי בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר וּלְדָבָר הַמֻּותָּר וְשָׁרִי כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב נַחְמָן הֲוָה מְטַלְטְלִינַן כָּנוּנָא אַגַּב קִיטְמָא אע"ג דְּאִיכָּא עֲלֵיהּ שִׁבְרֵי עֵצִים וְאִם תֹּאמַר פְּתִילָה אַמַּאי קָאָמַר דְּהָוְיָא בָּסִיס לַדָּבָר הָאָסוּר הִיא עַצְמָהּ הָוְיָא דָּבָר הָאָסוּר כִּדְאָמַר לְקַמָּן וְשָׁוִין שֶׁאִם יֵשׁ בָּהּ שִׁבְרֵי פְּתִילוֹת שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלָהּ וי"ל דְּשִׁבְרֵי פְּתִילָה הָוֵי שִׁבְרֵי כֵּלִים וְדָמֵי לִצְרוֹרוֹת אֲבָל פְּתִילָה שְׁלֵימָה שֶׁהִיא כְּלִי הֲוָה שָׁרִי אִי לָאו דְּנַעֲשָׂה בָּסִיס לַדָּבָר הָאָסוּר:
Laisse la lampe, l'huile et la mèche, puisqu'elles sont devenues un support pour une chose interdite : il a fallu dire de l'huile qu'elle est devenue support d'une chose interdite, car sans cela la lampe ne serait pas interdite au déplacement : elle serait support d'une chose interdite et d'une chose permise, ce qui est permis, comme il est dit plus loin : quand nous étions chez Rav Na'hman, nous déplacions le brasero à cause de la cendre, bien qu'il y ait dessus des débris de bois. Et si tu demandes : pourquoi dit-il de la mèche qu'elle est support d'une chose interdite ? Elle-même est une chose interdite, comme il est dit plus loin : et ils reconnaissent que s'il y a des débris de mèche, il est interdit de la déplacer ! On peut répondre : des débris de mèche sont des débris d'ustensiles et ressemblent à des cailloux ; mais une mèche entière, qui est un ustensile, serait permise, si elle n'était pas devenue support d'une chose interdite.
💡 Explication

Fin de la discussion du folio précédent : même Rabbi Chimon, qui est souple en matière de mouktse, reconnaît qu'une lampe qui brûle le Chabbat ne se déplace pas. La flamme est une chose interdite, et la lampe, l'huile et la mèche qui la portent deviennent son bassis (support) : elles prennent son statut.

Tossefot précise pourquoi il faut mentionner l'huile : un objet qui porte à la fois de l'interdit et du permis reste déplaçable ; c'est parce que l'huile elle-même sert la flamme que tout l'ensemble est interdit.

2
אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר רַבִּי חֲנִינָא אָמַר רַבִּי רוֹמָנוֹס: לִי הִתִּיר רַבִּי לְטַלְטֵל מַחְתָּה בְּאֶפְרָהּ. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְרַבִּי אַסִּי: מִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהִתְנָן: נוֹטֵל אָדָם בְּנוֹ וְהָאֶבֶן בְּיָדוֹ אוֹ כַּלְכַּלָּה וְהָאֶבֶן בְּתוֹכָהּ. וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּכַלְכַּלָּה מְלֵאָה פֵּירוֹת עָסְקִינַן. טַעְמָא דְּאִית בַּהּ פֵּירֵי, הָא לֵית בָּהּ פֵּירֵי — לֹא?

Rabbi Zeira dit au nom de Rabbi Assi, au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi 'Hanina, au nom de Rabbi Romanos : Rabbi m'a permis de déplacer une pelle à braises (ma'hta) avec sa cendre. Rabbi Zeira dit à Rabbi Assi : Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ?

N'avons-nous pas appris : un homme prend son fils alors qu'une pierre est dans sa main, ou un panier alors que la pierre est dedans ; et Rabba bar bar 'Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il s'agit d'un panier plein de fruits. La raison est qu'il contient des fruits ; mais s'il ne contient pas de fruits, non ?

📜 Rachi (3)
א"ר רוֹמָנוֹס לִי הִתִּיר רַבִּי לְטַלְטֵל מַחְתָּה שֶׁל לְבוֹנָה בְּאֶפְרָהּ קס"ד בְּאֶפְרָהּ עִם אֶפְרָהּ קָאָמַר שֶׁהָאֵפֶר מֻוקְצֶה וְלֹא הָיוּ צְרִיכִין לוֹ וְאַשְׁמְעִינַן דְּאַגַּב מַחְתָּה דְּאִיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עָלֶיהָ טִלְטְלָהּ עִם אֶפְרָהּ:
Rabbi Romanos dit : Rabbi m'a permis de déplacer une pelle : une pelle d'encens, avec sa cendre. On pense à présent que "be-efrah" signifie "avec sa cendre", que la cendre est mouktse et qu'on n'en avait pas besoin ; il nous enseigne qu'à la faveur de la pelle, qui a le statut d'ustensile, on la déplaçait avec sa cendre.
נוֹטֵל אָדָם הַכַּלְכָּלָה בְּשַׁבָּת וְהָאֶבֶן בְּתוֹכָהּ:
Un homme prend : le panier, le Chabbat, avec la pierre dedans.
הָא לֵיכָּא פְּרִי לָא דִּכְלִי נַעֲשֶׂה בָּסִיס לְאֶבֶן וּטְפֵלָה לוֹ וּבָטֵל תּוֹרַת כְּלִי דִּידֵיהּ וְהָכִי נָמֵי נַעֲשֵׂית מַחְתָּה בָּסִיס לְאֵפֶר וְרַבִּי יוֹחָנָן שָׁמְעִי' לֵיהּ לְעֵיל דִּכְדָר' יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ:
Mais s'il n'y a pas de fruits, non : car l'ustensile devient support de la pierre, il lui est accessoire et son propre statut d'ustensile est annulé. De même ici, la pelle est devenue support de la cendre. Or nous avons appris plus haut que Rabbi Yo'hanan pense comme Rabbi Yehouda.
🗂️ Tossefot (2)
לִי הִתִּיר רַבִּי לְטַלְטֵל מַחְתָּה בְּאֶפְרָהּ הַשְׁתָּא ס"ד דְּאֵפֶר מַחְתָּה מֻוקְצֶה הוּא:
Rabbi m'a permis de déplacer une pelle avec sa cendre : on pense à présent que la cendre de la pelle est mouktse.
וְאָמַר רַבָּה ב"ב חָנָה א"ר יוֹחָנָן כו' תֵּימַהּ אַמַּאי לָא פָּרֵיךְ בְּלָאו מִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן מִמַּתְנִי' דְּפֶ' נוֹטֵל (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קמב:) דִּתְנַן מָעוֹת שע"ג הַכַּר מְנַעֵר אֶת הַכַּר וְהֵן נוֹפְלוֹת וְכֵן אֶבֶן שֶׁעַל פִּי הֶחָבִית מַטָּהּ עַל צִדָּהּ וְהִיא נוֹפֶלֶת אֲבָל טִלְטוּל גָּמוּר אָסוּר ואור"י דְּהֵ"א דְּשָׁאנֵי מָעוֹת דַּחֲשִׁיבִי וְלָא בָּטְלִי וְאֶבֶן שע"פ הֶחָבִית הֵ"א דְּמַיְירֵי שֶׁהוּא מְתֻוקָּן לִסְתֹּום פִּי הֶחָבִית וְהֶחָבִית צְרִיכָה לָהּ וּלְכָךְ לֹא בָּטְלָה:
Et Rabba bar bar 'Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, etc. : question : pourquoi n'objecte-t-il pas, même sans la parole de Rabbi Yo'hanan, à partir de la michna du chapitre Notel (plus loin, Chabbat 142b), où nous avons appris : des pièces de monnaie posées sur un coussin, on secoue le coussin et elles tombent ; de même une pierre sur l'ouverture d'un tonneau, on penche le tonneau sur le côté et elle tombe ; mais un déplacement complet est interdit ? Le Ri répond : on aurait pu dire que les pièces sont différentes, car elles ont de l'importance et ne s'annulent pas ; et pour la pierre sur l'ouverture du tonneau, on aurait pu dire qu'il s'agit d'une pierre préparée pour fermer l'ouverture du tonneau, que le tonneau en a besoin, et que c'est pourquoi elle ne s'annule pas.
💡 Explication

Rabbi Romanos rapporte une permission de Rabbi : déplacer la ma'hta (pelle à encens) avec sa cendre. On suppose pour l'instant que cette cendre est mouktse (exclue de l'usage le Chabbat).

Rabbi Zeira s'étonne : Rabbi Yo'hanan, qui transmet cette permission, explique ailleurs qu'un panier contenant une pierre ne se déplace que s'il contient aussi des fruits. Sans fruits, le panier devient bassis de la pierre. La pelle qui ne porte que de la cendre mouktse devrait donc être interdite.

3
״אֶשְׁתּוֹמַם כְּשָׁעָה חֲדָא״, וְאָמַר: הָכָא נָמֵי דְּאִית בַּהּ קְרָטִין. אָמַר אַבַּיֵּי: קְרָטִין בֵּי רַבִּי מִי חֲשִׁיבִי?

"Il resta stupéfait un moment" (Daniel 4, 16). Puis il dit : ici aussi, il s'agit d'une pelle qui contient des grains (kartin) d'encens.

Abaye dit : des grains, dans la maison de Rabbi, ont-ils de l'importance ?

📜 Rachi (3)
דְּאִית בֵּיהּ קְרָטִין שֶׁנִּשְׁתַּייְּרוּ מִן הָאוּר וּלְבוֹנָה דְּחַזְיָא לְהָרִיחַ וְאַגַּב לְבוֹנָה מְטַלְטֵל לַמַּחְתָּה עִם אֶפְרָהּ דֻּומְיָא דְּכַלְכַּלָּה מְלֵאָה פֵּירוֹת וְהָאֶבֶן בְּתוֹכָהּ:
Qui contient des grains : restes du feu, des grains d'encens qui peuvent encore servir à parfumer. À la faveur de l'encens, on déplace la pelle avec sa cendre, comme le panier plein de fruits avec la pierre dedans.
קְרָטִין שֶׁל שִׁיּוּר לְבֹונָה:
Kartin : un reste d'encens.
בֵּי רַבִּי דְּנָשִׂיא וְעָשִׁיר הֲוָה מִי חֲשִׁיבִי:
Dans la maison de Rabbi : qui était Nassi et riche ; ces grains ont-ils de l'importance ?
💡 Explication

Rabbi Assi, embarrassé (la guemara lui applique le verset de Daniel), répond : il restait dans la pelle des kartin, des grains d'encens non brûlés. Ils sont permis et utiles ; ils jouent le rôle des fruits dans le panier.

Abaye objecte : chez Rabbi, prince (Nassi) et riche, de tels restes n'ont aucune valeur. Ils ne peuvent donc pas rendre la pelle déplaçable.

4
וְכִי תֵּימָא: חֲזוּ לַעֲנִיִּים — וְהָתַנְיָא, בִּגְדֵי עֲנִיִּים לַעֲנִיִּים, בִּגְדֵי עֲשִׁירִים לַעֲשִׁירִים, אֲבָל דַּעֲנִיִּים לַעֲשִׁירִים לָא. אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי: מִידֵּי דְּהָוֵה אַגְּרָף שֶׁל רֶיעִי.

Et si tu dis : ils conviennent aux pauvres, n'a-t-on pas enseigné : des vêtements de pauvres pour les pauvres, des vêtements de riches pour les riches, mais ceux des pauvres pour les riches, non ? Abaye dit plutôt : c'est comme pour un pot de chambre (gueraf chel re'i).

📜 Rachi (3)
בִּגְדֵי עֲנִיִּים שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ אוֹ שֶׁחוּטָן עָבֶה הָווּ בְּגָדִים לַעֲנִיִּים לְעִנְיַן טֻומְאָה:
Vêtements de pauvres : trois (doigts) sur trois, ou dont le fil est épais, sont des vêtements pour les pauvres en matière d'impureté.
בִּגְדֵי עֲשִׁירִים שְׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה הָווּ בְּגָדִים לַעֲשִׁירִים וְכָל שֶׁכֵּן לַעֲנִיִּים אֲבָל בִּגְדֵי עֲנִיִּים לַעֲשִׁירִים לָא הֲוָה בֶּגֶד גַּבַּיְיהוּ וְלָא מְקַבְּלִי טֻומְאָה הָכָא נָמֵי בֵּי רַבִּי בָּטְלִי קְרָטִין:
Vêtements de riches : trois (palmes) sur trois sont des vêtements pour les riches, et à plus forte raison pour les pauvres ; mais des vêtements de pauvres, pour les riches, ne sont pas un vêtement à leurs yeux et ne reçoivent pas l'impureté. Ici aussi, dans la maison de Rabbi, les grains s'annulent.
אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי הָא דְּשָׁרֵי לֵיהּ לְטַלְטֵל מַחְתָּה בְּאֶפְרָהּ מִשּׁוּם דְּאֶפְרָהּ מְאִיס עָלֶיהָ לִרְאוֹתוֹ וְהָוֵי כִּגְרָף שֶׁל רְעִי דְּתַנְיָא בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף לו:) מֻותָּר לְהוֹצִיאוֹ לָאַשְׁפָּה שֶׁבֶּחָצֵר:
Abaye dit plutôt : s'il lui a permis de déplacer la pelle avec sa cendre, c'est que la cendre lui répugnait à voir, et c'est comme un pot de chambre, dont on a enseigné dans le traité Beitsa (36b) qu'il est permis de le sortir au tas d'ordures de la cour.
🗂️ Tossefot (1)
בִּגְדֵי עֲנִיִּים לַעֲנִיִּים אוֹמֵר ר"ת דְּדַוְקָא בְּטֻומְאַת מִדְרָס דִּבְייִחוּד תַּלְיָא מִלְּתָא אֲבָל בִּשְׁאָר טֻומְאוֹת לָא תַּלְיָא מִלְּתָא בְּיִיחוּד דְּאַפֵּי' הָיָה מֻוטָּל בָּאַשְׁפָּה מִרַבֵּינַן מִוְּהַבַּגֵּד דְּשָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ מִיטַּמֵּא בֵּין לָעֲנִיִּים בֵּין לָעֲשִׁירִים דְּבִקְרָא לָא מְפַלֵּיג מִידִי וּמַייְתִי ר"ת רְאָיָה דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים (פֶּרֶק כ"ז מ"ב) דְּבֶגֶד מִטַּמֵּא מִשּׁוּם שְׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה לַמִּדְרָס מִשּׁוּם שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ לִטְמֵא מֵת וע"כ בַּעֲשִׁירִים מַיְירֵי דבפכ"ח תְּנַן הָתָם בִּגְדֵי עֲנִיִּים אע"פ שֶׁאֵין בָּהֶם שְׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה טְמֵאִין מִדְרָס וא"ת הָכָא דְּפָרִיךְ מִבָּרַיְיתָא אַמַּאי לָא פָּרֵיךְ מִמַּתְנִי' דפכ"ח דְּכֵלִים שֶׁהֵבֵאתִי ואור"י דְּאִי מִמַּתְנִי' הֵ"א דְּבִגְדֵי עֲנִיִּים הַיְינוּ כְּעֵין שַׂק שֶׁעִיקָּרוֹ עָשׂוּי לַעֲנִיִּים וְאַפֵּי' בְּיַד עֲשִׁירִים אֵינוֹ צָרִיךְ שְׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה אֲבָל שְׁאָר בְּגָדִים בָּעֵי שְׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה שֶׁאֵינוֹ עוֹמֵד אֶלָּא לַעֲשִׁירִים לְהָכִי מַיְיתֵי בָּרַייְתָא דְּלָא שַׁייָּךְ לְפָרְשָׁהּ הָכִי:
Des vêtements de pauvres pour les pauvres : Rabbeinou Tam dit : cela vaut seulement pour l'impureté de midras, qui dépend de la destination (yi'houd) ; mais pour les autres impuretés, la chose ne dépend pas de la destination, car même si le tissu était jeté sur un tas d'ordures, nous incluons par "ou le vêtement" qu'un tissu de trois (doigts) sur trois devient impur, qu'il appartienne à des pauvres ou à des riches, puisque le verset ne fait aucune distinction. Rabbeinou Tam apporte une preuve de ce que nous avons appris dans le traité Kelim (27, 2) : un vêtement devient impur à trois (palmes) sur trois pour le midras, à trois (doigts) sur trois pour l'impureté du mort ; et il s'agit forcément des riches, car au chapitre 28 nous y avons appris : des vêtements de pauvres, même s'ils n'ont pas trois (palmes) sur trois, sont impurs de midras. Et si tu demandes : ici, où il objecte à partir d'une baraita, pourquoi n'objecte-t-il pas à partir de la michna du chapitre 28 de Kelim que j'ai citée ? Le Ri répond : à partir de la michna, on aurait pu dire que les "vêtements de pauvres" sont une sorte de sac, fait essentiellement pour les pauvres, qui même entre les mains des riches n'exige pas trois (palmes) sur trois ; mais les autres vêtements exigent trois (palmes) sur trois, car ils ne sont destinés qu'aux riches. C'est pourquoi il cite la baraita, à laquelle cette explication ne s'applique pas.
💡 Explication

On pourrait dire que les grains restent utiles pour un pauvre. La baraita des vêtements montre que la valeur d'un objet se mesure à son propriétaire : un petit morceau de tissu compte comme vêtement pour un pauvre, et pas pour un riche. Chez Rabbi, les grains d'encens sont donc batel (annulés).

Abaye propose une autre raison : la cendre est répugnante, et l'on peut déplacer un objet répugnant pour s'en débarrasser, comme le gueraf chel re'i (pot de chambre).

🖼️ Schéma
Taille du tissuChez un pauvreChez un riche3 palmes sur 3(bigdei achirim)vêtementreçoit l'impuretévêtementreçoit l'impureté3 doigts sur 3(bigdei aniyim)vêtementreçoit l'impuretésans importancene reçoit pas l'impuretéL'importance d'un objet se mesure à son propriétaire : chez Rabbi, des grains d'encensne comptent pas, même s'ils compteraient pour un pauvre.
Vêtements de pauvres et de riches : la valeur d'un objet dépend de son propriétaire.
5
אָמַר רָבָא, שְׁתֵּי תְּשׁוּבוֹת בַּדָּבָר: חֲדָא, גְּרָף שֶׁל רֶיעִי מְאִיס, וְהַאי לָא מְאִיס. וְעוֹד, גְּרָף שֶׁל רֶיעִי מִיגַּלֵּי, וְהַאי מִיכַּסֵּי. אֶלָּא אָמַר רָבָא: כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב נַחְמָן הֲוָה מְטַלְטְלִינַן כָּנוּנָא אַגַּב קִיטְמָא, וְאַף עַל גַּב דְּאִיכָּא עֲלֵיהּ שִׁבְרֵי עֵצִים. מֵיתִיבִי: וְשָׁוִין שֶׁאִם יֵשׁ בָּהּ שִׁבְרֵי פְּתִילָה שֶׁאָסוּר לְטַלְטֵל! אָמַר אַבַּיֵּי: בְּגָלִילָא שָׁנוּ.

Rava dit : il y a deux réponses à cela. D'abord, le pot de chambre est répugnant, et celle-ci n'est pas répugnante.

Ensuite, le pot de chambre est découvert, et celle-ci est couverte. Rava dit plutôt : quand nous étions chez Rav Na'hman, nous déplacions le brasero (kanouna) à cause de sa cendre, bien qu'il y ait dessus des débris de bois.

On objecte : et ils reconnaissent que s'il y a dans la lampe des débris de mèche, il est interdit de la déplacer ! Abaye dit : c'est en Galilée qu'on l'a enseigné.

📜 Rachi (6)
גְּרָף כְּלִי חֶרֶס הַמּוּכָן לְכָךְ:
Gueraf : un récipient d'argile préparé à cet effet.
מִיכַּסֵּי כָּל מַחְתּוֹת מְכֻוסּוֹת הֵן וְיֵשׁ בָּהֶן נְקָבִים לְהוֹצִיא הָרֵיחַ:
Couverte : toutes les pelles sont couvertes, et elles ont des trous pour laisser sortir le parfum.
כָּנוּנָא כְּלִי נְחֹשֶׁת שֶׁמְּבִיאִין בּוֹ הָאוּר לִפְנֵי שָׂרִים לְהִתְחַמֵּם:
Kanouna : un récipient de cuivre dans lequel on apporte le feu devant les seigneurs pour qu'ils se réchauffent.
אַגַּב קִטְמֵיהּ שֶׁהָיוּ צְרִיכִין לְאֶפְרוֹ לְכַסּוֹת רֹוק אוֹ צוֹאָה וא"ת מַה צַד אִיסּוּר יֵשׁ כָּאן הַייְנוּ רְבוּתָא דְּאע"ג דְּאִיכָּא עֲלֵיהּ שִׁבְרֵי עֵצִים וְהָא דר' רוֹמָנוֹס נָמֵי הַאי מַחְתָּה בְּאֶפְרָהּ דְּקָאָמַר מַחְתָּה בִּשְׁבִיל אֶפְרָהּ שֶׁהָיָה צָרִיךְ לוֹ וְדַעְתַּיְיהוּ עָלֶיהָ מֵאֶתְמוֹל וּרְבוּתָא אַשְׁמְעִינַן (כֵּיוָן) אע"ג דְּאִיכָּא עֲלֵיהּ שִׁבְרֵי עֵצִים דְּהָוֵי כְּכַלְכָּלָה שֶׁל פֵּירוֹת וְהָאֶבֶן בְּתוֹכָהּ:
À cause de sa cendre : car ils avaient besoin de sa cendre pour couvrir un crachat ou des excréments. Et si tu demandes : quel aspect d'interdit y a-t-il ici ? La nouveauté est que c'est permis bien qu'il y ait dessus des débris de bois. Et la parole de Rabbi Romanos aussi, cette "pelle avec sa cendre" dont il parle, est une pelle déplacée pour sa cendre dont il avait besoin et à laquelle ils pensaient dès la veille ; et il nous apprend une nouveauté : bien qu'il y ait dessus des débris de bois, c'est comme le panier de fruits avec la pierre dedans.
וְשָׁוִין ר' יְהוּדָה וְר"ש שֶׁנֶּחְלְקוּ בְּנֵר יָשָׁן:
Et ils reconnaissent : Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, qui sont en désaccord sur la vieille lampe.
בְּגָלִילָא שָׁנוּ שֶׁחֲשׁוּבוֹת לָהֶן שִׁבְרֵי פְּתִילָה שֶׁאֵין בְּגָדִים שֶׁל פִּשְׁתָּן מְצֻוייָּן לָהֶם הִלְכָּךְ לָא בָּטְלִי וְנַעֲשָׂה נֵר בָּסִיס לָהֶן:
C'est en Galilée qu'on l'a enseigné : pour eux les débris de mèche ont de l'importance, car les vêtements de lin ne sont pas courants chez eux ; c'est pourquoi ils ne s'annulent pas, et la lampe devient leur support.
🗂️ Tossefot (3)
הֲוָה מְטַלְטְלִינַן כָּנוּנָא אַגַּב קִיטְמָא פִּי' כָּנוּנָא מַחְתָּה וְהַייְנוּ מַחְתָּה בְּאֶפְרָהּ דִּלְעֵיל פִּי' אַגַּב אֶפְרָהּ שֶׁהֻוסַּק מע"ש דְּמוּכָן הוּא דַּחֲזֵי לְכַסּוֹת בָּהּ רוֹק אוֹ צוֹאָה וְקָשֶׁה דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא אַגַּב קִיטְמָא שָׁרִי הָא לָאו הָכִי נַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר וְאִילּוּ בפ"ב דְּבֵיצָה (כא: וְשָׁם) אָמַר גַּבֵּי אֵין מְזַמְּנִין נָכְרִי בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם שִׁיּוּרֵי כּוֹסוֹת פָּרִיךְ וְנִיטַלְטְלִינְהוּ אַגַּב. כָּסָא מִי לָא אָמַר רָבָא כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב נַחְמָן הֲוָה מְטַלְטְלִינַן כָּנוּנָא אַגַּב קִיטְמָא אַף עַל גַּב דְּאִיכָּא עֲלֵיהּ שִׁבְרֵי עֵצִים וּמַאי פָּרִיךְ שָׁאנֵי כָּנוּנָא דְּאַגַּב קִטְמָא מְטַלְטֵל לָהּ אֲבָל בְּכוֹס לֵיכָּא אֶלָּא דָּבָר הָאָסוּר ואור"י דְּשִׁיּוּרֵי כּוֹסוֹת לָא חֲשִׁיבִי לְמֶיהֱוֵי כּוֹס בָּטֵל לְגַבַּייְהוּ אַף עַל גַּב שֶׁאֵין הֶיתֵּר עִמָּהֶן בְּכוֹס טְפֵי גָּרְעִי מִשִּׁבְרֵי עֵצִים שֶׁעִם הַקִּיטְמָא בְּכָנוּנָא:
Nous déplacions le brasero à cause de la cendre : explication : kanouna est une pelle, et c'est la "pelle avec sa cendre" mentionnée plus haut. Explication de "à cause de la cendre" : une cendre allumée dès la veille de Chabbat, qui est préparée (moukhan) car elle peut servir à couvrir un crachat ou des excréments. Difficulté : cela implique que c'est seulement à cause de la cendre que c'est permis, et que sinon le brasero deviendrait support d'une chose interdite. Or au deuxième chapitre de Beitsa (21b), à propos de "on n'invite pas un non-Juif le Chabbat" à cause des restes des coupes, la guemara objecte : qu'on les déplace à la faveur de la coupe ! Rava n'a-t-il pas dit : quand nous étions chez Rav Na'hman, nous déplacions le brasero à cause de la cendre, bien qu'il y ait dessus des débris de bois ? Quelle est cette objection ? Le brasero est différent, car on le déplace à cause de la cendre, tandis que dans la coupe il n'y a que la chose interdite ! Le Ri répond : les restes des coupes n'ont pas assez d'importance pour que la coupe leur soit accessoire, bien qu'il n'y ait pas de chose permise avec eux dans la coupe ; ils valent moins que les débris de bois qui sont avec la cendre dans le brasero.
אע"ג דְּאִיכָּא עֲלֵיהּ שִׁבְרֵי עֵצִים נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ תָּם דְּשִׁבְרֵי עֵצִים חֲשִׁיבִי טְפֵי מֵאֶבֶן שֶׁבַּכַּלְכַּלָּה דְּאִם לֹא כֵן מַאי קמ"ל וְאַדְּמַקְשֵׁי לֵיהּ מִבָּרַיְיתָא דְּשָׁוִין כו' לִיסַיְּיעֵיהּ מִמַּתְנִי' דְּכַלְכַּלָּה וְהָאֶבֶן בְּתוֹכָהּ אֶלָּא שִׁבְרֵי עֵצִים חֲשִׁיבִי טְפֵי וְיֵשׁ לְדַמּוֹת שִׁבְרֵי עֵצִים לְגַבֵּי אֵפֶר כְּשִׁבְרֵי פְּתִילָה לְגַבֵּי שֶׁמֶן:
Bien qu'il y ait dessus des débris de bois : Rabbeinou Tam estime que les débris de bois ont plus d'importance que la pierre dans le panier ; sinon, que nous apprendrait-il ? Et au lieu de lui objecter la baraita "et ils reconnaissent, etc.", qu'on l'appuie par la michna du panier avec la pierre dedans ! Les débris de bois ont donc plus d'importance, et l'on peut comparer les débris de bois par rapport à la cendre aux débris de mèche par rapport à l'huile.
בְּגָלִילָא שָׁנוּ פֵּי' בַּקּוּנְטְ' שֶׁחֲשׁוּבוֹת לָהֶן שִׁבְרֵי פְּתִילָה שֶׁאֵין בִּגְדֵי פִּשְׁתָּן מְצֻוייָּן לָהֶם וְאֵין נִרְאֶה לְר"ת דְּהָא אָמְרִי' בְּשִׁילְהֵי ב"ק (דַּף קיח:) לוֹקְחִין מִן הַנָּשִׁים כְּלֵי צֶמֶר בִּיהוּדָה וּכְלֵי פִשְׁתָּן בַּגָּלִיל מַשְׁמַע שֶׁמָּצוּי פִּשְׁתָּן הַרְבֵּה שָׁם וּמְפָרֵשׁ ר"ת בְּגָלִילָא שָׁנוּ שֶׁהָיָה לָהֶם רֹוב שֶׁמֶן וּלְהָכֵי לָא בָּטְלִי שִׁבְרֵי פְּתִילָה אַגַּב שֶׁמֶן וְכֵן מַשְׁמַע בְּפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יא:) גַּבֵּי טֹול אִיגֶּרֶת וּכְתוֹב לַאֲחַנָא בְּנֵי גָּלִילָאה עִילָּאָה וְתַתָּאָה כו' דִּזְמַן בֵּיעוּרָא מְטָא לְאַפְרוּשֵׁא מַעְשְׂרָא מִמַּעַטְנֵי זֵיתָא וְאָמַר. בְּנָזִיר בְּפֶרֶק בֵּית שַׁמַּאי (נָזִיר דַּף לא:) בְּגָלִילָא שָׁנוּ דְּחַמְרָא עָדִיף מִמִּשְׁחָא וְיַיִן הָיָה מָצוּי לָהֶם הַרְבֵּה כִּדְאָמַר בְּהַמּוֹצִיא יַיִן (לְקַמָּן שַׁבָּת עח.) גַּבֵּי מַיִם כְּדֵי לָשׁוּף בָּהֶן אֶת הַקִּילוֹר וְקָאָמַר בְּגָלִילָא שָׁנוּ דִּרְפוּאַת מַיִם שְׁכִיחַ טְפֵי מִשְּׁתִיָּה שֶׁהָיָה לָהֶן רֹוב יַיִן וְהָיוּ שׁוֹתִין הַכֹּל יַיִן וַאֲפִילּוּ הָכֵי חַמְרָא עָדִיף לְהוּ מִמִּישְׁחָא כִּי הַשֶּׁמֶן הָיָה לָהֶם בְּזוֹל יוֹתֵר וְרַשִׁ"י פִּי' נָמֵי בְּהַמּוֹצִיא (שָׁם) שֶׁמֵּחֲמַת עַנְיוּתָא הָיוּ עוֹשִׂין רְפוּאָה מִן הַמַּיִם וְאֵין עוֹשִׂין מִן הַיַּיִן רַק שְׁתִיָּיה וּלְפִיכָךְ הָיְתָה רְפוּאַת מַיִם שְׁכִיחָא וְאֵין נִרְאֶה דְּכֵיוָן שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם יַיִן לְשִׁיפוֹת הַקִּילוֹר א"כ שְׁכִיחָא שְׁתִייַּת מַיִם טוּבָא וְאָמְרִי' בְּעָלְמָא אַף עֶרֶב יוה"כ בַּגָּלִיל שֶׁהָיוּ מַרְבִּים בִּסְעוּדָה מַשְׁמַע שֶׁעֲשִׁירִים הָיוּ [וע"ע תּוֹסְפוֹת חֲגִיגָה כה: ד"ה בְּגָלִילָא]:
C'est en Galilée qu'on l'a enseigné : le Kountras explique : pour eux les débris de mèche ont de l'importance, car les vêtements de lin ne sont pas courants chez eux. Cela ne semble pas juste à Rabbeinou Tam, car on dit à la fin de Baba Kama (118b) : on achète aux femmes des objets de laine en Judée et des objets de lin en Galilée ; cela implique que le lin y était très répandu. Rabbeinou Tam explique : c'est en Galilée qu'on l'a enseigné, car ils avaient beaucoup d'huile, et c'est pourquoi les débris de mèche ne s'annulent pas par rapport à l'huile. C'est aussi ce qui ressort du premier chapitre de Sanhédrin (11b), à propos de "prends une lettre et écris à nos frères, fils de Haute et de Basse Galilée... le temps du bi'our est arrivé, pour prélever la dîme des cuves d'olives". Et il est dit dans Nazir, au chapitre Beit Chammai (Nazir 31b) : c'est en Galilée qu'on l'a enseigné, où le vin vaut plus que l'huile. Or ils avaient beaucoup de vin, comme il est dit au chapitre Hamotsi yayin (plus loin, Chabbat 78a) à propos de l'eau en quantité suffisante pour délayer le collyre, où il dit : c'est en Galilée qu'on l'a enseigné, où le remède par l'eau est plus courant que la boisson, car ils avaient beaucoup de vin et buvaient tous du vin ; et malgré cela le vin avait pour eux plus de valeur que l'huile, car l'huile était chez eux meilleur marché. Rachi explique aussi (au chapitre) Hamotsi (ibid.) que par pauvreté ils faisaient des remèdes avec l'eau et ne faisaient pas de remèdes avec le vin, seulement de la boisson, et c'est pourquoi le remède par l'eau était courant. Cela ne semble pas juste : puisqu'ils n'avaient pas de vin pour délayer le collyre, la boisson d'eau serait alors très courante. Et on dit ailleurs : même la veille de Yom Kippour en Galilée, où l'on multipliait les mets au repas ; cela implique qu'ils étaient riches. [Voir aussi Tossefot 'Haguiga 25b, début "Bagalila".]
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל נִיצוֹצוֹת וְלֹא יִתֵּן לְתוֹכוֹ מַיִם מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְכַבֶּה:
Michna : on place un récipient sous la lampe pour recueillir les étincelles, mais on n'y met pas d'eau, parce que cela éteint.
💡 Explication

Rava réfute la comparaison d'Abaye : la pelle à encens n'est pas répugnante, et elle est couverte, donc on ne la voit pas.

Il propose une autre explication, tirée de la pratique chez Rav Na'hman : la cendre du kanouna est utile (on s'en sert pour couvrir des salissures), elle est donc permise ; le récipient porte à la fois du permis (la cendre) et de l'interdit (des débris de bois), et il se déplace à cause du permis. La permission de Rabbi s'explique de la même façon.

On objecte une baraita : des débris de mèche dans une lampe la rendent interdite, alors qu'elle contient aussi de l'huile. Abaye répond : cette baraita a été enseignée en Galilée, où les débris de mèche ne s'annulent pas. Rachi et Rabbeinou Tam divergent sur la raison.

🖼️ Schéma
Abaye : en Galilée,les débris de mèche comptentRachile lin y était rare :les débris de mèche (lin) ont de la valeuret ne s'annulent pas à l'huileRabbeinou Tamle lin y abondait (Baba Kama 118b) ;l'huile y était abondante et bon marché :elle ne suffit pas à annuler les débris
"C'est en Galilée qu'on l'a enseigné" : l'explication de Rachi et celle de Rabbeinou Tam.
6
לֵוִי בַּר שְׁמוּאֵל אַשְׁכְּחִינְהוּ לְרַבִּי אַבָּא וּלְרַב הוּנָא בַּר חִיָּיא דַּהֲווֹ קָיְימִי אַפִּיתְחָא דְּבֵי רַב הוּנָא. אֲמַר לְהוּ: מַהוּ לְהַחֲזִיר מִטָּה שֶׁל טַרְסִיִּים בְּשַׁבָּת? אָמְרוּ לֵיהּ: שַׁפִּיר דָּמֵי. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב יְהוּדָה, אָמַר: הָא רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: הַמַּחֲזִיר מִטָּה שֶׁל טַרְסִיִּים בְּשַׁבָּת — חַיָּיב חַטָּאת.

Levi bar Chmouel trouva Rabbi Abba et Rav Houna bar 'Hiya qui se tenaient à l'entrée de la maison de Rav Houna. Il leur dit : peut-on remonter le lit des tarsiyim le Chabbat ?

Ils lui dirent : c'est bien permis. Il vint devant Rav Yehouda, qui dit : Rav et Chmouel disent tous deux : celui qui remonte le lit des tarsiyim le Chabbat est passible d'un sacrifice 'hatat.

📜 Rachi (2)
טַרְסִיִּים צוֹרְפֵי נְחֹשֶׁת אוֹ גַּרְדִּיִּים וְהוֹלְכִין מֵעִיר לְעִיר לִמְלַאכְתָּן וְנוֹשְׂאִין עִמָּהֶן מִטּוֹת שֶׁל פְּרָקִים:
Tarsiyim : des chaudronniers ou des tisserands, qui vont de ville en ville pour leur travail et emportent avec eux des lits démontables.
חַייָּב חַטָּאת הוּא תְּחִלָּתוֹ וְגָמְרוּ וְנִמְצָא עוֹשֶׂה כְּלִי וְחַיָּיב מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ אָב לְכָל גֻּומְרֵי מְלָאכָה וְלֹא מִשּׁוּם בִּנְיָן דְּאֵין בִּנְיָן בְּכֵלִים:
Passible d'un 'hatat : c'est là son commencement et son achèvement ; il se trouve fabriquer un ustensile, et il est passible au titre de makè bepatich (le coup de marteau), catégorie principale de tous les achèvements de travail, et non au titre de bone (construire), car il n'y a pas de construction pour les ustensiles.
💡 Explication

Nouveau sujet : remonter un lit démontable d'artisans itinérants (tarsiyim). Rabbi Abba et Rav Houna bar 'Hiya le permettent ; Rav et Chmouel le rendent passible d'un 'hatat, ce qui suppose un travail interdit par la Torah.

Selon Rachi, le travail en cause est makè bepatich : achever un ustensile. Il exclut bone (construire), car la construction ne s'applique pas aux ustensiles.

7
מֵיתִיבִי: הַמַּחֲזִיר קְנֵה מְנוֹרָה בְּשַׁבָּת — חַיָּיב חַטָּאת. קָנֶה סַייָּדִין — לֹא יַחֲזִיר, וְאִם הֶחֱזִיר — פָּטוּר, אֲבָל אָסוּר. רַבִּי סִימַאי אוֹמֵר: קֶרֶן עֲגֻולָּה — חַייָּב. קֶרֶן פְּשׁוּטָה — פָּטוּר. אִינְהוּ דַּאֲמוּר כִּי הַאי תַּנָּא דְּתַנְיָא: מַלְבְּנוֹת הַמִּטָּה וְכַרְעֵי הַמִּטָּה וּלְוָוחִים שֶׁל סְקִיבָס — לֹא יַחֲזִיר, וְאִם הֶחֱזִיר — פָּטוּר,

On objecte : celui qui remet la branche d'une menora le Chabbat est passible d'un 'hatat. Le roseau des plâtriers : on ne le remonte pas, et si on l'a remonté, on est exempt, mais c'est interdit.

Rabbi Simaï dit : une corne ronde, on est passible ; une corne droite, on est exempt. Eux ont parlé selon ce Tana, comme il a été enseigné : les socles du lit, les pieds du lit et les planchettes de l'arbalète (skivas), on ne les remet pas, et si on les a remis, on est exempt,

📜 Rachi (8)
קְנֵה מְנוֹרָה שֶׁיּוֹצְאִין מִמֶּנָּה קָנִים לְנֵרוֹת הַרְבֵּה וְנוֹטְלִין הֵימֶנָּה וּבִשְׁעַת הַצֹּורֶךְ מַחֲזִירִין אוֹתוֹ:
Branche de menora : une menora d'où sortent des branches pour plusieurs lumières ; on les en retire et, au besoin, on les remet.
קָנֶה שֶׁל סַיָּידִין הַטָּחִין וּמְלַבְּנִין הַבַּיִת בְּסִיד יֵשׁ לָהֶן קָנִים שֶׁל פְּרָקִים וְנוֹתֵן מַטְלִית בְּרֹאשָׁהּ וְשׁוֹרִין בְּסִיד הַמָּחוּי וְטָח אֶת הַבַּיִת וּכְשֶׁהוּא טָח מִלְּמַטָּה אִי אֶפְשָׁר לוֹ אֶלָּא בְּקָנֶה קָצָר וּכְשֶׁהוּא הוֹלֵךְ וּמַגְבִּיהַּ מוֹסִיף קָנֶה עַל קָנֶה וּמַאֲרִיכוֹ:
Roseau des plâtriers : ceux qui enduisent et blanchissent la maison à la chaux ont des roseaux en sections ; on met un chiffon à l'extrémité, on le trempe dans la chaux délayée et on enduit la maison. Quand il enduit en bas, il ne peut le faire qu'avec un roseau court ; à mesure qu'il monte, il ajoute un roseau à un roseau et l'allonge.
פָּטוּר שֶׁאֵין זֶה גְּמָרוֹ שֶׁהֲרֵי צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְפָרְקוֹ תָּמִיד:
Exempt : car cela ne constitue pas son achèvement, puisqu'il doit constamment le redémonter.
קֶרֶן עֲגֻולָּה וְקֶרֶן פְּשׁוּטָה שְׁנֵיהֶם מִין כְּלִי זֶמֶר וְהוּא עָשׂוּי נְקָבִים נְקָבִים כִּכְבָרָה וּמַכְנִיס בָּהֶן חֲלִילִים וּמוֹצִיאִין קוֹלוֹת הַרְבֵּה קֶרֶן עֲגֻולָּה מַעֲשֵׂה אֻומָּן הוּא וְצָרִיךְ לִתְקֹועַ בִּנְקָבִים בְּחֹוזֶק וְהָוְיָא מְלָאכָה וּבְקֶרֶן פָּשׁוּט מַכְנִיסוֹ בְּרִיוַּח וְדַרְכָּן לְפָרְקָם תָּמִיד וּפָטוּר קָתָנֵי מִיהַת בִּקְנֵי מְנוֹרָה דְּחַיָּיב וְהוּא הַדִּין לְמַטָּה שֶׁל טַרְסִיִּים:
Corne ronde et corne droite : toutes deux sont des sortes d'instruments de musique, percées de trous comme un crible, dans lesquels on insère des flûtes, et qui produisent de nombreux sons. La corne ronde est une œuvre d'artisan : il faut enfoncer les flûtes dans les trous avec force, et c'est un travail. Dans la corne droite, on les insère avec du jeu, on a coutume de les démonter constamment, et on est exempt. En tout cas, la baraita enseigne que pour la branche de menora on est passible, et il en va de même pour le lit des tarsiyim.
אִינְהוּ רַבִּי אַבָּא וְרַב הוּנָא בַּר חִיָּיא:
Eux : Rabbi Abba et Rav Houna bar 'Hiya.
דַּאֲמוּר כִּי הַאי תַּנָּא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּמַתִּיר לְכַתְּחִלָּה:
Ont parlé selon ce Tana : selon Rabbi Chimon, qui permet à priori.
מִלִּבְנוֹת הַמִּטָּה כְּעֵין רַגְלַיִם קְטַנִּים וְיֵשׁ לָהֶן בֵּית קִיבּוּל וּמַכְנִיס לְתוֹכָן רָאשֵׁי כַּרְעֵי הַמִּטָּה שֶׁלֹּא יֵרָקְבוּ בָּאָרֶץ:
Socles du lit : des sortes de petits pieds munis d'un réservoir, dans lequel on insère les extrémités des pieds du lit pour qu'ils ne pourrissent pas au contact du sol.
לְווָחִים שֶׁל סְקִיבָס עֵץ קָטָן כְּמִין דַּף שֶׁתּוֹקְעִין בַּקֶּשֶׁת שֶׁקּוֹרִין אבלשטר"א שֶׁעָלָיו מוֹשֵׁךְ הַחֵץ:
Planchettes de skivas : un petit bois en forme de planche que l'on fixe dans l'arc, appelé (en vieux français) arbalestre, sur lequel on tire la flèche.
💡 Explication

La guemara oppose à Rabbi Abba et Rav Houna bar 'Hiya une baraita : remettre la branche d'une menora rend passible d'un 'hatat, et donc aussi le lit des tarsiyim. Le critère est l'achèvement de l'ustensile : un objet qu'on démonte sans cesse (roseau des plâtriers, corne droite) n'est jamais "achevé" par son remontage, d'où l'exemption.

Réponse : ces Amoraim suivent un autre Tana, selon lequel on est exempt pour les socles, les pieds du lit et les planchettes de l'arbalète. La phrase se poursuit en 47b, où ce Tana est identifié (Rachi : Rabbi Chimon, qui permet à priori).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).