Shabbat 47b — Le récipient sous la lampe, l'eau qui éteint les étincelles et les matières interdites pour la hatmana

Shabbat 47b

Sougya : Le daf achève la discussion sur le lit démontable : Rabban Chimon ben Gamliel permet de le remonter s'il est lâche, et Rava s'appuie sur lui pour le lit de la maison de Rav 'Hama. Vient ensuite la mishna du récipient placé sous la lampe pour recevoir les étincelles : la Guemara demande s'il ne retire pas au récipient sa disponibilité (mevatel kli me-hekhano), puis si l'interdit d'y mettre de l'eau suit Rabbi Yossi (gorem le-khibouy).

Rav Achi répond que l'eau rapproche l'extinction (mekarev et kibouyo). Le chapitre Kira s'achève et s'ouvre le chapitre Ba-mè tomnin : la mishna énumère les matières dans lesquelles on ne peut pas envelopper une marmite (hatmana) la veille de Chabbat, et la Guemara demande si le marc (gefet) interdit est celui des olives ou celui du sésame.

Le récipient sous la lampe : déroulement de la sougya (segments 2 à 5) Mishna Récipient sous la lampe : permis. Eau dedans : interdit Question 1 (récipient vide) Il retire au récipient sa disponibilité (mevatel kli me-hekhano, cf. Rav 'Hisda 43a) Rav Houna fils de Rav Yehochoua Les étincelles n'ont pas de substance elles s'éteignent : le récipient reste déplaçable Question 2 (eau) La mishna anonyme suit-elle Rabbi Yossi ? gorem le-khibouy (causer l'extinction) : interdit Réfutation Rabbi Yossi interdit le gorem le Chabbat, or la baraita interdit l'eau même la veille de Chabbat Rav Achi : même selon les Rabbanan L'eau rapproche l'extinction (mekarev et kibouyo) décret : veille de Chabbat à cause du Chabbat Gorem ou kibouy ? Cas de Rabbi Yossi (incendie) : récipients pleins d'eau : le feu doit d'abord les faire éclater. Simple cause indirecte. Cas de la mishna (étincelles) : l'étincelle tombe directement dans l'eau. Rachi : extinction directe si fait le Chabbat. Tossefot : risque de venir à éteindre.
Les deux questions sur la mishna du récipient sous la lampe et leurs réponses.
Mishna Ba-mè tomnin : dans quoi envelopper la marmite ? Principe (Rachi) : interdit dans ce qui ajoute de la chaleur (mossif hevel), permis dans ce qui la conserve Interdit toujours humides ou secs - gefet (marc d'olives pressées) - zevel (fumier) - mêla'h (sel) - sid (chaux) - 'hol (sable) produisent de la chaleur par eux-mêmes Interdit s'ils sont humides l'humidité dégage de la chaleur - teven (paille) - zaguin (marc de raisin) - mokhin (matières molles : coton, laine, charpie) - 'asavim (herbes) Permis conservent la chaleur - les mêmes s'ils sont secs (paille, marc de raisin, mokhin, herbes) suite de la mishna (48a) : vêtements, fruits, plumes, étoupe de lin... Question de la Guemara : le gefet interdit est-il celui des olives (plus chaud) ou celui du sésame ? Conclusion : pour la hatmana, les deux sont interdits ; la différence concerne seulement le fait de dégager de la chaleur
Classement des matières de la mishna Ba-mè tomnin selon leur effet sur la chaleur.
1
אֲבָל אָסוּר. וְלֹא יִתְקַע, וְאִם תָּקַע — חַייָּב חַטָּאת. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אִם הָיָה רָפוּי — מֻותָּר.

Mais c'est interdit. Et il ne l'enfoncera pas ; et s'il l'a enfoncé, il est passible d'un [sacrifice] 'hatat.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : s'il était lâche, c'est permis.

📜 Rachi (1)
יִתְקַע בְּחֹוזֶק עַל יְדֵי יְתֵדוֹת שֶׁקּוֹרִין קויינ"ש:
Enfoncera : avec force, au moyen de chevilles que l'on appelle en langue vernaculaire (vieux français) "coins".
🗂️ Tossefot (1)
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר אִם הָיָה רָפוּי מֻותָּר וּלְעֵיל נָמֵי מַייְרֵי בְּרָפוּי וְקָשֶׁה קְצָת דְּהֵיכִי פְּלִיגִי כֻּולֵּי הַאי דְּמַר מִחַייַּב חַטָּאת וּמַר שָׁרֵי אַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה וְעוֹד הָא אֵין בִּנְיָן וּסְתִירָה בְּכֵלִים וְעוֹד תִּקְשֶׁה לְרַב יְהוּדָה הַךְ בָּרַיְיתָא דְּלֵיכָּא תַּנָּא דִּמְחַייֵּב חַטָּאת וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָכִי קָאָמַר לְעֵיל הָא רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ הַמַּחֲזִיר מִטָּה שֶׁל טַרְסִיִּים בְּשַׁבָּת חַייָּב חַטָּאת כְּשֶׁאֵינוֹ רָפוּי וְאִם כֵּן בְּרָפוּי אֵין סְבָרָא לְהַתִּיר לְכַתְּחִלָּה:
Rabban Chimon ben Gamliel dit : s'il était lâche, c'est permis. Plus haut aussi, il s'agit d'un [lit] lâche. Et c'est un peu difficile : comment divergent-ils autant, l'un rendant passible d'un 'hatat et l'autre permettant même à priori ? De plus, il n'y a pas de construction ni de démolition pour les ustensiles ! De plus, cette baraita est difficile pour Rav Yehouda, car il n'y a pas de tanna qui rende passible d'un 'hatat. On peut répondre que c'est ainsi qu'il faut comprendre plus haut : Rav et Chemouel disent tous deux que celui qui remonte un lit de fabricants de feutre (tarsiyim) le Chabbat est passible d'un 'hatat, lorsqu'il n'est pas lâche ; et s'il en est ainsi, lorsqu'il est lâche, il n'y a pas de raison de le permettre à priori.
💡 Explication

Fin de la baraita sur le lit démontable. Trois niveaux : le monter simplement est interdit (rabbinique) ; l'enfoncer (tiqa), c'est-à-dire le serrer fortement par des chevilles, est un acte de construction passible d'un 'hatat ; Rabban Chimon ben Gamliel permet de remonter un lit dont les pièces sont lâches (rafouy).

Tossefot relève l'écart entre les avis (l'un rend passible d'un 'hatat, l'autre permet) et propose que le 'hatat de Rav et Chemouel vise le lit serré, et non le lit lâche.

🖼️ Schéma
Remonter un lit démontable le Chabbat Monter lâche (tanna qamma) interdit (rabbinique) Enfoncer (taqa) serrer par des chevilles 'hatat (construire) Rabban Chimon ben Gamliel s'il est lâche : permis Rava suit son avis
Trois cas du lit démontable selon la baraita.
2
בֵּי רַב חָמָא הֲוָה מִטָּה גְּלָלְנִיתָא. הֲוָה מְהַדְּרִי לַהּ בְּיוֹמָא טָבָא. אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִדְּרַבָּנַן לְרָבָא: מַאי דַּעְתָּיךְ — בִּנְיָן מִן הַצַּד הוּא? נְהִי דְּאִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא לֵיכָּא, אִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן מִיהָא אִיכָּא! אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל סְבִירָא לִי דְּאָמַר אִם הָיָה רָפוּי — מֻותָּר.

Dans la maison de Rav 'Hama, il y avait un lit démontable ; on le remontait le jour de fête (Yom tov). L'un des Sages dit à Rava : quelle est ton opinion ?

[Que] c'est une construction de manière indirecte (min ha-tsad) ? Admettons qu'il n'y ait pas d'interdit de la Torah, il y a tout de même un interdit rabbinique !

Il lui répondit : moi, je suis l'avis de Rabban Chimon ben Gamliel, qui a dit : s'il était lâche, c'est permis.

📜 Rachi (2)
מִטָּה גְּלָלְנִיתָא טירנדי"ן וְהוּא כְּעֵין שֶׁל טַרְסִיִּים:
Lit démontable (gallanita) : en langue vernaculaire "tirendin", semblable à celui des fabricants de feutre (tarsiyim).
מִן הַצַּד מִפְּנֵי שֶׁאֵינָהּ תְּקוּעָה וּמְהַדְּקָהּ בְּחֹוזֶק קָרֵי לָהּ מִן הַצַּד כְּלוֹמַר ע"י שִׁינּוּי:
Min ha-tsad (de manière indirecte) : parce qu'il n'est pas enfoncé ni serré avec force, on l'appelle min ha-tsad, c'est-à-dire par une modification (chinouy).
💡 Explication

Récit : chez Rav 'Hama (le grand-père de Rava), on remontait à Yom tov un lit démontable. Un Sage objecte : même si remonter un lit sans le serrer n'est qu'une construction min ha-tsad (inhabituelle, avec chinouy), donc sans interdit de la Torah, il reste un interdit rabbinique.

Rava répond qu'il suit Rabban Chimon ben Gamliel, qui permet tout à fait un lit lâche.

3
מַתְנִי׳ נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל נִיצוֹצוֹת, וְלֹא יִתֵּן לְתוֹכוֹ מַיִם מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְכַבֶּה.

MISHNA. On place un récipient sous la lampe pour recevoir les étincelles ; mais on n'y mettra pas d'eau, parce qu'on éteint [ainsi les étincelles].

💡 Explication

Les ni'tsotsot sont des gouttes d'huile enflammée qui tombent de la lampe. On peut placer un récipient pour les recevoir, afin d'éviter un incendie.

On n'y met pas d'eau, car l'étincelle tombant dans l'eau s'éteint : c'est la melakha de mekhabe (éteindre).

4
גְּמָ׳ וְהָא קָמְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ! אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: נִיצוֹצוֹת אֵין בָּהֶן מַמָּשׁ.

GUEMARA. Mais il retire au récipient sa disponibilité (mevatel kli me-hekhano) !

Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, dit : les étincelles n'ont pas de substance.

📜 Rachi (2)
גְּמ' וְהָא קָא מְבַטֵּל כְּלִי מֵהֵיכֵנוֹ דְּלָא יוּכַל לִיטְלוֹ מִשָּׁם כָּל הַיּוֹם דְּנַעֲשָׂה בָּסִיס לְנִיצוֹצוֹת לֵימָא תֶּהְוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַב חִסְדָּא דְּאָסַר בְּפִירְקִין (דַּף מג.):
Guemara. Mais il retire au récipient sa disponibilité : car il ne pourra plus le prendre de là tout le jour, puisqu'il devient un support (bassis) pour les étincelles. Faut-il dire que c'est une réfutation de Rav 'Hisda, qui a interdit [ce cas] dans notre chapitre (daf 43a) ?
אֵין בָּהֶן מַמָּשׁ מִשְׁכָּבוֹ וּמֻותָּר לִיטְּלָן:
Elles n'ont pas de substance : elles se sont éteintes, et il est permis de le prendre.
💡 Explication

Mevatel kli me-hekhano : rendre un ustensile inutilisable pour le Chabbat en y plaçant un objet mouktse. Rav 'Hisda (43a) l'interdit. Ici, les étincelles feraient du récipient un bassis (support) d'un objet mouktse, qu'on ne pourrait plus déplacer.

Réponse : les étincelles n'ont pas de substance ; elles s'éteignent aussitôt et ne laissent rien. Le récipient reste donc déplaçable.

5
וְלֹא יִתֵּן לְתוֹכוֹ מַיִם מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְכַבֶּה: לֵימָא תְּנַן סְתָמָא כְּרַבִּי יוֹסֵי, דְּאָמַר גּוֹרֵם לְכִיבּוּי — אָסוּר.

Et on n'y mettra pas d'eau, parce qu'on éteint : faut-il dire que nous avons appris une [mishna] anonyme selon Rabbi Yossi, qui a dit : causer l'extinction (gorem le-khibouy) est interdit ?

📜 Rachi (1)
כְּרַבִּי יוֹסֵי בְּכָל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ דְּקָתָנֵי עוֹשֶׂה מְחִיצָה בְּכָל הַכֵּלִים בֵּין מְלֵאִין בֵּין רֵיקָנִין כְּדֵי שֶׁלֹּא תַּעֲבֹור הַדְּלֵיקָה רַבִּי יוֹסֵי אוֹסֵר בִּכְלֵי חֶרֶס חֲדָשִׁים מְלֵאִים מַיִם שֶׁאֵין יְכוֹלִין לְקַבֵּל הָאוּר וְהֵן מִתְבַּקְּעִים וּמְכַבִּין אֶת הַדְּלֵיקָה:
Selon Rabbi Yossi : [au chapitre] Kol kitvei ha-qodech (120a), il est enseigné : on fait une séparation avec tous les récipients, qu'ils soient pleins ou vides, afin que l'incendie ne passe pas. Rabbi Yossi interdit avec des récipients neufs en argile pleins d'eau, car ils ne peuvent pas supporter le feu : ils éclatent et éteignent l'incendie.
🗂️ Tossefot (1)
לֵימָא תְּנַן סְתָמָא כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר גּוֹרֵם לְכִיבּוּי אָסוּר הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר וְלִיטַעְמָיךְ הָא רַבִּי יוֹסֵי גּוּפֵיהּ לֹא אֲמָרָהּ אֶלָּא בִּדְלֵיקָה מִשּׁוּם דְּאָדָם בָּהוּל עַל מָמוֹנוֹ אִי שָׁרֵינָא לֵיהּ אָתֵי לְכַבּוּיֵי וְהָכִי מְפָרֵשׁ בְּכָל כִּתְבֵי (לְקַמָּן שַׁבָּת קכ:) אֲבָל הָכָא לֵיכָּא לְמִגְזַר דְּהָא יֵשׁ כְּלִי תַּחַת הַנֵּר וְאֵינוֹ בָּהוּל וּבְכַמָּה מְקוֹמוֹת בְּהַשַּׁ"ס יָכוֹל לוֹמַר וְלִיטַעֲמֵיךְ וְאֵינוֹ אוֹמֵר:
Faut-il dire que nous avons appris une [mishna] anonyme selon Rabbi Yossi, qui a dit : causer l'extinction est interdit. [La Guemara] aurait pu dire : et selon ton raisonnement, Rabbi Yossi lui-même ne l'a dit que pour un incendie, parce que l'homme est affolé pour ses biens ; si on le lui permettait, il en viendrait à éteindre. C'est ainsi qu'on l'explique [au chapitre] Kol kitvei (plus loin, Chabbat 120b). Mais ici, il n'y a pas lieu de décréter, puisqu'il y a un récipient sous la lampe et qu'il n'est pas affolé. Et en plusieurs endroits du Talmud, [la Guemara] pourrait dire "et selon ton raisonnement" et ne le dit pas.
💡 Explication

Gorem le-khibouy : causer indirectement l'extinction, sans éteindre de ses mains. Dans le cas de l'incendie, les Rabbanan permettent de dresser une barrière de récipients pleins d'eau ; Rabbi Yossi l'interdit pour des récipients d'argile neufs, qui éclatent et éteignent le feu.

La Guemara propose que notre mishna, qui interdit l'eau sous la lampe, suive Rabbi Yossi. Une stam mishna (anonyme) selon un avis minoritaire serait une difficulté, car la halakha suit en principe la mishna anonyme.

6
וְתִסְבְּרָא? אֵימוֹר דְּאָמַר רַבִּי יוֹסֵי — בְּשַׁבָּת, בְּעֶרֶב שַׁבָּת מִי אָמַר? וְכִי תֵּימָא הָכָא נָמֵי בְּשַׁבָּת, וְהָתַנְיָא: נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר לְקַבֵּל נִיצוֹצוֹת בְּשַׁבָּת, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּעֶרֶב שַׁבָּת. וְלֹא יִתֵּן לְתוֹכוֹ מַיִם מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְכַבֶּה — מֵעֶרֶב שַׁבָּת, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת. אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן, שָׁאנֵי הָכָא — מִפְּנֵי שֶׁמְּקָרֵב אֶת כִּיבּוּיוֹ.

Et le penses-tu ? Admettons que Rabbi Yossi l'ait dit pour le Chabbat ; l'a-t-il dit pour la veille de Chabbat ?

Et si tu dis qu'ici aussi, [il s'agit] du Chabbat, n'a-t-il pas été enseigné : on place un récipient sous la lampe pour recevoir les étincelles le Chabbat, et inutile de dire la veille de Chabbat ; et on n'y mettra pas d'eau, parce qu'on éteint, [même] la veille de Chabbat, et inutile de dire le Chabbat. Rav Achi a donc dit : tu peux même dire [que c'est l'avis des] Rabbanan ; ici c'est différent, parce qu'il rapproche l'extinction (mekarev et kibouyo).

📜 Rachi (5)
בְּעֶרֶב שַׁבָּת כְּגוֹן זֶה שֶׁנּוֹתֵן הַמַּיִם מִבְּעוֹד יוֹם בִּכְלִי תַּחַת הַנֵּר:
La veille de Chabbat : comme celui-ci, qui met l'eau quand il fait encore jour dans le récipient sous la lampe.
וְכִי תֵּימָא הָכָא נָמֵי אֵין נוֹתְנִין לְתוֹכוֹ מַיִם בְּשַׁבָּת קָאָמַר וְר' יוֹסֵי הִיא:
Et si tu dis qu'ici aussi : [la mishna] dit qu'on ne met pas d'eau dedans le Chabbat, et c'est Rabbi Yossi.
וְהַתַּנְיָא אֲפִילּוּ בע"ש אָסוּר וְאִי לִגְרַם כִּיבּוּי מְדַמֵּית לָהּ אֲפִילּוּ כְּרַבִּי יוֹסֵי לָא מִיתּוֹקְמָה דבע"ש לָא אָמַר רַבִּי יוֹסֵי:
N'a-t-il pas été enseigné : [que] même la veille de Chabbat c'est interdit ; et si tu l'assimilés à une cause d'extinction, on ne peut même pas l'établir selon Rabbi Yossi, car Rabbi Yossi ne l'a pas dit pour la veille de Chabbat.
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי מַתְנִיתִין אֲפִילּוּ לְרַבָּנָן דְּלָא דָּמֵי לִגְרַם כִּיבּוּי דְּהָתָם כִּי מָטֵי דְּלֵיקָה לְכֵלִים דְּלֵיקָה הוּא דְּפָקַע לְהוּ וּגְרָמָא בְּעָלְמָא הוּא אֲבָל זֶה שֶׁנָּתַן הַמַּיִם מַמָּשׁ תַּחַת הַנֵּר מְכַבֶּה מַמָּשׁ הוּא וּגְזֵירָה מִבְּעוֹד יוֹם אַטּוּ מִשֶּׁחָשֵׁכָה:
Rav Achi a donc dit : notre mishna [peut être] même selon les Rabbanan, car [ce cas] ne ressemble pas à une cause d'extinction. Là-bas, quand l'incendie atteint les récipients, c'est l'incendie qui les fait éclater : ce n'est qu'une simple cause (grama). Mais celui-ci, qui met l'eau juste sous la lampe, éteint réellement ; et c'est un décret [pour ce qui est fait] quand il fait jour à cause de [ce qui serait fait] à la tombée de la nuit.
שֶׁמְּקָרֵב אֶת כִּיבּוּיוֹ זִימֵּן כִּיבּוּי לְהֶדְיָא וַהֲוָה לֵיהּ מְכַבֶּה מַמָּשׁ אִי הֲוָה יָהֵיב לֵיהּ בְּשַׁבָּת:
Il rapproche l'extinction : il a préparé l'extinction directement, et ce serait éteindre réellement s'il le faisait le Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
מִפְּנֵי שֶׁמְּקָרֵב אֶת כִּבּוּיוֹ פֵּירוּשׁ דְּגָזְרִינַן ע"ש אַטּוּ שַׁבָּת וּבְשַׁבָּת יָכוֹל לָבֹא לִידֵי כִּיבּוּי אִם יַגְבִּיהַּ הַכְּלִי בִּשְׁעַת נְפִילַת הַנִּיצוֹצוֹת וְאִם תֹּאמַר מַאי שְׁנָא שְׁרִייַּת דְּיוֹ וְסַמְמָנִים וּפְרִיסַת מְצוּדָה דְּשָׁרֵינַן בפ"ק (דַּף יז:) עִם הַשֶּׁמֶשׁ וְהָכָא אָסְרִינַן מע"ש שֶׁלֹּא יָבֹא לַעֲשׂוֹת בְּשַׁבָּת וְתֵירֵץ הָרַב פור"ת דְּהָתָם לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁמָּא יַעֲשֶׂה כֵּן בְּשַׁבָּת דְּהָא אַב מְלָאכָה הֵן אֲבָל הָכָא אִיכָּא לְמֵיחַשׁ דְּלָא דָּמֵי אִיסּוּר כָּל כָּךְ בַּמֶּה שֶׁמַּנִּיחַ כְּלִי תַּחַת הַנִּיצוֹצוֹת וְאִיכָּא לְמִיחַשׁ שֶׁמָּא יָבֹא לִידֵי כִּיבּוּי שֶׁיַּתְחִיל לִיתֵּן הַמַּיִם קֹודֶם נְפִילַת הַנִּיצוֹצוֹת וְקֹודֶם גְּמַר הַנְּתִינָה יִפְּלוּ וּמְכַבֶּה בְּיָדַיִם אוֹ שֶׁיַּגְבִּיהַּ הַכְּלִי עִם הַמַּיִם כְּנֶגֶד הַנִּיצוֹצוֹת כִּדְפָרֵישִׁית וְאַף עַל גַּב דִּבְאוֹתוֹ כִּיבּוּי אֵין בּוֹ חִיּוּב חַטָּאת לְר' שִׁמְעוֹן דִּמְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ הִיא הֶחְמִירוּ אַטּוּ כִּיבּוּי דְּחִיּוּב חַטָּאת ואע"ג דְּהָוֵי גְּזֵירָה לִגְזֵירָה קִים לְהוּ לְרַבָּנַן דְּהָכָא שַׁייָּךְ לְמִגְזַר טְפֵי וְרַשִׁ"י דְּפִי' דַּהֲוָה מְכַבֶּה מַמָּשׁ לָאו דַּוְקָא אֶלָּא כְּלוֹמַר שֶׁיּוּכַל לָבֹא לִידֵי כִּיבּוּי ור"ת גָּרֵיס כְּפֵירוּשׁ ר"ח מִפְּנֵי שֶׁמְּקָרֵב כִּיבּוּי דְּהָתָם הוּא דְּשָׁרֵי לַעֲשׂוֹת מְחִיצָּה מִכֵּלִים שֶׁיֵּשׁ בְּתוֹכָן מַיִם שֶׁאֵינוֹ מְכַבֶּה כְּלוּם עַד שֶׁיִּתְבַּקְּעוּ הַכֵּלִים אֲבָל הָכָא אֵין הֶפְסֵק בֵּין מַיִם לְנִיצוֹצוֹת וּמִיָּד נִכְבּוֹת כְּשֶׁנּוֹפְלוֹת בַּכְּלִי וְהָוֵי כִּמְחִיצַּת מַיִם דַּאֲסִירָא כְּגוֹן מְחִיצַּת שֶׁלֶג וּבָרָד וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דְּבַיְּרוּשַׁלְמִי מוּקֵי מַתְנֵי' כְּר' יוֹסֵי אֲבָל לְרַבָּנָן אַפֵּי' מְחִיצּוֹת שֶׁל מַיִם מֻותָּר וּבְפֶ' כָּל כִּתְבֵי (לְקַמָּן שַׁבָּת קכ:) נָמֵי שָׁרוּ רַבָּנָן דְּר' יוֹסֵי בְּטַלִּית שֶׁאָחַז בּוֹ הָאוּר מִצַּד אֶחָד לִיתֵּן עָלָיו מַיִם מִצַּד אַחֵר וְאִם כָּבְתָה כָּבְתָה וְנִרְאֶה דִּלְפִי הַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ יֵשׁ לְחַלֵּק דְּבִמְחִיצָּה שֶׁל מַיִם אע"ג דְּאֵין דָּבָר מַפְסִיק מ"מ שָׁרִי שֶׁאֵין הָאֵשׁ נוֹפֶלֶת לְתוֹךְ הַמַּיִם לְהֶדְיָא כִּי הָכָא שֶׁהַמַּיִם תַּחַת הַנִּיצוֹצוֹת וּמְקָרֵב כִּיבּוּיָן טְפֵי וְעוֹד דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּהַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ אוֹסֵר בִּמְחִיצּוֹת שֶׁל מַיִם לְרַבָּנָן וּמִשּׁוּם הָכִי מוֹקֵי מַתְנִיתִין כְּרַבָּנָן וּפְלִיג אַיְּרוּשַׁלְמִי וְלָא דָּמֵי לְטַלִּית שֶׁאָחַז בּוֹ הָאוּר מִצַּד אֶחָד שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא שֶׁלֹּא תִּתְפַּשֵּׁט הָאוּר וּמַה שֶׁרְגִילִים לָתֵת מַיִם בִּזְכוּכִית שֶׁקּוֹרִין לאמפ"א וְנוֹתְנִין עָלֶיהָ שֶׁמֶן בע"ש אֵין זֶה קָרוּי קֵירוּב כִּיבּוּי דְּכֵיוָן שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין לְכִיבּוּי כְּלָל אֶלָּא לְהַגְבִּיהַּ אֶת הַשֶּׁמֶן לֹא שַׁייָּךְ לְמִגְזַר מִידִי שֶׁמָּא יַעֲשֶׂה בְּשַׁבָּת וְשָׁרֵי אַפֵּי' לְר' יוֹסֵי וכ"ש לְרַבָּנָן דאל"כ אַפֵּי' בְּלֹא מַיִם אָסוּר שֶׁהַנִּיצוֹצוֹת נוֹפְלוֹת בַּשֶּׁמֶן: וְעוֹד אִיכָּא לְמֵימַר דְּתַלְמוּד שֶׁלָּנוּ אָסַר מְחִיצָּה שֶׁל מַיִם לְרַבָּנָן ומש"ה מוּקֵי מַתְנֵי' כְּר' יוֹסֵי וּפְלִיג אַיְּרוּשַׁלְמִי ול"ד לְטַלִּית שֶׁאָחַז בּוֹ הָאוּר מִצַּד אֶחָד שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא שֶׁלֹּא תִּתְפַּשֵּׁט הָאוּר [ת"י]:
Parce qu'il rapproche l'extinction. Explication : nous décrétons pour la veille de Chabbat à cause du Chabbat, et le Chabbat il peut en venir à éteindre s'il soulève le récipient au moment où tombent les étincelles. Et si tu demandes : en quoi est-ce différent du trempage de l'encre et des teintures et de l'installation d'un filet, que nous permettons au premier chapitre (daf 17b) au coucher du soleil, alors qu'ici nous l'interdisons dès la veille de Chabbat, de peur qu'il ne vienne à le faire le Chabbat ? Le Rav Porat a répondu : là-bas, il n'y a pas à craindre qu'il le fasse le Chabbat, car ce sont des melakhot principales (av melakha). Mais ici il y a lieu de craindre, car placer un récipient sous les étincelles ne ressemble pas tant à un interdit, et il est à craindre qu'il en vienne à éteindre : qu'il commence à verser l'eau avant la chute des étincelles et qu'avant la fin du versement elles tombent, et il éteint de ses mains ; ou qu'il soulève le récipient avec l'eau vers les étincelles, comme je l'ai expliqué. Et bien que pour cette extinction il n'y ait pas de 'hatat selon Rabbi Chimon, car c'est une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même (melakha che-eina tsrikha le-goufa), ils ont été stricts à cause d'une extinction passible d'un 'hatat. Et bien que ce soit un décret pour un décret (gezera li-gzera), les Rabbanan savaient qu'ici il convenait davantage de décréter. Et Rachi, qui a expliqué que ce serait éteindre réellement, ne l'entend pas au sens strict, mais [il veut dire] qu'il pourrait en venir à éteindre. Rabbeinou Tam lit selon l'explication de Rabbeinou 'Hananel : "parce qu'il rapproche l'extinction". Là-bas, il est permis de faire une séparation avec des récipients contenant de l'eau, qui n'éteignent rien tant que les récipients n'éclatent pas ; mais ici il n'y a pas d'interruption entre l'eau et les étincelles : elles s'éteignent dès qu'elles tombent dans le récipient, et c'est comme une séparation d'eau, qui est interdite, par exemple une séparation de neige et de grêle. Mais son explication est difficile, car dans le Yerouchalmi on établit notre mishna selon Rabbi Yossi, alors que selon les Rabbanan même des séparations d'eau sont permises. Et [au chapitre] Kol kitvei (plus loin, Chabbat 120b), les Rabbanan, [en opposition à] Rabbi Yossi, permettent aussi, pour un talit qui a pris feu d'un côté, de mettre de l'eau de l'autre côté, et s'il s'éteint, qu'il s'éteigne. Il semble que, selon notre Talmud, on puisse distinguer : pour une séparation d'eau, bien que rien ne s'interpose, c'est tout de même permis, car le feu ne tombe pas directement dans l'eau comme ici, où l'eau est sous les étincelles et rapproche davantage leur extinction. On peut dire aussi que notre Talmud interdit les séparations d'eau selon les Rabbanan, et c'est pourquoi il établit notre mishna selon les Rabbanan, en divergence avec le Yerouchalmi ; et ce n'est pas comparable au talit qui a pris feu d'un côté, car [on n'y fait que faire en sorte] que le feu ne s'étende pas. Et ce que l'on a l'habitude de faire, mettre de l'eau dans un verre appelé "lampe" et y mettre de l'huile la veille de Chabbat, cela n'est pas appelé rapprocher l'extinction : puisqu'il n'a aucune intention d'éteindre, mais seulement d'élever l'huile, il n'y a pas lieu de décréter de peur qu'il ne le fasse le Chabbat ; et c'est permis même selon Rabbi Yossi, et à plus forte raison selon les Rabbanan. Car s'il n'en était pas ainsi, ce serait interdit même sans eau, puisque les étincelles tombent dans l'huile. Et on peut dire aussi que notre Talmud interdit la séparation d'eau selon les Rabbanan, et c'est pourquoi il établit notre mishna selon Rabbi Yossi, en divergence avec le Yerouchalmi ; et ce n'est pas comparable au talit qui a pris feu d'un côté, car [on n'y fait que faire en sorte] que le feu ne s'étende pas [Tossefot Yechanim].
💡 Explication

La Guemara rejette la comparaison avec Rabbi Yossi. Rabbi Yossi n'interdit le gorem que le Chabbat ; or une baraita interdit de mettre l'eau sous la lampe même la veille de Chabbat. Le motif de la mishna est donc autre.

Rav Achi : même les Rabbanan l'interdisent, car l'eau placée juste sous la lampe rapproche l'extinction (mekarev et kibouyo). Pour Rachi, fait le Chabbat, ce serait éteindre directement ; les Sages ont donc décrété aussi la veille. Pour Tossefot, le risque est de verser l'eau ou de soulever le récipient au moment où l'étincelle tombe. Tossefot explique enfin pourquoi l'usage de la lampe à huile posée sur de l'eau reste permis : on n'y vise qu'à élever l'huile.

7
הַדְרָן עֲלָךְ כִּירָה

Nous reviendrons sur toi, [chapitre] Kira.

💡 Explication

Hadran 'alakh : formule de conclusion d'un chapitre. Le troisième chapitre, Kira (le réchaud), s'achève ici. Le quatrième, Ba-mè tomnin, traite de la hatmana, le fait d'envelopper une marmite pour garder la nourriture chaude.

8
מַתְנִי׳ בַּמֶּה טוֹמְנִין וּבַמָּה אֵין טוֹמְנִין? — אֵין טוֹמְנִין לֹא בַּגֶּפֶת וְלֹא בַּזֶּבֶל, לֹא בַּמֶּלַח וְלֹא בַּסִּיד וְלֹא בַּחוֹל — בֵּין לַחִין בֵּין יְבֵשִׁין.

MISHNA. Dans quoi enveloppe-t-on [une marmite] et dans quoi ne l'enveloppe-t-on pas ?

On ne l'enveloppe ni dans du marc [d'olives] (gefet), ni dans du fumier, ni dans du sel, ni dans de la chaux, ni dans du sable, qu'ils soient humides ou secs.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' בַּמֶּה טוֹמְנִין הַבָּא לְסַלֵּק קְדֵירָה מֵעַל גַּבֵּי כִּירָה וּלְטָומְנָהּ בְּדָבָר אַחֵר וְאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין טוֹמְנִין בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל אֶלָּא בְּדָבָר הַמַּעֲמִיד הֶבֶל מִי הוּא הַמּוֹסִיף וְאָסוּר:
Mishna. Dans quoi enveloppe-t-on : celui qui vient retirer une marmite du réchaud et l'envelopper dans autre chose. Les Sages ont dit : on n'enveloppe pas dans une chose qui ajoute de la chaleur (mossif hevel), mais dans une chose qui maintient la chaleur. Quelle est celle qui ajoute [de la chaleur] et qui est interdite ?
גֶּפֶת פְּסֹולֶת שֶׁל בֵּית הַבַּד שֶׁל שֶׁמֶן שֶׁהוּא כָּנוּס יַחַד וְחַם מְאֹד:
Gefet : le résidu du pressoir à huile, qui est amassé et très chaud.
לַחִין יֵשׁ בָּהֶן הֶבֶל הַרְבֵּה יוֹתֵר מְיַבְּשִׁין:
Humides : ils ont beaucoup plus de chaleur que les secs.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' בַּמֶּה טוֹמְנִין וְכוּ' אֵין טוֹמְנִין לֹא בַּגֶּפֶת פֵּירֵשׁ הר"ר יוֹסֵף בְּשֵׁם רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל דְּמַיְירֵי בִּבְשִׁיל וְלָא בְּשִׁיל אֲבָל קִדְרָא חַייְתָא וּבְשִׁיל שָׁרֵינַן בְּפֶרֶק (דַּף יח:) וְאֵין נִרְאֶה לְר"ת דְּהָא אִית לָן לְאוֹקְמָא מַתְנִיתִין בִּסְתָם קְדֵרוֹת שֶׁהֵן מְבֻושָּׁלִים בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְעוֹד דְּמִסְּתָמָא אַייְרֵי מַתְנֵי' דֻּומְיָא דְּמַתְנִי' דְּכִירָה דְּמַייְרֵי בִּבְשִׁיל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי וְנִרְאֶה לר"ת שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק בֵּין הַשְׁהַאָה לְהַטְמָנָה דְּוַדַּאי לְהַשְׁהוֹת מֻותָּר כְּשֶׁהוּא מַאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי שֶׁאֵין חִיתּוּי מְעַט מוֹעִיל לוֹ שֶׁהֲרֵי מְגֻולֶּה הוּא וְשַׁלִּיט בֵּיהּ אֲוִירָא אֲבָל הַטְמָנָה שֶׁעוֹשִׂין לְצֹורֶךְ מָחָר וְהוּא מֻוטְמָן יֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא יְחַתֶּה שֶׁמְּעַט חִיתּוּי מוֹעִיל לוֹ לִיתָּפֵס חֻומּוֹ וְגָזְרוּ לְהַטְמִין בְּכָל דָּבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַטְמִין בְּרֶמֶץ וְיַחְתֶּה:
Mishna. Dans quoi enveloppe-t-on, etc. On ne l'enveloppe pas dans du gefet. Le Rav Rabbi Yossef a expliqué au nom de Rabbeinou Chemouel qu'il s'agit [d'un plat] cuit sans être entièrement cuit ; mais une marmite crue ou entièrement cuite, nous la permettons au chapitre [premier] (daf 18b). Cela ne semble pas juste à Rabbeinou Tam, car nous devrions établir notre mishna pour les marmites ordinaires, qui sont cuites à la tombée de la nuit (bein ha-chmachot). De plus, à priori, notre mishna est semblable à la mishna de Kira, qui traite de [ce qui est] cuit comme la nourriture de Ben Drossai. Il semble à Rabbeinou Tam qu'il faille distinguer entre laisser [sur le feu] (hachhaya) et envelopper (hatmana). Laisser est certes permis quand [le plat] est comme la nourriture de Ben Drossai, car attiser un peu ne lui sert pas, puisqu'il est découvert et que l'air le domine. Mais l'hatmana, que l'on fait pour le lendemain et où [le plat] est enveloppé, il est à craindre qu'on attise, car un peu d'attisement lui sert à garder sa chaleur. Ils ont donc décrété [l'interdit] d'envelopper dans toute chose qui ajoute de la chaleur, de peur qu'on n'enveloppe dans des cendres chaudes (remets) et qu'on n'attise.
⚖️ Rosh (1)
בַּמֶּה טוֹמְנִין וּבַמָּה אֵין טוֹמְנִין אֵין טוֹמְנִין לֹא בַּגֶּפֶת וְלֹא בַּזֶּבֶל וְלֹא בַּמֶּלַח וְלֹא בַּסִּיד וְלֹא בַּחוֹל בֵּין לַחִין בֵּין יְבֵשִׁין. וְלֹא בַּתֶּבֶן וְלֹא בַּזַּגִּין וְלֹא בַּמּוֹכִין וְלֹא בָּעֲשָׂבִין בִּזְמַן שֶׁהֵן לַחִין אֲבָל טוֹמְנִין בָּהֶן כְּשֶׁהֵן יְבֵשִׁין. וְטוֹמְנִין בִּכְסוּת וּבְפֵירוֹת וּבְכַנְפֵי יוֹנָה וּבִנְעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן וּבִנְעֹורֶת שֶׁל חֲרָשִׁים ר' יְהוּדָה אוֹסֵר בַּדַּקָּה וּמַתִּיר בַּגַּסָּה. פִּי' ה"ר יוֹסֵף בְּשֵׁם רַשְׁבָּ"ם זַ"ל דְּכֻולָּהּ פִּירְקִין אַייְרֵי כְּשֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי דְּאִם הִגִּיעַ לְמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי מֻותָּר לְהַטְמִינוֹ בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל. כִּדְאָמַר בְּפִירְקִין דִּלְעֵיל דְּמֻותָּר לִשְׁהוֹת ע"ג כִּירָה שֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה וּקְטוּמָה. וה"ה נָמֵי שֶׁמֻּותָּר לְטָומְנוֹ בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל. וְלָא נְהִירָא דִּסְתָם קְדֵרוֹת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מְבֻושָּׁלוֹת הֵן וּמַתְנִי' אַייְרֵי בִּסְתָם קְדֵרוֹת. וְעוֹד דְּמַתְנִיתִין דְּכִירָה מִתּוֹקְמָה דְּבָשִׁיל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי בֵּין אִי לְהַשְׁהוֹת תְּנַן בֵּין אִי לְהַחֲזִיר תְּנַן וּמִסְּתָמָא פִּירְקִין נָמֵי אַייְרֵי בְּהָכִי. ור"ת זַ"ל הָיָה אוֹמֵר אע"ג דְּשָׁרֵינַן בִּשְׁהִייָּה דְּבָשִׁיל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי בְּהַטְמָנָה אַסִּירְנָא וְהָיָה נוֹתֵן טַעַם לַדָּבָר דִּסְתָם מַשְׁהֶה קְדֵירָה עַל גַּבֵּי כִּירָה בְּלֹא הַטְמָנָה לְצֹורֶךְ אֲכִילַת לַיְלָה הוּא מַשְׁהֶה כֵּיוָן שֶׁמַּנִּיחָהּ מְגֻולֶּה וְחַתּוֹיֵי כָּל דְּהוּ אֵינוֹ מוֹעִיל לָהּ כֵּיוָן שֶׁהִיא מְגֻולֶּה וְשַׁלִּיט בָּהּ אֲוִירָא. וְגַם אֵין צָרִיךְ כָּל כָּךְ חִתּוּי לְצֹורֶךְ אֲכִילַת הָעֶרֶב. אֲבָל סְתָם הַטְמָנָה הִיא לְצֹורֶךְ מָחָר וְצָרִיךְ חִתּוּי שֶׁלֹּא יִתְקָרֵר וּמְעַט חִתּוּי מְהַנֵּי לְהַחְזִיק הַחֹום כֵּיוָן שֶׁהִיא טָמוּן הִלְכָּךְ אֲפִילּוּ מְבֻושָּׁל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי אָסְרוּ לְהַטְמִין בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַטְמִין בְּרֶמֶץ וְיַחְתֶּה:
Dans quoi enveloppe-t-on et dans quoi ne l'enveloppe-t-on pas ? On ne l'enveloppe ni dans du gefet, ni dans du fumier, ni dans du sel, ni dans de la chaux, ni dans du sable, qu'ils soient humides ou secs ; ni dans de la paille, ni dans du marc de raisin, ni dans des matières molles (mokhin), ni dans des herbes, lorsqu'ils sont humides ; mais on enveloppe dans eux lorsqu'ils sont secs. Et on enveloppe dans des vêtements, dans des fruits, dans des plumes de colombe, dans de l'étoupe de lin et dans de la sciure de menuisier. Rabbi Yehouda interdit la fine et permet la grosse. Le Rav Rabbi Yossef a expliqué au nom du Rachbam que tout ce chapitre traite [du cas] où [le plat] n'a pas atteint [le stade de] la nourriture de Ben Drossai ; car s'il a atteint la nourriture de Ben Drossai, il est permis de l'envelopper dans une chose qui ajoute de la chaleur, comme on l'a dit au chapitre précédent : il est permis de laisser [la marmite] sur un réchaud qui n'est ni balayé ni couvert [de cendres] (garoufa u-qetouma). Il en va donc de même : il est permis de l'envelopper dans une chose qui ajoute de la chaleur. Cela ne paraît pas juste, car les marmites ordinaires sont cuites à la tombée de la nuit, et notre mishna traite des marmites ordinaires. De plus, la mishna de Kira s'établit [pour ce qui est] cuit comme la nourriture de Ben Drossai, qu'on ait appris [la mishna] pour laisser ou pour remettre ; et a priori notre chapitre aussi traite de ce cas. Et Rabbeinou Tam disait : bien que nous permettions de laisser [un plat] cuit comme la nourriture de Ben Drossai, pour l'envelopper nous l'interdisons. Il donnait la raison de la chose : d'ordinaire, celui qui laisse une marmite sur le réchaud sans l'envelopper la laisse pour le repas du soir, puisqu'il la laisse découverte ; et attiser un peu ne lui sert pas, puisqu'elle est découverte et que l'air la domine. De plus, il n'a pas tant besoin d'attiser pour le repas du soir. Mais d'ordinaire l'hatmana se fait pour le lendemain, et on a besoin d'attiser pour qu'elle ne refroidisse pas ; et un peu d'attisement sert à garder la chaleur, puisqu'elle est enveloppée. C'est pourquoi, même [pour un plat] cuit comme la nourriture de Ben Drossai, ils ont interdit d'envelopper dans une chose qui ajoute de la chaleur, de peur qu'on n'enveloppe dans des cendres chaudes et qu'on n'attise.
💡 Explication

Le chapitre Ba-me tomnin. La hatmana consiste à envelopper une marmite pour garder la nourriture chaude jusqu'au lendemain. La veille de Chabbat, les Sages interdisent de l'envelopper dans une matière qui ajoute de la chaleur (mossif hevel), de peur qu'on n'enveloppe dans des cendres chaudes (remets) et qu'on ne vienne à attiser (le-hatot) le Chabbat.

Liste des matières toujours interdites : gefet (marc d'olives), fumier, sel, chaux, sable, qui dégagent de la chaleur même secs. Tossefot et le Roch rapportent la mahloket : selon le Rachbam, l'interdit ne vise que le plat pas encore cuit comme la nourriture de Ben Drossai (cuit au tiers) ; selon Rabbeinou Tam, la hatmana dans le mossif hevel est interdite même pour un plat cuit, car elle se fait pour le lendemain et un peu d'attisement lui est utile.

9
וְלֹא בַּתֶּבֶן וְלֹא בַּזַּגִּין וְלֹא בַּמּוֹכִין וְלֹא בָּעֲשָׂבִין — בִּזְמַן שֶׁהֵן לַחִין, אֲבָל טוֹמְנִין בָּהֶן כְּשֶׁהֵן יְבֵשִׁין.

Ni dans de la paille, ni dans du marc de raisin (zaguin), ni dans des matières molles (mokhin), ni dans des herbes, lorsqu'ils sont humides ; mais on enveloppe dans eux lorsqu'ils sont secs.

📜 Rachi (2)
זַגִּין פְּסֹולֶת שֶׁל יֶקֶב יַיִן:
Zaguin : le résidu de la cuve à vin.
מוֹכִין כָּל דָּבָר רַךְ קָרוּי מוֹכִין כְּגוֹן צֶמֶר גֶּפֶן וּתְלִישֵׁי צֶמֶר רַךְ שֶׁל בְּהֵמָה וּגְרִירַת בְּגָדִים בְּלוּיִים:
Mokhin : toute chose molle est appelée mokhin, par exemple le coton, les touffes de laine douce d'animal et la charpie de vêtements usés.
💡 Explication

Deuxième catégorie : ces matières n'ajoutent de la chaleur que lorsqu'elles sont humides. Sèches, elles se contentent de conserver la chaleur (ma'amid hevel) et sont permises.

10
גְּמ׳ אִיבַּעְיָא לְהוּ: גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים תְּנַן, אֲבָל דְּשֻׁומְשְׁמִין שַׁפִּיר דָּמֵי, אוֹ דִּילְמָא דְּשֻׁומְשְׁמִין תְּנַן וְכָל שֶׁכֵּן דְּזֵיתִים?!

GUEMARA. Ils ont demandé : avons-nous appris [dans la mishna] le gefet d'olives, mais [celui] de sésame est bien permis ?

Ou peut-être avons-nous appris [celui] de sésame, et à plus forte raison [celui] d'olives ?

💡 Explication

Question (ibba'ya) : le mot gefet de la mishna désigne-t-il le marc d'olives, plus chaud, auquel cas le marc de sésame serait permis ; ou le marc de sésame, moins chaud, auquel cas celui d'olives est interdit à plus forte raison (kol che-ken) ?

11
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא מִשּׁוּם חַד דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: קֻופָּה שֶׁטָּמַן בָּהּ — אָסוּר לְהַנִּיחָהּ עַל גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים. שְׁמַע מִינַּהּ שֶׁל זֵיתִים תְּנַן.

Viens et entends, car Rabbi Zeira a dit au nom de l'un [des Sages] de la maison de Rabbi Yannai : un panier dans lequel on a enveloppé [une marmite], il est interdit de le poser sur du gefet d'olives. Déduis-en que nous avons appris [le gefet] d'olives.

📜 Rachi (1)
גְּמ' קֻופָּה שֶׁטָּמַן בָּהּ שֶׁנּוֹתֵן בָּהּ מוֹכִין וְטוֹמֵן בָּהּ קְדֵירָה:
Guemara. Un panier dans lequel on a enveloppé : dans lequel on met des matières molles (mokhin) et on y enveloppe une marmite.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אִיבַּעְיָא לְהוּ גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים תְּנַן אֲבָל בְּשֶׁל שֻׁומְשְׁמִין שַׁפִּיר דָּמֵי אוֹ דִּילְמָא בְּשֶׁל שֻׁומְשְׁמִין תְּנַן וכ"ש שֶׁל זֵיתִים דְּלָא. ת"ש דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא מִשּׁוּם דְּבֵי ר' יַנַּאי קֻופָּה שֶׁטָּמַן בָּהּ אָסוּר לְהַנִּיחָהּ ע"ג גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים ש"מ שֶׁל זֵיתִים תְּנַן. לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ לְעִנְיַן הַטְמָנָה אֲפִילּוּ דְּשֻׁומְשְׁמִין נָמֵי אָסוּר. לְעִנְיַן אַסּוֹקֵי הַבְלָא דְּזֵיתִים מַסְּקָא הַבְלָא דְּשׁוּמְשְׁמִין לָא מַסְּקִי הַבְלָא:
Guemara. Ils ont demandé : avons-nous appris le gefet d'olives, mais celui de sésame est bien permis ; ou peut-être avons-nous appris celui de sésame, et à plus forte raison celui d'olives est interdit ? Viens et entends, car Rabbi Zeira a dit au nom de la maison de Rabbi Yannai : un panier dans lequel on a enveloppé, il est interdit de le poser sur du gefet d'olives. Déduis-en que nous avons appris [celui] d'olives. En réalité, je peux te dire : pour l'hatmana, même [le gefet] de sésame est interdit ; pour ce qui est de dégager de la chaleur, celui d'olives dégage de la chaleur, celui de sésame ne dégage pas de chaleur.
💡 Explication

Preuve tentée : Rabbi Zeira interdit de poser un panier, où la marmite est enveloppée dans une matière permise, sur du gefet d'olives. Puisqu'il précise "d'olives", on en déduit que le gefet interdit est celui d'olives, et que celui de sésame serait permis.

Le Roch cite toute la sougya et sa conclusion (segment suivant et 48a) : pour l'hatmana, les deux sont interdits.

12
לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ לְעִנְיַן הַטְמָנָה — דְּשֻׁומְשְׁמִין נָמֵי אָסוּר, לְעִנְיַן

En réalité, je peux te dire : pour l'hatmana, [le gefet] de sésame aussi est interdit ; pour ce qui est de

📜 Rachi (1)
לְעִנְיַן הַטְמָנָה לְטָומְנוֹ בְּתוֹכָהּ:
Pour l'hatmana : l'envelopper dedans.
💡 Explication

Réfutation de la preuve : pour envelopper dedans, même le gefet de sésame est interdit. Rabbi Zeira ne parle que de poser dessus un panier déjà enveloppé ; là, seul le gefet d'olives dégage assez de chaleur pour être interdit. La phrase se poursuit au daf 48a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).