Sougya : Le folio achève la discussion sur le marc (gefet) : le marc d'olives fait monter la chaleur, celui de sésame non, ce qui distingue l'enfouissement (hatmana) du simple fait de poser un panier dessus. Suivent deux scènes chez l'Exilarque où Rabba reprend un serviteur : une cruche d'eau froide posée sur la bouilloire (on produit de la chaleur au lieu de la conserver) et un foulard étendu sur une jarre (on en vient à l'essorer).
La guemara examine ensuite le statut de muktse des mokhin (bourre) qui ont servi à enfouir : pour Abaye, on ne les consacre pas à cet usage. Enfin Rav 'Hisda permet de remettre la bourre tombée d'un coussin : un coussin neuf est interdit, un ancien est permis ; et ouvrir le col d'une chemise rend passible d'un 'hatat.
(Mais) pour ce qui est de faire monter la chaleur : celui d'olives fait monter la chaleur, celui de sésame ne fait pas monter la chaleur.
Fin de la question ouverte en 47b : la michna interdit-elle le marc (gefet) d'olives seulement, ou aussi celui de sésame ? Réponse : pour enfouir (hatmana) dans le marc, les deux sont interdits, car tous deux ajoutent de la chaleur. La différence porte sur un cas plus léger : poser un panier, où la marmite a été enfouie dans une autre matière, au-dessus du marc. Le marc d'olives dégage une chaleur qui monte (asouke hevla) et fait bouillir la marmite ; celui de sésame ne la fait pas monter.
Rabba et Rabbi Zeira arrivèrent à la maison de l'Exilarque (Rech Galouta). Ils virent un serviteur qui posait une cruche d'eau sur l'ouverture d'une bouilloire (koumkoum).
Rabba le reprit. Rabbi Zeira lui dit : en quoi est-ce différent d'un récipient chaud (mei'ham) posé sur un récipient chaud ?
Il lui répondit : là-bas, on conserve (la chaleur) ; ici, on produit (la chaleur).
Première scène chez l'Exilarque. Le serviteur pose une cruche d'eau froide sur une bouilloire chaude. Rabbi Zeira compare avec un cas permis : poser un récipient chaud sur un autre récipient chaud (mei'ham al gabei mei'ham).
Rabba distingue : dans le cas permis, l'eau du haut est déjà chaude, et le récipient du bas ne fait que conserver sa chaleur (oukoumei). Ici, l'eau froide va acquérir une chaleur nouvelle (oloudei) : on risque la cuisson (bichoul). Tossefot et le Roch précisent que même tiédir est interdit lorsque l'eau est assez proche de la source de chaleur pour pouvoir cuire.
Puis il le vit étendre un foulard (soudar) sur l'ouverture d'une jarre et poser un gobelet (natla) dessus. Rabba le reprit.
Rabbi Zeira lui dit : pourquoi ? Il lui répondit : tu vas voir maintenant.
À la fin, il le vit l'essorer. (Rabbi Zeira) lui dit : en quoi est-ce différent d'une parvanka (toile de couverture) ?
Il lui répondit : là-bas, on n'y tient pas ; ici, on y tient.
Deuxième scène. Le serviteur couvre une jarre d'un foulard et pose le gobelet dessus. Le foulard s'imprègne. Rabba prévoit la suite : le serviteur va l'essorer (sehita), ce qui est interdit le Chabbat.
Rabbi Zeira compare avec la parvanka, toile faite pour couvrir une cuve, qu'on peut étendre le Chabbat. Rabba répond par le critère du kapid (tenir à l'objet) : la parvanka est destinée à être mouillée, personne ne l'essore ; le foulard sert à la tête, son propriétaire veut le sécher et l'essorera.
'Ni dans la paille' (michna). Rav Ada bar Matana demanda à Abaye : des mokhin (bourre, déchets de laine ou de tissu) dans lesquels on a enfoui (une marmite), peut-on les déplacer le Chabbat ?
Retour à la michna, qui interdit d'enfouir dans la paille, le marc de raisin et les mokhin. Les mokhin sont des déchets de laine ou de tissu destinés à faire du feutre : ce sont des objets muktse (mis à part, qu'on ne déplace pas le Chabbat). La question : l'usage pour enfouir leur donne-t-il le statut d'un ustensile, qu'on peut déplacer ?
Il lui répondit : parce qu'il n'a pas de panier de paille, va-t-il renoncer à (l'usage de) un panier de mokhin ?
Abaye répond par une question rhétorique. On se sert de mokhin pour enfouir faute de paille, qui coûte moins cher. On ne renonce pas pour autant à leur destination première : ils ne deviennent pas un ustensile d'enfouissement. Ils restent donc muktse.
Dirons-nous que (cette baraita) le soutient : on enfouit dans des toisons de laine, dans des nappes de laine, dans des langues (écheveaux) de pourpre et dans des mokhin, et on ne les déplace pas.
La baraita permet d'enfouir dans ces matières, qui n'ajoutent pas de chaleur, puis dit qu'on ne les déplace pas. On lit d'abord : même après usage pour enfouir, elles restent muktse, comme le dit Abaye.
Si c'est à cause de cela, ce n'est pas une preuve : elle dit ainsi : si l'on n'a pas enfoui dedans, on ne les déplace pas.
La preuve est écartée : la fin de la baraita peut viser des mokhin dans lesquels on n'a pas enfoui. Selon cette lecture, ceux qui ont servi à enfouir seraient considérés comme affectés à cet usage, et on pourrait les déplacer.
S'il en est ainsi, à quoi bon le dire ? On aurait pu dire qu'ils sont propres à s'y accouder ; (la baraita) nous apprend (qu'il n'en est rien).
Objection : que les mokhin inutilisés soient muktse va de soi. Réponse : on aurait pu penser qu'ils ont statut d'ustensile parce qu'on peut s'y accouder (lemizga). La baraita précise qu'ils restent muktse.
Rav 'Hisda permit de remettre la bourre (oudra) dans un coussin le Chabbat. Rav 'Hanan bar 'Hisda objecta à Rav 'Hisda : on dénoue le col (beit hatsavar) le Chabbat, mais on ne l'ouvre pas.
Et on ne met pas de mokhin dans un coussin (kar) ni dans un traversin (keset) le jour de fête, et à plus forte raison le Chabbat.
Rav 'Hisda permet de remettre dans un coussin la bourre qui en est tombée. Son fils Rav 'Hanan lui oppose une baraita en deux parties. D'abord : on peut dénouer le col d'une chemise noué par le blanchisseur, mais on ne l'ouvre pas pour la première fois, car on achèverait l'ustensile. Ensuite : on ne met pas de mokhin dans un coussin, même à Yom Tov. La deuxième partie semble contredire Rav 'Hisda.
Ce n'est pas difficile : ceci concerne des neufs, cela des anciens.
Distinction : mettre de la bourre neuve dans un coussin revient à fabriquer un ustensile (oseh kli), ce qui est interdit. Remettre la bourre ancienne, tombée de ce coussin, rétablit un objet déjà fait, ce qui est permis.
Il est aussi enseigné ainsi : on ne met pas de mokhin dans un coussin ni dans un traversin le jour de fête, et à plus forte raison le Chabbat. S'ils sont tombés, on les remet le Chabbat, et à plus forte raison le jour de fête.
Une baraita confirme explicitement la distinction : la bourre tombée peut être remise, même le Chabbat.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : celui qui ouvre le col le Chabbat est passible d'un 'hatat.
Ouvrir pour la première fois le col d'une chemise la rend portable : c'est l'achèvement de l'objet. Rachi le range sous makke bapatich (le dernier coup de marteau), la melakha qui consiste à donner à un objet sa finition. D'où un 'hatat (sacrifice expiatoire pour une faute involontaire).
Rav Kahana objecta :
L'objection se poursuit en 48b : quelle différence avec le bouchon d'une jarre, qu'on peut ouvrir le Chabbat ? (Le Roch cite déjà la réponse : le col est attaché au vêtement, le bouchon ne l'est pas.)
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).