Shabbat 48a — Le marc qui fait monter la chaleur, les trois scènes chez l'Exilarque et le rembourrage des coussins

Shabbat 48a

Sougya : Le folio achève la discussion sur le marc (gefet) : le marc d'olives fait monter la chaleur, celui de sésame non, ce qui distingue l'enfouissement (hatmana) du simple fait de poser un panier dessus. Suivent deux scènes chez l'Exilarque où Rabba reprend un serviteur : une cruche d'eau froide posée sur la bouilloire (on produit de la chaleur au lieu de la conserver) et un foulard étendu sur une jarre (on en vient à l'essorer).

La guemara examine ensuite le statut de muktse des mokhin (bourre) qui ont servi à enfouir : pour Abaye, on ne les consacre pas à cet usage. Enfin Rav 'Hisda permet de remettre la bourre tombée d'un coussin : un coussin neuf est interdit, un ancien est permis ; et ouvrir le col d'une chemise rend passible d'un 'hatat.

Chez l'Exilarque : Rabba reprend le serviteur, R. Zeira objecteScène 1 : la cruche sur la bouilloireScène 2 : le foulard sur la jarreGestecruche d'eau froide sur bouilloire chaudeGestefoulard sur la jarre, gobelet posé dessusObjection de R. Zeirapourquoi pas comme un récipientchaud posé sur un récipient chaud ?Objection de R. Zeirapourquoi pas comme la parvanka(toile étendue sur une cuve) ?Réponse de Rabbalà-bas : on conserve la chaleur(oukoumei)ici : on produit la chaleur (oloudei)Réponse de Rabbalà-bas : on ne tient pasà la toile mouilléeici : on tient au foulard -> il essoreInterditrisque de cuisson (bichoul)Interditrisque d'essorage (sehita)Dans chaque cas, le critère porte sur ce que le geste risque d'entraîner.
Les deux gestes du serviteur de l'Exilarque, l'objection de Rabbi Zeira et la distinction de Rabba.
Les mokhin (bourre) le Chabbat : trois questionsDéplacer la bourrequi a servi à enfouir ?Mettre de la bourredans un coussin ?Ouvrir le cold'une chemise ?Interdit (Abaye)on ne sacrifie pas unematière coûteuse à l'usaged'enfouir : elle reste muktseNeufinterdit :on fait unustensileAncien(bourretombée)permisDénouerle col nouépar leblanchisseurOuvrirpour la 1refois : 'hatat(Rav)Principe communest interdit ce qui achève un objet ou lui donne un nouveau statut (achèvement d'ustensile, makke bapatich) ;est permis ce qui remet un objet déjà fait dans son état antérieurLe texte s'arrête sur l'objection de Rav Kahana (suite en 48b).
Les mokhin : déplacement après enfouissement, rembourrage d'un coussin et ouverture d'un col.
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אַסּוֹקֵי הַבְלָא — דְּזֵיתִים מַסְּקִי הַבְלָא, דְּשׁוּמְשְׁמִין לָא מַסְּקִי הַבְלָא.

(Mais) pour ce qui est de faire monter la chaleur : celui d'olives fait monter la chaleur, celui de sésame ne fait pas monter la chaleur.

📜 Rachi (1)
אַסּוֹקֵי הַבְלָא כְּגוֹן זֶה שֶׁהִטְמִין בְּדָבָר אַחֵר וְהִנִּיחַ קֻופָּה עַל הַגֶּפֶת דְּלֵיכָּא אֶלָּא שֶׁהַגֶּפֶת מַעֲלָה הֶבֶל לְמַעְלָה וּמַרְתִּיחַ קְדֵרָה שֶׁבַּקֻּופָּה:
Faire monter la chaleur : par exemple celui qui a enfoui (la marmite) dans une autre matière et a posé le panier sur le marc ; il n'y a là que le fait que le marc fait monter la chaleur vers le haut et fait bouillir la marmite qui est dans le panier.
🗂️ Tossefot (1)
דְּזֵיתִים מַסְּקִי הַבְלָא מִכָּאן יֵשׁ לֶאֱסֹור לְהַנִּיחַ גֶּחָלִים תַּחַת הַקְּדֵרָה אַפֵּי' יִתֵּן עֲלֵיהֶן אֵפֶר אֵין לְהַטְמִין קְדֵרָה עֲלֵיהֶם שֶׁהֲרֵי הַגֶּחָלִים מַעֲלִין הֶבֶל לְמַעְלָה כְּמוֹ גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים וְיֵשׁ תֵּימַהּ הֵיאַךְ אָנוּ מַטְמִינִין עַל כִּירוֹת שֶׁלָּנוּ שֶׁקּוֹרִין אשטר"א ואע"פ שֶׁגּוֹרְפִין אוֹתוֹ הוּא מוֹסִיף הֶבֶל כְּמוֹ גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים וְאוֹמֵר רִ"י שֶׁיֵּשׁ לִיתֵּן טַעַם לְקַייֵּם הַמִּנְהָג דְּגַבֵּי גֶּפֶת אִיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁמָּא יַטְמִין כֻּולָּהּ בְּתוֹכָהּ אֲבָל בַּכִּירוֹת שֶׁלָּנוּ לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיחַשׁ הָכִי וְעוֹד יֵשׁ שֶׁעוֹשִׂין חֲפִירָה גְּדוֹלָה וְעוֹשִׂין בָּהּ בִּנְיָן לְבָנִים סָבִיב מִכָּל צַד וּמִלְּמַטָּה וּמְחִמִּין אוֹתָהּ הֵיטֵב וְגוֹרְפִין אוֹתָהּ וּמַטְמִינִין בָּהּ אֶת הַקְּדֵרָה וְלָא דָּמְיָא לְמַטְמִין בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל דְּלָא אָסְרוּ אֶלָּא כְּשֶׁמַּטְמִין וּמַדְבִּיק סְבִיב הַקְּדֵרָה דֻּומְיָא דְּרֶמֶץ אֲבָל תַּנּוּר אוֹ חֲפִירָה שֶׁיֵּשׁ אֲוִיר בֵּין הַדְּפָנוֹת לִקְדֵרָה אֵין לֶאֱסֹור יוֹתֵר מֵהַשְׁהָאָה אַף עַל פִּי שֶׁכָּל הַקְּדֵרָה בְּתוֹךְ הַתַּנּוּר וְרַבֵּינוּ בָּרוּךְ פִּי' שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק בֵּין תּוֹסֶפֶת הֶבֶל דְּגֶפֶת לְתוֹסֶפֶת הֶבֶל דְּכִירָה שֶׁלָּנוּ לְפִי שֶׁהַכִּירָה אֵין חֻומָּהּ אֶלָּא מֵחֲמַת הָאֵשׁ וּלְעוֹלָם מִתְקָרֵר וְהוֹלֵךְ אֲבָל הַגֶּפֶת מוֹסִיף הֶבֶל מֵעַצְמוֹ אוֹמֵר רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל דְּמֻותָּר לָשׂוּם תַּפּוּחִים אֵצֶל הָאֵשׁ סָמוּךְ לַחֲשֵׁכָה אע"פ שֶׁלֹּא יוּכְלוּ לִצְלוֹת מבע"י דְּנֶאֱכָלִין טְפֵי כְּמוֹ שֶׁהֵן חַיִּין מִתַּבְשִׁיל שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי דְּשָׁרֵי ואע"ג דבפ"ק (ד' יג:) תְּנַן אֵין צוֹלִין בָּשָׂר בָּצָל וּבֵיצָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מבע"י אע"פ שֶׁפְּעָמִים אוֹכְלִים בָּצָל חַי מ"מ אֵינוֹ רָאוּי לֶאֱכֹול חַי כְּמוֹ תַּפּוּחִים וְרוֹצֶה לְהָפִיג חֲרִיפוּתָן וּלְמַתְּקָן בְּבִישּׁוּלוֹ וְאִם הִטְמִין תַּפּוּחִים עִם הַקְּדֵרָה אָסוּר לְהַחֲזִיר כָּרִים וּכְסָתוֹת עַל הַקְּדֵרָה. שֶׁעִמָּהֶן אוֹ לְהוֹסִיף עַל אוֹתָן כָּרִים אע"ג דְּאִם אֵין שָׁם תַּפּוּחִים מֻותָּר לְהַחֲזִיר כְּדִתְנַן בְּפִירְקִין (ד' נא.) כִּסָּהוּ וְנִתְגַּלָּה מֻותָּר לְכַסּוֹתוֹ וּלְהוֹסִיף נָמֵי אָמְרִינַן בַּגְּמָרָא (שָׁם.) אִם בָּא לְהוֹסִיף מוֹסִיף כְּשֶׁיֵּשׁ עִם הַקְּדֵרָה תַּפּוּחִים אָסוּר דְּאִם מַחֲזִיר קֹודֶם שֶׁנִּתְבַּשְּׁלוּ נִמְצָא מְבַשֵּׁל בְּשַׁבָּת וּמַה שֶׁנָּהֲגוּ לְהָסִיר הַקְּדֵרָה מֵעַל הַכִּירָה וּמַנִּיחִין עַל הַקַּרְקַע עַד שֶׁיִּגְרְפוּ הַכִּירָה שֶׁמָּא סְבִירָא לָן כְּהַךְ לִישָּׁנָא דְּרֵישׁ כִּירָה (לְעֵיל דָּךְ לח:) דְּשָׁרֵי חִזְקִיָּה מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבַּיֵּי הִנִּיחוֹ עַל גַּבֵּי קַרְקַע אִם דַּעְתּוֹ לְהַחֲזִיר:
Celui d'olives fait monter la chaleur : on en déduit qu'il faut interdire de placer des braises sous la marmite ; même si l'on met de la cendre dessus, on ne doit pas enfouir une marmite sur elles, car les braises font monter la chaleur comme le marc d'olives. Il y a lieu de s'étonner : comment enfouissons-nous sur nos fourneaux (kirot), qu'on appelle 'achtra' (âtre) ? Même si on les balaie, ils ajoutent de la chaleur comme le marc d'olives. Le Ri dit qu'on peut donner une raison pour maintenir la coutume : pour le marc, il faut craindre qu'on enfouisse (la marmite) entièrement dedans, alors que pour nos fourneaux cette crainte ne s'applique pas. De plus, certains font une grande fosse, la bâtissent de briques tout autour, de chaque côté et en bas, la chauffent bien, la balaient et y enfouissent la marmite. Cela ne ressemble pas à celui qui enfouit dans une chose qui ajoute de la chaleur, car on n'a interdit que lorsqu'on enfouit en collant (la matière) tout autour de la marmite, à l'instar du remets (cendre chaude). Mais un four ou une fosse, où il y a de l'air entre les parois et la marmite, il n'y a pas lieu de l'interdire davantage que la chehiya (laisser sur le feu), bien que toute la marmite soit à l'intérieur du four. Rabbenou Baroukh a expliqué qu'il faut distinguer entre l'ajout de chaleur du marc et celui de notre fourneau : la chaleur du fourneau ne vient que du feu et il ne cesse de refroidir, alors que le marc ajoute de la chaleur de lui-même. Rabbenou Chemouel dit qu'il est permis de placer des pommes près du feu peu avant la nuit, même si elles ne peuvent pas rôtir avant la nuit, car on les mange plus volontiers crues telles quelles qu'un plat cuit au degré du ma'akhal ben Drossai (cuisson minimale), qui est permis. Et bien qu'au premier chapitre (13b) on ait appris : 'on ne rôtit viande, oignon et œuf que s'ils peuvent rôtir de jour', et qu'on mange parfois l'oignon cru, il n'est de toute façon pas propre à être mangé cru comme les pommes, et l'on veut adoucir son piquant et l'améliorer par la cuisson. Si l'on a enfoui des pommes avec la marmite, il est interdit de remettre les coussins et les couvertures sur la marmite qui est avec elles, ou d'ajouter à ces coussins ; pourtant, s'il n'y a pas de pommes, il est permis de les remettre, comme nous l'avons appris dans notre chapitre (51a) : 's'il l'a couverte et qu'elle s'est découverte, il est permis de la recouvrir', et pour ajouter aussi on dit dans la guemara (ibid.) : 's'il veut ajouter, il ajoute'. Quand il y a des pommes avec la marmite, c'est interdit, car s'il remet (la couverture) avant qu'elles soient cuites, il se trouve cuire le Chabbat. Quant à la coutume d'ôter la marmite du fourneau et de la poser par terre jusqu'à ce qu'on ait balayé le fourneau, peut-être suit-on la version du début de Kira (38b) selon laquelle 'Hizkiya, au nom d'Abaye, permet : s'il l'a posée par terre avec l'intention de la remettre (c'est permis).
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אִיבַּעְיָא לְהוּ גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים תְּנַן אֲבָל בְּשֶׁל שֻׁומְשְׁמִין שַׁפִּיר דָּמֵי אוֹ דִּילְמָא בְּשֶׁל שֻׁומְשְׁמִין תְּנַן וכ"ש שֶׁל זֵיתִים דְּלָא. ת"ש דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא מִשּׁוּם דְּבֵי ר' יַנַּאי קֻופָּה שֶׁטָּמַן בָּהּ אָסוּר לְהַנִּיחָהּ ע"ג גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים ש"מ שֶׁל זֵיתִים תְּנַן. לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ לְעִנְיַן הַטְמָנָה אֲפִילּוּ דְּשֻׁומְשְׁמִין נָמֵי אָסוּר. לְעִנְיַן אַסּוֹקֵי הַבְלָא דְּזֵיתִים מַסְּקָא הַבְלָא דְּשׁוּמְשְׁמִין לָא מַסְּקִי הַבְלָא:
Guemara. On a demandé : est-ce du marc d'olives qu'on a appris (dans la michna), mais celui de sésame serait permis ; ou peut-être est-ce de celui de sésame qu'on a appris, et à plus forte raison celui d'olives est interdit ? Viens entendre : Rabbi Zeira a dit au nom de l'école de Rabbi Yannai : un panier dans lequel on a enfoui, il est interdit de le poser sur du marc d'olives ; déduis-en que c'est de celui d'olives qu'on a appris. En réalité, je te dirai : pour l'enfouissement, même celui de sésame est interdit ; pour faire monter la chaleur, celui d'olives fait monter la chaleur, celui de sésame ne fait pas monter la chaleur.
💡 Explication

Fin de la question ouverte en 47b : la michna interdit-elle le marc (gefet) d'olives seulement, ou aussi celui de sésame ? Réponse : pour enfouir (hatmana) dans le marc, les deux sont interdits, car tous deux ajoutent de la chaleur. La différence porte sur un cas plus léger : poser un panier, où la marmite a été enfouie dans une autre matière, au-dessus du marc. Le marc d'olives dégage une chaleur qui monte (asouke hevla) et fait bouillir la marmite ; celui de sésame ne la fait pas monter.

🖼️ Schéma
Marc d'olives ou de sésame : deux règles distinctesMarc d'olivesMarc de sésameEnfouir dedans(hatmana)Poser un panierdessusInterditajoute de la chaleurInterditajoute de la chaleurInterditla chaleur montePermisla chaleur ne monte pasLa michna parle donc des deux marcs ; la différence n'apparaît que pour la chaleur qui monte.
Enfouir dans le marc est interdit dans les deux cas ; poser dessus n'est interdit qu'avec le marc d'olives.
2
רַבָּה וְרַבִּי זֵירָא אִיקְּלַעוּ לְבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא. חַזְיוּהּ לְהָהוּא עַבְדָּא דְּאַנַּח כּוּזָא דְמַיָּא אַפֻּומָּא דְקֻומְקוּמָא. נִזְהֵיהּ רַבָּה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא: מַאי שְׁנָא מִמֵּיחַם עַל גַּבֵּי מֵיחַם? אֲמַר לֵיהּ: הָתָם אוֹקוֹמֵי קָא מוֹקֵים, הָכָא אוֹלוֹדֵי קָא מוֹלֵיד.

Rabba et Rabbi Zeira arrivèrent à la maison de l'Exilarque (Rech Galouta). Ils virent un serviteur qui posait une cruche d'eau sur l'ouverture d'une bouilloire (koumkoum).

Rabba le reprit. Rabbi Zeira lui dit : en quoi est-ce différent d'un récipient chaud (mei'ham) posé sur un récipient chaud ?

Il lui répondit : là-bas, on conserve (la chaleur) ; ici, on produit (la chaleur).

📜 Rachi (4)
אַפֻּומָּא דְּקֻומְקוּמָא מֵיחַם שֶׁל חַמִּין וְהַכּוּזָא הָיְתָה מְלֵאָה צוֹנֵן:
Sur l'ouverture de la bouilloire : un récipient d'eau chaude, et la cruche était pleine d'eau froide.
נִזְהֵיהּ גָּעַר בּוֹ:
Il le reprit : il le rabroua.
מַאי שְׁנָא מִמֵּיחַם עַל גַּבֵּי מֵיחַם דְּתַנְיָא בַּבָּרַייְתָא בְּסוֹף פִּרְקִין דְּשָׁרֵי:
En quoi est-ce différent d'un récipient posé sur un récipient : qui est permis selon une baraita à la fin de notre chapitre.
הָתָם אַוָּקוּמֵי מוֹקֵים שֶׁהַמֵּיחַם הָעֶלְיוֹן גַּם בּוֹ יֵשׁ מַיִם חַמִּין וְהַתַּחְתּוֹן אֵינוֹ אֶלָּא מַעֲמִיד חֻומּוֹ שֶׁלֹּא יָפִיג:
Là-bas, on conserve : car le récipient du haut contient lui aussi de l'eau chaude, et celui du bas ne fait que maintenir sa chaleur pour qu'elle ne se dissipe pas.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי שְׁנָא מִמֵּיחַם ע"ג מֵיחַם קָשֶׁה לר"י דִּבְבָרַיְתָא גּוּפָהּ דְּשָׁרֵי מֵיחַם ע"ג מֵיחַם בְּסוֹף פִּרְקִין קָתָנֵי בְּהֶדְיָא וְלֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּחַמּוּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁיְּהוּ מְשֻׁומָּרִין וְאוֹמֵר ר"י דְּבָרַיְיתָא לָא שְׁמִיעַ לֵיהּ וְלֹא מִכֹּחַ בָּרַייְתָא פָּרִיךְ אֶלָּא מִמַּעֲשִׂים בְּכָל יוֹם שֶׁנּוֹתְנִין מֵיחַם עַל גַּבֵּי מֵיחַם תֵּימַהּ דְּהֵיכִי דָּמֵי אִי יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ הֵיכִי הֲוָה בָּעֵי לְמִישְׁרֵי אע"פ שֶׁמְּבַשֵּׁל מִי לֹא יָדַע דְּתוֹלְדוֹת הָאוּר כְּאוֹר דִּתְנַן (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף לח:) אֵין נוֹתְנִין בֵּיצָה בְּצַד הַמֵּיחַם וְאָמַר אִם גִּלְגֵּל חַייָּב חַטָּאת וּתְנַן נָמֵי (דַּף מא.) הַמֵּיחַם שֶׁפִּינָּהוּ לֹא יִתֵּן לְתוֹכוֹ צוֹנֵן וְאִי לְהַפְשִׁיר הֵיכִי מַסִּיק דְּאָסוּר וְהָא תַּנְיָא בְּפֶ' כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מ:) נוֹתֵן אָדָם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּחַמּוּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁתָּפוּג צִינָּתָן וְהַייְנוּ הֶפְשֵׁר כִּדְמוֹכַח סֻוגְיָא דְּהָתָם וְרַב יְהוּדָה נָמֵי קָאָמַר הָתָם אֶחָד מַיִם וְאֶחָד שֶׁמֶן יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ אָסוּר אֵין יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ מֻותָּר וְאֵין לְחַלֵּק דְּגַבֵּי מְדוּרָה יִזָּהֵר שֶׁלֹּא יְבַשֵּׁל כֵּיוָן שֶׁהוּא אֵצֶל הָאֵשׁ אֲבָל הָכָא אֲפִילּוּ אֵין יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ אָסוּר דְּשֶׁמָּא יָבֹא לִטְעוֹת וְיַנִּיחַ עַד שֶׁיִּתְבַּשֵּׁל דְּהָא גַּבֵּי מֵיחַם שָׁרֵינַן לָתֵת לְתוֹכוֹ מַיִם מְרֻובִּין כְּדֵי לְהַפְשִׁירָן וְלָא גָּזְרִינַן אַטּוּ מַיִם מוּעָטִין אע"פ שֶׁאֵינוֹ אֵצֶל הָאֵשׁ וְנִרְאֶה לְרַשְׁבָּ"א דְּהָא דְּשָׁרֵינַן לָתֵת קִיתוֹן שֶׁל מַיִם כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה הַיְינוּ בְּרָחוֹק מִן הַמְּדוּרָה שֶׁלְּעוֹלָם לֹא יוּכַל לָבֹא לִידֵי בִּשּׁוּל אֲבָל בְּקָרוֹב אָסוּר אַפֵּי' לְהַפְשִׁיר דִּילְמָא מִשְׁתְּלֵי וְאָתֵי לְהַנִּיחָן שָׁם עַד שֶׁיִּתְבַּשֵּׁל וּלְהָכִי מַסִּיק הָכָא דְּאָסוּר וְלֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּחַמּוּ דְּקָתָנֵי הָתָם הַיְינוּ כְּלוֹמַר בְּמָקוֹם שֶׁיָּכוֹל לָבֹא לִידֵי שֶׁיֵּחַמּוּ וְהַלָּשׁוֹן דָּחוּק קְצָת:
En quoi est-ce différent d'un récipient posé sur un récipient : le Ri trouve cela difficile, car dans la baraita même qui permet un récipient sur un récipient, à la fin de notre chapitre, il est enseigné explicitement : 'non pour qu'elles chauffent, mais pour qu'elles soient conservées'. Le Ri dit que (Rabbi Zeira) n'avait pas entendu cette baraita, et qu'il ne questionne pas à partir de la baraita, mais à partir de ce qu'on fait tous les jours, à savoir poser un récipient sur un récipient. Il y a lieu de s'étonner : de quel cas s'agit-il ? Si (l'eau atteint le degré où) la main s'en écarte (yad soledet bo), comment voulait-il permettre, alors qu'on cuit ? Ne savait-il pas que les dérivés du feu sont comme le feu, comme nous avons appris (38b) : 'on ne place pas un œuf à côté du récipient chaud', et l'on a dit : 's'il l'a roulé, il est passible d'un 'hatat' ; et nous avons aussi appris (41a) : 'le récipient chaud qu'on a vidé, on n'y verse pas d'eau froide'. Et s'il s'agit de tiédir, comment conclut-on que c'est interdit ? N'est-il pas enseigné au chapitre Kira (40b) : 'un homme place une cruche d'eau face au feu, non pour qu'elle chauffe, mais pour qu'elle perde sa froideur' ; c'est cela tiédir, comme le prouve la sougya là-bas. Et Rav Yehouda dit aussi là-bas : 'aussi bien l'eau que l'huile, si la main s'en écarte, c'est interdit ; si la main ne s'en écarte pas, c'est permis'. On ne peut pas distinguer en disant que près du feu, il fera attention à ne pas cuire puisque c'est près du feu, alors qu'ici, même si la main ne s'en écarte pas, ce serait interdit de peur qu'il se trompe et laisse jusqu'à cuisson. En effet, pour le récipient chaud, on permet d'y verser beaucoup d'eau pour la tiédir, et l'on ne décrète pas à cause d'une petite quantité d'eau, bien que ce ne soit pas près du feu. Il semble au Rachba que ce qu'on permet, placer une cruche d'eau face au feu, vaut lorsqu'elle est éloignée du feu, de sorte qu'elle ne pourra jamais arriver à cuire ; mais si elle est proche, c'est interdit même pour tiédir, de peur qu'il oublie et vienne à la laisser là jusqu'à cuisson. C'est pourquoi on conclut ici que c'est interdit. Et 'non pour qu'elles chauffent', enseigne là-bas, signifie : dans un endroit où elles peuvent arriver à chauffer. La formulation est un peu forcée.
⚖️ Rosh (2)
יֵשׁ מְקוֹמוֹת שֶׁבְּמָקוֹם שֶׁמַּסִּיקִין הָאוּר וּבִשְּׁלוּ הַקְּדֵרוֹת כָּל הַיּוֹם לְעֵת עֶרֶב מְסַלְּקִין אֶת הָאֵשׁ וְגוֹרְפִין הָרֶמֶץ וְנוֹתְנִין הַקְּדֵירָה לְצֹורֶךְ מָחָר וּמְכַסִּין אוֹתָהּ בְּאֵפֶר צוֹנֵן. וְיֵשׁ לִתְמֹוהַּ עַל מִנְהָגָם דְּאַסִּירָנָא הָכָא לָתֵת קֻופָּה שֶׁטָּמַן עַל גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים דְּמַסְּקִי הַבְלָא וְאֵין לְךָ מוֹסִיף הֶבֶל יוֹתֵר מִן הַמָּקוֹם שֶׁבִּשְּׁלוּ שָׁם כָּל הַיּוֹם. וְיֵשׁ לָתֵת טַעַם לְמִנְהָגָם דְּשָׁאנֵי הָתָם שֶׁנָּתְנוּ הַקְּדֵירָה לַקֻּופָּה לְשֵׁם הַטְמָנָה וְגַם רָאוּי לְהַטְמִין בְּתוֹךְ גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים הִלְכָּךְ אִיכָּא לְמֵיחַשׁ דִּילְמָא אָתֵי לְמֵימַר מַה לִי לִיתֵּן גֶּפֶת תַּחַת הַקְּדֵרָה מַה לִי לְהַטְמִין בְּתוֹכוֹ אֲבָל בְּמָקוֹם שֶׁבִּשְּׁלוּ שָׁם הַקְּדֵירָה כָּל הַיּוֹם תְּחִלַּת נְתִינַת הַקְּדֵירָה שָׁם לֹא הָיְתָה לְשֵׁם הַטְמָנָה וְגַם אֵין רָאוּי לְהַטְמִין בְּתוֹךְ הַקַּרְקַע הִלְכָּךְ לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ. אֲבָל זֶה ק"ק עַל מִנְהָגָם שֶׁגּוֹרְפִין וּמְסַלְּקִין אֶת הַקְּדֵירָה וְאֵין מְדַקְדְּקִים הֵיכָן מַנִּיחִין אוֹתָהּ וּלְחַד לִישָּׁנָא דְּרַב חִזְקִיָּה מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבַּיֵּי דָּיְיקִינַן מִינָּהּ לְעֵיל פ' כִּירָה (שַׁבָּת דַּף לח:) דְּאִם הִנִּיחַ עַל גַּבֵּי קַרְקַע אע"פ שֶׁדַּעְתּוֹ לְהַחֲזִיר אָסוּר וַאֲפִילּוּ בע"ש נָמֵי אָסוּר לְהַחֲזִיר כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל. וְשֶׁמָּא כְּאִידָךְ לִישָּׁנָא סְבִירָא לְהוּ דְּשָׁרֵי הִנִּיחַ עַל גַּבֵּי קַרְקַע אִם דַּעְתּוֹ לְהַחֲזִיר. וְעוֹדָן בְּיָדוֹ אַפֵּי' אֵין דַּעְתּוֹ לְהַחֲזִיר דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל. ור"ח פֵּירֵשׁ מִשּׁוּם חוּמְרָא דְּשַׁבָּת חֲשִׁיבָא כְּשֶׁל תּוֹרָה וְאָזְלִינַן לְחוּמְרָא ונ"ל דְּלָא אָסְרִינַן חֲזָרָה מִבְּעוֹד יוֹם אֶלָּא הֵיכָא דְּנִטְּלָה מֵעַל גַּבֵּי כִּירָה שֶׁעָתִיד לְהַשְׁהוֹת עָלֶיהָ וּלְהַחֲזִירָהּ עָלֶיהָ מִשּׁוּם שְׁהִיָּיה. שֶׁאִם אַתָּה מַתִּיר לְהַחֲזִירָהּ מִבְּעוֹד יוֹם אָתֵי לְהַחֲזִירָהּ מִשֶּׁחָשֵׁיכָה. אֲבָל אִם הֶחֱזִירָהּ לְשֵׁם הַטְמָנָה לָא אָסְרִינַן. וְיֵשׁ מְקוֹמוֹת הַרְבֵּה שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת חֲפִירָה גְּדוֹלָה אֵצֶל מְקוֹם הָאֵשׁ מְרֻוצֶּפֶת בִּלְבֵנִים סָבִיב וּמְחַמְּמִין אוֹתָהּ וְגוֹרְפִין אוֹתָהּ וּמַטְמִינִין בָּהּ הַקְּדֵירָה וּמְכַסִּין אוֹתָהּ וּמְבִיאִין רְאָיָה לְהַתִּיר מִנְהָגָם מֵהָא דְּאָמַר בפ"ק דַּף יח: דְּקִדְרָא חַיְיתָא וּבְשִׁיל שַׁפִּיר דָּמֵי לִיתֵּן לְתוֹךְ הַתַּנּוּר. וְלָא דָּמֵי כֻּולֵּי הַאי דְּהָתָם הוּא בְּתוֹרַת שְׁהִייָּה וְהָכָא הוּא בְּתוֹרַת הַטְמָנָה. וּבְדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל יֵשׁ לְחַלֵּק דְּהָא דְּאָסְרִי הַטְמָנָה בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל הַיְינוּ מִשּׁוּם גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַטְמִין בְּרֶמֶץ וְהַיְינוּ דַּווְקָא כְּעֵין הַטְמָנָה בְּרֶמֶץ שֶׁהָרֶמֶץ מַגִּיעַ לַקְּדֵירָה סָבִיב. אֲבָל בְּתַנּוּר וְכֵן בַּחֲפִירָה זוֹ שֶׁיֵּשׁ אֲוִיר הַרְבֵּה בֵּין הַדְּפָנוֹת לִקְדֵירָה לָא דָּמִי' לְהַטְמָנָה וְאֵין לְהַחְמִיר בָּהּ יוֹתֵר מַשְׁהֶה עַל גַּבֵּי כִּירָה. וְרַשְׁבָּ"ם הָיָה מַתִּיר לָתֵת פֵּירוֹת סְבִיב הַקְּדֵירָה אע"פ שֶׁאִי אֶפְשָׁר לָהֶם לִצְלוֹת קֹודֶם חֲשֵׁיכָה. דקי"ל כַּחֲנַנְיָא דְּכֹל שֶׁהוּא כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי וְכוּ' וּפֵירוֹת כֵּיוָן דְּנֶאֱכָלִים חַיִּין חֲשִׁיבֵי טְפֵי מִמַּאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי וְיוֹתֵר הֵם טוֹבִים בְּלֹא בִּשּׁוּל כְּלָל מִמַּאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי עַד שֶׁיִּתְבַּשֵּׁל. וְלָא דָּמֵי לְבָצָל וּבֵיצָה דְּאָסְרִינַן לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף יט:) אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם. דְּבֵיצָה אֵין דֶּרֶךְ לְגָומְעָהּ. וּבָצָל אַף עַל פִּי שֶׁאוֹכְלִין אוֹתוֹ חַי לִפְעָמִים אֵין טוֹב לְאָוכְלוֹ חַי כְּמוֹ תַּפּוּחִים וּכְשֶׁנּוֹתֵן פֵּירוֹת סְבִיב הַקְּדֵירָה יִזָּהֵר שֶׁלֹּא יַחֲזִיר הַכִּיסּוּי אִם צָלוּ מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה וְלֹא יוֹסִיף עָלָיו עוֹד עַד שֶׁיְּצוּלוֹ מִשּׁוּם דִּמְמַהֵר לִגְרֹום בִּשּׁוּלוֹ בְּשַׁבָּת:
Il y a des endroits où, à l'emplacement où l'on allume le feu et où l'on a cuit les marmites toute la journée, on retire le feu le soir, on balaie les cendres chaudes (remets), on place la marmite pour le lendemain et on la couvre de cendre froide. Leur coutume étonne : nous interdisons ici de poser un panier dans lequel on a enfoui sur du marc d'olives, parce qu'il fait monter la chaleur, et rien n'ajoute plus de chaleur que l'endroit où l'on a cuit toute la journée. On peut donner une raison à leur coutume : là-bas (le marc), on a placé la marmite dans le panier en vue de l'enfouir, et le marc d'olives se prête aussi à l'enfouissement ; il faut donc craindre qu'on en vienne à dire : quelle différence entre mettre le marc sous la marmite et enfouir dedans ? Mais à l'endroit où l'on a cuit la marmite toute la journée, on ne l'y a pas placée au départ en vue de l'enfouir, et le sol ne se prête pas à l'enfouissement ; il n'y a donc rien à craindre. Il reste cependant une petite difficulté sur leur coutume : ils balaient, retirent la marmite et ne font pas attention à l'endroit où ils la posent. Or selon une version de Rav 'Hizkiya au nom d'Abaye, nous avons déduit plus haut au chapitre Kira (38b) que s'il l'a posée par terre, même avec l'intention de la remettre, c'est interdit, et même la veille du Chabbat il est interdit de la remettre, comme je l'ai expliqué plus haut. Peut-être suivent-ils l'autre version, selon laquelle il est permis, s'il l'a posée par terre, (de la remettre) s'il avait l'intention de la remettre, et, tant qu'elle est encore dans sa main, même sans intention de la remettre, car pour une règle des Sofrim on suit l'avis le plus léger. Rabbenou 'Hananel explique qu'en raison de la gravité du Chabbat, (cette règle) est considérée comme une règle de la Tora et l'on suit l'avis sévère. Il me semble qu'on n'interdit de remettre (la marmite) pendant le jour que lorsqu'on l'a retirée d'un fourneau sur lequel on compte la laisser et la remettre, à cause de la chehiya : si tu permets de la remettre pendant le jour, on en viendra à la remettre après la tombée de la nuit. Mais si on la remet en vue de l'enfouir, on ne l'interdit pas. Il y a beaucoup d'endroits où l'on a coutume de faire une grande fosse près de l'emplacement du feu, pavée de briques tout autour ; on la chauffe, on la balaie, on y enfouit la marmite et on la couvre. On apporte une preuve pour permettre leur coutume de ce qui est dit au premier chapitre (18b) : une marmite crue, il est permis de la mettre dans le four (à la veille du Chabbat). Mais ce n'est pas tout à fait comparable, car là-bas il s'agit de chehiya, et ici d'enfouissement (hatmana). On peut distinguer pour la chose qui ajoute de la chaleur : l'interdiction d'enfouir dans une chose qui ajoute de la chaleur est un décret, de peur qu'on enfouisse dans le remets, et elle ne vaut que pour ce qui ressemble à l'enfouissement dans le remets, où le remets touche la marmite tout autour. Mais dans un four, et de même dans cette fosse, où il y a beaucoup d'air entre les parois et la marmite, cela ne ressemble pas à l'enfouissement, et il n'y a pas lieu d'être plus sévère que pour ce qu'on laisse sur le fourneau. Le Rachbam permettait de mettre des fruits autour de la marmite, bien qu'ils ne puissent pas rôtir avant la tombée de la nuit, car nous tenons comme 'Hanania que tout ce qui (a atteint le degré) du ma'akhal ben Drossai, etc. ; or des fruits, puisqu'ils se mangent crus, valent mieux que le ma'akhal ben Drossai, et sans aucune cuisson ils sont meilleurs que ce qui n'est cuit qu'au degré du ma'akhal ben Drossai. Ce n'est pas comparable à l'oignon et à l'œuf, que nous avons interdits plus haut (19b) sauf s'ils peuvent rôtir de jour : l'œuf, on n'a pas l'habitude de le gober, et l'oignon, bien qu'on le mange parfois cru, n'est pas bon à manger cru comme les pommes. Quand on met des fruits autour de la marmite, on veillera à ne pas remettre le couvercle s'ils rôtissent après la tombée de la nuit, ni à y ajouter, jusqu'à ce qu'ils aient rôti, parce qu'on hâte ainsi leur cuisson le Chabbat.
רַבָּה וְר' זֵירָא אִיקְּלַעוּ לְבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא חָזוּ לְהָהוּא עַבְדָּא דְּאַנַּח כּוּזָא דְמַיָּא אַפֻּומָּא דְקֻומְקוּמָא. נִזְהֵיהּ רַבָּה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא מ"ש מִמֵּיחַם עַל גַּבֵּי מֵיחַם אֲמַר לֵיהּ הָתָם אוֹקוֹמֵי קָא מוֹקֵים הָכָא אוֹלוֹדֵי מוֹלִיד. וְרַבִּי זֵירָא הֲוָה בָּעֵי לְמִישְׁרֵי מִשּׁוּם שֶׁלֹּא נְתָנוֹ שָׁם אֶלָּא לְהַפְשִׁיר כִּדְתַנְיָא לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף מ:) נוֹתֵן אָדָם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם כְּנֶגֶד הַמְּדוּרָה לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיָּחֹומּוּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁתָּפִיג צִינָּתָן. וְרַבָּה אֲסִיר לֵיהּ מִשּׁוּם דְּלָא שָׁרֵינַן לְעֵיל אֶלָּא בְּרִחוּק מִן הַמְּדוּרָה כִּדְפָרֵישִׁי' לְעֵיל בְּפֶרֶק כִּירָה סִימָן י' אֲבָל הָכָא שֶׁהָיוּ רְאוּיָן לְהִתְבַּשֵּׁל אֲפִילּוּ לְפַשֵּׁר אָסוּר:
Rabba et Rabbi Zeira arrivèrent à la maison de l'Exilarque. Ils virent un serviteur qui posait une cruche d'eau sur l'ouverture d'une bouilloire. Rabba le reprit. Rabbi Zeira lui dit : en quoi est-ce différent d'un récipient chaud posé sur un récipient chaud ? Il lui répondit : là-bas, on conserve ; ici, on produit. Rabbi Zeira voulait permettre, parce qu'on ne l'y avait mis que pour tiédir, comme il est enseigné plus haut (40b) : 'un homme place une cruche d'eau face au feu, non pour qu'elle chauffe, mais pour qu'elle perde sa froideur'. Rabba l'interdit, car plus haut on ne l'a permis que loin du feu, comme je l'ai expliqué plus haut au chapitre Kira, siman 10. Mais ici, où (les eaux) pouvaient cuire, même tiédir est interdit.
💡 Explication

Première scène chez l'Exilarque. Le serviteur pose une cruche d'eau froide sur une bouilloire chaude. Rabbi Zeira compare avec un cas permis : poser un récipient chaud sur un autre récipient chaud (mei'ham al gabei mei'ham).

Rabba distingue : dans le cas permis, l'eau du haut est déjà chaude, et le récipient du bas ne fait que conserver sa chaleur (oukoumei). Ici, l'eau froide va acquérir une chaleur nouvelle (oloudei) : on risque la cuisson (bichoul). Tossefot et le Roch précisent que même tiédir est interdit lorsque l'eau est assez proche de la source de chaleur pour pouvoir cuire.

3
הֲדַר חַזְייֵהּ דִּפְרַס דַּסְתּוֹדַר אַפֻּומֵּיהּ דְּכֻובָּא וְאַנַּח נַטְלָא עִילָּוֵיהּ. נִזְהֵיהּ רַבָּה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא: אַמַּאי? אֲמַר לֵיהּ: הַשְׁתָּא חָזֵית. לְסוֹף חַזְיֵיהּ דְּקָא מְעַצַּר לֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: מַאי שְׁנָא מִפְּרוֹנְקָא? אֲמַר לֵיהּ: הָתָם לָא קָפֵיד עִילָּוֵיהּ, הָכָא קָפֵיד עִילָּוֵיהּ.

Puis il le vit étendre un foulard (soudar) sur l'ouverture d'une jarre et poser un gobelet (natla) dessus. Rabba le reprit.

Rabbi Zeira lui dit : pourquoi ? Il lui répondit : tu vas voir maintenant.

À la fin, il le vit l'essorer. (Rabbi Zeira) lui dit : en quoi est-ce différent d'une parvanka (toile de couverture) ?

Il lui répondit : là-bas, on n'y tient pas ; ici, on y tient.

📜 Rachi (6)
דַּסְתּוֹדַר סוּדָר שֶׁל רֹאשׁ:
Foulard : un foulard de tête.
דְּכוּבָא קַנְקַן:
Jarre : une cruche.
נַטְלָא כְּלִי שֶׁשּׁוֹאֲבִין יַיִן מִן הַכּוּבָא:
Gobelet : un récipient avec lequel on puise le vin de la jarre.
דְּקָא עָצַר שֶׁהָיָה סוֹחֲטוֹ מִן הַמַּיִם שֶׁנִּבְלְעוּ בּוֹ:
Il l'essorait : il en exprimait l'eau qui s'y était absorbée.
מַאי שְׁנָא מִפְּרוֹנְקָא בֶּגֶד הֶעָשׂוּי לִפְרֹוס עַל הַגִּיגִית שֶׁפּוֹרְסִין אוֹתוֹ בְּשַׁבָּת:
En quoi est-ce différent d'une parvanka : un tissu fait pour être étendu sur la cuve, qu'on étend le Chabbat.
לָא קָפֵיד עֲלֵיהּ אִם שָׁרוּי בְּמַיִם שֶׁהֲרֵי לְכָךְ עָשׂוּי וְלָא אָתֵי לִידֵי סְחִיטָה:
On n'y tient pas : (on ne se soucie pas) qu'il soit trempé d'eau, car il est fait pour cela, et l'on n'en vient pas à l'essorer.
🗂️ Tossefot (2)
מַאי שְׁנָא מִפְּרוֹנְקָא פר"ח דְּאָמַר רָבָא בְּפֶרֶק תּוֹלִין (לְקַמָּן שַׁבָּת קלט:) הַאי פְּרוֹנְקָא אַפַּלְגָא דְּכוּבָא שָׁרִי דְּלָא הָוֵי אֹהֶל וְלָא חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יִסְחֹוט:
En quoi est-ce différent d'une parvanka : Rabbenou 'Hananel explique : car Rava dit au chapitre Tolin (139b) : cette parvanka, sur la moitié de la jarre, est permise, car ce n'est pas une tente (ohel), et l'on ne craint pas qu'il essore.
הָתָם לָא קָפֵיד פר"ת בפ"ק דִּכְתֻובּוֹת (דַּף ו.):
Là-bas, on n'y tient pas : Rabbenou Tam l'a expliqué au premier chapitre de Ketoubot (6a).
⚖️ Rosh (1)
הֲדַר חַזְייֵהּ דִּפְרִיס סוּדָרָא אַפֻּומָּא דְּכֻובָּא וְאַנַּח נַטְלָא עִלָּוֵיהּ. נִזְהֵיהּ רַבָּה. אֲמַר לֵיהּ ר' זֵירָא אַמַּאי. אֲמַר לֵיהּ הַשְׁתָּא חָזֵית. לְסוֹף חַזְייֵהּ דְּקָא עָצַר לֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ ומ"ש מִפְּרוֹנְקָא. אֲמַר לֵיהּ הָתָם לָא קָפֵיד עִילָּוֵיהּ הָכָא קָפֵיד עִילָּוֵיהּ. בְּעָא מִינֵּיהּ רַב אַחָא בַּר מַתְנָא מֵאַבָּיֵי מוֹכִין שֶׁטָּמַן בָּהֶן מַהוּ לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת. אֲמַר לֵיהּ. אַבַּיֵּי וְכִי מִפְּנֵי שֶׁאֵין לָזֶה קֻופָּה שֶׁל תֶּבֶן עוֹמֵד וּמַפְקִיר קֻופָּה שֶׁל מוֹכִין:
Puis il le vit étendre un foulard sur l'ouverture d'une jarre et poser un gobelet dessus. Rabba le reprit. Rabbi Zeira lui dit : pourquoi ? Il lui répondit : tu vas voir maintenant. À la fin, il le vit l'essorer. Il lui dit : en quoi est-ce différent d'une parvanka ? Il lui répondit : là-bas, on n'y tient pas ; ici, on y tient. Rav A'ha bar Matana demanda à Abaye : des mokhin dans lesquels on a enfoui, peut-on les déplacer le Chabbat ? Abaye lui répondit : parce qu'il n'a pas de panier de paille, va-t-il renoncer à un panier de mokhin ?
💡 Explication

Deuxième scène. Le serviteur couvre une jarre d'un foulard et pose le gobelet dessus. Le foulard s'imprègne. Rabba prévoit la suite : le serviteur va l'essorer (sehita), ce qui est interdit le Chabbat.

Rabbi Zeira compare avec la parvanka, toile faite pour couvrir une cuve, qu'on peut étendre le Chabbat. Rabba répond par le critère du kapid (tenir à l'objet) : la parvanka est destinée à être mouillée, personne ne l'essore ; le foulard sert à la tête, son propriétaire veut le sécher et l'essorera.

4
וְלֹא בְּתֶבֶן. בְּעָא מִינֵּיהּ רַב אַדָּא בַּר מַתְנָה מֵאַבָּיֵי: מוֹכִין שֶׁטָּמַן בָּהֶן, מַהוּ לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת?

'Ni dans la paille' (michna). Rav Ada bar Matana demanda à Abaye : des mokhin (bourre, déchets de laine ou de tissu) dans lesquels on a enfoui (une marmite), peut-on les déplacer le Chabbat ?

💡 Explication

Retour à la michna, qui interdit d'enfouir dans la paille, le marc de raisin et les mokhin. Les mokhin sont des déchets de laine ou de tissu destinés à faire du feutre : ce sont des objets muktse (mis à part, qu'on ne déplace pas le Chabbat). La question : l'usage pour enfouir leur donne-t-il le statut d'un ustensile, qu'on peut déplacer ?

5
אֲמַר לֵיהּ: וְכִי מִפְּנֵי שֶׁאֵין לוֹ קֻופָּה שֶׁל תֶּבֶן, עוֹמֵד וּמַפְקִיר קֻופָּה שֶׁל מוֹכִין?

Il lui répondit : parce qu'il n'a pas de panier de paille, va-t-il renoncer à (l'usage de) un panier de mokhin ?

📜 Rachi (2)
מוֹכִין אֵינָן אֶלָּא לַעֲשׂוֹת מֵהֶן לְבָדִין שֶׁקּוֹרִין פלט"ר וּמֻוקְצִין הֵן לִמְלָאכָה וְאָסוּר לְטַלְטְלָן וְאֵלּוּ שֶׁטָּמַן בָּהֶן מִי אָמְרִינַן יִחֲדָן לְהַטְמָנָה וְאִיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן וּמֻותָּר לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת אוֹ לֹא:
Mokhin : ils ne servent qu'à en faire des feutres, qu'on appelle 'feltre' ; ils sont mis à part pour ce travail et il est interdit de les déplacer. Pour ceux dans lesquels on a enfoui, dit-on qu'on les a destinés à l'enfouissement, qu'ils ont statut d'ustensile et qu'il est permis de les déplacer le Chabbat, ou non ?
עוֹמֵד וּמַפְקִיר לְכָךְ קֻופָּה שֶׁל מוֹכִין שֶׁדָּמֶיהָ יְקָרִין אֵין דֶּרֶךְ בְּכָךְ וְלָא בָּטְלִי לְהַטְמָנָה:
Renoncer à cela : un panier de mokhin, dont le prix est élevé ; ce n'est pas l'usage, et ils ne sont pas affectés à l'enfouissement.
🗂️ Tossefot (1)
וְכִי מִפְּנֵי שֶׁאֵין לוֹ קֻופָּה שֶׁל תֶּבֶן כּוּ' וְא"ת מַאי קָבָעֵי הָא תְּנַן בְּמַתְנִיתִין טוֹמְנִין בְּגִיזֵּי צֶמֶר וְאֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן וְהַייְנוּ אֲפִילּוּ טָמַן דְּהָא קָתָנֵי בְּהֶדְיָא כֵּיצַד עוֹשֶׂה מְנַעֵר אֶת הַכִּיסּוּי וְהֵן נוֹפְלוֹת וְכִי מַיְיתֵי מִבָּרַייְתָא דִּמְסַיַּיע לֵיהּ לַייְתִי מִמַּתְנִיתִין דְּלָא מָצֵי לְמִדְחֵי מִמַּתְנִיתִין כִּדְדָחֵי בָּרַייְתָא וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּמַתְנִי' אִיכָּא לְאוֹקוּמֵי בְּשֶׁל הֶפְתֵּק כִּדְמוּקֵי לְקַמָּן רָבִינָא ע"כ סֻוגְיָא דְּהָכָא לָא סְבִירָא כְּרָבִינָא מִדְּלָא מוּקֵי בָּרַיְיתָא דְּמַייְתִי בְּשֶׁל הֶפְתֵּק וְתֵירֵץ ר"י דְּגִיזֵּי צֶמֶר. חֲשִׁיבִי טְפֵי מִמּוֹכִין וַאֲסוּרִים לְטַלְטֵל יוֹתֵר ואע"ג דְּרָבָא קָאָמַר לְקַמָּן דַּאֲפִילּוּ גִּיזֵּי צֶמֶר טָמַן בָּהֶן מְטַלְטְלִין אֵין לָחוּשׁ אִי פְּלִיגָא אַאַבַּיֵּי דְּהָכָא כֵּיוָן דְּלָא קַיְימָא לְקַמָּן מִילְּתֵיהּ דְּרָבָא וּלְמַאי דִּמְשַׁנֵּי רָבִינָא מִילְּתֵיהּ דְּרָבָא וּמוּקִי מַתְנִיתִין בְּשֶׁל הֶפְתֵּק וּדְרָבָא בְּשֶׁאֵין שֶׁל הֶפְתֵּק אוֹמֵר רַשְׁבָּ"א דה"נ מַייְרֵי בְּמוֹכִין שֶׁל הֶפְתֵּק וְלָא פְּלִיגָא דְּרָבָא אַדְּאַבַּיֵּי אַךְ ק"ק דְּמַאי מְשַׁנֵּי בְּסָמוּךְ מַהוּ דְּתֵימָא חֲזֵי לְמִזְגָּא עֲלַיְיהוּ כֵּיוָן דְּמַיְירֵי בְּשֶׁל הֶפְתֵּק הֵיכִי ס"ד דְּשָׁרֵי לְטַלְטֵל מִשּׁוּם דַּחֲזֵי לְמִזְגֵּא עֲלַיְיהוּ:
Parce qu'il n'a pas de panier de paille, etc. : si tu demandes : que demandait-il ? Nous avons appris dans la michna : 'on enfouit dans des toisons de laine et on ne les déplace pas', et cela même s'il y a enfoui, puisque la michna enseigne explicitement : 'comment fait-il ? Il secoue le couvercle et elles tombent'. Et quand on cite une baraita qui soutient (Abaye), qu'on cite plutôt la michna, qu'on ne pourrait pas rejeter comme on rejette la baraita ! On ne peut pas dire que la michna peut être établie pour (des toisons) en stock (hefték), comme Ravina l'établit plus loin, car de toute façon la sougya ici ne suit pas Ravina, puisqu'elle n'établit pas la baraita qu'elle cite pour ce qui est en stock. Le Ri répond que les toisons de laine ont plus de valeur que les mokhin, et qu'il est plus interdit de les déplacer. Et bien que Rava dise plus loin que même des toisons de laine dans lesquelles on a enfoui, on les déplace, il n'y a pas à s'inquiéter s'il est en désaccord avec Abaye ici, puisque la parole de Rava n'est pas maintenue plus loin. Selon la réponse de Ravina à la parole de Rava, qui établit la michna pour ce qui est en stock et Rava pour ce qui n'est pas en stock, le Rachba dit qu'ici aussi il s'agit de mokhin en stock, et Rava n'est pas en désaccord avec Abaye. Il reste une petite difficulté : que répond-on juste après, 'on aurait pu dire qu'ils sont propres à s'y accouder' ? Puisqu'il s'agit de stock, comment aurait-on pu penser qu'il est permis de les déplacer parce qu'ils sont propres à s'y accouder ?
💡 Explication

Abaye répond par une question rhétorique. On se sert de mokhin pour enfouir faute de paille, qui coûte moins cher. On ne renonce pas pour autant à leur destination première : ils ne deviennent pas un ustensile d'enfouissement. Ils restent donc muktse.

6
לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ: טוֹמְנִין בְּגִיזֵּי צֶמֶר וּבְצִיפֵּי צֶמֶר וּבִלְשׁוֹנוֹת שֶׁל אַרְגָּמָן וּבְמוֹכִין, וְאֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן.

Dirons-nous que (cette baraita) le soutient : on enfouit dans des toisons de laine, dans des nappes de laine, dans des langues (écheveaux) de pourpre et dans des mokhin, et on ne les déplace pas.

📜 Rachi (4)
גִּיזֵּי שֶׁל צֶמֶר כְּמוֹת שֶׁנִּגְזְזוּ:
Toisons de laine : telles qu'on les a tondues.
צִיפֵי צֶמֶר לְאַחַר שֶׁנִּפְּצוּהָ וּשְׁטָחוּהָ כְּמִין מַחְצָלוֹת מַשְׁטִיחִין:
Nappes de laine : après qu'on les a battues et étalées comme des nattes qu'on étend.
לְשׁוֹנוֹת לְאַחַר שֶׁצְּבָעָן וְסוֹרְקִין אוֹתָן כְּעֵין לְשׁוֹנוֹת אֲרֻוכִּין לִטְווֹתָן:
Langues : après qu'on les a teintes et peignées en forme de longues langues pour les filer.
וְאֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן קס"ד דְּהָכִי קָאָמַר ואע"פ שֶׁטָּמַן בָּהֶן אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן:
Et on ne les déplace pas : on pensait d'abord qu'elle dit ainsi : même si l'on a enfoui dedans, on ne les déplace pas.
💡 Explication

La baraita permet d'enfouir dans ces matières, qui n'ajoutent pas de chaleur, puis dit qu'on ne les déplace pas. On lit d'abord : même après usage pour enfouir, elles restent muktse, comme le dit Abaye.

7
אִי מִשּׁוּם הָא — לָא אִירְיָא, הָכִי קָאָמַר: אִם לֹא טָמַן בָּהֶן אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן.

Si c'est à cause de cela, ce n'est pas une preuve : elle dit ainsi : si l'on n'a pas enfoui dedans, on ne les déplace pas.

📜 Rachi (1)
אִם לֹא טָמַן בָּהֶן כו' וּמִילֵּי מִילֵּי קָתָנֵי בְּרֵישָׁא אַשְׁמוֹעִינַן דְּטוֹמְנִין בָּהֶן דְּלָא מוּסְפֵי הַבְלָא וְאַשְׁמוֹעִינַן סֵיפָא דִּסְתָם מוֹכִין מֻוקְצוֹת נִינְהוּ אֲבָל הָנֵי דְּטָמַן בָּהֶן הָוֵי כְּמִי שֶׁיִּחֲדָן לְכָךְ:
Si l'on n'a pas enfoui dedans, etc. : elle enseigne des choses distinctes. Dans la première partie, elle nous apprend qu'on enfouit dans ces matières, car elles n'ajoutent pas de chaleur ; et dans la fin, elle nous apprend que des mokhin ordinaires sont muktse. Mais ceux dans lesquels on a enfoui sont comme si on les avait destinés à cela.
🗂️ Tossefot (1)
ה"ק אִם לֹא טָמַן אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן אַמּוֹכִין קָאֵי וְלָא אַגִּיזֵּי צֶמֶר דְּגִיזֵּי צֶמֶר אַפֵּי' טָמַן אֵין מְטַלְטְלִין:
Elle dit ainsi : si l'on n'a pas enfoui, on ne les déplace pas : cela porte sur les mokhin et non sur les toisons de laine, car les toisons de laine, même si l'on a enfoui dedans, on ne les déplace pas.
💡 Explication

La preuve est écartée : la fin de la baraita peut viser des mokhin dans lesquels on n'a pas enfoui. Selon cette lecture, ceux qui ont servi à enfouir seraient considérés comme affectés à cet usage, et on pourrait les déplacer.

8
אִי הָכִי מַאי לְמֵימְרָא! מַהוּ דְּתֵימָא חֲזֵי לְמִזְגָּא עֲלַיְיהוּ, קָמַשְׁמַע לַן.

S'il en est ainsi, à quoi bon le dire ? On aurait pu dire qu'ils sont propres à s'y accouder ; (la baraita) nous apprend (qu'il n'en est rien).

📜 Rachi (1)
לְמִזְגָּא לְהִיסַּב עֲלֵיהֶן:
S'y accouder : s'étendre dessus (pour le repas).
💡 Explication

Objection : que les mokhin inutilisés soient muktse va de soi. Réponse : on aurait pu penser qu'ils ont statut d'ustensile parce qu'on peut s'y accouder (lemizga). La baraita précise qu'ils restent muktse.

9
רַב חִסְדָּא שְׁרָא לְאַהְדּוֹרֵי אֻודְרָא לְבֵי סַדְיָא בְּשַׁבְּתָא. אֵיתִיבֵיהּ רַב חָנָן בַּר חִסְדָּא לְרַב חִסְדָּא: מַתִּירִין בֵּית הַצַּוָּאר בְּשַׁבָּת, אֲבָל לֹא פּוֹתְחִין. וְאֵין נוֹתְנִין אֶת הַמּוֹכִין לֹא לְתוֹךְ הַכַּר וְלֹא לְתוֹךְ הַכֶּסֶת בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת.

Rav 'Hisda permit de remettre la bourre (oudra) dans un coussin le Chabbat. Rav 'Hanan bar 'Hisda objecta à Rav 'Hisda : on dénoue le col (beit hatsavar) le Chabbat, mais on ne l'ouvre pas.

Et on ne met pas de mokhin dans un coussin (kar) ni dans un traversin (keset) le jour de fête, et à plus forte raison le Chabbat.

📜 Rachi (3)
לְאַהְדּוֹרֵי אֻודְרָא לְבֵי סַדְיָא לְהַחֲזִיר מוֹכִין שֶׁנָּפְלוּ מִן הַכַּר לְתוֹכָן:
Remettre la bourre dans le coussin : remettre à l'intérieur des mokhin tombés du coussin.
מַתִּירִין בֵּית הַצַּוָּאר שֶׁדֶּרֶךְ הַכּוֹבְסִים לְקָושְׁרָן:
On dénoue le col : car les blanchisseurs ont l'habitude de le nouer.
אֲבָל לֹא פּוֹתְחִין לְכַתְּחִילָּה דְּהַשְׁתָּא עֲבִיד לֵיהּ מְנָא:
Mais on ne l'ouvre pas : pour la première fois, car on en ferait alors un ustensile.
⚖️ Rosh (1)
רַב חִסְדָּא שָׁרִי לְאַהְדּוֹרֵי אֻודְרָא לְבֵי סַדְיָא בְּשַׁבְּתָא. אַיְּתִיבֶיהָ רַב חָנָן לְרַב חִסְדָּא מַתִּירִין בֵּית הַצַּוָּאר בְּשַׁבָּת אֲבָל לֹא פּוֹתְחִין וְאֵין נוֹתְנִין הַמּוֹכִין לְתוֹךְ הַכַּר אוֹ לְתוֹךְ הַכֶּסֶת בְּיוֹם טוֹב וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת. לָא קַשְׁיָא הָא בְּחַדְתֵי וְהָא בְּעַתִּיקֵי. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי אֵין נוֹתְנִין הַמּוֹכִין לֹא לְתוֹךְ הַכַּר וְלֹא לְתוֹךְ הַכֶּסֶת בְּיוֹם טוֹב וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת. נָשְׁרוּ מַחֲזִירִין אוֹתָן בְּשַׁבָּת וְאֵין צ"ל בְּיוֹם טוֹב לוּלָאוֹת שֶׁל מַלְבּוּשִׁים שֶׁעַל הַכָּתֵף אִם יָצְאוּ יֵשׁ מַתִּירִים לְהַחֲזִירָן בְּשַׁבָּת אִם הַנֶּקֶב רָחָב וְיָכוֹל לְהַחֲזִירָן בְּקַל כֵּיוָן דְּנִתְּקוֹ. וְנִרְאֶה דְּאָסוּר לְהַחֲזִירָן שֶׁרְגִילִין לְקָושְׁרָן וְהוּא קֶשֶׁר שֶׁל קְייָמָא כִּדְאָמַר לְקַמָּן בְּרֵישׁ כָּל הַכֵּלִים דְּאָסוּר לְהַחֲזִיר פֶּתַח שֶׁל שִׁידָּה תֵּיבָה אוֹ מִגְדָּל גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְקַע אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב הַפּוֹתֵחַ בֵּית הַצַּוָּאר בְּשַׁבָּת חַיָּיב חַטָּאת מַתְקִיף לַהּ רַב כָּהֲנָא מַה בֵּין זֶה לִמְגוּפַת חָבִית אֲמַר לֵיהּ זֶה חִבּוּר וְזֶה אֵינוֹ חִבּוּר: בִּזְמַן שֶׁהֵן לַחִין אִיבַּעְיָא לְהוּ לַחִין מֵחֲמַת עַצְמָן תְּנַן אוֹ מֵחֲמַת דָּבָר אַחֵר תְּנַן וְדָחֵי לֵיהּ וְאָזְלִינַן לְקֻולָּא דְּאִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן הִיא וְטוֹמְנִין בָּהֶם אִם לַחִין מֵחֲמַת ד"א:
Rav 'Hisda permettait de remettre la bourre dans un coussin le Chabbat. Rav 'Hanan objecta à Rav 'Hisda : on dénoue le col le Chabbat, mais on ne l'ouvre pas ; et on ne met pas de mokhin dans un coussin ou dans un traversin le jour de fête, et à plus forte raison le Chabbat. Ce n'est pas difficile : ceci concerne des neufs, cela des anciens. Il est aussi enseigné ainsi : on ne met pas de mokhin dans un coussin ni dans un traversin le jour de fête, et à plus forte raison le Chabbat ; s'ils sont tombés, on les remet le Chabbat, et à plus forte raison le jour de fête. Les boucles des vêtements, sur l'épaule, si elles sont sorties, certains permettent de les remettre le Chabbat si le trou est large et qu'on peut les remettre facilement, puisqu'elles ont déjà été utilisées. Il me semble qu'il est interdit de les remettre, car on a l'habitude de les nouer, et c'est un nœud durable, comme on le dit plus loin au début de Kol hakelim (122b) : il est interdit de remettre la porte d'un coffre, d'une caisse ou d'une armoire, par décret de peur qu'on la fixe. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : celui qui ouvre le col le Chabbat est passible d'un 'hatat. Rav Kahana objecta : quelle différence entre cela et le bouchon d'une jarre ? Il lui répondit : ceci est attaché, cela n'est pas attaché. 'Quand elles sont humides' : on a demandé : est-ce humides d'elles-mêmes qu'on a appris, ou humides à cause d'autre chose ? (La guemara) l'a laissé sans réponse ; on suit l'avis le plus léger, car c'est une interdiction rabbinique, et l'on enfouit dans celles qui sont humides à cause d'autre chose.
💡 Explication

Rav 'Hisda permet de remettre dans un coussin la bourre qui en est tombée. Son fils Rav 'Hanan lui oppose une baraita en deux parties. D'abord : on peut dénouer le col d'une chemise noué par le blanchisseur, mais on ne l'ouvre pas pour la première fois, car on achèverait l'ustensile. Ensuite : on ne met pas de mokhin dans un coussin, même à Yom Tov. La deuxième partie semble contredire Rav 'Hisda.

10
לָא קַשְׁיָא, הָא בְּחַדְתֵי הָא בְּעַתִּיקֵי.

Ce n'est pas difficile : ceci concerne des neufs, cela des anciens.

📜 Rachi (2)
בְּחַדְתֵי שֶׁלֹּא הָיוּ מֵעוֹלָם לְתוֹכוֹ אָסוּר דְּהַשְׁתָּא עֲבִיד לֵיהּ מָנָא:
Des neufs : (des mokhin) qui n'ont jamais été dans ce coussin ; c'est interdit, car on en fait maintenant un ustensile.
בְּעַתִּיקֵי לְהַחֲזִירוֹ לְכַר זֶה שֶׁנָּפְלוּ מִמֶּנּוּ:
Des anciens : les remettre dans le coussin d'où ils sont tombés.
🗂️ Tossefot (1)
הָא בְּחַדְתֵי הָא בְּעַתִּיקֵי אוֹמֵר רִ"י שֶׁאִם נִתְּקוּ חוּטֵי הַסַּרְבָּל אִם הַנֶּקֶב רָחָב וְיָכוֹל לְהַכְנִיסָם בְּלֹא טֹורַח שָׁרִי כֵּיוָן דְּעַתִּיקֵי וּבִלְבַד שֶׁיִּתְּנֵם בְּעִנְיָן זֶה שֶׁלֹּא יְהֵא לָחוּשׁ שֶׁמָּא יִתְקַע דִּבְעִנְיָין שֶׁהוּא רְגִילוּת לִתְקֹועַ וְלִקְשֹׁור נִרְאֶה דַּאֲסוּרִין לְהַחֲזִיר כִּדְאָסְרִינַן בְּרֵישׁ כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכב:) הַחְזָרַת שִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְקַע:
Ceci concerne des neufs, cela des anciens : le Ri dit que si les cordons d'un vêtement (sarbal) se sont détachés, si le trou est large et qu'on peut les introduire sans effort, c'est permis, puisqu'il s'agit d'anciens, à condition de les mettre de telle sorte qu'on ne craigne pas qu'il les fixe. Car dans un cas où l'on a l'habitude de fixer et de nouer, il semble interdit de les remettre, comme on interdit au début de Kol hakelim (122b) de remettre (la porte d')un coffre, d'une caisse ou d'une armoire, par décret de peur qu'on la fixe.
💡 Explication

Distinction : mettre de la bourre neuve dans un coussin revient à fabriquer un ustensile (oseh kli), ce qui est interdit. Remettre la bourre ancienne, tombée de ce coussin, rétablit un objet déjà fait, ce qui est permis.

11
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אֵין נוֹתְנִין אֶת הַמּוֹכִין לֹא לְתוֹךְ הַכַּר וְלֹא לְתוֹךְ הַכֶּסֶת בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת. נָשְׁרוּ, מַחֲזִירִין אוֹתָן בְּשַׁבָּת, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּיוֹם טוֹב.

Il est aussi enseigné ainsi : on ne met pas de mokhin dans un coussin ni dans un traversin le jour de fête, et à plus forte raison le Chabbat. S'ils sont tombés, on les remet le Chabbat, et à plus forte raison le jour de fête.

💡 Explication

Une baraita confirme explicitement la distinction : la bourre tombée peut être remise, même le Chabbat.

12
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: הַפּוֹתֵחַ בֵּית הַצַּוָּאר בְּשַׁבָּת — חַיָּיב חַטָּאת.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : celui qui ouvre le col le Chabbat est passible d'un 'hatat.

📜 Rachi (2)
הַפּוֹתֵחַ בֵּית הַצַּוָּאר שֶׁל חָלוּק לְכַתְּחִילָּה:
Celui qui ouvre le col : d'une chemise, pour la première fois.
חַייָּב חַטָּאת דְּהַשְׁתָּא קָמְשַׁוֵּי לֵיהּ מָנָא וְחַיָּיב מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ וְהַיְינוּ גְּמַר מְלָאכָה:
Passible d'un 'hatat : car il en fait maintenant un ustensile, et il est passible au titre de makke bapatich (le coup de marteau), c'est-à-dire l'achèvement du travail.
💡 Explication

Ouvrir pour la première fois le col d'une chemise la rend portable : c'est l'achèvement de l'objet. Rachi le range sous makke bapatich (le dernier coup de marteau), la melakha qui consiste à donner à un objet sa finition. D'où un 'hatat (sacrifice expiatoire pour une faute involontaire).

13
מַתְקִיף לַהּ רַב כָּהֲנָא:

Rav Kahana objecta :

💡 Explication

L'objection se poursuit en 48b : quelle différence avec le bouchon d'une jarre, qu'on peut ouvrir le Chabbat ? (Le Roch cite déjà la réponse : le col est attaché au vêtement, le bouchon ne l'est pas.)

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).