Shabbat 49a — Matériaux humides ou secs pour l'enfouissement, Elicha 'l'homme aux ailes' et les peaux de l'artisan

Shabbat 49a

Sougya : Le folio achève la règle du hibour (connexion) pour l'impureté et l'aspersion, puis examine le sens de 'lorsqu'ils sont humides' dans la michna précédente : humides par nature ou humides par un liquide venu de l'extérieur ? La question reste sans réponse.

Une nouvelle michna énumère les matériaux permis pour l'enfouissement (hatmana) : vêtements, fruits, ailes de colombe, sciure, étoupe de lin. Les ailes de colombe amènent le récit d'Elicha 'l'homme aux ailes', qui portait ses téfilines malgré le décret romain, et l'exigence d'un 'corps propre' pour les téfilines (Abaye / Rava).

La guemara établit ensuite que Rabbi Yehouda vise l'étoupe de lin. Une troisième michna distingue les peaux (déplaçables) et la toison (muktse), et la guemara se demande si la permission vaut aussi pour les peaux d'un artisan.

Humides : par nature ou par un liquide extérieur ?Michna 47bon n'enfouit pas dans ... humidesOption 1humides par nature(mehamat atsman)Option 2humides par un autre liquide(mehamat davar aher)Preuve tentéedes mokhin (bourre) ne sont jamais humides par nature !-> donc option 2 ?Réfutationla laine arrachée entre les cuisses (sueur)Même réfutation pour la baraita de R. Ochaya. Question non tranchée ; le Roch conclut à la souplesse (interdit rabbinique).
La question de 'humides' : l'argument des mokhin et sa réfutation.
Enfouissement (hatmana) : ce qui est permis, ce qu'on peut déplacerMichna 49a (1) : on peut enfouir dansvêtements (kessout)fruits (blé, légumineuses)ailes de colombe (plumes)sciure des menuisiersétoupe de lin fineR. Yehouda : étoupe fine interdite(comme du fumier), grossière permiseMichna 49a (2) : déplacer après ?Peaux (shela'hin)on enfouit et on les déplace(on s'assoit dessus)Toison (guizei tsemer)on enfouit, sans les déplacer(muktse : réservée au filage)Solutionsoulever le couvercle : la laine tombeR. Eleazar b. Azariapencher le panierHakhamimprendre et remettre
Les deux michnayot du folio : matériaux permis pour l'enfouissement et possibilité de les déplacer.
1
וְגָזְרוּ רַבָּנַן עַל טֻומְאָה שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת מְלָאכָה מִשּׁוּם טֻומְאָה שֶׁבִּשְׁעַת מְלָאכָה, וְעַל הַזָּאָה שֶׁבִּשְׁעַת מְלָאכָה מִשּׁוּם הַזָּאָה שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת מְלָאכָה.

Et les Sages ont décrété au sujet de l'impureté (touma) hors du moment de l'usage, à cause de l'impureté au moment de l'usage ; et au sujet de l'aspersion (haza'a) au moment de l'usage, à cause de l'aspersion hors du moment de l'usage.

📜 Rachi (2)
וְגָזְרוּ עַל הַטֻּומְאָה שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת מְלָאכָה שֶׁיְּהֵא חִיבּוּר:
Et ils ont décrété au sujet de l'impureté hors du moment de l'usage : qu'il y ait connexion (hibour).
וְעַל הַזָּאָה שֶׁבִּשְׁעַת מְלָאכָה שֶׁלֹּא יְהֵא חִיבּוּר הִלְכָּךְ חִיבּוּר לְטֻומְאָה לְעוֹלָם וְאֵין חִיבּוּר לְהַזָּאָה כְּלָל:
Et au sujet de l'aspersion au moment de l'usage : qu'il n'y ait pas connexion. Par conséquent, il y a toujours connexion pour l'impureté, et jamais connexion pour l'aspersion.
🗂️ Tossefot (1)
וְעַל הַזָּאָה שֶׁבִּשְׁעַת מְלָאכָה מִשּׁוּם הַזָּאָה שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת מְלָאכָה תֵּימַהּ דְּהָא גַּבֵּי מַקֵּל שֶׁעֲשָׂאוֹ יָד לְקֻורְדֹּם קָאָמַר דְּהָוֵי חִיבּוּר לְטֻומְאָה מַשְׁמַע אֲבָל לֹא לְהַזָּאָה וְאַמַּאי וְהָא לֹא שַׁייָּךְ לְמִגְזַר הָתָם אַטּוּ שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת מְלָאכָה כִּדְאָמַר לְעֵיל דְּאָדָם עָשׂוּי לְזָורְקוֹ בֵּין הָעֵצִים וְי"ל דְּהָתָם לָא הָוֵי חִיבּוּר לְהַזָּאָה מִשּׁוּם דַּאֲפִילּוּ בִּשְׁעַת מְלָאכָה לָא הָוֵי חִיבּוּר דְּבַר תּוֹרָה דְּלָא חֲשִׁיב כְּלָל בֵּית יָד בְּשׁוּם פַּעַם כֵּיוָן שֶׁהוּא עָשׂוּי לְזָורְקוֹ כָּל שָׁעָה:
Et au sujet de l'aspersion au moment de l'usage, à cause de l'aspersion hors du moment de l'usage : c'est étonnant ! Au sujet du bâton dont on a fait un manche pour une hache, on dit qu'il y a connexion pour l'impureté, ce qui implique : mais pas pour l'aspersion. Pourquoi donc ? Il n'y a pas lieu là-bas de décréter à cause du hors-usage, comme on l'a dit plus haut, puisqu'on a l'habitude de le jeter parmi le bois. On peut répondre : là-bas il n'y a pas connexion pour l'aspersion parce que, même au moment de l'usage, il n'y a pas connexion selon la Torah ; en effet on ne le considère jamais comme un manche, puisqu'il est destiné à être jeté à tout moment.
💡 Explication

Fin de la discussion de 48b sur le hibour (connexion) entre les parties d'un ustensile. Selon la Torah, deux parties sont reliées pendant l'usage et séparées hors usage. Les Sages ont durci dans les deux sens : pour l'impureté, elles sont toujours considérées reliées (si l'une est impure, l'autre l'est aussi) ; pour l'aspersion de purification, elles ne le sont jamais (il faut asperger chaque partie).

🖼️ Schéma
Connexion (hibour) d'un ustensile composéImpureté (touma)Aspersion (haza'a)Pendant l'usageHors usageconnecté(Torah)connecté(décret, à cause de l'usage)non connecté(décret, à cause du hors-usage)non connecté(Torah)
Connexion pour l'impureté et pour l'aspersion : loi de la Torah et décrets des Sages.
2
בִּזְמַן שֶׁהֵן לַחִין. אִיבַּעְיָא לְהוּ: לַחִין מֵחֲמַת עַצְמָן, אוֹ דִּילְמָא לַחִין מֵחֲמַת דָּבָר אַחֵר.

'Lorsqu'ils sont humides.' La question leur fut posée : humides par eux-mêmes, ou peut-être humides à cause d'autre chose ?

💡 Explication

Retour à la michna de 47b : on n'enfouit pas un plat dans de la paille, du marc de raisin, de la bourre ou de l'herbe humides, car l'humidité augmente la chaleur (risque de cuisson). La question : l'interdit vise-t-il seulement les matériaux humides par nature (mehamat atsman), ou aussi ceux mouillés par un liquide extérieur (mehamat davar aher) ?

3
תָּא שְׁמַע: לֹא בַּתֶּבֶן וְלֹא בַּזַּגִּים וְלֹא בַּמּוֹכִין וְלֹא בָּעֲשָׂבִים בִּזְמַן שֶׁהֵן לַחִין. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא לַחִין מֵחֲמַת דָּבָר אַחֵר — שַׁפִּיר. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לַחִין מֵחֲמַת עַצְמָן, מוֹכִין לַחִין מֵחֲמַת עַצְמָן הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? — מִמִּרְטָא דְּבֵינֵי אַטְמֵי.

Viens et entends : 'Ni dans la paille, ni dans le marc de raisin, ni dans la bourre (mokhin), ni dans l'herbe, lorsqu'ils sont humides.' Si tu dis : humides à cause d'autre chose, c'est bien. Mais si tu dis : humides par eux-mêmes, de la bourre humide par elle-même, où la trouve-t-on ? — De la laine arrachée d'entre les cuisses (de l'animal).

📜 Rachi (3)
לַחִין מֵחֲמַת עַצְמָן מְחַמְּמוֹת טְפֵי מִלַּחִין מֵחֲמַת מַשְׁקִין שֶׁנּוֹפְלִין עֲלֵיהֶן מִשֶּׁיָּבְשׁוּ:
Humides par eux-mêmes : ils chauffent davantage que ceux qui sont humides à cause de liquides tombés sur eux après qu'ils ont sèche.
ה"ג מוֹכִין לַחִין מֵחֲמַת עַצְמָן הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ:
Voici la lecture : de la bourre humide par elle-même, où la trouve-t-on ?
מִמִּרְטָא דְּבֵינֵי אַטְמֵי מִצֶּמֶר הַנִּמְרָט מִבֵּין יַרְכוֹתֶיהָ שֶׁל בְּהֵמָה שֶׁהוּא מָלֵא זֵיעָה וְהוּא לַח מֵעַצְמוֹ לְהָכִי קָרֵי לֵיהּ מִרְטָא דְּלָאו בַּר גִּיזָּה הוּא:
De la laine arrachée d'entre les cuisses : de la laine qu'on arrache d'entre les cuisses de l'animal, qui est pleine de sueur et humide par elle-même. C'est pourquoi on l'appelle merata (arrachée), car ce n'est pas de la laine de tonte.
💡 Explication

Tentative de preuve : la michna mentionne les mokhin (bourre, laine) parmi les matériaux humides, or la laine est sèche par nature ; il faudrait donc comprendre 'humides par un liquide extérieur'. Réfutation : il existe une laine naturellement humide, celle qu'on arrache entre les cuisses de la bête, imprégnée de sueur.

4
וְהָא דְתָנֵי רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: טוֹמְנִין בִּכְסוּת יְבֵשָׁה וּבְפֵירוֹת יְבֵשִׁין, אֲבָל לֹא בִּכְסוּת לַחָה וְלֹא בְּפֵירוֹת לַחִין. כְּסוּת לַחָה מֵחֲמַת עַצְמָהּ הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? — מִמִּרְטָא דְּבֵינֵי אַטְמֵי.

Et ce qu'a enseigné Rabbi Ochaya : 'On enfouit dans un vêtement sec et dans des fruits secs, mais pas dans un vêtement humide ni dans des fruits humides' — un vêtement humide par lui-même, ou le trouve-t-on ? — De la laine arrachée d'entre les cuisses.

🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל לֹא בִּכְסוּת לַחָה כו' נִרְאֶה דְּרַבִּי אוֹשַׁעְיָא פְּלִיג אַמַּתְנִי':
Mais pas dans un vêtement humide, etc. : il semble que Rabbi Ochaya est en désaccord avec notre michna.
💡 Explication

Même raisonnement pour la baraita de Rabbi Ochaya, et même réponse : le vêtement a été tissé avec cette laine humide. La question reste donc ouverte. Tossefot remarque que Rabbi Ochaya semble contredire la michna suivante, qui permet d'enfouir dans des vêtements sans distinction.

5
מַתְנִי׳ טוֹמְנִין בִּכְסוּת וּבְפֵירוֹת, בְּכַנְפֵי יוֹנָה וּבִנְסֹורֶת שֶׁל חָרָשִׁים וּבִנְעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן דַּקָּה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹסֵר בַּדַּקָּה וּמַתִּיר בַּגַּסָּה.

MICHNA. On enfouit dans des vêtements et dans des fruits, dans des ailes de colombe, dans la sciure des menuisiers et dans l'étoupe de lin fine.

Rabbi Yehouda interdit dans la fine et permet dans la grossière.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' נְעֹורֶת דַּק דַּק שֶׁנּוֹעֲרִין מִן הַפִּשְׁתָּן וְקוֹרִין ארישט"ש:
Étoupe (ne'oret) : les parcelles très fines qu'on secoue du lin, appelées en langue vernaculaire aristes.
נְסֹורֶת שֶׁמְּנַסְּרִים הַנִּגָּרִים מִן הָעֵצִים:
Sciure (nessoret) : ce que les menuisiers scient du bois.
וּבְפֵירוֹת כְּגוֹן חִטִּין וְקִטְנִיּוֹת:
Et dans des fruits : comme le blé et les légumineuses.
כַּנְפֵי יוֹנָה נוֹצָה:
Ailes de colombe : les plumes.
💡 Explication

Liste des matériaux qui conservent la chaleur sans l'augmenter : on peut y enfouir un plat dès la veille de Chabbat. Rabbi Yehouda interdit une matière 'fine' ; la guemara (segments 8-9) précisera de laquelle il parle.

6
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי יַנַּאי: תְּפִילִּין צְרִיכִין גּוּף נָקִי כֶּאֱלִישָׁע ״בַּעַל כְּנָפַיִם״. מַאי הִיא? אַבַּיֵּי אָמַר: שֶׁלֹּא יָפִיחַ בָּהֶן. רָבָא אָמַר: שֶׁלֹּא יִישַׁן בָּהֶן.

GUEMARA. Rabbi Yannai a dit : les téfilines exigent un corps propre, comme Elicha 'l'homme aux ailes'.

Qu'est-ce que cela signifie ? Abaye a dit : qu'on n'émette pas de vent en les portant.

Rava a dit : qu'on ne dorme pas avec elles.

📜 Rachi (2)
גְּמ' שֶׁלֹּא יָפִיחַ שֶׁיָּכוֹל לְהַעֲמִיד עַצְמוֹ בִּשְׁעַת הָרוּחַ:
Qu'on n'émette pas de vent : qu'il soit capable de se retenir au moment où vient le vent.
שֶׁלֹּא יִישַׁן בָּהֶן שֶׁמָּא יָפִיחַ אוֹ יִרְאֶה קֶרִי אֲבָל אִם יָכוֹל לְהִזָּהֵר שֶׁלֹּא יִישַׁן בָּהֶן כָּל הַגּוּפִים נְקִיִּים בַּהֲפָחָה שֶׁיְּכוֹלִין לְהַעֲמִיד עַצְמָן:
Qu'on ne dorme pas avec elles : de peur qu'il n'émette un vent ou ne voie une pollution. Mais s'il peut veiller à ne pas dormir avec elles, tous les corps sont propres quant au vent, car on peut se retenir.
🗂️ Tossefot (3)
כֶּאֱלִישָׁע בַּעַל כְּנָפַיִם לְהָכִי נְקַט אֱלִישָׁע דְּמִסְּתָמָא כֵּיוָן שֶׁנַּעֲשָׂה לוֹ נֵס בִּתְפִילִּין הָיָה זָהִיר בָּהֶן וְהָיָה לוֹ גּוּף נָקִי וּמִזֶּה הַטַּעַם אֵין אָנוּ יְכוֹלִין לִיפָּטֵר שֶׁהֲרֵי בָּזֶה אָנוּ יְכוֹלִין לְהִזָּהֵר וְאֵין תֵּימַהּ עַל מַה שֶׁמִּצְוָה זֹאת רְפוּיָה בְּיָדֵינוּ שֶׁגַּם בִּימֵי חֲכָמִים הָיְתָה רְפוּיָה כִּדְתַנְיָא בְּפֶרֶק ר' אֱלִיעֶזֶר דְּמִילָה (לְקַמָּן שַׁבָּת קַל.) רַ"שִׁ בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר כָּל מִצְוָה שֶׁלֹּא מָסְרוּ עַצְמָן יִשְׂרָאֵל עָלֶיהָ בִּשְׁעַת גְּזֵירַת הַמַּלְכוּת כְּגוֹן תְּפִילִּין עֲדַייִן הִיא רְפוּיָה בְּיָדָם וְהָא דְּאָמְרִינַן בפ"ק דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף יז.) פּוֹשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל בְּגוּפָן קַרְקַפְתָּא דְּלָא מַנַּח תְּפִילִּין אוֹמֵר ר"ת דְּמַייְרֵי בְּאוֹתָן שֶׁעוֹשִׂין מֵחֲמַת מֶרֶד וּמְבַזִּין הַמִּצְוֹת וְשׁוֹחֲקִין בִּרְצוּעָה שֶׁבְּיָדָם וּבְרֹאשָׁם כִּדְאָמַר בְּיוֹמָא (דַּף לו:) פְּשָׁעִים אֵלּוּ הַמְּרָדִין וְהָא דְּאָמַר בַּמִּדְרָשׁ תְּפִילִּין מִפְּנֵי מַה לֹא הֶחֱזִיקוּ בָּהֶן מִפְּנֵי הָרַמָּאִים אֵין נִרְאֶה לר"י דְּמִשּׁוּם רַמָּאִין נִמְנְעוּ מִלַּעֲשׂוֹת מִצְוָה אֶלָּא ה"פ מִפְּנֵי מַה לֹא הֶחֱזִיקוּ נֶאֱמָנוּת בְּאָדָם הַמַּנִּיחַ תְּפִילִּין וְקָאָמַר מִפְּנֵי הָרַמָּאִין שֶׁהָיוּ מַנִּיחִין תְּפִילִּין לְרַמּוֹת בְּנֵי אָדָם כְּדִמְפָרֵשׁ הָתָם מַעֲשֶׂה בְּתַלְמִיד אֶחָד שֶׁהִפְקִיד מְעוֹתָיו אֵצֶל אֶחָד שֶׁהָיָה מַנִּיחַ תְּפִילִּין כְּשֶׁתָּבַע בּוֹ אָמַר לָהָדָ"ם אָמַר לֵיהּ אוֹתוֹ תַּלְמִיד לֹא לְךָ הִפְקַדְתִּי אֶלָּא לִתְפִילִּין שֶׁעַל רֹאשְׁךָ וצ"ע שָׁם:
Comme Elicha l'homme aux ailes : on cite Elicha parce que, vraisemblablement, puisqu'un miracle lui est arrivé avec les téfilines, il y était attentif et avait un corps propre. Pour cette raison nous ne pouvons pas nous en dispenser, car cela, nous pouvons y faire attention. Et il n'est pas étonnant que cette mitsva soit relâchée chez nous, car même à l'époque des Sages elle était relâchée, comme on l'enseigne au chapitre Rabbi Eliezer de la circoncision (plus loin, Chabbat 130a) : Rabbi Chimon ben Eleazar dit : toute mitsva pour laquelle Israël ne s'est pas livré à la mort au moment du décret du pouvoir, comme les téfilines, reste encore relâchée entre leurs mains. Et ce qu'on dit au premier chapitre de Roch Hachana (17a) : 'les fauteurs d'Israël dans leur corps : le crâne qui ne porte pas les téfilines', Rabbeinou Tam dit qu'il s'agit de ceux qui agissent par rébellion, méprisent les mitsvot et se moquent de la courroie qu'ont les autres à la main et à la tête, comme on dit dans Yoma (36b) : 'pécha'im' désigne les rébellions. Et ce qu'on dit dans le Midrach : 'les téfilines, pourquoi ne s'y sont-ils pas tenus ? à cause des trompeurs', il ne semble pas au Ri qu'on se soit abstenu d'une mitsva à cause des trompeurs. Voici plutôt le sens : pourquoi n'a-t-on pas accordé de confiance à l'homme qui porte des téfilines ? Et on répond : à cause des trompeurs qui portaient des téfilines pour tromper les gens, comme on l'explique là-bas : il arriva qu'un élève déposa son argent chez un homme qui portait des téfilines ; quand il le réclama, l'autre lui dit : 'cela n'a jamais eu lieu'. L'élève lui dit : 'ce n'est pas à toi que je l'ai confié, mais aux téfilines qui sont sur ta tête'. Et il faut approfondir là-bas.
אַבָּיֵי אָמַר שֶׁלֹּא יָפִיחַ בָּהֶן שֶׁיּוּכַל לִשְׁמוֹר עַצְמוֹ מִלְּהָפִיחַ עַד שֶׁיָּסִיר תְּפִילִּין כִּדְפֵירֵשׁ בַּקְּוַנְט' אֲבָל לָא חָייֵשׁ שֶׁמָּא יָשָׁן דאע"ג דִּפְעָמִים יוּכַל לִיזָּהֵר מִשֵּׁינָה וְרָבָא מַצְרִיךְ גַּם שֶׁיָּכוֹל לְהַעֲמִיד עַצְמוֹ בְּשָׁעָה שֶׁתֹּאחֲזֶנּוּ הַשֵּׁינָה שֶׁלֹּא יָשַׁן פִּתְאוֹם וּמִיהוּ אַבַּיֵּי נָמֵי מוֹדֶה דְּאָסוּר לִישֹׁן בָּהֶן כִּדְתַנְיָא בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה כו. וְשָׁם) דְּאָסוּר לִישֹׁן בִּתְפִילִּין בֵּין שִׁינַת קֶבַע בֵּין שִׁינַת עֲרַאי:
Abaye a dit : qu'on n'émette pas de vent en les portant : qu'il puisse se garder d'émettre un vent jusqu'à ce qu'il retire les téfilines, comme l'explique le Kountras (Rachi). Mais il ne se soucie pas qu'il puisse s'endormir, bien que parfois il ne puisse se garder du sommeil ; alors que Rava exige aussi qu'il puisse se maîtriser au moment où le sommeil le saisit, pour ne pas s'endormir soudainement. Toutefois Abaye reconnaît lui aussi qu'il est interdit de dormir avec elles, comme on l'enseigne au chapitre Hayachen (Souka 26a) : il est interdit de dormir avec des téfilines, que ce soit un sommeil fixe ou un sommeil passager.
שֶׁלֹּא יִישַׁן בָּהֶן מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יָפִיחַ בָּהֶן בִּשְׁעַת שֵׁינָה אוֹ מִשּׁוּם הֶיסַּח הַדַּעַת אֲבָל מִשּׁוּם קֶרִי אֵין לָחוּשׁ כִּדְאָמַר בְּפֶ' הַיָּשָׁן (ג"ז שָׁם:) דא"ר יוֹסֵי יְלָדִים לְעוֹלָם חוֹלְצִין מִפְּנֵי שֶׁרְגִילִין בְּטֻומְאָה וּפָרִיךְ לֵימָא קָסָבַר ר' יוֹסֵי בַּעַל קֶרִי אָסוּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין וּמְשַׁנֵּי הָכָא בִּילָדִים וּנְשׁוֹתֵיהֶם עִמָּהֶם עָסְקִינַן שֶׁמָּא יָבֹאוּ לִידֵי הֶרְגֵּל דָּבָר אֲבָל מִשּׁוּם קֶרִי לָא בָּעֵי לְמֵיסַר:
Qu'on ne dorme pas avec elles : de peur qu'il n'émette un vent pendant le sommeil, ou à cause de l'inattention (hessah hadaat). Mais pour la pollution il n'y a pas à craindre, comme on dit au chapitre Hayachen (même endroit, 26b) : Rabbi Yossi a dit : les enfants retirent toujours (leurs téfilines) parce qu'ils sont habitués à l'impureté. Et on objecte : dirons-nous que Rabbi Yossi estime qu'un baal keri (homme qui a eu une pollution) ne peut pas mettre les téfilines ? Et on répond : ici il s'agit d'enfants dont les femmes sont avec eux, de peur qu'ils n'en viennent à une relation ; mais à cause de la pollution, on ne veut pas interdire.
💡 Explication

Les ailes de colombe de la michna amènent un enseignement sur les téfilines. Le 'corps propre' (guf naki) : pour Abaye, ne pas émettre de vent en les portant ; pour Rava, ne pas s'endormir avec elles. Tossefot explique pourquoi Elicha sert de modèle et discute le relâchement de cette mitsva au fil des générations.

🖼️ Schéma
Téfilines : que signifie 'un corps propre' ?Abayene pas émettre de vent en les portant(il peut se retenir)Ravane pas dormir avec elles(risque de vent ou d'impureté)Tossefot : Abaye reconnaît aussi qu'il est interdit de dormir avec des téfilines.
Le 'corps propre' selon Abaye et selon Rava.
7
וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ ״בַּעַל כְּנָפַיִם״? — שֶׁפַּעַם אַחַת גָּזְרָה מַלְכוּת רוֹמִי הָרְשָׁעָה שְׁמָד עַל יִשְׂרָאֵל שֶׁכָּל הַמַּנִּיחַ תְּפִילִּין יְנַקְּרוּ אֶת מוֹחוֹ, וְהָיָה אֱלִישָׁע מַנִּיחָם וְיוֹצֵא לַשּׁוּק. רָאָהוּ קַסְדּוֹר אֶחָד רָץ מִפָּנָיו וְרָץ אַחֲרָיו. וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ אֶצְלוֹ נְטָלָן מֵרֹאשׁוֹ וַאֲחָזָן בְּיָדוֹ. אָמַר לוֹ: מַה זֶה בְּיָדְךָ? אָמַר לוֹ: כַּנְפֵי יוֹנָה. פָּשַׁט אֶת יָדוֹ וְנִמְצְאוּ כַּנְפֵי יוֹנָה. לְפִיכָךְ קוֹרִין אוֹתוֹ ״אֱלִישָׁע בַּעַל כְּנָפַיִם״.

Et pourquoi l'appelle-t-on 'l'homme aux ailes' ? Parce qu'une fois le méchant royaume de Rome décréta une persécution contre Israël : quiconque mettrait les téfilines, on lui percerait le crâne.

Elicha les mettait et sortait au marché. Un kasdor (fonctionnaire) le vit ; il s'enfuit devant lui et l'autre courut après lui.

Lorsqu'il l'atteignit, (Elicha) les retira de sa tête et les tint dans sa main. Il lui dit : 'Qu'as-tu dans la main ?' Il lui répondit : 'Des ailes de colombe.' Il ouvrit la main, et on y trouva des ailes de colombe.

C'est pourquoi on l'appelle 'Elicha l'homme aux ailes'.

📜 Rachi (3)
יְנַקְּרוּ אֶת מוֹחוֹ שֶׁהוּא תַּחַת הַתְּפִילִּין. יְנַקְּרוּ לְשׁוֹן נִיקּוּר עֵינַיִם:
On lui percerait le crâne : le cerveau, qui est sous les téfilines. 'Yenakrou' a le sens de 'crever les yeux'.
קַסְדּוֹר מנישטרא"ל שֶׁהָיָה מְמֻונֶּה עַל כָּךְ:
Kasdor : en langue vernaculaire ministral (agent) ; il était préposé à cela.
כַּנְפֵי יוֹנָה כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ מִפְּנֵי שֶׁהֵם מִצְוֹת וְהֵם מְגִינִּין לְיִשְׂרָאֵל וְהָוְיָא לָהֶם כִּכְנָפַיִם לְיוֹנָה שֶׁהִיא נִמְשֶׁלֶת לְיוֹנָה וְהַמִּצְוֹת כִּכְנָפַיִם:
Ailes de colombe : comme on l'explique plus loin, parce que ce sont des mitsvot et qu'elles protègent Israël ; elles sont pour Israël comme des ailes pour la colombe, car Israël est comparé à la colombe et les mitsvot aux ailes.
🗂️ Tossefot (1)
נְטָלָם מֵרֹאשׁוֹ וְאַף עַל גַּב דְּאָמַר בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף עַד: וְשָׁם) בִּשְׁעַת גְּזֵרַת הַמַּלְכוּת אַפֵּי' עַל מִצְוָה קַלָּה יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור וַאֲפִילּוּ לְשַׁנּוֹיֵי עַרְקְתָא דִמְסָאנָא אָסוּר הַיְינוּ מִשּׁוּם דִּבְשִׁינּוּי עַרְקְתָא מִתְנַהֵג כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְדוֹמֶה שֶׁמּוֹצִיא עַצְמוֹ מִכְּלַל יִשְׂרָאֵל אֲבָל הָכָא אֵינוֹ עוֹשֶׂה כְּלוּם אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ תְּפִילִּין בְּרֹאשׁוֹ שָׁעָה אַחַת וְהַרְבֵּה יִשְׂרָאֵל שֶׁאֵין לָהֶם תְּפִילִּין כְּמוֹתוֹ:
Il les retira de sa tête : et pourtant on dit dans Sanhédrin (74b) qu'au moment d'un décret du pouvoir, même pour une mitsva légère on doit se laisser tuer plutôt que transgresser, et que même changer la courroie de la chaussure est interdit. Cela vaut parce qu'en changeant la courroie il se conduit comme un idolâtre et semble se retirer lui-même de la communauté d'Israël. Mais ici il ne fait rien, sinon qu'il n'a pas de téfilines sur la tête pendant un moment, et beaucoup de Juifs n'ont pas de téfilines, comme lui.
💡 Explication

Récit du miracle d'Elicha. Tossefot se demande comment Elicha a pu retirer ses téfilines en période de persécution, où l'on doit mourir plutôt que céder même sur un détail (yehareg ve-al yaavor). Réponse : ce geste n'est pas une conduite d'idolâtre ; il se retrouve simplement dans la situation de beaucoup de Juifs qui ne portent pas de téfilines à ce moment.

🖼️ Schéma
Elicha 'l'homme aux ailes'Décret romainpercer le crâneElicha sortavec ses téfilinesLe kasdorle poursuitDans sa mainailes de colombeLes ailes protègent la colombe ; les mitsvot protègent Israël.
Le récit d'Elicha en quatre étapes.
8
וּמַאי שְׁנָא כַּנְפֵי יוֹנָה מִשְּׁאָר עוֹפוֹת? מִשּׁוּם דְּאִמְּתִיל כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל לְיוֹנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כַּנְפֵי יוֹנָה נֶחְפָּה בַכֶּסֶף וְגוֹ׳״ — מַה יּוֹנָה כְּנָפֶיהָ מְגִינּוֹת עָלֶיהָ, אַף יִשְׂרָאֵל מִצְוֹת מְגִינּוֹת עֲלֵיהֶן.

Et en quoi les ailes de colombe diffèrent-elles de celles des autres oiseaux ? Parce que l'Assemblée d'Israël est comparée à la colombe, comme il est dit : 'Les ailes de la colombe recouvertes d'argent, etc.' (Tehilim 68, 14).

De même que la colombe, ses ailes la protègent, de même Israël, les mitsvot le protègent.

📜 Rachi (1)
כְּנָפֶיהָ מְגִינּוֹת עָלֶיהָ מִן הַצִּנָּה וּמִכָּל עוֹף וְאָדָם הַבָּא עָלֶיהָ הִיא נִלְחֶמֶת וּמַכָּה בְּרֹאשׁ גַּפָּהּ מַה שֶּׁאֵין כֵּן בִּשְׁאָר עוֹפוֹת:
Ses ailes la protègent : du froid ; et contre tout oiseau ou homme qui l'attaque, elle combat et frappe avec l'extrémité de son aile, ce qui n'est pas le cas des autres oiseaux.
🗂️ Tossefot (1)
כְּנָפֶיהָ מְגִינּוֹת עָלֶיהָ אור"י דְּאָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ כָּל הָעוֹפוֹת כְּשֶׁהֵן יְגֵעִין נִינוֹחִין ע"ג סֶלַע וְהַיּוֹנָה בְּשָׁעָה שֶׁהִיא יְגֵעָה פּוֹרַחַת בְּאַחַת וְנִינּוֹחָת בְּאַחַת:
Ses ailes la protègent : le Ri dit qu'on enseigne dans le Midrach : tous les oiseaux, quand ils sont fatigués, se reposent sur un rocher ; la colombe, quand elle est fatiguée, vole avec une aile et se repose sur l'autre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַה יוֹנָה, כְּנָפֶיהָ מְגִינּוֹת עָלֶיהָ, אַף יִשְׂרָאֵל, מִצְווֹת מְגִינּוֹת עֲלֵיהֶן. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמָאֵן דְּאָמַר (בַּגְּמָרָא דְּקִידּוּשִׁין בְּדַף לט) שְׂכַר מִצְוֹת בְּהַאי עָלְמָא לֵיכָּא, אִם כֵּן אֵיךְ הַמִּצְוֹת יָגֵינּוּ עַל יִשְׂרָאֵל בְּהַאי עָלְמָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי לְשׁוֹן מְגִינּוֹת הוּא הַרְחָקַת הַנֶּזֶק וְאֵין זֶה קַבָּלַת שָׂכָר. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הַגָּאוֹן שְׁלָ"ה זַ"ל, שֶׁכָּל מִצְוָה מִן תרי"ג מִצְוֹת כָּלוּל בָּהּ תרי"ב מִצְוֹת בְּכֹחַ וְאַחַת בְּפֹועַל שֶׁהוּא פְּרָטוּת אוֹתָהּ הַמִּצְוָה, כִּי בְּכָל מִצְוָה יֵשׁ כְּלָל וּפְרָט, וְהֶאֱרִיךְ הַגָּאוֹן בְּדָבָר זֶה הַרְבֵּה יְעֻויַּן שָׁם. נִמְצָא לְפִי זֶה בְּכָל מִצְוָה יֵשׁ מִצְוַת אָנֹכִי וְלֹא יִהְיֶה לְךָ בְּכֹחַ וְהַמְקַיֵּים אֶת הַמִּצְוָה הִנֵּה הוּא מְקַייֵּם גַּם מִצְוַת אָנֹכִי וְלֹא יִהְיֶה אֶלָּא שֶׁאֵין נֶחְשָׁב לוֹ קִיּוּם בְּפֹועַל אֶלָּא הוּא קִיּוּם בְּכֹחַ. וְיָדוּעַ שֶׁעַל מִצְוַת אָנֹכִי וְלֹא יִהְיֶה לְךָ דְּמִפִּי הַגְּבוּרָה שְׁמַעְנוּם יֵשׁ לָזֶה דִּין בְּיוֹמוֹ תִּתֵּן שְׂכָרוֹ (דְּבָרִים כֹּד, טו) שֶׁצָּרִיךְ לִיתֵּן שָׂכָר בַּעֲבוּר זֶה גַּם בָּעוֹלָם הַזֶּה. וְלָזֶה אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מִצְווֹת מְגִינּוֹת עֲלֵיהֶן , הַיְינוּ מְגִינּוֹת מִצַּד מִצְוַת אָנֹכִי וְלֹא יִהְיֶה לְךָ שֶׁנִּכְלְלָה בְּכֹחַ בְּכָל מִצְוָה וּמִצְוָה. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (דְּבָרִים ח, יח) וְזָכַרְתָּ אֶת ה' אֱ-לֹהֶיךָ כִּי הוּא הַנֹּתֵן לְךָ כֹּחַ לַעֲשׂוֹת חָיִל , כִּי זֶה חֶסֶד גָּדוֹל מֵאִיתּוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁנָּתַן לָנוּ מַצּוֹת בְּסוּג כֹּחַ כֹּחַ כְּדֵי שֶׁבָּזֶה נַעֲשֶׂה חַיִל רַב.
De même que la colombe, ses ailes la protègent, de même Israël, les mitsvot le protègent. On peut objecter : selon celui qui dit (Kiddouchin 39b) qu'il n'y a pas de récompense des mitsvot dans ce monde-ci, comment les mitsvot protégeraient-elles Israël dans ce monde-ci ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le terme 'protègent' désigne l'éloignement du dommage, et cela ne constitue pas la réception d'une récompense. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Gaon auteur du Chla : chaque mitsva parmi les 613 inclut en puissance les 612 autres, et une seule en acte, qui est le détail propre à cette mitsva ; car dans toute mitsva il y a un général et un particulier. Le Gaon développe longuement ce point, voir là-bas. Il en résulte que dans chaque mitsva se trouvent en puissance les mitsvot 'Je suis' (Anokhi) et 'Tu n'auras pas' (lo yihye lekha), et celui qui accomplit la mitsva accomplit aussi 'Je suis' et 'Tu n'auras pas', à ceci près que cela ne lui est pas compté comme un accomplissement en acte mais comme un accomplissement en puissance. Or on sait que pour les mitsvot 'Je suis' et 'Tu n'auras pas', que nous avons entendues de la bouche de la Toute-Puissance, s'applique la règle 'le jour même tu lui donneras son salaire' (Devarim 24, 15) : il faut en donner la récompense aussi dans ce monde-ci. C'est pourquoi nos Sages ont dit 'les mitsvot le protègent' : elles protègent en vertu des mitsvot 'Je suis' et 'Tu n'auras pas', incluses en puissance dans chaque mitsva. On comprend ainsi, avec l'aide du Ciel, le verset (Devarim 8, 18) : 'Tu te souviendras de Hachem ton D.ieu, car c'est Lui qui te donne la force (koah) de faire des prouesses' : c'est une grande bonté de Sa part de nous avoir donné les mitsvot sous forme de 'puissance' (koah), afin que par là nous fassions de grandes prouesses.
💡 Explication

Pourquoi la colombe ? Israël lui est comparé (Tehilim 68). La colombe n'a d'autre défense que ses ailes ; Israël est protégé par ses mitsvot. Le Ben Yehoyada concilie cet enseignement avec l'opinion selon laquelle la récompense des mitsvot n'est pas donnée dans ce monde : chaque mitsva contient en puissance les deux premiers commandements, dont la récompense est donnée aussi ici-bas.

9
בִּנְסֹורֶת שֶׁל חָרָשִׁין כּוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: רַבִּי יְהוּדָה אַנְּסֹורֶת שֶׁל חָרָשִׁין קָאֵי, אוֹ אַנְּעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן קָאֵי?

'Dans la sciure des menuisiers, etc.' La question leur fut posée : Rabbi Yehouda se réfère-t-il à la sciure des menuisiers ou à l'étoupe de lin ?

⚖️ Rosh (1)
רַב חִסְדָּא שָׁרִי לְאַהְדּוֹרֵי אֻודְרָא לְבֵי סַדְיָא בְּשַׁבְּתָא. אַיְּתִיבֶיהָ רַב חָנָן לְרַב חִסְדָּא מַתִּירִין בֵּית הַצַּוָּאר בְּשַׁבָּת אֲבָל לֹא פּוֹתְחִין וְאֵין נוֹתְנִין הַמּוֹכִין לְתוֹךְ הַכַּר אוֹ לְתוֹךְ הַכֶּסֶת בְּיוֹם טוֹב וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת. לָא קַשְׁיָא הָא בְּחַדְתֵי וְהָא בְּעַתִּיקֵי. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי אֵין נוֹתְנִין הַמּוֹכִין לֹא לְתוֹךְ הַכַּר וְלֹא לְתוֹךְ הַכֶּסֶת בְּיוֹם טוֹב וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת. נָשְׁרוּ מַחֲזִירִין אוֹתָן בְּשַׁבָּת וְאֵין צ"ל בְּיוֹם טוֹב לוּלָאוֹת שֶׁל מַלְבּוּשִׁים שֶׁעַל הַכָּתֵף אִם יָצְאוּ יֵשׁ מַתִּירִים לְהַחֲזִירָן בְּשַׁבָּת אִם הַנֶּקֶב רָחָב וְיָכוֹל לְהַחֲזִירָן בְּקַל כֵּיוָן דְּנִתְּקוֹ. וְנִרְאֶה דְּאָסוּר לְהַחֲזִירָן שֶׁרְגִילִין לְקָושְׁרָן וְהוּא קֶשֶׁר שֶׁל קְייָמָא כִּדְאָמַר לְקַמָּן בְּרֵישׁ כָּל הַכֵּלִים דְּאָסוּר לְהַחֲזִיר פֶּתַח שֶׁל שִׁידָּה תֵּיבָה אוֹ מִגְדָּל גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְקַע אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב הַפּוֹתֵחַ בֵּית הַצַּוָּאר בְּשַׁבָּת חַיָּיב חַטָּאת מַתְקִיף לַהּ רַב כָּהֲנָא מַה בֵּין זֶה לִמְגוּפַת חָבִית אֲמַר לֵיהּ זֶה חִבּוּר וְזֶה אֵינוֹ חִבּוּר: בִּזְמַן שֶׁהֵן לַחִין אִיבַּעְיָא לְהוּ לַחִין מֵחֲמַת עַצְמָן תְּנַן אוֹ מֵחֲמַת דָּבָר אַחֵר תְּנַן וְדָחֵי לֵיהּ וְאָזְלִינַן לְקֻולָּא דְּאִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן הִיא וְטוֹמְנִין בָּהֶם אִם לַחִין מֵחֲמַת ד"א:
Rav Hisda permettait de remettre la bourre dans un coussin le Chabbat. Rav Hanan objecta à Rav Hisda : 'On défait le col (d'un vêtement) le Chabbat, mais on ne l'ouvre pas ; et on ne met pas la bourre dans le coussin ou le matelas un jour de fête, à plus forte raison le Chabbat.' Il n'y a pas de difficulté : l'un concerne un neuf, l'autre un ancien. On l'enseigne aussi dans une baraita : 'On ne met pas la bourre dans le coussin ou le matelas un jour de fête, à plus forte raison le Chabbat ; si elle est tombée, on la remet le Chabbat, et à plus forte raison le jour de fête.' Les boucles des vêtements sur l'épaule, si elles sont sorties, certains permettent de les remettre le Chabbat si le trou est large et qu'on peut les remettre facilement, puisqu'elles se sont détachées. Mais il semble que ce soit interdit de les remettre, car on a l'habitude de les nouer, et c'est un nœud durable, comme on dit plus loin au début de Kol hakelim qu'il est interdit de remettre la porte d'un coffre, d'une caisse ou d'une armoire, par décret de peur qu'on ne l'enfonce. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : celui qui ouvre le col le Chabbat est passible d'un 'hatat. Rav Kahana objecta : quelle différence entre cela et le bouchon d'une jarre ? Il lui répondit : celui-ci est attaché, celui-là n'est pas attaché. 'Lorsqu'ils sont humides' : la question fut posée : avons-nous appris humides par eux-mêmes ou humides à cause d'autre chose ? Et on a repoussé (la preuve). Nous allons vers la souplesse, car c'est un interdit rabbinique, et on enfouit dans ces matériaux s'ils sont humides à cause d'autre chose.
💡 Explication

La michna dit : sciure, étoupe fine ; Rabbi Yehouda interdit 'dans la fine'. Le mot 'fine' (daka) peut qualifier les deux. La question : lequel des deux matériaux vise-t-il ?

Le passage du Roch placé ici résume les conclusions de 48a-49a : bourre de coussin (neuf interdit, ancien permis), col de chemise, et la halakha sur 'humides' : l'interdit étant rabbinique, on tranche avec souplesse et on permet les matériaux mouillés par un liquide extérieur.

10
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: נְעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן דַּקָּה הֲרֵי הִיא כְּזֶבֶל. שְׁמַע מִינַּהּ אַנְּעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן קָאֵי. שְׁמַע מִינָּה.

Viens et entends, car il est enseigné : Rabbi Yehouda dit : l'étoupe de lin fine est comme du fumier. Déduis-en qu'il se réfère à l'étoupe de lin.

Déduis-en.

📜 Rachi (1)
הֲרֵי הוּא כְּזֶבֶל דְּמוֹסִיף הֶבֶל:
Est comme du fumier : car elle ajoute de la chaleur.
💡 Explication

La baraita tranche : pour Rabbi Yehouda, l'étoupe de lin fine produit de la chaleur comme le fumier, matériau interdit pour l'enfouissement (michna 47b). La sciure reste permise dans tous les cas.

11
מַתְנִי׳ טוֹמְנִין בְּשִׁלְחִין וּמְטַלְטְלִין אוֹתָן, בְּגִיזֵּי צֶמֶר וְאֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן. כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה? נוֹטֵל אֶת הַכִּסּוּי, וְהֵן נוֹפְלוֹת.

MICHNA. On enfouit dans des peaux et on peut les déplacer ; dans des toisons de laine, et on ne peut pas les déplacer.

Comment fait-on ? On prend le couvercle, et elles tombent.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' שְׁלָחִין עוֹרוֹת כְּמוֹ וְהִפְשִׁיט תַּרְגּוּם וַיִּשְׁלַח:
Peaux (shela'hin) : des cuirs, comme 'il dépouilla', que le Targoum traduit 'vayachla'h'.
וּמְטַלְטְלִין אוֹתָן בֵּין שֶׁטָּמַן בָּהֶן בֵּין שֶׁלֹּא טָמַן בָּהֶן דַּחֲזוּ לְמִזְגָּא עֲלַיְיהוּ:
Et on peut les déplacer : qu'on y ait enfoui ou non, car elles sont bonnes pour s'étendre dessus.
וְאֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן דְּמֻוקְצוֹת הֵן לִטְווֹת וְלֶאֱרֹוג:
Et on ne peut pas les déplacer : car elles sont muktse, réservées au filage et au tissage.
כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה זֶה שֶׁטָּמַן בָּהֶן כֵּיצַד יִטֹּול קְדֵרָתוֹ הוֹאִיל וְאָסוּר לְטַלְטְלָן שֶׁהֲרֵי הִיא טְמוּנָה כֻּולָּהּ בָּהֶן:
Comment fait-on : celui qui y a enfoui, comment prendra-t-il sa marmite, puisqu'il est interdit de les déplacer et qu'elle y est entièrement enfouie ?
נוֹטֵל כִּיסּוּי שֶׁל קְדֵרָה שֶׁיֵּשׁ תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהּ וְאַף עַל גַּב שֶׁהֵן עָלֶיהָ לֹא אִיכְפַּת לָן דְּלָא נַעֲשֵׂית בָּסִיס לָהֶן שֶׁאֵין עָשׂוּי אֶלָּא לְכַסּוֹת קְדֵרָה:
On prend le couvercle : de la marmite, qui a le statut d'ustensile. Et même si (les toisons) sont dessus, cela ne nous gêne pas, car il ne devient pas une base (bassis) pour elles, puisqu'il est fait seulement pour couvrir la marmite.
🗂️ Tossefot (1)
טוֹמְנִין בְּשִׁלְחִין וּמְטַלְטְלִין אוֹתָן הָא דְּאָמַר בפ"ק דְּבֵיצָה (דַּף יא.) נוֹתְנִין הָעוֹר לִפְנֵי הַדּוֹרְסָן דְּהִתִּירוּ סוֹפָן מִשּׁוּם תְּחִילָּתָן פִּי' כְּדֵי שֶׁיִּשְׁחֹוט לְצֹורֶךְ יו"ט אֲבָל עוֹר דְּמֵעֶרֶב יו"ט מַשְׁמַע הָתָם דְּאָסוּר לְטַלְטֵל וּבְפֶרֶק כָּל כִּתְבֵי (לְקַמ קטז:) קָאָמַר אִם מְטַלְטְלִין תִּיק הַסֵּפֶר עִם הַסֵּפֶר לֹא נְטַלְטֵל עוֹר אַגַּב בָּשָׂר מַשְׁמַע דְּעוֹר בְּלֹא בָּשָׂר אָסוּר פירש"י בְּפֶרֶק כָּל כִּתְבֵי (ג"ז שָׁם) דְּהָכָא מַיְירֵי בְּעוֹר בְּהֵמָה גַּסָּה וְהָתָם בְּעוֹר בְּהֵמָה דַּקָּה דְּלָא חֲזִי לְמִזְגָּא כֻּולֵּי הַאי וּלְפֵירוּשׁוֹ הַאי דְּבֵיצָה נָמֵי מַייְרֵי בְּעוֹר בְּהֵמָה דַּקָּה וְהָא דִּתְנַן בְּפֶ' כָּל כִּתְבֵי (דַּף ק.) פּוֹרְסִין עוֹר גְּדִי עַל גַּבֵּי הַתֵּבָה כו' צָרִיךְ לוֹמַר לְפִי' דְּמַיְירֵי כְּשֶׁיִּחֲדוֹ לִישִׁיבָה ור"ת מְפָרֵשׁ דְּהָכָא מַיְירֵי בִּיבֵשִׁין דְּחָזֵי לְמִזְגָּא עֲלַיְיהוּ וְהָתָם בְּלַחִין:
On enfouit dans des peaux et on peut les déplacer : ce qu'on dit au premier chapitre de Beitsa (11a), 'on met la peau devant les piétinants', car on a permis la fin à cause du début, c'est-à-dire pour qu'il abatte (la bête) pour les besoins de la fête ; mais une peau datant de la veille de la fête, il ressort de là-bas qu'il est interdit de la déplacer. Et au chapitre Kol kitvei (plus loin 116b), on dit : si l'on déplace l'étui du livre avec le livre, ne déplacerait-on pas la peau avec la viande ? Cela implique qu'une peau sans viande est interdite. Rachi explique au chapitre Kol kitvei (même endroit) qu'ici il s'agit de la peau d'un gros animal, et là-bas de la peau d'un petit animal, qui ne convient pas autant pour s'étendre dessus. Selon son explication, le passage de Beitsa aussi concerne la peau d'un petit animal. Et ce qu'on apprend au chapitre Kol kitvei (100a), 'on étend une peau de chevreau sur le coffre, etc.', il faut dire selon son explication qu'il s'agit d'une peau qu'on a destinée à s'asseoir. Rabbeinou Tam explique qu'ici il s'agit de peaux sèches, bonnes pour s'étendre dessus, et là-bas de peaux fraîches.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנִי' טוֹמְנִין בְּשִׁלְחִין וּמְטַלְטְלִין אוֹתָן:
Michna : on enfouit dans des peaux et on peut les déplacer.
תְּנָא רַבָּה ב"ב חַנָּה קַמֵּיהּ דְּרַב חֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל שֶׁגְּדָרָן לְעֵצִים וְנִמְלַךְ עֲלֵיהֶן לִישִׁיבָה צָרִיךְ לְקֶשֶׁר. רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר אֵין צָרִיךְ לְקֶשֶׁר. הוּא תָּנֵי לַהּ וְהוּא אָמַר לַהּ הֲלָכָה כְּרַשְׁבָּ"ג. אִיתְּמַר רַב אָמַר קוֹשֵׁר וּשְׁמוּאֵל אָמַר חוֹשֵׁב. וְרַב אַסִּי אָמַר יָשַׁב אע"פ שֶׁלֹּא קָשַׁר ואע"פ שֶׁלֹּא חָשַׁב. וְהִלְכְתָא כְּרַב אַסִּי דְּהוּא אָמַר כִּי הַאי תַּנָּא יוֹצְאִין בְּפָקוֹרִין וּבְצִיפָה אֵימָתַי בִּזְמַן שֶׁצְּבָעָן בְּשֶׁמֶן וּכְרָכָן בִּמְשִׁיחָה אֲבָל לֹא צְבָעָן בְּשֶׁמֶן וְלֹא כְּרָכָן בִּמְשִׁיחָה לֹא יֵצֵא וְאִם יָצָא מִבְּעוֹד יוֹם אע"פ שֶׁלֹּא צְבָעָן בְּשֶׁמֶן וְלֹא כְּרָכָן בִּמְשִׁיחָה מֻותָּר לָצֵאת בָּהֶן. וְהַייְנוּ כְּרַב אַסִּי דְּאָמַר יָשַׁב אע"פ שֶׁלֹּא קָשַׁר וְלֹא חָשַׁב וְכֵן יָצָא אע"פ שֶׁלֹּא צָבַע וְלֹא חָשַׁב: וְקָשֶׁה לר"י דִּנְקַט בְּרֵישָׁא בִּזְמַן שֶׁצְּבָעָן בְּשֶׁמֶן מַאי אִירְיָא צְבָעָן אֲפִילּוּ חָשַׁב נָמֵי מִדְּמַכְשַׁר יָצָא בְּלֹא צֶבַע וּבְלֹא חָשַׁב וכ"ש חָשַׁב וְלֹא יָצָא. דְּלִכְאוֹרָה מַשְׁמַע דִּישִׁיבָה גְּרִיעָה מִמַּחֲשָׁבָה וְכֵן נָמֵי יְצִיאָה. וְי"ל הָא דְּקָא אָמְרִינַן שֶׁצְּבָעָן לֹא כְּדֵי לָצֵאת בָּהֶם בְּשַׁבָּת אֶלָּא כְּדֵי לָצֵאת בָּהֶם מִבְּעוֹד יוֹם וְאַחַר כָּךְ נִמְלַךְ וְלֹא יָצָא בָּהֶן אַפֵּ"ה יָכוֹל לָצֵאת בָּהֶן בְּשַׁבָּת וּלְפִי דִּבְרֵי ר"י זַ"ל מַשְׁמַע דְּבָעֵי מַחְשָׁבָה לְצֹורֶךְ הַשַּׁבָּת. וְהַךְ צְבִיעָה דִּצְבָעָן כְּדֵי לָצֵאת בָּהֶן מִבְּעוֹד יוֹם גְּרִיעָה מִמַּחֲשָׁבָה לְצֹורֶךְ שַׁבָּת וקמ"ל דְּאַפֵּ"ה מְהַנֵּי. וְלָא מַשְׁמַע הָכִי לְעֵיל דְּנִמְלַךְ עֲלֵיהֶן דְּקָתָנֵי גַּבֵּי חֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל מַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ בְּחוֹל מְהַנְּיָא הַךְ מַחְשָׁבָה לְרַשְׁבָּ"ג. וְהָא דְּתַנְיָא צְבָעָן וְלָא תַּנָּא חָשַׁב אִיכָּא לְמֵימַר תִּיקּוּן מְעַלְּיָא נְקַט. וּמִמֵּילָא יָדַעְנָא דה"ה חָשַׁב מִדִּנְקַט סֵיפָא וְאִם יָצָא בָּהֶן דְּשָׁמְעִינַן מִינָּהּ דכ"ש חָשַׁב וְרַב אַשִּׁי נָמֵי סִייְּעָה לְרַב אַסִּי מִמַּתְנִיתִין דִּתְנַן הַקַּשׁ שֶׁעַל גַּבֵּי הַמִּטָּה לֹא יְנַעְנְעֶנּוּ בְּיָדוֹ אֲבָל מְנַעַנְעוֹ בְּגוּפוֹ. וְאִם הָיָה מַאֲכַל בְּהֵמָה אוֹ שֶׁהָיָה עָלָיו כַּר אוֹ סָדִין מְנַעַנְעוֹ בְּיָדוֹ:
Rabba bar bar Hana enseigna devant Rav : des palmes de dattier qu'on a coupées pour du bois, et qu'on a ensuite destinées à s'asseoir, il faut les nouer. Rabban Chimon ben Gamliel dit : il n'est pas nécessaire de les nouer. Lui-même l'a enseigné et lui-même a dit : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel. Il a été dit : Rav dit : il noue ; Chmouel dit : il pense (y destiné par la pensée) ; et Rav Assi dit : s'il s'est assis dessus, même sans avoir noué et sans avoir pensé. La halakha est comme Rav Assi, car il suit ce Tanna : 'On sort avec des pekorin (tampons de laine) et avec du tsipa. Quand ? Lorsqu'on les a enduits d'huile et enroulés d'un fil ; mais si on ne les a pas enduits d'huile ni enroulés d'un fil, on ne sort pas avec. Et si on est sorti avec pendant le jour (avant Chabbat), même sans les avoir enduits d'huile ni enroulés d'un fil, il est permis de sortir avec.' Cela correspond à Rav Assi, qui dit : s'il s'est assis, même sans nouer ni penser ; de même ici : s'il est sorti, même sans enduire ni penser. Le Ri trouve difficile : pourquoi le début dit-il 'lorsqu'on les a enduits d'huile' ? Pourquoi précisément enduits ? Même s'il y a pensé ; puisque (la baraita) valide le cas où il est sorti sans enduire et sans penser, à plus forte raison s'il a pensé sans sortir. Car à première vue, s'asseoir vaut moins que la pensée, et de même sortir. On peut répondre : 'lorsqu'on les a enduits' ne signifie pas pour sortir avec eux le Chabbat, mais pour sortir avec eux pendant le jour ; ensuite il s'est ravisé et n'est pas sorti avec, et malgré cela il peut sortir avec le Chabbat. D'après les paroles du Ri, il ressort qu'il faut une pensée en vue du Chabbat, et cet enduit fait pour sortir avec pendant le jour vaut moins qu'une pensée en vue du Chabbat ; la baraita nous apprend que malgré cela il est efficace. Mais cela ne ressort pas ainsi de ce qu'on a vu plus haut, où il est question de palmes de dattier sur lesquelles on s'est ravisé : cela implique que, selon Rabban Chimon ben Gamliel, cette pensée est efficace même en semaine. Et si la baraita dit 'enduits' et non 'il a pensé', on peut dire qu'elle mentionne une préparation complète ; et on sait de soi-même qu'il en va de même pour 'il a pensé', puisque la fin mentionne 'et s'il est sorti avec', d'où nous déduisons à plus forte raison 'il a pensé'. Et Rav Achi aussi a appuyé Rav Assi a partir de la michna : 'La paille sur le lit, on ne la remue pas avec la main, mais on la remue avec le corps ; et si c'était de la nourriture pour animaux, ou s'il y avait dessus un coussin ou un drap, on la remue avec la main.'
💡 Explication

Les peaux (shela'hin) servent à s'asseoir ou s'allonger : ce sont des objets usuels, déplaçables le Chabbat. La toison est réservée au filage : elle est muktse. Si l'on y a enfoui une marmite, on soulève le couvercle (qui est un ustensile) et la laine tombe d'elle-même.

Le Roch traite ici de la notion voisine : comment un objet non destiné à s'asseoir (palmes coupées pour le bois) devient-il utilisable le Chabbat ? Par un nœud (Rav), par la pensée (Chmouel), ou par le simple fait de s'y être assis (Rav Assi, qui fait halakha).

12
רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר: קֻופָּה, מַטָּהּ עַל צִדָּהּ וְנוֹטֵל, שֶׁמָּא יִטּוֹל וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהַחֲזִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: נוֹטֵל וּמַחֲזִיר.

Rabbi Eleazar ben Azaria dit : le panier, on le penche sur le côté et on prend (la marmite), de peur qu'il ne la prenne et ne puisse la remettre. Et les Sages disent : il prend et il remet.

📜 Rachi (3)
רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר קֻופָּה מַטָּהּ עַל צִדָּהּ וְנוֹטֵל כְּשֶׁבָּא לִיטֹּול הַקְּדֵרָה מָטָה הַקֻּופָּה עַל צִדָּהּ:
Rabbi Eleazar ben Azaria dit : le panier, on le penche sur le côté et on prend : quand il vient prendre la marmite, il penche le panier sur le côté.
שֶׁמָּא יִטֹּול הַקְּדֵרָה וְיִפְּלוּ הֲגִיזִין שֶׁמִּכָּאן וּמִכָּאן לְתוֹךְ גֻּומָּא שֶׁיָּשְׁבָה בָּהֶן וְאִם יִצְטָרֵךְ לַחֲזֹור וּלְהַטְמִינָהּ לֹא יוּכַל לְטַלְטֵל גִּיזִּין לְכָאן וּלְכָאן וְלַעֲשׂוֹת גֻּומָּא לְהַחֲזִירָהּ בְּתוֹכָהּ:
De peur qu'il ne la prenne : la marmite, et que les toisons de part et d'autre ne tombent dans le creux où elle reposait ; et s'il doit la remettre et l'enfouir de nouveau, il ne pourra pas déplacer les toisons d'un côté et de l'autre pour faire un creux où la remettre.
נוֹטֵל וּמַחֲזִיר בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לָהּ:
Il prend et il remet : la guemara l'explique.
💡 Explication

Rabbi Eleazar ben Azaria propose de pencher le panier : ainsi la laine ne s'effondre pas dans le creux laissé par la marmite, et on pourra la remettre sans toucher la laine muktse. Les Hakhamim permettent de prendre et remettre directement ; la guemara (49b) précisera comment.

13
גְּמָ׳ יָתֵיב רַבִּי יוֹנָתָן בֶּן עֲכִינַאי וְרַבִּי יוֹנָתָן בֶּן אֶלְעָזָר, וְיָתֵיב רַבִּי חֲנִינָא בַּר חָמָא גַּבַּיְיהוּ, וְקָא מִיבַּעְיָא לְהוּ: שְׁלָחִין שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת תְּנַן, אֲבָל שֶׁל אֻומָּן כֵּיוָן דְּקָפֵיד עֲלַייְהוּ לָא מְטַלְטְלִינַן לְהוּ. אוֹ דִּילְמָא שֶׁל אֻומָּן תְּנַן, וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת?

GUEMARA. Rabbi Yonatan ben Akhinai et Rabbi Yonatan ben Eleazar étaient assis, et Rabbi Hanina bar Hama était assis auprès d'eux, et ils se demandaient : avons-nous appris (la michna) des peaux d'un particulier, mais celles d'un artisan, puisqu'il y tient, on ne les déplace pas ?

Ou peut-être avons-nous appris celles d'un artisan, et à plus forte raison celles d'un particulier ?

📜 Rachi (2)
גְּמ' שְׁלָחִין שֶׁל בעה"ב תְּנַן דְּמֻותָּר לְטַלְטְלָן שֶׁאֵין עוֹמְדִין לִימָּכֵר וְלָא קְפִיד עֲלַייְהוּ כִּי מִטַּנְּפִי וַחֲזֵי לְמִזְגָּא עֲלַיְיהוּ:
Nous avons appris des peaux d'un particulier : qu'il est permis de les déplacer, car elles ne sont pas destinées à la vente et il n'y tient pas si elles se salissent ; elles sont bonnes pour s'étendre dessus.
אֲבָל שֶׁל אֻומָּן שֶׁעוֹמְדוֹת לְמָוכְרָן קָפֵיד עֲלַייְהוּ הִלְכָּךְ לָא לְמִזְגָּא קָייְמִי וְאֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן:
Mais celles d'un artisan : qui sont destinées à la vente, il y tient ; par conséquent elles ne sont pas destinées à s'étendre dessus et on ne les déplace pas.
💡 Explication

Le critère du muktse dépend de l'attitude du propriétaire : l'artisan (oman) qui vend les peaux y tient (kapid) et ne les utilisera pas pour s'asseoir ; elles pourraient donc être muktse, contrairement à celles du particulier (baal habayit).

🖼️ Schéma
Les peaux de la michna : particulier ou artisan ?Particulier (baal habayit)il n'y tient pas si elles se salissent-> bonnes pour s'asseoir : permisesArtisan (oman)peaux à vendre, il y tient-> muktse selon R. Yonatan b. EleazarR. Hanina bar Hamacite R. Yichmael fils de R. Yossi... (suite en 49b)
Les peaux du particulier et celles de l'artisan.
14
אֲמַר לְהוּ רַבִּי יוֹנָתָן בֶּן אֶלְעָזָר: מִסְתַּבְּרָא שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת תְּנַן, אֲבָל שֶׁל אֻומָּן קָפֵיד עֲלַייְהוּ. אֲמַר לְהוּ רַבִּי חֲנִינָא בַּר חָמָא, כָּךְ אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי:

Rabbi Yonatan ben Eleazar leur dit : il est logique que nous ayons appris celles d'un particulier ; mais celles d'un artisan, il y tient. Rabbi Hanina bar Hama leur dit : ainsi a dit Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi :

💡 Explication

Rabbi Yonatan ben Eleazar penche pour la lecture restrictive. Rabbi Hanina bar Hama apporte une tradition de Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi, dont la suite se trouve en 49b.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).