Sougya : Le folio achève la règle du hibour (connexion) pour l'impureté et l'aspersion, puis examine le sens de 'lorsqu'ils sont humides' dans la michna précédente : humides par nature ou humides par un liquide venu de l'extérieur ? La question reste sans réponse.
Une nouvelle michna énumère les matériaux permis pour l'enfouissement (hatmana) : vêtements, fruits, ailes de colombe, sciure, étoupe de lin. Les ailes de colombe amènent le récit d'Elicha 'l'homme aux ailes', qui portait ses téfilines malgré le décret romain, et l'exigence d'un 'corps propre' pour les téfilines (Abaye / Rava).
La guemara établit ensuite que Rabbi Yehouda vise l'étoupe de lin. Une troisième michna distingue les peaux (déplaçables) et la toison (muktse), et la guemara se demande si la permission vaut aussi pour les peaux d'un artisan.
Et les Sages ont décrété au sujet de l'impureté (touma) hors du moment de l'usage, à cause de l'impureté au moment de l'usage ; et au sujet de l'aspersion (haza'a) au moment de l'usage, à cause de l'aspersion hors du moment de l'usage.
Fin de la discussion de 48b sur le hibour (connexion) entre les parties d'un ustensile. Selon la Torah, deux parties sont reliées pendant l'usage et séparées hors usage. Les Sages ont durci dans les deux sens : pour l'impureté, elles sont toujours considérées reliées (si l'une est impure, l'autre l'est aussi) ; pour l'aspersion de purification, elles ne le sont jamais (il faut asperger chaque partie).
'Lorsqu'ils sont humides.' La question leur fut posée : humides par eux-mêmes, ou peut-être humides à cause d'autre chose ?
Retour à la michna de 47b : on n'enfouit pas un plat dans de la paille, du marc de raisin, de la bourre ou de l'herbe humides, car l'humidité augmente la chaleur (risque de cuisson). La question : l'interdit vise-t-il seulement les matériaux humides par nature (mehamat atsman), ou aussi ceux mouillés par un liquide extérieur (mehamat davar aher) ?
Viens et entends : 'Ni dans la paille, ni dans le marc de raisin, ni dans la bourre (mokhin), ni dans l'herbe, lorsqu'ils sont humides.' Si tu dis : humides à cause d'autre chose, c'est bien. Mais si tu dis : humides par eux-mêmes, de la bourre humide par elle-même, où la trouve-t-on ? — De la laine arrachée d'entre les cuisses (de l'animal).
Tentative de preuve : la michna mentionne les mokhin (bourre, laine) parmi les matériaux humides, or la laine est sèche par nature ; il faudrait donc comprendre 'humides par un liquide extérieur'. Réfutation : il existe une laine naturellement humide, celle qu'on arrache entre les cuisses de la bête, imprégnée de sueur.
Et ce qu'a enseigné Rabbi Ochaya : 'On enfouit dans un vêtement sec et dans des fruits secs, mais pas dans un vêtement humide ni dans des fruits humides' — un vêtement humide par lui-même, ou le trouve-t-on ? — De la laine arrachée d'entre les cuisses.
Même raisonnement pour la baraita de Rabbi Ochaya, et même réponse : le vêtement a été tissé avec cette laine humide. La question reste donc ouverte. Tossefot remarque que Rabbi Ochaya semble contredire la michna suivante, qui permet d'enfouir dans des vêtements sans distinction.
MICHNA. On enfouit dans des vêtements et dans des fruits, dans des ailes de colombe, dans la sciure des menuisiers et dans l'étoupe de lin fine.
Rabbi Yehouda interdit dans la fine et permet dans la grossière.
Liste des matériaux qui conservent la chaleur sans l'augmenter : on peut y enfouir un plat dès la veille de Chabbat. Rabbi Yehouda interdit une matière 'fine' ; la guemara (segments 8-9) précisera de laquelle il parle.
GUEMARA. Rabbi Yannai a dit : les téfilines exigent un corps propre, comme Elicha 'l'homme aux ailes'.
Qu'est-ce que cela signifie ? Abaye a dit : qu'on n'émette pas de vent en les portant.
Rava a dit : qu'on ne dorme pas avec elles.
Les ailes de colombe de la michna amènent un enseignement sur les téfilines. Le 'corps propre' (guf naki) : pour Abaye, ne pas émettre de vent en les portant ; pour Rava, ne pas s'endormir avec elles. Tossefot explique pourquoi Elicha sert de modèle et discute le relâchement de cette mitsva au fil des générations.
Et pourquoi l'appelle-t-on 'l'homme aux ailes' ? Parce qu'une fois le méchant royaume de Rome décréta une persécution contre Israël : quiconque mettrait les téfilines, on lui percerait le crâne.
Elicha les mettait et sortait au marché. Un kasdor (fonctionnaire) le vit ; il s'enfuit devant lui et l'autre courut après lui.
Lorsqu'il l'atteignit, (Elicha) les retira de sa tête et les tint dans sa main. Il lui dit : 'Qu'as-tu dans la main ?' Il lui répondit : 'Des ailes de colombe.' Il ouvrit la main, et on y trouva des ailes de colombe.
C'est pourquoi on l'appelle 'Elicha l'homme aux ailes'.
Récit du miracle d'Elicha. Tossefot se demande comment Elicha a pu retirer ses téfilines en période de persécution, où l'on doit mourir plutôt que céder même sur un détail (yehareg ve-al yaavor). Réponse : ce geste n'est pas une conduite d'idolâtre ; il se retrouve simplement dans la situation de beaucoup de Juifs qui ne portent pas de téfilines à ce moment.
Et en quoi les ailes de colombe diffèrent-elles de celles des autres oiseaux ? Parce que l'Assemblée d'Israël est comparée à la colombe, comme il est dit : 'Les ailes de la colombe recouvertes d'argent, etc.' (Tehilim 68, 14).
De même que la colombe, ses ailes la protègent, de même Israël, les mitsvot le protègent.
Pourquoi la colombe ? Israël lui est comparé (Tehilim 68). La colombe n'a d'autre défense que ses ailes ; Israël est protégé par ses mitsvot. Le Ben Yehoyada concilie cet enseignement avec l'opinion selon laquelle la récompense des mitsvot n'est pas donnée dans ce monde : chaque mitsva contient en puissance les deux premiers commandements, dont la récompense est donnée aussi ici-bas.
'Dans la sciure des menuisiers, etc.' La question leur fut posée : Rabbi Yehouda se réfère-t-il à la sciure des menuisiers ou à l'étoupe de lin ?
La michna dit : sciure, étoupe fine ; Rabbi Yehouda interdit 'dans la fine'. Le mot 'fine' (daka) peut qualifier les deux. La question : lequel des deux matériaux vise-t-il ?
Le passage du Roch placé ici résume les conclusions de 48a-49a : bourre de coussin (neuf interdit, ancien permis), col de chemise, et la halakha sur 'humides' : l'interdit étant rabbinique, on tranche avec souplesse et on permet les matériaux mouillés par un liquide extérieur.
Viens et entends, car il est enseigné : Rabbi Yehouda dit : l'étoupe de lin fine est comme du fumier. Déduis-en qu'il se réfère à l'étoupe de lin.
Déduis-en.
La baraita tranche : pour Rabbi Yehouda, l'étoupe de lin fine produit de la chaleur comme le fumier, matériau interdit pour l'enfouissement (michna 47b). La sciure reste permise dans tous les cas.
MICHNA. On enfouit dans des peaux et on peut les déplacer ; dans des toisons de laine, et on ne peut pas les déplacer.
Comment fait-on ? On prend le couvercle, et elles tombent.
Les peaux (shela'hin) servent à s'asseoir ou s'allonger : ce sont des objets usuels, déplaçables le Chabbat. La toison est réservée au filage : elle est muktse. Si l'on y a enfoui une marmite, on soulève le couvercle (qui est un ustensile) et la laine tombe d'elle-même.
Le Roch traite ici de la notion voisine : comment un objet non destiné à s'asseoir (palmes coupées pour le bois) devient-il utilisable le Chabbat ? Par un nœud (Rav), par la pensée (Chmouel), ou par le simple fait de s'y être assis (Rav Assi, qui fait halakha).
Rabbi Eleazar ben Azaria dit : le panier, on le penche sur le côté et on prend (la marmite), de peur qu'il ne la prenne et ne puisse la remettre. Et les Sages disent : il prend et il remet.
Rabbi Eleazar ben Azaria propose de pencher le panier : ainsi la laine ne s'effondre pas dans le creux laissé par la marmite, et on pourra la remettre sans toucher la laine muktse. Les Hakhamim permettent de prendre et remettre directement ; la guemara (49b) précisera comment.
GUEMARA. Rabbi Yonatan ben Akhinai et Rabbi Yonatan ben Eleazar étaient assis, et Rabbi Hanina bar Hama était assis auprès d'eux, et ils se demandaient : avons-nous appris (la michna) des peaux d'un particulier, mais celles d'un artisan, puisqu'il y tient, on ne les déplace pas ?
Ou peut-être avons-nous appris celles d'un artisan, et à plus forte raison celles d'un particulier ?
Le critère du muktse dépend de l'attitude du propriétaire : l'artisan (oman) qui vend les peaux y tient (kapid) et ne les utilisera pas pour s'asseoir ; elles pourraient donc être muktse, contrairement à celles du particulier (baal habayit).
Rabbi Yonatan ben Eleazar leur dit : il est logique que nous ayons appris celles d'un particulier ; mais celles d'un artisan, il y tient. Rabbi Hanina bar Hama leur dit : ainsi a dit Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi :
Rabbi Yonatan ben Eleazar penche pour la lecture restrictive. Rabbi Hanina bar Hama apporte une tradition de Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi, dont la suite se trouve en 49b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).