Shabbat 49b — Les peaux de l'artisan, l'origine des 39 melakhot (Michkan ou décompte du mot melakha) et la toison qui a servi à l'enfouissement

Shabbat 49b

Sougya : Le daf poursuit la question de 49a : les peaux d'un artisan (oman) peuvent-elles être déplacées le Chabbat ? Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi rapporte que son père, tanneur, disait de s'asseoir sur des peaux ; la Guemara oppose des baraitot sur les planches et les peaux, et conclut que la question correspond à une discussion de Tanaim (premier Tana contre Rabbi Yossi).

Les mêmes Sages demandent ensuite à quoi correspond le nombre des 39 melakhot : Rabbi Hanina bar Hama répond qu'il correspond aux travaux du Michkan ; Rabbi Chimon fils de Rabbi Yossi ben Lakounia, aux 39 occurrences du mot melakha dans la Torah. Rav Yossef se demande quel verset est compté (Yossef en Égypte où les dons du Michkan), sans réponse (tékou).

Une baraita soutient l'avis du Michkan et dérive le transport d'un domaine à l'autre du chargement des planches sur les chariots. Enfin, Rava permet de déplacer la toison qui a déjà servi à l'enfouissement, et un étudiant arrive du jour l'interroge.

Peut-on déplacer le Chabbat les peaux et les planches ? Objet qui le possède ? Baal habayit particulier Oman artisan (marchandise) Planches (nesarim) il craint de les abîmer permis interdit (muktse) sauf s'il pensait y poser du pain Peaux (orot) tannées ou non permis discute : voir ci-dessous Premier Tana (Tana kama) Peaux de l'artisan : interdites Il y tient pour la vente (= Rabbi Yonatan ben Eleazar, 49a) Rabbi Yossi Peaux de l'artisan : permises S'asseoir dessus ne les abîme pas (son père tanneur : on s'assoit dessus) Kenaim : la question de 49a correspond à une discussion de Tanaim.
Planches et peaux : particulier ou artisan, et la discussion de Tanaim sur les peaux de l'artisan.
39 melakhot : à quoi correspond ce nombre ? Michna : 40 moins 1 avot melakhot kenegued mi ? (contre quoi ?) Rabbi Hanina bar Hama Les travaux du Michkan La paracha du Chabbat est juxtaposée à celle de la construction du Michkan R. Chimon b. R. Yossi b. Lakounia melakha / melakhto / melekhet écrits 39 fois dans la Torah (via R. Yonatan b. R. Eleazar) Baraita en sa faveur (seg. 10-12) "Ils ont semé, vous ne sèmerez pas..." planches chargées sur les chariots Doute de Rav Yossef (seg. 7-9) quel verset sort du compte ? tékou : question sans réponse
Les deux sources du nombre 39 et la suite de la sougya.
1
אַבָּא — שַׁלָּחָא הֲוָה, וְאָמַר הָבִיאוּ שְׁלָחִין וְנֵשֵׁב עֲלֵיהֶן.

(Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi rapporte :) Mon père était tanneur (shelha), et il disait : apportez des peaux et asseyons-nous dessus.

📜 Rachi (3)
שַׁלָּחָא הֲוָה אֻומָּן לְעַבֵּד עוֹרוֹת:
Était tanneur : un artisan qui traite les peaux.
וְאָמַר בְּחוֹל:
Et il disait : en semaine.
הָבִיאוּ שְׁלָחִין וְנֵשֵׁב עֲלֵיהֶן אַלְמָא לָא קָפֵיד:
Apportez des peaux et asseyons-nous dessus : on en déduit qu'il n'y tenait pas (il ne craignait pas de les abîmer).
🗂️ Tossefot (1)
אַבָּא שַׁלָּחָא פר"ח וְאָמַר הֵבִיאוּ לִי שְׁלָחִין בְּשַׁבָּת וַהֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי דקי"ל מַעֲשֶׂה רַב וְכֵן נִרְאֶה דְּאִי בְּחוֹל מַיְירֵי כִּדְפֵי' בַּקְּוַנְט' וְלָא מַיְיתֵי רְאָיָה אֶלָּא דְּאֻומָּן נָמֵי לָא קָפֵיד טְפֵי הֲוָה לֵיהּ לְאֵתוּיֵי דְּר' יוֹסֵי אַבֹּוהַּ דְּשָׁרֵי לְקַמָּן בְּהֶדְיָא שֶׁל אֻומָּן:
Mon père était tanneur : Rabbenou Hananel explique : il disait "apportez-moi des peaux" le Chabbat, et la halakha suit Rabbi Yossi, car nous tenons qu'un fait accompli (maasse) fait autorité. Cela semble juste, car s'il s'agissait d'un jour de semaine, comme l'explique le Kountras (Rachi), et qu'il ne venait prouver que le fait que l'artisan lui aussi n'y tient pas, il aurait mieux fait de citer (la baraita de) Rabbi Yossi, son père, qui permet explicitement plus loin (les peaux) de l'artisan.
💡 Explication

Ce segment conclut la réponse de Rabbi Hanina bar Hama (fin de 49a) : les peaux d'un oman (artisan) sont-elles muktse parce qu'il les destiné à la vente ? Rabbi Yichmael témoigne que son père, un tanneur, faisait asseoir ses invités sur ses peaux : l'artisan n'y tient donc pas.

Rachi comprend que la scène a lieu en semaine ; elle montre seulement que l'artisan ne craint pas de les abîmer. Tossefot, avec Rabbenou Hananel, la situe le Chabbat et en tire la halakha selon Rabbi Yossi (maasse rav : un fait vécu fait autorité).

2
מֵיתִיבִי: נְסָרִין שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת מְטַלְטְלִין אוֹתָן, וְשֶׁל אֻומָּן אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן. וְאִם חִישֵּׁב לָתֵת עֲלֵיהֶן פַּת לָאוֹרְחִין — בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ מְטַלְטְלִין! שָׁאנֵי נְסָרִים דְּקָפֵיד עֲלַיְיהוּ.

On objecta : des planches (nesarin) d'un particulier (baal habayit), on les déplace ; celles d'un artisan, on ne les déplace pas. Et s'il a pensé y poser du pain pour des invités, dans un cas comme dans l'autre, on les déplace !

(Réponse :) Les planches sont différentes, car il y tient.

📜 Rachi (1)
דְּקָפֵיד עֲלַיְיהוּ שֶׁמָּא יִתְקַלְקְלוּ:
Car il y tient : de peur qu'elles ne s'abîment.
💡 Explication

La baraita semble prouver que la marchandise d'un artisan est muktse. La Guemara distingue : des planches se rayent et se salissent quand on les utilise, l'artisan y tient donc (kapid). Des peaux ne s'abîment pas quand on s'assoit dessus.

La pensée (mahshava) d'y poser du pain pour des invités suffit à leur donner un usage permis et à lever l'interdit, même pour l'artisan.

3
תָּא שְׁמַע: עוֹרוֹת, בֵּין עֲבוּדִין וּבֵין שֶׁאֵין עֲבוּדִין, מֻותָּר לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת. לֹא אָמְרוּ עֲבוּדִין אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה בִּלְבַד. מַאי לַָאו לָא שְׁנָא שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת, וְלָא שְׁנָא שֶׁל אֻומָּן? לֹא, שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת.

Viens et entends : les peaux, tannées ou non tannées, il est permis de les déplacer le Chabbat. On n'a parlé de "tannées" qu'au sujet de l'impureté seulement.

N'est-ce pas qu'il n'y a pas de différence entre celles d'un particulier et celles d'un artisan ? Non : (il s'agit) de celles d'un particulier.

📜 Rachi (2)
וְלֹא אָמְרוּ עֲבוּדִין לֹא הֻוזְכְּרוּ לְחַלֵּק בֵּין עֲבוּדִין לְשֶׁאֵינָן עֲבוּדִין:
On n'a parlé de tannées : on ne les a pas mentionnées pour distinguer entre tannées et non tannées,
אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה דַּעֲבוּדִין מְקַבְּלִין טֻומְאָה וְלֹא שֶׁאֵינָן עֲבוּדִין:
sauf au sujet de l'impureté : car les peaux tannées reçoivent l'impureté, et non celles qui ne sont pas tannées.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא אָמְרוּ עֲבוּדִין אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה בִּלְבַד פרש"י שֶׁאֵין עוֹר מְקַבֵּל טֻומְאָה עַד לְאַחַר עִיבּוּד וְאִם תֹּאמַר וְהָא אָמַר בִּזְבָחִים בְּפֶ' דַּם חַטָּאת (זְבָחִים דַּף צג: וְשָׁם) מִנַּיִין לְרַבּוֹת עוֹר מִשֶּׁהֻופְשַׁט תַּלְמוּד לוֹמַר אֲשֶׁר יִזֶּה עָלֶיהָ תְּכֻובַּס יָכוֹל אַף עוֹר שֶׁלֹּא הֻופְשַׁט תַּלְמוּד לוֹמַר בֶּגֶד מַה בֶּגֶד מְקַבֵּל טֻומְאָה אַף כֹּל דָּבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה מַשְׁמַע דְּעוֹר מִשֶּׁהֻופְשַׁט מְקַבֵּל טֻומְאָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם כְּשֶׁיִּחֲדוֹ לִישִׁיבָה וְהָכָא כְּשֶׁלֹּא יַחְדָּו וְאַפֵּ"ה מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ בְּשַׁבָּת וְהָא דְּאָמַר רָבָא בְּרֵישׁ כָּל הַכֵּלִים (לְקַמָּן שַׁבָּת קכג.) מִדִּלְעִנְיַן טֻומְאָה לָאו מָנָא הוּא לְעִנְיַן שַׁבָּת נָמֵי לָאו מָנָא הוּא גַּבֵּי מַחַט שֶׁנִּיטַּל חֹורָהּ אוֹ עֻוקְצָהּ ה"פ מִדִּלְעִנְיַן טֻומְאָה לָאו מָנָא הוּא אַפֵּי' ע"י יִחוּד דְּנִיטַּל חֹורָהּ אוֹ עֻוקְצָהּ טְהוֹרָה וְלָא מְהַנֵּי בָּהּ יִחוּד וְהָא דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים בְּפֶרֶק י"ג (מִשְׁנָה ה) מַחַט שֶׁנִּיטַּל חֹורָהּ אוֹ עֻוקְצָהּ טְהוֹרָה וְאִם הִתְקִינָהּ לְמִיתּוּחַ טְמֵאָה אוֹמֵר רִ"י דְּהָתָם מַיְירֵי כְּשֶׁעָשָׂה בָּהּ שׁוּם שִׁינּוּי וְתִיקּוּן לְמִיתּוּחַ אֲבָל בְּיִחוּד בְּעָלְמָא לְמִיתּוּחַ אֵינָהּ טְמֵאָה אֲבָל הֵיכָא דְּהָוֵי מָנָא לְעִנְיַן טֻומְאָה ע"י יִחוּד לְגַבֵּי שַׁבָּת הָוֵי מָנָא בְּלֹא יִחוּד וְכֵן מַשְׁמַע הָתָם דְּקָאָמַר תַּרְגְּמָא אַבָּיֵי אַלִּיבָּא דְּרָבָא בְּגֻלְמֵי דְּזִימְנִין דְּמִימְּלִיךְ עֲלַייְהוּ וּמְשַׁוֵּי לְהוּ מָנָא לְהָכִי מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ אע"ג דְּאַכַּתִּי לָא אִימְּלִיךְ עֲלָהּ וְהִיא טְהוֹרָה:
On n'a parlé de tannées qu'au sujet de l'impureté seulement : Rachi explique qu'une peau ne reçoit l'impureté qu'après le tannage. Et si tu objectes : il est dit dans Zevahim, chapitre Dam hatat (Zevahim 93b) : d'où sait-on qu'il faut inclure une peau une fois écorchée ? Le verset dit "ce sur quoi il aura aspergé, tu laveras". Pourrait-on inclure même une peau non écorchée ? Le verset dit "vêtement" : de même que le vêtement reçoit l'impureté, ainsi toute chose qui reçoit l'impureté. Il en ressort qu'une peau, des qu'elle est écorchée, reçoit l'impureté ! On peut répondre : là-bas, il s'agit du cas où on l'a destinée à s'asseoir ; ici, du cas où on ne l'a pas destinée, et malgré cela il est permis de la déplacer le Chabbat. Quant à ce que dit Rava au début du chapitre Kol hakelim (plus loin, Chabbat 123a) : "puisque pour l'impureté ce n'est pas un ustensile, pour le Chabbat non plus ce n'est pas un ustensile", au sujet d'une aiguille dont le chas ou la pointe a été enlevé, voici l'explication : puisque pour l'impureté ce n'est pas un ustensile même par une destination (yihoud), car une aiguille dont le chas ou la pointe a été enlevé est pure et la destination n'a pas d'effet sur elle. Et ce que nous avons appris dans le traité Kelim, chapitre 13 (michna 5) : une aiguille dont le chas ou la pointe a été enlevé est pure, et si on l'a aménagée pour tendre (le tissu), elle est impure, le Ri dit : là-bas il s'agit du cas où on lui a fait une modification et un aménagement pour tendre ; mais par une simple destination à tendre, elle n'est pas impure. Mais là où (l'objet) devient ustensile pour l'impureté par une destination, pour le Chabbat il est ustensile même sans destination. C'est aussi ce qui ressort de là-bas, où l'on dit : Abaye l'a expliquée selon Rava au sujet d'aiguilles non finies (golmei), car parfois il change d'avis à leur sujet et en fait un ustensile pour cet usage ; c'est pourquoi il est permis de la déplacer, bien qu'il n'ait pas encore changé d'avis à son sujet et qu'elle soit pure.
💡 Explication

Seconde preuve : une baraita permet de déplacer toutes les peaux, sans distinguer le propriétaire. La Guemara répond qu'elle ne parle que du baal habayit.

Le tannage (ibboud) ne compte que pour l'impureté : une peau tannée est un matériau utilisable et peut devenir impure. Tossefot concilie cela avec Zevahim 93b (une peau reçoit l'impureté dès qu'elle est écorchée) : là-bas, on l'a destinée à s'asseoir. Il en tire une règle : ce qui peut devenir ustensile pour l'impureté par simple destination (yihoud) est considéré comme ustensile pour le Chabbat même sans destination.

4
אֲבָל שֶׁל אֻומָּן מַאי? אֵין מְטַלְטְלִין — אִי הָכִי הָא דְתָנֵי: וְלֹא אָמְרוּ עֲבוּדִין אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה בִּלְבַד, לִפְלוֹג וְלִיתְנֵי בְּדִידָהּ: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּשֶׁל בַּעַל הַבַּיִת, אֲבָל בְּשֶׁל אֻומָּן — לֹא! כֻּולַּהּ בְּבַעַל הַבַּיִת קָמַיְירֵי.

Mais celles d'un artisan, qu'en est-il ? On ne les déplace pas ?

S'il en est ainsi, puisque (la baraita) enseigne : "on n'a parlé de tannées qu'au sujet de l'impureté seulement", qu'elle distingue et enseigne dans le sujet même (du Chabbat) : "de quoi parle-t-on ? De celles d'un particulier ; mais celles d'un artisan, non" !

(Réponse :) Toute la baraita parle du particulier.

📜 Rachi (3)
לִיפְלֹוג בְּדִידָהּ בְּטִלְטוּל גּוּפֵיהּ אִיכָּא לִפְלוּגֵי בְּשֶׁל אֻומָּן בֵּין עֲבוּדִין לְשֶׁאֵינָן עֲבוּדִין דַּעֲבוּדִין קָפֵיד עֲלַיְיהוּ:
Qu'elle distingue dans le sujet même : dans le déplacement lui-même, on pourrait distinguer, pour l'artisan, entre les peaux tannées et non tannées, car il tient aux peaux tannées.
בד"א דַּעֲבוּדִין מֻותָּר לְטַלְטְלָן בְּשֶׁל בעה"ב אֲבָל שֶׁל אֻומָּן מֵאַחַר שֶׁעִבְּדָן קָפֵיד עֲלַיְיהוּ:
De quoi parle-t-on : que les peaux tannées sont permises au déplacement pour un particulier ; mais celles d'un artisan, dès qu'il les a tannées, il y tient.
כֻּולָּהּ בבעה"ב אַיְירֵי וּמַהְדַּר לְיפַלּוּגֵי בבעה"ב דְּאַיְּירִי בֵּיהּ וְלָא אַשְׁכַּח לִפְלוּגֵי אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה וְאִי שַׁבְקֵיהּ לבעה"ב דְּאַיְּירִי בֵּיהּ וּנְקַט אֻומָּן מַפְסְקָה לְמִילְּתֵיהּ טְפֵי מִדְּהַשְׁתָּא:
Toute la baraita parle du particulier : elle cherche à faire une distinction à propos du particulier dont elle parle, et n'en trouve une qu'au sujet de l'impureté. Si elle avait laissé le particulier dont elle parle pour prendre l'artisan, elle aurait interrompu son propos davantage qu'à présent.
💡 Explication

Question de style (lifloug velitnei bedida) : si l'artisan était interdit, la baraita aurait pu distinguer dans le Chabbat même (particulier permis, artisan interdit pour les peaux tannées) au lieu de sortir vers l'impureté.

Réponse : la baraita traite d'un seul cas, le particulier. Pour lui, la seule distinction possible entre tannées et non tannées concerne l'impureté. Introduire l'artisan aurait davantage rompu le fil du propos (Rachi).

5
כְּתַנָּאֵי: עוֹרוֹת שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת מְטַלְטְלִין אוֹתָן, וְשֶׁל אֻומָּן אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה מְטַלְטְלִין אוֹתָן.

(C'est) comme (une discussion de) Tanaim : les peaux d'un particulier, on les déplace ; celles d'un artisan, on ne les déplace pas. Rabbi Yossi dit : les unes comme les autres, on les déplace.

💡 Explication

Ketannaei : la question des peaux de l'artisan correspond à une discussion entre Tanaim. Le premier Tana les considère comme muktse ; Rabbi Yossi les permet. Cela concorde avec le témoignage de son fils Rabbi Yichmael sur leur père tanneur (segment 0).

6
הֲדוּר יָתְבִי וְקָמִיבַּעְיָא לְהוּ: הָא דִּתְנַן אֲבוֹת מְלָאכוֹת אַרְבָּעִים חָסֵר אַחַת, כְּנֶגֶד מִי?

Ils s'assirent de nouveau et demandèrent : ce que nous avons appris : "les travaux principaux (avot melakhot) sont quarante moins un", à quoi correspondent-ils ?

📜 Rachi (1)
הַדּוֹר יָתְבִי הָנָךְ רַבָּנָן דִּלְעֵיל:
Ils s'assirent de nouveau : ces mêmes Sages mentionnés plus haut.
🗂️ Tossefot (1)
אַרְבָּעִים אֲבוֹת מְלָאכוֹת חָסֵר אַחַת כְּנֶגֶד מִי דְּהַרְבֵּה מְלָאכוֹת יֵשׁ דְּדָמְייָן לְהָדְדִי וַהֲוָה לָן לְמִחְשְׁבִינְהוּ כֻּולָּן כְּאַחַת כִּדְפָרִיךְ בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל (לְקַמָּן שַׁבָּת עג:) הַיְינוּ זוֹרֶה הַיְינוּ בּוֹרֵר הַייְנוּ מְרַקֵּד וּמִשּׁוּם חִילּוּק מוּעָט שֶׁבֵּינֵיהֶם לָא הֲוָה מֵחָלְקִינַן לְהוּ אִי לָאו דְּקִים לְהוּ דל"ט מְלָאכוֹת הֵן כְּנֶגֶד שׁוּם דָּבָר לְכָךְ בָּעֵי כְּנֶגֶד מִי:
Les quarante travaux principaux moins un, à quoi correspondent-ils : car il y a beaucoup de travaux qui se ressemblent, et nous aurions dû les compter tous comme un seul, comme l'objecte (la Guemara) au chapitre Kelal gadol (plus loin, Chabbat 73b) : "c'est la même chose que vanner, que trier, que tamiser !" À cause de la petite différence qui les sépare, nous ne les aurions pas distingués, s'ils n'avaient pas su que les 39 travaux correspondent à quelque chose. C'est pourquoi on demande : à quoi correspondent-ils ?
💡 Explication

La michna de 73a fixé les avot melakhot (catégories principales de travail interdit le Chabbat) à 39. Tossefot précise le sens de la question : plusieurs de ces travaux se ressemblent (vanner, trier, tamiser). S'ils sont comptés séparément, c'est que le nombre 39 repose sur une source précise.

7
אֲמַר לְהוּ רַבִּי חֲנִינָא בַּר חָמָא: כְּנֶגֶד עֲבוֹדוֹת הַמִּשְׁכָּן. אֲמַר לְהוּ רַבִּי יוֹנָתָן בְּרַבִּי אֶלְעָזָר, כָּךְ אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן לָקוֹנְיָא: כְּנֶגֶד ״מְלָאכָה״ ״מְלַאכְתּוֹ״ וְ״מְלֶאכֶת״ שֶׁבַּתּוֹרָה אַרְבָּעִים חָסֵר אַחַת.

Rabbi Hanina bar Hama leur dit : ils correspondent aux travaux du Michkan. Rabbi Yonatan fils de Rabbi Eleazar leur dit : ainsi a dit Rabbi Chimon fils de Rabbi Yossi ben Lakounia : ils correspondent aux (mots) "melakha", "melakhto" et "melekhet" qui sont dans la Torah, quarante moins un.

📜 Rachi (2)
כְּנֶגֶד עֲבוֹדוֹת הַמִּשְׁכָּן אוֹתָן הַמְּנוּיוֹת שָׁם בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל הָיוּ צְרִיכִין לַמִּשְׁכָּן וּפָרָשַׁת שַׁבָּת נִסְמְכָה לְפָרָשַׁת מְלֶאכֶת הַמִּשְׁכָּן לִלְמֹוד הֵימֶנָּה:
Aux travaux du Michkan : ceux qui sont énumérés là-bas, au chapitre Kelal gadol, étaient nécessaires au Michkan ; et la paracha du Chabbat a été juxtaposée à la paracha du travail du Michkan pour en apprendre (les travaux).
שֶׁבַּתּוֹרָה שֶׁכְּתוּבִים בְּכָל הַתּוֹרָה וְהָכִי קָאָמַר קְרָא (שְׁמוֹת כ) לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה כְּמִנְיַן כָּל מְלָאכָה שֶׁבַּתּוֹרָה:
Qui sont dans la Torah : qui sont écrits dans toute la Torah. Le verset (Chemot 20) dit ainsi : "tu ne feras aucun travail (kol melakha)" : selon le nombre de toutes les occurrences de melakha dans la Torah.
🗂️ Tossefot (1)
כְּנֶגֶד כָּל מְלָאכָה שֶׁבַּתּוֹרָה לִכְאוֹרָה נִרְאֶה דְּיָלֵיף נָמֵי מִמִּשְׁכָּן שֶׁהֲרֵי לְכָךְ נִסְמְכָה פָּרָשַׁת שַׁבָּת לְפָרָשַׁת מִשְׁכָּן וְעוֹד דְּאִי לָא יָלֵיף מִמִּשְׁכָּן א"כ הֵיכִי יָדְעִינַן לְדִידֵיהּ הֵי נִינְהוּ אֲבוֹת מְלָאכוֹת וְהֵי תּוֹלָדוֹת דְּאֵין סְבָרָא לוֹמַר שֶׁמִּדַּעְתָּם בֵּירְרוּ מְלָאכוֹת הַחֲשׁוּבוֹת וַעֲשָׂאוּם אָבוֹת וְעוֹד דִּבְהֶדְיָא תְּנַן לְקַמָּן בְּהַזּוֹרֵק הַמּוֹשִׁיט חַייָּב שֶׁכָּךְ הָיְתָה עֲבוֹדַת הַלְוִיִּם אֶלָּא לְפִי שֶׁיֵּשׁ מְלָאכוֹת דּוֹמוֹת זוֹ לָזוֹ וְאָנוּ עוֹשִׂין שְׁתֵּיהֶן אָבוֹת כְּגוֹן מְרַקֵּד וּבוֹרֵר לְכָךְ חִלְּקוּם חֲכָמִים לְהַשְׁלִים מִנְיַן מְלָאכוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה הוֹאִיל וַחֲלוּקוֹת קְצָת זוֹ מִזּוֹ וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן דְּלָא פְּלִיג מִדְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ תַּנְיָא כמ"ד כְּנֶגֶד עֲבוֹדוֹת הַמִּשְׁכָּן מַשְׁמַע דִּפְלִיגִי וְעוֹד לְמָאֵן דְּלֵית לֵיהּ דְּרָשָׁא דִּמְלֶאכֶת וּמְלָאכָה מְנָא לֵיהּ דְּחָשֵׁיב זוֹרֶה וּבוֹרֵר בִּשְׁתַּיִם וְעוֹד לְקַמָּן מַשְׁמַע דְּמִטַּעַם דִּכְנֶגֶד עֲבוֹדוֹת הַמִּשְׁכָּן גְּרֵידָא אִית לָן לְאַחְשׁוֹבִינְהוּ בָּתַרְתִּי דְּקָאָמַר אַבַּיֵּי וְרָבָא בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל (לְקַמָּן שַׁבָּת עג:) כָּל מִילְּתָא דַּהֲוַאי בְּמִשְׁכָּן אע"ג דְּאִיכָּא דְּדָמְיָא לָא חֲשִׁיב לָהּ:
Aux (mots) melakha qui sont dans la Torah : à première vue, il semble qu'il apprenne lui aussi du Michkan, puisque c'est pour cela que la paracha du Chabbat a été juxtaposée à la paracha du Michkan. De plus, s'il n'apprenait pas du Michkan, comment saurions-nous selon lui quels sont les travaux principaux et quels sont les dérivés (toladot) ? Il n'est pas raisonnable de dire que (les Sages) ont choisi d'eux-mêmes les travaux importants pour en faire des avot. De plus, il est enseigné explicitement plus loin, au chapitre Hazorek : celui qui tend (un objet d'un domaine à l'autre) est coupable, car tel était le service des Leviim. (On voudrait donc dire que) c'est seulement parce que certains travaux se ressemblent, et que nous en faisons pourtant deux avot, comme tamiser et trier, que les Sages les ont distingués pour compléter le nombre des (mots) melakha de la Torah, puisqu'ils diffèrent un peu l'un de l'autre. Mais il est impossible de dire qu'ils ne divergent pas, puisqu'il est dit juste après : "il a été enseigné selon celui qui dit : (ils correspondent) aux travaux du Michkan", ce qui implique qu'ils divergent. De plus, pour celui qui n'admet pas le derach de melekhet et melakha, d'où sait-il qu'il faut compter vanner et trier comme deux ? Et de plus, plus loin, il ressort que par la seule raison des travaux du Michkan nous devons les compter comme deux, puisque Abaye et Rava disent au chapitre Kelal gadol (plus loin, Chabbat 73b) : toute chose qui existait dans le Michkan, bien qu'une autre lui ressemble, est comptée (à part).
💡 Explication

Deux réponses :

1. Rabbi Hanina bar Hama : les 39 catégories sont les travaux nécessaires à la construction du Michkan. Rachi : la Torah juxtapose le Chabbat et le Michkan (Chemot 35) pour enseigner que ces travaux sont interdits le Chabbat.

2. Rabbi Chimon fils de Rabbi Yossi ben Lakounia : le mot melakha, sous ses trois formes, figure 39 fois dans la Torah ; "kol melakha" renvoie à ce total.

Tossefot montre que les deux avis divergent réellement : la baraita qui suit est citée comme soutenant l'un des deux.

8
בָּעֵי רַב יוֹסֵף: ״וַיָּבֹא הַבַּיְתָה לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ״, מִמִּנְיָנָא הוּא, אוֹ לָא? אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְלַיְּתֵי סֵפֶר תּוֹרָה וְלִימְנֵי. מִי לָא אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן לֹא זָזוּ מִשָּׁם עַד שֶׁהֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה וּמְנָאוּם!

Rav Yossef demanda : "il entra dans la maison pour faire son travail (melakhto)" (Berechit 39,11), fait-il partie du compte ou non ? Abaye lui dit : qu'on apporte un Sefer Torah et qu'on compte !

Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ils ne bougèrent pas de là avant d'avoir apporté un Sefer Torah et de les avoir comptés ?

📜 Rachi (1)
לֹא זָזוּ מִשָּׁם לָא יָדַעְנָא הֵיכָא אִיתְּמַר וּמִיהוּ [אֶפְשָׁר] לְעִנְיַן וָי"ו דְּגָחוֹן אִתְּמַר מִדְּפָרְכִינַן לָהּ נָמֵי בְּקִדּוּשִׁין גַּבֵּי וָי"ו דְּגָחוֹן וּמְתָרְצִינַן אִינְהוּ הָווּ בְּקִיאֵי בַּחֲסֵרוֹת וִיתֵרוֹת ש"מ לְעִנְיַן אוֹתִיּוֹת אִיתְּמַר וְהָכָא לֵיכָּא לְשַׁנּוּיֵי הָכִי:
Ils ne bougèrent pas de là : je ne sais pas où cela a été dit ; mais il est possible que cela ait été dit au sujet du vav de "gahon", puisque nous l'objectons aussi dans Kiddouchin au sujet du vav de "gahon" et nous répondons : eux étaient experts dans les lettres manquantes et superflues. On en déduit que cela a été dit au sujet des lettres, et ici on ne peut pas répondre ainsi.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מִי לָא אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא זָזוּ מִשָּׁם, עַד שֶׁהֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה וּמְנָאוּם. מַקְשִׁים לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְהָבִיא סִיּוּעַ לִדְבָרָיו מֵהָא דְּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הַנִּזְכָּר, כִּי לִדְבָרָיו אֵלּוּ שֶׁאוֹמֵר 'לַיְּתֵי סֵפֶר תּוֹרָה וּלְמַנֵּי' אֵין צָרִיךְ רְאָיָה וְהוֹכָחָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, דִּבְלָאו הָכִי הָיוּ אָמַר לָהֶם לֹא נָבִיא סֵפֶר תּוֹרָה וְנִמְנֶה, מִשּׁוּם בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ דְּאִיכָּא טִרְחָא, וְגַם עוֹבֵר זְמַן הַרְבֵּה עַד שֶׁיִּרְאוּ כָּל פְּסוּקֵי הַתּוֹרָה מֵרֹאשׁ וְעַד סוֹף וִימַנּוּ כָּל מְלָאכָה וּמְלַאכְתּוֹ הַכְּתוּבִים בַּתּוֹרָה, וְלָכֵן הֵבִיא דִּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן דְּהֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה וּמָנוּ וְלֹא חָשׁוּ לְבִיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ, אַף עַל גַּב דִּבְהַךְ אִיכָּא טִרְחָא וְהַעֲבַרְתָּ זְמַן יוֹתֵר לִמְנוֹת כָּל הָאוֹתִיּוֹת עַד שֶׁיִּתְבָּרֵר הָאוֹת שֶׁהוּא בַּחֲצִי הָאוֹתִיּוֹת.
"Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ils ne bougèrent pas de là avant d'avoir apporté un Sefer Torah et de les avoir comptés ?" On demande : pourquoi (Abaye) avait-il besoin d'appuyer ses paroles sur ce qu'a dit Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan ? Sa proposition "qu'on apporte un Sefer Torah et qu'on compte" n'a pas besoin de preuve. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sans cela on lui aurait répondu : nous n'apporterons pas de Sefer Torah pour compter, à cause de l'interruption (de l'étude) de la maison d'étude, car il y a là une peine, et beaucoup de temps passera jusqu'à ce qu'on voie tous les versets de la Torah du début à la fin et qu'on compte chaque melakha et melakhto écrits dans la Torah. C'est pourquoi il a cité ce qu'a dit Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan : ils ont apporté un Sefer Torah et ont compté, sans craindre l'interruption de la maison d'étude, bien que là-bas il y ait davantage de peine et de temps passé à compter toutes les lettres jusqu'à établir la lettre qui est au milieu des lettres.
בָּעֵי רַב יוֹסֵף: (בְּרֵאשִׁית לט, יא) "וַיָּבֹא הַבַּיְתָה לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ", מִמִּנְיָנָא הוּא, אוֹ לָא. מַקְשִׁים כֵּיוָן דְּרַב יוֹסֵף הַסָּפֵק שֶׁלּוֹ גַּם וְעַל הַמְּלָאכָה הָיְתָה דְּיָם (שְׁמוֹת לוֹ, ז) וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הוּא לְאַבַּיֵּי אַחַר כָּךְ, אִם כֵּן לָמָּה נָקֵיט מֵעִיקָּרָא פָּסוּק וְיָבֹא בִּלְבַד וַהֲוָה לֵיהּ לְהַזְכִּיר אֶת שְׁנֵיהֶם בְּבַעְיַיָּא דִּידֵיהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַב יוֹסֵף לֹא הָיָה לוֹ צֹורֶךְ עַתָּה לֵידַע עַל ט"ל מְלָאכוֹת אִם פָּסוּק זֶה הוּא מִן הַמִּנְיָן אוֹ לָאו, וְרַק כָּל מְגַמָּתוֹ הָיְתָה לָדַעַת בֵּיאוּר הַכָּתוּב שֶׁל וַיָּבֹא הַבַּיְתָה אִם הוּא כְּמַאן דְּאָמַר לַעֲשׂוֹת צְרָכָיו נִכְנַס, אוֹ כְּמַאן דְּאָמַר מְלַאכְתּוֹ מַמָּשׁ? כִּי בָּזֶה פְּלִיגִי רַב וּשְׁמוּאֵל בְּסוֹטָה דַּף ל"ו, וְרָצָה לָדַעַת הַסְכָּמַת הַחֲכָמִים בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ אִם כְּרַב אוֹ כִּשְׁמוּאֵל, כִּי מִפְּנֵי שֶׁשְּׁנֵיהֶם רַבּוֹתָיו הָיוּ לֹא רָצָה לְפָרֵשׁ שְׁאֵלָה זֶה בְּפִיו לַהֲדֵיהּ אִם כְּרַב אוֹ כִּשְׁמוּאֵל, לְכָךְ נִתְחַכֵּם לִשְׁאֹל בְּעִנְיַן ט"ל מְלָאכוֹת אִם פָּסוּק לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ הוּא מִן הַמִּנְיָן אוֹ לָאו, דְּאִם יֹאמְרוּ מִן הַמִּנְיָן מִמֵּילָא נוֹדַע דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּמַאן דְּאָמַר מְלַאכְתּוֹ מַמָּשׁ, וְאִם אֵינוֹ מִן הַמִּנְיָן מוּכָח דִּסְבִירָא לֵיהּ לַעֲשׂוֹת צְרָכָיו נִכְנַס, וְאַחַר שֶׁאָמַר לוֹ אַבַּיֵּי 'לַיְּתֵי סֵפֶר תּוֹרָה וּלְמַנֵּי' אָז הֻוכְרַח לְפָרֵשׁ דְּבָרָיו.
"Rav Yossef demanda : 'il entra dans la maison pour faire son travail' (Berechit 39,11), fait-il partie du compte ou non ?" On demande : puisque le doute de Rav Yossef porte aussi sur "et le travail était suffisant" (Chemot 36,7), comme il l'a dit ensuite à Abaye, pourquoi n'a-t-il cite au départ que le verset "il entra" ? Il aurait dû mentionner les deux dans sa question. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rav Yossef n'avait pas besoin, à ce moment, de savoir si ce verset fait partie du compte des 39 travaux. Toute son intention était de connaître l'explication du verset "il entra dans la maison" : est-ce selon celui qui dit qu'il entra pour faire ses besoins, ou selon celui qui dit (qu'il entra pour) son travail au sens propre ? Car Rav et Chemouel divergent sur ce point dans Sota 36b, et il voulait connaître l'avis des Sages de la maison d'étude : est-ce selon Rav ou selon Chemouel ? Comme tous deux étaient ses maîtres, il ne voulait pas formuler cette question explicitement : est-ce selon Rav ou selon Chemouel ? C'est pourquoi il a usé d'habileté en demandant, à propos des 39 travaux, si le verset "pour faire son travail" fait partie du compte ou non. S'ils disaient qu'il en fait partie, il deviendrait clair qu'ils pensent comme celui qui dit : son travail au sens propre ; et s'il n'en fait pas partie, il serait établi qu'ils pensent : il entra pour faire ses besoins. Après qu'Abaye lui eut dit "qu'on apporte un Sefer Torah et qu'on compte", il fut contraint d'expliciter ses paroles.
💡 Explication

Rav Yossef hésite sur un verset : dans "Yossef entra dans la maison pour faire son travail", le mot désigne-t-il un vrai travail (et compte parmi les 39) ?

Abaye propose de compter dans un Sefer Torah, comme on l'a fait pour d'autres questions de décompte. Rachi pense que ce précédent concerne le décompte des lettres (le vav de "gahon", lettre centrale de la Torah, Kiddouchin 30a). Là-bas on a répondu que les anciens étaient plus experts dans l'orthographe ; ici cette réponse ne s'applique pas.

Le Ben Yehoyada explique pourquoi Abaye cite ce précédent (pour lever l'objection de la perte de temps d'étude) et pourquoi Rav Yossef ne cite d'abord qu'un seul verset (il voulait savoir, sans le dire, si la maison d'étude suivait Rav ou Chemouel sur ce verset).

9
אֲמַר לֵיהּ: כִּי קָא מְסַפְּקָא לִי מִשּׁוּם דִּכְתִיב: ״וְהַמְּלָאכָה הָיְתָה דְּיָם״ מִמִּנְיָנָא הוּא — וְהָא כְּמַאן דְּאָמַר לַעֲשׂוֹת צְרָכָיו נִכְנַס.

(Rav Yossef) lui dit : si j'ai un doute, c'est parce qu'il est écrit : "et le travail (vehamélakha) était suffisant" (Chemot 36,7). (Peut-être) fait-il partie du compte, et (le verset de Yossef) est selon celui qui dit : il entra pour faire ses besoins.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם דִּכְתִיב וְהַמְּלָאכָה הָיְתָה דַיָּם וְאִי מָנֵינַן לְתַרְוַייְהוּ הָווּ אַרְבָּעִים וּמִדִּתְנַן אֲבוֹת מְלָאכוֹת אַרְבָּעִים חָסֵר אַחַת אִיכָּא חַד דְּלָא מִמִּנְיָנָא וּבְהָנֵי תְּרֵי דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּלָא מְלָאכָה נִינְהוּ וְלָא יָדַעְנָא הֵי מִינַּייְהוּ נָפֵיק וְהָכִי קָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ וְהַמְּלָאכָה הָיְתָה דַיָּם מִמִּנְיָנָא הִיא וּמְלָאכָה מַמָּשׁ קָאָמַר וְהָכִי קָאָמַר הַמְּלָאכָה שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין הָיוּ עוֹשִׂין דַּי לֹא פָּחוֹת מִן הַצֹּורֶךְ וְלֹא יוֹתֵר מִן הַצֹּורֶךְ כְּגוֹן רִידּוּדֵי טַסִּין לְצִיפּוּי הַקְּרָשִׁים לְדַי הָיוּ מְרַדְּדִין אוֹתָם וְכֵן בִּטְווִי שֶׁל יְרִיעוֹת וְהַאי לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ הוּא דְּמַפִּיק וּמְסַייֵּעַ לְמָאֵן דְּאָמַר בְּמַסֶּכֶת סוֹטָה לַעֲשׂוֹת צְרָכָיו נִכְנַס לִשְׁכַּב עִמָּהּ אֶלָּא שֶׁנִרְאֲתָה לוֹ דְּמוּת דְּיוֹקְנוֹ שֶׁל אָבִיו וְאָמַר לוֹ עֲתִידִין אָחִיךָ לִיכָּתֵב עַל אַבְנֵי אֵפוֹד רְצוֹנְךָ שֶׁיִּמָּחֶה שִׁמְךָ מִבֵּינֵיהֶם כו' אוֹ דִּילְמָא הַאי לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ מְלָאכָה מַמָּשׁ הוּא וּמְסַיֵּיעַ לָהּ לְאִידָךְ:
Parce qu'il est écrit "et le travail était suffisant" : si nous comptons les deux, cela fait quarante. Puisque nous avons appris que les travaux principaux sont quarante moins un, il y en a un qui ne fait pas partie du compte. Pour ces deux-là, on peut dire qu'ils ne désignent pas un travail, et je ne sais pas lequel des deux sort (du compte). Voici sa question : "et le travail était suffisant" fait-il partie du compte et désigne-t-il un travail au sens propre ? Le verset dirait alors : le travail qu'ils faisaient, ils le faisaient juste assez, ni moins ni plus que le nécessaire, par exemple l'aplatissement des plaques pour le revêtement des planches, ils les aplatissaient juste assez, et de même pour le filage des tentures. Et c'est ce (verset) "pour faire son travail" qui sort (du compte), ce qui soutient celui qui dit, dans le traité Sota : il entra pour faire ses besoins, pour coucher avec elle, mais l'image de son père lui apparut et lui dit : tes frères seront inscrits sur les pierres de l'efod ; veux-tu que ton nom soit effacé d'entre eux ? etc. Ou peut-être ce "pour faire son travail" désigne-t-il un travail au sens propre, et soutient-il l'autre (avis) ?
💡 Explication

Le compter ne suffit pas : on trouve 40 occurrences, et deux d'entre elles peuvent ne pas désigner un vrai travail. Il faut savoir laquelle retirer.

Première possibilité : "vehamélakha haita dayam" est un vrai travail (on travaillait exactement ce qu'il fallait, ni plus ni moins). Alors "laassot melakhto" sort du compte, ce qui soutient l'avis de Sota 36b : Yossef entra pour fauter, mais l'image de son père l'en détourna.

🖼️ Schéma
Le doute de Rav Yossef : 40 candidats pour 39 places Un seul des deux versets douteux désigne un vrai travail. Lequel ? Option 1 "Vehamélakha haita dam" (Chemot 36,7) = vrai travail : compté (on travaillait juste ce qu'il fallait) "Laassot melakhto" (Berechit 39,11) = euphémisme : hors compte Yossef entra pour ses besoins (avis de Sota 36b) Option 2 "Laassot melakhto" (Berechit 39,11) = vrai travail : compté Yossef entra pour son travail "Vehamélakha haita dam" = hors compte l'apport des dons était achevé (shelima leih avidta) Tékou : la question reste ouverte
Les deux versets douteux : un seul des deux entre dans le compte de 39.
10
אוֹ דִּילְמָא ״וַיָּבֹא הַבַּיְתָה לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ״ מִמִּנְיָנָא הוּא, וְהַאי ״וְהַמְּלָאכָה הָיְתָה דְּיָם״ — הָכִי קָאָמַר: דִּשְׁלִימָא לֵיהּ עֲבִידְתָּא. תֵּיקוּ.

Ou peut-être "il entra dans la maison pour faire son travail" fait-il partie du compte, et ce (verset) "et le travail était suffisant" veut dire : l'ouvrage était achevé pour lui. Que (la question) reste en suspens (tekou).

📜 Rachi (1)
וְהַאי וְהַמְּלָאכָה הָיְתָה דַיָּם לָאו מְלָאכָה הִיא אֶלָּא כִּדְמַשְׁמַע קְרָא בַּהֲבָאַת נְדָבָה וּכְמַאן דְּאָמַר שְׁלִימָא לֵיהּ עֲבִידְתָּא מְלֶאכֶת הַהֲבָאָה שֶׁלֹּא הָיוּ צְרִיכִין עוֹד וְכָל מִידֵּי דְּרָמֵי עָלֶיהָ דְּאִינָשׁ קָרֵי לֵיהּ עֲבִידְתָּא כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת סוֹטָה (דַּף לג.) בְּטֵילַת עֲבִידְתָּא דַּאֲמַר סָנְאָה לְאַיְיתוּיָא לְהֵיכְלָא וְאֵינוֹ אֶלָּא צְבָא מִלְחָמָה לְהַחֲרִיב:
Et ce "et le travail était suffisant" : ce n'est pas un travail, mais (il faut le comprendre) comme l'indique le verset au sujet de l'apport des dons, et comme celui qui dit : l'ouvrage était achevé pour lui, le travail d'apport, car ils n'avaient plus besoin (de rien). Et toute chose imposée à un homme s'appelle "avidta" (ouvrage), comme nous disons dans le traité Sota (33a) : "l'ouvrage que l'ennemi avait dit d'amener au Temple est annulé", et il ne s'agissait que d'une armée de guerre venue pour le détruire.
💡 Explication

Seconde possibilité : "laassot melakhto" est un vrai travail et compté parmi les 39. "Vehamélakha haita dayam" désigne alors l'apport des dons : les matériaux réunis suffisaient. Rachi montre que avidta peut désigner toute tâche imposée, même sans travail physique (Sota 33a).

Tékou : la question reste sans réponse.

11
תַּנְיָא כְּמַאן דְּאָמַר כְּנֶגֶד עֲבוֹדוֹת הַמִּשְׁכָּן. דְּתַנְיָא: אֵין חַייָּבִין אֶלָּא עַל מְלָאכָה שֶׁכַּיּוֹצֵא בָּהּ הָיְתָה בַּמִּשְׁכָּן. הֵם זָרְעוּ, וְאַתֶּם לֹא תִּזְרְעוּ. הֵם קָצְרוֹ, וְאַתֶּם לֹא תִּקְצְרוּ.

Il a été enseigné (une baraita) selon celui qui dit : (ils correspondent) aux travaux du Michkan. Car il a été enseigné : on n'est coupable que pour un travail dont le semblable existait dans le Michkan.

Eux ont semé, et vous ne sèmerez pas ; eux ont moissonné, et vous ne moissonnerez pas.

📜 Rachi (1)
הֵם זָרְעוּ וְקָצְרוּ סַמָּנִין לִצְבֹּועַ תְּכֵלֶת וְעוֹרוֹת אֵילִים וְטָחֲנוּ וְלָשׁוּ נָמֵי סַמָּנִין לִצְבֹּועַ וְאוֹפֶה דְּקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' בַּאֲבוֹת מְלָאכוֹת הוּא בִּישּׁוּל סַמָּנִין אֶלָּא דִּנְקַט סִידּוּרָהּ דְּפַת וְהָכִי מְפָרֵשׁ בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף עַד:):
Eux ont semé et moissonné : des plantes tinctoriales, pour teindre le bleu (tekhelet) et les peaux de béliers. Ils ont aussi moulu et pétri des plantes tinctoriales pour teindre. Et "cuire", qui est enseigné dans notre michna parmi les travaux principaux, c'est la cuisson des plantes tinctoriales ; mais (la michna) a pris l'ordre (de fabrication) du pain. C'est ainsi que c'est expliqué au chapitre Kelal gadol (plus loin, Chabbat 74b).
💡 Explication

La baraita soutient Rabbi Hanina bar Hama : seul un travail pratiqué dans le Michkan rend coupable. Rachi précise que les semailles et la moisson servaient aux plantes tinctoriales (samanim) utilisées pour teindre les tentures et les peaux. La michna énumère les travaux dans l'ordre de la fabrication du pain (sidoura depat), mais leur source est la préparation des teintures.

12
הֵם הֶעֱלוּ אֶת הַקְּרָשִׁים מִקַּרְקַע לַעֲגָלָה, וְאַתֶּם לֹא תַּכְנִיסוּ מֵרְשׁוּת הָרַבִּים לִרְשׁוּת הַיָּחִיד. הֵם הוֹרִידוּ אֶת הַקְּרָשִׁים מֵעֲגָלָה לְקַרְקַע, וְאַתֶּם לֹא תּוֹצִיאוּ מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הָרַבִּים. הֵם הוֹצִיאוּ מֵעֲגָלָה לַעֲגָלָה, וְאַתֶּם לֹא תּוֹצִיאוּ מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הַיָּחִיד.

Eux ont monté les planches du sol sur le chariot, et vous ne ferez pas entrer du domaine public (reshout harabim) au domaine privé (reshout hayahid). Eux ont descendu les planches du chariot au sol, et vous ne ferez pas sortir du domaine privé au domaine public.

Eux ont fait sortir (des objets) d'un chariot à un (autre) chariot, et vous ne ferez pas sortir d'un domaine privé à un domaine privé.

📜 Rachi (2)
קַרְקַע רְשׁוּת הָרַבִּים:
Le sol : le domaine public.
עֲגָלָה רְשׁוּת הַיָּחִיד שֶׁגְּבוֹהָה י' וּרְחָבָה ד':
Le chariot : un domaine privé, car il est haut de dix (tefahim) et large de quatre.
🗂️ Tossefot (2)
הֵם הֶעֱלוּ קְרָשִׁים כו' אֲפִילּוּ רַבָּנָן דִּפְלִיגִי אַרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה גַּבֵּי נָעַץ קָנֶה בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וּבְרֹאשׁוֹ טְרַסְקָל וְלֵית לְהוּ גּוּד אַחִית מוֹדוֹ בַּעֲגָלָה שֶׁהִיא רְשׁוּת הַיָּחִיד כֵּיוָן דְּעֶגְלָה גּוּפָהּ יֵשׁ אֹורֶךְ בִּזְקִיפָה עֲשָׂרָה וְרֹוחַב אַרְבָּעָה אע"פ שֶׁתַּחְתֶּיהָ רְשׁוּת הָרַבִּים וּבְרֵישׁ כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין פט.) [ד"ה בִּמְחִיצּוֹת] הֶאֱרַכְתִּי יוֹתֵר:
Eux ont monté les planches, etc. : même les Sages qui divergent avec Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda au sujet de celui qui a planté un roseau dans le domaine public avec un panier à son sommet, et qui n'admettent pas (le principe de) goud ahit ("tiré vers le bas"), reconnaissent que le chariot est un domaine privé, puisque le chariot lui-même a une longueur dressée de dix et une largeur de quatre, bien que sous lui ce soit le domaine public. Au début du chapitre Kol gagot (Erouvin 89a), je me suis étendu davantage.
וְאַתֶּם אַל תַּכְנִיסוּ וְאַפֵּ"ה לָא הָוְיָא אָב כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף ב.) [ד"ה פָּשַׁט]:
Et vous ne ferez pas entrer : et malgré cela, ce n'est pas un travail principal (av), comme je l'ai expliqué plus haut (Chabbat 2a).
💡 Explication

Source des travaux de transport (hotsaa) : les Leviim chargeaient et déchargeaient les planches (kerachim) du Michkan. Le sol du désert est un domaine public ; le chariot, haut de 10 tefahim et large de 4, est un domaine privé.

Tossefot : même les Sages qui refusent goud ahit (prolonger fictivement une paroi vers le sol) reconnaissent le chariot comme domaine privé, car sa caisse elle-même a les dimensions requises. Il rappelle aussi que l'introduction (hakhnasa) est comptée avec la sortie dans un seul av (voir 2a).

🖼️ Schéma
Les planches du Michkan et les domaines du Chabbat Sol du désert = reshout harabim (domaine public) Chariot A reshout hayahid haut 10 tefahim, large 4 Chariot B reshout hayahid haut 10 tefahim, large 4 3. de chariot à chariot par l'air du domaine public (Abaye et Rava) 1. sol -> chariot = hakhnasa 2. chariot -> sol = hotsaa
Les trois gestes des Leviim avec les planches et les domaines du Chabbat qu'ils fondent.
13
מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הַיָּחִיד מַאי קָא עָבֵיד? אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְווַיְהוּ, וְאִיתֵּימָא רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הַיָּחִיד דֶּרֶךְ רְשׁוּת הָרַבִּים.

D'un domaine privé à un domaine privé, que fait-il (de mal) ? Abaye et Rava disent tous deux, et certains disent que c'est Rav Ada bar Ahava : d'un domaine privé à un domaine privé en passant par le domaine public.

📜 Rachi (1)
דֶּרֶךְ רְשׁוּת הָרַבִּים דַּאֲוִיר שֶׁבֵּין הָעֲגָלוֹת רְשׁוּת הָרַבִּים:
En passant par le domaine public : car l'air entre les chariots est le domaine public.
💡 Explication

Transporter d'un domaine privé à un autre n'est en principe pas interdit par la Torah. L'interdit vise le cas où l'objet traverse l'espace du domaine public : l'air entre les chariots du Michkan relevait du domaine public (Rachi).

14
בְּגִיזֵּי צֶמֶר וְאֵין מְטַלְטְלִין. אָמַר רָבָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא טָמַן בָּהֶן, אֲבָל טָמַן בָּהֶן — מְטַלְטְלִין אוֹתָן.

"Dans des toisons de laine (guizéi tsemer), et on ne les déplace pas." Rava dit : on ne l'a enseigné que s'il n'y a pas enfoui (de nourriture) ; mais s'il y a enfoui, on les déplace.

📜 Rachi (1)
אֲבָל טָמַן בָּהֶן מְטַלְטְלִין אוֹתָן קס"ד הַשְׁתָּא דְּמִילֵּי מִילֵּי קָתָנֵי מַתְנִיתִין וְלָאו אַהָנָךְ דְּטָמַן בָּהֶן קָאֵי:
Mais s'il y a enfoui, on les déplace : on pense maintenant que la michna enseigne des choses distinctes, et que ("on ne les déplace pas") ne porte pas sur celles dans lesquelles il a enfoui.
💡 Explication

Retour à la michna (47b) : on peut enfouir (hatmana) un plat dans une toison de laine, mais on ne la déplace pas. Les toisons sont une marchandise, donc muktsé.

Rava limite l'interdit : si on les a déjà utilisées pour enfouir, on les a destinées à cet usage et on peut les déplacer. Rachi : la Guemara comprend pour l'instant que la michna énonce deux règles distinctes.

🖼️ Schéma
La toison de laine (guizéi tsemer) selon Rava Pas utilisée pour enfouir marchandise : muktsé on ne la déplace pas Déjà utilisée pour enfouir destinée à cet usage : permise on peut la déplacer Objection de l'étudiant : la michna dit "on enfouit ET on ne déplace pas" (suite en 50a).
La distinction de Rava sur la toison de laine.
15
אֵיתִיבֵיהּ הַהוּא מֵרַבָּנַן בַּר יוֹמֵיהּ לְרָבָא: טוֹמְנִין בְּגִיזֵּי צֶמֶר וְאֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן. כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה?

Un des Sages, (arrivé) du jour, objecta à Rava : "on enfouit dans des toisons de laine, et on ne les déplace pas". Comment fait-il (pour retirer la marmite) ?

📜 Rachi (1)
הַהוּא מֵרַבָּנַן בַּר יוֹמֵיהּ אוֹתוֹ הַיּוֹם בָּא לְבֵית מִדְרָשׁוֹ תְּחִלָּה:
Un des Sages (arrivé) du jour : ce jour-là, il était venu pour la première fois à sa maison d'étude.
💡 Explication

Un bar yomeih, un étudiant arrivé le jour même, conteste Rava : la michna parle d'une toison dans laquelle on a enfoui et dit pourtant qu'on ne la déplace pas. Comment sortir la marmite ? La réponse vient en 50a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).