Shabbat 50a — Désigner un objet muktse : lier, penser ou s'asseoir ; la terre, le sable et le natron

Shabbat 50a

Sougya : Le folio reprend la toison de laine utilisée pour l'enfouissement : Rava permet de la déplacer si elle a été désignée pour cet usage, et Ravina situe la michna restrictive dans la toison du hefték (stock du marchand). Une baraita traite ensuite des branches de palmier coupées pour le bois : le Tana kama exige de les lier la veille, Rabban Chimon ben Gamliel se contente de l'intention.

Trois Amoraim s'opposent (Rav : lier ; Chmouel : penser ; Rav Assi : s'y asseoir), et la guemara trouve des sources à chacun, notamment Rabbi Hanina ben Akiva. La seconde partie examine la corbeille de terre que Rav Yehouda permet d'utiliser : Rav Pappa distingue les objets susceptibles d'un acte de préparation et ceux qui ne le sont pas, puis la discussion sur le sable et le natron est ramenée au débat entre Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon sur le davar cheein mitkaven.

Branches coupées pour le bois : que faut-il pour s'y asseoir le Chabbat ?Harayot (branches de palmier)coupées pour le feu = muktseKOCHER (lier)Tana kama= R. Hanina ben AkivaAmora : RavIl faut un acte(maase) la veilleHOCHEV (penser)Rabban Chimon b. GamlielAmora : Chmouelhalakha selon R. b. b. HanaL'intention suffit(mahshava)YOCHEV (s'asseoir)Rav Assisans lier ni pensersource : baraita des pekorinUn usage effectifla veille suffitPreuves de Rav Assi : pekorin et tsipa (yatsa bahen) ; paille sur le lit (kar ou sadin)Tossefot : Rabbenou Chimchon l'Ancien tranche comme Rav Assi ; Rabbenou Tam comme Rav
Trois positions sur la préparation d'un objet muktse : acte, intention, usage.
Corbeille de terre, sable et natron : le fil de la discussionRav Yehouda : corbeille de terre permiseMar Zoutra : a condition de lui réserver un coinLes Sages devant Rav Pappa :donc selon Rabban Chimon b. Gamliel seulement ?Rav Pappa : même selon les Rabbananl'acte n'est exigé que là où un acte est possibleNima ketanaei : natron et sable permis / interditsle débat porterait-il sur l'exigence d'un acte ?Interdit = Rabbi Yehoudadavar cheein mitkaven : interdit(on risque de polir l'argent)Permis = Rabbi Chimondavar cheein mitkaven : permisgartekon reste interdit (pessik reicha)Objection finale : si Rabbi Chimon, pourquoi interdire de laver les cheveux avec ? (suite en 50b)
De la corbeille de terre au débat sur le davar cheein mitkaven.
1
נוֹטֵל אֶת הַכִּיסּוּי, וְהֵן נוֹפְלוֹת.

il soulève la couverture, et elles (les toisons) tombent.

📜 Rachi (1)
נוֹטֵל אֶת הַכִּיסּוּי אַלְמָא בְּהָנָךְ דְּטָמַן נָמֵי קָאָסַר לְטִלְטוּלֵי אֶלָּא עַל יְדֵי כִּיסּוּי:
Il soulève la couverture : on voit donc que même pour celles dans lesquelles on a enfoui, (la michna) interdit de les déplacer, sinon par l'intermédiaire de la couverture.
💡 Explication

Fin de la michna citée en 49a contre Rava : pour dégager le plat enfoui dans des toisons de laine (gizei tsemer), on soulève la couverture et les toisons tombent d'elles-mêmes. On ne les prend donc pas directement, ce qui montre qu'elles sont muktse même après avoir servi à l'enfouissement (hatmana).

2
אֶלָּא אִי אִיתְּמַר, הָכִי אִיתְּמַר: אָמַר רָבָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא יִחֲדָן לְהַטְמָנָה. אֲבָל יִחֲדָן לְהַטְמָנָה — מְטַלְטְלִין אוֹתָן.

Mais si cela a été dit, voici ce qui a été dit : Rava a dit : on ne l'a enseigné que lorsqu'on ne les a pas désignées pour l'enfouissement ; mais si on les a désignées pour l'enfouissement, on les déplace.

📜 Rachi (1)
יִחֲדָן לְהַטְמָנָה לְעוֹלָם:
Il les a désignées pour l'enfouissement : pour toujours.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אִי אִיתְּמַר כו' אֵין גִּירְסָא זוֹ נְכוֹנָה דְּלִכְאוֹרָה מַשְׁמַע שֶׁלְּרָבָא עַצְמוֹ הָיָה מַקְשֶׁה וּטְפֵי הָוֵי נִיחָא אִי הֲוָה גָּרַס אֶלָּא אָמַר רָבָא אֲבָל לְפִי זֶה הֲוָה צָרִיךְ לוֹמַר דְּרָבִינָא לִפְלוּגֵי אֲתָא:
Mais si cela a été dit, etc. : cette version n'est pas correcte, car elle semble indiquer que l'on objecte à Rava lui-même ; il aurait été préférable de lire : 'mais Rava a dit'. Mais selon cette version, il faudrait dire que Ravina vient exprimer un avis divergent.
💡 Explication

La guemara reformule l'enseignement de Rava : il faut une désignation (yihoud) permanente pour l'enfouissement ; le simple fait d'y avoir enfoui une fois ne suffit pas.

3
אִיתְּמַר נָמֵי, כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב אָמַר רַבִּי אַסִּי בֶּן שָׁאוּל אָמַר רַבִּי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא יִחֲדָן לְהַטְמָנָה, אֲבָל יִחֲדָן לְהַטְמָנָה — מְטַלְטְלִין אוֹתָן.

On l'a dit aussi : quand Ravin est venu, il a dit : Rabbi Yaakov a dit au nom de Rabbi Assi ben Chaoul au nom de Rabbi : on ne l'a enseigné que lorsqu'on ne les a pas désignées pour l'enfouissement ; mais si on les a désignées pour l'enfouissement, on les déplace.

💡 Explication

Une tradition venue d'Erets Israël confirme la version reformulée, au nom de Rabbi (Rabbi Yehouda Hanassi).

4
רָבִינָא אוֹמֵר: בְּשֶׁל הַפֶּתֶק שָׁנוּ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, גִּיזֵּי צֶמֶר שֶׁל הֶפְתֵּק אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן. וְאִם הִתְקִינָן בַּעַל הַבַּיִת לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן — מְטַלְטְלִין אוֹתָן.

Ravina dit : c'est au sujet de (la toison) du hefték qu'on l'a enseigné. On a enseigné de même dans une baraita : les toisons de laine du hefték, on ne les déplace pas ; et si le maître de maison les a préparées pour s'en servir, on les déplace.

📜 Rachi (2)
רָבִינָא אוֹמֵר לְעוֹלָם כִּדְקָאָמַר רָבָא אִם טָמַן בָּהֶן מֻותָּר לְטַלְטֵל דִּכְמַאן דְּיִחֲדָן לְהָכִי דָּמוּ וְרָבָא לָאו אַמַּתְנִיתִין קָאֵי דְּמַתְנִיתִין בְּגִיזִּין שֶׁל הֶפְתֵּק דְּוַדַּאי עָתִיד לְהַחֲזִירָן מִשָּׁם וְלֹא יִחֲדָן לְכָךְ:
Ravina dit : en réalité, c'est comme Rava l'a dit : s'il y a enfoui, il est permis de les déplacer, car c'est comme s'il les avait désignées pour cela ; et Rava ne se référait pas à notre michna, car notre michna traite des toisons du hefték, qu'il compte certainement remettre à leur place et qu'il n'a pas désignées pour cela.
הֶפְתֵּק מַעֲרָכָה גְּדוֹלָה שֶׁעוֹרְכִין וּמוֹשִׁיבִין לְהַקְצוֹתָן לִסְחוֹרָה שֶׁקּוֹרִין ט"ש בֵּין שֶׁל בְּגָדִים בֵּין שֶׁל צֶמֶר בֵּין שֶׁל חֲגָבִים וּבָשָׂר מָלוּחַ:
Hefték : grand empilement que l'on dresse et que l'on dispose pour les réserver à la vente, qu'on appelle 'tas' (en vieux français) ; qu'il s'agisse de vêtements, de laine, de sauterelles ou de viande salée.
🗂️ Tossefot (1)
רָבִינָא אוֹמֵר בְּשֶׁל הֶפְתֵּק שָׁנוּ וּמִילְּתָא דְּרָבָא כִּדְקָאָמַר מֵעִיקָּרָא וּבְשֶׁאֵינָהּ שֶׁל הֶפְתֵּק וְתֵימַהּ דְּרָבָא קָאָמַר לֹא שָׁנוּ מַשְׁמַע דְּאַמַּתְנִיתִין קָאֵי וְהָא מַתְנִיתִין מַיְירֵי בְּשֶׁל הֶפְתֵּק וי"ל דְּרֵישָׁא מַיְירֵי בְּכָל גִּיזֵּי צֶמֶר בֵּין שֶׁל הֶפְתֵּק בֵּין שֶׁאֵינָם שֶׁל הֶפְתֵּק דְּאֵין מְטַלְטְלִים אוֹתָן וְקָאָמַר רָבָא לֹא שָׁנוּ בְּהָנְהוּ שֶׁאֵינָהּ שֶׁל הֶפְתֵּק אֶלָּא שֶׁלֹּא טָמַן בָּהֶן אֲבָל טָמַן בָּהֶן מְטַלְטְלִים אוֹתָן וְהָא דְּקָתָנֵי סֵיפָא כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה כו' בְּשֶׁל הֶפְתֵּק קָאָמַר ואע"פ שֶׁטָּמַן בָּהֶן אֵין מְטַלְטְלִין כֵּיוָן שֶׁלֹּא הִזְמִינָן:
Ravina dit : c'est au sujet du hefték qu'on l'a enseigné : et la parole de Rava est comme il l'avait dite au départ, et (elle porte) sur ce qui n'est pas du hefték. Mais cela étonne : Rava dit 'on ne l'a enseigné que', ce qui indique qu'il se réfère à la michna ; or la michna traite du hefték ! On peut répondre que la première partie (de la michna) traite de toutes les toisons de laine, du hefték ou non, qu'on ne déplace pas ; et Rava dit : on ne l'a enseigné, pour celles qui ne sont pas du hefték, que lorsqu'on n'y a pas enfoui, mais si on y a enfoui, on les déplace. Et ce que la dernière partie enseigne, 'comment fait-il, etc.', porte sur le hefték : bien qu'il y ait enfoui, on ne les déplace pas, puisqu'il ne les a pas préparées.
💡 Explication

Ravina garde la version initiale de Rava (enfouir = désigner) et limite la michna à la laine du hefték, le stock du marchand. Cette laine est destinée à la vente : un usage ponctuel ne la sort pas de son statut de muktse.

🖼️ Schéma
Toison utilisée pour l'enfouissement : peut-on la déplacer ?Toison du hefték (stock du marchand)destinée à retourner à la ventemême si on y a enfoui : muktseToison ordinairesi on y a enfoui = comme désignéeon peut la déplacer (Rava)Baraita : toison du hefték = interdite ;si le maître de maison l'a préparée pour s'en servir = permise
La toison du hefték reste muktse ; la toison ordinaire devient utilisable.
5
תָּנָא רַבָּה בַּר בַּר חַנָּה קַמֵּיהּ דְּרַב: חֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל שֶׁגְּדָרָן לְעֵצִים, וְנִמְלַךְ עֲלֵיהֶן לִישִׁיבָה — צָרִיךְ לְקַשֵּׁר. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אֵין צָרִיךְ לְקַשֵּׁר. הוּא תָּנֵי לַהּ וְהוּא אָמַר לַהּ: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל.

Rabba bar bar Hana a enseigné devant Rav : des branches de palmier qu'on a coupées pour le bois, et au sujet desquelles on a changé d'avis pour (s'en servir comme) siège, il faut les lier. Rabban Chimon ben Gamliel dit : il n'est pas nécessaire de les lier.

C'est lui qui l'a enseignée, et c'est lui qui a dit à son sujet : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel.

📜 Rachi (3)
חֲרִיּוֹת עֲנָפִים קָשִׁים כְּעֵץ מִשֶּׁהוּקְשׁוּ שִׁדְרָאוֹת שֶׁל לוּלָבִין וְנָפְלוּ עָלִין שֶׁלָּהֶן קָרֵי לָהֶן חֲרִיּוֹת:
Harayot : des branches dures comme du bois, une fois durcies ; les tiges centrales des loulavim dont les feuilles sont tombées, on les appelle harayot.
שֶׁגְּדָרָן כֹּל (לְקִיטַת) [קְצִיצַת] תְּמָרִים קָרֵי גְּדִירָה:
Qu'on a coupées : toute (cueillette) [coupe] de dattes s'appelle guedira.
צָרִיךְ לְקֶשֶׁר לְקָשְׁרָם יַחַד מִבְּעוֹד יוֹם לְהוֹכִיחַ שֶׁלִּישִׁיבָה עוֹמְדִים וְאִם לֹא קְשָׁרָם יַחַד אָסוּר לְטַלְטְלָן לְמָחָר דְּלָא הָוֵי יִחוּד בְּמַחְשָׁבָה:
Il faut les lier : les lier ensemble de jour (la veille), pour montrer qu'elles sont destinées à servir de siège ; s'il ne les a pas liées ensemble, il est interdit de les déplacer le lendemain, car ce n'est pas une désignation par la seule pensée.
⚖️ Rosh (2)
אָמַר רַב יְהוּדָה מַכְנִיס אָדָם מְלֹא קֻופָּתוֹ עָפָר וְעוֹשֶׂה בָּהּ כָּל צָורְכוֹ דָּרֵשׁ מָר זוּטְרָא מִשְּׁמֵיהּ דְּמָר זוּטְרָא רַבָּה וְהוּא שֶׁייִּחֵד לָהּ קֶרֶן זָוִית. תַּנְיָא בַּכֹּל חֹפִין אֶת הַכֵּלִים חוּץ מִכְּלֵי כֶסֶף בְּגִרְתִּיקוּן הָא בְּנֶתֶר וְחוֹל מֻותָּר אָמַר רַב יְהוּדָה עֲפַר לְבֵינְתָּא שְׁרֵי לִרְחֹוץ בָּהֶן פָּנָיו וְיָדָיו וְרַגְלָיו. אָמַר רַב יוֹסֵף כִּיסְפָא דְּשֻׁומְשְׁמִין שָׁרִי אָמַר רָבָא פִּלְפְּלֵי שְׁרֵי אָמַר רַב שֵׁשֶׁת בַּרְדָּא שְׁרֵי. מַאי בַּרְדָּא. אָמַר רַב יוֹסֵף תִּלְּתָא אַהֲלָא וְתִלְתָּא אָסָא וְתִלְתָּא סִגְלֵי. רַב נְחֶמְיָה בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף אָמַר כָּל הֵיכָא דְּלֵיכָּא רֻובָּא אַהֲלָא שָׁרִי. בָּעֵי מִינֵּיהּ מֵרַב שֵׁשֶׁת מַהוּ לִפְצֹועַ זֵיתִים פֵּירוּשׁ לְמִימְשֵׁי בֵּיהּ יָדֶיהָ אֲמַר לֵיהּ וְכִי בְּחוֹל מִי הִתִּירוּ לְךָ מִשּׁוּם הֶפְסֵד אוֹכְלִין:
Rav Yehouda a dit : un homme peut faire entrer sa pleine corbeille de terre et en faire tout son usage. Mar Zoutra a enseigné au nom de Mar Zoutra l'Ancien : à condition qu'il lui ait réservé un coin. On a enseigné : on nettoie les ustensiles avec toute chose, sauf les ustensiles d'argent avec le gartekon ; donc avec le natron et le sable c'est permis. Rav Yehouda a dit : la poudre de brique est permise pour se laver le visage, les mains et les pieds. Rav Yossef a dit : la farine de sésame est permise. Rava a dit : le poivre est permis. Rav Chechet a dit : le barda est permis. Qu'est-ce que le barda ? Rav Yossef a dit : un tiers d'aloès, un tiers de myrte et un tiers de violettes. Rav Nehemia fils de Rav Yossef a dit : partout où l'aloès n'est pas majoritaire, c'est permis. On demanda à Rav Chechet : peut-on écraser des olives, c'est-à-dire pour s'en frotter les mains ? Il répondit : même en semaine, te l'a-t-on permis, à cause de la perte d'aliments ?
גְּמָ' אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה א"ר יוֹחָנָן הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאֵין עוֹשִׂין אֹהֶל עֲרַאי בַּתְּחִלָּה ביו"ט וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת. לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא לְהוֹסִיף שַׂר' אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר אֵין מוֹסִיפִין בְּיוֹם טוֹב וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים מוֹסִיפִין בַּשַּׁבָּת וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּיוֹם טוֹב. רַשִׁ"י פִּי' דְּלָא מִיקְּרֵי אֹהֶל עֲרַאי אֶלָּא בַּעֲשִׂיַּית הַגַּג לְמַעְלָה אֲבָל בַּעֲשִׂיַּית הַדְּפָנוֹת לָא מִיקְּרֵי אֹהֶל עֲרַאי וְהֵבִיא רְאָיָה מִפֶּרֶק כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף צג:) דְּאִיתְּמַר כֹּותֶל הֶחָצֵר שֶׁנָּפַל רַב אָמַר אֵין מְטַלְטְלִין אֶלָּא בְּד' אַמּוֹת וּשְׁמוּאֵל אָמַר זֶה מְטַלְטֵל עַד עִיקַּר מְחִיצָה וְזֶה מְטַלְטֵל עַד עִיקַּר מְחִיצָה וְהָא דְּרַב לָאו בְּפֵירוּשׁ אִיתְּמַר וְכוּ' דְּרַב וּשְׁמוּאֵל הֲווֹ יָתְבִי בְּהָהוּא חָצֵר נְפַל גֻּודָּא דְּבֵינֵי בֵּינֵי אֲמַר שְׁמוּאֵל שְׁקוּלוּ גְּלִימָא וַנְּגוּדוֹ הָתָם אַהְדְּרִינְהוּ רַב לְאַפֵּיהּ וְכוּ' וְלִשְׁמוּאֵל לָמָּה לִי לְמֶיעְבַּד הָכִי הָא אָמַר זֶה מְטַלְטֵל עַד עִיקַּר מְחִיצָה וְכוּ'. שְׁמוּאֵל דַּעֲבַד לִצְנִיעוּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד. אַלְמָא מַשְׁמַע אֹהֶל בַּדְּפָנוֹת שָׁרִי לְמֶיעְבַּד וְרַב שֶׁהִקְפִּיד לֹא עַל עֲשִׂיַּית הַמְּחִיצָּה אֶלָּא עַל טִלְטוּל הַגְּלִימָא אַרְבַּע אַמּוֹת בֶּחָצֵר. וּמֵהַאי טַעְמָא מָחַק רַשִׁ"י גִּירְסַת הַסְּפָרִים בְּפֶרֶק כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִין (עֵירוּבִין דַּף פּוֹ:) גַּבֵּי הָא דְּקָאָמַר הָתָם פַּעַם אַחַת שָׁכְחוּ וְלֹא הֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה מע"ש לְמָחָר פֵּרְסוּ סְדִינִים עַל גַּבֵּי הָעַמּוּדִים וְהֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה וְקָרְאוּ בּוֹ וּפָרִיךְ וּפֵירְסוּ בַּתְּחִלָּה מִי שָׁרִי וְהָאָמַר ר' יוֹחָנָן הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאֵין עוֹשִׂין אֹהֶל עֲרַאי וְכוּ' וְרַשִׁ"י מְחָקוֹ שָׁם דְּלָא מִיקְּרֵי עֲשִׂייַּת אֹהֶל בַּעֲשִׂייַּת דְּפָנוֹת אֶלָּא ה"ג מִי שָׁרִי כְּלוֹמַר הֵיאַךְ הֵבִיאוּ הַסְּדִינִין בֶּחָצֵר אוֹ בַּמָּבוֹי כָּל זְמַן שֶׁלֹּא הָיְתָה שָׁם מְחִיצָּה. ור"ת הִקְשָׁה לְפִי' מַאי פָּרֵיךְ מִי שָׁרִי וַהֲלֹא הָיוּ יְכוֹלִין לַהֲבִיאוֹ דֶּרֶךְ מַלְבּוּשׁ. וְעוֹד ע"כ שַׁיָּיךְ אִיסּוּר אֹהֶל אַף בַּדְּפָנוֹת דִּבְעֵירוּבִין פֶּרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מד.) גַּבֵּי עֲשִׂיַּית דֹּופֶן סֻוכָּה פָּרִיךְ וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה א"ר יוֹחָנָן הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאֵין עוֹשִׂין אֹהֶל עֲרַאי בַּתְּחִלָּה וּמְשַׁנֵּי הָא בְּדֹופֶן שְׁלִישִׁית וְהָא בְּדֹופֶן רְבִיעִית. הִלְכָּךְ נִרְאֶה לר"ת זַ"ל דְּשַׁיָּיךְ שַׁפִּיר בַּעֲשִׂיַּית דְּפָנוֹת אִיסּוּר אֹהֶל הֵיכָא דְּצָרִיךְ הוּא לִמְחִיצָּה לְהֶיתֵּר טִלְטוּל אוֹ לְהֶכְשֵׁר סֻוכָּה אֲבָל בְּשֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לָהּ אֵינוֹ אֶלָּא תּוֹסֶפֶת בְּעָלְמָא וְשַׁרְיָא הִלְכָּךְ מְפַלֵּיג בְּסֻוכָּה בֵּין דֹּופֶן שְׁלִישִׁית לִרְבִיעִית. וּבְעֵירוּבִין פָּרִיךְ שַׁפִּיר לְכַתְּחִלָּה מִי שָׁרֵי כֵּיוָן שֶׁנַּעֲשֵׂית הַמְּחִיצָּה לְהֶיתֵּר טִלְטוּל. וְהַהִיא דְּכָל גַּגּוֹת הִקְפִּיד רַב עַל עֲשִׂיַּית הַמְּחִיצָּה דִּלְדִידֵיהּ לְהֶיתֵּר טִלְטוּל עִיקָּרָהּ נַעֲשֵׂית אֲבָל לִשְׁמוּאֵל לֹא נַעֲשֵׂית לְהֶיתֵּר טִלְטוּל. וְעִיקַּר פְּלֻוגְתָּא דְּר' אֱלִיעֶזֶר וְרַבָּנָן הָכָא בְּאֹהֶל דַּעֲשִׂיַּית דֹּופֶן דִּפְקַק הַחַלּוֹן מַשְׁמַע בַּחַלּוֹן שֶׁבַּכֹּותֶל דְּאִי בְּגַג הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֲרֻובָּה כְּהַהִיא דְּמַשִּׁילִין פֵּירוֹת דֶּרֶךְ אֲרֻובָּה וּמִיהוּ בְּאֹהֶל שֶׁבַּגַּג נָמֵי פְּלִיגִי כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן פֶּרֶק תּוֹלִין (שַׁבָּת דַּף קלז:) דְּמַיְיתִי הַךְ פְּלוּגְתָּא גַּבֵּי תְּלִייַּת מִשְׁמֶרֶת שֶׁהִיא כְּעֵין גַּג וְכֵן מַשְׁמַע פֶּרֶק בָּתְרָא דְּעֵירוּבִין דַּף קב. גַּבֵּי הָנְהוּ דִּיכְרֵי דְּהָווּ בֵּי רַב הוּנָא דְּבִימָמָא הָווּ בָּעוּ טֻולָּא וּבְלֵילְיָא הָווּ בְּעוֹ אַוֵּירָא אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב א"ל זִיל כְּרֹוךְ בֻּודְיָא וְשַׁייַּר בַּהּ טֶפַח וּלְמָחָר הָוֵי מוֹסִיף עַל אֹהֶל עֲרַאי וּמֻותָּר דְּמַשְׁמַע דְּהַייְנוּ נָמֵי תּוֹסֶפֶת אֹהֶל עֲרַאי דִּפְלִיגִי בָּהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבָּנָן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ פּוֹקְקִין בּוֹ מַאי בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ א"ר אַבָּא בַּר כָּהֲנָא בֵּין קָשׁוּר בֵּין שֶׁאֵינוֹ קָשׁוּר וְהוּא שֶׁמְּתֻוקָּן וְהִלְכְתָא כַּחֲכָמִים ואע"ג דְּסָתַם לָן תַּנָּא כַּר' אֱלִיעֶזֶר בְּנֶגֶר הַנִּגְרָר שָׁם קַייְמָא לַן כִּי הַאי סְתָמָא אַחַרְיַנָא דִּתְנַן לְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף קנז.) מִדִּבְרֵיהֶם לָמַדְנוּ שֶׁפּוֹקְקִין וְקוֹשְׁרִין בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם דְּמַעֲשֵׂה רַב. תֵּימַהּ דְּרַב אִלְפָּס פָּסַק הָכָא כַּר' אַבָּא בַּר כָּהֲנָא דְּלָא בָּעֵי קָשׁוּר אֶלָּא מְתֻוקָּן וְהַאי מְתֻוקָּן לָאו בְּתִקּוּן מַעֲשֶׂה אַייְרֵי אֶלָּא בְּמַחְשָׁבָה בְּעָלְמָא כְּמוֹ שֶׁהוֹכִיחַ רַבֵּינוּ תָּם מִדְּאָמַר אֲנָא דְּאָמַר כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל דְּאָמַר מְתֻוקָּן ואע"פ שֶׁאֵינוֹ קָשׁוּר וּלְרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל סַגִּי בְּמַחְשָׁבָה וּמַשְׁמַע דִּלְגַמְרֵי סָבַר כְּוָותֵיהּ דְּגַבֵּי ר' יוֹחָנָן דַּוְקָא הוּא דְּקָאָמַר סָבַר לֵיהּ כְּוָותֵיהּ בַּחֲדָא וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא. וּבְעֵירוּבִין פָּסַק כְּר' יְהוּדָה בְּנֶגֶר הַנִּגְרָר דְּבָעֵי קָשׁוּר מִדְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה אָמַר רָבָא וְהוּא שֶׁקָּשׁוּר בַּדֶּלֶת. וְנִרְאֶה לִי דְּלֵית לֵיהּ הָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר כְּמַחֲלֹוקֶת כָּאן כָּךְ מַחֲלֹוקֶת בַּנֶּגֶר הַנִּגְרָר אֶלָּא סָבַר דִּבְנֶגֶר שֶׁתּוֹחֲבוֹ בַּקַּרְקַע דָּמֵי קְצָת לְבִנְיָן הִלְכָּךְ בָּעֵינַן קְשִׁירָה לְאַפּוֹקֵי מֵאִיסּוּר בִּנְיָן אֲבָל פְּקַק הַחַלּוֹן לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ בִּנְיָן כְּלָל וְסַגִּי בְּמַחְשָׁבָה לְאַפּוֹקֵי מֵאִיסּוּר טִלְטוּל. וּמִסְתַּיְּיעָן מִילְּתֵיהּ מִדִּשְׁמוּאֵל דְּפָסַק בְּנֶגֶר הַנִּגְרָר כְּר' יְהוּדָה וּלְעֵיל בְּפֶרֶק בַּמֶּה טוֹמְנִין (שַׁבָּת דַּף נ.) סָבַר שְׁמוּאֵל כְּרַשְׁבָּ"ג גַּבֵּי חֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל שֶׁגְּדָרָן לְעֵצִים דְּסַגִּי בְּמַחְשָׁבָה אֶלָּא וַדַּאי צָרִיךְ לְחַלֵּק כִּדְפָרֵישִׁית וְכֵן צָרִיךְ לְחַלֵּק עוֹד לְדִבְרֵי רַב אִלְפָּס זַ"ל דְּהָכָא פָּסַק כַּר' יוֹחָנָן דִּפְלִיג עֲלֵיהּ דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל בַּחֲדָא וּמַצְרִיךְ תּוֹרַת כְּלִי בְּקָנֶה שֶׁהִתְקִינוֹ לִהְיוֹת פּוֹתֵחַ וְנוֹעֵל בּוֹ וּלְעֵיל בְּפֶרֶק בַּמֶּה טוֹמְנִין פְּסַק הֲלָכָה כְּרַשְׁבָּ"ג בַּחֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל דְּסַגִּי בְּמַחְשָׁבָה אֶלָּא הַיְינוּ טַעְמָא לְפִי שֶׁקָּנָה הוּא לְצֹורֶךְ נְעִילַת בַּיִת וְדָמֵי קְצָת לְנֶגֶר הַנִּגְרָר חֲמִיר טְפֵי וְצָרִיךְ תִּיקּוּן כְּלִי. וְהִנֵּה עַתָּה שְׁלֹשָׁה חִלּוּקִים בִּפְסַק זֶה לְדִבְרֵי רַב אִלְפָּס. בִּפְקַק הַחַלּוֹן סַגִּי בְּמַחְשָׁבָה כְּמוֹ בַּחֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל. וּבַנֶּגֶר הַנִּגְרָר צָרִיךְ קְשִׁירָה לְאַפּוֹקֵי מֵאִיסּוּר בִּנְיָן. וּבְקָנֶה שֶׁהוּא פּוֹתֵחַ וְנוֹעֵל בּוֹ צָרִיךְ תִּקּוּן כְּלִי. וְר' יוֹחָנָן מְדַמֵּי פְּקַק הַחַלּוֹן וְנֶגֶר הַנִּגְרָר לְהָדְדִי וְסָבַר דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה מִדְּמוּקֵי רַבָּנָן כְּר' יְהוּדָה. וְגַם בִּירוּשַׁלְמִי פָּסַק בְּהֶדְיָא כְּר' יְהוּדָה וּבְקָנֶה סַגִּי בְּתִקּוּן כְּלִי אוֹ שֶׁמָּא סָבַר דְּתַקּוּן כְּלִי וּקְשִׁירָה שָׁוִין הֵן וּמוֹעִיל תִּקּוּן כְּלִי אַף בְּנֶגֶר הַנִּגְרָר:
Guemara. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tous reconnaissent qu'on ne fait pas une tente provisoire (ohel arai) au départ le jour de fête, et à plus forte raison le Chabbat. Ils ne sont en désaccord que pour ajouter : Rabbi Eliezer dit qu'on n'ajoute pas le jour de fête, et à plus forte raison le Chabbat ; et les Sages disent qu'on ajoute le Chabbat, et à plus forte raison le jour de fête. Rachi a expliqué qu'on ne parle de tente provisoire que pour la confection du toit en haut, mais la confection des parois ne s'appelle pas tente provisoire. Il en a apporté une preuve du chapitre Kol gaggot (Erouvin 93b), où il a été dit : le mur d'une cour qui est tombé, Rav a dit qu'on ne déplace que dans quatre coudées, et Chmouel a dit que chacun déplace jusqu'au pied de la cloison. Et cet (avis) de Rav n'a pas été dit explicitement, etc. : Rav et Chmouel étaient assis dans une cour, le mur mitoyen tomba ; Chmouel dit : prenez un manteau et tendez-le. Rav détourna son visage, etc. Et pour Chmouel, pourquoi faire ainsi, puisqu'il a dit que chacun déplace jusqu'au pied de la cloison, etc. ? Ce que Chmouel a fait, il l'a fait seulement par pudeur. On voit donc qu'il est permis de faire une tente par des parois ; et Rav s'est formalisé non de la confection de la cloison, mais du déplacement du manteau sur quatre coudées dans la cour. Pour cette raison, Rachi a effacé la version des livres au chapitre Keitsad michtatfin (Erouvin 86b), où il est dit : une fois on oublia d'apporter le Sefer Torah la veille du Chabbat ; le lendemain on étendit des draps sur les colonnes, on apporta le Sefer Torah et on y lut. Et la guemara objecte : étendre au départ, est-ce permis ? Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : tous reconnaissent qu'on ne fait pas une tente provisoire, etc. ? Rachi a effacé cela, car la confection de parois ne s'appelle pas faire une tente ; il lit seulement : 'est-ce permis ?', c'est-à-dire : comment ont-ils apporté les draps dans la cour ou dans l'impasse, tant qu'il n'y avait pas de cloison ? Rabbenou Tam a objecté à cette explication : que demande-t-on 'est-ce permis ?', ils pouvaient les apporter en les portant comme un vêtement ! De plus, l'interdit de tente s'applique forcément aussi aux parois, car en Erouvin, chapitre Mi chehotsiouhou (Erouvin 44a), à propos de la confection d'une paroi de souka, on objecte : Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan que tous reconnaissent qu'on ne fait pas une tente provisoire au départ ? Et on répond : ici pour la troisième paroi, là pour la quatrième paroi. C'est pourquoi il semble à Rabbenou Tam que l'interdit de tente s'applique bien à la confection de parois, lorsqu'on a besoin de la cloison pour permettre le transport ou pour rendre la souka valable ; mais si on n'en a pas besoin, ce n'est qu'un simple ajout et c'est permis. C'est pourquoi on distingue, pour la souka, entre la troisième et la quatrième paroi. Et en Erouvin, on objecte à juste titre 'au départ, est-ce permis ?', puisque la cloison est faite pour permettre le transport. Et dans le cas de Kol gaggot, Rav s'est formalisé de la confection de la cloison, car selon lui elle est faite essentiellement pour permettre le transport, alors que selon Chmouel elle n'est pas faite pour permettre le transport. Et le désaccord principal de Rabbi Eliezer et des Rabbanan porte ici sur une tente faite par une paroi, car 'le bouchon de la fenêtre' indique une fenêtre dans le mur ; s'il s'agissait du toit, il aurait fallu dire 'lucarne', comme dans le cas où l'on fait descendre des fruits par la lucarne. Toutefois, ils sont en désaccord aussi pour une tente sur le toit, comme on le prouve plus loin au chapitre Tolin (Chabbat 137b), où l'on cite ce désaccord à propos de la suspension du filtre, qui est comme un toit. C'est aussi ce qui ressort du dernier chapitre d'Erouvin (102a), à propos de ces béliers qui étaient chez Rav Houna : le jour ils avaient besoin d'ombre et la nuit ils avaient besoin d'air. Il vint devant Rav, qui lui dit : va, enroule la natte en en laissant un tefah, et le lendemain ce sera un ajout à une tente provisoire, ce qui est permis. On en déduit que c'est aussi un ajout à une tente provisoire, sur lequel Rabbi Eliezer et les Rabbanan sont en désaccord. 'Et les Sages disent : dans un cas comme dans l'autre, on bouche avec' : que signifie 'dans un cas comme dans l'autre' ? Rabbi Abba bar Kahana a dit : qu'il soit attaché ou non, à condition qu'il soit préparé. Et la halakha est comme les Sages. Et bien que le tana ait enseigné sans nom d'auteur comme Rabbi Eliezer au sujet du verrou traîne (neguer hanigrar), nous retenons cet autre enseignement anonyme, que nous avons appris plus loin (Chabbat 157a) : 'd'après leurs paroles nous avons appris qu'on bouche, qu'on mesure et qu'on attache le Chabbat', parce qu'un fait accompli fait autorité. Mais il est étonnant que Rav Alfas tranche ici comme Rabbi Abba bar Kahana, qui n'exige pas que ce soit attaché mais seulement préparé ; et ce 'préparé' ne vise pas une préparation par un acte, mais une simple pensée, comme l'a prouvé Rabbenou Tam, puisque (Rabbi Yo'hanan) dit : moi qui dis comme Rabban Chimon ben Gamliel, qui dit 'préparé' même s'il n'est pas attaché ; et selon Rabban Chimon ben Gamliel la pensée suffit. Et il semble qu'il pense entièrement comme lui, car c'est seulement à propos de Rabbi Yo'hanan qu'on dit qu'il pense comme lui sur un point et s'oppose à lui sur un autre. Or en Erouvin, il tranche comme Rabbi Yehouda au sujet du verrou traîne, qui exige qu'il soit attaché, puisque Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Yehouda ; Rava a dit : à condition qu'il soit attaché à la porte. Il me semble qu'il ne retient pas ce que dit Rabbi Yo'hanan, 'le désaccord ici est comme le désaccord là, au sujet du verrou traîne' ; il pense plutôt qu'un verrou qu'on enfonce dans le sol ressemble un peu à une construction, c'est pourquoi il faut l'attacher pour échapper à l'interdit de construire ; mais le bouchon de la fenêtre n'a aucun rapport avec la construction, et la pensée suffit pour échapper à l'interdit de déplacer. Ses paroles sont confirmées par Chmouel, qui tranche comme Rabbi Yehouda au sujet du verrou traîne, alors que plus haut, au chapitre Bameh tomnin (Chabbat 50a), Chmouel pense comme Rabban Chimon ben Gamliel au sujet des branches de palmier coupées pour le bois, pour lesquelles la pensée suffit. Il faut donc forcément distinguer comme je l'ai expliqué. Et il faut encore distinguer selon les paroles de Rav Alfas, qui tranche ici comme Rabbi Yo'hanan, lequel s'oppose à Rabban Chimon ben Gamliel sur un point et exige un statut d'ustensile pour le roseau qu'on a préparé pour ouvrir et fermer, alors que plus haut, au chapitre Bameh tomnin, il tranche la halakha comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les branches de palmier, pour lesquelles la pensée suffit. La raison en est que le roseau sert à fermer la maison et ressemble un peu au verrou traîne : il est plus sévère et exige une préparation d'ustensile. Voici donc, selon les paroles de Rav Alfas, trois distinctions dans cette décision : pour le bouchon de la fenêtre, la pensée suffit, comme pour les branches de palmier ; pour le verrou traîne, il faut l'attacher, pour échapper à l'interdit de construire ; et pour le roseau qui sert à ouvrir et fermer, il faut une préparation d'ustensile. Quant à Rabbi Yo'hanan, il assimile le bouchon de la fenêtre et le verrou traîne l'un à l'autre, et pense que la halakha est comme Rabbi Yehouda, puisqu'il établit l'avis des Rabbanan selon Rabbi Yehouda. Le Yerouchalmi aussi tranche explicitement comme Rabbi Yehouda ; et pour le roseau, une préparation d'ustensile suffit ; ou peut-être pense-t-il que la préparation d'ustensile et l'attache sont équivalentes, et que la préparation d'ustensile est efficace même pour le verrou traîne.
💡 Explication

Les harayot coupées pour le feu sont muktse. Le propriétaire change d'avis et veut s'en servir de siège. Selon le Tana kama, il faut un acte visible la veille : les lier ensemble. Selon Rabban Chimon ben Gamliel, la seule intention (mahshava) suffit. Rabba bar bar Hana tranche comme ce dernier.

Le Roch, placé ici par Sefaria, porte en réalité sur la suite du daf (corbeille de terre, produits de lavage) et, pour le long passage, sur le débat de pekak hahalon (Chabbat 125b) ; il y rattache la décision de Chmouel dans notre sougya.

6
אִיתְּמַר רַב אָמַר: קוֹשֵׁר, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: חוֹשֵׁב, וְרַב אַסִּי אָמַר: יוֹשֵׁב, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא קִישֵּׁר וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא חִישֵּׁב.

Il a été dit : Rav a dit : il lie ; Chmouel a dit : il pense ; Rav Assi a dit : il s'assoit (dessus), même s'il n'a pas lié et même s'il n'a pas pensé.

📜 Rachi (2)
וְרַב אַסִּי אָמַר יָשַׁב עֲלֵיהֶן מִבְּעוֹד יוֹם:
Et Rav Assi a dit : il s'est assis dessus de jour (la veille).
ואע"פ שֶׁלֹּא חִישֵּׁב עֲלֵיהֶן לֵישֵׁב לְמָחָר גַּלִּי דַעְתֵּיהּ דְּלִישִׁיבָה קָיְימִי:
Et même s'il n'a pas pensé : à s'y asseoir le lendemain ; il a révélé son intention qu'elles sont destinées à servir de siège.
💡 Explication

Trois critères de hazmana (préparation) : kocher (lier = acte), hochev (penser = intention), yochev (s'asseoir = usage effectif la veille, qui révèle l'intention).

7
בִּשְׁלָמָא רַב הוּא דְּאָמַר כְּתַנָּא קַמָּא, וּשְׁמוּאֵל נָמֵי הוּא דְּאָמַר כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל. אֶלָּא רַב אַסִּי דְּאָמַר כְּמַאן?

Certes, Rav a parlé selon le Tana kama, et Chmouel aussi a parlé selon Rabban Chimon ben Gamliel. Mais Rav Assi, selon qui a-t-il parlé ?

🗂️ Tossefot (1)
וְרַב אַסִּי אָמַר יָשַׁב אע"פ שֶׁלֹּא קָשַׁר וְשֶׁלֹּא חִישֵּׁב רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן הַזָּקֵן פָּסַק כְּרַב אַסִּי מִדְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ רַב אַשִּׁי שֶׁהוּא בָּתְרָאָה מַתְנֵי' נָמֵי דַּיְקָא ור"ת פּוֹסֵק כְּרַב מִכֹּחַ קֻושְׁיָא כְּמוֹ שֶׁמְּפֹורָשׁ בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קכו. בד"ה ר"י אוֹמֵר וְשָׁם):
Et Rav Assi a dit : il s'assoit, même s'il n'a pas lié et n'a pas pensé : Rabbenou Chimchon l'Ancien a tranché comme Rav Assi, puisque Rav Achi, qui est tardif, dit juste après : 'notre michna aussi le prouve'. Et Rabbenou Tam tranche comme Rav en raison d'une difficulté, comme il est expliqué au chapitre Kol hakelim (plus loin, Chabbat 126a, Tossefot commençant par 'Rabbi Yehouda dit', et là-bas).
💡 Explication

Rav et Chmouel ont chacun un Tana derrière eux. L'avis de Rav Assi semble ne correspondre à aucun des deux. Tossefot signale la divergence des décisionnaires : Rabbenou Chimchon suit Rav Assi, Rabbenou Tam suit Rav.

8
הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא דְּתַנְיָא: יוֹצְאִין בְּפָקוֹרִין וּבְצִיפָּא, בִּזְמַן שֶׁצְּבָעָן בְּשֶׁמֶן וּכְרָכָן בִּמְשִׁיחָה. לֹא צְבָעָן בְּשֶׁמֶן וְלֹא כְּרָכָן בִּמְשִׁיחָה — אֵין יוֹצְאִין בָּהֶם. וְאִם יָצָא בָּהֶן שָׁעָה אַחַת מִבְּעוֹד יוֹם, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא צָבַע וְלֹא כְּרָכָן בִּמְשִׁיחָה מֻותָּר לָצֵאת בָּהֶן.

Il a parlé selon ce Tana, comme il est enseigné : on sort avec des pekorin et avec de la tsipa lorsqu'on les a trempés dans l'huile et attachés avec une ficelle. Si on ne les a pas trempés dans l'huile ni attachés avec une ficelle, on ne sort pas avec.

Et si on est sorti avec eux un moment de jour (la veille), même si on ne les a pas trempés ni attachés avec une ficelle, il est permis de sortir avec eux.

📜 Rachi (4)
פְּקוּרֵין פִּשְׁתָּן סָרוּק שֶׁנּוֹתְנִין עַל הַמַּכָּה:
Pekorin : du lin peigné que l'on pose sur une plaie.
בְּצִיפָּא צֶמֶר מְנֻופָּץ הַנִּיתָּן עַל הַמַּכָּה:
Tsipa : de la laine cardée que l'on pose sur une plaie.
בִּזְמַן שֶׁצְּבָעָן בְּשֶׁמֶן גַּלִּי דַעְתֵּיהּ דִּלְמַכָּה קָייְמִי לְהַנִּיחָן עָלֶיהָ בְּשַׁבָּת דְּלָאו לִרְפוּאָה נִינְהוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא יִשְׂרְטוּ מַלְבּוּשָׁיו אֶת מַכָּתוֹ וַהֲוָה לֵיהּ כְּמַלְבּוּשׁ דְּעָלְמָא אֲבָל לֹא צְבָעָן בְּשֶׁמֶן דְּלָאו מַלְבּוּשׁ נִינְהוּ הֲוָה לֵיהּ מַשּׂאוֹי וְאֵין יוֹצְאִין בּוֹ לר"ה:
Lorsqu'on les a trempés dans l'huile : il a révélé son intention qu'ils sont destinés à la plaie, pour les y poser le Chabbat ; ils ne servent pas de remède, mais à empêcher que ses vêtements n'égratignent sa plaie, et c'est donc comme un vêtement ordinaire. Mais s'il ne les a pas trempés dans l'huile, ce ne sont pas des vêtements, c'est un fardeau, et on ne sort pas avec dans le domaine public.
וְאִם יָצָא בָּהֶן כוּ' הַייְנוּ כְּרַב אַסִּי דְּאָמַר יָשַׁב אע"פ שֶׁלֹּא קָשַׁר וְלֹא חִישֵּׁב:
Et si on est sorti avec eux, etc. : c'est comme Rav Assi, qui dit : il s'est assis, même s'il n'a pas lié ni pensé.
🗂️ Tossefot (3)
בְּפָקוֹרִין וּבְצִיפָּא פר"ח כִּיפָּה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שֵׂעָר וְנוֹתְנִין אוֹתָהּ בְּרֹאשׁ הַקֶּרַח וְנִרְאֶה שֶׁהוּא שְׂעַר רֹאשׁוֹ:
Avec des pékorin et avec de la tsipa : Rabbenou Hananel explique : une calotte garnie de cheveux, que l'on pose sur la tête du chauve, et qui semble être ses propres cheveux.
אֲבָל לֹא צְבָעָן בְּשֶׁמֶן אֵין יוֹצְאִין בָּהֶן לָאו דַּוְקָא אֵין יוֹצְאִין דַּאֲפִילּוּ לְטַלְטְלָם אָסוּר לְפִי שֶׁאֵינָם מוּכָנִים אֶלָּא נְקַט אֵין יוֹצְאִין אַגַּב רֵישָׁא וּבְסָמוּךְ נָמֵי דְּקָאָמַר אֲבָל יָצָא בָּהֶן שָׁעָה אַחַת מִבְּעוֹד יוֹם לָאו דַּוְקָא יָצָא דְּהוּא הַדִּין יָשַׁב בָּהֶן בְּבֵיתוֹ:
Mais s'il ne les a pas trempés dans l'huile, on ne sort pas avec : 'on ne sort pas' n'est pas précis, car même les déplacer est interdit, puisqu'ils ne sont pas préparés ; mais il a dit 'on ne sort pas' en raison de la première partie. Et de même, ce qu'il dit juste après, 'mais s'il est sorti avec eux un moment de jour', 'sorti' n'est pas précis : il en va de même s'il s'est assis avec chez lui.
וְאִם יָצָא בָּהֶן שָׁעָה אַחַת כו' אע"פ שֶׁלֹּא צָבַע וְלֹא חִישֵּׁב הַייְנוּ כְּרַב אַסִּי דְּאָמַר יָשַׁב אע"פ שֶׁלֹּא חִישֵּׁב וְלֹא קִישֵּׁר קָשֶׁה לר"י רֵישָׁא דְּקָתָנֵי יוֹצְאִין בָּהֶן בִּזְמַן שֶׁצְּבָעָן מַאי אִרְיָא צְבָעָן אֲפִילּוּ חִישֵּׁב נָמֵי דְּהָא כֵּיוָן דְּמַתִּיר יָצָא אע"פ שֶׁלֹּא צָבַע וְלֹא חִישֵּׁב כָּל שֶׁכֵּן חִישֵּׁב וְלֹא צָבַע דְּלִכְאוֹרָה יְשִׁיבָה גְּרִיעָא מִמַּחֲשָׁבָה וְכֵן נָמֵי יְצִיאָה וְתֵירֵץ דְּהַאי דְּקָאָמַר צְבָעָן לֹא לָצֵאת בָּהֶן בְּשַׁבָּת אֶלָּא כְּדֵי לָצֵאת בָּהֶן מִבְּעוֹד יוֹם וְאַחַר כָּךְ נִמְלַךְ וְאַפֵּ"ה יָכוֹל לָצֵאת בָּהֶן בְּשַׁבָּת:
Et si on est sorti avec eux un moment, etc. : même s'il ne les a pas trempés et n'a pas pensé ; c'est comme Rav Assi, qui dit : il s'est assis, même s'il n'a pas pensé ni lié. Le Ri objecte à la première partie, qui enseigne : on sort avec lorsqu'on les a trempés. Pourquoi mentionner 'trempés' ? Même s'il a seulement pensé (ce devrait être permis), puisque (le tana) permet s'il est sorti, même sans les avoir trempés ni pensé, à plus forte raison s'il a pensé sans tremper, car à première vue s'asseoir est moins fort que penser, et de même sortir. Il répond : ce qu'il dit, 'trempés', n'est pas pour sortir avec le Chabbat, mais pour sortir avec eux de jour ; ensuite il a changé d'avis, et malgré cela il peut sortir avec le Chabbat.
💡 Explication

Les pékorin et la tsipa protègent une plaie. Pour sortir avec eux le Chabbat, ils doivent avoir statut de vêtement (et non de fardeau, massoui). Les tremper dans l'huile ou les attacher montre leur destination. Le dernier cas, yatsa bahen (il est sorti avec eux la veille), suffit sans autre acte : c'est exactement la position de Rav Assi, l'usage vaut désignation.

9
אָמַר רַב אַשִּׁי, אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא: הַקַּשׁ שֶׁעַל גַּבֵּי הַמִּטָּה לֹא יְנַעְנְעֶנּוּ בְּיָדוֹ, אֲבָל מְנַעְנְעוֹ בְּגוּפוֹ. אֲבָל אִם הָיָה עָלָיו מַאֲכַל בְּהֵמָה, אוֹ שֶׁהָיָה עָלָיו כַּר אוֹ סָדִין מִבְּעוֹד יוֹם — מְנַעְנְעוֹ בְּיָדוֹ. שְׁמַע מִינָּה.

Rav Achi a dit : nous aussi, nous l'avons appris (dans une michna) : la paille qui est sur le lit, on ne la remuera pas avec la main, mais on la remue avec le corps. Mais s'il y avait dessus du fourrage pour les bêtes, ou s'il y avait dessus un coussin ou un drap de jour (la veille), on la remue avec la main.

Déduis-en (cela).

📜 Rachi (5)
אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא כְּרַב אַסִּי:
Nous aussi, nous l'avons appris : comme Rav Assi.
קַשׁ סְתָמֵיהּ לְטִינָא קָאֵי לִלְבֵנִים אוֹ לְהַסָּקָה וּמֻוקְצֶה הוּא וְאִם הָיָה נָתוּן עַל הַמִּטָּה וְלֹא לִשְׁכַּב עָלָיו וּבָא בְּשַׁבָּת לִשְׁכַּב עָלָיו וְהֻוצְרַךְ לְנַעְנְעוֹ וּלְשָׁוטְחוֹ לִשְׁכִיבָה שֶׁלֹּא יְהֵא צִבּוּר וְקָשֶׁה:
Paille : ordinairement elle est destinée au mortier, pour les briques, ou au chauffage, et elle est muktse. Il s'agit du cas où elle était posée sur le lit non pour s'y coucher, et le Chabbat il veut s'y coucher et a besoin de la remuer et de l'étaler pour se coucher, afin qu'elle ne soit pas entassée et dure.
לֹא יְנַעְנְעוֹ בְּיָדוֹ שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלוֹ:
On ne la remuera pas avec la main : car il est interdit de la déplacer.
אֲבָל מְנַעְנְעוֹ בְּגוּפוֹ כִּלְאַחַר יָד:
Mais on la remue avec le corps : d'une manière inhabituelle (kilahar yad).
אוֹ שֶׁהָיָה עָלָיו כַּר אוֹ סָדִין שֶׁשָּׁכַב עָלָיו מִבְּעוֹד יוֹם ואע"פ שֶׁלֹּא יִחֲדוֹ לְכָךְ וְלֹא חִישֵּׁב עָלָיו דְּהַייְנוּ כְּרַב אַסִּי:
Ou s'il y avait dessus un coussin ou un drap : il s'y est couché de jour, et bien qu'il ne l'ait pas désignée pour cela et n'y ait pas pensé ; c'est comme Rav Assi.
💡 Explication

Michna citée par Rav Achi : la paille ordinaire est muktse ; on ne peut la remuer qu'avec le corps, de manière inhabituelle (kilahar yad). S'il s'est couché dessus la veille sur un coussin ou un drap, elle devient utilisable. L'usage sans intention déclarée suffit : preuve pour Rav Assi.

🖼️ Schéma
La paille posée sur le lit (michna citée par Rav Achi)Paille sur le lit(destinée au mortier ou au feu)Cas ordinairemuktse : pas avec la mainpermis avec le corps(kilahar yad)Fourrage, ou coussin / drapposé dessus la veilleon la remue avec la main= usage suffit (Rav Assi)
La paille sur le lit : l'usage de la veille la rend utilisable.
10
וּמַאן תְּנָא דִּפְלִיג עֲלֵיהּ דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל — רַבִּי חֲנִינָא בֶּן עֲקִיבָא. דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר זְעֵירִי אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: פַּעַם אַחַת הָלַךְ רַבִּי חֲנִינָא בֶּן עֲקִיבָא לְמָקוֹם אֶחָד, וּמָצָא חֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל שֶׁגְּדָרוּם לְשׁוּם עֵצִים, וְאָמַר לָהֶם לְתַלְמִידָיו: צְאוּ וְחַשְּׁבוּ כְּדֵי שֶׁנֵּשֵׁב עֲלֵיהֶן לְמָחָר. וְלָא יָדַעְנָא אִי בֵּית הַמִּשְׁתֶּה הֲוָה, אִי בֵּית הָאֵבֶל הֲוָה.

Et quel est le Tana qui s'oppose à Rabban Chimon ben Gamliel ? Rabbi Hanina ben Akiva.

Car quand Rav Dimi est venu, il a dit : Zeiri a dit au nom de Rabbi Hanina : une fois, Rabbi Hanina ben Akiva alla dans un certain endroit et trouva des branches de palmier qu'on avait coupées pour le bois. Il dit à ses élèves : sortez et pensez (à elles), afin que nous nous asseyions dessus demain.

Et je ne sais pas si c'était une maison de festin ou une maison de deuil.

📜 Rachi (2)
וּמַאן תַּנָּא דִּלְעֵיל דְּאָמַר צָרִיךְ לִקְשֹׁור וּפְלִיג אַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן:
Et quel est le Tana : cité plus haut, qui dit qu'il faut lier et qui s'oppose à Rabban Chimon.
וְלָא יָדַעְנָא זְעֵירִי קָאָמַר לָהּ:
Et je ne sais pas : c'est Zeiri qui le dit.
🗂️ Tossefot (1)
וְלָא יָדַעְנָא אִי בֵּית הָאֵבֶל הֲוָה פִּי' אִי מִשּׁוּם בֵּית הָאָבֵל הִתִּיר אִי מִשּׁוּם בֵּית הַמִּשְׁתֶּה:
Et je ne sais pas si c'était une maison de deuil : c'est-à-dire, s'il a permis à cause de la maison de deuil, ou à cause de la maison de festin.
💡 Explication

À première vue, le récit montre Rabbi Hanina ben Akiva se contentant de la pensée. La précision de Zeiri (festin ou deuil) va permettre d'en faire au contraire le Tana qui exige un acte.

11
מִדְּקָאָמַר אִי בֵּית הַמִּשְׁתֶּה הֲוָה אִי בֵּית הָאֵבֶל הֲוָה — דַּוְקָא בֵּית הָאֵבֶל אוֹ בֵּית הַמִּשְׁתֶּה דִּטְרִידִי, אֲבָל הָכָא קָשַׁר — אִין, לֹא קָשַׁר — לֹא.

Puisqu'il dit : 'si c'était une maison de festin ou une maison de deuil', c'est seulement une maison de deuil ou une maison de festin, où l'on est occupé ; mais ici (en général), s'il a lié, oui ; s'il n'a pas lié, non.

📜 Rachi (1)
דִּטְרִידִי וְלֹא יָכְלוּ לִקְשֹׁור מִבְּעוֹד יוֹם וְהָתָם הוּא דְּשָׁרֵי בְּלֹא קִישּׁוּר אֲבָל בְּעָלְמָא לֹא:
Où l'on est occupé : et ils ne pouvaient pas lier de jour ; c'est là qu'on a permis sans lier, mais en général, non.
💡 Explication

La permission par la pensée était une mesure de circonstance : dans une maison de festin ou de deuil, on est trop occupé (tridi) pour lier. En temps normal, Rabbi Hanina ben Akiva exige l'acte de lier : il est donc le Tana kama de la baraita.

12
אָמַר רַב יְהוּדָה: מַכְנִיס אָדָם מְלֹא קֻופָּתוֹ עָפָר, וְעוֹשֶׂה בָּהּ כָּל צָרְכּוֹ. דָּרֵשׁ מָר זוּטְרָא מִשְּׁמֵיהּ דְּמָר זוּטְרָא רַבָּה: וְהוּא שֶׁיִּחֵד לוֹ קֶרֶן זָוִית.

Rav Yehouda a dit : un homme peut faire entrer sa pleine corbeille de terre et en faire tout son usage. Mar Zoutra a enseigné au nom de Mar Zoutra l'Ancien : à condition qu'il lui ait réservé un coin.

📜 Rachi (2)
מַכְנִיס מָלֵא קֻופָּתוֹ עָפָר לְכַסּוֹת בּוֹ צוֹאָה וְרוֹק וּמְעָרֶה הֶעָפָר בְּבֵיתוֹ לָאָרֶץ וְנוֹטְלוֹ תָּמִיד לְכָל צְרָכָיו:
Il fait entrer sa pleine corbeille de terre : pour en couvrir les excréments et les crachats ; il verse la terre par terre dans sa maison et en prend constamment pour tous ses besoins.
וְהוּא שֶׁייִּחֵד לוֹ קֶרֶן זָוִית דְּהָוֵי כְּמוּכָן וְעוֹמֵד לְכָךְ אֲבָל נְתָנוֹ בְּאֶמְצַע בֵּיתוֹ לְמִדְרָס רַגְלַיִם הֲרֵי הוּא בָּטֵל לְגַבֵּי קַרְקָעִית הַבַּיִת וּמֻוקְצֶה וְאָסוּר:
À condition qu'il lui ait réservé un coin : car elle est alors comme préparée et destinée à cela ; mais s'il l'a mise au milieu de sa maison, là où l'on marche, elle est annulée par rapport au sol de la maison, elle est muktse et interdite.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר קֻופָּה מַטָּהּ עַל צִדָּהּ וְנוֹטֵל שֶׁמָּא יִטּוֹל וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהַחֲזִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים נוֹטֵל וּמַחֲזִיר. לֹא כִּסָּהוּ מִבְּעוֹד יוֹם לֹא יְכַסֶּנּוּ מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ. כִּסָּהוּ וְנִתְגַּלָּה מֻותָּר לְכַסּוֹתוֹ מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ נִרְאֶה דְּהוּא הַדִּין לְכַתְּחִלָּה מֻותָּר לְגַלּוֹתוֹ וְלַחֲזֹור וּלְכַסּוֹתוֹ כְּמוֹ שֶׁמֻּותָּר לִיטֹּול וּלְהַחֲזִיר. וְהַאי דִּנְקַט כִּסָּהוּ וְנִתְגַּלָּה לְאַשְׁמְעִינַן דַּאֲפִילּוּ נִתְגַּלָּה מִבְּעוֹד יוֹם מֻותָּר לְכַסּוֹתוֹ מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ. דְּמִבְּעוֹד יוֹם אַייְרֵי כְּמוֹ רֵישָׁא דְּלָא כִּסָּהוּ מִבְּעוֹד יוֹם. וּמִיהוּ אִם כִּסָּהוּ מִבְּעוֹד יוֹם אַדַּעְתָּא שֶׁלֹּא לְכַסּוֹתוֹ מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ נִרְאֶה דְּאָסוּר דְּדָמְיָא לִתְחִלַּת הַטְמָנָה:
Michna. Rabbi Eleazar ben Azaria dit : on incline la corbeille sur le côté et on prend (le plat), de peur qu'il ne le prenne et ne puisse le remettre. Et les Sages disent : on prend et on remet. S'il ne l'a pas couvert de jour, il ne le couvrira pas une fois la nuit tombée ; s'il l'a couvert et que cela s'est découvert, il est permis de le couvrir une fois la nuit tombée. Il semble que, de la même façon, il est permis à priori de le découvrir puis de le recouvrir, de même qu'il est permis de prendre et de remettre. Et s'il a retenu le cas 'il l'a couvert et cela s'est découvert', c'est pour nous apprendre que même si cela s'est découvert de jour, il est permis de le couvrir une fois la nuit tombée, car il s'agit du jour, comme dans la première partie, 'il ne l'a pas couvert de jour'. Toutefois, s'il l'a couvert de jour avec l'intention de ne pas le couvrir une fois la nuit tombée, il semble que ce soit interdit, car cela ressemble à un début d'enfouissement.
💡 Explication

La terre versée dans la maison servira à couvrir les salissures. Pour qu'elle ne se confonde pas avec le sol (et soit batel), il faut lui réserver un coin (keren zavit) : cette désignation la rend mukhan (préparée). Le Roch placé ici par Sefaria commente la fin de la michna de l'enfouissement (51a).

13
אֲמַרוּ רַבָּנַן קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא: כְּמַאן — כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל. דְּאִי כְּרַבָּנָן — הָאָמְרִי בָּעֵינַן מַעֲשֶׂה.

Les Sages dirent devant Rav Pappa : selon qui (est cet enseignement) ? Selon Rabban Chimon ben Gamliel.

Car si c'était selon les Rabbanan, ils disent qu'il nous faut un acte.

📜 Rachi (1)
כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן דְּשָׁרֵי בְּמַחְשָׁבָה בְּעָלְמָא שֶׁאֵין מַעֲשֶׂה מוֹכִיחַ שֶׁעוֹמֵד לַעֲשׂוֹת צְרָכָיו:
Selon Rabban Chimon : qui permet par la seule pensée, car aucun acte ne montre (ici) qu'elle est destinée à servir à ses besoins.
14
אֲמַר לְהוּ רַב פָּפָּא: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן, עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי רַבָּנַן דְּבָעֵינַן מַעֲשֶׂה אֶלָּא מִידֵּי דְּבַר מֶיעְבַּד בֵּיהּ מַעֲשֶׂה, אֲבָל מִידֵּי דְּלָא בַּר מֶיעְבַּד בֵּיהּ מַעֲשֶׂה — לֹא.

Rav Pappa leur dit : tu peux même dire (que c'est selon) les Rabbanan. Les Rabbanan n'ont dit qu'il nous faut un acte que pour une chose sur laquelle on peut faire un acte ; mais pour une chose sur laquelle on ne peut pas faire d'acte, non.

📜 Rachi (1)
דָּבָר מְעַבֵּיד מַעֲשֶׂה שֶׁבֶּן מַעֲשֶׂה הוּא שֶׁיָּכוֹל לַעֲשׂוֹת בּוֹ מַעֲשֵׂה הוֹכָחָה:
Qui se prête à un acte : qui est de nature à recevoir un acte, sur laquelle on peut faire un acte probant.
💡 Explication

Distinction de Rav Pappa : l'exigence d'un acte (maase) ne vaut que pour un objet qui s'y prête (on peut lier des branches). La terre ne se prête à aucun acte probant ; pour elle, même les Rabbanan se contentent de la désignation.

15
נֵימָא כְּתַנָּאֵי: בַּכֹּל חֹפִין אֶת הַכֵּלִים חוּץ מִכְּלֵי כֶסֶף בִּגְרַתְקוֹן. הָא נֶתֶר וָחוֹל מֻותָּר.

Dirons-nous que c'est (un débat) entre Tanaim ? Avec toute chose on nettoie les ustensiles, sauf les ustensiles d'argent avec le gartekon.

Donc le natron et le sable, c'est permis.

📜 Rachi (4)
לֵימָא כְתַנָּאֵי הָא דְּרַב יְהוּדָה בְּמִידֵּי דְּלָאו בַּר מַעֲשֶׂה:
Dirons-nous que c'est entre Tanaim : cet (enseignement) de Rav Yehouda, pour une chose qui ne se prête pas à un acte.
חָפִין מְשַׁפְשְׁפִין אֶת הַכֵּלִים בְּשַׁבָּת לְצַחְצְחָן:
On nettoie : on frotte les ustensiles le Chabbat pour les faire briller.
חוּץ מִכְּלֵי כֶסֶף בִּגְרַתְקוֹן כְּמִין עָפָר שֶׁגָּדֵל בְּחָבִיּוֹת שֶׁל יַיִן וְקוֹרִין לוֹ אלו"ם וְהוּא עִיקַּר תִּקּוּן כְּלֵי כֶּסֶף וְגוֹרֵר אוֹתוֹ שֶׁהַכֶּסֶף רַךְ וְהוּא מְמַחֵק שֶׁהוּא אַב מְלָאכָה:
Sauf les ustensiles d'argent avec le gartekon : une sorte de poudre qui se forme dans les tonneaux de vin et qu'on appelle 'alun' (en vieux français) ; c'est le principal moyen de remettre en état les ustensiles d'argent, et il les racle, car l'argent est tendre ; c'est donc (l'interdit de) lisser, qui est une melakha principale (av melakha).
אֲבָל נֶתֶר וְחוֹל מֻותָּר דְּלָא גָּרִיר לֵיהּ לְכֶסֶף:
Mais le natron et le sable sont permis : car ils ne raclent pas l'argent.
💡 Explication

Le gartekon (tartre de vin) racle l'argent : cela revient à memahek (lisser, polir), une melakha. Le natron et le sable nettoient sans racler, d'où la permission.

16
וְהָתַנְיָא: נֶתֶר וְחוֹל — אָסוּר. מַאי לַָאו בְּהָא קָמִיפַּלְגִי: דְּמָר סָבַר בָּעֵינַן מַעֲשֶׂה, וּמָר סָבַר לָא בָּעֵינַן מַעֲשֶׂה.

Or il est enseigné : le natron et le sable, c'est interdit. N'est-ce pas qu'ils sont en désaccord sur ceci : l'un pense qu'il nous faut un acte, et l'autre pense qu'il ne nous faut pas d'acte ?

📜 Rachi (1)
מַאי לַָאו הָא דְּתַנְיָא אָסוּר לָאו מִשּׁוּם דְּגָרֵיר לֵיהּ אֶלָּא מִשּׁוּם מֻוקְצֶה קָאָסַר לֵיהּ וְתַנָּא דְּשָׁרֵי כְּגוֹן שֶׁהִכְנִיס מְלֹא קֻופָּתוֹ לְכָךְ וְעֵירָה עַל גַּבֵּי קַרְקַע וּמַאן דְּאָסַר קָסָבַר בָּעֵינַן מַעֲשֶׂה וְזֶה לֹא יָכוֹל:
N'est-ce pas : la baraita qui interdit ne le fait pas parce que cela racle, mais elle l'interdit en raison du muktse. Et le Tana qui permet vise par exemple le cas où il a fait entrer une pleine corbeille pour cela et l'a versée sur le sol ; celui qui interdit pense qu'il nous faut un acte, et ici on ne peut pas (en faire).
💡 Explication

Hypothèse de la guemara : les deux baraitot divergent sur le muktse du sable. Celle qui interdit exigerait un acte, impossible ici ; ce serait contraire à la distinction de Rav Pappa.

17
לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא בָּעֵינַן מַעֲשֶׂה, וְלָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי יְהוּדָה, הָא רַבִּי שִׁמְעוֹן.

Non : tout le monde (pense qu')il ne nous faut pas d'acte, et il n'y a pas de difficulté : celle-ci est selon Rabbi Yehouda, celle-là selon Rabbi Chimon.

📜 Rachi (1)
לָא דְּכוּלֵּי עָלְמָא בְּמִידֵּי דְּלָאו בַּר מַעֲשֶׂה לָא בָּעֵינַן מַעֲשֶׂה דְּאִית לְהוּ הָא דְּרַב יְהוּדָה וְטַעֲמָא מַאן דְּאָסַר דְּזִימְנִין דְּגָרֵיר וְאַף עַל גַּב דְּלָא מִיכַּוֵּין לִגְרֹור אָסוּר כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר וּמַאן דְּשָׁרֵי כר"ש וּמִיהוּ גְּרַתְקוֹן אָסוּר דְּוַדַּאי גָּרִיר וּמוֹדֶה ר"ש בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יְמוּת:
Non, tout le monde : pour une chose qui ne se prête pas à un acte, il ne nous faut pas d'acte, car ils admettent cet (enseignement) de Rav Yehouda. La raison de celui qui interdit est que parfois cela racle, et bien qu'il n'ait pas l'intention de racler, c'est interdit, selon Rabbi Yehouda qui dit que la chose non intentionnelle est interdite ; et celui qui permet est selon Rabbi Chimon. Toutefois le gartekon est interdit, car il racle certainement, et Rabbi Chimon reconnaît (l'interdit) dans le cas de 'on lui coupe la tête et il ne mourrait pas ?' (pessik reicha).
💡 Explication

La guemara déplace le débat : tous admettent qu'aucun acte n'est requis pour le sable. La divergence porte sur le davar cheein mitkaven : un acte permis qui peut entraîner, sans intention, une melakha (ici racler l'argent). Pour le gartekon, le raclage est certain : c'est un pessik reicha, interdit même selon Rabbi Chimon.

18
הָא רַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר: דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין — אָסוּר. הָא רַבִּי שִׁמְעוֹן, דְּאָמַר: דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין — מֻותָּר.

Celle-ci est selon Rabbi Yehouda, qui dit : la chose non intentionnelle est interdite ; celle-là est selon Rabbi Chimon, qui dit : la chose non intentionnelle est permise.

19
בְּמַאי אוֹקֵימְתָּא לְהָא דְּשָׁרֵי — כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, אֵימָא סֵיפָא: אֲבָל לֹא יָחֹוף בָּהֶם שְׂעָרוֹ, וְאִי רַבִּי שִׁמְעוֹן — מְשָׁרָא קָשָׁרֵי. דִּתְנַן:

Comment as-tu établi celle qui permet ? Selon Rabbi Chimon.

Dis alors la fin : mais il ne lavera pas ses cheveux avec. Or si c'est Rabbi Chimon, il le permet !

Car nous avons appris (dans une michna) :

📜 Rachi (1)
לֹא יִחוּף בָּהֶן בְּנֶתֶר וְחוֹל שְׂעָרוֹ בְּשַׁבָּת מִפְּנֵי שֶׁמַּשִּׁירוֹ:
Il ne lavera pas avec : avec le natron et le sable, ses cheveux le Chabbat, parce que cela les fait tomber.
💡 Explication

Objection : la même baraita interdit de se laver les cheveux au natron et au sable, parce que cela arrache des cheveux. Or pour Rabbi Chimon, un tel effet non intentionnel serait permis. La michna invoquée est citée au début de 50b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).