Sougya : Le daf clôt la discussion sur le déplacement de la terre (réfutation de Rav Houna et Chmouel), puis ouvre la michna : on n'enveloppe pas une marmite après la tombée de la nuit, mais on peut recouvrir ce qui s'est découvert, et envelopper une cruche d'eau froide. La guemara débat de la hatmana du froid : Chmouel permet, Rabbi interdisait puis se range à l'avis de Rabbi Yossi (kevar hora zaken).
Épisode de Rav Nahman et de son esclave Darou : Rabbi Ami s'irrite, car un homme important doit être plus strict. Enfin, la baraita de Rabban Chimon ben Gamliel : ajouter ou échanger l'enveloppe, transvaser d'un récipient à l'autre, et les conditions pour retirer et remettre une marmite enveloppée dans une matière muktsé.
(... ils ne sont soumis ni à l'interdit de) kilayim (mélange de semences), ni à celui de la chevi'it (année sabbatique), ni à celui du ma'asser (dîme), et on les arrache le Chabbat ! C'est une réfutation (tiyouvta).
Fin de la sougya de 50b : la baraita sur les navets et radis enterrés permet de les arracher le Chabbat, même si de la terre se déplace. Cela contredit Rav Houna et Chmouel, qui se souciaient du déplacement de la terre. La guemara conclut : tiyouvta, réfutation définitive.
MICHNA. S'il ne l'a pas couvert (la marmite) pendant qu'il faisait encore jour, il ne la couvrira pas après la tombée de la nuit.
S'il l'a couverte et qu'elle s'est découverte, il est permis de la recouvrir. On remplit la cruche (kiton) et on la met sous l'oreiller (kar) ou sous le coussin (késet).
La michna pose trois règles. (1) La hatmana (envelopper une marmite pour garder sa chaleur) ne peut commencer après la nuit, même dans une matière qui n'ajoute pas de chaleur : décret de peur qu'il trouve le plat refroidi et le fasse bouillir. (2) Une enveloppe mise de jour qui a glissé peut être remise. (3) On peut envelopper de l'eau froide pour la garder fraîche.
Tossefot (Ri) : la permission de recouvrir couvre aussi le cas où il l'a découverte lui-même le Chabbat ; elle est refusée s'il l'a découverte de jour dans le but de la couvrir la nuit.
GUEMARA. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : il est permis d'envelopper le froid (tsonen).
Rav Yossef a dit : que nous apprend-il ? Nous l'avons déjà appris : un homme remplit une cruche et la met sous l'oreiller ou sous le coussin !
Abaye lui dit : il nous apprend beaucoup. Car si c'était (seulement) par la michna, j'aurais dit : ces paroles (valent pour) une chose qu'on n'a pas l'habitude d'envelopper ; mais une chose qu'on a l'habitude d'envelopper, non.
Il nous apprend (que si).
Pourquoi Chmouel doit-il enseigner ce que la michna dit déjà ? Abaye : la michna parle d'eau, qu'on n'enveloppe jamais pour la chauffer. On aurait pu interdire un plat cuisiné froid, car on a l'habitude de l'envelopper chaud, et là on craindrait la confusion. Chmouel permet aussi ce cas.
Rav Houna a dit au nom de Rabbi : il est interdit d'envelopper le froid. Or il est enseigné (dans une baraita) : Rabbi a permis d'envelopper le froid !
Il n'y a pas de difficulté : celle-ci (a été dite) avant qu'il l'entende de Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi, celle-là après qu'il l'eut entendu. Comme dans ce cas où Rabbi était assis et dit : il est interdit d'envelopper le froid.
Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi dit devant lui : mon père a permis d'envelopper le froid. Il dit : l'Ancien a déjà statué (kevar hora zaken).
Deux traditions contradictoires sur Rabbi (Rabbi Yehouda HaNassi). Solution chronologique : il interdisait, puis, apprenant que Rabbi Yossi permettait, il s'est rangé à son avis : kevar hora zaken, l'Ancien a déjà tranché.
Note : la glose du Roch rattachée ici par la source porte en réalité sur la sougya suivante (chapitre Bameh Behema, animaux qui sortent avec licou ou anneau le Chabbat). La mention de Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi citant son père explique ce rattachement.
Rav Pappa a dit : viens et vois combien ils s'aimaient l'un l'autre. Car si Rabbi Yossi avait été vivant, il aurait été soumis et assis devant Rabbi.
En effet, Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi, qui remplissait la place de ses pères, était soumis et assis devant Rabbi, et (Rabbi) dit : l'Ancien a déjà statué.
Rav Pappa souligne l'estime réciproque : Rabbi Yossi se serait soumis à Rabbi, Nassi ; Rabbi, de son côté, s'efface devant l'avis de Rabbi Yossi.
Tossefot discute le rapport entre les deux : Rachi pense que Rabbi Yossi était plus grand et que seule la fonction de Nassi explique sa soumission ; Rabbenou Tam pense que Rabbi, d'abord élève, est ensuite devenu plus savant.
Rav Nahman dit à Darou son esclave : enveloppe-moi du froid, et apporte-moi de l'eau qu'a chauffée le cuisinier (kapila) araméen (non-Juif). Rabbi Ami l'apprit et s'irrita.
Rav Yossef a dit : pour quelle raison s'est-il irrité ? Il a agi selon ses maîtres : l'une selon Rav, l'autre selon Chmouel.
Selon Chmouel : car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : il est permis d'envelopper le froid. Selon Rav : car Rav Chmouel bar Rav Yitshak a dit au nom de Rav : tout ce qui se mange tel quel, cru, n'est pas soumis à l'interdit de bichoulei goyim.
Les deux actes de Rav Nahman ont chacun une source : la hatmana du froid (Chmouel) ; l'eau chauffée par un non-Juif, car l'eau se boit crue, et bichoulei goyim ne s'applique qu'à ce qui ne se mange pas cru (Rav).
(Rabbi Ami) pensait : un homme important (adam hachouv) est différent.
Rabbi Ami ne conteste pas les deux halakhot. Il estime qu'un adam hachouv doit être plus strict, car ceux qui l'observent étendront la permission au-delà de sa limite.
Le Ben Yehoyada (segment 6) explique pourquoi le nom de l'esclave est cité : Darou, connu pour ébruiter ce qui se passait chez son maître, rendait l'acte de Rav Nahman public. Rav Nahman, lui, ne retenait pas cette crainte.
Nos maîtres ont enseigné : bien qu'on ait dit qu'on n'enveloppe pas, même dans une matière qui n'ajoute pas de chaleur, après la tombée de la nuit, s'il veut ajouter, il ajoute. Comment fait-il ?
Rabban Chimon ben Gamliel dit : il enlève les draps (sedinin) et met les couvertures épaisses (galoufkarin), ou il enlève les couvertures épaisses et met les draps.
Ajouter une couverture à une hatmana déjà commencée de jour est permis. Rabban Chimon ben Gamliel permet aussi d'échanger draps et couvertures (plus ou moins chaudes).
Tossefot (Ri, Rabbenou Porat) : la formule 'comment fait-il ?' est à retirer ; Rabban Chimon ben Gamliel est en mahloket avec le Tana kama, qui ne permet que d'ajouter.
Et ainsi disait Rabban Chimon ben Gamliel : on n'a interdit que (dans) ce même récipient (meham) ; mais s'il a transvasé d'un récipient à un autre, c'est permis. Maintenant qu'il les refroidit, va-t-il les faire bouillir ?!
Le décret contre la hatmana après la nuit craint qu'on fasse bouillir un plat refroidi. En transvasant l'eau dans un autre récipient, on la refroidit volontairement : on ne craint plus qu'il la fasse bouillir.
Tossefot distingue ce cas du réchaud (38b), où l'on veut garder la chaleur. Il répond aussi à la question : pourquoi Rabbi (fils de Rabban Chimon ben Gamliel) a-t-il d'abord interdit le froid ? Ici le transvasement montre l'intention de refroidir ; pour une simple cruche, rien ne la montre.
S'il a enveloppé et couvert avec une chose qu'on peut déplacer le Chabbat, ou s'il a enveloppé avec une chose qu'on ne peut pas déplacer le Chabbat et couvert avec une chose qu'on peut déplacer le Chabbat, il peut la retirer et la remettre (notel oumahazir).
Question pratique : la marmite est enveloppée (tamun, garniture autour) et couverte (kisse, couvercle). Si le couvercle est permis à déplacer, on l'enlève et on saisit la marmite, même si la garniture est muktse : on ne touche pas à celle-ci.
S'il a enveloppé et couvert avec une chose qu'on ne peut pas déplacer le Chabbat, ou s'il a enveloppé avec une chose qu'on peut déplacer le Chabbat et couvert avec une chose qu'on ne peut pas déplacer le Chabbat : si une partie en était découverte, il la retire et la remet ; et sinon —
Si le couvercle est muktse, tout dépend de savoir si la marmite est en partie découverte : on la saisit par là, on la soulève, et le couvercle tombe de lui-même (tiltoul min hatsad, déplacement indirect). Sinon (suite en 51b), il faudrait toucher le muktse : interdit.
Tossefot conteste la réponse de Rachi par le bassis (support d'un objet interdit). Rabbenou Tam : pas de bassis, car il comptait l'enlever le Chabbat ; le cas vise un couvercle d'argile qui englobe la marmite. Le Ri : un panier rempli de muktse au-dessus de la marmite.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).