Sougya : Le daf achève la discussion sur les colliers d'animaux de la michna : comment un anneau d'animal peut-il recevoir l'impureté (R. Yitshak Nappaha et Rav Yosef), et comment peut-on l'immerger sans le retirer malgré la hatsitsa (R.
Ami : anneaux élargis au marteau ; baraita : anneaux larges). Cela amène le principe des ustensiles qui ne sortent de l'impureté que par un changement d'acte, et la distinction de R.
Yehouda entre acte qui améliore et acte qui abîme. Suit la question d'un élève de Galilée à R.
Eliezer : la phrase 'pour l'impureté, l'un et l'autre sont pareils' est restreinte pas à pas, pour les anneaux puis pour les aiguilles. Le daf se termine par une nouvelle michna sur l'âne, les béliers, les brebis et les chèvres.
(... et tous les autres anneaux) sont purs.
Fin de la michna de Kelim citée à la fin de 52a : l'anneau porté par l'homme est impur ; ceux de l'animal, des ustensiles et les autres anneaux sont purs. Rachi explique : un anneau d'ustensile n'est ni une parure (takhchit) de l'homme ni un ustensile autonome. Il ne devient impur que rattaché à l'ustensile, au titre de yad (poignée, partie annexe).
Rabbi Yitshak Nappaha a dit : (notre michna parle d'anneaux) qui sont passés de la parure de l'homme à la parure de l'animal.
Première réponse à la difficulté : comment la michna peut-elle parler d'impureté de colliers d'animaux, alors que l'anneau d'animal est pur ? R. Yitshak Nappaha : il s'agit d'un objet fait d'abord comme parure humaine et transféré ensuite à l'animal. Selon Rachi, l'impureté a été contractée avant le transfert. Tossefot objecte : le simple changement de destination (par la pensée) ne fait pas sortir un ustensile de son statut ; il faut un chinouy maase. Le collier reçoit donc l'impureté même après le transfert.
Et Rav Yosef a dit : (ils sont impurs) parce que l'homme tire l'animal avec eux. N'a-t-on pas enseigné dans une baraita : le bâton (aiguillon) d'un animal, s'il est de métal, reçoit l'impureté ?
Quelle en est la raison ? Parce que l'homme dresse (l'animal) avec.
Ici aussi, parce que l'homme tire (l'animal) avec eux.
Deuxième réponse. Rav Yosef ne recourt pas au transfert : même un collier fait pour l'animal est un ustensile de l'homme, puisque l'homme s'en sert pour tirer la bête. Preuve : l'aiguillon de métal, objet destiné à l'animal, reçoit l'impureté parce que l'homme l'utilise pour le mener.
Nuance de Rachi : un bâton de bois est un ustensile plat (sans réceptacle), qui ne reçoit pas l'impureté ; seul celui de métal est concerné.
(Nous avons appris dans la michna :) 'Et on les immerge à leur place.' Mais il y a une interposition (hatsitsa) !
La michna permet d'immerger (tevila) les colliers sans les retirer de l'animal. Objection : l'immersion exige que l'eau touche toute la surface ; un obstacle constitue une hatsitsa (interposition) qui invalide la tevila.
Deux lectures : Rachi, l'eau n'entre pas entre les anneaux serrés les uns dans les autres ; Rabbi Porat, le collier collé au cou de la bête.
Rabbi Ami a dit : (il s'agit d'un cas) où on les a martelés (riteikhan).
Riteikhan : les anneaux ont été élargis au marteau, l'eau circule donc entre eux et il n'y a plus de hatsitsa.
Dirons-nous que Rabbi Ami est de l'avis de Rav Yosef ? Car s'il était de l'avis de Rabbi Yitshak Nappaha, qui a dit : (il s'agit d'anneaux) passés de la parure de l'homme à la parure de l'animal, puisqu'il les a martelés, il a fait sur eux un acte, et l'impureté s'en est envolée.
La guemara tire une conséquence : le martelage est un acte physique sur l'objet. Selon R. Yitshak Nappaha, l'impureté venait du statut de parure humaine ; un anneau déformé pour l'animal ne convient plus à l'homme, son statut de parure disparaît et l'impureté avec lui. Il n'y aurait alors rien à immerger. Selon Rav Yosef, le collier reste un outil de l'homme pour l'animal, et l'impureté demeure.
Car nous avons appris (dans une michna) : tous les ustensiles descendent dans leur (capacité d')impureté par la pensée (ma'hchava), et ils n'en remontent que par un changement d'acte (chinouy maase).
Principe de Kelim 25,9 : un objet inachevé devient un kli (et donc susceptible d'impureté) par la simple ma'hchava (décision de ne plus le modifier). En sens inverse, une pensée ne suffit pas à le faire sortir de ce statut : il faut un chinouy maase, une modification physique. Le martelage en est une.
Il pense comme Rabbi Yehouda, qui a dit : un acte pour améliorer n'est pas un acte. Car on a enseigné dans une baraita : Rabbi Yehouda dit : on n'a parlé de changement d'acte que (s'il est fait) pour abîmer, et non pour améliorer.
Réponse : R. Ami peut suivre R. Yitshak Nappaha, s'il adopte la règle de R. Yehouda : seul un acte qui abîme (lekalkel) l'objet le fait sortir de l'impureté. Le martelage, fait pour adapter l'anneau à l'animal, est un acte qui améliore (letaken) ; il ne purifie donc pas.
Dans une baraita, on enseigne : (il s'agit d'anneaux) larges (mehoulalin).
Autre solution à la hatsitsa : les anneaux ont été fabriqués larges dès le départ. Aucun martelage n'est nécessaire, et la question du chinouy maase ne se pose pas.
Un élève de Haute-Galilée a demandé à Rabbi Eliezer : j'ai entendu qu'on distingue entre un anneau et un anneau. Il lui a dit : peut-être ne l'as-tu entendu qu'au sujet du Chabbat ; car au sujet de l'impureté, l'un et l'autre sont pareils (da veda ahat hi).
La guemara cite une Tossefta (Kelim). R. Eliezer situe la distinction dans les lois de Chabbat : un anneau avec sceau et un anneau sans sceau n'ont pas le même statut pour la sortie dans le domaine public. Pour la toum'a (impureté), il affirme qu'il n'y a pas de différence. Toute la suite du daf teste cette affirmation.
Et au sujet de l'impureté, l'un et l'autre sont pareils ? N'avons-nous pas appris (dans une michna) : l'anneau de l'homme est impur, et l'anneau de l'animal, des ustensiles et tous les autres anneaux sont purs !
Quand il le lui disait, il lui parlait lui aussi de ceux de l'homme.
Première restriction : la phrase de R. Eliezer ne vise que les anneaux portés par l'homme. Ceux des animaux et des ustensiles sont purs, comme l'enseigne la michna de Kelim.
Et pour ceux de l'homme, l'un et l'autre sont pareils ? N'a-t-on pas enseigné dans une baraita : un anneau qu'on a aménagé pour s'en ceindre les reins ou pour attacher (les vêtements) entre ses épaules est pur ; on n'a dit impur que celui du doigt seulement !
Quand il le lui disait, il lui parlait lui aussi de ceux du doigt.
Deuxième restriction : parmi les anneaux de l'homme, seul celui du doigt est impur. Un anneau servant de boucle de ceinture ou d'attache à l'épaule est pur : selon Rachi, il n'est qu'un élément fixé de la lanière, comme un anneau d'ustensile.
Et pour ceux du doigt, l'un et l'autre sont pareils ? N'avons-nous pas appris (dans une michna) : un anneau de métal dont le sceau est de corail est impur ; (un anneau) de corail dont le sceau est de métal est pur !
Quand il le lui disait, il lui parlait lui aussi de celui qui est entièrement de métal.
Troisième restriction : le statut de l'anneau dépend de la matière de l'anneau, pas de celle du sceau. Un anneau de métal est un ustensile de métal, impur même s'il est plat ; un anneau de corail (bois) est un ustensile de bois plat, pur. R. Eliezer parle donc d'anneaux entièrement de métal.
Tossefot : le logement du sceau n'est pas un beit kibboul, car il est fait pour être rempli par le sceau.
Il a encore demandé : j'ai entendu qu'on distingue entre une aiguille et une aiguille. Il lui a dit : peut-être ne l'as-tu entendu qu'au sujet du Chabbat ; car au sujet de l'impureté, l'un et l'autre sont pareils.
Même schéma pour les aiguilles. Pour le Chabbat : l'aiguille percée (avec chas) est un outil, la sortir est un transport passible de hatat ; l'aiguille non percée, portée comme épingle, est une parure. Pour l'impureté, R. Eliezer affirme à nouveau qu'il n'y a pas de différence.
Et au sujet de l'impureté, l'un et l'autre sont pareils ? N'avons-nous pas appris (dans une michna) : une aiguille dont le chas ou la pointe a été enlevé est pure !
Quand il le lui disait, (il parlait) d'une aiguille entière.
Première restriction pour les aiguilles : une aiguille cassée (sans chas ou sans pointe) n'est plus un ustensile utilisable, elle est pure. R. Eliezer parlait d'aiguilles entières.
Et pour une aiguille entière, l'un et l'autre sont pareils ? N'avons-nous pas appris (dans une michna) : une aiguille qui a pris de la rouille, si cela empêche la couture, elle est pure ; sinon, elle est impure.
Et ceux de l'école de Rabbi Yannai ont dit : à condition que sa trace soit visible ! Quand il le lui disait, il lui parlait d'une (aiguille) limée.
Deuxième restriction : une aiguille rouillée dont la rouille gêne la couture est pure. L'école de R. Yannai précise la mesure ; Rachi rapporte deux lectures de 'sa trace'. R. Eliezer parlait donc d'aiguilles limées (chifa), sans rouille.
Et pour une (aiguille) limée, l'un et l'autre sont pareils ? N'a-t-on pas enseigné dans une baraita : une aiguille, qu'elle soit percée ou non percée, il est permis de la déplacer le Chabbat ; et on n'a parlé de percée qu'au sujet de l'impureté seulement !
Dernière objection : une baraita distingue, pour l'impureté, entre aiguille percée et non percée, même parmi des aiguilles saines. Pour le déplacement (tiltoul) le Chabbat, les deux sont permis, car elles servent à retirer une épine.
Abayé ne l'a-t-il pas déjà interprétée selon Rava : (il s'agit) d'aiguilles inachevées (golmei) !
Réponse : la baraita parle de golmei, aiguilles brutes destinées à être percées. Tant que leur fabrication n'est pas achevée, elles ne sont pas des ustensiles et ne reçoivent pas l'impureté. Une aiguille achevée, percée ou non (épingle), reçoit l'impureté : la phrase de R. Eliezer tient pour les aiguilles terminées.
MICHNA. L'âne sort avec une couverture (mardaat) quand elle est attachée sur lui.
Les béliers sortent levouvin. Les brebis sortent chehouzot, kevoulot et kevounot.
Les chèvres sortent (les pis) liés. Rabbi Yossi interdit tout cela, sauf les brebis kevounot.
Nouvelle michna. Elle énumère des objets avec lesquels certains animaux peuvent sortir le Chabbat dans le domaine public. Les termes levouvin, chehouzot, kevoulot, kevounot seront expliqués dans la guemara (53a). R. Yossi considère tout cela comme un fardeau (masoui), sauf la protection de la laine des brebis, qui compte comme parure.
Rabbi Yehouda dit : les chèvres sortent (les pis) liés pour sécher, mais non pour le lait.
R. Yehouda accepte le principe du Tanna kama (le lien n'est pas un fardeau), mais ajoute une gezera : un lien lâche risque de tomber, et l'on pourrait le ramasser et le porter quatre coudées dans le domaine public. Pour sécher, le lien est serré ; pour le lait, il est lâche.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).