Shabbat 52b — Anneaux et aiguilles : quand l'impureté distingue-t-elle ?

Shabbat 52b

Sougya : Le daf achève la discussion sur les colliers d'animaux de la michna : comment un anneau d'animal peut-il recevoir l'impureté (R. Yitshak Nappaha et Rav Yosef), et comment peut-on l'immerger sans le retirer malgré la hatsitsa (R.

Ami : anneaux élargis au marteau ; baraita : anneaux larges). Cela amène le principe des ustensiles qui ne sortent de l'impureté que par un changement d'acte, et la distinction de R.

Yehouda entre acte qui améliore et acte qui abîme. Suit la question d'un élève de Galilée à R.

Eliezer : la phrase 'pour l'impureté, l'un et l'autre sont pareils' est restreinte pas à pas, pour les anneaux puis pour les aiguilles. Le daf se termine par une nouvelle michna sur l'âne, les béliers, les brebis et les chèvres.

Michna : les colliers d'animaux impurs, immergés en placeDifficultéKelim 12,1 : l'anneau d'un animal est purR. Yitshak Nappahaparure humaine passée à l'animal :l'impureté contractée avant resteRav Yosefl'homme tire l'animal avec :outil de l'homme (comme l'aiguillon)Immerger en place ?Objection : il y a hatsitsa (interposition)R. Ami : riteikhananneaux élargis au marteauBaraita : mehoulalinanneaux larges dès l'origineRiteikhan = shinouy maase ? Selon R. Yehouda, un acte qui améliore ne purifie pas :R. Ami peut donc suivre aussi R. Yitshak Nappaha
Les colliers d'animaux : pourquoi ils reçoivent l'impureté, et comment l'immersion en place évite la hatsitsa.
R. Eliezer : 'pour l'impureté, l'un et l'autre sont pareils'ANNEAUXtous les anneaux ?non : animal, ustensile = pursanneaux de l'homme ?non : ceinture, épaule = pursanneaux de doigt ?non : corail + sceau métal = puranneau tout en métalOUI : c'est de lui qu'il parleAIGUILLEStoutes les aiguilles ?non : sans chas ou pointe = pureaiguille entière ?non : rouillée gênant la coutureaiguille limée (chifa) ?objection : percée ou nonréponse : Abayé / Ravala baraita parle de golmeiChaque objection oblige à restreindre le champ de la phrase de R. Eliezer
La phrase de R. Eliezer 'da veda ahat hi' est restreinte pas à pas, pour les anneaux et pour les aiguilles.
Michna : avec quoi ces animaux sortent-ils le Chabbat ?Animal / objetTanna kamaR. YossiR. YehoudaÂne : mardaat (couverture) attachéepermisinterdit-Béliers : levouvinpermisinterdit-Brebis : chehouzot, kevoulotpermisinterdit-Brebis : kevounotpermispermis-Chèvres, pis liés pour sécherpermisinterditpermisChèvres, pis liés pour le laitpermisinterditinterditR. Yossi : tout cela est un fardeau (masoui), sauf les kevounot qui gardent la laine propre (parure).R. Yehouda : pour sécher le lien est serré (ne tombera pas) ; pour le lait il est lâche.
La nouvelle michna : positions du Tanna kama, de R. Yossi et de R. Yehouda.
1
טְהוֹרוֹת.

(... et tous les autres anneaux) sont purs.

📜 Rachi (1)
טְהוֹרוֹת דְּלָאו מִשּׁוּם תַּכְשִׁיט מִיטַּמְּאוֹ דְּאֵין תַּכְשִׁיט לִכְלִי וּכְלִי נָמֵי לָא הָווּ אֶלָּא תַּכְשִׁיט כְּלִי וּמִיהוּ בְּעוֹדָן מְחֻובָּרוֹת לַכְּלִי מִיטַּמּוּ עִם הַכְּלִי דְּהָוֵי יָד לַכְּלִי דְּכָל הַמְחֻובָּר לוֹ הֲרֵי הוּא כָּמוֹהוּ:
Purs : car ils ne reçoivent pas l'impureté au titre de parure, puisqu'il n'y a pas de parure pour un ustensile ; et ce ne sont pas non plus des ustensiles, mais seulement une parure d'ustensile. Toutefois, tant qu'ils sont attachés à l'ustensile, ils deviennent impurs avec lui, car ils sont comme une poignée (yad) de l'ustensile : tout ce qui y est attaché est comme lui.
💡 Explication

Fin de la michna de Kelim citée à la fin de 52a : l'anneau porté par l'homme est impur ; ceux de l'animal, des ustensiles et les autres anneaux sont purs. Rachi explique : un anneau d'ustensile n'est ni une parure (takhchit) de l'homme ni un ustensile autonome. Il ne devient impur que rattaché à l'ustensile, au titre de yad (poignée, partie annexe).

2
אָמַר רַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא: בְּבָאִין מִנּוֹי אָדָם לְנוֹי בְּהֵמָה.

Rabbi Yitshak Nappaha a dit : (notre michna parle d'anneaux) qui sont passés de la parure de l'homme à la parure de l'animal.

📜 Rachi (1)
בְּבָאִין מִנּוֹי אָדָם לְנוֹי בְּהֵמָה מַתְנֵי' כְּגוֹן שֶׁנַּעֲשָׂה שִׁיר זֶה לְתַכְשִׁיט אָדָם וּבְעוֹדוֹ לְאָדָם נִטְמָא וּלְאַחַר טֻומְאָתוֹ נְתָנוֹ לִבְהֵמָה וְצָרִיךְ לְהַטְבִּילוֹ מִטֻּומְאָתוֹ רִאשׁוֹנָה שֶׁלֹּא יִגַּע בִּטְהָרוֹת:
Qui sont passés de la parure de l'homme à la parure de l'animal : notre michna parle par exemple d'un collier (chir) fait comme parure pour l'homme, qui est devenu impur tant qu'il appartenait à l'homme ; après son impureté, on l'a donné à l'animal, et il faut l'immerger de sa première impureté pour qu'il ne touche pas des aliments purs (taharot).
🗂️ Tossefot (1)
בְּבָאִין מִנּוֹי אָדָם לְנוֹי בְּהֵמָה פירש"י וּבְעוֹדוֹ לְאָדָם נִטְמָא וּבְחִנָּם פֵּירֵשׁ כָּךְ דַּאֲפִילּוּ אַחַר שֶׁיִּחֲדוֹ לַבְּהֵמָה מְקַבֵּל טֻומְאָה שֶׁאֵינוֹ עוֹלֶה מִלְּקַבֵּל טֻומְאָה מִכָּאן וְאֵילָךְ אֶלָּא בְּשִׁינּוּי מַעֲשֶׂה כִּדְמוֹכַח בפ"ק דְּסֻוכָּה (דַּף יג:) גַּבֵּי קוֹצֵר לָאֲכִילָה וְנִמְלַךְ לְסִיכּוּךְ וְרַשִׁ"י בְּעַצְמוֹ פֵּירֵשׁ כֵּן בְּרֵישׁ בַּמֶּה אִשָּׁה (לְקַמָּן שַׁבָּת נח:) וְכֹופֶת שְׂאוֹר שֶׁיִּחֲדוֹ לִישִׁיבָה דְּאָמַר טָהוֹר אור"י דְּמַיְירֵי כְּשֶׁיֵּשׁ שִׁינּוּי מַעֲשֶׂה:
Qui sont passés de la parure de l'homme à la parure de l'animal : Rachi a expliqué : 'il est devenu impur tant qu'il appartenait à l'homme'. Il a expliqué cela sans nécessité, car même après l'avoir destiné à l'animal, il reçoit l'impureté, puisqu'il ne sort de la capacité de recevoir l'impureté, à partir de là, que par un changement d'acte (chinouy maase), comme il ressort du premier chapitre de Souka (13b) à propos de celui qui moissonne pour manger puis se ravise pour la couverture (sekhakh). Et Rachi lui-même l'a expliqué ainsi au début de Bameh isha (plus loin, 58b). Quant au bloc de levain qu'on a destiné à s'asseoir, dont on dit qu'il est pur, le Ri dit qu'il s'agit d'un cas où il y a eu un changement d'acte.
💡 Explication

Première réponse à la difficulté : comment la michna peut-elle parler d'impureté de colliers d'animaux, alors que l'anneau d'animal est pur ? R. Yitshak Nappaha : il s'agit d'un objet fait d'abord comme parure humaine et transféré ensuite à l'animal. Selon Rachi, l'impureté a été contractée avant le transfert. Tossefot objecte : le simple changement de destination (par la pensée) ne fait pas sortir un ustensile de son statut ; il faut un chinouy maase. Le collier reçoit donc l'impureté même après le transfert.

3
וְרַב יוֹסֵף אָמַר: הוֹאִיל וְאָדָם מוֹשֵׁךְ בָּהֶם אֶת הַבְּהֵמָה. מִי לָא תַּנְיָא: מַקֵּל שֶׁל בְּהֵמָה, שֶׁל מַתֶּכֶת מְקַבֵּל טֻומְאָה. מַה טַעַם? — הוֹאִיל וְאָדָם רוֹדָהּ בָּהֶן. הָכָא נָמֵי, הוֹאִיל וְאָדָם מוֹשֵׁךְ בָּהֶן.

Et Rav Yosef a dit : (ils sont impurs) parce que l'homme tire l'animal avec eux. N'a-t-on pas enseigné dans une baraita : le bâton (aiguillon) d'un animal, s'il est de métal, reçoit l'impureté ?

Quelle en est la raison ? Parce que l'homme dresse (l'animal) avec.

Ici aussi, parce que l'homme tire (l'animal) avec eux.

📜 Rachi (5)
הוֹאִיל וְאָדָם מוֹשֵׁךְ בָּהֶן אֶת הַבְּהֵמָה חֲשִׁיב לֵיהּ כְּלִי תַּשְׁמִישׁ דְּאָדָם:
Parce que l'homme tire l'animal avec eux : on le considère comme un ustensile dont l'homme se sert.
מַקֵּל שֶׁל בְּהֵמָה שֶׁרוֹדִין בּוֹ אֶת הַגָּמָל אוֹ אֶת הַנְּאָקָה אִי נָמֵי כְּעֵין שֶׁעוֹשִׂין לְהַנְהִיג אֶת הַדֹּוב:
Le bâton d'un animal : avec lequel on dirige le chameau ou la chamelle, ou bien comme celui qu'on fait pour conduire l'ours.
שֶׁל מַתֶּכֶת דְּאִילּוּ שֶׁל עֵץ פְּשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ לָא מְקַבְּלֵי טֻומְאָה:
S'il est de métal : car s'il est de bois, les ustensiles de bois plats (pechoutei klei ets) ne reçoivent pas l'impureté.
מַאי טַעַם הֲרֵי צֹורֶךְ בְּהֵמָה:
Quelle en est la raison : n'est-ce pas un objet à l'usage de l'animal ?
רוֹדֶה מַכָּה וּמְיַיסְּרָהּ:
Dresse : il le frappe et le corrige.
💡 Explication

Deuxième réponse. Rav Yosef ne recourt pas au transfert : même un collier fait pour l'animal est un ustensile de l'homme, puisque l'homme s'en sert pour tirer la bête. Preuve : l'aiguillon de métal, objet destiné à l'animal, reçoit l'impureté parce que l'homme l'utilise pour le mener.

Nuance de Rachi : un bâton de bois est un ustensile plat (sans réceptacle), qui ne reçoit pas l'impureté ; seul celui de métal est concerné.

4
וְטוֹבְלָן בִּמְקוֹמָן: וְהָאִיכָּא חֲצִיצָה!

(Nous avons appris dans la michna :) 'Et on les immerge à leur place.' Mais il y a une interposition (hatsitsa) !

📜 Rachi (1)
וְהָאִיכָּא חֲצִיצָה שֶׁטַּבַּעַת הַקָּבוּעַ בְּשִׁיר קָבוּעַ בּוֹ בְּחֹוזֶק וְאֵין הַמַּיִם נִכְנָסִין שָׁם:
Mais il y a une interposition : car l'anneau fixé dans le collier y est fixé avec force, et l'eau n'y pénètre pas.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא אִיכָּא חֲצִיצָה פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁטַּבַּעַת תָּקוּעַ בַּשִּׁיר בְּחֹוזֶק וְאֵין הַמַּיִם נִכְנָסִים שָׁם וְאוֹמֵר ר"י דְּצָרִיךְ לוֹמַר שֶׁפְּעָמִים מְסִירִים אוֹתָן וְעוֹשִׂים מֵהֶן מְלָאכָה בִּפְנֵי עַצְמָן שֶׁאִם כָּל שָׁעָה הָיוּ קְבוּעִים בְּצַוַּאר הַבְּהֵמָה הָיָה הַכֹּל חֲשִׁיב כְּלִי אֶחָד וְלָא הָוֵי חֲצִיצָה וה"ר פור"ת פֵּירֵשׁ וְהָא אִיכָּא חֲצִיצָה לְפִי שֶׁהוּא דָּבוּק בְּצַוַּאר הַבְּהֵמָה:
Mais il y a une interposition : Rachi a expliqué que l'anneau est enfoncé dans le collier avec force et que l'eau n'y pénètre pas. Le Ri dit qu'il faut ajouter que parfois on les retire et qu'on s'en sert séparément ; car s'ils étaient fixés en permanence au cou de l'animal, le tout serait considéré comme un seul ustensile, et il n'y aurait pas d'interposition. Rabbi Porat a expliqué : 'mais il y a une interposition', parce que (le collier) est collé au cou de l'animal.
💡 Explication

La michna permet d'immerger (tevila) les colliers sans les retirer de l'animal. Objection : l'immersion exige que l'eau touche toute la surface ; un obstacle constitue une hatsitsa (interposition) qui invalide la tevila.

Deux lectures : Rachi, l'eau n'entre pas entre les anneaux serrés les uns dans les autres ; Rabbi Porat, le collier collé au cou de la bête.

5
אָמַר רַבִּי אַמִּי: בְּשֶׁרִיתְּכָן.

Rabbi Ami a dit : (il s'agit d'un cas) où on les a martelés (riteikhan).

📜 Rachi (1)
בְּשֶׁרִיתְּכָן הִכָּה בְּפַטִּישׁ עַד שֶׁנִּתְפַּשֵּׁט וְנִתְרַחֵק הַנֶּקֶב סָבִיב סָבִיב:
Où on les a martelés : il a frappé au marteau jusqu'à ce que (l'anneau) s'étende et que l'ouverture s'éloigne tout autour.
🗂️ Tossefot (1)
בְּשֶׁרִיתְּכָן לְהָכֵי לָא מוּקֵי לָהּ בִּמְחֻולָּלִין דְּאֵין דֶּרֶךְ הַשִּׁיר לִהְיוֹת כֵּן:
Où on les a martelés : il n'établit pas (la michna) dans le cas d'anneaux larges (mehoulalin), parce que ce n'est pas la manière habituelle de faire un collier.
💡 Explication

Riteikhan : les anneaux ont été élargis au marteau, l'eau circule donc entre eux et il n'y a plus de hatsitsa.

6
לֵימָא רַבִּי אַמֵּי כְּרַב יוֹסֵף סְבִירָא לֵיהּ, דְּאִי כְּרַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא, דְּאָמַר: בְּבָאִין מִנּוֹי אָדָם לְנוֹי בְּהֵמָה — כֵּיוָן דְּרִיתְּכָן, עֲבַד בְּהוּ מַעֲשֶׂה וּפְרַחָה לַהּ טֻומְאָה מִינַּייְהוּ.

Dirons-nous que Rabbi Ami est de l'avis de Rav Yosef ? Car s'il était de l'avis de Rabbi Yitshak Nappaha, qui a dit : (il s'agit d'anneaux) passés de la parure de l'homme à la parure de l'animal, puisqu'il les a martelés, il a fait sur eux un acte, et l'impureté s'en est envolée.

📜 Rachi (2)
כְּרַב יוֹסֵף סְבִירָא לֵיהּ דְּאָמַר כְּשֶׁהֵן שֶׁל בְּהֵמָה נָמֵי מְקַבְּלִי טֻומְאָה הוֹאִיל וְאָדָם מוֹשֵׁךְ בָּהֶן הִלְכָּךְ כִּי רִיתְּכָן לְאַחַר טֻומְאָה אַכַּתִּי בְּמִילְּתַייְהוּ קָייְמִי וְלֹא פָּרְחָה טֻומְאָתָן דְּאַכַּתִּי חֲזוּ לִבְהֵמָה:
Est de l'avis de Rav Yosef : qui a dit qu'étant à l'animal ils reçoivent aussi l'impureté parce que l'homme tire avec eux. C'est pourquoi, quand il les a martelés après l'impureté, ils restent dans leur statut et leur impureté ne s'envole pas, car ils sont encore bons pour l'animal.
דְּאִי כְּרַבִּי יִצְחָק דְּאָמַר לֹא מְקַבֵּל טֻומְאָה אֶלָּא בְּעוֹדָן לְאָדָם טֻומְאָה זוֹ שֶׁקִּבְּלוּ בְּעוֹדָן לְאָדָם כֵּיוָן דְּרִיתְּכָן וְשׁוּב אֵין נָאִים לְאָדָם בָּטְלִי לְהוּ מִתּוֹרַת תַּכְשִׁיט וְטָהֲרוּ מִטֻּומְאָתָן:
Car s'il était de l'avis de Rabbi Yitshak : qui a dit qu'ils ne reçoivent l'impureté que tant qu'ils sont à l'homme : cette impureté qu'ils ont reçue tant qu'ils étaient à l'homme, puisqu'il les a martelés et qu'ils ne conviennent plus à l'homme, ils perdent le statut de parure et sont purifiés de leur impureté.
💡 Explication

La guemara tire une conséquence : le martelage est un acte physique sur l'objet. Selon R. Yitshak Nappaha, l'impureté venait du statut de parure humaine ; un anneau déformé pour l'animal ne convient plus à l'homme, son statut de parure disparaît et l'impureté avec lui. Il n'y aurait alors rien à immerger. Selon Rav Yosef, le collier reste un outil de l'homme pour l'animal, et l'impureté demeure.

7
דִּתְנַן: כָּל הַכֵּלִים יוֹרְדִין לִידֵי טֻומְאָתָן בְּמַחְשָׁבָה, וְאֵין עוֹלִין מִטֻּומְאָתָן אֶלָּא בְּשִׁינּוּי מַעֲשֶׂה!

Car nous avons appris (dans une michna) : tous les ustensiles descendent dans leur (capacité d')impureté par la pensée (ma'hchava), et ils n'en remontent que par un changement d'acte (chinouy maase).

📜 Rachi (2)
יוֹרְדִין לִידֵי טֻומְאָתָן בְּמַחְשָׁבָה מֵאַחַר שֶׁחִישֵּׁב עָלָיו שֶׁיַּנִּיחֶנּוּ כְּמוֹת שֶׁהוּא עַכְשָׁיו וְלֹא יוֹסִיף תִּיקּוּן אַחֵר הוּא גְּמַר מְלַאכְתָּן וּמְקַבֵּל טֻומְאָה:
Descendent dans leur impureté par la pensée : dès qu'il a pensé le laisser tel qu'il est maintenant, sans y ajouter d'autre aménagement, c'est l'achèvement de leur fabrication, et il reçoit l'impureté.
וְאֵין עוֹלִין מִטֻּומְאָתָן מֵאַחַר שֶׁחִישֵּׁב עַל הָעוֹר לַעֲשׂוֹת שָׁטִיחַ יָרַד לִידֵי טֻומְאָה וְאִם חָזַר וְחִישֵּׁב עָלָיו לִרְצוּעוֹ' וְסַנְדָּלִים לֹא בָּטֵל מִתּוֹרַת כְּלִי וְלֹא טָהַר בְּכָךְ עַד שֶׁיִּתֵּן בּוֹ אִזְמֵל דְּהָוֵי שִׁינּוּי מַעֲשֶׂה הָא בְּשִׁינּוּי מַעֲשֶׂה מִיהָא עוֹלֶה מִטֻּומְאָתוֹ:
Et ils n'en remontent : dès qu'il a pensé faire du cuir un tapis, il est descendu dans l'impureté ; et s'il a ensuite pensé en faire des lanières et des sandales, il ne perd pas le statut d'ustensile et n'est pas purifié par cela, jusqu'à ce qu'il y mette le scalpel, ce qui est un changement d'acte. Il en ressort qu'au moins par un changement d'acte, il remonte de son impureté.
💡 Explication

Principe de Kelim 25,9 : un objet inachevé devient un kli (et donc susceptible d'impureté) par la simple ma'hchava (décision de ne plus le modifier). En sens inverse, une pensée ne suffit pas à le faire sortir de ce statut : il faut un chinouy maase, une modification physique. Le martelage en est une.

8
סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר מַעֲשֶׂה לְתַקֵּן לָאו מַעֲשֶׂה הוּא. דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא אָמְרוּ שִׁינּוּי מַעֲשֶׂה לְתַקֵּן אֶלָּא לְקַלְקֵל.

Il pense comme Rabbi Yehouda, qui a dit : un acte pour améliorer n'est pas un acte. Car on a enseigné dans une baraita : Rabbi Yehouda dit : on n'a parlé de changement d'acte que (s'il est fait) pour abîmer, et non pour améliorer.

📜 Rachi (2)
לְתַקֵּן וְזוֹ הִיא תִּקּוּנוֹ לְצֹורֶךְ בְּהֵמָה:
Pour améliorer : et c'est ici son amélioration pour l'usage de l'animal.
לָאו מַעֲשֶׂה הוּא לְבַטֵּל מִתּוֹרַת כְּלִי:
N'est pas un acte : pour lui faire perdre le statut d'ustensile.
💡 Explication

Réponse : R. Ami peut suivre R. Yitshak Nappaha, s'il adopte la règle de R. Yehouda : seul un acte qui abîme (lekalkel) l'objet le fait sortir de l'impureté. Le martelage, fait pour adapter l'anneau à l'animal, est un acte qui améliore (letaken) ; il ne purifie donc pas.

9
בְּמַתְנִיתָא תָּנֵי בִּמְחֻולָּלִין.

Dans une baraita, on enseigne : (il s'agit d'anneaux) larges (mehoulalin).

📜 Rachi (1)
בִּמְחֻולָּלִין מִתְּחִלָּה נַעֲשׂוּ חִלּוּלִין רְחָבִים שֶׁיֵּשׁ חָלָל בִּדְבִיקָתָן שֶׁנָּתַן טַבַּעַת בְּתוֹךְ טַבַּעַת כְּמוֹת שֶׁהוּא רָחָב:
Larges : ils ont été faits dès l'origine creux et larges, de sorte qu'il y a un espace à leur jonction, car il a mis un anneau dans un anneau tel qu'il est, large.
💡 Explication

Autre solution à la hatsitsa : les anneaux ont été fabriqués larges dès le départ. Aucun martelage n'est nécessaire, et la question du chinouy maase ne se pose pas.

10
שָׁאַל תַּלְמִיד אֶחָד מִגָּלִיל הָעֶלְיוֹן אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: שָׁמַעְתִּי שֶׁחוֹלְקִין בֵּין טַבַּעַת לְטַבַּעַת. אָמַר לוֹ: שֶׁמָּא לֹא שָׁמַעְתָּ אֶלָּא לְעִנְיַן שַׁבָּת. דְּאִי לְעִנְיַן טֻומְאָה, דָּא וְדָא חֲדָא הִיא.

Un élève de Haute-Galilée a demandé à Rabbi Eliezer : j'ai entendu qu'on distingue entre un anneau et un anneau. Il lui a dit : peut-être ne l'as-tu entendu qu'au sujet du Chabbat ; car au sujet de l'impureté, l'un et l'autre sont pareils (da veda ahat hi).

📜 Rachi (3)
שֶׁחוֹלְקִין יֵשׁ חִילּוּק בְּהִלְכוֹתֵיהֶן וְאֵינִי יוֹדֵעַ מַהוּ חִילּוּקָן:
Qu'on distingue : il y a une différence dans leurs règles, et je ne sais pas quelle est cette différence.
אֶלָּא לְעִנְיַן שַׁבָּת לְעִנְיַן הוֹצָאַת שַׁבָּת יֵשׁ חִילּוּק בֵּין יֵשׁ עָלֶיהָ חוֹתָם לְשֶׁאֵין עָלֶיהָ חוֹתָם כִּדְאָמַר לְקַמָּן בְּפֶ' בַּמֶּה אִשָּׁה (שַׁבָּת דַּף נט.):
Qu'au sujet du Chabbat : pour la sortie le Chabbat, il y a une différence entre (l'anneau) qui porte un sceau et celui qui n'en porte pas, comme il est dit plus loin au chapitre Bameh isha (59a).
דָּא וְדָא אַחַת הִיא כָּל טַבָּעוֹת דִּין אֶחָד לָהֶן:
L'un et l'autre sont pareils : tous les anneaux ont une seule règle.
💡 Explication

La guemara cite une Tossefta (Kelim). R. Eliezer situe la distinction dans les lois de Chabbat : un anneau avec sceau et un anneau sans sceau n'ont pas le même statut pour la sortie dans le domaine public. Pour la toum'a (impureté), il affirme qu'il n'y a pas de différence. Toute la suite du daf teste cette affirmation.

11
וּלְעִנְיַן טֻומְאָה דָּא וְדָא אַחַת הִיא? וְהִתְנָן: טַבַּעַת אָדָם טְמֵאָה, וְטַבַּעַת בְּהֵמָה וְכֵלִים וּשְׁאָר כָּל הַטַּבָּעוֹת טְהוֹרוֹת! כִּי קָאֲמַר לֵיהּ אִיהוּ, נָמֵי דְּאָדָם קָאֲמַר לֵיהּ.

Et au sujet de l'impureté, l'un et l'autre sont pareils ? N'avons-nous pas appris (dans une michna) : l'anneau de l'homme est impur, et l'anneau de l'animal, des ustensiles et tous les autres anneaux sont purs !

Quand il le lui disait, il lui parlait lui aussi de ceux de l'homme.

📜 Rachi (1)
כִּי קָאֲמַר לֵיהּ אִיהוּ נָמֵי דָּא וְדָא אַחַת הִיא:
Quand il le lui disait, lui aussi : (il disait que) l'un et l'autre sont pareils (parmi ceux de l'homme).
💡 Explication

Première restriction : la phrase de R. Eliezer ne vise que les anneaux portés par l'homme. Ceux des animaux et des ustensiles sont purs, comme l'enseigne la michna de Kelim.

12
וּדְאָדָם, דָּא וְדָא אַחַת הִיא? וְהָתַנְיָא: טַבַּעַת שֶׁהִתְקִינָה לַחְגֹּור בָּהּ מָתְנָיו וּלְקַשֵּׁר בָּהּ בֵּין כְּתֵפָיו — טְהוֹרָה, וְלֹא אָמְרוּ טְמֵאָה אֶלָּא שֶׁל אֶצְבַּע בִּלְבַד! כִּי קָאֲמַר לֵיהּ אִיהוּ, נָמֵי דְּאֶצְבַּע קָאֲמַר לֵיהּ.

Et pour ceux de l'homme, l'un et l'autre sont pareils ? N'a-t-on pas enseigné dans une baraita : un anneau qu'on a aménagé pour s'en ceindre les reins ou pour attacher (les vêtements) entre ses épaules est pur ; on n'a dit impur que celui du doigt seulement !

Quand il le lui disait, il lui parlait lui aussi de ceux du doigt.

📜 Rachi (4)
שֶׁהִתְקִינָה לַחְגֹּור בָּהּ מָתְנָיו שֶׁקְּבָעָהּ בְּרֹאשׁ רְצוּעָה וַעֲשָׂאָהּ כְּמִין בּוּקְלָא (אַבְזָם) שֶׁעוֹשִׂין לִסְרָגִין שֶׁל סוּסִין:
Qu'on a aménagé pour s'en ceindre les reins : qu'on a fixé au bout d'une lanière et dont on a fait une sorte de boucle, comme celle qu'on fait pour les harnais des chevaux.
וְלִקְשֹׁור בָּהּ בֵּין כְּתֵפָיו בָּתֵּי זְרוֹעוֹתָיו בראצייר"א:
Et pour attacher entre ses épaules : (pour fermer) les manches, en vieux français 'bracière'.
טְהוֹרָה דַּהֲדַר הָוְיָא לָהּ כְּטַבַּעַת כֵּלִים וְלָא דָּמְיָא לְאָדָם מוֹשֵׁךְ בָּהֶם שֶׁאֵינוֹ מִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהּ כְּלוּם אֶלָּא מֻונַּחַת וְעוֹמֶדֶת לִרְצוּעָה וּמִיהוּ עִם הָרְצוּעָה מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה אֲבָל אִם הָיָה נוֹטְלָהּ וּמַחֲזִירָהּ אֵינָהּ מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה לְעַצְמָהּ:
Est pur : car il redevient comme un anneau d'ustensile, et il ne ressemble pas (au collier) avec lequel l'homme tire (l'animal), car on ne s'en sert pas du tout : il est posé et reste fixe pour la lanière. Toutefois, avec la lanière il reçoit l'impureté ; mais s'il l'ôtait et le remettait, il ne recevrait pas l'impureté par lui-même.
דְּאֶצְבַּע קָאָמַר לֵיהּ וּלְעִנְיַן שַׁבָּת יֵשׁ חִילּוּק:
Il lui parlait de ceux du doigt : et pour le Chabbat, il y a une différence.
🗂️ Tossefot (1)
טַבַּעַת שֶׁהִתְקִינָה לַחְגֹּור בָּהּ מָתְנָיו נִרְאֶה לְרִ"י דְּהַיְינוּ לַחֲגֹור מַלְבּוּשָׁיו שֶׁהֵן רְחָבִים וְאוֹגְדָם כְּנֶגֶד מָתְנָיו בְּטַבַּעַת כְּעֵין שָׁפֵי' בַּקּוּנְטְרֵס לִקְשֹׁור בָּהּ אֶת כְּתֵפָיו:
Un anneau qu'on a aménagé pour s'en ceindre les reins : il semble au Ri qu'il s'agit de ceindre ses vêtements, qui sont larges, et de les resserrer au niveau des reins avec un anneau, à la manière de ce que Rachi a expliqué pour 'attacher entre ses épaules'.
💡 Explication

Deuxième restriction : parmi les anneaux de l'homme, seul celui du doigt est impur. Un anneau servant de boucle de ceinture ou d'attache à l'épaule est pur : selon Rachi, il n'est qu'un élément fixé de la lanière, comme un anneau d'ustensile.

13
וּדְאֶצְבַּע דָּא וְדָא אַחַת הִיא? וְהִתְנָן: טַבַּעַת שֶׁל מַתֶּכֶת וְחוֹתָמָהּ שֶׁל אַלְמֹוג — טְמֵאָה. הִיא שֶׁל אַלְמֹוג וְחוֹתָמָהּ שֶׁל מַתֶּכֶת — טְהוֹרָה! כִּי קָאֲמַר לֵיהּ אִיהוּ, נָמֵי כֻּולָּהּ שֶׁל מַתֶּכֶת קָאֲמַר לֵיהּ.

Et pour ceux du doigt, l'un et l'autre sont pareils ? N'avons-nous pas appris (dans une michna) : un anneau de métal dont le sceau est de corail est impur ; (un anneau) de corail dont le sceau est de métal est pur !

Quand il le lui disait, il lui parlait lui aussi de celui qui est entièrement de métal.

📜 Rachi (3)
אַלְמוֹג עֲצֵי אַלְמֻוגִּים וְהוּא נָאֶה:
Corail (almoug) : bois de corail, qui est beau.
טְמֵאָה דְּבָתַר טַבַּעַת אָזְלִינַן וּפְשׁוּטֵי כְּלֵי מַתָּכוֹת טְמֵאִים:
Impur : car on suit l'anneau, et les ustensiles de métal plats sont impurs.
הִיא שֶׁל אַלְמוֹג טְהוֹרָה דִּפְשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ הוּא:
(Un anneau) de corail est pur : car c'est un ustensile de bois plat.
🗂️ Tossefot (1)
הִיא שֶׁל אַלְמֹוג וְחוֹתָמָהּ שֶׁל מַתֶּכֶת וא"ת וְהָא יֵשׁ בָּהּ בֵּית קִיבּוּל מְקוֹם מוֹשַׁב הַחוֹתָם וְי"ל דְּאֵין זֶה בֵּית קִיבּוּל דְּאָמְרִינַן בֵּית קִיבּוּל הֶעָשׂוּי לְמַלּאוֹת לָא שְׁמֵיהּ בֵּית קִבּוּל:
(Un anneau) de corail dont le sceau est de métal : et si tu demandes : il y a pourtant un réceptacle (beit kibboul), l'emplacement où se loge le sceau ? On peut répondre que ce n'est pas un réceptacle, car nous disons : un réceptacle fait pour être rempli ne s'appelle pas un réceptacle.
💡 Explication

Troisième restriction : le statut de l'anneau dépend de la matière de l'anneau, pas de celle du sceau. Un anneau de métal est un ustensile de métal, impur même s'il est plat ; un anneau de corail (bois) est un ustensile de bois plat, pur. R. Eliezer parle donc d'anneaux entièrement de métal.

Tossefot : le logement du sceau n'est pas un beit kibboul, car il est fait pour être rempli par le sceau.

🖼️ Schéma
Anneau et sceau : on suit l'anneauAnneau en MÉTALsceau en corailAnneau en CORAILsceau en métalTAMÉ (impur)ustensile de métalTAHOR (pur)ustensile de bois plat
Le statut de l'anneau suit la matière de l'anneau lui-même.
14
וְעוֹד שָׁאַל: שָׁמַעְתִּי שֶׁחוֹלְקִין בֵּין מַחַט לְמַחַט. אָמַר לוֹ: שֶׁמָּא לֹא שָׁמַעְתָּ אֶלָּא לְעִנְיַן שַׁבָּת, דְּאִי לְעִנְיַן טֻומְאָה דָּא וְדָא אַחַת הִיא.

Il a encore demandé : j'ai entendu qu'on distingue entre une aiguille et une aiguille. Il lui a dit : peut-être ne l'as-tu entendu qu'au sujet du Chabbat ; car au sujet de l'impureté, l'un et l'autre sont pareils.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לְעִנְיַן שַׁבָּת לְעִנְיַן הוֹצָאַת שַׁבָּת יֵשׁ חִילּוּק בֵּין נְקוּבָה לְשֶׁאֵינוֹ נְקוּבָה דִּנְקוּבָה קָתָנֵי חַייָּב חַטָּאת וּבְשֶׁאֵינָהּ נְקוּבָה כְּגוֹן אישפיגל"א שֶׁהִיא תַּכְשִׁיט קָתָנֵי אֵינוֹ חַיָּיב חַטָּאת בְּפֶרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה (שַׁבָּת דַּף נז:):
Qu'au sujet du Chabbat : pour la sortie le Chabbat, il y a une différence entre (une aiguille) percée et une non percée : pour la percée, on enseigne qu'on est passible d'un sacrifice expiatoire (hatat), et pour la non percée, comme l'épingle (espingle), qui est une parure, on enseigne qu'on n'est pas passible d'un hatat, au chapitre Bameh isha (57b).
💡 Explication

Même schéma pour les aiguilles. Pour le Chabbat : l'aiguille percée (avec chas) est un outil, la sortir est un transport passible de hatat ; l'aiguille non percée, portée comme épingle, est une parure. Pour l'impureté, R. Eliezer affirme à nouveau qu'il n'y a pas de différence.

15
וּלְעִנְיַן טֻומְאָה דָּא וְדָא אַחַת הִיא? וְהִתְנָן: מַחַט שֶׁנִּיטַּל חֹורָהּ אוֹ עֻוקְצָהּ — טְהוֹרָה! כִּי קָאֲמַר לֵיהּ בִּשְׁלֵימָה.

Et au sujet de l'impureté, l'un et l'autre sont pareils ? N'avons-nous pas appris (dans une michna) : une aiguille dont le chas ou la pointe a été enlevé est pure !

Quand il le lui disait, (il parlait) d'une aiguille entière.

📜 Rachi (2)
חוֹרָהּ חוּר שֶׁלָּהּ:
Son chas : son trou.
עֻוקְצָהּ פונטא:
Sa pointe : en vieux français 'pointe'.
💡 Explication

Première restriction pour les aiguilles : une aiguille cassée (sans chas ou sans pointe) n'est plus un ustensile utilisable, elle est pure. R. Eliezer parlait d'aiguilles entières.

16
וּבִשְׁלֵימָה דָּא וְדָא אַחַת הִיא? וְהִתְנָן: מַחַט שֶׁהֶעֶלְתָה חֲלוּדָה, אִם מְעַכֵּב אֶת הַתְּפִירָה — טְהוֹרָה, וְאִם לָאו — טְמֵאָה. וְאָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: וְהוּא שֶׁרִישּׁוּמָהּ נִיכָּר! כִּי קָאָמַר לֵיהּ, בְּשִׁיפָא קָאָמַר לֵיהּ.

Et pour une aiguille entière, l'un et l'autre sont pareils ? N'avons-nous pas appris (dans une michna) : une aiguille qui a pris de la rouille, si cela empêche la couture, elle est pure ; sinon, elle est impure.

Et ceux de l'école de Rabbi Yannai ont dit : à condition que sa trace soit visible ! Quand il le lui disait, il lui parlait d'une (aiguille) limée.

📜 Rachi (3)
חֲלוּדָה רואיירא"ה:
Rouille : en vieux français 'roille'.
וְהוּא שֶׁרִישּׁוּמָהּ שֶׁל מַחַט נִיכָּר דְּהָוֵי כְּלִי וּטְמֵאָה ל"א שֶׁרִישּׁוּמָהּ שֶׁל חֲלוּדָה נִיכָּר בַּבֶּגֶד הַיְינוּ עִיכּוּב תְּפִירָה וּטְהוֹרָה:
À condition que sa trace : de l'aiguille soit visible, car c'est un ustensile et elle est impure. Autre version : à condition que la trace de la rouille soit visible sur le vêtement ; c'est cela 'empêcher la couture', et elle est pure.
בְּשִׁיפָא נִישּׁוֹפַת בְּשׁוֹפִינָא שֶׁקּוֹרִין לימ"א (פְּצִירָה) שֶׁאֵין בָּהּ חֲלוּדָה:
Limée : polie à la lime (chofina), qu'on appelle 'lime', et sans rouille.
💡 Explication

Deuxième restriction : une aiguille rouillée dont la rouille gêne la couture est pure. L'école de R. Yannai précise la mesure ; Rachi rapporte deux lectures de 'sa trace'. R. Eliezer parlait donc d'aiguilles limées (chifa), sans rouille.

17
וּבְשִׁיפָא דָּא וְדָא אַחַת הִיא? וְהָתַנְיָא: מַחַט בֵּין נְקוּבָה בֵּין אֵינָהּ נְקוּבָה מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ בְּשַׁבָּת, וְלָא אָמְרִינַן נְקוּבָה אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה בִּלְבַד!

Et pour une (aiguille) limée, l'un et l'autre sont pareils ? N'a-t-on pas enseigné dans une baraita : une aiguille, qu'elle soit percée ou non percée, il est permis de la déplacer le Chabbat ; et on n'a parlé de percée qu'au sujet de l'impureté seulement !

📜 Rachi (2)
מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ בְּשַׁבָּת בֶּחָצֵר דְּהָא חָזְיָא לִיטֹּול אֶת הַקּוֹץ וְתוֹרַת כְּלִי עָלֶיהָ:
Il est permis de la déplacer le Chabbat : dans la cour, car elle peut servir à retirer une épine, et elle a le statut d'ustensile.
וְלֹא אָמְרוּ נְקוּבָה חֲלֻוקָּה לְהִלְכוֹתֶיהָ אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה בִּלְבַד דִּנְקוּבָה מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה וְשֶׁאֵינָהּ נְקוּבָה לֹא:
Et on n'a parlé de percée : comme distincte dans ses règles, qu'au sujet de l'impureté seulement : celle qui est percée reçoit l'impureté, et celle qui ne l'est pas, non.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָתַנְיָא מַחַט בֵּין נְקוּבָה בֵּין אֵינָהּ נָקוּב' נִרְאֶה לר"י דְּלָא פָּרֵיךְ אֵלָיֶב' דְּאַבַּיֵּי דְּאִיהוּ הֲוָה מְפָרֵשׁ שֶׁאֵינָהּ נְקוּבָה הַיְינוּ שֶׁנִּיטַּל חֹורָהּ אוֹ עֻוקְצָהּ אֶלָּא אֵלָיֶב' דְּרָבָא פָּרִיךְ דִּלְדִידֵיהּ לָא מָצֵינַן לְפָרֵשׁ הָכִי כִּדְמוֹכַח בְּרֵישׁ כָּל הַכֵּלִים (לְקַמָּן שַׁבָּת קכג.) וְתֵימַהּ לר"י דְּכֵיוָן דְּלָא יָדַע הַמַּקְשֶׁה דְּמַייְרֵי בְּגֻלְמֵי א"כ בְּלָאו הָכִי תִּקְשֶׁה לֵיהּ לְרָבָא כִּדְפָרִיךְ בְּרֵישׁ כָּל הַכֵּלִים (ג"ז שָׁם):
N'a-t-on pas enseigné : une aiguille, qu'elle soit percée ou non percée : il semble au Ri que l'objection n'est pas faite selon Abayé, car lui expliquait 'non percée' au sens de celle dont le chas ou la pointe a été enlevé ; l'objection est faite selon Rava, car selon lui on ne peut pas l'expliquer ainsi, comme il ressort du début de Kol hakelim (plus loin, 123a). Et le Ri s'étonne : puisque celui qui objecte ne savait pas qu'il s'agit de golmei (aiguilles inachevées), il aurait dû de toute façon objecter contre Rava, comme on objecte au début de Kol hakelim (même endroit).
💡 Explication

Dernière objection : une baraita distingue, pour l'impureté, entre aiguille percée et non percée, même parmi des aiguilles saines. Pour le déplacement (tiltoul) le Chabbat, les deux sont permis, car elles servent à retirer une épine.

18
הָא תַּרְגְּמַהּ אַבָּיֵי אַלִּיבָּא דְּרָבָא — בְּגֻלְמֵי.

Abayé ne l'a-t-il pas déjà interprétée selon Rava : (il s'agit) d'aiguilles inachevées (golmei) !

📜 Rachi (2)
הָא תַּרְגְּמָא אַבַּיֵּי בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים:
Abayé ne l'a-t-il pas interprétée : au chapitre Kol hakelim.
בְּגֻלְמֵי שֶׁהוּא גֹּולֶם שֶׁנִּקְצְצָה מִן הַחוּט וְעוֹמֶדֶת לִינָּקֵב הָתָם הוּא דְּכָל זְמַן שֶׁלֹּא נִקְּבָה אֵינָהּ מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה דְּהָא לֹא נִגְמֶרֶת מְלַאכְתָּהּ וּלְעִנְיַן טֻומְאָה כְּלִי מַעֲשֶׂה כְּתִיב (בַּמִּדְבָּר ל״א:נ״א) שֶׁגָּמַר כָּל מַעֲשֵׂהוּ וּמִיהוּ לְעִנְיַן שַׁבָּת שָׁרְיָא דְּזִימְנִין דְּמִמְּלִיךְ עֲלָהּ וּמַנַּח לָהּ הָכִי וּמְשַׁוֵּי לָהּ מָנָא לִנְטִילַת קוֹץ אֲבָל מַחַט שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתָּהּ כְּגוֹן אישפינגל"א שֶׁאֵינָהּ עוֹמֶדֶת לִינָּקֵב דָּא וְדָא אַחַת הִיא לְטֻומְאָה:
Golmei : (une aiguille) à l'état brut, coupée du fil (métallique) et destinée à être percée. Là, tant qu'elle n'est pas percée, elle ne reçoit pas l'impureté, car son travail n'est pas achevé ; et pour l'impureté il est écrit 'tout ustensile ouvrage' (Bamidbar 31,51), (c'est-à-dire) dont tout le travail est achevé. Toutefois, pour le Chabbat elle est permise, car parfois on se ravise et on la laisse ainsi pour en faire un ustensile servant à retirer une épine. Mais une aiguille dont le travail est achevé, comme l'épingle, qui n'est pas destinée à être percée, l'une et l'autre sont pareilles pour l'impureté.
💡 Explication

Réponse : la baraita parle de golmei, aiguilles brutes destinées à être percées. Tant que leur fabrication n'est pas achevée, elles ne sont pas des ustensiles et ne reçoivent pas l'impureté. Une aiguille achevée, percée ou non (épingle), reçoit l'impureté : la phrase de R. Eliezer tient pour les aiguilles terminées.

19
מַתְנִי׳ חֲמוֹר יוֹצֵא בַּמַּרְדַּעַת בִּזְמַן שֶׁהִיא קְשׁוּרָה בּוֹ. זְכָרִים יוֹצְאִין לְבוּבִין. רְחֵלוֹת יוֹצְאוֹת שְׁחוּזוֹת, כְּבוּלוֹת וּכְבוּנוֹת. הָעִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוֹרוֹת. רַבִּי יוֹסֵי אוֹסֵר בְּכֻולָּן, חוּץ מִן הָרְחֵלִין הַכְּבוּנוֹת.

MICHNA. L'âne sort avec une couverture (mardaat) quand elle est attachée sur lui.

Les béliers sortent levouvin. Les brebis sortent chehouzot, kevoulot et kevounot.

Les chèvres sortent (les pis) liés. Rabbi Yossi interdit tout cela, sauf les brebis kevounot.

📜 Rachi (7)
מַתְנֵי' מַרְדַּעַת בשטי"ל וּמַנִּיחִין אוֹתוֹ כָּל הַיּוֹם עַל הַחֲמוֹר לְחַמְּמוֹ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי חֲמָרָא אֲפִילּוּ בִּתְקוּפַת תַּמּוּז קָרִיר לֵיהּ:
Michna. Couverture (mardaat) : en vieux français 'bastel' ; on la laisse toute la journée sur l'âne pour le réchauffer, car les gens disent : l'âne a froid même au solstice de Tamouz.
שֶׁהִיא קְשׁוּרָה בּוֹ בַּגְּמ' מְפָרֵשׁ:
Quand elle est attachée sur lui : la guemara l'explique.
זְכָרִים אֵילִים:
Béliers : (zekharim) des béliers.
לְבוּבִים שְׁחוּזוֹת כְּבוּלוֹת וּכְבוּנוֹת מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Levouvin, chehouzot, kevoulot et kevounot : c'est expliqué dans la guemara.
צְרוֹרוֹת דַּדֵּיהֶן צְרוֹרוֹת פְּעָמִים לִיבַשׁ שֶׁמְּהַדְּקָן כְּדֵי שֶׁלֹּא יַחַלְבוּ עוֹד וְיִתְעַבְּרוּ אוֹ יְהוּ שְׁמֵנוֹת לֶאֱכֹול וּפְעָמִים לְחָלָב לִשְׁמוֹר חֶלְבָּן שֶׁלֹּא יְטַפְטֵף לָאָרֶץ וְקוֹשְׁרִין לָהֶם כִּיס בְּדַדֵּיהֶן:
Liés : leurs pis sont liés ; parfois pour les sécher, en les serrant pour qu'elles ne donnent plus de lait et qu'elles deviennent pleines, ou qu'elles soient grasses pour la consommation ; et parfois pour le lait, afin de garder leur lait pour qu'il ne s'écoule pas à terre, et on leur attache une poche aux pis.
ר' יוֹסֵי אוֹסֵר בְּכֻולָּן דִּמְשַׁוֵּי הוּא:
Rabbi Yossi interdit tout cela : car c'est un fardeau (masoui).
חוּץ מִן הָרְחֵלִים הַכְּבוּנוֹת שֶׁהוּא שְׁמִירַת צַמְרָן שֶׁלֹּא יְטַנֵּף וְהָוֵי לְהוּ תַּכְשִׁיט:
Sauf les brebis kevounot : car c'est la protection de leur laine pour qu'elle ne se salisse pas, et cela leur est une parure.
💡 Explication

Nouvelle michna. Elle énumère des objets avec lesquels certains animaux peuvent sortir le Chabbat dans le domaine public. Les termes levouvin, chehouzot, kevoulot, kevounot seront expliqués dans la guemara (53a). R. Yossi considère tout cela comme un fardeau (masoui), sauf la protection de la laine des brebis, qui compte comme parure.

20
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוּרוֹת לְיַבֵּשׁ, אֲבָל לֹא לְחָלָב.

Rabbi Yehouda dit : les chèvres sortent (les pis) liés pour sécher, mais non pour le lait.

📜 Rachi (1)
יוֹצְאוֹת צְרוֹרוֹת לְיַבֵּשׁ ר' יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ כְּתַנָּא קַמָּא דְּלָאו מַשּׂוֹי הוּא וּמִיהוּ לִיבַשׁ דְּמִיהַדַּק שַׁפִּיר וְלֵיכָּא לְמִיחַשׁ דִּילְמָא נָפֵיל וְאָתֵי לְאֵיתוֹיֵי אֲבָל לֵיחָלֵב דְּלָא מִיהַדַּק שַׁפִּיר חָיְישִׁינַן:
Sortent liées pour sécher : Rabbi Yehouda pense comme le Tanna kama, que ce n'est pas un fardeau ; toutefois, pour sécher, (le lien) est bien serré et il n'y a pas à craindre qu'il tombe et qu'on vienne à le porter ; mais pour le lait, (le lien) n'est pas bien serré et on le craint.
💡 Explication

R. Yehouda accepte le principe du Tanna kama (le lien n'est pas un fardeau), mais ajoute une gezera : un lien lâche risque de tomber, et l'on pourrait le ramasser et le porter quatre coudées dans le domaine public. Pour sécher, le lien est serré ; pour le lait, il est lâche.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).