Shabbat 53a — Mardaat, oukaf et tarsekal : le souci de l'animal le Chabbat

Shabbat 53a

Sougya : Suite du chapitre Bameh behema. La michna permet à l'âne de sortir avec sa mardaat (couverture) ; Chmouel précise : à condition qu'elle ait été attachée dès la veille du Chabbat, et une baraita le confirme, en ajoutant la position de Rabban Chimon ben Gamliel sur l'oukaf (bat).

La guemara examine ensuite ce que l'on peut poser sur l'animal dans la cour : Rav permet le tarsekal (panier de fourrage suspendu) et, à fortiori, la mardaat ; Chmouel permet la mardaat et interdit le tarsekal, et Rabbi Yo'hanan lui donne raison. Rav Pappa distingue réchauffer l'animal (souffrance réelle) et le rafraîchir.

Le daf se termine sur une objection tirée de la Tosefta à propos des poulains et de leur tarsekal.

Que peut-on mettre sur l'animal le Chabbat (dans la cour) ?Mardaat (couverture)contre le froid = tsaarOukaf (bat)évoque le chargementTarsekal (panier)confort = taanougRAVpermis (kal va-homer)interditpermisCHMOUELpermisinterditinterditR. YO'HANANpermis-interditHalakha (Roch) : comme Chmouel, car R. Yo'hanan le soutient face à Rav.
Mardaat, oukaf et tarsekal : positions de Rav, de Chmouel et de Rabbi Yohanan, et la halakha retenue par le Rosh.
Mardaat permise, oukaf interdit : deux réponsesQuestiontous permettent la mardaat : et l'oukaf ?1re réponse (anonyme)L'oukaf peut tomber de lui-même :on fait marcher l'animal dans la cour,inutile de le déplacer à la main2e réponse : Rav PappaMardaat = pour réchauffer (vrai tsaar)Retirer l'oukaf = pour rafraîchir(pas de tsaar : il refroidit seul)Dicton : l'âne a froid même en Tamouz
Pourquoi l'on peut poser la mardaat mais pas retirer l'oukaf à la main : les deux réponses de la guemara.
Objection contre Chmouel : les poulains et le tarsekalToseftales poulains ne sortent pas avec le tarsekaldans le domaine publicDéductiondonc dans la cour, c'est permisHava amina : grands poulainslong cou, pas de souffrance= pour le confort (taanoug)-> contredit ChmouelRéponse : petits poulainspattes hautes, cou court= contre la souffrance (tsaar)-> Chmouel permet aussi
L'objection tirée de la Tosefta sur les poulains et le tarsekal, et la réponse : petits poulains, par souffrance.
1
גְּמ׳ אָמַר שְׁמוּאֵל: וְהוּא שֶׁקְּשׁוּרָה לוֹ מֵעֶרֶב שַׁבָּת. אָמַר רַב נַחְמָן: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, דְּקָתָנֵי: אֵין הַחֲמוֹר יוֹצֵא בַּמַּרְדַּעַת בִּזְמַן שֶׁאֵינָהּ קְשׁוּרָה לוֹ.

Guemara. Chmouel a dit : et cela (la sortie de l'âne avec la mardaat, couverture de dos) à condition qu'elle lui ait été attachée depuis la veille du Chabbat.

Rav Nahman a dit : notre michna aussi est précise en ce sens, puisqu'elle enseigne : l'âne ne sort pas avec la mardaat quand elle ne lui est pas attachée.

📜 Rachi (1)
גמ' מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא לְקַמָּן בְּהַאי פִּירְקָא:
Guemara. Notre michna aussi est précise en ce sens : plus loin dans ce chapitre.
🗂️ Tossefot (1)
וְהוּא שֶׁקְּשׁוּרָה לוֹ מע"ש רַשִׁ"י פִּי' לְקַמָּן דְּבִקְשׁוּרָה מע"ש הָוֵי מַלְבּוּשׁ הַחֲמוֹר אֲבָל בְּאֵינֵהּ קְשׁוּרָה מע"ש הָוֵי מַשּׂאוֹי וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ דִּבְאֵינָהּ קְשׁוּרָה מע"ש מִיחְזֵי כְּמִתְכַּוֵּין לְהוֹצָאַת הַמַּרְדַּעַת וה"ר פור"ת פֵּירֵשׁ דְּמִיחְזֵי כְּאִילּוּ מִתְכַּוֵּין לְהוֹלִיךְ הַבְּהֵמָה לְמָקוֹם רָחוֹק:
Et cela à condition qu'elle lui ait été attachée depuis la veille du Chabbat : Rachi explique plus loin que, attachée depuis la veille du Chabbat, elle est le vêtement de l'âne, mais si elle n'a pas été attachée depuis la veille du Chabbat, c'est un fardeau. On peut encore expliquer que si elle n'a pas été attachée depuis la veille du Chabbat, on a l'air de vouloir transporter la mardaat. Et le Rav Porat explique : on a l'air de vouloir conduire l'animal vers un endroit éloigné.
💡 Explication

La michna (52b) permet à l'âne de sortir avec sa mardaat, une couverture posée sur son dos pour le protéger du froid. Chmouel y ajoute une condition : elle doit avoir été attachée dès la veille du Chabbat (mé-erev Chabbat). Rav Nahman trouve un appui dans une autre michna du chapitre (54b).

Tossefot rapporte trois raisons de cette condition : attachée le Chabbat, elle serait un masa (fardeau) ; ou l'on semblerait vouloir transporter la couverture ; ou l'on semblerait préparer un long trajet.

2
הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא שֶׁאֵינָהּ קְשׁוּרָה לוֹ כְּלָל — פְּשִׁיטָא, דִּילְמָא נָפְלָה לֵיהּ וְאָתֵי לְאֵתוּיֵי. אֶלָּא לָאו שֶׁאֵינָהּ קְשׁוּרָה מֵעֶרֶב שַׁבָּת. מִכְּלָל דְּרֵישָׁא, שֶׁקְּשׁוּרָה לוֹ מֵעֶרֶב שַׁבָּת. שְׁמַע מִינָּה.

De quel cas s'agit-il ? Si l'on dit (que cette michna parle d'une mardaat) qui ne lui est pas attachée du tout, c'est évident : peut-être tombera-t-elle, et il en viendra à la ramasser (et à la porter dans le domaine public).

C'est donc qu'il s'agit d'une mardaat qui n'a pas été attachée depuis la veille du Chabbat. On en déduit que la première partie (notre michna, qui permet) parle d'une mardaat attachée depuis la veille du Chabbat.

Déduis-en (que c'est bien ainsi).

🗂️ Tossefot (1)
אִילֵּימָא שֶׁאֵינָהּ קְשׁוּרָה לוֹ כְּלָל פְּשִׁיטָא וְלָא בָּעֵי לְמִפְרַךְ דְּמֵרֵישָׁא שָׁמְעִינַן לָהּ דְּקָתָנֵי בִּזְמַן שֶׁהִיא קְשׁוּרָה הָא אֵינָהּ קְשׁוּרָה לֹא דְּדֶרֶךְ מִשְׁנָיוֹת כֵּן בְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף לה:) אֵלּוּ דְּבָרִים אֲסוּרִין בַּאֲכִילָה כְּבָשִׂים שֶׁדַּרְכָּן לָתֵת לְתוֹכָן יַיִן כו' וּבְסֵיפָא (שָׁם דַּךְ לט:) קָתָנֵי וְאֵלּוּ מֻותָּרִים בַּאֲכִילָה כו' וּכְבָשִׂים שֶׁאֵין דַּרְכָּן לָתֵת כּוּ' וּבְפֶרֶק אֵלּוּ טְרֵפוֹת (חֻולִּין דַּף נד.) קָתָנֵי אֵלּוּ כְּשֵׁרוֹת אע"ג דְּאִיכָּא מִינַּייְהוּ דְּשָׁמְעִי' מֵרֵישָׁא וא"ת וְנִפְשׁוֹט מֵרֵישָׁא דְּבִקְשׁוּרָה מֵעֶרֶב שַׁבָּת אַיְירֵי מִדְּאִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי בִּזְמַן שֶׁהִיא קְשׁוּרָה דִּבְלָאו הָכִי הֲוָה יָדְעִי' דְּאַיְירֵי בִּקְשׁוּרָה דְּאִי בְּאֵינֵהּ קְשׁוּרָה פְּשִׁיטָא דְּאָסוּר דִּילְמָא נָפְלָה וְאָתֵי לַאֲתוּיֵי כִּדְקָאָמַר הָכָא אִילֵּימָא כּוּ' אֶלָּא וַדַּאי בִּזְמַן שֶׁקְּשׁוּרָה מע"ש קָאָמַר וי"ל דְּמֵרֵישָׁא לֹא תִּפְשׁוֹט דְּאַדְּרַבָּה הֵ"א דִּלְהָכֵי תְּנָא בִּזְמַן שֶׁהִיא קְשׁוּרָה לְאַשְׁמְעִי' דְּאַפֵּי' קְשׁוּרָה בְּשַׁבָּת דְּאִי לָא תְּנָא לֵיהּ הֵ"א דַּוְקָא בִּקְשׁוּרָה לוֹ מע"ש אֲבָל בִּקְשׁוּרָה בְּשַׁבָּת לָא קמ"ל לְהָכִי דָּיֵיק מִסֵּיפָא:
Si l'on dit qu'elle ne lui est pas attachée du tout, c'est évident : on ne cherche pas à objecter qu'on le sait déjà par la première partie, qui enseigne 'quand elle est attachée', donc si elle n'est pas attachée, non. Car telle est la manière des michnayot : dans le traité Avoda Zara (35b), 'voici les choses interdites à la consommation : les conserves dans lesquelles on a l'habitude de mettre du vin...', et dans la suite (39b) on enseigne 'et voici celles qui sont permises à la consommation... et les conserves dans lesquelles on n'a pas l'habitude de mettre...'; et dans le chapitre Elou terefot (Houlin 54a) on enseigne 'celles-ci sont cachres', bien que certaines d'entre elles se déduisent de la première partie. Et si tu demandes : tranchons à partir de la première partie qu'il s'agit d'une mardaat attachée depuis la veille du Chabbat, puisqu'il a fallu enseigner 'quand elle est attachée' ; car sans cela nous aurions su qu'il s'agit d'une mardaat attachée, puisque si elle n'est pas attachée il est évident que c'est interdit, de peur qu'elle ne tombe et qu'il en vienne à la ramasser, comme on le dit ici : 'si l'on dit...'. C'est donc certainement 'quand elle est attachée depuis la veille du Chabbat' qu'il veut dire. On peut répondre qu'on ne peut pas trancher à partir de la première partie : au contraire, j'aurais pu penser qu'on a enseigné 'quand elle est attachée' pour nous apprendre que même attachée le Chabbat (c'est permis) ; car s'il ne l'avait pas enseigné, j'aurais pu penser : seulement si elle est attachée depuis la veille du Chabbat, mais attachée le Chabbat, non. Il nous l'apprend (donc). C'est pourquoi on fait la déduction à partir de la fin.
💡 Explication

Raisonnement par diouk (déduction précise du texte). La michna de 54b interdit la mardaat 'non attachée'. Si cela voulait dire 'pas attachée du tout', ce serait une évidence, car une couverture posée sans lien tombe, et l'on craint qu'il la ramasse et la porte (dilma nafla ve-ati le-atouyei). Donc 'non attachée' veut dire : non attachée depuis la veille. Par contraste, notre michna, qui permet, parle d'une couverture attachée depuis la veille : c'est exactement la condition de Chmouel.

3
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: חֲמוֹר יוֹצֵא בַּמַּרְדַּעַת בִּזְמַן שֶׁקְּשׁוּרָה לוֹ מֵעֶרֶב שַׁבָּת, וְלֹא בָּאֻוכָּף אַף עַל פִּי שֶׁקָּשׁוּר לוֹ מֵעֶרֶב שַׁבָּת. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף בָּאֻוכָּף בִּזְמַן שֶׁקָּשׁוּר לוֹ מֵעֶרֶב שַׁבָּת, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִקְשֹׁור לוֹ מַסְרֵיכָן, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִפְשֹׁול לוֹ רְצוּעָה תַּחַת זְנָבוֹ.

On a aussi enseigné ainsi (dans une baraita) : l'âne sort avec la mardaat quand elle lui est attachée depuis la veille du Chabbat, mais pas avec l'oukaf (bat), même s'il lui est attaché depuis la veille du Chabbat. Rabban Chimon ben Gamliel dit : même avec l'oukaf, quand il lui est attaché depuis la veille du Chabbat, pourvu qu'on ne lui attache pas le masrikhan (sangle de poitrail), et pourvu qu'on ne lui passe pas de courroie sous la queue.

📜 Rachi (3)
אַף בְּאֻוכָּף דְּאִיהוּ נָמֵי מְהַנֵּי לְחַמְּמָהּ:
Même avec l'oukaf : car lui aussi sert à le réchauffer.
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִקְשֹׁור לוֹ מַסְרֵיכָן פוטרא"ל דְּמִיחְזֵי כְּמִי שֶׁרוֹצֶה לְהַטְעִינוֹ מַשּׂוֹי:
Pourvu qu'on ne lui attache pas le masrikhan : poitrail (en vieux français) ; car on a l'air de vouloir le charger d'un fardeau.
רְצוּעָה תַּחַת זְנָבוֹ פושל"א שֶׁנּוֹתְנִים שָׁם שֶׁלֹּא תֵּרֵד הָאֻוכָּף וְהַמַּשּׂוֹי עַל צַוָּארָהּ כְּשֶׁהִיא יוֹרֶדֶת לָעֵמֶק וְהַמַּסְרֵךְ שֶׁלֹּא תֵּרֵד עַל זְנָבָהּ כְּשֶׁהִיא עוֹלָה עַל הֶהָרִים:
Une courroie sous sa queue : croupière (en vieux français), qu'on place là pour que l'oukaf et le fardeau ne glissent pas sur son cou quand il descend dans une vallée ; et le masrikhan, pour qu'ils ne glissent pas sur sa queue quand il monte dans les montagnes.
💡 Explication

La baraita confirme Chmouel pour la mardaat, puis traite de l'oukaf, le bat sur lequel on pose les charges. Pour le Tanna Kamma, il est interdit même attaché depuis la veille : c'est un équipement de chargement. Rabban Chimon ben Gamliel le permet, car il réchauffe aussi l'animal, à condition de ne pas y ajouter les deux sangles qui ne servent qu'à maintenir une charge : le masrikhan et la courroie sous la queue.

🖼️ Schéma
Oukaf permis (RaChBaG) sans les sangles de chargementoukafmasrikhan (poitrail) : interditcourroie sous la queue : interdit
L'oukaf selon Rabban Chimon ben Gamliel : permis s'il est attaché depuis la veille, sans la sangle ventrale ni la courroie sous la queue, qui évoquent le chargement.
4
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב אַסִּי בַּר נָתָן מֵרַבִּי חִיָּיא בַּר רַב אָשֵׁי: מַהוּ לִיתֵּן מַרְדַּעַת עַל גַּבֵּי חֲמוֹר בְּשַׁבָּת? אֲמַר לֵיהּ: מֻותָּר. אֲמַר לֵיהּ: וְכִי מַה בֵּין זֶה לְאֻוכָּף? אִישָּׁתֵיק.

Rav Assi bar Natan demanda à Rabbi Hiya bar Rav Achi : qu'en est-il de poser la mardaat sur un âne le Chabbat ? Il lui répondit : c'est permis.

Il lui dit : et quelle différence y a-t-il entre cela et l'oukaf ? Il se tut.

📜 Rachi (2)
מַהוּ לִיתֵּן מַרְדַּעַת וְלֹא לָצֵאת לרה"ר אֶלָּא בֶּחָצֵר וּמִפְּנֵי הַצִּינָּה:
Qu'en est-il de poser la mardaat : non pour sortir dans le domaine public, mais dans la cour, à cause du froid.
ה"ג אֲמַר לֵיהּ מֻותָּר א"ל וְכִי מַה בֵּין זֶה לְאֻוכָּף אִישְׁתִּיק:
Telle est la version : il lui dit 'c'est permis' ; il lui dit 'et quelle différence y a-t-il entre cela et l'oukaf ?' ; il se tut.
🗂️ Tossefot (1)
מַהוּ לִיתֵּן הַמַּרְדַּעַת ע"ג חֲמוֹר בְּשַׁבָּת וְאֵין לֶאֱסֹור מִשּׁוּם דְּאֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְדָבָר הַנִּיטָּל דִּבְהֵמָה חֲשִׁיבָא כְּדָבָר הַנִּיטָּל כֵּיוָן דְּיָכוֹל לְמָושְׁכָהּ וּלְהוֹלִיכָהּ בְּכָל מָקוֹם וְרַב אַסִּי בַּר נָתָן דְּבָעֵי אִם אָסוּר אֵין לְפָרֵשׁ מִשּׁוּם דְּמִיחְזֵי כְּרוֹצֶה לְהוֹלִיךְ הַבְּהֵמָה לְמָקוֹם רָחוֹק דְּא"כ הֵיכִי דִּייֵּק דְּמַאן דְּשָׁרֵי טְרַסְקָל כ"ש מַרְדַּעַת. וְאֵין לְפָרֵשׁ נָמֵי דְּבָעֵי לְמֵיסַר בְּחָצֵר אַטּוּ רה"ר כִּדְאָמַר גַּבֵּי אִשָּׁה בְּפָ' בַּמֶּה אִשָּׁה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף סד:) דְּגַבֵּי בְּהֵמָה לֹא גָּזְרוּ כִּדְתַנְיָא בְּסָמוּךְ גַּבֵּי זוּג וּמְטַיֶּילֶת עִמּוֹ בֶּחָצֵר אֶלָּא נִרְאֶה לר"י דְּטַעְמָא מִשּׁוּם טִרְחָא דְּשַׁבָּת ואע"ג דְּשָׁרְיָא קִרְצוּף בפ"ב דְּבֵיצָה (דַּף כנ.) הָתָם יֵשׁ לָהּ צַעַר בְּיוֹתֵר א"נ לָא שָׁרֵי אֶלָּא בי"ט אֲבָל בְּשַׁבָּת אָסוּר:
Qu'en est-il de poser la mardaat sur l'âne le Chabbat : on ne peut pas l'interdire sous prétexte qu'un objet ne se déplace que pour une chose qui peut elle-même être déplacée, car l'animal est considéré comme une chose qui se déplace, puisqu'on peut le tirer et le conduire partout. Et Rav Assi bar Natan, qui se demandait si c'est interdit : on ne peut pas expliquer que c'est parce qu'on aurait l'air de vouloir conduire l'animal loin, car alors comment déduirait-on que celui qui permet le tarsekal permet à plus forte raison la mardaat ? On ne peut pas non plus expliquer qu'il voulait l'interdire dans la cour à cause du domaine public, comme on le dit pour la femme au chapitre Bameh isha (plus loin, Chabbat 64b), car pour l'animal on n'a pas décrété, comme on l'enseigne plus bas à propos de la clochette 'et il se promène avec elle dans la cour'. Il semble donc au Ri que la raison est l'effort (tirha) le Chabbat. Et bien que l'on permette le qirtsouf (étrillage) au chapitre 2 de Beitsa (23a), là l'animal souffre davantage ; ou bien on ne l'a permis que le jour de fête, mais le Chabbat c'est interdit.
💡 Explication

Nouvelle question, indépendante de la sortie : peut-on poser la mardaat sur l'âne le Chabbat, dans la cour, pour le protéger du froid ? Rabbi Hiya bar Rav Achi permet. Rav Assi bar Natan objecte : l'oukaf est aussi une pièce d'équipement, et on ne le pose pas. Rabbi Hiya se tait.

Tossefot cherche la raison de l'hésitation : ni le mouktse (l'animal est une chose qui se déplace), ni un décret lié au domaine public. Pour le Ri, c'est la tirha, l'effort inutile le Chabbat.

5
אַיְּתִיבֶיהָ: אֻוכָּף שֶׁעַל גַּבֵּי חֲמוֹר — לֹא יְטַלְטְלֶנּוּ בְּיָדוֹ, אֶלָּא מוֹלִיכָהּ וּמְבִיאָהּ בֶּחָצֵר וְהוּא נוֹפֵל מֵאֵילָיו. הַשְׁתָּא לִיטּוֹל אָמְרַתְּ לָא, לְהַנִּיחַ מִיבַּעְיָא?!

Il lui objecta (une baraita) : l'oukaf qui est sur le dos de l'âne, on ne le déplacera pas à la main, mais on fait aller et venir (l'animal) dans la cour et il tombe de lui-même. Or, si pour le retirer tu as dit non, faut-il encore le dire pour le poser ?!

📜 Rachi (1)
אַיְּתִיבֶיהָ כו' כְּסָבוּר הָא דְּאִישָּׁתֵיק מִשּׁוּם דְּלָא אַשְׁגַּח בֵּיהּ דְּסָבַר אֻוכָּף נָמֵי שָׁרֵי וְאוֹתִיבֵיהּ מִבָּרַיְיתָא דְּאָסוּר לִיטְּלָה וְהַשְׁתָּא לִיטּוֹל אָמְרַתְּ לָא לְהַנִּיחַ מִיבְּעֵי' דְּדָמֵי כְּאִילּוּ צָרִיךְ לְהַטְעִינָהּ מַשּׂוֹי:
Il lui objecta, etc. : il pensait que (Rabbi Hiya) s'était tu parce qu'il n'avait pas pris garde à lui, estimant que l'oukaf aussi est permis. Il lui objecta donc la baraita selon laquelle il est interdit de le retirer ; or si pour le retirer tu as dit non, faut-il le dire pour le poser, ce qui ressemble à quelqu'un qui veut le charger d'un fardeau ?
🗂️ Tossefot (1)
אֻוכָּף שע"ג הַחֲמוֹר וא"ת וְיַתִּיר הָאֻוכָּף וִינַעֵר וְיִפּוֹל כִּדְאָמַר בְּפֶ' כָּל כִּתְבֵי גַּבֵּי הָיְתָה בְּהֶמְתּוֹ טְעוּנָה טֶבֶל כו' וְי"ל דְּהָתָם מַיְירֵי בְּשַׂקִּין שֶׁתּוּכַל הַבְּהֵמָה לְהִתְקַלְקֵל אֲבָל מֵחֲמַת הָאֻוכָּף לֹא תּוּכַל הַבְּהֵמָה לְהִתְקַלְקֵל לְכָךְ לֹא הִתִּירוּ:
L'oukaf qui est sur l'âne : et si tu demandes : qu'on détache l'oukaf, qu'on secoue et qu'il tombe, comme on le dit au chapitre Kol kitvei à propos de celui dont l'animal était chargé de tevel... On peut répondre que là il s'agit de sacs à cause desquels l'animal peut s'abîmer, mais à cause de l'oukaf l'animal ne peut pas s'abîmer ; c'est pourquoi on ne l'a pas permis.
💡 Explication

Rav Assi comprend le silence de Rabbi Hiya comme un accord : l'oukaf aussi serait permis. Il cite alors une baraita : on ne retire pas l'oukaf à la main ; on fait marcher l'animal dans la cour jusqu'à ce qu'il tombe seul. Argument kal va-homer : si retirer (qui soulage l'animal) est interdit, poser l'est à plus forte raison.

6
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא: שַׁבְקֵיהּ, כְּרַבֵּיהּ סְבִירָא לֵיהּ, דְּאָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: תּוֹלִין טְרַסְקָל לִבְהֵמָה בְּשַׁבָּת, וְקַל וָחֹומֶר לְמַרְדַּעַת. וּמֶה הָתָם דְּמִשּׁוּם תַּעֲנוּג שְׁרֵי, הָכָא דְּמִשּׁוּם צַעַר — לֹא כָל שֶׁכֵּן.

Rabbi Zeira lui dit : laisse-le, il pense comme son maître. Car Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : on suspend le tarsekal (panier de fourrage) à l'animal le Chabbat ; et à plus forte raison la mardaat.

Si la, où c'est pour le confort, c'est permis, ici, où c'est à cause de la souffrance, à plus forte raison.

📜 Rachi (3)
כְּרַבֵּיהּ רַב:
Comme son maître : Rav.
טְרַסְקָל סַל מָלֵא שְׂעוֹרִים תּוֹלִין לָהּ בְּצַוָּארָהּ וּפִיהָ נָתוּן לְתוֹכוֹ וְאוֹכֶלֶת וְתַעֲנוּג בְּעָלְמָא הוּא שֶׁלֹּא תִּטְרַח לָשׂוּחַ צַוָּארָהּ לָאָרֶץ:
Tarsekal : un panier plein d'orge qu'on lui suspend au cou, sa bouche placée dedans, et elle mange ; c'est un simple confort, pour qu'elle n'ait pas la peine de baisser le cou jusqu'au sol.
צַעַר שֶׁל צִינָּה:
Souffrance : celle du froid.
🗂️ Tossefot (1)
תּוֹלִין טְרַסְקָל וא"ת וְתֵאָסֵר מִשּׁוּם דְּמִשְׁתַּמֵּשׁ בבע"ח כִּי הֵיכִי דְּאָסוּר לְהַנִּיחַ נֵר עַל גַּבֵּי דֶּקֶל בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם דְּמִשְׁתַּמֵּשׁ בִּמְחֻובָּר וְי"ל דְּהָתָם מְנַעְנֵעַ הָעֲנָפִים אֲבָל הָכָא אֵינוֹ מְנַעְנֵעַ הַבְּהֵמָה בְּכָךְ וְרַב אַסִּי בְּרַבִּי נָתָן דְּבָעֵי לְמֵיסַר אַפְסָר מִשּׁוּם דִּילְמָא אָתֵי לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בבע"ח (ת".):
On suspend le tarsekal : et si tu demandes : qu'on l'interdise parce qu'on se sert d'un animal vivant, de même qu'il est interdit de poser une lampe sur un palmier le Chabbat parce qu'on se sert de ce qui est attaché au sol ? On peut répondre que là on fait bouger les branches, alors qu'ici on ne fait pas bouger l'animal. Et Rav Assi berabbi Natan, qui voulait interdire le licou, (c'est) de peur qu'on en vienne à se servir d'un animal vivant.
💡 Explication

Rabbi Zeira défend Rabbi Hiya : il suit son maître Rav, qui permet de suspendre un tarsekal, panier de fourrage, au cou de l'animal. Or le tarsekal n'apporte qu'un taanoug (confort : ne pas baisser la tête), alors que la mardaat soulage un tsaar (souffrance du froid). Kal va-homer : si le confort est permis, le soulagement de la souffrance l'est à plus forte raison. L'oukaf, lui, n'est pas couvert par ce raisonnement.

7
שְׁמוּאֵל אָמַר: מַרְדַּעַת מֻותָּר, טְרַסְקָל — אָסוּר. אֲזַל רַבִּי חִייָּא בַּר יוֹסֵף אַמְרַהּ לִשְׁמַעְתָּא דְרַב קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל. אֲמַר לֵיהּ: אִי הָכִי אָמַר אַבָּא, לָא יָדַע בְּמִילֵּי דְשַׁבְּתָא וְלָא כְּלוּם.

Chmouel a dit : la mardaat est permise, le tarsekal est interdit. Rabbi Hiya bar Yossef alla rapporter l'enseignement de Rav devant Chmouel.

Il lui dit : si Abba (Rav) a dit cela, il ne connaît rien aux questions de Chabbat.

📜 Rachi (3)
מַרְדַּעַת מֻותָּר דְּצַעֲרָא הִיא הִלְכָּךְ אוֹרְחָהּ בְּהָכִי וְלָאו מַשּׂוֹי הוּא:
La mardaat est permise : car c'est pour une souffrance ; c'est donc son usage ainsi, et ce n'est pas un fardeau.
לִשְׁמַעְתָּא דְּרַב דְּשָׁרֵי בִּטְרַסְקָל:
L'enseignement de Rav : qui permet le tarsekal.
אַבָּא חַבָּרֵי כְּמוֹ אַבְרֵךְ אַבָּא לְמַלְכָּא (בְּרֵאשִׁית מא):
Abba : mon collègue, comme (dans le verset) 'Avrekh' (Berechit 41), 'père pour le roi'.
💡 Explication

Chmouel tranche la limite : la mardaat, qui répond à une souffrance, est l'usage normal de l'animal et n'est pas un fardeau ; le tarsekal, simple confort, est interdit. Sa réaction à l'opinion de Rav est vive. Rachi précise que Abba désigne ici Rav comme collègue (et non comme père).

8
כִּי סָלֵיק רַבִּי זֵירָא, אַשְׁכְּחֵיהּ לְרַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת דְּיָתֵיב וְקָאֲמַר לֵיהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: נוֹתְנִין מַרְדַּעַת עַל גַּבֵּי חֲמוֹר בְּשַׁבָּת. אֲמַר לֵיהּ: יִישַׁר, וְכֵן תַּרְגְּמַהּ אַרְיוֹךְ בְּבָבֶל.

Quand Rabbi Zeira monta (en Erets Israël), il trouva Rabbi Binyamin bar Yefet assis, qui disait au nom de Rabbi Yo'hanan : on pose la mardaat sur l'âne le Chabbat. Il lui dit : bravo (yicher), et c'est ainsi qu'Aryokh l'a expliqué à Babel.

📜 Rachi (1)
שְׁמוּאֵל קָרֵי אַרְיוֹךְ עַל שֵׁם שֶׁהָיָה בָּקִי בְּדִינִין וְשׁוֹפֵט כְּמֶלֶךְ הַשּׁוֹפֵט עַל הָאָרֶץ לְשׁוֹן רִיכָּא מֶלֶךְ (ב"ב דַּף ד.):
Chmouel est appelé Aryokh parce qu'il était expert en droit et jugeait comme un roi qui juge le pays ; (ce mot vient de) l'expression 'rikha', roi (Bava Batra 4a).
🗂️ Tossefot (1)
אַרְיוֹךְ שֵׁם מֶלֶךְ כְּדִכְתִיב אַרְיוֹךְ מֶלֶךְ אִלְסָר (בְּרַאסִית יד) וְנָקְטִי' טְפֵי מִשְּׁאָר מְלָכִים לְפִי שֶׁמֻּובְלָע בּוֹ לְשׁוֹן אֲרִי:
Aryokh : nom d'un roi, comme il est écrit : 'Aryokh, roi d'Elassar' (Berechit 14) ; on l'a choisi plutôt que les autres rois parce que le mot 'ari' (lion) y est contenu.
💡 Explication

En Erets Israël, Rabbi Zeira entend l'enseignement de Rabbi Yo'hanan : on pose la mardaat. Il l'approuve et ajoute que Aryokh a enseigné de même à Babel. Aryokh est un surnom de Chmouel, en raison de son autorité en matière de droit.

9
״אַרְיוֹךְ״ מַנּוּ — שְׁמוּאֵל. וְהָא רַב נָמֵי אַמְרַהּ? אֶלָּא שַׁמְעֵיהּ דַּהֲוָה מְסַייֵּם בַּהּ: וְאֵין תּוֹלִין טְרַסְקָל בְּשַׁבָּת, אֲמַר לֵיהּ: יִישַׁר, וְכֵן תַּרְגְּמַהּ אַרְיוֹךְ בְּבָבֶל.

'Aryokh', qui est-ce ? Chmouel.

Mais Rav aussi l'a dit (que la mardaat est permise) ! C'est plutôt qu'il l'entendit conclure par : et on ne suspend pas le tarsekal le Chabbat.

Il lui dit (alors) : bravo, et c'est ainsi qu'Aryokh l'a expliqué à Babel.

📜 Rachi (1)
וְהָא רַב נָמֵי אַמְרַהּ דְּכֵיוָן דְּשָׁרֵי בִּטְרַסְקָל כ"ש מַרְדַּעַת:
Mais Rav aussi l'a dit : car puisqu'il permet le tarsekal, à plus forte raison la mardaat.
🗂️ Tossefot (1)
דְּשַׁמְעֵיהּ דְּקָא מְסַיֵּים בָּהּ כו' אע"ג דקיי"ל. כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי הַייְנוּ לְגַבֵּי שְׁמוּאֵל לְחוּדֵיהּ אֲבָל הָכָא ר' יוֹחָנָן דקי"ל כְּוָותֵיהּ לְגַבֵּי רַב קָאֵי כִּשְׁמוּאֵל וּבָרַיְיתָא דְּאֻוכָּף נָמֵי קַייְמָא כִּשְׁמוּאֵל לְמַאי דִּמְשַׁנֵּי כָּאן לְחַמְּמָהּֽ כָּאן לְצַנְּנָהּ וּמַתְנִי' דְּאֵין סָכִין וּמְפַרְכְּסִין לִבְהֵמָה דְּמַיְיתֵי לְקַמָּן נָמֵי פְּלִיגָא אַדְּרַב כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס:
C'est qu'il l'entendit conclure, etc. : bien que nous tenions que la halakha est comme Rav en matière d'interdits, c'est face à Chmouel seul ; mais ici Rabbi Yo'hanan, dont nous suivons l'avis face à Rav, se tient avec Chmouel. La baraita de l'oukaf va aussi dans le sens de Chmouel, d'après la réponse 'ici pour le réchauffer, là pour le rafraîchir', et la michna 'on n'oint pas et on n'étrille pas l'animal', citée plus loin, contredit aussi Rav, comme l'explique le Kountres (Rachi).
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל וְהוּא שֶׁקְּשׁוּרָה בּוֹ מֵעֶרֶב שַׁבָּת תַּנְיָא נָמֵי הָכִי חֲמוֹר יוֹצֵא בַּמַּרְדַּעַת בִּזְמַן שֶׁקְּשׁוּרָה בּוֹ מע"ש וְלֹא בְּאֻוכָּף אע"פ שֶׁקְּשׁוּרָה בּוֹ מע"ש. בָּעֵי מִינֵּיהּ רַב נָתָן מַר' חַיָּיא בַּר אַשִּׁי מַהוּ לִיתֵּן הַמַּרְדַּעַת עַל גַּבֵּי הַחֲמוֹר בְּשַׁבָּת אֲמַר לֵיהּ מֻותָּר וְכֵן הִלְכְתָא. תָּנוּ רַבָּנַן אֻוכָּף שֶׁעַל גַּבֵּי הַחֲמוֹר לֹא יִטְּלֶנּוּ בְּיָדוֹ אֲבָל מוֹלִיכָהּ וּמְבִיאָהּ בֶּחָצֵר וְהוּא נוֹפֵל מֵאֵלָיו. אָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב תּוֹלִין טְרַסְקָל לִבְהֵמָה בְּשַׁבָּת וּשְׁמוּאֵל אָמַר מַרְדַּעַת מֻותָּר וּטְרַסְקָל אָסוּר כִּי סָלֵיק רַבִּי זֵירָא אַשְׁכְּחֵיהּ לְרַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת דְּיָתֵיב וְקָאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן נוֹתְנִין מַרְדַּעַת עַל גַּבֵּי תִּמּוּר בְּשַׁבָּת א"ל יָשָׁר וְכֵן תַּרְגְּמָא אַרְיוֹךְ בְּבָבֶל אַרְיוֹךְ מַנּוּ שְׁמוּאֵל וְהָא רַב נָמֵי אַמְרַהּ אֶלָּא שָׁמְעִינַן דְּקָמְסַיֵּים בָּהּ אֵין תּוֹלִין טְרַסְקָל לִבְהֵמָה בְּשַׁבָּת א"ל יָשָׁר וְכֵן תַּרְגְּמָא אַרְיוֹךְ בְּבָבֶל דְּאִי רַב בִּטְרַסְקָל נָמֵי שָׁרִי. וְהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל ואע"ג דקי"ל כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי שָׁאנֵי הָכָא דְּר' יוֹחָנָן קָאֵי כְּוָותֵיהּ וקי"ל הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ לְגַבֵּי דְּרַב וְתוּ הָא מוֹתְבִינַן תַּרְתֵּי תְּיוּבְתָּא לְרַב וּשְׁמוּאֵל וְאִיפְּרִיקוּ אַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל וְלָא אִיפְּרִיקוּ אַלִּיבָּא דְּרַב הַהִיא דְּאֻוכָּף לְמַאי דִּמְשַׁנֵּי רַב פָּפָּא כָּאן לְחַמְּמָהּֽ כָּאן לְצַנְּנָהּ וְהַהִיא דְּאֵין סָכִין וּמְפַרְכְּסִין לִבְהֵמָה. וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דְּהָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא קְשׁוּרָה לוֹ מע"ש מִשּׁוּם דְּאָסוּר לִקְשֹׁור מַרְדַּעַת בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם דְּמִשְׁתַּמֵּשׁ בְּבַעֲלֵי חַיִּים. דְּגָרְסִי' הָתָם הֲלָכָה א שְׁמוּאֵל אָמַר בִּקְשׁוּרָה בּוֹ מע"ש. חַנּוּן מִגֻּופְּתֵּיהּ אֲמַר קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי לֹא נְהִיג כֵּן א"ל נְהִיג רַב בִּטְרַסְקָלִין. פִּי' וַדַּאי בְּדָבָר זֶה הָיָה מֵקֵיל רַב שֶׁהָיָה מַתִּיר לָתֵת טְרַסְקָל בְּפִיהָ בְּשַׁבָּת אֲבָל לֹא לִקְשֹׁור מַרְדַּעַת בְּשַׁבָּת הֲתִיב רַב אַחָא קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא וְהָתַנְיָא חֶבֶל שֶׁהוּא קָשׁוּר לְפָרָה קוֹשְׁרִין אוֹתוֹ לָאֵבוּס. לָאֵבוּס קוֹשְׁרִין אוֹתוֹ לְפָרָה. נִיחָא לְפָרָה קוֹשְׁרִין אוֹתוֹ לָאֵבוּס. לָאֵבוּס קוֹשְׁרִין אוֹתוֹ לְפָרָה וְלֹא נִמְצָא מִשְׁתַּמֵּשׁ עַל צִדְדֵי בְּהֵמָה בְּשַׁבָּת פֵּירוּשׁ ואע"פ שֶׁמִּשְׁתַּמֵּשׁ עַל צִדְדֵי בְּהֵמָה בְּשַׁבָּת שָׁרִי פֵּירוּשׁ לְצָרְכֵי בְּהֵמָה וְקָשֶׁה לִשְׁמוּאֵל דְּאוֹסֵר לִקְשֹׁור מַרְדַּעַת בַּחֲמוֹר בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם שֶׁמִּשְׁתַּמֵּשׁ בְּבַעֲלֵי חַיִּים א"ר בָּא תִּפָּתֵר בְּקֶשֶׁר שֶׁאֵינוֹ שֶׁל קַיְימָא פֵּירוּשׁ וְלָא חֲשִׁיב כְּמִשְׁתַּמֵּשׁ בְּבַעֲלֵי חַיִּים כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ שֶׁל קַיְימָא. אָמַר רַבִּי יוֹסִי שַׁנְייָא הִיא צִדֵּי בְּהֵמָה בֵּין קֶשֶׁר שֶׁל קְיָימָא וּבֵין קֶשֶׁר שֶׁאֵינוֹ שֶׁל קַיָּימָא כְּלוֹמַר אֵין חִילּוּק בֵּינַייְהוּ דִּלְעוֹלָם הוּא מִשְׁתַּמֵּשׁ בְּצִדְדֵי בְּהֵמָה. א"ר שֶׁמְּלַאי תִּפָּתֵר כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר דְּתַנְיָא ר' שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אָמַר מֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ עַל צִדְדֵי אִילָן בְּשַׁבָּת. הוּא צִדְדֵי בְּהֵמָה הוּא צִדְדֵי אִילָן. אֲבָל כְּשֶׁנּוֹתֵן מַרְדַּעַת עַל גַּבֵּי הַחֲמוֹר בְּלֹא קְשִׁירָה אֵין צָרִיךְ לְהִתְקָרֵב אֵצֶל הַחֲמוֹר וְאֵין נִשְׁעָן עָלָיו וְאֵין כָּאן מִשְׁתַּמֵּשׁ בְּבַעֲלֵי חַיִּים. וְצָרִיךְ לִיזָּהֵר כְּשֶׁנּוֹתֵן הָרֶסֶן בְּרֹאשׁ הַבְּהֵמָה שֶׁלֹּא יִשָּׁעֵן עַל רֹאשָׁהּ. וּמִכָּאן יֵשׁ לְדַקְדֵּק הָא דְּאֵין נוֹתְנִין נֵר עַל גַּבֵּי דֶּקֶל ביו"ט לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף מה.) לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיְּהֵא נִקְרָא מִשְׁתַּמֵּשׁ בִּמְחֻובָּר אִם נוֹטְלוֹ מִשָּׁם אֶלָּא גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יַעֲלֶה בָּאִילָן כְּדֵי לִיטְלוֹ דְּלָא אָמְרוּ חֲכָמִים אֶלָּא אֵין עוֹלִין עַל גַּבֵּי בְּהֵמָה וְאֵין עוֹלִין עַל גַּבֵּי אִילָן ביו"ט:
Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : et cela à condition qu'elle lui soit attachée depuis la veille du Chabbat. On a aussi enseigné ainsi : l'âne sort avec la mardaat quand elle lui est attachée depuis la veille du Chabbat, mais pas avec l'oukaf, même s'il lui est attaché depuis la veille du Chabbat. Rav Natan demanda à Rabbi Hiya bar Achi : qu'en est-il de poser la mardaat sur l'âne le Chabbat ? Il lui répondit : c'est permis ; et telle est la halakha. Nos maîtres ont enseigné : l'oukaf qui est sur l'âne, on ne le retirera pas à la main, mais on fait aller et venir (l'animal) dans la cour et il tombe de lui-même. Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : on suspend le tarsekal à l'animal le Chabbat ; et Chmouel a dit : la mardaat est permise et le tarsekal interdit. Quand Rabbi Zeira monta, il trouva Rabbi Binyamin bar Yefet assis, qui disait au nom de Rabbi Yo'hanan : on pose la mardaat sur l'âne le Chabbat. Il lui dit : bravo, et c'est ainsi qu'Aryokh l'a expliqué à Babel. Aryokh, qui est-ce ? Chmouel. Mais Rav aussi l'a dit ! C'est plutôt que nous comprenons qu'il concluait : on ne suspend pas le tarsekal à l'animal le Chabbat. Il lui dit : bravo, et c'est ainsi qu'Aryokh l'a expliqué à Babel ; car Rav, lui, permet aussi le tarsekal. La halakha est comme Chmouel. Et bien que nous tenions comme Rav en matière d'interdits, ici c'est différent, car Rabbi Yo'hanan se tient avec lui (Chmouel), et nous tenons que la halakha est comme lui face à Rav. De plus, nous avons soulevé deux objections contre Rav et Chmouel : elles ont été résolues selon Chmouel et non selon Rav : celle de l'oukaf, d'après la réponse de Rav Pappa 'ici pour le réchauffer, là pour le rafraîchir', et celle de 'on n'oint pas et on n'étrille pas l'animal'. Et du Yerouchalmi il ressort que ce que Chmouel a dit, 'pourvu qu'elle lui soit attachée depuis la veille du Chabbat', c'est parce qu'il est interdit d'attacher la mardaat le Chabbat, car on se sert d'un animal vivant. Nous y lisons en effet (halakha 1) : Chmouel a dit : quand elle lui est attachée depuis la veille du Chabbat. Hanoun de Megoufta dit devant Chmouel : Rav Hiya bar Achi n'agit pas ainsi. Il lui répondit : Rav agit (avec indulgence) pour les tarsekalin. Explication : certes, sur ce point Rav était indulgent, puisqu'il permettait de mettre le tarsekal dans la bouche (de l'animal) le Chabbat, mais pas d'attacher la mardaat le Chabbat. Rav Aha objecta devant Rav Pappa : n'a-t-on pas enseigné : une corde attachée à la vache, on l'attache à l'auge ; (une corde attachée) à l'auge, on l'attache à la vache ? Soit, attachée à la vache, on l'attache à l'auge ; mais attachée à l'auge, on l'attache à la vache, et l'on ne se trouve pas se servir des côtés de l'animal le Chabbat ? Explication : bien que l'on se serve des côtés de l'animal le Chabbat, c'est permis, (car c'est) pour les besoins de l'animal ; et c'est une difficulté pour Chmouel, qui interdit d'attacher la mardaat sur l'âne le Chabbat parce qu'on se sert d'un animal vivant. Rabbi Ba dit : on l'explique d'un nœud non durable. Explication : cela n'est pas considéré comme se servir d'un animal vivant, puisque (le nœud) n'est pas durable. Rabbi Yossi dit : les côtés de l'animal, c'est différent, qu'il s'agisse d'un nœud durable ou non durable ; c'est-à-dire qu'il n'y a pas de différence entre eux, car de toute façon on se sert des côtés de l'animal. Rabbi Simlai dit : on l'explique selon Rabbi Chimon ben Elazar, car on a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : il est permis de se servir des côtés d'un arbre le Chabbat ; les côtés de l'animal sont comme les côtés de l'arbre. Mais quand on pose la mardaat sur l'âne sans l'attacher, on n'a pas besoin de s'approcher de l'âne ni de s'appuyer sur lui, et il n'y a pas là de fait de se servir d'un animal vivant. Il faut veiller, quand on met le resen (mors) sur la tête de l'animal, à ne pas s'appuyer sur sa tête. Et de là on peut déduire que (la règle) 'on ne pose pas de lampe sur un palmier le jour de fête' (plus haut, Chabbat 45a) n'est pas due au fait qu'on serait appelé se servir de ce qui est attaché au sol si on l'en retire, mais qu'on a décrété de peur qu'il ne monte sur l'arbre pour la prendre ; car les Sages n'ont dit que : on ne monte pas sur un animal et on ne monte pas sur un arbre le jour de fête.
💡 Explication

La guemara s'étonne : pourquoi attribuer l'opinion à Chmouel, alors que Rav permet aussi la mardaat (à fortiori) ? Réponse : Rabbi Binyamin avait ajouté que le tarsekal est interdit. C'est ce détail qui correspond à Chmouel seul.

Conséquence halakhique (Tossefot, Roch) : bien que l'on suive d'ordinaire Rav en matière d'issourim (interdits) face à Chmouel, ici Rabbi Yo'hanan soutient Chmouel, et l'on suit Rabbi Yo'hanan face à Rav. La halakha est donc : mardaat permise, tarsekal interdit. Le Roch ajoute, d'après le Yerouchalmi, que la condition de Chmouel vient de l'interdit de se servir d'un animal vivant (michtamech be-baalei 'hayim) en l'attachant le Chabbat.

10
דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת מַרְדַּעַת מֻותָּר, מַאי שְׁנָא מֵאֻוכָּף? — שָׁאנֵי הָתָם דְּאֶפְשָׁר דְּנָפֵיל מִמֵּילָא.

En tout cas, pour tous, la mardaat est permise : en quoi est-ce différent de l'oukaf ? Là-bas c'est différent, car il est possible qu'il tombe de lui-même.

📜 Rachi (2)
מַאי שְׁנָא מֵאֻוכָּף שֶׁאָסוּר לִיטֹּול וכ"ש לְהַנִּיחוֹ:
En quoi est-ce différent de l'oukaf : qu'il est interdit de retirer, et à plus forte raison de poser.
דְּנָפֵיל מִמֵּילָא כִּדְקָתָנֵי מוֹלִיכוֹ וּמְבִיאוֹ לֶחָצֵר וְהוּא נוֹפֵל מֵאֵלָיו:
Qu'il tombe de lui-même : comme on l'enseigne : on le fait aller et venir dans la cour et il tombe de lui-même.
💡 Explication

Retour à la question restée sans réponse (segment 3). Rav et Chmouel s'accordent sur la mardaat ; pourquoi alors ne pas retirer l'oukaf à la main pour soulager l'animal ? Première réponse : pour l'oukaf il existe un moyen sans tiltoul (déplacement à la main) : faire marcher l'animal jusqu'à ce que le bat tombe. Pour la mardaat, un tel moyen n'existe pas.

11
רַב פָּפָּא אָמַר: כָּאן לְחַמְּמָהּ, כָּאן לְצַנְּנָהּ. לְחַמְּמָהּ, אִית לָהּ צַעֲרָא. לְצַנְּנָהּ, לֵית לָהּ צַעֲרָא. וְהַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: חֲמָרָא אֲפִילּוּ בִּתְקוּפַת תַּמּוּז קָרִיר לַהּ.

Rav Pappa a dit : ici (la mardaat), c'est pour le réchauffer ; là (l'oukaf), c'est pour le rafraîchir. Pour le réchauffer, il a une souffrance ; pour le rafraîchir, il n'a pas de souffrance.

Et c'est ce que disent les gens : l'âne, même dans la saison de Tamouz, a froid.

📜 Rachi (1)
כָּאן לְחַמְּמָהּ מַרְדַּעַת צָרִיךְ לְחַמְּמָהּ וּמֻותָּר מִשּׁוּם צַעַר דְּצִינָּה אֲבָל נְטִילַת אֻוכָּף אֵינוֹ אֶלָּא שֶׁיִּצְטַנֵּן שֶׁנִּתְחַמְּמָה ע"י מַשּׂאוֹי שֶׁנְּשָׂאָהּ מִבְּעוֹד יוֹם וְאִי לָא שָׁקֵיל לֵיהּ לֹא אִיכְפַּת לָן שֶׁהֲרֵי הוּא יִצְטַנֵּן מֵאֵלָיו דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי וְכוּ':
Ici pour le réchauffer : la mardaat sert à le réchauffer et c'est permis à cause de la souffrance du froid ; mais retirer l'oukaf ne sert qu'à ce qu'il se rafraîchisse, car il s'est échauffé par le fardeau qu'il a porté pendant qu'il faisait encore jour ; et si on ne le retire pas, peu nous importe, car il se rafraîchira de lui-même, comme disent les gens, etc.
💡 Explication

Seconde réponse, de Rav Pappa : la différence tient au tsaar. La mardaat protège du froid, souffrance réelle pour l'âne. Retirer l'oukaf servirait à le rafraîchir après l'effort de la veille ; or l'âne ne souffre pas de la chaleur, il refroidit seul. Le dicton populaire l'illustre : l'âne a froid même en Tamouz, au cœur de l'été.

12
מֵיתִיבִי: לֹא יֵצֵא הַסּוּס בִּזְנַב שׁוּעָל, וְלֹא בַּזַּהֲרוּרִית שֶׁבֵּין עֵינָיו. לֹא יֵצֵא הַזָּב בַּכִּיס שֶׁלּוֹ, וְלֹא עִזִּים בַּכִּיס שֶׁבְּדַדֵּיהֶן, וְלֹא פָּרָה בַּחִסּוּם שֶׁבְּפִיהָ, וְלֹא סְיָיחִים בַּטְּרַסְקָלִין שֶׁבְּפִיהֶם לִרְשׁוּת הָרַבִּים, וְלֹא בְּהֵמָה בַּסַּנְדָּל שֶׁבְּרַגְלֶיהָ, וְלֹא בַּקָּמֵיעַ אַף עַל פִּי שֶׁהוּא מֻומְחֶה — וְזֶה חֹומֶר בַּבְּהֵמָה מִבָּאָדָם.

On objecta : le cheval ne sortira pas avec une queue de renard, ni avec le fil rouge (zehorit) entre ses yeux. Le zav ne sortira pas avec sa poche, ni les chèvres avec la poche qui est sur leurs mamelles, ni la vache avec la muselière qui est sur sa bouche, ni les poulains avec les tarsekalin qui sont à leur bouche, dans le domaine public ; ni l'animal avec la sandale qui est à ses pieds, ni avec une amulette, même si elle est éprouvée.

Et c'est là une rigueur pour l'animal plus que pour l'homme.

📜 Rachi (9)
בִּזְנַב שׁוּעָל שֶׁתּוֹלִין לוֹ בֵּין עֵינָיו שֶׁלֹּא יִשְׁלֹוט בּוֹ עַיִן:
Avec une queue de renard : qu'on lui suspend entre les yeux, pour que le mauvais œil n'ait pas prise sur lui.
זַהֲרוּרִית לְנוֹי:
Zehorit : pour l'ornement.
בַּכִּיס שֶׁלּוֹ שֶׁתּוֹלִין לוֹ בְּאַמָּתוֹ לְקַבֵּל זוֹב וְלִבְדֹּוק מִנְיַן רְאָיוֹתָיו שֶׁאֵינוֹ תַּכְשִׁיט לוֹ:
Avec sa poche : qu'on lui suspend au membre pour recueillir l'écoulement et vérifier le nombre de ses écoulements ; ce n'est pas une parure pour lui.
בַּכִּיס שֶׁבְּדַדֵּיהֶן לְקַבֵּל חָלָב הַנּוֹטֵף אִי נָמֵי שֶׁלֹּא יִשְׂרְטוּ דַּדֵּיהֶן עַל הַקּוֹצִים שֶׁהָיוּ דַּדֵּיהֶן גַּסִּין:
Avec la poche qui est sur leurs mamelles : pour recueillir le lait qui coule, ou bien pour que leurs mamelles ne s'égratignent pas aux épines, car leurs mamelles étaient grosses.
בַּחֲסוֹם שֶׁבְּפִיהָ שֶׁחוֹסְמִין אוֹתָהּ שֶׁלֹּא תִּרְעֶה בַּשָּׂדוֹת אֲחֵרִים וּכְשֶׁמַּגִּיעִין לִמְקוֹם מַרְעִיתָם נוֹטְלִין אוֹתָהּ הֵימֶנָּה:
Avec la muselière qui est sur sa bouche : on la musèle pour qu'elle ne paisse pas dans les champs d'autrui, et quand on arrive à leur pâturage, on la lui retire.
בְּסַנְדָּל שֶׁבְּרַגְלֶיהָ שֶׁעוֹשִׂין לָהּ סַנְדָּל שֶׁל מַתֶּכֶת שֶׁלֹּא יַזִּיקוּהָ הָאֲבָנִים:
Avec la sandale qui est à ses pieds : on lui fait une sandale de métal pour que les pierres ne la blessent pas.
קָמֵיעַ כְּתָב לִרְפוּאַת חֹולִי:
Amulette : un écrit pour la guérison d'une maladie.
מֻומְחֶה שֶׁרִיפֵּא כְּבָר ג' פְּעָמִים:
Éprouvée : qui a déjà guéri trois fois.
וְזֶה חֹומֶר בַּבְּהֵמָה מִבָּאָדָם קס"ד הַשְׁתָּא דְּאַקָּמֵיעַ קָאֵי דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה יוֹצְאָהּ (שַׁבָּת ד' סא.) שֶׁהָאָדָם יוֹצֵא בְּקָמֵיעַ מֻומְחֶה וְכָל הָנֵי דְּקָתָנֵי לֹא תֵּצֵא הָנָךְ דְּלָאו שְׁמִירַת גּוּפָהּ הוּא אֶלָּא מַשּׂאוֹי וְסַנְדָּל מִשּׁוּם דְּדִילְמָא מִישְׁתְּלִיף וְאָתֵי לַאֲתוּיֵי:
Et c'est là une rigueur pour l'animal plus que pour l'homme : on pense pour l'instant que cela se rapporte à l'amulette, car nous disons plus loin au chapitre Bameh isha yotsa (Chabbat 61a) que l'homme sort avec une amulette éprouvée. Et tous ceux dont on enseigne qu'ils ne sortiront pas : ceux-là ne sont pas la garde de son corps, mais un fardeau ; et la sandale, de peur qu'elle ne glisse et qu'il en vienne à la ramasser.
💡 Explication

Une baraita (Tosefta) est citée contre Chmouel. Elle énumère ce avec quoi l'animal ne sort pas dans le domaine public : objets de protection contre le mauvais œil, ornements, poches, muselières, tarsekalin des poulains, sandales, amulettes. Ce qui ne protège pas le corps de l'animal est un masa (fardeau) ; la sandale est interdite de peur qu'elle ne tombe. L'amulette éprouvée, permise à l'homme, est interdite à l'animal.

Le point décisif pour la question est le tarsekal des poulains, repris au segment 13.

13
אֲבָל יוֹצֵא הוּא בָּאֶגֶד שֶׁעַל גַּבֵּי הַמַּכָּה, וּבַקְּשִׁישִׁין שֶׁעַל גַּבֵּי הַשֶּׁבֶר, וּבְשֶׁיַּלַּיָּא הַמְדֻולְדֶּלֶת בָּהּ, וּפוֹקְקִין לָהּ זוּג בְּצַוָּארָהּ, וּמְטַיֶּילֶת עִמּוֹ בֶּחָצֵר.

Mais il sort avec le bandage qui est sur une plaie, avec les attelles qui sont sur une fracture, et avec le placenta qui pend de lui ; on bouche la clochette à son cou, et il se promène avec elle dans la cour.

📜 Rachi (7)
אֶגֶד שֶׁעַל גַּבֵּי הַמַּכָּה לֵיכָּא לְמֵימַר אָתֵי לַאֲתוּיֵי:
Le bandage qui est sur la plaie : on ne peut pas dire qu'il en viendra à le ramasser.
קַשִּׁישִׁין שֶׁעַל הַשֶּׁבֶר בְּהֵמָה שֶׁנִּשְׁבַּר בָּהּ עֶצֶם עוֹשִׂין לָהּ דַּפִּין מִכָּאן וּמִכָּאן וְקוֹשְׁרִים אוֹתָן שָׁם וְהֵן מַעֲמִידִין הָעֶצֶם שֶׁלֹּא יָנוּד אָנֶה וָאָנָה עַד שֶׁמִּתְחַבֵּר:
Les attelles qui sont sur la fracture : à l'animal dont un os s'est brisé, on fait des planchettes de part et d'autre et on les attache là ; elles maintiennent l'os pour qu'il ne bouge pas de-ci de-là, jusqu'à ce qu'il se ressoude.
וּבֻשְׁלַיָּא הַמְדֻולְדֶּלֶת בָּהּ שֶׁיָּצְתָה מִקְצָתָהּ:
Et avec le placenta qui pend de lui : dont une partie est sortie.
וּפוֹקְקִין לָהּ זוּג אֲבָל כְּשֶׁאֵינוֹ פָּקוּק אַפֵּי' בֶּחָצֵר לֹא תֵּצֵא מִפְּנֵי שֶׁהָעִינְבָּל שֶׁבְּתוֹכָהּ מְקַשְׁקֵשׁ וּמוֹלִיד קוֹל לְכָךְ פּוֹקֵק בְּצֶמֶר אוֹ בְּמוֹכִין שֶׁלֹּא יְקַשְׁקֵשׁ הָעִינְבָּל שֶׁבְּתוֹכָהּ:
Et on lui bouche la clochette : mais quand elle n'est pas bouchée, il ne sort pas avec même dans la cour, car le battant qui est dedans tinte et produit un son ; c'est pourquoi on la bouche avec de la laine ou des fibres pour que le battant à l'intérieur ne tinte pas.
זוּג אישקלי"ט:
Zoug (clochette) : eschelete (en vieux français).
עִינְבָּל בטדי"ל:
Inbal (battant) : batel (en vieux français).
וּמְטַיֶּילֶת בְּאוֹתוֹ זוּג בְּחָצֵר אֲבָל לֹא תֵּצֵא בּוֹ לרה"ר כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן בְּפִרְקִין (שַׁבָּת דַּף נד:) דְּמִיחֲזֵי כְּמַאן דְּאָזֵיל לְחִינְגָּא:
Et il se promène : avec cette clochette dans la cour, mais il ne sort pas avec dans le domaine public, comme on l'explique plus loin dans notre chapitre (Chabbat 54b), car on a l'air de quelqu'un qui va au marché.
💡 Explication

Fin de la baraita : ce qui soigne l'animal (bandage, attelles) est permis, car il n'y a pas de crainte qu'on le retire et le porte. La clochette (zoug) est permise dans la cour si son battant (inbal) est bouche, pour éviter le son le Chabbat ; dans le domaine public elle reste interdite.

14
קָתָנֵי מִיהַת: וְלֹא סְייָחִין בִּטְרַסְקָלִים שֶׁבְּפִיהֶם לִרְשׁוּת הָרַבִּים. לִרְשׁוּת הָרַבִּים הוּא דְּלָא, הָא בְּחָצֵר — שַׁפִּיר דָּמֵי. מַאי לַָאו, בִּגְדוֹלִים וּמִשּׁוּם תַּעֲנוּג?!

En tout cas, il enseigne : ni les poulains avec les tarsekalin qui sont à leur bouche, dans le domaine public. Dans le domaine public, non ; mais dans la cour, c'est permis.

N'est-ce pas (qu'il s'agit) des grands (poulains), et (qu'on le fait) pour le confort ?!

📜 Rachi (1)
מַאי לַָאו בִּסְייָחִים גְּדוֹלִים קָאָמַר דְּצַוָּארָן אָרֹוךְ וְאֵין לָהֶם צַעַר לָשׂוּחַ וְלֶאֱכֹול מע"ג הַקַּרְקַע וְתוֹלֶה לָהֶן טְרַסְקָל לְתַעֲנוּג וְקַשְׁיָא לִשְׁמוּאֵל:
N'est-ce pas : il parle de grands poulains, dont le cou est long et qui n'ont pas de souffrance à se baisser et manger au sol ; on leur suspend le tarsekal pour le confort. C'est une difficulté pour Chmouel.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי לַָאו בִּגְדוֹלִים וּמִשּׁוּם תַּעֲנוּג וא"ת וּמַאי קֻושְׁיָא דִּילְמָא הָכָא מַייְרֵי בִּטְרַסְקָל שֶׁנִּתְלָה מע"ש אֲבָל לִתְלוֹת בְּשַׁבָּת אַפֵּי' בְּחָצֵר אָסוּר וְתֵירֵץ דְּדִייֵּק מִדִּנְקַט רה"ר גַּבֵּי טְרַסְקָל טְפֵי מִשְּׁאָר דְּכוּלְּהוּ נָמֵי ברה"ר אַיְירֵי אֶלָּא נְקַט רה"ר דִּבְחָצֵר מֻותָּר בְּכָל עִנְיָן:
N'est-ce pas des grands, et pour le confort : et si tu demandes : quelle est la difficulté ? Peut-être s'agit-il ici d'un tarsekal suspendu depuis la veille du Chabbat, mais le suspendre le Chabbat, même dans la cour, est interdit. On répond qu'on le déduit du fait qu'il a mentionné 'le domaine public' à propos du tarsekal plus que pour les autres cas ; car tous les autres aussi parlent du domaine public ; il a donc mentionné le domaine public (pour indiquer) que dans la cour c'est permis dans tous les cas.
💡 Explication

L'objection se précise : la baraita ne mentionne explicitement le domaine public que pour le tarsekal ; on en déduit que dans la cour c'est permis. Si l'on parle de grands poulains, qui peuvent manger au sol sans peine, le tarsekal est un pur taanoug, ce qui contredit Chmouel.

15
לֹא, בִּקְטַנִּים וּמִשּׁוּם צַעַר: דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי

Non : (il s'agit) des petits, et à cause de la souffrance. C'est aussi précis (dans le texte), car il enseigne...

📜 Rachi (1)
קְטַנִּים אַרְכוּבוֹתֵיהֶן גְּבוֹהִין וְצַוָּארָן קָטָן וְיֵשׁ לָהֶם צַעַר לָשׂוּחַ ע"ג הַקַּרְקַע וְלֶאֱכֹול:
Petits : leurs genoux sont hauts et leur cou est court, et ils ont de la peine à se baisser jusqu'au sol pour manger.
💡 Explication

Réponse : la baraita parle de petits poulains, aux pattes longues et au cou court : manger au sol leur cause un tsaar. Le tarsekal est alors comparable à la mardaat, et Chmouel peut le permettre dans la cour. La preuve textuelle (diouk) se poursuit en 53b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).