Sougya : Le daf achève la discussion sur la souffrance (tsaar) de l'animal le Chabbat. Une baraita interdit de mettre dans l'eau un animal pris de sang ; Oula l'explique par une gezera contre les soins, de peur qu'on en vienne à broyer des remèdes, et la guemara distingue l'homme, qui semble simplement se rafraîchir.
Rav Nahman bar Yitshak montre que cette gezera est discutée par les Tannaim, et Rava tranche comme Rabbi Ochaya, qui permet de faire courir l'animal malade. Viennent ensuite la poche sur les mamelles des chèvres (Rav Yehouda, Rav Yossef), des récits sur les miracles et la subsistance, puis l'explication du mot levouvin de la michna selon Rav Houna, Oula et Rav Nahman bar Yitshak.
(Il s'agit d'une amulette) semblable à une amulette (de guérison). On en conclut (que c'est bien cela).
Fin de la discussion de 53a : l'objet dont parle la baraita est porté, comme une kamea (amulette), pour guérir l'animal. On le compare donc à un soin.
Le Maître a dit : ni (l'animal ne sortira) avec une amulette, même si elle est éprouvée. Or nous avons appris (dans une michna) : ni avec une amulette qui n'est pas éprouvée.
(On en déduit que) si elle est éprouvée, c'est permis ! Ici aussi, (il s'agit d'une amulette) qui n'est pas éprouvée.
Une amulette moumhe (éprouvée, qui a guéri trois fois) est considérée comme un ornement ou un vêtement, et l'homme peut sortir avec le Chabbat. La guemara s'étonne que la baraita l'interdise à l'animal même lorsqu'elle est éprouvée.
Mais il enseigne : même si elle est éprouvée ! (Il s'agit d'une amulette) éprouvée pour l'homme et non éprouvée pour l'animal.
Existe-t-il (une amulette) éprouvée pour l'homme et qui ne le soit pas pour l'animal ? Oui : l'homme, qui a un mazal, (son mazal) l'aide ; l'animal, qui n'a pas de mazal, (rien) ne l'aide.
Le mazal est ici, selon Rachi, l'ange attaché à chaque personne, qui intercède pour elle. L'efficacité de l'amulette passe par lui ; l'animal n'en a pas, et une amulette éprouvée pour l'homme ne l'est donc pas pour lui.
S'il en est ainsi, que signifie : ceci est une rigueur (qui s'applique) à l'animal plus qu'à l'homme ? Crois-tu que cela porte sur l'amulette ?
Cela porte sur la sandale.
Si la règle est identique pour l'homme et l'animal (chacun avec une amulette éprouvée pour lui), la formule zeh homer (rigueur propre à l'animal) n'a plus de sens. Réponse : elle vise la sandale, permise à l'homme et interdite à l'animal.
Viens et entends : on enduit (d'huile) et on gratte (les croûtes) pour l'homme, mais on n'enduit pas et on ne gratte pas pour l'animal. N'est-ce pas (le cas) où il y a une plaie, et à cause de la souffrance ?
Non : (le cas) où la plaie est guérie, et pour le bien-être.
La guemara cherche à prouver que la souffrance (tsaar) de l'animal ne justifie pas un geste le Chabbat. La baraita est réinterprétée : elle parle d'une plaie déjà guérie, où l'onction ne sert qu'au bien-être (taanoug). Rachi note que Rav, qui permettait le tarsekal pour le taanoug, reste en difficulté ; on répond que Rav tana hou oufalig : Rav a statut de Tanna et peut contester une baraita.
Viens et entends : un animal pris de sang, on ne le met pas debout dans l'eau pour qu'il se rafraîchisse ; un homme pris de sang, on le met debout dans l'eau pour qu'il se rafraîchisse. Oula a dit : (c'est) une gezera, à cause du broyage des remèdes.
Chehikat samemanin : broyer des plantes pour préparer un remède relève de la melakha de tohen (moudre), interdite par la Torah. Les Sages ont donc interdit, par une gezera, les soins en général le Chabbat. Selon Oula, l'animal congestionné n'est pas mis dans l'eau pour cette raison, sans lien avec la question du tsaar.
S'il en est ainsi, l'homme aussi (devrait être interdit) ! L'homme semble (seulement) se rafraîchir.
Un homme qui entre dans l'eau peut le faire pour le simple plaisir de la fraîcheur : l'observateur n'y voit pas un soin, et la gezera ne s'applique pas.
S'il en est ainsi, l'animal aussi semble se rafraîchir ! On ne rafraîchit pas un animal.
Pour l'animal, la mise dans l'eau n'a pas d'autre motif habituel que le soin : l'acte est donc reconnaissable comme refoua, et la gezera s'applique.
Et pour l'animal, décrétons-nous ? N'a-t-on pas enseigné : s'il se trouvait hors du techoum, il l'appelle et il vient.
Et nous ne décrétons pas de peur qu'il en vienne à le ramener.
Le techoum est la limite de 2000 ammot au-delà de laquelle on ne se déplace pas le Chabbat. La baraita permet d'appeler l'animal sans craindre que le propriétaire sorte le chercher. On en déduit que, face à une perte, les Sages ne décrètent pas ; pourquoi décréter pour l'animal congestionné ?
Ravina a dit : (il s'agit du cas) où son techoum à elle était englobé dans le techoum à lui.
Un animal a le même techoum que son gardien (ke-ragle ha-roe). Ici, l'animal a dépassé son propre techoum, mais se trouve encore dans celui du propriétaire. Si celui-ci allait le chercher, il ne transgresserait pas son techoum : il n'y a donc pas lieu de décréter, et la preuve tombe.
Rav Nahman bar Yitshak a dit : le broyage des remèdes lui-même est (discuté par des) Tannaim. Car il a été enseigné : un animal qui a mangé des karchinin (vesces), on ne le fera pas courir dans la cour pour qu'il se relâche ; et Rabbi Ochaya permet.
Rava a enseigné : la halakha est comme Rabbi Ochaya.
Rav Nahman bar Yitshak ne résout pas les baraitot entre elles : il montre que la gezera sur les soins de l'animal fait l'objet d'une mahloket de Tannaim. Le Tanna kama interdit de faire courir l'animal constipé ; Rabbi Ochaya le permet. La halakha suit Rabbi Ochaya : on ne décrète pas sur les soins de l'animal (voir le Roch, segment 19).
Le Maître a dit : le zav ne sortira pas avec sa poche, ni les chèvres avec la poche qui est sur leurs mamelles. Mais il a été enseigné : les chèvres sortent avec la poche qui est sur leurs mamelles !
Le zav (homme atteint d'un écoulement impur) porte une poche pour recueillir l'écoulement. La baraita interdit aussi aux chèvres la kis (poche) sur les mamelles, alors qu'une autre baraita la permet.
Rav Yehouda a dit : il n'y a pas de difficulté. Celle-ci (traite du cas) où elle est serrée, celle-là (du cas) où elle n'est pas serrée.
La crainte habituelle est chema tipol veyavi : l'objet risque de tomber, et le propriétaire le porterait dans le domaine public. Une poche bien serrée ne tombe pas.
Rav Yossef a dit : as-tu fait disparaître les Tannaim du monde ? C'est (discuté par des) Tannaim, car nous avons appris : les chèvres sortent attachées ; Rabbi Yossi interdit tous ces cas, sauf les brebis kevounot.
Rabbi Yehouda dit : les chèvres sortent attachées pour sécher, mais non pour (garder) le lait.
Rav Yossef préfère attribuer les deux baraitot à des Tannaim différents de la michna : le Tanna kama (Rabbi Meir selon Rachi) permet, Rabbi Yossi interdit tout, sauf les brebis kevounot (couvertes d'un linge pour protéger la laine).
Et si tu veux, dis : l'une et l'autre (sont selon) Rabbi Yehouda, et il n'y a pas de difficulté : ici pour sécher, là pour (garder) le lait.
Deuxième réponse : les deux baraitot suivent Rabbi Yehouda. Pour livach (tarir le lait, afin que la chèvre conçoive) c'est permis ; pour lihalev (garder le lait) c'est interdit. Tossefot rapporte trois lectures de lihalev : Rachi (la poche recueille le lait : une charge), Rabbenou Porat (retenir le lait dans la mamelle), et le Ri (une poche lâche, qui risque de tomber).
Il a été enseigné : Rabbi Yehouda a dit : il arriva que des chèvres d'Antioche avaient de grosses mamelles, et on leur fit des poches pour que leurs mamelles ne soient pas griffées.
Ce récit donne un exemple concret de la poche : elle protège la mamelle, et non le lait. Le Ri (Tossefot, segment 14) s'appuie sur ce passage.
Les Sages ont enseigné : il arriva à un homme dont la femme mourut en lui laissant un fils à allaiter, et il n'avait pas de quoi payer le salaire d'une nourrice. Un miracle se produisit pour lui : il lui vint deux seins comme les deux seins d'une femme, et il allaita son fils.
Le mot dadim (mamelles) amène la guemara à rapporter une série de récits (aggada) sans lien halakhique avec le Chabbat.
Rav Yossef a dit : viens et vois combien cet homme était grand, pour qu'un tel miracle se produise pour lui ! Abaye lui dit : au contraire, combien cet homme était inférieur, pour que l'ordre de la Création ait été changé pour lui.
Mahloket d'appréciation : pour Rav Yossef, le miracle montre la valeur de l'homme ; pour Abaye, il fallut modifier la nature (chinoui sidrei Berechit) parce que cet homme n'avait pas le mérite d'une voie ordinaire, comme recevoir de quoi payer une nourrice. Le Ben Yehoyada explique les deux lectures et répond à deux objections : la manne (changement qui apporte un bien supérieur) et Mordekhai (miracle nécessaire au secret d'Esther).
Rav Yehouda a dit : viens et vois combien la subsistance de l'homme est difficile, puisque l'ordre de la Création a dû être changé pour lui. Rav Nahman a dit : sache-le, car des miracles se produisent, mais la nourriture n'a pas été créée (par miracle).
Rav Yehouda tire une leçon sur les mezonot (subsistance) : il fut plus simple de modifier le corps de cet homme que de lui procurer de l'argent. Rav Nahman l'appuie : on voit des miracles de sauvetage, mais pas de nourriture apparaissant dans une maison.
Les Sages ont enseigné : il arriva qu'un homme épousa une femme manchote, et il ne s'en aperçut pas jusqu'au jour de sa mort. Rav a dit : viens et vois combien cette femme était pudique, pour que son mari ne s'en soit pas aperçu.
Rabbi Hiya lui dit : c'est sa manière habituelle. Mais (dis plutôt) : combien cet homme était pudique, pour ne pas s'en être aperçu chez sa femme.
Rav attribue la discrétion à l'épouse ; Rabbi Hiya répond qu'une femme se couvre naturellement, et que le mérite revient au mari, qui ne cherchait pas à la regarder. Le Ben Yehoyada comprend que l'éloge initial portait sur la pudeur de la femme envers les autres.
Le Roch, placé ici, tranche la sougya du début du daf : on ne décrète pas sur les soins de l'animal, selon Rabbi Yochiya (Ochaya dans nos éditions), et la baraita de l'animal pris de sang n'est pas retenue.
Les béliers sortent levouvin. Que signifie levouvin ?
Rav Houna a dit : toutri (attachés par paires). D'où déduit-on que ce levouvin est un terme de rapprochement ?
Car il est écrit : Tu m'as attiré (libavtini), ma sœur, fiancée (Chir ha-Chirim 4,9).
Retour à la michna : les béliers (zekharim) sortent levouvin. Rav Houna l'explique par toutri : Rachi y voit des béliers attachés par paires, le Roch des étoffes brodées servant d'ornement. Le sens de rapprochement vient de libavtini.
Le Roch rapporte ensuite la halakha sur les chèvres attachées : selon sa version, on suit Rav (livach permis, lihalev interdit) ; selon celle de Rachi, Rabbi Yo'hanan permet dans les deux cas.
Oula a dit : un cuir qu'on leur attache devant le cœur, pour que les loups ne se jettent pas sur eux. Les loups se jettent sur les mâles, et sur les femelles ne se jettent-ils pas ?
(C'est) parce qu'ils marchent en tête du troupeau. Et les loups se jettent en tête du troupeau, et à la fin du troupeau ne se jettent-ils pas ?
Mais (c'est) parce qu'ils sont gras. Et parmi les femelles, n'y en a-t-il pas de grasses ?
Et de plus, savent-ils (distinguer) entre celles-ci et celles-là ? Mais (c'est) parce qu'ils lèvent le nez et marchent en regardant (de tous côtés).
Pour Oula, levouvin vient de lev (cœur) : une protection de cuir sur la poitrine, la où le loup attaque. La guemara cherche pourquoi seuls les béliers en portent et rejette deux raisons (position en tête, embonpoint) avant de retenir leur allure : nez levé, regard de côté, que le loup prend pour une provocation.
Rav Nahman bar Yitshak a dit : un cuir qu'on leur attache sous leur organe mâle, pour qu'ils ne montent pas sur les femelles. D'où (le sait-on) ?
De ce qu'il enseigne dans la suite : et les brebis sortent chehouzot. Que signifie chehouzot ?
Qu'on tient leur queue relevée pour que les mâles montent sur elles. Le début : pour qu'ils ne montent pas sur les femelles ; et la suite : pour que les mâles montent sur elles.
Pour Rav Nahman bar Yitshak, levouvin désigne un cuir qui empêche l'accouplement. Il le prouve par la structure de la michna : la suite (sefa) parle des brebis chehouzot, préparées pour l'accouplement ; le début (recha) traite donc du cas inverse. Tossefot explique le sens privatif du mot (comme techarech, déraciner).
D'où déduit-on que ce chehouzot est un terme de dévoilement ? Car il est écrit : et voici une femme à sa rencontre...
Le verset (Michle 7,10), qui se poursuit en 54a, décrit une femme en tenue de prostituée (chit zona) : le terme chehouzot est rapproché de l'idée de dévoilement.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).