Shabbat 53b — Soigner l'animal le Chabbat, la poche des chèvres et les levouvin

Shabbat 53b

Sougya : Le daf achève la discussion sur la souffrance (tsaar) de l'animal le Chabbat. Une baraita interdit de mettre dans l'eau un animal pris de sang ; Oula l'explique par une gezera contre les soins, de peur qu'on en vienne à broyer des remèdes, et la guemara distingue l'homme, qui semble simplement se rafraîchir.

Rav Nahman bar Yitshak montre que cette gezera est discutée par les Tannaim, et Rava tranche comme Rabbi Ochaya, qui permet de faire courir l'animal malade. Viennent ensuite la poche sur les mamelles des chèvres (Rav Yehouda, Rav Yossef), des récits sur les miracles et la subsistance, puis l'explication du mot levouvin de la michna selon Rav Houna, Oula et Rav Nahman bar Yitshak.

Soigner un animal le Chabbat : la gezera de chehikat samemaninBaraita : animal pris de sang (congestion)on ne le met pas dans l'eau ; un homme, ouiOula : gezera (décret) des Sagestout soin risque de mener à broyer des remèdes (toren)Homme : permisil semble se rafraîchir (nir'e kimeiker)personne n'y voit un soinAnimal : interditon ne rafraîchit pas un animal sans raisonchacun voit qu'il s'agit d'un soinRav Nahman bar Yitshak : la gezera elle-même est discutée (mahloket de Tannaim)animal ayant mangé des karchinin : Tanna kama interdit de le faire courir, R. Ochaya permetRava : halakha comme R. Ochaya. Le Roch : on ne décrète pas pour les soins de l'animal.
Soigner un animal le Chabbat : la gezera d'Oula, sa justification, puis la mahloket des Tannaim et la halakha selon R. Ochaya.
La poche (kis) sur les mamelles : deux baraitot contradictoiresBaraita Ales chèvres ne sortent pas avecBaraita Bles chèvres sortent avecRav Yehoudamême Tanna, deux cas :serrée : permispas serrée : interdit(peur qu'elle tombe)Rav Yossefdeux Tannaim de la michna :Tanna kama : permisR. Yossi : interdit(il interdit tout sauf kevounot)Ou bien : tout selon R. Yehoudapour sécher (livach) : permispour garder le lait (lihalev) :interditFait rapporté par R. Yehouda : à Antioche, poches pour que les grosses mamelles ne soient pas griffées.Roch : Rav tranche comme R. Yehouda (livach permis, lihalev interdit) ; version de Rachi : R. Yo'hanan comme le Tanna kama.
La poche sur les mamelles des chèvres : trois manières de concilier les deux baraitot.
Michna : les béliers sortent levouvin. Que signifie levouvin ?Rav Hounatoutri : attachésdeux par deuxlevouvin = rapprocher(libavtini, Chir 4,9)Oulacuir attachédevant le cœur (lev)contre les loups(le bélier lève le nez)Rav Nahman bar Yitshakcuir sous l'organe mâlepour qu'ils ne montentpas sur les femelles(preuve : chehouzot)Sefa de la michna : les brebis sortent chehouzotqueue relevée pour que les mâles les montent
Trois explications du mot levouvin dans la michna, et la preuve de Rav Nahman bar Yitshak tirée de la suite.
1
דֻּומְיָא דְּקָמֵיעַ. שְׁמַע מִינָּה.

(Il s'agit d'une amulette) semblable à une amulette (de guérison). On en conclut (que c'est bien cela).

📜 Rachi (1)
דֻּומְיָא דְּקָמֵיעַ מִשּׁוּם חֹולִי:
Semblable à une amulette : (qu'on pose) à cause d'une maladie.
💡 Explication

Fin de la discussion de 53a : l'objet dont parle la baraita est porté, comme une kamea (amulette), pour guérir l'animal. On le compare donc à un soin.

2
אָמַר מָר: וְלֹא בַּקָּמֵיעַ אַף עַל פִּי שֶׁהוּא מֻומְחֶה. וְהָא אֲנַן תְּנַן: וְלֹא בַּקָּמֵיעַ שֶׁאֵינוֹ מֻומְחֶה. הָא מֻומְחֶה — שַׁפִּיר דָּמֵי! הָכָא נָמֵי שֶׁאֵינוֹ מֻומְחֶה.

Le Maître a dit : ni (l'animal ne sortira) avec une amulette, même si elle est éprouvée. Or nous avons appris (dans une michna) : ni avec une amulette qui n'est pas éprouvée.

(On en déduit que) si elle est éprouvée, c'est permis ! Ici aussi, (il s'agit d'une amulette) qui n'est pas éprouvée.

📜 Rachi (2)
וְהָא אֲנַן תְּנַן גַּבֵּי אָדָם לְקַמָּן בְּפֶ' בַּמֶּה אִשָּׁה (שַׁבָּת דַּף ס.):
Or nous avons appris : à propos de l'homme, plus loin, dans le chapitre Bameh icha (Chabbat 60a).
הָא מֻומְחֶה שַׁפִּיר דָּמֵי מַאי שְׁנָא בְּהֵמָה מֵאָדָם:
Si elle est éprouvée, c'est permis : en quoi l'animal diffère-t-il de l'homme ?
💡 Explication

Une amulette moumhe (éprouvée, qui a guéri trois fois) est considérée comme un ornement ou un vêtement, et l'homme peut sortir avec le Chabbat. La guemara s'étonne que la baraita l'interdise à l'animal même lorsqu'elle est éprouvée.

3
וְהָא ״אַף עַל פִּי שֶׁהוּא מֻומְחֶה״ קָתָנֵי! מֻומְחֶה לְאָדָם וְאֵינוֹ מֻומְחֶה לִבְהֵמָה. וּמִי אִיכָּא מֻומְחֶה לְאָדָם וְלָא הָוֵי מֻומְחֶה לִבְהֵמָה? אִין, אָדָם דְּאִית לֵיהּ מַזָּלָא — מְסַיַּיע לֵיהּ, בְּהֵמָה דְּלֵית לַהּ מַזָּלָא — לָא מְסַיֵּיעַ לָהּ.

Mais il enseigne : même si elle est éprouvée ! (Il s'agit d'une amulette) éprouvée pour l'homme et non éprouvée pour l'animal.

Existe-t-il (une amulette) éprouvée pour l'homme et qui ne le soit pas pour l'animal ? Oui : l'homme, qui a un mazal, (son mazal) l'aide ; l'animal, qui n'a pas de mazal, (rien) ne l'aide.

📜 Rachi (1)
מַזָּלֵיהּ מַלְאָךְ שֶׁלּוֹ וּמֵלִיץ עָלָיו:
Son mazal : son ange, qui plaide en sa faveur.
💡 Explication

Le mazal est ici, selon Rachi, l'ange attaché à chaque personne, qui intercède pour elle. L'efficacité de l'amulette passe par lui ; l'animal n'en a pas, et une amulette éprouvée pour l'homme ne l'est donc pas pour lui.

4
אִי הָכִי, מַאי ״זֶה חֹומֶר בַּבְּהֵמָה מִבָּאָדָם״? מִי סָבְרַתְּ אַקָּמֵיעַ קָאֵי? אַסַּנְדָּל קָאֵי.

S'il en est ainsi, que signifie : ceci est une rigueur (qui s'applique) à l'animal plus qu'à l'homme ? Crois-tu que cela porte sur l'amulette ?

Cela porte sur la sandale.

📜 Rachi (3)
אִי הָכִי דִּבְהֵמָה נָמֵי נָפְקָא בְּקָמֵיעַ הַמֻּומְחֶה לִבְהֵמָה:
S'il en est ainsi : que l'animal aussi sort avec une amulette éprouvée pour l'animal.
מַאי זֶה חֹומֶר אָדָם נַמֵּי לָא נָפֵיק אֶלָּא בְּקָמֵיעַ מֻומְחֶה לְאָדָם:
Que signifie : ceci est une rigueur : l'homme non plus ne sort qu'avec une amulette éprouvée pour l'homme.
אַסַּנְדָּל קָאֵי וְזֶה חֹומֶר דְּקָתָנֵי וְלֹא בְּהֵמָה בַּסַּנְדָּל שֶׁבְּרַגְלֶיהָ:
Cela porte sur la sandale : et la rigueur qu'il enseigne est : ni l'animal avec une sandale à ses pieds.
💡 Explication

Si la règle est identique pour l'homme et l'animal (chacun avec une amulette éprouvée pour lui), la formule zeh homer (rigueur propre à l'animal) n'a plus de sens. Réponse : elle vise la sandale, permise à l'homme et interdite à l'animal.

5
תָּא שְׁמַע: סָכִין וּמְפַרְכְּסִין לְאָדָם, וְאֵין סָכִין וּמְפַרְכְּסִין לַבְּהֵמָה. מַאי לַָאו, דְּאִיכָּא מַכָּה וּמִשּׁוּם צַעַר! לֹא, דִּגְמַר מַכָּה וּמִשּׁוּם תַּעֲנוּג.

Viens et entends : on enduit (d'huile) et on gratte (les croûtes) pour l'homme, mais on n'enduit pas et on ne gratte pas pour l'animal. N'est-ce pas (le cas) où il y a une plaie, et à cause de la souffrance ?

Non : (le cas) où la plaie est guérie, et pour le bien-être.

📜 Rachi (4)
סַכִּין שֶׁמֶן:
On enduit : d'huile.
וּמְפַרְכְּסִין גִּלְדֵי מַכָּה:
Et on gratte : les croûtes de la plaie.
וּמִשּׁוּם צַעַר [וַאֲפִילּוּ] הָכֵי לִבְהֵמָה לֹא וְקַשְׁיָא בֵּין לְרַב בֵּין לִשְׁמוּאֵל דְּשָׁרֵי בְּמַרְדַּעַת:
Et à cause de la souffrance : et [même] ainsi, pour l'animal, non ; et c'est une difficulté aussi bien pour Rav que pour Chmouel, qui permettent la mardaat.
לֹא דְּגָמַר מַכָּה שֶׁנִּתְרַפְּאָה הַמַּכָּה וְסִיכָה וּפִירְכּוּס מִשּׁוּם תַּעֲנוּג וּלְרַב וַדַּאי קַשְׁיָא וְהַהִיא מַתְנִיתָא קַמַּיְיתָא דְּאֻוכָּף נַמֵּי קַשְׁיָא לֵיהּ דִּנְהִי נָמֵי דִּלְצִינָּה לֵיכָּא צַעַר תַּעֲנוּג מִיהָא הוּא אֶלָּא רַב תַּנָּא הוּא וּפְלִיג:
Non, (le cas) où la plaie est guérie : la plaie est guérie, et l'onction et le grattage sont pour le bien-être. Pour Rav, c'est assurément une difficulté ; et la première baraita, celle de l'oukaf, lui est aussi une difficulté : admettons qu'il n'y ait pas de souffrance à cause du froid, il y a au moins du bien-être. Mais Rav est un Tanna et il peut contester.
💡 Explication

La guemara cherche à prouver que la souffrance (tsaar) de l'animal ne justifie pas un geste le Chabbat. La baraita est réinterprétée : elle parle d'une plaie déjà guérie, où l'onction ne sert qu'au bien-être (taanoug). Rachi note que Rav, qui permettait le tarsekal pour le taanoug, reste en difficulté ; on répond que Rav tana hou oufalig : Rav a statut de Tanna et peut contester une baraita.

6
תָּא שְׁמַע: בְּהֵמָה שֶׁאָחֲזָה דָּם, אֵין מַעֲמִידִין אוֹתָהּ בְּמַיִם בִּשְׁבִיל שֶׁתִּצְטַנֵּן. אָדָם שֶׁאֲחָזוֹ דָּם, מַעֲמִידִין אוֹתוֹ בְּמַיִם בִּשְׁבִיל שֶׁיִּצְטַנֵּן. אָמַר עֻולָּא: גְּזֵירָה מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִין.

Viens et entends : un animal pris de sang, on ne le met pas debout dans l'eau pour qu'il se rafraîchisse ; un homme pris de sang, on le met debout dans l'eau pour qu'il se rafraîchisse. Oula a dit : (c'est) une gezera, à cause du broyage des remèdes.

📜 Rachi (3)
שֶׁאָחֲזָה דָּם אנפודור"א:
Pris de sang : (en vieux français) anpodora (congestion).
אֵין מַעֲמִידִין כו' אַלְמָא אֲפִילּוּ צַעַר נָמֵי אָסוּר:
On ne le met pas, etc. : donc même (en cas de) souffrance, c'est interdit.
גְּזֵירָה מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִים בְּמִידֵּי דִּרְפוּאָה גְּזוּר רַבָּנָן דְּאִי שָׁרֵית שׁוּם רְפוּאָה אָתֵי לְמִישְׁרֵי שְׁחִיקַת סַמְמָנִים וְהוּא אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא דְּהָוֵי טוֹחֵן:
Une gezera à cause du broyage des remèdes : pour ce qui touche aux soins, les Sages ont décrété ; car si tu permets un soin quelconque, on en viendra à permettre le broyage des remèdes, qui est un interdit de la Torah, puisque c'est (le travail de) moudre.
💡 Explication

Chehikat samemanin : broyer des plantes pour préparer un remède relève de la melakha de tohen (moudre), interdite par la Torah. Les Sages ont donc interdit, par une gezera, les soins en général le Chabbat. Selon Oula, l'animal congestionné n'est pas mis dans l'eau pour cette raison, sans lien avec la question du tsaar.

7
אִי הָכִי אָדָם נָמֵי! אָדָם נִרְאֶה כְּמֵיקֵר.

S'il en est ainsi, l'homme aussi (devrait être interdit) ! L'homme semble (seulement) se rafraîchir.

💡 Explication

Un homme qui entre dans l'eau peut le faire pour le simple plaisir de la fraîcheur : l'observateur n'y voit pas un soin, et la gezera ne s'applique pas.

🖼️ Schéma
Pourquoi l'homme oui et l'animal non ?Homme dans l'eauon se baigne aussi pour le fraisl'acte ne se voit pas comme soin-> pas de gezeraAnimal dans l'eauon ne rafraîchit pas un animall'acte se voit comme soin-> gezera
Critère de la gezera : l'acte est-il reconnaissable comme un soin ?
8
אִי הָכִי בְּהֵמָה נָמֵי נִרְאֶה כְּמֵיקֵר! אֵין מֵיקַר לִבְהֵמָה.

S'il en est ainsi, l'animal aussi semble se rafraîchir ! On ne rafraîchit pas un animal.

📜 Rachi (1)
אֵין מֵיקַר לִבְהֵמָה אֵין דֶּרֶךְ לְהָקֵר בְּהֵמָה הִלְכָּךְ כֻּולֵּי עָלְמָא יָדְעִי דְּלִרְפוּאָה קָמִיכַּוֵּין וְאָתֵי לְמִישְׁרֵי שְׁחִיקַת סַמְמָנִים:
On ne rafraîchit pas un animal : il n'est pas d'usage de rafraîchir un animal ; c'est pourquoi tout le monde sait qu'on vise un soin, et on en viendra à permettre le broyage des remèdes.
💡 Explication

Pour l'animal, la mise dans l'eau n'a pas d'autre motif habituel que le soin : l'acte est donc reconnaissable comme refoua, et la gezera s'applique.

9
וְלִבְהֵמָה מִי גָּזְרִינַן? וְהָתַנְיָא: הָיְתָה עוֹמֶדֶת חוּץ לַתְּחוּם, קוֹרֵא לָהּ וְהִיא בָּאָה. וְלָא גָּזְרִינַן דִּילְמָא אָתֵי לְאֵתוּיֵי.

Et pour l'animal, décrétons-nous ? N'a-t-on pas enseigné : s'il se trouvait hors du techoum, il l'appelle et il vient.

Et nous ne décrétons pas de peur qu'il en vienne à le ramener.

📜 Rachi (2)
וּמִי גָּזְרִינַן בִּמְקוֹם פְּסֵידָא כִּי הַאי גַוְונָא:
Décrétons-nous : dans un cas de perte comme celui-ci.
חוּץ לַתְּחוּם קס"ד חוּץ לַתְּחוּם שֶׁלּוֹ הָיְתָה עוֹמֶדֶת בְּהֵמָה:
Hors du techoum : on pense d'abord que l'animal se tenait hors du techoum du propriétaire.
💡 Explication

Le techoum est la limite de 2000 ammot au-delà de laquelle on ne se déplace pas le Chabbat. La baraita permet d'appeler l'animal sans craindre que le propriétaire sorte le chercher. On en déduit que, face à une perte, les Sages ne décrètent pas ; pourquoi décréter pour l'animal congestionné ?

10
אָמַר רָבִינָא: כְּגוֹן שֶׁהָיָה תְּחוּם שֶׁלָּהּ מֻובְלָע בְּתוֹךְ תְּחוּם שֶׁלּוֹ.

Ravina a dit : (il s'agit du cas) où son techoum à elle était englobé dans le techoum à lui.

📜 Rachi (1)
שֶׁהָיָה תְּחוּם שֶׁלָּהּ מֻובְלַעַת בְּתוֹךְ תְּחוּם שֶׁלּוֹ דְּחוּץ לַתְּחוּם דְּקָתָנֵי חוּץ לַתְּחוּם שֶׁלָּהּ שֶׁהַבְּהֵמָה הַמְּסוּרָה לְרוֹעֶה הַמְיֻוחָד הֲרֵי הִיא כְּרַגְלֵי הָרוֹעֶה וְזֶה הַקּוֹרֵא לָהּ בְּעָלֶיהָ וְיָכוֹל לֵילֵךְ כְּגוֹן שֶׁהוּא שַׁבָּת קָרוֹב לְאוֹתוֹ מָקוֹם וַאֲפִילּוּ הָכֵי לֹא יְבִיאֶנָּה מַמָּשׁ בְּיָדָיו הוֹאִיל וְהִיא יָצְאָה חוּץ לִתְחֻומָּהּ אֵין לָהּ אֶלָּא ד' אַמּוֹת וּמִיהוּ קוֹרֵא לָהּ וְהִיא בָּאָה דְּלָא הֻוזְהַר הוּא עַל תְּחוּם בְּהֶמְתּוֹ וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְבִיאֶנָּה מַמָּשׁ בְּיָדָיו:
Où son techoum à elle était englobé dans le techoum à lui : le hors du techoum qu'il enseigne signifie hors du techoum de l'animal ; car l'animal confié à un berger déterminé est comme les pieds du berger. Et celui qui l'appelle est son propriétaire, qui peut s'y rendre, par exemple s'il a établi son Chabbat près de cet endroit. Et même ainsi, il ne la ramènera pas vraiment de ses mains, puisqu'elle est sortie de son techoum et n'a plus que quatre ammot. Mais il l'appelle et elle vient, car il n'est pas mis en garde sur le techoum de son animal, à condition qu'il ne la ramène pas de ses mains.
🗂️ Tossefot (1)
כְּגוֹן שֶׁהָיָה תְּחוּם שֶׁלָּהּ מֻובְלָע כו' ומ"מ לֹא הִתִּירוּ אֶלָּא דֶּרֶךְ קְרִיאָה אֲבָל לֵילֵךְ מֵעֵבֶר לַבְּהֵמָה וּלְרָודְפָהּ לָעִיר לֹא:
Où son techoum à elle était englobé, etc. : et malgré tout, on n'a permis que par voie d'appel ; mais aller au-delà de l'animal et le chasser vers la ville, non.
💡 Explication

Un animal a le même techoum que son gardien (ke-ragle ha-roe). Ici, l'animal a dépassé son propre techoum, mais se trouve encore dans celui du propriétaire. Si celui-ci allait le chercher, il ne transgresserait pas son techoum : il n'y a donc pas lieu de décréter, et la preuve tombe.

🖼️ Schéma
Ravina : le techoum de l'animal inclus dans celui du propriétaireTechoum du propriétaire (2000 ammot)Techoum de l'animal= celui du bergerl'animal, hors de son techoumle maître l'appelle ; il ne va pas le chercher
Le techoum de l'animal (celui du berger) est inclus dans celui du propriétaire.
11
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: שְׁחִיקַת סַמְמָנִין גּוּפָה תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא: בְּהֵמָה שֶׁאָכְלָה כַּרְשִׁינִין לֹא יְרִיצֶנָּה בֶּחָצֵר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְרַפֶּה, וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא מַתִּיר. דָּרַשׁ רָבָא: הֲלָכָה כְּרַבִּי אוֹשַׁעְיָא.

Rav Nahman bar Yitshak a dit : le broyage des remèdes lui-même est (discuté par des) Tannaim. Car il a été enseigné : un animal qui a mangé des karchinin (vesces), on ne le fera pas courir dans la cour pour qu'il se relâche ; et Rabbi Ochaya permet.

Rava a enseigné : la halakha est comme Rabbi Ochaya.

📜 Rachi (4)
תַּנָּאֵי הִיא דְּאִיכָּא דְּלָא גָּזַר שְׁאָר רְפוּאוֹת אַטּוּ שְׁחִיקַת סַמְמָנִין:
C'est (discuté par des) Tannaim : car il y en a un qui n'a pas décrété sur les autres soins à cause du broyage des remèdes.
שֶׁאָכְלָה כַּרְשִׁינִין הַרְבֵּה וְעַל יְדֵי אֲכִילָה מְרֻובָּה אָחֲזָה חֹולִי שֶׁקּוֹרִין מינייזונ"א וּצְרִיכָה לְהִשְׁתַּלְשֵׁל וּלְהוֹצִיא רְעִי וּמְרִיצָהּ:
Qui a mangé des karchinin : en grande quantité ; et à cause de ce trop-plein, elle est prise d'une maladie qu'on appelle (en vieux français) meneison (flux de ventre) ; elle doit évacuer et rejeter ses excréments, et il la fait courir.
כְּדֵי שֶׁתִּתְרַפֶּה גָּרְסִינַן הָכָא לְשׁוֹן רִיפּוּי שֶׁיִּהְיוּ מֵיעֶיהָ רְפוּיִים בְּשִׁילְשׁוּל וּמוֹצִיאָהּ רְעִי:
Pour qu'il se relâche : on lit ici un terme de relâchement, pour que ses intestins se relâchent dans le flux et qu'elle rejette ses excréments.
לֹא יְרִיצֶנָּה גְּזֵירָה בְּכָל רְפוּאָה אַטּוּ שְׁחִיקַת סַמְמָנִין:
On ne le fera pas courir : décret sur tout soin à cause du broyage des remèdes.
🗂️ Tossefot (1)
תַּנָּאֵי הִיא רַב יְהוּדָה יָדַע שַׁפִּיר דְּתַנָּאֵי הִיא אֶלָּא דְּנִיחָא לֵיהּ לְאוֹקֻמֵי תְּרֵי סְתָמֵי דְּבָרַיְיתָא אַלִּיבָּא דְחַד תַּנָּא:
C'est (discuté par des) Tannaim : Rav Yehouda savait bien que c'est discuté par des Tannaim, mais il préfère établir deux baraitot anonymes selon un seul Tanna.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitshak ne résout pas les baraitot entre elles : il montre que la gezera sur les soins de l'animal fait l'objet d'une mahloket de Tannaim. Le Tanna kama interdit de faire courir l'animal constipé ; Rabbi Ochaya le permet. La halakha suit Rabbi Ochaya : on ne décrète pas sur les soins de l'animal (voir le Roch, segment 19).

12
אָמַר מָר: לֹא יֵצֵא הַזָּב בַּכִּיס שֶׁלּוֹ, וְלֹא עִזִּים בַּכִּיס שֶׁבְּדַדֵּיהֶן. וְהָתַנְיָא: יוֹצְאוֹת עִזִּים בַּכִּיס שֶׁבְּדַדֵּיהֶן!

Le Maître a dit : le zav ne sortira pas avec sa poche, ni les chèvres avec la poche qui est sur leurs mamelles. Mais il a été enseigné : les chèvres sortent avec la poche qui est sur leurs mamelles !

💡 Explication

Le zav (homme atteint d'un écoulement impur) porte une poche pour recueillir l'écoulement. La baraita interdit aussi aux chèvres la kis (poche) sur les mamelles, alors qu'une autre baraita la permet.

13
אָמַר רַב יְהוּדָה, לָא קַשְׁיָא: הָא דְּמִיהַדַּק, הָא דְּלָא מִיהַדַּק.

Rav Yehouda a dit : il n'y a pas de difficulté. Celle-ci (traite du cas) où elle est serrée, celle-là (du cas) où elle n'est pas serrée.

📜 Rachi (1)
דְּמִיהַדַּק דְּלֵיכָּא לְמִיחַשׁ דִּילְמָא נָפֵיל וְאָתֵי לְאֵתוֹיֵי:
Où elle est serrée : il n'y a pas à craindre qu'elle tombe et qu'il en vienne à la porter.
💡 Explication

La crainte habituelle est chema tipol veyavi : l'objet risque de tomber, et le propriétaire le porterait dans le domaine public. Une poche bien serrée ne tombe pas.

14
רַב יוֹסֵף אָמַר: תַּנָּאֵי שָׁקְלַתְּ מֵעָלְמָא? תַּנָּאֵי הִיא, דִּתְנַן: הָעִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוֹרוֹת, רַבִּי יוֹסֵי אוֹסֵר בְּכֻלָּן חוּץ מִן הָרְחֵילוֹת הַכְּבוּנוֹת, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוּרוֹת לְיַבֵּשׁ, אֲבָל לֹא לֵיחָלֵב.

Rav Yossef a dit : as-tu fait disparaître les Tannaim du monde ? C'est (discuté par des) Tannaim, car nous avons appris : les chèvres sortent attachées ; Rabbi Yossi interdit tous ces cas, sauf les brebis kevounot.

Rabbi Yehouda dit : les chèvres sortent attachées pour sécher, mais non pour (garder) le lait.

📜 Rachi (2)
תַּנָּאֵי שָׁקְלַתְּ מֵעָלְמָא אִיבַּדְתָּ כֻּולָּם שֶׁאֵין אַתָּה מוֹצֵא תְּנָאִים שֶׁנֶּחְלְקוּ בְּכָךְ דְּתוֹקֵי הָנָךְ תַּרְתֵּי מַתְנְיָית' חֲדָא כְּמַר וַחֲדָא כְּמַר:
As-tu fait disparaître les Tannaim du monde : tu les as tous perdus, puisque tu ne trouves pas de Tannaim qui discutent de cela, pour que tu établisses ces deux baraitot, l'une selon l'un et l'autre selon l'autre.
תַּנָּאֵי הִיא בְּמַתְנִיתִין ר"מ שָׁרֵי ר' יוֹסֵי אָסַר:
C'est (discuté par des) Tannaim : dans notre michna, Rabbi Meir permet et Rabbi Yossi interdit.
💡 Explication

Rav Yossef préfère attribuer les deux baraitot à des Tannaim différents de la michna : le Tanna kama (Rabbi Meir selon Rachi) permet, Rabbi Yossi interdit tout, sauf les brebis kevounot (couvertes d'un linge pour protéger la laine).

15
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: הָא וְהָא רַבִּי יְהוּדָה, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן לִיבַשׁ, כָּאן לֵיחָלֵב.

Et si tu veux, dis : l'une et l'autre (sont selon) Rabbi Yehouda, et il n'y a pas de difficulté : ici pour sécher, là pour (garder) le lait.

📜 Rachi (2)
לִיבַשׁ מִיהַדַּק שַׁפִּיר וּלְעִנְיַן מַשּׂוֹי נָמֵי לָא הָוֵי מַשּׂוֹי דְּצֹורֶךְ גּוּפָהּ הִיא דַּחֲלָבָהּ מַכְחִישָׁהּ:
Pour sécher : elle est bien serrée ; et quant à la charge, ce n'est pas non plus une charge, car c'est pour le besoin de son corps, puisque son lait l'affaiblit.
לֵיחָלֵב הָוֵי מַשּׂוֹי שֶׁטּוֹעֶנֶת אֶת הֶחָלָב בַּכִּיס:
Pour (garder) le lait : c'est une charge, car elle porte le lait dans la poche.
🗂️ Tossefot (1)
כָּאן לְיַבֵּשׁ כָּאן לֵיחָלֵב פֵּי' בַּקּוּנְטְ' לֵיחָלֵב שֶׁיְּקַבְּלוּ בַּכִּיס אֶת הֶחָלָב וְקָשֶׁה דְּהָא וַדַּאי מַשּׂוֹי הוּא ולכ"ע חַיָּיב דְּהָוְיָא מְלָאכָה הַצְּרִיכָה לְגוּפָהּ וּפִי' ה"ר פור"ת לֵיחָלֵב לִשְׁמוֹר הֶחָלָב בְּדַדֵּיהֶן שֶׁלֹּא יָזוּב לָאָרֶץ וְשָׁרִי ת"ק דְּהָוֵי כְּמוֹ רְחֵלִים כְּבוּנוֹת דְּחָשְׁבִי' לֵיהּ מַלְבּוּשׁ אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לְצֹורֶךְ עַצְמָן אֶלָּא לִשְׁמוֹר הַצֶּמֶר ור"י פֵּירֵשׁ דְּבֵין לִיבַשׁ וּבֵין לֵיחָלֵב תַּרְוַוייְהוּ עָבְדִי לְהוּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִסָּרְטוּ דַּדֵּיהֶן כִּדְאָמְרִינַן בְּסָמוּךְ וּלְיַבֵּשׁ בִּזְמַן שֶׁאֵינוֹ חָפֵץ בְּחָלָב שָׁרִי לְפִי שֶׁמְּהַדְּקוֹ וְלֵיכָּא לְמִיחַשׁ דִּילְמָא נָפֵיל וְאָתֵי לְאֵתוֹיֵי אֲבָל לֵיחָלֵב שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה שֶׁיִּתְיַיבְּשׁוּ אֵינוֹ מִיהַדַּק אִיכָּא לְמֵימַר דִּילְמָא נָפֵיל וְאָתֵי לְאֵתוֹיֵי:
Ici pour sécher, là pour (garder) le lait : le Kountres (Rachi) explique lihalev : pour qu'on reçoive le lait dans la poche. Mais c'est difficile, car c'est assurément une charge, et selon tous on est passible, puisque c'est une melakha faite pour elle-même. Rabbenou Porat explique lihalev : pour garder le lait dans les mamelles, afin qu'il ne coule pas à terre ; et le Tanna kama le permet, car c'est comme les brebis kevounot, que l'on considère comme un vêtement bien que ce ne soit pas fait pour elles-mêmes mais pour protéger la laine. Et le Ri explique que, pour sécher comme pour le lait, on le fait dans les deux cas pour que leurs mamelles ne soient pas griffées, comme on le dit plus loin. Pour sécher, lorsqu'on ne désire pas le lait, c'est permis, parce qu'on la serre et qu'il n'y a pas à craindre qu'elle tombe et qu'il en vienne à la porter ; mais pour le lait, lorsqu'on ne veut pas que (les mamelles) se dessèchent, on ne la serre pas, et l'on peut dire qu'elle risque de tomber et qu'il en vienne à la porter.
💡 Explication

Deuxième réponse : les deux baraitot suivent Rabbi Yehouda. Pour livach (tarir le lait, afin que la chèvre conçoive) c'est permis ; pour lihalev (garder le lait) c'est interdit. Tossefot rapporte trois lectures de lihalev : Rachi (la poche recueille le lait : une charge), Rabbenou Porat (retenir le lait dans la mamelle), et le Ri (une poche lâche, qui risque de tomber).

16
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מַעֲשֶׂה בְּעִזִּים שֶׁל אַנְטוֹכְיָא שֶׁהָיוּ דַּדֵּיהֶן גַּסִּין, וְעָשׂוּ לָהֶן כִּיסִין כְּדֵי שֶׁלֹּא יִסָּרְטוּ דַּדֵּיהֶן.

Il a été enseigné : Rabbi Yehouda a dit : il arriva que des chèvres d'Antioche avaient de grosses mamelles, et on leur fit des poches pour que leurs mamelles ne soient pas griffées.

📜 Rachi (1)
גַּסִּין גְּדוֹלִין וְנִגְרָרִין עַל הַקּוֹצִין וּמְסָרְטִין דַּדֵּיהֶן:
Grosses : grandes, elles traînent sur les épines, et (les épines) griffent leurs mamelles.
💡 Explication

Ce récit donne un exemple concret de la poche : elle protège la mamelle, et non le lait. Le Ri (Tossefot, segment 14) s'appuie sur ce passage.

17
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁמֵּתָה אִשְׁתּוֹ וְהִנִּיחָה בֵּן לִינַק וְלֹא הָיָה לוֹ שְׂכַר מְנִיקָה לִיתֵּן, וְנַעֲשָׂה לוֹ נֵס וְנִפְתְּחוּ לוֹ דַּדִּין כִּשְׁנֵי דַּדֵּי אִשָּׁה וְהֵנִיק אֶת בְּנוֹ.

Les Sages ont enseigné : il arriva à un homme dont la femme mourut en lui laissant un fils à allaiter, et il n'avait pas de quoi payer le salaire d'une nourrice. Un miracle se produisit pour lui : il lui vint deux seins comme les deux seins d'une femme, et il allaita son fils.

💡 Explication

Le mot dadim (mamelles) amène la guemara à rapporter une série de récits (aggada) sans lien halakhique avec le Chabbat.

18
אָמַר רַב יוֹסֵף: בֹּא וּרְאֵה כַּמָּה גָּדוֹל אָדָם זֶה שֶׁנַּעֲשָׂה לוֹ נֵס כָּזֶה! אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אַדְּרַבָּה כַּמָּה גָּרוּעַ אָדָם זֶה שֶׁנִּשְׁתַּנּוּ לוֹ סִדְרֵי בְרֵאשִׁית.

Rav Yossef a dit : viens et vois combien cet homme était grand, pour qu'un tel miracle se produise pour lui ! Abaye lui dit : au contraire, combien cet homme était inférieur, pour que l'ordre de la Création ait été changé pour lui.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כַּמָּה גָּדוֹל אָדָם זֶה, שֶׁנַּעֲשָׂה לוֹ נֵס כָּזֶה. דְּקָדָיֵק לוֹמַר כָּזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד, שֶׁאִם הָיָה הקב"ה מַמְצִיא לוֹ מָעוֹת שֶׁיִּתֵּן שְׂכַר מֵינֶקֶת, אַף עַל פִּי שֶׁתִּהְיֶה הַמְצָאַת הַמָּעוֹת בְּנֵס לֹא הָיָה מְבֹורָר שֶׁנַּעֲשָׂה הַנֵּס בִּזְכוּתוֹ וְרָאוּי הוּא לְכָךְ, אֶלָּא אֶפְשָׁר שֶׁהוּא הִתְפַּלֵּל שֶׁיִּתֵּן לוֹ הקב"ה רִיוַּח שֶׁיּוּכַל לִיתֵּן מִמֶּנּוּ שְׂכַר מֵינֶקֶת, וְנִזְדַּמֵּן אוֹתָהּ שָׁעָה הִתְפַּלֵּל צַדִּיק אֶחָד עַל דֹּוחַק עַצְמוֹ שֶׁיִּתֵּן לוֹ הקב"ה רִיוַּח מָעוֹת, וְהָיָה הַצַּדִּיק רָאוּי שהקב"ה יִשְׁמַע תְּפִלָּתוֹ וַיַּעֲנֵהוּ, וְאָז תְּפִילָּתוֹ שֶׁל זֶה נִתְחַבְּרָה עִם תְּפִילַּת אוֹתוֹ צַדִּיק וְנַעֲנָה גַּם הוּא, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כְּשֶׁנִּפְקְדָה רִבְקָה בִּתְפִילָּתוֹ שֶׁל יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה נִפְקְדוּ כַּמָּה עֲקָרוֹת עִמָּהּ, כֵּיוָן שֶׁפָּתַח הקב"ה שַׁעַר הַשֶּׁפַע הַזֶּה בִּשְׁבִיל תְּפִילָּתוֹ שֶׁל יִצְחָק נִפְתַּח גַּם לִתְפִילּוֹת אֲחֵרִים. וְכֵן כָּאן יֵשׁ לוֹמַר הָכִי הֲוָה וְאֵין מִזֶּה הוֹכָחָה עַל גֹּודֶל צִדְקָתוֹ, אַךְ כֵּיוָן שֶׁרָאִינוּ שֶׁהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ עָשָׂה לוֹ נֵס בָּזֶה שֶׁהוּא דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מָצוּי בִּבְנֵי אָדָם, וְלָא מַשְׁכַּחַת לָהּ שֶׁיֵּשׁ אָדָם בָּעוֹלָם שֶׁיְּבַקֵּשׁ וְיִתְפַּלֵּל לִפְנֵי הקב"ה דָּבָר כָּזֶה לִהְיוֹת מֵנִיק מִדַּדָּיו כְּאִשָּׁה, אִם כֵּן וַדַּאי נֵס כָּזֶה לֹא נַעֲשָׂה אֶלָּא בִּשְׁבִילוֹ, וְלֵיכָּא לְמֵימַר שֶׁנִּפְתַּח הַשַּׁעַר שֶׁל נֵס זֶה לְצַדִּיק אַחֵר וּמִמֵּילָא נִפְתַּח לָזֶה. אֲבָל אַבַּיֵּי אָמַר כַּמָּה גָּרוּעַ אָדָם זֶה, שֶׁנִּשְׁתַּנּוּ לוֹ סִדְרֵי בְרֵאשִׁית , 'לוֹ' דַּיְיקָא שֶׁהָיָה הַשִּׁינּוּי בְּגוּפוֹ לִהְיוֹת מֵנִיק כְּמוֹ אִשָּׁה, וְאִיכָּא בָּזֶה תַּרְתֵּי לִגְרִיעוּתָא חֲדָא נַעֲשָׂה שִׁינּוּי זֶה בְּגוּפוֹ, וְעוֹד לָא נָפֵיק מִנֵּס זֶה טוֹבָה לַאֲחֵרִים שֶׁיִּהְיֶה נִפְתַּח שֶׁפַע נֵס זֶה גַּם לַאֲחֵרִים שֶׁהֵם עוֹמְדִים בְּדֹוחַק וְאֵין לָהֶם שְׂכַר מֵינֶקֶת. וּבְסֵפֶר הַדּוֹרוֹת אוֹת יוּ"ד כָּתַב בְּשֵׁם סֵפֶר גִּלְגּוּלֵי נְשָׁמוֹת, כִּי אֵשֶׁת הַמֶּלֶךְ שֶׁהֵנִיקָה אֶת רַבִּי בִּזְמַן הַגְּזֵירָה לְהַצִּיל אֶת רַבִּי מֵהֲרִיגָה נִתְגַּלְגְּלָה בְּאִישׁ הַזֶּה לִזְכוּתָהּ לָעוֹלָם הַבָּא, וּלְכָךְ נַעֲשָׂה לוֹ נֵס זֶה שֶׁהֵנִיק כְּמוֹ אִשָּׁה, וְעַתָּה הוּא עָנִי אַךְ בְּגִלְגּוּל רִאשׁוֹן הָיָה בְּהֵיכָלוֹ שֶׁל מֶלֶךְ עַיֵּין שָׁם. וְהִנֵּה הָרַב מ"י זַ"ל בְּפָרָשַׁת בָּלָק הִקְשָׁה, כִּי בַּמִּדְרָשׁ פָּרָשַׁת תְּצַוֶּה (שְׁמוֹת רַבָּה לח, ד) אוֹמֵר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל גְּדוֹלָה חִיבָּתָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל שהקב"ה מְשַׁנֶּה סִדְרֵי בְּרֵאשִׁית בִּשְׁבִיל טוֹבָתָן , שֶׁהוּא מוֹרִיד לָהֶם מִן מִן הַשָּׁמַיִם וּמַעֲלֶה לָהֶם מִן הָאָרֶץ טַל וְכוּ', וְקָשֶׁה דְּכָאן מַשְׁמַע דְּשִׁינּוּי סִדְרֵי בְּרֵאשִׁית אֵינוֹ חִיבָּה וְלֹא מַעֲלֶה, דְּהָא אָמַר כַּמָּה גָּרוּעַ אָדָם זֶה? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד בִּפְשִׁיטוּת דְּאִם יֵשׁ בַּנֵּס דְּשִׁינּוּי סִדְרֵי בְּרֵאשִׁית טוֹבָה יְתֵירָה מֵאִם הָיָה עוֹשֶׂה בְּאֹופֶן טִבְעִי אֵין זֶה גֵּרָעוֹן אֶלָּא מַעֲלָה, דִּלְהָכִי עָשָׂה נֵס בְּשִׁינּוּי סִדְרֵי בְּרֵאשִׁית כְּדֵי לְהַרְבּוֹת בְּטוֹבָה, וּכְמוֹ עִנְיַן יְרִידַת הַמָּן שֶׁנַּעֲשָׂה לָהֶם שִׁינּוּי סִדְרֵי בְּרֵאשִׁית שֶׁיָּרַד לָהֶם מִן הַשָּׁמַיִם, הָא וַדַּאי יֵשׁ בָּזֶה כַּמָּה רִבּוּי טוֹבָה לְיִשְׂרָאֵל מֵאִם הָיָה מַמְצִיא לָהֶם מָזוֹן טִבְעִי מִן הָאָרֶץ, כִּי זֶה לִהְיוֹתוֹ יוֹרֵד מִן הַשָּׁמַיִם הָיָה נִבְלָע בָּאֵיבָרִים וְאֵינוֹ מַסְרִיחַ בַּבֶּטֶן, וְגַם הָיָה מִשְׁתַּנֶּה טַעְמוֹ לְכַמָּה מַטְעַמִּים, וְגַם הָיָה עָרֵב מְאֹד, וְעוֹד כַּמָּה מַעֲלוֹת נִמְצְאוּ בּוֹ, וְלָכֵן מַה שֶׁנָּתַן לָהֶם בְּאֹופֶן זֶה שֶׁהוּא שִׁינּוּי סִדְרֵי בְּרֵאשִׁית וַדַּאי זֶה חִיבָּה וּמַעֲלָה לָהֶם, וְלָזֶה אָמַר מְשַׁנֶּה סִדְרֵי בְּרֵאשִׁית בִּשְׁבִיל 'לְטוֹבָתָן' דַּיְיקָא וְלֹא אָמַר 'בִּשְׁבִילָם' מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּמַעֲשֶׂה דִּגְמָרָא דִּידַן אֵין בְּאֹופֶן שִׁינּוּי סִדְרֵי בְּרֵאשִׁית יִתְרוֹן טוֹבָה, שֶׁאִם הָיָה עוֹשֶׂה לוֹ נֵס לְהַמְצִיא לוֹ מָעוֹת שֶׁיִּתֵּן שְׂכַר מֵינֶקֶת, לֹא הָיָה יִתְרוֹן טוֹבָה בְּחָלָב שֶׁהֵנִיק מִדַּדָּיו עַל חָלָב שֶׁל הַמֵּינֶקֶת, וְלָזֶה אָמַר שֶׁנִּשְׁתַּנּוּ לוֹ סִדְרֵי בְרֵאשִׁית וְלֹא אָמַר 'לְטוֹבָתוֹ' כִּדְנָקֵיט רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, דְּבֶאֱמֶת לֹא הָיָה לוֹ יִתְרוֹן טוֹבָה מִצַּד הַשִּׁינּוּי. בְּרַם הָתָם מַקְשֵׁי הָרַב הַנִּזְכָּר עוֹד עַל זֶה, מִמַּה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (אֶסְתֵּר ב' ז') וַיְהִי אֹמֵן אֶת הֲדַסָּה , שֶׁנַּעֲשָׂה נֵס לְמָרְדְּכַי וְנִפְתְּחוּ לוֹ דַּדִּים וְהֵנִיק אֶת אֶסְתֵּר, וַהֲרֵי זוֹ כְּמַעֲשֵׂה דְּאוֹתוֹ הָאִישׁ, וְאֵיךְ שַׁיָּיךְ לוֹמַר 'גָּרוּעַ' דְּמָרְדְּכַי הָיָה צַדִּיק גָּדוֹל וְאָמְרוּ עָלָיו כְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בְּדוֹרוֹ? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָכָא נַעֲשָׂה לוֹ הַנֵּס לְהָנִיק מֵחֲמַת עֲנִיּוּת שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ מָעוֹת לָתֵת שְׂכַר מֵינֶקֶת, וְלָכֵן חֲשִׁיב גֵּרָעוֹן שֶׁעָשָׂה לוֹ שִׁינּוּי זֶה וְלֹא הִמְצִיאוּ לוֹ מָעוֹת שֶׁיִּתֵּן שְׂכַר מֵינֶקֶת, אַךְ מָרְדְּכַי הָיָה עָשִׁיר וְהָיָה יָכוֹל לְהָבִיא מֵינֶקֶת, אַךְ סִיבָּה אַחֶרֶת הָיְתָה בָּזֶה, שֶׁלֹּא רָצָה הקב"ה שֶׁיִּהְיֶה שׁוּם אָדָם מַכִּיר בְּאֶסְתֵּר וְיִתְפַּרְסֵם שְׁמָהּ וְיָופְיָהּ אֲפִילּוּ אֵצֶל יִשְׂרָאֵל, וְלֹא שֶׁזִּפְּתָהּ עַיִן אֲפִילּוּ יִשְׂרְאֵלִים, כְּדֵי שֶׁאַחַר כָּךְ תִּלָּקַח לְבֵית אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ בְּנֵס בַּעֲבוּר הַצָּלַת יִשְׂרָאֵל, וְיֵשׁ בָּזֶה כַּמָּה טְעָמִים הֵן מֵחֲמַת שֶׁלֹּא יַרְגִּישׁ בָּהּ הָמָן וְיַקְדִּים לַהֲרֹוג אוֹתָהּ קֹודֶם שֶׁתִּלָּקַח לְבֵית הַמֶּלֶךְ, הֵן כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּהְיֶה יְדוּעָה שֶׁהִיא יְהוּדִית מִתְּחִלָּה לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ גַּם כֵּן, שֶׁדָּבָר זֶה נוֹגֵעַ לְהַצָּלַת יִשְׂרָאֵל וְלָכֵן צִוָּה לֹא תַּגִּיד, וְעוֹד יֵשׁ כַּמָּה טְעָמִים, וְאִם כֵּן זֶה הַנֵּס שֶׁנַּעֲשָׂה בְּמָרְדְּכַי הע"ה בְּשִׁינּוּי הַטֶּבַע הוּא הֶכְרֵחִי לְצֹורֶךְ טְעָמִים הַנִּזְכָּרִים, וְעוֹד טְעָמִים אֲחֵרִים, וְלֹא שַׁיָּיךְ לִתְלוֹת גֵּרָעוֹן בְּמָרְדְּכַי בַּעֲבוּר זֶה.
Combien cet homme était grand, pour qu'un tel miracle se produise pour lui. Il a pris soin de dire tel ; il me semble, avec l'aide du Ciel, que si le Saint, béni soit-Il, lui avait procuré de l'argent pour payer une nourrice, même si cet argent était venu par miracle, il ne serait pas clair que le miracle ait eu lieu par son mérite et qu'il en soit digne. Il se peut en effet qu'il ait prié pour que le Saint, béni soit-Il, lui donne un gain dont il puisse payer une nourrice, et qu'à ce moment un tsaddik ait prié pour sa propre gêne, afin que le Saint, béni soit-Il, lui donne un gain d'argent ; ce tsaddik était digne que le Saint, béni soit-Il, écoute sa prière et lui réponde, et la prière de cet homme s'est alors jointe à celle du tsaddik, et il a été exaucé lui aussi. C'est ce que nos Maîtres ont dit : quand Rivka a été visitée grâce à la prière d'Yitshak Avinou, plusieurs femmes stériles ont été visitées avec elle ; puisque le Saint, béni soit-Il, avait ouvert cette porte d'abondance pour la prière d'Yitshak, elle s'est ouverte aussi pour d'autres prières. Ici aussi, on peut dire qu'il en fut ainsi, et il n'y a là aucune preuve de la grandeur de sa justice. Mais puisque nous voyons que Hachem, béni soit-Il, lui a fait un miracle dans une chose qui n'arrive pas aux hommes, et qu'on ne trouve personne au monde qui demande et prie devant le Saint, béni soit-Il, une telle chose, allaiter de ses seins comme une femme, un tel miracle n'a assurément été fait que pour lui ; on ne peut pas dire que la porte de ce miracle se soit ouverte pour un autre tsaddik et, par voie de conséquence, pour lui. Abaye, lui, dit : combien cet homme était inférieur, pour que l'ordre de la Création ait été changé pour lui. Pour lui, précisément : le changement a eu lieu dans son corps, pour qu'il allaite comme une femme. Il y a là deux motifs d'infériorité : d'une part ce changement s'est fait dans son corps ; d'autre part ce miracle n'a apporté aucun bien à d'autres, en ouvrant l'abondance de ce miracle à d'autres qui sont dans la gêne et n'ont pas de quoi payer une nourrice. Dans le Seder ha-Dorot, à la lettre youd, il est écrit au nom du livre Guilgoulei Nechamot (les réincarnations des âmes) que l'épouse du roi, qui allaita Rabbi au temps du décret pour le sauver de la mise à mort, s'est réincarnée (guilgoul) dans cet homme, afin de lui donner le mérite du monde à venir ; c'est pourquoi ce miracle lui fut fait, d'allaiter comme une femme. Maintenant il est pauvre, mais dans sa première incarnation il était dans le palais du roi ; voir là-bas. Or le Rav M.Y., de mémoire bénie, a objecté dans la paracha Balak : dans le Midrach sur la paracha Tetsavé (Chemot Rabba 38,4), Rabbi Chimon ben Gamliel dit : grand est l'amour pour Israël, puisque le Saint, béni soit-Il, change l'ordre de la Création pour leur bien : Il leur fait descendre la manne du ciel et monter pour eux de la terre la rosée, etc. Et c'est difficile, car ici il ressort que le changement de l'ordre de la Création n'est ni un amour ni une qualité, puisqu'il dit : combien cet homme était inférieur ! Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, tout simplement : si le miracle qui change l'ordre de la Création apporte un bien supérieur à ce qu'on aurait obtenu de manière naturelle, ce n'est pas une infériorité mais une qualité ; c'est pour cela qu'Il a fait un miracle changeant l'ordre de la Création, afin d'accroître le bien. Ainsi la descente de la manne, qui changea pour eux l'ordre de la Création en descendant du ciel, comportait assurément bien plus de bien pour Israël que s'Il leur avait procuré une nourriture naturelle de la terre : descendant du ciel, elle était absorbée dans les membres et ne pourrissait pas dans le ventre, son goût changeait en de nombreuses saveurs, elle était très agréable, et elle avait encore d'autres qualités. C'est pourquoi le fait de la leur donner ainsi, en changeant l'ordre de la Création, est assurément un amour et une qualité pour eux. C'est pour cela qu'il dit : change l'ordre de la Création pour leur bien, précisément, et non : pour eux. Dans le récit de notre guemara, en revanche, le changement de l'ordre de la Création n'apporte pas de bien supplémentaire : s'Il lui avait fait le miracle de lui procurer de l'argent pour payer une nourrice, le lait qu'il donna de ses seins n'aurait eu aucun avantage sur le lait de la nourrice. C'est pourquoi il dit : l'ordre de la Création a été changé pour lui, et non pour son bien, comme le dit Rabbi Chimon ben Gamliel, car il n'eut en vérité aucun avantage du fait du changement. Toutefois, le Rav cité objecte encore à cela ce que nos Maîtres ont dit sur le verset (Esther 2,7) : il était le nourricier de Hadassa : un miracle fut fait à Mordekhai, il lui vint des seins et il allaita Esther. C'est comme le récit de cet homme ; et comment peut-on parler d'infériorité, alors que Mordekhai était un grand tsaddik, dont on a dit qu'il était comme Moche Rabbenou dans sa génération ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel : ici, le miracle d'allaiter lui fut fait à cause de sa pauvreté, car il n'avait pas d'argent pour payer une nourrice ; c'est pourquoi on considère comme une infériorité qu'Il ait opéré pour lui ce changement au lieu de lui procurer de l'argent pour la nourrice. Mais Mordekhai était riche et pouvait amener une nourrice ; il y avait là une autre raison : le Saint, béni soit-Il, ne voulait pas que qui que ce soit connaisse Esther et que son nom et sa beauté se répandent, même parmi Israël, et qu'aucun œil, même juif, ne l'aperçoive, afin qu'elle soit ensuite prise dans la maison d'Assuérus, par miracle, pour sauver Israël. Il y a à cela plusieurs raisons : afin qu'Haman ne la remarque pas et ne se hâte de la tuer avant qu'elle soit prise dans la maison du roi ; et afin qu'Assuérus non plus ne sache pas au départ qu'elle était juive, ce qui touchait au salut d'Israël, et c'est pourquoi il lui ordonna de ne pas le dire ; et il y a encore plusieurs raisons. S'il en est ainsi, ce miracle fait à Mordekhai, sur lui la paix, en changeant la nature, était nécessaire pour les raisons citées et pour d'autres encore, et il n'y a pas lieu d'y rattacher une infériorité de Mordekhai.
💡 Explication

Mahloket d'appréciation : pour Rav Yossef, le miracle montre la valeur de l'homme ; pour Abaye, il fallut modifier la nature (chinoui sidrei Berechit) parce que cet homme n'avait pas le mérite d'une voie ordinaire, comme recevoir de quoi payer une nourrice. Le Ben Yehoyada explique les deux lectures et répond à deux objections : la manne (changement qui apporte un bien supérieur) et Mordekhai (miracle nécessaire au secret d'Esther).

19
אָמַר רַב יְהוּדָה: בֹּא וּרְאֵה כַּמָּה קָשִׁים מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם, שֶׁנִּשְׁתַּנּוּ עָלָיו סִדְרֵי בְרֵאשִׁית. אָמַר רַב נַחְמָן: תֵּדַע, דְּמִתְרְחִישׁ נִיסָּא וְלָא אִבְּרוּ מְזוֹנֵי.

Rav Yehouda a dit : viens et vois combien la subsistance de l'homme est difficile, puisque l'ordre de la Création a dû être changé pour lui. Rav Nahman a dit : sache-le, car des miracles se produisent, mais la nourriture n'a pas été créée (par miracle).

📜 Rachi (4)
שֶׁנִּשְׁתַּנּוּ עָלָיו כוּ' וְלֹא זָכָה לִיפָּתֵחַ לוֹ שַׁעֲרֵי שָׂכָר:
Changé pour lui, etc. : et il n'a pas mérité que les portes du gain s'ouvrent pour lui.
תֵּדַע דְּקָשִׁין:
Sache-le : qu'elle est difficile.
דְּמַרְחֲשִׁי נִיסָּא מִן הַשָּׁמַיִם לְכַמָּה הַצָּלוֹת לִנְפָשׁוֹת אָדָם:
Des miracles se produisent : du ciel, pour de nombreux sauvetages de vies humaines.
וְלָא אִיבְּרוּ מְזוֹנֵי וְאֵין נֵס זֶה רָגִיל שֶׁיִּבָּרְאוּ מְזוֹנוֹת לַצַּדִּיקִים בְּבֵיתָם שֶׁיִּמְצְאוּ חִיטִּין גְּדֵילִין בְּאוֹצְרוֹתֵיהֶן:
Mais la nourriture n'a pas été créée : ce miracle n'est pas habituel, que de la nourriture soit créée pour les tsaddikim dans leur maison, qu'ils trouvent du blé poussant dans leurs greniers.
💡 Explication

Rav Yehouda tire une leçon sur les mezonot (subsistance) : il fut plus simple de modifier le corps de cet homme que de lui procurer de l'argent. Rav Nahman l'appuie : on voit des miracles de sauvetage, mais pas de nourriture apparaissant dans une maison.

20
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁנָּשָׂא אִשָּׁה גִּידֶּמֶת וְלֹא הִכִּיר בָּהּ עַד יוֹם מוֹתָהּ. אָמַר רַב: בֹּא וּרְאֵה כַּמָּה צְנוּעָה אִשָּׁה זוֹ שֶׁלֹּא הִכִּיר בָּהּ בַּעֲלָהּ. אָמַר לוֹ רַבִּי חִיָּיא: זוֹ דַּרְכָּהּ בְּכָךְ. אֶלָּא: כַּמָּה צָנוּעַ אָדָם זֶה שֶׁלֹּא הִכִּיר בְּאִשְׁתּוֹ.

Les Sages ont enseigné : il arriva qu'un homme épousa une femme manchote, et il ne s'en aperçut pas jusqu'au jour de sa mort. Rav a dit : viens et vois combien cette femme était pudique, pour que son mari ne s'en soit pas aperçu.

Rabbi Hiya lui dit : c'est sa manière habituelle. Mais (dis plutôt) : combien cet homme était pudique, pour ne pas s'en être aperçu chez sa femme.

📜 Rachi (2)
גִּידֶּמֶת יָדָהּ קְטוּעָה:
Manchote : sa main était coupée.
זוֹ דַּרְכָּהּ בְּכָךְ לְכַסּוֹת כָּל אִשָּׁה עַצְמָהּ וכ"ש זוֹ שֶׁהָיְתָה צְרִיכָה לְכָךְ:
C'est sa manière habituelle : toute femme se couvre, et à plus forte raison celle-ci, qui en avait besoin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חַיָּא: זוֹ דַּרְכָּהּ בְּכָךְ, אֶלָּא כַּמָּה צָנוּעַ אָדָם זֶה, שֶׁלֹּא הִכִּיר בְּאִשְׁתּוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אֵיךְ נֶעְלַם דָּבָר זֶה מִן רַב יוֹסֵף שֶׁהָיָה מְשַׁבְּחָהּ וּמַאי סָלְקָא דַעְתָּךְ? וְנִרְאֶה לִי דְּיָדוּעַ שֶׁהַצָּנוּעַ לֹא יִהְיֶה לוֹ שׂוֹנְאִין כֵּיוָן דְּאֵינוֹ מִתְעָרֵב עִם שׁוּם אָדָם, וְרַב יוֹסֵף לֹא בָּא לִשְׁבְּחָה בִּצְנִיעוּת שֶׁבֵּינָהּ לְבֵין בַּעֲלָהּ, כִּי עַל זֹאת וַדַּאי יֵשׁ לוֹמַר בַּעֲבוּר טוֹבַת עַצְמָהּ הָיְיתָה צְנוּעָה עִם בַּעְלָהּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יַרְגִּישׁ, וְרַק בָּא לִשְׁבְּחָה בִּצְנִיעוּת שֶׁבֵּינָהּ לְבֵין הָעוֹלָם שֶׁבְּוַדַּאי הָיְתָה צְנוּעָה הַרְבֵּה, שֶׁעַל כֵּן לֹא נִמְצָא לָהּ שׂוֹנֵא הֵן אִישׁ הֵן אִשָּׁה שֶׁיַּגִּידוּ מוּם שֶׁלָּהּ לְבַעְלָהּ.
Rabbi Hiya lui dit : c'est sa manière habituelle ; mais combien cet homme était pudique, pour ne pas s'en être aperçu chez sa femme. On peut demander comment cela a échappé à Rav Yossef, qui faisait son éloge : que pensait-il ? Il me semble qu'il est connu que l'homme pudique n'a pas d'ennemis, puisqu'il ne se mêle à personne. Rav Yossef ne venait pas la louer pour sa pudeur entre elle et son mari, car on peut certes dire qu'elle était pudique avec son mari dans son propre intérêt, pour qu'il ne s'en aperçoive pas ; il venait la louer pour sa pudeur envers le monde, car elle était certainement très pudique, et c'est pourquoi elle n'eut aucun ennemi, homme ou femme, qui révèle son défaut à son mari.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר סָכִין וּמְפַרְכְּסִין לְאָדָם וְאֵין סָכִין וּמְפַרְכְּסִין לַבְּהֵמָה וְדַוְקָא בִּגְמַר מַכָּה וּמִשּׁוּם תַּעֲנוּג אֲבָל אִיכָּא בִּתְחִלַּת מַכָּה וּמִשּׁוּם צַעַר מְפַרְכְּסִין נָמֵי לִבְהֵמָה תַּנְיָא בְּהֵמָה שֶׁאָכְלָה הַרְבֵּה כַּרְשִׁינִין לֹא יְרִיצֶנָּה בֶּחָצֵר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְרַפֶּה וְרַבִּי יֹאשִׁיָּה מֵיקֵל דָּרַשׁ רָבִין הִלְכְתָא כַּר' יֹאשִׁיָּה וְכֵיוָן דקי"ל הִלְכְתָא כַּר' יֹאשִׁיָּה דְּמֵיקֵל מִשּׁוּם צַעֲרָא דִּבְהֵמָה וְלָא גָּזְרִינַן מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִים שָׁמְעַת מִינָּהּ דְּלֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנֵי' דְּתַנְיָא בְּהֵמָה שֶׁאֲחָזָהּ דָּם אֵין מַעֲמִידִין אוֹתָהּ בְּמַיִם עַד שֶׁתִּצְטַנֵּן גְּזֵירָה מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִים וְכֵן פָּסַק מהרי"ח דְּקַייְמָא לָן כְּר' יֹאשִׁיָּה דְּמֵיקֵל דְּאֵין אָדָם בָּהוּל כָּל כָּךְ עַל רְפוּאַת בְּהֶמְתּוֹ כֻּולֵּי הַאי דְּנִיחוּשׁ לִשְׁחִיקַת סַמְמָנִין:
Les Sages ont enseigné : on enduit et on gratte pour l'homme, mais on n'enduit pas et on ne gratte pas pour l'animal. Cela vaut seulement quand la plaie est guérie et pour le bien-être ; mais s'il s'agit du début de la plaie et à cause de la souffrance, on gratte aussi pour l'animal. Il a été enseigné : un animal qui a mangé beaucoup de karchinin, on ne le fera pas courir dans la cour pour qu'il se relâche, et Rabbi Yochiya est indulgent. Ravin a enseigné : la halakha est comme Rabbi Yochiya. Et puisque nous retenons que la halakha est comme Rabbi Yochiya, qui est indulgent à cause de la souffrance de l'animal, et que nous ne décrétons pas à cause du broyage des remèdes, tu en déduis que la halakha ne suit pas cette baraita qui enseigne : un animal pris de sang, on ne le met pas dans l'eau pour qu'il se rafraîchisse, par décret à cause du broyage des remèdes. C'est aussi ce qu'a tranché le Mahari H. : nous retenons comme Rabbi Yochiya, qui est indulgent, car l'homme n'est pas pressé à ce point pour soigner son animal, au point que nous devions craindre le broyage des remèdes.
💡 Explication

Rav attribue la discrétion à l'épouse ; Rabbi Hiya répond qu'une femme se couvre naturellement, et que le mérite revient au mari, qui ne cherchait pas à la regarder. Le Ben Yehoyada comprend que l'éloge initial portait sur la pudeur de la femme envers les autres.

Le Roch, placé ici, tranche la sougya du début du daf : on ne décrète pas sur les soins de l'animal, selon Rabbi Yochiya (Ochaya dans nos éditions), et la baraita de l'animal pris de sang n'est pas retenue.

21
זְכָרִים יוֹצְאִין לְבוּבִין. מַאי ״לְבוּבִין״? אָמַר רַב הוּנָא: תּוּתָרֵי. מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״לְבוּבִין״ לִישָּׁנָא דִּקְרוֹבֵי הוּא — דִּכְתִיב: ״לִבַּבְתַּנִי אֲחוֹתִי כַּלָּה״.

Les béliers sortent levouvin. Que signifie levouvin ?

Rav Houna a dit : toutri (attachés par paires). D'où déduit-on que ce levouvin est un terme de rapprochement ?

Car il est écrit : Tu m'as attiré (libavtini), ma sœur, fiancée (Chir ha-Chirim 4,9).

📜 Rachi (2)
תּוּתָרֵי קופל"א שֶׁמְּחַבְּרִין אוֹתָם בְּקֶשֶׁר שְׁנַיִם שְׁנַיִם שֶׁלֹּא יִבְרְחוּ:
Toutri : (en vieux français) couple ; on les relie par un nœud, deux par deux, pour qu'ils ne s'enfuient pas.
לִבַּבְתַּנִי קְרֵבָתֵנִי אֶצְלְךָ מֵחֲמַת נוֹי מַעֲשֶׂיךָ:
Tu m'as attiré : tu m'as rapproché de toi par la beauté de tes actes.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַאי לְבוּבִין אָמַר רַב הוּנָא תּוּתָרֵי פִּי' תּוּתָרֵי מַטְלָנִיּוֹת מְרֻוקָּמוֹת שֶׁמְּייַפִּין בָּהֶן אֶת הַבְּהֵמָה מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי לִבּוּבֵי לִישָּׁנָא דְּקָרוֹבֵי הוּא דִּכְתִיב לִבַּבְתִּנִי אֲחוֹתִי כַלָּה. עֻולָּא אָמַר עוֹר שֶׁקּוֹשְׁרִין לָהֶן כְּנֶגֶד הַלֵּב שֶׁלֹּא יִפְּלוּ עֲלֵיהֶן זְאֵבִים. ר"נ בַּר יִצְחָק אָמַר עוֹר שֶׁקּוֹשְׁרִין לָהֶן תַּחַת זַכְרוּתָן כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲלוּ עַל הַנְּקֵבוֹת מִמַּאי מִדְּתָנֵי סֵיפָא הָרְחֵלוֹת יוֹצְאוֹת שְׁחוּזוֹת מַאי שְׁחוּזוֹת שֶׁאֲחוּזוֹת אַלְיָה שֶׁלָּהֶן לְמַעְלָה כְּדֵי שֶׁיַּעֲלוּ עֲלֵיהֶן הַזְּכָרִים רֵישָׁא כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲלוּ עַל הַנְּקֵבוֹת וְסֵיפָא כְּדֵי שֶׁיַּעֲלוּ עֲלֵיהֶן הַזְּכָרִים וּמַאי מַשְׁמַע דְּהַאי שְׁחוּזוֹת לִישָּׁנָא דְּגָלוּי הוּא דִּכְתִיב וְהִנֵּה אִשָּׁה לִקְרָאתוֹ שִׁית זוֹנָה וּנְצֻורַת לֵב. כְּבוּנוֹת מַאי כְּבוּנוֹת. שֶׁמְּכַבְּנִין אוֹתוֹ לְמֵילָת כְּדִתְנַן שְׂאֵת כְּצֶמֶר לָבָן מַאי צֶמֶר לָבָן א"ר אַסִּי כְּצֶמֶר נָקִי בֶּן יוֹמוֹ שֶׁמְכַבְּנִין אוֹתוֹ לְמֵילָת. וְהָעִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוֹרוֹת וְכוּ' אִיתְּמַר רַב אָמַר הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה וּשְׁמוּאֵל אָמַר אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אָסוּר. וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי אַהָא עִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוּרוֹת לְיַבֵּשׁ אֲבָל לֹא לֵחָלֵב. מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא אָמְרוּ כָּךְ הֲלָכָה אֲבָל מִי מֵפִיס שֶׁזּוֹ לִיבַשׁ וְזוֹ לְחָלָב וּמִתּוֹךְ שֶׁאֵין מַכִּירִין אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אֲסוּרִין. וְאָמַר שְׁמוּאֵל וְאָמְרִי לַהּ אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא. וְרַב אָמַר הֲלָכָה כת"ק. וַהֲלָכָה כְּרַב דְּאָמַר הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר עִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוּרוֹת לְיַבֵּשׁ אֲבָל לֹא לֵחָלֵב דַּהֲלָכָה כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי. וְרַשִׁ"י גָּרַס וְר' יוֹחָנָן אָמַר הֲלָכָה כת"ק וְכֵן כָּתוּב בְּהַרְבֵּה סְפָרִים וּפִי' הֲלָכָה כת"ק דְּמַתְנִי'. וּפִי' אִיכָּא דְמַתְנֵי לַהּ הָא דִּשְׁמוּאֵל אֲבָל לֹא הָא דְּרַב וּלְגִירְסַת זוֹ הֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן לְגַבֵּי רַב וּשְׁמוּאֵל וּמֻותָּר בֵּין לִיבַשׁ בֵּין לְחָלָב. והר"ר יוֹנָה כָּתַב דְּבִירוּשַׁלְמִי מוּכָח דְּר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא מְפָרֵשׁ דִּבְרֵי תַּנָּא קַמָּא. דְּגָרַס הָתָם יָאוּת אָמַר ר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא מַה טַעְמָן דְּרַבָּנָן פִּי' טַעְמָא דְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי לְחָלָב אָסוּר לִיבַשׁ מֻותָּר וַהֲלֹא אֵין מַכִּירִין אוֹתוֹ. מִדְּקָאָמַר מַאי טַעְמָא דְּרַבָּנָן שָׁמְעִינַן מִינָּהּ הֵן הֵן דִּבְרֵי רַבָּנָן הֵן הֵן דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה וְלֹא בָּא רַבִּי יְהוּדָה אֶלָּא לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי חֲכָמִים:
Guemara : que signifie levouvin ? Rav Houna a dit : toutri. Explication : toutri, des pièces d'étoffe brodées dont on embellit l'animal. D'où déduit-on que ce levouvin est un terme de rapprochement ? Car il est écrit : tu m'as attiré, ma sœur, fiancée. Oula a dit : un cuir qu'on leur attache devant le cœur, pour que les loups ne se jettent pas sur eux. Rav Nahman bar Yitshak a dit : un cuir qu'on leur attache sous leur organe mâle, pour qu'ils ne montent pas sur les femelles. D'où (le sait-on) ? De ce qu'il enseigne dans la suite : les brebis sortent chehouzot. Que signifie chehouzot ? Qu'on leur tient la queue relevée pour que les mâles montent sur elles. Le début : pour qu'ils ne montent pas sur les femelles ; la suite : pour que les mâles montent sur elles. D'où déduit-on que ce chehouzot est un terme de dévoilement ? Car il est écrit : et voici une femme à sa rencontre, en tenue de prostituée, au cœur dissimulé. Kevounot : que signifie kevounot ? Qu'on les enveloppe pour (obtenir de la laine de) milet, comme nous avons appris : une tache blanche comme la laine blanche. Que signifie laine blanche ? Rabbi Assi a dit : comme une laine propre d'un jour, qu'on enveloppe pour (en faire du) milet. Et les chèvres sortent attachées, etc. Il a été dit : Rav a dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda ; et Chmouel a dit : dans un cas comme dans l'autre, c'est interdit. Et certains enseignent cela à propos de ceci : les chèvres sortent attachées pour sécher, mais non pour le lait. Au nom de Rabbi Yehouda ben Betera on a dit : telle est la halakha ; mais qui tire au sort (pour savoir) que celle-ci est pour sécher et celle-là pour le lait ? Et puisqu'on ne les distingue pas, dans un cas comme dans l'autre elles sont interdites. Et Chmouel a dit, et certains disent : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Yehouda ben Betera. Et Rav a dit : la halakha est comme le Tanna kama. Et la halakha est comme Rav, qui a dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda, qui dit : les chèvres sortent attachées pour sécher, mais non pour le lait ; car la halakha suit Rav dans les interdits. Mais Rachi a la version : et Rabbi Yo'hanan a dit : la halakha est comme le Tanna kama ; c'est aussi écrit dans de nombreux livres, et il explique : la halakha est comme le Tanna kama de notre michna. Et il explique : certains enseignent cela, celui de Chmouel, mais non celui de Rav. Selon cette version, la halakha suit Rabbi Yo'hanan face à Rav et Chmouel, et c'est permis, que ce soit pour sécher ou pour le lait. Et Rabbenou Yona a écrit que, dans le Yerouchalmi, il est prouvé que Rabbi Yehouda ben Betera explique les paroles du Tanna kama. Car on y lit : Rabbi Yehouda ben Betera a bien dit : quelle est la raison des Sages ? Explication : la raison des Sages qui disent : pour le lait c'est interdit, pour sécher c'est permis ; or on ne les distingue pas ! Puisqu'il dit : quelle est la raison des Sages, on en déduit que les paroles des Sages sont celles de Rabbi Yehouda, et que Rabbi Yehouda ne vient qu'expliquer les paroles des Sages.
💡 Explication

Retour à la michna : les béliers (zekharim) sortent levouvin. Rav Houna l'explique par toutri : Rachi y voit des béliers attachés par paires, le Roch des étoffes brodées servant d'ornement. Le sens de rapprochement vient de libavtini.

Le Roch rapporte ensuite la halakha sur les chèvres attachées : selon sa version, on suit Rav (livach permis, lihalev interdit) ; selon celle de Rachi, Rabbi Yo'hanan permet dans les deux cas.

22
עֻולָּא אָמַר: עוֹר שֶׁקּוֹשְׁרִין לָהֶם כְּנֶגֶד לִבָּם — כְּדֵי שֶׁלֹּא יִפְּלוּ עֲלֵיהֶן זְאֵבִים. זְאֵבִים — אַזְּכָרִים נָפְלִי, אַנְּקֵיבוֹת לָא נָפְלִי? מִשּׁוּם דִּמְסַגּוּ בְּרֵישׁ עֶדְרָא. וְזָאבֵין — בְּרֵישׁ עֶדְרָא נָפְלִי, בְּסוֹף עֶדְרָא לָא נָפְלִי? אֶלָּא: מִשּׁוּם דִּשְׁמִינִי. וּבִנְקֵבוֹת לֵיכָּא דִּשְׁמִינָן? וְתוּ, מִי יָדְעִי בֵּין הָנֵי לְהָנֵי? אֶלָּא מִשּׁוּם דְּזָקְפִי חֻוטְמַייְהוּ וּמְסַגּוּ כִּי דָּווּ.

Oula a dit : un cuir qu'on leur attache devant le cœur, pour que les loups ne se jettent pas sur eux. Les loups se jettent sur les mâles, et sur les femelles ne se jettent-ils pas ?

(C'est) parce qu'ils marchent en tête du troupeau. Et les loups se jettent en tête du troupeau, et à la fin du troupeau ne se jettent-ils pas ?

Mais (c'est) parce qu'ils sont gras. Et parmi les femelles, n'y en a-t-il pas de grasses ?

Et de plus, savent-ils (distinguer) entre celles-ci et celles-là ? Mais (c'est) parce qu'ils lèvent le nez et marchent en regardant (de tous côtés).

📜 Rachi (5)
דֶּרֶךְ זְאֵבִים לֶאֱחֹוז בְּהֵמָה בְּלִבָּהּ:
Les loups ont l'habitude de saisir l'animal au cœur.
אַנְּקֵבוֹת לָא נָפְלִי בִּתְמִיהַּ:
Et sur les femelles ne se jettent-ils pas : sous forme d'étonnement.
דִּמְסַגֵּי מְהַלְּכִין:
Ils marchent : ils avancent.
בְּסוֹף עֶדְרָא לָא נָפְלִי בִּתְמִיהַּ:
Et à la fin du troupeau ne se jettent-ils pas : sous forme d'étonnement.
כִּי דָּווּ מַבִּיטִין כָּאן וְכָאן לְפִיכָךְ מִתְקַנְּאִין בָּהֶם כִּסְבוּרִים שֶׁרוֹצִים לְהִלָּחֵם בָּהֶם:
En regardant : ils regardent ici et là ; c'est pourquoi (les loups) s'irritent contre eux, pensant qu'ils veulent les combattre.
💡 Explication

Pour Oula, levouvin vient de lev (cœur) : une protection de cuir sur la poitrine, la où le loup attaque. La guemara cherche pourquoi seuls les béliers en portent et rejette deux raisons (position en tête, embonpoint) avant de retenir leur allure : nez levé, regard de côté, que le loup prend pour une provocation.

23
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: עוֹר שֶׁקּוֹשְׁרִין לָהֶן תַּחַת זַכְרוּתָן כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲלוּ עַל הַנְּקֵבוֹת. מִמַּאי? — מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: וְהָרְחֵלִים יוֹצְאוֹת שְׁחוּזוֹת. מַאי ״שְׁחוּזוֹת״ — שֶׁאוֹחֲזִין הָאַלְיָה שֶׁלָּהֶן לְמַעְלָה כְּדֵי שֶׁיַּעֲלוּ עֲלֵיהֶן זְכָרִים. רֵישָׁא כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲלוּ עַל הַנְּקֵבוֹת, וְסֵיפָא כְּדֵי שֶׁיַּעֲלוּ עֲלֵיהֶן זְכָרִים.

Rav Nahman bar Yitshak a dit : un cuir qu'on leur attache sous leur organe mâle, pour qu'ils ne montent pas sur les femelles. D'où (le sait-on) ?

De ce qu'il enseigne dans la suite : et les brebis sortent chehouzot. Que signifie chehouzot ?

Qu'on tient leur queue relevée pour que les mâles montent sur elles. Le début : pour qu'ils ne montent pas sur les femelles ; et la suite : pour que les mâles montent sur elles.

📜 Rachi (1)
אֵלִיָּה זָנָב שֶׁלָּהֶן קוֹשְׁרִים כְּלַפֵּי גַּבָּן שֶׁלֹּא יְכַסֶּה עֶרְוָתָן:
Queue : on attache leur queue vers leur dos, pour qu'elle ne couvre pas leur nudité.
🗂️ Tossefot (2)
שֶׁקּוֹשְׁרִין לָהֶן כְּנֶגֶד זַכְרוּתָן כו' וּלְשׁוֹן לְבוּבִין הָוֵי שֶׁלֹּא לְקָרֵב כְּמוֹ וּבְכָל תְּבוּאָתִי תְּשָׁרֵשׁ (אִיּוֹב לד) וְכָמוֹהוּ הַרְבֵּה:
Qu'on leur attache devant leur organe mâle, etc. : et le terme levouvin signifie alors ne pas rapprocher, comme (le verset) : et elle déracinerait toute ma récolte (Iyov 31,12), et il y en a beaucoup de semblables.
מִמַּאי מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא טְפֵי הָוֵי לֵיהּ לְאֵתוּיֵי כְּבוּלוֹת דְּהָוֵי מַמָּשׁ כְּעֵין זֶה אֶלָּא מִשּׁוּם דִּשְׁחוּזוֹת הָוֵי בְּרֵישָׁא:
D'où (le sait-on) ? De ce qu'il enseigne dans la suite : il aurait été préférable de citer kevoulot, qui ressemble tout à fait à ceci ; mais (il a cité chehouzot) parce que chehouzot est au début.
💡 Explication

Pour Rav Nahman bar Yitshak, levouvin désigne un cuir qui empêche l'accouplement. Il le prouve par la structure de la michna : la suite (sefa) parle des brebis chehouzot, préparées pour l'accouplement ; le début (recha) traite donc du cas inverse. Tossefot explique le sens privatif du mot (comme techarech, déraciner).

24
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״שְׁחוּזוֹת״ לִישָּׁנָא דִּגְלוּיֵי הוּא? — דִּכְתִיב: ״וְהִנֵּה אִשָּׁה לִקְרָאתוֹ

D'où déduit-on que ce chehouzot est un terme de dévoilement ? Car il est écrit : et voici une femme à sa rencontre...

💡 Explication

Le verset (Michle 7,10), qui se poursuit en 54a, décrit une femme en tenue de prostituée (chit zona) : le terme chehouzot est rapproché de l'idée de dévoilement.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).