Shabbat 54a — Kavoul, chèvres tserourot et chameaux entravés : ce qui n'est pas permis à l'animal

Shabbat 54a

Sougya : Fin de l'explication des termes de la michna précédente : kevoulot (queue des brebis attachée vers le bas), rattaché au 'pays de Kavoul' donné par Chlomo à Hiram, et kevounot (brebis enveloppées pour une laine fine). La Guemara rapporte ensuite la discussion sur les chèvres au pis attaché (tserourot) : Rav suit R.

Yehouda, Chmouel interdit tout, R. Yo'hanan permet tout.

Commence alors la michna Bameh einah yotsa : le chameau ne sort ni avec une metoultelet ni entravé (akoud, ragoul), et l'on ne tire pas des chameaux attachés l'un à l'autre. La Guemara définit akoud selon Rav Yehouda, explique l'interdit d'attacher les chameaux (air d'aller au marché), puis Rav Achi rattache l'interdit d'enrouler les cordes aux kilayim de laine et de lin ; Chmouel limite enfin la longueur de corde qui dépasse de la main.

Akoud et ragoul : comment on entrave le chameauAKOUD selon Rav Yehouda1 patte avant + 1 patte arrièreavantarrièreAKOUD selon l'autre baraitaaussi : 2 avant ensemble / 2 arrièreavantarrièreRAGOUL (tous d'accord)patte avant repliée et attachéeavantarrièrecomme la akeda de YitshakRav Yehouda ne suit pas ce tannail ne lui reste que 3 pattesDans tous les cas : sortie interdite dans le domaine public le Chabbat(entrave de garde, qui n'est ni vêtement ni protection de l'animal)
Les ligatures de la michna : akoud (entrave de deux pattes) et ragoul (patte avant repliée). Rav Yehouda suit la baraita qui limite akoud à une patte avant et une patte arrière, comme la ligature de Yitshak.
Chèvres au pis attaché (tserourot) : qui permet quoi ?Pour tarir (livech)le lait s'arrêtePour le lait (lehalav)le lait ne coule pas au solTanna kamma (michna)permispermisR. Yehouda (michna)permisinterditR. Yossi (michna)interdit (peur qu'il tombe)interditR. Yehouda ben Beterapermis en droit, mais...interditRYBB : qui peut tirer au sort (mi mefis) lequel est pour tarir ? -> les deux interditsDécisions : Rav = R. Yehouda | Chmouel = R. Yossi / RYBB (tout interdit) | R. Yo'hanan = Tanna kammaRoch : halakha comme Rav dans les interdits (issourim) ; selon la version de Rachi, comme R. Yo'hanan
Les chèvres tserourot : la michna (52b) oppose le Tanna kamma, R. Yehouda et R. Yossi ; la baraita ajoute R. Yehouda ben Betera. Les amoraim Rav, Chmouel et R. Yohanan tranchent chacun différemment.
Pourquoi ne pas enrouler les cordes ? (Rav Achi)Michna : cordes dans la main = permispourvu qu'il ne les enroule pasRav Achi : un interdit de kilayim, sans lien avec le ChabbatKilayim homme + animal ?Réfute : l'homme peut laboureret tirer avec tout animalKilayim des cordes ?corde de laine + corde de linObjection : une seule attache (tekhifa)ne forme pas une jonction (hibour)Conclusion : 'qu'il n'enroule pas ET ne noue pas'enrouler + nouer = deux attaches = jonction de kilayim
Rav Achi : l'interdit d'enrouler les cordes relève des kilayim (laine et lin), et seulement si l'on enroule et noue, ce qui fait deux attaches.
1
שִׁית זוֹנָה וּנְצֻורַת לֵב״.

(...) 'en tenue de prostituée (chit zona) et le cœur rusé' (Michle 7, 10).

📜 Rachi (2)
שִׁית זוֹנָה נוֹטָרִיקוֹן דִּשְׁחוּזוֹת:
Chit zona : c'est le notarikon (acronyme) de chehouzot.
שִׁית בֵּית הַבֹּשֶׁת:
Chit : les parties intimes (beit habochet).
💡 Explication

Fin de la discussion de 53b sur le mot chehouzot (brebis dont la queue est attachée vers le haut, pour que les mâles les couvrent). Le mot se lit comme un notarikon : chit zona, la tenue qui découvre. Le sens retenu est donc celui du dévoilement.

2
הָרְחֵלִים יוֹצְאוֹת כְּבוּלוֹת. מַאי ״כְּבוּלוֹת״? — שֶׁמְּכַבְּלִין אַלְיָה שֶׁלָּהֶן לְמַטָּה כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲלוּ עֲלֵיהֶן זְכָרִים. מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״כָּבוּל״ לִישָּׁנָא דְּלָא עָבֵיד פֵּירֵי הוּא — דִּכְתִיב: ״מָה הֶעָרִים [הָאֵלֶּה] אֲשֶׁר נָתַתָּ לִי אָחִי וַיִּקְרָא לָהֶן אֶרֶץ כָּבוּל עַד הַיּוֹם הַזֶּה״.

Les brebis sortent kevoulot. Que signifie kevoulot ?

Qu'on attache leur queue (aliya) vers le bas, pour que les mâles ne montent pas sur elles. D'où déduit-on que ce terme kavoul exprime (une chose) qui ne produit pas de fruits ?

Car il est écrit : 'Que sont ces villes que tu m'as données, mon frère ? Et il les appela pays de Kavoul, jusqu'à ce jour' (Rois I 9, 13).

📜 Rachi (2)
שֶׁכְּבוּלִין לְשׁוֹן כִּבְלִי בַּרְזֶל קְשׁוּרָה:
Chekevoulin : terme de chaînes de fer (kavlei barzel) ; (la queue est) attachée.
וַיִּקְרָא לָהֶם בְּעֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם עִיר שֶׁנָּתַן שְׁלֹמֹה לְחִירָם מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
Et il les appela : le verset parle des vingt-deux villes que Chlomo donna à Hiram.
💡 Explication

Deuxième terme de la michna : kevoulot. On attache la queue de la brebis vers le bas pour empêcher l'accouplement. La racine k-v-l désigne un lien (kevel, chaîne) et, par extension, ce qui reste stérile. Preuve : le pays de Kavoul, que Hiram roi de Tsor jugea sans valeur.

3
מַאי ״אֶרֶץ כָּבוּל״? אָמַר רַב הוּנָא: שֶׁהָיוּ בָּהּ בְּנֵי אָדָם שֶׁמְּכֻובָּלִין בְּכֶסֶף וּבְזָהָב. אֲמַר לֵיהּ רָבָא: אִי הָכִי, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״(כִּי לֹא) יָשְׁרוּ בְּעֵינָיו״ — מִפְּנֵי שֶׁמְּכֻובָּלִין בְּכֶסֶף וּבְזָהָב לֹא יָשְׁרוּ בְּעֵינָיו? אֲמַר לֵיהּ: אִין, כֵּיוָן דְּעַתִּירֵי וּמְפַנְּקִי, לָא עָבְדִי עֲבִידְתָּא.

Que signifie 'pays de Kavoul' ? Rav Houna dit : qu'il s'y trouvait des gens 'liés' (mekhoubalin) dans l'argent et dans l'or.

Rava lui dit : s'il en est ainsi, est-ce ce qui est écrit : 'Elles ne plurent pas à ses yeux' (ibid. 9, 12) ?

Parce qu'ils étaient liés dans l'argent et dans l'or, elles ne plurent pas à ses yeux ?! Il lui dit : oui ; puisqu'ils sont riches et délicats, ils ne font pas de travail.

📜 Rachi (2)
מְכֻובָּלִין מְעֻוטָּפִין וּמְקֻושָּׁרִין:
Mekhoubalin : enveloppés et liés.
עֲבִידְתָּא אַנִּגְרַיָּא שֶׁל מֶלֶךְ:
Avidata (travail) : la corvée (angaria) du roi.
💡 Explication

Selon Rav Houna, Kavoul vient de ce que les habitants étaient comme entourés d'or et d'argent. Rava s'étonne : une telle richesse aurait dû plaire à Hiram. Réponse : des gens riches et habitués au confort ne servent pas à la corvée royale (angaria), et c'est ce que cherchait Hiram.

4
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: אֶרֶץ חוֹמְטוֹן הָיְתָה. וְאַמַּאי קָרֵי לָהּ ״כָּבוּל״ — דְּמִשְׂתָּרְגָא בַּהּ כַּרְעָא עַד כַּבְלָא. וְאָמְרִי אִינָשֵׁי: אַרְעָא מְכַבַּלְתָּא דְּלָא עָבְדָא פֵּירֵי.

Rav Nahman bar Yitshak dit : c'était une terre de sable (homton). Et pourquoi l'appelle-t-on Kavoul ?

Parce que la jambe s'y enfonce jusqu'au kavla (la cheville). Et les gens disent : une terre 'liée' (mekhabelta), qui ne donne pas de fruits.

📜 Rachi (3)
חוֹמְטוֹן מְלֵחָה וּמִתְבַּקַּעַת:
Homton : salée et crevassée.
דְּמִשְׁתַּרְגָא בָּהּ כַּרְעָא טוֹבַעַת בָּהּ הָרֶגֶל:
Dimichtarga bah kar'a : le pied s'y enfonce.
עַד כַּבְלָא פֶּרֶק הַתַּחְתּוֹן שֶׁקּוֹרִין קויל"ה:
Ad kavla : l'articulation inférieure, qu'on appelle cheville (kevile, en vieux français).
🗂️ Tossefot (1)
עַד כַּבְלָא מְפָרֵשׁ רִ"י עַד הַשּׁוּק כִּדְאָמַר בְּפֶ' בַּמֶּה אִשָּׁה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף כג:) בִּירִית בְּאַחַת כְּבָלִים בִּשְׁתַּיִם שֶׁמַּנִּיחִין הַכְּבָלִים בַּשּׁוּק:
Ad kavla : le Ri explique : jusqu'à la jambe (chok), comme on dit au chapitre Bameh icha (plus loin, Chabbat 63b) : 'une birit (jarretière) sur une (jambe), des kevalim sur les deux', car on place les kevalim sur la jambe.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitshak propose une lecture agricole : un sol sableux où le pied s'enfonce jusqu'au kavla. Rachi y voit la cheville ; Tossefot (le Ri) la jambe, la où l'on met les kevalim (chaînettes). L'expression populaire 'terre liée' confirme que kavoul désigne ce qui ne produit rien, ce qui convient aux brebis kevoulot.

🖼️ Schéma
Eretz Kavoul (Rois I 9) : pourquoi ce nom ?Rav Hounahabitants 'liés' (mekhoubalin)dans l'argent et l'orriches et délicats,ils ne font pas la corvée du roi-> Hiram n'en veut pasRav Nahman bar Yitshakterre de sable (homton)le pied s'enfoncejusqu'au kavla (cheville)terre 'liée' = sans fruits-> sens du mot kevoulot
Deux explications du nom Kavoul : la richesse qui rend les habitants inutiles au roi (Rav Houna), ou le sol sableux et stérile (Rav Nahman bar Yitshak).
5
כְּבוּנוֹת. מַאי ״כְּבוּנוֹת״? — שֶׁמְּכַבְּנִין אוֹתָן לְמֵילָת. כְּדִתְנַן: שְׂאֵת — כְּצֶמֶר לָבָן. מַאי צֶמֶר לָבָן? אָמַר רַב בִּיבִי בַּר אַבָּיֵי: כְּצֶמֶר נָקִי בֶּן יוֹמוֹ שֶׁמְכַבְּנִין אוֹתוֹ לְמֵילָת.

Kevounot. Que signifie kevounot ?

Qu'on les enveloppe (mekhabnin) pour (obtenir) de la laine fine (milat). Comme nous l'avons appris : seet (tache de lèpre) est comme de la laine blanche.

Qu'est-ce que la laine blanche ? Rav Bivai bar Abaye dit : comme de la laine propre d'un (agneau) d'un jour, qu'on enveloppe pour (obtenir) de la laine fine.

📜 Rachi (3)
שֶׁמְּכַבְּנִין קוֹשְׁרִין בֶּגֶד סְבִיבוֹ בַּיּוֹם שֶׁנּוֹלַד שֶׁצַּמְרוֹ נָקִי וּמְשַׁמֵּר צַמְרוֹ שֶׁלֹּא יְטַנֵּף:
Chemekhabnin : on attache un vêtement autour de lui le jour de sa naissance, pour que sa laine soit propre ; on protège sa laine pour qu'elle ne se salisse pas.
מְכַבְּנִין עַל שֶׁעוֹשִׂין כְּמִין קַרְסֵי מַתֶּכֶת לְחַבֵּר הַבֶּגֶד כְּמוֹ תִּנָּתֵן כְּבֵינָתִי לְבִתִּי (גִּיטִּין דַּף טו.) נושק"א בְּלַעַ"ז:
Mekhabnin : parce qu'on fait des sortes d'agrafes de métal pour fixer le vêtement, comme 'donnez ma broche (kevinati) à ma fille' (Guittin 15a) ; nouche (fermoir) en langue étrangère.
לְמֵילָת לַעֲשׂוֹת מִצַּמְרוֹ כְּלֵי מֵילָת:
Lemilat : pour faire de sa laine des vêtements de milat (laine fine).
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַאי לְבוּבִין אָמַר רַב הוּנָא תּוּתָרֵי פִּי' תּוּתָרֵי מַטְלָנִיּוֹת מְרֻוקָּמוֹת שֶׁמְּייַפִּין בָּהֶן אֶת הַבְּהֵמָה מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי לִבּוּבֵי לִישָּׁנָא דְּקָרוֹבֵי הוּא דִּכְתִיב לִבַּבְתִּנִי אֲחוֹתִי כַלָּה. עֻולָּא אָמַר עוֹר שֶׁקּוֹשְׁרִין לָהֶן כְּנֶגֶד הַלֵּב שֶׁלֹּא יִפְּלוּ עֲלֵיהֶן זְאֵבִים. ר"נ בַּר יִצְחָק אָמַר עוֹר שֶׁקּוֹשְׁרִין לָהֶן תַּחַת זַכְרוּתָן כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲלוּ עַל הַנְּקֵבוֹת מִמַּאי מִדְּתָנֵי סֵיפָא הָרְחֵלוֹת יוֹצְאוֹת שְׁחוּזוֹת מַאי שְׁחוּזוֹת שֶׁאֲחוּזוֹת אַלְיָה שֶׁלָּהֶן לְמַעְלָה כְּדֵי שֶׁיַּעֲלוּ עֲלֵיהֶן הַזְּכָרִים רֵישָׁא כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲלוּ עַל הַנְּקֵבוֹת וְסֵיפָא כְּדֵי שֶׁיַּעֲלוּ עֲלֵיהֶן הַזְּכָרִים וּמַאי מַשְׁמַע דְּהַאי שְׁחוּזוֹת לִישָּׁנָא דְּגָלוּי הוּא דִּכְתִיב וְהִנֵּה אִשָּׁה לִקְרָאתוֹ שִׁית זוֹנָה וּנְצֻורַת לֵב. כְּבוּנוֹת מַאי כְּבוּנוֹת. שֶׁמְּכַבְּנִין אוֹתוֹ לְמֵילָת כְּדִתְנַן שְׂאֵת כְּצֶמֶר לָבָן מַאי צֶמֶר לָבָן א"ר אַסִּי כְּצֶמֶר נָקִי בֶּן יוֹמוֹ שֶׁמְכַבְּנִין אוֹתוֹ לְמֵילָת. וְהָעִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוֹרוֹת וְכוּ' אִיתְּמַר רַב אָמַר הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה וּשְׁמוּאֵל אָמַר אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אָסוּר. וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי אַהָא עִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוּרוֹת לְיַבֵּשׁ אֲבָל לֹא לֵחָלֵב. מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא אָמְרוּ כָּךְ הֲלָכָה אֲבָל מִי מֵפִיס שֶׁזּוֹ לִיבַשׁ וְזוֹ לְחָלָב וּמִתּוֹךְ שֶׁאֵין מַכִּירִין אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אֲסוּרִין. וְאָמַר שְׁמוּאֵל וְאָמְרִי לַהּ אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא. וְרַב אָמַר הֲלָכָה כת"ק. וַהֲלָכָה כְּרַב דְּאָמַר הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר עִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוּרוֹת לְיַבֵּשׁ אֲבָל לֹא לֵחָלֵב דַּהֲלָכָה כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי. וְרַשִׁ"י גָּרַס וְר' יוֹחָנָן אָמַר הֲלָכָה כת"ק וְכֵן כָּתוּב בְּהַרְבֵּה סְפָרִים וּפִי' הֲלָכָה כת"ק דְּמַתְנִי'. וּפִי' אִיכָּא דְמַתְנֵי לַהּ הָא דִּשְׁמוּאֵל אֲבָל לֹא הָא דְּרַב וּלְגִירְסַת זוֹ הֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן לְגַבֵּי רַב וּשְׁמוּאֵל וּמֻותָּר בֵּין לִיבַשׁ בֵּין לְחָלָב. והר"ר יוֹנָה כָּתַב דְּבִירוּשַׁלְמִי מוּכָח דְּר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא מְפָרֵשׁ דִּבְרֵי תַּנָּא קַמָּא. דְּגָרַס הָתָם יָאוּת אָמַר ר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא מַה טַעְמָן דְּרַבָּנָן פִּי' טַעְמָא דְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי לְחָלָב אָסוּר לִיבַשׁ מֻותָּר וַהֲלֹא אֵין מַכִּירִין אוֹתוֹ. מִדְּקָאָמַר מַאי טַעְמָא דְּרַבָּנָן שָׁמְעִינַן מִינָּהּ הֵן הֵן דִּבְרֵי רַבָּנָן הֵן הֵן דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה וְלֹא בָּא רַבִּי יְהוּדָה אֶלָּא לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי חֲכָמִים:
Guemara. Que signifie levouvin ? Rav Houna dit : toutarei. Explication : toutarei, ce sont des pièces d'étoffe brodées avec lesquelles on embellit l'animal. D'où déduit-on que ce terme levouvei exprime le rapprochement ? Car il est écrit : 'Tu m'as pris le cœur (libavtini), ma sœur, fiancée' (Chir Hachirim 4, 9). Oula dit : une peau qu'on leur attache face au cœur, pour que les loups ne se jettent pas sur eux. Rav Nahman bar Yitshak dit : une peau qu'on leur attache sous leur organe mâle, pour qu'ils ne montent pas sur les femelles. D'où (le sait-on) ? De ce qu'il enseigne dans la suite : les brebis sortent chehouzot. Que signifie chehouzot ? Qu'on attache leur queue vers le haut, pour que les mâles montent sur elles. Le début (de la michna vise à ce) qu'ils ne montent pas sur les femelles, et la suite à ce que les mâles montent sur elles. Et d'où déduit-on que ce terme chehouzot exprime le dévoilement ? Car il est écrit : 'Et voici une femme à sa rencontre, en tenue de prostituée (chit zona) et le cœur rusé.' Kevounot : que signifie kevounot ? Qu'on les enveloppe pour (obtenir) de la laine fine, comme nous l'avons appris : seet est comme de la laine blanche. Qu'est-ce que la laine blanche ? Rav Assi dit : comme de la laine propre d'un (agneau) d'un jour, qu'on enveloppe pour (obtenir) de la laine fine. Et les chèvres sortent tserourot, etc. Il a été dit : Rav dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda ; et Chmouel dit : l'un et l'autre sont interdits. Et certains l'enseignent sur ceci : les chèvres sortent tserourot pour tarir, mais non pour (garder) le lait. Au nom de Rabbi Yehouda ben Betera on a dit : telle est la halakha, mais qui tire au sort (mi mefis) (pour savoir) que celle-ci est pour tarir et celle-là pour le lait ? Et puisqu'on ne les distingue pas, l'un et l'autre sont interdits. Et Chmouel dit, et certains disent : Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Yehouda ben Betera. Et Rav dit : la halakha est comme le Tanna kamma. Et la halakha est comme Rav, qui dit que la halakha est comme Rabbi Yehouda, (lequel) dit : les chèvres sortent tserourot pour tarir mais non pour le lait ; car la halakha suit Rav dans les interdits (issourim). Et Rachi a la version : 'et Rabbi Yo'hanan dit : la halakha est comme le Tanna kamma', et c'est ainsi écrit dans beaucoup de livres ; il explique : la halakha est comme le Tanna kamma de la michna. Et il explique que 'certains l'enseignent' porte sur (l'enseignement) de Chmouel, mais non sur celui de Rav. Selon cette version, la halakha est comme Rabbi Yo'hanan face à Rav et Chmouel, et c'est permis aussi bien pour tarir que pour le lait. Et Rabbenou Yona a écrit que dans le Yerouchalmi il est prouvé que Rabbi Yehouda ben Betera explique les paroles du Tanna kamma. Car on y lit : 'Rabbi Yehouda ben Betera a bien dit : quelle est la raison des Rabbanan ?' Explication : la raison des Rabbanan, qui disent que pour le lait c'est interdit et pour tarir c'est permis ; or on ne les distingue pas ! Du fait qu'il dit 'quelle est la raison des Rabbanan', on en déduit que les paroles des Rabbanan sont celles de Rabbi Yehouda, et que Rabbi Yehouda n'est venu qu'expliquer les paroles des Sages.
💡 Explication

Kevounot : des brebis enveloppées dès la naissance d'un tissu fixé par des agrafes, pour garder leur laine propre et en faire du milat (laine fine). La preuve vient des lois de la lèpre : la tache seet a la blancheur de cette laine d'un jour. Ce tissu protège l'animal : il reste donc permis de sortir avec le Chabbat.

Le Roch résume ici toute la sougya depuis 53b et tranche la question des chèvres tserourot (voir segments suivants).

6
וְהָעִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוֹרוֹת. אִיתְּמַר, רַב אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי.

Et les chèvres sortent tserourot. Il a été dit : Rav dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda ; et Chmouel dit : la halakha est comme Rabbi Yossi.

💡 Explication

Rappel de la michna (52b) : les chèvres sortent tsérourot (le pis attaché). R. Yossi interdit ; R. Yehouda distingue : permis si l'on attache pour tarir le lait (le lien est serré et ne tombe pas), interdit si c'est pour garder le lait (lien lâche, qui risque de tomber). Première version de la décision : Rav suit R. Yehouda, Chmouel suit R. Yossi.

7
וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לְהָא שְׁמַעְתָּא בְּאַפֵּי נַפְשַׁיהּ. רַב אָמַר: לְיַבֵּשׁ מֻותָּר וְלֹא לֵחָלֵב, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אָסוּר.

Et certains enseignent cet enseignement séparément : Rav dit : pour tarir, c'est permis, mais non pour le lait ; et Chmouel dit : l'un et l'autre sont interdits.

📜 Rachi (1)
בְּאַנְפֵּי נַפְשָׁהּ וְלָא אַפְּלוּגְתָּא דְּמַתְנִי':
Be'anpei nafcha (séparément) : et non sur la controverse de la michna.
🗂️ Tossefot (1)
רַב אָמַר לְיַבֵּשׁ מֻותָּר כּוּ' וְא"ת לֵימָא מָר הֲלָכָה כְּמָר וְי"ל מִשּׁוּם דְּאִיכָּא דִּמְפַכֵּי לְהוּ לְתַנָּאֵי:
Rav dit : pour tarir, c'est permis, etc. Et si tu demandes : qu'il dise (simplement) 'la halakha est comme untel' ? On peut répondre : parce qu'il y a (des gens) qui inversent (les positions de) ces Tannaim.
💡 Explication

Deuxième version : Rav et Chmouel donnent leur avis sans le rattacher à la controverse des Tannaim. Le contenu est le même : Rav distingue, Chmouel interdit tout. Tossefot explique ce choix : certains intervertissent les noms des Tannaim, et une formulation directe évite l'erreur.

8
וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לָהּ אַהָא: עִזִּים יוֹצְאוֹת צְרוּרוֹת לְיַבֵּשׁ אֲבָל לֹא לֵחָלֵב. מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא אָמְרוּ: כָּךְ הֲלָכָה, אֲבָל מִי מֵפִיס אֵיזוֹ לְיַבֵּשׁ וְאֵיזוֹ לֵחָלֵב? וּמִתּוֹךְ שֶׁאֵין מַכִּירִים, אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אָסוּר. אָמַר שְׁמוּאֵל: וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא. כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּתַנָּא קַמָּא.

Et certains l'enseignent sur ceci : les chèvres sortent tsérourot pour tarir, mais non pour le lait. Au nom de Rabbi Yehouda ben Betera on a dit : telle est la halakha, mais qui tire au sort (pour savoir) laquelle est pour tarir et laquelle pour le lait ?

Et puisqu'on ne les distingue pas, l'une et l'autre sont interdites. Chmouel dit, et certains disent : Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Yehouda ben Betera.

Quand Ravin vint, il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est comme le Tanna kamma.

📜 Rachi (4)
וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לְהָא דִּשְׁמוּאֵל אַהָא:
Et certains l'enseignent : (l'enseignement) de Chmouel, sur ceci.
כָּךְ הֲלָכָה דִּלְיַבֵּשׁ מֻותָּר וְלֵחָלֵב אָסוּר:
Telle est la halakha : pour tarir, c'est permis, et pour le lait, c'est interdit.
אֲבָל מִי מֵפִיס מִי מֵטִיל גּוֹרָל וּמַבְחִין אֵיזוֹ לְיַבֵּשׁ וְאֵיזוֹ לֵחָלֵב וְהָרוֹאֶה אוֹתָם צְרוֹרוֹת לִיבַשׁ אוֹמֵר דְּלַחְלֹב הוּא וְאָתֵי לְמִישְׁרֵי תַּרְוַוייְהוּ:
Mais qui tire au sort : qui jette un sort et distingue laquelle est pour tarir et laquelle pour le lait ? Celui qui les voit attachées pour tarir dira que c'est pour le lait, et on en viendra à permettre les deux.
כת"ק דְּמַתְנִי' דְּשָׁרֵי בְּתַרְוַיְיהוּ:
Comme le Tanna kamma : de la michna, qui permet dans les deux cas.
🗂️ Tossefot (2)
הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא הָא דִּנְקַט ר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָה וְלָא נְקַט ר' יוֹסֵי מִשּׁוּם דִּבְמָקוֹם שֶׁאֵין עוֹשִׂין כְּלָל אֶלָּא כְּדֵי לִיבַשׁ שָׁרִי ר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא דְּלָא שַׁיָּיךְ הָתָם מִי מֵפִיס וְר' יוֹסֵי אוֹסֵר מִשּׁוּם דִּילְמָא נָפֵיל:
La halakha est comme Rabbi Yehouda ben Betera : s'il a cité Rabbi Yehouda ben Betera et non Rabbi Yossi, c'est que, dans un endroit où l'on n'attache que pour tarir, Rabbi Yehouda ben Betera permet, car 'qui tire au sort' ne s'applique pas là ; alors que Rabbi Yossi interdit (même là), de peur que (le lien) tombe.
ר"ת גָּרֵיס אָמַר רַב הֲלָכָה כת"ק וּשְׁמוּאֵל אָמַר כוּ' וְכֵן כִּי אֲתָא רָבִין א"ר יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּתַנָּא קַמָּא וְאָתֵי שַׁפִּיר אִיכָּא דְמַתְנֵי לַהּ לִדְרַב וּשְׁמוּאֵל דִּלְעֵיל אַהָא:
Rabbenou Tam a la version : 'Rav dit : la halakha est comme le Tanna kamma, et Chmouel dit, etc.' ; et de même : 'quand Ravin vint, (il dit au nom de) Rabbi Yo'hanan : la halakha est comme le Tanna kamma'. Ainsi s'explique bien (l'expression) 'certains l'enseignent sur ceci', (qui porte) sur (les avis) de Rav et Chmouel cités plus haut.
💡 Explication

Troisième version : une baraita où R. Yehouda ben Betera admet la distinction en droit strict, mais interdit tout par gezera : l'observateur ne peut pas distinguer (mi mefis, 'qui tire au sort ?'). Chmouel suit RYBB. R. Yo'hanan permet tout, comme le Tanna kamma de la michna.

Nafka mina entre R. Yossi et RYBB (Tossefot) : là où l'on n'attache jamais que pour tarir, RYBB permet ; R. Yossi interdit encore, par crainte que le lien tombe.

9
מַתְנִי׳ וּבַמָּה אֵינָהּ יוֹצְאָה? — לֹא יֵצֵא גָּמָל בִּמְטֻולְטֶלֶת, לֹא עָקוּד וְלֹא רָגוּל, וְכֵן שְׁאָר כָּל הַבְּהֵמוֹת.

Michna. Et avec quoi (l'animal) ne sort-il pas ?

Le chameau ne sortira pas avec une métoultélet, ni akoud ni ragoul ; et de même pour tous les autres animaux.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' מְטֻולְטֶלֶת י"מ פושל"א (רִתְמַת זָנָב) שֶׁתַּחַת זְנָבוֹ וי"מ מַרְדַּעַת וְהָאַחֲרוֹן נִרְאֶה בְּעֵינַי דְּאִי רְצוּעָה שֶׁתַּחַת הַזָּנָב קְשׁוּרָה וּמְחֻובֶּרֶת לִסְרָגָא וְאֵיךְ תִּפֹּול וְטַעֲמָא דְּמַתְנִי' מִשּׁוּם שֶׁמָּא תִּפֹּול וּמַייְתִי לָהּ הוּא:
Michna. Métoultélet : certains expliquent pouchla (croupière), (la courroie) qui est sous sa queue ; d'autres expliquent : une couverture (mardaat). La dernière (explication) me paraît juste : si c'était la courroie sous la queue, elle est attachée et reliée à la selle, et comment tomberait-elle ? Or la raison de la michna est : de peur qu'elle tombe et qu'il la rapporte (en la portant).
לֹא עָקוּד וְלֹא רָגוּל מְפָרְשִׁינַן בגמ' שֶׁעוֹקְדִים יְדֵיהֶם עִם רַגְלֵיהֶם בִּכְבָלִים שֶׁלֹּא יִבְרְחוּ:
Ni akoud ni ragoul : nous l'expliquons dans la Guemara ; on attache leurs pattes avant avec leurs pattes arrière par des entraves, pour qu'ils ne s'enfuient pas.
💡 Explication

Nouvelle michna (Bameh einah yotsa) : liste de ce qui est interdit. La métoultélet est, selon Rachi, une couverture : si elle tombe, le propriétaire risque de la porter dans le domaine public. Les entraves akoud et ragoul servent à garder l'animal ; elles comptent donc comme une charge (massa).

10
לֹא יִקְשֹׁור גְּמַלִּים זֶה בָּזֶה וְיִמְשֹׁוךְ, אֲבָל מַכְנִיס חֲבָלִים לְתוֹךְ יָדוֹ וְיִמְשֹׁוךְ, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִכְרֹוךְ.

On n'attachera pas les chameaux l'un à l'autre pour tirer ; mais on fait entrer les cordes dans sa main et on tire, pourvu qu'on ne les enroule pas.

📜 Rachi (2)
וְלֹא יִקְשֹׁור גְּמַלִּים זוֹ לְזוֹ וְיִמְשֹׁוךְ הָאֶחָד כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Et on n'attachera pas les chameaux l'un à l'autre pour tirer : le premier, comme l'explique la Guemara.
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִכְרֹוךְ הַחֲבָלִים בְּכֶרֶךְ אֶחָד וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Pourvu qu'on ne les enroule pas : les cordes en un seul faisceau ; la Guemara en explique la raison.
💡 Explication

Suite de la michna : on ne forme pas une file de chameaux attachés les uns aux autres. On peut en revanche tenir dans la main la corde de chacun, à condition de ne pas les enrouler ensemble. Les deux raisons sont données dans la Guemara (segments 15-18).

11
גְּמָ׳ : תָּנָא לֹא יֵצֵא הַגָּמָל בִּמְטֻולְטֶלֶת הַקְּשׁוּרָה לוֹ בִּזְנָבוֹ, אֲבָל יוֹצֵא הוּא בִּמְטֻולְטֶלֶת הַקְּשׁוּרָה בִּזְנָבוֹ וּבְחוֹטַרְתּוֹ. אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: יוֹצֵא הַגָּמָל בִּמְטֻולְטֶלֶת הַקְּשׁוּרָה לוֹ בְּשִׁילְייְתָא.

Guemara. On a enseigné : le chameau ne sortira pas avec une métoultélet attachée à sa queue ; mais il sort avec une métoultélet attachée à sa queue et à sa bosse (houtarto).

Rabba bar Rav Houna dit : le chameau sort avec une métoultélet attachée à son placenta (chilyata).

📜 Rachi (3)
גְּמ' בִּזְנָבוֹ וּבְחוֹטַרְתּוֹ דְּכֵיוָן דִּקְשׁוּרָה בִּשְׁנֵיהֶם לֹא נָפְלָה:
Guemara. À sa queue et à sa bosse : puisqu'elle est attachée aux deux, elle ne tombe pas.
חוֹטַרְתּוֹ חלדרוב"א שֶׁיֵּשׁ לְכָל גְּמַלִּים עַל גַּבֵּיהֶם:
Houtarto : la bosse (en vieux français), que tous les chameaux ont sur le dos.
בְּשִׁלְיָיתָהּ דְּכֵיוָן דְּכָאֵיב לָא מְנַתְּחָא לִי' ול"נ מְטֻולְטֶלֶת כַּר קָטָן מָלֵא מוֹכִין נוֹתְנִין לוֹ תַּחַת הַזָּנָב כְּדֵי שֶׁלֹּא תַּשְׁחִית הָרְצוּעָה הַבָּשָׂר לְפִי שֶׁהַמַּשּׂוֹי שֶׁעַל גַּבָּהּ כְּשֶׁהַגָּמָל יוֹרֵד מַכְבִּיד וְיוֹרֵד כְּלַפֵּי צַוָּארָהּ אֶלָּא שֶׁהָרְצוּעָה מְעַכַּבְתּוֹ:
Bechilyata : puisque cela lui fait mal, il ne la secoue pas. Et il me semble (que) la métoultélet est un petit coussin rempli de bourre qu'on lui place sous la queue, pour que la courroie n'abîme pas la chair ; car la charge sur son dos, quand le chameau descend, pèse et glisse vers son cou, mais la courroie la retient.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' תָּנָא לֹא יֵצֵא הַגָּמָל בִּמְטֻולְטֶלֶת הַקְּשׁוּרָה בִּזְנָבוֹ אֲבָל יוֹצֵא הוּא בִּמְטֻולְטֶלֶת הַקְּשׁוּרָה בִּזְנָבוֹ וּבְחוֹטַרְתּוֹ. אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא יוֹצֵא הַגָּמָל בִּמְטֻולְטֶלֶת הַקְּשׁוּרָה לָהּ בְּשִׁלְייְתָא. לֹא עָקוּד וְלֹא רָגוּל אָמַר רַב יְהוּדָה עָקוּד עֲקֵידַת יָד וָרֶגֶל כְּיִצְחָק בֶּן אַבְרָהָם רָגוּל שֶׁלֹּא יָכֹוף יָדוֹ ע"ג זְרוֹעוֹ וְיִקְשֹׁור. וְלֹא יִקְשֹׁור גְּמַלִּים זֶה בָּזֶה מ"ט אָמַר רַב אָשֵׁי מִשּׁוּם דְּמֶיחְזֵי כְּמַאן דְּאָזֵיל לְחִינְגָּא. אֲבָל מַכְנִיס הוּא חֲבָלִים וְכוּ' אָמַר רַב אַשִּׁי ע"כ לֹא שָׁנִינוּ אֶלָּא לְעִנְיַן כִּלְאַיִם. כִּלְאַיִם דְּמַאן אִילֵּימָא כִּלְאַיִם דְּאָדָם וְהָתְנַן אָדָם מֻותָּר עִם כֻּולָּן לַחְרֹושׁ וְלִמְשֹׁוךְ וא"ת אַפֵּי' יְהֵא נָמֵי אָסוּר לִמְשֹׁוךְ עִמָּהֶם מַה כִּלְאַיִם שַׁייָּךְ הָכָא הָא אֵינָהּ מוֹשֶׁכֶת בַּעֲגָלָה וּבְקָרוֹן וּבְכִלְאֵי בְּהֵמָה לָא אָסְרִינַן אֶלָּא כְּשֶׁעוֹשִׂין מְלָאכָה כְּדִכְתִיב לֹא תַחֲרֹושׁ בְּשׁוֹר וּבַחֲמֹור יַחְדָּו דְּאִי אֲסִירֵי בְּהַנְהָגָה בְּעָלְמָא א"כ אֵין אָדָם יָכוֹל לְהָזִיז שׁוֹר פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁים וְלוֹקֶה דְּגוּף אֶחָד הוּא וַעֲשָׂאוֹ הַכָּתוּב כִּשְׁנֵי גּוּפִים בפ"ג דְּמַכּוֹת וְי"ל דְּה"ק אִילֵּימָא בְּכִלְאַיִם דְּאָדָם וּמַיְירֵי הַאי שֶׁלֹּא יִכְרֹוךְ בְּחוֹל כְּשֶׁמּוֹשְׁכִין בַּקָּרוֹן כִּדְמוּקֵי רַב חִסְדָּא לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף כג:) וְלֹא בְּשֶׁמֶן שְׂרֵיפָה ביו"ט אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר דַּחֲשִׁיב מְשִׁיכָה מַה שֶׁשְּׁנַיִם נוֹשְׂאִים אֶת הַחֲבָלִים וּלְהַאי שִׁינּוּיָא אָסוּר לִנְהֹוג שׁוֹר וַחֲמוֹר הַקְּשׁוּרִים יַחַד בְּחֶבֶל. וְכֵן מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דְּמַה שֶׁנּוֹשְׂאִין אֶת הַחֶבֶל חֲשִׁיב כְּמוֹ מְשִׁיכָה דִּתְנַן בפ"ח מ"ד דְּכִלְאַיִם אֵין קוֹשְׁרִים הַסּוּס לֹא בְּצִידֵּי הַקָּרוֹן וְלֹא לְאַחַר הַקָּרוֹן וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי מִפְּנֵי שֶׁנּוֹשְׂאִין אֶת הַחֶבֶל. וְעוֹד גָּרַס בִּירוּשַׁלְמִי תָּנֵי ר' מֵאִיר פּוֹטֵר בִּמְסַייְּעוֹ. אִם הָיָה בֵּין בְּמַעֲלֶה בֵּין בִּירִידָה הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאָסוּר מִפְּנֵי מֶה אָמַר ר' יוֹחָנָן מִפְּנֵי שֶׁזֶּה נוֹשֵׂא עַצְלוּתוֹ שֶׁל זֶה וְזֶה נוֹשֵׂא עַצְלוּתוֹ שֶׁל זֶה. רָבָא אוֹמֵר מִפְּנֵי שֶׁנּוֹשְׂאִין חֶבֶל שֶׁבֵּינְתַיִים. ונ"ל שֶׁמֻּותָּר לְהַנְהִיג שׁוֹר בִּימִינוֹ וַחֲמוֹר בִּשְׂמֹאלוֹ כֵּיוָן שֶׁהָאָדָם מַפְסִיק בֵּינֵיהֶם לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר נוֹשְׂאִין חֶבֶל שֶׁבֵּינְתַייִם. לְעוֹלָם כִּלְאַיִם דַּחֲבָלִים וה"ק וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִכְרֹוךְ וְיִקְשֹׁור. אָמַר שְׁמוּאֵל וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יֵצֵא מִתַּחַת יָדוֹ טֶפַח וְהָא תָּנֵי דְּבֵי שְׁמוּאֵל טִפְחַיִים אָמַר אַבָּיֵי הַשְׁתָּא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל טֶפַח וְתָנָא דְּבֵי שְׁמוּאֵל טִפְחַיִים שְׁמוּאֵל הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה קמ"ל כְּלוֹמַר דְּאִיסּוּרָא לֵיכָּא אֶלָּא בְּטִפְחַייִם וּלְכַתְּחִלָּה לֹא יֵצֵא הַחֶבֶל מִתַּחַת יָדוֹ טֶפַח וְהָתַנְיָא וּבִלְבַד שֶׁיַּגְבִּיהַּ הָאַפְסָר מִן הַקַּרְקַע טֶפַח כִּי תַּנְיָא הַהִיא בְּחַבְלָא דְּבֵינֵי בֵּינֵי:
Guemara. On a enseigné : le chameau ne sortira pas avec une métoultélet attachée à sa queue ; mais il sort avec une métoultélet attachée à sa queue et à sa bosse. Rabba bar Rav Houna dit : le chameau sort avec une métoultélet attachée à son placenta. Ni akoud ni ragoul : Rav Yehouda dit : akoud, ligature d'une patte avant et d'une patte arrière, comme Yitshak fils d'Avraham ; ragoul, qu'on ne replie pas la patte sur le haut de la jambe pour l'attacher. Et on n'attachera pas les chameaux l'un à l'autre : quelle en est la raison ? Rav Achi dit : parce qu'on a l'air de quelqu'un qui va au marché (hinga). Mais on fait entrer les cordes, etc. Rav Achi dit : on ne l'a enseigné qu'au sujet des kilayim. Les kilayim de quoi ? Si l'on dit les kilayim de l'homme, n'avons-nous pas appris : l'homme est permis avec tous (les animaux) pour labourer et pour tirer ? Et si tu demandes : même si (l'homme) était interdit de tirer avec eux, quels kilayim y a-t-il ici ? Il ne tire ni chariot ni voiture, et dans les kilayim d'animaux on n'interdit que lorsqu'ils font un travail, comme il est écrit : 'Tu ne laboureras pas avec un bœuf et un âne ensemble' ; car s'ils étaient interdits dans la simple conduite, on ne pourrait pas déplacer un bœuf de pessoulei hamoukdachin (consacré devenu invalide), (dont il est dit que celui qui le conduit) reçoit les coups de fouet, car c'est un seul corps que le verset a considéré comme deux corps (Makot, chapitre 3). On peut répondre qu'il veut dire ainsi : si l'on dit les kilayim de l'homme, et que ce 'pourvu qu'il n'enroule pas' traite d'un jour profane, quand on tire un chariot, comme Rav Hisda l'a établi plus haut (Chabbat 23b) à propos de 'ni avec l'huile à brûler' le jour de fête. Ou bien on peut dire qu'on considère comme 'tirer' le fait que les deux portent les cordes ; et selon cette réponse, il est interdit de conduire un bœuf et un âne attachés ensemble par une corde. Et c'est ce qui ressort aussi du Yerouchalmi : porter la corde compte comme tirer. Car nous avons appris (Kilayim, chapitre 8, michna 4) : on n'attache le cheval ni aux côtés du chariot ni derrière le chariot ; et le Yerouchalmi en explique la raison : parce qu'ils portent la corde. On lit encore dans le Yerouchalmi : Rabbi Meir a enseigné : il dispense (d'interdit) celui qui (ne fait qu')aider. Si c'était (à la fois) en montée et en descente, tous reconnaissent que c'est interdit. Pour quelle raison ? Rabbi Yo'hanan dit : parce que l'un porte la paresse de l'autre et l'autre porte la paresse du premier. Rava dit : parce qu'ils portent la corde qui est entre eux. Et il me semble qu'il est permis de conduire un bœuf de sa main droite et un âne de sa main gauche : puisque l'homme les sépare, on ne peut pas dire qu'ils portent la corde qui est entre eux. En réalité, (il s'agit) des kilayim de cordes, et il dit ainsi : pourvu qu'il n'enroule pas et ne noue pas. Chmouel dit : pourvu que (la corde) ne sorte pas de dessous sa main d'un tefah. Or l'école de Chmouel a enseigné : deux tefahim ! Abaye dit : maintenant que Chmouel dit un tefah et que l'école de Chmouel enseigne deux tefahim, Chmouel est venu nous enseigner la halakha pratique ; c'est-à-dire qu'il n'y a d'interdit qu'à deux tefahim, et a priori la corde ne doit pas sortir de dessous sa main d'un tefah. Or n'a-t-on pas enseigné : pourvu qu'il soulève le licou du sol d'un tefah ? Celle-là est enseignée au sujet de la corde qui est entre (la main et l'animal).
💡 Explication

La Tossefta précise : attachée à la seule queue, la métoultélet peut glisser et tomber ; attachée à la queue et à la bosse, elle tient. Rabba bar Rav Houna permet aussi de l'attacher au placenta de la chamelle : la douleur empêche l'animal de la secouer.

Le Roch reprend ici toute la suite de la sougya et ajoute une décision pratique : on peut mener un bœuf d'une main et un âne de l'autre, car l'homme les sépare.

12
לֹא עָקוּד וְלֹא רָגוּל. אָמַר רַב יְהוּדָה: ״עָקוּד״ — עֲקֵידַת יָד וָרֶגֶל, כְּיִצְחָק בֶּן אַבְרָהָם. ״רָגוּל״ — שֶׁלֹּא יָכֹוף יָדוֹ עַל גַּבֵּי זְרוֹעוֹ וְיִקְשֹׁור.

Ni akoud ni ragoul. Rav Yehouda dit : akoud, ligature d'une patte avant et d'une patte arrière, comme Yitshak fils d'Avraham.

Ragoul : qu'on ne replie pas la patte (avant) sur le haut de la jambe pour l'attacher.

📜 Rachi (2)
יָד וָרֶגֶל אֶחָד מִן הַיָּדַיִם וְאֶחָד מִן הָרַגְלַיִם כּוֹבֵל בְּיַחַד:
Patte avant et patte arrière : on entrave ensemble l'une des pattes avant et l'une des pattes arrière.
יד עַל גַּב זְרוֹעוֹ אֶחָד מִיָּדָיו כּוֹפֵף כְּלַפֵּי מַעְלָה וְקוֹשֵׁר כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהוּ לוֹ אֶלָּא ג' רַגְלַיִם לִבְרֹוחַ:
Patte sur le haut de la jambe : on replie une des pattes avant vers le haut et on l'attache, pour qu'il n'ait que trois pattes pour fuir.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' וּבַמָּה אֵינָהּ יוֹצְאָה לֹא יֵצֵא הַגָּמָל בִּמְטֻולְטֶלֶת לֹא עָקוּד וְלֹא רָגוּל וְכֵן שְׁאָר כָּל הַבְּהֵמוֹת. וְלֹא יִקְשֹׁור גְּמַלִּים זֶה בָּזֶה וְיִמְשֹׁוךְ. אֲבָל מַכְנִיס הוּא חֲבָלִים לְתוֹךְ יָדוֹ וְיִמְשֹׁוךְ וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִכְרֹוךְ:
Michna. Et avec quoi (l'animal) ne sort-il pas ? Le chameau ne sortira pas avec une métoultélet, ni akoud ni ragoul, et de même pour tous les autres animaux. Et on n'attachera pas les chameaux l'un à l'autre pour tirer ; mais on fait entrer les cordes dans sa main et on tire, pourvu qu'on ne les enroule pas.
💡 Explication

Akoud vient de la akeda : Yitshak eut une main et un pied liés ensemble. Ragoul : la patte avant repliée sur elle-même et attachée, de sorte que l'animal marche sur trois pattes et ne peut pas s'enfuir.

13
מֵיתִיבִי: ״עָקוּד״ — שְׁתֵּי יָדַיִם וּשְׁתֵּי רַגְלַיִם. ״רָגוּל״ — שֶׁלֹּא יָכֹוף יָדוֹ עַל גַּבֵּי זְרוֹעוֹ וְיִקְשֹׁור! הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא, דְּתַנְיָא: ״עָקוּד״ — עֲקֵידַת יָד וָרֶגֶל אוֹ שְׁתֵּי יָדַיִם וּשְׁתֵּי רַגְלַיִם, ״רָגוּל״ — שֶׁלֹּא יָכֹוף יָדוֹ עַל גַּבֵּי זְרוֹעוֹ וְיִקְשֹׁור.

On objecte : akoud, deux pattes avant et deux pattes arrière ; ragoul, qu'on ne replie pas la patte sur le haut de la jambe pour l'attacher ! (Rav Yehouda) parle selon ce tanna-ci, comme on l'a enseigné : akoud, ligature d'une patte avant et d'une patte arrière, ou (ligature des) deux pattes avant et des deux pattes arrière ; ragoul, qu'on ne replie pas la patte sur le haut de la jambe pour l'attacher.

📜 Rachi (1)
שְׁתֵּי יָדַיִם כְּאֶחָד אוֹ שְׁתֵּי רַגְלַיִם כְּאֶחָד:
Deux pattes avant : ensemble, ou deux pattes arrière ensemble.
💡 Explication

Une baraita définit akoud autrement : les deux pattes avant liées ensemble, ou les deux pattes arrière (selon Rachi). Première réponse : une autre baraita donne les deux définitions, et Rav Yehouda s'appuierait sur elle.

14
וְאַכַּתִּי לָא דָּמֵי: בִּשְׁלָמָא רֵישָׁא וְסֵיפָא — נִיחָא, מְצִיעֲתָא קַשְׁיָא!

Mais ce n'est toujours pas semblable : le début et la fin, cela va ; le milieu fait difficulté !

📜 Rachi (2)
וְאַכַּתִּי לָא דָמֵי הַאי תַּנָּא לִדְרַב יְהוּדָה:
Mais ce n'est toujours pas semblable : ce tanna, à (l'avis de) Rav Yehouda.
רֵישָׁא וְסֵיפָא נִיחָא כִּדְרַב יְהוּדָה אֲבָל מְצִיעֲתָא דְּקָתָנֵי אוֹ שְׁתֵּי יָדַיִם אוֹ שְׁתֵּי רַגְלַיִם קַשְׁיָא לִדְרַב יְהוּדָה דְּלָא קָרֵי עָקוּד אֶלָּא יָד וָרֶגֶל כְּיִצְחָק בֶּן אַבְרָהָם דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כב) וַיַּעֲקֹד כָּפַף יָדָיו וְרַגְלָיו לַאֲחוֹרָיו וְקָשַׁר יָד וָרֶגֶל יַחַד וְנִפְשַׁט צַוָּארוֹ לַאֲחוֹרָיו:
Le début et la fin, cela va : (ils sont) comme Rav Yehouda ; mais le milieu, qui enseigne 'ou les deux pattes avant ou les deux pattes arrière', fait difficulté pour Rav Yehouda, qui n'appelle akoud que (la ligature d')une patte avant et d'une patte arrière, comme Yitshak fils d'Avraham, dont il est écrit (Berechit 22) 'vaya'akod' : il lui replia les mains et les pieds en arrière, attacha une main et un pied ensemble, et son cou se tendit en arrière.
💡 Explication

Objection : la baraita citée inclut aussi les deux pattes avant ensemble. Pour Rav Yehouda, cela ne s'appelle pas akoud. Le début (patte avant + patte arrière) et la fin (ragoul) concordent ; le milieu reste une difficulté.

15
אֶלָּא הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא, ״עָקוּד״ — עֲקֵידַת יָד וָרֶגֶל, כְּיִצְחָק בֶּן אַבְרָהָם. ״רָגוּל״ — שֶׁלֹּא יָכֹוף יָדוֹ עַל גַּבֵּי זְרוֹעוֹ וְיִקְשֹׁור.

Mais plutôt, il parle selon ce tanna-ci : akoud, ligature d'une patte avant et d'une patte arrière, comme Yitshak fils d'Avraham ; ragoul, qu'on ne replie pas la patte sur le haut de la jambe pour l'attacher.

💡 Explication

Réponse définitive : il existe une troisième baraita qui correspond exactement à Rav Yehouda. Les Tannaim divergent sur la définition d'akoud, et Rav Yehouda suit l'un d'eux. Pour la halakha, les deux formes d'entrave restent interdites à la sortie.

16
וְלֹא יִקְשֹׁור גְּמַלִּים. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב אַשִּׁי: מִשּׁוּם דְּמִיחֲזֵי כְּמַאן דְּאָזֵיל לְחִינְגָּא.

Et on n'attachera pas les chameaux (l'un à l'autre). Quelle en est la raison ?

Rav Achi dit : parce qu'on a l'air de quelqu'un qui va au marché (hinga).

📜 Rachi (1)
לְחִינְגָּא לַשּׁוּק לְמָוכְרָם חִינְגָּא ע"ש שֶׁסּוֹבְבִין אֶת הַשּׁוּק מְחוֹלוֹת מְחוֹלוֹת עֲגֻולּוֹת שֶׁל בְּנֵי אָדָם:
Lehinga : au marché, pour les vendre. (On l'appelle) hinga parce qu'on fait le tour du marché en rondes circulaires de gens (mehollot).
💡 Explication

Une file de chameaux attachés évoque le marchand qui mène ses bêtes à la foire (hinga). Il s'agit d'un interdit de maraït ayin et d'honneur du Chabbat : on ne donne pas l'apparence d'une activité commerciale.

17
אֲבָל מַכְנִיס. אָמַר רַב אַשִּׁי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְעִנְיַן כִּלְאַיִם. כִּלְאַיִם דְּמַאי? אִילֵּימָא כִּלְאַיִם דְּאָדָם, וְהִתְנָן: אָדָם מֻותָּר עִם כֻּולָּם לַחֲרֹושׁ וְלִמְשֹׁוךְ!

Mais on fait entrer (les cordes). Rav Achi dit : on ne l'a enseigné qu'au sujet des kilayim.

Les kilayim de quoi ? Si l'on dit les kilayim de l'homme, n'avons-nous pas appris : l'homme est permis avec tous (les animaux) pour labourer et pour tirer ?!

📜 Rachi (2)
לְעִנְיַן כִּלְאַיִם שִׁנּוּי הַאי שֶׁלֹּא יִכְרֹוךְ דְּמַתְנִי' לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ אִיסּוּר שַׁבָּת אֶלָּא מִשּׁוּם כִּלְאַיִם אָסַר לֵיהּ כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Enseigné au sujet des kilayim : ce 'pourvu qu'il n'enroule pas' de la michna ne relève d'aucun interdit du Chabbat ; c'est à cause des kilayim qu'il l'interdit, comme il l'explique ensuite.
אִי נֵימָא כִּלְאַיִם דְּאָדָם דְּכִי כְּרִיךְ לָהֶן סְבִיבוֹת יָדוֹ נִמְצָא קָשׁוּר עִם הַגְּמַלִּים וּפְעָמִים שֶׁהֵן מוֹשְׁכִין שׁוּם דָּבָר וְנִמְצָא אָדָם וְגָמָל מַנְהִיגִין יַחַד:
Si l'on dit les kilayim de l'homme : car quand il les enroule autour de sa main, il se trouve attaché aux chameaux ; et parfois ils tirent quelque chose, et il se trouve qu'un homme et un chameau mènent ensemble.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָתְנַן אָדָם מֻותָּר עִם כֻּולָּם לַחֲרֹושׁ וְלִמְשֹׁוךְ וא"ת אַפֵּי' יְהֵא אָדָם נָמֵי אָסוּר תִּקְשֶׁה דְּמַאי כִּלְאַיִם שַׁייָּךְ הָכָא כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מוֹשֵׁךְ בַּעֲגָלָה וּבְקָרוֹן דְּהָא בְּשַׁבָּת אַיְירֵי וְאֵין לוֹמַר דְּאָסוּר לְהַנְהִיג בְּכִלְאַיִם אַפֵּי' לֹא יִמְשֹׁוךְ שׁוּם דָּבָר דְּאִם כֵּן יְהֵא אָסוּר לְהוֹלִיךְ וּלְהָזִיז מִמְּקוֹמוֹ שׁוֹר פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין דַּחֲשִׁיב כִּשְׁנֵי מִינִים כִּדְאָמְרִי' בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּמַכּוֹת (דַּף כב.) הַמַּנְהִיג בְּשׁוֹר פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין לוֹקֶה גּוּף אֶחָד הוּא וַעֲשָׂאוֹ הַכָּתוּב שְׁנֵי גּוּפִים וְי"ל דְּה"ק אִילֵּימָא כִּלְאַיִם דְּאָדָם וְהָא דְּקָתָנֵי וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִכְרֹוךְ בְּחוֹל קָאָמַר כִּדְאוֹקֵימְנָא לְעֵיל (פּ"ב דַּף כג:) וְלֹא בְּשֶׁמֶן שְׂרֵיפָה דְּאַייְרֵי ביו"ט וּמַייְרֵי שֶׁמּוֹשְׁכִין שׁוּם דָּבָר אִי נָמֵי י"ל דַּחֲשִׁיב מְשִׁיכָה מַה שֶׁנּוֹשְׂאִים שְׁנֵיהֶם אֶת הַחֲבָלִים:
N'avons-nous pas appris : l'homme est permis avec tous pour labourer et pour tirer : et si tu demandes : même si l'homme était interdit lui aussi, la difficulté demeure : quels kilayim y a-t-il ici, puisqu'il ne tire ni chariot ni voiture, car on parle du Chabbat ? Et l'on ne peut pas dire qu'il est interdit de conduire des kilayim même sans rien tirer, car alors il serait interdit de mener et de déplacer un bœuf de pessoulei hamoukdachin, considéré comme deux espèces, comme nous le disons au dernier chapitre de Makot (22a) : celui qui conduit un bœuf de pessoulei hamoukdachin reçoit les coups de fouet ; c'est un seul corps, et le verset l'a considéré comme deux corps. On peut répondre qu'il veut dire ainsi : si l'on dit les kilayim de l'homme, et ce qu'il enseigne 'pourvu qu'il n'enroule pas' parle d'un jour profane, comme nous l'avons établi plus haut (chapitre 2, 23b) à propos de 'ni avec l'huile à brûler', qui traite du jour de fête ; et il s'agit du cas où ils tirent quelque chose. Ou bien on peut dire que le fait que tous deux portent les cordes compte comme tirer.
💡 Explication

Rav Achi : l'interdit d'enrouler les cordes est un interdit de kilayim, valable en semaine comme le Chabbat. Première hypothèse : les kilayim homme + animal (l'homme lié aux chameaux). Réfutée par la michna de Kilayim : l'interdit de la Tora (Devarim 22, 10) ne vise que deux espèces animales.

Tossefot soulève une difficulté : les chameaux sont tous d'une même espèce et ne tirent rien. Deux réponses : la michna vise aussi la semaine, quand on tire un chariot ; ou bien porter ensemble la corde compte déjà comme tirer.

18
אֶלָּא כִּלְאַיִם דַּחֲבָלִים. וְהָתַנְיָא: הַתּוֹכֵף תְּכִיפָה אַחַת — אֵינָהּ חִיבּוּר?

Mais plutôt, les kilayim de cordes. Or n'a-t-on pas enseigné : celui qui joint d'une seule attache (tekhifa), ce n'est pas une jonction (hibour) ?!

📜 Rachi (5)
כִּלְאַיִם דַּחֲבָלִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן חֶבְלֵי צֶמֶר וְחֶבְלֵי פִּשְׁתָּן וְכִי כְּרִיךְ לְהוּ הָווּ כִּלְאַיִם וְיָדוֹ מִתְחַמֶּמֶת בַּאֲחִיזָתָן וְקָסָבַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר:
Kilayim de cordes : qu'il y ait parmi elles des cordes de laine et des cordes de lin ; quand il les enroule, elles deviennent kilayim, et sa main se réchauffe en les tenant ; et (le Tanna) pense qu'une chose non intentionnelle (davar che-eino mitkaven) est interdite.
וְהָתְנַן אָדָם מֻותָּר עִם כֻּולָּם עִם כָּל הַבְּהֵמוֹת לַחֲרֹושׁ וְלִמְשֹׁוךְ שֶׁלֹּא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא שְׁנֵי מִינֵי בְּהֵמָה יַחַד כְּעֵין שׁוֹר וַחֲמוֹר וּמִשְׁנָה זוֹ בְּמַסֶּכֶת כִּלְאַיִם:
N'avons-nous pas appris : l'homme est permis avec tous : avec tous les animaux, pour labourer et pour tirer ; car la Tora n'a interdit que deux espèces d'animaux ensemble, comme le bœuf et l'âne. Et cette michna est dans le traité Kilayim.
הַתּוֹכֵף בִּגְדֵי צֶמֶר וּפִשְׁתִּים:
Hatokef : des vêtements de laine et de lin.
בִּתְכִיפָה אַחַת כְּגוֹן ע"י מַחַט פַּעַם אַחַת אוֹ שֶׁקָּשַׁר קֶשֶׁר אֶחָד:
D'une seule attache : par exemple, avec une aiguille une seule fois, ou en faisant un seul nœud.
אֵינוֹ חִיבּוּר דִּכְתִיב (דְּבָרִים כ״ב:י״א) צֶמֶר וּפִשְׁתִּים יַחְדָּו לֹא אָסְרָה הַתּוֹרָה אֶלָּא חִבּוּר יָפֶה הַמִּתְקַיֵּים:
Ce n'est pas une jonction : car il est écrit (Devarim 22, 11) 'laine et lin ensemble' : la Tora n'a interdit qu'une jonction solide et durable.
💡 Explication

Deuxième hypothèse : parmi les cordes, certaines sont de laine et d'autres de lin (chaatnez). En les enroulant, la main se réchauffe grâce à elles, ce qui est une forme d'usage ; selon Rachi, le Tanna tient que davar che-eino mitkaven (le résultat non voulu) est interdit.

Objection : une seule attache (tekhifa ahat) ne crée pas de jonction interdite. À plus forte raison un simple enroulement.

19
לְעוֹלָם כִּלְאַיִם דַּחֲבָלִים, וְהָכִי קָאָמַר: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִכְרֹוךְ וְיִקְשֹׁור.

En réalité, les kilayim de cordes ; et il dit ainsi : pourvu qu'il n'enroule pas et ne noue pas.

📜 Rachi (1)
כְּרִיכָה וּקְשִׁירָה בִּשְׁתֵּי תְּכִיפוֹת:
Enroulement et nouage : en deux attaches (tekhifot).
💡 Explication

Conclusion : la michna vise le cas où l'on enroule les cordes et ou on les noue. Cela fait deux attaches, une jonction réelle au regard des kilayim.

20
אָמַר שְׁמוּאֵל: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָצָא [חֶבֶל] מִתַּחַת יָדוֹ טֶפַח. וְהָא תָּנָא דְּבֵי שְׁמוּאֵל טִפְחַיִים!

Chmouel dit : pourvu que la corde ne sorte pas de dessous sa main d'un tefah. Or l'école de Chmouel a enseigné : deux tefahim !

📜 Rachi (2)
שֶׁלֹּא יָצָא חֶבֶל רֹאשׁ הַחֶבֶל לֹא יָצָא מִתַּחַת יָדוֹ טֶפַח לְמַטָּה דְּדָמֵי כְּמִי שֶׁנּוֹשְׂאָהּ בְּיָדוֹ וְלָא מִתְחַזְיָא שֶׁהִיא מֵאַפְסָר הַגְּמַלִּים:
Que la corde ne sorte pas : que le bout de la corde ne sorte pas de dessous sa main d'un tefah vers le bas ; car (alors) cela ressemble à quelqu'un qui la porte dans sa main, et il n'apparaît pas qu'elle fait partie du licou des chameaux.
שְׁמוּאֵל דְּאָמַר טֶפַח לְאוֹרוֹיֵי הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה אֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן דְּהַבָּא לִימָּלֵךְ לְפָנֵינוּ אָמְרִינַן לֵיהּ טֶפַח שֶׁלֹּא לְהָקֵל בְּאִיסּוּרִין וּמִיהוּ עַד טִפְחַיִים לֵיכָּא אִיסּוּר:
Chmouel, qui dit un tefah, est venu nous enseigner la halakha pratique : à celui qui vient nous consulter, nous disons un tefah, pour ne pas être indulgent dans les interdits ; toutefois, jusqu'à deux tefahim il n'y a pas d'interdit.
💡 Explication

Nouvelle condition, cette fois propre au Chabbat : le bout de corde qui pend sous la main ne doit pas être long, sinon on a l'air de porter une corde dans le domaine public. Chmouel dit un tefah, l'école de Chmouel deux.

🖼️ Schéma
Corde qui dépasse sous la mainmainvers les chameaux1 tefah2 tefahimMoins d'un tefahpermis1 à 2 tefahimà éviter (Chmouel, pratique)2 tefahim et plusinterdit (école de Chmouel)
La corde qui pend sous la main : l'interdit commence à deux tefahim ; en pratique on s'arrête à un tefah (Abaye).
21
אָמַר אַבַּיֵּי: הַשְׁתָּא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל טֶפַח, וְתָנָא דְּבֵי שְׁמוּאֵל טִפְחַיִים — שְׁמוּאֵל הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן.

Abaye dit : maintenant que Chmouel dit un tefah et que l'école de Chmouel a enseigné deux tefahim, Chmouel est venu nous enseigner la halakha pratique.

💡 Explication

Abaye concilie : la limite de la loi est de deux tefahim ; Chmouel donne la halakha lemaassé, la consigne pratique donnée à celui qui consulte, avec une marge de sécurité d'un tefah.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).