Sougya : Fin de l'explication des termes de la michna précédente : kevoulot (queue des brebis attachée vers le bas), rattaché au 'pays de Kavoul' donné par Chlomo à Hiram, et kevounot (brebis enveloppées pour une laine fine). La Guemara rapporte ensuite la discussion sur les chèvres au pis attaché (tserourot) : Rav suit R.
Yehouda, Chmouel interdit tout, R. Yo'hanan permet tout.
Commence alors la michna Bameh einah yotsa : le chameau ne sort ni avec une metoultelet ni entravé (akoud, ragoul), et l'on ne tire pas des chameaux attachés l'un à l'autre. La Guemara définit akoud selon Rav Yehouda, explique l'interdit d'attacher les chameaux (air d'aller au marché), puis Rav Achi rattache l'interdit d'enrouler les cordes aux kilayim de laine et de lin ; Chmouel limite enfin la longueur de corde qui dépasse de la main.
(...) 'en tenue de prostituée (chit zona) et le cœur rusé' (Michle 7, 10).
Fin de la discussion de 53b sur le mot chehouzot (brebis dont la queue est attachée vers le haut, pour que les mâles les couvrent). Le mot se lit comme un notarikon : chit zona, la tenue qui découvre. Le sens retenu est donc celui du dévoilement.
Les brebis sortent kevoulot. Que signifie kevoulot ?
Qu'on attache leur queue (aliya) vers le bas, pour que les mâles ne montent pas sur elles. D'où déduit-on que ce terme kavoul exprime (une chose) qui ne produit pas de fruits ?
Car il est écrit : 'Que sont ces villes que tu m'as données, mon frère ? Et il les appela pays de Kavoul, jusqu'à ce jour' (Rois I 9, 13).
Deuxième terme de la michna : kevoulot. On attache la queue de la brebis vers le bas pour empêcher l'accouplement. La racine k-v-l désigne un lien (kevel, chaîne) et, par extension, ce qui reste stérile. Preuve : le pays de Kavoul, que Hiram roi de Tsor jugea sans valeur.
Que signifie 'pays de Kavoul' ? Rav Houna dit : qu'il s'y trouvait des gens 'liés' (mekhoubalin) dans l'argent et dans l'or.
Rava lui dit : s'il en est ainsi, est-ce ce qui est écrit : 'Elles ne plurent pas à ses yeux' (ibid. 9, 12) ?
Parce qu'ils étaient liés dans l'argent et dans l'or, elles ne plurent pas à ses yeux ?! Il lui dit : oui ; puisqu'ils sont riches et délicats, ils ne font pas de travail.
Selon Rav Houna, Kavoul vient de ce que les habitants étaient comme entourés d'or et d'argent. Rava s'étonne : une telle richesse aurait dû plaire à Hiram. Réponse : des gens riches et habitués au confort ne servent pas à la corvée royale (angaria), et c'est ce que cherchait Hiram.
Rav Nahman bar Yitshak dit : c'était une terre de sable (homton). Et pourquoi l'appelle-t-on Kavoul ?
Parce que la jambe s'y enfonce jusqu'au kavla (la cheville). Et les gens disent : une terre 'liée' (mekhabelta), qui ne donne pas de fruits.
Rav Nahman bar Yitshak propose une lecture agricole : un sol sableux où le pied s'enfonce jusqu'au kavla. Rachi y voit la cheville ; Tossefot (le Ri) la jambe, la où l'on met les kevalim (chaînettes). L'expression populaire 'terre liée' confirme que kavoul désigne ce qui ne produit rien, ce qui convient aux brebis kevoulot.
Kevounot. Que signifie kevounot ?
Qu'on les enveloppe (mekhabnin) pour (obtenir) de la laine fine (milat). Comme nous l'avons appris : seet (tache de lèpre) est comme de la laine blanche.
Qu'est-ce que la laine blanche ? Rav Bivai bar Abaye dit : comme de la laine propre d'un (agneau) d'un jour, qu'on enveloppe pour (obtenir) de la laine fine.
Kevounot : des brebis enveloppées dès la naissance d'un tissu fixé par des agrafes, pour garder leur laine propre et en faire du milat (laine fine). La preuve vient des lois de la lèpre : la tache seet a la blancheur de cette laine d'un jour. Ce tissu protège l'animal : il reste donc permis de sortir avec le Chabbat.
Le Roch résume ici toute la sougya depuis 53b et tranche la question des chèvres tserourot (voir segments suivants).
Et les chèvres sortent tserourot. Il a été dit : Rav dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda ; et Chmouel dit : la halakha est comme Rabbi Yossi.
Rappel de la michna (52b) : les chèvres sortent tsérourot (le pis attaché). R. Yossi interdit ; R. Yehouda distingue : permis si l'on attache pour tarir le lait (le lien est serré et ne tombe pas), interdit si c'est pour garder le lait (lien lâche, qui risque de tomber). Première version de la décision : Rav suit R. Yehouda, Chmouel suit R. Yossi.
Et certains enseignent cet enseignement séparément : Rav dit : pour tarir, c'est permis, mais non pour le lait ; et Chmouel dit : l'un et l'autre sont interdits.
Deuxième version : Rav et Chmouel donnent leur avis sans le rattacher à la controverse des Tannaim. Le contenu est le même : Rav distingue, Chmouel interdit tout. Tossefot explique ce choix : certains intervertissent les noms des Tannaim, et une formulation directe évite l'erreur.
Et certains l'enseignent sur ceci : les chèvres sortent tsérourot pour tarir, mais non pour le lait. Au nom de Rabbi Yehouda ben Betera on a dit : telle est la halakha, mais qui tire au sort (pour savoir) laquelle est pour tarir et laquelle pour le lait ?
Et puisqu'on ne les distingue pas, l'une et l'autre sont interdites. Chmouel dit, et certains disent : Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Yehouda ben Betera.
Quand Ravin vint, il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est comme le Tanna kamma.
Troisième version : une baraita où R. Yehouda ben Betera admet la distinction en droit strict, mais interdit tout par gezera : l'observateur ne peut pas distinguer (mi mefis, 'qui tire au sort ?'). Chmouel suit RYBB. R. Yo'hanan permet tout, comme le Tanna kamma de la michna.
Nafka mina entre R. Yossi et RYBB (Tossefot) : là où l'on n'attache jamais que pour tarir, RYBB permet ; R. Yossi interdit encore, par crainte que le lien tombe.
Michna. Et avec quoi (l'animal) ne sort-il pas ?
Le chameau ne sortira pas avec une métoultélet, ni akoud ni ragoul ; et de même pour tous les autres animaux.
Nouvelle michna (Bameh einah yotsa) : liste de ce qui est interdit. La métoultélet est, selon Rachi, une couverture : si elle tombe, le propriétaire risque de la porter dans le domaine public. Les entraves akoud et ragoul servent à garder l'animal ; elles comptent donc comme une charge (massa).
On n'attachera pas les chameaux l'un à l'autre pour tirer ; mais on fait entrer les cordes dans sa main et on tire, pourvu qu'on ne les enroule pas.
Suite de la michna : on ne forme pas une file de chameaux attachés les uns aux autres. On peut en revanche tenir dans la main la corde de chacun, à condition de ne pas les enrouler ensemble. Les deux raisons sont données dans la Guemara (segments 15-18).
Guemara. On a enseigné : le chameau ne sortira pas avec une métoultélet attachée à sa queue ; mais il sort avec une métoultélet attachée à sa queue et à sa bosse (houtarto).
Rabba bar Rav Houna dit : le chameau sort avec une métoultélet attachée à son placenta (chilyata).
La Tossefta précise : attachée à la seule queue, la métoultélet peut glisser et tomber ; attachée à la queue et à la bosse, elle tient. Rabba bar Rav Houna permet aussi de l'attacher au placenta de la chamelle : la douleur empêche l'animal de la secouer.
Le Roch reprend ici toute la suite de la sougya et ajoute une décision pratique : on peut mener un bœuf d'une main et un âne de l'autre, car l'homme les sépare.
Ni akoud ni ragoul. Rav Yehouda dit : akoud, ligature d'une patte avant et d'une patte arrière, comme Yitshak fils d'Avraham.
Ragoul : qu'on ne replie pas la patte (avant) sur le haut de la jambe pour l'attacher.
Akoud vient de la akeda : Yitshak eut une main et un pied liés ensemble. Ragoul : la patte avant repliée sur elle-même et attachée, de sorte que l'animal marche sur trois pattes et ne peut pas s'enfuir.
On objecte : akoud, deux pattes avant et deux pattes arrière ; ragoul, qu'on ne replie pas la patte sur le haut de la jambe pour l'attacher ! (Rav Yehouda) parle selon ce tanna-ci, comme on l'a enseigné : akoud, ligature d'une patte avant et d'une patte arrière, ou (ligature des) deux pattes avant et des deux pattes arrière ; ragoul, qu'on ne replie pas la patte sur le haut de la jambe pour l'attacher.
Une baraita définit akoud autrement : les deux pattes avant liées ensemble, ou les deux pattes arrière (selon Rachi). Première réponse : une autre baraita donne les deux définitions, et Rav Yehouda s'appuierait sur elle.
Mais ce n'est toujours pas semblable : le début et la fin, cela va ; le milieu fait difficulté !
Objection : la baraita citée inclut aussi les deux pattes avant ensemble. Pour Rav Yehouda, cela ne s'appelle pas akoud. Le début (patte avant + patte arrière) et la fin (ragoul) concordent ; le milieu reste une difficulté.
Mais plutôt, il parle selon ce tanna-ci : akoud, ligature d'une patte avant et d'une patte arrière, comme Yitshak fils d'Avraham ; ragoul, qu'on ne replie pas la patte sur le haut de la jambe pour l'attacher.
Réponse définitive : il existe une troisième baraita qui correspond exactement à Rav Yehouda. Les Tannaim divergent sur la définition d'akoud, et Rav Yehouda suit l'un d'eux. Pour la halakha, les deux formes d'entrave restent interdites à la sortie.
Et on n'attachera pas les chameaux (l'un à l'autre). Quelle en est la raison ?
Rav Achi dit : parce qu'on a l'air de quelqu'un qui va au marché (hinga).
Une file de chameaux attachés évoque le marchand qui mène ses bêtes à la foire (hinga). Il s'agit d'un interdit de maraït ayin et d'honneur du Chabbat : on ne donne pas l'apparence d'une activité commerciale.
Mais on fait entrer (les cordes). Rav Achi dit : on ne l'a enseigné qu'au sujet des kilayim.
Les kilayim de quoi ? Si l'on dit les kilayim de l'homme, n'avons-nous pas appris : l'homme est permis avec tous (les animaux) pour labourer et pour tirer ?!
Rav Achi : l'interdit d'enrouler les cordes est un interdit de kilayim, valable en semaine comme le Chabbat. Première hypothèse : les kilayim homme + animal (l'homme lié aux chameaux). Réfutée par la michna de Kilayim : l'interdit de la Tora (Devarim 22, 10) ne vise que deux espèces animales.
Tossefot soulève une difficulté : les chameaux sont tous d'une même espèce et ne tirent rien. Deux réponses : la michna vise aussi la semaine, quand on tire un chariot ; ou bien porter ensemble la corde compte déjà comme tirer.
Mais plutôt, les kilayim de cordes. Or n'a-t-on pas enseigné : celui qui joint d'une seule attache (tekhifa), ce n'est pas une jonction (hibour) ?!
Deuxième hypothèse : parmi les cordes, certaines sont de laine et d'autres de lin (chaatnez). En les enroulant, la main se réchauffe grâce à elles, ce qui est une forme d'usage ; selon Rachi, le Tanna tient que davar che-eino mitkaven (le résultat non voulu) est interdit.
Objection : une seule attache (tekhifa ahat) ne crée pas de jonction interdite. À plus forte raison un simple enroulement.
En réalité, les kilayim de cordes ; et il dit ainsi : pourvu qu'il n'enroule pas et ne noue pas.
Conclusion : la michna vise le cas où l'on enroule les cordes et ou on les noue. Cela fait deux attaches, une jonction réelle au regard des kilayim.
Chmouel dit : pourvu que la corde ne sorte pas de dessous sa main d'un tefah. Or l'école de Chmouel a enseigné : deux tefahim !
Nouvelle condition, cette fois propre au Chabbat : le bout de corde qui pend sous la main ne doit pas être long, sinon on a l'air de porter une corde dans le domaine public. Chmouel dit un tefah, l'école de Chmouel deux.
Abaye dit : maintenant que Chmouel dit un tefah et que l'école de Chmouel a enseigné deux tefahim, Chmouel est venu nous enseigner la halakha pratique.
Abaye concilie : la limite de la loi est de deux tefahim ; Chmouel donne la halakha lemaassé, la consigne pratique donnée à celui qui consulte, avec une marge de sécurité d'un tefah.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).