Sougya : Le daf achรจve la question de la corde du chameau, puis cite la michna finale du chapitre Bameh behema : l'รขne, les coqs, les bรฉliers, les brebis, le veau et la vache ne sortent pas avec divers objets. La guemara explique la fonction de chacun : clochette de foire, protection d'une plaie, signe de propriรฉtรฉ, petit joug.
Elle discute longuement le terme hanounot (Rav Aha bar Oula, Rav Papa bar Chmouel, Rav Houna, Chimon le nazir). La vache de Rabbi Elazar ben Azarya รฉtait en fait ร sa voisine : faute d'avoir protestรฉ, elle porte son nom.
D'oรน le principe : qui peut protester et ne le fait pas est puni pour les fautes de sa maison, de sa ville, du monde entier.
Mais n'a-t-on pas enseignรฉ (dans une baraita) : ร condition qu'il la soulรจve du sol d'un tefah ! Cette (baraita)-lร a รฉtรฉ enseignรฉe au sujet de la corde intermรฉdiaire.
Suite de 54a : celui qui mรจne un chameau par une corde doit veiller ร ce que la corde reste un moyen de garde (nitra) et ne devienne pas un fardeau (massa). La baraita qui exige de soulever la corde d'un tefah vise la partie entre la main et l'animal : si elle traรฎne au sol, on ne voit plus que l'animal est tenu.
MICHNA. L'รขne ne sort pas avec le bat (mardaat) lorsqu'il ne lui est pas attachรฉ, ni avec une clochette, mรชme si elle est bouchรฉe, ni avec l'รฉchelle qui est ร son cou, ni avec la courroie qui est ร sa patte.
Derniรจre michna du chapitre Bameh behema. Elle รฉnumรจre des objets avec lesquels l'animal ne sort pas le Chabbat dans le domaine public. Deux raisons gรฉnรฉrales reviennent : l'objet a de la valeur et, s'il tombe, le propriรฉtaire risque de le rapporter (ati leatouye) sur quatre coudรฉes ; ou l'objet n'est pas une parure ou une garde nรฉcessaire et devient un fardeau (massa) portรฉ par l'animal.
Le Roch rรฉsume toute la guemara de l'amud et en garde la halakha, y compris le principe final sur le devoir de protester.
Et les coqs ne sortent pas avec des fils, ni avec la courroie qui est ร leurs pattes ; et les bรฉliers ne sortent pas avec le chariot qui est sous leur queue.
La queue grasse (alya) des bรฉliers orientaux pouvait รชtre trรจs lourde ; le petit chariot la protรฉgeait du sol.
Et les brebis ne sortent pas hanounot ; et le veau ne sort pas avec le guimon ; ni la vache avec la peau de hรฉrisson (koufar), ni avec la courroie qui est entre ses cornes. La vache de Rabbi Elazar ben Azarya sortait avec la courroie entre ses cornes, contre l'avis des Sages.
La michna mentionne un fait (maasse) : la vache de Rabbi Elazar ben Azarya sortait avec une courroie entre les cornes, contre l'avis des Sages. La guemara (segments 17-18) prรฉcisera ร qui appartenait cette vache.
Le Ben Yehoyada analyse la formulation au singulier (parato, sa vache) et la tournure chel (de), qui marque une attribution moins directe.
GUEMARA. Quelle est la raison ?
Comme nous l'avons dit.
Renvoi ร 53a. Selon Rachi, le bat non attachรฉ la veille n'a pas รฉtรฉ dรฉsignรฉ comme vรชtement de l'animal ; il est donc un fardeau. Tossefot lisait une autre raison (de peur qu'il tombe) et note que Rachi n'a pas cette lecture.
Ni avec une clochette, mรชme si elle est bouchรฉe : parce qu'il a l'air de quelqu'un qui va ร la foire (hinga).
La clochette bouchรฉe ne fait pas de bruit ; l'interdit vient de l'apparence : on croirait que le propriรฉtaire mรจne l'animal ร la foire un jour de Chabbat (maarit ayin). Tossefot prรฉcise pourquoi les autres raisons (fardeau, chute) ne s'appliquent pas ici.
Ni avec l'รฉchelle qui est ร son cou : Rav Houna a dit : (une piรจce fixรฉe) prรจs de la mรขchoire (bei loua). ร quoi sert-elle ?
Pour le cas oรน il a une plaie, afin qu'il ne revienne pas la gratter.
L'รฉchelle est un cadre de barreaux fixรฉ autour du cou, qui empรชche l'animal de se retourner vers sa plaie. Rachi explique l'interdit par la valeur de l'objet : s'il tombe, on le rapportera.
Ni avec la courroie qui est ร sa patte : qu'on lui fait pour (protรฉger) ses pas (guizra).
Et les coqs ne sortent pas avec des fils : qu'on leur fait comme signe, pour qu'ils ne soient pas confondus.
Ni avec la courroie : qu'on leur fait pour qu'ils ne cassent pas les ustensiles. Et les bรฉliers ne sortent pas avec le chariot : pour que leur queue ne soit pas blessรฉe.
Et les brebis ne sortent pas hanounot : Rav Aha bar Oula รฉtait assis devant Rav Hisda, il รฉtait assis et disait : dรจs qu'on la tond, on trempe pour elle un tissu (azek) dans l'huile et on le lui pose sur le front, pour qu'elle ne prenne pas froid. Rav Hisda lui dit : s'il en est ainsi, tu en as fait Mar Oukva !
Premiรจre explication de hanounot : un tissu huile sur le front de la brebis tondue. Rav Hisda la rejette : un tel soin conviendrait ร un homme important comme Mar Oukva, pas ร une brebis.
Mais (plutรดt), Rav Papa bar Chmouel รฉtait assis devant Rav Hisda, il รฉtait assis et disait : au moment oรน elle s'accroupit pour mettre bas, on trempe pour elle deux tissus d'huile, et on lui en pose un sur le front et un sur la matrice, pour qu'elle se rรฉchauffe. Rav Nahman lui dit : s'il en est ainsi, tu en as fait Yalta !
Deuxiรจme explication, รฉgalement rejetรฉe : ce traitement serait digne de Yalta, l'รฉpouse de Rav Nahman, issue de la maison de l'Exilarque.
Mais (plutรดt), Rav Houna a dit : il y a un arbre dans les villes de la mer, dont le nom est hanoun ; on apporte un รฉclat (de cet arbre) et on le lui place dans le nez, pour qu'elle รฉternue et que tombent les vers de sa tรชte. S'il en est ainsi, les mรขles aussi !
Puisque les mรขles se donnent des coups de corne les uns aux autres, (les vers) tombent d'eux-mรชmes. Chimon le nazir a dit : un รฉclat de genรชt (retem).
Rav Houna rattache hanounot ร un arbre nommรฉ hanoun. On objecte : pourquoi la michna ne vise-t-elle que les brebis ? Les bรฉliers se cognent et les vers tombent sans traitement. Chimon le nazir retient le mรชme procรฉdรฉ avec un รฉclat de genรชt.
Cela se comprend selon Rav Houna : c'est pourquoi il enseigne hanounot. Mais selon les (autres) Maรฎtres, que signifie hanounot ?
Qu'on leur fait une chose par laquelle on a pitiรฉ d'elles.
Le mot hanounot s'explique directement selon Rav Houna (l'arbre hanoun). Pour les autres, on le rattache ร la racine hanan (avoir pitiรฉ) : on traite l'animal avec compassion.
Et le veau ne sort pas avec le guimon. Que signifie le veau avec le guimon ?
Rav Houna a dit : un petit joug (bar nira). Rabbi Elazar a dit : d'oรน dรฉduit-on que ce guimon est un terme de courbure ?
De ce qu'il est รฉcrit : Est-ce pour courber sa tรชte comme un jonc (agmon) ? (Yechaya 58,5).
Le guimon sert ร dresser le veau. Rabbi Elazar appuie le sens du mot sur le verset oรน agmon (le jonc) รฉvoque la tรชte courbรฉe.
Ni la vache avec la peau de hรฉrisson : qu'on lui fait pour que les yaalei ne la tรจtent pas.
Les yaalei : selon Rachi des sangsues ; selon Tossefot des hรฉrissons, animaux qui tรจtent le lait. La peau piquante sur le pis les tient ร distance.
Ni avec la courroie qui est entre ses cornes. Selon Rav, qui dit : pour l'ornement comme pour la garde, c'est interdit ; selon Chmouel, qui dit : pour l'ornement, c'est interdit ; pour la garde, c'est permis.
La michna s'accorde avec les deux Amoraim : Rav interdit toute courroie entre les cornes ; Chmouel n'interdit que celle d'ornement. Pour Rav, une vache n'a pas besoin de cette garde ; une garde superflue (netirouta yetirta) est un fardeau.
La vache de Rabbi Elazar ben Azarya : n'avait-il donc qu'une seule vache ? Rav n'a-t-il pas dit, et certains disent que Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Rabbi Elazar ben Azarya prรฉlevait de ses troupeaux la dรฎme de douze mille veaux chaque annรฉe.
Le maasser behema (dรฎme du bรฉtail) porte sur un animal sur dix : douze mille veaux de dรฎme supposent cent vingt mille naissances par an. Parler de sa vache au singulier fait donc difficultรฉ.
Tossefot soulรจve une question de chronologie : cette dรฎme ne se pratiquait plus aprรจs la destruction du Temple, et Rabbi Elazar ben Azarya รฉtait alors trรจs jeune.
On a enseignรฉ : elle n'รฉtait pas ร lui, elle รฉtait ร sa voisine ; et comme il n'a pas protestรฉ contre elle, elle est appelรฉe de son nom.
La Tossefta rรฉsout la difficultรฉ : la vache appartenait ร une voisine. Rabbi Elazar ben Azarya ne l'a pas reprise, et le fait lui est attribuรฉ. Cette attribution sert de transition vers le principe de responsabilitรฉ du segment suivant.
Rav, Rabbi Hanina, Rabbi Yo'hanan et Rav Haviva ont enseignรฉ. Dans tout le seder Moed, partout oรน figure un tel groupe, on remplace Rabbi Yo'hanan et on insรจre Rabbi Yonatan.
Quiconque a la possibilitรฉ de protester contre les gens de sa maison et ne proteste pas est saisi pour les gens de sa maison ; contre les gens de sa ville, il est saisi pour les gens de sa ville ; contre le monde entier, il est saisi pour le monde entier.
Principe de la mehaa (protestation) : la responsabilitรฉ suit la capacitรฉ d'influence. Celui dont la parole serait รฉcoutรฉe et qui se tait est nitpas (saisi, puni) pour les fautes commises. Rachi prรฉcise que le troisiรจme niveau vise un roi ou un nassi, que tout Israรซl รฉcoute.
La remarque sur les noms est une note de transmission : dans ce groupe de quatre, on lit Rabbi Yonatan ร la place de Rabbi Yo'hanan.
Rav Papa a dit : et ceux de la maison de l'Exilarque sont saisis pour le monde entier. Comme l'a dit Rabbi Hanina : que signifie ce qui est รฉcrit : Hachem viendra en jugement avec les anciens de Son peuple et ses princes (Yechaya 3,14) ?
Si les princes ont fautรฉ,
L'Exilarque (Rech Galouta) avait autoritรฉ sur toute la diaspora de Babylonie : sa maison relรจve du troisiรจme niveau. Rabbi Hanina appuie cela sur le verset d'Yechaya, dont l'explication se poursuit en 55a : pourquoi les anciens sont-ils jugรฉs avec les princes ?
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).