Sougya : Le daf poursuit l'aggada ouverte à propos de la vache de R. Elazar ben Azarya : celui qui peut protester et ne le fait pas est puni pour la faute d'autrui.
Chmouel explique à Rav Yehouda que la responsabilité de juger revient à Mar Oukva, av beit din. R.
Zeira demande à R. Simon de réprimander la maison de l'Exilarque même s'ils n'acceptent pas, et appuie cela sur Ye'hezkel 9 : Hachem ordonne à Gavriel de marquer un tav sur le front des justes et des méchants, puis, sur l'objection de l'attribut de rigueur, retire son décret favorable.
Suivent les sens de la lettre tav (Rav, Chmouel, R. Yo'hanan, Reich Lakich, R.
Chmouel bar Nahmani), la discussion sur l'époque où le mérite des Pères s'est épuisé, et l'énoncé de Rav Ami : pas de mort sans faute, pas de souffrances sans faute.
Les Anciens, en quoi ont-ils fauté ? Dis plutôt : (Hachem entre en jugement) contre les Anciens, parce qu'ils n'ont pas protesté contre (la conduite des) princes.
Suite de la lecture de Yechaya 3, 14 ('Hachem entre en jugement avec les anciens de Son peuple et ses princes'). Les Anciens (le Sanhédrin) n'ont pas fauté eux-mêmes ; ils sont jugés pour ne pas avoir protesté (limhot) contre les princes. C'est le fil de toute la page : l'absence de toukheha (réprimande) rend responsable.
Rav Yehouda était assis devant Chmouel. Une femme vint crier devant lui, et il ne lui prêta pas attention.
(Rav Yehouda) lui dit : le Maître ne tient-il pas (le verset) : 'Celui qui ferme son oreille au cri du pauvre, lui aussi criera et ne sera pas exaucé' (Michle 21, 13) ? Il lui répondit : Chinena (homme aux grandes dents), ton chef (sera puni) dans l'eau froide, le chef de ton chef dans l'eau chaude.
Voici que Mar Oukva siège comme av beit din (président du tribunal).
Chmouel admet le principe du verset et le rapporte à celui qui a l'autorité de juger. La punition est graduée selon le rang : lui, maître de Rav Yehouda, dans l'eau froide ; Mar Oukva, av beit din, dans l'eau chaude. Chinena est un surnom affectueux qu'il donne à son élève.
Comme il est écrit : 'Maison de David, ainsi parle Hachem : rendez la justice dès le matin, et sauvez le spolié de la main de l'oppresseur, de peur que Ma colère ne sorte comme un feu et ne brûle sans que personne ne l'éteigne, à cause de la méchanceté de vos actes' (Yirmeyahou 21, 12).
Preuve que la responsabilité incombe à celui qui détient le pouvoir : le reproche vise la maison de David, c'est-à-dire l'autorité royale ; à l'époque de la Guemara, l'Exilarque (Rech Galouta), descendant de David, et son tribunal.
R. Zeira dit à R.
Simon : que le Maître réprimande ceux de la maison de l'Exilarque. Il lui répondit : ils n'acceptent pas de moi.
Il lui dit : même s'ils n'acceptent pas, que le Maître les réprimande.
R. Zeira pose l'obligation de réprimander même sans espoir d'être écouté. Tossefot limite : l'obligation vaut dans le doute ; si l'on sait avec certitude qu'ils n'accepteront pas, on applique mouttav cheyihyou chogguegin : mieux vaut qu'ils restent dans l'erreur plutôt que de fauter en connaissance de cause.
Car R. Aha fils de R.
Hanina dit : jamais une parole favorable n'est sortie de la bouche du Saint, béni soit-Il, pour qu'Il revienne dessus en mal, sauf dans cette affaire, comme il est écrit : 'Hachem lui dit : passe au milieu de la ville, au milieu de Yerouchalayim, et marque un tav sur le front des hommes qui gémissent et se lamentent sur toutes les abominations commises en son sein' (Ye'hezkel 9, 4).
La source de R. Zeira : un cas unique où Hachem a retiré un décret favorable. La raison du retrait est justement que les justes n'avaient pas réprimandé. D'où : il faut réprimander même sans certitude de succès.
Le Saint, béni soit-Il, dit à Gavriel : va et inscris sur le front des justes un tav d'encre, afin que les anges destructeurs n'aient pas de prise sur eux ; et sur le front des méchants un tav de sang, afin que les anges destructeurs aient prise sur eux.
Le tav d'encre protège les justes, le tav de sang livre les méchants aux malakhei habala (anges destructeurs). Tossefot précise que le verset ne mentionne que la marque des justes ; celle des méchants est déduite par raisonnement.
Le Ben Yehoyada répond à deux questions : pourquoi marquer les justes, et comment parler de rétractation chez Hachem. Il propose aussi des lectures par combinaison de lettres (tav + dyo = yadot ; tav + dam = temed) et par guematria (maskil = 400 = tav).
L'attribut de rigueur (midat hadin) dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, en quoi ceux-ci diffèrent-ils de ceux-là ? Il lui dit : ceux-ci sont des justes parfaits et ceux-là des méchants parfaits.
Il dit devant Lui : Maître du monde, il était en leur pouvoir de protester, et ils n'ont pas protesté !
La midat hadin admet la justice personnelle des justes et leur reproche une faute d'omission : ils avaient le pouvoir de protester et ne l'ont pas fait.
Il lui dit : il est révélé et connu devant Moi que, s'ils avaient protesté contre eux, ceux-là n'auraient pas accepté d'eux. Il dit devant Lui : Maître du monde, si c'est révélé devant Toi, pour eux, qui l'a révélé ?
Point décisif pour la halakha de la réprimande : l'inutilité connue de Hachem ne dispense pas l'homme, qui ne la connaît pas. Tant que le résultat est incertain pour lui, il doit réprimander (voir Tossefot sur le segment 3).
C'est ce qui est écrit : 'Vieillard, jeune homme et jeune fille, enfants et femmes, tuez jusqu'à l'extermination ; mais de tout homme qui porte le tav, n'approchez pas ; et commencez par Mon sanctuaire' (Ye'hezkel 9, 6). Et il est écrit : 'Ils commencèrent par les hommes anciens qui étaient devant la Maison'.
Rav Yossef a enseigné : ne lis pas 'mikdachi' (Mon sanctuaire) mais 'mekoudachai' (Mes sanctifiés) : ce sont les gens qui ont accompli toute la Tora, de alef à tav. Et aussitôt : 'Et voici six hommes qui venaient par le chemin de la porte supérieure tournée vers le nord, chacun son instrument de destruction à la main ; et un homme au milieu d'eux, vêtu de lin, avec l'écritoire du scribe à ses reins ; ils vinrent et se tinrent près de l'autel de cuivre' (Ye'hezkel 9, 2).
Le même verset contient les deux temps : 'n'approchez pas de celui qui porte le tav' (décret initial) et 'commencez par Mon sanctuaire' (décret renversé). Rav Yossef lit mekoudachai : les justes parfaits, qui ont accompli la Tora de alef à tav, sont frappés les premiers.
L'autel de cuivre, existait-il (à cette époque) ? Le Saint, béni soit-Il, leur dit : commencez par l'endroit où l'on dit des chants devant Moi.
Et qui sont les six hommes ? Rav Hisda dit : Kétsèf (courroux), Af (colère), Hema (fureur), Machhit (destructeur), Méchaber (briseur) et Mekhalé (exterminateur).
À l'époque de Ye'hezkel, l'autel de cuivre de Moche n'était plus en usage (Chlomo avait construit un autel de pierre). On lit donc 'autel de cuivre' comme l'endroit des Leviim, qui chantaient avec des instruments de cuivre.
Les six hommes sont six anges destructeurs, nommés d'après des formes de la colère divine. Tossefot demande comment Hema peut s'exercer sur Israël, alors que la Guemara d'Avoda Zara réserve la hema aux nations.
Et pourquoi précisément un tav ? Rav dit : tav, 'tihye' (tu vivras) ; tav, 'tamout' (tu mourras).
Et Chmouel dit : 'tama' (s'est épuisé) le mérite des Pères. Et R.
Yo'hanan dit : 'tahôn' (fera grâce) le mérite des Pères.
Quatre explications de la lettre choisie. Pour Rav, le tav est ambivalent : tihye pour le juste, tamout pour le méchant. Chmouel et R. Yo'hanan y lisent le sort du zekhout avot (mérite des Pères) : épuisé ou encore agissant.
Tossefot distingue zekhout (mérite) et berit (alliance) des Pères, et concilie Chmouel et R. Yo'hanan en rapportant chaque lecture à un groupe différent.
Et Reich Lakich dit : tav, c'est la fin du sceau du Saint, béni soit-Il, car R. Hanina dit : le sceau du Saint, béni soit-Il, est 'émet' (vérité).
R. Chmouel bar Nahmani dit : ce sont les gens qui ont accompli toute la Tora, de alef à tav.
Reich Lakich : le tav est la dernière lettre de émet, le sceau de Hachem. Rachi note que émet réunit la première lettre (alef), celle du milieu (mem) et la dernière (tav). R. Chmouel bar Nahmani : le tav désigne ceux qui ont accompli la Tora en entier.
La seconde glose du Ben Yehoyada est sa conclusion du traité Chabbat entier ; Sefaria l'aligne sur ce segment à cause du thème 'de alef à tav'.
Depuis quand le mérite des Pères s'est-il épuisé ? Rav dit : depuis les jours de Hochea ben Bééri, comme il est dit : 'Je dévoilerai sa honte aux yeux de ses amants, et nul ne la sauvera de Ma main' (Hochea 2, 12).
Rav lit 'ich' (personne) comme une allusion aux Pères : aucun d'eux ne sauvera plus Israël par son mérite.
Et Chmouel dit : depuis les jours de Hazaël, comme il est dit : 'Hazaël, roi d'Aram, opprima Israël tous les jours de Yehoahaz' (Melakhim II 13, 22) ; et il est écrit : 'Hachem leur fit grâce, eut pitié d'eux et Se tourna vers eux à cause de Son alliance avec Avraham, Yitshak et Yaakov ; Il ne voulut pas les détruire et ne les rejeta pas de devant Sa face jusqu'à maintenant' (ibid. 23).
R. Yehochoua ben Levi dit : depuis les jours d'Eliyahou, comme il est dit : 'À l'heure de l'offrande de l'après-midi (minha), le prophète Eliyahou s'approcha et dit : Hachem, D.ieu d'Avraham, de Yitshak et d'Israël, qu'on sache aujourd'hui que Tu es D.ieu en Israël, que je suis Ton serviteur et que c'est par Ta parole que j'ai fait toutes ces choses' (Melakhim I 18, 36).
Rachi concilie avec Chmouel : après Eliyahou le mérite est épuisé ; sa mention à l'époque de Hazaël relève de la miséricorde (rahamim).
Et R. Yo'hanan dit : depuis les jours de Hizkiyahou, comme il est dit : 'Pour l'accroissement de l'autorité et une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l'établir et le soutenir par le droit et la justice, dès maintenant et à jamais : le zèle de Hachem Tsevaot fera cela' (Yechaya 9, 6).
Rav Ami dit : il n'y a pas de mort sans faute (het), et pas de souffrances sans faute (avon).
Enoncé de principe de Rav Ami : la mort et les yissourim (souffrances) sont la conséquence d'une faute. La Guemara (au-delà de ce daf) mettra ce principe à l'épreuve.
Pas de mort sans faute, comme il est écrit : 'L'âme qui faute, c'est elle qui mourra ; le fils ne portera pas la faute du père, et le père ne portera pas la faute du fils ; la justice du juste sera sur lui, et la méchanceté du méchant sera sur lui' (Ye'hezkel 18, 20). Pas de souffrances sans faute, comme il est écrit : 'Je punirai par la verge leur transgression, et par des plaies leur faute' (Tehilim 89, 33).
Tossefot explique la différence de vocabulaire : het désigne la faute par erreur (chegaga), avon la faute délibérée (zadon). La mort peut venir même pour une faute involontaire ; les plaies (negaim) viennent pour une faute délibérée.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).