Sougya : Le daf poursuit la série de R. Chmouel bar Nahmani au nom de R.
Yonatan : 'quiconque dit que X a fauté ne fait que se tromper'. Les fils de Chmouel n'ont pas pris de pots-de-vin ; ils ont seulement cessé de faire la tournée de leur père, et quatre Tannaim précisent leur 'gain'.
David n'a pas fauté avec Bat-Cheva : tout soldat de la maison de David remettait un gett à sa femme, et Ouria, rebelle contre la royauté, était passible de mort ; Rabbi relit le reproche de Natan en faveur de son ancêtre. Rav limite la faute de David à l'affaire d'Ouria, mais Abaye l'Ancien lui oppose un autre énoncé de Rav : David a accepté la médisance de Tsiva contre Méfibochet.
Chmouel conteste : David avait vu des signes évidents.
(Quiconque dit que) les fils de Chmouel ont fauté ne fait que se tromper, car il est dit : 'Et ce fut (quand Chmouel fut vieux... et ses fils ne marchèrent pas) dans ses voies' (Chmouel I 8, 1-3) : dans ses voies ils n'ont pas marché, mais fauter, ils n'ont pas fauté non plus.
Suite de la série d'énoncés de R. Chmouel bar Nahmani au nom de R. Yonatan (commencée en 55b) : des personnages que le sens simple semble accuser n'ont pas commis la faute qu'on leur prête. La preuve est un diyouk (déduction précise) : le verset dit qu'ils n'ont pas marché dans ses voies ; ils n'ont donc pas atteint le niveau de leur père, sans être pour autant des fauteurs.
Mais comment j'explique alors : 'Ils se détournèrent vers le gain' ? (Cela signifie) qu'ils n'ont pas agi comme leur père : Chmouel le juste parcourait tous les lieux d'Israël et les jugeait dans leurs villes, comme il est dit : 'Il allait chaque année faire le tour de Beit-Él, de Guilgal et de Mitspa, et il jugeait Israël' (Chmouel I 7, 16).
Eux n'ont pas fait ainsi ; ils restaient dans leurs villes, afin d'augmenter le salaire de leurs appariteurs (hazanim) et de leurs scribes.
Le 'gain' ne désigne pas un pot-de-vin. En restant chez eux, les fils de Chmouel obligeaient les plaideurs à se déplacer et à payer les hazanim (appariteurs) et les scribes. Le verset leur reproche ce coût imposé au public.
C'est (une discussion entre) Tannaim. 'Ils se détournèrent vers le gain' : R. Meir dit : ils ont réclamé leur part de vive voix.
R. Yehouda dit : ils ont imposé des marchandises (malai) aux propriétaires.
R. Akiva dit : ils ont pris de force un panier supplémentaire de maasser (dîme).
R. Yossi dit : ils ont pris de force les dons (matanot).
La Guemara rattache la question à une mahloket de Tannaim sur le sens de 'gain'. Selon Rachi, seul R. Yehouda décrit une situation qui pouvait fausser le jugement : les propriétaires qui commerçaient pour eux venaient ensuite plaider devant eux. Pour R. Meir, R. Akiva et R. Yossi, la faute porte sur les droits des Lévites (maasser, dons), exigés ou pris de force.
R. Chmouel bar Nahmani a dit au nom de R.
Yonatan : quiconque dit que David a fauté ne fait que se tromper, car il est dit : 'David réussissait dans toutes ses voies, et Hachem était avec lui' (Chmouel I 18, 14). Est-il possible qu'une faute lui soit venue entre les mains, et que la Chekhina soit avec lui ?!
Deuxième cas : David et Bat-Cheva. L'argument repose sur la présence de la Chekhina : un homme qui aurait commis un adultère ne pourrait pas être décrit comme accompagné par Hachem dans toutes ses voies. Rachi précise l'accusation visée : une relation avant que Bat-Cheva ait reçu son gett.
Mais comment j'explique alors : 'Pourquoi as-tu méprisé la parole de Hachem, en faisant (laasot) le mal à Mes yeux' (Chmouel II 12, 9) ? (Cela signifie) qu'il a voulu faire, et n'a pas fait.
La Guemara répond au verset qui semble accuser David : le texte dit laasot (faire), à l'infinitif. Il décrit une intention qui n'est pas passée à l'acte. Rachi explique l'intention : David voulait s'unir à elle avant que le gett envoyé du front soit arrivé. Le Ben Yehoyada propose une autre lecture de ce 'mal' voulu.
Rav a dit : Rabbi, qui descend de David, retourne (le verset) et l'interprète en faveur de David. 'Pourquoi as-tu méprisé la parole de Hachem en faisant le mal' : Rabbi dit : ce mal-ci diffère de tous les maux de la Torah ; car pour tous les maux de la Torah il est écrit 'et il fit' (vayaas), et ici il est écrit 'faire' (laasot) : il a voulu faire et n'a pas fait.
Rav présente l'enseignement de Rabbi (R. Yehouda HaNassi), descendant de David, qui 'retourne' le verset d'accusation en plaidoyer. Le point grammatical : partout dans la Torah la faute est décrite par vayaas (il fit) ; ici le verbe est laasot (faire). Le texte signale ainsi une intention restée sans acte.
'Tu as frappé Ouria le Hitti par l'épée' : tu aurais dû le juger au Sanhédrin, et tu ne l'as pas jugé. 'Et sa femme, tu l'as prise pour toi pour femme' : tu as sur elle (droit de) likouhin (mariage).
Deux clauses du reproche de Natan sont relues. Ouria méritait la mort comme mored bemalkhout (rebelle contre la royauté) ; le seul manquement de David est d'avoir court-circuité le Sanhédrin. Likouhin yech lekha bah : les kiddouchin de David sur Bat-Cheva étaient valides, preuve qu'elle n'était plus une femme mariée.
Tossefot précise la procédure : un rebelle doit être jugé pour établir les faits, sans les délais habituels (halanat din).
Car R. Chmouel bar Nahmani a dit au nom de R.
Yonatan : quiconque part à la guerre de la maison de David écrit à sa femme un gett keritout (acte de divorce), car il est dit : 'Et ces dix fromages, apporte-les au chef de mille ; et tes frères, visite-les (pour prendre de leurs nouvelles de) paix, et prends leur gage (arouvatam)' (Chmouel I 17, 18).
Fondement de likouhin yech lekha bah : le soldat de la maison de David remettait un gett à sa femme avant de partir. Le but est d'éviter qu'elle reste aguna (liée à un mari disparu sans témoins) ou soumise au yiboum.
Deux modèles : Rachi, un gett conditionnel qui prend effet rétroactivement si le soldat ne revient pas ; Rabbenou Tam, un divorce complet fait en secret.
Que signifie 'arouvatam' ? Rav Yossef a enseigné : les choses qui sont 'meleees' (meouravim) entre lui et elle.
Arouvatam est rapproché de la racine ervouv (mélange, lien). Ce qui lie le soldat à sa femme, ce sont les kiddouchin ; 'prendre' ce lien, c'est rapporter le gett qui l'annule.
'Et lui, tu l'as tué par l'épée des enfants d'Amon' : de même que tu n'es pas puni pour (ceux qui tombent par) l'épée des enfants d'Amon, de même tu n'es pas puni pour Ouria le Hitti.
La comparaison avec l'épée des Amonites sert d'argument d'exemption : la mort d'Ouria est assimilée à celle d'un soldat tombé au combat, pour laquelle le roi n'est pas puni.
Quelle en est la raison ? Il était rebelle contre la royauté (mored bemalkhout), car il lui avait dit : 'Et mon maître Yoav et les serviteurs de mon maître campent dans les champs' (Chmouel II 11, 11).
En quoi Ouria était-il mored bemalkhout ? Rachi : il a appelé Yoav 'mon maître' devant le roi. Tossefot (au nom de Rabbenou Meir) : cela ne suffit pas ; la rébellion est le refus d'exécuter l'ordre explicite de David de rentrer chez lui.
Rav a dit : quand tu examines David, tu ne trouves rien en lui, excepté (l'affaire) d'Ouria, car il est écrit : 'sauf dans l'affaire d'Ouria le Hitti' (Melakhim I 15, 5).
Rav s'appuie sur Melakhim I 15, 5 : l'Écriture ne reproche à David que l'affaire d'Ouria. Rachi en tire la conséquence : avec Bat-Cheva, il n'y a pas eu de faute. Tossefot demande pourquoi le recensement (Yoma 22b) n'est pas compté, et répond qu'il s'agissait d'une faute moindre, commise par chegaga (erreur).
Abaye l'Ancien a opposé (un énoncé de) Rav à (un autre de) Rav : Rav a-t-il vraiment dit cela ? Rav n'a-t-il pas dit : David a accepté la médisance (lachon hara) ?
C'est une difficulté (kachya).
Structure de remia (contradiction entre deux énoncés du même maître). Si Rav dit que David n'a fauté qu'avec Ouria, il ne peut pas dire aussi que David a accepté la lachon hara. La Guemara conclut par kachya : la difficulté reste sans réponse.
(Revenons à) l'énoncé lui-même (goufa). Rav a dit : David a accepté la médisance, car il est écrit : 'Le roi lui dit : Où est-il ?
Et Tsiva dit au roi : Voici, il est dans la maison de Makhir fils d'Amiel, à Lo-Devar' (Chmouel II 9, 4). Et il est écrit : 'Le roi envoya et le fit prendre de la maison de Makhir fils d'Amiel, de Lo-Devar' (Chmouel II 9, 5).
Jeu sur le nom de lieu : Tsiva dit be-lo devar (litt. 'sans parole'), laissant entendre que Mefibochet, fils de Yehonatan, n'a pas de Torah ; le verset suivant écrit mi-lo devar, lu mi-mélo devar : David le trouve 'plein de parole'. Tsiva est donc pris en flagrant délit de mensonge.
Puisqu'il avait vu qu'il était un menteur, lorsqu'il le calomnia de nouveau, pourquoi l'a-t-il accepté de lui ? Car il est écrit : 'Le roi dit : Où est le fils de ton maître ?
Et Tsiva dit au roi : Voici, il demeure à Jérusalem', etc. (Chmouel II 16, 3).
Et d'où savons-nous qu'il l'a accepté de lui ? Car il est écrit : 'Le roi dit à Tsiva : Voici, tout ce qui est à Mefibochet est à toi.
Et Tsiva dit : Je me prosterne, que je trouve grâce aux yeux du roi' (Chmouel II 16, 4).
Argument de Rav : un témoin déjà convaincu de mensonge ne devait plus être cru. Pourtant, pendant la fuite devant Avchalom, David donne à Tsiva tous les biens de Mefibochet sur sa seule parole. C'est cela, accepter la lachon hara.
Et Chmouel dit : David n'a pas accepté la médisance ; il a vu en lui des choses évidentes (devarim hanikarim). Car il est écrit : 'Mefibochet, fils de Chaoul, descendit à la rencontre du roi ; il n'avait pas soigné ses pieds, ni taillé sa moustache, et il n'avait pas lavé ses vêtements', etc.
(Chmouel II 19, 25). Et il est écrit : 'Et lorsqu'il vint à Jérusalem à la rencontre du roi, le roi lui dit : Pourquoi n'es-tu pas venu avec moi, Mefibochet ?
Il dit : Mon seigneur le roi, mon serviteur m'a trompé, car ton serviteur a dit : je vais me seller l'âne, je le monterai et j'irai avec le roi, car ton serviteur est boiteux' (Chmouel II 19, 26-27).
Chmouel répond à Rav : David n'a pas agi sur la seule parole de Tsiva. À son retour, il a constaté des devarim hanikarim (signes évidents) : Mefibochet ne s'était ni lavé ni soigné, ce que David a lu comme un deuil de son retour. Selon Rachi, le don fait pendant la fuite n'était que conditionnel, et le partage du champ à la fin montre que David avait des raisons de croire Tsiva en partie.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).