Sougya : Le daf achève l'affaire de Tsiva et Mefibochet : la plainte de Mefibochet contre Celui qui a ramené David lui vaut le nom de Meriv-Baal, et Rav voit dans le partage du champ la cause du partage du royaume, de l'idolâtrie et de l'exil. R.
Chmouel bar Nahmani au nom de R. Yonatan poursuit sa série : Chlomo n'a pas fauté.
La Guemara examine les versets qui l'accusent et conclut qu'il est blâmé pour ne pas avoir protesté auprès de ses femmes ; Chmouel rattache à son mariage avec la fille de Pharaon la naissance de Rome. Enfin, Yochiyahou n'a pas fauté non plus : sa 'techouva' consiste à avoir remboursé de son argent les jugements de sa jeunesse, ce que Rav conteste.
Fin du chapitre Bameh behema.
(...) ton serviteur. 'Il a calomnié ton serviteur auprès de mon seigneur le roi ; mais mon seigneur le roi est comme un ange de D.ieu : fais ce qui est bon à tes yeux' (Chmouel II 19, 28). 'Le roi lui dit : Pourquoi continuer à parler de tes affaires ? J'ai dit : toi et Tsiva, vous partagerez le champ.
Et Mefibochet dit au roi : Qu'il prenne même tout, puisque mon seigneur le roi est revenu en paix dans sa maison' (Chmouel II 19, 30-31). (Mefibochet) lui dit : moi, je disais 'quand reviendras-tu en paix ?', et toi tu me fais cela ?
Ce n'est pas contre toi que j'ai des griefs, mais contre Celui qui t'a ramené en paix.
Fin de la discussion commencée en 56a entre Rav et Chmouel. La dernière phrase lit la réponse de Mefibochet comme un aveu : il n'en veut pas à David, il en veut à Hachem d'avoir ramené David. Cela confirme la version de Tsiva, et explique que David ait partagé le champ.
C'est ce qui est écrit : 'Et le fils de Yehonatan : Meriv-Baal' (Divrei HaYamim I 8, 34). Meriv-Baal était-il donc son nom ?
Son nom n'était-il pas Mefibochet ? Mais c'est parce qu'il fit une querelle (meriva) avec son Maître (baal).
Une voix céleste (bat kol) sortit et lui dit : querelleur, fils de querelleur (natsa bar natsa). 'Querelleur' : ce que nous venons de dire. 'Fils de querelleur' : car il est écrit : 'Chaoul vint jusqu'à la ville d'Amalek et il se querella (vayarev) dans la vallée (nahal)' (Chmouel I 15, 5). R.
Mani dit : au sujet de l'affaire de la vallée.
Le nom Meriv-Baal est lu comme un surnom : 'celui qui se querelle avec son Maître'. Son père Yehonatan était fils de Chaoul, qui s'était déjà 'querelle' avec Hachem au sujet de l'ordre d'exterminer Amalek. Selon Rachi, Chaoul raisonnait par kal va-homer (à fortiori) à partir de la egla aroufa : si la Torah exige une expiation pour un seul mort, comment tuer tout un peuple, et même les enfants ?
Rav Yehouda dit au nom de Rav : au moment où David dit à Mefibochet : 'toi et Tsiva, vous partagerez le champ', une voix céleste sortit et lui dit : Rehavam et Yarovam partageront la royauté.
Mida kenegued mida (mesure pour mesure) : David partage injustement un bien, son royaume sera partagé entre son petit-fils Rehavam et Yarovam.
Rav Yehouda dit au nom de Rav : si David n'avait pas accepté la médisance (lachon hara), le royaume de la maison de David ne se serait pas divisé, Israël n'aurait pas servi l'idolâtrie, et nous n'aurions pas été exilés de notre terre.
Rav enchaîne trois conséquences : la division du royaume, l'idolâtrie des veaux de Yarovam, puis l'exil. Rachi précise le lien : Yarovam a installé les veaux pour empêcher son peuple de monter au Temple de Jérusalem, dans le royaume de Rehavam.
R. Chmouel bar Nahmani dit au nom de R.
Yonatan : quiconque dit que Chlomo a fauté ne fait que se tromper, car il est dit : 'Son cœur n'était pas entier avec Hachem son D.ieu, comme le cœur de David son père' (Melakhim I 11, 4) : comme le cœur de David son père, il ne l'était pas ; mais fauter, il n'a pas fauté non plus.
Nouvel énoncé de la série de R. Yonatan. Le raisonnement est un diyouk (déduction précise) : le verset compare Chlomo à David et dit seulement qu'il n'atteignait pas son niveau. S'il avait servi l'idolâtrie, le verset l'aurait dit.
Mais comment j'explique alors : 'Au temps de la vieillesse de Chlomo, ses femmes détournèrent son cœur' (Melakhim I 11, 4) ? Cela est selon R.
Natan. Car R.
Natan a soulevé une contradiction : il est écrit : 'Au temps de la vieillesse de Chlomo, ses femmes détournèrent son cœur', et il est écrit : 'comme le cœur de David son père' : comme le cœur de David son père il ne l'était pas, mais fauter, il n'a pas fauté non plus ! Voici ce que (le verset) veut dire : 'Au temps de la vieillesse de Chlomo, ses femmes détournèrent son cœur pour aller après d'autres dieux', et il n'y est pas allé.
R. Natan résout la contradiction interne du verset : les femmes ont tente de détourner Chlomo ('pour aller après d'autres dieux'), la tentative a échoué.
Mais il est écrit : 'Alors Chlomo bâtira (yivne) un haut-lieu (bama) pour Kemoch, l'abomination de Moav' (Melakhim I 11, 7) ! (Cela signifie) qu'il a cherché à bâtir et n'a pas bâti.
La Guemara s'appuie sur la forme grammaticale : yivne est un inaccompli (futur), qui pourrait désigner une intention non réalisée.
Mais alors : 'Alors Yehochoua bâtira (yivne) un autel à Hachem' (Yehochoua 8, 30), (dira-t-on) qu'il a cherché à bâtir et n'a pas bâti ? Il a donc bâti ; ici aussi, il a bâti !
Réfutation par un verset parallèle : pour Yehochoua, le même yivne désigne une construction réelle. La réponse précédente tombe ; Rachi note que c'est une kachya (difficulté non résolue). Tossefot demande pourquoi on ne dit pas que le futur sert ici à un derach, comme pour Yehochoua en Sanhédrin 91b ; le Ri répond que, si le verset voulait parler d'une intention, il aurait écrit 'il chercha à bâtir'.
Mais (il faut l'expliquer) comme il a été enseigné (dans une baraita) : R. Yossi dit : 'Et les hauts-lieux qui étaient face à Jérusalem, à droite du Mont de l'Onction (har hamichha), que Chlomo roi d'Israël avait bâtis pour Achtoret, l'abomination des Sidoniens, etc.' (Melakhim II 23, 13).
Nouvelle voie : R. Yossi cite le verset qui décrit l'action de Yochiyahou : il rendit impurs (détruisit) les hauts-lieux 'que Chlomo avait bâtis'. La question suivante montre que ce verset ne peut pas être pris au pied de la lettre. Rachi explique le nom de la montagne par un jeu sur mechiha (onction, huile) : c'est le Mont des Oliviers.
Est-il possible qu'Assa soit venu et ne les ait pas détruits, que Yehochafat (soit venu) et ne les ait pas détruits, jusqu'à ce que vienne Yochiyahou et les détruise ? Assa et Yehochafat n'ont-ils pas détruit toute l'idolâtrie qui était en Erets Israël ?
Mais (le verset) compare (makich) les premiers aux derniers : de même que les derniers n'ont pas fait (la destruction) et (le verset) la leur attribue à leur louange, de même les premiers n'ont pas fait (la construction) et (le verset) la leur attribue à leur blâme.
Question historique : les rois justes Assa et Yehochafat ont déjà éliminé toute l'idolâtrie du pays ; il ne restait donc rien de Chlomo à détruire pour Yochiyahou. Le verset procède par hekech (comparaison) : il attribue à Yochiyahou une destruction qu'il n'a pas faite, pour le louer, et à Chlomo une construction qu'il n'a pas faite, pour le blâmer. Tossefot écarte l'explication donnée en Houlin pour le serpent d'airain : ici, les rois précédents n'avaient aucune raison de laisser ces autels debout.
Mais il est écrit : 'Chlomo fit ce qui est mal aux yeux de Hachem' (Melakhim I 11, 6) ! Mais parce qu'il aurait dû protester auprès de ses femmes et n'a pas protesté, le verset le lui compte comme s'il avait fauté.
Principe central du passage : celui qui a le pouvoir de limhot (protester, empêcher) et ne le fait pas porte la faute de ceux qu'il laisse faire. C'est le même principe que la Michna appliquait à la vache de R. Eleazar ben Azaria (54b).
Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : il aurait été préférable pour ce juste d'être serviteur pour une chose étrangère (davar aher, l'idolâtrie), plutôt que soit écrit à son sujet : 'il fit ce qui est mal aux yeux de Hachem'.
Rachi tire la leçon : un travail servile au service de l'idolâtrie, sans intention de la servir, est moins grave que le reproche écrit dans la Torah, car la tokhéha (reproche) est sévère pour celui qui pouvait empêcher la faute et ne l'a pas fait.
Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : lorsque Chlomo épousa la fille de Pharaon, elle lui apporta mille sortes d'instruments de musique et lui dit : ainsi fait-on pour telle idolâtrie, et ainsi fait-on pour telle idolâtrie ; et il ne protesta pas.
Illustration concrète du 'il n'a pas protesté' : la fille de Pharaon présente le culte idolâtre sous forme d'information ('ainsi fait-on pour...'), et Chlomo laisse dire. C'est ce silence que le verset lui reproche.
Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : lorsque Chlomo épousa la fille de Pharaon, (l'ange) Gavriel descendit, planta un roseau dans la mer, un banc de sable (chirtôn) se forma autour, et sur lui fut bâtie la grande ville de Rome.
Aggada : dès la faute (le mariage de Chlomo avec la fille de Pharaon), le Ciel prépare la puissance qui punira Israël. Rachi décrit le processus naturel : le roseau retient le sable et la boue que la mer rejette, et l'îlot grandit peu à peu jusqu'à porter une ville.
Il a été enseigné dans une baraita : le jour où Yarovam introduisit deux veaux d'or, l'un à Beit-Él et l'autre à Dan, une hutte (tserif) fut bâtie, et c'est l'Italie de Yavan.
Deuxième étape : à la faute des veaux d'or de Yarovam correspond la première construction sur l'îlot. Les deux fautes (mariage de Chlomo, veaux de Yarovam) marquent les deux étapes de la naissance de Rome, voir le schéma de synthèse.
R. Chmouel bar Nahmani dit au nom de R.
Yonatan : quiconque dit que Yochiyahou a fauté ne fait que se tromper, car il est dit : 'Il fit ce qui est droit aux yeux de Hachem et marcha dans toute la voie de David son père' (Melakhim II 22, 2). Mais comment j'explique alors : 'Il n'y eut pas avant lui de roi semblable à lui, qui revint (chav) (à Hachem de tout son cœur...)' (Melakhim II 23, 25) ?
Dernier énoncé de la série. Le verbe chav (revenir) suggère une techouva, donc une faute antérieure. La Guemara va montrer de quoi Yochiyahou est 'revenu' sans qu'il ait fauté.
(C'est) que tout jugement qu'il avait rendu de l'âge de huit ans jusqu'à dix-huit ans, il le leur a restitué. Et de peur que tu dises qu'il a pris à celui-ci pour donner à celui-là, le verset dit : 'de toute sa force (bekhol mêôdo)' : il leur a donné de son propre (argent).
Sa 'techouva' porte sur des erreurs de jugement possibles, commises avant qu'il ne connaisse bien la Torah. Il a remboursé ceux qu'il avait condamnés. Mêod signifie ici l'argent (comme dans le Chema, 'bekhol mêôdekha') : il a payé de ses propres biens, sans reprendre l'argent aux gagnants.
Et (R. Yonatan) est en désaccord avec Rav, car Rav a dit : il n'y a pas de plus grand baal techouva (repentant) que Yochiyahou dans sa génération, et un dans notre génération.
Et qui est-ce ? Abba, père de R.
Yirmeya bar Abba ; et certains disent : Aha, frère d'Abba, père de Rav Yirmeya bar Abba. Car le Maître a dit : R.
Abba et Aha étaient frères.
Pour Rav, Yochiyahou est un vrai baal techouva : il avait donc fauté. Cela contredit R. Yonatan. Rav donne un équivalent contemporain, dont l'identité fait l'objet de deux versions.
Rav Yossef dit : et encore un dans notre génération. Et qui est-ce ?
Okvan bar Nehemia, l'Exilarque (Roch Galouta). Et c'est lui 'Natan detsoutsita'.
Rav Yossef dit : j'étais assis au cours (pirka) et je somnolais, et j'ai vu en rêve (un ange) qui tendit les mains et le reçut.
Le surnom detsoutsita reçoit trois explications : les étincelles de feu (Rachi, 1re explication), la touffe de cheveux par laquelle l'ange l'a saisi (Rachi, 2e explication), une lampe sur sa tête (Rabbenou Tam). Le Ben Yehoyada distingue Okvan de Natan, qui vivait à une autre époque.
Nous reviendrons à toi, (chapitre) 'Bameh behema'.
Fin du chapitre 5, Bameh behema, consacré à ce qu'un animal peut porter en sortant le Chabbat. Le Roch résume les conclusions halakhiques du chapitre : pour chaque accessoire, la raison de l'interdit, puis le principe de la responsabilité de celui qui pouvait protester, qui relie la Michna de la vache de R. Eleazar ben Azaria à toute l'aggada de ce daf.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).