Shabbat 5a — La main de l'homme vaut quatre sur quatre : akira et hanaha sans surface mesurée

Shabbat 5a

Sougya : Le daf poursuit la difficulté laissée ouverte au verso précédent : la michna astreint le pauvre et le maître de maison alors que l'objet part d'une main et se pose dans une main, sans le lieu de quatre tefahim sur quatre que l'akira (enlèvement) et la hanaha (dépose) semblent exiger. Rav et Chmouel ont limité Rabbi au domaine privé couvert, ce que la Guemara écarte pour le domaine public au nom des étendards du désert.

Rabbi Zeira attribue alors la michna aux Aherim, Rabbi Abba y lit une corbeille tenue en main, Rabbi Abbahou une main abaissée en dessous de trois tefahim ; chaque lecture est examinée puis trouvée trop étroite. Rava tranche par un principe : la main de l'homme compte pour lui comme quatre sur quatre, et Rabbi Yo'hanan énonce la même règle.

Le daf ajoute deux enseignements de Rabbi Avin sur la portée de ce principe, une question restée sans réponse sur les deux forces d'un seul homme, et s'achève sur l'eau de pluie captée dans la main, où il faut encore trouver un lieu d'akira.

Quatre tentatives pour sauver la michna, et la réponse de Rava La difficulté L'akira et la hanaha exigent un lieu de 4 tefahim sur 4. Or la michna fait partir l'objet d'une main et le fait poser dans une main. Rav et Chmouel limitaient Rabbi au domaine privé couvert ; la Guemara montre que cela ne tient pas pour le domaine public (segments 0-1) 1. Rabbi Zeira : la michna suit les Aherim, qui n'exigent pas de lieu de quatre Ecartée : la baraita ne prouve rien pour l'akira, et sa hanaha peut s'être faite sur un pan de vêtement déployé, qui fait quatre segments 2-3 2. Rabbi Abba : lire teraskal (corbeille) tenu en main, qui a bien quatre sur quatre Difficulté du teraskal au dehors, résolue par la hauteur ; écartée ensuite car la michna dit sa main, et non une corbeille segments 4-9 3. Rabbi Abbahou : la main abaissée en dessous de trois tefahim, donc jointe au sol Exige de lire la michna sur un homme penché, ou placé dans une fosse, ou de petite taille segments 9-10 Rava : le tana ne s'est pas donné tant de peine pour des cas aussi rares La main de l'homme compte pour lui comme quatre sur quatre Rabbi Yo'hanan énonce la même règle, rapportée par Ravin (segment 11) Suite du daf : la règle vaut même si le lanceur n'a pas visé la main (segment 12) ; qui reçoit sans bouger rend le lanceur astreint (13) ; le lanceur qui court rattraper son propre jet reste en suspens (14-15) ; l'eau de pluie captée dans la main pose la question de l'akira (16-17).
Le fil du daf : quatre lectures de la michna, et le principe de Rava qui les remplace toutes.
Les hauteurs qui commandent tout le daf : trois, dix, et la largeur de quatre sol du domaine public moins de 3 tefahim : tenu pour le sol lui-même de 3 à 10 tefahim, sur une surface de 4 : karmelit, statut intermédiaire au-dessus de 10 tefahim, sur une surface de 4 sur 4 : domaine privé 10 3 Le teraskal planté sur un roseau Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda : au-dessus de dix, la corbeille large de quatre devient un domaine privé, et l'on étire ses parois jusqu'au sol (goud ahit). La michna, elle, se lit en dessous de dix : la corbeille tenue en main reste dans le domaine public, et celui qui y dépose depuis la maison est bien astreint. segments 5-8 La main abaissée sous trois tefahim Rabbi Abbahou : si la main descend sous trois, elle est tenue pour jointe au sol, et le lieu de quatre est acquis. segments 9-10 La réponse de Rava dispense de tout cela La main est un lieu significatif par elle-même, à quelque hauteur qu'elle se tienne.
Trois tefahim, dix tefahim, quatre de large : les mesures qui commandent chaque étape de la sougya.
Qui accomplit la hanaha ? Trois situations, trois issues Le receveur reste à sa place L'objet s'immobilise par la force du lanceur seul Le lanceur est astreint segments 2 et 13 Le receveur court au-devant Le receveur a devancé l'objet : la hanaha lui revient Le lanceur est exempt segments 2 et 13 Le lanceur court le rattraper Deux forces dans un seul homme : un seul agent, ou bien deux ? Teikou, sans réponse segments 14-15 Portée pratique : un teikou en matière d'interdit de la Torah laisse l'acte défendu et la personne exempte de sanction. Celui qui jette puis rattrape son propre objet d'un domaine à l'autre n'apporte donc pas de hatat, sans que l'acte devienne pour autant permis.
Le jet et sa réception : selon qui immobilise l'objet, le lanceur est astreint, exempt, ou la question reste ouverte.
1
לָא מְחַייֵּב רַבִּי אֶלָּא בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד מְקֹורֶה, דְּאָמְרִינַן: בֵּיתָא כְּמַאן דְּמַלְיָא דָּמְיָא. אֲבָל שֶׁאֵינוֹ מְקֹורֶה — לֹא.

Rabbi n'astreint que dans un domaine privé couvert, car nous disons : la maison est tenue pour pleine. Mais celui qui n'est pas couvert, non.

📜 Rachi (2)
מְקוֹרָהּ שֶׁיֵּשׁ לָהּ גַּג:
Mekoureh (couvert) : qui possède un toit.
כְּמַאן דִּמְלֵי דָּבָר סָתוּם מִכָּל צַד הָוֵי כִּמְלֹא חֲפָצִים עַד גַּגּוֹ דְּאֵין אֲוִירוֹ חֲשִׁיב אֲוִיר הִלְכָּךְ כָּל הַנִּזְרָק לְתוֹכוֹ הָוֵי כְּמֻונָּח:
Ke-man de-mali (comme s'il était plein) : ce qui est clos de toutes parts est tenu pour rempli d'objets jusqu'à son toit, car son air n'a pas valeur d'air ; dès lors, tout ce qu'on y jette est comme déposé.
🗂️ Tossefot (1)
לָא מְחַייֵּב ר' אֶלָּא בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד מְקֹורֶה נִרְאֶה לְרַשְׁבָּ"א דְּמַשְׁמַע לֵיהּ מִדְּלָא נְקַט מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לרה"י וּרְשׁוּת הָרַבִּים בָּאֶמְצַע כְּמוֹ בִּפְלוּגְתָּא דר"ע וְרַבָּנָן וְהַהִיא דְּגִיטִּין פ' הַזּוֹרֵק (גִּיטִּין ד' עט. וְשָׁם) גַּבֵּי הָיְתָה עוֹמֶדֶת עַל רֹאשׁ הַגָּג וּזְרָקוֹ לָהּ כּוּ' וְקָאָמַר כְּמַאן כְּרַבִּי דְּאָמַר קְלוּטָה כְּמִי שֶׁהֻונְּחָה דָּמְיָא לָא סָבְרִי דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּהָכָא דְּאָמְרִי דְּלָא חַיָּיב ר' אֶלָּא בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד מְקֹורֶה וּלְדִידְהוּ צָרִיךְ לְשַׁנּוֹיֵי דְּהָתָם מִשּׁוּם אִינְּטוֹרֵי כְּדִמְשַׁנֵּי הָתָם אַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנַן כִּי פְּלִיגִי רַבָּנָן לְעִנְיַן שַׁבָּת אֲבָל הָכָא מִשּׁוּם אִינְּטוֹרֵי כו':
Il apparaît au Rachba qu'il le déduit de ce que l'on n'a pas formulé le cas ainsi : d'un domaine privé vers un domaine privé avec le domaine public au milieu, comme dans la controverse de Rabbi Akiva et des Sages. Et ce passage de Guittin, chapitre Ha-zorek (79a), au sujet de celle qui se tenait au sommet du toit et à qui l'on a jeté le guet, etc., où l'on demande : selon qui ? Selon Rabbi, qui énonce que l'objet saisi par l'air est comme déposé (kelouta ke-mi che-hounha damya) — ce passage ne suit pas Rav et Chmouel d'ici, qui disent que Rabbi n'astreint que dans un domaine privé couvert. Selon eux, il faut répondre que là-bas la raison tient à la garde du guet (inteturi), comme on répond là-bas selon les Sages : tu peux même dire que cela suit les Sages, car les Sages ne divergent qu'à propos de Chabbat, tandis qu'ici la raison tient à la garde, etc.
💡 Explication

Rav et Chmouel bornent la position de Rabbi : il n'astreint celui qui jette un objet à travers un domaine privé que si ce domaine est couvert. La raison tient à une image juridique : une maison close et couverte est tenue pour pleine, comme si son volume entier était occupé. L'air d'une telle maison perd alors son statut d'air, et l'objet qui la traverse compte comme posé sur une surface.

Cette lecture sert à expliquer la michna du pauvre et du maître de maison, où la main semble dépourvue du lieu de quatre tefahim exigé. Si le volume couvert vaut surface, la difficulté de la surface disparaît.

2
וְכִי תֵּימָא הָכָא נָמֵי בִּמְקֹורֶה — הָתִינַח בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד מְקֹורֶה, בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מְקֹורֶה מִי חַייָּב? וְהָאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: הַמַּעֲבִיר חֵפֶץ אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מְקֹורֶה, פָּטוּר — לְפִי שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה לְדִגְלֵי מִדְבָּר.

Et si tu dis : ici aussi il s'agit d'un lieu couvert — passe encore pour le domaine privé couvert, mais dans un domaine public couvert, est-il seulement astreint ? Or Rav Chmouel bar Yehouda a dit au nom de Rabbi Abba au nom de Rav Houna au nom de Rav : celui qui transporte un objet sur quatre amot dans un domaine public couvert est exempt, parce que cela ne ressemble pas aux étendards du désert.

📜 Rachi (2)
הַתֵּינַח רה"י דבע"ה אֶלָּא רְשׁוּת הָרַבִּים דְּעָנִי מִי מוֹקְמַת לֵיהּ בִּמְקֹורֶה:
Hatinah rechout ha-yahid (passe encore pour le domaine privé) : celui du maître de maison. Mais le domaine public, celui du pauvre, le poserais-tu comme couvert ?
לְדִגְלֵי מִדְבָּר וְכָל מְלָאכוֹת דִּבְשַׁבָּת מִמִּשְׁכָּן גָּמְרִי לְקַמָּן מִדְּנִסְמְכָה פָּרָשַׁת שַׁבָּת לְפָרָשַׁת מִשְׁכָּן בְּוַיַּקְהֵל:
Le-diglei midbar (aux étendards du désert) : toutes les melakhot de Chabbat se déduisent du Michkan, plus loin, du fait que la section de Chabbat a été accolée à celle du Michkan dans Vayakhel.
💡 Explication

La michna met en scène deux personnes de part et d'autre du seuil : le maître de maison dans le domaine privé, le pauvre dans le domaine public. Lire la michna comme parlant d'un lieu couvert obligerait à couvrir aussi le côté du pauvre.

Or Rav enseigne qu'un domaine public couvert ne rend astreint pour aucun transport de quatre amot, au motif que les melakhot de Chabbat se mesurent à ce qui se faisait au Michkan : le campement du désert, sous les étendards des tribus, était à ciel ouvert. La lecture de Rav et Chmouel vaut donc pour un seul côté de la michna, ce qui suffit à l'écarter.

🖼️ Schéma
Pourquoi un domaine public couvert ne peut pas sauver la michna Domaine privé couvert la maison est tenue pour pleine l'objet qu'on y jette est comme déposé Domaine public couvert sans ressemblance avec le désert, qui n'avait aucun toit quatre amot parcourues : exempt (Rav) Or la michna met le pauvre dans le domaine public : la lecture de Rav et Chmouel ne peut donc pas couvrir les deux côtés de la michna.
Le toit sauve le domaine privé et disqualifie le domaine public : la lecture ne peut pas couvrir la michna entière.
3
אֶלָּא אָמַר רַבִּי זֵירָא: הָא מַנִּי? — אֲחֵרִים הִיא. דְּתַנְיָא: אֲחֵרִים אוֹמְרִים: עָמַד בִּמְקוֹמוֹ וְקִבֵּל — חַיָּיב, עָקַר מִמְּקוֹמוֹ וְקִבֵּל — פָּטוּר. עָמַד בִּמְקוֹמוֹ וְקִבֵּל — חַייָּב, הָא בָּעֵינַן הַנָּחָה עַל גַּבֵּי מְקוֹם אַרְבָּעָה וְלֵיכָּא! אֶלָּא שְׁמַע מִינַּהּ לָא בָּעֵינַן מְקוֹם אַרְבָּעָה.

Rabbi Zeira dit plutôt : de qui relève notre michna ? Des Aherim.

Car il a été enseigné : Aherim disent : s'il est resté à sa place et a reçu — astreint ; s'il a quitté sa place et a reçu — exempt. « S'il est resté à sa place et a reçu, astreint » : or nous exigeons une hanaha sur un lieu de quatre, et il n'y en a pas !

Conclus-en donc que nous n'exigeons pas un lieu de quatre.

📜 Rachi (5)
הָא מַנִּי דְּלָא בָּעֵי מָקוֹם ד' אֲחֵרִים הִיא:
Ha mani (de qui relève-t-elle ?) : celui qui n'exige pas un lieu de quatre, ce sont les Aherim.
עָמַד בִּמְקוֹמוֹ זָרַק חֵפֶץ וְקִבְּלוֹ אַחֵר עָמַד הַמְקַבֵּל בִּמְקוֹמוֹ וְקִבֵּל:
Amad bi-mekomo (il est resté à sa place) : l'un a jeté un objet et un autre l'a reçu ; celui qui reçoit est resté à sa place et l'a reçu.
חַיָּיב הַזּוֹרֵק דְּאִיהוּ עֲבַד עֲקִירָה וְהַנָּחָה:
Hayav (astreint) : celui qui a jeté, car c'est lui qui a accompli l'akira et la hanaha.
עִקָּר הַמְקַבֵּל מִמְּקוֹמוֹ וְרָץ לִקְרַאת הַחֵפֶץ וְקִבְּלוֹ:
Akar (il a quitté) : celui qui reçoit a quitté sa place, a couru au-devant de l'objet et l'a reçu.
פָּטוּר הַזּוֹרֵק דְּלָא אִיתְעֲבִיד הַנָּחָה מִכֹּחוֹ:
Patour (exempt) : celui qui a jeté, car la hanaha ne s'est pas faite par sa force.
💡 Explication

Rabbi Zeira change de méthode : plutôt que de redessiner la scène de la michna, il lui cherche un auteur qui n'exige pas la surface de quatre. Les Aherim tiennent astreint celui qui jette un objet reçu par un homme immobile ; or cet objet s'est posé dans une main, sans lieu de quatre.

Le partage que posent les Aherim porte sur l'auteur de la hanaha : lorsque le receveur reste immobile, l'objet s'immobilise par la seule force du lanceur, qui a donc accompli l'acte entier. Lorsque le receveur court au-devant, il devance l'objet et la hanaha cesse d'être l'œuvre du lanceur.

4
וְדִילְמָא הַנָּחָה הוּא דְּלָא בָּעֵינַן, הָא עֲקִירָה בָּעֵינַן. וְהַנָּחָה נָמֵי, דִּילְמָא דִּפְשֵׁיט כַּנְפֵיהּ וְקַבְּלַהּ — דְּאִיכָּא נָמֵי הַנָּחָה.

Peut-être est-ce la hanaha que nous n'exigeons pas sur un lieu de quatre, tandis que l'akira, nous l'exigeons. Et pour la hanaha également : peut-être a-t-il déployé les pans de son vêtement et l'a reçu ainsi, de sorte qu'il y a bien une hanaha sur un lieu de quatre.

📜 Rachi (1)
דִּפְשִׁיט כְּנָפֶיהָ פְּרָס בִּגְדוֹ דְּהָוֵי ד':
De-pachit kanfeih (qu'il a déployé ses pans) : il a étendu son vêtement, qui fait quatre.
💡 Explication

La Guemara refuse la preuve sur deux plans. D'abord la baraita des Aherim ne parle que de réception, donc de hanaha ; elle laisse entière l'exigence d'un lieu de quatre pour l'akira, et la michna a besoin des deux.

Ensuite, même pour la hanaha, la baraita se laisse lire autrement : le receveur a pu étendre les pans de son manteau, surface qui atteint quatre tefahim. La baraita cesse alors d'établir quoi que ce soit sur une main nue.

5
אָמַר רַבִּי אַבָּא: מַתְנִיתִין, כְּגוֹן שֶׁקִּבֵּל בִּטְרַסְקָל וְהִנִּיחַ עַל גַּבֵּי טְרַסְקָל, דְּאִיכָּא נָמֵי הַנָּחָה. וְהָא ״יָדוֹ״ קָתָנֵי? — תָּנֵי ״טְרַסְקָל שֶׁבְּיָדוֹ״.

Rabbi Abba dit : notre michna traite du cas où il a reçu dans un teraskal (corbeille) et a déposé sur un teraskal, de sorte qu'il y a bien une hanaha. Mais c'est « sa main » qui est enseigné ! — Enseigne : « le teraskal qui est dans sa main ».

📜 Rachi (1)
טְרַסְקָל סַל:
Teraskal : une corbeille.
💡 Explication

Rabbi Abba revient à la scène elle-même : il y place une corbeille, dont le fond atteint quatre tefahim sur quatre. L'akira comme la hanaha se font alors sur un lieu recevable, et l'exigence générale est préservée.

Le prix à payer est un amendement du texte de la michna, qui dit « sa main ». Rabbi Abba l'accepte et propose de lire : la corbeille qui se trouve dans sa main. Ce procédé reste courant dans la Guemara, mais il expose la lecture à l'objection de Rabbi Abbahou plus bas.

6
הָתִינַח טְרַסְקָל בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד, אֶלָּא טְרַסְקָל שֶׁבִּרְשׁוּת הָרַבִּים רְשׁוּת הַיָּחִיד הוּא.

Passe encore pour le teraskal qui se trouve dans le domaine privé, mais un teraskal qui se trouve dans le domaine public est lui-même un domaine privé.

📜 Rachi (1)
רְשׁוּת הַיָּחִיד הוּא וְאַמַּאי מְחַייֵּב מִשּׁוּם הוֹצָאָה:
C'est un domaine privé : pourquoi alors l'astreindre au titre de la hotsaa (le fait de faire sortir d'un domaine à l'autre) ?
💡 Explication

La corbeille résout la question de la surface et en ouvre une autre. Une surface de quatre sur quatre élevée du sol constitue par elle-même un domaine privé. La corbeille que le pauvre tient dans la rue formerait donc un îlot de domaine privé au milieu du domaine public.

Le maître de maison qui y dépose ferait alors passer l'objet d'un domaine privé à un autre, et la michna l'astreint pourtant.

7
לֵימָא דְּלָא כְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה. דְּתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: נָעַץ קָנֶה בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וּבְרֹאשׁוֹ טְרַסְקָל, זָרַק וְנָח עַל גַּבָּיו — חַיָּיב.

Disons donc que notre michna ne suit pas Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda. Car il a été enseigné : Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : s'il a planté un roseau dans le domaine public, avec un teraskal à son sommet, et qu'il a jeté un objet qui s'est posé dessus — il est astreint.

📜 Rachi (3)
לֵימָא מַתְנִיתִין דְּלָא חֲשִׁיב לֵיהּ רה"י דְּלָא כְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה:
Leima (disons) : notre michna, qui ne tient pas la corbeille pour un domaine privé, ne suit pas Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda.
וְזָרַק מֵרְשׁוּת הָרַבִּים:
Ve-zarak (et il a jeté) : depuis le domaine public.
וְנָח עַל גַּבָּיו חַיָּיב דאע"ג דִּלְמַטָּה לָא הָוֵי קָנֶה רָחָב ד' הוֹאִיל וּבְרֹאשׁוֹ אַרְבַּע אָמְרִינַן גּוּד אַחִית מְחִיצָּה וְהָוֵי רה"י גָּמוּר:
Ve-nah al gabav hayav (et il s'est posé dessus, il est astreint) : bien qu'en bas le roseau n'ait pas quatre de large, dès lors qu'à son sommet il y a quatre, on dit goud ahit mehitsa (étire la cloison vers le bas), et c'est un domaine privé à part entière.
💡 Explication

La baraita fournit la thèse adverse. Un simple roseau planté dans la rue, surmonté d'une corbeille large de quatre, suffit à Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda pour créer un domaine privé : celui qui y fait atterrir un objet lancé depuis la rue est astreint.

Le support étroit ne fait pas obstacle, grâce au principe de goud ahit mehitsa : on considère les bords du plateau comme prolongés verticalement jusqu'au sol, ce qui dessine des cloisons autour de la colonne. Si la michna refuse ce statut à la corbeille du pauvre, elle semble s'opposer à cette position.

🖼️ Schéma
Le roseau surmonté d'un teraskal, selon Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda domaine public teraskal large de 4 goud ahit les parois descendent objet jeté 10 Deux conditions réunies Le sommet est large de quatre, donc lieu significatif. Il se tient au-dessus de dix tefahim, donc hors du domaine public. La minceur du roseau ne gêne pas : on étire vers le bas les cloisons du sommet, et un domaine privé complet se dresse au milieu de la rue.
Le roseau et sa corbeille : largeur de quatre au sommet, hauteur de dix, et des cloisons étirées jusqu'au sol.
8
דְּאִי כְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה, פָּשַׁט בַּעַל הַבַּיִת אֶת יָדוֹ לַחוּץ וְנָתַן לְתוֹךְ יָדוֹ שֶׁל עָנִי אַמַּאי חַיָּיב? מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הַיָּחִיד קָא מַפֵּיק!

Car si l'on suivait Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, lorsque le maître de maison a tendu sa main au dehors et a déposé dans la main du pauvre, pourquoi serait-il astreint ? Il fait sortir d'un domaine privé vers un domaine privé !

🗂️ Tossefot (1)
אַמַּאי חַייָּב מרה"י לרה"י קָא מַפִּיק וַאֲפִילּוּ מִשּׁוּם מוֹשִׁיט וּבִדְיוֹטָא אַחַת לָא מִחַייַּב לְפִי הַיְּרוּשַׁלְמִי דְּמַצְרִיךְ שֶׁיְּקַבְּלֶנּוּ שֵׁנִי מִיָּדוֹ:
Et même au titre de mochit (le fait de tendre un objet d'un domaine privé à un autre par-dessus le domaine public), sur un même alignement (diyouta ahat), on ne l'astreint pas, selon le Yerouchalmi qui exige que le second le reçoive de sa main.
💡 Explication

La contradiction est mise à plat. Dans la lecture de Rabbi Abba, le maître de maison dépose l'objet dans une corbeille ; selon Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, cette corbeille est un domaine privé. Le trajet va donc d'un domaine privé à un autre, situation que la Torah n'interdit pas au titre de la hotsaa.

Tossefot écarte par avance l'autre chef possible, le mochit, qui vise le passage d'un objet entre deux domaines privés situés sur un même alignement. Selon le Yerouchalmi, ce chef exige une remise de main à main, absente ici.

9
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה, הָתָם לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה, הָכָא לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה.

Tu peux même dire que notre michna suit Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda : là-bas, il s'agit d'un cas au-dessus de dix tefahim ; ici, en dessous de dix.

📜 Rachi (1)
לְמַעְלָה מִי' הָוֵי רה"י הוֹאִיל וְרָחָב ד':
Au-dessus de dix : c'est un domaine privé, dès lors qu'il a quatre de large.
🗂️ Tossefot (1)
כָּאן לְמַטָּה מִי' וא"ת נְהִי דִּרְשׁוּת הַיָּחִיד לָא הָוֵי ר"ה נַמֵּי לָא הָוֵי אֶלָּא כְּכַרְמְלִית כְּמוֹ עַמּוּד גָּבוֹהַּ שְׁלֹשָׁה וְרָחָב ד' וְאַמַּאי חַיָּיב וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאֵין כַּרְמְלִית בְּכֵלִים כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י לְקַמָּן גַּבֵּי הָיְתָה קֻופָּתוֹ מֻונַּחַת כּוּ' קָשֶׁה לְרִ"י מֶה עָלָה עַל דַּעְתּוֹ שֶׁל הַמַּקְשָׁן דע"כ יָדַע דְּמַתְנִיתִין מַיְירֵי לְמַטָּה מִי' בְּלֹא פִּירְכָא דְּר' יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה דְּכֹל לְמַעְלָה מִי' הָוֵי מְקוֹם פְּטוֹר וְלָא מִחַיַּיב לכ"ע וא"כ מַאי פָּרֵיךְ מֵרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה הָא מִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא דִּלְמַטָּה מִי' לָא הֲוָה רה"י דְּהָא תְּנַן לְקַמָּן בְּהַזּוֹרֵק (לְקַמָּן שַׁבָּת ד' צט.) חֻולְיַת הַבּוֹר וְהַסֶּלַע שֶׁהֵם גְּבוֹהִים י' וּרְחָבִים ד' הַנּוֹטֵל מֵהֶן וְהַנּוֹתֵן עַל גַּבָּן חַיָּיב פָּחוֹת מִכֵּן פָּטוּר וּפְשִׁיטָא דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה לָא אַיְירֵי אֶלָּא לְמַעְלָה מִי':
Et si tu demandes : admettons que ce ne soit pas un domaine privé, ce n'est pas non plus un domaine public, mais seulement un karmelit, comme un pilier haut de trois et large de quatre ; pourquoi donc est-il astreint ? On peut répondre qu'il n'y a pas de karmelit dans les ustensiles, comme Rachi l'explique plus loin à propos de « sa corbeille était posée », etc. Une difficulté se pose au Ri : qu'avait donc en tête celui qui objecte ? Il savait nécessairement que notre michna traite d'un cas situé en dessous de dix, sans même l'objection tirée de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, puisque tout ce qui se tient au-dessus de dix est un mekom petour (lieu exempt) que nul n'astreint. Dès lors, que tire-t-il de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda ? Il est évident qu'en dessous de dix il n'y a pas de domaine privé, car nous avons appris plus loin dans Ha-zorek (99a) : le rebord du puits et le rocher hauts de dix et larges de quatre, celui qui prend de dessus ou qui pose dessus est astreint ; en deçà de ces mesures, exempt. Et il est évident que Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda ne parle que du cas situé au-dessus de dix.
💡 Explication

La réponse joue sur la hauteur. Une surface de quatre sur quatre ne devient domaine privé qu'à partir de dix tefahim. La corbeille du roseau se tient à cette hauteur ; celle que le pauvre tient en main demeure plus bas et reste donc partie du domaine public.

Tossefot soulève alors la question du karmelit, statut intermédiaire d'une surface comprise entre trois et dix tefahim, et répond par un principe : les ustensiles ne reçoivent pas ce statut. Il s'étonne ensuite de l'objection elle-même, dont la réponse paraissait acquise d'avance.

10
קַשְׁיָא לֵיהּ לְרַבִּי אֲבָהוּ: מִי קָתָנֵי ״טְרַסְקָל שֶׁבְּיָדוֹ״, וְהָא ״יָדוֹ״ קָתָנֵי! אֶלָּא אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: כְּגוֹן שֶׁשִּׁלְשֵׁל יָדוֹ לְמַטָּה מִשְּׁלֹשָׁה וְקִבְּלָהּ.

Cela faisait difficulté à Rabbi Abbahou : est-il enseigné « le teraskal qui est dans sa main » ? C'est « sa main » qui est enseigné !

Rabbi Abbahou dit donc plutôt : il s'agit du cas où il a abaissé sa main en dessous de trois tefahim et l'a reçu.

📜 Rachi (2)
שִׁלְשֵׁל הִשְׁפִּיל כְּמוֹ הָיָה מְשַׁלְשֵׁל בַּחֶבֶל:
Chilchel : il a abaissé, comme dans l'expression « il faisait descendre au moyen d'une corde ».
לְמַטָּה מִג' דְּהָוְיָא כְּקַרְקַע:
En dessous de trois : car c'est alors comme le sol.
🗂️ Tossefot (1)
כְּגוֹן שֶׁשִּׁלְשֵׁל יָדוֹ לְמַטָּה מג' וְקִבְּלָהּ וְקָסָבַר רַבִּי אֱבֵהוּ דְּאֶגֶד יָד שְׁמֵיהּ אֶגֶד דְּאִי לָא הָוֵי שְׁמֵיהּ אֶגֶד מַאי אִירְיָא דְּנָטַל עָנִי מִתּוֹכָהּ אֲפִילּוּ נָתַן בעה"ב לְתוֹכָהּ יְהֵא חַיָּיב הֶעָנִי כְּשֶׁהוֹצִיא כֵּיוָן דְּיַד הֶעָנִי מַייְרֵי נַמֵּי דַּהֲוָה לְמַטָּה מִג' דְּמִסְּתָמָא יַד בעה"ב וְיַד עָנִי אַייְרֵי בְּעִנְיָן אֶחָד דְּהָא כִּי נָטַל מִתּוֹךְ יָדוֹ שֶׁל בעה"ב דְּהָוֵי לְמַטָּה מִג' הָוְיָא יַד עָנִי נָמֵי לְמַטָּה מִג' וּבִכְהַאי גַּוְונָא אֲפִילּוּ נוֹתֵן בעה"ב לְתוֹךְ יַד הֶעָנִי יְהֵא חַיָּיב:
Rabbi Abbahou tient que agud yad chemeih agud (la main demeure rattachée au corps et ce rattachement compte). Car s'il n'en allait pas ainsi, pourquoi parler du seul cas où le pauvre prend de l'intérieur de cette main ? Même lorsque le maître de maison dépose dans la main du pauvre, celui-ci serait astreint en la retirant, puisque la main du pauvre elle aussi se trouve en dessous de trois : on présume que la main du maître de maison et celle du pauvre sont traitées de la même manière, car lorsqu'il prend de la main du maître de maison, qui est en dessous de trois, la main du pauvre se trouve elle aussi en dessous de trois ; et dans un tel cas, même si le maître de maison dépose dans la main du pauvre, celui-ci devrait être astreint.
💡 Explication

Rabbi Abbahou refuse l'amendement du texte : la michna dit « sa main », et il faut la lire ainsi. Sa solution garde la main et lui trouve un lieu : abaissée à moins de trois tefahim du sol, elle est tenue pour jointe au sol, qui fournit la surface de quatre.

Tossefot en tire une conséquence sur un autre débat : Rabbi Abbahou doit tenir le principe agud yad chemeih agud, selon lequel la main reste solidaire du corps et de son domaine. Sans ce principe, la michna aurait pu astreindre le pauvre dans un cas bien plus simple.

11
וְהָא ״עוֹמֵד״ קָתָנֵי? — בְּשׁוֹחֶה. וְאִיבָּעֵית אֵימָא — בְּגֻומָּא. וְאִיבָּעֵית אֵימָא — בְּנַנָּס.

Mais c'est « debout » qui est enseigné ! — Il se penche. Et si tu veux, dis : il se tient dans une fosse.

Et si tu veux, dis : il s'agit d'un homme de petite taille.

📜 Rachi (3)
וְהָא עוֹמֵד קָתָנֵי הֶעָנִי עוֹמֵד בַּחוּץ וְהָא יוֹשֵׁב הוּא:
Ve-ha omed katani (or il est enseigné qu'il se tient debout) : le pauvre se tient debout au dehors, alors qu'ici il serait assis.
בְּשׁוֹחֶה כּוֹפֵף עַצְמוֹ:
Be-choheh : il se courbe.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא בְּעוֹמֵד בַּגֻּומָּא וְיָדוֹ סְמוּכָה לִשְׂפָתָהּ:
Ve-iveit eima (et si tu veux, dis) : il se tient dans une fosse et sa main est proche du bord de celle-ci.
🗂️ Tossefot (1)
בְּגֻומָּא צָרִיךְ לְפָרֵשׁ בְּגֻומָּא שֶׁהִיא רְשׁוּת הָרַבִּים כְּגוֹן שֶׁרַבִּים מִשְׁתַּמְּשִׁים בָּהּ לָמֶ"ד תַּשְׁמִישׁ עַל יְדֵי הַדְּחָק שְׁמֵיהּ תַּשְׁמִישׁ (לְקַמָּן שַׁבָּת ד' ח:) אוֹ בְּעִנְיָן שֶׁמְּהַלְּכִים שָׁם רַבִּים אֲבָל גֻּומָּא שֶׁהָיְתָה כַּרְמְלִית אוֹ מְקוֹם פָּטוּר כֵּיוָן שֶׁגּוּפוֹ שָׁם יָדוֹ שֶׁהִיא פְּשׁוּטָה לִרְשׁוּת הָרַבִּים לָא הָוְיָא כרה"ר דְּבָתַר גּוּפוֹ גָּרִיר אע"פ שֶׁהִיא לְמַטָּה מִג' כֵּיוָן דְּסָבַר אֶגֶד יָד שְׁמֵיהּ אֶגֶד כִּדְפֵי':
Il faut expliquer qu'il s'agit d'une fosse ayant statut de domaine public, par exemple parce que le public s'en sert, selon celui qui tient qu'un usage malaisé compte comme un usage (plus loin, 8b), ou parce que le public y circule. Mais s'il s'agissait d'une fosse ayant statut de karmelit ou de mekom petour, dès lors que son corps s'y trouve, sa main tendue vers le domaine public n'aurait pas le statut de domaine public, car elle suit son corps, et cela bien qu'elle soit en dessous de trois, puisqu'il tient que agud yad chemeih agud, comme on l'a expliqué.
💡 Explication

La michna décrit un homme debout, dont la main se tient naturellement bien au-dessus de trois tefahim. La Guemara propose trois figures qui réconcilient la station debout et la main basse : l'homme se courbe, ou se tient dans une fosse dont sa main affleure le bord, ou encore il est de petite taille.

Tossefot précise la deuxième : la fosse doit elle-même relever du domaine public. Une fosse ayant statut de karmelit ou de mekom petour entraînerait la main avec le corps, en vertu du principe agud yad chemeih agud, et le cas s'effondrerait.

🖼️ Schéma
Comment un homme debout peut avoir la main sous trois tefahim Il se penche le buste incliné abaisse la main Il se tient dans une fosse sa main affleure le bord de la fosse Il est de petite taille sa main pend déjà tout près du sol Ces trois figures sont précisément ce que Rava juge trop rare pour être le propos du tana (segment 11).
Les trois figures proposées pour une main basse chez un homme debout.
12
אָמַר רָבָא: אִיכְּפַל תַּנָּא לְאַשְׁמֹעִינַן כֹּל הָנֵי?! אֶלָּא אָמַר רָבָא: יָדוֹ שֶׁל אָדָם חֲשׁוּבָה לוֹ כְּאַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה. וְכֵן כִּי אֲתָא רָבִין, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: יָדוֹ שֶׁל אָדָם חֲשׁוּבָה לוֹ כְּאַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה.

Rava dit : le tana se serait-il donné tant de peine pour nous enseigner tous ces cas ? Rava dit donc plutôt : la main de l'homme compte pour lui comme quatre sur quatre.

Et de même, lorsque Ravin arriva, il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la main de l'homme compte pour lui comme quatre sur quatre.

📜 Rachi (1)
אֶיכְפֹּל תַּנָּא כו' טָרַח הַתַּנָּא בְּכָל זֹאת וְלֹא הָיָה לוֹ לְהוֹדִיעֵנוּ דְּמוֹצִיא מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת חַייָּב אֶלָּא עַל יְדֵי דְּבָרִים הַלָּלוּ שֶׁאֵין דַּרְכָּן בְּכָךְ לִתְנֵי פָּשַׁט כְּנַף בִּגְדוֹ לִפְנִים דְּהָוֵי ד':
Ikhpal tana (le tana s'est-il donné tant de peine) : le tana se serait donné toute cette peine et n'aurait eu, pour nous apprendre que celui qui fait sortir d'un domaine à l'autre est astreint, d'autre moyen que ces cas inhabituels ? Qu'il enseigne donc : il a tendu vers l'intérieur le pan de son vêtement, qui fait quatre.
⚖️ Rosh (1)
א"ר אָבִין אָמַר ר' אִילְעַאי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָיָה טָעוּן אֳוכָלִין וּמַשְׁקִין וְנִכְנָס וְיוֹצֵא כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ אֵינוֹ חַיָּיב עַד שֶׁיַּעֲמֹוד אָמַר אַבָּיֵי וְהוּא שֶׁעָמַד לָפוּשׁ מִמַּאי מִדְּאָמַר מָר תּוֹךְ ד' אַמּוֹת עָמַד לָפוּשׁ פָּטוּר לְכַתֵּף חַיָּיב חוּץ לד' אַמּוֹת עָמַד לָפוּשׁ חַייָּב לְכַתֵּף פָּטוּר. אָמַר רַב סָפְרָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הַמְפַנֶּה חֲפָצִים מִזָּוִית לְזָוִית וְנִמְלַךְ עֲלֵיהֶן וְהוֹצִיאָן פָּטוּר שֶׁלֹּא הָיְתָה עֲקִירָה מִשָּׁעָה רִאשׁוֹנָה לְכָךְ:
Rabbi Avin a dit au nom de Rabbi Ilai au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui était chargé de nourritures et de boissons et qui entre et sort toute la journée durant n'est astreint que lorsqu'il s'arrête. Abaye a dit : à condition qu'il se soit arrêté pour se reposer. D'où cela ? De ce que le Maître a dit : en deçà de quatre amot, s'il s'est arrêté pour se reposer il est exempt, s'il s'est arrêté pour rajuster sa charge sur l'épaule il est astreint ; au-delà de quatre amot, s'il s'est arrêté pour se reposer il est astreint, s'il s'est arrêté pour rajuster sa charge il est exempt. Rav Safra a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui déplace des objets d'un coin à l'autre, se ravise à leur sujet et les fait sortir, est exempt, car l'akira du premier instant n'avait pas été accomplie dans cette intention.
💡 Explication

Rava récuse la méthode des solutions précédentes par une remarque de bon sens : un tana enseigne par des cas ordinaires. Une michna qui voudrait apprendre l'interdit de faire sortir un objet ne se donnerait pas la peine d'un homme courbé, d'une fosse ou d'un nain, alors qu'un pan de vêtement déployé aurait suffi.

La solution de Rava est un principe : la main de l'homme compte pour lui comme quatre sur quatre. Le lieu significatif se mesure d'ordinaire en tefahim, et la main y accède par son importance propre, sans passer par ses dimensions. Rabbi Yo'hanan énonce la même règle, rapportée de Terre d'Israël par Ravin, ce qui lui donne son autorité dans les deux académies.

13
אָמַר רַבִּי אָבִין אָמַר רַבִּי אִילְעַאי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זָרַק חֵפֶץ וְנָח בְּתוֹךְ יָדוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ — חַייָּב. מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? — יָדוֹ שֶׁל אָדָם חֲשׁוּבָה לוֹ כְּאַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה? וְהָא אַמְרַהּ רַבִּי יוֹחָנָן חֲדָא זִימְנָא? מַהוּ דְתֵימָא הָנֵי מִילֵּי, הֵיכָא דְּאַחְשְׁבַהּ הוּא לִידֵיהּ. אֲבָל הֵיכָא דְּלָא אַחְשְׁבַהּ הוּא לִידֵיהּ — אֵימָא לֹא. קָא מַשְׁמָע לַן.

Rabbi Avin dit au nom de Rabbi Ilai au nom de Rabbi Yo'hanan : s'il a jeté un objet qui s'est posé dans la main de son prochain — il est astreint. Que nous apprend-il par là ?

Que la main de l'homme compte pour lui comme quatre sur quatre ? Mais Rabbi Yo'hanan l'a déjà dit une fois ! — Tu aurais pu dire que cela ne vaut que là où il a lui-même tenu cette main pour significative, tandis que là où il ne l'a pas tenue pour significative, dis qu'il n'en est rien.

Il nous l'apprend donc.

📜 Rachi (2)
הֵיכָא דְּאַחְשְׁבָה זֶה הָעוֹשֶׂה מְלָאכָה נִתְכַּוֵּון לְתִתָּהּ לְיַד חֲבֵירוֹ כִּי מַתְנִיתִין:
Heikha de-ahchevah (là où il l'a tenue pour significative) : celui qui accomplit la melakha a eu l'intention de déposer l'objet dans la main de son prochain, comme dans notre michna.
אֲבָל הֵיכָא דְּלָא אַחְשְׁבַהּ שֶׁהָלְכָה וְנָחָה מֵעַצְמָהּ בְּיַד חֲבֵירוֹ דְּהַאי דְּזָרֵיק לָא אַחְשְׁבָה לְיַד חֲבֵירוֹ לַאֲנוּחָה בְּגַוַּוהּ דְּלָא נִתְכַּוֵּון לְכָךְ:
Mais là où il ne l'a pas tenue pour significative : l'objet est allé se poser de lui-même dans la main du prochain, et celui qui a jeté n'a pas conféré d'importance à cette main pour y déposer, n'ayant pas eu cette intention.
🗂️ Tossefot (1)
ה"מ הֵיכָא דְּאַחְשְׁבָא לִידֵיהּ וא"ת וְלֵימָא הַךְ וְלָא הַהִיא דִּלְעֵיל וי"ל דְּהֵ"א דַּוְקָא לְעִנְיַן הַנָּחָה חֲשׁוּבָה כַּד' עַל ד' אֲבָל לְגַבֵּי עֲקִירָה לֹא:
Et si tu demandes : qu'il énonce donc ce seul enseignement, sans celui qui précède ! On peut répondre que l'on aurait pu croire que la main ne vaut quatre sur quatre que pour la hanaha, mais non pour l'akira.
💡 Explication

La Guemara vérifie que le second enseignement ajoute quelque chose au premier. La réponse porte sur l'intention du lanceur : dans la michna, il vise la main du pauvre et lui confère ainsi son importance. Ici, l'objet tombe dans une main que personne n'avait désignée.

L'enseignement fixe donc que l'importance de la main tient à la main elle-même, sans dépendre du calcul de celui qui agit. Tossefot pose la question inverse et répond que le premier enseignement reste utile pour l'akira, que le second ne couvre pas.

14
אָמַר רַבִּי אָבִין אָמַר רַבִּי אִילְעַאי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: עָמַד בִּמְקוֹמוֹ וְקִיבֵּל — חַייָּב. עָקַר מִמְּקוֹמוֹ וְקִיבֵּל — פָּטוּר. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, אֲחֵרִים אוֹמְרִים: עָמַד בִּמְקוֹמוֹ וְקִיבֵּל — חַייָּב. עָקַר מִמְּקוֹמוֹ וְקִיבֵּל — פָּטוּר.

Rabbi Avin dit au nom de Rabbi Ilai au nom de Rabbi Yo'hanan : s'il est resté à sa place et a reçu — astreint ; s'il a quitté sa place et a reçu — exempt. Il a été enseigné de même : Aherim disent : s'il est resté à sa place et a reçu — astreint ; s'il a quitté sa place et a reçu — exempt.

📜 Rachi (3)
עָמַד הַמְקַבֵּל בִּמְקוֹמוֹ וְקִבֵּל:
Amad (il est resté) : celui qui reçoit est demeuré à sa place et a reçu.
חַיָּיב הַזּוֹרֵק:
Hayav (astreint) : celui qui a jeté.
פָּטוּר הַזּוֹרֵק דְּלָא עֲבִיד הַנָּחָה:
Patour (exempt) : celui qui a jeté, car il n'a pas accompli de hanaha.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan reprend à son compte l'enseignement des Aherim cité plus haut par Rabbi Zeira, et la baraita vient le confirmer. Le critère reste l'auteur de la hanaha : le lanceur répond de l'acte entier tant que l'objet s'immobilise par sa seule force.

Ce rappel prépare la question du segment suivant, où le lanceur et le receveur seront une seule et même personne.

15
בָּעֵי רַבִּי יוֹחָנָן: זָרַק חֵפֶץ וְנֶעֱקַר הוּא מִמְּקוֹמוֹ וְחָזַר וְקִיבְּלוֹ — מַהוּ?

Rabbi Yo'hanan demanda : s'il a jeté un objet, qu'il a lui-même quitté sa place, puis est allé le recevoir — quelle est la règle ?

💡 Explication

La question combine les deux cas précédents. Celui qui jette accomplit l'akira, puis court et rattrape lui-même l'objet, accomplissant la hanaha. Un seul homme a donc fait les deux actes, ce qui devrait l'astreindre.

La difficulté tient à ce que l'interruption ressemble à celle du receveur qui court au-devant et exempte le lanceur. La Guemara va demander en quoi consiste exactement le doute.

16
מַאי קָמִבַּעְיָא לֵיהּ? אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: ״שְׁנֵי כֹחוֹת בְּאָדָם אֶחָד״ קָא מִבַּעְיָא לֵיהּ. שְׁנֵי כֹּחוֹת בְּאָדָם אֶחָד כְּאָדָם אֶחָד דָּמֵי, וְחַיָּיב, אוֹ דִּילְמָא כִּשְׁנֵי בְנֵי אָדָם דָּמֵי, וּפָטוּר. תֵּיקוּ.

Que lui fait donc question ? Rav Adda bar Ahava dit : ce sont « deux forces dans un seul homme » qui lui font question.

Deux forces dans un seul homme sont-elles comme un seul homme, et il est astreint ? Ou bien sont-elles comme deux hommes, et il est exempt ?

Teikou (la question reste sans réponse).

📜 Rachi (2)
מַאי קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ מַאי סְפֵיקָא אִיכָּא מֵאֵיזֶה טַעְמָא יִפְטֹור הָא עֲבַד עֲקִירָה וְהַנָּחָה:
Mai ka-mibaya leih (que lui fait question ?) : quel doute y a-t-il, et pour quelle raison serait-il exempt, puisqu'il a accompli l'akira et la hanaha ?
כִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם דָּמְיָא וּפָטוּר דְּהָווּ לְהוּ שְׁנַיִם שֶׁעֲשָׂאוּהָ דְּכֵיוָן שֶׁלֹּא הִנִּיחַ הַחֵפֶץ לֵילֵךְ עַד מְקוֹם הִילּוּכוֹ וְלָנוּחַ אֶלָּא רָץ אַחֲרָיו וְעִכְּבוֹ הָוְיָא לֵיהּ עֲקִירָה קַמַּיְיתָא בְּלֹא הַנָּחָה:
Ke-chenei benei adam damya ou-patour (c'est comme deux hommes, et il est exempt) : ils sont alors comme deux personnes qui accomplissent ensemble une melakha ; dès lors qu'il n'a pas laissé l'objet aller jusqu'au terme de sa course et s'y immobiliser, mais a couru après lui et l'a arrêté, la première akira se retrouve sans hanaha.
🗂️ Tossefot (1)
כִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם דָּמֵי וּפָטוּר פִּי' כִּי הֵיכִי דְּבִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם פָּטוּר הָרִאשׁוֹן מִשּׁוּם דְּלָא עֲבַד כְּלָל הַנָּחָה ה"נ כֵּיוָן שֶׁחֲטָפוֹ מֵהִילּוּכוֹ וְלֹא הִנִּיחַ הַחֵפֶץ לָלֶכֶת עַד מְקוֹם הִילּוּכוֹ לָא הָוְיָא הַנָּחָה דְּלָא נָח מִכֹּחַ הַזּוֹרֵק אוֹ דִּילְמָא כְּאָדָם אֶחָד דָּמֵי וְכֵיוָן דַּעֲבִיד עֲקִירָה וְהַנָּחָה חַייָּב וְלָא דָּמֵי לִשְׁנַיִם שֶׁעֲשָׂאוּהָ ור"ח גָּרֵיס אִיפְּכָא כִּשְׁנֵי בְנֵי אָדָם דָּמֵי וְחַיָּיב דְּאָמַר לְעֵיל עָמַד בִּמְקוֹמוֹ וְקִבֵּל חַייָּב וה"נ כִּי קַבָּלָה הוּא עַצְמוֹ וְלֹא חֲטָפָהּ מֵהִילּוּכוֹ לִיחַייֵּב דְּהָא אִיתְעֲבִיד מַחְשַׁבְתּוֹ אוֹ דִּילְמָא כְּאָדָם אֶחָד דָּמֵי וּפָטוּר דְּהָוֵי כְּמוֹ שֶׁנּוֹתֵן מִיְּמִינוֹ לִשְׂמֹאלוֹ דאע"פ שֶׁהֶעֱבִירָהּ ד' אַמּוֹת פָּטוּר:
Explication : de même que, dans le cas de deux personnes, le premier est exempt parce qu'il n'a accompli aucune hanaha, de même ici : puisqu'il a saisi l'objet en pleine course et ne l'a pas laissé aller jusqu'au terme de son trajet, il n'y a pas de hanaha, l'objet ne s'étant pas immobilisé par la force de celui qui a jeté. Ou bien dira-t-on que c'est comme un seul homme, et puisqu'il a accompli l'akira et la hanaha il est astreint, sans ressembler au cas de deux personnes qui accomplissent ensemble une melakha. Rabbenou Hananel a la lecture inverse : comme deux hommes, et astreint — car il a été dit plus haut que celui qui est resté à sa place et a reçu rend le lanceur astreint ; ici de même, puisqu'il l'a reçu lui-même et ne l'a pas saisi en pleine course, qu'il soit astreint, sa pensée s'étant réalisée. Ou bien c'est comme un seul homme, et il est exempt, car cela revient à faire passer un objet de sa main droite à sa main gauche : bien qu'il lui ait fait franchir quatre amot, il est exempt.
💡 Explication

Rav Adda bar Ahava formule le doute : deux forces dans un seul homme. L'homme a engagé sa force en jetant, puis une seconde force en courant rattraper ; la question est de savoir si l'unité de la personne suffit à réunir les deux actes en une seule melakha.

Rachi explique le versant exemptant : en rattrapant l'objet avant le terme de sa course, il empêche la hanaha de procéder de son jet, et l'akira initiale reste sans conclusion. Le teikou laisse l'acte défendu sans sanction de hatat.

17
אָמַר רַבִּי אָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִכְנִיס יָדוֹ לְתוֹךְ חֲצַר חֲבֵירוֹ וְקִיבֵּל מֵי גְשָׁמִים וְהוֹצִיא — חַייָּב. מַתְקִיף לַהּ רַבִּי זֵירָא: מַה לִי הִטְעִינוֹ חֲבֵירוֹ, מַה לִי הִטְעִינוֹ שָׁמַיִם, אִיהוּ לָא עָבֵיד עֲקִירָה?! לָא תֵּימָא ״קִיבֵּל״ אֶלָּא ״קָלַט״. וְהָא בָּעֵינַן עֲקִירָה מֵעַל גַּבֵּי מְקוֹם אַרְבָּעָה, וְלֵיכָּא!

Rabbi Avin dit au nom de Rabbi Yo'hanan : s'il a introduit sa main dans la cour de son prochain, y a reçu de l'eau de pluie et l'a fait sortir — il est astreint. Rabbi Zeira objecte : que m'importe que son prochain l'ait chargé, que m'importe que le Ciel l'ait chargé, il n'a lui-même accompli aucune akira ! — Ne dis pas « il a reçu » mais « il a capté ».

Or nous exigeons une akira depuis un lieu de quatre, et il n'y en a pas !

📜 Rachi (3)
מַה לִי הִטְעִינוֹ חֲבֵירוֹ דְּפָטַר לֵיהּ תַּנָּא דְּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי אוֹ שֶׁנָּתַן לְתוֹכָהּ וְהוֹצִיא שְׁנֵיהֶן פְּטוּרִין:
Ma li hitino havero (que m'importe que son prochain l'ait chargé) : le tana de notre michna l'exempte, lui qui enseigne : ou bien il a déposé dans sa main et l'autre a fait sortir, tous deux sont exempts.
לָא תֵּימָא קִיבֵּל פָּשַׁט יָדוֹ וְיָרְדוּ לְתוֹכָהּ דְּלָא עֲבַד מַעֲשֶׂה:
Lo teima kibel (ne dis pas : il a reçu) : il a tendu la main et l'eau y est descendue, sans qu'il accomplisse d'acte.
אֶלָּא אֵימָא קָלַט הַשְׁתָּא סָלְקָא דַעְתָּךְ כְּשֶׁהָיָה הַקִּילּוּחַ יוֹרֵד הִכָּה בְּיָדוֹ אַחַת וְקִבְּלוֹ בַּחֲבֶרְתָּהּ דַּעֲבַד לֵיהּ עֲקִירָה:
Ella eima kalat (dis plutôt : il a capté) : on pense à présent qu'au moment où le jet d'eau descendait, il l'a frappé d'une main et l'a recueilli de l'autre, accomplissant ainsi une akira.
💡 Explication

Le principe de Rava donne à la main le statut de lieu ; reste à savoir si l'homme a accompli un acte. Rabbi Zeira objecte que l'eau tombée du ciel dans une main tendue arrive comme une charge déposée par autrui : la michna elle-même exempte celui qui reçoit passivement.

La réponse corrige le verbe : lire « il a capté » décrit un geste actif, qui vaut akira. La question se déplace alors vers le lieu d'où cette akira est faite, puisque l'eau en suspension n'occupe aucune surface de quatre.

18
אָמַר רַבִּי חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא: כְּגוֹן שֶׁקָּלַט מֵעַל גַּבֵּי הַכֹּותֶל. עַל גַּבֵּי כֹּותֶל נָמֵי, וְהָא לָא נָח! — כִּדְאָמַר רָבָא בְּכֹותֶל מְשֻׁופָּע, הָכָא נָמֵי בְּכֹותֶל מְשֻׁופָּע. וְהֵיכָא אִיתְּמַר דְּרָבָא — אַהָא דִּתְנַן:

Rabbi Hiya fils de Rav Houna dit : il s'agit du cas où il a capté l'eau depuis le haut du mur. Depuis le haut du mur également : l'eau ne s'y est pas immobilisée ! — Comme Rava l'a dit à propos d'un mur en pente, ici aussi il s'agit d'un mur en pente.

Et où l'enseignement de Rava a-t-il été dit ? — À propos de ce que nous avons appris :

💡 Explication

Rabbi Hiya fils de Rav Houna fournit le lieu manquant : le haut du mur, surface stable d'où l'eau peut être levée. L'objection porte sur l'eau elle-même, qui dévale sans jamais s'immobiliser sur un mur vertical, de sorte qu'il n'y a rien à y lever.

La réponse invoque un mur en pente, où l'eau se retient assez pour qu'on la tienne pour posée. La Guemara s'interrompt alors pour retrouver le contexte de cet enseignement de Rava, et la sougya se poursuit au verso.

🖼️ Schéma
Où l'eau de pluie trouve-t-elle un lieu d'akira ? La main tendue en l'air Aucune surface d'où lever l'eau : pas d'akira Un mur droit L'eau dévale sans s'arrêter Un mur en pente L'eau s'y retient : il y a là un lieu d'où la lever Rava avait déjà recouru au mur en pente ailleurs ; la Guemara s'interrompt pour aller chercher où cet enseignement a été dit.
Trois situations pour l'eau captée : la main nue, le mur droit, le mur en pente.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).