Shabbat 60b — La sandale cloutée : portée du décret et nombre de clous

Shabbat 60b

Sougya : Le daf poursuit la discussion sur la sandale cloutée (sandal ha-mesoumar), interdite depuis l'événement tragique de la grotte. La Guemara établit d'abord que le décret vaut aussi pour Yom Tov, jour de rassemblement où le travail est interdit, mais pas pour un jeûne public.

Elle distingue ensuite les clous placés pour renforcer (interdits) de ceux placés pour l'ornement, dont Rabbi Yo'hanan et Rabbi Hanina fixent le nombre (cinq ou sept). Suit une série de cas où la sandale, modifiée, n'est plus semblable à celle de l'événement et devient permise : cousue de l'intérieur, clou en forme de pince, semelle entièrement cloutée, clous tombés.

Le daf se clôt sur la règle de Rabbi Hiyya et amorce la michna sur la sandale unique.

Sandale cloutée : d'où vient le décret, jusqu'où s'étend-il ?L'événement (60a, Chmouel)des fugitifs cachés dans une grotte, un jour de rassemblement ; une sandale cloutée retournée -> panique, mortsRaison du décret : kinoufia (rassemblement)un jour où le travail est interditChabbatinterdit (michna)Yom Tovinterdit aussi :même kinoufia d'interditJeûne publicpermis : kinoufiade permission (travail permis)Même selon Rabbi Hanina ben Akiva (décret limité à l'événement exact)le Jourdain diffère des autres fleuves (largeur, profondeur) ; mais Yom Tov et Chabbat sont semblables :'il n'y a entre Yom Tov et Chabbat que la nourriture'
Origine du décret (kinoufia d'interdit) et son extension à Yom Tov, pas au jeûne public.
Combien de clous sont permis ? (par sandale)R. Yo'hanan (ornement)5 = 2+2+1R. Hanina (ornement)7 = 3+3+1R. Nehorai5 permis, 7 interditR. Natan (sandale nota)7 pour la redresserRabbi (sandale nota)13Tossefta (clous restants)4 (petite) ou 5 (grande)Rabbi (clous restants)jusqu'à 7Rav Achi à Rav Houna7 permis, 8 interditR. Hiyya (s'il avait osé)Poumbedita 24 / Soura 220571324vert : clous d'ornement ; bleu : sandale inclinée (nota) ; jaune : clous tombés ; gris : avis non appliqué
Nombre de clous permis selon chaque opinion du daf.
Principe : on n'interdit que ce qui ressemble à la sandale de l'événementSandale cloutée typeclous pour renforcer -> interditClous d'ornementChmouelCousue de l'intérieur= chaussure (Rav Achi)Clou en kelavouspince à deux pointesTête en tas / pointe en yated(Tossefta)Toute la semelle cloutéecontre l'usure (Rav Chechet)Cuir dessous, clous dessus(Tossefta)Clous tombés, 4-5 restentRabbi : jusqu'à 7Sandale inclinée (nota)clous pour la redresserTous ces cas : la forme diffère de la sandale de l'événement -> permis (Rachi : mein ha-meora).Déplacer la sandale (couvrir un ustensile, caler un lit) : permis ; R. Elazar b. R. Chimon interdit - la halakha ne le suit pas.
Les cas où la sandale modifiée n'est plus concernée par le décret.
1
משלחין כלים ביום טוב בין תפורין בין שאינן תפורין — אבל לא סנדל המסומר ולא מנעל שאינו תפור ביום טוב!

(Il est enseigné à Beitsa :) On envoie (en cadeau) des vêtements à Yom Tov, qu'ils soient cousus ou non cousus, mais ni une sandale cloutée ni une chaussure non cousue, à Yom Tov !

📜 Rachi (1)
משלחין כלים ביו"ט בין תפורין בין שאינן תפורין אבל לא סנדל המסומר אלמא לאו בר מנעלי' ביו"ט הוא דהא קתני התם כל שנאותין בו ביו"ט משלחין אותו:
On envoie des vêtements à Yom Tov, cousus ou non cousus, mais pas une sandale cloutée : il en ressort qu'on ne peut pas la porter à Yom Tov, puisqu'il est enseigné là-bas : tout ce dont on peut tirer profit à Yom Tov, on peut l'envoyer.
🗂️ Tossefot (1)
לא בסנדל המסומר ולא במנעל שאינו תפור תימה לר"י והא קתני סיפא זה הכלל כל שניאותין בו משלחין אותו ביו"ט ומפרש בגמ' דכל שנאותין בו בחול קאמר וסנדל המסומר ניאותין בו בחול ואמאי אין משלחין אותו בי"ט וי"ל דהחמירו בו לפי שבא תקלה על ידו כי היכי דאסר ליה בשמעתין ר' אלעזר בר' שמעון לטלטלו לכסות בו את הכלי או לסמוך בו כרעי המטה אע"פ ששאר כלים שמלאכתן לאיסור שרי לטלטלן לצורך גופן ומקומן וזה הכלל דקתני התם לא קאי אלא אמנעל שאינו תפור ונראה לר"י דאפי' לרבנן דר' אלעזר דשרי לטלטל לצורך גופו ומקומו אסור לשלחו בי"ט אע"ג דשילוח משום שמחת י"ט חשיב כמו לצורך גופו מדשרי' לשלוח דברים שמלאכתן לאיסור כיון שבאת תקלה על ידו ליכא. שמחת י"ט:
Ni une sandale cloutée ni une chaussure non cousue : le Ri s'étonne : la suite n'enseigne-t-elle pas 'voici la règle : tout ce dont on tire profit, on l'envoie à Yom Tov', et la Guemara explique qu'il s'agit de ce dont on tire profit en semaine ? Or on tire profit de la sandale cloutée en semaine ; pourquoi donc ne l'envoie-t-on pas à Yom Tov ? On peut répondre qu'on a été plus sévère à son égard parce qu'un malheur (takala) est arrivé par elle, de même que, dans notre passage, Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon interdit de la déplacer pour en couvrir un ustensile ou pour y caler les pieds du lit, bien que les autres ustensiles dont l'usage est interdit puissent être déplacés pour leur utilisation ou pour libérer leur place. Et la règle enseignée là-bas ne se rapporte qu'à la chaussure non cousue. Il semble au Ri que même selon les Rabbanan, qui s'opposent à Rabbi Elazar et permettent de la déplacer pour son utilisation ou sa place, il est interdit de l'envoyer à Yom Tov. Bien que l'envoi, en raison de la joie de Yom Tov, soit considéré comme une utilisation (letsorekh goufo), puisqu'on permet d'envoyer des objets dont l'usage est interdit, ici, puisqu'un malheur est arrivé par elle, il n'y a pas de joie de Yom Tov.
💡 Explication

La Guemara cite une michna de Beitsa (32b) comme preuve que la sandale cloutée est interdite aussi à Yom Tov : si on ne peut pas l'envoyer en cadeau ce jour-là, c'est qu'on ne peut pas la porter.

Tossefot relève une difficulté : la règle de cette michna vise ce qui est utile en semaine. Il répond que la sandale cloutée fait l'objet d'une sévérité particulière à cause du malheur (takala) qu'elle a provoqué.

2
בשבת מאי טעמא — דאיכא כינופיא, ביום טוב נמי איכא כינופיא. תענית צבור איכא כינופיא, ליתסר? מעשה כי הוה בכינופיא דאיסורא, הכא כינופיא דהתירא הוה.

Au Chabbat, quelle est la raison (de l'interdit) ? Parce qu'il y a un rassemblement (kinoufia).

À Yom Tov aussi il y a un rassemblement. Un jeûne public : il y a un rassemblement, qu'on l'interdise (aussi) ! - L'événement a eu lieu lors d'un rassemblement d'interdit ; ici c'est un rassemblement de permission.

📜 Rachi (2)
איכא כינופיא שאין עושין מלאכה ונקבצין לבתי כנסיות ולבתי מדרשות כי ההיא מעשה דהוה כינופיא:
Il y a un rassemblement : car on ne fait pas de travail et on se réunit dans les synagogues et les maisons d'étude, comme dans cet événement, où il y avait un rassemblement.
דאיסורא בעשיית מלאכה:
D'interdit : quant à l'accomplissement d'un travail.
💡 Explication

Selon le récit de 60a, l'accident s'est produit un jour de kinoufia (rassemblement). Le décret s'applique donc aux jours semblables. La Guemara précise le critère : un rassemblement d'interdit (kinoufia de-issoura), c'est-à-dire un jour où le travail est interdit. Chabbat et Yom Tov entrent dans cette catégorie ; un jeûne public (taanit tsibour), jour où le travail est permis, n'y entre pas.

3
ואפילו לרבי חנינא בן עקיבא, דאמר: לא אסרו אלא בירדן ובספינה וכמעשה שהיה. הני מילי ירדן דשאני משאר נהרות. אבל יום טוב ושבת כי הדדי נינהו, דתנן: אין בין יום טוב לשבת אלא אוכל נפש בלבד.

Et (cela vaut) même selon Rabbi Hanina ben Akiva, qui a dit : on n'a interdit que dans le Jourdain, en bateau, et comme l'événement qui s'est produit. Cela vaut pour le Jourdain, qui diffère des autres fleuves ; mais Yom Tov et Chabbat sont semblables, comme nous l'avons appris : il n'y a de différence entre Yom Tov et Chabbat que pour la nourriture (okhel nefech) seulement.

📜 Rachi (2)
ואפילו לרבי חנינא בן עקיבא בפרק חומר בקדש גבי נושא מי חטאת ואפר חטאת בירדן ובספינה שנמצא כזית מן המת תחוב בקרקעית' של ספינה ונטמאו וקאמרי רבנן דגזרו שלא יעביר אדם מי חטאת בספינה ולא על הגשר ולא ישיטם על פני המים אחד ירדן ואחד שאר נהרות ופליג ר' חנינא ואמר לא אסרו אלא בירדן ובספינה ולא גשר ושאר נהרות דגזירה שגזרו מחמת מאורע אין להם לגזור אלא מעין המאורע:
Et même selon Rabbi Hanina ben Akiva : au chapitre 'Homer ba-kodech' (Haguiga), à propos de celui qui transportait l'eau lustrale et la cendre lustrale (de la vache rousse) sur le Jourdain en bateau : on trouva un kazayit de cadavre enfoncé dans le fond du bateau, et ils devinrent impurs. Les Rabbanan disent qu'on a décrété qu'on ne ferait pas passer l'eau lustrale en bateau, ni sur un pont, ni en la faisant flotter sur l'eau, qu'il s'agisse du Jourdain ou des autres fleuves. Rabbi Hanina conteste et dit : on n'a interdit que dans le Jourdain et en bateau, et non sur un pont ni dans les autres fleuves, car un décret pris à cause d'un événement ne doit porter que sur ce qui ressemble à l'événement.
דשאני משאר נהרות ברוחב או בעומק:
Qui diffère des autres fleuves : par la largeur ou la profondeur.
🗂️ Tossefot (1)
אין בין יו"ט לשבת כו ואע"פ דבפ' משילין (ביצה דף לז. ושם) ולקמן בפ' כל הכלים (שבת דף קכד. ושם) מוקמינן לה כב"ש דאי כב"ה הא אמרי מתוך שהותרה הבערה לצורך הותרה נמי שלא לצורך מ"מ דמי טפי יו"ט לשבת הואיל ולא שריא שאר דברים אלא מטעם שהותרה לצורך אוכל נפש:
Il n'y a entre Yom Tov et Chabbat, etc. : bien qu'au chapitre 'Machilin' (Beitsa 37a) et plus loin au chapitre 'Kol ha-kelim' (Chabbat 124a) on établisse cette michna selon Beit Chamai - car selon Beit Hillel, qui disent 'puisque l'allumage a été permis pour un besoin, il a été permis aussi sans besoin' (il y aurait d'autres différences) -, néanmoins Yom Tov ressemble davantage à Chabbat, puisque les autres choses n'y sont permises qu'en raison du fait qu'elles ont été permises pour la nourriture.
💡 Explication

Rabbi Hanina ben Akiva représente l'approche la plus restrictive quant à la portée d'un décret : on ne l'applique qu'à la situation exacte de l'événement (mein ha-meora). Même lui étendrait le décret de la sandale à Yom Tov : son refus d'étendre au-delà du Jourdain vient de ce que ce fleuve diffère des autres ; Yom Tov, en revanche, est assimilé à Chabbat par la michna (Meguila 7b).

Tossefot : même si la michna 'il n'y a de différence que la nourriture' suit Beit Chamai, Yom Tov reste proche de Chabbat, car tout ce qui y est permis l'est par extension de la permission de la nourriture.

4
אמר רב יהודה אמר שמואל: לא שנו אלא לחזק, אבל לנוי — מותר. וכמה לנוי? רבי יוחנן אמר: חמש בזה וחמש בזה. ורבי חנינא אמר: שבע בזה ושבע בזה.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on ne l'a enseigné que (pour des clous placés) pour renforcer ; mais pour l'ornement, c'est permis. Et combien pour l'ornement ?

Rabbi Yo'hanan dit : cinq sur celle-ci et cinq sur celle-là. Et Rabbi Hanina dit : sept sur celle-ci et sept sur celle-là.

📜 Rachi (1)
אלא לחזק שמסמרותיו נעשו לחזק העקב שקורין שול"א עם הפנתא שקורין אינפייל"א אבל לנוי מותר דלא גזרו אלא מעין המאורע והנהו לחזק היו כסתם מסמרים דסנדל:
Que pour renforcer : dont les clous ont été faits pour renforcer le talon, appelé sola (semelle), avec l'empeigne (pnata), appelée enpeilla ; mais pour l'ornement c'est permis, car on n'a décrété que sur ce qui ressemble à l'événement, et ces (sandales-là) étaient pour renforcer, comme les clous ordinaires d'une sandale.
💡 Explication

Première limitation du décret : il vise les clous de renfort, qui fixent la semelle, comme dans la sandale de l'événement. Des clous d'ornement, en petit nombre, sont permis. Deux Amoraim fixent la limite : cinq (Rabbi Yo'hanan) ou sept (Rabbi Hanina) par sandale.

5
אמר ליה רבי יוחנן לרב שמן בר אבא, אסברה לך: לדידי, שתים מכאן ושתים מכאן ואחת בתרסיותיו. לרבי חנינא, שלש מכאן ושלש מכאן ואחת בתרסיותיו.

Rabbi Yo'hanan dit à Rav Chemen bar Abba : je vais te l'expliquer. Selon moi : deux d'ici, deux de là, et un sur ses lanières.

Selon Rabbi Hanina : trois d'ici, trois de là, et un sur ses lanières.

📜 Rachi (2)
שתים מכאן לצד חיצון אחד בראשו לצד האצבעות ואחד לצד עקיבו ושתים מכאן לצד פנימי לעבר בין הרגלים:
Deux d'ici : du côté extérieur, un à l'avant, du côté des orteils, et un du côté du talon ; et deux de là, du côté intérieur, du côté situé entre les pieds.
תרסיותיו רצועותיו:
Tarsiyotav : ses lanières.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan précise la répartition : les clous se placent sur les deux bords de la semelle (extérieur et intérieur), avant et arrière, plus un sur la lanière (tarsiyot). La différence entre les deux avis porte sur un clou supplémentaire de chaque côté.

🖼️ Schéma
Emplacement des clous d'ornement (vue de dessous)Rabbi Yo'hanan : 2 + 2 + 1 = 5orteilstalonRabbi Hanina : 3 + 3 + 1 = 7orteilstalongauche : côté extérieurdroite : côté intérieurrouge : clou sur la lanière
Répartition des clous d'ornement selon Rabbi Yo'hanan (5) et Rabbi Hanina (7).
6
מיתיבי: סנדל הנוטה עושה לו שבע, דברי רבי נתן. ורבי מתיר בשלש עשרה.

On objecte : une sandale inclinée (nota), on lui fait sept (clous) ; ce sont les paroles de Rabbi Natan. Et Rabbi permet jusqu'à treize.

📜 Rachi (1)
סנדל הנוטה שתחתון שלו אינו שוה שעב מצד זה ודק מצד זה וכשדורס נוטה לצד הדק וצריך להגביהו שיהא שוה לצד שכנגדו:
Une sandale inclinée : dont la semelle n'est pas égale, épaisse d'un côté et mince de l'autre ; quand on marche, elle penche du côté mince, et il faut la relever pour qu'elle soit égale au côté opposé.
💡 Explication

Une baraita traite d'une sandale nota (inclinée) : on y plante des clous pour égaliser la semelle. Rabbi Natan permet sept clous, Rabbi (Rabbi Yehouda ha-Nassi) treize. L'objection vise Rabbi Yo'hanan, dont le chiffre (cinq) ne correspond à aucun de ces Tanaim.

7
בשלמא לרבי חנינא, הוא דאמר כרבי נתן. אלא רבי יוחנן, דאמר כמאן? הוא דאמר כרבי נהוראי, דתניא: רבי נהוראי אומר, חמש מותר ושבע אסור.

C'est bien selon Rabbi Hanina : il a parlé comme Rabbi Natan. Mais Rabbi Yo'hanan, selon qui a-t-il parlé ? - Il a parlé selon Rabbi Nehorai, comme il est enseigné : Rabbi Nehorai dit : cinq, c'est permis ; sept, c'est interdit.

💡 Explication

Chaque Amora doit avoir un appui chez un Tana. Rabbi Hanina (sept) suit Rabbi Natan ; Rabbi Yo'hanan (cinq) suit Rabbi Nehorai, qui permet cinq et interdit sept.

8
אמר ליה איפה לרבה בר בר חנה: אתון תלמידי רבי יוחנן עבידו כרבי יוחנן, אנן נעביד כרבי חנינא.

Ifa dit à Rabba bar bar Hana : vous, les élèves de Rabbi Yo'hanan, faites comme Rabbi Yo'hanan ; nous, nous ferons comme Rabbi Hanina.

📜 Rachi (1)
איפה שם חכם ובנו של ר' רחבה דפומבדיתא הוה:
Ifa : nom d'un sage, fils de Rabbi Rehava ; il était de Poumbedita.
9
בעא מיניה רב הונא מרב אשי: חמש מהו? אמר ליה: אפילו שבע מתר. תשע מאי? אמר ליה: אפילו שמונה אסור.

Rav Houna demanda à Rav Achi : cinq, qu'en est-il ? Il lui répondit : même sept, c'est permis. - Neuf, qu'en est-il ?

Il lui répondit : même huit, c'est interdit.

⚖️ Rosh (1)
גמ' סנדל המסומר מאי טעמא לא. אמר רבי אבא אמר שמואל שליפי גזרת המלכות היו והיו נחבאין במערה ואמרו הנכנס יכנס והיוצא אל יצא נהפך סנדלו של אחד מהן. כסבורין היו שאחד מהן יצא וראוהו והכירו בהן אויבים ועכשיו באין עליהן דחקו זה את זה והרגו זה את זה יותר ממה שהרגו בהן אויבים באותה שעה אמרו אל יצא איש בסנדל המסומר לא שנא בשבת ולא שנא ביום טוב מאי טעמא משום דאיכא כנופיא דאיסורא. והיינו דתנן אין משלחין ביום טוב לא סנדל המסומר ולא מנעל שאינו תפור. אמר רב יהודה אמר שמואל לא שנו אלא לחזק אבל לנוי מותר. וכמה לנוי ר' יוחנן אמר חמש בזה וחמש בזה ר' חנינא אמר שבע בזה ושבע בזה. א"ל ר' יוחנן לרב שמן בר אבא אסברא לך לדידי שתים מכאן ושתים מכאן ואחת בתרסיותיו לר' חנינא שלש מכאן ושלש מכאן ואחת בתרסיותיו א"ל אילפא לרבה בר בר חנה אתון תלמידי ר' יוחנן עבידו כר' יוחנן אנן נעביד כר' חנינא בעא מיניה ההוא רצענא מר' אמי תפרו מבפנים מאי. אמר ליה מותר ולא ידענא מאי טעמא א"ל רב אשי ולא ידע מר מאי טעמא כיון דתפרו מבפנים הוי ליה מנעל בסנדל גזרו ביה רבנן ובמנעל לא גזרו ביה רבנן. בעא מיניה רבי אבא בר זביד מר' אבא בר אבינא עשאו כמין כלבוס מהו. א"ל מותר פירוש שעשה המסמר כמין שני מסמרים תכופין זה אצל זה ומחוברים בראשיהן. איתמר נמי אמר רבי יוסי בר חנינא עשאו כמין כלבוס מותר אמר רב ששת חפהו כולו במסמרים כדי שלא תהא קרקע אוכלתו מותר. תניא כוותיה דרב ששת לא יצא האיש בסנדל המסומר ולא יצא בו מבית לבית ואפילו ממטה למטה אבל מטלטלין אותו לסמוך בו כרעי המטה ולכסות בו את הכלים. ור' אלעזר בר' שמעון אוסר. נשרו רוב מסמרותיו ונשתיירו בו ארבע או חמש מותר. ורבי מתיר עד שבע. חפהו עור מלמטה וקבע בו מסמרים מלמעלה מותר. עשאו כמין טס או כמין יתד או שחפהו כולו במסמרים כדי שלא תהא קרקע אוכלתו מותר. טעמא דכל הני דמותרין לפי שלא אסרו אלא כיוצא בו של אותו סנדל המסומר שאירע בו מעשה וצורתו נעלמה מאתנו: ולא ביחיד כו'. טעמא דאין ברגלו מכה הא יש ברגלו מכה נפיק באותו שאין בו מכה. ולא בתפילין. משום דלמא אתי לאיתויינהו ארבע אמות ברשות הרבים כי חליץ להו למיעל לבית הכסא: ולא בקמיע וכו'. אמר רב פפא לא תימא עד דאיתמחי גברא ואיתמחי קמיע אלא כיון דאיתמחי גברא אע"ג דלא אתמחי קמיע דיקא נמי דקתני ולא בקמיע בזמן שאינו מן המומחה ולא קתני בזמן שאינו מומחה שמע מינה דבהמחאת גברא לחודיה סגי וכל שכן בהמחאת קמיע לחודיה דעדיף טפי המחאת קמיע מהמחאת גברא לחודיה דהא מבעיא ליה לרב פפא תלתא קמיעי לחד גברא אי אמרינן מזלא דגברא גרים דמקבל כתבא אבל בהמחאת קמיע דעדיף טפי לא מבעיא ליה אם ריפא איש אחד אי תלינן במזלא דגברא ולא איתמחי קמיע אלא ודאי איתמחי וכן משמע לישנא דברייתא דקתני איזהו קמיע מומחה כל שריפא ושנה ושלש ולא קתני שריפא ג' בני אדם כדקתני באידך ברייתא דאיירי בהמחאת גברא. והא דקאמר רב פפא חד קמיע לתלתא גברי קמיע איתמחי גברא לא איתמחי ה"ה נמי לחד גברא דאיתמחי והא דנקט תלתא גברי לאשמעינן דאפי' הכי לא איתמחי גברא. תנו רבנן איזהו קמיע מומחה כל שריפא ושנה ושלש אחד קמיע של כתב ואחד קמיע של עיקרין אחד חולה שיש בו סכנה ואחד חולה שאין בו סכנה ולא שנכפה אלא שלא יכפה וקושר ומתיר אפי' ברשות הרבים ובלבד שלא יקשרנו בשיר ובטבעת ויצא בו לרשות הרבים משום מראית העין והתניא איזהו קמיע מומחה כל שריפא ג' אנשים כאחד. לא קשיא הא לאמחויי גברא והא לאמחויי קמיע. אמר רב פפא פשיטא לי תלתא קמיעי לתלתא גברי תלתא תלתא זימני אתמחי גברא ואיתמחי קמיע פרש"י אם ריפא שלשה מיני חלאים בשלשה מיני קמיעות דאיתמחי גברא לכל הקמיעות גם לחלאים אחרים מידי דהוה אנגח שור וחמור וגמל דנעשה מועד לכל מיני בהמה. ולא נהירא דאטו אם הוא בקי בשלשה מיני קמיעות וכי בשביל זה יחשב מומחה גם לקמיעות אחרים שאינו בקי בהן. הלכך נראה לפרש איתמחי גברא היינו שאם כתב לחש אחד בשלשה איגרות ורפאו שלשתן אתמחי גברא לאותו לחש בכל פעם שיכתוב אותו. אבל לשאר לחשים לא וגם אין הקמיע מומחה אם יכתבנו אחר. ואיגרת שריפאתה ג' פעמים מומחה לכל אדם ותלתא קמיעי לתלתא גברי תלתא זימני ה"פ אם כתב לחש אחד בשלשה איגרות וכל אחת הועילה לג' אנשים או לאדם אחד ג' פעמים איתמחי גברא ללחש זה בכל אגרת שיכתוב. ואיתמחי איגרות הללו לכל אדם. תלתא קמיעי לתלתא גברי חד חד זימנא גברא איתמחי קמיע לא אתמחי. חד קמיע לתלתא גברי קמיע איתמחי וגברא לא איתמחי. בעי רב פפא תלתא קמיעי לחד גברא מאי. קמיע ודאי לא איתמחי. גברא איתמחי או לא איתמתי מי אמרינן הא אסי תלתא זימני. או דלמא מזליה דההוא גברא גרים דמקבל כתבא. תיקו. ירושלמי אמר רבי אבהו אמר רבי יוחנן נאמן הרופא לומר רפאתי שניתי ושלשתי:
Guemara. La sandale cloutée, pour quelle raison (est-elle interdite) ? Rabbi Abba a dit au nom de Chmouel : c'étaient des gens qui fuyaient un décret du pouvoir (gzerat ha-malkhout) ; ils se cachaient dans une grotte et dirent : celui qui entre, qu'il entre ; celui qui sort, qu'il ne sorte pas. La sandale de l'un d'eux se retourna ; ils crurent que l'un d'eux était sorti, que les ennemis l'avaient vu et les avaient repérés, et qu'ils arrivaient maintenant sur eux. Ils se bousculèrent les uns les autres et s'entretuèrent, plus que les ennemis n'en tuèrent. À ce moment ils dirent : que personne ne sorte avec une sandale cloutée. Il n'y a pas de différence entre Chabbat et Yom Tov. Quelle est la raison ? Parce qu'il y a un rassemblement d'interdit (kinoufia de-issoura). C'est ce que nous avons appris : on n'envoie pas à Yom Tov de sandale cloutée ni de chaussure non cousue. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on ne l'a enseigné que pour renforcer, mais pour l'ornement c'est permis. Et combien pour l'ornement ? Rabbi Yo'hanan dit : cinq sur celle-ci et cinq sur celle-là ; Rabbi Hanina dit : sept sur celle-ci et sept sur celle-là. Rabbi Yo'hanan dit à Rav Chemen bar Abba : je vais te l'expliquer : selon moi, deux d'ici, deux de là et un sur ses lanières ; selon Rabbi Hanina, trois d'ici, trois de là et un sur ses lanières. Ilfa dit à Rabba bar bar Hana : vous, les élèves de Rabbi Yo'hanan, faites comme Rabbi Yo'hanan ; nous, nous ferons comme Rabbi Hanina. Un cordonnier demanda à Rabbi Ami : s'il l'a cousue de l'intérieur, qu'en est-il ? Il lui répondit : c'est permis, et je ne sais pas la raison. Rav Achi dit : et le maître ne sait pas la raison ? Puisqu'il l'a cousue de l'intérieur, c'est une chaussure ; sur la sandale les Rabbanan ont décrété, sur la chaussure les Rabbanan n'ont pas décrété. Rabbi Abba bar Zavid demanda à Rabbi Abba bar Avina : s'il l'a fait en forme de kelavous, qu'en est-il ? Il lui répondit : c'est permis. Explication : il a fait le clou comme deux clous serrés l'un contre l'autre et reliés par leur tête. On l'a aussi rapporté : Rabbi Yossi bar Hanina a dit : s'il l'a fait en forme de kelavous, c'est permis. Rav Chechet a dit : s'il l'a entièrement recouverte de clous pour que le sol ne l'use pas, c'est permis. Il est enseigné conformément à Rav Chechet : l'homme ne sortira pas avec une sandale cloutée, ni ne sortira avec elle d'une maison à l'autre, ni même d'un lit à l'autre ; mais on la déplace pour y caler les pieds du lit et pour en couvrir les ustensiles. Et Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon interdit. Si la plupart de ses clous sont tombés et qu'il en reste quatre ou cinq, c'est permis ; et Rabbi permet jusqu'à sept. S'il l'a recouverte de cuir par-dessous et y a fixé des clous par-dessus, c'est permis. S'il l'a fait en forme de plaque (tas) ou de piquet (yated), ou s'il l'a entièrement recouverte de clous pour que le sol ne l'use pas, c'est permis. La raison pour laquelle tous ces cas sont permis : on n'a interdit que ce qui est semblable à la sandale cloutée de l'événement, et sa forme nous est inconnue. 'Ni avec une seule (sandale)', etc. : la raison est qu'il n'a pas de blessure au pied ; mais s'il a une blessure au pied, il sort (avec une sandale) sur celui qui n'a pas de blessure. 'Ni avec des tefilin' : de peur qu'il ne vienne à les porter sur quatre coudées dans le domaine public quand il les enlève pour entrer aux toilettes. 'Ni avec une amulette (kamea)', etc. : Rav Papa a dit : ne dis pas (qu'il faut attendre) que l'homme soit reconnu et que l'amulette soit reconnue ; dès que l'homme est reconnu, même si l'amulette n'est pas reconnue (cela suffit). On le déduit aussi du texte, qui enseigne 'ni avec une amulette quand elle ne vient pas d'un expert', et non 'quand elle n'est pas reconnue' : on en déduit que la reconnaissance de l'homme seule suffit, et à plus forte raison la reconnaissance de l'amulette seule, car la reconnaissance de l'amulette vaut davantage que la reconnaissance de l'homme seul. En effet, Rav Papa s'interroge sur trois amulettes pour un seul homme : dit-on que c'est la chance (mazal) de l'homme qui fait que l'écrit agit ? Mais pour la reconnaissance de l'amulette, qui vaut davantage, il ne s'interroge pas, (à savoir) si elle a guéri un seul homme, fait-on dépendre (la guérison) de la chance de l'homme, de sorte que l'amulette ne soit pas reconnue ? Elle est certainement reconnue. C'est aussi ce qui ressort de la formulation de la baraita qui enseigne : 'quelle est l'amulette reconnue ? Toute amulette qui a guéri une fois, deux fois et trois fois', et elle n'enseigne pas 'qui a guéri trois personnes', comme l'enseigne l'autre baraita, qui traite de la reconnaissance de l'homme. Et ce que dit Rav Papa, 'une amulette pour trois hommes : l'amulette est reconnue, l'homme n'est pas reconnu', il en va de même pour un seul homme ; s'il a mentionné trois hommes, c'est pour nous apprendre que même ainsi l'homme n'est pas reconnu. Les Rabbanan ont enseigné : quelle est l'amulette reconnue ? Toute amulette qui a guéri une fois, deux fois et trois fois, qu'il s'agisse d'une amulette écrite ou d'une amulette de racines, d'un malade en danger ou d'un malade qui n'est pas en danger ; et non seulement pour celui qui a eu une crise (d'épilepsie), mais aussi pour qu'il n'en ait pas ; et on l'attache et on la détache même dans le domaine public, pourvu qu'on ne l'attache pas à une chaînette ou à une bague pour sortir avec dans le domaine public, à cause de l'apparence (marit ha-ayin). Mais n'est-il pas enseigné : 'quelle est l'amulette reconnue ? Toute amulette qui a guéri trois personnes à la fois' ? Ce n'est pas difficile : l'une (traite) de la reconnaissance de l'homme, l'autre de la reconnaissance de l'amulette. Rav Papa a dit : il est évident pour moi que trois amulettes pour trois hommes, trois fois (chacune) : l'homme est reconnu et l'amulette est reconnue. Rachi explique : s'il a guéri trois sortes de maladies par trois sortes d'amulettes, l'homme est reconnu pour toutes les amulettes, même pour d'autres maladies, comme (un bœuf) qui a encorné un bœuf, un âne et un chameau devient mouad (averti) pour toutes les espèces d'animaux. Mais cela ne paraît pas juste : s'il est compétent pour trois sortes d'amulettes, sera-t-il pour autant considéré comme expert pour d'autres amulettes dans lesquelles il n'est pas compétent ? Il semble donc qu'il faille expliquer 'l'homme est reconnu' ainsi : s'il a écrit une même formule (lahach) sur trois feuillets et que les trois ont guéri, l'homme est reconnu pour cette formule chaque fois qu'il l'écrira, mais pas pour les autres formules ; et l'amulette n'est pas reconnue si un autre l'écrit. Et un feuillet qui a guéri trois fois est reconnu pour tout homme. Et 'trois amulettes pour trois hommes, trois fois' s'explique ainsi : s'il a écrit une même formule sur trois feuillets et que chacun a été efficace pour trois personnes, ou pour une personne trois fois, l'homme est reconnu pour cette formule dans tout feuillet qu'il écrira, et ces feuillets sont reconnus pour tout homme. Trois amulettes pour trois hommes, une fois chacune : l'homme est reconnu, l'amulette n'est pas reconnue. Une amulette pour trois hommes : l'amulette est reconnue, l'homme n'est pas reconnu. Rav Papa demande : trois amulettes pour un seul homme, qu'en est-il ? L'amulette n'est certainement pas reconnue ; l'homme est-il reconnu ou non ? Dit-on : voici qu'il a guéri trois fois ; ou bien est-ce la chance de cet homme (le malade) qui fait qu'il reçoit (l'effet de) l'écrit ? Teikou (la question reste en suspens). Yerouchalmi : Rabbi Abbahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le médecin est cru pour dire : j'ai guéri une fois, deux fois, trois fois.
💡 Explication

Rav Achi tranche dans le sens large : sept clous sont permis (comme Rabbi Hanina), huit sont interdits. Sa réponse montre que la question se pose sur la limite supérieure, cinq étant évidemment permis.

Le Roch (Piskei ha-Roch, rattaché ici) résume toute la sougya de 60a-60b et donne le principe qui explique les permissions : on n'a interdit que la sandale semblable à celle de l'événement, dont la forme nous est inconnue. Il enchaîne ensuite sur la suite de la michna (sandale unique, tefilin, kamea - amulette) et discute longuement quand une amulette ou son auteur sont considérés comme reconnus (mouhhé), en contestant l'explication de Rachi.

10
בעא מיניה ההוא רצענא מרבי אמי: תפרו מבפנים — מהו? אמר ליה: מותר, ולא ידענא מאי טעמא.

Un cordonnier demanda à Rabbi Ami : s'il l'a cousue de l'intérieur, qu'en est-il ? Il lui répondit : c'est permis, et je ne sais pas la raison.

📜 Rachi (3)
תפרו מבפנים שנתן מנעל של עור לפנים מן הסנדל תפרו פורדרי"ץ בלע"ז:
Cousue de l'intérieur : il a mis une chaussure de cuir à l'intérieur de la sandale, cousue ; en langue étrangère (laaz) : pordrits.
מותר שמעתי מרבי יוחנן וטעמא לא ידענא:
Permis : je l'ai entendu de Rabbi Yo'hanan, mais je ne connais pas la raison.
מותר לקבוע בו מסמרים מבחוץ:
Permis : d'y fixer des clous à l'extérieur.
11
אמר רב אשי: ולא ידע מר מאי טעמא?! כיון דתפרו מבפנים הוי ליה מנעל. בסנדל גזרו ביה רבנן, במנעל לא גזרו ביה רבנן.

Rav Achi dit : et le maître ne sait pas la raison ?! Puisqu'il l'a cousue de l'intérieur, c'est une chaussure.

Sur la sandale les Rabbanan ont décrété ; sur la chaussure les Rabbanan n'ont pas décrété.

💡 Explication

La distinction sandal / manal : une sandale est une semelle retenue par des lanières ; une chaussure (manal) enveloppe le pied. Le décret visait une sandale ; une fois l'ensemble cousu avec du cuir à l'intérieur, l'objet change de catégorie et sort du décret.

12
בעא מיניה רבי אבא בר זבדא מרבי אבא בר אבינא: עשאו כמין כלבוס, מהו? אמר ליה: מותר. איתמר נמי, אמר רבי יוסי ברבי חנינא: עשאו כמין כלבוס — מותר.

Rabbi Abba bar Zavda demanda à Rabbi Abba bar Avina : s'il l'a fait en forme de kelavous, qu'en est-il ? Il lui répondit : c'est permis.

On l'a aussi rapporté : Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : s'il l'a fait en forme de kelavous, c'est permis.

📜 Rachi (2)
עשאו למסמר כמין כלבוס בלע"ז טינפיילו"ן שני ראשין חדין וכפופין ונועץ שני ראשים בעץ כדאמרי' בסוטה (יט:) כלבוס של ברזל מטילין לה לתוך פיה:
Il l'a fait : le clou, en forme de kelavous, en langue étrangère tinpeilon : deux extrémités pointues et recourbées, et on enfonce les deux extrémités dans le bois, comme nous le disons dans Sota (19b) : 'on lui met dans la bouche un kelavous de fer'.
מותר הואיל ונשתנה משאר מסמרים דלא גזרו אלא מעין המאורע:
Permis : puisqu'il diffère des autres clous, car on n'a décrété que sur ce qui ressemble à l'événement.
💡 Explication

Le kelavous est une sorte de pince ou crampon à deux pointes recourbées. Un clou de cette forme diffère du clou ordinaire : la sandale n'est plus mein ha-meora (semblable à l'événement).

13
אמר רב ששת: חיפהו כלו במסמרות כדי שלא תהא קרקע אוכלתו — מותר.

Rav Chechet a dit : s'il l'a entièrement recouverte de clous, pour que le sol ne l'use pas, c'est permis.

📜 Rachi (1)
חיפהו מלמטה:
Il l'a recouverte : par-dessous.
14
תניא כוותיה דרב ששת: לא יצא האיש בסנדל המסומר, ולא יטייל מבית לבית, אפלו ממטה למטה. אבל מטלטלין אותו לכסות בו את הכלי ולסמוך בו כרעי המטה. ורבי אלעזר ברבי שמעון אוסר. נשרו רוב מסמרותיו ונשתיירו בו ארבע או חמש — מותר. ורבי מתיר עד שבע. חיפהו בעור מלמטה וקבע לו מסמרות מלמעלה — מותר. עשאו כמין כלבוס או כמין טס או כמין יתד, או שחיפהו כולו במסמרות כדי שלא תהא קרקע אוכלתו — מותר.

Il est enseigné (une baraita) conformément à Rav Chechet : l'homme ne sortira pas avec une sandale cloutée, et ne se promènera pas (avec elle) d'une maison à l'autre, ni même d'un lit à l'autre. Mais on la déplace pour en couvrir un ustensile et pour y caler les pieds du lit.

Et Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon interdit. Si la plupart de ses clous sont tombés et qu'il en reste quatre ou cinq, c'est permis ; et Rabbi permet jusqu'à sept.

S'il l'a recouverte de cuir par-dessous et y a fixé des clous par-dessus, c'est permis. S'il l'a fait en forme de kelavous, ou en forme de plaque (tas), ou en forme de piquet (yated), ou s'il l'a entièrement recouverte de clous pour que le sol ne l'use pas, c'est permis.

📜 Rachi (5)
אבל מטלטלין אותו דתורת כלי עליו:
Mais on la déplace : car elle a le statut d'ustensile.
אוסר דילמא אתי לנועלו:
Interdit : de peur qu'il ne vienne à la chausser.
נשרו רוב מסמרותיו כו' לקמן מפרש לה:
Si la plupart de ses clous sont tombés, etc. : on l'explique plus loin.
מותר הואיל ונשתנה מכמו שהיה דמעין המאורע גזרו:
Permis : puisqu'elle a changé par rapport à ce qu'elle était, car on a décrété sur ce qui ressemble à l'événement.
עשאו לראש מסמר רחב כמין טס או שעשאו חד כמין יתד:
Il l'a fait : la tête du clou large, en forme de plaque (tas), ou il l'a fait pointu, en forme de piquet (yated).
💡 Explication

Cette baraita (Tossefta) rassemble plusieurs règles :

1. Porter la sandale est interdit, même dans la maison. Déplacer (tiltoul) est permis, car elle reste un ustensile ; Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon l'interdit par crainte qu'on la chausse.

2. Toute modification qui éloigne la sandale de celle de l'événement la rend permise : clous tombés, cuir sous la semelle, clous de forme différente, semelle entièrement cloutée (c'est l'appui de Rav Chechet).

15
הא גופה קשיא. אמרת נשרו רוב מסמרותיו — אף על גב דנשתיירו ביה טובא, והדר תני: ארבע או חמש — אין, טפי — לא!

Cela même est difficile : tu as dit 'la plupart de ses clous sont tombés' - bien qu'il en reste beaucoup ; et ensuite on enseigne 'quatre ou cinq' - oui ; davantage - non !

📜 Rachi (1)
אע"ג דאישתאר טובא ובלבד שיהיו מעוט:
Bien qu'il en reste beaucoup : pourvu qu'ils soient une minorité.
💡 Explication

La première clause (la plupart sont tombés) semble permettre même s'il reste de nombreux clous, du moment qu'ils sont minoritaires. La seconde (quatre ou cinq) fixe un plafond. Les deux clauses paraissent se contredire.

🖼️ Schéma
Contradiction interne de la Tossefta et réponse de Rav Chechet'La plupart des clous sont tombés'-> permis même s'il en reste beaucoup'Il en reste quatre ou cinq'-> permis, mais pas davantageNigmemou (têtes cassées)la trace reste visible dans le bois :on voit que la sandale est changéeNeekrou (arrachés)aucune trace : on ne sait pas qu'il yen avait plus -> seulement 4 ou 5Rachi signale une autre version qui explique à l'inverse.
La contradiction interne de la Tossefta et sa résolution (segments 14-15).
16
אמר רב ששת: לא קשיא — כאן שנגממו, כאן שנעקרו.

Rav Chechet dit : ce n'est pas difficile : ici, quand ils ont été cassés (nigmemou) ; là, quand ils ont été arrachés (neekrou).

📜 Rachi (2)
שנגממו מלמעלה ורשומו ניכר בתוך העץ אפילו טובא דהא מינכר שאינו כברייתו:
Nigmemou : par le haut, et leur trace est visible dans le bois ; (c'est permis) même s'il en reste beaucoup, puisqu'on voit qu'elle n'est plus dans son état d'origine.
שנעקרו לגמרי שאין ניכר שהיה בו יותר ד' או ה' [אין] טפי לא לוי"ה ולשון חבירו איפכא:
Neekrou : complètement, de sorte qu'on ne voit pas qu'il y en avait plus de quatre ou cinq ; (quatre ou cinq) oui, davantage non. (Abréviation 'לוי"ה' dans le texte.) Et la version de son collègue (lachon haveiro) explique à l'inverse.
💡 Explication

Nigmemou : les têtes des clous ont été brisées, mais les tiges restent visibles dans la semelle ; on voit que la sandale a été modifiée, donc même un nombre important de clous restants est permis. Neekrou : les clous ont été totalement retirés sans trace ; la sandale semble neuve avec ses clous restants, d'où la limite de quatre ou cinq.

17
ארבע או חמש מותר. השתא חמש שרי, ארבע מיבעיא?! אמר רב חסדא: ארבע מסנדל קטן, וחמש מסנדל גדול.

'Quatre ou cinq, c'est permis' : maintenant que cinq est permis, faut-il dire quatre ?! Rav Hisda dit : quatre pour une petite sandale, et cinq pour une grande sandale.

🗂️ Tossefot (1)
השתא חמש שרינן כו' בפרק קמא דסוכה (ד' ב: ושם) גבי רבי יהודה מכשיר עד ארבעים וחמשים אמה לא פריך השתא חמשים כו' וכן בריש אע"פ (כתובות דף נז. ושם) גבי אבל חכמים אומרים משהה אדם עם אשתו אפילו שתים ושלש שנים בלא כתובה ונראה לר"י דכל היכא דפשיטא ליה דבעי למימר אפי' טובא לא פריך אבל הכא ליכא לפרושי ד' וה' אפילו טובא דא"כ התרתה סנדל המסומר וכן בפרק בנות כותים (נדה דף לז: ושם) פריך [גבי] וכמה היא קישוייה ר' מאיר אומר אפילו מ' ונ' יום דליכא למימר אפילו טובא דאין סברא שיחשב דם קישוי מיום תחילת עיבורה ומשמע ליה בכל הני דשיעורא בתרא דוקא ולהכי פריך דלימא שיעורא בתרא ולא לימא שיעורא קמא ולקמן בפרק מפנין ד' וה' קופות (שבת דף קכו:) פריך נמי השתא חמש שרי ד' כו' משמע ליה דטפי לא שרינן משום טורח שבת ומשני רב חסדא ד' מאוצר קטן חמש מאוצר גדול ושמואל משני ד' וה' אפילו טובא כדאמרי אינשי דסבר אפילו טובא מצי לפנות ובלבד שלא יגמור את האוצר פי' קרקעית האוצר משום אשוויי גומות וכדאמרן התם וא"ת דבפרק אע"פ (כתובות דף ס. ושם) אמרינן תינוק יונק והולך אפילו ד' וה' שנים ולא פריך אף על גב דהוי דוקא מדפריך התם מחבילתו על כתפו ומשני אידי ואידי חד שיעורא וי"ל הא בכחוש הא בבריא והא דאמרינן בפרק הזרוע (חולין דף קלב:) כהן טבח שתים וג' שבתות פטור מן המתנות מכאן ואילך חייב במתנות אומר ר"י דנקט שתים לרבי דאית ליה בהבא על יבמתו (יבמות דף סד:) דבתרי זימני הויא חזקה וג' לרשב"ג:
Maintenant que nous permettons cinq, etc. : au premier chapitre de Soukka (2b), à propos de 'Rabbi Yehouda déclare valable jusqu'à quarante et cinquante coudées', on n'objecte pas 'maintenant que cinquante (est valable)', etc. ; de même au début de 'Af al pi' (Ketoubot 57a), à propos de 'mais les Sages disent : un homme peut rester avec sa femme même deux ou trois ans sans ketouba'. Il semble au Ri que partout où il est évident que (le texte) veut dire 'même beaucoup', on n'objecte pas ; mais ici on ne peut pas expliquer 'quatre ou cinq' au sens de 'même beaucoup', car alors tu aurais permis la sandale cloutée. De même, au chapitre 'Benot Koutim' (Nida 37b), on objecte à propos de 'combien de temps dure sa difficulté (kichouy) ? Rabbi Meir dit : même quarante ou cinquante jours', car on ne peut pas dire 'même beaucoup', puisqu'il n'est pas raisonnable de compter comme sang de difficulté (depuis) le premier jour de la grossesse. Dans tous ces cas, (la Guemara) comprend que la dernière mesure est précise, et c'est pourquoi elle objecte : qu'on dise la dernière mesure et non la première. Et plus loin, au chapitre 'Mefanin' (Chabbat 126b), on objecte aussi à 'quatre ou cinq paniers' : 'maintenant que cinq est permis, quatre', etc. ; (la Guemara) comprend qu'on ne permet pas davantage à cause de l'effort (tirha) au Chabbat, et Rav Hisda répond : quatre d'un petit grenier, cinq d'un grand grenier. Et Chmouel répond : quatre ou cinq, et même beaucoup, comme disent les gens ; il estime qu'on peut vider même beaucoup, pourvu qu'on n'achève pas le grenier, c'est-à-dire le fond du grenier, à cause de l'égalisation des creux (achvayei goumot), comme nous l'avons dit là-bas. Et si tu objectes : au chapitre 'Af al pi' (Ketoubot 60a) nous disons 'le nourrisson tête jusqu'à quatre ou cinq ans', et on n'objecte pas, bien que ce soit précis, puisqu'on y objecte à partir de 'son paquet sur l'épaule' et qu'on répond 'l'un et l'autre sont une seule mesure' ? On peut répondre : l'un pour un (enfant) faible, l'autre pour un (enfant) sain. Et ce que nous disons au chapitre 'Ha-zeroa' (Houlin 132b) : 'un cohen boucher, deux ou trois semaines, est exempté des dons ; au-delà il est astreint aux dons', le Ri dit qu'on a mentionné deux selon Rabbi, qui estime, à propos de celui qui épouse sa belle-sœur (Yevamot 64b), qu'en deux fois il y a présomption (hazaka), et trois selon Rabban Chimon ben Gamliel.
💡 Explication

Le style 'quatre ou cinq' pose question : si cinq est permis, mentionner quatre est inutile. Rav Hisda répond que chaque chiffre vaut pour une taille : quatre restants sur une petite sandale, cinq sur une grande.

Tossefot examine pourquoi la Guemara soulève cette question ici et pas ailleurs : quand l'expression veut dire 'même beaucoup', la question ne se pose pas ; ici, le chiffre est une limite précise, sinon on permettrait la sandale cloutée elle-même.

18
ורבי מתיר עד שבע. והתניא: רבי מתיר עד שלש עשרה! נוטה שאני.

'Et Rabbi permet jusqu'à sept.' - Mais n'est-il pas enseigné : Rabbi permet jusqu'à treize ! - La sandale inclinée (nota) est différente.

📜 Rachi (1)
נוטה שאני שכולן צריכין לו להשוותו ואין אחד מהן לחזק:
La sandale inclinée est différente : car tous (les clous) lui sont nécessaires pour l'égaliser, et aucun d'eux n'est pour renforcer.
19
השתא דאתית להכי, לרבי יוחנן נמי לא קשיא: נוטה שאני.

Maintenant que tu en es arrivé là, selon Rabbi Yo'hanan non plus ce n'est pas difficile : la sandale inclinée est différente.

📜 Rachi (2)
השתא דאתית להכי לחלק בין נוטה לשאין נוטה:
Maintenant que tu en es arrivé là : à distinguer entre sandale inclinée et sandale non inclinée.
לרבי יוחנן נמי דקפרכת לעיל מינה ואמרי דאמר כמאן איכא נמי לתרוצי לעולם כרבי נתן ונוטה שאני דהתם מתיר עד שבע אבל אין נוטה ה' ותו לא:
Selon Rabbi Yo'hanan aussi : à qui tu as objecté plus haut en disant 'selon qui a-t-il parlé ?', on peut aussi répondre : en réalité (il suit) Rabbi Natan, et la sandale inclinée est différente, car là il permet jusqu'à sept ; mais une sandale non inclinée, cinq et pas plus.
💡 Explication

La distinction nota / non nota résout aussi la difficulté du segment 5 contre Rabbi Yo'hanan : Rabbi Natan permet sept clous sur une sandale inclinée, parce qu'ils servent à l'égaliser ; pour une sandale ordinaire, il pourrait admettre cinq seulement, comme Rabbi Yo'hanan.

20
אמר רב מתנה, ואמרי לה אמר רב אחדבוי בר מתנה אמר רב מתנה: אין הלכה כרבי אלעזר ברבי שמעון. פשיטא, יחיד ורבים הלכה כרבים! מהו דתימא: מסתברא טעמא דרבי אלעזר ברבי שמעון בהא, קא משמע לן.

Rav Matana a dit - et certains disent : Rav Ahadvoi bar Matana a dit au nom de Rav Matana : la halakha n'est pas comme Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon. - C'est évident : (dans un débat entre) un seul et une majorité, la halakha suit la majorité ! - Tu aurais pu dire : la raison de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon est plus convaincante dans ce cas ; il nous l'apprend.

📜 Rachi (1)
מסתברא טעמא דאסור לטלטל שמא ינעלנו:
La raison est convaincante : qu'il est interdit de la déplacer, de peur qu'il ne la chausse.
💡 Explication

Règle générale : yahid ve-rabim, halakha ke-rabim (un avis isolé contre la majorité : on suit la majorité). Rav Matana doit pourtant le préciser, car la crainte de Rabbi Elazar (qu'on chausse la sandale en la manipulant) aurait pu sembler assez forte pour faire exception. La halakha permet donc de déplacer la sandale cloutée.

21
אמר רבי חייא: אי לאו דקרו לי ״בבלאי שרי איסורי״ שרינא ביה טובא. וכמה? בפומבדיתא אמרין: עשרין וארבע. בסורא אמרין: עשרין ותרתין. אמר רב נחמן בר יצחק, וסימניך: עד דאתא מפומבדיתא לסורא חסר תרתי.

Rabbi Hiyya a dit : si ce n'était qu'on m'appellerait 'le Babylonien qui permet les interdits', j'en permettrais beaucoup. - Et combien ? À Poumbedita on dit : vingt-quatre.

À Soura on dit : vingt-deux. Rav Nahman bar Its'hak a dit : et ton moyen mnémotechnique (siman) : le temps d'arriver de Poumbedita à Soura, il en manque deux.

📜 Rachi (4)
בבלאי שרי איסורי דר' חייא מבבל הוה כדאמרינן בסוכה עלו ר' חייא ובניו ויסדוה:
Le Babylonien qui permet les interdits : car Rabbi Hiyya venait de Babylonie, comme nous le disons dans Soukka : 'Rabbi Hiyya et ses fils montèrent et la rétablirent'.
עד דאתא רבי חייא כשעלה מבבל לארץ ישראל ובא דרך סוריא מפומבדיתא:
Jusqu'à ce que Rabbi Hiyya arrive : quand il monta de Babylonie en Erets Israël, il passa par Soura en venant de Poumbedita.
חסר תרתי נפלו שתים ממסמרותיו בדרך:
Il en manque deux : deux de ses clous tombèrent en chemin.
לסורא חסר (תרתי) דומה אצל דומה:
À Soura il en manque : (deux) ; le semblable près du semblable.
💡 Explication

Rabbi Hiyya, venu de Babylonie en Erets Israël, aurait permis de nombreux clous, mais il s'est retenu pour ne pas paraître, en tant qu'étranger, un matir issourim (celui qui permet les interdits). Le chiffre est rapporté différemment dans les deux académies babyloniennes.

Le siman de Rav Nahman bar Its'hak : en voyageant de Poumbedita à Soura, la sandale a 'perdu' deux clous ; donc Poumbedita dit 24 et Soura 22.

22
ולא ביחיד בזמן שאין ברגלו מכה.

'Ni avec une seule (sandale), quand il n'a pas de blessure au pied.'

💡 Explication

La Guemara revient à la michna (60a) : on ne sort pas avec une seule sandale si l'on n'a pas de blessure au pied. La discussion se poursuit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).