Sougya : Le daf poursuit la michna des objets avec lesquels on ne sort pas le Chabbat. Pour la sandale unique, Rav Houna et Hiyya bar Rav discutent sur quel pied la porter quand on a une blessure, selon que la sandale sert contre la douleur ou pour le confort.
Cela mรจne ร la question de l'ordre des chaussures : Rabbi Yo'hanan commence par le pied gauche, comme les tefilin, alors qu'une baraita commence par le droit ; Rav Nahman bar Its'hak dรฉcrit la conduite du yere chamayim qui satisfait les deux. La Guemara explique ensuite pourquoi on ne sort pas avec des tefilin, puis dรฉfinit l'amulette (kamia) provenant d'un expert : Rav Papa รฉtablit que l'auteur รฉprouvรฉ suffit.
Le daf s'achรจve sur la baraita qui dรฉfinit l'amulette รฉprouvรฉe.
(On en dรฉduit que) s'il a une blessure au pied, il sort (avec une seule sandale). Avec laquelle des deux sort-il ?
Rav Houna a dit : avec celle (du pied) qui a une blessure. Il en ressort qu'il pense : la sandale est faite en vue (d'รฉviter) la douleur.
La michna (60a) enseignรฉ qu'on ne sort pas avec une seule sandale quand on n'a pas de blessure au pied. On en dรฉduit qu'avec une blessure, c'est permis. La crainte, sans blessure, est qu'on soupรงonne celui qui ne porte qu'une sandale de porter l'autre ร la main, ou qu'on se moque de lui et qu'il l'รดte et la porte.
Rav Houna : on met la sandale sur le pied blessรฉ, car la sandale sert ร รฉviter la douleur (tsaar). Celui qui marche avec un seul pied chaussรฉ montre qu'il supporte les cailloux ; on comprend qu'il ne protรจge que sa blessure.
Et Hiyya bar Rav a dit : avec celle (du pied) qui n'a pas de blessure. Il en ressort qu'il pense : (la sandale) est faite pour le confort (taanoug) ; et celle qui a une blessure, sa blessure tรฉmoigne ร son sujet.
Hiyya bar Rav : on chausse le pied sain, car la sandale sert au confort (taanoug). Le pied blessรฉ, laissรฉ nu, montre de lui-mรชme pourquoi il n'est pas chaussรฉ (makato mokhahat alav), et personne ne soupรงonne le porteur d'avoir l'autre sandale ร la main.
Et Rabbi Yo'hanan aussi pense comme Rav Houna. Car Rabbi Yo'hanan dit ร Rav Chemen bar Abba : donne-moi mes chaussures.
Il lui donna celle de droite. Il lui dit : tu en as fait une blessure.
Rabbi Yo'hanan considรจre qu'on doit chausser le pied gauche d'abord. En recevant la chaussure droite, il ne peut plus, selon lui, chausser la gauche ensuite. Il sortira donc avec une seule chaussure, au pied droit. En disant 'tu en as fait une blessure', il traiterait le pied chaussรฉ comme le pied blessรฉ : c'est la position de Rav Houna.
Mais peut-รชtre pense-t-il comme Hiyya bar Rav, et voici ce qu'il dit : tu as fait de celle de gauche une blessure.
Rรฉfutation : la phrase de Rabbi Yo'hanan peut viser le pied gauche, reste nu. Le pied non chaussรฉ serait alors celui qu'on regarde comme blessรฉ, selon Hiyya bar Rav. L'รฉpisode ne permet donc pas de trancher.
Et Rabbi Yo'hanan suit ici son raisonnement. Car Rabbi Yo'hanan a dit : comme les tefilin, ainsi les chaussures.
De mรชme que les tefilin (se mettent) ร gauche, de mรชme les chaussures (commencent) ร gauche.
La conduite de Rabbi Yo'hanan avec Rav Chemen repose sur son principe : ke-tefilin kakh min'alim. Les tefilin se posent sur le bras gauche (Menahot 37a), ce qui donne de l'importance ร la gauche ; on commence donc ร se chausser par la gauche.
On objecte : quand il se chausse, il chausse celle de droite et ensuite celle de gauche !
La Guemara oppose ร Rabbi Yo'hanan une baraita (citรฉe en entier plus bas, segment 9) : on chausse d'abord le pied droit.
Le Ben Yehoyada se demande pourquoi la baraita suit l'ordre chausser, laver, oindre, et non l'ordre de Yoma (laver, oindre, chausser). Il en tire aussi une question pratique : pour un gaucher, la prรฉsรฉance va-t-elle ร sa main dominante ou reste-t-elle ร la droite ? Selon le Zohar, la droite correspond ร 'hessed et la gauche ร guevoura ; la rรจgle vaut alors aussi pour le gaucher.
Rav Yossef a dit : maintenant qu'il est enseignรฉ ainsi, et que Rabbi Yo'hanan a dit ainsi, celui qui fait ainsi a (bien) fait, et celui qui fait ainsi a (bien) fait.
Rav Yossef laisse le choix : les deux usages ont un fondement, la baraita et Rabbi Yo'hanan.
Tossefot se demande alors pourquoi Rabbi Yo'hanan a fait un reproche ร son serviteur. Rรฉponse du Ri : chacun peut fixer l'usage qu'il suit, et Rabbi Yo'hanan avait adoptรฉ de toujours honorer la gauche ; Rav Chemen ignorait cet usage.
Abaye lui dit : peut-รชtre Rabbi Yo'hanan n'avait-il pas entendu cette michna (baraita), et s'il l'avait entendue, il serait revenu sur sa position. Ou bien il l'a entendue et pense que la halakha n'est pas conforme ร cette michna.
Abaye conteste la conclusion de Rav Yossef. Il faut trancher : soit Rabbi Yo'hanan ignorait la baraita et y aurait renoncรฉ, et l'on suit alors la baraita ; soit il la connaissait et l'a rejetรฉe, et l'on suit alors Rabbi Yo'hanan. Dans les deux cas, une seule position est retenue.
Rav Nahman bar Its'hak a dit : celui qui craint le Ciel (yere chamayim) s'acquitte des deux. Et qui est-ce ?
Mar, fils de Ravina. Comment fait-il ?
Il enfile (la chaussure) de son pied droit et ne la noue pas, enfile celle de son pied gauche et la noue, puis noue celle de son pied droit. Rav Achi a dit : j'ai vu Rav Kahana, qui n'y prรชtait pas attention.
Le yere chamayim combine les deux avis : il enfile d'abord la chaussure droite (selon la baraita) mais noue d'abord la gauche (selon Rabbi Yo'hanan).
Selon le Riba (Tossefot), l'importance de la gauche tient au nouage, comme pour les tefilin qu'on noue sur le bras. Pour une chaussure sans lacets, on chausse donc la droite en premier.
Nos maรฎtres ont enseignรฉ : quand il se chausse, il chausse celle de droite et ensuite celle de gauche ; quand il se dรฉchausse, il รดte celle de gauche et ensuite celle de droite.
La baraita complรจte. Le principe est unique : honorer la droite. On la chausse en premier et on l'รดte en dernier, pour qu'elle reste chaussรฉe plus longtemps.
Quand il se lave, il lave celle de droite et ensuite celle de gauche. Quand il s'oint, il oint celle de droite et ensuite celle de gauche.
Et celui qui veut oindre tout son corps oint sa tรชte d'abord, parce qu'elle est reine sur tous ses membres.
Mรชme principe pour le lavage et l'onction : la droite d'abord. Pour tout le corps, la tรชte prรฉcรจde, car elle est 'reine' sur les membres. Le Ben Yehoyada prรฉcise que le mot 'reine' dรฉsigne la fonction de direction de l'intelligence, qui siรจge dans la tรชte, et non sa position รฉlevรฉe.
'Ni avec des tefilin.' Rav Safra a dit : ne dis pas (que cela vaut seulement) selon celui qui dit que le Chabbat n'est pas le temps des tefilin ; mรชme selon celui qui dit que le Chabbat est le temps des tefilin, il ne sortira pas (avec), de crainte qu'il en vienne ร les porter dans le domaine public.
La question de savoir si le Chabbat est un temps de tefilin est discutรฉe dans Erouvin (95b). Selon Rav Safra, mรชme celui qui permet les tefilin le Chabbat interdit de sortir avec : on craint que la personne les รดte (pour aller aux toilettes) et les porte sur quatre amot dans le domaine public.
Tossefot discute la version 'de crainte qu'ils ne se rompent'. Rabbi Chimchon de Coucy la maintient pour les tefilin du bras, qu'on n'รดte pas pour aller aux toilettes.
Et certains l'enseignent sur la fin (de la michna) : 'et s'il est sorti, il n'est pas passible d'un sacrifice expiatoire (hatat)'. Rav Safra a dit : ne dis pas (que cela vaut seulement) selon celui qui dit que le Chabbat est le temps des tefilin ; mรชme selon celui qui dit que le Chabbat n'est pas le temps des tefilin, il n'est pas passible d'un hatat.
Quelle en est la raison ? Elles se portent ร la maniรจre d'un vรชtement (derekh malbouch).
Seconde version de Rav Safra, sur la fin de la michna. Celui qui sort avec des tefilin n'est pas passible de hatat, mรชme si le Chabbat n'est pas leur temps. Les tefilin se portent comme un vรชtement ou une parure (derekh malbouch) : les porter ainsi n'est pas un acte de transport interdit par la Torah.
'Ni avec une amulette (kamia) quand elle ne vient pas de l'expert.' Rav Papa a dit : ne dis pas (qu'il faut attendre) que l'homme soit รฉprouvรฉ et que l'amulette soit รฉprouvรฉe ; dรจs que l'homme est รฉprouvรฉ, mรชme si l'amulette n'est pas รฉprouvรฉe (on peut sortir avec).
La michna interdit de sortir avec une kamia (amulette) qui ne vient pas d'un expert (moumhe). Une amulette รฉprouvรฉe est considรฉrรฉe comme un remรจde portรฉ sur soi, donc comme une parure ; sinon elle est un fardeau.
Deux sortes d'รฉpreuve : celle de l'homme (l'auteur) et celle de l'amulette (l'objet). Rav Papa : l'รฉpreuve de l'auteur suffit. Rachi et Tossefot divergent sur la dรฉfinition exacte (voir le schรฉma de synthรจse).
La prรฉcision (du texte) le montre aussi, puisqu'il est enseignรฉ : 'ni avec une amulette quand elle ne vient pas de l'expert', et il n'est pas enseignรฉ : 'quand elle n'est pas รฉprouvรฉe'. Apprends-en (qu'il en est ainsi).
Preuve par la formulation : min ha-moumhe ('de l'expert') vise la personne qui a รฉcrit l'amulette. Si la michna exigeait l'รฉpreuve de l'objet, elle aurait dit 'quand elle n'est pas รฉprouvรฉe'.
Nos maรฎtres ont enseignรฉ : quelle est l'amulette รฉprouvรฉe ? Toute (amulette) qui a guรฉri, puis une deuxiรจme fois, puis une troisiรจme fois ; qu'il s'agisse d'une amulette d'รฉcrit ou d'une amulette de racines, d'un malade en danger ou d'un malade qui n'est pas en danger.
Dรฉfinition de l'amulette รฉprouvรฉe : elle a guรฉri trois fois. La rรจgle vaut pour l'amulette รฉcrite et pour l'amulette de racines (plantes), et pour le malade en danger (choleh che-yech bo sakana) comme pour celui qui ne l'est pas.
Non seulement (pour celui) qui a eu une crise d'รฉpilepsie, mais aussi pour qu'il n'en ait pas.
L'amulette est permise aussi ร titre prรฉventif, par exemple pour celui qui vient d'une famille touchรฉe par l'รฉpilepsie (nikhpa).
Et il la noue et la dรฉnoue mรชme dans le domaine public, ร condition qu'il ne la noue pas
On peut nouer et dรฉnouer l'amulette mรชme dans le domaine public. La restriction ('ร condition qu'il ne la noue pas... ร un bracelet ou ร une bague', par crainte de l'apparence) se poursuit au daf suivant.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).