Sougya : Le daf achève la discussion sur l'amulette (kamia) qu'on peut porter le Chabbat dans le domaine public : elle doit être moumhe (éprouvée). La Guemara concilie deux critères, l'un pour établir le scribe, l'autre pour établir l'amulette, puis Rav Papa classe les cas (trois amulettes, trois personnes, nombre de guérisons) et laisse un doute sur trois amulettes pour une seule personne.
On se demande ensuite si les amulettes ont une sainteté (kedoucha) : la question ne peut porter ni sur le sauvetage d'un incendie ni sur la gueniza, déjà tranchés ; elle porte sur l'entrée aux toilettes, et la preuve tirée de la michna est écartée.
(Et il ne l'attachera pas) à un bracelet ou à une bague pour sortir avec dans le domaine public, à cause de l'apparence (mar'it ha-ayin).
Fin de l'enseignement commencé en 61a. L'amulette éprouvée est permise parce qu'elle soigne. Attachée à un bracelet ou à une bague, elle a l'air d'un bijou ; or le bijou d'un tel type n'est pas autorisé. On l'interdit donc à cause de mar'it ha-ayin (ce que les gens voient).
Mais n'a-t-on pas enseigné (dans une baraita) : quelle est l'amulette éprouvée (kamia moumhe) ? Toute amulette qui a guéri trois personnes ensemble !
Contradiction : en 61a, une amulette qui a guéri trois fois, même la même personne, est éprouvée. Ici, la baraita exige trois personnes. Selon le Ri (Tossefot), le mot 'ensemble' indique qu'il s'agit de trois amulettes distinctes.
Il n'y a pas de difficulté : celui-ci concerne l'établissement de l'homme (le scribe) comme éprouvé, celui-là l'établissement de l'amulette comme éprouvée.
Deux notions distinctes : itmahei gavra (le scribe est reconnu comme expert : toutes ses amulettes sont valables) et itmahei kamia (tel texte d'amulette est reconnu efficace, même écrit par un autre).
Pour établir le scribe, il faut trois amulettes différentes ayant guéri trois personnes, sur le modèle du chor mouad (Baba Kamma 37a). Pour établir l'amulette, il faut que le même texte ait guéri trois fois.
Rav Papa a dit : il est évident pour moi que trois amulettes pour trois hommes, trois fois chacune : l'homme (le scribe) est éprouvé et l'amulette est éprouvée. Trois amulettes pour trois hommes, une fois chacune : l'homme est éprouvé, l'amulette n'est pas éprouvée.
Une amulette pour trois hommes : l'amulette est éprouvée, l'homme n'est pas éprouvé.
Rav Papa pose trois cas évidents (voir le schéma de synthèse). Principe : le scribe est établi par la diversité (trois textes différents qui réussissent) ; l'amulette par la répétition (le même texte qui réussit trois fois).
Rachi écarte deux explications concurrentes de la guérison : la chance du guérisseur (la réussite dépend de sa sagesse) et la chance du malade (trois malades différents ont guéri). Tossefot (Rachba, Ri) discute comment scribe et amulette peuvent être établis en même temps.
Rav Papa a demandé : trois amulettes pour un seul homme, qu'en est-il ? L'amulette n'est certainement pas éprouvée.
L'homme (le scribe) est-il éprouvé ou non ? Dit-on : voici, il l'a guéri ; ou peut-être est-ce la chance (mazal) de cet homme-là qui reçoit l'écrit ?
Teiko (la question reste en suspens).
Cas douteux : trois amulettes différentes guérissent une seule personne. L'amulette n'est évidemment pas établie (chacune n'a réussi qu'une fois). Pour le scribe, deux lectures : sa compétence, ou le mazal propre de ce malade, réceptif à toute écriture. La question reste teiko (sans réponse).
Il leur a été demandé : les amulettes ont-elles un caractère de sainteté (kedoucha), ou peut-être n'en ont-elles pas ? Pour quelle halakha (la question se pose-t-elle) ?
Si l'on dit : pour les sauver d'un incendie (le Chabbat), viens et entends : les bénédictions et les amulettes, bien qu'elles contiennent des lettres (du Nom divin) et de nombreux passages de la Torah, on ne les sauve pas de l'incendie ; elles brûlent sur place !
Nouvelle question : l'amulette écrite a-t-elle la kedoucha d'un écrit saint ? La Guemara cherche d'abord quelle halakha en dépend. Pour le sauvetage d'un incendie le Chabbat (permis pour les Écrits saints, vers une cour avec erouv), une baraita tranche déjà : on ne sauve pas les amulettes. La question doit donc porter sur un autre point.
Plutôt, pour la question de la gueniza. Viens et entends : s'il (le Nom) était écrit sur des anses d'ustensiles ou sur des pieds de lit, il doit le découper et le mettre en gueniza !
Gueniza : un écrit saint hors d'usage doit être mis à l'abri (enterré ou rangé), et non jeté. Or même un Nom divin gravé sur un objet profane doit être découpé et mis en gueniza ; à plus forte raison une amulette qui en contient. Ce point est donc tranché aussi.
La seconde partie de la glose de Rachi se rapporte à la suite (les toilettes) : elles étaient dans les champs, d'où le risque de porter dans le domaine public.
Plutôt, pour y entrer avec elles aux toilettes (beit ha-kisse). Qu'en est-il ?
Ont-elles une sainteté, et c'est interdit, ou peut-être n'ont-elles pas de sainteté, et c'est permis ? Viens et entends : (la michna enseigne) 'ni avec une amulette, lorsqu'elle ne provient pas d'un expert (moumhe)' ; donc, si elle provient d'un expert, il sort avec.
La question retenue : peut-on entrer aux toilettes avec une amulette ? La Guemara tente une preuve à partir de la michna (60a), qui permet de sortir le Chabbat avec une amulette moumhe.
Et si tu dis que les amulettes ont un caractère de sainteté, il arrivera parfois qu'il ait besoin d'aller aux toilettes, et il en viendra à les porter quatre coudées dans le domaine public ! - De quoi traitons-nous ici ? D'une amulette de racines (ikarin).
Raisonnement : si l'amulette était sainte, il devrait l'enlever avant d'entrer aux toilettes (situées dans les champs), puis la porter à la main quatre coudées dans le domaine public, ce qui est interdit. Puisque la michna permet sans réserve, l'amulette n'est pas sainte.
Réponse : la michna parle d'une amulette de racines (plantes médicinales), sans écriture, donc sans sainteté.
Mais n'a-t-on pas enseigné : aussi bien une amulette écrite qu'une amulette de racines ! - Plutôt, de quoi traitons-nous ici ? D'un malade en danger. - Mais n'a-t-on pas enseigné : aussi bien un malade en danger qu'un malade qui n'est pas en danger !
Deux réponses réfutées par une baraita qui met sur le même plan : amulette écrite ou de racines ; malade en danger ou non. Pour le malade en danger, Rachi explique : il garderait son amulette aux toilettes à cause de pikoua'h nefech.
Plutôt : puisqu'elle guérit, même s'il la tient dans sa main, c'est permis.
Réponse finale : l'amulette qui soigne a le statut de parure (takhchit) pour celui qui la porte. Même s'il l'enlève et la tient à la main, il n'enfreint pas l'interdit de porter. La michna ne prouve donc rien sur la kedoucha des amulettes, et la question des toilettes reste ouverte ici.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).