Shabbat 61b — L'amulette éprouvée et la sainteté des amulettes

Shabbat 61b

Sougya : Le daf achève la discussion sur l'amulette (kamia) qu'on peut porter le Chabbat dans le domaine public : elle doit être moumhe (éprouvée). La Guemara concilie deux critères, l'un pour établir le scribe, l'autre pour établir l'amulette, puis Rav Papa classe les cas (trois amulettes, trois personnes, nombre de guérisons) et laisse un doute sur trois amulettes pour une seule personne.

On se demande ensuite si les amulettes ont une sainteté (kedoucha) : la question ne peut porter ni sur le sauvetage d'un incendie ni sur la gueniza, déjà tranchés ; elle porte sur l'entrée aux toilettes, et la preuve tirée de la michna est écartée.

Rav Papa : qui devient éprouvé (moumhe), le scribe ou l'amulette ?CasLe scribe (gavra)L'amulette (kamia)3 amulettes, 3 personneschacune a guéri 3 foisouioui3 amulettes, 3 personneschacune a guéri 1 foisouinon1 amulette, 3 personnes(une seule maladie)nonoui3 amulettes, 1 seule personnequestion de Rav Papa? teikononScribe éprouvé : pour toutes ses amulettes. Amulette éprouvée : valable même écrite par un autre.
Les cas de Rav Papa : le scribe et l'amulette, éprouvés ou non.
Les amulettes ont-elles une sainteté (kedoucha) ? Pour quelle halakha ?1. Les sauver du feu ?baraita : on ne les sauve pas-> pas la question2. La gueniza ?un Nom sur un pied de lit :on le découpe -> gueniza3. Entrer aux toilettes ?interdit si sainteté,permis sinonPreuve : la michna permet de sortir avec une amulette d'expertsi elle était sainte, il la retirerait pour les toiletteset la porterait 4 coudées dans le domaine publicRéponse 1 : amulette de racines (ikarin)réfutée : baraita, écrite ou de racines, même règleRéponse 2 : malade en dangerréfutée : baraita, en danger ou non, même règleRéponse 3 : elle guérit, c'est sa paruremême portée à la main, il n'est pas passible-> aucune preuve sur la saintetéLogique de la sougyaon cherche d'abord la halakhaconcernée par la question ;les deux premières sont déjàtranchées par des baraitot
La question de la sainteté des amulettes et le déroulement de la sougya.
1
בשיר ובטבעת ויצא בו ברשות הרבים. משום מראית העין.

(Et il ne l'attachera pas) à un bracelet ou à une bague pour sortir avec dans le domaine public, à cause de l'apparence (mar'it ha-ayin).

📜 Rachi (2)
בשיר אצעדה:
Bechir : un bracelet (etsada).
מפני מראית העין דלא מיחזי כמאן דבעי ליה לרפואה אלא לתכשיט ולאו תכשיט הוא אלא מחמת דאגת חולי:
À cause de l'apparence : car il ne semble pas qu'il en ait besoin pour se soigner, mais comme parure ; or elle ne compte pas comme parure, on la porte seulement par souci de la maladie.
💡 Explication

Fin de l'enseignement commencé en 61a. L'amulette éprouvée est permise parce qu'elle soigne. Attachée à un bracelet ou à une bague, elle a l'air d'un bijou ; or le bijou d'un tel type n'est pas autorisé. On l'interdit donc à cause de mar'it ha-ayin (ce que les gens voient).

2
והתניא: איזהו קמיע מומחה — כל שריפא שלשה בני אדם כאחד!

Mais n'a-t-on pas enseigné (dans une baraita) : quelle est l'amulette éprouvée (kamia moumhe) ? Toute amulette qui a guéri trois personnes ensemble !

📜 Rachi (1)
והתניא כל שריפא ג' בני אדם ולעיל קתני כל שריפא ושנה ושילש ואפילו אדם אחד:
Mais n'a-t-on pas enseigné : toute amulette qui a guéri trois personnes : alors que plus haut on a enseigné : toute amulette qui a guéri une fois, une deuxième et une troisième, même une seule personne.
🗂️ Tossefot (1)
כל שריפא שלשה בני אדם כאחד נראה לר"י דגרסינן כאחד והכי פירושו מדקתני כאחד אלמא משמע דבג' קמיעים מיירי ולעיל קתני כל שריפא ושנה ושילש משמע קמיע אחד ומשני דההוא דלעיל לאמחויי קמיע והך לאמחויי גברא וה"ה אפילו לא נתרפאו יחד אלא הא דנקט כאחד לאשמעינן דבג' קמיעין מיירי ולאמחויי גברא:
Toute amulette qui a guéri trois personnes ensemble : le Ri estime qu'il faut lire 'ensemble' (ke-ehad), et voici l'explication : puisqu'on enseigne 'ensemble', cela implique qu'on parle de trois amulettes ; alors que plus haut on enseigne 'toute amulette qui a guéri une fois, deux fois, trois fois', ce qui implique une seule amulette. La Guemara répond que l'enseignement de plus haut sert à établir l'amulette comme éprouvée, et celui-ci à établir l'homme (le scribe) comme éprouvé. Il en va de même s'ils n'ont pas été guéris ensemble ; s'il dit 'ensemble', c'est pour nous apprendre qu'on parle de trois amulettes, et pour établir l'homme.
💡 Explication

Contradiction : en 61a, une amulette qui a guéri trois fois, même la même personne, est éprouvée. Ici, la baraita exige trois personnes. Selon le Ri (Tossefot), le mot 'ensemble' indique qu'il s'agit de trois amulettes distinctes.

3
לא קשיא: הא — למחויי גברא, הא — למחויי קמיעא.

Il n'y a pas de difficulté : celui-ci concerne l'établissement de l'homme (le scribe) comme éprouvé, celui-là l'établissement de l'amulette comme éprouvée.

📜 Rachi (2)
הא לאמחויי גברא כו' הא דקתני ג' בני אדם משום דסתם ג' בני אדם שלשה מיני חלאים ואיירי בג' מיני קמיעין שאינן דומין זה לזה ולאמחויי גברא שנעשה מומחה בכל קמיעים שיעשה לעולם כדאמרינן בב"ק (דף לז.) נגח שור וחמור וגמל נעשה מועד לכל אבל הקמיע אינו מומחה אם יכתוב רופא אחר אחד מהן:
Celui-ci pour établir l'homme, etc. : celui qui enseigne 'trois personnes' ; car trois personnes quelconques ont en général trois sortes de maladies, et on parle de trois sortes d'amulettes différentes les unes des autres. Il s'agit d'établir l'homme, qui devient éprouvé pour toutes les amulettes qu'il fera à jamais, comme nous le disons dans Baba Kamma (37a) : s'il a encorné un bœuf, un âne et un chameau, il devient mouad (averti) pour tous. Mais l'amulette n'est pas éprouvée si un autre guérisseur écrit l'une d'elles.
והא דקתני כל שריפא ושנה ושילש מיירי בחולי אחד וכתבו זה הלחש וריפא ג' פעמים או לאדם אחד או לשלשה ולאיתמחויי קמיעא מיירי דנעשה הקמיע לבדו מומחה על יד אדם זה או אם כתבום שלשה רופאים נעשה קמיע של לחש זה מומחה מיד כל אדם:
Et celui-là : qui enseigne 'toute amulette qui a guéri une fois, deux fois, trois fois', traite d'une seule maladie : il a écrit cette incantation et elle a guéri trois fois, soit une seule personne soit trois. Il s'agit d'établir l'amulette : l'amulette seule devient éprouvée, par la main de cet homme ; ou bien, si trois guérisseurs l'ont écrite, l'amulette de cette incantation devient éprouvée de la main de tout homme.
🗂️ Tossefot (1)
הא לאמחויי קמיע פירש בקונטרס דנעשה הקמיע לבדו מומחה ע"י אדם זה תימה דהוא עצמו פירש בסמוך גבי תלת תלת זימני דכל לחש שריפא ג' פעמים נעשו ג' קמיעות הללו מומחים מיד כל אדם אע"פ שרוצה לומר הקונטרס שרופא אחד כתבם מדפירש ואין לומר שמזל הרופא גרם וכן נראה ודאי עיקר דלא ע"י אדם זה לבד נעשה הקמיע מומחה אלא אף מיד כל אדם דהא אמרינן בסמוך תלתא קמיע לתלתא גברי תלת תלת זימני איתמחי גברא ואיתמחי קמיע והאי תלתא קמיעי לתלתא גברי דקאמר איירי שרופא אחד עשאם דבענין אחר לא איתמחי גברא וא"כ האי דקאמר נמי תלת תלת זימני איירי נמי ברופא אחד כמו רישא וקאמר דאיתמחי קמיע והיינו ע"כ מיד כל אדם דאי מיד רופא זה הא בלאו הכי הוא מומחה בכל קמיעין שבעולם וממה שפירש נמי גבי תלת תלת זימני כל לחש ריפא ג' פעמים ואפילו אדם אחד חזר בו מזה דפירש איתמחי קמיע ואין לומר מזל החולה גרם שמתרפא ע"י קמיעתא שהרי בשלשה אנשים הוחזק משמע דלא אמרינן איתמחי קמיע אלא א"כ ריפא ג' אנשים:
Celui-là pour établir l'amulette : le Kountres (Rachi) explique que l'amulette seule devient éprouvée par la main de cet homme. C'est étonnant, car lui-même explique plus loin, à propos de 'trois fois chacune', que lorsque chaque incantation a guéri trois fois, ces trois amulettes deviennent éprouvées de la main de tout homme ; or le Kountres veut dire qu'un seul guérisseur les a écrites, puisqu'il explique 'et on ne peut dire que la chance (mazal) du guérisseur en est la cause'. Et il semble certainement que l'essentiel est ceci : l'amulette devient éprouvée non seulement par la main de cet homme, mais aussi de la main de tout homme. Car nous disons plus loin : trois amulettes pour trois hommes, trois fois chacune, l'homme est éprouvé et l'amulette est éprouvée ; et ces 'trois amulettes pour trois hommes' traitent du cas où un seul guérisseur les a faites, car autrement l'homme ne serait pas éprouvé. Dès lors, ce qu'on dit aussi 'trois fois chacune' traite aussi d'un seul guérisseur, comme le début, et on dit que l'amulette est éprouvée : c'est donc forcément de la main de tout homme, car de la main de ce guérisseur, elle l'est de toute façon, puisqu'il est éprouvé pour toutes les amulettes du monde. Et d'après ce qu'il a aussi expliqué à propos de 'trois fois chacune' (toute incantation qui a guéri trois fois, même une seule personne), il est revenu sur cela, puisqu'il a expliqué 'l'amulette est éprouvée, et on ne peut dire que la chance du malade a fait qu'il guérisse par les amulettes, puisqu'elle a fait ses preuves sur trois personnes' : cela implique qu'on ne dit 'l'amulette est éprouvée' que si elle a guéri trois personnes.
💡 Explication

Deux notions distinctes : itmahei gavra (le scribe est reconnu comme expert : toutes ses amulettes sont valables) et itmahei kamia (tel texte d'amulette est reconnu efficace, même écrit par un autre).

Pour établir le scribe, il faut trois amulettes différentes ayant guéri trois personnes, sur le modèle du chor mouad (Baba Kamma 37a). Pour établir l'amulette, il faut que le même texte ait guéri trois fois.

🖼️ Schéma
Deux critères, deux objetsBaraitaa guéri 3 personnes ensemble(3 amulettes différentes)Enseignement de 61aa guéri 1, 2, 3 fois(même une seule personne)établit le scribe (gavra)établit l'amulette (kamia)
La baraita et l'enseignement de 61a ne portent pas sur le même objet.
4
אמר רב פפא: פשיטא לי תלתא קמיעי לתלתא גברי תלתא תלתא זימני — איתמחי גברא ואתמחי קמיע. תלתא קמיעי לתלתא גברי חד חד זימנא — גברא איתמחי, קמיעא לא איתמחי. חד קמיע לתלתא גברי — קמיעא איתמחי, גברא לא איתמחי.

Rav Papa a dit : il est évident pour moi que trois amulettes pour trois hommes, trois fois chacune : l'homme (le scribe) est éprouvé et l'amulette est éprouvée. Trois amulettes pour trois hommes, une fois chacune : l'homme est éprouvé, l'amulette n'est pas éprouvée.

Une amulette pour trois hommes : l'amulette est éprouvée, l'homme n'est pas éprouvé.

📜 Rachi (8)
תלתא קמיעי ג' מיני לחש:
Trois amulettes : trois sortes d'incantations.
תלתא תלתא זימני כל לחש ריפא שלשה פעמים ואפילו אדם אחד:
Trois fois chacune : chaque incantation a guéri trois fois, même une seule personne.
אתמחי גברא בכל קמיעות לעולם שהרי הומחה בשלשה מיני קמיעים:
L'homme est éprouvé : pour toutes les amulettes à jamais, puisqu'il a fait ses preuves avec trois sortes d'amulettes.
ואתמחי קמיע שלשה קמיעין הללו נעשים מומחים מיד כל אדם שהרי ריפא כל אחד ג"פ ואין לומר מזל הרופא גורם דאין הדבר תלוי במזל הרופא אלא בחכמתו ואין לומר נמי החולה גרם שמתרפא על ידי קמיעין שהרי בשלשה אנשים הוחזק:
Et l'amulette est éprouvée : ces trois amulettes deviennent éprouvées de la main de tout homme, puisque chacune a guéri trois fois. On ne peut dire que la chance (mazal) du guérisseur en est la cause, car la chose ne dépend pas de la chance du guérisseur mais de sa sagesse ; et on ne peut pas dire non plus que c'est le malade qui a fait qu'il guérisse par des amulettes, puisqu'elle a fait ses preuves sur trois personnes.
קמיעא לא אתמחי לבא מיד רופא אחר:
L'amulette n'est pas éprouvée : pour venir de la main d'un autre guérisseur.
חד קמיע לתלתא גברי לחולי אחד:
Une amulette pour trois hommes : pour une seule maladie.
קמיעא איתמחי מיד כל אדם:
L'amulette est éprouvée : de la main de tout homme.
גברא לא איתמחי לקמיע אחר שאינו של לחש ושל חולי זה:
L'homme n'est pas éprouvé : pour une autre amulette, qui n'est pas de cette incantation ni de cette maladie.
🗂️ Tossefot (4)
תלתא קמיעין לג' גברי תלת תלת זימני פירוש שכתב לחש אחד בג' איגרות וכל אחת הועילה לג' אנשים או לאחד שלש פעמים קשה לרשב"א קמיע ג' היכי איתמחי הלא מיד כשנתרפא האדם שלישי בקמיע ג' [פעם א'] איתמחי גברא וכיון דאתמחי גברא ודאי שאותה האיגרת תועיל מכאן ואילך וי"ל כגון דשני קמיעין הללו ריפאו תלת זימני לתרי גברי וקמיע שלישי לחד מהנך תרי גברי תרי זימני והשתא מימחו כבר תרי קמיעי וגברא וקמיע שלישי אכתי לא איתמחי וחזר וריפא קמיע שלישי אדם שלישי דהשתא בא בבת אחת המחאת גברא והמחאת קמיע:
Trois amulettes pour trois hommes, trois fois chacune : explication : il a écrit une incantation sur trois feuillets (iggrot), et chacun a servi à trois personnes, ou à une seule trois fois. Le Rachba demande : la troisième amulette, comment devient-elle éprouvée ? Dès que la troisième personne a guéri par la troisième amulette [une première fois], l'homme est éprouvé ; et puisque l'homme est éprouvé, ce feuillet agira certainement désormais. On peut répondre : par exemple, deux de ces amulettes ont guéri trois fois deux hommes, et la troisième amulette a guéri l'un de ces deux hommes deux fois ; alors deux amulettes sont déjà éprouvées, mais l'homme et la troisième amulette ne le sont pas encore ; puis la troisième amulette guérit un troisième homme : l'établissement de l'homme et celui de l'amulette arrivent alors en même temps.
תלת תלת זימני הוה מצי למימר חד תלת זימני ואינך חד זימנא אלא בעי למימר שיהיו שלשה קמיעין מומחין:
Trois fois chacune : il aurait pu dire : l'une trois fois et les autres une fois ; mais il veut dire que les trois amulettes sont éprouvées.
איתמחי קמיע פירש הקונטרס ואין לומר מזל הרופא גרם דאין הדבר תלוי במזל הרופא אלא בחכמתו משמע שרוצה ליתן טעם אמאי איתמחי קמיע במזל הרופא היה לנו לתלות שכבר הומחה שריפא ג' אנשים בג' מיני קמיעים ולא היה לנו לתלות בקמיע ולא ידע רשב"א מה טעם נותן על זה דהא לא איתמחו שאר קמיעין של שאר חולאים אע"ג דהרופא איתמחי בכל קמיעין שבעולם ה"נ אלו ג' קמיעים נמי לתלות ברופא אלא צריך לתרץ כמו שפירשתי ללשון ר"י בענין שיבא המחאת קמיע והמחאת גברא בבת אחת:
L'amulette est éprouvée : le Kountres explique : 'et on ne peut dire que la chance du guérisseur en est la cause, car la chose ne dépend pas de la chance du guérisseur mais de sa sagesse'. Cela laisse entendre qu'il veut donner la raison pour laquelle l'amulette est éprouvée : on aurait dû attribuer la guérison au guérisseur, déjà éprouvé puisqu'il a guéri trois personnes avec trois sortes d'amulettes, et non à l'amulette. Et le Rachba ne comprend pas quelle raison il donne la : les autres amulettes des autres maladies ne sont pas éprouvées, bien que le guérisseur soit éprouvé pour toutes les amulettes du monde ; de même, pour ces trois amulettes aussi, on devrait l'attribuer au guérisseur. Il faut donc répondre comme je l'ai expliqué selon la formulation du Ri : dans un cas où l'établissement de l'amulette et celui de l'homme arrivent en même temps.
חד קמיע לתלת גברי נראה לר"י דה"ה לחד גברא תלת זימני דודאי לגבי המחאת גברא הוא דמבעיא ליה בסמוך אי אתמחי בחד גברא מתלת קמיעי אבל לענין המחאת קמיע דעדיף לא קא מיבעיא ליה דפשיטא דתלינן בהמחאת קמיע ולא אמרינן מזליה דהאי גברא הוא דמקבל כתבא והאי דנקט לתלתא גברי משום רבותא דאפילו הכי גברא לא אתמחי:
Une amulette pour trois hommes : le Ri estime qu'il en va de même pour un seul homme guéri trois fois. En effet, c'est pour l'établissement de l'homme que la Guemara s'interroge plus loin s'il est éprouvé par un seul homme avec trois amulettes ; mais pour l'établissement de l'amulette, qui est plus fort, elle ne s'interroge pas : il est évident qu'on l'attribue à l'amulette, et on ne dit pas que c'est la chance de cet homme qui reçoit l'écrit. Et s'il dit 'pour trois hommes', c'est pour ajouter une nouveauté (rabouta) : même ainsi, l'homme n'est pas éprouvé.
💡 Explication

Rav Papa pose trois cas évidents (voir le schéma de synthèse). Principe : le scribe est établi par la diversité (trois textes différents qui réussissent) ; l'amulette par la répétition (le même texte qui réussit trois fois).

Rachi écarte deux explications concurrentes de la guérison : la chance du guérisseur (la réussite dépend de sa sagesse) et la chance du malade (trois malades différents ont guéri). Tossefot (Rachba, Ri) discute comment scribe et amulette peuvent être établis en même temps.

5
בעי רב פפא: תלתא קמיעי לחד גברא מאי? קמיעא ודאי לא איתמחי. גברא איתמחי, או לא איתמחי? מי אמרינן הא אסי ליה, או דילמא מזלא דהאי גברא הוא דקא מקבל כתבא. תיקו.

Rav Papa a demandé : trois amulettes pour un seul homme, qu'en est-il ? L'amulette n'est certainement pas éprouvée.

L'homme (le scribe) est-il éprouvé ou non ? Dit-on : voici, il l'a guéri ; ou peut-être est-ce la chance (mazal) de cet homme-là qui reçoit l'écrit ?

Teiko (la question reste en suspens).

📜 Rachi (3)
תלתא קמיעי של שלשה מיני חולי:
Trois amulettes : de trois sortes de maladies.
קמיעא ודאי לא איתמחי מיד אדם אחר שהרי לא ריפא אלא פעם אחת:
L'amulette n'est certainement pas éprouvée : de la main d'un autre homme, puisqu'elle n'a guéri qu'une fois.
מזליה דהאי גברא מלאכו של חולי זה דמקבל קמיעא וא"ת ממתני' דלעיל שמעינן לה דקתני כל שריפא ושנה ושילש דמשמע לאדם אחד ואוקימנא דאיתמחי קמיעא ולא אמרינן מזליה הוא לא דמי התם חד קמיעא הוא וליכא למיתלייה במזלא דגברא אלא בקמיע הני ודאי בגברא תלוי או ברופא או במתרפא הלכך מיבעיא לן במאי ניתליה:
La chance de cet homme : l'ange (mazal) de ce malade, qui reçoit l'amulette. Et si tu objectes : nous l'avons déjà appris de l'enseignement cité plus haut, 'toute amulette qui a guéri une fois, deux fois, trois fois', ce qui implique une seule personne, et nous l'avons expliqué comme établissant l'amulette, sans dire que c'est sa chance à lui. Ce n'est pas comparable : là, il s'agit d'une seule amulette, et on ne peut l'attribuer à la chance de l'homme, seulement à l'amulette ; ici, cela dépend certainement d'un homme, soit du guérisseur soit du guéri, et c'est pourquoi nous nous demandons à qui l'attribuer.
🗂️ Tossefot (1)
תלת קמיע לחד גברא מאי תימה תיפשוט ליה מדתני לעיל איזהו קמיע מומחה כל שריפא שלשה בני אדם ומוקמינן לה לאמחויי גברא משמע דוקא תלת גברי אבל חד גברא לא מדלא קתני כל שריפא אדם א' בג' קמיעין ובקונטרס פי' בפי' א' מימחי גברא מימחי קמיע שעשה אדם זה קמיע לשלשה אנשים דנעשה אדם זה מומחה שריפא שלשה אנשים והקמיע מומחה שריפא כתב זה ג' אנשים ולהאי פירושא נמי לא אימחי גברא אלא דוקא לאותו לחש וקשה לר"י לפירוש זה דהא אמרינן לקמן חד קמיע לתלתא גברי קמיע איתמחי גברא לא איתמחי ויש ליישב לשון הקונטרס דה"ק שעשה אדם זה לחש זה בשלשה איגרות לג' אנשים דנעשה אדם זה מומחה שריפא לג' אנשים והלחש מומחה שריפא לחש זה ג' אנשים וגם זה אין נראה לר"י דאם בענין זה נמי קרוי חד קמיע לתלתא גברא הדרא קושיא לדוכתיה ואם הוא קרוי בענין זה תלתא קמיע לתלתא גברי חד חד זימנא הא אמרינן לקמן דגברא איתמחי ולא קמיע לכך נראה לר"י כדפירש וכן פירוש אחר שפי' בקונטרס מיושב מן הראשון:
Trois amulettes pour un seul homme, qu'en est-il ? C'est étonnant : qu'on tranche la question d'après ce qui a été enseigné plus haut, 'quelle est l'amulette éprouvée ? Toute amulette qui a guéri trois personnes', que nous avons expliquée comme établissant l'homme ; cela implique précisément trois hommes et non un seul, puisqu'on n'a pas enseigné : 'toute amulette qui a guéri une personne avec trois amulettes'. Le Kountres, dans l'une de ses explications, explique 'l'homme est éprouvé, l'amulette est éprouvée' ainsi : cet homme a fait une amulette pour trois personnes ; cet homme devient éprouvé puisqu'il a guéri trois personnes, et l'amulette est éprouvée puisque cet écrit à guéri trois personnes. Selon cette explication aussi, l'homme n'est éprouvé que pour cette incantation précise. Le Ri objecte à cette explication : nous disons plus loin 'une amulette pour trois hommes : l'amulette est éprouvée, l'homme n'est pas éprouvé'. On peut concilier la formulation du Kountres ainsi : cet homme a fait cette incantation sur trois feuillets pour trois personnes ; cet homme devient éprouvé puisqu'il a guéri trois personnes, et l'incantation est éprouvée puisqu'elle a guéri trois personnes. Mais cela non plus ne semble pas juste au Ri : si dans ce cas aussi on l'appelle 'une amulette pour trois hommes', la difficulté revient à sa place ; et si dans ce cas on l'appelle 'trois amulettes pour trois hommes, une fois chacune', nous disons plus loin que l'homme est éprouvé et non l'amulette. C'est pourquoi le Ri estime qu'il faut s'en tenir à ce qu'il a expliqué ; de même, l'autre explication donnée par le Kountres est plus solide que la première.
💡 Explication

Cas douteux : trois amulettes différentes guérissent une seule personne. L'amulette n'est évidemment pas établie (chacune n'a réussi qu'une fois). Pour le scribe, deux lectures : sa compétence, ou le mazal propre de ce malade, réceptif à toute écriture. La question reste teiko (sans réponse).

6
איבעיא להו: קמיעין יש בהן משום קדושה, או דילמא אין בהן משום קדושה? למאי הילכתא? אילימא לאצולינהו מפני הדליקה, תא שמע: הברכות והקמיעין, אף על פי שיש בהן אותיות ומענינות הרבה שבתורה — אין מצילין אותן מפני הדליקה, ונשרפים במקומן!

Il leur a été demandé : les amulettes ont-elles un caractère de sainteté (kedoucha), ou peut-être n'en ont-elles pas ? Pour quelle halakha (la question se pose-t-elle) ?

Si l'on dit : pour les sauver d'un incendie (le Chabbat), viens et entends : les bénédictions et les amulettes, bien qu'elles contiennent des lettres (du Nom divin) et de nombreux passages de la Torah, on ne les sauve pas de l'incendie ; elles brûlent sur place !

📜 Rachi (3)
לאצולינהו בשבת לחצר המעורבת כשאר כתבי הקדש:
Les sauver : le Chabbat, vers une cour munie d'un erouv, comme les autres Écrits saints.
הברכות שתקנו חכמים כגון תשעה של ר"ה שיש בהן מלכיות וזכרונות ושופרות:
Les bénédictions : que les Sages ont instituées, par exemple les neuf (bénédictions de la prière) de Roch Hachana, qui contiennent Malkhiyot, Zikhronot et Chofarot.
מענינות מפרשיות הרבה שכותבין בהן את מקראות של רפואה:
Des passages : de nombreuses sections ; on y écrit des versets de guérison.
💡 Explication

Nouvelle question : l'amulette écrite a-t-elle la kedoucha d'un écrit saint ? La Guemara cherche d'abord quelle halakha en dépend. Pour le sauvetage d'un incendie le Chabbat (permis pour les Écrits saints, vers une cour avec erouv), une baraita tranche déjà : on ne sauve pas les amulettes. La question doit donc porter sur un autre point.

7
אלא לענין גניזה. תא שמע: היה כתוב על ידות הכלים ועל כרעי המטה — יגוד ויגנזנו!

Plutôt, pour la question de la gueniza. Viens et entends : s'il (le Nom) était écrit sur des anses d'ustensiles ou sur des pieds de lit, il doit le découper et le mettre en gueniza !

📜 Rachi (1)
היה כתוב שם יגוד יקוץ מקום השם ויגנזנו: סתם בית הכסא שלהן בשדות:
S'il était écrit un Nom, il doit le découper : il coupe l'endroit du Nom et le met en gueniza. (Autre glose :) leurs toilettes se trouvaient d'ordinaire dans les champs.
💡 Explication

Gueniza : un écrit saint hors d'usage doit être mis à l'abri (enterré ou rangé), et non jeté. Or même un Nom divin gravé sur un objet profane doit être découpé et mis en gueniza ; à plus forte raison une amulette qui en contient. Ce point est donc tranché aussi.

La seconde partie de la glose de Rachi se rapporte à la suite (les toilettes) : elles étaient dans les champs, d'où le risque de porter dans le domaine public.

8
אלא ליכנס בהן בבית הכסא. מאי? יש בהן קדושה — ואסיר, או דילמא אין בהן קדושה — ושרי? תא שמע ולא בקמיע בזמן שאינו מן המומחה: הא מן המומחה — נפיק.

Plutôt, pour y entrer avec elles aux toilettes (beit ha-kisse). Qu'en est-il ?

Ont-elles une sainteté, et c'est interdit, ou peut-être n'ont-elles pas de sainteté, et c'est permis ? Viens et entends : (la michna enseigne) 'ni avec une amulette, lorsqu'elle ne provient pas d'un expert (moumhe)' ; donc, si elle provient d'un expert, il sort avec.

💡 Explication

La question retenue : peut-on entrer aux toilettes avec une amulette ? La Guemara tente une preuve à partir de la michna (60a), qui permet de sortir le Chabbat avec une amulette moumhe.

9
ואי אמרת קמיעין יש בהן משום קדושה, זמנין דמיצטריך לבית הכסא, ואתי לאיתויינהו ארבע אמות ברשות הרבים. הכא במאי עסקינן — בקמיע של עיקרין.

Et si tu dis que les amulettes ont un caractère de sainteté, il arrivera parfois qu'il ait besoin d'aller aux toilettes, et il en viendra à les porter quatre coudées dans le domaine public ! - De quoi traitons-nous ici ? D'une amulette de racines (ikarin).

💡 Explication

Raisonnement : si l'amulette était sainte, il devrait l'enlever avant d'entrer aux toilettes (situées dans les champs), puis la porter à la main quatre coudées dans le domaine public, ce qui est interdit. Puisque la michna permet sans réserve, l'amulette n'est pas sainte.

Réponse : la michna parle d'une amulette de racines (plantes médicinales), sans écriture, donc sans sainteté.

10
והתניא: אחד קמיע של כתב ואחד קמיע של עיקרין! אלא הכא במאי עסקינן — בחולה שיש בו סכנה. והתניא: אחד חולה שיש בו סכנה ואחד חולה שאין בו סכנה.

Mais n'a-t-on pas enseigné : aussi bien une amulette écrite qu'une amulette de racines ! - Plutôt, de quoi traitons-nous ici ? D'un malade en danger. - Mais n'a-t-on pas enseigné : aussi bien un malade en danger qu'un malade qui n'est pas en danger !

📜 Rachi (1)
שיש בו סכנה אי שקיל ליה מיניה דשרי למיעל בהן לבית הכסא משום פיקוח נפש:
En danger : si on la lui retirait (il serait en danger) ; c'est pourquoi il lui est permis d'entrer avec elles aux toilettes, à cause de pikoua'h nefech (sauvegarde de la vie).
💡 Explication

Deux réponses réfutées par une baraita qui met sur le même plan : amulette écrite ou de racines ; malade en danger ou non. Pour le malade en danger, Rachi explique : il garderait son amulette aux toilettes à cause de pikoua'h nefech.

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אלא כיון דמסי, אף על גב דנקיט ליה בידיה — (נמי) שפיר דמי.

Plutôt : puisqu'elle guérit, même s'il la tient dans sa main, c'est permis.

📜 Rachi (1)
אף על גב דנקיט ליה בידיה תכשיטו הוא הלכך אי נמי מייתי ליה ד' אמות בידים לא מחייב:
Même s'il la tient dans sa main : c'est sa parure ; c'est pourquoi, même s'il la porte quatre coudées dans ses mains, il n'est pas passible.
💡 Explication

Réponse finale : l'amulette qui soigne a le statut de parure (takhchit) pour celui qui la porte. Même s'il l'enlève et la tient à la main, il n'enfreint pas l'interdit de porter. La michna ne prouve donc rien sur la kedoucha des amulettes, et la question des toilettes reste ouverte ici.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).