Sougya : Le daf achรจve la discussion sur la femme qui sort le Chabbat avec une kovelet ou une fiole de palyaton : Rabbi Meir la rend passible, Rabbi Eliezer la dispense tant que le rรฉcipient contient du parfum ; Rav Adda bar Ahava et Rav Ashi discutent ce qu'on en dรฉduit pour des aliments infรฉrieurs au chiour portรฉs dans un rรฉcipient. ร partir du mot palyaton, la Guemara passe aux versets d'Amos sur les notables de Chomron et fixe, avec Abaye, le critรจre de la gezera de deuil aprรจs le Hourban : l'interdit porte sur ce qui procure ร la fois agrรฉment et joie.
Suivent trois conduites qui mรจnent ร la pauvretรฉ, prรฉcisรฉes par Rava, puis le midrach de Yechayahou 3 sur l'orgueil des filles de Tsion et leur punition mesure pour mesure, et le dรฉbut du passage sur les gens de Jรฉrusalem, "anchei chahats".
Et quelle est (l'opinion de) Rabbi Meir ? Comme il a รฉtรฉ enseignรฉ (dans une baraita) : une femme ne sortira pas avec une clรฉ qu'elle tient ร la main ; et si elle est sortie, elle est passible d'un (sacrifice) hatat.
Ce sont les paroles de Rabbi Meir. Rabbi Eliezer exempte (patour) pour la kovelet et pour la fiole de palyaton.
Suite de 62a : Rabbi Eliezer dit patour quand il s'oppose ร Rabbi Meir seul. La Guemara cite la baraita oรน cette configuration se trouve. La kovelet est un petit รฉtui ร parfum ; le palyaton est une huile de baume prรฉcieuse.
La kovelet : qui en a fait mention ?
Difficultรฉ de rรฉdaction : Rabbi Meir n'a parlรฉ que de la clรฉ. Pourquoi Rabbi Eliezer rรฉpond-il au sujet de la kovelet et de la fiole ?
(La baraita) est lacunaire (hassourei mehasra), et voici ce qu'elle enseigne : de mรชme avec une kovelet et de mรชme avec une fiole de palyaton, elle ne sortira pas ; et si elle est sortie, elle est passible d'un hatat. Ce sont les paroles de Rabbi Meir.
Rabbi Eliezer exempte pour la kovelet et pour la fiole de palyaton. En quel cas cela est-il dit ?
Quand il s'y trouve du parfum ; mais s'il ne s'y trouve pas de parfum, elle est passible.
Hassourei mehasra : la Guemara complรจte le texte de la baraita. Rabbi Eliezer considรจre le rรฉcipient de parfum comme une parure (takhchit) tant qu'il contient du parfum. Vide, il devient un simple objet transportรฉ, et la femme est hayevet.
Rav Adda bar Ahava a dit : cela revient ร dire que celui qui sort des aliments en quantitรฉ infรฉrieure au chiour dans un rรฉcipient (keli) est passible. Car (la fiole) sans parfum est comparable ร (des aliments) infรฉrieurs au chiour dans un rรฉcipient, et (la baraita) enseigne : elle est passible.
Question de fond : quand on transporte un keli pour son contenu, le keli est-il tafel (accessoire) ? Si le contenu atteint le chiour, on est passible pour le contenu et le keli n'ajoute rien. Si le contenu est infรฉrieur au chiour, Rav Adda dรฉduit de la baraita qu'on est passible pour le keli lui-mรชme.
Rav Ashi a dit : en gรฉnรฉral, je te dirai qu'il est exempt ; mais ici c'est diffรฉrent, car (l'odeur) n'a aucune substance (mamach).
Rav Ashi refuse la dรฉduction : une odeur n'est pas un contenu. Le rรฉcipient ne peut donc pas lui รชtre accessoire. Pour des aliments rรฉels mais en quantitรฉ insuffisante, le keli leur reste tafel et on est patour.
"Et ils s'oignent des premiรจres huiles" (Amos 6, 6) : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : c'est le palyaton.
Transition par association : le mot palyaton amรจne le verset d'Amos qui reproche aux notables de Chomron de vivre dans le luxe sans se soucier du malheur du peuple.
Rav Yossef objecta : Rabbi Yehouda ben Bava a dรฉcrรฉtรฉ (une interdiction) mรชme sur le palyaton, et on ne l'a pas suivi. Or si tu dis (que le verset le critique) en tant que jouissance (taanoug), pourquoi ne l'a-t-on pas suivi ?
Aprรจs le Hourban, les Sages ont limitรฉ certains plaisirs en signe de deuil. Rabbi Yehouda ben Bava voulait y inclure le palyaton ; les Sages ont refusรฉ. Rav Yossef : si le prophรจte condamne le palyaton comme luxe, il aurait fallu l'interdire.
Abaye lui dit : selon ton raisonnement, ce qui est รฉcrit : "ceux qui boivent dans des mizrekei de vin" (Amos 6, 6), Rabbi Ami et Rabbi Assi (en discutent) : l'un dit : (ce sont) des kenichkenin ; l'autre dit : qu'ils se lancent (mezarkin) leurs coupes l'un ร l'autre. Est-ce donc aussi interdit ?
Or Rabba bar Rav Houna est venu chez le Rech Galouta (Exilarque), qui a bu dans un kenichkenin, et il ne lui a rien dit !
Abaye retourne l'argument : le mรชme verset critique les mizrekei de vin, et pourtant un Amora a vu l'Exilarque boire au kenichkenin sans protester. รtre citรฉ dans le reproche d'Amos ne suffit donc pas pour รฉtablir un interdit de deuil.
Mais (la rรจgle est) : toute chose qui comporte de la jouissance et comporte de la joie (simha), les Sages l'ont interdite ; mais une chose qui comporte de la jouissance et ne comporte pas de joie, les Sages ne l'ont pas interdite.
Le critรจre : taanoug (agrรฉment physique) seul ne suffit pas ; l'interdit de deuil vise ce qui produit de la simha (rรฉjouissance), comme la musique ou le festin. Le palyaton et le kenichkenin procurent un agrรฉment sans joie : ils restent permis.
"Ceux qui sont couchรฉs sur des lits d'ivoire et vautrรฉs (seroukhim) sur leurs divans" (Amos 6, 4). Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : cela enseigne qu'ils urinaient nus devant leurs lits.
Retour aux versets d'Amos 6. Rabbi Yossi b. R. Hanina lit seroukhim comme "ceux qui rendent (le lieu) malodorant" : une conduite rรฉpugnante.
Rabbi Abahou s'en moqua : si c'est ainsi, est-ce lร ce qui est รฉcrit : "Aussi maintenant ils partiront en exil ร la tรชte des exilรฉs" (Amos 6, 7) ? Parce qu'ils urinaient nus devant leurs lits, ils partiraient en exil ร la tรชte des exilรฉs ?!
Objection de proportion : une conduite malpropre ne justifie pas une punition aussi grave que l'exil en tรชte des exilรฉs. Le verset doit viser une faute plus lourde.
Mais Rabbi Abahou a dit : ce sont des gens qui mangeaient et buvaient ensemble, joignaient leurs lits les uns aux autres, รฉchangeaient leurs femmes entre eux, et souillaient (masrihin) leurs couches d'une semence qui n'รฉtait pas la leur.
Rabbi Abahou garde la racine serah mais l'applique ร une faute d'arayot (unions interdites), ce qui rend compte de la sรฉvรฉritรฉ de l'exil annoncรฉ.
Rabbi Abahou a dit, et certains disent qu'on l'a enseignรฉ dans une baraita : trois choses amรจnent l'homme ร la pauvretรฉ, et les voici : celui qui urine nu devant son lit, celui qui nรฉglige la netilat yadayim (ablution des mains), et celui dont la femme le maudit en sa prรฉsence.
Enseignement de moussar : trois conduites attirent la pauvretรฉ. Le Roch le reprend dans ses Piskei avec toutes les prรฉcisions de Rava et la conclusion selon Rav Hisda : cela a valeur de halakha pour la conduite.
Celui qui urine nu devant son lit : Rava a dit : nous ne l'avons dit que lorsqu'il tourne le visage vers son lit ; mais vers l'extรฉrieur, nous n'avons pas de problรจme.
Premiรจre restriction de Rava : le facteur de pauvretรฉ est liรฉ ร la salissure du lieu oรน il dort ; s'il se tourne vers l'extรฉrieur, le lit reste propre.
Et (mรชme) lorsqu'il tourne le visage vers son lit, nous ne l'avons dit que sur le sol ; mais dans un rรฉcipient, nous n'avons pas de problรจme.
Deuxiรจme restriction : uriner dans un keli ne crรฉe pas de saletรฉ au sol ; la crainte tombe.
Et celui qui nรฉglige la netilat yadayim : Rava a dit : nous ne l'avons dit que lorsqu'il ne se lave pas du tout les mains ; mais s'il se lave sans (vraiment) se laver, nous n'avons pas de problรจme.
Selon Rava, seul celui qui omet complรจtement l'ablution est visรฉ. Le minimum halakhique est un revi'it d'eau.
Et ce n'est pas exact, car Rav Hisda a dit : moi, je me lave avec des poignรฉes pleines d'eau, et on m'a donnรฉ des poignรฉes pleines de bien.
La Guemara rejette la restriction de Rava : l'exemple de Rav Hisda montre qu'on doit se laver les mains gรฉnรฉreusement. Se contenter du strict minimum reste une nรฉgligence.
Et celui dont la femme le maudit en sa prรฉsence : Rava a dit : au sujet de ses parures. Et cela, quand il a (les moyens) et ne le fait pas.
La malรฉdiction n'a d'effet que si elle est fondรฉe : le mari a les moyens de pourvoir aux parures de sa femme et s'y refuse. S'il n'en a pas les moyens, il n'est pas en faute.
Rava fils de Rav Ilai a enseignรฉ (darach) : que signifie ce qui est รฉcrit : "Hachem a dit : parce que les filles de Tsion se sont enorgueillies" (Yechayahou 3, 16) ? Qu'elles marchaient la taille redressรฉe.
"Et elles marchent le cou tendu" : qu'elles marchaient le talon ร cรดtรฉ du gros orteil. "Et les yeux maquillรฉs (mesaqrot)" : qu'elles remplissaient leurs yeux de kohl et faisaient des signes.
"Allant ร petits pas (tafof)" : qu'elles marchaient, une grande ร cรดtรฉ d'une petite. "Et avec leurs pieds elles font tinter (te'akasna)" : Rav Yitshak de l'รฉcole de Rabbi Ami a dit : cela enseigne qu'elles mettaient de la myrrhe et du baume dans leurs chaussures et marchaient dans les marchรฉs de Jรฉrusalem ; et quand elles arrivaient prรจs des jeunes gens d'Israรซl, elles frappaient le sol du pied, les aspergeaient et faisaient entrer en eux le yetser hara, comme le venin d'un serpent irritรฉ.
La Guemara passe d'Amos ร Yechayahou 3. Chaque expression du verset est lue comme un comportement d'impudeur destinรฉ ร attirer le regard : port altier, dรฉmarche lente, fard, contraste de taille, parfum projetรฉ. Te'akasna est rapprochรฉ de ekhes (venin).
Quelle fut leur punition ? Comme l'a enseignรฉ Rabba bar Oula : "Et au lieu de parfum (bessem), il y aura de la pourriture (mak)" (Yechayahou 3, 24) : l'endroit oรน elles se parfumaient devint des plaies purulentes.
"Et au lieu de ceinture, une corde (nikpa)" : l'endroit oรน elles se ceignaient d'une ceinture ornรฉe (tselitsoul) devint couvert de contusions. "Et au lieu d'une coiffure travaillรฉe, la calvitie" : l'endroit oรน elles se paraient devint des plaques chauves.
"Et au lieu de petigil, une ceinture de sac" : les ouvertures qui mรจnent ร la rรฉjouissance (pethaim, gila) deviendront (un lieu pour) une ceinture de sac. "Car au lieu de beautรฉ" : Rava a dit : c'est ce que disent les gens : au lieu de beautรฉ, une plaie (kiva).
Principe de mida kenegued mida (mesure pour mesure) : chaque partie du corps utilisรฉe pour sรฉduire est frappรฉe d'une punition correspondante. Petigil est lu en notarikon : petah + gila.
"Et Hachem frappera de teigne (sipah) le sommet de la tรชte des filles de Tsion" (Yechayahou 3, 17) : Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : cela enseigne que la tsaraat รฉclata sur elles. Il est รฉcrit ici "vesipah", et il est รฉcrit lร -bas : "pour la tumeur et pour la dartre (sapahat)" (Vayikra 14, 56).
Rapprochement lexical entre sipah (Yechayahou) et sapahat, l'une des formes de tsaraat dans la Torah.
"Et Hachem mettra ร nu (ye'areh) leur intimitรฉ (pothen)". Rav et Chmouel (en discutent) : l'un dit : qu'elles se vidaient comme une cruche ; l'autre dit : que leurs ouvertures devinrent comme une forรชt (ya'ar).
Deux lectures du mot ye'areh : racine "verser" (Rav ou Chmouel) ou ya'ar (forรชt). Dans les deux cas, la punition atteint l'endroit mรชme de la faute.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : les gens de Jรฉrusalem รฉtaient des gens de chahats (arrogance). Un homme disait ร son prochain : avec quoi as-tu dรฎnรฉ aujourd'hui ?
Avec du pain pรฉtri ou avec du pain non pรฉtri ? Avec du vin gourdeli ou
Rav Yehouda dรฉcrit un parler ร double sens : sous des termes de repas, on รฉvoque des relations illicites. Le mot chahats dรฉsigne cette arrogance. La phrase se poursuit en 63a.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).