Sougya : Le daf achève le passage sur le langage à double sens des gens de Jérusalem et évoque les bois de cinnamome de la ville. La Michna interdit à l'homme de sortir le Chabbat avec une arme ; Rabbi Eliezer y voit une parure, les Sages une honte, appelée à disparaître selon Yechayahou 2, 4.
La Guemara en tire un débat sur les jours du Machiah (Chmouel contre Rabbi Hiya bar Abba) et sur le principe "un verset ne sort pas de son sens simple". Suit une série d'enseignements de Rabbi Elazar et de Resh Lakich sur les deux talmidei hakhamim qui étudient ensemble, sur la mitsva pensée, sur le prêt et l'association avec le pauvre, et sur le talmid 'hakham et l'am haarets.
(Avec du vin gourdeli ou) avec du vin hardeli (noir) ? Sur un divan large ou sur un divan étroit ?
Avec un bon compagnon ou avec un mauvais compagnon ? Rav Hisda a dit : et tout cela (se rapporte) à la débauche.
Fin de la citation commencée en 62b. Les gens de Jérusalem parlaient par images de repas : le vin blanc ou noir, le divan large ou étroit, le bon ou le mauvais compagnon. Rav Hisda précise que ces termes désignaient des femmes, avec une intention de débauche. C'est l'arrogance (chahats) reprochée à Jérusalem avant sa destruction.
Rahava a dit au nom de Rabbi Yehouda : les bois (de chauffage) de Jérusalem étaient de cinnamome ; et lorsqu'on les allumait, leur parfum se répandait dans toute la terre d'Israël. Depuis que Jérusalem a été détruite, ils ont été cachés, et il n'en est resté que (la taille d')un grain d'orge, qui se trouve dans le trésor de la reine Tsimtsemai.
Aggada sur la splendeur perdue de Jérusalem : le cinnamome, parfum précieux, y servait de simple bois de chauffage. Après la destruction, il a été caché (nigneza) ; il n'en reste qu'une trace minime dans un trésor royal.
MICHNA. L'homme ne sortira (le Chabbat) ni avec une épée, ni avec un arc, ni avec un bouclier, ni avec une ala, ni avec une lance.
Et s'il est sorti (avec l'un d'eux), il est passible d'un (sacrifice) hatat.
Après les parures de la femme, la Michna traite des objets de l'homme. Porter un objet dans le domaine public le Chabbat est une melakha (hotsaa), sauf s'il s'agit d'un vêtement ou d'une parure (takhchit), qui se porte sur soi. Le premier Tana considère l'arme comme un fardeau : celui qui sort avec elle par inadvertance doit un hatat.
Rabbi Eliezer dit : ce sont pour lui des parures (takhchitin).
Pour Rabbi Eliezer, l'arme fait partie de la tenue du guerrier ; elle a donc le statut d'une parure, et l'homme qui sort avec elle ne transporte rien au sens de la melakha.
Et les Sages disent : ils ne sont qu'une honte (genai), ainsi qu'il est dit : "Ils forgeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes ; une nation ne lèvera plus l'épée contre une autre nation, et on n'apprendra plus la guerre" (Yechayahou 2, 4).
Les Hakhamim tirent leur preuve de la prophétie : une chose destinée à disparaître dans l'avenir ne peut pas être un ornement. L'arme reste donc un fardeau, et la Michna initiale (hayav hatat) suit leur avis.
La birit (jarretière) est pure, et l'on sort avec elle le Chabbat.
Deux règles sur des accessoires féminins de la jambe. La birit sert à tenir (la Guemara l'expliquera en 63b) ; elle n'a pas le statut d'un keli, donc elle est tehora. On peut sortir avec, car on ne craint pas que la femme l'enlève pour la montrer (chalfa oumahavya).
Les kevalim (chaînettes de cheville) sont impurs, et l'on ne sort pas avec eux le Chabbat.
Les kevalim sont des parures (ils reçoivent donc l'impureté, temeim) ; on les interdit le Chabbat par crainte qu'elle les enlève dans le domaine public pour les montrer.
GUEMARA. Qu'est-ce que ala ?
Une koulpa (massue).
"Rabbi Eliezer dit : ce sont pour lui des parures." On a enseigné (dans une baraita) : ils dirent à Rabbi Eliezer : puisque ce sont pour lui des parures, pourquoi seront-elles abolies aux jours du Machiah ? Il leur répondit : parce qu'on n'en aura plus besoin, ainsi qu'il est dit : "Une nation ne lèvera plus l'épée contre une autre nation." (On objecte :) qu'elles restent (du moins) comme simple ornement !
Abaye a dit : c'est comme une lampe en plein midi.
Les Sages retournent le verset contre Rabbi Eliezer. Sa réponse : l'arme sera abolie parce que devenue inutile, sans que cela remette en cause son statut de parure aujourd'hui. Abaye explique pourquoi elle ne restera pas comme ornement : un objet sans usage perd sa beauté, comme une lampe allumée à midi (charga betihara).
Et (cette baraita) est en désaccord avec Chmouel. Car Chmouel a dit : il n'y a de différence entre ce monde-ci et les jours du Machiah que l'asservissement aux royaumes (chiboud galouyot) seulement, ainsi qu'il est dit : "Car le pauvre ne cessera pas d'exister au sein du pays" (Devarim 15, 11).
Selon la première version, Rabbi Eliezer admet que les armes disparaîtront aux jours du Machiah. Cela contredit Chmouel, pour qui l'ère messianique ne change l'ordre du monde que sur un point : la fin de la domination des nations sur Israël. La preuve : la pauvreté ne cessera jamais, donc le monde reste le même. Tossefot précise que la formule de Chmouel n'est pas exhaustive, puisque Jérusalem et le Temple seront reconstruits.
Cela soutient Rabbi Hiya bar Abba. Car Rabbi Hiya bar Abba a dit : tous les prophètes n'ont prophétisé que pour les jours du Machiah ; mais pour le monde futur (olam haba) : "Aucun œil ne l'a vu, D.ieu, hormis Toi" (Yechayahou 64, 3).
Rabbi Hiya bar Abba applique les consolations des prophètes (paix universelle, abondance) aux jours du Machiah ; le olam haba dépasse toute prophétie. Pour lui, les armes seront donc effectivement abolies à l'ère messianique, comme dans la baraita.
Et certains disent : ils dirent à Rabbi Eliezer : puisque ce sont pour lui des parures, pourquoi seront-elles abolies aux jours du Machiah ? Il leur répondit : même aux jours du Machiah, elles ne seront pas abolies.
C'est (l'avis de) Chmouel, et c'est en désaccord avec Rabbi Hiya bar Abba.
Seconde version (ika deamrei) : Rabbi Eliezer rejette la prémisse et situe la prophétie de Yechayahou au-delà des jours du Machiah. La baraita s'accorde alors avec Chmouel et s'oppose à Rabbi Hiya bar Abba ; les deux versions inversent les alliances.
Abaye dit à Rav Dimi, et certains disent : à Rav Avya ; et certains disent : Rav Yossef à Rav Dimi ; et certains disent : à Rav Avya ; et certains disent : Abaye à Rav Yossef : quelle est la raison de Rabbi Eliezer, qui dit que ce sont pour lui des parures ? Parce qu'il est écrit : "Ceins ton épée sur ta hanche, héros, ta majesté et ta splendeur" (Tehilim 45, 4).
La source de Rabbi Eliezer : le verset appelle l'épée hodekha vahadarekha, "ta majesté et ta splendeur". Une chose qualifiée de splendeur est une parure.
Rav Kahana dit à Mar, fils de Rav Houna : ce (verset) est écrit au sujet des paroles de Torah ! Il lui répondit : un verset ne sort pas de son sens simple (ein mikra yotse midei pechouto).
Objection : le Psaume 45 est lu par les Sages comme une allégorie de l'érudit armé de sa Torah. Réponse fondamentale en méthode : ein mikra yotse midei pechouto. Le drach s'ajoute au sens simple sans l'effacer ; au sens simple, le verset parle d'une vraie épée.
Rav Kahana a dit : quand j'avais dix-huit ans, j'avais déjà appris tout le Talmud, et je ne savais pas, jusqu'à maintenant, qu'un verset ne sort pas de son sens simple. Que nous apprend-il ?
Qu'une personne doit d'abord apprendre, et ensuite comprendre (le raisonnement).
Rav Kahana connaissait tout le Talmud à dix-huit ans, et découvre seulement maintenant ce principe d'exégèse. La Guemara en tire une règle pédagogique : deligmar inich vehadar lisbar, accumuler d'abord le texte (guirsa), puis en approfondir les raisons (sevara).
Signe mnémotechnique : ZaRoT.
Un siman aide à mémoriser la suite des enseignements. Le Ben Yehoyada (segment suivant) rapporte plusieurs lectures de ce signe, dont l'une le décompose en Ela-ZaR + VeTorkha.
Rabbi Yirmeya a dit au nom de Rabbi Elazar : deux talmidei hakhamim (érudits) qui s'aiguisent l'un l'autre dans la halakha, le Saint, béni soit-Il, les fait réussir, ainsi qu'il est dit : "Et ta splendeur (vahadarkha), réussis (tselah)" (Tehilim 45, 5). Ne lis pas "vahadarkha" mais "vehidedkha" (et Il t'aiguise).
Et plus encore, ils s'élèvent à la grandeur, ainsi qu'il est dit : "réussis, chevauche (rekhav)". On pourrait penser (qu'il en est ainsi) même (s'ils étudient) sans intention pure (chelo lichma) : le verset dit : "pour la cause de la vérité".
On pourrait penser (qu'il en est ainsi) même s'il s'enorgueillit : le verset dit : "et de l'humilité, de la justice". Et s'ils agissent ainsi, ils méritent la Torah qui a été donnée de la droite, ainsi qu'il est dit : "Et ta droite t'enseignera des choses redoutables".
Premier des quatre enseignements sur l'étude à deux. Mehaddedin : ils s'aiguisent par questions et réponses. Rabbi Elazar lit le Psaume 45, 5 mot par mot : réussite, élévation, et deux conditions, lichma ("pour la vérité") et humilité. La récompense ultime est la Torah donnée de la droite, expliquée au segment suivant.
Rav Nahman bar Yitshak a dit : ils méritent les choses qui ont été dites à la droite de la Torah. Car Rava bar Rav Chila a dit, et certains disent : Rav Yossef bar Hama a dit au nom de Rav Chechet : que signifie ce qui est écrit : "Longueur de jours dans sa droite, dans sa gauche richesse et honneur" (Michle 3, 16) ?
Dans sa droite il y aurait donc longueur de jours, et il n'y aurait pas richesse et honneur ?! En réalité : pour ceux qui s'y prennent de la droite, il y a longueur de jours, et à plus forte raison richesse et honneur ; pour ceux qui s'y prennent de la gauche, il y a richesse et honneur, il n'y a pas longueur de jours.
La "droite de la Torah" renvoie à Michle 3, 16. Le verset semble répartir les biens : longueur de jours à droite, richesse et honneur à gauche. La Guemara le lit selon la manière d'étudier : mayminin (avec rigueur, lichma) reçoivent tout ; masmilin (sans effort ou chelo lichma) reçoivent richesse et honneur, sans longueur de jours.
Rabbi Yirmeya a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : deux talmidei hakhamim agréables l'un envers l'autre dans la halakha, le Saint, béni soit-Il, les écoute, ainsi qu'il est dit : "Alors ceux qui craignent Hachem se parlèrent (nidberou)..." (Malakhi 3, 16) ; et dibour (parole) ne désigne que le calme, ainsi qu'il est dit : "Il soumet (yadber) des peuples sous nous" (Tehilim 47, 4).
Deuxième enseignement : nohin, discuter avec douceur. Le verbe nidberou est rapproché de yadber (soumettre, apaiser) : leur parole est calme. Le verset poursuit : "Hachem écouta et entendit" ; d'où la récompense.
Que signifie : "et pour ceux qui pensent à Son Nom" ? Rabbi Ami a dit : même si (quelqu'un) a pensé accomplir une mitsva, en a été empêché par force majeure (neenas) et ne l'a pas accomplie, l'Écriture le lui compte comme s'il l'avait accomplie.
Suite de Malakhi 3, 16 : "un livre de souvenir fut écrit... pour ceux qui craignent Hachem et pensent à Son Nom". Rabbi Ami en déduit la valeur de l'intention : celui qui voulait accomplir une mitsva et en a été empêché (oness) est considéré comme l'ayant faite.
Rav Hinena bar Idi a dit : quiconque accomplit une mitsva selon sa prescription, on ne lui annonce pas de mauvaises nouvelles, ainsi qu'il est dit : "Celui qui garde le commandement ne connaîtra pas de chose mauvaise" (Kohelet 8, 5).
Kemaamara : selon la manière prescrite. La protection promise porte sur la mauvaise nouvelle elle-même : celui qui garde la mitsva n'aura pas à l'entendre.
Rav Assi a dit, et certains disent : Rabbi Hanina : même (si) le Saint, béni soit-Il, décrète un décret, lui (celui qui garde la mitsva) l'annule, ainsi qu'il est dit : "Car la parole du roi est souveraine, et qui lui dira : que fais-tu ?" (Kohelet 8, 4) ; et à côté : "Celui qui garde le commandement ne connaîtra pas de chose mauvaise" (Kohelet 8, 5).
Lecture de deux versets voisins : à la question "qui lui dira : que fais-tu ?", le verset suivant répond : chômer mitsva. Le juste peut obtenir l'annulation d'un décret divin, comme Moche après le veau d'or.
Rabbi Abba a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : deux talmidei hakhamim qui s'écoutent l'un l'autre dans la halakha, le Saint, béni soit-Il, entend leur voix, ainsi qu'il est dit : "Toi qui demeures dans les jardins, des compagnons sont attentifs à ta voix : fais-la-moi entendre" (Chir Hachirim 8, 13).
Troisième enseignement : makchivim, s'écouter pour apprendre l'un de l'autre. Les "jardins" sont les batei midrach.
Et s'ils n'agissent pas ainsi, ils causent le départ de la Chekhina d'Israël, ainsi qu'il est dit : "Fuis, mon bien-aimé, et sois semblable (à une gazelle)..." (Chir Hachirim 8, 14).
Le verset suivant du Cantique sert de contrepoint : sans écoute mutuelle, la Chekhina s'éloigne.
Rabbi Abba a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : deux talmidei hakhamim qui madgilin l'un envers l'autre dans la halakha, le Saint, béni soit-Il, les aime, ainsi qu'il est dit : "Et sa bannière (diglo) sur moi est amour" (Chir Hachirim 2, 4). Rava a dit : à condition qu'ils connaissent la forme (tsourata, le fondement) de l'enseignement, et à condition qu'ils n'aient pas de maître dans la ville dont ils puissent apprendre.
Quatrième enseignement. Selon Rachi, madgilim vient de degel (bannière) : ils se regroupent pour étudier ensemble. Rava pose deux conditions : une base reçue d'un maître (tsourata dechmaata), et l'absence d'un rav dans la ville.
Rabbi Abba a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : celui qui prête est plus grand que celui qui fait la tsedaka ; et celui qui place (de l'argent) dans la bourse (du pauvre, en association) est plus grand que tous.
Critère : la dignité du pauvre. Le prêt évite la honte du don. L'association à mi-profit (matil bakis) va plus loin : le pauvre travaille et gagne comme un partenaire.
Rabbi Abba a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : si un talmid 'hakham est vindicatif et rancunier comme un serpent, ceins-le sur tes reins ; si un am haarets (ignorant) est pieux (hassid), n'habite pas dans son voisinage.
Deux jugements en miroir. Le talmid 'hakham, même d'un caractère difficile, apporte sa Torah : il faut rester proche de lui. Le am haarets hassid a de la piété sans connaissance : à son contact, on apprend des pratiques erronées (Rachi).
Rav Kahana a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich, et certains disent : Rav Assi a dit au nom de Resh Lakich, et certains disent : Rabbi Abba a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : quiconque élève un mauvais chien dans sa maison empêche la bonté ('hessed) (d'entrer) dans sa maison, ainsi qu'il est dit : "À celui qui est affligé (lamas)...
Le mauvais chien effraie les pauvres : le propriétaire se prive des occasions de 'hessed. La preuve du verset (Iyov 6, 14) continue en 63b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).