Shabbat 64a — Beged et or : la tuma des objets en poil entre cherets et met

Shabbat 64a

Sougya : Le daf poursuit l'exposé sur la tuma des tissus et objets tressés. La Guemara explique pourquoi un sak (sac en poil de chèvre) est tamei même sans être tissé, puis cite une longue baraita qui rapproche le passage du cherets (Vayikra 11) de celui du mort (Bamidbar 31) par une gezera chava sur les mots beged et or : chacun apporte à l'autre ses règles (seulement filé et tissé ; tout ouvrage de chèvre ; queue de cheval et de vache).

La Guemara vérifie que ces mots sont mufnim (libres) des deux côtés grâce au hekech avec chikhvat zera. Elle revient ensuite aux parures de la guerre de Midian (agil, koumaz) et au dialogue entre Moche et les officiers : ils étaient sortis de la faute, mais pas de la pensée.

Gezera chava beged / or : ce que chaque passage apporte à l'autreCherets (Vayikra 11, 32)keli ets, beged, or, saktuma jusqu'au soir (tumat erev)sak = tavoui ve-arig (filé et tissé)Met (Bamidbar 31, 20)beged, keli or, maasse izim, keli etstuma de sept joursmaasse izim = tout ouvrage de chèvrebeged + ordans les deuxCherets -> Metau met aussi : seulement filé et tissécordes et meshihot excluesMet -> Cheretsau cherets aussi : tout maasse izimkilkeli et hevek inclusO sak devient libreil inclut au cherets ce qui vientde la queue du cheval ou de la vacheCherets -> Met (2e fois)queue de cheval / de vachetamei aussi par le metCondition : beged et or doivent être mufnim (libres) des deux côtés
La gezera chava beged-or : le cherets reçoit du met le maasse izim, le met reçoit du cherets la limite du filé et tissé, puis la queue de cheval et de vache.
Mufne des deux côtés : le raisonnementChikhvat zeraVayikra 15, 17 :kol beged ve-kol orCheretshekech : Vayikra 22, 4-5beged / or déjà connus-> ces mots sont libresMethekech : Vayikra 22, 4beged / or déjà connus-> ces mots sont libresGezera chava mufne des deux côtéson apprend sans objection (pas de pirka : kaadacha)
Beged et or sont superflus dans les deux passages, car déjà connus par le hekech avec chikhvat zera : la gezera chava est donc irréfutable.
Objets en poil : tamei ou tahor ?ObjetFabrication / sourceStatutSak (sac en poil de chèvre)filé et tissétameiKilkeli et hevek (harnais)poil de chèvre, ouvragetamei3 fils tressés (parure du pauvre)filé ; la tresse = tissagetameiQueue de cheval ou de vacheinclus par o saktameiCordes et meshihot (mesure)poil tressé non filétahor
Récapitulatif des objets en poil discutés dans la baraita.
1
״כלי״ ״כלי״ מהתם.

(Il apprend par gezera chava le mot) "keli" (objet) "keli" de là-bas.

📜 Rachi (1)
כלי כלי בשרצים כתיב כל כלי אשר יעשה מלאכה וגו' ומגופיה דקרא דשרצים לא מצי יליף דאשר יעשה מלאכה לאו כלי תכשיט משמע:
Keli keli : à propos des cheratsim il est écrit : "tout objet avec lequel on fait un travail", etc. (Vayikra 11, 32). Et du verset des cheratsim lui-même on ne pourrait pas l'apprendre, car "avec lequel on fait un travail" n'implique pas un objet de parure.
💡 Explication

Conclusion de la discussion de 63b : le verset de Midian ("kol keli maasse") traite de la tuma parce que le mot keli y est rapproché du mot keli du passage des cheratsim. On apprend ainsi qu'une parure (keli tachchit) reçoit la tuma, même minuscule.

2
מוסף שק על הבגד שטמא משום אריג. אטו בגד לאו אריג הוא?! הכי קאמר: מוסף שק על הבגד, אף על פי שאינו אריג — טמא. למאי חזי? אמר רבי יוחנן: שכן עני קולע שלש נימין ותולה בצואר בתו.

(La baraita dit :) on ajoute le sak au beged (vêtement), car il est tamei au titre de tissu (arig). Un beged n'est-il donc pas un tissu ?!

Voici ce qu'il veut dire : on ajoute le sak au beged ; bien qu'il ne soit pas tissé, il est tamei. À quoi sert-il ?

Rabbi Yo'hanan a dit : car un pauvre tresse trois fils et les suspend au cou de sa fille.

📜 Rachi (3)
שק הוא עשוי מנוצה של עזים שאף על פי שאינו אריג אלא קלע קטן עשה מנוצה של עזים לתלות בו בתי נפש לצואר בתו טמא שדרכו בכך ותכשיט הוא וה"ק שהוא טמא משום אריג ואע"פ שאינו אריג:
Sak : il est fait de poil de chèvre ; bien qu'il ne soit pas tissé, mais une petite tresse qu'on a faite de poil de chèvre pour y suspendre des flacons de parfum au cou de sa fille, il est tamei, car c'est l'usage et c'est une parure. Et voici ce qu'il veut dire : il est tamei au titre de tissu, bien qu'il ne soit pas tissé.
קולע ג' נימין כו' ג' חוטין של מטוה של נוצה של עזים צבועה:
Il tresse trois fils, etc. : trois fils filés de poil de chèvre teint.
ותולה בצואר בתו וקליעתה זו היא אריגתו מאחר שהוא טווי כדאמרן גבי תיכי חלילתא בריש פירקין דקרי להו אריג והא דקאמר אע"פ שאינו אריג כלומר לאו אריג ממש:
Et les suspend au cou de sa fille : et ce tressage est son tissage, puisqu'il est filé, comme nous l'avons dit à propos des tikhei halilta au début de notre chapitre, qu'on appelle tissu. Et ce qu'il dit "bien qu'il ne soit pas tissé" signifie : il n'est pas véritablement tissé.
💡 Explication

La baraita semble dire que le sak est tamei "au titre de arig" (tissu), ce qui n'apporterait rien au beged, déjà tissé. La Guemara corrige : le sak est tamei même sans tissage.

Exemple de Rabbi Yo'hanan : trois fils filés et tressés, portés en parure. Selon Rachi, pour un fil déjà filé, la tresse tient lieu de tissage.

3
תנו רבנן: ״שק״ — אין לי אלא שק, מניין לרבות את הקילקלי ואת החבק — תלמוד לומר: ״או שק״. יכול שאני מרבה את החבלים ואת המשיחות — תלמוד לומר: ״שק״. מה שק טווי ואריג — אף כל טווי ואריג.

Nos Maîtres ont enseigné : "sak" : je n'ai que le sak ; d'où inclure le kilkeli et le hevek ? Le verset dit : "ou sak".

Je pourrais penser inclure les cordes et les meshihot ; le verset dit : "sak" : de même que le sak est filé et tissé, de même tout ce qui est filé et tissé.

📜 Rachi (3)
אין לי אלא שק העשוי ללבוש רועים:
Je n'ai que le sak : celui qui est fait pour vêtir les bergers.
קילקלי מסרך של סוס שקורין פייטרא"ל:
Kilkeli : la courroie du cheval, qu'on appelle poitrail.
חבק צינגלא של סרגא ואוכף ועושין אותה מנוצה של עזים טווי ואריג:
Hévek : la sangle de la selle et du bat ; on la fait de poil de chèvre filé et tissé.
🗂️ Tossefot (1)
מניין לרבות את הקילקלי והחבק ואם תאמר והא לא מיטלטל מלא וריקן ואי משום דאפשר לקפלה אם אינו עשוי לכך לאו כלום הוא כדאמר לקמן גבי קב הקיטע דאע"ג דיש לו בית קיבול לראש שוקו אם אינו עשוי לקבל טהור וי"ל דהני נמי לשם כל צורכן הן עשוין מתחלה אך קשה דלעיל פ' במה מדליקין (שבת דף כז. ושם) מפיק דבר הבא מן העזים דמטמא בשרצים מאו בגד וקילקלי וחבק באין מן העזים ומפיק להן הכא מאו שק וע"ק דהתם מרבה לנוצה של עזים לג' על ג' ואילו שק שיעורו בד' ואומר ר"י דתרי גווני נוצה של עזים הוו והתם מיירי [בדקה] שעושים ממנה בגדים חשובים והלכך איתרבו לשלשה על שלשה כמו שאר בגדים והכא מיירי בנוצה גסה שממנה עושין קילקלי וחבק וחבלים ומשיחות ושק:
D'où inclure le kilkeli et le hévek : et si tu demandes : ils ne se déplacent pas pleins et vides (comme un sak) ; et si c'est parce qu'on peut les plier (pour en faire un réceptacle), s'ils ne sont pas faits pour cela, cela ne compte pas, comme il est dit plus loin à propos du kav du kite'a (jambe de bois de l'amputé) : bien qu'il ait un réceptacle pour le bout de sa jambe, s'il n'est pas fait pour recevoir, il est tahor. On peut répondre : ceux-ci aussi sont faits dès l'origine en vue de tous leurs usages. Mais il reste une difficulté : plus haut, au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 27a), on dérive de "ou beged" que ce qui vient des chèvres est tamei par les cheratsim ; or le kilkeli et le hévek viennent des chèvres, et ici on les dérive de "ou sak". Autre difficulté : là-bas on inclut le poil de chèvre à partir de trois sur trois (doigts), alors que la mesure du sak est de quatre. Le Ri dit : il y a deux sortes de poil de chèvre. Là-bas il s'agit du poil fin, dont on fait des vêtements de valeur ; c'est pourquoi il a été inclus à trois sur trois comme les autres vêtements. Ici il s'agit du poil grossier, dont on fait kilkeli, hévek, cordes, meshihot et sak.
💡 Explication

Première baraita sur Vayikra 11, 32. Le mot ou ("o sak") inclut des objets semblables au sac : le kilkeli (courroie de poitrail) et le hévek (sangle de selle). Le mot sak fixe la limite : seul ce qui est tavoui ve-arig (filé et tissé). Les cordes et les meshihot (cordelettes à mesurer) sont exclues.

Tossefot distingue deux qualités de poil de chèvre pour concilier ce passage avec Chabbat 27a.

4
הרי הוא אומר במת: ״וכל כלי עור וכל מעשה עזים וגו׳ תתחטאו״ — לרבות הקילקלי ואת החבק.

Il est dit à propos du mort : "Et tout vêtement, tout objet de peau, tout ouvrage de chèvre, etc., vous les purifierez" (Bamidbar 31, 20) : pour inclure le kilkeli et le hévek.

💡 Explication

Pour la tuma du met, l'expression kol maasse izim (tout ouvrage de chèvre) inclut directement le kilkeli et le hévek.

5
יכול שאני מרבה את החבלים ואת המשיחות? ודין הוא: טימא בשרץ, וטימא במת. מה כשטימא בשרץ — לא טימא אלא טווי ואריג, אף כשטימא במת — לא טימא אלא טווי ואריג.

Je pourrais penser inclure les cordes et les meshihot. Or c'est un raisonnement logique (din) : (la Torah) a rendu tamei par le cherets et a rendu tamei par le mort.

De même que, lorsqu'elle a rendu tamei par le cherets, elle n'a rendu tamei que ce qui est filé et tissé, de même, lorsqu'elle a rendu tamei par le mort, elle n'a rendu tamei que ce qui est filé et tissé.

📜 Rachi (3)
יכול שאני מרבה החבלים והמשיחות לציא"ל שעושין למדוד וקולעין מן הנוצה כמו שנתלשה ואינו טווי ולא דמי לקולע שלש נימין דלעיל דהתם טווי הוא וזו היא אריגתו:
Je pourrais penser inclure les cordes et les meshihot : (en vieux français) lacel, qu'on fait pour mesurer ; on les tresse avec le poil tel qu'il a été arraché, et ce n'est pas filé. Ce cas ne ressemble pas à celui des trois fils tressés mentionné plus haut, car là-bas c'est filé, et (la tresse) est son tissage.
יכול שאני מרבה כו' הואיל וכתיב כל:
Je pourrais penser inclure, etc. : puisqu'il est écrit "tout".
ודין הוא שלא נרבה ולא צריך קרא למעוטי:
Et c'est un raisonnement logique que nous n'incluions pas : et il n'est pas besoin d'un verset pour exclure.
💡 Explication

Le mot kol (tout) du verset du met pourrait inclure même les cordes. La baraita propose un din (raisonnement analogique) : ce qui vaut pour le cherets doit valoir pour le met ; au cherets, seul le filé et tissé est tamei, donc de même au met.

6
הן אם היקל בטומאת שרץ שהיא קלה, נקיל בטומאת המת שהיא חמורה?! — תלמוד לומר ״בגד״ ו״עור״ ״בגד״ ו״עור״ לגזירה שוה.

Mais quoi ! Si (la Torah) a été indulgente pour la tuma du cherets, qui est légère, serons-nous indulgents pour la tuma du mort, qui est grave ?!

Le verset dit : "beged" et "or", "beged" et "or", pour une gezera chava.

📜 Rachi (3)
הן תמיה הוא וכי דברים כוונים הם:
Hen : c'est une exclamation d'étonnement : ces choses sont-elles comparables ?
אם היקל בטומאת שרץ שהיא קלה כלומר אם היקל מלטמא חבלים ומשיחות היקל לך בשרץ שטומאתו קלה טומאת ערב:
Si elle a été indulgente pour la tuma du cherets, qui est légère : c'est-à-dire, si elle a été indulgente en ne rendant pas tamei les cordes et les meshihot, elle a été indulgente pour toi avec le cherets, dont la tuma est légère : tuma jusqu'au soir.
נקל גם אנחנו בבנין אב זה במת שטומאתו חמורה טומאת ז':
Serons-nous indulgents : nous aussi, par ce binyan av, avec le mort, dont la tuma est grave : tuma de sept jours.
💡 Explication

Réfutation du din : le cherets rend impur jusqu'au soir, le met pendant sept jours. Une indulgence accordée pour la tuma légère ne se transfère pas à la tuma grave.

La baraita recourt alors à une gezera chava : les mots beged et or figurent dans les deux passages.

🖼️ Schéma
Pourquoi le raisonnement logique (din) ne tient pasTuma du cheretsdurée : jusqu'au soir (plus légère)fréquente : toutes les tumot decontact durent jusqu'au soir (merouba)se transmet par une lentille (kaadacha)Tuma du metdurée : sept jours (plus grave)rare : seul le contact du mort(mouetet)se transmet par une olive (kazayit)Aucun des deux n'est plus sévère en tout : le din est réfuté,d'où la nécessité d'une gezera chava
Chérets et met ont chacun leur sévérité propre ; le raisonnement logique est réfuté dans les deux sens.
7
נאמר ״בגד״ ו״עור״ בשרץ ונאמר ״בגד״ ו״עור״ במת. מה בגד ועור האמור בשרץ — לא טימא אלא טווי ואריג, אף בגד ועור האמור במת — לא טימא אלא טווי ואריג.

Il est dit "beged" et "or" à propos du cherets, et il est dit "beged" et "or" à propos du mort. De même que beged et or dits à propos du cherets, (la Torah) n'a rendu tamei que ce qui est filé et tissé, de même beged et or dits à propos du mort, elle n'a rendu tamei que ce qui est filé et tissé.

💡 Explication

Premier sens de la gezera chava : du cherets vers le met. La limite du filé et tissé s'applique aussi au met ; les cordes et meshihot restent tehorot.

8
ומה בגד ועור האמור במת — טמא כל מעשה עזים, אף בגד ועור האמור בשרץ — טמא כל מעשה עזים.

Et de même que beged et or dits à propos du mort, elle a rendu tamei tout ouvrage de chèvre, de même beged et or dits à propos du cherets, elle a rendu tamei tout ouvrage de chèvre.

💡 Explication

Second sens : du met vers le cherets. Le maasse izim (kilkeli, hévek) devient tamei aussi par le cherets.

9
אין לי אלא דבר הבא מן העזים, מניין לרבות דבר הבא מזנב הסוס ומזנב הפרה? — תלמוד לומר: ״או שק״.

Je n'ai que ce qui vient des chèvres ; d'où inclure ce qui vient de la queue du cheval et de la queue de la vache ? Le verset dit : "ou sak".

💡 Explication

Le mot o (ou) de "o sak" inclut des objets faits de crin de cheval ou de poil de queue de vache.

10
והא אפיקתיה לקילקלי וחבק?

Mais tu l'as déjà employé pour le kilkeli et le hévek ?

💡 Explication

Objection : "o sak" a servi au segment 2 à inclure kilkeli et hévek. Un même mot ne peut pas servir deux fois.

11
הני מילי מקמי דתיתי גזירה שוה, השתא דאתיא גזירה שוה אייתר ליה.

Cela valait avant que vienne la gezera chava ; maintenant que la gezera chava est venue, il (le mot) reste disponible.

📜 Rachi (1)
השתא דאתיא גזירה שוה וכי היכי דיליף מת משרץ למעוטי חבלים ומשיחות יליף נמי שרץ ממת לכל מעשה עזים לרבות קילקלי וחבק:
Maintenant que la gezera chava est venue : de même qu'on apprend le mort du cherets pour exclure cordes et meshihot, on apprend aussi le cherets du mort pour (inclure) tout ouvrage de chèvre, à savoir le kilkeli et le hévek.
💡 Explication

Grâce à la gezera chava, le kilkeli et le hévek sont déjà inclus au cherets par maasse izim (segment 7). Le mot o sak devient mouttar (superflu) et peut enseigner une nouvelle règle : la queue de cheval et de vache.

12
ואין לי אלא בשרץ, בטומאת מת מניין?

Et je n'ai cela que pour le cherets ; pour la tuma du mort, d'où (l'apprend-on) ?

📜 Rachi (1)
אין לי אלא בשרץ דאו שק התם כתיב:
Je n'ai cela que pour le cherets : car "ou sak" est écrit là-bas.
13
ודין הוא: טימא במת וטימא בשרץ. מה כשטימא בשרץ — עשה דבר הבא מזנב הסוס ומזנב הפרה כמעשה עזים, אף כשטימא במת — עשה דבר הבא מזנב הסוס ומזנב הפרה כמעשה עזים.

Et c'est un raisonnement logique : (la Torah) a rendu tamei par le mort et a rendu tamei par le cherets. De même que, lorsqu'elle a rendu tamei par le cherets, elle a assimilé ce qui vient de la queue du cheval et de la queue de la vache à l'ouvrage de chèvre, de même, lorsqu'elle a rendu tamei par le mort, elle a assimilé ce qui vient de la queue du cheval et de la queue de la vache à l'ouvrage de chèvre.

14
הן אם ריבה בטומאת ערב שהיא מרובה, נרבה בטומאת שבעה שהיא מועטת?!

Mais quoi ! Si elle a ajouté pour la tuma du soir, qui est fréquente, ajouterons-nous pour la tuma de sept jours, qui est rare ?!

📜 Rachi (3)
אם ריבה לטמא דבר הבא מזנב הסוס בטומאת ערב הוא דריבה:
Si elle a ajouté : c'est pour rendre tamei ce qui vient de la queue du cheval d'une tuma du soir qu'elle a ajouté.
שהיא מרובה שכל המגעות טומאת ערב הן בין דשרץ ונבילה ושכבת זרע מגע הזב ומגע טמא מת:
Qui est fréquente : car tous les contacts donnent une tuma du soir, qu'il s'agisse du cherets, de la nevela, de la chikhvat zera, du contact d'un zav ou du contact d'un tamei met.
נרבה אנו בטומאת ז' שכן מועטת היא שאינה בכל המגעות אלא במגע המת בלבד:
Ajouterons-nous pour la tuma de sept jours, puisqu'elle est rare : car elle n'existe pas pour tous les contacts, mais seulement pour le contact du mort.
💡 Explication

Ici l'objection s'inverse : la tumat erev (jusqu'au soir) est merouba, elle touche beaucoup de cas ; la tuma de sept jours est mouetet, limitée au mort. Un élargissement pour la première ne prouve rien pour la seconde.

15
תלמוד לומר: ״בגד״ ו״עור״ ״בגד״ ו״עור״ לגזירה שוה. נאמר ״בגד״ ו״עור״ בשרץ, ונאמר ״בגד״ ו״עור״ במת. מה ״בגד״ ו״עור״ האמור בשרץ — עשה דבר הבא מזנב הסוס ומזנב הפרה כמעשה עזים, אף ״בגד״ ו״עור״ האמור במת — עשה דבר הבא מזנב הסוס ומזנב הפרה כמעשה עזים.

Le verset dit : "beged" et "or", "beged" et "or", pour une gezera chava. Il est dit "beged" et "or" à propos du cherets, et il est dit "beged" et "or" à propos du mort.

De même que pour beged et or dits à propos du cherets, elle a assimilé ce qui vient de la queue du cheval et de la queue de la vache à l'ouvrage de chèvre, de même pour beged et or dits à propos du mort, elle a assimilé ce qui vient de la queue du cheval et de la queue de la vache à l'ouvrage de chèvre.

💡 Explication

La même gezera chava transfère au met l'inclusion de la queue de cheval et de vache.

16
ומופנה. דאי לאו מופנה, איכא למיפרך: מה לשרץ שכן מטמא בכעדשה?!

Et (les mots) sont mufnim (libres). Car s'ils n'étaient pas libres, on pourrait objecter : le cherets a ceci de particulier qu'il rend tamei par (une quantité) comme une lentille !

📜 Rachi (3)
מופנה צריך שתהא גזירה שוה זו מב' תיבות דבגד ועור מופנין למדרש זה שלא יהו צריכין לגופן ומאחר שמופנין ללמוד גזירה שוה ה"ל כמאן דכתיב דרשא בקרא בהדיא ואין משיבין עליה:
Mufné : il faut que cette gezera chava provienne de deux mots, beged et or, libres pour cette dérivation, c'est-à-dire qu'ils ne soient pas nécessaires pour eux-mêmes. Et puisqu'ils sont libres pour enseigner la gezera chava, c'est comme si la dérivation était écrite explicitement dans le verset, et on n'y oppose pas d'objection.
דאי לאו מופנה אמרינן לגופן באו ולא ילפינן להא מילתא מינייהו:
Car s'ils n'étaient pas libres : nous dirions qu'ils viennent pour eux-mêmes, et nous n'en apprendrions pas cette règle.
דאיכא למיפרך כו' וה"ה דמצי למימר הכי אגזירה שוה קמייתא ומיהו אסקי לכולה ברייתא ברישא ופריך אהא דסליק מינה ובשינויא דמשנינן בהא מתרצה נמי קמייתא:
Car on pourrait objecter, etc. : et on pourrait de même le dire sur la première gezera chava ; mais il a d'abord cité toute la baraita, puis il objecte sur ce qui la conclut, et par la réponse donnée ici se résout aussi la première.
💡 Explication

Principe : une gezera chava dont les mots ne sont pas mufnim (superflus dans leur contexte) peut être réfutée par une différence entre les deux sujets. Ici on objecterait : le cherets rend impur avec une quantité de la taille d'une lentille (kaadacha), le mort seulement avec une olive (kazayit).

17
לאיי אפנויי מופני. מכדי שרץ איתקש לשכבת זרע, דכתיב: ״איש אשר תצא ממנו שכבת זרע״, וסמיך ליה: ״איש אשר יגע בכל שרץ״, וכתיב ביה בשכבת זרע: ״וכל בגד וכל עור אשר יהיה עליו שכבת זרע״ — ״בגד״ ו״עור״ דכתב רחמנא בשרץ למה לי? שמע מינה לאפנויי.

Oui, ils sont libres. Voyons : le cherets est rapproché (par hekech) de la chikhvat zera, car il est écrit : "ou un homme dont sort une émission de semence" (Vayikra 22, 4), et juste après : "ou un homme qui touche un reptile quelconque" (Vayikra 22, 5).

Et il est écrit à propos de la chikhvat zera : "et tout vêtement et toute peau sur lesquels il y aura de la semence" (Vayikra 15, 17). Béged et or, que le Miséricordieux a écrits à propos du cherets, à quoi me servent-ils ?

Déduis-en : pour les rendre libres.

📜 Rachi (2)
לאי באמת:
Lai : en vérité.
וכתיב ביה בשכבת זרע דבגד ועור טמאים הם בו:
Et il est écrit à propos de la chikhvat zera : que beged et or deviennent tamei par elle.
🗂️ Tossefot (1)
שמע מינה לאפנויי הקשה ה"ר אליעזר ממיץ כיון דאיתקש שרץ ומת לשכבת זרע א"כ ג"ש דבגד ועור ל"ל דכל מה שיהיה במת ניתן בשכבת זרע וכל מה שיהיה בשכבת זרע ניתן בשרץ וכן להפך דהא קי"ל דבר הבא מן ההיקש חוזר ומלמד בהיקש חוץ מן הקדשים:
Déduis-en : pour les rendre libres. Rabbi Eliezer de Metz a objecté : puisque le cherets et le mort sont rapprochés de la chikhvat zera, à quoi bon la gezera chava de beged et or ? Car tout ce qui est dit du mort s'applique à la chikhvat zera, et tout ce qui est dit de la chikhvat zera s'applique au cherets, et inversement ; nous tenons en effet qu'une règle apprise par hekech enseigne à son tour par hekech, sauf pour les kodachim.
💡 Explication

La Guemara montre que beged et or sont superflus dans le passage du cherets : par le hekech (juxtaposition de versets) avec la chikhvat zera, on saurait déjà que vêtement et peau reçoivent la tuma. Ils ont donc été écrits pour la gezera chava.

18
ואכתי מופנה מצד אחד הוא. הניחא למאן דאמר מופנה מצד אחד למידין ואין משיבין. אלא למאן דאמר למידין ומשיבין, מאי איכא למימר?

Mais il n'est encore libre que d'un seul côté. Cela va bien pour celui qui dit : (une gezera chava) libre d'un seul côté, on en apprend et on n'y oppose pas d'objection.

Mais pour celui qui dit : on en apprend et on y oppose des objections, que peut-on dire ?

📜 Rachi (5)
מצד אחד הכתובין בשרץ מופנים כדאמרן אבל הכתובין במת אין מופנין:
D'un seul côté : ceux écrits à propos du cherets sont libres, comme nous l'avons dit, mais ceux écrits à propos du mort ne sont pas libres.
הניחא למ"ד כו' פלוגתא דרבי ישמעאל ורבנן היא במסכת נדה בהמפלת (נדה דף כב:):
Cela va bien pour celui qui dit, etc. : c'est une controverse entre Rabbi Yichmael et les Rabbanan, dans le traité Nidda, au chapitre Hamapélét (Nidda 22b).
אלא למאן דאמר למידין אם אין תשובה:
Mais pour celui qui dit : on en apprend : s'il n'y a pas d'objection.
ומשיבין אם יש להשיב:
Et on y oppose des objections : s'il y a une objection.
מאי איכא למימר הרי יש להשיב שכן מטמא בכעדשה:
Que peut-on dire : il y a bien une objection, puisqu'il rend tamei par (une quantité) comme une lentille.
💡 Explication

Une gezera chava mufné mi-tsad ehad (libre d'un seul côté) est l'objet d'une mahloket (Nidda 22b) : selon une opinion on apprend sans accepter d'objection ; selon l'autre, on apprend seulement en l'absence d'objection. Ici l'objection de la lentille existe.

19
דמת נמי אפנויי מופנה: מכדי מת אתקש לשכבת זרע, דכתיב: ״והנגע בכל טמא נפש או איש אשר תצא ממנו שכבת זרע״, וכתיב בשכבת זרע: ״וכל בגד וכל עור״ — ״בגד״ ו״עור״ דכתב רחמנא במת למה לי? — שמע מינה לאפנויי.

(Les mots du) mort sont aussi libres. Voyons : le mort est rapproché de la chikhvat zera, car il est écrit : "celui qui touche tout ce qui est impur par un mort, ou un homme dont sort une émission de semence" (Vayikra 22, 4) ; et il est écrit à propos de la chikhvat zera : "et tout vêtement et toute peau".

Béged et or, que le Miséricordieux a écrits à propos du mort, à quoi me servent-ils ? Déduis-en : pour les rendre libres.

📜 Rachi (1)
והנוגע בכל טמא נפש או איש אשר תצא ממנו שכבת זרע:
(Le verset :) "celui qui touche tout ce qui est impur par un mort, ou un homme dont sort une émission de semence".
💡 Explication

Le même raisonnement vaut pour le met : le verset de Vayikra 22, 4 le juxtapose lui aussi à la chikhvat zera. La gezera chava est donc mufné des deux côtés, et tous admettent qu'on n'y oppose pas d'objection.

20
״ונקרב את קרבן ה׳ איש אשר מצא כלי זהב אצעדה וצמיד טבעת עגיל וכומז״. אמר רבי אלעזר: ״עגיל״ — זה דפוס של דדין. ״כומז״ — זה דפוס של בית הרחם.

"Nous avons apporté l'offrande de Hachem, chacun ce qu'il a trouvé en objets d'or : chaînette, bracelet, bague, agil et koumaz" (Bamidbar 31, 50). Rabbi Elazar a dit : agil, c'est un moule pour les seins ; koumaz, c'est un moule pour l'utérus.

📜 Rachi (1)
דפוס של דדין שמונחות בו:
Moule pour les seins : dans lequel ils reposent.
💡 Explication

La Guemara revient aux versets de la guerre de Midian, source de la tuma des parures. Rabbi Elazar identifie deux bijoux intimes : l'agil, pour la poitrine, et le koumaz, pour le bas-ventre.

21
אמר רב יוסף: אי הכי, היינו דמתרגמינן ״מחוך״ — דבר המביא לידי גיחוך. אמר ליה רבה: מגופיה דקרא שמע מינה, ״כומז״ — כאן מקום זימה.

Rav Yosef a dit : s'il en est ainsi, c'est pourquoi nous traduisons (en araméen) "mahokh" : une chose qui mène à la dérision. Rabba lui a dit : on le déduit du verset lui-même : "koumaz" : kan mekom zima (ici est le lieu de la débauche).

📜 Rachi (1)
גיחוך ליצנות:
Guihoukh : dérision.
🪔 Ben Yehoyada (1)
דבר המביא לידי גחוך. פירוש 'ליצנות' והכונה כי הרואה תכשיט זה ביד אדם אחר עושה בו ליצנות, כיון שהוא תכשיט של 'אותו מקום' ורבא שפירש 'כומז' כאן מקום זמה הכונה הרואהו מהרהר בזנות שיצייר מקומו נגד עיניו.
Une chose qui mène à la dérision : c'est-à-dire la moquerie. Le sens est que celui qui voit ce bijou dans la main d'un autre s'en moque, puisque c'est un bijou de "cet endroit". Et Rabba, qui explique koumaz comme "ici est le lieu de la débauche", veut dire que celui qui le voit à des pensées de débauche, car il se représente cet endroit devant les yeux.
💡 Explication

Deux lectures du mot koumaz : Rav Yosef s'appuie sur le Targoum (mahokh, ce qui provoque la moquerie) ; Rabba lit le mot comme un acronyme : kan mekom zima.

22
״ויקצף משה על פקודי החיל״. אמר רב נחמן אמר רבה בר אבוה: אמר להן משה לישראל, שמא חזרתם לקלקולכם הראשון? אמרו לו: ״לא נפקד ממנו איש״. אמר להן: אם כן כפרה למה? אמרו לו: אם מידי עבירה יצאנו, מידי הרהור לא יצאנו! מיד ״ונקרב את קרבן ה׳״.

"Moche s'irrita contre les officiers de l'armée" (Bamidbar 31, 14). Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouha : Moche dit à Israël : peut-être êtes-vous revenus à votre première faute ?

Ils lui dirent : "il ne manque pas un homme d'entre nous" (Bamidbar 31, 49). Il leur dit : s'il en est ainsi, pourquoi une expiation ?

Ils lui dirent : si nous sommes sortis de la faute, nous ne sommes pas sortis de la pensée ! Aussitôt : "nous avons apporté l'offrande de Hachem".

📜 Rachi (2)
לקלקולכם של מעשה שטים לזנות את בנות מואב שמא כך עשיתם במדין לכך אתם צריכין קרבן:
À votre faute : celle de l'épisode de Chittim, la débauche avec les filles de Moav ; peut-être avez-vous agi ainsi à Midian, et c'est pourquoi vous avez besoin d'une offrande.
לא נפקד לא נחסר מדת יהודית:
Il ne manque pas : il n'a pas manqué à la conduite juive (de pudeur).
🗂️ Tossefot (1)
מידי הרהור מי יצאנו וא"ת והא אפילו יפת תואר הותרה להם וי"ל דמכל מקום שייך בה איסור כדאמרינן (קדושין דף כב.) וחשקת בה ולא בחברתה:
Sommes-nous sortis de la pensée ? Et si tu demandes : même la yefat toar (captive de guerre) leur était permise ! On peut répondre : il s'y rattache malgré tout un interdit, comme nous le disons (Kiddouchin 22a) : "et tu la désireras" (Devarim 21, 11) : elle, et non sa compagne.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שמא חזרתם לקלקולכם הראשון. פירוש רש"י 'מעשה שיטים' וקשא והלא אותם שזנו בשיטים כולם מתו, ואלו היו צדיקים גדולים והובררו על פי ה'? ועוד אמאי נקיט זה על 'ויקצף משה' והלא הקרבן הביאו אחר שהרגו כל הנקבות ופסוק 'ויקצף' הוא קודם? ונראה לי בס"ד 'קלקולכם' קאי על מה שהחיו הנקבות ועברו על דבריו שצום כששלחם להרוג הכל, ולכן עתה אחר שהרגו הנקבות שהביאום ובאו להביא קרבן, אמר להם שמא חזרתם לקלקולכם ? שגם בפעם הזאת שצויתי אתכם שתהרגו כל אשה ידעת משכב גם כן עברתם והשארתם מהם נשים שלא הרגתם אותם, ולכן הביא על פסוק 'ויקצף משה' ללמדנו בקלקולכם קאי על דבר זה שקצף עליו משה.
Peut-être êtes-vous revenus à votre première faute : Rachi explique : l'épisode de Chittim. Mais c'est difficile : ceux qui ont péché à Chittim sont tous morts, et ceux-ci étaient de grands tsaddikim, choisis sur l'ordre de Hachem ! De plus, pourquoi (la Guemara) rattache-t-elle cela à "Moche s'irrita", alors que l'offrande fut apportée après qu'ils eurent tué toutes les femmes, et que le verset "Moche s'irrita" vient avant ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que "votre faute" se rapporte au fait qu'ils avaient laissé en vie les femmes et transgressé l'ordre qu'il leur avait donné en les envoyant tout tuer. C'est pourquoi, maintenant qu'ils avaient tué les femmes qu'ils avaient ramenées et qu'ils venaient apporter une offrande, il leur dit : peut-être êtes-vous revenus à votre faute, c'est-à-dire : cette fois aussi, où je vous ai ordonné de tuer toute femme ayant connu un homme, avez-vous encore transgressé en laissant certaines d'entre elles sans les tuer ? C'est pourquoi (la Guemara) cite le verset "Moche s'irrita", pour nous apprendre que "votre faute" se rapporte à ce qui avait provoqué la colère de Moche.
אם מידי עברה יצאנו, מידי הרהור לא יצאנו. יש להקשות על עבירה עצמה שהיא מעשה בפועל מה שייך בה ספק כדי שאומרים 'אם' שהוא לשון ספק דכל אחד יודע בעצמו אם עשה מעשה עבירה, ולא אפשר לומר שעשה ושכח, והוה ליה למימר בפשיטות מידי עברה יצאנו אבל מידי הרהור לא יצאנו? ונראה לי בס"ד שיש שני מיני הרהור אחד בהסתכלות שזנו עיניהם מן הערוה, וזה איסור גדול במעשה כמו שכתבו הרי"ף ופתח עינים ז"ל, אך זה נקרא 'ידי עברה' שממנו נמשך האדם לעשות עבירה ממש שמתגרה בו היצר הרע, ובזה הם מסתפקים כיון דלא הוה מעשה ממש אלא רק ראיה בהסתכלות, דאפשר שהסתכלו וזנו עיניהם ולאו אדעתייהו. והשני הרהור שהוא מן ראיה בלתי הסתכלות, אלא דרך העברה בעלמא שלא זנו עיניהם כל כך, וזה בודאי היה להם, כי אי אפשר לומר שלא ראו אותם אפילו ראיה מועטת בעלמא, וזה נקרא 'ידי הרהור' שזה הראיה המועטת אפשר שימשך ממנה האדם להרהור גמור שהוא ראיה בהסתכלות שזנו עיניו מן הערוה, ועל זה אמרו מידי הרהור לא יצאנו בודאי.
Si nous sommes sortis de la faute, nous ne sommes pas sortis de la pensée : on peut demander : la faute elle-même est un acte ; quel doute peut-il y avoir, pour qu'ils disent "si", qui exprime le doute ? Chacun sait de lui-même s'il a commis une faute, et on ne peut pas dire qu'il l'a faite et oubliée ; ils auraient donc dû dire simplement : nous sommes sortis de la faute, mais pas de la pensée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a deux sortes de pensée (hirhour). La première vient du regard attentif, lorsque les yeux prennent plaisir à la erva ; c'est un grave interdit en acte, comme l'ont écrit le Rif et le Petah Enayim. Celle-là s'appelle "les mains de la faute" (yedei avéra), car de là l'homme est entraîné à commettre la faute elle-même, le yetser hara l'excitant. Sur ce point ils étaient dans le doute, puisqu'il ne s'agit pas d'un acte proprement dit mais seulement d'un regard ; il se peut qu'ils aient regardé et pris plaisir sans y prêter attention. La seconde est la pensée qui vient d'un regard sans attention, en passant, sans que les yeux y prennent tant de plaisir. Celle-là, ils l'avaient certainement eue, car il est impossible de dire qu'ils ne les avaient pas vues, même d'un bref regard. Elle s'appelle "les mains de la pensée" (yedei hirhour), car de ce bref regard l'homme peut être entraîné à une pensée complète, qui est le regard attentif où les yeux prennent plaisir à la erva. C'est pourquoi ils ont dit : des mains de la pensée, nous ne sommes certainement pas sortis.
💡 Explication

Colère de Moche contre les officiers. Rabba bar Avouha l'explique : Moche soupçonne une rechute dans la faute de Baal Peor (Chittim). Les officiers répondent que personne n'a péché en acte, mais qu'ils ont besoin d'une kappara (expiation) pour le hirhour (pensée interdite).

Tossefot : même si la yefat toar était permise, le désir pour une femme autre que celle qu'on prend reste interdit.

23
תנא דבי רבי ישמעאל: מפני מה הוצרכו ישראל שבאותו הדור כפרה — מפני

Il a été enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : pour quelle raison les Israélites de cette génération eurent-ils besoin d'une expiation ? Parce que...

🪔 Ben Yehoyada (1)
מפני מה הצרכו ישראל שבאותו הדור כפרה. יש להקשות למה הוצרך לומר 'שבאותו הדור'? ונראה לי בס"ד דאמרו רבותינו ז"ל קודם שעברו הירדן לא היו נענשים הצדיקים על עונות אחרים מדין ערבות, וכמו שכתב רש"י בפסוק (דברים כט, כח) הנסתרת לה' א-להינו וכו', עיין שם. ואיתא בספרי בפסוק וימסרו (במדבר לא, ה) מגיד הכתוב שהיו בני אדם כשרים וצדיקים שהיו שקולים כפנחס, גם אמרו בגמרא שלא היה בהם אפילו מי שהקדים תפילין של ראש לתפילין של יד, ולכן שואל מפני מה הצרכו ישראל שבאותו הדור כפרה? 'אותו הדור' דייקא, שלא נתחייבו עדיין בעונות אחרים והם היו צדיקים גמורים, אבל אם היו בדור אחר לא הוה קשיא ליה, דיש לומר הוצרכו בשביל שנתחייבו בשל אחרים מכח ערבות. והשיב בשביל שזנו עיניהם , שהזנת העין היו אנוסים בה מחמת ראיה, ובשביל עצמם הביאו שנסתפקו אולי זנו עיניהם. והא דנקיט לשון הזנה עיין מה שכתב רש"י ז"ל [לשון מזון שנהנו במראית העין] , ומה שכתב עליו מהרש"א ז"ל [ופרש"י זנו מלשון מזון ואין צורך דיש לפרש מלשון זנות ממש דהיינו מהרהור עבירה של זנות.] עיין שם. ונראה לי יבא לשון זה נכון על פי מה שכתבו המקובלים ז"ל המסתכל בנשים נקרא גם כן מזנה , ולכך ברא הקב"ה עוף ששמו בת היענה אשר בת זוגו מתעברת בראיה בלבד, ולכן 'היענה' אותיות 'העינה' שפועלת בראיה, בלבד עד כאן דבריו. ולכן אמרו כאן שזנו עיניהם מן הערוה.
Pour quelle raison les Israélites de cette génération eurent-ils besoin d'une expiation ? On peut demander : pourquoi a-t-il fallu dire "de cette génération" ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, (l'expliquer) d'après ce qu'ont dit nos Maîtres : avant la traversée du Jourdain, les tsaddikim n'étaient pas punis pour les fautes des autres au titre de la arevout (responsabilité mutuelle), comme l'a écrit Rachi sur le verset (Devarim 29, 28) "les choses cachées sont à Hachem notre D.ieu", etc., voir là-bas. Et on trouve dans le Sifri, sur le verset "ils furent livrés" (Bamidbar 31, 5) : le verset rapporte que c'étaient des hommes cacheres et justes, comparables à Pinhas. On dit aussi dans la Guemara qu'il n'y avait parmi eux personne qui eût mis les tefillin de la tête avant ceux du bras. C'est pourquoi il demande : pour quelle raison les Israélites de cette génération eurent-ils besoin d'une expiation ? "Cette génération" précisément, qui n'était pas encore responsable des fautes des autres, et ils étaient des tsaddikim parfaits. S'ils avaient été d'une autre génération, la question ne se poserait pas, car on pourrait dire qu'ils en avaient besoin pour ce qu'ils devaient au titre de la arevout. Et il répond : parce qu'ils se sont nourri les yeux ; dans ce plaisir des yeux ils étaient contraints (anoussim) par le fait de voir, et ils ont apporté (l'offrande) pour eux-mêmes, parce qu'ils doutaient de s'être nourri les yeux. Quant à l'expression "zanou", voir ce qu'a écrit Rachi [terme de "mazon" (nourriture) : ils ont joui de la vue], et ce qu'a écrit sur lui le Maharcha [Rachi explique zanou au sens de mazon, mais ce n'est pas nécessaire, car on peut l'expliquer au sens propre de zenout (débauche), c'est-à-dire la pensée de la faute de débauche], voir là-bas. Il me semble que cette expression s'explique bien d'après ce qu'ont écrit les mekoubalim : celui qui regarde les femmes est lui aussi appelé "mezane". C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, a créé un oiseau appelé bat haya'ana, dont la femelle conçoit par le seul regard ; c'est pourquoi "haya'ana" a les mêmes lettres que "ha-eina" (l'œil), car elle agit par le seul regard. Fin de leurs paroles. C'est pourquoi on a dit ici : qu'ils se sont nourri les yeux de la erva.
💡 Explication

Début de l'enseignement de l'école de Rabbi Yichmael, qui se poursuit en 64b : les soldats avaient besoin d'expiation parce qu'ils avaient zanou éinéhem min ha-erva (nourri leurs yeux de la nudité).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).