Sougya : Le daf poursuit l'exposé sur la tuma des tissus et objets tressés. La Guemara explique pourquoi un sak (sac en poil de chèvre) est tamei même sans être tissé, puis cite une longue baraita qui rapproche le passage du cherets (Vayikra 11) de celui du mort (Bamidbar 31) par une gezera chava sur les mots beged et or : chacun apporte à l'autre ses règles (seulement filé et tissé ; tout ouvrage de chèvre ; queue de cheval et de vache).
La Guemara vérifie que ces mots sont mufnim (libres) des deux côtés grâce au hekech avec chikhvat zera. Elle revient ensuite aux parures de la guerre de Midian (agil, koumaz) et au dialogue entre Moche et les officiers : ils étaient sortis de la faute, mais pas de la pensée.
(Il apprend par gezera chava le mot) "keli" (objet) "keli" de là-bas.
Conclusion de la discussion de 63b : le verset de Midian ("kol keli maasse") traite de la tuma parce que le mot keli y est rapproché du mot keli du passage des cheratsim. On apprend ainsi qu'une parure (keli tachchit) reçoit la tuma, même minuscule.
(La baraita dit :) on ajoute le sak au beged (vêtement), car il est tamei au titre de tissu (arig). Un beged n'est-il donc pas un tissu ?!
Voici ce qu'il veut dire : on ajoute le sak au beged ; bien qu'il ne soit pas tissé, il est tamei. À quoi sert-il ?
Rabbi Yo'hanan a dit : car un pauvre tresse trois fils et les suspend au cou de sa fille.
La baraita semble dire que le sak est tamei "au titre de arig" (tissu), ce qui n'apporterait rien au beged, déjà tissé. La Guemara corrige : le sak est tamei même sans tissage.
Exemple de Rabbi Yo'hanan : trois fils filés et tressés, portés en parure. Selon Rachi, pour un fil déjà filé, la tresse tient lieu de tissage.
Nos Maîtres ont enseigné : "sak" : je n'ai que le sak ; d'où inclure le kilkeli et le hevek ? Le verset dit : "ou sak".
Je pourrais penser inclure les cordes et les meshihot ; le verset dit : "sak" : de même que le sak est filé et tissé, de même tout ce qui est filé et tissé.
Première baraita sur Vayikra 11, 32. Le mot ou ("o sak") inclut des objets semblables au sac : le kilkeli (courroie de poitrail) et le hévek (sangle de selle). Le mot sak fixe la limite : seul ce qui est tavoui ve-arig (filé et tissé). Les cordes et les meshihot (cordelettes à mesurer) sont exclues.
Tossefot distingue deux qualités de poil de chèvre pour concilier ce passage avec Chabbat 27a.
Il est dit à propos du mort : "Et tout vêtement, tout objet de peau, tout ouvrage de chèvre, etc., vous les purifierez" (Bamidbar 31, 20) : pour inclure le kilkeli et le hévek.
Pour la tuma du met, l'expression kol maasse izim (tout ouvrage de chèvre) inclut directement le kilkeli et le hévek.
Je pourrais penser inclure les cordes et les meshihot. Or c'est un raisonnement logique (din) : (la Torah) a rendu tamei par le cherets et a rendu tamei par le mort.
De même que, lorsqu'elle a rendu tamei par le cherets, elle n'a rendu tamei que ce qui est filé et tissé, de même, lorsqu'elle a rendu tamei par le mort, elle n'a rendu tamei que ce qui est filé et tissé.
Le mot kol (tout) du verset du met pourrait inclure même les cordes. La baraita propose un din (raisonnement analogique) : ce qui vaut pour le cherets doit valoir pour le met ; au cherets, seul le filé et tissé est tamei, donc de même au met.
Mais quoi ! Si (la Torah) a été indulgente pour la tuma du cherets, qui est légère, serons-nous indulgents pour la tuma du mort, qui est grave ?!
Le verset dit : "beged" et "or", "beged" et "or", pour une gezera chava.
Réfutation du din : le cherets rend impur jusqu'au soir, le met pendant sept jours. Une indulgence accordée pour la tuma légère ne se transfère pas à la tuma grave.
La baraita recourt alors à une gezera chava : les mots beged et or figurent dans les deux passages.
Il est dit "beged" et "or" à propos du cherets, et il est dit "beged" et "or" à propos du mort. De même que beged et or dits à propos du cherets, (la Torah) n'a rendu tamei que ce qui est filé et tissé, de même beged et or dits à propos du mort, elle n'a rendu tamei que ce qui est filé et tissé.
Premier sens de la gezera chava : du cherets vers le met. La limite du filé et tissé s'applique aussi au met ; les cordes et meshihot restent tehorot.
Et de même que beged et or dits à propos du mort, elle a rendu tamei tout ouvrage de chèvre, de même beged et or dits à propos du cherets, elle a rendu tamei tout ouvrage de chèvre.
Second sens : du met vers le cherets. Le maasse izim (kilkeli, hévek) devient tamei aussi par le cherets.
Je n'ai que ce qui vient des chèvres ; d'où inclure ce qui vient de la queue du cheval et de la queue de la vache ? Le verset dit : "ou sak".
Le mot o (ou) de "o sak" inclut des objets faits de crin de cheval ou de poil de queue de vache.
Mais tu l'as déjà employé pour le kilkeli et le hévek ?
Objection : "o sak" a servi au segment 2 à inclure kilkeli et hévek. Un même mot ne peut pas servir deux fois.
Cela valait avant que vienne la gezera chava ; maintenant que la gezera chava est venue, il (le mot) reste disponible.
Grâce à la gezera chava, le kilkeli et le hévek sont déjà inclus au cherets par maasse izim (segment 7). Le mot o sak devient mouttar (superflu) et peut enseigner une nouvelle règle : la queue de cheval et de vache.
Et je n'ai cela que pour le cherets ; pour la tuma du mort, d'où (l'apprend-on) ?
Et c'est un raisonnement logique : (la Torah) a rendu tamei par le mort et a rendu tamei par le cherets. De même que, lorsqu'elle a rendu tamei par le cherets, elle a assimilé ce qui vient de la queue du cheval et de la queue de la vache à l'ouvrage de chèvre, de même, lorsqu'elle a rendu tamei par le mort, elle a assimilé ce qui vient de la queue du cheval et de la queue de la vache à l'ouvrage de chèvre.
Mais quoi ! Si elle a ajouté pour la tuma du soir, qui est fréquente, ajouterons-nous pour la tuma de sept jours, qui est rare ?!
Ici l'objection s'inverse : la tumat erev (jusqu'au soir) est merouba, elle touche beaucoup de cas ; la tuma de sept jours est mouetet, limitée au mort. Un élargissement pour la première ne prouve rien pour la seconde.
Le verset dit : "beged" et "or", "beged" et "or", pour une gezera chava. Il est dit "beged" et "or" à propos du cherets, et il est dit "beged" et "or" à propos du mort.
De même que pour beged et or dits à propos du cherets, elle a assimilé ce qui vient de la queue du cheval et de la queue de la vache à l'ouvrage de chèvre, de même pour beged et or dits à propos du mort, elle a assimilé ce qui vient de la queue du cheval et de la queue de la vache à l'ouvrage de chèvre.
La même gezera chava transfère au met l'inclusion de la queue de cheval et de vache.
Et (les mots) sont mufnim (libres). Car s'ils n'étaient pas libres, on pourrait objecter : le cherets a ceci de particulier qu'il rend tamei par (une quantité) comme une lentille !
Principe : une gezera chava dont les mots ne sont pas mufnim (superflus dans leur contexte) peut être réfutée par une différence entre les deux sujets. Ici on objecterait : le cherets rend impur avec une quantité de la taille d'une lentille (kaadacha), le mort seulement avec une olive (kazayit).
Oui, ils sont libres. Voyons : le cherets est rapproché (par hekech) de la chikhvat zera, car il est écrit : "ou un homme dont sort une émission de semence" (Vayikra 22, 4), et juste après : "ou un homme qui touche un reptile quelconque" (Vayikra 22, 5).
Et il est écrit à propos de la chikhvat zera : "et tout vêtement et toute peau sur lesquels il y aura de la semence" (Vayikra 15, 17). Béged et or, que le Miséricordieux a écrits à propos du cherets, à quoi me servent-ils ?
Déduis-en : pour les rendre libres.
La Guemara montre que beged et or sont superflus dans le passage du cherets : par le hekech (juxtaposition de versets) avec la chikhvat zera, on saurait déjà que vêtement et peau reçoivent la tuma. Ils ont donc été écrits pour la gezera chava.
Mais il n'est encore libre que d'un seul côté. Cela va bien pour celui qui dit : (une gezera chava) libre d'un seul côté, on en apprend et on n'y oppose pas d'objection.
Mais pour celui qui dit : on en apprend et on y oppose des objections, que peut-on dire ?
Une gezera chava mufné mi-tsad ehad (libre d'un seul côté) est l'objet d'une mahloket (Nidda 22b) : selon une opinion on apprend sans accepter d'objection ; selon l'autre, on apprend seulement en l'absence d'objection. Ici l'objection de la lentille existe.
(Les mots du) mort sont aussi libres. Voyons : le mort est rapproché de la chikhvat zera, car il est écrit : "celui qui touche tout ce qui est impur par un mort, ou un homme dont sort une émission de semence" (Vayikra 22, 4) ; et il est écrit à propos de la chikhvat zera : "et tout vêtement et toute peau".
Béged et or, que le Miséricordieux a écrits à propos du mort, à quoi me servent-ils ? Déduis-en : pour les rendre libres.
Le même raisonnement vaut pour le met : le verset de Vayikra 22, 4 le juxtapose lui aussi à la chikhvat zera. La gezera chava est donc mufné des deux côtés, et tous admettent qu'on n'y oppose pas d'objection.
"Nous avons apporté l'offrande de Hachem, chacun ce qu'il a trouvé en objets d'or : chaînette, bracelet, bague, agil et koumaz" (Bamidbar 31, 50). Rabbi Elazar a dit : agil, c'est un moule pour les seins ; koumaz, c'est un moule pour l'utérus.
La Guemara revient aux versets de la guerre de Midian, source de la tuma des parures. Rabbi Elazar identifie deux bijoux intimes : l'agil, pour la poitrine, et le koumaz, pour le bas-ventre.
Rav Yosef a dit : s'il en est ainsi, c'est pourquoi nous traduisons (en araméen) "mahokh" : une chose qui mène à la dérision. Rabba lui a dit : on le déduit du verset lui-même : "koumaz" : kan mekom zima (ici est le lieu de la débauche).
Deux lectures du mot koumaz : Rav Yosef s'appuie sur le Targoum (mahokh, ce qui provoque la moquerie) ; Rabba lit le mot comme un acronyme : kan mekom zima.
"Moche s'irrita contre les officiers de l'armée" (Bamidbar 31, 14). Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouha : Moche dit à Israël : peut-être êtes-vous revenus à votre première faute ?
Ils lui dirent : "il ne manque pas un homme d'entre nous" (Bamidbar 31, 49). Il leur dit : s'il en est ainsi, pourquoi une expiation ?
Ils lui dirent : si nous sommes sortis de la faute, nous ne sommes pas sortis de la pensée ! Aussitôt : "nous avons apporté l'offrande de Hachem".
Colère de Moche contre les officiers. Rabba bar Avouha l'explique : Moche soupçonne une rechute dans la faute de Baal Peor (Chittim). Les officiers répondent que personne n'a péché en acte, mais qu'ils ont besoin d'une kappara (expiation) pour le hirhour (pensée interdite).
Tossefot : même si la yefat toar était permise, le désir pour une femme autre que celle qu'on prend reste interdit.
Il a été enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : pour quelle raison les Israélites de cette génération eurent-ils besoin d'une expiation ? Parce que...
Début de l'enseignement de l'école de Rabbi Yichmael, qui se poursuit en 64b : les soldats avaient besoin d'expiation parce qu'ils avaient zanou éinéhem min ha-erva (nourri leurs yeux de la nudité).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).