Sougya : Le daf achรจve le dรฉbat sur marit ha-ayin (ce qui est interdit ร cause de l'apparence) puis commente la Michna des objets avec lesquels une femme peut sortir le Chabbat. Rami bar Ye'hezkel exige que le mokh (tampon de coton) soit attachรฉ ร l'oreille ou ร la sandale ; Rava dispense le mokh de la nidda car il est repoussant.
Pour la dent postiche en or, Rabbi Zeira limite la discussion ร l'or, et Abaye rattache Rabbi, Rabbi Eliezer et Rabbi Chimon ben Elazar ร un mรชme principe : un objet dont le retrait rend la femme disgracieuse ne sera pas enlevรฉ pour รชtre montrรฉ. Une nouvelle Michna traite de la sela sur la plaie, des fils aux oreilles des fillettes et des voiles des femmes d'Arabie et de Mรฉdie ; la Guemara commence ร expliquer les pratiques du pรจre de Chmouel envers ses filles.
(Arrive ร la cour extรฉrieure) il les รฉtale au soleil, mais pas face aux gens. Rabbi Eliezer et Rabbi Chimon interdisent.
Fin de la sougya de 64b. Rav a enseignรฉ que partout oรน les Sages ont interdit ร cause de marit ha-ayin (ce que les gens pourraient penser), c'est interdit mรชme dans les piรจces les plus retirรฉes. La baraita montre que la question est une mahloket de Tannaim : le premier Tana permet d'รฉtaler les vรชtements en privรฉ, Rabbi Eliezer et Rabbi Chimon l'interdisent partout, comme Rav.
"Et avec le mokh qui est dans son oreille." Rami bar Ye'hezkel a enseignรฉ : ร condition qu'il soit attachรฉ ร son oreille.
Le mokh est un tampon de coton ou de laine. S'il n'est pas attachรฉ, il risque de tomber : elle le ramasserait et le porterait dans le domaine public.
"Et avec le mokh qui est dans sa sandale." Rami bar Ye'hezkel a enseignรฉ : ร condition qu'il soit attachรฉ ร sa sandale.
"Et avec le mokh qu'elle s'est prรฉparรฉ pour sa nidda (ses rรจgles)." Rami bar Hama pensait dire : ร condition qu'il soit attachรฉ entre ses cuisses. Rava a dit : mรชme s'il n'est pas attachรฉ, comme il est repoussant (maรฏs), elle n'en viendra pas ร le porter.
Rava introduit un raisonnement qui reviendra : on ne craint le port que si la femme aurait envie de ramasser l'objet. Un objet maรฏs (repoussant), s'il tombe, elle le laissera.
Rabbi Yirmeya a demandรฉ ร Rabbi Abba : si elle lui a fait une poignรฉe (beit yad), qu'en est-il ? Il lui a rรฉpondu : c'est permis.
On a aussi enseignรฉ : Rav Nahman bar Ochaya a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : si elle lui a fait une poignรฉe, c'est permis.
Rabbi Yo'hanan sortait avec (un mokh dans l'oreille) jusqu'ร la maison d'รฉtude, et ses collรจgues sont en dรฉsaccord avec lui. Rabbi Yanai sortait avec dans une karmelit, et toute sa gรฉnรฉration est en dรฉsaccord avec lui.
Mais Rami bar Ye'hezkel n'a-t-il pas enseignรฉ : ร condition qu'il soit attachรฉ ร son oreille ! Ce n'est pas difficile : ici, il est bien enfoncรฉ (mehadek) ; lร , il n'est pas bien enfoncรฉ.
Karmelit : domaine intermรฉdiaire (ni public ni privรฉ), interdit de rabbanan. Les Sages contestaient Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yanai parce que le mokh n'รฉtait pas attachรฉ.
La Guemara rรฉsout : un mokh mehadek (serrรฉ, bien enfoncรฉ) ne risque pas de tomber et n'a pas besoin d'attache ; l'exigence de Rami bar Ye'hezkel vise un mokh posรฉ sans serrer. Rachi rapporte une autre lecture : le mokh รฉtait attachรฉ, mais le nลud รฉtait lรขche.
"Avec du poivre et avec un grain de sel." Le poivre, contre la mauvaise haleine ; le grain de sel, contre le mal de dents. "Et avec toute chose qu'elle met dans sa bouche" : du gingembre (zangvila), ou bien de la cannelle (dartsona).
Ces substances sont dans la bouche : aucune crainte qu'elles tombent. Elles servent de remรจde et ne sont pas un fardeau (massoui).
"Une dent postiche, une dent en or : Rabbi permet et les Hakhamim interdisent." Rabbi Zeira a dit : on n'a enseignรฉ cela que pour une dent en or ; mais pour une dent en argent, selon tous c'est permis. On a aussi enseignรฉ ainsi dans une baraita : en argent, selon tous c'est permis ; en or, Rabbi permet et les Hakhamim interdisent.
La chen totevet est une dent postiche. Rabbi Zeira limite la mahloket ร la dent en or. Rachi cite deux raisons : ses maรฎtres parlent de la moquerie (l'or se voit), lui-mรชme parle de la valeur (on la montre). Il prรฉfรจre la sienne car elle s'accorde avec la rรจgle d'Abaye qui suit.
Le Roch tranche que la halakha suit les Hakhamim : la dent en or est interdite.
Abaye a dit : Rabbi, Rabbi Eliezer et Rabbi Chimon ben Elazar estiment tous que toute chose par laquelle elle devient disgracieuse (mignia), elle n'en viendra pas ร la montrer.
Principe de kol mida de-mignia bei : si le fait d'enlever l'objet rรฉvรจle un dรฉfaut (dent manquante, mauvaise odeur, cheveux dรฉcouverts), la femme ne l'enlรจvera pas en public pour le montrer. Il n'y a donc pas lieu de craindre qu'elle le porte.
Rabbi : ce que nous venons de dire. Rabbi Eliezer : comme il a รฉtรฉ enseignรฉ : Rabbi Eliezer exempte pour la kovelet (sachet de parfum) et le flacon de baume (palyaton).
Rabbi Chimon ben Elazar : comme il a รฉtรฉ enseignรฉ : Rabbi Chimon ben Elazar a รฉnoncรฉ une rรจgle gรฉnรฉrale : tout ce qui est sous la rรฉsille (savkha), elle peut sortir avec ; au-dessus de la rรฉsille, elle ne peut pas sortir avec.
Pour montrer un objet portรฉ sous la savkha, elle devrait dรฉcouvrir ses cheveux en public : elle ne le fera pas. Ce qui est portรฉ par-dessus peut รชtre retirรฉ facilement : on craint qu'elle le porte.
MICHNA. Elle sort avec une sela posรฉe sur la tsinit.
Les petites filles sortent avec des fils, et mรชme avec des bรขtonnets qui sont dans leurs oreilles. Les femmes d'Arabie sortent voilรฉes (reoulot), et celles de Mรฉdie avec des manteaux agrafรฉs (perouphot) ; et il en est ainsi de toute personne, mais les Sages ont parlรฉ de ce qui est courant.
Elle agrafe (son manteau) sur une pierre, sur une noix ou sur une piรจce, ร condition de ne pas agrafer pour la premiรจre fois le Chabbat.
La Michna รฉnumรจre des objets autorisรฉs car ils font partie de l'habit ou servent de remรจde : la sela sur une plaie, les fils qui gardent ouverts les trous des oreilles, le voile des femmes d'Arabie, le manteau agrafรฉ des femmes de Mรฉdie.
Chedibrou hakhamim ba-hove : les Sages citent ces femmes car c'est leur usage, mais la rรจgle vaut pour tous. La restriction finale (ne pas agrafer pour la premiรจre fois le Chabbat) sera discutรฉe en 65b.
GUEMARA. Qu'est-ce que la tsinit ?
Une bat arรข (plaie de la plante du pied).
Et en quoi la sela est-elle particuliรจre ? Si l'on dit que tout objet dur lui est bรฉnรฉfique, qu'on lui fasse un tesson (hasfa) !
Mais (si c'est) ร cause de l'oxyde (choukhta), qu'on lui fasse une plaque (tasa) ! Mais (si c'est) ร cause de l'effigie (tsourta), qu'on lui fasse un disque (poulsa) !
Abaye a dit : dรฉduis-en que tous (ces รฉlรฉments) lui sont bรฉnรฉfiques.
La Guemara cherche ce qui fait l'efficacitรฉ de la sela : sa duretรฉ, son oxyde (choukhta) ou son effigie (tsourta). Chaque hypothรจse est rรฉfutรฉe par un objet plus simple qui aurait suffi. Abaye conclut que c'est la rรฉunion des trois qui soigne, et seule une piรจce d'argent frappรฉe les rรฉunit.
"Les filles sortent avec des fils." Le pรจre de Chmouel ne laissait pas ses filles sortir avec des fils, ne les laissait pas dormir l'une ร cรดtรฉ de l'autre, et leur faisait des mikvaot aux jours de Nissan et des nattes (maptsei) aux jours de Tichri.
Trois pratiques du pรจre de Chmouel, expliquรฉes une ร une dans la suite. Au mois de Nissan, le fleuve est gonflรฉ par les pluies et la fonte des neiges ; il craignait (comme on le verra en 65b) que l'eau de pluie domine l'eau de source. En Tichri, on s'immergeait dans le fleuve lui-mรชme ; Rachi et Rabbeinou Tam divergent sur le rรดle des nattes : contre la hatsitsa de la boue, ou comme paravent.
Il ne les laissait pas sortir avec des fils ; mais n'avons-nous pas appris : "les filles sortent avec des fils" ! Les filles du pรจre de Chmouel, (leurs fils) รฉtaient colorรฉs.
La Michna permet des fils ordinaires. Des fils colorรฉs sont jolis : on craint que la fillette les enlรจve pour les montrer et les porte. C'est le mรชme critรจre qu'avec la dent en or.
Il ne les laissait pas dormir l'une ร cรดtรฉ de l'autre : disons que cela soutient Rav Houna. Car Rav Houna a dit : les femmes qui se frottent (mesolelot) l'une contre l'autre
La phrase de Rav Houna se poursuit en 65b : ces femmes sont interdites de se marier ร un Cohen. La Guemara examine si la pratique du pรจre de Chmouel s'explique par cet avis.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).